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Annales françaises d’oto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale 137 (2020) 5–10

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Article original

Évaluation fonctionnelle des reconstructions laryngées à l’aide des


muscles sous-hyoïdiens après laryngectomie partielle chez
37 patients夽
O. Vella a,∗ , D. Blanchard b , D. de Raucourt b , J.P. Rame b , E. Babin a
a
Service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, CHU de Caen, avenue de la Côte de Nacre, 14033 Caen, France
b
Service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale, CLCC François-Baclesse, 3, avenue du Général-Harris, 14000 Caen, France

i n f o a r t i c l e r é s u m é

Mots clés : Le traitement des petites lésions cancéreuses laryngées (T1 et T2) repose sur la chirurgie partielle,
Cancer laryngé endoscopique ou externe et la radiothérapie. Outre l’impératif carcinologique ces techniques doivent
Laryngectomie partielle au maximum préserver les fonctions de respiration, de déglutition et de phonation.
Reconstruction
Objectif. – Analyser les fonctions de respiration, de déglutition et de phonation chez des patients traités
Suites fonctionnelles
par laryngectomie supra-cricoïdienne et reconstruction à l’aide des muscles sous-hyoïdiens.
Déglutition
Matériels et méthodes. – Notre travail consistait à analyser les fonctions de respiration, de déglutition et
de phonation chez 37 patients traités dans deux instituts entre 2005 et 2015. Nous avons inclus tous
les patients bénéficiant de ce type de reconstruction avec un recul d’au moins un an par rapport à la
chirurgie. L’étude de la fonction respiratoire consistait à noter l’existence ou non d’une trachéotomie et à
mesurer le débit inspiratoire de pointe. La préservation ou non des unités crico-aryténoïdiennes, le délai
de maintien de la sonde nasogastrique et le remplissage de l’auto-questionnaire DHI 30 étaient recueillis
pour analyser la fonction de déglutition. La phonation était appréciée à l’aide de l’auto-questionnaire
VHI 30.
Résultats. – Nos résultats montrent un taux de chirurgie initiale sans trachéotomie de 64,9 % (13 patients)
avec une reprise rapide de l’alimentation orale (délai moyen d’ablation de la sonde de 13 jours). Le score
moyen au VHI 30 était de 28,3 et de 2,7 au DHI 30. La valeur moyenne du débit inspiratoire de pointe
était de 203,3 mL/mn.
Conclusion. – La laryngectomie supra-cricoïdienne avec reconstruction à l’aide des muscles sous-
hyoïdiens est une technique alternative pour le traitement des petites lésions cancéreuses laryngées.
Sa réalisation permet d’offrir des suites fonctionnelles simples.
© 2019 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

1. Introduction chirurgie par voie endoscopique au laser, la radiothérapie externe


ou la chirurgie partielle laryngée par voie externe. Les indications
Le larynx est un organe central de la vie de relation. Il participe à de cette dernière ont diminué avec l’avènement des techniques
trois fonctions essentielles (la respiration, la déglutition et la pho- endoscopiques. Néanmoins, elle conserve une place dans l’arsenal
nation). Le cancer du larynx représente 1,9 % des cancers dans le thérapeutique de ces petites tumeurs laryngées.
monde [1]. La plupart d’entre eux est diagnostiquée à un stade pré- La reconstruction laryngée, après chirurgie partielle par
coce (T1-T2, N0) du fait d’une symptomatologie bruyante. Pour ces voie externe, doit tenter au maximum de maintenir les fonc-
tumeurs localisées, plusieurs options thérapeutiques existent : la tions respiratoires, phonatoires et de déglutition des patients.
Différentes techniques de reconstruction après laryngectomie
supra-cricoïdienne (LSC) ont été décrites dans la littérature :
laryngectomie frontale antérieure reconstructive (LFAR), crico-
DOI de l’article original : https://doi.org/10.1016/j.anorl.2019.09.004. hyoïdo-épiglotto-pexie, crico-hyoïdopexie.
夽 Ne pas utiliser pour citation la référence française de cet article mais celle de
En 1999, Pignat a rapporté une technique chirurgicale innovante
l’article original paru dans European Annals of Otorhinolaryngology Head and Neck
pour les tumeurs du plan glottique [2]. Une nouvelle approche
Diseases en utilisant le DOI ci-dessus.
∗ Auteur correspondant. concernant la plastie laryngée était utilisée, applicable à chaque fois
Adresse e-mail : olivier.vella4@orange.fr (O. Vella). qu’une reconstruction était nécessaire, à partir de la laryngectomie

https://doi.org/10.1016/j.aforl.2017.11.011
1879-7261/© 2019 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
6 O. Vella et al. / Annales françaises d’oto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale 137 (2020) 5–10

subtotale avec reconstruction par crico-hyoïdo-épiglotto-pexie • réalisation d’un évidement ganglionnaire bilatéral (si réalisé)
décrite par Majer [3] et Piquet [4], modifiée par Guerrier [5]. pendant le temps de l’examen extemporané.
L’objectif de cette étude était d’analyser les résultats fonction-
nels des patients porteurs d’un cancer laryngé précoce traités par
LSC avec reconstruction par rapprochement des muscles sous- Temps de la reconstruction :
hyoïdiens.

• amarrage de l’épiglotte par 2 points de Vicryl® 2.0 sur les 2 ailes


2. Matériel et méthodes thyroïdiennes restantes afin d’éviter toute bascule ou tubulisa-
tion ultérieure de l’épiglotte (Fig. 1) ;
• Suture des deux lambeaux de périchondre avec les structures
Notre étude a inclus tous les patients de deux instituts ORL
de 2005 à 2015, avec un recul d’au moins un an par rapport à laryngées restantes (remise en tension des bandes ventriculaires
la chirurgie. La recherche des patients était effectuée à l’aide de et des ligaments vocaux restants) permettant de recouvrir la
la base de données informatique des patients par code diagnos- tranche de section cartilagineuse ;
• solidarisation (haubanage) de l’axe laryngo-trachéal à l’os hyoïde
tique « GDFA006 » (Laryngectomie partielle verticale), « GDFA011 »
(Laryngectomie supra-cricoïdienne avec crico-hyoïdo-épiglotto- par 3 fils Vicryl® n◦ 1 ou de Merseture® aiguillés trans-
pexie) et « GDFA016 » (Laryngectomie frontale antérieure avec épiglottique, qui passent sous la face inférieure du cricoïde (si
épiglottoplastie), de la Classification Commune des Actes Médicaux possible en sous-muqueux) et sur la face supérieure de l’épiglotte.
(CCAM). Aucune impaction ni pexie n’est réalisée. Aucun rétrécissement
Seuls les patients ayant bénéficié d’une variante concernant la en hauteur ni en largeur du larynx ne doit être obtenu (Fig. 1) ;
• fermeture étanche réalisée par une suture paramédiane des
reconstruction, décrite initialement par Pignat [2] étaient éligibles
pour l’étude. Les différents temps étaient les suivants : muscles sous-hyoïdiens en réalisant un paletot (Fig. 2) ;
• trachéotomie ou préparation de celle-ci : incision indépendante
Temps de l’exérèse :
de celle de la laryngectomie partielle.

• chez un patient intubé en orotrachéal, après mise en place d’une


sonde nasogastrique ; Des critères de non-inclusion supplémentaires, concernant
• incision bi-mastoïdienne en U s’horizontalisant au niveau de la l’évaluation fonctionnelle prospective au cours du suivi des
membrane crico-thyroïdienne ; patients, étaient décrits : présence d’une localisation néoplasique
• relèvement du lambeau cutané au-dessus de l’os hyoïde et repé- secondaire (pulmonaire ou œsophagienne), réalisation d’une autre
rage des muscles sous-hyoïdiens ; chirurgie carcinologique au niveau des voies aéro-digestives supé-
• réalisation d’un évidement ganglionnaire pré-laryngé en trauma- rieures, patient ayant bénéficié d’un traitement complémentaire
tisant le moins possible les muscles sous-hyoïdiens ; postopératoire, patient en récidive ou en poursuite évolutive.
• exposition du corps du cartilage thyroïde et du bord antérieur du Le recueil de données s’est effectué sur dossier papier ou infor-
cartilage cricoïde ; matisé. L’évaluation de la fonction respiratoire consistait à noter
• incision du périchondre externe sur la ligne médiane et réalisa- l’existence ou non d’une trachéotomie en per ou postopératoire
tion de deux lambeaux de périchondres latéraux ; (avec le délai d’ablation de la canule) et à mesurer le débit ins-
• section de la membrane crico-thyroïdienne dans sa partie anté- piratoire de pointe par le Peak Inspiratory Flow (seule la valeur
rieure en longeant le bord supérieur du cartilage cricoïde : il est la plus élevée après trois mesures consécutives était retenue).
possible de réséquer l’arc antérieur cricoïdien avec alors une sec- La préservation ou non des unités crico-aryténoïdiennes, le délai
tion de la membrane crico-trachéale réalisée au niveau du bord de maintien de la sonde nasogastrique (SNG) et le remplissage
inférieur du cartilage cricoïde (en cas d’extension sous glottique de l’auto-questionnaire DHI 30 étaient recueillis pour analyser la
plus importante et en s’assurant au préalable de la faisabilité du fonction de déglutition. La phonation était appréciée à l’aide de
geste opératoire par un bilan endoscopique précis) ; l’auto-questionnaire VHI 30.
• thyrotomie verticale latérale bilatérale, adaptée à l’extension L’analyse statistique était réalisée grâce au logiciel STATISTICA
tumorale en débutant toujours du côté le moins envahi : celle-ci avec l’aide de l’équipe de biostatistique et de recherche cli-
se fait le plus souvent à l’aide d’une scie oscillante. La section doit nique. Nous avons effectué une analyse descriptive pour certaines
être douce et prudente afin de conserver le périchondre interne ; variables qualitatives (exprimées sous la forme de pourcen-
• l’espace paraglottique et le périchondre interne sont rabattus en tages) et quantitatives (sous la forme de moyennes, médianes
dedans ; et écart-types). Concernant ces dernières variables, un test d’U-
• section transverse trans-épiglottique : section horizontale dont Mann–Whitney était utilisé pour connaître la significativité de
le niveau est déterminé par l’extension tumorale (dans tous les certains paramètres. Le seuil de significativité retenu était de 0,05.
cas, la partie supra-hyoïdienne de l’épiglotte est conservée même
partiellement) ;
• section verticale pré-aryténoïdienne partant du bord supérieur 3. Résultats
du cricoïde jusqu’au repli ary-épiglottique ou inversement, en
commençant par le côté le moins envahi ; 3.1. Paramètres préopératoires
• résection de la totalité de l’espace paraglottique ;
• cette section permet d’ouvrir la pièce et de poursuivre l’exérèse Notre série a évalué 37 patients avec la répartition suivante :
tumorale sous contrôle de la vue ; 26 patients (70,3 %) traités chirurgicalement dans un Centre de
• la résection tumorale se continue du côté atteint avec section Lutte Contre le Cancer et 11 patients (29,7 %) dans le Centre Hos-
verticale du repli ary-épiglottique jusqu’au bord supérieur du pitalier Universitaire de la même région au cours de la période
cricoïde emmenant si nécessaire le cartilage aryténoïde ; 2005 – 2015.
• la pièce est orientée et envoyée en examen histologique extempo- L’âge moyen, dans notre cohorte, au moment de la chirurgie était
ranée (au mieux amenée par l’opérateur à l’anatomopathologiste de 57,6 ans [44 – 76 ans] avec un écart-type de 7,7. La médiane était
pour lui expliquer les limites) ; à 56 ans.
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Fig. 1. Schéma explicatif de l’amarrage de l’épiglotte et de l’haubanage vertical.

Fig. 2. Rapprochement des muscles sous-hyoïdiens en paletot en deux plans.

3.2. Paramètres per-opératoires Tableau 1


Répartition des patients en fonction de la classification pTNM.

3.2.1. Préservation de l’unité crico-aryténoïdienne Statut Tumoral pT1a pT1b pT2 pT3
L’exérèse chirurgicale a respecté les deux unités crico- Statut Ganglionnaire
aryténoïdiennes chez 31 patients (83,8 %) dont 3 patients avec une Pas d’évidement 20 patients 1 patient 6 patients 1 patient
section emportant l’apophyse vocale. N0 3 patients 1 patient 3 patients /
N1 / / 1 patient 1 patient

3.2.2. Réalisation d’une trachéotomie per-opératoire


La réalisation d’une trachéotomie en per-opératoire a été jugée
La majorité des patients était porteur d’un cancer du plan glot-
nécessaire au cours de 13 interventions (35,1 %). Les indications
tique classé pT1a (23 patients soit 62,2 %).
retenues étaient les suivantes : surcharge pondérale avec un cou
court (3 patients), importance de l’exérèse (1 patient), terrain
sous-jacent de broncho-pneumopathie chronique obstructive avec 3.3.2. Qualité de l’exérèse tumorale
hypoxémie relative ou associée à une exérèse lésionnelle impor- Les limites en analyse anatomopathologique définitive étaient
tante (2 patients), antécédent de laryngectomie fronto-latérale atteintes chez un seul patient (2,7 %), en avant (commissure anté-
(1 patient), rupture du ballonnet au moment de la fermeture rieure) et en postérieure. La tumeur a été classée pT3 en histologie
(1 patient), décision du chirurgien sans justification évidente définitive (initialement évaluée en cT1bN0).
(5 patients).
Au total, le taux de chirurgie sans trachéotomie était de 64,9 %.
3.3.3. Trachéotomie secondaire
À l’issue de la chirurgie première 24 patients n’ont pas eu de
3.3. Paramètres postopératoires trachéotomie, seuls 2 l’ont été secondairement : les deux pour un
emphysème en postopératoire (à j1 et à j2).
3.3.1. Staging tumoral Un patient, ayant bénéficié initialement d’une trachéotomie en
La répartition est illustrée dans le Tableau 1. per-opératoire avec une décanulation à j15, a dû être trachéotomisé
8 O. Vella et al. / Annales françaises d’oto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale 137 (2020) 5–10

en urgence dans un contexte de détresse respiratoire sur sténose Tableau 2


Valeurs du VHI dans notre série.
trachéale à j42 (aucun antécédent sur l’arbre trachéo-bronchique).
Score Total Fonctionnelle Physique Emotionnelle
3.3.4. Délai d’ablation de la canule de trachéotomie Moyenne 28,3 10,5 10,9 6,8
In fine, 22 patients n’ont jamais eu de trachéotomie au décours Minimum 4 0 3 0
de l’intervention (59,4 %). Maximum 62 20 24 26
Médiane 28 12 12 6
Chez 13 patients, avec réalisation d’une trachéotomie en per-
Écart-type 17,5 5,3 6,8 7,4
opératoire, le délai moyen d’ablation de la canule était de 10,5 jours
[4 – 33 jours]. Le maintien d’une canule à demeure a été nécessaire
en raison d’une sténose trachéale sous-jacente. Tableau 3
Valeurs du DHI dans notre série.
3.3.5. Délai de reprise de l’alimentation orale Score Total Fonctionnelle Spécifique Emotionnelle
L’analyse s’est focalisée sur 33 patients (quatre données man-
Moyenne 2,7 0,6 1,9 0,2
quantes). Minimum 0 0 0 0
Le délai moyen de reprise de l’alimentation orale était de Maximum 7 4 7 3
10,4 jours [4 – 27 jours]. Médiane 2 0 2 0
Les patients sans trachéotomie (21 patients du fait d’une donnée Écart-type 2,2 1,1 1,7 0,7

manquante) pendant l’hospitalisation (en per-opératoire ou post-


opératoire), affichaient un délai moyen de reprise de l’alimentation
orale de 9,5 jours, contre 12 jours pour le groupe trachéotomisé caractéristiques fonctionnelle, physique et émotionnelle sont
(12 patients) (p = 0,07). répertoriés dans le Tableau 2.
Les patients opérés avec conservation des cartilages aryténoïdes La comparaison du score total VHI 30, entre le groupe avec pré-
(27 patients) affichaient un délai moyen de reprise de l’alimentation servation des deux unités crico-aryténoïdiennes (14 patients) et le
orale de 10,4 jours, contre 10,3 jours dans le groupe avec conserva- groupe avec préservation d’une seule unité crico-aryténoïdienne
tion d’une seule unité crico-aryténoïdienne (6 patients) (p = 0,77). (3 patients), ne montre pas de différence statistiquement significa-
tive (p = 0,86).
3.3.6. Délai d’ablation de la sonde nasogastrique
L’analyse s’est focalisée sur 32 patients (5 données manquantes).
3.4.3. Évaluation de la déglutition
Le délai moyen d’ablation de la sonde d’alimentation était de
Dix-sept patients ont répondu à l’auto-questionnaire DHI 30. Les
13 jours [5 – 28 jours].
scores obtenus pour les différentes caractéristiques (fonctionnelle,
Les patients sans trachéotomie (19 patients) (en per-opératoire
spécifique et émotionnelle) sont répertoriés dans le Tableau 3.
ou postopératoire) affichaient un délai moyen de reprise de
La comparaison du score total au DHI 30, entre le groupe avec
l’alimentation orale de 11,8 jours contre 14,7 pour le groupe tra-
préservation des deux unités crico-aryténoïdiennes (14 patients) et
chéotomisé (13 patients) (p = 0,01).
le groupe avec préservation d’une seule unité crico-aryténoïdienne
Les patients opérés avec conservation des cartilages aryténoïdes
(3 patients), ne montre aucune différence statistiquement signifi-
(26 patients du fait d’une donnée manquante) affichaient un délai
cative (p = 0,16).
moyen d’ablation de la sonde nasogastrique de 13,3 jours, contre
11,5 dans le groupe avec conservation d’une seule unité crico-
aryténoïdienne (6 patients) (p = 0,65). 4. Discussion
Onze patients (34,4 %) ont bénéficié d’un retour à domi-
cile avec le maintien d’une alimentation entérale par une sonde La chirurgie laryngée subtotale avec reconstruction à l’aide des
nasogastrique. muscles sous-hyoïdiens doit répondre à un double impératif :
être carcinologique et préserver au mieux les fonctions laryngées
3.4. Évaluation fonctionnelle avec notamment une reprise exclusive de l’alimentation orale sans
aucune restriction aux solides et aux liquides, sans fausse route,
Dix-sept patients, soient 46 % de notre série, ont pu bénéficier avec un apport calorique adéquat sans symptôme de dysphagie.
d’une évaluation fonctionnelle au cours de leur suivi carci- Cette technique permet donc d’obtenir :
nologique. Ils avaient tous bénéficié en postopératoire d’une
rééducation orthophonique. • un taux de chirurgie sans trachéotomie de 64,9 %, souvent néces-
saire en cas de reconstruction selon la technique de Tucker ou de
3.4.1. Évaluation de la fonction respiratoire Crico-Hyoïdo-Epiglottopexie (CHEP) (Laryngectomies partielles,
Deux mesures n’ont pu être recueillies par défaut de gradua- sub-totales et totales, EMC, Techniques chirurgicales) ;
tion suffisante avec le Peak Flow Inspiratoire initialement utilisé • un délai moyen d’ablation de la canule de 10,5 jours, en deçà
(valeur supérieure à 120 mL/mn) et par souhait des patients de ne des autres techniques de reconstruction avec respectivement un
pas revenir en consultation. Au total, l’analyse s’est réalisée sur délai, selon les études, de 19 et de 27 jours après CHEP [6,7] et de
15 patients. La valeur moyenne du débit inspiratoire de pointe 14 et 20 jours après épiglottoplastie [7,8] ;
était de 203,3 mL/mn [90 – 300 mL/mn] avec un écart-type de 72,3. • une reprise rapide de l’alimentation orale avec un délai moyen
La médiane était à 200 mL/mn. Aucune différence statistiquement d’ablation de la sonde nasogastrique de 13 jours, en deçà des
significative n’a pu être objectivée entre les patients chez qui les autres techniques de reconstruction avec respectivement un
deux aryténoïdes étaient préservés de ceux chez qui un seul a pu délai, selon les études, de 14, 23 et 22 jours après CHEP [6,8,9]
l’être (p = 0,54). et de 17 jours après épiglottoplastie [7]. Ce délai reste toutefois
surestimé dans notre étude. En effet, un relais de la prise en charge
3.4.2. Évaluation de la qualité vocale à domicile par des prestataires a été effectué chez onze patients
Dix-sept patients ont répondu à l’auto-questionnaire d’analyse de notre cohorte (retrait de la sonde encadré de l’orthophoniste
perceptive de la voix VHI 30. Les scores obtenus pour les et de la diététicienne au cours d’une courte hospitalisation).
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Cette technique de reconstruction à l’aide des muscles sous- conséquences sociales, psychosociales et mentales. L’objectif du
hyoïdiens permet de surseoir en théorie à la réalisation d’une chirurgien est de proposer une exérèse carcinologique et de limi-
trachéotomie pendant l’intervention. Celle-ci doit toutefois gar- ter les conséquences fonctionnelles. La chirurgie endoscopique, la
der sa place chez des patients obèses avec un cou court ou chez radiothérapie restent les traitements prioritaires de ces tumeurs.
des patients à risque d’une ventilation postopératoire, notamment Les chirurgies laryngées partielles externes constituent une alter-
sur un terrain de broncho-pneumopathie chronique obstructive. native à connaître des chirurgiens. La procédure de reconstruction
Comparativement à l’étude de Pignat [2], notre série affiche un avec les muscles sous-hyoïdiens peut être assimilée à une tech-
taux comparable de chirurgie sans trachéotomie (34 % vs 35,1 % nique de conservation d’organe car elle préserve la réhabilitation
dans notre série) avec un sevrage de la canule, si nécessaire, dans physiologique de la parole, de la déglutition et de la respiration tout
un délai également similaire. en évitant, le plus souvent une trachéotomie. Sa réalisation rigou-
À partir de l’étude de Périé [10], concernant l’intérêt de la mesure reuse et méthodique est simple et offre des suites fonctionnelles
du débit inspiratoire de pointe chez les patients trachéotomisés simples.
après une chirurgie oncologique pour une tumeur au niveau de la
sphère pharyngo-laryngée, nous avons essayé d’établir des valeurs Déclaration de liens d’intérêts
objectives de référence après laryngectomie partielle et reconstruc-
tion à l’aide des muscles sous-hyoïdiens. En effet, plus la valeur du Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
débit inspiratoire maximale de pointe est faible, plus celle-ci pré-
suppose à une obstruction de la filière pharyngo-laryngée [10], ce
Références
qui pourrait être un outil supplémentaire au clinicien pour mesurer
et grader le rétrécissement de la filière pharyngo-laryngée. Aucune [1] Succo G, Crosetti E, Bertolin A, et al. Benefits and drawbacks of open partial hori-
donnée comparative n’est retrouvée dans la littérature. zontal laryngectomies, part A: Early- to intermediate-stage 21lottis carcinoma.
Head Neck 2016:E333–40.
La qualité vocale atteint une stabilité six mois après une résec-
[2] Bolot G, Poupard M, Zroumba P, et al. Laryngectomies sub-totales reconstruc-
tion endoscopique au laser [11]. Les résultats du traitement et les trices à propos d’une technique personnelle sur une série de 100 patients opérés
comparaisons avec une intervention chirurgicale ne sont donc pas entre 1990 et 1997. Rev Laryngol Oto Rhinol 1999:93–6.
recommandés dans les six mois suivant la chirurgie [11]. Nos résul- [3] Majer H, Rieder A. Technique de laryngectomie permettant de conserver la per-
méabilité respiratoire: la crico-hyoïdo-pexie. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac
tats s’établissent avec un recul d’au moins un an par rapport à la 1959;76:677–81.
chirurgie permettant de faire des comparaisons avec les données de [4] Piquet JJ, Desaulty A, Decroix G. La crico-hyoïdo-épiglotto-pexie. Tech-
la littérature. On constate un score moyen de 28,3 au VHI 30, indi- nique opératoire et résultats fonctionnels. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac
1974;91:681–6.
quant une qualité vocale jugée satisfaisante par rapport aux autres [5] Guerrier B. L’intervention de Majer-Piquet modifiée selon Bernard Guerrier. La
techniques de reconstruction. En effet, des études retrouvent un lette d’otorhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale 1994;174:33–4.
score moyen de 55,58 dans le groupe CHEP et de 52,78 dans le [6] Ozturk K, Akyildiz S, Gode S, et al. Post-Surgical and Oncologic Outcomes of
Supracricoid Partial Laryngectomy: A Single-Institution Report of Ninety Cases.
groupe Tucker [7] ou de 32,9 et de 52,22 respectivement après ORL J Otorhinolaryngol Relat Spec 2016;78:86–93.
épiglottoplastie ou CHEP [12,13]. En revanche, on retrouve une [7] Oysu C, Aslan I. Cricohyoidoepiglottopexy vs near-total laryngectomy with
meilleure qualité vocale après un traitement par radiothérapie epiglottic reconstruction in the treatment of early glottic carcinoma. Arch Oto-
laryngol Head Neck Surg 2006;132:1065–8.
externe ou par cordectomie laser avec respectivement un score
[8] Lawson G, Jamart J, Remacle M. Improving the functional outcome of Tucker’s
moyen de 8,3 et de 12,4 pour les tumeurs Tis-T2 [14]. reconstructive laryngectomy. Head Neck 2001;23:871–8.
L’objectif de sursoir à la pexie est de préserver une unité ana- [9] Zhang SY, Lu ZM, Chen LS, et al. Supracricoid partial laryngectomy crico-
hyoidoepiglottopexy (SCPL-CHEP) versus vertical partial laryngectomy for the
tomique pharyngo-laryngée la plus proche possible de la normale
treatment of glottic carcinoma. Eur Arch Otorhinolaryngol 2013;270:1027–34.
[2]. On conserve une portion verticale postérieure au niveau des [10] Guerlain J, Guerrero JA, Baujat B, et al. Peak inspiratory flow is a simple means
deux ailes thyroïdiennes et les muscles constricteurs du pharynx of predicting decannulation success following head and neck cancer surgery:
ne sont pas sectionnés. La hauteur pharyngée est donc préser- a prospective study of fifty-six patients. Laryngoscope 2015;125:365–70.
[11] Chu PY, Hsu YB, Lee TL, et al. Longitudinal analysis of voice quality in
vée et les nerfs laryngés supérieurs ne sont pas traumatisés au patients with early glottic cancer after transoral laser microsurgery. Head Neck
cours de l’intervention. La reconstruction est faite à partir d’une 2012;34:1294–8.
suture étanche paramédiane des muscles sous-hyoïdiens en pale- [12] Nie C, Shen C, Hu H, et al. Mid-term results of frontovertical partial laryngec-
tomy for early glottic carcinoma with anterior commissure involvement. Acta
tot après solidarisation de l’axe laryngo-trachéal à l’os hyoïde par Otolaryngol 2014;134:407–12 [7].
un haubanage vertical. Ce dernier vise à maintenir la dynamique [13] Makeieff M, Venail F, Garrel R, et al. Évaluation du handicap vocal
d’ascension laryngée grâce à la solidarisation de l’axe laryngo- après laryngectomie partielle supra-cricoïdienne. [Voice handicap evaluation
after supracricoid partial laryngectomy]. Rev Laryngol Otol Rhinol (Bord)
trachéal à l’os hyoïde et aussi d’empêcher que le plan musculaire 2004;125:313–7.
suturé soit inhalé et entraîne une sténose laryngée ou une laryn- [14] Remmelts AJ, Hoebers FJ, Klop WM, et al. Evaluation of laser surgery and radio-
gomalacie. Tout ceci permet d’obtenir une fonction de déglutition therapy as treatment modalities in early stage laryngeal carcinoma: tumor
outcome and quality of voice. Eur Arch Otorhinolaryngol 2013;270:2079–87.
excellente, objectivée dans notre travail avec un score de 2,7 au
[15] Benito J, Holsinger FC, Perez-Martin A, et al. Aspiration after supracricoid partial
DHI30. L’impact de l’aryténoïdectomie sur la déglutition au cours laryngectomy: Incidence, risk factors, management, and outcomes. Head Neck
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[16] Park JO, Joo YH, Cho KJ, et al. Functional and oncologic results of exten-
cordants dans la littérature. En effet, des études ont démontré de
ded supracricoid partial laryngectomy. Arch Otolaryngol Head Neck Surg
meilleures suites fonctionnelles après la conservation des deux 2011;137:1124–9.
unités [15–18], tandis que d’autres n’ont pas trouvé de différence [17] Topaloglu I, Koprucu G, Bal M. Analysis of swallowing function after
statistiquement significative [19–25]. Dans notre série, aucune dif- supracricoid laryngectomy with cricohyoidopexy. Otolaryng Head Neck
2012;146:412–8.
férence n’a pu être démontrée. Il convient toutefois de souligner [18] Akbas Y, Demireller A. Oncologic and functional results of supracricoid
l’étroitesse de notre échantillon. Des travaux complémentaires sur partial laryngectomy with cricohyoidopexy. Otolaryngol Head Neck Surg
une plus grande population sont nécessaires. 2005;132:783–7.
[19] Karasalihoglu AR, Yagiz R, Tas A, et al. Supracricoid partial laryngectomy with
cricohyoidopexy and cricohyoidoepiglottopexy: functional and oncological
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5. Conclusion [20] Pinar E, Imre A, Calli C, et al. Supracricoid partial laryngectomy: ana-
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Les séquelles fonctionnelles des traitements des carcinomes [21] Lewin JS, Hutcheson KA, Barringer DA, et al. Functional analysis of swallowing
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