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Institut National des Sciences de Gestion Enseignant : Vincent de Pierre OKWE Ndong

Cours de Droit des Sociétés Commerciales Docteur en Droit Privé


Année-académi que : 2019-2020

Section 2 : L’exercice du pouvoir par les dirigeants

Dans leur exercice du pouvoir, les dirigeants (personnes physiques ou morales)


entretiennent des relations avec des personnes liées par le contrat de société (associés) et des
personnes extérieures (tiers) au contrat de société. De ce fait, la question qui se pose est celle
de savoir à quelles conditions leurs actes engagent-ils la société toute entière. Car, les dirigeants
sociaux agissent ès qualité pour le compte de l’entreprise et signent leurs actes de la signature
sociale. Ce sont donc les statuts qui déterminent les actes que les gérants ou les administrateurs
peuvent effectuer de leur propre décision, et ceux qu’ils n’effectuent qu’avec l’autorisation des
associés, statuant à l’unanimité ou à la majorité.

A- Les rapports avec les associés

Dans les rapports avec les associés, les pouvoirs des dirigeants sociaux peuvent être
valablement limités par les statuts. La règle est posée par l’art. 123 de l’AUSCGIE qui
dispose que : « dans les rapports entre associés et sous réserve des dispositions légales
spécifiques à chaque forme de société, les statuts peuvent limiter les pouvoirs des organes de
gestion, de direction et d’administration. Ces limitations sont inopposables aux tiers ».

La règle s’applique à toutes les formes de société. Elle est justifiée par l’organisation de
la société. En effet, plus cette organisation est complexe, plus les associés ressentent le besoin
de l’infléchir. Ce sont, par conséquent, les statuts des sociétés à responsabilité limitée, et le plus
souvent encore ceux des sociétés anonymes qui prévoient des infléchissements. A la lecture des
dispositions de l’art. 123 de l’AU, on peut déduire que les infléchissements visés intéressent
plusieurs organes. Mais, à l’analyse rien ne fait obstacle à ce que les infléchissements se limitent
à seul organe : « la pratique du droit des sociétés anonymes révèle les limitations des pouvoirs
d’un organe dirigeant au profit d’un autre organe ou au profit de l’assemblée générale des
actionnaires ». Cette règle a un double but. D’une part, elle assure la protection des tiers, et
d’autre part le bon fonctionnement des sociétés.

En somme, le gérant d’une société à risque illimité, par exemple la SNC, et celui de la
SARL, peuvent effectuer tous les actes de gestion dans l’intérêt de la société. Il a des rapports
avec les tiers, les pouvoirs les plus étendus, pour agir au nom de la société. Mais, cette sécurité
accordée aux tiers a une limite qui est l’objet social. Dans les sociétés de capitaux, par contre,
la loi définit les pouvoirs du conseil d’administration et de son président. L’un et l’autre ont les

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« pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société ». Ce qui leur
confère une grande marge de manœuvre. Toutefois, celle-ci n’est pas totale. Deux limites
principales peuvent ainsi être soulevées : dans certains cas, la loi réserve aux associés des
prérogatives qui leur sont propres. Celles-ci, concernent, par exemple, la modification des
statuts, l’approbation des comptes, l’affectation des résultats. Les statuts peuvent encadrer les
pouvoirs des dirigeants. Ainsi, pour emprunter une somme importante, il faut une autorisation
des associés. Une telle clause organise une sorte de défense interne de la société et sa violation
permet de mettre en cause la responsabilité civile du dirigeant qui peut être révoqué.

Aux termes des dispositions de l’art. 121 de l’AU le dirigeant social est investi, dans les
rapports avec les tiers, des pouvoirs les plus étendus pour engager la société, sans avoir à
justifier d’un mandat spécial. Toute limitation de son pouvoir légal par les statuts est
inopposable aux tiers.

B- Les rapports avec les tiers

Dans l’exercice de leur pouvoir, les dirigeants entretiennent également des rapports avec
les tiers. Dans les sociétés à risque illimité (sociétés de personnes), le gérant engage la personne
morale par les actes entrant dans l’objet social. Si une SNC fait le commerce de fruits et
légumes, elle n’est pas engagée par les opérations passées par un gérant visant à l’acquisition
de diverses cargaisons de pétrole. En d’autres termes, la société doit s’arrêter ou se limiter à
son objet social. Cette règle, si elle ne facilite pas la vie des contractants, elle protège les
associés des conséquences de l’engagement illimité qui caractérise ces sociétés.

Cependant, dans les sociétés à risque limité (sociétés de capitaux), les dirigeants
engagent la personne morale même par des actes qui ne relèvent pas de l’objet social. Cette
règle se justifie par la nécessité d’assurer la sécurité des affaires. La société est ainsi engagée et
doit exécuter le contrat passé par le dirigeant. Les tiers ne doivent pas être amenés à vérifier la
teneur des statuts, une telle vérification met un obstacle au développement des affaires.

CHAPITRE II : LES ASSOCIÉS

La loi confère aux associés un ensemble de pouvoirs. Ils ont notamment un droit à
l’information (section 1) et un droit au vote (section 2).

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Section 1 : Le droit à l’information

Les associés doivent être informés de ce qui se passe à l’intérieur de la société. C’est le
droit à l’information (art. 157 à 158 ; 344 et suivants, 520, 528, 526 de l’AU). Ce droit est
organisé à travers trois modalités.

A- Le droit de communique r les pièces

Il s’exerce lors de l’assemblée générale ordinaire (AGO). Les associés peuvent obtenir
la communication de divers documents, par exemple le rapport de gestion des comptes sociaux.
Dans les sociétés anonymes, un plus grand formalisme doit être respecté. Ainsi, les associés
peuvent prendre copie de l’inventaire dans les SNC. Ils peuvent, cependant, seulement le
consulter dans les SA.

B- Le droit de poser les questions aux dirigeants

Dans les SNC, les associés non-gérants ont la possibilité, deux fois par exercice, de
poser par écrit, des questions sur la gestion de la société. A ces questions, le gérant est tenu de
répondre par écrit. Cela existe également dans les SA et les SARL, mais dans ces derniers cas,
les questions doivent être posées sur les faits de nature à compromettre la continuité de
l’exploitation.

C- Le recours à l’expertise de gestion

L’expertise de gestion est un recours mis à la disposition des actionnaires par la loi.
Celle-ci, est demandée au tribunal par les actionnaires, à condition qu’ils représentent au moins
1/5 du capital social. L’expert désigné par le juge a pour mission de présenter un rapport sur
une ou plusieurs opérations de gestion dont la conformité avec l’intérêt social est douteuse. Les
honoraires des experts sont à la charge de la société.

Section 2 : Le droit de vote

Tout associé a le droit de participer aux décisions collectives (art. 333 de l’AU). Le droit
de vote s’exerce dans les assemblées générales. Il est le corollaire du droit de participation aux
décisions. Dans certaines sociétés, l’assemblée générale peut être remplacée par une
consultation écrite de l’ensemble des associés. Cependant, si chaque associé participe à la vie
de la société, tous n’ont pas le même poids dans la prise de décision.

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- Dans les SNC, chaque associé dispose d’une voix quelle que soit sa part dans le capital
social. Mais cette règle peut connaître une dérogation ;
- Dans les SARL (art. 334 de l’AU) et les SA, le poids de chaque associé dépend de son
poids en capital. Chaque associé dispose d’une voix par part sociale dans les SARL et
par action dans les SA.

Lorsqu’ils sont réunis en assemblée générale, les associés prennent les décisions
ordinaires et extraordinaires. La validité des délibérations des assemblées est soumise dans
certaines sociétés au respect des conditions de quorum (part de capital présente au représentée
pour que l’assemblée puisse délibérer valablement) et de majorité.

Dans les SNC, toutes les décisions sont prises, en principe, à l’unanimité. Dans les SA,
les décisions extraordinaires sont prises à la majorité des 2/3 des voix des actions présentes ou
représentées (1 action = 1 voix). Dans les assemblées générales, les décisions sont prises à la
majorité absolue 50+1. Enfin dans les SARL, la décision extraordinaire est prise par les associés
représentant au moins les ¾ des parts sociales.

Exercice d’application n° 5 : cas pratique

La société Martel, spécialisée dans la rénovation d’appartements, est à la recherche d’un gérant.
Car, après quelques années d’exploitation, les deux associés actuels ne peuvent plus s’occuper
de la gestion (les chantiers étant trop nombreux). Un de leurs amis est disposé à assumer la
tâche à condition d’avoir les pleins pouvoirs, d’être nommé pour toute la durée de la société et
d’avoir une rémunération de 1.000.000 FCFA par mois.

Les associés vous consultent pour savoir si :

1- Un non associé peut-il être gérant de leur société ? Quelles sont les autres conditions pour
être gérant ?

2- Le gérant peut-il avoir tous les pouvoirs ?

3- Les associés pourront-ils le révoquer avant la fin de son mandat ?