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Chapitre III : La demande de la monnaie

Les agents économiques sont différents sur le plan de détention de


la monnaie. S’ils ont de la monnaie, certains d’entre eux préfèrent
l’utiliser dans les transactions, d’autres par contre préfèrent l’exploiter
pour en tirer profit.
Nombreuses sont les raisons pour lesquelles les agents
économiques détiennent de la monnaie. Cette diversité a suscité
plusieurs confrontations et controverses, ce qui a rendu ce champ plus
vaste et plus complexe.
Cette complexité s’explique par la multiplicité des théories qui
n’ont pas un consensus commun.
Ce chapitre a pour objectif de soulever cette ambiguïté en se
limitant aux théories qui ont amplement façonné ce cadre à savoir :
- L’analyse classique
- L’école de Cambridge
- L’analyse keynésienne
- L’analyse des monétaristes
I- L’analyse classique
Les classiques développent trois idées relatives à la monnaie :
 La monnaie n’est qu’un moyen de transactions ;
 La monnaie n’influence pas l’économie réelle ;
 La monnaie influence les prix.
a- La monnaie n’est qu’un moyen de transactions
La monnaie n’est pas demandée pour elle-même. Elle est, en fait,
demandée pour ce qu’elle permet d’acquérir.
Comme le stipule Walras, « le besoin que l’on a de la monnaie n’est
autre chose que le besoin de marchandises qu’on achètera avec cette
monnaie ».
L’utilité de la monnaie est d’être un intermédiaire des échanges.
Un moyen qui permet d’acquérir un bien en l’échangeant contre un autre
bien à travers la monnaie.
b- La monnaie n’influence pas l’économie réelle : la monnaie est neutre
Dans l’analyse classique, les biens sont demandés et offerts par les
individus sur des marchés déterminés.
L’équilibre du marché se réalisé indépendamment de la monnaie,
en fonction de la confrontation de l’offre et de la demande. Cette
indépendance s’inscrit dans le cadre d’une dichotomie qui oppose les
deux sphères en séparant la sphère réelle de la sphère monétaire.
Cette théorie trouve ses assises et ses piliers dans la loi de Jean-
Baptise Say, qualifiée de loi des débouchés. Cette loi assure de manière
permanente l’équilibre sur le marché en agissant sur les prix. Ces
fondements se présentent comme suit :
- Cette loi repose sur l’impossibilité d’un déséquilibre entre l’offre
et la demande globale de produits, dans le sens où toute production
trouve toujours un débouché (un marché) : « l’offre crée sa propre
demande ».
- Cette loi se base sur l’hypothèse de la neutralité de la monnaie : la
monnaie n’est considérée que comme un « voile » dans la mesure où elle
est utilisée tout simplement pour faciliter les transactions. « Tout se
passerait comme si l’économie n’était qu’une série de troc »
« Les produits s’échangent contre des produits ».
- Selon cette loi, tous les biens offerts dans l’économie ont un
débouché. Dans une situation déséquilibrée où l’offre ne correspond pas
à la demande sur un marché particulier, il faut rapidement résorber ce
déséquilibre au détriment de la flexibilité des prix :
- Si l’offre excède la demande, le prix existant doit baisser jusqu’au
point où la quantité demandée sera égale à la quantité offerte ;
- Si la demande excède l’offre, le prix doit augmenter jusqu’au
point où la demande sera égale à l’offre.
D’après cette loi, l’offre détermine la demande et la flexibilité des
prix assure de manière permanente l’équilibre de l’offre et de la
demande sur tous les marchés.
La neutralité de la monnaie ne s’exprime que sur le plan
instrumental où la monnaie est considérée comme un moyen d’échange.
Alors que, le rôle de la monnaie en tant que « réserve de valeur » n’est
nullement pris en considération, car, selon J-B. Say, personne n’a intérêt à
conserver la monnaie. On vend un produit non pas pour avoir de la
monnaie, mais pour acheter un autre produit.
c- La monnaie influence les prix
La théorie classique exige une séparation de l’économie réelle et de
l’économie monétaire. La question qui se pose dès lors : quels effets ont
alors la variation de masse monétaire ?
C’est à ce niveau où apparaît la théorie quantitative de la monnaie
qui répond à cette interrogation. Cette théorie met en relation la quantité
de monnaie en circulation et le niveau des prix. Cette relation s’exprime
par la célèbre équation de I.FISHER :
M V = PT
* M : c’est la masse monétaire qui représente la quantité de
monnaie en circulation dans une économie pendant une période donnée.
Cette quantité ne dépend pas dans cette théorie des besoins de
l’économie, mais elle est modifiée par exemple par des entrées et des
sorties de devises.
* V : c’est la vitesse de la circulation de la monnaie.
* P : c’est le niveau général des prix.
* T : c’est le volume des transactions.
Dans l’économie, l’ensemble des biens qui s’échange pendant une
période déterminée correspond au volume global des transactions (T).
Pour régler ces échanges, une quantité de monnaie (M) est utilisée
plusieurs fois selon une vitesse de circulation (V). La valeur des échanges
(PT) doit absolument être égale aux dépenses monétaires (MV) dans
cette même période, ce qui a été mis en évidence par l’équation de
I.FISHER.
Cette théorie suppose que les composantes V et T sont constantes
sachant que la variable T ne peut être influencée par une variation de M
et que le niveau de la production ne dépend que des quantités des
facteurs de production (travail et capital). Si la variable M est multipliée
par n, les prix sont également multipliés par n, ce qui conduit à
l’inflation.
II- la pensée de l’école de Cambridge
L’école de Cambridge est représentée principalement par A.
Marshall et A-C. PIGOU. Par ses apports, cette école ouvre de nouvelles
tendances.
Si I. Fisher adopte une approche par les transactions, l’école de
Cambridge utilise une approche par les encaisses. Cette école a
reformulé la théorie quantitative de la monnaie en vue de définir pour la
première fois une fonction de demande. Cette fonction se présente
comme suit :
Md = K P Y
* Md : la demande de monnaie.
* k : l’inverse de la vitesse de circulation de la monnaie (coefficient
de l’utilisation de la monnaie : c’est une propension psychologique, c’est
le désir de conserver des encaisses).
* P : le niveau général des prix.
Cette approche préfère utiliser la variable « Y » au lieu de la
variable « T » - considérée comme vague – pour exprimer « les flux des
biens et services » produits au cours de la période d’analyse.
La demande de monnaie est constituée des encaisses monétaires
que les agents économiques désirent détenir durant une telle période. La
fonction qui en découle est une fonction croissante du revenu réel et du
niveau général des prix.
Si cette école présente un intérêt considérable, l’apport de PIGOU
est de grande importance.
Cet économiste part d’un principe selon lequel « les agents
économiques conscients de la fonction de « réserve de valeur » de la
monnaie ne sont pas indifférents à la conservation de leurs encaisses
pour maintenir leur pouvoir d’achat sur le marché ».
Pour PIGOU, les individus souhaitent détenir une encaisse qui est
fonction du revenu perçu.
Cette encaisse permet non seulement d’assurer des transactions
courantes, mais également de faire face à des besoins inattendus, ce que
l’on appelle « réserve de sécurité ». Cette réserve exprime effectivement
l’existence d’une demande, ce qui implique que la monnaie a une utilité
propre et est demandée pour elle-même.
Raisonnant en terme d’encaisse réelle, cet économiste met en
lumière son effet, appelé « effet d’encaisse réelle ». Le principe de celui-ci
réside dans le fait que les agents (individus), lors de variation des prix,
égalisent la valeur réelle et la valeur nominale de leurs encaisses par un
ajustement de leur consommation.
En effet, lorsque les prix baissent, la valeur réelle des encaisses
monétaires des ménages augmente. Pour rétablir cette valeur à son
ancien niveau, les ménages doivent réduire leur épargne, ce qui
augmente la consommation.
III- L’analyse keynésienne
L’approche keynésienne enrichit davantage le champ de l’étude de
la demande de la monnaie et reconnaît le rôle déterminant de cet objet
dans l’économie. À la différence des classiques, KEYNES ne limite pas la
monnaie à la seule fonction de transactions, mais élargit son périmètre
qui lui donne plus de valeur et plus de dynamisme. D’un autre côté, il
aborde la question de la neutralité de la monnaie en considérant que
celle-ci n’est pas neutre, mais active.
Selon cet économiste, la monnaie est détenue pour d’autres motifs
outre celui d’intermédiaire d’échange. Il s’agit du motif de précaution et
du motif de spéculation. Le premier nécessite de conserver des encaisses
pour faire face à des événements se manifestant brusquement et à des
imprévus inattendus : (maladie, hausse des prix, chômage …). Le
second, quant à lui, est le plus important et suppose que les agents
économiques détiennent des encaisses monétaires pour acheter des titres
(obligations) dans le moment convenable (lorsque leur prix baisse) et les
revendre ultérieurement lorsque leur prix augmente.
La demande de spéculation tend à s’accroître lorsque les taux
d’intérêt sont à la baisse, car dans ce cas, les agents doivent attendre la
remontée de ces taux pour utiliser leurs encaisses à l’achat des titres.
L’encaisse de spéculation traduit la préférence pour la liquidité des
agents dans la mesure où chacun d’entre eux a le choix entre : détenir
des encaisses de spéculation ou placer en achetant des titres
(obligations).
La demande de monnaie pour motif de transaction et celle pour
motif de précaution dépendent du revenu et sont croissantes avec cette
variable. Quant à la demande pour motif de spéculation, elle est fonction
du taux d’intérêt.
La demande de monnaie de KEYNES se présente comme suit :
DM = L1 (R) + L2 (i)
* (L1) représente la liquidité pour motifs de transaction et de
précaution
* (L2) représente la liquidité pour motif de spéculation
Au niveau de l’analyse, KEYNES distingue deux approches :
l’approche mettant la monnaie en relation avec les actifs financiers et
l’approche mettant la monnaie en relation avec les biens. La première
approche se base sur un choix entre la détention de monnaie ou la
détention des titres. Cette relation est réglée par le concept de
« préférence pour la liquidité ». Dans ce cadre, la monnaie est
considérée comme une réserve de valeur, un bien qui a un rendement
nul, un risque nul et ne procure aucune utilité. De là apparaît la
possibilité d’une thésaurisation, et cette monnaie réservée est appelée la
monnaie oisive.
La deuxième approche, pour sa part, s’appuie sur le choix de
détenir de la monnaie ou des biens. La liquidité est alors l’instrument qui
permet de réaliser les transactions (achat ou vente des biens).
La fonction de monnaie de KEYNES étant définie, mais l’analyse
aborde aussi le côté de neutralité de la monnaie. D’après cet économiste,
la monnaie n’est pas neutre, par contre, elle est active. Qui dit actif, dit
qu’il existe un lien entre la sphère réelle et la sphère monétaire. Ce lien
est exprimé par le taux d’intérêt.
Partant du motif de spéculation, l’approche keynésienne stipule
que la monnaie agit sur le comportement des agents économiques. C’est
en fonction des taux d’intérêt que les agents économiques peuvent faire
leur choix.
Le taux d’intérêt, en tant que variable monétaire, peut être
influencé par l’augmentation de la masse monétaire (l’augmentation de
l’offre de la monnaie).
Cette variation entraîne une baisse du taux d’intérêt, ce qui
encourage les agents économiques à investir. L’augmentation de
l’investissement va conduire à l’accroissement de l’activité économique
et donc au développement de la production et de l’emploi.
IV- L’analyse des monétaristes
En préambule, les monétaristes s’accordent sur une définition
considérant la monnaie comme un actif comparable à tous les autres
actifs qui forment le patrimoine des agents économiques.
L’un des fondateurs de l’analyse monétariste étant M. FRIEDMAN.
Ce théoricien propose une nouvelle théorie de la demande de monnaie
qui constitue pour lui une nouvelle formulation de la théorie
quantitative de la monnaie.
L’analyse de M. FRIEDMAN repose sur le fait que le demande de
monnaie existe, qu’elle est unique c’est-à-dire qu’on ne peut pas
distinguer selon la tradition keynésienne une demande de monnaie de
transaction, de spéculation ou de précaution, et qu’elle relève d’un
comportement général de détention de richesse. La richesse des agents
économiques forme ce qu’on appelle le « patrimoine ». D’après M.
FRIEDMAN, ce patrimoine se compose d’éléments suivants :
- La monnaie : c’est le seul élément au sein du patrimoine dont la
valeur nominale est fixe. C’est-à-dire que ce sont les prix des autres biens
qui varient alors qu’un billet de 100 DH vaut toujours 100 DH.
- Les obligations : actifs financiers non monétaires dont le prix
varie.
- Les actions : actifs financiers non monétaires dont le prix varie.
- Le capital physique : équipements et biens immobiliers.
- Le capital humain : l’individu lui-même. Celui peut réaliser des
services contre une rémunération et investir en lui-même pour obtenir
un revenu plus élevé.
De façon générale, la demande de monnaie de M. FRIEDMAN
dépend des facteurs suivants :
- Le prix ;
- Les rendements des différentes formes de cette richesse ;
- Les goûts et les préférences ;
- La richesse totale.
À la différence des autres théories, celle de M. FRIEDMAN
s’articule autour de la notion de revenu permanent en stipulant que « les
agents économiques ajustent leurs encaisses non à leur revenu actuel
(revenu courant), mais à leur revenu permanent en agissant sur leur
niveau de consommation ».
Sans se limiter à la présentation de la demande de monnaie, les
monétaristes s’intéressent également à sa neutralité. Certains d’entre eux
considèrent que la monnaie est active à court terme, mais neutre à long
terme, d’autres en revanche la considèrent comme étant neutre aussi
bien à court terme qu’à long terme. À court terme, une augmentation de
la masse monétaire entraîne une augmentation des prix (théorie
quantitative de la monnaie), ce qui implique en conséquence une
augmentation des investissements. Dans ce cas, l’inflation est un
stimulant aux investissements.
Par contre, à long terme, les salariés découvrent l’inflation, ce qui
les incite à manifester des revendications qui se traduisent par une
augmentation des salaires. Cela engendre une augmentation des coûts
de production et donc une baisse des investissements. Cette baisse
entraîne à son tour une augmentation du chômage. La monnaie est
neutre à long terme parce que l’effet stimulant des prix sur la production
est annulé par l’augmentation des coûts de production.

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