Vous êtes sur la page 1sur 5

Chapitre I : L’État

La structure de la société internationale est basée sur la notion d'Etat. En


effet, notre société est une société interétatique.
L’Etat est ainsi considéré comme un acteur originaire, traditionnel et
dominant du système international.
La prolifération des États, notamment après la seconde guerre mondiale et
la fin de la guerre froide1, a dévoilé leur réalité multiforme et complexe.
Certes, la notion d’État est riche, on se limitera, toutefois, à l’étude
succincte de son approche juridique (section1), afin de faire place à une
nouvelle approche basée sur la distinction entre pays développés et pays en
développement (section 2).

Section 1 : Les conditions d’existence de l’État


L’État est communément défini comme une collectivité composée d’un
territoire et d’une population soumis à un pouvoir politique suprême2.
Cette définition comporte un certain nombre d’éléments, qui constituent,
autant de conditions d’existence de l’État (§1), qu’il s’avère nécessaire de
compléter par la reconnaissance comme condition de l’exercice des
compétences internationales (§2). Après quoi, il importe d’exposer les
différentes formes d’organisation de l’État (§3).

Paragraphe 1 : Le territoire
Le territoire est indispensable à l’existence de l’État. C’est l’espace sur
lequel il exerce ses pouvoirs souverains et exclusifs. Il ne peut y avoir d’État
sans territoire.
Le territoire étatique est délimité par des frontières naturelles ou
artificielles, qui permettent de fixer les limites de sa souveraineté territoriale
aussi bien terrestre, maritime3 qu’aérienne.

1
Le nombre des Etats a été multiplié par quatre, notamment, suite aux indépendances africaines des années
1960, de la dislocation de l’URSS, de l’éclatement de la fédération yougoslave, et de la partition de la
Tchécoslovaquie.
2
Définition de la convention de Montevideo sur les droits et devoirs des Etats, adoptée en 1933 à l’occasion de
è
la 7 conférence internationale des Etats américains.
3
L’espace maritime, est selon la convention des nations-unies sur le droit de la mer (10 déc. 1982), constitué
des zones maritimes suivantes : le plateau continental, la mer territoriale, la zone contigüe et la zone
économique exclusive.
Paragraphe 2 : La population
La population est constituée par l’ensemble de personnes résidantes sur le
territoire étatique. Elle englobe aussi bien les nationaux que les étrangers, qui se
trouvent dans une situation juridique différente.
L’appartenance d’un individu à un État, donne lieu à un lien juridique,
constitué par la nationalité détenue essentiellement par les nationaux.
Le Droit international laisse à chaque État, la compétence de déterminer les
conditions d’attribution et de retrait de sa propre nationalité4.
Il existe deux types de systèmes d’acquisition de la nationalité :
 Le « droit du sang », liant la nationalité d’un enfant à celle de l’un ou
des deux parents.
 et le « droit du sol », permettant à tout enfant, né sur le territoire,
d’obtenir la nationalité.

Paragraphe 3 : Le pouvoir politique suprême


L’existence d’une autorité politique qui exerce le pouvoir sur le territoire et
la population, constitue le troisième élément constitutif de l’État.
Cette autorité permet à l’État, d’avoir le monopole du pouvoir de coercition
nécessaire au respect des règles édictées, et à l’exécution des décisions prises.
Il faut, cependant préciser que, si le droit international exige, que le pouvoir
politique puisse bénéficier, de l’effectivité, il ne formule, par contre, aucune
exigence quant à la nature du régime politique. En effet, en application du
principe de l’autonomie constitutionnelle, l’État reste libre de choisir librement
son régime politique (démocratique ou autoritaire) et de se doter du système
administratif qu’il préfère (unitaire, fédérale, décentralisé…).

Section 2 : La reconnaissance, condition d’exercice des compétences


internationales de l’État
Il est évident que pour qu’un Etat existe que celui-ci doit, à la fois, réunir
les trois éléments constitutif d’un Etat et, en même temps, être reconnu par les
membres de la communauté internationale.
Cette reconnaissance est exercée selon deux formes : d’État et de
gouvernement.
La reconnaissance d’État est l’acte par lequel un sujet international, et en
particulier un État, vient constater officiellement l’existence d’un nouvel Etat
sur la scène internationale.
Cet acte discrétionnaire peut être effectuée selon diverses modalités :
explicite ou implicite ; individuelle ou collective; de jure ou de facto. Comme Il

4
Voir article 15 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, ainsi que l’arrêt de la Cour de
justice dans l’affaire Nottebohm rendu le 6 avril 1955, in P. M. Eiseman « petit manuel de jurisprudence de la
Cour internationale de justice » ; Édition Pedone, Paris 1984 pp.45-50.
revêt une grande importance en apparaissant comme l’invitation d’un État à
développer des relations diplomatiques avec le nouvel État.
A titre d’exemple, la reconnaissance par la communauté internationale du
Sud-Soudan suite à la proclamation de son indépendance du Soudan le 09 juillet
2011.
Quant à la reconnaissance de gouvernement, elle intervient lors du
changement de gouvernement d’un Etat ancien, en dehors des règles
constitutionnelles prévues (coup d’Etat, une révolution, ou tout autre
événement).
Exemple reconnaissance du gouvernement tunisien suite à la révolution de
2011.
Par ailleurs, la communauté internationale s’accorde sur le principe de ne
pas reconnaître une situation issue d’une action de force illicite. (Exemple des
prétentions de l’Irak sur le Koweït ou celles d’Israël occupant des territoires
palestiniens).
Cette obligation de non reconnaissance est imposée par l’ONU en cas de
violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Section 3 : Les formes d’organisation de l’État


On distingue deux grandes formes d’organisation de l’État : l’État unitaire
d’un côté et les États composés de l’autre côté avec leurs trois formules : les
unions d’États, la confédération et le fédéralisme. Cependant, à l’heure actuelle,
en raison de l’inexistence de la première formule et de la rareté de la deuxième
formule, nous nous contenterons de l’étude du fédéralisme et de la confédération
d’Etats.

Paragraphe 1 : L’État unitaire


L’État unitaire correspond à la forme d’État, qui ne connaît qu’une seule
autorité juridique et politique, détenant l’ensemble de ses compétences sur son
territoire, régie par un seul et même droit5.
Cette formule et la plus répandue : le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, la
France, ainsi que la Grande-Bretagne sont des États unitaires.
Cependant, il s’avère difficile de gérer un État moderne à partir d’un centre
unique de prise de décision. L’État unitaire ne peut être de type monolithique.
Les nécessités de la vie administrative l’obligent à s’organiser suivant
différentes modalités décentralisées.

5
Cf. D. Chagnolland : « Droit constitutionnel et institutions politiques » ; Édition Sirey, Paris 1999, p.93.
Paragraphe 2 : l’État fédéral
L’État fédéral est une association d’États fédérés6 (États fédérés aux États-
Unis, Lander en Allemagne, Cantons en Suisse, ou provinces au Canada), qui
ont décidé volontairement d’abandonner une partie de leurs compétences au
profit du regroupement qu’elles ont constitué7.
L’union fédérale résulte le plus souvent d’une constitution adoptée par une
assemblée constituante, et ratifiée par les entités fédérées. Cela donne lieu à la
création d’une nouvelle collectivité étatique, superposée aux États fédérés,
portant le nom de l’État fédéral.
Une vingtaine de nations, ont adopté cette forme d’État. Il s’agit entre
autres, des États-Unis d’Amérique, du Canada, de la Suisse de l’Allemagne, du
Brésil, des Émirats arabes unis, du Nigeria, ou encore de l’Inde.
Toutefois, il n’existe pas de modèle uniforme d’État fédéral, mais des
solutions adaptées à chaque situation particulière. Au-delà de la diversité des
formules retenues, les différents États fédéraux reposent sur trois principes
communs. Il s’agit de la superposition de l’État fédéral aux États fédérés, de la
répartition des compétences entre l’État fédéral et les entités fédérées, et de la
participation des entités fédérées au pouvoir fédéral.
Paragraphe 3 : La confédération

La confédération est une association d’Etats fondée sur un traité


international. Au terme de ce traité, certaines compétences des Etats seront
déléguées à des organes communs.
La confédération d’Etats ne forme pas Un Etat confédéral. Elle est
dépourvue de la personnalité juridique internationale et respecte la
souveraineté de ses membres. Chaque Etat confédéré conserve sa
personnalité internationale. Les organes confédéraux prennent leurs
décisions à l’unanimité.
Historiquement la confédération a souvent été une formule transitoire
avant l’instauration d’un Etat fédéral, cas de la confédération des États-Unis
de 1778 à 1787.
De nombreuses tentatives de confédérations ont échoué : l’union
arabo-africaine (libye-Maroc) instituée en 2984 et dénoncée en 1986- La
Sénégambie (Sénégal –Gambie) instaurée le 17 déc. 1981 et gelée en 1989.
Le modèle confédéral a inspiré la Communauté des Etats indépendants
(CEI) créée le 8 déc. 1991 suite à l’implosion de l’URSS.

6
Le fédéralisme peut également naître de la dissociation des provinces composant antérieurement un État
unitaire. C’est le cas de l’ex. URSS et de la Belgique.
7
Pour plus de détails sur la constitution de l’État fédéral, voir : Ch. Debbasch, J.M. Ponter, J.Bourdon et J.C.
Ricci: « droit constitutionnel et institutions politiques » ; Édition Economica 1990, p. 31 et S ; et D.
Chagnolland : « Droit constitutionnel contemporain » ; op. cit. ; pp.80-87.