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DICTIONNAIRE

DES

PHILOSOPHES ANTIQUES
)
DICTIONNAIRE

DES

PHILOSOPHES ANTIQUES

publié sous la direction de

RICHARD GOULET

Chercheur au CNRS

IV

de Labeo à Ovidius

CNRS EDITIONS
15, rue Malebranche - 75005 PARIS
DICTIONNAIRE

DES

PHILOSOPHES ANTIQUES

publié sous la direction de

RICHARD GOULET

Chercheur au CNRS

IV

de Labeo à Ovidius

XSCNRS EDITIONS
15 , rue Malebranche - 75
DICTIONNAIRE

DES

PHILOSOPHES ANTIQUES

sous la direction de RICHARD GOULET

Déjà parus :

Volume I : d'Abam ( m )on à Axiothea , 1989.


Volume II : de Babélyca d'Argos à Dyscolius, 1994.
Volume III : d'Eccélos à Juvénal , 2000 .
Supplément , 2003 .

En application du Code de la propriété intellectuelle ,


CNRS ÉDITIONS interdit toute reproduction intégrale ou partielle
du présent ouvrage , sous réserve des exceptions légales .

© CNRS ÉDITIONS , Paris, 2005


ISBN 2-271-06386-8
AVANT -PROPOS

Ce nouveau tome contient environ 450 notices préparées par une


cinquantaine de rédacteurs. Elles couvrent les lettres L à O. Quelques notices
complémentaires pour les lettres A -J sont imprimées en fin de volume . La
révision de l'ensemble a bénéficié de la collaboration de plusieurs collègues qui
ont bien voulu relire des notices et proposer leurs remarques. Je dois remercier
tout particulièrement Constantinos MACRIS qui a accepté d'enrichir plusieurs
notices consacrées aux pythagoriciens à partir de la documentation prosopo
graphique rassemblée dans sa thèse de doctorat sur le De vita pythagorica de
Jamblique . Tiziano DORANDI a relu l'ensemble du manuscrit et a proposé
d'utiles compléments bibliographiques . J'ai également bénéficié à plusieurs
reprises des compétences bibliographiques de mes collègues de l'Année
philologique , dirigée par Pierre - Paul CORSETTI. Maroun AOUAD a assuré
l'identification et la normalisation des noms d'origine arabe dans l'index des
noms propres . Enfin , comme pour les tomes antérieurs , la relecture attentive
assurée par mon épouse, Marie - Odile GOULET -CAZÉ, a permis l'élimination de
nombreuses coquilles et conféré à l'ensemble une plus grande cohérence .
Un des rédacteurs de ce quatrième tome , Stéphane DIEBLER , nous a quittés
prématurément. Son excellente connaissance des néoplatoniciens tardifs, notam
ment de ceux qui sont mentionnés par la Vie d'Isidore de Damacius , à laquelle il
consacrait ses recherches, nous manquera . Quant à Jean PÉPIN , disparu le 10
septembre 2005, qui a fondé et longtemps dirigé l'UPR 76 du C.N.R.S. , il fut
l'un des principaux soutiens du projet initial de ce Dictionnaire des philosophes
antiques , auquel il a personnellement participé en rédigeant plusieurs notices
importantes. Quelques jours plus tard est décédée une autre collègue de cette
même équipe de recherche, Janine BERTIER , qui avait rédigé une longue notice
sur les Problemata aristotéliciens pour le Supplément. Que cette nouvelle étape
d'une entreprise à laquelle ils ont beaucoup collaboré serve à perpétuer leur
souvenir.

Je remercie enfin les auteurs qui nous ont fait parvenir leurs ouvrages ou des
tirés à part de leurs publications. Étant donné l'éclatement actuel de la biblio
graphie scientifique en des revues et des recueils toujours plus nombreux , c'est
pour eux une garantie supplémentaire de voir leurs études les plus récentes
prises en compte dans les notices du Dictionnaire.
RICHARD GOULET.

Toute correspondance peut être adressée à


Richard Goulet
4, rue de l'Abbaye
1

V
AUTEURS DES NOTICES DU TOME IV

Josèphe-Henriette ABRY Université Jean Moulin Lyon III


M 19.
Yasmina BENFERHAT Université Nancy 2
L 62 ; 65 ; M 21 ; 22 ; 43 ; 49 ; O 36.
Emmanuel BERMON Université Bordeaux III
L 55 ; N 12 ; 14.
Alain BLANCHARD Université de Paris IV ( Sorbonne )
M 102 .
István BODNÁR Eötvös University , Budapest / Central
European University , Budapest
0 10.

Véronique BOUDON -MILLOT C.N.R.S. (Paris )


M 45 ; 111 ; 133 ; 134 ; N 52 ; O 40 .
Jean BOUFFARTIGUE Université Paris X (Nanterre )
M 41 .
Luc BRISSON C.N.R.S. ( Villejuif)
L 63 ; 94 ; 100 ; 103 ; M 30 ; 75 ; 78 ; 126 ; 197 ;
0 34 ; 35 ; 41 .
Jacques BRUNSCHWIG Université de Paris - I (Panthéon -Sorbonne)
N 48 .
José María CAMACHO ROJO Université de Grenade
M 76.
Javier CAMPOS DAROCA Université d'Almeria
M 69 .
Bruno CENTRONE Università di Pisa
L 4 ; 5 ; 6 ; 8 ; 14 ; 20 ; 21 ; 25 ; 28 ; 30 ; 36 ; 41 ; 46 ;
49 ; 58 ; 85 ; 92 ; 93 ; 96 ; 104 ; M 15 : 77 ; 79 , 82 , 83 ;
92 ; 95 ; 123 ; 135 ; 141 ; 143 ; 166 ; 170 ; 171 ; 180 ;
182 ; 185 ; 186 ; 201 ; 202 ; 203 ; 204 ; N 2 ; 9 ; 11 ;
19 ; 50 ; 63 ; 67 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 22 ; 32 .
Régine CHAMBERT Professeur de Première Supérieure en
langues anciennes
L 54 ; 68 ; M 10 ; 28 ; 31 ; 32 .
8 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Michael CHASE C.N. R. S. (Villejuif)


L 89 ; N 17 ; 65.
Filipe DELFIM SANTOS Universidad Central de Venezuela,
Caracas.
M 63.

† Stéphane DIEBLER École Normale Supérieure (Paris ).


M 24 ; 29; 35 ; 74; 0 8 ; 20 ; 46 ; 47.
Tiziano DORANDI C.N. R. S. (Villejuif)
L 11 ; 19 ; 22 ; 29 ; 32 ; 33 ; 39 ; 40 ; 42 ; 43 ; 88 ; 98 ;
M 1 ; 53 ; 86 ; 87 ; 110 ; 115 ; 117 ; 121 ; 137 , 148 ;
150 ; 152 , 153 , 154 , 155 ; 157 ; 173 ; 175 ; 176;
177 ; 193 ; N 22 ; 34 ; 54; 0 1 ; 2 ; 3 ; 11 ; 13 ; 18; 43.
Gilles DORIVAL Université d'Aix -Marseille I - C.N.R.S. -
Institut Universitaire de France
0 42.

Michèle DUCOS Université de Paris IV (Sorbonne )


L 1 ; 12 ; 24; 56 ; 59 ; 64 ; 67 ; 74; M 20; 27 ; 54 ; 71 ;
139 ; 196; N 20 ; 58 ; 0 30 ; 49.
Barbara FERRÉ Agrégée de lettres classiques, docteur ès
lettres
M 46 .
Michel FERRÉ Agrégé de lettres classiques, docteur ès
lettres
M 46.
Simone FOLLET Université de Paris IV (Sorbonne)
L 69, 70, 76; 79 ; 85a; M 40 ; 72 ; 80 .
Jean - Claude FREDOUILLE Université de Paris IV (Sorbonne ) –
Institut d'Études Augustiniennes
(C.N.R.S. )
M 172.
Gad FREUDENTHAL C.N. R. S. ( Villejuif)
N 50.

Pedro Pablo FUENTES GONZÁLEZ Université de Grenade


L 66 ; M 9 ; 17 ; 76 ; 101 ; 120 ; 140 ; 151 ; 209 ;
N 10; 13 ; 57 , 59 ; 66.

Richard GOULET C.N.R.S. ( Villejuif)

L 2 ; 10 ; 22 ; 34 ; 38 ; 44; 45 ; 47 ; 48 ; 51 ; 53 ; 60 ; 61 ;
75 ; 78 ; 80 ; 81 ; 82 ; 84; 86; 90 ; 95 ; 100 ; 101 ; M 2 ;
3 ; 7 ; 13 ; 14; 16 ; 18 ; 23 ; 23a; 26 ; 33 ; 34 ; 36; 37 ;
AUTEURS DES NOTICES 9

38 ; 39 ; 44; 47 , 50 ; 55 , 56 , 57 ; 64 ; 67 ; 71 ; 84 ; 85 ;
88 ; 96 ; 97 ; 98 ; 108 ; 112 , 113 ; 116 ; 118 ; 119 ;
124 ; 131 ; 136 ; 138 ; 144 ; 145 ; 146 , 147 , 149 ;
158 ; 159 , 160 ; 165 ; 167 ; 169 ; 174 ; 179 ; 181 ;
183 ; 184 ; 188 ; 194 ; 200 ; 206 ; 207 ; 210 ; N 1 ; 3 ;
4 ; 5 ; 6 ; 7 ; 8 ; 18 ; 21 ; 24 ; 25 ; 26 ; 30 ; 31 ; 32 ; 33 ;
35 ; 37 ; 39 ; 40 ; 42 ; 43 ; 49 ; 53 ; 55 ; 56 ; 64 ; 68 ; 69 ;
70 ; O 12 ; 19 ; 25 ; 26 ; 27 ; 28 ; 29 ; 33 ; 38 ; 40 ; 41 ;
A 111a ; 219a; 329a ; 348a ; 502a; C 37a ; D illa ;
G 2a; 15a; H 63a; 106a; J la.
Marie-Odile GOULET - CAZÉ C.N. R. S. ( Villejuif)
L 9 ; 26 ; 102 ; M 52 ; 70 ; 89 ; 90 ; 93 ; 94 ; 104 ; 125 ;
129 ; 132 ; 142 ; 164; 178 ; 190 ; 198 , 199 , 208 ; 41 ;
N 62 ; 0 9 , 23 , 24 , 48 .
† Christian GUÉRARD C.N. R. S. ( Paris )
M 168 .
Ilsetraut HADOT C.N.R.S. ( Paris)
M 39.
Christiane INGREMEAU Université du Mans
L 7.
José KANY-TURPIN Université de Paris XII - Val de Marne
L 73 .
Juan Luis LÓPEZ CRUCES Université d'Almeria
M 69.
Sabine LUCIANI Université de Montpellier III
M99.
Concetta LUNA Scuola Normale Superiore di Pisa
L 72 .
Constantin MACRIS Université de Patras (Grèce ) - Centre
d'Etudes des Religions du Livre , Paris .
L 33a ; 36 ; 85 ; 104; M 143 ; 170 ; 185 , 186 ; () 4 ; 5 ;
6 ; 22 ; 32 ; 37 .
Pierre MARAVAL Université de Paris IV

L 16 ; 44 ; 52 ; M 5 ; 6 ; 8 ; 59 ; 60 ; 66 ; N 23 ; 38 ;
021 ; 39.
Robert MULLER Université de Nantes
M 100 ; 127 ; 156 ; 205 .
Michel NARCY C.N.R.S. (Villejuif)
L 57 ; 87 ; M 162 .
Ana PALANCIUC Doctorante ( Paris )
N 17 .
10 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Carlo PERNIGOTTI Scuola Normale Superiore di Pisa


M 103 ; 192.
Laurent PERNOT Université de Strasbourg II
M 105 .
Bernadette PUECH Université de Nancy 2
L 3 ; 13 ; 15 ; 17 ; 27 ; 35 ; 37 ; 50 ; 71 ; 77 ; 99 ; M 4;
11 ; 12 ; 25 ; 48 ; 58 ; 61 ; 65 ; 68 ; 73 ; 81 ; 91 ; 106 ;
109 ; 114 ; 122 ; 128 ; 161 ; 189 ; 191 ; 195 ; N 29 ;
36 ; 60 ; O 14 ; 31 ; 45 ; A 284 ; 428a; C 18a ; 225a ;
H71a.
Marwan RASHED C.N. R. S. ( Paris )
M 107.
Patrick ROBIANO Professeur agrégé de lettres classiques
L 23 ; 31 ; M 51 ; 62 ; 130 ; 187 ; N 61 .

Henri Dominique SAFFREY C.N. R. S. (Paris )


M 42 ; N 27 ; 28 ; 44 ; 47 ; O 15 ; 16; 17 ; 44 .
Jean - Pierre SCHNEIDER Université de Neuchâtel ( Suisse )
L 18 ; 83 ; 91 ; 97 ; N 15 ; 45 ; H 153a.
Stéphane TOULOUSE École Normale Supérieure ( Paris ) .
N 16.

Mauro ZONTA Università degli Studi di Roma « La


Sapienza »
N 46 .

1
ABRÉVIATIONS!

I. Revues et périodiques

A & A Antike und Abendland. Beiträge zum Verständnis der


Griechen und Römer und ihres Nachlebens. Berlin.
A & R Atene e Roma. Rassegna trimestrale dell'Associazione
italiana di cultura classica. Firenze .
AA Archäologischer Anzeiger. Berlin .
AAA 'Αρχαιολογικά Ανάλεκτα εξ Αθηνών. Αthenes.
AAAH Acta ad Archaeologiam et Artium Historiam pertinentia.
Institutum Romanum Norvegiae, Roma.
AAEEG Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études
grecques en France. Paris.
AAHG Anzeiger für die Altertumswissenschaft, hrsg. von der Öster
reichischen Humanistischen Gesellschaft. Innsbruck.
AAntHung Acta Antiqua Academiae Scientiarum Hungaricae .
Budapest.
ААР Atti dell'Accademia Pontaniana . Napoli.
AAPal Atti dell'Accademia di Scienze, Lettere e Arti di Palermo.
Palermo.
AAPat Atti e Memorie dell'Accademia Patavina di Scienze, Lettere
ed Arti, Classe di Scienze morali, Lettere ed Arti. Padova.
AAT Atti della Accademia delle Scienze di Torino, Classe di
Scienze morali, storiche e filologiche. Torino.
AATC Atti e Memorie dell'Accademia Toscana “ La Colombaria " .
Firenze .
AAWG Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in
Göttingen. Philologisch -historische Klasse . Göttingen . 3 .
Folge, 27 , 1942 - (Auparavant AGWG )

1. Ces listes ont pour but de faciliter l'identification des sigles et des abréviations utilisés
dans l'ouvrage. Il ne s'agit donc pas d'une bibliographie générale sur la philosophie antique.
On n'y cherchera pas non plus une description bibliographique complète des périodiques et
des collections qui y sont recensés. Les sigles adoptés sont le plus souvent ceux de l'Année
philologique. On a retenu dans d'autres cas les usages établis dans les publications spécia
lisées ( orientalisme, archéologie ). Nombre de revues ont connu des changements dans leur
titre, leur sous-titre, leur système de tomaison et leur lieu de publication. Il nous était impossi
ble de rendre compte de toutes ces variations. Certaines revues ont paru en plusieurs séries
successives ayant chacune leur tomaison propre . Dans nos notices, nous n'avons pas précisé à
quelle série correspondait la tomaison d'une référence lorsque la date de publication
permettait facilement de la retrouver.
12 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

AAWMIGS Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften ( und der


Literatur ), Mainz, Geistes- und sozialwissenschaftliche
Klasse . Wiesbaden .
AAWMIL Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften (und der
Literatur ), Mainz, Klasse der Literatur. Wiesbaden.
AB Analecta Bollandiana. Société des Bollandistes, Bruxelles.
ABAW Abhandlungen der Bayerischen (-1920 : Königl. Bayer.)
Akademie der Wissenschaften , Philosophisch -historische
Klasse. München .
ABG Archiv für Begriffsgeschichte. Bausteine zu einem histo
rischen Wörterbuch der Philosophie. Bonn .
ABSA Annual of the British School at Athens. London .
Abstriran Abstracta Iranica. Revue bibliographique pour le domaine
irano - aryen publiée en Supplément à la revue Studia
Iranica . Institut français d'iranologie. Téhéran /Leiden.
AC L'Antiquité Classique. Louvain - la -Neuve.
ACD Acta Classica Universitatis Scientiarum Debreceniensis.
Univ. Kossuth , Debrecen .
ACF Annuaire du Collège de France. Paris.
AClass Acta classica : verhandelinge van die Klassieke Vereniging
van Suid -Afrik. Proceedings of the Classical Association of
South Africa. Pretoria.
Acme Acme . Annali della Facoltà di Filosofia e Lettere dell'Uni
versità statale di Milano. Milano.
ActSemPhilolErl Acta Seminarii Philologici Erlangensis. Erlangen , puis
Leipzig
Adamantius Adamantius. Notizario del Gruppo Italiano di Ricerca su
« Origene e la tradizione alessandrina » . Pisa .
ADFF Annali del Dipartimento di filosofia dell'Università di
Firenze. Firenze.
ADMG Abhandlungen der Deutschen Morgenländischen Gesell
schaft. Leipzig
AE voir ArchEph .
AEAtl Anuario de Estudios Atlánticos. Madrid /Las Palmas.
AEFUE Anales de estudios filológicos de la Universidad de Extre
madura . Cáceres.
Aegyptus Aegyptus. Rivista italiana di egittologia e di papirologia.
Milano.
AEHE, IVe sect. Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, Sciences
historiques et philologiques. Paris.
AEHE , Ve sect. Annuaire de l'École pratique des Hautes Études, Sciences
religieuses. Paris.
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 13

Aesculape Aesculape. Revue mensuelle illustrée des lettres et des arts


dans leurs rapports avec les sciences et la médecine . Société
internationale d'histoire de la médecine. Paris.
Aevum Aevum . Rassegna di scienze storiche, linguistiche e filolo
giche . Milano.
AFB Anuari di filologia, Secció D : Studia Graeca et Latina .
Barcelona.
AFLAix Annales de la faculté des lettres et sciences humaines d'Aix .
Gap .
AFLB Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia di Bari. Bari.
AFMC Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia della Università
di Cagliari. Cagliari.
AFLL Annali della Facoltà di Lettere di Lecce. Lecce.
AFLM Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia, Università di
Macerata . Padova .
AFLN Annali della Facoltà di Lettere e Filosofia della Università
di Napoli. Napoli.
AFLNice Annales de la Faculté des lettres et sciences humaines de
Nice. Paris.
AFLP Annali della Facoltà di Lettere e filosofia dell'Università
degli studi di Padova. Firenze.
AFLS Annali della Facoltà di Lettere et filosofia, Università di
Siena. Fiesole.
AFMC Annali della Facoltà di Magistero dell'Università di
Cagliari. Cagliari.
AFP Archivum Fratrum Praedicatorum . Paris.

AGM ( N ) Sudhoffs Archiv für Geschichte der Medizin und Natur


wissenschaften. Wiesbaden .
AGPh Archiv für Geschichte der Philosophie. Berlin.
AGWG Abhandlungen der ( -1921 : Königl.) Gesellschaft der
Wissenschaften zu Göttingen , ( à partir de 1893 :) Philolo
gisch -historische Klasse. ( Berlin , puis ) Göttingen . 1 , 1838 /
1842 - 40 , 1894/1895 ; N.F. 1 , 1896/1897 - 25 , 1930/1931 ;
3. Folge 1 , 1932 - 26, 1940. Pour la suite , voir AAWG .
AHAW Abhandlungen der Heidelberger Akademie der Wissen
schaften , Philosophisch - historische Klasse. Heidelberg.
AHB The Ancient History Bulletin . Alberta Department of
Classics. Calgary .

AHES Archive for History of Exact Sciences. Berlin .


AHMA Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge .
Paris.
14 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

AIHS Archives Internationales d'Histoire des Sciences. Roma.


AIIS Annali dell'Istituto Italiano per gli Studi Storici. Bologna.
AION ( filol) Annali dell'Istituto Universitario Orientale di Napoli.
Dipartimento di Studi del mondo classico e del Mediter
raneao antico . Sezione filologico -letteraria. Napoli.
AIPho Annuaire de l'Institut de Philologie et d'Histoire Orientales
et Slaves de l'Université Libre de Bruxelles. Bruxelles.
AIV Atti dell'Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, Classe di
Scienze morali e Lettere. Venezia.
AJA American Journal of Archaeology. New York.
AJAH American Journal of Ancient History. Cambridge (Mass. ).
AJPM American Journal of Philology. Baltimore .
AK Antike Kunst, hrsg. von der Vereinigung der Freunde antiker
Kunst in Basel. Olten .
AKG Archiv für Kulturgeschichte. Berlin /Leipzig.
Akroterion Akroterion . Quarterly for the Classics in South Africa. Dept.
of Classics. Univ . of Stellenbosch .
Al -Andalus Al- Andalus. Revista de las Escuelas de Estudios Arabes de
Madrid y Granada. Madrid /Granada.
ALKGM Archiv für Literatur- und Kirchengeschichte des Mittelalters
mit Unterstützung der Görres -Gesellschaft. Freiburg im Br.
ALMA Archivum Latinitatis Medii Aevi [Bulletin Du Cange ). Paris ,
puis Bruxelles.
Al-Mašriq Al-Masriq. Revue catholique orientale bi-mensuelle.
Sciences, lettres, arts. Beyrouth .
Al-muktataf Al-muktataf. An Arabic scientific review . Le Caire.
Altertum Das Altertum , hrsg. vom Zentralinstitut für Alte Geschichte
und Archäologie der Deutschen Akademie der DDR . Berlin .
AltsprUnt Der Altsprachliche Unterricht. Arbeitshefte zu seiner
wissenschaftlichen Begründung und praktischen Gestalt.
Stuttgart
AMal Analecta Malacitana . Revista de la Sección de Filología de
la Facultad de Filosofía y Letras. Malaga.
Ambix Ambix . The Journal of the Society for the study of alchemy
and early chemistry. Cambridge.
AN Aquileia Nostra. Bollettino dell'Associazione nazionale per
Aquileia. Aquileia.
Analysis Analysis. London .
AnatAnt Anatolia Antiqua. Recueil de travaux publiés par l'Institut
français d'études anatoliennes Georges Dumézil, Istanbul.
Istanbul/Paris.
-
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 15

AncPhil Ancient Philosophy. Pittsburgh .


AncSoc Ancient Society. Louvain .
AncW The Ancient World. Chicago.
Angelicum Angelicum . Universitas a Sancto Thoma Aquinate in Urbe,
Roma.
Annales E. S.C. Annales ( Économie, Sociétés, Civilisations). Paris.
Annali Annali dell'Istituto universitario orientale di Napoli.
Seminario di studi dell'Europa orientale . Pisa .
AnnEpigr L'Année Épigraphique. Paris.
AnnMedHist Annals of Medical History. New York .
Anregung Anregung . Zeitschrift für Gymnasialpädagogik . München .
Antaios Antaios. Stuttgart.
Antichthon Antichthon . Journal of the Australian society for classical
studies. Sydney
AntikTanulm Antik Tanulmányok. Studia antiqua . Budapest.

Antiquitas Antiquitas. Rivista trimestrale di antichità classica . Salerno.


Antiquity Antiquity . A quarterly review of archaeology . Newbury ,
Berks.
AOMV Annali dell'Ospedale Maria Vittoria di Torino . Torino.
APAW Abhandlungen der ( -1870 : Königl.; 1871-1917 : Königl.
Preuß. ; 1918-44 : Preuß. ; puis :) Deutschen Akademie der
Wissenschaften zu Berlin , Philosophisch -historische Klasse .
Berlin.
Apeiron Apeiron. Department of philosophy , University of Alberta,
Canada.
APf Archiv für Papyrusforschung und verwandte Gebiete .
Leipzig
AQ Al- Qantara . Revista de estudios árabes. Madrid .
Aquinas Aquinas. Pontificia Universita lateranense . Roma .
ARAA
Atti della Reale Accademia di Archeologia , Lettere e Belle
Arti di Napoli. Napoli . Pour la suite , voir RAAN .
Arabica Arabica . Revue d'études arabes. Leiden .
ARAM Periodical ARAM Periodical. ARAM society for Syro -Mesopotamian
studies. Oxford .
Araştırma Araştırma. Istanbul ,
ArchClass Archeologia Classica . Rivista della Scuola nazionale di
Archeologia, pubblicata a cura degli Istituti di Archeologia e
Storia dell'arte greca e romana e di Etruscologia e antichità
italiche dell'Università di Roma. Roma .
ArchDelt
'Apxaloloyixòv Aɛatiov. Athènes .
Archeion
Archeion . Archivio di storia della scienza . Roma.
16 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

ArchEph 'Αρχαιολογική Εφημερίς (-1909 : 'Εφ. Αρχ.). 'Αρχαιο


Noyixò étaipeta . Athènes .
ArchGiurid Archivio Giuridico. Pisa .
ArchGlotutal
Archivio Glottologico Italiano. Firenze .
ArchltalPsicol Archivio italiano di psicologia generale e del lavoro .
Torino.
Archivum Archivum . Revista de la Facultad de Filología. Oviedo.
Archiv Philos Archiv für Philosophie. Stuttgart.
ArchJuives Archives Juives. Paris .
ArchOrient Archiv Orientální. Praha.
ArchPhilos Archives de Philosophie. Recherches et documentation .
Paris .
ArchPhilosDroit Archives de philosophie du droit. Paris.
Arctos Arctos. Acta philologica Fennica, Helsinki .
Argumentation Argumentation . An international journal on reasoning.
Dordrecht.
ARID Analecta Romana Instituti Danici. Odense.
ArtsAsiatiques Arts Asiatiques. Paris.
ARW Archiv für Religionswissenschaft. Leipzig /Berlin.
AS Anatolian Studies . Journal of the British Institute of
Archaeology at Ankara . London .
ASAW Abhandlungen der Sächsische Akademie der Wissenschaften
zu Leipzig, Philologisch -Historische Klasse. Berlin .
AsiatStud Asiatische Studien. Études Asiatiques. Berne .
ASNP Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa , Classe di
Lettere e Filosofia. Pisa.
ASPH Arabic Sciences and Philosophy. Cambridge.
Athena 'Αθηνά . Σύγγραμμα περιοδικόν της εν Αθήναις
ÉnloTnuovixñs étalpeiaç. Athènes .
Athenaeum Athenaeum . Studi periodici di Letteratura e Storia dell'Anti
chità . Pavia .
Athenaion ' Αθήναιον. Σύγγραμμα περιοδικών . Αthenes .
AU Der altsprachliche Unterricht. Voir AltsprUnt.
AUG Annales de l'Université de Grenoble , Paris /Grenoble.

AugStud Augustinian Studies . Augustinian Institute , Villanova


University . Villanova, Pennsylvania,
Augustinus Augustinus. Revista publicada por los Padres Agustinos
recoletos. Madrid .
AUMur Anales de la Universidad de Murcia (Letras ). Murcia .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 17
BA Bollettino d'Arte del Ministero della Pubblica Istruzione .
Roma,
BAB Bulletin de la Classe des Lettres de l'Académie Royale de
Belgique. Bruxelles.
BABesch Bulletin Antieke Beschaving . Leiden .
BACILE Bulletin semestriel de l'Association des classiques de
l'Université de Liège . Stavelot.
BACTH Bulletin Archéologique du Comité des Travaux Historiques.
Ministère de l'Éducation nationale , Paris.
BAGB Bulletin de l'Association Guillaume Budé. Paris .
BALAC Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétienne .
Paris.
BAM Bulletin d'Archéologie Marocaine. Casablanca.
BANL Boletín de la Academia Nacional de Letras. Montevideo.
BAR Bulletin de l'Académie des sciences de l'U.R.S.S. Lenin
grad, puis Moscou.
BAug « Bulletin Augustinien » dans REAug.
BBG
Blätter für das Bayerische Gymnasialschulwesen .München.
BCAI
Bulletin critique des Annales Islamologiques, Supplément
aux Annales Islamologiques. Institut français d'archéologie
orientale . Le Caire.
BCH
Bulletin de Correspondance Hellénique. Paris .
BCO Bibliotheca Classica Orientalis. Dokumentation der alter
tumswissenschaftlichen Literatur der Sowjetunion und der
Länder der Volksdemokratien . Berlin .
BE
« Bulletin épigraphique » dans REG .
BEO
Bulletin d'Études Orientales, publié par l'Institut français de
Damas. Beyrouth .
Berytus Berytus. Archaeological Studies published by the Museum
of Archaeology of the American University of Beirut .
Beirut.
Bessarione
Bessarione. Pubblicazione periodica di studi orientali .
Roma .
BFAUE
Bulletin of the Faculty of Arts of University of Egypt. Le
Caire.
BFCI
Bollettino di Filologia Classica . Torino.
BHM
Bulletin of the History of Medicine. Baltimore .
BHR
Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance : travaux et
documents. Genève .
BIAO
Bulletin de l'Institut français d'Archéologie Orientale. Le
Caire.
18 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
BiblMath Bibliotheca Mathematica. A series of monographs on pure
and applied mathematics. Amsterdam .
BICS Bulletin of the Institute of Classical Studies. University of
London .
BIDR Bullettino dell'Istituto di Diritto Romano . Milano .
BIEH Boletín del Instituto de Estudios Helénicos. Barcelona.
BIE Bulletin de l'Institut d'Égypte. Le Caire.
Bilychnis Bilychnis. Roma.
BISI Bullettino dell'Istituto Storico Italiano (puis : per il Medio
evo ). Roma.
BJRL Bulletin of the John Rylands Library. Manchester
BK Bedi Karthlisa . Revue de kartvélologie (Études géorgiennes
et caucasiennes ) . Destin de la Géorgie. Paris. Devenu , à
partir de 1985 , Revue des études géorgiennes et cauca
siennes.
BLE Bulletin de Littérature Ecclésiastique. Toulouse.
BLR The Bodleian Library Record. Oxford .
BMAH Bulletin des Musées royaux d'Art et d'Histoire. Bruxelles.
BMQ British Museum Quarterly. London .
BO Bibliotheca Orientalis, uitg . van het Nederlandsch Instituut
voor het Nabije Oosten. Leiden .
BollClass Bollettino dei classici, a cura del Comitato per la prepa
razione dell'edizione nazionale dei classici greci e latini .
Roma.

BollistFilolGreca Bolletino dell' Istituto di filologia Greca. Università di


Padova . Roma.
BollitStudOr Bollettino Italiano degli Studii Orientali. Firenze.
BonnerJb Bonner Jahrbücher des Rheinischen Landesmuseums in
Bonn und des Vereins von Altertumsfreunden im Rhein
lande. Köln .
Boreas Boreas. Münstersche Beiträge zur Archäologie. Münster.
BPhW Berliner Philologische Wochenschrift. Leipzig/ Berlin .
( Suite : PhW ).
BOR British Quarterly Review . London.
BRGK Bericht der Römisch -Germanischen Kommission des
Deutschen Archäologischen Instituts. Berlin .
BSOAS Bulletin of the School of Oriental and African Studies.
London .
BStudLat Bollettino di Studi Latini. Periodico quadrimestrale d'infor
mazione bibliografica. Napoli.
-
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 19
BullGéod Bulletin Géodésique. Official Journal of the International
Association of Geodesy & International Union of Geodesy
and Geophysics. Berlin .
BullHispan Bulletin Hispanique. Faculté des Lettres et Sciences
Humaines de l'Université de Bordeaux III .
BullPhilosMed Bulletin de Philosophie Médiévale . Société internationale
pour l'étude de la philosophie médiévale. Louvain .
BullScMath
Bulletin des Sciences Mathématiques et astronomiques .
Paris, réimpr. Amsterdam .
BWPr
Winckelmannsprogramm der Archäologischen Gesellschaft
zu Berlin . Berlin .
Byrsa Cahiers de Byrsa. Musée Lavigerie (Carthage, Tunisie ) .
Paris .
Byzantion
Byzantion . Revue internationale des études byzantines .
Bruxelles.
Byz ) Byzantinisch - neugriechische Jahrbücher. Athènes .
Byzs Byzantinoslavica . Revue internationale des études byzan
tines. Praha.
By Z Byzantinische Zeitschrift. München .
C& M Classica et Mediaevalia . Revue danoise d'histoire et de
philologie publiée par la Société danoise pour les études
anciennes et médiévales. København .
C& S Cultura e Scuola. Roma.
Caesaraugusta
Caesaraugusta. Arqueología, prehistoria, historia antigua.
CSIC , Inst . Fernandino el Católico . Zaragoza .
Caesarodunum
Caesarodunum . Institut d'études latines de l'Université de
Tours.
CahSWeil Cahiers Simone Weil. Revue trimestrielle publiée par
l'Association pour l'étude de la pensée de Simone Weil .
Paris.
CanJPhilos
Canadian Journal of Philosophy. Calgary ( Alberta ).
Cathedra
Cathedra for the History of Eretz - Israel and its Yishuv .
Jérusalem .
CB The Classical Bulletin , Saint Louis .
CCC Civiltà Classica e Cristiana . Genova .
CCM
Cahiers de Civilisation Médiévale. Poitiers .
CE
Chronique d'Égypte. Bruxelles.
CEA
Cahiers des Études Anciennes . Montréal.
Centaurus
Centaurus. International magazine of the history of mathe
matics, science and technology. København.
20 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

CentrblBiblwes Centralblatt für Bibliothekswesen ( devenu par la suite


Zentralblatt für Bibliothekswesen ). Leipzig.
CF Classical Folia . Studies in the christian perpetuation of the
Classics. New York .
CFC ( G ) Cuadernos de Filología Clásica ( Estudios Griegos e
indoeuropeos). Madrid.
CH Church History. American Society of Church History,
Chicago.
Chiron Chiron . Mitteilungen der Kommission für alte Geschichte
und Epigraphik des Deutschen Archäologischen Instituts.
München .
CHM Cahiers d'Histoire Mondiale. Paris /Neufchâtel.
CI Classics Ireland . Dublin .
Ciceroniana Ciceroniana . Rivista del Centro di studi ciceroniani,
Firenze.
CIMA Cahiers de l'Institut du Moyen Age grec et latin .
København .
CISA Contributi dell'Istituto di Storia antica dell'Università del
Sacro Cuore , Milano .
CJ The Classical Journal. Athens (Georgia ).
CIAnt Classical Antiquity. Berkeley.
CollectFrancisc Collectanea Franciscana. Roma.
CollectTheol Collectanea Theologica Societatis theologorum Polonae
cura edita. Varsovie.
Contributo Contributo . Osservatorio astrofisico, Arcetri. Firenze.
CPh Classical Philology. Chicago.
ce Classical Quarterly. Oxford .
COR Church Quarterly Review. London.
CR Classical Review. Oxford .
CRAI Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles
Lettres. Paris.
CRASR Comptes Rendus de l'Académie des Sciences de Russie .
Leningrad.
CronErc Cronache Ercolanesi. Bollettino del Centro internazionale
per lo studio dei Papiri Ercolanesi. Napoli.
CrSt Cristianesimo nella Storia . Ricerche storiche esegetiche
teologiche. Bologna.
СТ Les Cahiers de Tunisie. Tunis.
CuadFilos Cuadernos de filosofía. Buenos Aires .
CW Classical Weekly. New York .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 21

CWo The Classical World . Pittsburgh ( Pennsylvania ).


DA Dissertation Abstracts . International abstracts of disserta
tions available in microfilm or as xerographic reproductions.
Ann Arbor (Michigan ).
Dacia Dacia . Revue d'archéologie et d'histoire ancienne. Bucarest.
DArch Dialoghi di Archeologia . Roma.
DAWW Denkschriften der Akademie der Wissenschaften in Wien .
Wien.
DeutscheRschau Deutsche Rundschau für Geographie und Statistik . Wien /
Leipzig.
DGT Drevnejsije Gosudarstva na territorii SSSR . Les États les
plus importants sur le territoire de l'URSS. Matériaux et
Recherches. Moskva .
DHA Dialogues d'Histoire Ancienne. Paris.
Diadoche AIAAOXH . Revista des Estudios de Filosofia Platonica y
Cristiana. Instituto de Filosofia de la Universidad Católica
de Chile in Santiago - Departamento de Filosofia de la
Universidad Argentina John F. Kennedy .
Diálogos Diálogos. Revista del Departamento de filosofía . Univer
sidad de Puerto Rico.
Didaskalia Didaskalia. Revista da Faculdade de teologia de Lisboa.
Lisboa.

Dioniso Dioniso . Rivista trimestrale di studi sul teatro antico.


Siracusa.
Dionysius Dionysius. Dalhousie University, Halifax , Nova Scotia.
Diotima Diotima. Revue de recherche philosophique. Athènes .
DivThomp Divus Thomas. Piacenza.
DLZ Deutsche Literaturzeitung für Kritik der internationalen
Wissenschaft. Berlin.
Dodone Δωδώνη. Επιστημονική επετηρίς της Φιλοσοφικής
Σχολής του Πανεπιστημίου Ιωαννίνων, Ioannina.
DOP Dumbarton Oaks Papers. New York .
DR Dublin Review. Dublin
DSTFM Documenti e Studi sulla Tradizione Filosofica Medievale.
Rivista della Società internazionale per lo studio del
medioevo latino . Spoleto .
Durius Durius. Boletin castellano de estudios clasicos. Valladolid .
EA Epigraphica Anatolica. Zeitschrift für Epigraphik und
historische Geographie Anatoliens. Bonn .
EEa Estudios Eclesiásticos. Revista trimestral de investigación e
información teológica. Madrid .
22 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

EEAth Επιστημονική Επετηρίς της φιλοσοφικής Σχολής του


Πανεπιστημίου Αθηνών. Αthenes.
EHBS Επετηρίς Εταιρείας Βυζαντινών Σπουδών . Αthenes.
EHR English Historical Review . London.
Eikasmos Eikasmos. Quaderni bolognesi di filologia classica. Bologna.
Eirene Eirene. Studia Graeca et Latina. Praha.
Elenchos Elenchos. Rivista di studi sul pensiero antico. Roma/Napoli.
EMC Échos du Monde Classique. Classical News and Views.
Calgary ( Alberta ).
Emerita Emerita . Revista de Lingüística y Filología clásica. Madrid .
Enrahonar Enrahonar. Quaderns de filosofia . Barcelona.
EO Échos d'Orient. Paris.
Eos Eos . Commentarii Societatis Philologae Polonorum.
Wrocław .
EPh Études Philosophiques. Paris.
Epigr
Stud Epigraphische Studien . Köln .
Epos Epos. Revista de filología de la Universidad nacional de
educación a distancia ( Facultad de filología ). Madrid .
Eranos Eranos. Acta Philologica Suecana. Uppsala.
Erasmus Erasmus. Speculum Scientiarum . Bulletin international de la
science contemporaine. Wiesbaden .
EstudEccles Estudios ecclesiasticos. Revista teologica de investigacion .
Facultades de Teologia de la Compaña de Jésus en España,
Madrid .
EstudFilos Estudios Filosóficos. Instituto superior de filosofía.
Valladolid .
Eunomia Eunomia . Ephemeridis Listy filologické supplementum .
Praha.
Expositor The Expositor. London .
F& F Forschung und Fortschritte . Korrespondenzblatt der
deutschen Wissenschaft und Technik . Berlin .
Faventia Faventia . Publicació del Departament de filologia clàssica
de la Universitat autònoma de Barcelona. Barcelona .
Florllib Florentia lliberritana . Revista de estudios de antigüedad
clásica. Granada.
Fortunatae Fortunatae. Revista Canaria de filología, cultura y humani
dades clásicas. La Laguna (Canarias ).
FranciscStud Franciscan Studies. A quarterly review . New York .
FT Filosofia e Teologia. Napoli.
FZPhth Freiburger Zeitschrift für Philosophie und Theologie.
Freiburg in der Schweiz.
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 23
G&R Greece and Rome. Oxford .
GB Grazer Beiträge. Zeitschrift für die klassische Altertums
wissenschaft. Graz .
GCFI Giornale Critico della Filosofia Italiana. Firenze.
Gerion Gerion. Madrid .
GFF Giornale Filologico Ferrarese. Ferrara .
GFRF Giornale Ferrarese di Retorica e Filologia . Ferrara. ( Suite
de GFF .)
GGA Göttinger Gelehrte Anzeigen . Göttingen . Ce périodique
interrompu en 1944 a paru de 1739 à 1752 sous le titre
Göttingische Zeitung von gelehrten Sachen , de 1753 à 1801
sous le titre Göttingische Anzeigen von gelehrten Sachen.
GIF Giornale Italiano di Filologia. Rivista trimestrale di cultura.
Roma.
Glotta Glotta . Zeitschrift für griechische und lateinische Sprache.
Göttingen.
GM Giornale di Metafisica. Genova.
Gnomon Gnomon . Kritische Zeitschrift für die gesamte klassische
Altertumswissenschaft. München .
GRBS Greek, Roman and Byzantine Studies. Durham (N. C. ).
Gregorianum Gregorianum . Commentarii de re theologica et philo
sophica. Roma .
GSAI Giornale della Società Asiatica Italiana . Roma.
GSLI Giornale Storico della Letteratura Italiana . Torino .
Gymnasium Gymnasium . Zeitschrift für Kultur der Antike und huma
nistische Bildung . Heidelberg.
H & T History and Theory. Studies in the philosophy of history.
Wesleyan University, Middletown, Conn.
HAnt Hispania Antiqua. Colegio universitario de Alava .
Hebraica Hebraica . A quarterly journal in the interest of Hebrew
study. New Haven (Conn . ), puis Chicago.
HebrUCA Hebrew Union College Annual, Cincinnati .
Helikon Helikon . Rivista di tradizione e cultura classica. Roma.
Hellenica Ελληνικά. Φιλολογικόν , ιστορικών και λαογραφικών
περιοδικόν σύγγραμμα της Εταιρείας Μακεδονικών
Enoudāv. Thessalonique.
Henoch Henoch. Studi storicofilologici sull'ebraismo . Biblioteca
Paul Kahle , Università di Torino , Istituto di orientalistica .
Torino.
Hephaistos Hephaistos. Kritische Zeitschrift zur Theorie und Praxis der
Archäologie, Kunstwissenschaft und angrenzender Gebiete .
Bremen .
24 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
Hermathena Hermathena . Trinity College, Dublin .
Hermeneus Hermeneus. Tijdschrift voor de antieke Cultuur. Culemborg.
Hermes Hermes. Zeitschrift für klassische Philologie. Wiesbaden .
Hesperia Hesperia . Journal of the American school of classical
studies at Athens. Athens.
Hespéris Hespéris. Archives berbères et Bulletin de l'Institut des
Hautes - Études Marocaines. Paris .
Hestia ' Eoria . Athènes.
Hippokrates Hippokrates. Annales Societatis Historiae Medicinae
Fennicae. Helsinki.
Hispanic Review Hispanic Review . Philadelphia.
HistMath Historia Mathematica. International Journal of History of
Mathematics. New York London .
Historia Historia . Zeitschrift für alte Geschichte . Wiesbaden.
HistSc Historia Scientiarum . International Journal of the History of
Science Society of Japan . Tokyo .
HJ Historisches Jahrbuch . München .
Homine ( De ) De Homine. Roma.
Horos " Ορος. " Ένα αρχαιογνωστικό περιοδικό. Αthenes .
HPBCD Historisch -politische Blätter für das Catholische
Deutschland . München.
HPTh History of Political Thought. Exeter.
HR History of Religions. Chicago.
HSCP voir HSPh .
HSF Historische Sprachforschung (Historical Linguistics ) .
Göttingen .
HSP Harvard Studies in Classical Philology. Cambridge ( Mass . ).
HTER Harvard Theological Review . Cambridge (Mass . ).
Hugoye Hugoye : Journal of Syriac Studies. An electronic journal
dedicated to the study of the Syriac tradition . Beth
Mardutho : The Syriac Computing Institute .
[ http ://syrcom,cua.edu / Hugoye/].
HZ Historische Zeitschrift. München.
ICS Illinois Classical Studies. University of Illinois , Chicago.
IEJ Israel Exploration Journal. Jerusalem .
IJMES International Journal of Middle East Studies. Cambridge.
IL L'Information Littéraire. Paris.
Ilu Ilu , revista de ciencias de las religiones. Madrid .
Index Index . Quaderni camerti di studi romanistici. International
Survey of Roman Law . Napoli.
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 25

Ínsula Ínsula. Revista de Letras y Ciencias Humanas. Madrid.


JOS Israel Oriental Studies. Tel Aviv .
Iraq Iraq, published by the British school of archaeology in Iraq.
London.
Irénikon Irénikon . Bulletin mensuel des moines de l'union des
Églises. Prieuré d'Amay sur Meuse .
Isis Isis. An international review devoted to the history of
science and its cultural influences. Washington .
Isl Der Islam . Berlin .
IsiCult Islamic Culture . An English quarterly. Hyderabad.
IQ The Islamic Quarterly. London .
Ítaca Ítaca. Quaderns catalans de cultura classica . Barcelona .
Italianistica Italianistica. Rivista di letteratura italiana. Milano .
Italica Italica . Review of the American Association of teachers of
Italian. Ann Arbor, Univ . of Michigan .
Jura lura . Rivista internazionale di diritto romano e antico .
Napoli.
JA Journal Asiatique. Paris.
Janus Janus. Revue internationale de l'histoire des sciences, de la
médecine , de la pharmacie et de la technique . Amsterdam .
JAOS Journal of the American Oriental Society. Baltimore .
JAW Jahresbericht für die Fortschritte der Altertums
wissenschaft. Leipzig.
ЈБАС Jahrbuch für Antike und Christentum . Münster.
JBM Jahrbuch für das Bistum Mainz. Mainz .
JbPTh Jahrbücher für Protestantische Theologie. Leipzig.
JCS Journal of Classical Studies. The Journal of the classical
society of Japan , Kyoto .
JDAI Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts. Berlin .
JDT Jahrbücher für deutsche Theologie. Stuttgart.
JEA Journal of Egyptian Archaeology. London .
JECS Journal of Early Christian Studies . Journal of the North
American patristics society. Baltimore, MD.
JewQRev Jewish Quarterly Review . London /New York .
JHA Journal for the History of Astronomy. Chalfont St. Giles ,
Bucks.
JHAS Journal for the History of Arabic Science. Alep.
JHI Journal of the History of Ideas . Ephrata , Penna &
Philadelphia.
JHP Journal of the History of Philosophy. Berkeley.
26 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES
JJP Journal of Juristic Papyrology. Warszawa.
JIS Journal of Jewish Studies. Oxford.
JKPh Jahrbücher für klassische Philologie. Leipzig. Le périodique
s'est intitulé diversement à différentes périodes de son
histoire, de 1826 à 1943 : Neue Jahrbücher für Philologie
und Pädagogik, Neue Jahrbücher für das klassische Alter
tum, Geschichte und deutsche Literatur und für Pädagogik,
Neue Jahrbücher für Wissenschaft und Jugendbildung, Neue
Jahrbücher für deutsche Wissenschaft, Neue Jarhbücher für
Antike und deutsche Bildung.
JMT Journal of music theory. A publication of the Yale school of
music . Yale .
INES Journal of Near Eastern Studies. Chicago.
ING Jahrbuch für Numismatik und Geldgeschichte. Kallmünz.
JEAN Jahreshefte des Österreichischen Archäologischen Instituts.
Wien.
JÖB Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik. Wien.
JEBG Jahrbuch der Österreichischen Byzantinischen Gesellschaft.
Wien .
JP Journal of Philology. London /Cambridge.
JPakHS Journal of the Pakistan Historical Society. Karachi.
JPh Journal Philosophique. Centre de recherche philosophique
Saint Thomas d'Aquin . Paris.
JPhilos Journal of Philosophy. New York.
JR Journal of Religion . Chicago .
JRA Journal of Roman Archaeology. Ann Arbor ( Michigan ) .
JRAS Journal of the Royal Asiatic Society. London.
JRS Journal of Roman Studies. London .
JS Journal des Savants. Paris.
JSAI Jerusalem Studies in Arabic and Islam . Jerusalem .
JSJ Journal for the Study of Judaism in the Persian , Hellenistic
and Roman Period. Leiden .
JSJT Jerusalem Studies in Jewish Thought. Jérusalem .
JSS Journal of Semitic studies. Manchester.
JThS Journal of Theological Studies. Oxford.
JWCI Journal of the Warburg and Courtauld Institute. London .
Kairos Kairos . Zeitschrift für Religionswissenschaft und Theologie.
Salzburg
Karthago Karthago. Revue d'archéologie africaine. Paris.
Kentron Kentron . Revue du monde antique et de psychologie
historique. Université de Caen .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 27
KFLQ Kentucky Foreign Language Quarterly. Lexington.
KIVF Kölner Jahrbuch für Vor- und Frühgeschichte. Berlin .
Kleio Kleio . Tijdschrift voor oude talen en antieke kultuur.
Leuven .
Kléos Kléos. Revista de filosofía antiga. Rio de Janeiro.
Kleronomia Kleronomia . Thessalonique.
Klio Klio . Beiträge zur alten Geschichte . Berlin .
Koinonia Koivwvía . Organo dell'Associazione di Studi tardoantichi.
Napoli.
Kokalos Káxaroç. Studi pubbl . dall'Istituto di Storia antica dell '
Università di Palermo. Roma.
Ktèma Ktèma. Civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome
antiques . Strasbourg, Centre de recherche sur le Proche
Orient et la Grèce antique et Groupe de recherche d'histoire
romaine.

Kyklos Kyklos. Jahrbuch des Instituts für Geschichte der Medizin an


der Universität Leipzig, puis : Jahrbuch für Geschichte und
Philosophie der Medizin . Leipzig.
L & G Latina et Graeca. Zagrev.
Lampas Lampas. Tijdschrift voor Nederlandse classici. Muiderberg.
Latomus Latomus. Revue d'études latines. Bruxelles.
LCM Liverpool Classical Monthly. University of Liverpool ,
Department of Greek .
LD Letras de Deusto . Bilbao.
LEC Les Études Classiques. Namur.
Leonardo Leonardo. Rassegna bibliografica. Milano .
Lexis Lexis. Studien zur Sprachphilosophie. Sprachgeschichte und
Begriffsforschung. Lahr im B.
LF Listy Filologické. Praha.
Libyca Libyca . Bulletin du Service des Antiquités ( Archéologie ,
Épigraphie ). Alger.
Litteris Litteris. An international critical review of the humanities
published by the New society of letters at Lund . Lund.
LNV Litterae Numismaticae Vindobonenses. Wien .
Lustrum Lustrum . Internationale Forschungsberichte aus dem Bereich
des klassischen Altertums. Göttingen .
LS Leipziger Studien . Leipzig.
LZB Literarisches Zentralblatt für Deutschland. Leipzig.
M & H Medievalia et Humanistica . An American Journal for the
Middle Ages and Renaissance. Boulder (Colorado ).
28 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Maia Maia. Rivista di letterature classiche. Bologna .


MAIB Memorie dell'Accademia ( delle Reale Academia ) delle
Scienze dell'Istituto di Bologna. Classe di Scienze morali.
Bologna
MaimonStud Maimonidean Studies. New York.
MAL Atti della ( -1946 : Reale ) Accademia ( depuis 1921 :)
nazionale dei Lincei . Memorie della classe di scienze morali
e storiche dell'Accademia dei Lincei, Roma.
MALKAW Mededelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van
Wetenschappen. Afdeling Letterkunde . Amsterdam .
Manuscripta Manuscripta. Saint-Louis (Missouri ).
MARS Mémoires de l'Académie Roumaine (Section scientifique ).
Bucarest.
MAT Memorie dell'Accademia delle Scienze di Torino. Classe di
Scienze morali , storiche e filologiche, Torino
MCr Museum Criticum . Quaderni dell'Istituto di filologia classica
dell'Università di Bologna. Roma.
MD
Materiali e Discussioni per l'analisi dei testi classici. Pisa .
MDAFA Mémoires de la Délégation Archéologique Française en
Afghanistan. Paris.
MDAI ( A ) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
( Athenische Abteilung) . Berlin .
MDAI( T) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
(Abteilung Istanbul) . Tübingen .
MDAI( M) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
( Abteilung Madrid ). Mainz .
MDAI( R ) Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts
(Römische Abteilung). Mainz .
MEAH Miscelánea de estudios árabes y hebraicos. Granada.
Meander Meander. Revue de civilisation du monde antique .
Warszawa.
MedHist Medical History. Welcome Institute for the History of
Medicine . London.
Mediaevalia Mediaevalia . Textos e estudos. Fundação Eng . António de
Almeida . Porto .
MediaevalStud Mediaeval Studies. Institute of mediaeval studies . Toronto.
Medioevo Medioevo . Rivista di storia della filosofia medievale .
Padova.

MedLife Medical Life. New York .


MedPhilosPolon Mediaevalia Philosophica Polonorum . Académie polonaise
des sciences . Institut de la philosophie et de sociologie .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 29

Département d'histoire de la philosophie médiévale en


Pologne . Wroclaw .
MedWelt Die Medizinische Welt. Berlin .
MEFR Mélanges d'archéologie et d'histoire . École Française de
Rome. Paris . Voir pour la suite MEFRA et MEFRM .
MEFRA Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École Française
de Rome . Rome .
MEFRM Mélanges de l'École Française de Rome. Moyen Âge et
temps modernes. Paris .
MemCentreJPal Mémoires du Centre Jean Palerne. Saint - Étienne .
MemSocScBord Mémoires de la Société des Sciences physiques et naturelles
de Bordeaux. Bordeaux .
MH
Museum Helveticum . Revue suisse pour l'étude de l'Anti
quité classique. Bâle .
MHA Memorias de Historia Antigua . Oviedo,
MHJ Medizin-historisches Journal. Stuttgart.
Micrologus Micrologus. Natura, scienze e società medievali . Rivista
della Società Internazionale per lo Studio del Medio Evo
Latino. Turnhout.
MIDEO Mélanges de l'Institut Dominicain d'Études Orientales. Le
Caire.
Mihr Mihr. Téhéran .
Mind
Mind . A quarterly review of psychology & philosophy .
London.
Minerva
Minerva. Revista de filologia clásica . Valladolid .
MICEG
Mitteilungen des Instituts für Österreichische Geschichts
forschung . Wien .
MiscAcadBerlin
Miscellanea Berolinensia ad incrementum scientiarum ex
scriptis Societati Regiae Scientiarum exhibitis edita . Berlin .
MME
Manuscripts of the Middle East. A Journal devoted to the
study of handwritten materials of the Middle East . Leiden .
Mnemosyne Mnemosyne. Bibliotheca Classica Batava . Leiden .
MRS
Mediaeval and Renaissance Studies. London .
MS
The Modern Schoolmann . A quarterly journal of philosophy,
Saint- Louis ( Missouri ) .
MSB
Marburger Sitzungsberichte. Marburg.
MSLC Miscellanea di Studi di Letteratura Cristiana antica .
Catania.
MSMG
Marburger Schriften zur Medizingeschichte. Frankfurt am
Main /Bern .
MSR
Mélanges de Science Religieuse. Lille .
30 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

MT Museum Tusculanum . København .


Mundus Mundus. Stuttgart.
MusB Musée Belge. Revue de philologie classique. Louvain .
Muséon Le Muséon . Revue d'études orientales. Louvain .
MUSJ Mélanges de l'Université Saint- Joseph. Beyrouth.
MW The Muslim world . A quarterly review of history, culture ,
religions and the Christian mission in Islamdom. Hartford
(Conn . ) .
NAWG Nachrichten von der Akademie der Wissenschaften in
Göttingen , Philologisch - historische Klasse . Göttingen .
(Avant 1941: NGG )
ND Nuovo Didaskaleion . Catania.
NGG Nachrichten von der Gesellschaft der Wissenschaften zu
Göttingen . Philologisch - historische Klasse . 1894-1940 .
Göttingen . (Pour la suite, voir NAWG ).
Nova Tellus Nova Tellus. Anuario del Centro de Estudios clásicos .
Mexico.
NR Die Neue Rundschau. Frankfurt am Main.
NRFH Nueva Revista de Filología Hispánica. México .
NRL Nouvelles de la République des Lettres. Napoli.
NSchol The New Scholasticism . Baltimore .
NT Novum Testamentum . An international quarterly for New
Testament and related studies . Leiden .
NTS New Testament Studies. An international journal published
quarterly under the auspices of Studiorum Novi Testamenti
Societas. Cambridge.
NumChron Numismatic Chronicle and journal of the Royal numismatic
society. London.
Numen Numen . International review for the history of religions.
Leiden .
Numisma Numisma. Revista de la Sociedad ibero -americana de Estu
dios numismáticos. Madrid .
OC Oriens Christianus . Hefte für die Kunde des christlichen
Orients. Wiesbaden .
OCP Orientalia Christiana Periodica . Roma.
OLP Orientalia Lovaniensia Periodica . Louvain.
OLZ Orientalistische Literaturzeitung. Berlin.
OM Oriente Moderno. Roma.
Oriens Oriens . Journal de la Société internationale d'études orien
tales . Leiden .
--
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 31

Orientalia Orientalia . Commentarii periodici Pontificii Instituti Biblici .


Roma .
ORom Opuscula Romana . Annual of the Swedish Institute in
Rome . Jonsered .
Orpheus Orpheus. Rivista di umanità classica e cristiana. Catania.
OS Orientalia suecana . Uppsala.
OSAPH Oxford Studies in Ancient Philosophy. Oxford.
Osiris Osiris . Studies on the history and philosophy of science and
on the history of learning and culture ( puis : Commenta
tiones de scientiarum et eruditionis historia rationeque ).
Supplément de la revue Isis. Bruges.
PAA cf. PraktAkadAth .
PAAAS
Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences.
Boston.
PAAJR
Proceedings of the American Academy for Jewish Research .
New York .
PACPhA Proceedings of the American Catholic Philosophical Asso
ciation. Washington .
PagStorMed Pagine de Storia della Medizina . Roma .
Paideia
Paideia . Rivista letteraria di informazione bibliografica.
Roma.
PalEQ
Palestine Exploration Fund. Quarterly statement. London .
Pallas
Pallas. Revue interuniversitaire d'études antiques . Toulouse .
PAPS
Proceedings of the American Philosophical Society .
Philadelphia.
Parnassos
Παρνασσός. Φιλολογικό περιοδικό. Αthenes .
Parousia
Παρουσία . Επιστημονικό περιοδικό του Συλλόγου
Διδακτικού Προσωπικού Φιλοσοφικής Σχολής Παν
επιστημίου Αθηνών. Αthenes .
PAS
Proceedings of the Aristotelian Society . London .
PBA
Proceedings of the British Academy. Oxford .
PBSA
Papers of the British School at Athens. London .
PBSR
Papers of the British School at Rome. London .
PCPHS
Proceedings of the Cambridge Philological Society.
Cambridge .
Pensamiento
Pensamiento . Revista de investigación e información filo
sófica. Madrid .
Ph & Rh
Philosophy and Rhetoric . University Park ( Pennsylvania ).
PhilolClass
Philologia Classica. Saint-Pétersbourg.
32 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Philologus Philologus. Zeitschrift für klassische Philologie. Berlin .


PhilolRschau Philologische Rundschau. Bremen .
PhilosAnt Philosophie Antique . Problèmes , renaissances, usages .
Villeneuve -d'Ascq.
PhilosJb Philosophisches Jahrbuch. Auf Veranlassung und mit
Unterstützung der Görres Gesellschaft herausgegeben ...
Fulda.
Philosophia Φιλοσοφία . Επετηρίς του Κέντρου ερεύνης της
ελληνικής φιλοσοφίας. Αthenes .
Philosophy Philosophy. The journal of the Royal ( puis : British ) institute
of philosophy. London .
Philos Philosophical quarterly. Saint Andrews.
PhilosStud Philosophical studies. An international journal for philo
sophy in the analytic tradition. Dordrecht.
PhM Philosophische Monatshefte. Berlin /Leipzig /Heidelberg.
Phoenix The Phoenix. The Journal of the Classical association of
Canada. Toronto .
PhR Philosophical Review . New York .
Phronesis Phronesis. A Journal for ancient philosophy. Assen .
PhStud Philosophische Studien . Leipzig.
PhW Philologische Wochenschrift. Leipzig. ( Suite de BPhW .)
Physis Physis. Rivista di storia della scienza . Firenze.
PI Le Parole e le Idee. Rivista internazionale di varia cultura .
Napoli.
Platon Πλάτων . Δελτίον της Εταιρείας Ελλήνων Φιλολόγων .
Athènes .
POC Proche - Orient Chrétien . Jérusalem .
Polemôn Πολέμων. Αρχαιολογικών περιοδικόν. Αthenes.
POr Parole de l'Orient. Université Saint-Esprit. Kaslik.
PP La Parola del Passato . Rivista di studi antichi. Napoli.
PPol Il Pensiero Politico . Rivista di storia delle idee politiche e
sociali. Firenze .
PraktAkadAth Πρακτικά της Ακαδημίας εν Αθήναις. Αthenes .
PraktArch Et Πρακτικά της εν Αθήναις Αρχαιολογικής Εταιρείας .
Athènes .
PRIA Proceedings of the Royal Irish Academy. Dublin .
Pr ) Preussische Jahrbücher. Berlin .
Prometheus Prometheus . Rivista quadrimestrale di studi classici .
Firenze .
Prudentia Prudentia . A journal devoted to the intellectual history of
the ancient world . Auckland .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 33
PSBA Proceedings of the Society of Biblical Archaeology. London.
Pour la suite , voir Journal of the Royal Asiatic Society.
Pyrenae Pyrenae. Barcelona.
QFC Quaderni di Filologia Classica dell'Università di Trieste ,
Istituto di Filol. class. Roma.
QFL Quaderni di Filologia Latina. Firenze.
QIRAS Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society.
London .
QJS Quarterly Journal of Speech . New York .
QS Quaderni di Storia . Rassegna di antichità redatta nell'Isti
tuto di storia greca e romana dell'Università di Bari. Bari.
QSGN Quellen und Studien zur Geschichte der Natur
wissenschaften und der Medizin. Berlin.
QSIGM Quellen und Studien zur Geschichte der Mathematik , Astro
nomie und Physik. Berlin .
QuadArcheollib Quaderni di Archeologia della Libia . Roma.
QuadAugRostagni Quaderni del Dipartimento di filologia, linguistica e
tradizione classica Augusto Rostagni. Bologna.
QUCC Quaderni Urbinati di Cultura Classica . Roma.
R& T Recherches et Travaux. Angers.
RA Revue Archéologique. Paris.
RAAN Rendiconti dell'Accademia di Archeologia, Lettere e Belle
Arti di Napoli. Napoli.
RABM Revista de Archivos, Bibliotecas y Museos. Madrid .
RAS Revue Africaine. Journal des travaux de la Société historique
algérienne. Alger.
RAL Atti della (-1946 : Reale ) Accademia (depuis 1921 :) nazio
nale dei Lincei . Rendiconti della classe di scienze morali,
storiche e filologiche dell'Accademia dei Lincei. Roma.
RAM Revue d'Ascétique et de Mystique ( devenue en 1972 Revue
d'Histoire de la Spiritualité ). Toulouse , puis Paris.
Ramus Ramus . Critical studies in Greek and Roman literature .
Victoria (Australia ).
RAN Revue Archéologique de Narbonnaise. Paris.
RBen Revue Bénédictine. Abbaye de Maredsous, Belgique .
RBi Revue Biblique . Paris .
RBNum Revue Belge de Numismatique. Bruxelles.
RBPH Revue Belge de Philologie et d'Histoire. Mechelen .
RCCM Rivista Critica di Clinica Medica . Firenze.
RCr Revue Critique. Paris.
34 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

RDAC Report of the Department of Antiquities, Cyprus. Nicosia.


REA Revue des Études Anciennes. Talence .
REAug Revue des Études Augustiniennes. Paris.
REByz Revue des Études Byzantines. Paris.
REC Revista de estudios clásicos. Mendoza, Argentina.
RecSR Recherches de Science Religieuse . Paris.
REFM Revista española de filosofía medieval. Sociedad de Filo
sofía Medieval ( SOFIME ) . Zaragoza .
REG Revue des Études Grecques . Paris.
REGC Revue des Études Géorgiennes et Caucasiennes. Paris. Suite
de Bedi Karthlisa . Revue de kartvélologie ( Études géor
giennes et caucasiennes ) . Destin de la Géorgie, paru de 1948
à 1984 .
REISI Revue des Études Islamiques. Paris .
REJ Revue des Études Juives . Louvain .
REL Revue des Études Latines. Paris .
RelStud Religious Studies. Cambridge .
RenQ Renaissance Quarterly . Renaissance Society of America .
New York .
REPh Revue de l'Enseignement Philosophique. Aurillac .
RESE Revue des Études Sud -est - Européennes. Bucarest.
RevAcadArDamas Revue de l'Académie Arabe de Damas . Damas .
RevFilos(Madrid ) Revista de Filosofía (Madrid ). Instituto de Filosofía Luis
Vives . Madrid .
RevHist Philos Revue d'Histoire de la Philosophie. Lille .
Revue Revue. Informatique et statistiques dans les sciences
humaines. Liège .
RevueMaritime Revue Maritime . Informations, actualités , documentation
maritime ( = Revue maritime et coloniale ). Paris.
RevUnivComplut Revista de la Universidad Complutense. Madrid .
RevHisp Revue Hispanique. Paris , puis New York .
Rhetorica Rhetorica. A Journal of the History of Rhetoric . Berkeley .
RF Rivista di Filosofia. Torino.
RFIC Rivista di Filologia e di Istruzione Classica. Torino / Firenze/
Roma . De 1914 à 1949 a paru sous le titre de : Rivista di
filologia classica .
REN Rivista di Filosofia Neoscolastica. Milano .
RGI Rivista Geographica Italiana . Firenze.
RHLL Revista de Historia. La Laguna.
RUM Rheinisches Museum für Philologie. Frankfurt am Main .
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 35

RHPR Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses. Paris.


RHR Revue de l'Histoire des Religions. Paris.
RHT Revue d'Histoire des Textes. Paris.
Rickel Ricerche Religiose. Rivista di studi storico - religiosi. Roma .
RIDA Revue Internationale des Droits de l'Antiquité. Bruxelles.
RIGI Rivista Indo -Greco - Italica di filologia, lingua, antichità .
Napoli.
RIL Rendiconti dell'Istituto Lombardo. Classe di lettere, scienze
morali e storiche. Milano.
RIMA Revue de l'Institut des Manuscrits Arabes. Le Caire.
Rinascimento Rinascimento . Rivista dell'Istituto nazionale di studi sul
Rinascimento . Firenze.
RIO Revue Internationale d'Onomastique. Paris.
RIPh Revue Internationale de Philosophie. Paris.
RivArcheol Rivista di Archeologia . Roma.
RivBibl Rivista Biblica . Organo dell'Associazione Biblica italiana .
Roma/ Firenze .
RivCultClass
Med Rivista di Cultura Classica e Medioevale . Roma
RivStorMed Rivista di Storia della Medicina . Roma.
RLComp Revue de littérature comparée. Paris.
RMAL Revue du Moyen Age Latin . Strasbourg.
RMetaph Review of Metaphysics. A philosophical quarterly. New
Haven .
RMM Revue de Métaphysique et de Morale . Paris.
RNeosc Revue Néoscolastique de philosophie publiée par la Société
philosophique de Louvain . Louvain ( suite : RPHL ).
RN Revue Numismatique. Paris.
RO Rocznik Orientalistyczny. Polska Akademia Nauk , Komitet
Nauk Orientalistycznych. Warszawa.
ROC Revue de l'Orient Chrétien . Paris.
Romanitas Romanitas. Revista de Cultura Romana ( Língua , Instituições
e Direito ). Rio de Janeiro .
RPAA Rendiconti della Pontificia Accademia di Archeologia .
Roma.
Rph Revue de Philologie, de littérature et d'histoire anciennes .
Paris.
RPHA Revue de Philosophie Ancienne. Bruxelles.
RPhilos Revue Philosophique de la France et de l'étranger. Paris.
RPHL Revue Philosophique de Louvain . Louvain .
RPL Res Publica Litterarum . Studies in the classical tradition .
Lawrence.
36 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

RQA Römische Quartalschrift für christliche Altertumskunde und


für Kirchengeschichte. Freiburg im Breisgau.
RSA Rivista Storica dell'Antichità . Bologna.
RSBN Rivista di Studi Bizantini e Neoellenici. Roma .
RSC Rivista di Studi Classici. Torino.
RSCF Rassegna di Scienze Filosofiche. Napoli.
RSEL Revista española de Lingüística. Madrid .
RSF Rivista critica di Storia della Filosofia . Firenze .
RSLR Rivista di Storia e Letteratura Religiosa. Firenze.
RSO Rivista degli Studi Orientali. Roma.
RSPT Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques. Paris.
RSR Revue des Sciences Religieuses. Strasbourg .
RT Revue Thomiste . Toulouse .
RTAM Recherches de Théologie Ancienne et Médiévale . Louvain .
RThPh Revue de Théologie et de Philosophie. Lausanne.
RTSFR Rivista Trimestrale di Studi Filosofici e Religiosi. Perugia.
RVF Revista Venezolana di Filosofía. Caracas.
Saeculum Saeculum . Jahrbuch für Universalgeschichte . Freiburg im
Breisgau .

SAfrMed ] South African Medical Journal. Le Cap.


Salesianum
Salesianum . Theologiae . Iuris canonici . Philosophiae .
Paedagogiae . Roma.
SAWW Sitzungsberichte der Österreischischen Akademie der
Wissenschaften in Wien, Philosophisch - historische Klasse .
Wien .
SBAW Sitzungsberichte der Bayerischen Akademie der Wissen
schaften , Philosophisch -historische Klasse . München .
ScCatt La Scuola Cattolica. Rivista di scienze religiose. Milano.
Scholastik Scholastik (devenue par la suite Theologie und Philosophie ).
Freiburg im Breisgau.
SCI Scripta Classica Israelica. Yearbook of the Israel Society
for the promotion of classical studies . Jerusalem .
SCO Studi Classici e Orientali. Pisa .

Scriptorium Scriptorium . Revue internationale des études relatives aux


manuscrits . Anvers /Amsterdam /Bruxelles.
ScrPhil Scripta Philologa. Milano .
ScrTheol Scripta Theologica. Cura Ordinum Theologorum Scandina
vicorum edita. Lund .
SDHI Studia et Documenta Historiae et luris. Roma.
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 37

Sefarad Sefarad. Revista de la Escuela de estudios hebráicos ( puis :


Revista del Instituto Arias Montano de estudios hebraicos y
Oriente próximo ). Madrid /Barcelona.
SEJG Sacris Erudiri. Jaarboek voor Godsdienstwetenschappen .
Steenbrugge.
SGM Studien zur Geschichte der Medizin . Leipzig.
SHAW Sitzungsberichte der Heidelberger Akademie der Wissen
schaften, Philosophisch -historische Klasse . Heidelberg.
SHAW ( M ) Sitzungsberichte der Heidelberger Akademie der Wissen
schaften , Math . -naturwiss. Klasse. Heidelberg.
SI Studia Islamica. Paris.
SicGymn Siculorum Gymnasium . Rassegna semestrale della Facoltà di
lettere e filosofia dell'Università di Catania. Catania .
SIFC Studi Italiani di Filologia Classica. Firenze.
Sileno Sileno. Rivista di studi classici e cristiani. Roma.
SMGB Studien und Mitteilungen zur Geschichte des Benediktiner
Ordens und seiner Zweige. Sankt Ottilien .
SO Symbolae Osloenses, auspiciis Societatis Graeco - Latinae.
Oslo.
Sokrates Sokrates. Zeitschrift für das Gymnasialwesen. Berlin.
Sophia Sophia. Rivista internazionale di fonti e studi di storia della
filosofia. Roma/Napoli /Padova.
SPAW Sitzungsberichte der ( -1944 : Preußischen, puis :) Deutschen
Akademie der Wissenschaften zu Berlin , Philosophisch
historische Klasse. Berlin .
Speculum Speculum . A journal of mediaeval studies . Mediaeval
Academy of America. Cambridge (Mass .).
Sph Studies in Philology, Chapel Hill .
SPG Studia Philosophica Gandansia. Gand.
SPhP Symbolae Philologorum Posnanensium . Poznań.
SPhs Studia Philologica Salmanticensia . Salamanca.
SR Studies in Religion - Sciences Religieuses. Canadian Corpo
ration for Studies in Religion /Corporation Canadienne des
Sciences Religieuses. Waterloo, Ont .
SRen Studies in the Renaissance . New York . (Cette revue a cessé
de paraître avec le tome 21 en 1974 ; pour la suite voir
RenQ . )
StudClas Studii Clasice . Soc. de Studii clasice din RSR . Bucureşti.
StudFilos Studi filosofici. Annali dell'Istituto orientale di Napoli .
Napoli.
StudHistPhilSc Studies in History and Philosophy of Science. Oxford /New
York .
38 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Studiran Studia Iranica. Institut français d'iranologie de Téhéran .


Paris/ Téhéran.
StudMed Studi Medievali. Torino.
StudMedRenHist Studies in Medieval and Renaissance History. New York.
StudPat Studia Patavina . Rivista di scienze religiose. Padova.
StudUrb ( Ser. B) Studi Urbinati di Storia , Filosofia e Letteratura . Urbino.
SyllClass Syllecta Classica . University of Iowa.
Symposium Symposium . Syracuse ( New York ).
Syria Syria. Revue d'art oriental et d'archéologie. Paris.
TAPHA Transactions and Proceedings of the American Philological
Association . Lancaster (Pennsylvania ).
TAPHS Transactions of the American Philosophical Society.
Philadelphia (Pennsylvania ).
Taula Taula . Cuaders de pensament . Universitat de les Illes
Balears.
Temenos Temenos. Studies in comparative religion presented by
scholars in Denmark , Finland , Norway and Sweden .
Helsinki.
TF Tijdschrift voor Filosofie. Utrecht.
Th & G Theologie und Glaube. Paderborn.
Th & Ph Theologie und Philosophie. Freiburg im Breisgau.
Theoria Theoria . A Swedish journal of philosophy . Stockholm .
ThLZ Theologische Literaturzeitung. Berlin .
Thomist The Thomist. A speculative quarterly of theology and
philosophy... Baltimore .
ThQ Theologische Quartalschrift. München .
ThR Theologische Rundschau. Tübingen
ThStKr Theologische Studien und Kritiken , Gotha .
ThZ Theologische Zeitschrift. Basel .
TM Travaux et mémoires. Paris .
Topoi Tónoi. Orient-Occident. Lyon /Paris.
Traditio Traditio. Studies in ancient and medieval history, thought
and religion . New York.
TV Teologia y Vida. Publicación de la Facultad de Sagrada
teologia de la Universidad catolica de Chile . Santiago.
UCP University of California Publications in Classical Philology.
Berkeley CA.
Ur Ur. Iraqi Cultural Center. London .
VChr Vigiliae Christianae. A review of early christian life and
language. Amsterdam .
-
ABRÉVIATIONS - REVUES ET PÉRIODIQUES 39
VDI Вестник древней истории ( Vestnik Drevnej Istorii].
).
Revue d'Histoire ancienne. Moskva.
VerbDom Verbum Domini. Commentarii de Re Biblica . Roma.
Verbum Verbum . Revue de linguistique publiée par l'Université de
Nancy II .
VetChr Vetera Christianorum . Istituto di Letteratura cristiana antica.
Bari.
Viator Viator. Medieval and Renaissance studies . Berkeley.
Vichiana Vichiana. Rassegna di studi filologici e storici. Napoli.
Vivarium Vivarium . A journal for mediaeval philosophy and the
intellectual life of the Middle Ages. Leiden .
VKF Voprosy klassideskij Filologii. Moskva.
VL Vita Latina. Avignon .
VLU Vestnik Leningradskogo Universiteta /Filosofija. Leningrad.
VNGZ Vierteljahrsschrift der Naturforschenden Gesellschaft in
Zürich . Zürich .
WE Wiener Eranos. Wien .
WJA Würzburger Jahrbücher für die Altertumswissenschaft.
Würzburg
WKPh Wochenschrift für Klassische Philologie. Berlin .
WS Wiener Studien . Zeitschrift für klassische Philologie und
Patristik . Wien .
WZJena Wissenschaftliche Zeitschrift der Friedrich - Schiller-Univer
sität Jena, Gesellschafts- und sprachwissenschaftliche
Reihe. Jena.
WZLeipzig Wissenschaftliche Zeitschrift der K.- Marx - Universität
Leipzig. Leipzig
WZRostock Wissenschaftliche Zeitschrift der Universität Rostock .
Gesellschafts- und sprachwissenschaftliche Reihe. Rostock .
YCIS Yale Classical Studies. New Haven .
ZAS Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde.
Berlin .
ZAnt Živa Antika. Antiquité vivante. Skopje.
ZASS Zeitschrift für Assyriologie und verwandte Gebiete. Leipzig
Weimar /Berlin .
ZATW Zeitschrift für die Alttestamentliche Wissenschaft. Berlin .
ZDA Zeitschrift für deutsches Alterthum ( puis : und deutsche
Literatur ). Leipzig puis Berlin .
ZDMG Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft.
Wiesbaden .
40 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

ZfP Zeitschrift für Politik . Organ d. Hochschule für politische


Wissenschaften München . Berlin.
ZGAIW Zeitschrift für Geschichte der Arabisch - Islamischen Wissen
schaften . Institut für Geschichte der Arabisch - Islamischen
Wissenschaften an der Johann Wolfgang Goethe-Univer
sität. Frankfurt am Main .
ZKG Zeitschrift für Kirchengeschichte. Stuttgart.
ZKT , Zeitschrift für Katholische Theologie. Wien .
ZN Zeitschrift für Numismatik. Berlin .
ZNTW Zeitschrift für Neutestamentliche Wissenschaft und die
Kunde des Urchristentums. Berlin .
ZPE Zeitschrift fürPapyrologie und Epigraphik . Bonn .
ZPhF Zeitschrift für Philosophische Forschung. Meisenheim .
ZRG Zeitschrift der Savigny -Stiftung für Rechtsgeschichte .
Romanistische Abteilung. Wien .
ZSVG Zeitschrift für Semitistik und verwandte Gebiete. Deutsche
Morgenländische Gesellschaft. Leipzig.
ZWTh Zeitschrift für die Wissenschaftliche Theologie. Iena.
-
ABRÉVIATIONS - OUVRAGES DE RÉFÉRENCE 41

II . Collections, dictionnaires et ouvrages de référence

ACA The Ancient Commentators on Aristotle, a series of english


translations with introductions and indexes, London / Ithaca
(N. Y. ) .
ACO Acta Conciliorum Ecumenicorum, ed . E. Schwartz, Berlin
1914 - .
ANF Ante - Nicene Fathers, Buffalo /New York .
ANL Ante-Nicene Christian Library, Edinburgh 1864 - .
ANRW Aufstieg und Niedergang der römischen Welt. Geschichte
und Kultur Roms im Spiegel der neueren Forschung, Berlin .
AugLex Augustinus -Lexikon , Basel 1986 - .
AvP
Altertümer von Pergamon , Berlin/Leipzig 1885 – .
BA
Coll . « Bibliothèque augustinienne » , Paris.
BBK Friedrich Wilhelm Bautz et Traugott Bautz (édit . ) , Biogra
phisch - Bibliographisches Kirchenlexikon , Hamm , Westf. ,
puis Herzberg 1970 - .
BEFAR
Coll . « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de
Rome » , Paris .
BHG
Bibliotheca Hagiographica Graeca, 3e éd . , Bruxelles 1957 .
BMC Catalogue of the Greek coins in the British museum , London
1873-1927 , réimpr. Bologna 1979 - .
BT
Coll . « Bibliotheca Scriptorum Graecorum et Romanorum
Teubneriana » , Leipzig /Stuttgart.
BUL
Biblioteca Universale Laterza, Roma/Bari.
CAG
Commentaria in Aristotelem Graeca , edita consilio et
auctoritate Academiae Litterarum Regiae Borussicae, Berlin
1891-1909.
CAGL
Commentaria in Aristotelem Graeca : versiones Latinae
temporis resuscitatarum litterarum , hrsg . von Charles [H.]
Lohr.
Catholicisme
Catholicisme, hier, aujourd'hui , demain . Encyclopédie
publiée sous le patronage de l'Institut Catholique de Lille ,
Paris .
CCAG
Coll . « Catalogus Codicum Astrologorum Graecorum » , t . I
XII , Bruxelles 1898-1953 .
CCCM
Coll . « Corpus Christianorum » , Series Continuatio Mediae
valis , Turnhout 1971 - .
CCG
Coll . « Corpus Christianorum » , Series Graeca , Turnhout
1977 -
42 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

CCL Coll . « Corpus Christianorum » , Series Latina, Turnhout


1953- .
CFHB Corpus Fontium Historiae Byzantinae consilio societatis
internationalis studiis byzantinis provehendis destinatae
editum.
CGFr Comicorum Graecorum Fragmenta, ed . G. Kaibel, Berlin
1899.
CGL Corpus Glossariorum Latinorum , a G. Loewe incohatum ed .
G. Götz , Leipzig 1888-1923 , 7 vol . ; réimpr. Amsterdam
1964.
CIG Corpus Inscriptionum Graecarum . 4 vol . , Berlin 1828-1859 .
CIL Corpus Inscriptionum Latinarum , Berlin 1863- .
CLCAG Coll . « Corpus Latinum Commentariorum in Aristotelem
Graecorum » , Paris/Louvain . Supplementa, Paris, Louvain ,
Leiden .
CMAG Coll . « Catalogue des Manuscrits Alchimiques Grecs » ,
Bruxelles 1924-1932 .
CMG Coll . « Corpus Medicorum Graecorum » , Leipzig/Berlin
1908
CML Coll . « Corpus Medicorum Latinorum » , Leipzig/Berlin
1915-1928 ; 1963
CPF Corpus dei papiri filosofici greci e latini. Testi e lessico nei
papiri di cultura greca e latina, Parte I : Autori Noti, vol . 1 * ,
Firenze 1989 ; 1 ** , Firenze 1992 ; 1 *** , Firenze 1999 ; Parte
III : Commentari, 1995 ; vol. 4, 1-2 : Indici . Tavole , firenze
2002.
CPG Clavis Patrum Graecorum , éd . M. Geerard , 5 vol . , Turnhout
1974-1987 .
CPGS Clavis Patrum Graecorum - Supplementum , cura et studio
M. Geerard et J. Noret, Turnhout 1998 .
CPL Clavis Patrum Latinorum , éd . E. Dekkers ( 1961 ) , 2e éd . ,
Steenbrugge 1961 , XXVIII-640 .
CSCA Coll . « California Studies in Classical Antiquity » , Berkeley .
CSCO Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium , ed .
I. B. Chabot , I. Guidi (et alii) , Paris , Leipzig , Louvain ,
1903 - .
CSEL Coll . « Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum » ,
Wien 1866 - .
CSHB Corpus Scriptorum Historiae Byzantinae, Bonn 1828-1897.
CUF « Collection des Universités de France >>, Paris.
DAGR C. Daremberg et E. Saglio (édit. ) , Dictionnaire des Anti
quités Grecques et Romaines, Paris 1877-1919 .
ABRÉVIATIONS - OUVRAGES DE RÉFÉRENCE 43

DCB A Dictionary of Christian biography, literature, sects and


doctrines, edited by W. Smith and H. Wace, London 1877
1887 , 4 vol . ; réimpr. New York 1984 .
DDG H. Diels ( édit . ) , Doxographi Graeci collegit recensuit
prolegomenis indicibusque instruxit H.D. , Berlin 1879 ,
réimpr. Berlin 1958 , X -854 p.
DECA Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien , adapt.
française sous la dir. de François Vial , Paris 1990 - ;
édition italienne originale du DPAC .
Dessau voir ILS.
DGRB Dictionary of Greek and Roman Biography and mythology,
edited by W. Smith , London 1853-1856, 3 vol .
DHGE Dictionnaire d'Histoire et de Géographie Ecclésiastique, éd.
A. Baudrillart, Paris 1912- .
DHI Dictionary of the history of ideas : studies of selected pivotal
ideas, edited by Philip P. Wiener, New York 1973-1974.
DK Diels H. ( édit . ) , Die Fragmente der Vorsokratiker.
Griechisch und Deutsch von H.D. ( 1903 ), 6. verbesserte
Auflage, herausgegeben von W. Kranz , t . I , Zürich 1951 ,
XII- 504 p . ; t . II , Zürich 1952 , 428 p . ; t . III : Wortindex,
Namen- und Stellenregister, Zürich 1952, 660 p.
DPAC Angelo Di Berardino ( édit . ) , Dizionario patristico e di
antichità cristiane , Casale Monferrato 1983-1988 ,
comprend : vol . 1 : A - F ; vol . 2 : G - Z ; vol . 3 : Atlante
patristico, indici.
DPhA Dictionnaire des Philosophes Antiques , publié sous la
direction de R. Goulet, Paris 1989 - .
DSB Dictionary of Scientific Biography, New York 1970-1980.
DSp Dictionnaire de Spiritualité, éd. M. Viller, Paris 1932- .
DTC Dictionnaire de Théologie Catholique, éd . A. Vacant,
E. Mangenot et E. Amann , Paris 1903-1950 .
EAA Enciclopedia dell'Arte Antica classica e orientale, Roma
1958-1984
EF Encyclopédie de l'Islam . Nouvelle édition , Leiden /New
York /Köln /Paris 1960- .
Enciran Encyclopaedia iranica, London /Boston 1982- .
EncJud Encyclopaedia Judaica, Jerusalem .
EPRO Coll . « Études préliminaires aux religions orientales dans
l’Empire romain » , Leiden 1961-1990 .
FAC J.M. Edmonds ( édit. ), The Fragments of Attic Comedy, after
Meineke, Bergk and Koch , augmented , newly edited with
44 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

their contexts , annotated and completely translated into


English verse by J.M.E. , Leiden 1957-1961.
FD Fouilles de Delphes, t. III : Épigraphie, Paris 1929 - .
FGrHist F. Jacoby , Die Fragmente der griechischen Historiker, t. I
III C 2 , Berlin/Leiden , 1923-1958 ; « vermehrte Neu
drucke » , Leiden 1954- .
FHG Fragmenta Historicorum Graecorum , edd . C. und Th .
Muller, 5 vol . , Paris 1841-1870 .
FIRA S. Riccobono, J. Baviera, V. Arangio - Ruiz et alii ( édit. ),
Fontes Iuris Romani Anteiustiniani ( Leges, auctores, leges
saeculares ), in usum scholarum [ 1908 ) , 2e éd . , Firenze
1940-1943, 3 vol .
FPhG Fragmenta Philosophorum Graecorum , ed. F. W.A.
Mullach , 3 vol . , Paris 1860-1881.
GAL , S. I , II , III C. Brockelmann , Geschichte der Arabischen Litteratur, t. I,
Weimar 1898 ; t. II , Berlin 1902 ; Suppl. I , II , III . Leiden
1937-1942 .
GAS Geschichte des arabischen Schrifttums. Leiden 1967 - . Le
t . XII : Mathematische Geographie und Kartographie im
Islam und ihr Fortleben im Abenland : Kartenband von
F. Sezgin, est paru en 2000.
GCS Coll . « Die griechischen christlichen Schriftsteller der ersten
(drei) Jahrhunderte » , Berlin 1897- .
GGLA F. Susemihl , Geschichte der griechischen Litteratur in der
Alexandrinerzeit, t . I , Leipzig 1891 , XV1-907 p . ; t. II ,
Leipzig 1892 , XVI-771 p .
GGM Geographi Graeci Minores, ed . C. Muller. 2 vol . et 1 atlas ,
Paris 1855-1861 .
GGP, Antike2 / 1 Fr. Überweg , Grundriss der Geschichte der Philosophie,
Völlig neubearbeitete Ausgabe, Die Philosophie der Antike,
Band 2/1 : Sophistik, Sokrates - Sokratik, Mathematik,
Medizin , von K. Döring , H. Flashar, G.B. Kerferd,
C. Osing -Grote , H.-J. Washkies ; hrsg . von H. Flashar,
Basel/ Stuttgart 1998 , XIV -540 p .
GGP, Antike3 Fr. Überweg , Grundriss der Geschichte der Philosophie,
Völlig neubearbeitete Ausgabe, Die Philosophie der Antike,
Band 3 : Ältere Akademie – Aristoteles – Peripatos, heraus
gegeben von Hellmut Flashar, Basel/ Stuttgart 1983 , XXII
645 p .
GGP, Antike4 Fr. Überweg, Grundriss der Geschichte der Philosophie,
Völlig neubearbeitete Ausgabe , Die Philosophie der Antike,
Band 4 : Die hellenistische Philosophie, von M. Erler,
H. Flashar, G. Gawlick , W. Görler und P. Steinmetz, hrsg.
ABRÉVIATIONS - OUVRAGES DE RÉFÉRENCE 45

von H. Flashar, Basel/Stuttgart 1994, XXVI - 1272 p . en deux


volumes
GRF Grammaticae Romanae Fragmenta, éd . H. Funaioli , coll .
BT, t . I ( seul paru ), Leipzig 1907, XXXII -614 p .
HLL Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, heraus
gegeben von R. Herzog ( † ) und P. L. Schmidt , coll .
« Handbuch der Altertumswissenschaften » , München
1989 - Traduction française : NHLL = Nouvelle histoire de
la littérature latine. Éd. française sous la dir. de G. Nauroy,
Turnhout/Paris, 1993 - .
HWPh J. Ritter et K. Gründer (édit . ) , Historisches Wörterbuch der
Philosophie, völlig neubearb . Ausg . des Wörterbuchs der
philosophischen Begriffe von R. Eisler, Basel/Stuttgart
1971 -
IBM Ancient Greek Inscriptions in the British Museum , Oxford
1874-1916 , 4 vol . , index .
ID Inscriptions de Délos, Paris 1926-1972 , 7 vol .
IG Inscriptiones Graecae, consilio et auctoritate Academiae
Litterarum (Regiae) Borussicae. Ed. maior, Berlin 1873 - .
IG ? Inscriptiones Graecae, editio minor, Berlin 1913- .
IGR Inscriptiones Graecae ad res Romanas pertinentes, ed .
R. Cagnat, J. Toutain (et alii), Paris 1906-1927.
IGUR L. Moretti (édit . ) , Inscriptiones Graecae Urbis Romae, coll .
« Studi pubblicati dall'Istituto Italiano per la storia antica »
17 , 22 ( 1-2 ) , 28 , Roma 1968 , 1973 et 1979 .
IK Coll . « Inschriften griechischen Städte Kleinasien » , Bonn .
ILS H. Dessau (édit .), Inscriptiones Latinae Selectae, 3 tomes en
5 vol . , Berlin 1892-1916, réimpr. Berlin 1954-1955 .
KP Der Kleine Pauly. Lexikon der Antike auf der Grundlage
von Pauly's Realencyclopädie der classischen Altertums
wissenschaft unter Mitwirkung zahlreicher Fachgelehrter
bearbeitet und herausgegeben von K. Ziegler und
W. Sontheimer, 5 vol . , Stuttgart 1964-1975 .
LAA P. Kroh (édit. ) , Lexikon der antiken Autoren, coll . « Kröners
Taschenausgabe » 366 , Stuttgart 1972 , XVI-675 p.
LAW Lexikon der alten Welt, Zürich / Stuttgart 1965 .
LCI Lexikon für Christliche Ikonographie, Freiburg im Breisgau
1968-1976.
LCL Coll . « The Loeb Classical Library » , London /Cambridge
(Mass .) 1912- .
LGPN Lexicon of Greek Personal Names, t. I : The Aegean islands,
Cyprus, Cyrenaica , by P. M. Fraser et E. Matthews , Oxford
46 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

1987 ; t. II : Attica , ed . by M. J. Osborne and S. G. Byrne,


Oxford 1994 ; t. III A : The Peloponnese, Western Greece,
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E. Matthews, Oxford 1997 ; t. III B : Central Greece : From
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apparatibus notisque instruxit Gabriele Giannantoni , coll .
« Elenchos » 18 , Napoli 1990 , 4 vol. Les tomes I et II (XII
521 p. et XII-652 p. ) contiennent les textes, le tome III ( 301
p . ) un Conspectus librorum , un Index fontium et un Index
nominum , le tome IV (XII - 609 p . ) le commentaire ( sous
forme de 56 notes développées ).
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sippi fragmenta logica et physica, Leipzig 1903 ; t.III :
Chrysippi fragmenta moralia. Fragmenta successorum
ABRÉVIATIONS - OUVRAGES DE RÉFÉRENCE 49

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traduction française et un imporant commentaire d'ensemble des lettres de
Diogène et Cratès avec une bibliographie substantielle ).
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ZELLER Ed ., Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung


dargestellt, t . III 1 : Die nacharistotelische Philosophie. Erste Hälfte. Fünfte
Auflage. Manualdruck der vierten Auflage, hrsg . v . E. Wellmann , Leipzig
1923 , réimpr. Hildesheim 1963 .
1


Avertissement

La transcription française des noms propres grecs et latins est toujours chose
délicate . La tendance traditionnelle est de donner une forme française quand
c'est possible et que le personnage est connu de cette façon , ce qui peut entraîner
des problèmes d'ordre alphabétique. Fallait- il adopter Aischinès , Aeschines ,
Eschine ? Nous avons tenté de respecter dans pareil cas la forme la plus proche
du grec, au moins dans l'intitulé de la notice , quitte à rappeler entre parenthèses
la forme courante connue par le lecteur français et à utiliser cette dernière dans
le corps de l'article. Nous avons également essayé de ne pas transcrire différem
ment les homonymes qui se succèdent directement, mais il a semblé impossible
d'appliquer des règles immuables . On rencontrera des Denys et des Dionysios .
Les noms latins sont classés au cognomen , mais des renvois sont prévus pour les
autres composantes importantes du nom . La liste finale des notices du présent
tome devrait faciliter le repérage des différents noms .
L'intitulé de chaque notice indique le numéro attribué par la Realencyclo
paedie aux différents homonymes , accessoirement le numéro que le personnage
concerné a reçu dans d'autres prosopographies ( PLRE , PIR ”, PA ) . On ne
s'étonnera pas de trouver des indications comme RE : ou RESuppl. IV : ( sans
chiffre arabe ), lorsque les articles de cette encyclopédie ne comportent pas de
numéro . Quand l'article de la Realencyclopaedie n'offrait aucune information
supplémentaire par rapport à ce que l'on peut lire dans notre notice , nous
n'avons pas fourni une référence bibliographique complète : le renvoi initial
suffira à rappeller qu'il existe un article consacré à ce philosophe . Une lettre ou
un nom n'est ajouté au numéro d'homonymie que si la forme retenue par cette
encyclopédie allemande ne correspond par à la forme française du nom (RE K 2
pour “ Callisthène” ).
L'intitulé de chaque notice comprend également une datation au moins
approximative du personnage . Dans l'indication des siècles , un petit a en
exposant signale une date antérieure à l'ère chrétienne ( iVa signifie « IVe siècle
avant Jésus -Christ » ) . La lettre p sert de même , mais seulement si nécessaire, à
indiquer une date de notre ère. Dans ces indications chronologiques , les lettres
D, M et F signifient " début ", “ milieu ” et “ fin ”.
Pour simplifier le système de référence bibliographique à l'intérieur des
notices, nous avons choisi de numéroter en chiffres gras les références succes
sives et d'y renvoyer dans la suite de la notice . Par exemple , on trouvera
3 V. Brochard, Les sceptiques grecs, 2e éd . , Paris 1923 , p . 303 n . 2 , puis , plus
loin dans la notice une simple référence à Brochard 3 , p . 300. Ce système n'a
pas été employé pour les très courtes notices où il n'y avait pas de renvoi
interne.
58 DICTIONNAIRE DES PHILOSOPHES ANTIQUES

Les informations sont réparties sous un certain nombre de rubriques (mises


en relief par l'emploi de caractères gras ou espacés) qui reviennent de notice en
notice et facilitent la consultation de l'ouvrage . Par exemple : Chronologie,
Bibliographies ( où sont signalées les bibliographies consacrées à ce philosophe
et non pas les ouvrages comme tels ; à ne pas confondre avec Cf. ), Euvres
conservées, Datation, Éditions et traductions, etc. Certaines notices très déve
loppées peuvent comporter toute une hiérarchie de titres intermédiaires, ainsi
qu'un sommaire initial.

De façon générale , nous avons résisté à la tentation courante d'identifier les


personnages homonymes. Même là où l'identification nous semblait probable,
nous avons regroupé les informations en blocs distincts à l'intérieur de la notice .
Le signe » renvoie aux notices déjà parues dans les tomes antérieurs du
Dictionnaire. Il signifie que le personnage a fait l'objet d'une notice , mais nous
ne l'avons pas employé pour les noms les plus importants qui reviennent sou
vent . Il n'apparaît d'ailleurs qu'à la première occurrence d'un nom dans la
notice . Une référence plus précise ( avec indication du nom de l'auteur de
l'article ) est faite lorsque le contenu même de la notice est visé .
L

1 LABEO ( M. ANTISTIUS-) RE 34 PIR ? A 760 19 - I


Jurisconsulte romain .

Études . 1 P. Jörs, art. « M. Antistius 34 Labeo » , RE I 2 , 1894 , col . 2548


2557 ; 2 F. Schulz , History of Roman Legal Science, Oxford 1946 ; 3 W. Kunkel ,
Herkunft und soziale Stellung der römischen Juristen , Weimar /Wien , 2e éd .
1967 , p. 33-34, 114 ; 4 R. A. Bauman , Lawyers and Politics in the Early Roman
Empire. A study of relations between the Roman jurists and the emperors from
Augustus to Hadrian, coll . « Münchener Beiträge zur Papyrusforschung und
Antiken Rechtsgeschichte » 82 , München 1989, p . 25-56 .
Fragments rassemblés par 5 F.P. Bremer, lurisprudentiae Antehadrianae
quae supersunt, coll . BT, Leipzig 1898 , t . II , 1 , p . 9-261; 6 Ph . Huschke ,
Iurisprudentia Anteiustiniana, 6e éd . par E. Seckel et B. Kübler , coll . BT,
Leipzig 1908, p. 55-61 , et 70. Lenel, Palingenesia Iuris Civilis, t. I , Leipzig
1960 , p. 502-558 .
Né vers 50 et mort entre 10 et 21 , M. Antistius Labeo appartient à la période
augustéenne ; il est le fils de M. Pacuvius Labeo , mort à Philippes en 42 en
combattant dans les rangs des républicains ( Appien , Bell. Ciu . IV 135 ) . Sa
carrière politique le conduisit jusqu'à la préture et il refusa le consulat offert par
Auguste ( Tacite, Ann . III 75 , 2 ; Pomponius, Dig. I 2 , 2 , 47 ; voir la discussion
dans 7 N. Horsfall, « Labeo and Capito » , Historia 23 , 1974 , p . 252-254 ;
8 J. Patricio , « Labeo : Zwei rechtshistorischen Episoden aus den Anfängen des
Prinzipats » , ZRG 117 , 2000 , p . 432-444 ). Sur le plan politique, c'est un oppo
sant au principat : son incorrupta libertas est souvent soulignée ( voir Tacite , loc.
cit .; Suétone , Aug. 54 ; Aulu -Gelle XIII 12 , 1 ; Porphyrion , in Horat. Sat. I 3 ,
82 ; 9 M. Bretone, Tecniche e ideologie dei giuristi romani, 2e éd , Napoli 1982 ,
p. 129-146 ) .
Ses écrits, extrêmement nombreux , en font l'un des juristes les plus impor
tants de son époque : commentaire de la loi des XII tables, commentaire de l'édit
du préteur urbain , écrits sur le droit pontifical, recueils de responsa ... ; les inter
prétations et les solutions nouvelles ne manquent pas dans ses écrits, et, dans son
Manuel, Pomponius souligne les innovations de Labeo qu’il oppose au traditio
nalisme de Capito (Dig . I 2, 2 , 47 ) . Il fut l'élève de Trebatius Testa, juriste
célèbre, ami de Cicéron ; et il est à l'origine de l'école proculienne, l'une des
deux écoles de juristes sous le principat (Pomponius, loc. cit . ) .
La plupart des témoignages que nous possédons sur ce juriste insistent sur sa
science et ses connaissances . Aulu - Gelle indique qu'à la science du droit , il
ajoutait l'étude de la grammaire, de la dialectique et de la littérature archaïque
( XIII 10 , 1 ) ; de fait, Labeo se réfère très fréquemment à l'étymologie et à la
grammaire pour interpréter les textes de droit et fonder ses responsa . Dans de
60 LABEO (M. ANTISTIUS -) L1

nombreux articles, P. Stein a souligné la place de l'analogie dans son œuvre,


tout en suggérant que c'est à partir de ses écrits que se développe la notion de
regula iuris (10 « The relations between Grammar and Law in the Early
Principate : the beginnings of analogy » , dans La critica del testo . Atti del
secondo Congresso Internazionale della Società italiana di storia del diritto ,
Firenze 1971 , p. 757-769 ; 11 Id ., « Sabino contro Labeone : due tipi di pensiero
giuridico romano » , BIDR 80, 1977 , p. 55-67 ; voir aussi 12 M. Schanz, « Die
Analogisten und Anomalisten im römischen Recht » , Philologus 42 , 1884 ,
p . 309-318 ) ; il fait également apparaître la fréquence des références à la nature,
la consuetudo et l'auctoritas dans les réponses du juriste.
De nombreux travaux ont mis en lumière la culture philosophique de Labeo .
Aulu-Gelle mentionne ses connaissances en matière de dialectique (XIII 10 , 1 ) .
Les définitions des notions de contrat et d'obligation (Dig . L 16 , 19) supposent
la connaissance d'Aristote ( 13 A. Schiavone , Giuristi e nobili nella Roma
repubblicana. Il secolo della rivoluzione scientifica nel pensiero giuridico
antico , Bari 1987 , p . 161-182 ; 14 A. Biscardi, « Quod Graeci synallagma
uocent» , Labeo 29 , 1983 , p . 127-139 ; 15 Id. , « La cultura greca di Labeone » ,
RAL 9 , ser. 3 , 1992 , p . 113-122 ) .
Labeo avait également écrit des IiOavá , traité dont le titre renvoie mani
festement à la philosophie ( cependant 16 M. Talamanca , « I " pithana " di
Labeone e la logica stoica » , lura 26 , 1975 , p . 1-40 , rattache le traité à la tradi
tion casuistique de la jurisprudence romaine ). Dans ce recueil de cas probléma
tiques et de solutions « probables » , l'on a vu quelquefois l'influence de Chry
sippe ( PC 121 ] ( 17 B. Schmidlin , « Horoi, pithana und regulae. Zum Einfluß
der Rhetorik und Dialektik auf die juristische Regelbildung » , ANRW II 15 ,
1976 , p . 101-130 , p . 111-117 pour Labeo ), mais surtout les échos du probabi
lisme académicien ( 18 M. Bretone, « Ricerche labeoniane: NOavá » , PP 28 ,
1973 , p . 171-193 , et Bretone 9 , p. 147-172 ; Biscardi 15 ; en dernier lieu
19 A. Mantello, « De iurisconsultorum philosophia. Spunti e riflessione sulla
giurisprudenza del primo principato » , SDHI 67 , 2001 , p . 1-58 , qui souligne
nettement la différence avec la logique stoïcienne ). De façon générale, ces
savants ont remarqué l'abondance des termes grecs chez ce juriste et la
fréquence des définitions et d'interprétations supposant la lecture des philo
sophes (par exemple , à propos de la notion d’iniuria, Bretone 9, p . 182-184 ) . Il
est plus difficile de rattacher Labeo à une école philosophique ; les romanistes
hésitent à formuler des conclusions précises sur ce point ( Mantello 19 , p . 44
45 ) ; mais la place faite à la dialectique et aux ridavá semble renvoyer à la
tradition académicienne de la fin de la République et rend Labeo très proche de
ces juristes formés à la philosophie comme Servius Sulpicius Rufus.
MICHÈLE DUCOS .

2 LABEO (CORNELIUS -) RE C 168 MF III ?

Auteur d'ouvrages cherchant à harmoniser la religion romaine traditionnelle


avec la démonologie orientale ; il s'intéressait également , peut- être dans une
L2 LABEO (CORNELIUS -) 61

perspective néoplatonicienne, à la révélation des livres de la disciplina etrusca et


aux oracles du sanctuaire d'Apollon à Claros.
Fragments et témoignages. 1 G. Kettner, Cornelius Labeo. Ein Beitrag zur
Quellenkritik des Arnobius , Progr. Pforta, Naumburg 1877 , p . 19-31 ;
2 J. Mülleneisen, De Cornelii Labeonis fragmentis, studiis, adsectatoribus, Diss .
Marburgi Chatt . 1889. Ces deux recueils classiques qui ont conduit
3 A. J. Festugière, « La doctrine des “ Viri noui ” sur l'origine et le sort des âmes »
( 1940 ), repris dans Hermétisme et mystique païenne, Paris 1967 , p . 261-312 ,
notamment p . 298 , à parler d'un « mythe labéonien » , ont été remplacés par
4 P. Mastandrea, Un neoplatonico latino : Cornelio Labeone. Testimonianze e
frammenti, coll . EPRO 77 , Leiden 1979 , XXX -259 p . (bibliographie , p. XII
XXX ) , qui contient le texte et la traduction italienne des dix - huit fragments
nominaux retenus, seule base légitime à partir de laquelle peuvent être repérés,
« grâce à des rapprochements ponctuels de forme et/ou de contenu » ( p . 11 ) ,
d'autres passages influencés par Labeo. Mastandrea considère ainsi qu'Arnobe
( MA 418 ) a beaucoup utilisé Labeo, sans nommer ce contemporain bien connu .
Plusieurs appendices examinent l'utilisation, envisagée par la Quellenforschung,
de Labeo par des auteurs comme Firmicus Maternus ( F 12 ) , Martianus
Capella ( 3 - M 46) , Ammien Marcellin ou les commentateurs de Virgile. Dans
plusieurs témoignages, seul le nom de Labeo est donné , ce qui a parfois amené
certains interprètes à envisager diverses confusions avec Antistius Labeo
( 2L 1 ) .
Dans son compte rendu de l'ouvrage de Mastandrea, 5 J. Mansfeld, Mnemosyne 36, 1983 ,
p. 437-441, écrit : « As a philosopher, L(abeo) is unimportant; as a representative of the
Roman Rezeption of Greek philosophy, in which capacity he is studied by Mastandrea, he is
highly interesting » (p. 439 ). Selon Mansfeld, le néoplatonisme prêté à Labeo demande à être
nuancé : « His main affinities are with such works of Porphyry as are close to Middle
Platonism and the Latin authors quoted by L (abeo ) make him an important source for the
Roman contribution to the philosophical koine of the first cent. BCE and CE » ( p. 440 ).
Datation . Labeo a été diversement daté , de l'époque de César jusqu'à la fin
du IVe siècle de notre ère. En conséquence , on l'a rattaché au stoïcisme tardif, au
platonisme caractéristique de l'époque de Plutarque ou d’Apulée , ou bien encore
au néoplatonisme de Porphyre ou de Jamblique (** I 3). On retiendra à tout le
moins que Labeo rangeait Platon parmi les demi -dieux qu'il situait au -dessus
des héros (Augustin , Cité de Dieu II 14, 2 = fr. 14 Mastandrea ; voir aussi ibid. ,
VIII 13 ) . Selon 6 B. Boehm , De Cornelii Labeonis aetate, Diss . Regimonti
1913 , Labeo aurait déjà été une source de Suétone . Mais cette datation haute
était directement liée à des hypothèses relevant de la Quellenforschung.
7 P. Mastandrea, « Numenio 57 des Places e la cronologia di Cornelio
Labeone » , AAPat 87 , 1974-1975 , p . 77-88 , et Mastandrea 4 , p . 193 , retient
plutôt comme terminus post quem le fait que Labeo citait un passage de
Numénius ( N 276) dont il situe la mort vers 200, et comme terminus ante
quem le fait que l'Adversus Nationes d'Arnobe citait Labeo ( vers 300 ). Il insiste
également sur les nombreux rapprochements qu'il est possible d'établir avec
Porphyre dont l'activité principale se situait à Rome dans la seconde moitié du
III° siècle . Bien que les éléments proprement philosophiques présents dans les
62 LABEO (CORNELIUS -) L2

fragments soient très limités , c'est dans la perspective idéologique du néoplato


nisme que s'expliqueraient les tentatives de Labeo pour intégrer la religion
ancestrale , romaine ou étrusque, dans la quête , d'inspiration universaliste et
monothéiste , du salut de l'âme.

(Euvres.

( 1 ) Fasti ( Macrobe , Saturnales I 16 , 29 , qui cite un premier livre ). Sept


fragments chez Macrobe , Jean Lydus ( De mensibus) et Anastase le Sinaïte .
Plusieurs développements littéraires communs à Macrobe et à Jean Lydus
( > L 89 ) laissent penser que l'influence de Cornelius Labeo s'étendait plus
largement. Selon Mastandrea 4 , p . 72 , ces recherches d'antiquaire sur les
anciennes traditions religieuses de Rome seraient inspirées par un souci apolo
gétique influencé par le syncrétisme néoplatonicien .
( 2 ) De diis animalibus ( Servius, Aen . , III 168 ) . Les fragments nominaux se
trouvent chez Augustin (Cité de Dieu ) et Servius, mais il semble qu'Arnobe ait
largement mis à contribution Labeo dans son Adversus nationes. Cet ouvrage
concernait les rites sacrificiels étrusques qui permettaient à l'âme d'accéder à la
dignité de Lares. Mastandrea 4 , p. 108-113 , présente de nombreux parallèles
suggérant que les syncrasies de divinités signalées dans l’Adversus nationes III
29-42 , de même que les sources anciennes alléguées , seraient empruntées à
Labeo . Pour le chapitre III 40 , le rapprochement s'appuie sur deux fragments
nominaux de Labeo ( fr. 12 a - b ) . Une autre section de l'apologie d'Arnobe où
l'on a voulu retrouver l'influence de Labeo est le long développement sur les
doctrines des Viri novi ( II 11-66) . Insistant sur le caractère unitaire de ces
doctrines où se retrouvent « des éléments de la spiritualité gnostique , hermé
tique , chaldaïque et iranienne » , Mastandrea 4 , p . 131-133 , préfère rapporter
l'essentiel de cette section à Porphyre, comme le suggérait 8 P. Courcelle , « Les
sages de Porphyre et les “ Viri noui” d'Arnobe » , REL 31 , 1953 , p. 257-271. Ce
n'est guère que dans l'allusion aux rites étrusques de divinisation de l'âme ( II
62 ) , thème qui n'apparaît pas dans le reste du développement, que l'on pourrait
reconnaître la marque de Labeo (Mastandrea 4 , p . 133 ) . Mansfeld 5 , p. 440,
envisage pour sa part que ces éléments porphyriens indubitables aient tout de
même été transmis à Arnobe par Labeo . Selon Augustin , Cité de Dieu IX 19
( fr. 13 Mastandrea ), Labeo posait une équivalence entre les bons démons et les
anges . Il distinguait (ibid. II 11 = fr . 15 Mastandrea ; voir encore VIII 13
= fr. 16) les dieux bons des dieux méchants d'après la diversité des cultes qu'il
faut leur rendre : des sacrifices sanglants et des prières lugubres dans le second
cas , des hommages joyeux et festifs dans le premier, fragment nominal qu'il faut
rapprocher, selon Mastandrea 4 , p. 146, d'Arnobe VII 23 ou de Lactance, Inst.
div . I 20 , 17 .
( 3 ) De oraculo Apollonis Clarii ( Macrobe , Saturnales I 18 , 21 ) . Le
témoignage de Macrobe concerne l'identification de Dionysos -Liber avec le
soleil . Mais c'est toute la section I 17-23 des Saturnales qui tente d'exposer la
syncrasie fondamentale des plus grandes divinités gréco -romaines, mais aussi
orientales, avec Hélios - Sol, qui pourrait remonter à Labeo . Des parallèles avec le
L2 LABEO (CORNELIUS -) 63

De mensibus de Jean Lydus amènent Mastandrea 4 , p . 170-172 , à supposer une


présence de Labeo à l'arrière -plan de cette entreprise. Labeo aurait fourni à
Macrobe un syncrétisme solaire associant des éléments de la tradition stoïcienne
latine ( Nigidius Figulus ( PN 58 ) , Varron , Cornificius [ » C 189 ] ... ) avec la
tradition néoplatonicienne grecque ( Numénius (PN 66 ) , Plotin , Porphyre ... ).
L'ouvrage de Labeo consistait probablement en un commentaire théologique ou
philosophique d'un ensemble d'oracles de Claros. La similitude avec le traité de
Porphyre, Sur la philosophie extraite des oracles est manifeste. Édition des
fragments de cet ouvrage dans 9 G. Wolff ( édit . ) , Porphyrii De Philosophia ex
oraculis haurienda librorum reliquiae, Berlin 1856, réimpr. Hildesheim 1962 , et
dans 10 A. Smith (édit . ) , Porphyrii philosophi fragmenta , coll . BT, Leipzig
1993 , p. 351-407. Il est possible que certains oracles cités par Lactance ( Inst.
div. 17 , 1 ) , mais aussi par Jean Lydus ( De mensibus II 5 ; comp . Eusèbe, Prép.
évang. III 15 ) , aient été empruntés à Labeo . Voir Mastandrea 4, p . 159-169 .
( 4 ) Commentaire sur la Disciplina Etrusca en quinze livres ( Fulgence ,
Expositio sermonum antiquorum 4) . Labeo est également mentionné dans les
sources de Jean Lydus , Tepi dloonuerőv ( De ostentis, chap . 3 ). Le témoignage
de Fulgence ( fr. 9 ) suggère que Labeo prenait en considération l'haruspicine
étrusque. Le fragment 8 , emprunté à Lydus , De ostentis 42 , doit peut-être être
prolongé par les développements qui suivent sur l'interprétation des éclairs et de
la foudre ( le passage est cité dans l'appendice XI de Mastandrea 4 , p . 216-222 ,
et commenté p . 78-88 ) . Un Liber fulguralis étrusque, du IVe ou 11 ° siècle av .
J.-C. , aurait été traduit en latin et actualisé à la fin de l'époque républicaine dans
les cercles aristocratiques de Nigidius Figulus et de Cicéron (> C 123 ) , puis
adapté au contexte du bas - empire par Cornelius Labeo ( p . 87-88 ) . Labeo
s'occupait probablement d'une troisième composante de la discipline étrusque ,
les libri rituales qui comprenaient notamment des libri Acherontici enseignant
comment assurer par le sacrifice de certains animaux la divinisation des âmes et
leur libération par rapport aux lois de la mortalité ( voir Arnobe , Adversus
Nationes II 62 et Servius, Aen . I , p . 373 Thilo ) . Mastandrea 4 , p. 95-102 , traite
de ce troisième thème dans le cadre du Commentaire sur la Disciplina Etrusca,
mais comme le témoignage de Servius fait référence à l'ouvrage de Labeo De
diis animalibus, on peut se demander si cet ouvrage ( 2 ) ne constituait pas une
section du grand commentaire.
11 D.Briquel , « Cornelius Labeo : etruskische Tradition und heidnische Apologetik »,
dans L. Aigner-Foresti (édit . ) , Die Integration der Etrusker und das Weiterwirken
etruskischen Kulturgutes im republikanischen und kaiserzeitlichen Rom , Wien 1998 , p. 345
356 ; 12 Id ., « Cornelius Labeo et la réaction païenne » , communication à la table ronde Les
écrivains du lire siècle ap. J.-C. et l'Etrusca disciplina ( Paris, 1997 ) , dans La divination dans
le monde étrusco-italique, 8 , 1999, p. 51-62 ; 13 Id . , Chrétiens et haruspices . La religion
étrusque, dernier rempart du paganisme romain , Paris 1997 .
Cf. 14 G. Wissowa, art. « Cornelius 168 Labeo » , RE IV 1 , 1900 , col . 1351
1355 .

RICHARD GOULET.
64 LACHARÈS D'ATHÈNES L3

3 LACHARÈS D'ATHÈNES RE 3 = 4 PLRE II : 2 V

Le sophiste Lacharès , fils de Lacharès et disciple d'un certain Héracléon


d'Athènes ( apparemment absent de la RE et de la PLRE ), fut titulaire de la
chaire de rhétorique d'Athènes où il eut notamment pour disciples Nicolas ( de
Myre [ N 47 ] , qui avait accueilli Proclus à Athènes , selon Marinus, Proclus
10 ), ainsi que Eustèphius ( d'Aphrodisias) et Astérius. Il était en réalité, au
jugement de Damascius ( Vie d'Isidore, fr. 140 , p . 121 , 1-8 Zintzen ) reproduit
par la Souda ( A 165 Adler), davantage un philosophe qu’un sophiste : il faut
entendre par là qu'il se distinguait par ses qualités morales plus que par son
éloquence. À cette appréciation nuancée fait écho le poème gravé sur une stèle
funéraire athénienne , où un certain Eustathe, apparemment le fils du sophiste,
évoque les modèles de vertu qu'ont été pour lui son grand - père et son père, qui
ont su « maintenir intacts et serrés les liens de la piété et du bien et se donner
pour règles ces deux valeurs » ( IG II 11952 ; 1 B. Puech, Orateurs et sophistes
grecs dans les inscriptions d'époque impériale, Paris 2002, n ° 147 , p. 324-326) ;
la grande maladresse du poème paraît interdire de reconnaître en son auteur le
rhéteur homonyme Eustathe (RE 17), commentateur d’Hermogène ( voir DPHA E
161 , p. 377 ) . Outre ce souvenir édifiant, Lacharès avait laissé aussi plusieurs
manuels de rhétorique : un fragment de l'un d'eux a été conservé ( voir 2 H.
Graeven , « Ein Fragment des Lachares » , Hermes 30 , 1895 , p. 289-313 ;
traduction française dans 3 M. Patillon et L. Brisson , Longin , Fragments. Art
rhétorique. Rufus, Art rhétorique, CUF , Paris 2001 , fr. 55 , p . 217-218 ;
commentaire dans 4 I. Männlein -Robert, Longin, Philologe und Philosoph. Eine
Interpretation der erhaltenen Zeugnisse, coll . « Beiträge zum Altertumskunde >>
143 , Leipzig /München 2001, p . 116-120 ) . Tous les titres mentionnés par la
Souda ont trait à la rhétorique et non à la philosophie : des Dialexeis (Ala
NÉEELS ) , un traité Sur le côlôn, le comma et la période ( ſlepi xólov xai
κόμματος και περιόδου), des Morceaux choisis de rhetorique disposés selon
un ordre alphabétique ( 'Exdoyàç ontopixdç xatà otoixelov ), ainsi qu'une
Histoire (de la rhétorique ?) d'après Cornutus ( 'lotop av tv xatà KopvoŨ
tov ). Selon Graeven 2 , qui ne donne cependant pas à l'appui de son hypothèse
d'arguments décisifs, ce Cornutus pourrait être l'auteur du traité de rhétorique
résumé par l'Anonymus Seguerianus.
Voir l'édition récente de 5 M. Patillon (édit. ) , Anonyme de Séguier, Art du discours
politique , CUF, Paris 2005 , notamment , sur Cornutus , p . LXXI - LXXIV . Voir aussi
6 P. P. Fuentes González, art. « Cornutus » , C 190 , DPLA II, 1994 , p. 470-471 .
Le lexicographe situe l'acmè de Lacharès sous les règnes de Marcien (450
457 ) et Léon (457-474) , soit dans le troisième quart du Ve siècle . C'est au temps
de ses études, dans les années 430 vraisemblablement, que doit se placer la
conversation avec Proclus qu'évoque Marinus ( Proclus , 11 ) , beaucoup plus
indulgent que Damascius pour le sophiste, dont le talent, selon lui , lui valait
« autant d'admiration qu'à Homère son talent de poète » . Lacharès, qui « s'était
entièrement imprégné des doctrines de la philosophie » , avait suivi en même
temps que Proclus l'enseignement de Syrianus : voir à ce sujet les précisions de
7 H.-D. Saffrey et A - P. Segonds dans leur édition de la Vie de Proclus, CUF,
L7 LACTANCE 65

Paris 2001, n . 13 , p . 99-100. Damascius qui avait vu une statue de Lacharès,


sans doute à Athènes, rapporte encore qu'en tant qu'homme aimé des dieux , il
retrouva la vue après l'avoir perdue.
BERNADETTE PUECH .

4 LACON DE SAMOS

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth. 36 ,


267 ; p. 146, 2 Deubner.
BRUNO CENTRONE .

5 LACRATÈS DE MÉTAPONTE
Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth . 36 ,
267 ; p . 144, 8 Deubner.
[Sur ce type de nom, cf. Fr. Bechtel, Die historischen Personennamen , p. 258 et 279.
C.M.)
BRUNO CENTRONE.

6 LACRITOS DE MÉTAPONTE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth. 36,


267 ; p. 144, 6 Deubner.
( Sur ce type de nom, cf. Fr. Bechtel , Die historischen Personennamen , p. 265 et 279.
C.M. )
BRUNO CENTRONE.

7 LACTANCE ( L. CAE[ CIJLIVS FIRMIANVS -) RE 1 III - IV

Les témoignages anciens sur la vie et l'euvre de Lactance ont été rassemblés
dans Brandt -Laubmann 14 , t. 27 ( 1 ) , p. 161-167 ; et , avec ceux de l'auteur lui
même, dans Wlosok 52 , p. 427 sq.; 431 ; 445 ; 455 ; 456 (24 textes ) . Voir ces
références plus loin .
Biographie.
Comme en témoigne Jérôme ( Vir. ill. 80) , Lactance était originaire d'Afrique,
où il fut le disciple d'Arnobe de Sicca, et commença très tôt une carrière d'écri
vain . Sous l'empereur Dioclétien ( 284-305 ) , il fut appelé à Nicomédie pour y
enseigner la rhétorique latine . Né païen (cf. Epit. 43 , 3 ) , il a peut- être été en
contact avec le christianisme dès son séjour en Afrique, mais c'est sans doute à
Nicomédie qu'il se convertit (Opif. 1 , 1 sq . ) . Il y séjournait en 303 , au début de
la grande persécution ( Inst. V 2,2 -4 , 1 ; Mort. pers. 12 , 1 - 16, 3 ) , et c'est alors
qu'il fut témoin de la lecture publique d'ouvrages de propagande anti-chré
tienne , rédigés par deux philosophes . Le premier, décrit par Lactance ( Inst. V 2 ,
3-11 ) comme un imposteur opportuniste, auteur de « trois livres contre la reli
gion et le nom des chrétiens » , est généralement considéré comme un émule de
Porphyre, non identifiable. Certains ont pensé qu'il pourrait s'agir de Porphyre
lui-même, lequel aurait présenté, à Nicomédie, non son Karà Xplotav@ v, mais
trois des livres de la Philosophie tirée des Oracles: cf. 1 P.F. Beatrice, « Antistes
philosophiae. Ein christenfeindlicher Propagandist am Hofe Diokletians nach
66 LACTANCE L7

dem Zeugnis des Laktanz » , Augustinianum 33 , 1993, p . 31-47, et 2 E. De Palma


Digeser, « Lactantius, Porphyry, and the debate over religious toleration » , JRS
88 , 1998 , p . 129-146 . Mais cette hypothèse demeure insuffisamment fondée :
cf. 3 R. Goulet, « Hypothèses récentes sur le traité de Porphyre Contre les Chré
tiens » , dans M. Narcy et É . Rebillard ( édit . ) , Hellénisme et christianisme, coll .
« Mythes , Imaginaires, Religions » , Villeneuve d'Ascq 2004, p . 61-109 (pour
l'Anonyme de Lactance, p. 100-104 ). Le second philosophe cité par Lactance
( Inst. V 2 , 12-3 , 26 ) est un haut fonctionnaire impliqué dans la campagne de
persécution , et l'auteur de deux opuscules ( libellos) « intitulés Olandeiç ». Il
s'agit de Sossianus Hiéroclès ( » H 125 ) , qui est nommé en Mort. pers . 16 , 4 ;
c'est pour le réfuter qu'Eusébe de Césarée écrivit, en 312, son Contre Hiéroclès
(cf. 4 M. Forrat et E. des Places (édit. ) , SC 333 , Paris 1987 ) .
Le futur empereur Constantin se trouvait alors à la cour de Dioclétien , et c'est
sans doute à Nicomédie que Lactance le rencontra ; il fut peut- être même son
précepteur ( bibliographie sur les rapports entre Lactance et Constantin :
cf. Wlosok 53 , p. 431 , et Digeser 55, p. 181-195 passim ). Après avoir abandonné
sa charge d'enseignement, Lactance se consacra, comme écrivain , à la défense
de la religion persécutée (Opif. 1 , 1 sq .; Inst. I 1 , 8 et 10 ) , et il connut une situa
tion matérielle difficile (cf. Jérôme, Chronic, ad a . Abr. 2333 ; et, récemment,
5 D. Romano, « Lattanzio e la povertà » , dans Curiositas. Studi di cultura
classica e medievale in onore di Ubaldo Pizzani, Perugia 2002, p . 231-238 ).

Il semble être resté à Nicomédie , ou dans la région, jusqu'en 310 ou 313 .


Pour la bibliographie de ce long débat, cf. Wlosok 53 , p . 430 ; et 6 E. De Palma
Digeser, « Lactantius and the edict of Milan : does it determine his venue ? » ,
Studia Patristica 31 , Louvain 1997 , p . 287-295 . A en croire la mention de
Jérôme ( extrema senectute ), Lactance devait avoir environ 65 ans lorsqu'il fut, à
la cour de Trèves, le précepteur du fils aîné de Constantin , Crispus ( sans doute
dès 315 ) . A la fin de sa vie , après avoir rédigé un Abrégé ( Epitome) de son
æuvre maîtresse , il semble en avoir préparé une réédition, mais serait mort avant
de l'avoir achevée ( sans doute vers 325 ) . C'est à elle qu'auraient été adjointes
les deux dédicaces à l'Empereur, conservées par une partie de la tradition
manuscrite , et qui renvoient à des événements de 324 : cf. Heck 45 , p . 138-170 ,
et Wlosok 53 , p . 430-431 ( état de la question ) . Selon 7 E. De Palma Digeser,
« Lactantius and Constantine's letter to Arles : Dating the Divines Institutes » ,
JECS 2 , 1994 , p . 33-52 , ce sont plutôt des événements de 310 et 313 que
reflèteraient ces dédicaces, mais le débat reste ouvert.
Euvres .

Le premier ouvrage en prose qui nous soit parvenu , a été rédigé par Lactance
en 303 ou 304. L'Œuvre créatrice de Dieu ( De opificio Dei) est un court traité ,
protreptique et crypto -chrétien, écrit en un temps de persécution ( cf. chap. 1 et
20 ) , et sans doute remanié plus tard ( addition « dualiste » au chap . 19) .
Relevant à la fois de la description scientifique ( anatomique) et de l'exposé philosophique,
l'ouvrage offre une structure plus complexe qu'il n'y paraît d'abord : la description du corps
humain ( chap. 5-15 ) commence avant la fin du débat avec les épicuriens sur la Providence
créatrice (chap. 2-6) ; et l'inventaire de ce qui , dans l'homme , nous reste « obscur » (chap. 14
L7 LACTANCE 67

18 ) ne s'achève pas avec le début de l'exposé sur l'âme (chap. 16-19) , mais avant la fin de
celui- ci. Ce traité d'anthropologie, d'inspiration finaliste et tout imprégné de Cicéron ( livre II
du De natura deorum ), est surtout original en ce qu'il s'adjoint un De anima. Son épilogue
annonce une euvre beaucoup plus ample.
Les Institutions divines, en sept livres, constituent l'euvre maîtresse de
Lactance , par laquelle il entend répondre « définitivement » (uno semel impetu ) à
tous les philosophes païens, ceux en particulier qui se déchaînent alors contre le
christianisme. Une telle ambition témoigne du passage de l'apologétique tradi
tionnelle à l'élaboration méthodique d'une doctrine chrétienne latine . Le titre
même d'Institutions rappelle que cette réflexion s'enracine dans une double
tradition païenne : rhétorique et juridique , en même temps qu'il souligne un
projet de « formation religieuse » ( instituere = mettre debout). L'ouvrage com
porte donc trois livres de critique du paganisme, auxquels succèdent trois autres,
présentant le christianisme aux païens, et le fruit de ce cheminement fait l'objet
du dernier livre . Mais , derrière cette apparente simplicité , on décèle une
structure plus recherchée, où se répondent les livres I et VI , II et V , III et IV :
cf. 8 C. Ingremeau, « Les Institutions divines de Lactance : une composition
architecturale » , Vita Latina 132, 1993 , p. 33-40 .
Le livre I (De falsa religione) comporte un long préambule, qui introduit à l'ensemble de
l'auvre (chap. 1-7 ) : tout homme en quête de vérité rencontre d'emblée les deux grandes
questions de l'existence ou non d'une Providence, et de l'unicité de Dieu. Puis les chap. 8 à
23 dénombrent les ridicules et les incohérences d'un polythéisme anthropomorphique, dont
est proposée un explication évhémériste (ces dieux ne sont que d'anciens rois ou bienfaiteurs;
l'apparition du polythéisme peut être datée).
Le livre II (De origine erroris) poursuit, en s'attaquant au culte des idoles , à celui des
éléments, à l'auctoritas de la tradition religieuse romaine . Ce n'est qu'au chap. 8 qu'est
abordée « l'origine de l'erreur » : on trouve d'abord un développement sur les origines (chap.
8-13 ) , où alternent le récit (passages bibliques, poètes, Oracles sibyllins) et le débat philo
sophique ( création de l'univers , de l'homme , complémentarité du bien et du mal ) . Puis les
chap. 14 à 17 offrent un exposé démonologique : deuxième explication de l'apparition et des
progrès du polythéisme, déchéance sacrilège de l'homme, dont la vocation est de s'élever
(chap. 18).
Le livre III (De falsa sapientia ) en vient à la philosophie, cet « amour de la sagesse » qui,
au jugement de l'auteur, n'a jamais débouché sur la sagesse. Les chap. 3 à 16 présentent ladite
philosophie en ses trois parties traditionnelles, mais en insistant sur l'affrontement entre les
doctrines ( notamment sur la connaissance humaine ( scientia ou opinatio ? ) et sur le souverain
bien ) . Les chap. 17 à 24 ne sont pas davantage un exposé purement didactique, dans leur
présentation sélective de diverses écoles (épicuriens ; métemsomatose des pythagoriciens;
stoïciens ; communisme platonicien ). Enfin , les chap. 25 à 29 concluent – non sans nuances –
à l'échec des philosophes, qui n'ont pas su (et ne pouvaient, seuls ) poser les vraies questions.
Le livre IV (De uera sapientia et religione) répond au précédent, car sagesse et religion
ont été indûment séparées. Pour l'essentiel , les chap. 5 à 21 présentent un exposé de christo
logie : de nature plus théologique d'abord ( la prolation du Verbe, puis l’Incarnation, dans le
plan divin sur l'humanité ) ; plus proches des récits bibliques ensuite ( mais non sans choix
délibérés) : du baptême du Christ à son Ascension . Après cet exposé, le débat d'idées reprend
avec les païens : sur la grandeur divine , jusque dans la nécessaire incarnation d'un « Maître de
justice et Guide de vérité » (chap. 22-26) ; sur l'unicité de Dieu (chap. 29). Un nouvel exposé
démonologique est même introduit (chap. 27 ), et une mise en garde contre le danger d'hérésie
(chap 30).
Le livre V (De iustitia ) comporte un long préambule méthodologique, où est également
annoncé le lien nécessaire entre justice et connaissance de Dieu (chap. 1-4 ). Suit une fresque
68 LACTANCE L7

de l'histoire de la Justice parmi les hommes (chap. 5-8) : de l'âge d'or des origines à l'appa
rition du polythéisme et de l'injustice (la venue du Christ restaurant justice et culte de Dieu ).
Après une évocation de la situation présente, à savoir les malheurs des justes (chap. 9-13 ), les
chap. 14 à 18 engagent le débat avec l'académicien Carnéade, par Cicéron interposé (Rep.
III ) . Après avoir opposé païens et chrétiens dans leur relation au divin (ch . 19-21 ), le livre
s'achève avec un tableau de la patientia du juste (chap. 22-23 ).
Le livre VI (De uero cultu) répond au livre I sur la « fausse religion » : un culte rendu à
Dieu ne peut être que spirituel , et pratiquer ce culte, c'est pratiquer la vertu . Les chap. 3 à 9,
après avoir repris l'allégorie des deux Voies, posent deux grandes questions: qu'est-ce que la
vertu ? (définitions des principales écoles) ; et , s'il existe une loi divine, universelle, la vertu
humaine peut-elle la rejoindre sans connaître Dieu ? Aux devoirs envers Dieu (religio), les
chap. 10 à 13 adjoignent les devoirs envers les hommes (humanitas), et la notion de miseri
cordia donne lieu à un débat sur les passions (chap. 14-19). Après le bon usage des affects ,
vient le bon usage des plaisirs des cinq sens ( chap. 20-23) ; et le livre s'achève sur le fonde
ment de cette morale : la reconnaissance par l'homme de sa relation à Dieu (chap. 24-25 ).
Le livre VII enfin (De uita beata ) traite du vrai « bonheur » , couronnement de toute la
démarche ; or ce bonheur, fruit de la vertu , ne peut que la transcender et être l'immortalité.
Livre des fins dernières, l'ouvrage fait place d'abord au débat avec les philosophes : sur
l'éternité ou non de l'univers, le sens de la Création, l'immortalité ou non de l'âme (chap. 1
13 ) ; puis il présente une eschatologie millénariste, s'appuyant délibérément sur les Testimo
nia diuina du paganisme (chap. 14-26). Le chap. 27 conclut l'ensemble de l'æuvre par une
exhortation solennelle à la militia Dei.
De ces Institutions divines, certains manuscrits offrent une version « courte » ,
d'autres une version « longue » . Outre les deux dédicaces à l'empereur Constan
tin (aux livres I et VII) , la version « longue » comporte, aux livres II et VII , deux
longs passages « dualistes » ( cf. Heck 45 , p . 24-115 ) , longtemps rejetés comme
des interpolations, mais que l'on considère aujourd'hui comme des additions de
l'auteur lui-même , en vue d'une réédition . Les æuvres postérieures aux Institu
tions (Epitome et De ira Dei) témoignent en effet d'une certaine évolution de la
pensée de Lactance. Cf. Ingremeau 23, p. 32-36 ; Wlosok 53, p . 445.
L'Epitomé des Institutions divines n'est pas seulement un résumé de l'æuvre
maîtresse, dépouillée de « nombreux arguments et exemples » ( praef. 3 ) . L'argu
mentation y est plus concise et prend le pas sur le dialogue ; la disposition de la
matière est assez souvent modifiée ( place du livre V notamment) ; de nouvelles
références apparaissent et certaines idées ont évolué ( sens et origine du mal
[chap. 24 ]; théorie des affects (chap. 56 ] ; critique de Platon (chap . 63-64 ]).
Le traité intitulé La Colère de Dieu (De ira Dei) est la seule monographie
antique sur le sujet qui nous soit parvenue . Il s'agit en effet d'un véritable para
doxe au regard des philosophies gréco -latines, quasiment unanimes sur l'apa
theia divine . Le débat avec les philosophes est donc accepté d'emblée .
Débat sur la nature et les attributs de Dieu (chap. 1-6 ; 15-17 ) , et sur la colère humaine
(chap. 17-18 ). Les doctrines subversives pour la religion (atomisme , athéismes ) sont enten
dues et critiquées (chap. 8-11 ) , et le finalisme stoïcien est approuvé (chap. 13-15 ). Mais, pour
la colère (qui même en l'homme peut être juste (ch . 21 ] ) , l'auteur entend montrer - contre les
stoïciens – qu'elle est, en Dieu , non une passion mais un acte, complémentaire de sa patience :
une manifestation du lien qui l'unit aux hommes (chap. 7 ; 14 ; 16-17 ; 19-20). Avant la paré
nèse finale du chap. 24 , un épilogue apporte le témoignage des Oracula païens : Sibylles et
Apollon de Milet (chap. 22-23 ) .
Le pamphlet sur La mort des persécuteurs (De mortibus persecutorum ), qui
décrit leur fin misérable comme la preuve éclatante de la justice divine , s'appuie
L7 LACTANCE 69

à la fois sur la tradition romaine ( cf. Heck 52 , p . 30-41 ; 221-223 ) et sur la


tradition juive ( cf. 9 J. Rougé , « Le De mortibus persecutorum , cinquième livre
des Macchabées » , Studia Patristica 12 , 1975 , p. 135-143 ) . Commencée sans
doute dès 313 , l'ouvre semble avoir été terminée à Trèves, au plus tard en 316 ;
et son authenticité , longtemps contestée, s'est maintenant imposée : il s'agit du
De persecutione mentionné par Jérôme. (État de ces questions : cf. Wlosok 53 ,
p. 450-451 ).
Après une dédicace au confesseur Donatus et un bref retour sur les précédents persécu
teurs des chrétiens (chap. 1-6), les chap. 7 à 23 présentent les premiers princes persécuteurs de
la Tétrarchie, racontent le déroulement de la persécution à Nicomédie , puis la maladie et le
déclin de Dioclétien , la terreur instaurée par Galère. Après un passage consacré aux événe
ments en Occident (chap. 24-30 ), les chap. 31 à 49 décrivent la chute de Galère et sa mort
atroce ( promulgation , en 311 , de l'édit de tolérance : chap. 34), puis ( après la mort de Dioclé
tien , désespéré par les humiliations : chap. 42 ) celle de Maximin Daïa, le dernier despote
persécuteur. Les chap. 50 à 52 , enfin, célèbrent le « triomphe de Dieu » .
Le poème en distiques élégiaques intitulé L'Oiseau Phénix ( De aue phoenice)
nous est parvenu séparément. Il n'est pas mentionné par Jérôme, et son attribu
tion à Lactance ( bien qu'elle soit largement attestée dès Grégoire de Tours ) a
longtemps fait l'objet de débats , ainsi que sa datation aujourd'hui encore
( cf. Wlosok 53 , p . 454, et Romano 6 , p. 235 ) . Le caractère crypto -chrétien du
poème, qui reprend le mythe païen du Phénix et en suggère une lecture
chrétienne, peut faire penser à une rédaction assez proche du De opificio Dei ;
d'autre part, on y trouve bon nombre de thèmes développés dans les Institutions.
Lactance semble avoir voulu donner ainsi un exemple de poésie chrétienne.
Ce poème de 170 vers , de facture classicisante , est composé de trois parties d’égale
longueur. La première est consacrée au sacerdoce du phénix (v. 1-58) : le bois sacré où il
réside, puis ses activités quotidiennes de servant de Phébus . La seconde partie décrit son
passage par la mort (v. 59-114) : le départ de l'oiseau après mille ans, son installation en Syrie
sur un haut palmier, la préparation du nid -sépulcre et la mort du phénix , puis sa renaissance .
La troisième partie évoque son apothéose ( v. 115-170) : envol et retour à la « cité du Soleil» ;
description de l'oiseau - roi dans toute sa beauté ; son épiphanie en Égypte , enfin , suivie d'un
éloge de sa vocation à l'immortalité.
Éditions d'ensemble. Editio princeps: 10 C. Sweynheim et A. Panmartz,
Subiaco 1465 ( Inst ., Ira, Opif .). Première éd . avec comm .: 11 S. Betuleius ,
Basel 1563. Autres éd . importantes: 12 Ch.A. Heumann , Göttingen 1736 ;
13 J. L. Bünemann , Leipzig 1739 , 14 J. B. Le Brun et N. Lenglet -Dufresnoy,
Paris 1748 ( éd . reprise dans PL VI - VII , 1844 ). Édition critique de référence :
15 S. Brandt et G. Laubmann , Opera omnia, CSEL 19 et 27 (4 vol . ) , Wien 1890
et 1893 , réimpr. New York 1965. 16 U. Boella, Firenze 1973 ( Inst., Opif ., Ira ).
Éditions séparées avec traduction . Dans la collection Sources Chrétiennes,
Paris : 17 M. Perrin , Opif ., SC 213-214 , 1974 ; 18 P. Monat , Inst. I , SC 326 ,
1986 ; 19 Id . , Inst. II , SC 337 , 1987 ; 20 Id . , Inst. IV , SC 377 , 1992 ; 21 Id ., Inst.
V , SC 204-205, 1973 ; 22 M. Perrin , Epit., SC 335 , 1987 ; 23 C. Ingremeau, Ira,
SC 289 , 1982 ; 24 J. Moreau , Mort. pers., SC 39 ( 2 vol . ) , 1954. [ En préparation :
Inst. III ( A. Goulon ) ; Inst. VI ( C. Ingremeau ) ; Inst. VII ( M. Perrin ) ]. Dans la
Bibliotheca Teubneriana , Leipzig : 25 E. Heck et A. Wlosok , Epit ., 1994 , et
26 E. Heck et G. Schickler, trad ., 2001. ( En préparation : Inst. I à VII ( E. Heck et
70 LACTANCE L7

A. Wlosok ) ] . 27 H. Kraft et A. Wlosok , Ira , Darmstadt 1957, 2e éd . 1971 ;


28 F. Corsaro , Mort. pers ., Catania 1970 ; 29 J.L. Creed , Mort. pers ., Oxford
1984 ; 30 CI . T. Ariesan , Mort. pers ., Timişoara 2000 ; 31 E. Baehrens, Phoen .
( Poetae latini minores, t . III ) , Leipzig 1881 ; 32 M. Fitzpatrick, Phoen ., Phila
delphia 1933 ; 33 A. Anglada Aufruns, Phoen ., Barcelona 1984.
Traductions d'ensemble seules. Française : 34 J.A.C. Buchon , Choix de
monuments primitifs de l'Église chrétienne, Paris 1837 , p. 469-745 ( sans l'Epit.)
( trad. anonyme du XVIIe s . , « belle infidèle » ). Allemande : 35 A. Hartl et
A. Knappitsch ( Bibliothek der Kirchenväter 36) , München 1898 , 2e éd . 1919 .
Italienne : 36 G. Mazzoni , Inst. (Classici Cristiani 61 et 63 ), Siena 1936-1937 .
Anglaises : 37 W. Fletcher (The ante-Nicene Fathers 7 ) , New York 1871 ,
réimpr. 1975 ; 38 M. F. McDonald ( The Fathers of the Church 49 et 54 ) ,
Washington 1964-1965, réimpr. 1981 ; 39 A. Bowen et P. Garnsey, Liverpool
2003 (Inst.).

Concordance . 40 Thesaurus Lactantii , series A , curante CETEDOC ,


Turnhout 1998 ( à partir de la Concordance globale, établie à l'Univ . Libre de
Bruxelles, par D. de Decker, 1976 )

Études générales. 41 R. Pichon , Lactance. Étude sur le mouvement philo


sophique et religieux sous le règne de Constantin , Paris 1901 ; 42 A. Wlosok ,
Laktanz und die philosophische Gnosis. Untersuchungen zu Geschichte und
Terminologie der gnostischen Erlösungsvorstellung, Heidelberg 1960 ;
43 M. Spanneut, Tertullien et les premiers moralistes africains, Paris 1969 ( sur
Lactance , p. 125-180 ) ; 44 V. Loi, Lattanzio nella storia del linguaggio e del
pensiero teologico preniceno , Zürich 1970 ; 45 E. Heck , Die dualistischen
Zusätze und die Kaiseranreden bei Lactantius, Heidelberg 1972 ; 46 J. Fontaine
et M. Perrin ( édit. ) , Lactance et son temps. Recherches actuelles, Paris 1978 ;
47 F. Amarelli, Vetustas – Innouatio . Un'antitesi apparente nella legislazione
di Costantino , Napoli 1978 ( sur Lactance et Constantin , p . 47-145 ) ;
48 R. M. Ogilvie , The Library of Lactantius, Oxford 1978 ; 49 M. Perrin ,
L'Homme antique et chrétien . L'anthropologie de Lactance , Paris 1981 ;
50 P. Monat , Lactance et la Bible. Une propédeutique latine à la lecture de la
Bible dans l'Occident constantinien , 2 vol . , Paris 1982 ; 51 A. Bender, Die
natürliche Gotteserkenntnis bei Laktanz und seinen apologetischen Vorgängern ,
Frankfurt am Main 1983 ; 52 E. Heck , MH OEOMAXEIN oder : Die Bestrafung
des Gottesverächters, Frankfurt am Main 1987 ( sur Lactance , p . 186-228 ) ;
53 A. Wlosok, « Laktanz » ( § 570 ) , dans HLL , V , 1989 , p . 375-404 ; traduction
française : NHLL, V , 1993 , p . 426-459 ; 54 W. Winger, Personalität durch
Humanität. Das ethikgeschichtliche Profil christlicher Handlungslehre bei
Laktanz, 2 vol . , Frankfurt am Main 1999 ; 55 E. De Palma Digeser, The making
of Christian Empire. Lactantius and Rome, Ithaca /London 2000 ; 56 P. Pistol ,
L. Cae( ci) lius Firmianus Lactantius, scriitor creştin şi umanist paideic , Rm.
Vâlcea 2000 .

Bibliographie . Outre Wlosok 53 ( bibliographie très détaillée , pour les


publications antérieures à 1989 ) , cf. Winger 54, p. 625-690 .
L9 LACYDÈS 71

Euvres perdues. Parmi les ouvrages énumérés par Jérôme ( Vir . ill. 80),
certains ne nous sont pas parvenus ( cf. Brandt -Laubmann 15 , CSEL 27 ( 1 ) ,
p . 155-158 , fr. 1-7 , et Wlosok 53 , p . 455-456 ) : un Symposium , cuvre de
jeunesse écrite en Afrique ; un Hodoeporicum en hexamètres, décrivant le
voyage d'Afrique à Nicomédie ; un Grammaticus ; deux livres Ad Asclepiadem
( dédicataire mentionné et cité en Inst. 7 , 4 , 17 ) ; tout un corpus de Lettres : à
Probus (4 livres ), à Severus ( 2 livres ), à Démétrianus [ le dédicataire d'Opif .]
( 2 livres). Quant au fr. De motibus animi, il provient sans doute du recueil de
Lettres ou de l'Ad Asclepiadem .
Euvres annonçées, mais apparemment non publiées : un Contra omnes
haereses ( cf. Inst. IV 30, 14 ; Ira 2 , 6) ; un Contra Iudaeos ( cf. Inst. VII 1 , 26) .
Euvre jugée non authentique : le Carmen de passione Domini (Brandt
Laubmann 15, CSEL 27 [ 1 ] , p. 148-151 ) .
Influence et réception . La célèbre phrase de Jérôme (Ep. LVIII 10 , 2 ) :
Vtinam tam nostra adfirmare potuisset, quam facile aliena destruxit ! ( écho
d'une formule cicéronienne , deux fois citée par Lactance ) est en réalité un
premier hommage rendu au « Cicéron chrétien » ( cf. Wlosok 53 , p . 457 n . 31 ) .
L'ouvre de Lactance a été largement utilisée par les auteurs ultérieurs de
l'Antiquité tardive (Lucifer de Cagliari, Prudence, Zénon de Vérone, Sedulius
Scotus, Isidore de Séville ) : cf. Brandt- Laubmann 15 , CSEL 27 ( 2 ) , p . 269-278 :
Index expilatorum et testium . L'enthousiasme des humanistes est bien attesté :
cf. notamment Pétrarque (exundans lacteo torrente Lactantius ), et Pic de la
Mirandole ( généralement considéré comme l'auteur de la formule Cicero
christianus ) . La dénonciation des faiblesses théologiques de l'æuvre (déjà
présente chez Jérôme) donna lieu à de vives controverses , puis certaines éditions
comportèrent des mises en garde , avec renvoi au Décret du pape Gélase
( cf. PL VI , col . 62-94).
Bibliographie sur divers aspects de la réception dans Wlosok 53 , p . 458-459 .
CHRISTIANE INGREMEAU .

8 LACYDAS DE MÉTAPONTE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth . 36 ,


267 ; p. 144 , 7 Deubner.
[ En réalité ce nom résulte d'une correction proposée par K. Keil , Analecta epigraphica et
onomatologica , Leipzig 1862 , p. 228 et adoptée par L. Deubner. Le Laurentianus qui a
transmis le texte du traité porte Aax dac, nom qui n'avait posé problème ni à A. Nauck, dans
son édition de 1884, ni à H. Diels ( DK 58 A, t . I , p. 446, 20 ). C.M. ]
BRUNO CENTRONE .

9 LACYDÈS

Personnage fictif, destinataire de la Lettre pseudépigraphe 23 de Diogène de


Sinope ( D 147 ) [ = SSR V B 553 ] ( éd . avec trad. latine dans 1 R. Hercher,
Epistolographi graeci, p . 240-241 ; éd . avec trad . allemande dans 2 Eike
Müseler, Die Kynikerbriefe, t. II , p. 26-27 ; reprise du texte de Hercher et trad .
anglaise par B. Fiore dans 3 A.J. Malherbe, The Cynic Epistles, p . 116-117 ;
72 LACYDÈS L9

trad . française dans 4 G. Rombi et D. Deleule , Les Cyniques grecs. Lettres de


Diogène et Cratès, coll . « Les philosophiques » , Paris 1998 , p . 49 ) . Il est
question également de Lacydès dans la Lettre pseudépigraphe 37 de Diogène RO
(Hercher 1 , p. 251-252 ; Müseler 2 , p. 58-61 ; Malherbe 3 , p. 154-159 ; Rombi et
Deleule 4 , p . 72-76 = SSR V B 567) adressée à Monime . Sur la Lettre 23 , voir
5 F. Junqua, Lettres de Cyniques, t. I , p . 84-85 ; t. II , p . 452 , 514 et 566, et sur la A
Lettre 37 voir t. I , p . 129-135 ; t . II , p. 472-474 et 578-580 .
Études . 6 V. E. Emeljanow , The Letters of Diogenes , Ph.D. , Stanford
University , 1968 ( Ann Arbor, Michigan : Classical University Microfilms,
1974 ) , p . 84 et 128 pour la lettre 23 et p . 179-190 , notamment p. 180 pour la
Lettre 37 ( compléments à la bibliographie fournie par Emeljanow dans
Malherbe 3 , p . 20-21 , et Junqua 5 , t . II , p . 652-674 ) ; 7 G. Giannantoni , SSR,
t . IV , 1990 , Note 53 , p. 551-553 . Pour la Lettre 37 , voir aussi 8 W. Capelle , De
Cynicorum epistulis, Diss . Göttingen 1896 , 62 p. (Lettres de Diogène , p . 5-48 , et
Lettres de Cratès , p . 49-62 ) , notamment p. 31-39 (en outre il signale , p . 7 n . 1 ,
que les lettres 23 et 37 ne sont pas du même auteur) ; 9 R. Nihard, « Les lettres
de Diogène à Monime et la confrontation des topoi» , RPh 38 , 1914 , p. 259-271 ,
notamment p. 259-266.
Lettre 23 à Lacydès. Junqua 5 , t . I , p . 84-85 , signale que dans la plupart des
manuscrits la Lettre 23 est adressée à ’Alegávôow - ce qui n'a pas de sens vu le
contenu de cette lettre où Diogène vient d'apprendre par Lacydès qu'Alexandre wVU
souhaite le rencontrer (Ευαγγελίζη μοι βασιλέα Μακεδόνων σπουδάζειν
nepì tņu Obav ñuñv , « Tu m'annonces cette bonne nouvelle que le roi des
Macédoniens désire vivement nous voir » ) , - et que seul le Palatinus gr. 398 , le
plus ancien manuscrit des Lettres ( IX° s . ) , porte l'adresse : Aloyévns Aaxúdą
yaipeiv, tandis que le Laurentianus 86.8 (XVe s . ) a la leçon ' Avtinátpw . Cette
leçon pourrait être due à une correction ultérieure, car Antipater (RE 12 ) appar
tenait à l'entourage d'Alexandre ; cet officier de Philippe devint en effet général
sous Alexandre et , après la mort du jeune souverain , gouverneur de Macédoine .
Après avoir précisé que Lacydès a raison de dire, en parlant d'Alexandre , « le
roi des Macédoniens » , car lui -même, Diogène , n'admet aucun roi, le philosophe
transmet au souverain par l'intermédiaire de Lacydès le message suivant : « Si
Alexandre veut prendre part à mon mode de vie et à mes paroles, dis-lui qu'il y a
aussi loin d'Athènes en Macédoine que de Macédoine à Athènes » , voulant
signifier ainsi qu'il ne voyait pas pourquoi ce serait lui plutôt qu'Alexandre qui
se déplacerait ( cf. Diogène Laërce VI 60 : « Un jour qu'Alexandre se tenait
auprès de lui et disait : “ Moi, je suis Alexandre le grand Roi ” , Diogène dit : " et
moi , je suis Diogène le Chien !" » ). Le mot de Diogène dans la Lettre 23 devait
appartenir à tout un lot de chries qui circulaient sur la rencontre entre Diogène et
Alexandre ( cf. SSR V B 31-49 , et t . IV , Note 43 , p . 443-451 : « Diogene e
Alessandro Magno » ) , parmi lesquelles le célèbre « ôte - toi de mon soleil >>
( = SSR V B 33 ) . Le bon mot de la Lettre 23 n'est pas signalé dans SSR V B 31
49 ; il faut ajouter à cette collection le parallèle : Basile de Césarée, Lettre 9,3
A Maxime philosophe, dans Y. Courtonne ( édit . ) , Lettres de Basile, t . I , CUF ,
Paris 1957 , p . 39. Basile invite le philosophe cynique Maxime Héron ( > * M 70 ) à
L9 LACYDÈS 73

lui rendre visite : « Ne va pas nous dire, toi aussi , le mot de Diogène à Alexan
dre, qu'il y a aussi loin de chez vous ici que d'ici chez vous » . Sur le thème de la
rencontre entre Diogène et Alexandre , voir 10 M. Buora, « L'incontro tra
Alessandro e Diogene: tradizione e significato » , AIV 132 , 1973/1974, p . 243
264.

Aucun Lacydès n'est connu dans l'entourage d'Alexandre et le personnage


est sans doute fictif. Nihard 9 , p. 260 n . 6, se demande cependant s'il ne faut pas
l'identifier « avec le père de ce tyran Mégapenthès que met en scène Lucien
imitant Ménippe dans son Katánovc 8 , et sur lequel nous ne possédons pas
d'autre renseignement » . De son côté Junqua 5 , t. I , p. 85 , propose une interpré
tation possible de l'adresse à Lacydès : « À l'origine de cette adresse se trouve ,
croyons -nous, une confusion. D'après Diogène Laërce, le successeur d'Arcésilas
à la tête de l'Académie était “ Lacydès ( L 11 ) , fils d'Alexandre, originaire de
Cyrène" ( D.L. IV 59) . Une anecdote est rapportée à son sujet : " Comme le roi
Attale voulait le faire venir auprès de lui , il aurait répondu que les statues
doivent se regarder de loin ” ( D.L. IV 60 ). L'anecdote n'est pas sans rappeler la
réponse de Diogène que doit transmettre le Lacydès de la lettre à Alexandre . Le
mot de Diogene : ιδείν δε τον εμόν τύπον μηδείς ως ξένον βουλέσθω ( « je
refuse que quiconque veuille voir ma figure comme celle d'un étranger » , trad .
Junqua ) , présente une utilisation métaphorique de túnoç qu'on peut comparer à
celle que fait de eixóv le Lacydès académicien. On peut formuler l'hypothèse
que la lettre ait été, soit au stade même de sa conception , soit au cours de sa
transmission , contaminée d'une manière quelconque par cette tradition sur
l'académicien Lacydès, qui aurait ainsi été promu intermédiaire entre Diogène et
Alexandre et destinataire de cette lettre, en partie à cause du nom de son père, en
partie à cause de son bon mot , parallèle à celui de Diogène (ou peut-être même à
l'origine de ce dernier) » . Pour une interprétation un peu différente de la phrase
qui comporte TÚTOS, voir Rombi et Deleule 4, p. 49 : « J'interdis à quiconque de
venir voir comme une curiosité l'énergumène que je suis » .
Lettre 37 A Monime. Dans cette lettre, Diogène présente Lacydès comme
l’hôte chez qui il descend à Rhodes (on remarquera que le Lacydès académicien
est originaire, lui , de Cyrène ). Mais la maison de Lacydès avec son mobilier
luxueux , décrit avec précision dans la lettre , avec ses serviteurs, est en tous
points opposée à la conception rude et frugale du mode de vie diogénien. Aussi
le philosophe en profite -t -il pour rappeler combien le chemin qui mène au
bonheur est difficile ; lui-même a pu le parcourir parce qu'il s'est préalablement
entraîné aux côtés d'Antisthène ( 2 * A 211 ) qui lui a appris à s'exercer à manger
et à boire frugalement. La description du mode de vie du Lacydès de la Lettre 37
ne s'harmonise pas très bien avec ce qu'on sait de l'académicien qui , selon la
tradition , était pauvre (D. L. IV 59 ; Philodème , Acad. hist. XXI , p. 156, 194 et
244 Dorandi) et avare ( D.L. IV 59 ; voir T. Dorandi , n . 1 , p . 532 , dans Diogène
Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, coll . « Classiques modernes » ,
Paris 1999 ).

MARIE-ODILE GOULET -CAZÉ.


74 LACYDÈS L 10

10 LACYDÈS

Péripatéticien. Élien , De nat. anim . VII 41 ( = Lacydès F 10 b Mette ): « Le


philosophe péripatéticien Lacydès possédait une oie qui était une vraie mer
veille : elle aimait passionnément son maître, allant au même pas que lui quand il
marchait, s'arrêtant quand il s'asseyait , et ne le quittant pas un instant. Lors
qu'elle mourut , Lacydès l'ensevelit avec les plus grands égards , comme s'il
enterrait un fils ou un frère » ( trad . A. Zucker, Élien , La personnalité des
animaux. Livres I à IX , coll . « La Roue à Livres » , Paris 2001, p. 198 ). Athénée ,
Deipnosophistes XIII , 606 c ( = Lacydès F 10 c Mette) , raconte de même cet
attachement de l'oie pour « le philosophe Lacydès » dont elle était proprement
amoureuse , en citant Hermias de Samos ( » H 82 ) , fils d'Hermodore . Selon
Pline, Hist. Nat. X 51 (= Lacydès F 10 a Mette ), « une oie se tint constamment
aux côtés du philosophe Lacydès , sans jamais le quitter, ni en public , ni aux
bains , ni le jour, ni la nuit » ( trad. E. de Saint Denis, CUF , Paris 1961 , p. 45-46) .
Comme Élien est le seul à faire de ce Lacydès un péripatécien , il est possible
qu'il s'agisse en réalité du philosophe académicien mieux connu ( » L 11 ) . E. de
Saint Denis ( p . 122 ) croit devoir distinguer les deux homonymes . W. Capelle,
art. « Lakydes » , RE XII 1 , 1924 , col . 532 , s'est demandé si l'information ne
provenait pas d'Hermippe ( H 86) .
RICHARD GOULET.

11 LACYDÈS DE CYRÈNE RE FIIa

Académicien , originaire de Cyrène , successeur d'Arcesilas en tant que


scholarque de l'Académie ( D.L. IV 59-61 = T 1a 1-30 Mette ).
Témoignages et fragments. 1 H. J. Mette , « Weitere Akademiker heute : Von
Lakydes bis zu Kleitomachos » Lustrum 27 , 1985 , p. 39-51 .
Cf. 2 W. Capelle , art. « Lakydes » , RE XII 1 , 1924 , col . 530-534 ;
3 T. Dorandi ( édit . ) , Filodemo : Platone e l'Academia , p . 62-65 ; 4 W. Görler,
GGP Antike 4, 2 , p. 830-834 et 846.
Son père s'appelait Alexandre . Il fut disciple d'Arcesilas ( A 302 ) , donna
des cours à l'Académie du vivant de son maître, et compta parmi ses élèves
Chrysippe ( 2 - C 121 ] ( D.L. VII 183 = T la 38-40 Mette ) . Lacydès obtint la
direction de l'Académie à la mort d'Arcesilas, en 241/0 . Il tenait école dans le
« Lacydeum » , un jardin construit dans l'Académie par le roi Attale I er (Görler 4,
p . 832 ) . Selon Diogène Laërce ( IV 60 ), Lacydès « fut le seul, de mémoire
d'homme , à avoir transmis la direction de l'école de son vivant: à Téléclès et
Évandre de Phocée ( » E 65 ) » . L'information est fausse : Carnéade aussi fut
contraint d'abandonner la direction de l'Académie à cause de son mauvais état
de santé . La chronologie de Lacydès demeure incertaine. On ne connaît pas
l'année de sa naissance . Diogène Laërce ( IV 61 ) rapporte qu'il conduisit l'école
pendant vingt - six ans . Le témoignage d'Apollodore (FGrHist 244 F 47 ap .
Philod ., Acad . hist . , col . XXVII 1-7 = T 2a 1-7 Mette ) concernant l'année où
mourut Lacydès est riche en détails , mais d'interprétation difficile. J'accepte
maintenant (contrairement à ce que j'avais supposé dans mon article
L 12 LAELIUS SAPIENS (C. -) 75

5 T. Dorandi, « Per la cronologia di Lacide » , RhM 133 , 1990 , p . 93-96 , repris


dans Cronologia , p. 7-10) les résultats auxquels est parvenu Görler (4 , p. 830
831 ) . Dans ce passage d'Apollodore, on peut lire que Lacydès abandonna la
direction de l'Académie au bout de dix-huit ans ; ayant vécu encore dix -huit
autres années, il mourut sous l'archontat de Callistrate ( 208/7 ) ( selon certains
anonymes , il serait cependant mort sous l'archontat de Pantiadès, en 20776 ) ;
pendant les dix dernières années de sa vie , il fut malade. Lacydès mourut donc
en 207 .
Si l'on en croit le témoignage de Diogène Laërce ( IV 59 ) , Lacydès était un
homme sérieux et entouré d'admirateurs ; zélé dès sa jeunesse , mais pauvre, il
dut son ascension au caractère aimable de sa conversation . Son unique défaut
était l'avarice : chaque fois qu'il prenait quelque chose dans son garde -manger, il
refermait la porte en y apposant son sceau , puis jetait l'anneau à l'intérieur par
une fente afin d'éviter qu'on ne le vole . Ses serviteurs s'aperçurent du procédé:
ils brisaient régulièrement le sceau , emportaient ce qu'ils voulaient , refermaient
la porte en apposant le même sceau et remettaient l'anneau dans la pièce par la
même fente sans jamais être découverts. On retrouve chez Philodème le thème
de la pauvreté ( Philod ., Acad. hist. , col . XXI 1-3 = T 2b 3-4 Mette ) . Le
subterfuge des serviteurs revient, avec maints détails, chez Numénius (ap. Eus . ,
P.E. XIV 7 , 1-15 = fr. 26 Des Places = T 3 Mette) . La source de cet épisode
pourrait être une comédie d'époque hellénistique ( cf. 6 R. Hirzel, « Ein unbeach
tetes Komödienfragment » , Hermes 18 , 1883 , p . 1-16 , et 7 I. Gallo , Teatro
ellenistico minore, Roma 1981 , p . 58-62 ) .
Nous ne connaissons rien des écrits de Lacydès et très peu de sa pensée
(Görler 4, p. 832-834). Diogène Laërce ( IV 59 ; cf. I 14 et 19) le présente comme
initiateur de la Nouvelle Académie , tandis que Philodème (Acad. hist., col . XXI
37-42 = T 2b 6-8 Mette ) parle de l'Académie Moyenne .
Philodème (Acad. hist., col . MNO = T 2b 9-34 Mette ) conserve une longue
liste de disciples de Lacydès et donne des renseignements utiles , tirés de la
Chronologie d'Apollodore ( FGrHist 244 F 47 ap . Philod . , Acad . hist . ,
col . XXVII 1-7 = T 2a 7-31 Mette) , concernant les successeurs et les disciples
immédiats du philosophe : Paséas , Thrasys , Téléclès , Euandre (» E 65 ) ,
Aristippe ( A 357 ) , Agamestor ( > A 29 ) , trois Eubulos ( » E 73 , 76-77 ) et
Moschion ( M 193 ) .
TIZIANO DORANDI.

12 LAELIUS SAPIENS (C.-) RE 3 ІІa


Études. 1 F. Münzer , art. « C. Laelius Sapiens » , RE XII 1 , 1924 , col . 404
410 .

Fragments des discours dans 2 E. Malcovati , ORF , « Corpus scriptorum


Latinorum Paravianum , Torino 1953 , nº 20 , p . 115-122 ;
Fils d'un homo nouus lui - même proche de Scipion l'Africain , C. Laelius,
l'ami de Scipion Émilien, est plus âgé que lui (Cic ., Rep . I 12, 18 ; Lael. 15 ) : sa
date de naissance n'est pas connue , mais doit donc être située avant 1854, vers
190 peut-être.
76 LAELIUS SAPIENS (C. -) L 12

Les débuts de sa carrière politique nous échappent; en 147-146 il est légat de


Scipion et participe en 146 à la destruction de Carthage (Rep . II 40 , 67 ) . Il est
préteur en 145 ; au cours de cette année , il prononce un discours contre le projet
de loi proposé par le tribun C. Licinius Crassus qui aurait fait choisir les mem
bres des collèges sacerdotaux par le peuple dans les comices, remplaçant ainsi la
cooptation par l'élection ; la rogatio fut repoussée et le discours de Laelius sur
les collèges resta célèbre; Cicéron y fait référence à plusieurs reprises et laisse
voir que l'orateur n'avait pas seulement traité des collèges, mais de la religion
(Brut. 83 , 295 ; Lael. 25 , 96 ; Nat. deor. III , 5 , et III , 43 ; Rep. VI, 2, 6 ; ORF 12
16 ; voir 3 E. Rawson , « Scipio , Laelius , Furius and the Ancestral Religion » ,
JRS 63 , 1973 , p. 161-174, qui suggère que Laelius était augure dès cette date ).
En 144º, en tant que gouverneur de l'Espagne citérieure (4 T.C. Brennan ,
« Notes on Praetors in Spain in the Mid - Second Century B.C. » Emerita 63 ,
1995 , p. 47-76) , il mena des campagnes contre le chef lusitanien Viriathus qu'il
aurait « brisé et affaibli » selon Cicéron ( Off. II 11 , 40 , Brut . 21 , 84) , mais
Cicéron est le seul à mentionner cette victoire (dont Appien ne dit rien) , peut
être d'après une tradition familiale qu'il connaît (selon 5 A. Dyck , A commen
tary on Cicero De officiis, University of Michigan Press, 1996 , p. 419-420 ). En
142 , sous la censure de Scipion, il se présente au consulat mais il échoue , trahi
par Q. Pompeius Nepos qui se prétendait son ami et celui de Scipion ( Lael. 21 ,
77 ; Tusc . V 19 , 54 ; Plutarque, Apophtegmata Scip. min . 8 ) . Laelius est élu au
consulat l'année suivante et exerce cette magistrature en 140 avec Q. Seruilius
Caepio ( Brut. 43 , 161 ) . C'est peut-être à ce moment qu'il devient augure . Faut-il
placer vers cette époque, à la sortie du consulat, un discours « prononcé pour sa
propre défense devant le peuple » (pro se ad populum ), discours dont quelques
fragments figurent dans Festus (Malcovati 2 , 17-19 ) ? Il s'agit de répondre à une
accusation devant le peuple, mais les fragments concernent des opérations
militaires et semblent renvoyer à la préture en Espagne, plutôt qu'au consulat
pendant lequel Laelius est resté en Italie ( voir Malcovati 2 , p . 119 ) . Plutarque
évoque aussi un projet de loi concernant la question agraire : « Caius Laelius ,
l'ami de Scipion , essaya de redresser la situation , mais s'étant heurté à l'oppo
sition des puissants, il craignit le tumulte et renonça à son projet, ce qui lui valut
le surnom de Sage ou de Prudent... » (Tib. Gracchus 8 , 5 ) . Ce projet que
Plutarque est seul à mentionner, a suscité bien des discussions, car son contenu
est très imprécis et sa date nous échappe ; l'hypothèse d'un projet associé à un
tribunat de la plèbe en 151a ( formulée par 6 L. Ross Taylor, « Forerunners of the
Gracchi » , JRS 52 , 1962 , p. 19-27 ) est peu convaincante ; A. Astin (7 Scipio
Aemilianus , Oxford 1967 , p. 307-310) semble considérer comme plus probable
l'année du consulat, pour un projet qui ne dépassa sans doute pas le stade d'une
discussion au sénat. La carrière politique de Laelius s'arrête après 140, mais il
continue à intervenir dans la vie de la cité : en 1384, il défend les publicains
impliqués dans le massacre de la forêt de la Sila ( Brut. 22 , 85-86 ) ; en 132 , il fait
partie du consilium des deux consuls T. Popilius Laenas et P. Rupilius (Lael. 11 ,
37 ; Val . Max IV 7 , 1 ) et participe sans doute aux interrogatoires des partisans de
Tiberius Gracchus ; en 131 , il combat la rogatio du tribun C. Papirius Carbo, qui
L 12 LAELIUS SAPIENS (C. -) 77

permettait de réélire un tribun de la plèbe, autant de fois qu'il le voudrait ( Liv . ,


Per. LIX 9 ) . Le projet, auquel s'était opposé Scipion Émilien , mais qui avait été
soutenu par C. Gracchus, fut repoussé. Avec les optimates, Laelius se présente
comme l'adversaire des mesures risquant de porter atteinte à l'équilibre de la
cité. Enfin , en 129a, il rédigea l'éloge funèbre de Scipion Émilien , qui fut
prononcé par Q. Fabius Maximus Allobrogicus (Cicéron, Mur. 75 ; Schol . Bob .
in Mil., p. 118 , 11 Stangl , où est citée la fin de la laudatio ; dans le De orat. II
341 , la mention de Tubero est considérée comme erronée ). Laelius meurt vers
128. Il eut deux filles dont l'une épousa C. Fannius, et l'autre Q. Mucius
Scaevola , l'augure ( Lael. 1 , 4) .
C. Laelius fut un orateur renommé (Brut . 21 , 83 ) : Cicéron rappelle les
nombreuses causes qu'il a plaidées (Rep. III 30 , 42) ; ses discours furent publiés
( Brut. 21 , 82 ; 24,94 ; Rep . VI 2 , 6) et restèrent célèbres dans l'Antiquité. Certes,
Cicéron fait ressortir l'archaïsme du discours sur les collèges (où le choix d'une
langue archaïque était sans doute volontaire , selon Rawson 3 ) , mais il souligne
par ailleurs la pureté de sa langue et les qualités de son style: élégance, grâce et
douceur ( Brut. 23 , 89 ; 73 , 258 ; 86, 295 ; De orat. III 7 , 28 ; III 12 , 45 ) .
L'intérêt de Laelius pour la littérature n'était pas moins grand : il faut rappe
ler ses liens d'amitié avec Térence (Lael. 24, 89) ; et une rumeur persistante
faisait de Laelius - ou de Scipion Émilien - l'auteur véritable des comédies ;
selon Cicéron (Ad Att. VII 3 , 10) , « on croyait les pièces de Térence écrites par
C. Laelius à cause de la pureté de leur langue » (cf. Suet . , Vita Ter ., éd.
A. Rostagni, Torino 1964, p. 36-37 ; Quint. X 1,99 ). Cornélius Nepos ( *** N 20 )
indiquait expressément que Laelius avait participé à la rédaction de l'Heauton
timoroumenos ( Vit. Ter ., p. 36-37 ) . Térence lui- même fait allusion à de grands
protecteurs dans le prologue des Adelphes : « Pour ce que disent ces gens
malveillants, que des personnages éminents assistent notre auteur et ne cessent
d'écrire en collaboration avec lui ... , lui il estime que c'est le plus grand des
compliments » ( Prooim . 16-21 ; et aussi dans Heaut. 22-24) . Térence se trouvait
ainsi associé au cercle des Scipions . Mais déjà des érudits antiques au temps
d'Auguste , Fenestella et le grammairien Santra, avaient mis en doute cette
collaboration ( Vita Ter ., p. 30 et 36-37 ) ; les savants contemporains ( voir la
discussion et la bibliographie dans 8 E. Gruen , Culture and National Identity in
republican Rome, London 1992, p. 198-202 ) ont souligné les difficultés d'une
telle attribution : Térence est d'une génération antérieure ; en 160 , au moment où
sont représentés les Adelphes, Laelius et Scipion Émilien sont des jeunes gens et
n'ont pas l'expérience politique et militaire qui permettrait de les considérer
comme des homines nobiles ayant rendu service dans la guerre ou dans les
affaires. D'autres noms ont été proposés; il reste que les liens de Térence avec
Scipion Émilien ne sont pas à nier, puisque les Adelphes furent représentés aux
jeux funèbres en l'honneur de Paul Émile , en 160 .
Les liens d'amitié entre Laelius et Scipion Émilien sont bien connus et
fréquemment mentionnés chez les auteurs anciens . Dans l'œuvre cicéronienne
leurs deux noms sont très souvent associés, mais on peut également citer Horace
( Sat. II 1 , 71-74) . Cicéron en a fait une amitié exemplaire dans le De amicitia
78 LAELIUS SAPIENS (C.-) L 12

( voir DPha Suppl., p. 663-665 ; 9 G. Garbarino, Roma e la filosofia greca ,


p . 426) ; Laelius est un membre important du « cercle de Scipion » avec d'autres
hommes de sa génération comme L. Furius Philus ( MF 26 ] (Lael. 19, 69 ; De
orat. II 37 , 154 ) ; il partageait l'intérêt de Scipion pour la culture grecque et la
philosophie . Il fut en contact avec le stoïcien Panétius de Rhodes , proche de
Scipion Émilien (Fin . IV 9, 23 ; Mur. 31 , 66) ; cette familiarité est rappelée à
plusieurs reprises par Cicéron : Scipion et ses amis « eurent toujours auprès
d'eux les plus savants d'entre les Grecs » ( De orat. II 37 , 154) ; ils « allièrent à la
tradition nationale et ancestrale, la science étrangère, d'origine socratique »
(Rep. III 3 , 5 ) . Avec Scipion, Laelius avait écouté les trois philosophes venus à
Rome comme ambassadeurs en 155a : Carnéade ( 2C 42) , Critolaos ( C 219 ) ,
Diogène de Babylonie > D 146 ] (De orat. II 37 , 155 ; Tusc . IV 3 , 5 ; Fin . II 8 ,
24 ; IV 9 , 23 ) , puis rencontré Panétius . Mais Cicéron ne le mentionne pas parmi
les stoïciens comme Fannius ( > + F 6) , Tubero ou Rutilius Rufus (Garbarino 9,
p. 426) . Dans le De amicitia , si Fannius propose une définition inspirée du stoï
cisme de la « sagesse » de son beau - père ( Lael. 2, 7 ) , Laelius lui -même distingue
la sagesse des philosophes, inaccessible aux mortels, et la qualité d'homme de
bien , car il entend envisager « la pratique et la vie de tous les jours » (5 , 18 ;
cf. Off. III 4, 16) .

Laelius avait reçu le surnom de sapiens: ce cognomen figure déjà chez


Lucilius où Laelius est présenté comme un homme de morale ( 1235-1237 M = H
30 Charpin : Lucilius ... sophos ille) . C. Gracchus semble déjà y avoir fait
allusion dans un discours en faveur du projet de Papirius Carbo (Charisius,
Gramm . Lat. I , 196 = ORF, p . 179 ) . Cicéron en fait état à plusieurs reprises
(Lael. 1 , 1 ; 2 , 6 ; Fin . II 8 , 24 ; Mur. 31 , 66) pour affirmer que Laelius par son
caractère , par ses goûts et sa culture est un « sage » . La « sapientia » de Laelius
est donc mise en relation avec son intérêt pour la philosophie et l'oppose aux
autres romains qui doivent ce surnom à leur science juridique ou à leur habileté
( Lael. 2 , 6) . Plutarque au contraire explique ce surnom par la conduite prudente
et avisée de Laelius, au moment où il retira son projet de loi agraire : « ce qui lui
valut le surnom de Sage ou de Prudent (le mot sapiens ayant, je crois, ce double
sens ) » (Tib . Gracchus 8 , 5 ) . Il est difficile de penser que ce seul épisode ( fort
mal connu) ait été à l'origine de ce surnom ( Münzer 1 , col . 407 ; Astin 7 ) . Mais
il montre comment cet adjectif est susceptible d'une double interprétation :
habileté , expérience ou sagesse ( voir 10 G. Garbarino , « Evoluzione semantica
dei termini sapiens e sapientia nei secoli III e II a. C. » , AAT, 1965-1966, p. 253
284 ; 11 E.L. Wheeler, « Sapiens and stratagems: the neglected meaning of a
Cognomen » , Historia 37 , 1988 , p . 166-195 ). E. Wheeler insiste sur l'habileté
politique de Laelius ( p . 195 ) . Mais Garbarino 9 , p . 428-429 , montre que la
sagesse de ce personnage n'est pas uniquement une création cicéronienne, mais
provient d'une tradition qui s'est formée assez tôt , comme l'indiquent le
témoignage de Lucilius et le fragment de C. Gracchus, peut-être même dans son
entourage et conclut que le cognomen devait refléter les qualités intellectuelles
et morales de Laelius.
L 14 LAMISCUS DE TARENTE 79

Cicéron a particulièrement insisté sur ce point; Laelius est remarquable par


sa culture et aussi par sa personnalité : il souligne sa douceur et son affabilité
( Mur. 31 , 66 ) ou sa mesure ( Arch. 7 , 16) , son égalité de caractère (Off. I 26, 90 ) ;
son souci des affaires politiques apparaît fréquemment. Sans doute ce portrait
comporte - t- il une part d'idéalisation (Garbarino 9 , p. 428 ) , mais il n'est donc pas
surprenant que Cicéron ait donné une place importante à ce personnage dans ses
dialogues philosophiques: Laelius intervient dans le De re publica. Il a même
une place capitale dans le livre III où il répond à Philus et fonde la justice sur la
loi de la nature, qui est recta ratio ( voir 12 J.-L. Ferrary , « Le discours de
Laelius dans le troisième livre du De re publica de Cicéron » , MEFRA, 86 , 1974 ,
p. 745-771 ) ; il est présent dans le De senectute et , dans le De amicitia , il est le
personnage essentiel.
MICHÈLE DUCOS.

13 LAETUS (OFELLIUS - ) PIR ' O 78 I

A. Le platonicien Ofellius Laetus est connu par deux épigrammes, l'une


d'Athènes et l'autre d'Éphèse, qui ont en commun , à une variante près, un même
distique : « si l'âme , selon la doctrine de Pythagore, passe en un autre corps, en
toi , Laetus, c'est Platon qui se révèle et vit à nouveau » . L'inscription du
Parthenon ( IG II 3816 ) , où le distique trouve plus naturellement sa place, est
certainement antérieure : elle avait été rédigée à l'occasion d'une cérémonie pour
laquelle Laetus, en tant que théologue ( sur cette fonction, voir Bull. Épigr. 1981 ,
481 ) , avait composé un hymne . L'inscription d'Éphèse ( I. Ephesos 3901 ,
publiée d'abord et analysée par J. Nollé , ZPE 41 , 1981 , p . 197-206 ) le désigne
comme philosophe platonicien et cite de mémoire , un peu inexactement ( « qui
est sauvé » au lieu de « qui se révèle » ) , le distique final du Parthenon. Elle
permet, d'après des critères paléographiques, de dater l'activité de Laetus du jer
siècle de notre ère.

B. Le personnage est très probablement identique à l'auteur Laitos , cité à


deux reprises par Plutarque dans son traité Sur les causes physiques ( 911 F,
913 F) , en des termes qui suggèrent qu'il avait pu l'entendre personnellement.
Le lien de parenté posé par G. W. Bowersock , GRBS 23 , 1981 , p . 275-279 , avec
le procurateur d'Épire A. Ofellius Macedo reste purement hypothétique. Le
philosophe appartenait bien plus probablement à la famille des Ofellii d'Éphèse ,
attestée dès l'époque augustéenne (1. Ephesos 402, 407 et 3092 ) .
Cf. B. Puech , « Prosopographie des amis de Plutarque » , ANRW II 33 , 6 ,
1992, p. 48-56.
BERNADETTE PUECH .

14 LAMISCUS DE TARENTE RE Iva

Personnage mentionné dans la Lettre VII de Platon ( 350 b ) . Platon raconte


dans ce passage que se trouvant en danger de mort, du fait que Denys lui était
devenu hostile , il fit part à Archytas et à ses autres amis de Tarente de la
situation dans laquelle il se trouvait. Ceux -ci envoyèrent alors à Syracuse un
80 LAMISCUS DE TARENTE L 14

navire à trente rames avec un certain Lamiscus qui devait intercéder en faveur de
Platon auprès de Denys.
Lamiscus est également mentionné dans la lettre , conservée par Diogène
Laërce III 21-22 ( 1 R. Hercher, Epistolographi graeci, p . 132 = 2 H. Thesleff,
The Pythagorean Texts, p . 45 , 20-30 ) , qu'Archytas aurait envoyée à Denys à
cette même occasion , ainsi que dans celle envoyée par Archytas à Platon ,
également conservée par Diogène Laërce VIII 80 (Hercher 1 , p . 132 = Thesleff
2 , p . 46 , 1-7 ) . Sur cette correspondance, voir 3 R. Harder ( édit . ) , Ocellus
Lucanus . Text und Kommentar, coll . « Neue philologische Untersuchungen » 1 ,
Berlin 1926 , réimpr. Dublin 1966 , p . 39-48 , et 4 H. Thesleff, « Okkelos,
Archytas and Plato » , Eranos 60 , 1962 , p . 8-36..
On peut supposer que Lamiscus faisait partie du cercle pythagoricien de
Tarente. Il faut le distinguer du Lamiscus de Samos mentionné avec Mélissus
par Palaephatus, De incredibilibus P. 13 (DK 20 B 11 ) . Voir 5 W. Capelle, art.
« Lamiskos aus Tarent » , RE XII 1 , 1924, col . 564-565.
BRUNO CENTRONE.

15 LAMPON DM II ?
Comme beaucoup d'hommes de lettres, le philosophe Lampon a laissé sa
signature à Thèbes dans la tombe dite « de Memnon » ( tombeau de Ramsès VI ;
J. Baillet , Tombeaux, n° 1548 ) , qu'il avait visitée en compagnie d'un Aelius
Dionysios , peut-être le pensionnaire du Musée d'Alexandrie connu sous ce nom
( 3 - D 178 ) ; il se peut qu'il y soit venu une autre fois avec un certain Statius
(J. Baillet , Tombeaux, n ° 1548 ) . Il paraît douteux qu'il puisse être identique,
comme le proposait J. Baillet, à l'homonyme connu de Galien ( Topiques I 1 et
III 3 ), qui était médecin à Péluse (RE 5 ) .
Cette inscription est également mentionnée par A. Calderini, « Arti liberali in documenti
dell'Egitto romano » , dans Studi in onore di Ugo Enrico Paoli, Firenze 1956, p. 155 .
BERNADETTE PUECH .

16 LAMPRIAS D'ARGOS PLREI: IV


Philosophe d'Argos cité avec son compatriote Diogène ( » D 140 ) dans une
lettre de l'empereur Julien (Epist. 198 b -c - Bidez la tient pour d'authenticité
douteuse ). Ce document dit qu'ils ne le cèdent, pour la philosophie, à aucun de
leurs contemporains, mais il exalte surtout leur activité au service de leur cité
( orateurs, hommes politiques , ambassadeurs ), démontrant ainsi « l'erreur de
l'opinion qui représente ses adeptes de la philosophie ) comme des gens inutiles
aux cités » .
PIERRE MARAVAL.

17 LAMPRIAS DE CHÉRONÉE RE 4 PIR ' L 80 I -II

Le frère aîné de Plutarque, qui avait reçu le nom de son grand -père, avait été
aussi son condisciple au temps de leurs études auprès d'Ammonios (De E
delphico) [ > A 138 ) . Le De defectu oraculorum et le De facie, ainsi que les
Propos de Table ( I 8 ; II 2 et 10 ; IV 4-5 ; VII 5 et 10 ; VIII 6 ; IX ) le montrent
L 21 LASTHÉNEIA D'ARCADIE 81

fidèlement présent auprès de son frère, avec une exubérance enjouée, à diverses
époques et en divers lieux, notamment, assez souvent, à Delphes. Il n'est donc
pas impossible qu'il soit identique , comme on l'a depuis longtemps supposé,
avec l'homonyme archonte à Delphes vers la fin du règne de Trajan ( voir
G. Daux , Chronologie delphique, Paris 1943 , P 17 , p. 93 ).
Cf. K. Ziegler, art. « Plutarchos » 2 , RE XXI 1 , 1951 , col . 645-646 .
BERNADETTE PUECH .

18 LAMPROS D’ÉRYTHRÉE Iva


L'un des maîtres ( ?) d'Aristoxène de Tarente ( A 417 ) .
La seule mention de ce personnage figure dans la Souda (s.v. 'AplotóČEVOÇ
A 3927 = 1 F. Wehrli , Aristoxenos, coll . « Die Schule des Aristoteles » 2 , 2e éd .
Basel/ Stuttgart 1968 , fr. 1 ). Mentionné aux côtés du père d'Aristoxène qualifié
de uovolxóc, Lampros est certainement compris par l'auteur de la notice
comme maitre de musique ('Αριστόξενος , υιός Μνησ ου , του και Σπινθάρου ,
μουσικού ( ... ) ακουστής του τε πατρός και Λάμπρου του Ερυθρα ου:
« Aristoxène, fils de Mnésias , fils lui-même de Spintharos, musicien ( ... ) élève
de son père et de Lampros d’Érythrée » ) . Cf. 2 DPhA , t. I , A 417 , p . 591 ( il y a
erreur sur l'ethnique de Lampros: remplacer Érétrie par Érythrée, en lonie ) . Il y
a peut- être confusion avec le célèbre musicien homonyme du ve s. av . J.-C. (RE
2 ) , dont on ne connaît d'ailleurs pas l'ethnique ( cf. Wehrli 1 , p . 47-48, et fr. 76) .
JEAN -PIERRE SCHNEIDER .

19 LAODAMAS F III

Stoïcien inconnu , disciple de Chrysippe ( Philod ., Stoic. hist. , col . XLVII 3 =


SVF II 12 ) . Chrysippe lui avait dédié deux ouvrages , un de contenu logique :
Tepà èxOéoewV Tipos Aaodáuavta a ', Sur les ecthèses, à Laodamas (D. L. VII
196 ) , et un de contenu éthique : Iepi tõv oủx ópowç tots oporç å tiheyo
μένων πρός Λαοδάμαντα ζ ' , Sur les objections qui sont faites a tort aux
« Définitions » , à Laodamas ( D. L. VII 199 ).
TIZIANO DORANDI.

20 LAPHAON DE MÉTAPONTE
Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth. 36,
267 ; p. 144, 3 Deubner.
(Ce nom ne semble pas poser de problème. Notons pourtant les conjectures Aad wv et
Ayaaopwv, proposées respectivement par Obrecht et Reinesius ( et signalées dans l'apparat
critique de l'édition de A. Nauck , Saint-Pétersbourg, 1884, ad loc .). C.M. ]
BRUNO CENTRONE .

21 LASTHÉNEIA D'ARCADIE RE 1 MIVa

Pythagoricienne dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth.


36 , 267 p. 147 , 2 Deubner.
En Diogène Laërce III 46 ( = Dicéarque, fr. 44 Wehrli ) , est mentionnée
Lasthéneia de Mantinée en Arcadie ( L 22 ) qui fut, comme Axiothée de
Phlionte ( A 517 ) , élève de Platon . En D.L. IV 2 , ces deux femmes sont
82 LASTHÉNEIA D'ARCADIE L 21

présentées comme des disciples de Speusippe. Selon 1 F. Wehrli, Dikaiarchos,


coll . « Die Schule des Aristoteles » 1 , Basel/Stuttgart 19672, p. 55 , la Lasthéneia
pythagoricienne est la même personne que mentionne Diogène Laërce et ,
puisque l'idée de disciples féminins est inconciliable avec l'eros platonicien , il
doit s'agir d'une appropriation de la part de l'Académie de deux personnages
originairement liés au pythagorisme . Contre cette position , voir 2 A. Swift
Riginos , Platonica , p . 183-184 . En IV 2 , est citée une lettre de Denys à
Speusippe dans laquelle est mentionnée une uaOntp ç arcadienne ; il doit s'agir
de Lasthéneia. Voir Athénée , VII , 279 e -f.
Les témoignages sont rassemblés dans 3 T. Dorandi, « Assiotea e Lastenia :
due donne all'Accademia » , AATC 54 , 1989, p. 51-66 .
BRUNO CENTRONE.

22 LASTHÉNEIA DE MANTINÉE RE 2 Iva

Témoignages et fragments. 1 T. Dorandi, « Assiotea e Lastenia : due donne


all’Academia » , AATC 54, 1989, p. 51-66 .
Une des deux femmes mentionnées en D. L. III 46 (= T 1 ) dans la liste des
disciples de Platon . Avec sa collègue Axiothéa de Phlionte ( > A 517 ) , elle est
également présentée en D. L. IV 2 ( = T 9 ) comme disciple de Speusippe .
Diogene Laerce les designe a cet endroit comme αι Πλάτωνος μαθήτριαι , les
disciples féminins de Platon . Bien que Phlionte et Mantinée soient toutes deux
situées en Arcadie , la uaOntpic d'Arcadie à laquelle fait allusion la lettre
pseudépigraphe de Denys le Tyran citée ensuite par Diogène n'est pas Axiothéa ,
mais Lasthéneia , comme le montre le rapprochement avec Athénée VII , 279 ef
(= T 10 ) , qui cite sans doute le même document. Axiothéa et Lasthéneia sont
encore mentionnées dans Anon . , Proleg. in Plat. philosophiam 4 , 25-26, p. 11
Westerink (T 6 : τούτω δ ' εφοίτησαν ου μόνον άνδρες αλλά και γυναίκες ,
Δεξιθέα τε ή εκ Φλιούντος και Λασθένεια ή εξ Αρκαδίας), et chez Clement
d'Alexandrie, Strom . IV 19 , 122, 2 ; p. 302 , 13-14 Stählin (= T 4 ).
On retrouve peut-être une allusion aux deux académiciennes dans Philodème,
Acad. hist. , col . VI 26-27 : yu ] vaixes ( ovveo ] xól [2a0a ] v [ v] ảydpeiai
[ êoon ] tı ( = T 7 ) . Sur ce passage, voir 1 Dorandi , p . 54-55 . Voir aussi Apulée ,
De Platone I 4 (= T 3 : Multi auditorum eius utriusque sexus in philosophia
floruerunt) et Olympiodore, in Alcib. , § 2 , 147-149 Westerink (= T 5 : norous
δε πάνυ πρός μάθησιν έφείλκετο και άνδρας και γυναίκας ανδρεία
σχήματι παρασκευάζων ακροάσθαι αυτού ))..
Selon Wehrli ( commentaire du fr. 44 de Dicéarque, p . 33 ) , la présence de
Lasthénéia d'Arcadie ( » L 21 ) dans le Catalogue des anciens Pythagoriciens
transmis par Jamblique , V. pyth. 36, 267 (= T 13 ) prouverait que la tradition a
transposé dans l'Académie deux personnages originellement rattachés au pytha
gorisme . A. S. Riginos , Platonica, p . 183-184 , croit au contraire que leur ratta
chement à Platon est la donnée originelle.

C'est peut-être Axiothéa qu'il faut reconnaître sous les traits d'une jeune fille ,
non nommée , qui aurait été l'élève de Platon , puis , après la mort de ce dernier,
L 24 LATERANUS (Q. PLAUTIUS -) 83

de Speusippe et de Ménédème d'Érétrie ( » M 116 ) , dans un fragment


biographique contenu dans POxy. 3656 , publié par 3 P.J. Parsons , dans Helen
M. Cockle ( édit .), The Oxyrhynchus Papyri, t. LII , London 1984 , p . 47-50 . Le
papyrus cite comme sources Hippobote (** H 148 ) , Hiéronymos de Rhodes
( * H 129 ] ( Év Tŷ Nepi ouvoxñs ) et un “ Aristophane le Péripatéticien ”
[PA 404 ) ( Év tÕ Nepi áruniac ). Voir 4 M. Gigante, « Accessione Ippobotea » ,
PP 220 , 1985 , p . 69 ) ; 5 Id ., « Biografia e dossografia in Diogene Laerzio » ,
Elenchos 7 , 1987 , p . 59-62 ( il s'agirait plutôt de Lasthéneia et derrière Aristo
phane se cacherait Aristoxène ( > A 417 ] ) .
RICHARD GOULET et TIZIANO DORANDI .

23 LASTHÉNÈS DE BITHYNIE I

D'après Philostrate , V. Apoll. V 38 , Lasthénès d'Apamée , en Bithynie , qui


avait philosophé avec Dion de Pruse ( D 166) s'engagea dans l'armée . Comme
ilsouhaitait retourner à la philosophie , il obtint son congé grâce à une faveur que
Vespasien accorda à Dion .
PATRICK ROBIANO.

24 LATERANUS (Q. PLAUTIUS -) RE L 42 PIR P 468 I

Q. ( ?) Plautius Lateranus , est exclu du sénat en 48 sous le règne de Claude ,


ayant été accusé d'adultère avec Messaline (Tacite , Ann . XI 30 et 36) . Au début
du règne de Néron (en 54 ou 55 ) , il est réintégré dans le sénat par l'empereur
(Tacite , Ann. XIII 11 , 2) . En 64 , alors qu'il est consul désigné, il entre dans la
conjuration menée par C. Calpurnius Piso pour renverser Néron par « amour du
bien public » (amore rei publicae, Ann . XV 49 , 3 ) , apportant la violence de sa
haine . C'est lui qui devait attaquer Néron le premier et le jeter à terre , car il
avait « l'âme ferme et le corps vigoureux » ( Ann . XV 53 , 2 ) . En 65 , après la
découverte de la conjuration, il fait partie des premiers condamnés à mort. C'est
le tribun Statius Proxumus qui l'exécute (Ann . XV 60, 1 ) . La mort de Latéranus,
brièvement indiquée chez Tacite , est mentionnée de façon plus détaillée par
Épictète (Entretiens 1 1 , 19-20) : Latéranus est un exemple de courage devant la
mort, tendant la tête une seconde fois, car le bourreau n'avait pas réussi à le
décapiter d'un seul coup.

Lateranus n'est nulle part présenté explicitement comme un disciple des


philosophes. Néanmoins, Tacite mentionne sa force d'âme (Ann . XV 60 , 1
plenus constantii silentii) en usant de l'adjectif constans. Le fait qu'il soit choisi
comme un exemple de fermeté par Épictète peut laisser également penser que
Latéranus était proche des stoïciens.

Cf. M. Hoffmann, art. « Q. Plautius Lateranus » 42 , RE XXI 1 , 1951 , col . 30 .


Juvénal mentionne également un Latéranus qui fut consul ( VIII 143 ) , mais les
commentateurs (cf. E. Courtney, A Commentary on the Satires of Juvenal, London 1980, et
J. Ferguson, A Prosopography of the poems of Juvenal, coll . « Latomus » 200 , Bruxelles 1987 )
soulignent qu'il ne saurait s'agir du même personnage.
MICHÈLE DUCOS.
84 LÉANAX DE SYBARIS L 25

25 LÉANAX DE SYBARIS

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth. 36,


267 ; p . 145 , 1 Deubner.
[En réalité ce nom est une conjecture de K. Keil ( ZATW 1852 , p. 259) pour le Aeávať du
Laurentianus qui a transmis le texte du traité de Jamblique Sur le mode de vie pythagoricien,
mais elle semble s'imposer : voilà pourquoi elle fut adoptée aussi bien par les deux derniers
éditeurs du traité, A. Nauck et L. Deubner, que par H. Diels (DK 58 A, t. I, p. 446 , 31 ).
Sur ce type de nom, cf. Fr. Bechtel, Die historischen Personennamen , p. 279 . C.M.)
BRUNO CENTRONE.

26 LÉCYTHION MII

Personnage, peut- être fictif, des Fugitifs de Lucien . Le nom « Lécythion >>
a-t - il une signification particulière ? Il est apparemement formé sur Anxudos qui ,
comme son homologue latin ampulla , désigne au sens propre une burette à huile ,
une fiole à parfum ou une fiole à onguent, et au sens figuré l'emphase . Le nom
propre fait peut- être allusion au style ampoulé du personnage, à moins qu'il ne
veuille souligner chez celui -ci une pomme d’Adam proéminente, sens que le
mot peut avoir également ( cf. Liddell - Scott , qui renvoie à un passage de
l'historien Cléarque [ fr. 72 , t . II , p . 302 Müller] ) .
« Philosophie » , un des personnages du dialogue , se plaint des mauvais traite
ments que lui font subir des gens qui se prétendent philosophes et qui se mettent
sous le patronage d'Antisthène (2+ A 211 ) , Diogène ( 2 - D 147 ) et Cratès
( ** C 205 ) - les grands noms du cynisme -, mais qui , en réalité, font semblant
d'être philosophes afin d'échapper à leur condition d'esclaves . Devant l'émotion
que manifeste Philosophie , Zeus, son père, demande à Héraclès et à Hermès de
descendre avec elle sur terre pour exterminer ces « chiens » . Ils arrivent alors
dans une ville de Thrace , Philippopolis , où ils rencontrent des hommes à la
recherche de trois esclaves fugitifs accompagnés d'une femme que ceux -ci ont
réduite en esclavage. Ces esclaves en fuite font partie précisément des gens dont
se plaint Philosophie . Il s'agit de Cantharos [ PC 37a ) ( $ 28) , Lécythion et
Myropnous [ - M 208 ) ( $ 32 ) . Lécythion joue les philosophes (xal Anxvdiwv
piłoOopei ), provoquant ainsi les railleries de son ancien maître ( § 32) . Lorsque
Philosophie demande à Hermès de prononcer un jugement, celui -ci ordonne à
Lécythion et à Myropnous de retourner chez leurs maîtres et de continuer à
apprendre leur précédent métier qui , dans le cas de Lécythion, consistait à laver
le linge sale . Mais auparavant l'un et l'autre seront fouettés avec de la mauve
( § 33 ] (si l'on adopte la correction uaotlywDévte proposée par De Jong , alors
que les manuscrits ont ugotiywdévta , auquel cas seul Myropnous aurait droit
au fouet).
MARIE -ODILE GOULET -CAZÉ .

27 LEITÈ (AURELIA -) F III

Évergète de la cité de Paros, dont elle avait notamment, en tant que gymna
siarque, fait restaurer l'un des gymnases , épouse d'un grand -prêtre municipal du
culte impérial, Aurelia Leitè est honorée par sa patrie pour ses vertus familiales
L 29 LÉODAMAS DE THASOS 85

et son dévouement à la patrie . Mais c'est le titre de « philosophe » qui ouvre


l'énumération de ses qualités , dans l'inscription en prose rédigée par la cité
comme dans le distique élégiaque que son époux avait fait graver au - dessus
( IG XII, 5 , 292) . Le monument date de l'époque des tétrarques.
BERNADETTE PUECH .

28 LÉOCRITOS DE CARTHAGE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth . 36 ,


267 ; p . 145 , 3 Deubner.
[Au lieu du Aeóxpitoç des mss, le dernier éditeur du traité de Jamblique Sur le mode de
vie pythagoricien, L. Deubner, écrit Deuxpitos, suivant en cela L. Dindorf, Thesaurus
Graecae linguae , s . v . , et K. Keil , Analecta epigraphica et onomatologica, Leipzig 1862,
p. 230 ; cf. O. Masson , « Sur quelques noms de philosophes grecs : à propos du Dictionnaire
des philosophes antiques, vol. II », RPh 68 , 1994, p. 237 = Id ., Onomastica graeca selecta ,
vol . 3 , Genève 2000 , p. 224 ; dans le comm. ad loc. de son édition , A. Nauck avait jugé lui
aussi « vitiosam » la forme transmise, mais il ne l'a pas corrigée. La conjecture KreóxpITOS,
proposée comme une alternative par Keil ( loc. cit. ), est incertaine. Il est également diffici
lement acceptable de suivre Fr. Beckmann , De Pythagoreorum reliquiis, Diss. Berlin 1844,
vol . 1 , p. 3 ( cf. Nauck , apparatus ad loc .), qui proposait d'identifier ce AEGxpitoç au Cartha
ginois Tɛūxpoç, dont Diogène Laërce nous dit (VIII 82) , qu'Archytas “ l'architecte” le citait,
dans son traité Sur la mécanique, comme ayant été son maître. Cet Archytas serait un homo
nyme du fameux pythagoricien, selon Diogène Laërce , ou identique à lui selon P. Kingsley,
« From Pythagoras to the Turba philosophorum : Egypt and Pythagorean tradition » , JWI 57,
1994, p. 1-13 , aux p. 4-5 ( voir notamment la p. 5 , avec les n. 27-28). C.M. )
BRUNO CENTRONE .

29 LÉODAMAS DE THASOS RESuppl. VII : 3 Iva


Académicien , disciple de Platon .
Témoignages et fragments. 1 F. Lasserre (édit. ) , De Léodamas de Thasos à
Philippe d'Oponte. Témoignages et fragments, Napoli 1987 , p . 41-46 , 237-242 ,
445-459 .

Léodamas, originaire de Thasos, celèbre mathématicien . Il naquit entre 420 et


415 et se fit connaître comme mathématicien vers 390 au plus tôt (Lasserre 1 ,
p . 445 ). A une époque impossible à déterminer, il vint à Athènes où il suivit
l'enseignement de Platon . On ne peut déterminer la durée de son séjour à
l'Académie, ni la nature de son activité aux côtés de Platon. Lasserre 1 , p. 445 et
451-458 , propose d'attribuer à Léodamas l'exemple d'analyse géométrique
développé dans le Ménon de Platon ( 86 e - 87 b = D 2 ). Son activité de mathé
maticien est connue par d'autres brefs témoignages selon lesquels Platon aurait
fait de Léodamas l'initiateur de la méthode de l'analyse ( D la-c . Voir aussi
D * 3 , un passage de Papp . , Coll. math. VII 2 , dont le noyau peut remonter à
Léodamas ).
A Léodamas est adressée la onzième Lettre du corpus Platonicum . L'auteur
de cette lettre, faussement attribuée à Platon , s'adresse à Léodamas à l'occasion
de la fondation de Crénidès, colonie établie par Thasos vers 360 dans les envi
rons du mont Pangée. Léodamas n'ayant pu se rendre à Athènes pour consulter
Platon, il prie le philosophe de venir chez lui ou d'envoyer Socrate le Jeune .
86 LÉODAMAS DE THASOS L 29

Platon répond de façon négative : non seulement il renonce à venir et à envoyer


Socrate, mais il exprime aussi ses doutes sur la possibilité de doter la nouvelle
colonie d'une bonne législation .
Cf. 2 K. von Fritz, art. « Leodamas » 3 , RESuppl. VII , 1940, col . 371-373 .
TIZIANO DORANDI.

30 LÉON VI- Va

Un des trois dédicataires, avec Brotinos ( -B 61 ) et Bathyll( a ) os ( ** B 22 ) ,


d'un traité d'Alcméon de Crotone ( ** A 98 ) . Voir Diogène Laërce VIII 83 ( DK
24 B 1 ) . Il faut sans doute l'identifier avec un Léon de Métaponte ( » L 33a) qui
figure dans le catalogue des pythagoriciens de Jamblique (V. Pyth. 36, 267 ,
p. 144 , 2 Deubner).
BRUNO CENTRONE .

31 LÉON DM IVS
Memnon , FHG III 527 , évoque la participation de Léon et d'Euxénon
( » E 179) au complot fomenté par le platonicien Chion d'Héraclée ( C 110)
contre le tyran Cléarque ( + C 140 ).
PATRICK ROBIANO .

32 LÉON RESuppl. VI : 25 Iva

Académicien , disciple de Platon .


Témoignages et fragments. 1 F. Lasserre ( édit .), De Léodamas de Thasos à
Philippe d'Oponte. Témoignages et fragments , Napoli 1987 , p. 79-83 , 291-300 ,
513-519 .
Les quelques renseignements qu'on possède sur Léon dérivent du Commen
taire aux Éléments d'Euclide de Proclus ( T 1 ) . A partir de ce témoignage , on
peut fixer la date de sa naissance entre 405 et 395 , et déterminer son appar
tenance à l'Académie de Platon. Léon aurait élaboré un recueil de touyela qui
serait le deuxième ouvrage de ce type après celui d'Hippocrate de Chios
( » H 151 ) et avant celui d'Euclide (E 80 ).
Proclus souligne l'intérêt particulier que Léon avait montré pour les problè
mes à diorismes ( D 1 ) . Lasserre 1 , p . 515-518 , a recueilli plusieurs passages des
Éléments d’Euclide ( D 2-8 ) qui pourraient remonter à l'euvre homonyme de
Léon .

On a aussi supposé que ce même Léon serait l'auteur du dialogue pseudo


platonicien intitulé Alcyon, mais la question n'a pas reçu de réponse univoque
( cf. Lasserre 1 , p. 518-519, et 2 A. Carlini, CPF I 1 ** 64, 1 ( ?) , p. 463-466 ).
TIZIANO DORANDI.

33 LÉON DE BYZANCE RE 23 Iva

Académicien, disciple de Platon .


Cf. 1 A. Wörle, Die politische Tätigkeit der Schüler Platons, Darmstadt
1981 , p . 124-127 ; 2 K. Trampedach , Platon, die Akademie und die zeit
genössische Politik, Stuttgart 1994 , p. 97-100 .
L 34 LÉON DE NARBONNE 87

Léon , originaire de Byzance , vint à Athènes dès son jeune âge pour
fréquenter l'Académie de Platon ( Philostr. , Vit. Soph. I 2) ; là, il connut Phocion
et devint son ami ( Plut . , Vit. Phocionis 14 , 7 ; Vit. Nic . 22 , 3 ) . La Souda
(s. v. Abwv : A265 , t. III , p. 247 , 27 - 248 , 13 Adler) rapporte que, selon certains
auteurs , Léon aurait été un philosophe péripatéticien, disciple à Athènes
d'Aristote (mais il est probable que dans la notice de la Souda le philosophe ait
été confondu avec un historien homonyme ( au sujet de celui -ci , voir plus bas ] ) .
Léon occupa dans sa ville natale une importante position politique et fut envoyé
comme ambassadeur à Athènes pour demander une aide contre le roi Philippe II
de Macédoine ( Philostrate et la Souda ). On peut dater l'ambassade de Léon à
Athènes de l'année 340. Léon mourut au plus tard en 336.
La Souda conserve plusieurs titres d'œuvres attribuées à Léon : Tà xarà
Φίλιππον και το Βυζάντιον βιβλίοις ζ', Τευθραντικόν, Περί Βησαίου , Τον
ιερόν πόλεμον , Περί στάσεων , Τα κατ ’ 'Αλέξανδρος. Des raisons d'ordre
chronologique portent à enlever à ce philosophe la paternité de certaines de ces
euvres ( Τα κατά Φίλιππον και το Βυζάντιον βιβλίοις ζ ' , Τον ιερόν
πόλεμον, Τα κατ ’ Αλέξανδρον) . Elles ont été correctement attribuées a un
historien homonyme ( FGrHist 132) auquel il faut aussi rapporter le renseigne
ment de la Souda selon lequel Léon se serait donné la mort de sa propre main
(cf. le commentaire de 3 F. Jacoby à FGrHist 132 , vol . II B , p . 444-445 , et
4 R. Bux , art. « Leon » 23 , RE XII 2 , 1925 , col. 2009-2010 ).
On serait tenté d'identifier les deux personnage, « Mais il n'y a pas d'indice qui permet de
transformer la possibilité d'une identification avec le mathématicien en une probabilité
(Lasserre 1 , p. 514).
TIZIANO DORANDI.

33a LÉON DE MÉTAPONTE VI- Va

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue des pythagoriciens de


Jamblique (V. Pyth. 36, 267 , p. 144, 2 Deubner ).
Ce nom était plus que banal dans l'Antiquité , mais ce Léon de Métaponte est
probablement à identifier au Léon [ 2L 30] ( sans autre précision ) qui , avec les
pythagoriciens Brotinos (-B 61 ) et Bathyll ( a )os ( ** B 22 ) , est l'un des trois
destinataires d'un traité d'Alcméon de Crotone ( > A 98 ) ( lui aussi pythagoricien
selon les Anciens ) ; voir Diogène Laërce VIII 83 ( DK 24 B 1 ) . Le fait qu'un
autre Métapontin, Brontinos ( dont le nom figure en tête de la liste des
Métapontins dans le catalogue de Jamblique ) , soit évoqué à côté de Léon dans la
dédicace de ce traité rend cette identification encore plus plausible .
CONSTANTINOS MACRIS .

34 LÉON DE NARBONNE RE 5 RESuppl. VIII 7f PLRE II : 5 MF V


Ami de Sidoine Apollinaire qui , dans la lettre dédicatoire de l'Épithalame
philosophique composé pour les noces de Polémius [RE 5 ] et d'Aranéola (RE)
avant 460 , se réclame de ce vir spectabilis, ainsi que de ses amis platoniciens
( complatonici) Magnus (= + M 13 ) et Domnulus (2D 220) , pour affirmer que « la
musique et l'astronomie (astrologia ), branches de la philosophie qui viennent
après l'arithmétique, ne peuvent en aucune façon être rendues intelligibles » sans
88 LÉON DE NARBONNE L 34

des termes grecs comme « centre , proportion , intervalles, inclinaisons et


segments » (Carm . XIV , epist. , § 2 ).
Cf. 1 A. Loyen, Sidoine Apollinaire et l'esprit précieux aux derniers jours de
l'Empire, « Collection d'études latines – Série scientifique » 20, Paris 1943 ,
XXVIII- 191 p. , notamment p. 82-83 ; 2 K. F. Stroheker, Der senatorische Adel im
spätantiken Gallien , Tübingen 1948 , réimpr. Darmstadt 1970 , 140 p . , Anhang :
Prosopographie zum senatorischen Adel im spätantiken Gallien , p . 137-227 ,
n° 212 , p. 187 .
Sidoine présente Léon comme un poète savant ( Epist. VIII 3 , 3 ; IX 13 , 2 ,
v . 20 ; IX 15 , 1 , v . 19-20 [ en 480-481 ] ; Carm . IX 314) , supérieur à Horace
(Carm . XXIII 450-452 [ en 478-480 ]), un historien , supérieur à Tacite ( Epist. IV
22 , 2-3 ( en 476-477 ] ) , un juriste, commentateur de la Loi des XII Tables ,
supérieur à Appius Claudius (Carm . XXIII 446-449 ), et un orateur éloquent
( Epist. VIII 3 , 3 ; voir aussi Ennodius, Vita Epiphanii 85 ) .
Il comptait Fronton ( F 19 ) parmi ses ancêtres ( Epist. VIII 3 , 3 ) .
Il fut le conseiller du roi wisigoth Euric [ 466-484 ) à Toulouse (Epist. IV 22 ,
3 ) et celui de son fils Alaric II [ 484-507 ] . Grégoire de Tours rapporte qu'il perdit
la vue après avoir supprimé, de façon sacrilège, les parties hautes de la basilique
Saint- Félix à Narbonne, parce qu'elles cachaient la vue de la belle plaine de la
Livière ( Liguria ) au roi Alaric dans son palais (Grégoire de Tours, In gloriam
martyrum 91 , p. 549, 26-31 Arndt-Krusch ).
Pour Grégoire de Tours ( PL 71 ), voir 3 W. Arndt et B. Krusch, MGH (Scr. Rer. Mer . ) I,
1884-1885 ; traduction anglaise par R. Van Dam, Gregory of Tours : Glory of the Martyrs,
coll. « Translated texts for historians - Latin Series » 3 , Liverpool 1988. Pour Ennodius, voir
4 W. Hartel, coll . CSEL VI , Wien 1882 ; 5 F. Vogel , MGH ( Auctores Antiquissimi) VII , Berlin
1885 .
Léon, proposa à Sidoine , devenu évêque , de rédiger un traité d'histoire , sans
doute pour raconter le règne d'Euric, mais ce dernier refusa (Epist. IV 22 , datée
de 476-477 ) . Il avait auparavant obtenu la libération de Sidoine , emprisonné
dans la forteresse de Livia , près de Carcassonne, après avoir animé la défense de
Clermont contre Euric ( Epist. VIII 3 , 1-2 , datée de 476-477 ).
À la demande de Léon, Sidoine travailla, au cours de cette relégation à Livia
et après son retour à Clermont, sur la Vie d'Apollonius ( * A 284 ) le Pytha
goricien (VIII 3 , 1 ) . On a beaucoup discuté de la nature de ce travail ( traduction
en latin ? copie du texte grec ? ) . Voir 6 A. Loyen , Sidoine Apollinaire, t . III :
Lettres (Livres VI- IX ), CUF, Paris 1970 , Note 5 , p. 196-197 , et 7 S. Pricoco ,
« Studi su Sidonio Apollinare » , ND 15 , 1965 , p . 69-150 , notamment p . 71-98 ;
publié également dans Studi su Sidonio Apollinare, Catania 1965 , 82 p. Dans sa
lettre , Sidoine présente son ouvrage comme un livre ( librum , § 2) racontant la
vie (historiam , § 4 ) d'Apollonius . L'ouvrage était fondé non pas sur l'æuvre
(grecque ) de Philostrate , ni sur la version ( grecque ou latine ) de Virius Nicoma
chus Flavianus senior ( 2 N 49 ) [ RE 14 ) , mais sur une version faite par Tascius
Victorianus à partir de Nicomachus. On a donc affaire à quatre euvres littéraires
différentes dont on ne connaît pas toujours le caractère ni même la langue :
l'original grec de Philostrate , puis les ouvrages de Nicomachus, de Tascius
Victorianus et de Sidoine Apollinaire . Les termes employés par Sidoine
L 34 LÉON DE NARBONNE 89

(exscribere, schedium , exemplar, translatio ) ne fournissent pas d'indication


précise et ils sont généralement tirés du côté de l'interprétation soutenue par les
commentateurs. Sous l'influence de l'éditeur anglais W.B. Anderson, A. Loyen
a finalement considéré que tous ces travaux étaient des versions grecques. Cette
hypothèse reste improbable. Le travail de Nicomachus (mort en 394 ) était plutôt,
comme le comprenaient Courcelle et Labriolle, une traduction latine destinée à
célébrer, dans une perspective antichrétienne, un des héros de la philosophie
" hellène" le plus souvent mis à profit. Apollonius avait été utilisé par le
gouverneur Hiéroclès ( » H 125 ) et peut-être déjà par Porphyre comme un idéal
païen du sage. C'est peut-être cette traduction latine de Nicomachus qui amenait
au début du IVe siècle des païens comme Volusianus à opposer aux miracles du
Christ les exploits d'Apollonius ou d'Apulée, maîtres dans les arts de la magie
( cf. Augustin , Epist. 136, 1 : lettre de Marcellinus à Augustin ; 102 , 32 : lettre à
Deogratias ). Or, ce n'est pas cette version qu'a mise à profit Sidoine, mais une
version intermédiaire effectuée par Tascius Victorianus ( PLRE II : 2 ) , clarissime
dont on sait par ailleurs qu'il édita les dix premiers livres de Tite - Live ( » L 59)
et les dédia à Symmaque . Cette dédicace et cette activité éditoriale amènent à
penser que cette nouvelle version restait inspirée par le point de vue de l'aristo
cratie païenne de Rome et qu'elle représentait tout simplement aux yeux de
Sidoine un texte plus fiable. Reste alors à établir l'apport de Sidoine lui - même .
Que l'exemplar ( $ 1 ) qu'il a préparé pour Léon se soit réduit à une simple copie
ou transcription, sous prétexte qu'en Epist. XI 16 , 2 ou 7 , 1 , translator désigne
le copiste , est improbable : la copie de manuscrits est une tâche qu'un sénateur
pouvait confier à un serviteur. Sidoine présente d'ailleurs son travail comme
long et difficile et, ne fût-ce que par modestie d'auteur, il le tient pour précipité,
abrupt et même barbare ( opica ... translatio ). Ces qualificatifs littéraires ne
sauraient convenir à une simple copie de manuscrit. Il est frappant de constater
que Sidoine , dans la suite de la lettre, considère Apollonius comme un modèle
philosophique tout à fait acceptable pour un lecteur chrétien : si Léon voyage
avec le citoyen de Tyane « tantôt vers le Caucase et l'Indus , tantôt chez les
gymnosophistes d'Éthiopie ou les brahmanes de l'Inde » , il découvrira un
homme semblable à lui sur un très grand nombre de points, « soit dit avec toute
la déférence due à la foi catholique » ( trad . Loyen ) . On peut donc imaginer que
Sidoine a volontairement produit une version plus neutre que celles de Nicoma
que ou de Tascius Victorianus, atténuant la part de miracles et de magie dans la
biographie d'Apollonius au profit d'une image plus pythagoricienne , offrant
ainsi un portrait philosophique d'Apollonius dépouillé de tout trait susceptible
de heurter les chrétiens. Il laisse plus loin entendre que la vie d'Apollonius se
prête à une mise en parallèle avec celle de Léon , son commenditaire. Il est donc
possible qu'il ait adapté la vie d'Apollonius dans un sens idéologique suscep
tible de plaire à son bienfaiteur, qui venait d'ailleurs de le faire sortir de
prison ... En tenant compte de l'intérêt porté par l'auteur et par Léon à la poésie,
on aurait pu également supposer que Sidoine avait mis cette vie d'Apollonius en
vers, mais aucun détail dans le texte de la lettre ne le suggère.
RICHARD GOULET.
90 LÉON DE NICOPOLIS L 35

35 LÉON (P. MEMMIUS -) DE NICOPOLIS III

Une inscription copiée par Cyriaque d’Ancône à Iannina (BCH 1 , 1877 ,


p. 294 ) fait connaître un philosophe P. Memmius Léon , agonothète des Actia
lors de la soixante -huitième célébration de ces concours . Si la lecture de
Cyriaque est exacte, l'activité de ce philosophe se place dans le deuxième et le
troisième quarts du III° siècle , car les Actia , dont la première célébration doit
dater de 27a, étaient un concours pentétérique ( voir L. Moretti, Iscrizioni
agonistiche greche, Roma 1953 , p . 205-206 , et Dion Cassius LI 1 ).
BERNADETTE PUECH .

36 LÉON DE PHLIONTE RE 8 F VIa


Cicéron , Tusc. V 3 , 8 , raconte , d'après Héraclide le Pontique ( fr. 87 Wehrli ) ,
une anecdote relative à Pythagore, inventeur du terme “ philosophie ” : Pythagore
ayant rencontré à Phlionte Léon, prince de la cité ( princeps ), qui désirait savoir
ce que signifiait le nom de " philosophe”, déclara ne connaître aucune science
(ars ), mais être " philosophe" , puis développa la métaphore de la vie comme une
foire (mercatum ), où certains viennent pour faire du commerce, d'autres pour
participer aux compétitions sportives, d'autres encore pour être seulement des
spectateurs : ces derniers sont les amoureux de la sagesse , c'est - à -dire les
philosophes . Diogène Laërce I 12 rapporte sous une forme plus concentrée la
même anecdote , mais met à profit, à côté d'Héraclide, une autre source selon
laquelle Léon était tyran de Sicyone (où est censée se situer la rencontre entre
les deux hommes ). Cette source est Sosicrate dans ses Successions ( cf. Diogène
Laërce VIII 8 = fr. 17 Giannattasio Andria ).

Le plus ancien témoin de la tradition qui faisait de Pythagore le premier à


s'être désigné comme " philosophe " et l’eúpers de la notion même de “ philo
sophie" et de l'activité philosophante est l'académico -péripatéticien Héraclide le
Pontique ( PH 60 ] ( fr. 87-88 Wehrli ) . Au sujet de l'historicité de l'anecdote , les
chercheurs modernes sont partagés entre ceux qui voient dans cette tradition une
projection sur Pythagore de conceptions platoniciennes ( 1 W. Burkert, « Platon
oder Pythagoras ? Zum Ursprung des Wortes “ Philosophie ” » , Hermes 88 , 1960,
p. 159-177 ; 2 H.B. Gottschalk , Heraclides of Pontus, Oxford 1980 , p . 23-36 ;
3 L. Brisson , « Mythe , écriture, philosophie » , dans J.-F. Mattéi [édit . ) , La
Naissance de la raison en Grèce, Paris 1990 , p . 56-57 ) et ceux qui , avec diffé
rents degrés d'adhésion , croient en son authenticité ( 4 R. Joly , Le thème philo
sophique des genres de vie dans l'antiquité classique, Bruxelles 1956, p . 43-52 ;
5 Id ., « Platon ou Pythagore ? Héraclide Pontique , fr. 87-88 Wehrli » , dans
Hommages à Marie Delcourt, Bruxelles 1970 , p . 136-148 [ = Id . , Glane de
philosophie antique : scripta minora, Bruxelles 1994 , p. 15-31 ] ; 6 C. de Vogel ,
Pythagoras and early Pythagoreanism : an interpretation of neglected evidence
on the philosopher Pythagoras, Assen 1966 , p . 15 et 96-102 ; 7 M. Dixsaut , Le
naturel philosophe: essai sur les dialogues de Platon ( 1985 ) , Paris 19942, p. 43
sq . et 367 sq .; 8 L. Zhmud , Wissenschaft, Philosophie und Religion im früher
Pythagoreismus , Berlin 1997 , p . 290-292). Tout dernièrement, C. Riedweg a
repris à nouveaux frais l'examen de ce dossier complexe , en essayant d'isoler,
L 39 LÉONTEUS DE CYRÈNE 91

sous les couches interprétatives successives, un " noyau dur” fondamentalement


authentique ; voir 9 Pythagoras. Leben - Lehre - Nachwirkung. Eine
Einführung, München 2002 , p . 120-128 ; 10 Id ., « Zum Ursprung des Wortes
“ Philosophie " oder Pythagoras von Samos als Wortschöpfer», dans A. Bierl ,
A. Schmitt et A. Willi (édit. ) , Antike Literatur in neuer Deutung. Festschrift für
J. Latacz, München /Leipzig 2004, p. 147-181 (avec bibliographie complète ). Il
reste que les termes φιλοσοφία / φιλόσοφος semblent avoir eu au départ une
signification plus large, et que leurs premiers emplois " techniques " attestés ne
datent que du dernier tiers du ve s . av . J.-C. ( cf. 11 A. Laks, « “ Philosophes
Présocratiques” : remarques sur la construction d'une catégorie de l'historio
graphie philosophique » , dans A. Laks et Cl . Louguet (édit. ], Qu'est-ce que la
philosophie présocratique ? / What is Presocratic philosophy ? , Villeneuve
d'Ascq 2002, p . 17-38 , aux p . 29-30 et 31 sq . ) . D'autre part, et en dépit de la
propension du pythagorisme à créer des néologismes et à donner à des mots déjà
existants un sens nouveau ou plus restreint, " technique" ( cf. de Vogel 6 , p. 218
220 ; Zhmud 8 , p. 293 ) , le Pythagore – " inventeur" de la philosophie fait partie
d'une longue série de “ rp@TOL kúpera " , que les anciens Grecs avaient si
obsessionnellement recherchés , sans hésiter parfois à les “ inventer” , en faisant
subir aux textes mythologiques , aux traditions orales ou aux témoignages
historiques des distorsions et des extrapolations de toutes sortes ;
cf. 12 Ad . Kleingünther, Ipôroç kúpetńs : Untersuchungen zur Geschichte
einer Fragestellung, Leipzig 1933 ; 13 Kl . Thraede, art. « Erfinder II ( geistes
geschichtlich) » , RAC V , 1962 , col . 1191-1278 .
BRUNO CENTRONE ET CONSTANTINOS MACRIS .

37 LÉON DE STRATONICÉE II
Léon Thrason , fils d’Hiéroclès, appartenait à une famille d'évergètes de
Stratonicée ; il fut grand - prêtre municipal des empereurs et prêtre de Zeus
Chrysaorieus. Comme son frère Thrason Léon , il était encore adolescent lorqu'il
fut qualifié de philosophe dans le décret de Stratonicée honorant son père, sous
le règne d'Antonin (IK 22 , 1 , 1028 ; voir L. Robert, BCH 102 , 1978 , n . 57 p . 402
= Documents d'Asie Mineure, Athènes 1987 , p. 98 ) .
BERNADETTE PUECH .

38 LÉONIDÈS DE RHODES RE 3 Ia

Stoïcien mentionné, à la suite de Panétius , Stratoclès et Andronicus


(** A 181 ) , comme philosophe célèbre de Rhodes par Strabon XIV 13 , 655 C.
RICHARD GOULET.

LÉONIDÈS + HÉRACLAMON LÉONIDÈS (M. EUSTORGIUS -) (H 42]


39 LÉONTEUS DE CYRÈNE RE 3 FIIa
Académicien inconnu , disciple de Lacydès ( PL 11 ] ( Philod ., Acad. hist .,
col . M 11 = Lacyd . T 26 11 Mette ) . 1 W. Crönert, Kolotes und Menedemos,
p. 78 n . 389 , avait suggéré, à tort, de l'identifier avec le Léontichus ( » L 42)
connu par Philod ., Acad. hist ., col . N 19 ( = Lacyd. T 26 34 Mette ).
92 LÉONTEUS DE CYRÈNE L 39

Cf. 2 W. Capelle , « Leonteus » 3 , RE XII 2 , 1925 , col . 2040 , et 3 T. Dorandi


(édit. ), Filodemo : Platone e l'Academia, p. 67 n. 225 .
TIZIANO DORANDI.

40 LÉONTEUS DE LAMPSAQUE RE 2 IV /IIIa

Léonteus, originaire de Lampsaque , disciple d'Épicure ( Plut . , Adv. Col. 1108


e ) . Il avait épousé Thémista , et de leur union naquit un fils qui fut appelé
Épicure ( » E 34 ) . Léonteus et son épouse avaient connu Épicure lors de son
séjour à Lampsaque. En s'installant à Athènes, en 307/6, Épicure avait laissé à
Lampsaque une communauté philosophique dont faisaient aussi partie Léonteus
et Thémista .
Cf. 1 A. Angeli , « Verso un'edizione dei frammenti di Leonteo di
Lampsaco » , dans M. Capasso , G. Messeri et R. Pintaudi (édit. ) , Miscellanea
Papyrologica, Firenze 1990 , p. 59-69 ; 2 C. Militello (édit. ) , Filodemo, Memorie
epicuree ( PHerc. 1418 e 310), Napoli 1997 , p. 47-49 .
On conserve deux fragments de lettres adressées par Épicure à Léonteus et à
Thémista sous l'archontat de Philippe en 292/1 ( fr. 50 et 97 Arrighetti) et une
autre adressée au seul Léonteus sous l'archontat de Ourias en 281/0 ( fr. 68
Arrighetti ). Léonteus est cité aussi dans la Lettre aux amis résidant à Lampsaque
d'Épicure (Philod ., Pragm ., PHerc. 1418 , col . VII Militello ).
On ne connaît rien de précis sur la vie privée et la pensée de Léonteus. Selon
Angeli 1 , une large section des Pragmateiai de Philodème ( PHerc. 1418 ,
col . VII -XVIII Militello) conserverait le reste d'une « biographie » de Léonteus
composée à partir de la correspondance de ce dernier et celle de Thémista avec
leur maître Épicure. Si l'on accepte cette hypothèse, Léonteus a joué un rôle
important dans la grave dispute entre Épicure et Timocratès, le frère de Métro
dore (des doutes ont été soulevés par Militello 2, p. 47-49).
En ce qui concerne la pensée philosophique de Léonteus, elle ne devait pas
s'éloigner des principes fondamentaux du maître du Jardin .
TIZIANO DORANDI.

41 LÉONTEUS DE TARENTE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth. 36,


267 ; p . 144, 16 Deubner.
[Sur ce type de nom, cf. Fr. Bechtel , Die historischen Personennamen , p. 277 . C.M. )
BRUNO CENTRONE .

42 LÉONTICHUS
Académicien inconnu , disciple de Lacydès [ PL 11 ) (Philod ., Acad . hist . ,
col . N 19 = Lacyd . T 2b 34 Mette ) . 1 W. Crönert, Kolotes und Menedemos, p . 78
n . 389, avait suggeré , à tort, de l'identifier avec le Léonteus de Cyrène (PL 39)
connu par Philod . , Acad. hist. , col . M 11 ( Lacyd. T 26 11 Mette) .
Cf. 2 W. Capelle , « Leonteus » 3 , RE XII 2 , 1925 , col . 2040, et 3 T. Dorandi
(édit . ) , Filodemo : Platone e l'Academia , p. 67 n . 225 .
TIZIANO DORANDI.
--
L 44 LÉONTIUS 93

43 LÉONTION D'ATHÈNES RE 1 IV / III


Elle fut, avec Mammarion ( M 16 ) , Nicidion ( » N 40 ), Hédéia ( » H 14 ) et
Érôtion ( 2 - E 55 ) , l'une des courtisanes du jardin d'épicure ( ** E 36) à Athènes,
et probablement la plus connue ( cf. D.L. X 6-7 , et Philod ., Ad contub ., col . VI 8
20 Angeli.
Cf. 1 M. Capasso, « Un albero per Leonzio » , dans F. De Martino ( édit.), Rose
di Pieria , Bari 1991, p. 279-311 .
D'autres passages sont rassemblés et discutés par Capasso 1. Elle fut la
maîtresse de Métrodore ( D.L. X 6 = test . 8 Körte ) et d’Épicure ( D. L. X 4 ) . Sa
rivale était Glycère selon Athénée XIII , 585 d . Épicure lui adressa plusieurs
lettres ; un extrait nous en est transmis par Diogène Laërce ( X 5 = fr. 143 Us . ) .
Cicéron ( De nat. deor. I 33 , 93 = Zén . Sid. , fr. 9 Angeli -Colaizzo ; voir aussi
Plin . , Nat. hist. , praef. 28-29 ) rappelle que Léontion avait osé écrire un ouvrage
contre Théophraste ( cf. Capasso 1 , p . 303-311 ) . Alciphron (Epist. II 2 , 10
= fr. 143 Us . ) conserve une lettre de Léontion à Lamia, la courtisane aimée de
Démétrios Poliorcète (H. Usener, Epicurea, Lipsiae 1887 , p. 147 , suppose que la
source d'Alciphron était une lettre d'Épicure à Léontion ) . Pline l'Ancien
énumère deux portraits de Léontion , auvres, l'un du peintre Aristide de Thèbes
dit le Jeune (Nat. hist. XXXV 99 ) , et l'autre de Théorus (Nat. hist. XXXV 144 ) ;
dans ce second tableau elle était représentée « en méditation » (cogitantem ).
Sur ces portraits, voir A. Reinach , Textes grecs et latins relatifs à l'histoire de la peinture
ancienne (Recueil Milliet), publiés, traduits et commentés sous le patronage de l'Association
des études grecques. Avant- propos de S. Reinach . Introduction et notes par Agnès Rouveret,
coll . « Deucalion » , Paris 1985, texte n° 347 et p. 275-276 n . 5 .
TIZIANO DORANDI.

44 LÉONTIUS RESuppl. VIII : 23 PLRE II : 6 DV

Léontius, « sophiste d'Athènes » , est surtout connu pour être le père d'Athé
naïs , la future impératrice Eudocia, épouse de Théodose II ; il avait instruit sa
fille et lui avait fait faire toutes sortes d'études (Socrate, Hist. eccl. VII , XXI , 8 ) .
Olympiodore rapporte qu'il fit accéder Léontius à la chaire des sophistes
d'Athènes , dont ce dernier ne voulait pas (cf. Photius, Bibliothèque, cod . 80 ,
60b ). D'autres versions du roman d'Athénaïs , font de Léontius un riche
philosophe athénien qui aurait instruit sa fille dans la philosophie (Jean Malalas
XIV , 353 , 10 ; 354, 17-18 ; 355 , 1 = PG 97 , 527 sqq .; Cedrenus, Compendium
Historiarum , CSHB 4 ( 1838 ) , I , p . 590 , 9 = PG 121 , 641 ; Zonaras, Epitomae
Historiarum , CSHB 46 [ 1847 ) , XIII 22 , t. III , p . 101 , 3 Pinder = PG 134, 1185 ) ,
ou donnent pour père à la jeune fille un autre philosophe du nom d'Héraclite
[ H 63a ) . Voir également la Chronique de Jean de Nikiou , LXXXIV 26-32
( p . 93-95 Charles 1916 ; p . 337 Zotenberg 1883 ) .
Cf. F. Gregorovius, Athenais, Geschichte einer byzantinischen Kaiserin , 1 re
éd . Leipzig 1882, 3e éd. , Leipzig 1892 , XII -279 p . ; 0. Seeck et L. Cohn , art.
« Eudokia » 1 , RE VI 1 , 1907 , col . 906-913 ; H. Schlange - Schöningen , Kaisertum
und Bildungswesen im spätantiken Konstantinopel, coll . « Historia
Einzelschriften » 94, Stuttgart 1995, p . 85 .
PIERRE MARAVAL et RICHARD GOULET.
94 LÉOPHANÈS L 45

45 LÉÔPHANÈS RE va ?
Naturaliste présocratique. Selon Aristote , Génération des animaux IV 1 , 765
a 22-25 , pour expliquer la différentiation des sexes Léophanès disait « qu'en se
liant le testicule droit ou gauche , on produit par la copulation dans un cas un
mâle , dans l'autre une femelle. »
Il faut bien comprendre que c'est le testicule droit - le gauche étant lié - qui produit le
mâle , comme le montrent le passage d'Hippocrate cité plus loin et les remarques d'Aristote
dans les lignes qui suivent : il trouve une justification partielle à la relation établie entre le
mâle et la droite dans le fait que « la partie droite du corps est plus chaude que la gauche »
(765 b 1 ).
Plus haut, Aristote avait déjà dit que selon Anaxagore et d'autres naturalistes
(physiologues ) , « le mâle vient de droite , la femelle de gauche » , faisant vraisem
blablement référence au testicule droit et au testicule gauche (763 b 32 ) . Aristote
critique de telles conceptions chez des gens qui « partent de conjectures pour
inventer ce qui doit se passer et préjugent les faits avant de les avoir vus se
réaliser » (trad. P. Louis) . Dans son chapitre intitulé « Comment sont engendrés
mâles et femelles » ( V 7 ) , le Pseudo - Plutarque, Résumé des opinions des philo
sophes, 605 E , rapporte que « selon Léophanès qui est mentionné par Aristote, le
sperme provient tantôt du testicule droit, tantôt du testicule gauche » ( trad.
Lachenaud ). Son nom apparaît entre ceux d'Anaxagore (» A 158 ) et Parménide
d'une part, de Leucippe ( » L 51 ) et Démocrite ( ** D 70 ) d'autre part. Chez
Stobée, le chapitre correspondant ( I 42 , 5 ) , tiré d'Aétius , n'est pas conservé
( Voir DDG , p . 420 , 1 ) . Mais le nom apparaît dans la liste des philosophes cités
par Stobée conservée par Photius, Bibl . cod. 167 , p. 114 b Bekker (t. II , p . 156 , 8
Henry ).
On trouve une théorie semblable à celle de Léophanès dans le corpus hippocratique, De
superfetatione 31 (éd. Littré , t . VIII , 1853 , p. 500-501 ) : « Si l'homme veut engendrer un
garçon, il a des rapports avec sa femme à la fin des règles ou quand elles viennent de cesser :
il enfonce autant qu'il peut, jusqu'à l'éjaculation ; si une fille, il a des rapports au plus fort des
règles ou du moins coulant encore; il se liera le testicule droit autant qu'il pourra le supporter.
Pour un garçon, il se liera le testicule gauche » ( trad. Littré ). "Orav Boúantai apoev
φυτεύειν, των επιμην ων απολαγόντων ή εκλελοιπότων μγνυσθαι' και ώθέειν ώς
μάλιστα έως αν εκμια νηται όταν δε θήλυ βούληται γενέσθαι, όταν πλείστα επιμήνια έη
τη γυναικί, και έτι δ ' εόντων, τον δε όρχιν τον δεξιόν αποδήσαι ώς αν μάλιστα και
ανέχεσθαι δύνηται· επήν δε άρσεν βούληται φυτεύειν, τον αριστερόν αποδήσαι. La
pratique est encore mentionnée au Moyen Âge par Gilles de Rome ( voir 1 M. A. Hewson,
Giles of Rome and the medieval theory of conception. A study of the “ De formatione corporis
humani in utero " , coll. « University of London historical studies » 38, London 1975 , p. 184.
En 1891 , Mrs Ida Ellis écrivait encore dans son ouvrage 2 Essentials of Conception and how
to prevent it, Batley 1891 (cité par 3 R. Pearsall, The worm in the bud, Harmondsworth 1971 ,
p. 303 ) : « It is the male who can progenate a male or a female child at will , by putting an
elastic band round the testicle not required. The semen from the right testicle progenates male,
whilst that from the left female children ; men who have only one testicle can only beget one
gender, but sometimes they do not descend , remaining in the body, in which case a child of
either gender may appear » . Plus généralement, sur les problèmes liés à la latéralité (gauche
droite ) dans le monde grec, voir 4 G. E.R. Lloyd , « Right and left in Greek philosophy » , JHS
82 , 1962 , p. 56-66, repris avec des modifications dans R. Needham (édit . ), Right and left :
Essays on dual symbolic classification , Chicago 1973 , p. 167-186, surtout p. 171-173 et
p. 182 n . 20 ; 5 Id ., Polarity and analogy. Two types of argumentation in early Greek thought.
London 1966, p. 50 n . 2 et p. 73 .
L 47 LÉPIDUS D'AMASTRÉE 95

Théophraste , De causis plantarum II 4 , 12 , rapporte pour sa part que


Léophanès recommandait en agriculture une terre noire (ueạáyyeloc) propre à
absorber la pluie et à supporter la sécheresse. Cette opinion se retrouve , sans le
nom de Léophanès, dans les Geoponica II 9 , 1 .
Cf. 6 W. Kroll, art. « Leophanes » , RE XII 2 , 1925 , col . 2057, qui renvoie à
7 M. Wellmann , « Die Georgika des Democritos » , APAW 4 , 1921 , 58 p. , pour
une influence éventuelle de Léophanès sur Bolos “ Démocrite " ( voir p. 44 , fr. 9
de Bolos ) . Voir 8 Jean Letrouit, notice « Bolos de Mendès » , B 53 , DPLA II ,
1994 , p. 133-134 .
RICHARD GOULET.

46 LÉOPHRON DE CROTONE
Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth . 36 ,
267 ; p . 143 , 22 Deubner.
(Cette forme du nom (1ɛoppuv ) paraissait une « vitiosa scriptura » aux philologues ,
depuis Casaubon et jusqu'à Keil et Nauck. K. Keil ( Analecta epigraphica et onomatologica,
Leipzig 1862 , p. 228) avait proposé de corriger en Aeúdpov ( ou Neodpwv) ( cf. l'attitude
méfiante de Casaubon à propos du Aeoopwv d'Athénée I , 3 e, employé pour désigner le fils
d'Anaxilaos de Rhégium). A. Nauck enregistra la correction de Keil avec approbation dans
l'apparat critique de son édition du traité de Jamblique Sur le mode de vie pythagoricien (ad
loc .), en se plaignant même que Bekker ne l'ait pas adoptée dans son édition de la Souda, s . v.
’AOńvalos, mais il choisit finalement d'éditer le texte tel qu'il a été transmis. L. Deubner a
fait de même , mais en s'appuyant sur une documentation épigraphique très solide : un
Aeoopwv Metanovtīvoc est en effet attesté dans une inscription ( voir IG 1215 , avec Fr.
Bechtel, « Die Personennamen im vierten Bande der Inscriptiones Graecae » , dans
Genethliakon für Carl Robert, Berlin 1910, p. 69-70 ). Un certain Léophron ( visiblement de
Métaponte , lui aussi ) est donné également comme père de Théanô par la Souda, s. v. Oeavó 1
(Metanovt vn ), 83 , t. II , p. 688 , 14 sq. Adler – où toutefois la graphie transmise par les
mss est Aesopwv: il pourrait s'agir de la même personne. Remarquons que tous les noms
attestés proviennent de l'Italie du Sud (Crotone, Rhégium , Métaponte ). C.M. )
BRUNO CENTRONE .

47 LÉPIDUS D’AMASTRÉE RE 3 PIRC 910 MII

Alexandre d'Abonotique ( ** A 110 ) craignait toùç nepì Aénidov parce


qu'ils étaient hostiles aux oracles divinatoires et il refusait de faire fonctionner
l'oracle qu'il avait institué au profit des citoyens d'Amastrée ( Lucien , Alexandre
25 ) . Cette attitude d'esprit chez Lépidus et un certain nombre de ses concitoyens
semble liée à une profession d'épicurisme , car Lucien illustre par l'exemple de
ce rationaliste le mépris qu'Épicure ( ~ - E 36 ) lui- même manifestait à l'égard des
oracles.
Alexandre essaya également de détourner un certain Sacerdos de Tion en
Paphlagonie (Τιανού ανθρώπου) de Lapidus dont il était l'έταίρος , grace a un
faux -oracle (ibid. 43 ) . A nouveau cette attitude d'Alexandre est mise en rapport
avec la crainte qu'il éprouvait devant Épicure, őç tiva åvtitexvov xai đuti
σοφιστής της μαγγανείας αυτού . On pourrait cependant hesiter a faire de
Sacerdos lui- même un épicurien et , malgré le terme étapos , un disciple de
Lépidus, car chez lui Lucien trouva une inscription gravée en lettres d'or rappor
tant le dialogue qu'il tint avec Glycon , le serpent divinatoire d'Alexandre . A
96 LÉPIDUS D'AMASTRÉE L 47

moins que Sacerdos ait précisément montré cette inscription à Lucien dans le but
de décrier les oracles, car les questions soumises à Glycon peuvent être compri
ses comme une tentative pour obtenir de l'oracle des réponses compromettantes.
Une identification est possible avec T. Claudius ( RE 205 ) Lepidus, honoré par une
inscription d'Amastrée (CIG III 4149 = IGR III 88 ) comme grand- prêtre du Pont et
ÉALOTÁrng de sa cité d'Amastrée. Dans une autre inscription honorant sa fille Claudia Lepida
( CIG III 4150) , on apprend le nom de son épouse Claudia Marcianè et celui de son gendre L.
Vidius Euphrôn. Ces inscriptions ont été récemment rééditées par 1 C. Marek, Stadt, Ära und
Territorium in Pontus- Bithynia und Nord -Galatia , coll . « Istanbuler Forschungen » 39 ,
Tübingen 1993, Amastris n° 12 (p. 162) et 13. Il est également possible que le Lepidus de
Lucien soit le père ou le fils de ce Claudius Lepidus. Voir aussi 2 U. Victor, Lukian von
Samosata, Alexandros oder der Lügenprophet. Eingeleitet, herausgegeben , übersetzt und
erklärt von U. V., coll . « Religions in the Graeco -Roman World » 132, Leiden 1997 , p. 151 .
RICHARD GOULET.

48 LEPTINÈS III

Dedicataire du Περί της χρήσεως του λόγου προς Λεπτίνης (Sur l'usage
de la raison [ Hadot ] ou du discours (Cherniss ]) de Chrysippe ( C 121 ) , selon
la liste de Diogène Laërce VII 202. Un tel ouvrage ne peut guère avoir été dédié
qu'à un disciple ou à un collègue au sein de l'école stoïcienne. Comme
l'ouvrage est répertorié dans une section de l'éthique intitulée Sur la raison
commune et les arts et vertus qui se constituent à partir d'elle ( ſlepi Tòv XOLVÒV
AóYou xa các kx Toũroo JootƠ Toucvac xéxvac xai đoftác), 1 D. Babut,
dans D. Babut et M. Casevitz (édit. ), Plutarque, Euvres morales, t . XV , 1 re
partie : Traité 70 Sur les contradictions stoïciennes, CUF, Paris 2004, p . 134
n . 77 , préfère traduire logos dans le titre par raison, plutôt que par discours.
Trois fragments de ce traité sont conservés par Plutarque, De Stoicorum
repugnantibus 9, 1035 e ( SVF II 53 , numéroté par erreur 50) , 10 , 1036 f (SVF II
271 ) et 1037 b (SVF II 129) ; peut -être faut-il y rattacher également un autre
passage en 1035 f, selon Babut 1 , p. 134 n . 77. Selon 2 D. Babut, Plutarque et le
stoïcisme , Paris 1969 , p . 33 n . 5 et p . 228 , ces citations proviendraient d'une
connaissance de première main de l'ouvrage de Chrysippe.
Absent de la RE.
RICHARD GOULET.

49 LEPTINÈS DE SYRACUSE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth . 36,


267 ; p . 146, 1 Deubner.
BRUNO CENTRONE.

50 LESBONAX DE MYTILÈNE RE 1 PIR L 160 Iາ

Quelles que soient les incertitudes qui demeurent quant à la généalogie de la


famille de Mytilène dont furent issus le philosophe Lesbonax et les rhéteurs
Potamon et Lesbonax ( voir G. Labarre , Les cités de Lesbos aux époques
hellénistique et impériale, Lyon 1996 , p . 145-147 ) , les diverses reconstitutions
s'accordent cependant à admettre que le philosophe , bienfaiteur de sa patrie ,
L 50 LEUCIPPE 97

était le père du célèbre Potamon. C'est en effet, à l'évidence , le même person


nage qui est désigné par des monnaies de la cité comme Lesbonax le philosophe
(BMC Lesbos, p. 73 ) ; qui est mentionné , pour avoir « été lui aussi un bien
faiteur » , en tant que père du personnage honoré, dans l'inscription de la statue
élevée à Potamon par le koinon de Lesbos ( G. Labarre , ibid. , nº 22 ; règne
d'Auguste ) ; et qui est qualifié, comme Potamon , de bienfaiteur et appelé
« Lesbonax le philosophe » dans une inscription en l'honneur d'une de ses
descendantes (G. Labarre, n° 49 ; me siècle ) . Son activité se situe donc au jer
siècle avant notre ère et il ne peut en aucun cas être identique au rhéteur
homonyme , qui n'a pu commencer sa carrière avant le dernier quart du jer siècle
de notre ère, car Lucien ( De saltatione , 69) le présente comme un élève de
Timocratès d'Héraclée .
BERNADETTE PUECH .

51 LEUCIPPE RE 13 DK 67 Mya
Philosophe presocratique, fondateur de l'atomisme . Il est rattaché à Élée ,
Abdère ou Milet et présenté comme auditeur de Zénon d'Élée (Diogène Laërce
IX 30 = A 1 DK ) et maître de Démocrite d'Abdère D 70 ] (Diogène Laërce I
15 et IX 34 ; voir aussi A 2 , A 4 et A 5 DK ) . Aristote associe régulièrement
Leucippe à son disciple Démocrite ( A 6 et 7 DK ) , mais ne semble pas recon
naître un lien avec Zénon . Épicure et Hermarque auraient tout simplement
contesté l'existence de ce philosophe (Diogène Laërce X 13 = A 2 DK) , peut
être dans une tentative pour accentuer l'absolue originalité de l'atomisme épicu
rien . Leucippe est un des chaînons de la succession de philosophes présocra
tiques transmise par Eusébe de Césarée , Préparation évangélique XIV 17 , 10 .
Voir la notice « Nessas de Chios » .
D'assez substantielles doxographies sont conservées par Aristote et ses
commentateurs , ainsi que par Aétius et Diogène Laërce IX 30-33 ( A 1 DK ) ,
lequel distingue entre une présentation separatwdws et une présentation énì
μέρους ..
Deux traités sont attribués à Leucippe. D'après Diogène Laërce XI 45 , qui
cite Théophraste, il serait l'auteur véritable du Grand système du monde (Méyaç
diáxoouoc) transmis parmi les æuvres de Démocrite . Aétius ( B 2 ) cite un
extrait d'un autre traité, Sur l'intellect ( ſlepi voû) .
Fragments et témoignages. 1 DK 67 , t. II , p. 70-81 (avec Nachtrag, p . 422) .
Voir aussi 2 G.S. Kirk et J. E. Raven , The Presocratic Philosophers. A critical
history with a selection of texts, Cambridge 1957 , chap . XVII , p . 400-426
( Leucippus of Miletus and Democritus of Abdera ), nouvelle édition avec
M. Schofield , Cambridge 1983 ; traduction française : 3 G. S. Kirk, J. E. Raven et
M. Schofield , Les philosophes présocratiques. Une histoire critique avec un
choix de textes, coll . « Vestigia » 16, Fribourg/Paris 1995, chap. XV , p . 433-465.
Nouvelle édition commentée : 4C.C.W.Taylor , The Atomists. Leucippus and
Democritus . Fragments . A text and translation with a commentary, coll .
« Phoenix Supplementary volumes » 36 , Toronto 1999 , notamment p. 2-3 et 53
54.
98 LEUCIPPE L 51

Traductions. Française : 5 Dumont, Présocratiques, p . 729-746 ( traduction )


et 1453-1460 ( notes ) . Anglaise : 6 K. Freeman , Ancilla to Pre -Socratic Philo
sophers. A complete translation of the Fragments in Diels, “ Fragmente der
Vorsokratiker ", Oxford 1971 , p . 90-91. Italienne : 7 V.E. Alfieri (édit . ) , Gli
Atomisti. Frammenti e testimonianze. Traduzione e note , coll . « Filosofi antichi e
medievali . Collana di testi e di traduzioni » , Bari 1936 , p . 1-39 , traduction
reprise dans 8 G. Giannantoni et alii, I presocratici : testimonianze e frammenti,
1re éd . : coll . « Filosofi antichi e medievali » , Bari 1969 , réimpr.: coll . « Biblio
teca Universale Laterza » Bari 1981 et 1983 , t. II , p. 643-662. Espagnole :
9 M. I. Santa Cruz de Prunes et N. L. Cordero dans C. Eggers Lan et alii ( édit. ),
Los filósofos presocráticos. Introducciones, traducciones y notas, coll . « Biblio
teca clásica Gredos » 28 , Madrid 1980 , t . III , p . 139-422 . Allemandes :
10 F. Jürß, R. Müller et E.G. Schmidt (édit. ) , Griechische Atomisten. Texte und
Kommentare zum materialistischen Denken der Antike . Aus dem Grieschichen
und Lateinischen übersetzt und herausgegeben, coll . « Reclam Bibliothek » 409,
Leipzig 1977 , 4° éd. 1991 , p . 14-19 ( Einleitung ) , p. 99-202 ( Leukippos und
Demokrit) ; p. 453-499 (Anmerkungen) ; 11 J. Mansfeld (édit. ) , Die Vorsokra
tiker. Auswahl der Fragmente, Übersetzung und Erläuterungen, coll. « Univer
sal - Bibliothek » 10344, Stuttgart 1987 , p. 556-579.
Cf. 12 Lucia Orelli , La pienezza del vuoto : meccanismi del divenire fra
embriologia e cosmogonia nell'ambito dell'atomismo antico, coll . « Le rane » 19 ,
Bari 1996, 270 p.
Bibliographie . 13 L. Paquet, M. Roussel et Y. Lafrance , Les Présocratiques.
Bibliographie analytique ( 1879-1980) , t . II : D'Alcméon aux auteurs de la
Collection hippocratique, Montréal/Paris , p. 234-237 .
RICHARD GOULET.

52 LIBANIUS RE PLREI : 3 IV

Né en 314 à Antioche dans une famille curiale, il est saisi à quinze ans « d'un
violent amour de la rhétorique » ( Or . I 5 ) et consacre les cinq années qui suivent
à se former auprès d'un simple grammatiste en apprenant par cæur les euvres
des anciens. Il quitte Antioche en 336 , étudie la rhétorique à Athènes , puis de
339 à 349 il exerce le métier de sophiste à Constantinople , Nicée, et surtout
Nicomédie ( 344-349 ) , à nouveau à Constantinople de 349 à 353. Il devient
ensuite « sophiste de la ville » d'Antioche, où il réside jusqu'à sa mort en 393 ,
enseignant la rhétorique à des générations d'étudiants ( cf. 1 P. Petit , Les
étudiants de Libanius, Paris 1956) , tout en jouant par moments un certain rôle
politique, que le titre de préfet du prétoire honoraire reconnaîtra en 393 .
Il reste de lui 64 discours , 51 déclamations , des exercices (npoyuu
váguara ) , des introductions aux discours de Démosthène , 1544 lettres; il ne
reste rien de ses poèmes (ed. 2 R. Förster, 12 vol . , Leipzig 1903-1927 ; nouvelle
édition des Discours de 3 J. Martin et P. Petit, CUF, Paris 1979- ) . Ses discours
sont de genres très divers : éloges , oraisons funèbres , discours politiques ;
plusieurs traitent de problèmes d'éducation , de problèmes locaux, voire de
problèmes personnels. Le discours 30 prend la défense des temples et manifeste
L 52 LIBANIUS 99

avec d'autres (ceux qui concernent l'empereur Julien ) l'attachement - pourtant


sans fanatisme – de Libanios à la religion traditionnelle.

Libanios est- il un philosophe ? Il a certes des relations avec les philosophes


de son temps, dont la plupart relèvent de la mouvance néoplatonicienne , mais on
sait qu'il manifestait une certaine réserve envers les conseillers de Julien ,
néoplatoniciens amateurs de théurgie. C'est bien davantage un sophiste , pour qui
l'éloquence rhétorique est la valeur suprême , qui inspire jusqu'à sa manière de
penser et de vivre . Parmi les nombreux auteurs qu'il cite , Platon tient une place
honorable (après Demosthène toutefois ), mais il est davantage utilisé pour ses
images et pour de belles formules que pour ses idées . Les conceptions du monde
et de l'existence de Libanios sont celles que transmettaient les écrits qui sont à la
base de la paideia antique et que le professeur qu'il est a parfaitement intério
isée 4.Schuer, tradition helléniguchezLibanus, Par184 ).
[ Dans son Discours autobiographique ( § 131 ) , Libanius se flatte d'avoir été
considéré par l'Empereur Julien comme un rhéteur par ses discours , mais
Comme un philosophe par ses actes (ο δε δοκείς μοι, φησ ν, εις μεν ρήτορας
κατά τους λόγους τελεϊν , από δε των έργων εν φιλοσόφους γεγράφθαι ).
Voir la note de Petit 3 , p. 244-245 . Sur les rapports entre le sophiste et l'Empe
reur, voir l'étude récente de H.-U. Wiemer, Libanios und Julian . Studien zum
Verhältnis von Rhetorik und Politik im vierten Jahrhundert n . Chr . , coll .
« Vestigia. Beiträge zur alten Geschichte » 46 , München 1995 , X11-408 p .
R. G. )

Édition critique complète. 5 R. Foerster et E. Richsteig (édit . ) , Libanii


Opera, coll . BT, Leipzig 1903-1927 , en 12 volumes , réimpr. 1963 .
I. Orationes I-XI ; II . Orationes XII - XXV ; III . Orationes XXVI - L ; IV . Orationes LI
LXIV ; V. Declamationes 1-XII ; VI . Declamationes XIII - XXX ; accedit Gregorii Cyprii
adversus Corinthiorum declamationem libanianam antilogia ; VII . Declamationes XXXI -LI ;
accedit Gregorii Cyprii adversus Avari declamationem libanianam antilogia ; VIII . Progym
nasmata. Argumenta orationum demosthenicarum ; IX . Characteres epistolici, prolegomena ad
epistulas. X. Epistulae 1-839 . XI . Epistulae 840-1544 una cum pseudepigraphis et Basilii cum
Libanio commercio epistolico. Fragmenta .

Cf. 6 A. J. Festugière , Antioche païenne et chrétienne. Libanius, Chrysostome


et les moines de Syrie, coll . BEFAR 194 , Paris 1959 , chap . III : « Libanius éduca
teur à Antioche » ( p. 91-139 ) ; chap . IV : « Quelques élèves de Libanius » ( p. 141
17.Fauscher , swege der Forschung621
Darmstadt 983,200rprétudes present107981,
suivies d'une bibliographie pour la période 1954-1981).
Bibliographie. P.-L. Malosse , « Orientation bibliographique sur Libanios » ,
Pallas0,202,251-257

Concordance. 8 Une imposante concordance de l'æuvre de Libanios est en


cours de publication en plusieurs volumes par G. Fatouros , T. Krischer et
Najok édit. , concordantain bnum ,c.ph - mega Reh
Lexika, Indizes , Konkordanzen zur klass. Philologie » 50 , Hildesheim 1987- .
100 LIBANIUS L 52

Prosopographie. 9 O. Seeck , Die Briefe des Libanius, coll. TU , N.F. , XV 1


2 , Leipzig 1906 , réimpr. Hildesheim 1966 ; 10 P. Petit, Les étudiants de
Libanius, Paris 1956.
PIERRE MARAVAL.

53 LIBANIUS PLREI : 3 MIV


Pythagoricien , homonyme de Libanius , qui lui adresse une lettre ( Epist. 460
de 355-356) et fait allusion à lui sans le nommer dans une autre ( Epist. 1496, de
365 ) . Cette seconde lettre est adressée à un ancien rhéteur, Léontius ( PLREI:9 ),
promu à un haut poste en province ( gouverneur de Galatie en 364-365 ) sous
Julien . Libanius intercède en faveur d'un certain Meilichios dans une affaire
juridique ( peut -être un conflit relatif à une liturgie municipale) qui l'opposait à
son propre frère Sapricius ( les deux noms semblent absents de la PLRE ). Meili
chios était au service de ce Libanius pythagoricien ( qui est seulement mentionné
comme un homonyme du sophiste d'Antioche). Comme Meilichios résidait à
l'époque à Antioche, le pythagoricien devait être établi lui aussi dans cette ville.
Dans la première lettre, antérieure d'une dizaine d'années , Libanius mani
feste déjà son admiration pour le philosophe : « Tu as bien agi en te taisant quand
c'était préférable et en parlant ( maintenant ) qu'il est mieux ( de le faire ) et en
introduisant dans la vie les beautés de Pythagore. Pour ma part, je t'aimais
auparavant , je t'aime maintenant et , si un jour je te vois , je tiendrai cette vision
comme la plus grande des chances . »
Cf. O. Seeck , Die Briefe des Libanius zeitlich geordnet, coll . TU , N. F. , XV
1-2 , Leipzig 1906 , p. 198 (Libanius II ) .
RICHARD GOULET.

54 LIBERALIS (AEBUTIUS -) RE Aebutius 16 I

Stoïcien , peut-être identifiable au centurion Q. Aebutius Liberalis (CIL III ,


suppl . 9973 ) ; ami de Sénèque dans les dernières années de la vie du philosophe,
il est le dédicataire du De beneficiis, où son nom apparaît à plusieurs reprises,
notamment en V 1 , 3 , où Sénèque fait son éloge et le qualifie de « nature d'élite
portée à la bienfaisance » (homini natura optimo et ad beneficia propenso ), VI 1 ,
1 ; 12 , 1 ; 42 , 1. Établi à Rome mais originaire de Lyon , il est très affecté par
l'incendie qui , en une nuit , détruit entièrement sa ville natale en août 64 , très peu
de temps après celui qui a ravagé Rome . Dans la lettre 91 , Sénèque , relatant
l'événement et exposant la douleur de son ami , loue la fermeté d'âme dont fait
preuve d'ordinaire Libéralis, adepte de la praemeditatio malorum ( 91 , 1 ) , face
aux maux qui l'affectent lui -même (aduersus sua firmum et erectum , 91 , 3 ) ,
mais explique son désarroi devant ce malheur public par l'ampleur et la soudai
neté de la catastrophe tout autant que par son caractère inouï ( tam inopinatum
malum et paene inauditum , 91 , 1). Les développements qui suivent constituent
de véritables thèmes de consolation et reflètent les paroles de réconfort adressées
à Libéralis (Haec ergo atque eiusmodi solacia admoueo Liberali nostro, 91 , 13 ) :
précarité de toutes les choses humaines, nécessité de prévoir l'imprévisible (Ideo
nihil nobis improuisum esse debet, 91 , 4) , cruauté et ingéniosité de la Fortune
L 55 LICENTIUS DE THAGASTE 101

qui s'abat sur les réalisations les plus brillantes (91 , 4) et s'acharne à trouver
toujours des voies nouvelles pour nous atteindre (Non una uia semper, ne trita
quidem incurrit, 91 , 5 ) , mais pourtant obligation de se soumettre au destin et aux
lois qui régissent l'existence et l'univers. Tels sont les thèmes stoïciens exposés
dans cette lettre à l'intention de Liberalis à la suite de ce gigantesque incendie
( cf. A. Vitti , « Seneca ep. 91 : Liberale e l'incendio di Lione » , Paideia 52 , 1997,
p . 397-406 ). Libéralis était sans doute un riche chevalier ( De benef. V 1 , 3 , V 2 ,
VII 12,5 ; Dessau 5953 , 5953 a ), peut- être jurisconsulte (De benef. VI 5 , 4 ; 4,4 ;
8 , 2-4 ), un lettré, féru de subtilités dialectiques, qui partage avec Lucilius
( » L 68 ) les leçons et l'amitié de Sénèque. Déjà avancé dans la sagesse en 64
( lettre 91 , 1 ), il peut, grâce à ses richesses et sans la moindre ostentation , mettre
en pratique les maximes de la bienfaisance stoïcienne et , par ses probables
fonctions de jurisconsulte, contribuer peut- être à les faire pénétrer dans le droit
romain ( voir l'introduction de F. Préchac à l'édition du De beneficiis, tome 1 ,
CUF , Paris 1926, 7e éd. 1972 , p . XL , XLI ) .
Cf. P. von Rohden , art. « Aebutius » 16, REI 1 , 1893 , col . 443.
RÉGINE CHAMBERT.

55 LICENTIUS DE THAGASTE RE : FIV

Concitoyen et élève de saint Augustin (** A 508 ) , Licentius prit part à la


retraite de Cassiciacum en 386. Il est l'un des interlocuteurs du Contra Acade
micos , du De beata vita et du De ordine. Il est aussi lui-même l'auteur d'un
poème adressé à Augustin , Carmen Licentii ad Augustinum praeceptorem , qui
est un témoignage et une source de renseignements précieux sur l'activité
d'Augustin au temps de sa conversion.

1. PROSOPOGRAPHIE

Indications bibliographiques. 1 G. Bardy, « Un élève de Saint Augustin :


Licentius » , L'Année théologique augustinienne 14 , 1954 , p . 55-79 ;
2 S. Battaglia , « Piramo e Tisbe in una pagina di Sant'Agostino » , Filologia e
Letteratura 9 , 1963 , p. 114-122 ; 3 P.S. Cary, « What Licentius learned : a
narrative reading of the Cassiciacum dialogues » , AugStud 29 , 1998 , p. 141-163 ;
4 A. K. Clarke, « Claudian and the Augustinian circle of Milan » , Augustinus
13/49-52 , 1968 , p . 125-133 ; 5 Id ., « Licentius , Carmen ad Augustinum 11. 45
sqq . , and the Easter Vigil » , Studia patristica , 8 , coll . « Texte und Unter
suchungen » 93 , Berlin 1966, p. 171-175 ; 6 G. Finaert, « Le “ disciple ” de ces
dialogues » , La Musique, BA 7 , Paris 1947 , « Note complémentaire 1 » , p. 483
484 ; 7 I. Hadot, Arts libéraux et philosophie dans la pensée antique , coll .
« Études Augustiniennes » , Paris 1984, p. 176-187 ( « Le poème de Licentius à
Augustin : peut- il nous renseigner sur les “ Disciplinarum libri ” de Varron ? » ) ;
8 A. Mandouze (édit . ) , Prosopographie chrétienne du Bas - Empire, vol . 1 :
Afrique ( 303-533 ), Paris 1982, p . 640-642 ; 9 U. Pizzani, « Schema agostiniano e
schema varroniano della disciplina grammaticale » , dans Studi su Varrone, sulla
retorica, storiografia e poesia latina. Scritti in onore di B. Riposati, Rieti/
102 LICENTIUS DE THAGASTE L 55

Milano , 1979 , p. 397-411 ; 10 Id. , « Il Carmen Licentii ad Augustinum e i


Disciplinarum libri di Varrone reatino » , dans Thesauramata Philologica
Iosepho Orozio Reta obltata = Helmantica 133-135 , 1993 , p . 497-515 ;
11 Id ., « Presenze classiche nel “ Carmen Licentii ad Augustinum ” » dans
M. Salvadore (édit. ) , La poesia tardoantica e medievale. Atti del I Convegno
Internazionale di Studi : Macerata , 4-5 maggio 1998 , Alessandria 2001, p . 185
115 ; 12 D. Romano , « Licenzio poeta. Sulla posizione di Agostino verso la
poesia » , ND 11 , 1961 , p. 1-22 ; 13 A. Solignac, « Doxographies et manuels dans
la formation philosophique de saint Augustin » , Recherches Augustiniennes 1 ,
1958 , p . 113-148 .
Licentius est le fils de Romanianus , le mécène d'Augustin et le dédicataire du
Contra Academicos et plus tard du De vera religione. Confié par son père à
Augustin et bien qu'il fût longtemps resté sans goût pour les études (De ord . I 6,
16 ) , il participa activement aux dialogues de Cassiciacum . Ses interventions
révèlent, selon G. Bardy, « le type achevé du garçon ouvert, ardent, enthousiaste,
épris d'admirations successives pour tout ce qu'il trouve beau et généreux, pour
la philosophie aussi bien que pour la poésie, capable de se passionner à la vue
d'un combat de coqs comme au spectacle d'un ver coupé en morceaux » (Bardy
1 , p. 55 ) .
Deux traits le caractérisent par rapport aux autres participants : sa sympathie
pour les académiciens et sa passion pour la poésie. Dans le Contra Academicos ,
il demande que lui soit exposée toute la doctrine de l'Académie ( Contra Acad. II
4 , 10) et il s'en fait l ' « avocat » (Cont. Acad. II 7 , 18 ) notamment contre Tryge
tius , l'autre élève d'Augustin . Dans le De beata vita, il refuse d'abandonner les
académiciens et résiste à l'argument d'Augustin selon lequel ceux -ci ne peuvent
pas avoir part à la sagesse ( De beat. vit. 2 , 15 ) . Sa conviction selon laquelle rien
n'arrive en -dehors de l'ordre, formulée et défendue dans le De ordine (I 3 , 9 ) ,
est cependant ironiquement saluée par Trygetius comme une prise de distance
par rapport au scepticisme.
Licentius s'est d'autre part soudainement enflammé pour la poésie en lisant
l'Énéide (Cont. Acad . II 4, 10 ; De ord. I 2 , 5 ) . Non content de citer Virgile et
Térence dans la discussion (Cont. Acad . I 5 , 14 ; De ord. I 3 , 9) , il entreprend de
chanter les amours malheureuses de Pyrame et de Thisbé (De ord. I 3 , 8 ) ( sur cet
épisode, cf. Battaglia 2) . Craignant que cette passion ne le détourne de la sagesse
( Cont. Acad. III 1,1 ; De ord . I 3 , 8 ) , Augustin l'enjoint de revenir à l'« école »
de la philosophie et le rappelle à la lecture de l'Hortensius (Cont. Acad. III 4, 7 ) .
Le goût de Licentius pour la poésie va peut-être de pair chez lui avec la capacité
à s'enthousiasmer, notamment pour la sagesse ( De beat. vit. 4, 27 ) ou pour
l'ordre (De ord. I 5 , 14 ; I 6, 16 sq . ) , qui l'emporte chez lui sur la faculté de
définir (Cont. Acad. I 4 , 10 ; De ord. I 10 , 28 ; II 2 , 4) et de s'exprimer avec
précision (De ord. I 7 , 18 ; II 7 , 20) .
Une conversion semble pourtant s'opérer en lui . Il déclare avoir tout à coup
( subito ) moins d'entrain pour la poésie, reconnaît « que la philosophie est plus
belle que Thisbé et que Pyrame » (De ord. I 8 , 21 ) et rend grâce au Christ ( ibid .
I 8 , 23 ) . Augustin juge cependant prudent de l'engager à poursuivre son poème,
L 55 LICENTIUS DE THAGASTE 103

dans l'idée que le bon usage des disciplines libérales affermit la recherche du
bonheur, et lui suggère même une finale ( De ord. I 8 , 24 ) . Les progrès de
Licentius durent être assez nets pour qu'Augustin ait jugé qu'il était parvenu au
ceur de la philosophie (De ord. I 6 , 16 ) et qu'il pouvait être présenté comme un
modèle à son père Romanianus ( Acad . I 1,4 ) .
Licentius a- t - il persévéré dans cette voie ? Resté en Italie après le retour
d'Augustin en Afrique, il lui envoya en 395 un poème (apud Aug. , Epist. 26) . Il
fait part de sa difficulté à lire sans l'aide de son maître un ouvrage de Varron ,
évoque le souvenir de Cassiciacum ( vv . 53 sq . ) et demande à Augustin son De
musica . « Son poème traduit plus le désarroi de qui a perdu un guide bien aimé
que la ferme résolution de s'en tenir à une voie clairement reconnue »
(Mandouze 8, p . 642 ).
La réponse d'Augustin exprime sa crainte que son élève ne se laisse « entra
ver par les choses mortelles » (Epist. 26, 2) ; que ne met- il pas de l'ordre dans sa
vie, que n'obéit -il pas aux lois de Dieu , alors qu'il s'empresserait de corriger ses
vers s'ils allaient à l'encontre des règles de l'art poétique (Epist. 26, 4) !
Augustin cite la parole du Christ appelant tous ceux qui peinent à prendre sur
eux son joug (Mt 11 , 28 ) et exhorte Licentius à changer de vie ( Epist. 26 , 5 ) .
Enfin , il l'envoie en Campanie pour s'instruire auprès de Paulin. Dans une lettre
adressée par l'intermédiaire de Romanianus, Augustin recommande personnelle
ment Licentius à Paulin , afin que l'ivraie qui germe en lui se change en blé
( Epist. 27 , 6 ) et il joint à sa lettre le poème de Licentius et la réponse qu'il lui a
donnée. Augustin réitère plus tard sa demande d'intervention de Paulin auprès
de son élève (Epist. 31 , 7 ) . Paulin rédige alors une lettre adressée à Romanianus
puis directement à Licentius ( Paulin, Epist. 8 = Epist. 32 de la correspondance
d'Augustin ) . Aux avertissements d'Augustin , il joint les siens. Craignant toute
fois d'avoir tenu un discours trop sévère , il évoque le goût de Licentius pour la
poésie et lui confie qu'à son âge , il l'a lui aussi aimée . Il poursuit sa lettre en
vers, le mettant en garde contre les séductions de Rome et les dangers d'une
carrière militaire, le prie de le recevoir pour père et conclut que « la vraie vie ,
c'est de vivre pour Dieu » (uiua est uiuere uita deo ) (Epist. 32 , 5 ) .
Il faut enfin noter de façon marginale que certains manuscrits , même très
anciens, du De musica donnent le nom de Licentius au disciple qui s'entretient
avec le maître ( cf. Finaert 6, p . 483).

2. LE POÈME DE LICENTIUS

Éditions. 14 J.C. Wernsdorf, Poetae Latini Minores 4.2 , Altenburg 1785 ;


15 A. Goldbacher , « Carmen Licentii ad Augustinum praeceptorem » , dans
S. Aurelii Augustini, Epistulae 1-30, coll . CSEL 34/1 , Wien 1896 , p . 89-95 ;
16 M. Zelzner, « De carmine Licentii ad Augustinum » , Diss . Breslau, Arnsberg
1915 ; 17 D. Shanzer, « " Arcanum Varronis iter " : Licentius's Verse Epistle to
Augustine » , RÉAug 37 , 1991 , p . 110-143 ( avec trad . anglaise ) ; 18 M. Cutino,
Licentii Carmen ad Augustinum . Introduzione, testo , traduzione e commento ,
Catania , Centro di Studi sull'antico cristianesimo, Università di Catania, 2000 ;
104 LICENTIUS DE THAGASTE L 55

19 K.-D. Daur , Ep . XXVI ( 2 ) , dans Sancti Aurelii Augustini, Epistulae I - LV ,


coll . CC 31 , Turnhout 2004 , p . 78-83 .
Le modèle de ce poème de cent cinquante - quatre vers est la fin de la quatriè
me Géorgique de Virgile. D'un point de vue littéraire, le Carmen ad Augustinum
se caractérise par son abondant recours à l'allégorisation et aux ornatus géogra
phiques , inspirés de Solin et vraisemblablement d'Avienus (> A 515 ) . Tout en
étant resté marginal , il fut peut-être connu de Claudien (cf. Clarke 4 et 5 ) et
Boèce ( » B 41 ) reprit certaines expressions des premiers vers dans sa Conso
lation de la Philosophie (cf. Shanzer 17, p . 143 ) .
Une étude attentive du poème de Licentius permet de mettre en évidence de
nombreux parallèles avec les dialogues de Cassiciacum , que Licentius semble
avoir lus ( cf. Shanzer 17 , p . 124-133 ). Parmi les diverses sources du poème, qui
ont été précisément étudiées ( cf. Cutino 18 ) , les vingt- quatre premiers vers , qui
portent sur Varron , sont particulièrement importants. Il est difficile d'identifier
avec certitude l'ouvrage auquel Licentius fait allusion et dans lequel il doit être
question de musique mais aussi de géométrie et d'astronomie . Le fait qu'Au
gustin ait mis ses élèves en contact avec les æuvres de Varron confirme cepen
dant l'influence de cet auteur sur les Disciplinarum libri entrepris par Augustin
dans le temps où il allait recevoir le baptême (Retract. I 6) et dont la composi
tion resta inachevée . Aimé Solignac , qui a traduit la première partie du poème,
formule ce jugement, qui garde toute sa valeur : « Ce document peu utilisé four
nit en sa brièveté sur le contenu des traités varroniens consacrés aux sciences
mathématiques des indications précieuses dont l'importance s'accroît encore par
comparaison avec d'autres écrits connus et certainement inspirés de Varron . La
théorie des nombres s'y trouvait exposée selon une mentalité pythagoricienne et
s'amplifiait en considérations subtiles sur les sphères célestes et l'harmonie de
leurs mouvements . La géométrie , selon l'esprit platonicien du livre VII de la
République, considérait l'étude des figures concrètes comme une manuduction à
la contemplation des figures idéales " dessinées sans poussière " ( On trouve
cependant dans Wernsdorf 14 et dans Shanzer 17 la leçon “in pulvere" (sine
codd . ) à la place de “ sine pulvere" dans les vers “ inde figurarum posit sine
pulvere formas / posco amens aliasque graves offendo tenebras” ) . C'est là un
point qui mérite d'être souligné : le mouvement dialectique qui , dans les livres
composés par Augustin , entendait conduire “ du corporel à l’incorporel” ne
relève donc pas d'une intention personnelle, comme on le croit généralement,
mais vient de Varron lui - même » ( Solignac 13 , p . 122 ) . Cette interprétation
paraît confirmée par un passage de Claudien Mamert ( C 132 ) selon lequel
Varron cherche à « tirer l'âme du visible à l'invisible , du localisé au non localisé,
du corporel à l'incorporel, et à rendre puissante cette âme qui s'est dispersée
dans les corps, c'est - à -dire dans ce qui est contraire à sa nature » (De statu
animae, II 9, cité et traduit par Solignac, p . 122 n . 26 ) .
La thèse de l'influence de Varron sur le projet encyclopédique d'Augustin fut
contestée par I. Hadot. Selon elle , l'entreprise reposait sur des idées néoplatoni
ciennes , qui constituent la source principale du traité sur les arts libéraux du
livre II du De ordine ( Hadot 7 , p . 101 sq. ) . Dans cette perspective, l'auteur tente
L 57 LICYMNIOS DE CHIOS 105

de montrer que le livre que Licentius a essayé de lire est une cuvre de Varron
qui traitait seulement de musique , « cuvre dont on ne peut savoir ni si elle était
composée d'un ou de plusieurs volumes, ni si , oui ou non , elle faisait partie des
Disciplinarum libri » ( ibid. , p. 185 ) . L'étude de I. Hadot eut « une importance
décisive pour rouvrir une question qui semblait désormais s'être figée dans la
communis opinio de la dérivation de l'encyclopédie augustinienne à partir de
celle de Varron » (Cutino 18 , p . 29 ) . Reprenant l'examen de cette question ,
D. Shanzer « réitère la conclusion que le livre difficile de Varron avait tout au
moins pour matière la musique , la géométrie et l'astronomie et qu'il ne
consistait pas seulement dans un traité de musique » ( Shanzer 17 , p. 138 ) . Les
travaux d’U . Pizzani confirment d'autre part que Licentius se réfère aux
« Disciplinarum libri » de Varron , et plus précisément à la section consacrée aux
sciences mathématiques du futur « quadriuium » ( cf. Pizzani 10 et plus généra
lement, sur le lien entre Augustin et Varron, Pizzani 9) .
EMMANUEL BERMON .

LICINIUS CRASSUS (L. LICINIUS -) (C 198]


56 LICINUS RE 3 Ia

Cet esclave de l'acteur Ésope est mentionné par Cicéron dans une lettre à son
frère Quintus ( I 2 , 14) , datée de 59a, qui constitue l'unique témoignage à son
sujet. Après s'être enfui, il a séjourné à Athènes chez le philosophe épicurien
Patron , en se faisant passer pour un homme libre. Il se rend ensuite en Asie où
Platon de Sardes, un autre épicurien, le fait arrêter et emprisonner à Éphèse.
Cicéron écrit alors à son frère pour qu'il assure le retour de l'esclave auprès de
son maître. Ces indications montrent donc clairement les liens de Licinus avec
les milieux épicuriens.
Cf. F. Münzer, art. « Licinus » 3 , RE XIII 1 , 1926, col. 502-503 .
MICHÈLE DUCOS .

57 LICYMNIOS DE CHIOS RE va
Le nom de Licymnios apparaît trois fois dans le livre III de la Rhétorique
d'Aristote (1405 b 6-8 , 1413 b 12-14, 1414 b 15-18 ) ; dans la deuxième de ces
occurrences, le Licymnios dont il s'agit est rangé parmi les auteurs de dithy
rambes , alors que dans la troisième il s'agit de l'auteur d'un manuel de
rhétorique. On considère cependant depuis 1 L. Spengel, Evvaywyn TÉXVWV
sive Artium scriptores ab initio usque ad editos Aristotelis De rhetorica libros,
Stuttgart 1828 ( réimpr. Osnabrück 1974 ) , p . 91 , qu'il s'agit d'un seul et même
personnage.
Spengel 1 , suivi par 2 E.M. Cope, « On the Sophistical Rhetoric » , The Journal of
Classical and Sacred Philology, 3 , 1857, p. 253-288 , cit. p. 255 , fonde cette identification sur
le reproche même fait par Aristote (Rhet. III 13 , 1414 b 15-18 ) au Licymnios auteur d'une
Techné, d'avoir créé des termes métaphoriques et poétiques pour désigner certaines parties
d'un discours : cela dénoterait chez le théoricien de la rhétorique une inclination pour la
poésie qui rend tout à fait plausible qu'il soit en même temps auteur de dithyrambes. On
connaît d'ailleurs, ajoutent Spengel 1 et Cope 2, d'autres exemples de poètes ayant touché à la
rhétorique, tels Empédocle ( » E 19) ou Événos de Paros. Même si elle n'est parfois adoptée
106 LICYMNIOS DE CHIOS L 57

qu'avec réserves (voir récemment 3 GGP, Antike 2/1, p. 44 ), cette identification n'a jamais été
réellement remise en question.
part l'origine mentionnée par Athénée ( XIII , 603 D ), à savoir l'île de
Chios, on ne connaît rien de la biographie de Licymnios. Denys d'Halicarnasse
(Lysias, II 3 , 4 ) le compte , avec Polos, parmi les ouvovoLaota de Gorgias
(2G 28 ) , terme qui , depuis Xenophon (Mémorables, I 6, 1 ), sert à désigner les
disciples d'un maître . La Souda , s.v. Nos, indique que Polos fut son maître .
Hermias d'Alexandrie, dans son commentaire du Phèdre de Platon (p. 239, 12
Couvreur), ainsi qu'une scholie se rapportant à un passage de ce dialogue (p. 87
Greene, ad Phaedrum 267 c 2 ) donnent au contraire Licymnios pour le maître de
Polos , à qui il aurait enseigné la division des noms en « propres, composés,
apparentés, appositions, et beaucoup d'autres » . Selon Cope 2, p. 255 , le rapport
de maître à élève entre Licymnios et Polos ne serait que le fruit d'une déduction
à partir du passage même que commentent Hermias et le scholiaste : Tà de
Πώλου πώς φράσωμεν αυ μουσεία λόγων [... ] ονομάτων τε Λικυμν ων
[Λικυμνε ων Spengel ] & εκε νω εδωρήσατο προς το ησιν ευεπε ας; ( « Et, de
Polos , comment expliquerons - nous les recueils d'expressions et de termes
licymniens qu'il lui offrit (scil. à Licymnios) à cause de la ſou : à titre de]
composition d'un Art de bien dire ? » ) .

Suivant la façon dont on comprend à la fin de cette phrase la préposition


npóc , on attribue à Licymnios ou à Polos l'etene a dont il est question . Aristote
(Rhet . III 13 , 1414 b 15-18 ) lui attribue une Techné (manuel de rhétorique ), et
Athénée (loc. cit. ) , des Dithyrambes d'Argynnos.

Selon Aristote ( loc. cit.), Licymnios usait dans sa Techné d'une terminologie
« vide et dépourvue de sens » , faute, semble - t- il, d'affecter un nom à une espèce
ou à une différence.
Les exemples allégués par Aristote sont énoúpwolç ( hapax que l'on interprète comme
« coup de vent favorable » ) , ånonlávnoug ( « divagation » ) et őçol ( « rameaux » ou « næuds » ),
métaphores dont la signification proprement rhétorique reste incertaine. Se fondant sur les
explications d'un commentateur anonyme du XIIe siècle ( CAG XXI 2, p. 227 , 34 sqq. Rabe ),
Spengel 1 , p. 90 , a proposé une correction selon laquelle « Licymnios appelle énoúpwoic la
répétition (énavárnouc), et la digression (únorávnouc), rameaux ( oCouc)». À quoi Cope 2,
p . 257 , objecte qu'on ne voit guère comment la métaphore d'un « vent favorable » peut
exprimer l'idée d'une répétition, et préfère comprendre, comme l'anonyme , qu'elle désigne
plutôt les moyens auxiliaires dont peut user l'orateur pour renforcer sa cause.
En tant qu'auteur de dithyrambes, Licymnios est rangé par Aristote (Rhet. III
12 , 1413 b 12-14 ) parmi les poètes « dont les euvres se prêtent à la lecture »
( åvayvuotixo ) . Aristote le cite également pour avoir dit que c'est dans le son
ou dans le sens que réside la beauté d'un mot (Rhet. III 2, 1405 b 6-8 ) .

Éditions . Les fragments concernant la rhétorique sont rassemblés dans


3 L. Radermacher (édit . ) , Artium scriptores. Reste der voraristotelischen
Rhetorik , Wien 1951 , p . 117-119 ; les fragments poétiques, dans 4 D. L. Page
( édit . ) , Poetae melici graeci, Oxford 1962 , fr. 768-773 , auxquels il faut ajouter
5 A. Henrichs , « Ein neues Likymniosfragment bei Philodem » , ZPE 57 , 1984,
p. 53-57 .
L 59 LIVIUS ( TITUS) 107

Études. Cope 2 , p. 255-257 . 6 K. Aulitzky, « Likymnios von Chios » , RE


XIII 1 , 1926 , col. 541 ; 7 E. Robbins, « Likymnios [2 ] » , NP VII 1999, col. 190.
MICHEL NARCY

58 LINUS DE THÈBES RE 1

Poète mythologique et cosmologue , cité dans le Répertoire des philosophes


d'Hippobote (Diogène Laërce I 42 = fr. 6 Gigante ). Ses fragments sont rassem
blés dans 1 M. L. West, The Orphic Poems, Oxford 1983 , p. 56-67.
Diogène Laërce I 4 , qui dépend probablement de l'ouvrage Sur les poètes de
Lobon d'Argos [ PL 60 ] ( cf. I 34 et I 112 ; Suppl. Hell. fr. 504-526 ), lui attribue
« une Cosmogonie, le parcours du soleil et de la lune , ainsi que les origines des
animaux et des fruits » , dont il cite le premier vers, disant qu'il fut un temps où
toutes les choses étaient ensemble . ( Sur les informations tirées de Lobon , voir
2 Valentina Garulli, Il Nepi nointāv di Lobone di Argo, coll . « Eikasmos » 10,
Bologna 2004 , 220 p. ) La même idée se retrouve dans un fragment de treize
lignes cité par Stobée I 10 , 5 , tiré de A vou éx tõv ſlepi púoewÇ xóquov (de
Linus Sur la nature du cosmos) . La thèse qu'il expose , selon laquelle toutes les
choses sont une , est mentionnée comme une doctrine de Linus et de Pythagore
par Damascius, De princ . , fol. 25 bis , 27 (t. I , p . 67 , 14 et 72 , 13 Westerink
Combès ; I 45 , 12 ; 48 , 13 Ruelle) . Le terminus ante quem de la composition du
poème est l'année 150 av . J.-C. ( utilisation par Diogène de Babylonie
[ D 146 ) : West 58 ) . Le Pseudo - Jamblique , Theol. arithm ., p. 67 , 2 De Falco ,
cite, du second livre d'un discours théologique de Linus le théologien adressé à
Hyménaeus, un extrait où l'on parle des quatre éléments , tenus ensemble par
trois médiétés ( cf. Macrobe, in Somn. Scip. I 6 , 36-39 : les médiétés sont
Necessitas, Harmonia et Oboedientia ). Selon West 1 , p . 59 , il s'agit du poème
sur la nature du cosmos . Stobée III 1 , 70 , cite dix autres vers du ſlepì púoewÇ
xóquov , qui proviennent cependant, selon West 1 , d'un poème différent.
A Linus les pythagoriciens attribuaient des vers qui étaient probablement en
réalité de leur composition ; c'est ce qu'affime Jamblique, V. pyth. 28 , 139 , p . 7 ,
7-10 Deubner, qui cite deux de ces vers : « il faut tout espérer, puisque rien n'est
inespéré ; il est facile au dieu de faire toutes choses , il n'est rien qui ne se puisse
accomplir » . Les deux vers sont cités par Stobée IV 46 , 1 sous le lemme: du
poète Linus. Pausanias VIII 18 , 1 connaît des ouvrages de poésie attribués à
Linus, qu'il considère comme inauthentiques.
La Souda parle d'un Linus qui fut philosophe chez les Thébains ( A 572 , t , III ,
p . 273 , 17 Adler) .
BRUNO CENTRONE .

59 LIVIUS ( TITUS ) RE 9 Ia /I
Historien romain .
Éditions.

CUF : l'édition est en cours depuis 1 J. Bayet et G. Baillet, Tite - Live Histoire
Romaine, Livre 1, Paris, 1re éd. , 1940 ; pour les fragments, 2 P. Jal, Tite -Live,
108 LIVIUS ( TITUS) L 59

Histoire romaine, Livre XLV . Fragments, Paris 1979 ; pour les Periochae
3 P. Jal , Abrégés des livres de l'histoire romaine de Tite - Live, 2 vol., Paris 1984 .
OCT : 4 R.M. Ogilvie, t . I , Titi Livi ab urbe condita libri 1 - V , Oxford 1974 ;
5 R. S. Conway , C.F. Walters , t. II , libri VI- X , 1919 ; 6 t. III , libri XXI - XXV ,
Oxford , 1929 ; 7 R.S. Conway , S.K. Johnson , t . IV , Libri XXVI-XXX , 1935 ;
8 A.H. Mc Donald , t . V , Libri XXXI-XXXV, 1965 ; 9 P. G. Walsh , t . VI , Libri
XXXVI - XL, 1999.
BT : 10 W. Weissenborn - M . Müller, W. Heraeus Livius Ab Vrbe condita libri
I - X , Leipzig , 1887-1908 ; 11 T. A. Dorey XXI-XXII, Leipzig 1971 ; 12 libri
XXIII - XXV, Leipzig 1976 ; 13 P. G. Walsh , libri XXVI- XXVII, Leipzig 1982 ;
14 libri XXVIII-XXX , Leipzig 1986 ; 15 J. Briscoe, libri XXXI- XL , Stuttgart
1991; 16 Libri XLI-XLV, Stuttgart 1986.
Éditions commentées. 17 W. Weissenborn , H. J. Müller, Titi Livi ab Urbe
Condita libri, Weidmann , Berlin 1880 , 10 vol . réimpr. 18 R.M. Ogilvie,
A Commentary on Livy, Books 1-5, Oxford, 1965 , 3e éd .; 19 S.P. Oakley,
A Commentary on Livy, Books VI- X, Vol . I , Introduction and Book VI, Oxford,
1997 (copieuse introduction ) Vol . II , Books VII and VIII, Oxford 1998 ;
20 J. Briscoe, A Commentary on Livy, Books XXXI- XXXIII, Oxford, 1993 ;
21 A Commentary on Livy, Books XXXIV -XXXVII, Oxford 1981 .
Concordance . 22 D. W. Packard, A concordance to Livy, 4 vol . , Cambridge,
Mass. 1968 .
Bibliographies . 23 W. Kissel , « Livius 1933-1978 : Eine Gesamtbiblio
graphie » , ANRW II 30, 2, 1982 , p. 899-997 ; 24 J.E. Phillips, « Current Research
on Livy's First Decade : 1959-1979 » , ANRW II 30, 2 , 1982 , p . 998-1057.
Études. 25 J.-E. Bernard, Le portrait chez Tite -Live. Essai sur une écriture
de l'histoire romaine, coll . « Latomus » 253 Bruxelles 2000 , 482 p .;
26 H. Bornecque, Tite - Live, Paris 1933 , 216 p. ; 27 E. Burck (édit. ) Wege zu
Livius, 2e éd . , Darmstadt 1977 , VIII-544 p. ; 28 J.D. Chaplin, Livy's Exemplary
History, Oxford 2000 , 245 p . ; 29 A. Feldherr, Spectacle and Society in Livy's
History, University of California Press, Berkeley/ Los Angeles/London 1998 ,
251 p . ; 30 M. Jaeger, Livy's written Rome, University of Michigan Press, Ann
Arbor 1997 , 205 p. ; 31 A. Klotz, art. « T. Livius » , RE XIII 1 , 1926, col. 816
853 ; 32 T.J. Luce, Livy : the composition of his History, Princeton 1977 , 322 p.;
33 G. B. Miles, Livy. Reconstructing Early Rome, Cornell University Press,
Ithaca/London 1995 , 251 p . ; 34 P. G. Walsh , Livy, his historical aims and
methods, Cambridge 1961 , 301 p.
Biographie. Nous savons peu de choses sur la vie de Tite-Live . Né en 59a
( selon la chronique de Jérôme, Ad Eus . Chron . an . 1858 ) ou 64a ( selon
35 R. Syme , « Livy and Augustus» , HSP , 64, 1959 , p . 27-87 ; Walsh 34 , p. 2 ) , il
est originaire de Padoue et a reçu (à Rome ? à Padoue ? selon Walsh 34, p . 3 ) la
formation littéraire et rhétorique qui était celle du jeune Romain . Il ne s'est pas
tourné vers une carrière politique ou militaire, mais s'est consacré à la littérature
et l'histoire en partageant son temps entre Rome et Padoue . La rédaction de son
cuvre historique commença avec le début du principat entre 27a et 25a ( mais la
discussion n'est pas close sur ce point; Syme 35, p . 42-50, suggère une date
L 59 LIVIUS (TITUS) 109

proche de 31 ; 36 T.J. Luce, « The Dating's of Livy First Decade » , TAPHA 96 ,


1965 , p. 209-240, une première publication antérieure à 27 ) . Ses liens avec
Auguste et sa famille sont connus (Liv . IV 20, 7 où est citée l'opinion d'Auguste
sur A. Cornelius Cossus; Tac . Ann . IV 34 ) ; il poussa l'empereur Claude, dans
son adolescence, à écrire un récit historique ( Suétone, Claud. 41 , 1 ) . Il meurt en
17 , au début du règne de Tibère ( Jérôme, Ad Eus . Chron . an . 2033 ) .
Son Histoire romaine (Ab Urbe condita libri) retraçait l'histoire de Rome
depuis les origines et la fondation jusqu'à son époque. Elle comptait cent
quarante -deux livres et s'arrêtait à la mort de Drusus en 9a ; mais l'œuvre ne
nous est pas parvenue dans sa totalité . Subsistent les livres 1 à X (des origines à
293 ), XXI à XLV (de la seconde guerre punique au triomphe de Paul- Émile en
1679 après sa victoire de Pydna ). Des autres livres nous ne possédons que des
abrégés (periochae) et quelques fragments (dont la mort de Cicéron , passage
transmis par Sénèque le Père). L'ouvre était précédée d'une préface que nous
avons conservée , où Tite - Live exposait ses choix et sa conception de l'histoire .
Cette æuvre pose de nombreux problèmes concernant l'identification des
sources et leur utilisation : l'enquête a été menée systématiquement pour les
rapports de Tite-Live et de Polybe (37 F. W. Walbank, A Historical Commentary
on Polybius, Oxford , t . I , 1957 , XXVIII -776 p. , t . II , 1967 , XV- 682 p . , t . III , 1979 ,
XXI- 834 p . ; 38 Id . , Polybius, Berkeley /Los Angeles/London 1972 , ix - 201 p .;
39 H. Tränkle, Livius und Polybius, Basel/Stuttgart 1977 , 254 p . ) pour les
annalistes ou Caton ; une seconde question concerne les liens de Tite -Live avec
la politique et l'idéologie augustéenne . Il convient enfin de s'interroger sur la
conception livienne de l'histoire.
Nous savons par Sénèque ( Epist. 100, 9 ) que Tite - Live avait écrit des traités
philosophiques (ex professo philosophiam continentes libros ) et aussi des
« dialogues que l'on peut rattacher tout autant à la philosophie qu'à l'histoire »
(dialogos quos non magis philosophiae adnumerare possis quam historiae ).
Cette indication fait apparaître l'importance de la philosophie pour l'historien ;
les « dialogues philosophiques et historiques » laissent penser à une « mise en
æuvre de l'histoire en un sens philosophique » ( Bayet 1 , « Tite - Live et son
@uvre » , Introduction , p . X ) et sont à rapprocher du De re publica de Cicéron :
Tite - Live aurait « traité sous forme de dialogues de problèmes de philosophie
historique » ( Bayet 1 , ibid .).
Certes, dans son histoire romaine , il s'efface derrière son æuvre en s'inter
disant les digressions et les commentaires personnels, mais cela n'exclut pas une
réelle présence de la philosophie . L'influence du stoïcisme a souvent été mise en
avant (40 P.G. Walsh , « Livy and stoicism » , AJPh 79, 1958 , p. 355-375 ) : on la
trouverait dans une conception du destin ( cf. 41 I. Kajanto, God and Fate in
Livy, Turku 1957 , 100 p. ) suggérant une puissance active travaillant à un but
déterminé, la grandeur de Rome ; ou encore dans les expressions où l'historien
souligne la force inexorable du destin ( VIII 7 , 8 : inexsuperabilis uis fati; XXV
6 , 6 : fato cuius lege immobilis rerum humanarum ordo seritur) . A ce détermi
nisme il faut ajouter le rôle de la fortuna. Mais ce déterminisme n'a rien
d'absolu ; si le destin de Rome est fixé dans ses grandes lignes , dans sa réali
110 LIVIUS ( TITUS ) L 59

sation , il comporte des erreurs ou des retours en arrière montrant que les
individus ont leur rôle à jouer. L'historien ne semble donc pas reprendre la
conception stoïcienne du destin .
Pour ce qui est de la religion, il refuse la « négligence envers les dieux »
( XLIII 13 , 1 ) et les systèmes philosophiques qui les éliminent ( X 40 , 10 ) ; la
valeur politique de la religion ne lui échappe pas, comme l'indique son interpré
tation de l'action religieuse de Numa (I 19 , 4) et toute l'æuvre montre l'impor
tance de la pietas ; mais, en même temps , Tite -Live fait apparaître les excès de la
superstition ; il souligne la crédulité de ceux qui ajoutent trop rapidement foi aux
prodiges ( XXI 62 , 1 ; XXIV 10, 6 ) ; il se défie des légendes trop merveilleuses,
des faits trop miraculeux : au moment de la prise de Véies , il refuse de se pro
noncer sur des faits trop extraordinaires : « dans des faits si anciens, je serais
satisfait si le vraisemblable était tenu pour vrai ; quant à ces contes plus confor
mes à la mise en scène théâtrale, amie du merveilleux, qu'à la vérité historique,
ils ne valent la peine ni d'être confirmés ni d'être réfutés » ( V 21 , 9 ) . Il existe
bien d'autres exemples de ce « rationalisme sceptique » pour reprendre l'expres
sion de Jean Bayet (42 D. S. Levene, Religion in Livy, coll . « Mnemosyne » 127 ,
Leiden 1993 , XI - 257 p . ) où l'on voit souvent l'influence du scepticisme de
l'Académie ( voir 43 J.-M. André , Le siècle d'Auguste , Paris 1974 , p . 147 , qui
rapproche du De natura deorum ).
D'une manière générale, l'utilisation des sources révèle la même tendance :
dans son récit, Tite - Live reprend souvent les faits sans les confirmer ni les
infirmer; au mieux , il indique quelques divergences entre ses sources. Il accepte
une tradition qui a pour elle l'accord du grand nombre . Cette attitude suppose
toute une réflexion sur le vrai et le vraisemblable ( sur ce probabilisme, voir
André 43, p. 148 ) .
Tite - Live est particulièrement attentif au rôle des hommes : « ce qu'il faut
selon moi , étudier avec toute l'ardeur et l'attention dont on est capable , c'est la
vie et les meurs d'autrefois, ce sont les grands hommes et la politique intérieure
et extérieure qui ont agrandi l'empire » (Praef. 9) . L'histoire est pour lui source
d'exempla : « on y trouve pour son bien et celui de son pays des modèles à
suivre ; on y trouve des actions honteuses tant par leurs causes et leurs consé
quences qu'il faut suivre » (Praef. 10 ; voir Chaplin 28 ) . Ainsi s'expliquent
l'attention portée aux vertus et aux vices des individus et l'accent mis sur la
morale dans les conduites humaines . Tite-Live fait place à des vertus (qui sont
aussi des valeurs romaines) : uirtus, pietas, fides, clementia (Walsh 34 , p . 66-67 ;
Bernard 25 , p . 270-280 ; 44 T.J. Moore, Artistry and Ideology : Livy's Vocabu
lary of Virtue, Frankfurt 1989 , qui constitue avant tout une étude du vocabulaire,
sans analyse des questions philosophiques) .
Il faut enfin souligner la place que Tite-Live fait aux sentiments , aux passions et à la
psychologie (45 M. Ducos , « Les passions, les hommes et l'histoire dans l'æuvre de Tite
Live » , REL 65 , 1987 , p. 132-147 ) : elle s'insère dans une réflexion sur la causalité historique
où de « petites causes » peuvent entraîner de grands bouleversements ; elle révèle aussi une
conception de l'âme humaine qui associe un élément irrationnel et un élément rationnel
(consilium ) capable de modérer et d'ordonner ces élans. Un tel dualisme éloigne Tite-Live de
l'ancien stoïcisme pour le rapprocher de la tradition académique et de Cicéron ( Ducos 45 ,
p. 144 ). Il faut considérer que l'æuvre livienne révèle l'influence de l'Académie : le scepti
L 60 LOBON D'ARGOS 111

cisme, la recherche du probable dans l'exposé des faits, la représentation de l'âme humaine
conduisent à cette conclusion. Elle trouve une confirmation dans les nombreux parallèles qu'il
est possible de tracer avec l'œuvre de Cicéron : la réflexion sur la cité et le pouvoir renvoient
souvent à la philosophie politique et juridique cicéronienne , bien que cet aspect n'ait pas
suffisamment retenu l'attention .
MICHÈLE DUCOS .

60 LOBON D'ARGOS RE ?

Auteur d'un ouvrage intitulé Sur les poètes ( ſlepi pointāv ) dans lequel il
parlait des ( Sept) Sages de la Grèce et peut -être de quelques philosophes poètes
comme Empédocle et Xénophane.
Éditions des fragments. 1 W. Crönert, « De Lobone Argivo » , dans
XAPITEE Friedrich Leo zum 60. Geburtstag dargebracht», Berlin 1911 , p. 123
145 ; nouvelle édition plus restrictive par 2 Valentina Garulli, Il Tepi nointāv di
Lobone di Argo, coll . « Eikasmos » 10, Bologna 2004, 220 p. (où l'on retrouvera
également toute l'histoire de la recherche antérieure : p. 13-42 ) . Pour les pièces
poétiques, voir également 3 H. Lloyd -Jones et P. Parsons, Supplementum
Hellenisticum , coll . « Texte und Kommentare >> 11 , Berlin 1983 , nºs 502-526 ,
p . 251-257 ; pour les " chants" 4 E. Pellizer et G. Tedeschi , « Sei carmi conviviali
attribuiti ai sette sapienti » , dans K. Fabian , E. Pellizer et G. Tedeschi ( édit . ) ,
OINHPA TEYXH . Studi triestini di poesia conviviale, Alessandria 1991 , p . 187
210 ( antérieurement publié dans QFC 3 , 1981 , p . 5-24 ) ;
Cf. 5 W. Kroll, art. « Lobon von Argos » , RE XIII 1 , 1926 , col . 931-933 ;
6 R. Goulet, « Les références chez Diogène Laërce : Sources ou autorités ? »
( 1997 ) , repris dans Études sur les Vies de philosophes, p . 79-96 , notamment
p. 92-94 ; 7 Id . , Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres.
Traduction française sous la direction de M.-O. Goulet -Cazé, Paris 1999, p. 58
60 .
Le titre de l'ouvrage n'est cité explicitement que dans la vie d'Épiménide de
Diogène Laërce ( I 111-112 = fr. 8 Garulli) où un détail d'ordre biographique est
précédé d'une liste d'écrits du Sage en vers et en prose , mais Lobon est égale
ment mentionné dans la vie de Thalès ( I 34-35 = fr. 1 Garulli).
Dans ce passage de D. L. I 34, 8 V. Garulli, « Talete di Mileto fra Timone e Lobone (Diog.
Laert. I 34 )», Eikasmos 15 , 2004, p. 261-271 , propose une reconstitution intéressante du texte
en respectant la leçon du manuscrit de Naples (B , mais aussi P avant correction ) et la version
latine du Pseudo- Walter Burley (αστρονομήματα corrigé dans P ' en αστρονόμημα. τά ) . II
faudrait lire le vers de Timon de Phlionte de la façon suivante : οίόν θ' επτά Θάλητα σοφών
σοφόν κάστρονομούντα > , puis la phrase relative a Lobon : αστρονομήματα δε γεγραμ
μένα υπ' αυτού φησι Λόβων ο Αργείος είς έπη τε νειν διακόσια κτλ. Sur B , voir
9 T. Dorandi, « Remarques sur le Neapolitanus III B 29 (B ) et sur la composition des Vies des
philosophes de Diogène Laërce » , RHT 32, 2002 , p. 1-23 ; sur la traduction latine du Pseudo
Burley qui dépend sans doute de B , voir 10 Id ., « La versio latina antiqua di Diogene Laerzio
e la sua recezione nel Medioevo occidentale : il Compendium moralium notabilium di
Geremia da Montagnone et il Liber de vita et moribus philosophorum dello ps. Burleo » ,
DSTFM 10, 1999, p. 371-396 .
En D. L. I 34 , la succession de trois infinitifs ( TE VELV ... Éniyeypápeal...
elval) suggère que Lobon avait fourni à Diogène , à propos de Thalès, trois
informations : (a) le nombre de vers (Énn ) attribués à Thalès, (b ) un distique écrit
112 LOBON D'ARGOS L 60

sur sa statue ou son image ( Énì tñs eixovoc ) , ( c ) quelques vers tirés des
" chants ” ( symposiaques ) qu'il avait composés. Ces trois informations ont été
considérées par les éditeurs comme des sigilla Lobonis permettant de retrouver
sa trace ailleurs chez Diogène Laërce, mais aussi chez d'autres auteurs. Diogène
Laërce signale en effet, à propos de plusieurs des Sept Sages canoniques, mais
aussi des autres Sages dont il parle (en plus de Thalès I 34 , Solon I 61 , Chilon I
68 , Pittacos I 79, Bias I 85 , Cléobule I 89 , Périandre I 97 , Anacharsis I 101 ,
Épiménide I 111 ) , de même qu'à propos d'Empédocle ( VIII 77 ) et Xénophane
( IX 20 ), ( a) des titres d'ouvrages poétiques ou du moins le genre littéraire dans
lequel ils se sont illustrés, toujours en précisant le nombre de vers en chiffres
ronds : 200 , 5000 , 200, 600 , 2000 , 3000 , 2000, 800 , 5000 , 6500 , 4000, 5000 ,
600, 2000. Les vies des trois premiers Sages comprennent (b ) la citation d'un
distique élégiaque inscrit sur leur portrait (Thalès I 34, Solon I 62 , Chilon I 73 ).
Diogène cite de même les inscriptions funéraires ( également un distique ) qui
figuraient sur la tombe de cinq Sages (Thalès I 39 , Pittacos I 79 , Bias I 85 ,
Cléobule 1 93 , Périandre I 96) . Garulli 2, p. 8 , regroupe ces deux types différents
d'inscriptions sous un même thème : « Versi presentati come incisi su un
monumento » . Enfin les vies des six premiers Sages contiennent (c) les citations
des chants attribués à chacun ( Thalès I 35 , Solon I 61 , Chilon I 71 , Pittacos I 78,
Bias I 85 et Cléobule I 92 ) . Selon Garulli 2 , p . 135-139, il s'agirait de skolia
gnomiques pouvant remonter au Ve siècle av. J.-C. et empruntés par Lobon à un
Banquet des Sept Sages perdu . Sur ce matériel , on se reportera à l'édition
critique de Pellizer et Tedeschi 4.

L'homogénéité du matériel relevant de ces trois topiques dans l'ouvrage de


Diogène Laërce permet donc de rattacher ces différentes informations à
l'ouvrage de Lobon d'Argos . Une analyse métrique, stylistique et thématique
approfondie des distiques ainsi regroupés et la prise en compte de la tradition de
la poésie épigrammatique littéraire et épigraphique amène Garulli 5 , p. 70-103 , à
établir l'homogénéité littéraire et le caractère livresque de ces épigrammes et à
en attribuer la composition à un unique poète qui pourrait, selon elle , être Lobon
lui - même . Elle considère en revanche que les " chants" également cités par
Lobon seraient, eux , des skolia symposiaques du Ve siècle avant J.-C.

Selon Garulli 2 , p . 147-148 , l'ouvrage de Lobon s'inscrirait dans une tradi


tion principalement péripatéticienne d'intérêt pour les Sept Sages , dont dépen
daient également les Vies des Sept Sages d'Hermippe de Smyrne ( H 86) . Cette
tradition pinacographique et biographique développée à Alexandrie se retrou
verait chez Lobon, mais dépourvue de rigueur scientifique, dans le cadre d'une
littérature de divertissement ( ibid. , p. 149-162 ) . « Il milieu più probabile in cui
collocare il lepì trointõv pare , in conclusione, quel settore della biografia di
consumo di ispirazione peripatetica, sul quale si fa sentire l'influenza del feno
meno pinacografico callimacheo, ma che da questo resta relativamente distante ,
in quanto sostanzialmente estraneo ai suoi principi metodologici e alla sua
destinazione scientifica » (Garulli 2, p. 161-162 ) .
RICHARD GOULET.
L62 LONGINUS (C. CASSIUS -) 113

61 LONGINIANUS RE 2 PLRE II : mort en 408


Correspondant d'Augustin (Epist. 233-235 [ PL 33 ) , après 395 ) . Il se présente
comme un prêtre païen ( cf. Epist. 234, 1 : a pagano homine ; Epist. 234 , 2 : ut
mea expetunt sacerdotia ) et expose sur Dieu , le Christ, le bonheur ou le salut un
point de vue néoplatonicien qui s'appuie sur les enseignement de Socrate , mais
aussi d'Orphée, de Tagès, lequel aurait révélé aux Étrusques la science des
haruspices ( sur Tages , voir Cicéron , De divinatione II 50 ) et du Trismégiste ,
formulés avant même que l'Europe, l'Asie ou l'Afrique ne reçoivent leur nom
( Epist. 234, 1 ) . On trouve le texte latin et une traduction italienne annotée de ces
trois lettres dans Sant'Agostino, Le Lettere, t . III : < Lettere > 185-270 . Testo
latino dell'edizione Maurina confrontato con il Corpus Scriptorum Ecclesiasti
corum Latinorum . Traduzione et note di L. Carrozzi, Roma 1974 , p. 742-755 .
Dans sa réponse à Longinianus (Epist. 235 , 2 ) , Augustin essaie de montrer
que la perfection morale qui mérite l'approbation divine rend inutile les rites
ancestraux de purification recommandés par son correspondant.
A. Chastagnol, Les Fastes de la Préfecture de Rome au Bas-Empire, Paris 1962 , p. 255
257 ( reprenant une suggestion de Lenain de Tillemont), a identifié le Longinianus d'Augustin
à Fl. Macrobius Longinianus qui fut Préfet du prétoire des Gaules (en 402), puis d'Italie au
début du ve siècle. Ce Longinianus, qui fut tué en 408 , fut également un correspondant de
Symmaque (Epist. VII 93-101 ). Voir l'éd. de J.-P. Callu , Symmaque, Lettres, tome III (Livres
VI-VIII ), CUF, Paris 1995 , p. 92-97 . Pour la carrière de ce haut- fonctionnaire, voir la notice
de la PLRE II et celle de la PCBE II , 2000 , t. II, p. 1310-1311 .
Cf. P. Mastandrea, « Il Dossier Longiniano nell'epistolario di sant'Agostino
(epist . 233-235 ) » , StudPat 25 , 1978 , p . 523-540 .
RICHARD GOULET.

62 LONGINUS ( C. CASSIUS-) RE 59 7-42a

Sa carrière débuta par des exploits militaires ( voir 1 M. Dettenhofer, Perdita


luventus. Zwischen den Generationen von Caesar und Augustus, München 1992 ,
p . 123-127 ) : questeur en Syrie sous Crassus, il commandait une aile de l'armée
romaine à Carrhes en 53 (MRR , 2, p. 229) . Proquesteur en Syrie en 52-51 , il se
battit avec succès contre les Parthes (MRR , 2, p . 237 et 242. Cf. Att. V 18 , 1 ;
Fam . XV 14, 2-4 ; surtout Fam . II 10 , 2 et Att. V 20 , 3 ) . De retour à Rome , il se
signala par son opposition à César : tribun de la plèbe en 49 (MRR , 2 , p. 259 et
2 E. S. Gruen , The Last Generation of the Roman Republic, Berkeley 1974 ,
p. 182 ) , il embrassa le parti de Pompée dès le début de la guerre civile ( cf. Att.
VII 21 qui rapporte la mission de Cassius à Capoue auprès des consuls et Att.
VII 23 , 1 ). Cassius fut préfet de la flotte pompéienne en 49-48 (MRR , 2, p. 270
et 283 ) , étant plus particulièrement chargé de l'escadre syrienne ( Caes., Bell.
Ciu . III 5 , 3 ) . Il appartenait en fait au camp des Optimates ralliés à Pompée
contre César et s'était manifesté dans sa jeunesse par son opposition à Sylla. Ses
alliances familiales sont conformes à ces choix : il épousa une des Iunia, Tertia,
ce qui le rapprocha de Brutus avant même le moment où ce dernier devint le
chef des Optimates. Peu après Pharsale, et sans connaître alors la défaite de son
camp, Cassius fit une opération contre la flotte césarienne basée en Sicile
( cf. Caes., Bell. Ciu . III 101 ) . Il se replia ensuite à Rhodes avec d'autres
114 LONGINUS (C. CASSIUS -) L 62

pompéiens, puis pensa se diriger vers Alexandrie ( cf. Cic . , Att. XI 13 , 1 et Att .
XI 15 ) . Après la défaite des pompéiens, César fit de Cassius un de ses lieute
nants ( voir MRR , 2, p. 290 et 300, cf. Cic . , Fam . VI 6, 10 ) en 47-46, sans le
rallier pour autant à sa cause, puisqu'il fit partie du petit nombre qui refusa de
voter les décrets en l'honneur de César (cf. D.C. , 44, 7 ) . 3 F.X. Ryan , « Die
Ädilität des Attentäters Cassius » , Arctos 33 , 1999, p . 145-154, considère à partir
d'une allusion de Plutarque ( cf. Plut . , Brut. 8 , 6) qu'il fut édile curule en 47 ou
édile en 46. On le retrouve en compagnie de Dolabella auprès de Cicéron
( cf. Fam . VII 33 , 2) , à Rome en 46. Il ne fit pas la campagne d'Espagne, restant
à Brindes ( cf. Cic . , Fam . XV 17,4 ) . César lui accorda la préture pérégrine en 44
(cf. MRR , 2 , p. 320 ) , et le fit nommer consul désigné avec Brutus pour l'année
41 .

Les motifs que pouvait avoir Cassius d'assassiner César sont sans conteste
difficiles à éclaircir. On a dit la violence du personnage ( cf. Cic . , Att. XV 11 , 2),
les blessures d'amour-propre devant la préférence de César pour Brutus, ce qui
constituait un frein à sa carrière. On peut également penser qu'une fois écartée la
menace que représentait Cn . Pompée , la dictature de César était redevenue
insupportable à Cassius. Il est considéré comme la tête du complot des Ides de
mars ( cf. Suét . , Caes. 80 ; Plut . , Brut . 8-10 et App . , Bell. Ciu . II 113 ) , auquel il
aurait fait participer Brutus ( voir 4 R. Étienne , Les Ides de mars , Paris 1973 ,
p . 156-157 ) . Après les Ides de mars , Cassius apparut encore une fois comme le
plus énergique des deux « Libérateurs » , comme le montre le compte rendu du
conseil de conspirateurs du six juin 44 réunissant Cicéron, les deux tyrannicides,
leurs épouses respectives et Servilia ( cf. Cic . , Att. XV 11 , 1 ) . Cette lettre offre un
portrait pris sur le vif de Cassius: un homme orgueilleux refusant la charge de
l'annone en Sicile vue comme une atteinte à sa dignitas et préparant déjà la
guerre. Les mots qu'il emploie renvoient à sa condition de nobilis et à son rang
dans l'État, ce qui confirme d'une certaine manière l'importance que dut avoir le
fait de ne pas obtenir la préture urbaine.
Il partit au début de l'année 43 pour reconstituer une armée en Syrie (cf. Fam .
XII 4 , 2 ; Fam . XII 5 , 1 ; Fam . XII 11 et ad Brut. II 3 , 3 ) . Il se désigna alors
comme proconsul, sans avoir aucun titre officiel au début malgré les efforts de
Cicéron ( cf. ad Br. II 4 , 2 et la 11 ° Philippique, voir MRR , 2 , p. 343-344 et 360 ) :
son commandement fut légalisé en avril 43. Actif en Syrie et en Palestine en 43
42 , il combattit Dolabella ( cf. Fam . XII 15 , 6-7 et Fam . XII 12 ) au printemps 43
et songea à occuper l'Égypte, mais Brutus le fit venir à Smyrne pour se préparer
à combattre Antoine et le jeune César. Il se suicida en 42 à Philippes après le
premier engagement ( voir 5 F. Hinard , « Suicide et “belle mort" à la fin de la
République » , dans Good Deaths, Bad Deaths . Death , Dying and Burial in the
Ancient World, colloque Londres 7-9 juillet 2003, à paraître prochainement dans
BICS).
Son épicurisme est attesté par quatre lettres de 46-45 (Fam . XV 17 ; XV 18 ;
XV 16 et XV 19, voir 6 C.J. Castner , Prosopography, p . 24-31 ) . Il semble que
Cassius soit devenu épicurien en 48 ou 47 , soit après Pharsale , et sous
l'influence des césariens ( cf. Fam . XV 16 , 3 et Fam . XV 19 , 3 , voir
L62 LONGINUS (C. CASSIUS - ) 115

7 M. Rambaud , « César et l'Épicurisme d'après les Commentaires » , Actes du


VIII° Congrès de l'Association Guillaume Budé, Paris 1969 , p . 411-435 ) . Le
passage suivant de Cicéron est important : « en effet, si tu t'indignes et si tu le
prends mal , j'en dirai davantage et je réclamerai que tu sois rétabli dans la
doctrine d'où tu as été déloge " par la force armée " . En ce cas , l'interdit n'ajoute
pas " avant un délai d'un an " ! En conséquence , même s'il y a déjà deux ou trois
ans que , cédant aux appâts de la Volupté , tu as signifié le divorce à la vertu ,
nous aurons encore pleine liberté d'agir » (Fam . XV 16) . L'opposition entre la
uirtus et la uoluptas est assez transparente : la uoluptas désigne bien évidemment
l'épicurisme, mais la uirtus pourrait être interprétée comme une qualité stoï
cienne ou académicienne. Néanmoins , Cicéron semble s'inspirer ici de la fable
de Prodicos que les stoïciens ont plus tard reprise à leur compte , ce qui laisserait
pencher la balance du côté de la Stoa ( voir aussi Cic . , Fin . III 29 ) . La réponse de
Cassius paraît ne laisser aucun doute sur sa préférence passée pour le stoïcisme
(voir 8 D. Sedley , « The Ethics of Brutus and Cassius » , JRS 87 , 1997 , p. 41-53 ) :
Difficilest enim persuadere hominibus το καλόν δ ' αυτό αιρετόν esse ; ηδονήν
uero et å rapat av uirtute, iustitia, tớ xałợ parari et uerum et probabile est ;
ipse enim Epicurus, a quo omnes Catii ( > C 56 ) et Amafinii [ > A 130 ), mali
uerborum interpretes, proficiscuntur, dicit : " oux fotiv ndéwç ävev toŨ xalos
xal oixa wç bñv. " Ces expressions sont à mettre en parallèle avec l'exposé de
Caton dans le De finibus. Au to zaróv correspond l'honestum en latin , dont
Caton dit qu'il est à rechercher pour lui - même , cf. Cic . , Fin . III 36 : Omne autem
quod honestum sit id esse propter se expetendum , commune nobis est cum
multorum aliorum philosophorum sententiis . Ensuite , on doit souligner le fait
que Cassius se réfère directement aux textes d'Épicure , en particulier au début
dela Maxime Capitale V : Ουκ έστιν ηδέως ζήν άνευ του φρονίμως και
καλώς και δικαίως , «ουδε φρονίμως και καλώς και δικαίως > άνευ του
ήδέως. ότω δε τούτο μη υπάρχει εξ ου ζην φρονίμως , και καλώς και
δικαίως υπάρχει, ουκ έστι τούτον ήδέως ζην . Mais il ne retient en fait du
texte grec que ce qu'il veut bien en retenir : l’adverbe opoviuwç est oublié, ne
sont gardés que les deux adverbes qui font manifestement référence à l'ensei
gnement platonicien . Or, c'est en cela que réside le caractère provocateur de
cette maxime qui met sur un même plan le plaisir et les vertus platoniciennes, au
moyen d'une argumentation serrée : un système de deux propositions parallèles
avec renversement de l'ordre des termes.

Comment interpréter alors l'épicurisme de Cassius ? Castner 6 , fidèle à son


parti pris initial, se refuse à voir dans cette adhésion autre chose qu’un snobisme
propre aux Romains cultivés de cette époque . Ce faisant, elle évacue le
problème, sans tenter de le résoudre. 9 M. Dettenhofer, « Cicero und C. Cassius
Longinus: politische Korrespondanz ein Jahr vor Caesars Ermordung » , Historia
39, 1990, p. 249-256, et 1 , p . 219-222 , a proposé de comprendre ces lettres
comme des messages codés : sous couvert de traiter de l'adhésion de Cassius à
l'épicurisme , Cicéron discuterait en fait du ralliement de Cassius à César . Mais
cette vision des choses ne s'accorde pas avec la suite de la lettre de Cicéron qui
fait allusion à la conduite de Cassius qui demeura hostile au dictateur. La lettre
116 LONGINUS (C. CASSIUS -) L 62

de Cassius est, elle aussi , très claire : César demeure à ses yeux un dominus
( Fam . XV 19 , 4 ) . Le dominus est celui qui exerce un pouvoir absolu , tyran ou
roi, et fait donc obstacle à la libertas. Cassius utilisa une expression tout aussi
dure après les Ides de mars : nequissimus (cf. Fam . XII 2 , 1 ) . 10 A. Momigliano,
« Epicureans in Revolt » (recension de l'ouvrage de B. Farrington : Science and
Politics in the Ancient World ), JRS 31 , 1941 , p. 149-157 , surtout p. 151 , a consi
déré que cette attitude en faveur de la libertas était le produit des convictions
épicuriennes de Cassius , mais ce faisant il ignore la continuité de pensée de
Cassius : avant et après son adhésion, il reste un nobilis soucieux de sa dignitas
et un adversaire de César. D'autre part, il est évident que les épicuriens romains
ont fait des choix politiques très différents, ce qui interdit de fixer comme
programme politique à ce courant philosophique la défense de la libertas plutôt
qu'autre chose .
Par conséquent , il n'y a aucune raison de nier ou d'ignorer l'épicurisme de
Cassius : il était probablement un épicurien sincère. La correspondance de
Cicéron révèle surtout une sorte de synthèse entre épicurisme et stoïcisme assez
représentative d'une période où les Romains cherchent dans la philosophie une
ligne de conduite par temps de tempête : ils ne trouvent en réalité dans les diffé
rentes écoles philosophiques grecques que leurs propres idées confortées par une
connaissance non pas superficielle mais peut -être biaisée de leurs doctrines.
Cassius est, comme nombre de ses contemporains, un adhérent sincère de la
philosophie grecque , en l'occurrence de l'épicurisme, mais un adhérent romain .
L’épicurisme de Cassius est attesté également chez Plutarque ( cf. Brut. 36
37) tout d'abord au sujet d'un rêve fait par Brutus dont son compagnon conteste
le caractère divin et ominatoire : la critique des rêves est une constante chez les
épicuriens (voir 11 P. Kragelund, « Dreams, Religion and Politics in Republican
Rome » , Historia 50 , 2001 , p . 53-95 , et 12 J.J. O'Hara, « Somnia ficta in
Lucretius and Lucilius » , CQ 37 , 1987 , p . 517-519) . Les deux autres références
sont intéressantes dans la mesure où elles confirment cette adhésion à l'épicu
risme, mais, comme l'a fort bien montré Castner 6 ( voir p. 29) , sont encore plus
marquées par la volonté de Plutarque de polémiquer contre le Jardin : le malheu
reux Cassius manque de renoncer à ses idées philosophiques devant l'accumu
lation d'omina défavorables (cf. Brut. 39) avant la bataille de Philippes , et en
appelle aux mânes de Pompée au moment du meurtre de César ( cf. Caes. 66) .
Pour la postérité, Cassius fut associé à Brutus ( voir 13 E. Rawson, « Cassius
and Brutus : the Memory of the Liberators » , dans I.S. Moxon et alii (édit. ] , Past
Perspectives. Studies in Greek and Roman Historical Writing, Cambridge 1986,
p. 101-119 ) , mais se retrouva dans son ombre, pour ainsi dire, puisqu'il n'existe
presque pas de biographie de ce personnage en dehors de Dettenhofer 1 .
YASMINA BENFERHAT.

63 LONGINUS ( CASSIUS-) RE : PIR - C 500 PLRE I: 2 DM III


Philosophe platonicien .
Selon la Souda, s.v. “ Fronton ” , 0735 , par sa mère Frontonis, seur du rhéteur
Fronton d'Émèse ( à ne pas confondre , comme le fait la Souda, avec le rhéteur
L 63 LONGINUS (CASSIUS -) 117

célèbre M. Cornelius Fronton , maître de Marc Aurèle, » F 19 ) , Cassius Longin


était d'origine syrienne. On ne sait rien de son père , mais le nomen Cassius, qui
n'est indiqué que par la Souda, associé au cognomen Longinus, est attesté plu
sieurs fois au jer siècle apr. J. -C .; c'est déjà le nom du “ césaricide” C. Cassius
Longinus au premier siècle avant. J.-C. (** L 62 ) . Sa naissance peut être placée,
non sans quelque imprécision, dans la première décennie du me siècle avec un
terminus post quem en 200 et un terminus ante quem en 213 .
On ne considère plus Longin comme l'auteur du traité Sur le sublime. Dans le manuscrit le
plus ancien , le Parisinus graecus 2036 ( Xe siècle ), on trouve pour ce traité le titre suivant
Διονυσ ου Λογγ νου περί ύψους. Pourtant sur le premier folio de ce manuscrit , on trouve un
index des Problèmes aristotéliciens, et, à la suite de cet index , on lit AloVVO OU Ñ Aoyy vou
qui doit logiquement renvoyer au traité nepi úpouç. A partir de cette nouvelle indication, on a
pensé, avec beaucoup de vraisemblance , qu’un copiste qui avait trouvé un traité anonyme
nepi őYouç, aura tenté de l'attribuer à l'un des deux principaux rhéteurs qu'il connaissait
Denys d'Halicarnasse et Cassius Longin (sur cette question, voir 1 D. Marin , « L'anonimato
del Saggio sul Sublime nella tradizione di codici » , Ann . della Fac. di Lett. e Filos. dell'Univ.
di Bari 1, 1954, p. 101 sq. )
Or ni l'un ni l'autre de ces rhéteurs ne peut être l'auteur de ce traité. Denys d'Halicarnasse
y est critiqué et Cassius Longin a vécu bien après la composition de ce nepi účovç. Voici les
indices qui appuient cette conclusion :
( 1 ) Le traité commence par une polémique dirigée contre Cécilius de Kalé Akté, dont les
vues étaient très proches de celles de Denys d'Halicarnasse .
( 2) On y trouve plusieurs remarques critiques à l'égard de Denys d'Halicarnasse lui
même.
( 3) Aucun des auteurs cités n'appartient à une époque post-augustéenne.
(4) On ne trouve aucune référence à l'éruption du Vésuve en 79 comme exemple de
catastrophe naturelle.
( 5 ) On trouve des similitudes frappantes avec certains passages chez Philon d'Alexandrie ,
ce qui pourrait indiquer que l'auteur faisait partie de ce milieu judéo-hellénique ou qu'il
connaissait bien ce milieu.
Témoignages et fragments. Ils ont été rassemblés par 2 Michel Patillon et
Luc Brisson (édit. ) , Longin , Fragments. Art rhétorique, texte établi et traduit par
M.P. et L.B., CUF, Paris 2001, p. 1-234 . Ce matériel avait déjà été traduit dans
3 L. Brisson et M. Patillon , « Longinus Platonicus Philosophus et Philologus » ,
ANRW II 36 , 7 , 1994, p. 5214-5299 (1. Longinus Philosophus ), et la suite 4 en
II 34 , 4 , 1998, p. 3023-3108 ( 11. Longinus Philologus). Pour les fragments philo
sophiques, voir aussi 5 Irmgard Männlein -Robert, Longin , Philologe und Philo
soph . Eine Interpretation der erhaltenen Zeugnisse, coll . « Beiträge zum
Altertumskunde » 143 , Leipzig /München 2001 ( ne tient pas compte du Longin
rhéteur) . Pour une table des concordances entre les différents recueils de
fragments, voir Patillon et Brisson 2, p. 382-383.
Pour les témoignages biographiques et l'Odaynat, voir aussi 6 J. Radicke ,
Die Fragmente der griechischen Historiker continued, t . IV A : Biography, fasc .
7 : Imperial and undated authors, Leiden 1999 , n ° 1091 , p . 326-339 ( texte ,
traduction anglaise et commentaire, avec une bibliographie, p. 338-339).
Cf. 7 K. Aulitzky, art. « Longinos » , RE XIII 2 , 1927 , col . col . 1401-1423.
L'étude de 8 D. Ruhnken ( sous le nom de Petrus Ioannes Schardam ), « Disser
tatio philologica de vita et scriptis Longini» ( 1776 ) , parue dans B. Weiske
118 LONGINUS (CASSIUS -) L 63

(édit . ) , Dionysii Longini de sublimitate, Leipzig 1809, p . LXIX - CVI, reste utile .
Sur les auvres de Longin , voir p. C -CVI.
Selon le témoignage même de Longin , un grand nombre de voyages accom
plis dans sa jeunesse lui ont permis de faire la rencontre des “nombreux philo
sophes ” qui vivaient à cette époque et de suivre leurs leçons . Il a été en
particulier l'élève d'Ammonius (** A 140 ) et d'Origène le Platonicien ( O 41 )
avant les années 232-233 .
Dans un fragment du traité Contre les Chrétiens ( fr. 39 Harnack ) conservé dans l'Histoire
ecclésiastique d'Eusébe de Césarée (VI 19 , 8 ), Porphyre rapportait qu'Origène le Chrétien
avait comme auteurs préférés Platon , Numénius , Cronius, Apollophane, Longin , Modératus,
Nicomaque, certains pythagoriciens, Chérémon le Stoïcien et Cornutus... Le nom de Longin
parmi ces philosophes a paru étonnant. Cette liste a sans doute été établie à partir des
Stromates d'Origène, car, selon Jérôme (Dial. contra Pelag. 1 , PL XXIII, 518 a), Origène s'y
efforçait de montrer l'accord du dogme chrétien avec l'enseignement de Platon, d'Aristote, de
Numénius et de Cornutus ... Or, cette ouvre fut écrite, selon Eusèbe, avant qu'Origène ne
quitte définitivement Alexandrie en 232 ( Hist. eccl. VI 24 , 3). Il semble donc difficile qu'à
cette époque Origène ait pu citer Longin , dont on date la naissance vers 213 – en vérité parce
qu'il a enseigné à Porphyre qui lui- même est né en 234. On a donc proposé de lire le nom
d'Albinus à la place de Longin (cf. 9 K. O. Weber, Origenes der Neuplatoniker, coll.
« Zetemata » 27 , München 1962, p. 36 n. 1 ) . 10 R. Goulet, « Porphyre, Ammonius, les deux
Origène et les autres... » ( 1977) , repris dans Études sur les vies de philosophes, p. 287-288,
explique plutôt l'apparition du nom de Longin par la confusion que Porphyre aurait faite , au
moment de la composition du traité Contre les chrétiens, entre Origène le Chrétien et Origène
le Néoplatonicien , maître et ami de Longin. Le témoignage de Porphyre confirme en tout cas
l'importance de Longin au IIIe siècle, ainsi que le souligne Männlein -Robert 5, p. 233-236
( fr. 12).
On peut penser que , dans les années 230 , Longin se trouvait à Athènes et que
c'est au cours de cette décennie qu'il ouvrit son école . 11 H. Dörrie , art.
« Longinos » , KP III , 1969 , col . 731-732, considère qu'il a pu détenir l'une des
deux chaires officielles de philosophie platonicienne à Athènes . Radicke 6 ,
p. 336 , en déduit un peu facilement qu'il était alors « head of the ACADEMY » .
Le séjour de Porphyre auprès de lui semble devoir être situé entre 253
Porphyre avait alors une vingtaine d'années - et 263 , date de l'arrivée de
Porphyre à Rome. C'est donc dans cet intervalle qu'il faut aussi placer le ban
quet donné par Longin pour fêter l'anniversaire de Platon ( fr. 10 ) .
Si on en croit Eunape, « Longin , à cette époque, était une bibliothèque vivante, un
“ Musée ” ambulant ; et on s'en remettait à lui de porter un jugement sur les auteurs anciens >>
( fr. 5 ). Esprit universel, il enseignait non seulement la grammaire et la rhétorique, mais aussi
la philosophie : « Auprès de Longin, Porphyre atteignit à la plus haute culture , et comme son
maître il s'éleva à une connaissance parfaite pour tout ce qui touche à la grammaire et à la
rhétorique ; mais il ne se porta pas exclusivement à ce genre d'étude, puisqu'il s'imprégna de
tous les domaines de la philosophie » (fr. 5 ). Le témoignage d’Eunape se trouve corroboré par
deux documents : la préface que donne Longin à son livre Sur la fin ( fr. 4), et la description
faite par Porphyre dans ses Auditions publiques sur la littérature ( fr. 10). Reprenons par le
détail ces deux textes.
Dans la préface de son livre Sur la fin citée par Porphyre au chapitre 20 de sa Vie de
Plotin , apparaissent trois types de classification. Le premier est d'ordre chronologique et il
permet à Longin d'opposer le grand nombre des philosophes qu'il connut dans sa jeunesse à
la rareté de ceux qui sont en activité lorsqu'il rédige son Sur la fin entre 265 et 268. Le second
propose une répartition des philosophes cités en trois Écoles : platoniciens , stoïciens et
péripatéticiens. Mais c'est sur le troisième qu'insiste Longin, comme “ critique ” ; ce troisième
L 63 LONGINUS (CASSIUS -) 119

type de classification distingue entre les philosophes qui ont écrit et ceux qui ne l'ont pas fait
(V.P. 20, 25-29).
Voici donc une liste des philosophes cités, où interviennent les deux derniers types de
classification :
Platoniciens
- qui ont écrit : Euclide ( » E 81b ), Démocrite ( =-D 71 ) , Proclinus (de Troade ), Plotin et
Gentilianus Amélius ( » A 136), qui enseignent à Rome;
- qui n'ont pas écrit : Ammonius ( A 140) , Origène (2O 41 ) , Théodote et Eubule
(PE 74 ), ces deux derniers diadoques à Athènes.
Stoïciens
- qui ont écrit : Thémistocle, Phoibion, Annius (* A 187 ) et Médius ( > ^ M 75 ), ce dernier
étant opposé à Longin sur la question des parties de l'âme dans un fragment conservé par
Proclus ( fr. 21 ) ;
- qui n'ont pas écrit : Herminus (» H 83 ), Lysimaque ( ~ * L 100 ), Athénée ( ** A 478) et
Musonius ( 2 + M 197 ) (à Athènes).
Péripatéticiens
- qui a écrit : Héliodore d'Alexandrie ( » » H 29) ;
- qui n'ont pas écrit : Ammonius (=A 139b) et Ptolémée.
Sur ces vingt philosophes, la plupart sont inconnus ou très peu connus ; d'où l'intérêt de ce
témoignage pour se faire une idée de l'état de la philosophie dans la première moitié du lije
siècle .
La richesse de ce témoignage montre bien que , dès son plus jeune âge, Longin fut initié
aux doctrines des trois grandes écoles philosophiques : platonicienne, stoïcienne et péripaté
ticienne. Cela dit, en précisant que c'est auprès d'Ammonius et Origène qu'il étudia le plus
longtemps, Longin revendique son appartenance au courant platonicien,qui était alors forte
ment teinté de pythagorisme, comme il en témoigne lui-même ( V.P. 20, 71-76). Il est dès lors
surprenant que Longin ait défendu une doctrine qui s'apparentait plus à celle de médio -plato
niciens comme Alcinoos (2A 92) et Atticus ( > A 507 ) qu'à celle de Numénius ( 2 « N 66 ).
La relation de la discussion qui intervint à la fin du banquet offert à Athènes à l'occasion
de l'anniversaire de Platon (Tà Matávela ) présente autant, sinon plus , d'intérêt. Non seule
ment plusieurs sommités athéniennes dans des domaines divers y sont nommées , mais on y
évoque aussi un très grand nombre d'auteurs anciens . Bref, c'est une image du milieu
intellectuel athénien et des auteurs qu'on y lisait que nous offre ce témoignage.
Assistent à ce banquet, dont Porphyre, en tant que disciple de Longin semble-t- il , est l'un
des convives, Nicagoras et Major, des rhéteurs connus, Apollonius le grammairien, Démétrius
le géomètre (3 - D 140 ), Prosénès, un philosophe péripatéticien, de même que Calliétès
( ** C 20 ), Caystros et Maxime, personnages inconnus par ailleurs.
Une discussion s'élève entre certains des assistants , qui porte sur le plagiat. Au cours de
cette seule conversation , les noms de 40 auteurs ou personnages connus et les titres de 30
ouvrages sont mentionnés. L'étalage de ses connaissances devait faire partie de la règle du
jeu ; il n'en reste pas moins que l'on se trouvait entre érudits partageant un idéal de culture
encyclopédique, si l'on en juge d'après les genres ( poésie, discours oratoire , histoire, philo
sophie) auxquels ressortissent les ouvrages dont les titres sont cités.
On trouvera un classement des auteurs et des æuvres mentionnés dans ce long fragment
dans Brisson et Patillon 2, p. 9-10, et 4, p. 5223-5225 .
Pour se faire une idée de la culture de Longin , il faudrait à ces noms, mentionnés dans le
cadre d'une seule discussion , en ajouter plusieurs autres, mentionnés dans les fragments
littéraires notamment.
C'est dans ce climat intellectuel et dans cet entourage culturel que Porphyre
étudia à Athènes. Il serait intéressant de savoir si Longin dirigeait bien une
120 LONGINUS (CASSIUS -) L 63

école , et si oui , de quel genre d'institution il s'agissait . Malheureusement,


Porphyre n'est pas aussi explicite sur l'expérience qui fut la sienne auprès de
Longin que sur celle qu'il décrit dans la Vie de Plotin . Le seul point de repère
que nous ayons sur le sujet est le témoignage de Porphyre rapporté par Eusébe
( fr. 10) . Il semble bien qu'on puisse parler d'une école de Longin , comme on
peut parler d'une école de Plotin. Comme dans l'école de Plotin à Rome ( V.P.2,
39-43 ; 15 , 1-6 ) , dans celle de Longin à Athènes on fêtait l'anniversaire de
Platon en organisant un repas en commun qui , par les discussions et les décla
mations qui y prenaient place , s'apparentait au Banquet de Platon .
Au banquet offert par Longin , se trouvaient deux autres maîtres de Porphyre : le
grammairien Apollonius ( fr. 10, n . 7 , p. 295 ) et le géomètre Démétrius (fr. 10, n . 8 , p. 295 ).
Dès lors , on peut se demander si cet Apollonius et ce Démétrius n'enseignaient pas dans le
cadre de l'école de Longin. Longin , qui aurait été secondé par une équipe de spécialistes, s'y
serait contenté de donner un enseignement supérieur en grammaire, en rhétorique et en
philosophie ( cf. le témoignage d'Eunape, fr. 5 ).
Cela dit, si on en croit Jean de Sicile ( fr. 56) , Longin aurait été tellement absorbé par son
enseignement qu'il n'aurait pas eu le temps de composer des æuvres littéraires. La chose
expliquerait qu'on ne connaisse de lui qu'une seule euvre de ce genre, un discours intitulé
Odeynat, sur lequel nous revenons ci-après.
D'autre part, le Cléodamos ( > * C 157, où l'on corrigera “Porphyre” en “ Longin ” ) auquel
Longin dédie son ouvrage Sur l'impulsion ( Ilepi opuñs), conjointement avec Porphyre, et
l'Anatolius ( ** A 157a) auquel Porphyre dédie ses Questions homériques pourraient bien avoir
été des condisciples de Porphyre chez Longin ; peut-être en va-t-il de même pour l'Antonius
de Rhodes (** A 225 ) avec qui Porphyre arriva à Rome (V.P. 4, 2). On notera enfin que, s'il
faut en croire Eunape, c'est Longin qui donna à Porphyre, qui s'appelait originellement
Malchos, le nom sous lequel il allait être connu dans l'histoire ( V.P. 17,10-15 ) . On remar
quera toutefois que Longin lui-même, dédia son traité Sur l'impulsion à Malkos ( V.P. 17, 12 )
et que , dans la préface de son traité Sur la fin , il désigne son ancien élève , devenu disciple de
Plotin à Rome, sous le nom de Basileus de Tyr ( V.P. 20, 91 ), nom également employé par
Amélius dans une lettre ( V.P. 17 , 16) et dont il attribue l'invention à ce dernier ( ibid ., 17, 14
15 ). Sur la valeur du témoignage d'Eunape sur ce point et plusieurs autres , voir 12 R. Goulet,
« Variations romanesques sur la mélancolie de Porphyre » , Hermes 110, 1982, p. 446 , repris
dans Études sur les Vies de philosophes, p. 363-364.
La dernière question que l'on se pose relativement à l'enseignement de
Longin peut être ainsi formulée : Quand Longin quitta -t -il Athènes pour apporter
son soutien à Zénobie ? Pour répondre à cette question , nous ne disposons que de
deux indices.

En 267 ap. J.-C. , Athènes fut attaquée et prise par les Goths ; elle se releva difficilement
des destructions qui lui furent alors infligées.
Cette année -là, Odeynat, qui avait été nommé dux en 262 par Gallien pour avoir défendu
avec loyauté la cause romaine, est assassiné avec son fils aîné, probablement victime d'un
complot domestique, alors même qu'il marchait contre les Goths ; par suite , on peut penser
que l'Odeynat de Longin était un éloge funèbre, Zénobie ayant voulu , en l'honneur
d'Odeynat , imiter Artémise, qui avait institué un concours d'éloquence pour chanter les
louanges de son époux défunt à l'occasion de l'inauguration du Mausolée (cf. fr. 10, n . 3 ,
p. 296-297). Bref, c'est en 267 que Longin aurait quitté Athènes pour la cour de la reine
Zénobie ; après y avoir prononcé son Odeynat, il aurait décidé de demeurer à Palmyre.
Selon 13 Anna Sadurska , « Cassius Longinus w Palmyrze : fakty, legendy, hipotezy »
[Cassius Longinus in Palmyra : facts, legends, hypotheses),Archeologia 43 , 1992, p. 129-130
[ rés. en angl . p. 151 ) , Longin aurait déjà été invité par Odeynat pour servir de précepteur à ses
fils, mais par suite de la mort prématurée du souverain il serait devenu conseiller de Zénobie.
L 63 LONGINUS (CASSIUS -) 121

Par suite, on peut supposer que si , entre 270 et 272 , Longin se trouve à Tyr, en Phénicie,
d'où il fait parvenir à Porphyre une lettre que ce dernier cite dans sa Vie de Plotin ( 19, 7-41,
cf. fr. 11 ), c'est qu'il accompagne la reine Zénobie dans ses déplacements ou qu'il agit en son
nom comme ambassadeur auprès des Phéniciens. A la même époque, en 268 , Amélius quitta
Plotin dont il avait suivi l'enseignement pendant vingt-quatre ans (V.P. 3 , 41-42 ) et partit à
Apamée en Syrie où il se trouvait en 270 lors de la mort de Plotin ( ibid ., 2 , 32-33 ). Dans une
lettre qu'il envoya, après 268, depuis la Phénicie, à Porphyre, alors retiré en Sicile et qu'il
souhaiterait faire venir auprès de lui , Longin mentionne les copies des æuvres de Plotin
qu'Amélius lui aurait fournies ( ibid ., 19, 22 ).
Il est impossible de savoir quelles raisons ont pu pousser Longin à apporter
son soutien aux velléités d'indépendance de Zénobie, reine de Palmyre, ne fût-ce
que par sa présence à la cour. La même incertitude subsiste quant aux relations
de Zénobie avec l'évêque d'Antioche, Paul de Samosate , qui eut un destin
parallèle à celui de Longin , lequel dut le connaître : simple calcul politique, atti
rance de la reine pour le christianisme ou penchant pour la spéculation intellec
tuelle ou religieuse ?
Quoi qu'il en soit , lorsque, à la fin de 271 , la reine Zénobie est faite prison
nière par les troupes de l'empereur Aurélien et que Palmyre capitule , le sort de
Longin se trouve scellé . Suivi de son armée et des prisonniers qu'il a faits à
Palmyre, Aurélien reprend la route d'Antioche, au début de l'été 272 probable
ment. Il s'arrête à Émèse , où il met en jugement Zénobie et les principaux chefs
du parti de l'indépendance. Résistant aux pressions exercées par ses hommes , il
épargne Zénobie, mais fait exécuter un certain nombre des membres de l'entou
rage de la reine, dont Longin , à la fin de 272 ou au début de 273. Selon
l'Histoire Auguste ( fr. 12 ) , Aurélien se vengeait ainsi de l'insolence de la
réponse de Zénobie à la lettre qu'il lui avait parvenir, et dont il rendait Longin
responsable. Selon Zosime ( fr. 13 ) en revanche, c'est Zénobie qui s'excusa sur
la faiblesse de son sexe auprès de l'empereur, et qui rejeta la faute sur ses
conseillers ; il est impossible de prendre parti pour l'une ou l'autre de ces
opinions qui ne doivent se fonder sur aucune information concrète. Et Zosime de
conclure : « Ayant été convaincu , Longin fut condamné à la mort qu'il souffrit
avec une fermeté qui consola même ceux qui déploraient son malheur » ( fr. 6b ) .
Ainsi se terminait la vie d'un platonicien , qui , comme Platon ( cf. Lettre VII ) ,
mais de façon beaucoup plus tragique, avait voulu avoir une action politique , ne
fût- ce qu'au titre de conseiller.
[ 14 Paul Kalligas, « Traces of Longinus ' library in Eusebius ' “ Praeparatio euangelica ” » ,
CQ 51, 2001 , p. 584-598 , a récemment cherché à démontrer que plusieurs textes néoplato
niciens (notamment de Plotin , de Porphyre et de Longin lui-même) avaient été connus par
Eusèbe grâce à la communication par l'empereur Constantin de la bibliothèque de Longin
confisquée par Aurélien.
Ce n'est pas au philosophe et critique Longin, mais à un rhéteur homonyme qu'il faut
rapporter une inscription sur l'architrave du tombeau du σοφιστής Λονγείνος, πολλών
€ ủepyérns près de Göynük au nord - est d’Ankara ( 15 L. et J. Robert, Bull. Épigr. 1979,
n° 546 ). R.G. ]
Longin était -il véritablement un philosophe , ou doit -on le considérer comme
un critique littéraire qui s'intéressa à la philosophie en amateur ?
[ Alors que Porphyre, l'Histoire auguste, Eusébe, Syrianus , Proclus et Stobée présentent
clairement Longin comme un philosophe et uniquement comme un philosophe, la tradition le
désigne régulièrement comme " critique”, “ philologue” et “ rhéteur ”. La première désignation
122 LONGINUS (CASSIUS -) L 63

repose sur le témoignage d'Eunape qui voit en Longin un successeur de Denys (d'Halicar
nasse) de Carie (fr. 5 ) . Porphyre déjà considérait Longin comme « le plus grand critique de
notre époque » (xpLTIXÓTATOS, V.P.20 , 1-2 ), qualificatif repris par Jérôme ( fr. 8 : criticum ...
Longinum censoremque Romanae facundiae et fr. 9), Proclus ( fr. 24, 25 ), Sopater ( fr. 52 ),
Théophylacte ( fr. 9), Photius ( fr. 51 ), Psellus ( fr. 49, xpitixótatoç comme chez Porphyre) et
la Souda ( fr. 3 ). Le titre de philologue, employé occasionnellement par Psellus ( fr. 37b) et le
commentateur anonyme sur Hermogène ( fr. 44 ), peut remonter au bon mot de Plotin dans la
Vie de Plotin ( 14, 18-20 = fr. 7 ) , mais est confirmé par les différents titres attestés des écrits
de Longin. Quant à celui de rhéteur, il apparaît surtout dans la Souda (fr. 2 ), chez Psellus
( fr. 49) et dans des traités de rhétorique tardifs ( fr. 54).
Si l'examen des témoignages confirme la compatibilité des qualificatifs de philosophe, de
philologue et de critique, on doit en revanche constater que le titre de rhéteur se rattache à une
tradition littéraire distincte et pourrait avoir été tiré de l'existence de traités théoriques de
Longin consacrés à la rhétorique. Que des philosophes de son époque aient écrit de tels traités
ne fait pas de doute, mais ils ne se posaient pas en rhéteurs pour autant. L'attribution au philo
sophe Longin de ces écrits rhétoriques n'a pas été remise en cause par les spécialistes, mais il
pourrait être de bonne méthode de ne pas amalgamer les diverses traditions qui nous
renseignent sur la production littéraire de " Longin ". R.G. )
La postérité a surtout retenu de Longin l'homme de lettres qu'il a été , et , par
deux fois , la Souda ( fr. 2 et 3 ) oublie sa qualité de philosophe et ne parle que de
Longin le critique. Il en va de même pour Eunape ( fr. 5 ) , saint Jérôme ( fr. 8 ),
Théophylacte ( fr. 9 ) . Libanius encore fait allusion à un discours littéraire ,
l'Odeynat ( fr. 16) . Du commentaire de Longin sur le Timée de Platon , la tradi
tion n'a retenu que ses jugements sur le préambule, jugements essentiellement
d'ordre littéraire ( fr. 24-37 ) . Est -ce à dire que ce sont les seuls qui aient été jugés
dignes de mention ? Cela rejoindrait alors le jugement de Plotin ( fr. 7) : « Longin
est assurément quelqu'un qui s'intéresse à la littérature, mais absolument pas à
la philosophie » (φιλόλογος μεν ο Λογγίνος , φιλόσοφος δε ουδαμώς). Sur
cette formule qu'exploitera Proclus ( fr. 33 , li . 7-8 ) , voir 10 J. Pépin ,
« Philólogos/ Philosophos ( V.P. 14, 18-20 ) » , dans PVP, t. II , p . 477-501 . Tout
cela toutefois est affaire de choix et d'appréciation et ne supprime pas le fait que
Longin a été aussi un philosophe.
Dans la notice qui lui est personnellement consacrée , la Souda le connaît
d'abord comme tel : « Longin , Cassius , philosophe , le maître du philosophe
Porphyre, érudit et critique » ( fr. 1 ) . Lui-même évoque ses études en philosophie
auprès des philosophes les plus renommés de son époque et notamment auprès
d'Ammonius ( Saccas ), qui fut aussi le maître d'Origène ( le Platonicien ) et de
Plotin ( fr. 4 ) . C'est d'ailleurs chez lui , raconte Eunape ( fr. 5 ) , que Porphyre reçut
sa formation philosophique , ce qui l'amena à déclencher dès son arrivée dans
l'école de Plotin , une polémique sur la situation de l'Intelligible par rapport à
l'Intellect ( fr. 7 ) . Longin du reste prit position sur divers sujets philosophiques
dans une série d'ouvrages : Sur les principes ( fr. 7 ) , Sur la fin ( fr. 4 ) , Sur
l'impulsion ( fr. 6 ) . Il écrivit aussi contre le traité de Plotin Sur les formes, dans
le cadre de la polémique concernant la place de l'Intelligible par rapport à
l’Intellect ( fr. 17 ; cf. 18 ) , et un ouvrage contre l'écrit d'Amélius intitulé Le
problème de la justice selon Platon ( fr. 4 ) . On sait aussi qu'il a commenté , au
moins partiellement, le Timée ( fr. 24-37 ) , le Phédon ( fr. 38 ) , le Parménide
( fr. 39-40 ) et le Phèdre ( fr. 41 ) .
L 63 LONGINUS (CASSIUS -) 123

Sur les différents témoignages concernant les problèmes liés à la théorie des idées chez
Longin , voir 11 M. Frede, « La teoría de las ideas de Longino », Méthexis 3 , 1990 , p. 85-98.
Ces témoignages permettent de se faire une idée des orientations philosophi
ques de Longin, des points de doctrine qu'il soutenait et de ceux auxquels il
s'opposait. En particulier il s'est intéressé à Plotin au point de faire collection de
tous ses écrits, qu'il lisait et commentait, comme en fait foi la lettre qu'il adressa
à Porphyre aux alentours de 270 ( fr. 11 ) . Comme le fait apparaître la Préface
qu'il donna à son traité Sur la fin ( fr. 4 ) , il portait un jugement non seulement
sur le style de Plotin, mais aussi sur sa doctrine. Et la connaissance qu'il avait de
l'ensemble des philosophes de l'époque donne un poids certain à son jugement.
Il serait bon de se débarrasser d'un préjugé imposé par l'histoire et renforcé par notre
façon de considérer la pratique sérieuse de la philosophie comme exclusive de toute autre
activité. Et plus précisément on peut dire que Longin était bien un plaócopos IatwvLxOG,
aux deux sens où l'on entendait l'expression à l'époque : quelqu'un qui acceptait la doctrine
de Platon , quelqu'un qui commentait les œuvres de Platon . Voilà en tout cas ce que montrent
bien ses ouvrages et sa doctrine philosophiques.
Euvres. Ce que nous connaissons de son æuvre abondante se partage entre
les travaux philosophiques et les travaux philologiques . Plusieurs sont connus
par la liste fournie par la Souda ( fr. 1 ) , d'autres par la Vie de Plotin ( voir
16 R. Goulet, « Liste des auteurs et des ouvrages cités ou mentionnés dans la Vie
de Plotin » , PVP I , p . 44 ( nºs 35-42) ], d'autres également par des témoins plus
tardifs (Eusébe, Libanius, Proclus, Lacharès, Stobée, Commentateurs d'Hermo
gène, Jean de Sicile , Psellus ) , d'autres enfin par la tradition directe. Sur ces
différents ouvrages, voir Radicke 6, p . 333-335 .

I. Les ouvrages philosophiques comprennent


- des traités :

( 1 ) Sur les principes ( Ilepì đpxõv, apud Porphyre, V.P. 14, 18) ,
( 2 ) Sur la fin . Contre Plotin et Gentilianus Amélius ( Ilepi térovç. Mpoç
Mwtīvov xal levtllavov 'Aué lov, apud Porphyre, V.P. 20 , 14-15 ) ,

( 3 ) Sur l'impulsion ( Ilepi opuñs, apud Porphyre, V.P. 17 , 10-11 ),


(4) Sur la vie selon la nature ( Ilepi toŨ xatà Dúolv Blov , Souda) ;

- des écrits polémiques :

(5 ) Réfutation de la Madivwdía de Porphyre, qui contenait une critique du


traité de Plotin Hepi tõv ideāv (apud Porphyre , V.P. 20, 89.95-96) ,
( 6 ) Réponse à la lettre d'Amélius (Ilpos tnv 'Aueríov čalotoańv , apud
Porphyre, V.P. 20, 97-98 ) ,

(7 ) Réfutation d'un ouvrage d'Amélius Sur la justice selon Platon ( Ilepi tñs
xatà Mátwva Olxalooúvns, apud Porphyre, V.P. 20 , 89) ,
( 8 ) Réfutation de la conception stoïcienne de l'âme ( npòs Tv Tõv Eroïxwv
nepi puxñs dóbav åvt ponous, apud Eusèbe de Césarée, Prép. évang . X 3 )
[ fr. 20 ) ;
124 LONGINUS (CASSIUS -) L 63

- des commentaires sur les dialogues de Platon :


( 9 ) Commentaire sur le ' Timée ' ( dont on trouve de nombreux fragments chez
Proclus ( fr. 24-37 ) , où Longin est souvent mis en rapport avec Origène le Plato
nicien , les deux étant probablement connus à travers le commentaire intermé
diaire de Porphyre ),
( 10 ) Commentaire sur le ‘ Phédon ' (cf. fr. 38],
( 11 ) Commentaire sur le 'Parménide' ( cf. fr. 39-40 ),
( 12) Commentaire sur le ‘ Phèdre ' (cf. fr. 41 ) .

II . Les ouvrages philologiques comprennent

- des écrits de critique littéraire et textuelle :

( 13 ) Entretiens philologiques (Dióżoyou ouiríai) [ fr. 55 ; cf. 50, et aussi 55


60 ? ),
( 14) Difficultés relatives à Homère ( ° Antopńuata 'Ounpixá ),
( 15 ) Questions sur Homère avec leur solution , en deux livres ( Tlpoßanuara
“ Ομήρου και λύσεις ένα βιβλίοις β ') ,
( 16 ) L'admirateur des anciens ( ' O diapxaños , sous-ent . Nóyos, apud
Porphyre, V.P. 14, 19),
( 17 ) Récits qui transgressent l'histoire et que les grammairiens présentent
comme historiques (Τίνα παρά ιστορίας οι γραμματικοί ως ιστορικά
εξηγούνται),
),
( 18) Homère est- il un philosophe ? ( Eỉ piłócopos " Ounpos;),
( 19 ) Sur les expressions qui présentent plusieurs significations chez Homère
( Περί των παρ ' “ Ομήρω πολλά σημαινουσών λέξεων ) ;

- des écrits grammaticaux, de métrique et de lexicographie :


( 20 ) Commentaire au Manuel de métrique d'Héphestion, dont un long frag
ment est conservé ( fr. 42 , voir aussi fr. 45 ?] ,
( 21 ) Explication d'expressions attiques ( 'Attix @ V RÉEEWV ExôÓDELC ),
( 22 ) Expressions utilisées par Antimaque et par Héracléon (AÉFelç ’Avtl
μάχου και Ηρακλέωνος).

III . Les écrits rhétoriques comprennent

( 23 ) un Art rhétorique (Téxvn öntopixń ) , conservé en tradition directe


[fr. 48 ) ,
( 24 ) et divers extraits (fr. 50 ) ;
Voir aussi l'édition du Nepì intopixñs de Psellus , profondément influencé par la
rhétorique de Longin : 17 P. Gautier, « Michel Psellos et la rhétorique de Longin »,
Prometheus 3 , 1977 , p. 193-203 .

IV . On connaît encore de lui un discours ,


( 25 ) l'Odeynat ( Odeivalo ),
L 64 LUCANUS (M. ANNAEUS) 125

peut-être des
( 26 ) Chroniques ( Xpovexá, cf. FGrHist 259)
( 27 ) et des lettres (voir fr. 11 ) .
[D'après la version arménienne de la Chronique d'Eusébe de Césarée, l'historien indiquait
comme l'une de ses sources pour la période romaine les dix-huit livres de Cassius Longinus
qui couvraient 228 Olympiades ( p. 125, 15-16 Karst = FGrHist 259 T 1 ), où Jacoby a corrigé
en 228 le chiffre de 138 donné par Karst ou 128 édité par Aucher. Si ce chiffre est exact, cet
ouvrage historique devait donc s'arrêter en 133-136 de notre ère . L'attribution à Longin a
cependant été contestée.
Radicke 6, p. 334-335 , signale également que Longin est mentionné parmi un groupe
d'auteurs ayant écrit des ouvrages ɛpi łOvixõu dans le Parisinus Coisl. 387. R. G. )

Longin est un platonicien, même s'il s'inspire parfois d'Aristote et même s'il
subit l'influence du stoïcisme. Comme platonicien , Longin adopte une ligne
d'interprétation qui s'apparente à celle que défendent des médio- platoniciens
comme Plutarque, Alcinoos ( > A 92 ) et Atticus (* A 507 ) . Fidèle à cette ligne
d'interprétation , il soutient que les Intelligibles se trouvent hors de l'Intellect et
plus précisément sous lui ; cette position, qui l'amène à s'opposer à Numénius et
au néoplatonisme naissant , qui devait tant à Numénius (-N 66 ) , explique la
négligence dans laquelle le tint l'École d'Athènes, qui rendit ainsi inéluctable la
désaffection pour la part philosophique de son œuvre .
Mais ce qui caractérise le plus Longin philosophe, c'est sa liberté de pensée.
A la différence des médio-platoniciens , il ne considère pas Platon comme un
" dieu " auquel on ne peut adresser aucune critique. Et, s'opposant en cela aux
néoplatoniciens, il refuse d'enfermer tous les savoirs dans un système méta
physique qui s'apparentera de plus en plus à une véritable théologie . Avec lui ,
c'est une certaine conception de la philosophie comme savoir suprême, mais non
englobant qui disparut pour un long moment.
Sur la critique du style de Platon par Longin, voir 18 F. Walsdorff, Die antiken Urteile
über Platons Stil, coll. « Klassisch - Philologische Studien » 1 , Bonn 1927, p. 51-98 .
LUC BRISSON.

LONGUS + CORNIFICIUS LONGUS (C 189]

64 LUCANUS (M. ANNAEUS ) RE Annaeus 9 39-65


Éditions. a ) Texte : 1 A. E. Housman , M. Annaei Lucani Belli ciuilis libri
decem , Oxford 1926 ; 2 D.R. Shackleton-Bailey , M. Annaei Lucani De bello
ciuili, coll . BT, Stuttgart/Leipzig, 2e éd . 1997 .
b) Texte et traduction : 3 A. Bourgery, Lucain , La guerre civile (La Pharsale )
Livres 1 - V , CUF, Paris 1927 ; 4 A. Bourgery et M. Ponchont, Lucain , La guerre
civile (La Pharsale ) Livres VI -X , CUF, Paris 1930 , 6e éd. , revue par P. Jal ,
1993 ; 5 J. Soubiran , Lucain , La guerre civile ( VI 333 - X 546 ) , Toulouse 1998 .
c ) Scholies : 6 Scholia in Lucanum I Commenta Bernensia ed . H. Usener,
Leipzig 1869 ; 7 Adnotationes super Lucanum ed . J. Endt, Stuttgart 1909.
Index et Concordances. 8 S.J. Deferrari, M. W. Fanning , A. S. Sullivan ,
A Concordance of Lucan , Washington 1940 ; 9 M. Wacht , Concordantia in
126 LUCANUS (M. ANNAEUS) L 64

Lucanum , coll . « Alpha- Omega. Reihe A , Lexika, Indizes , Konkordanzen zur


klassischen Philologie » , Hildesheim 1992.
Bibliographies. 10 W. Rutz, « Lucan , 1943-1963 » , Lustrum 9, 1964 , p. 243
334 ; 10, 1965, p. 246-256 (Nachtrag ) ; 11 Id ., « Lucan 1963-1983 » , Lustrum 26,
1984 , p. 105-204 ; 27 , 1985 , p. 149-166 ; 12 Id ., « Lucans Pharsalia im Lichte
der neuesten Forschung » , ANRW II 32 , 3 , 1985 , p. 1457-1515 ; avec le
complément de H. Tuitje, ibid ., p. 1516-1537 .
Études. 13 F. Marx , art. « M. Annaeus 9 Lucanus » , RE I 2 , 1894, col . 2226
2236 ; 14 R. Pichon , Les sources de Lucain , Paris 1912 , 279 p. ; 15 J. Brisset,
Les idées politiques de Lucain , Paris 1964, 236 p. ; 16 D. Gagliardi, Lucano ,
poeta della libertà , 2e éd . , Napoli 1976 , 190 p . ; 17 Lucain , coll . « Entretiens sur
l'Antiquité Classique » 15 , Genève -Vandoeuvres 1970 , 342 p. ; 18 F. Ahl ,
Lucan . An Introduction, Ithaca /London 1975 , 379 p .; 19 E. Narducci, La
providenza crudele . Lucano e la destruzione dei miti augustei, Pisa 1979 , 170
p. ; 20 A. Loupiac, La poétique des éléments dans la Pharsale de Lucain , coll.
« Latomus » 241, Bruxelles 1998 , 235 p .; 21 P. Esposito et L. Nicastri ( édit.),
Interpretare Lucano, Napoli 1999 , 504 p . ; 22 E. Narducci, Lucano. Un'epica
contro l'impero . Interpretazione della « Pharsalia » , Bari 2002, 523 p.
Biographie. La vie de Lucain est connue par des témoignages d'auteurs
anciens: Martial, Stace, Tacite et Dion Cassius, et par des vies anonymes : l'une
provient de Suétone , la seconde d'un commentateur nommé Vacca et la
troisième semble dériver de Suétone ( voir 23 C. Hosius, M. Annaei Lucani Belli
Ciuilis, Leipzig 1913 ) .
Neveu du philosophe Sénèque, né à Cordoue en 39, Lucain se forme à Rome,
où il est, comme le poète Perse , l'élève du stoïcien Cornutus ( 2 * C 190 ). Très
tôt , il commence à écrire des poèmes et ses dons le font remarquer de Néron : il
devient un de ses familiers, membre de sa cohors amicorum. En 60, il obtient un
premier prix aux Neronia , les concours poétiques. L'empereur lui fit accorder la
questure en 62 et l'augurat. Mais les relations se dégradent; en 64 , Lucain quitte
la cour ; peu après, compromis dans la conjuration de Pison , il doit se donner la
mort en 65 (Tacite , Ann . XV 49 , 2 ; 70 , 1 ) . Les causes de cette disgrâce sont
discutées : rivalité littéraire et jalousie de l'empereur ? perte de l'influence de
Sénèque ? (cf. Ahl 18, Appendice, p. 333-353 ) .
Lucain avait composé de très nombreuses æuvres dont seuls les titres nous
sont parvenus . Dans son poème sur l'anniversaire de Lucain ( Genethliacon
Lucani, Silu . II , 7 , 54-72 ) , Stace mentionne un poème sur la guerre de Troie, une
descente aux Enfers ( Catachtonion ) , un Orphée, un éloge de Néron , un De
incendio Urbis ; il faudrait y ajouter une tragédie sur Médée , inachevée , un
famosum carmen contre Néron , selon les vies antiques.
Seule son épopée sur la guerre civile de 49 av . J.-C. , opposant Pompée et
César , a subsisté . Les premiers livres furent édités du vivant de Lucain , les
autres parurent après sa mort. L'æuvre avait pour titre De bello ciuili ( la guerre
civile ) titre figurant dans les manuscrits ; l'appellation courante de Pharsale est
fondée sur quelques vers du livre IX 984-986 : « ... aussi longtemps que dureront
L 64 LUCANUS ( M. ANNAEUS) 127

les honneurs du poète de Smyrne (c'est - à -dire Homère ), les siècles à venir nous
liront toi (César ) et moi ; notre Pharsale vivra et aucun siècle ne nous condam
nera à l'oubli » . Mais Pharsalia désigne ici la bataille de Pharsale, gagnée par
César et chantée par Lucain (Ahl 18 , p . 326-332 ) ; il ne s'agit pas du titre du
poème.
L'épopée de Lucain se compose de dix chants, qui retracent les causes de la
guerre et le passage du Rubicon par César (livre I ) , les débuts de la guerre, la
bataille de Pharsale ( livre VII ) la mort de Pompée en Égypte ( livre VIII ) , puis la
marche de Caton en Libye et l'arrivée de César à Alexandrie. Dans son état
actuel, le poème est inachevé et les commentateurs ( voir Ahl 18 , p. 307-326)
s'interrogent pour savoir jusqu'à quel terme Lucain comptait mener son récit:
mort de Caton en 46 ou assassinat de César ? La première hypothèse est souvent
retenue et supposait une épopée en 12 chants, comme l'Énéide de Virgile . Mais
Lucain choisit d'écrire une épopée historique, bien différente du poème virgilien
( voir par exemple 24 P. Grimal, « Le poète et l'histoire » dans Lucain 17 , p . 51
106 ; pour les sources voir le détail dans Pichon 14).
Élève de Cornutus, neveu de Sénèque, Lucain a eu des contacts étroits avec la
philosophie stoïcienne . Les critiques ont donc souvent cherché les échos du
stoïcisme dans son épopée.

Les convictions politiques du poète le rendent proche de l'opposition


stoïcienne. Certes, l'éloge de Néron qui ouvre le poème a suscité bien des
discussions ( voir par exemple 25 P. Grimal, « L'éloge de Néron au début de la
Pharsale est - il ironique ?» , REL 38 , 1960 , p. 296-305 ) ; mais dans le reste du
poème, Lucain affirme son refus de la tyrannie ( VIII 494 : « la vertu et le pouvoir
suprême ne s'accordent pas » ) et fait l'éloge d'une liberté qui disparaît après la
victoire de César. En évoquant les conséquences de la bataille dans le chant VII ,
il déclare que « la Liberté s'est retirée au -delà du Tigre et du Rhin » et a fui
l'Italie ( VII 433 ) ; ou encore annonce : « les deux adversaires que nous avons
toujours, ce sont la Liberté et César » (VII 695-696) . Caton d'Utique est sans
cesse présenté comme le défenseur de la liberté ( voir infra ) prêt à tout pour
assurer sa sauvegarde ( II 301-303 ) . L'assassinat de César est annoncé dans une
apostrophe à Brutus ( VII 590-596 ): « qu'il vive et, pour tomber victime de
Brutus, qu'il soit roi » . A plusieurs reprises, le poète ne ménage pas ses critiques
envers César, considéré comme un tyran , envers le régime impérial et envers
Néron lui -même ( cf. Brisset 15 , Gagliardi 16 , Narducci 22 , p 7-13 et 16-17 )
Lucain qui a participé à la conjuration de Pison , se trouve ainsi proche d'une
opposition stoïcienne, qui faisait de la libertas le principe de sa conduite.
La conception du monde et de la nature est aussi celle d'un stoïcien. Lucain
reprend la physique et la cosmologie du Portique, sa conception de l'univers :
position de la terre soutenue par l’air (V 94) , nature des astres... ( voir 26 H.-A.
Schotes , Stoische Physik, Psychologie und Theologie bei Lucan , Bonn 1969 ,
233 p. , qui donne une analyse détaillée de ces questions ) . À plusieurs reprises, il
est rappelé que l'univers doit disparaître dans un embrasement général, confor
mément à la théorie stoïcienne ( 1 72-80 ; II 289-292 ; V 181 ; VII 134-137 ; VII
812-815 ) . Pour 27 M. Lapidge , « Lucan's Imagery of Cosmic Dissolution » ,
128 LUCANUS (M. ANNAEUS) L 64

Hermes 107 , 1979 , p . 344-370 , de telles connaissances proviendraient de


Cornutus et de Sénèque ; il montre surtout comment la guerre civile est à
plusieurs reprises comparée à cette destruction de l'univers ( voir en particulier I
72-80) . Il faut noter enfin le rôle que jouent les éléments et la nature dans le
poème ( voir l'étude menée par Loupiac 20 ).
L'âme divine est répandue dans le monde : « la divinité n'a pas d'autre
demeure que la terre , la mer, l'air, le ciel et la vertu . Jupiter est tout ce que nous
voyons , tout ce qui se meut » ( IX 579-580 ; cf. Sénèque , ad Helu . 8 , 3 ; Nat.
Quaest. II 45 ) . Cette conviction , jointe à la nature du sujet, explique que les
dieux de la mythologie ou du panthéon romain n'apparaissent pas dans le
poème ; ils constituent une foule collective et anonyme , mentionnée sous les
noms de dei, superi, numina ... ( voir 28 H. Le Bonniec , « Lucain et la religion » ,
dans Lucain 17 , p. 162-195 ) . La divinité suprême , parens rerum , a donné forme
à la matière et « fixé pour l'éternité les causes par lesquelles elle assujettit toutes
choses , se soumettant elle-même à cette loi » ( II 7-10 ; cf. Sénèque , Prou. 5 , 8 ) .
Lucain affirme ainsi l'existence d'un destin immuable , enchaînement de causes
et de lois ( 29 M. Billerbeck, « Stoicismus in der römischen Epik neronischer und
flavischer Zeit » , ANRW II 32 , 5 , 1986 , p. 3116-3151 , pour Lucain , p . 3121
3126 ; 30 M. Lapidge , « Stoic cosmology and Roman literature, First to Third
Centuries A. D. » , ANRW II 36 , 3 , 1989 , p. 1379-1429) . Les dieux , le destin et la
fortune se confondent d'ailleurs dans l'épopée (31 W.-H. Friedrich , « Cato,
Caesar and Fortuna bei Lucan » , Hermes 73 , 1938 , p. 391-421 ).
C'est précisément cette représentation du destin qui a suscité de nombreuses
discussions : Lucain souligne souvent la cruauté des destins et des dieux ( III
448-449 ; IV 808-809 ) ; il mentionne « l'enchaînement jaloux des destins » ( I 70)
parmi les causes de la guerre civile ; Pompée ressent la perfidie des dieux et les
destins qui lui sont contraires ( VII 85-86 ) . De telles exclamations s'accordent
mal avec la représentation stoïcienne de la divinité; cette conception pessimiste
d'une « providence cruelle » se trouve en opposition avec la théorie stoïcienne de
la Providence . Ces affirmations ont été interprétées de façon contradictoire : ou
bien elles sont dépourvues de portée véritable ; mais leur fréquence et leur
violence doivent tout de même retenir l'attention , ou bien il faut considérer
Lucain comme « un stoïcien qui a perdu la foi » selon l'expression employée par
32 0. S. Due , « Lucain et la philosophie » , dans Lucain 17 , p . 203-224 . L'inter
prétation proposée par Narducci 19 , p . 69 , et 22 , p. 155-164, paraît plus riche :
Lucain se ferait l'écho des débats sur le providentialisme qui avaient lieu au sein
même de l'école , comme le montre l'œuvre de Sénèque (Epist. 16 , 4 ) , en utili
sant les objections qui pouvaient lui être faites, sans ajouter la réfutation qui
pouvait en être apportée ; le récit de la guerre civile , récit d'une destruction, se
prêtait facilement à de telles interprétations; la puissance d'évocation et le style
même de Lucain contribuent à leur donner tout leur relief.
Le portrait des principaux personnages doit aussi retenir l'attention. César est
caractérisé par sa violence et sa volonté de domination , Lucain insiste sur son
furor et sa soif de sang , qui le rendent monstrueux. Pompée semble d'abord un
homme vieillissant et fragile, mais au cours du poème, il acquiert une grandeur
L 64 LUCANUS (M. ANNAEUS ) 129

certaine. Au moment de sa défaite, lorsqu'il quitte le champ de bataille , Lucain


insiste sur sa maîtrise de lui -même : sa douleur est vénérable et majestueuse, il
ne se laisse dominer ni par les succès , ni par les revers ( VII 680-684 ) et il garde
une grande âme pour les destins suprêmes ( VII 679 ; 33 M. Rambaud ,
« L'apologie de Pompée par Lucain au livre VII de la Pharsale » , REL 33 , 1955 ,
p. 278-296 , et Narducci 22, p. 318-322, qui signale de nombreux parallèles avec
Sénèque et le De officiis de Cicéron ). Par cette évolution vers la sagesse ,
Pompée a souvent été considéré par les critiques comme un proficiens, l'un de
ces hommes en marche vers la sagesse décrits par Sénèque ( voir 34 B. Marti,
« The meaning of Pharsalia » , AJPh 66 , 1945 p. 352-376 ; 35 D. B. George,
« The meaning of the Pharsalia revisited » , dans C. Deroux (édit. ), Studies in
Latin Literature and Roman History, t . VI , coll . « Latomus » 217 , Bruxelles
1992 , p . 362-389) . Lucain insiste en outre sur son courage face à la mort
(Narducci 22 , p . 332-335 ) et sur une felicitas que nul ne peut désormais lui
enlever. Enfin , le poète décrit l'apothéose de Pompée : son âme s'élève jusqu'à
la zone sublunaire où vivent les « mânes semi -divins » et contemple les astres et
les planètes ( IX 1-15 ). Narducci 22 , p. 336, qui analyse cette immortalité astrale
promise aux grands hommes , établit un parallèle avec Manilius 2 - M 19 ]
( Astronomica I 778 ) et Sénèque.

Enfin , Lucain n'a pas seulement fait de Caton d'Utique ( 3C59 ) le héros de
la liberté mais l'image même du sage ( 36 D. B. George, « Lucan's Cato and
Stoic Attitudes to the Republic » , ClasAnt 10 , 1991 , p . 237-258 ; 37 E. Narducci,
« Catone in Lucano (e alcune interpretazioni recenti) » , Athenaeum 89 , 2001,
p. 171-186) . Sa conduite est conforme aux impératifs du stoïcisme: « suivre la
nature , sacrifier sa vie à la patrie, se croire né non pour soi , mais pour l'univers »
( II 382-383 ) ; il est aussi « adorateur de la justice , observateur d'une honnêteté
rigide, vertueux dans l'intérêt de tous » ( II 389-390 ). Il est considéré comme le
« véritable père de la patrie » , le seul qui mériterait d'être un dieu ( IX 601). La
présentation de son engagement dans la guerre civile a pu paraître surprenante ;
dans la longue discussion qu'il a avec Brutus, le poète lui prête les paroles
suivantes : « Nous avouons , Brutus, que la guerre civile est le plus grand des
sacrilèges, mais là où les destins l'entraînent, la vertu suivra sans trouble ; ce
sera le crime des dieux d'avoir fait de moi aussi un coupable » ( II 286-288 ) .
Caton choisit d'obéir aux destins qui entraînent sa patrie dans la guerre civile
( 38 P. Grimal, « Quelques aspects du stoïcisme de Lucain dans la Pharsale » ,
BAB 1983 , p . 401-416 ). Il reste fidèle à lui-même en choisissant la liberté contre
la tyrannie, en s'engageant pour la cité, même pour une cause qu'il sait perdue.
Dans ce débat concernant l'engagement du sage , que la confrontation avec
Sénèque ( Epist. 14, 12 ; Prou . 2 , 9) peut éclairer ( Ahl 18 , p . 240-247 ; Narducci
22 , p . 368-389 ) , Lucain montre comment la uirtus du sage l'égale aux dieux .
C'est aussi en ce sens qu'il faut comprendre le vers célèbre: uictrix causa deis
placuit sed uicta Catoni ( 1 128 ) .
MICHÈLE DUCOS .
130 LUCCEIUS (L.-) L 65

65 LUCCEIUS Q. f. (L.-) RE 6 1a

Homme politique et historien romain . Ce personnage ( 1 F. Münzer , art.


« Lucceius » 6 , RE XIII 2 , 1927 , col . 1554-1559) est à la fois bien et mal connu
du fait de la présence de plusieurs homonymes parmi les correspondants de
Cicéron : un Cn . Lucceius , un L. Lucceius M. f. et L. Lucceius Q. f. ( cf. 2 D.R.
Shackleton -Bailey, Onomasticon to Cicero's Letters, Stuttgart 1995, p. 64 ). On a
essayé de distinguer l'historien de l'ami de Pompée ( cf. 3 W.C. Mc Dermott,
« De Lucceis » , Hermes 97 , 1969, p . 233-246 ). Il appartenait à une famille très
riche (Suétone, César 19) et sans doute de rang sénatorial puisqu’un L. Lucceius
M. f. était legatus en 92 ( CIL 1² 663). La date de sa préture est problématique:
on considère le plus souvent que Lucceius fut préteur urbain en 67 sur la base
d'un passage de Dion Cassius ( XXXVI 41,1 ) mais un L. Lucceius Q. f. se fit
accusateur de Catilina en 64, or ce genre d'action est plutôt à placer en début de
carrière à Rome et d'autre part le passage de Dion Cassius est sujet à
controverse : on lit parfois Lucullus à la place de Lucceius . Selon certains
( 4 J. M. David et M. Dondin , « Conduites symboliques et comportements
exemplaires de Lucullus , Acilius Glabrio et Papirius Carbo » , MEFRA 92 , 1980 ,
p. 201), Lucceius aurait donc été préteur en 62 seulement. Quoi qu'il en soit , il
conclut ensuite un accord avec César pour les élections au consulat en 60
( Suétone , César 19 , 1 , et 5 B.A. Marshall et G.R. Stanton , « The Coalition
between Pompeius and Crassus » , Historia 24 , 1975 , p . 205-219, en particulier
p. 215-218 ) , mais c'est M. Calpurnius Bibulus, le candidat des Optimates, qui
l'emporta (6 E. S. Gruen , The Last Generation of the Roman Republic, Berkeley
1974 , p . 141-142 ) . Cet échec semble avoir détourné Lucceius de la politi
que pour préférer la composition d'ouvrages historiques avec une brillante répu
tation (Cicéron , Pro Caelio XXII 54 ) . Il fut mêlé à un scandale en 56 : il avait
accueilli chez lui le philosophe alexandrin Dion ( -D 162 ) , venu en ambassade à
Rome ( 7 E. Rawson , Intellectual Life in the Late Roman Republic, Baltimore
1985 , p. 15-16 ) . La guerre civile le vit rejoindre le camp de Pompée (Cicéron,
Att . IX 1 , 3 ) jusqu'à la mort de ce dernier : il faisait partie de ses proches ( César,
Bell. ciu . III XVIII , 3 et Cicéron , Att. IX 1 , 3 et Att. IX 11 , 3 ) . Il fut peut- être une
victime de la proscription de 43 : en effet, F. Münzer 1 a suggéré une correction
dans le récit d'Appien (Bell. ciu . IV 26 , 109 ) qui fait de L. Lucceius un proscrit.
8 F. Hinard , Les proscriptions de la Rome républicaine, Rome 1985 , n ° 82 ,
p. 488-490 , a admis cette possibilité: il est vrai qu'étant à la fois très riche et
ancien Pompéien, Lucceius avait toutes les chances de se retrouver proscrit.
L. Lucceius apparaît comme un homme très cultivé , qui commença une
histoire de Rome réputée, mais qu'il n'acheva jamais ( cf. 9 H. Bardon, La litté
rature latine inconnue, Paris 1952, p. 263 sqq . ) : il avait en chantier une étude de
la Guerre Sociale et une autre sur la guerre civile entre Marius et Sylla (Cicéron ,
Fam . V 12 , 2 ). 10 W.S. Anderson, Pompey, his Friends and the Literature of the
First Century B.C. , Berkeley 1963 , en particulier p . 32-33 , suggère que cette
æuvre historique a favorisé Pompée. Cicéron avait demandé à Lucceius une
monographie sur son retour d'exil ( Fam . V 12 , 4 ) en 55 avec l'aide d'Atticus,
dans une lettre fameuse (cf. 11 J. Hall , « Cicero to Lucceius ( Fam . 5.12 ) in its
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 131

Social Context : ualde bella ? » , CPh 93 , 1998 , p . 308-321 ) . Mais sans succès ,
apparemment. Lucceius a parfois été vu comme un épicurien ( 12 C. Castner,
Prosopography, p. 86-87 ) , à cause de sa lettre de consolation à Cicéron après la
mort de Tullia (13 N. DeWitt, « Epicurean Contubernium » , TAPHA 67 , 1936 ,
p. 55-63 , p. 60 surtout) et d'autre part pour sa manière d'écrire l'histoire , sans
montrer de partialité et en usant de franchise (Fam . V 12 , 4 : si liberius, ut
consuesti ). De même , son caractère imperturbable n'est pas sans faire penser à
l'ataraxia chère aux épicuriens ( Cicéron, Fam . V 13 ) . Malheureusement, quand
bien même il serait très intéressant de mettre en lumière une manière épicu
rienne d'écrire l'histoire ou , si l'on préfère, une influence de la philosophie
épicurienne sur la rédaction de l'histoire à Rome , la prudence invite à conclure à
l'absence de toute preuve décisive de l'épicurisme de Lucceius .
YASMINA BENFERHAT.

66 LUCIEN DE SAMOSATE RE PIR2 L 370 115/125 – 180/190

Littérateur et penseur grec du IIe siècle ap . J.-C. , dont on a conservé un grand


nombre d'écrits satiriques qui souvent prennent en compte les idées et les
représentants des écoles philosophiques mystiques et dogmatiques (pythago
risme , platonisme , aristotélisme et notamment stoïcisme ), ainsi que , de façon
générale, la figure des faux philosophes . Les sympathies de sa propre pensée se
partagent entre l'épicurisme , le scepticisme et surtout le cynisme . La plus grande
partie de ce qu'on peut reconstituer au sujet de sa formation , de sa pensée et de
sa vie provient de ses propres écrits..

A. Bibliographie générale ( sélective)

Principales éditions d'ensemble :


Éditions historiques. 1 J. Lascaris ( édit . ) , AouxiavoŬ Eauooaréwç Alároyou,
Florentiae 1496 (editio princeps ) ; 2 T. Hemsterhuys & J. F. Reitz ( édit . ) , Luciani
Samosatensis Opera, cum nova versione T. Hemsterhusii et I. M. Gesneri, Graecis scholiis ac
notis omnium proximae editionis commentatorum , additis I. Brodaei , I. lensii , L. Kusteri ,
L. Bossi, H. Vitringae, I. De La Faye , E. Leedes, aliisque ineditis , ac praecipue M. Solani &
1. M. Gesneri , cuius priorem partem summo studio curavit et illustravit T. Hemsterhusius,
ceteras inde partes ordinavit notasque suas adiecit I. F. Reitzius ... , 3 vol . , Amstelodami 1743
(t.I : LXXII-882 p. ; t. II : 953 p. ; t. III : 860 p. ( p. 674-692 : Epigrammata ; p. 693-707 : deux
dialogues en latin faussement attribués à Lucien : Palinurus, Virtus dea ; p . 708-733 : « De
aetate et auctore dialogi Lucianei qui Philopatris inscribitur disputatio » , par J. M. Gesner ;
p.734-850 : « Index » ; 850-860 : « Addenda et corrigenda » ] ) ; 3 C. Jacobitz ( édit . ) , Luciani
Samosatensis Opera, ex recognitione C. J. , 4 vol . , Lipsiae 1836-1841 , réimpr. Hildesheim
1966 (editio maior ; première édition critique au sens moderne ; l'ordre des écrits se fonde sur
i la recension B, qui est celui de la vulgata, correspondant à l'editio princeps et à l'édition de
! Hemsterhuys & Reitz 2 ; le t . IV contient les textes en vers et les scholies , ainsi qu'un riche
index ) ; 4 W. Dindorf (édit. ) , Luciani Samosatensis Opera , ex recensione G. D. , Graece et
Latine, cum indicibus, Parisiis 1867 , 2e édit . , avec plusieurs réimpr. ( VIII- 849 p. , elle contient
les écrits de la vulgata , avec une traduction latine fondée sur celle de Gesner ; p . 808-814 :
« Epigrammata » ; édition jugée médiocre et arbitraire ; dans cette deuxième édition l'auteur
tient sans doute compte de celle qu'il avait publiée à Leipzig en 1858 ) ; 5 C. Jacobitz ( édit. ),
Luciani Samosatensis Opera, ex recognitione C.J. , coll . BT, 3 vol . , Lipsiae 1852-1853 ,
réimpr. 1969-1970 (par W.Haase ] (editio minor ; t . I : XVI-410 p . ; t . II : XV1-421 ; t . III : XX
516 p. , index p . 471-516 ) ; 6 F. Fritzschius ( édit . ) , Lucianus Samosatensis, F. F. recensuit ,

1
132 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

3 vol . , Rostochii 1860 (t. I 1 : XVI - 152 p. ), 1862 ( vol . I 2 : X - 212 p. ), 1863 (t. II 1 : XIV - 250 ),
1869 ( t. II 2 : XLIV - 271 p. ), 1874 (t. III 1 : XLII -226 p. ) , 1882 (t. III 2 : CXX - 162 p. ) ;
7 N. Nilén (édit. ) , Lucianus, edidit N.N. , coll . BT, Leipzig 1906 (t. I 1 : Libelli I-XIV, LXXV
208 + 72 * p. ) , 1923 ( t . I 2 : Libelli XV-XIX , p. 209-328 ; l'ordre des écrits se fonde sur la
recension y, considérée comme présentant l ' « antiquus ordo » et adoptée depuis Nilén par la
plupart des éditeurs ; cette édition, la première vraiment systématique, est restée inachevée).
Éditions (achevées ) de référence courante. 8 A. M. Harmon , K. Kilburn &
M.D. Macleod ( édit .), Lucian, with an English transl., 8 vol . , coll . LCL, London
Cambridge ( Mass . ) 1913-1967 : t. I- V (Harmon ) 1913-1936 , t. VI ( Kilburn)
1959 , t . VII - VIII ( Macleod ) 1961-1967 ; 9 M.D. Macleod ( édit . ) , Luciani
Opera , recognovit brevique adnotatione critica instruxit M.D. M. , 4 vol . , coll .
OCT, Oxonii 1972-1987 (contient tout le corpus, avec plusieurs apocryphes ).
Projets en cours ( par ordre chronologique de la première parution ).
10 J. Alsina ( édit . ) , Luciano , Obras, t . I : El sueño, Diálogos de los dioses,
Diálogos marinos, texto rev. y trad ., « Colección hispánica de autores griegos y
latinos » , Barcelona 1962 , réimpr. « Colección de autores griegos y latinos » ,
Madrid 1992 , XCVI- 104 p. doubles ; 11 I d . (édit . ) , Luciano, Obras, t . II :
Diálogos de los muertos, El aficionado a las mentiras, Sobre la muerte de
Peregrino, texto rev . y trad., « Colección hispánica de autores griegos y latinos » ,
Barcelona 1966, réimpr. « Colección de autores griegos y latinos » , Madrid 1992 ,
149 p . doubles ; 12 M. Jufresa, F. Mestre & P. Gómez (édit . ) , t. III : Fálaris 1-2,
Proemio : Dioniso, Proemio : Heracles, Acerca del ámbar o De los cisnes,
Encomio de la mosca , Encomio de la patria, Sobre por qué no hay que dar
crédito sin más a la calumnia , Dos veces acusado, El tiranicida, El hijo
repudiado, Toxaris o la amistad, Sobre las dipsadas, Sobre un error cometido al
saludar, Harmónides, El escita o el cónsul, « Colección de autores griegos y
latinos » , Madrid 2000 , XXXVIII -285 p . doubles ; 13 M. Jufresa (édit . ), Llucià,
Obres , t. I : Diàlegs dels déus, Diàlegs marins, text rev. , introd. i versiò ,
« Col·lecció Catalana dels Clàssics Grecs i Llatins » 161 , Barcelona 1965 , 117
p .; 14 Ead. & F. Mestre (édit . ) , Llucià, Obres, t. II : Nigri, Demònax, Subhasta
de vides, Anacarsis, Menip, text rev ., introd . i versió , « Col·lecció Catalana dels
Clàssics Grecs i Llatins » 261 , Barcelona 1990 , 132 p . ; 15 J. Bompaire ( édit. ),
Lucien , Euvres, texte établi et trad ., 3 vol . parus, CUF, Paris 1993 , réimpr.
2003, CLXIV -270 p. doubles ( t. I : opuscules 1-10) ; 1998 , réimpr. 2003, XII -362
p . doubles (t . II : opuscules 11-20 ) , 2003, XIII-668 p . doubles ( t. III : opuscules
21-25 ; il s'agit du projet le plus ambitieux du point de vue textuel).
Pour suivre de façon exhaustive l'évolution des éditions d'ensemble de Lucien ,
cf. Bompaire 15 , t. I , CXXIII-CXXXVIII , avec de très riches notices et de très utiles commen
taires critiques . Sur la tradition manuscrite , ibid. , p . LI-CXXII . Cf. 16 T. Grigoriadu, « Situa
ción actual de Luciano de Samosata en las bibliotecas españolas (manuscritos, incunables e
impresos de los siglos XIII-XVII ) » , CFC (G ) 13 , 2003, p. 239-272.
Éditions partielles (commentées). 17 J. Schwartz ( édit . ) , Lucien de Samosate,
Philopseudès et De morte Peregrini, avec introd . et comm. , coll . « Publications de la Faculté
des Lettres de l'Université de Strasbourg. Textes d'étude» 12 , Paris 1951 , réimpr. 1963, 115
p . ( texte grec , sans apparat critique , établi à l'aide des apparats critiques des éditions
antérieures) ; 18 K. Mras (édit . ) , Die Hauptwerke des Lukian, griechisch und deutsch , hrsg.
und übers. von K. M. , coll . « Tusculum- Bücherei » , Gernsbach 1954, 555 p. ; 19 F. Ollier
( édit. ), Lucien, Histoire Vraie, édit. , introd. et comm. , coll . « Érasme. Collection de textes
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 133
grecs commentés » , Paris 1962 , 110 p. ( le texte grec suivi est généralement celui de de
l'édition de Nilén ; l'apparat critique simplifie celui de cet éditeur) ; 20 T. Beaupère (édit. ),
Lucien , Philosophes à l'encan, 2 vol . , Paris 1967 (t. I : 59 p.: introd., p. 1-24 ; texte et trad .,
p. 25-59; t. II : comm. 148 p. ) ; 21 E. Steindl (édit. ) , Luciani Scytarum colloquia quae
inscribuntur Toxaris, Scytha, Anacharsis, cum scholiis, edidit E. S. , coll . BT, Leipzig 1970,
XIV -88 p .;22 G. Husson (édit. ), Lucien , Le navire ou les souhaits, 2 vol . , Paris 1970 (t. I :
introd ., texte et trad ., XIV -73 p.; t. II : comm. , 102 p. ) ; 22 bis R. Romano (édit. ), Pseudo
Luciano : Timarione, testo critico , introd ., trad ., comm. e lessico, coll . « Byzantina et neo
Hellenica Neapolitana » 2, Napoli 1974, 197 p. ; 23 H. Homeyer (édit. ) , Lukian, Wie man
Geschichte schreiben soll, Griechisch und Deutsch, hrsg ., übers. und erläut. , München 1975 ,
312 p. (p. 9-92 : « Einleitung » ; p. 93-165 : « Text und Übersetzung » ; p. 167-284 : « Erklärun
gen ») ; 24 V. Longo (édit . ), Dialoghi di Luciano, a cura di V. L. , coll . « Classici greci » ,
3 vol . , Torino 1976, réimpr. 1986 (t. I : 847 p.: introd., p . 1-41; « nota biografica », p. 43-46 ;
« nota bibliografica », p. 47-55 ; « nota critica » , p. 57-70), 1986 ( t. II : 911 p.: « nota biblio
grafica » , p. 7-8 ; « nota critica » , p. 9-30), 1993 (t. III : 739 p.: « premesa » , p. 9 ; « nota biblio
grafica » , p. 11 ; « nota critica » , p. 13-3 ; le texte grec , traduit en italien avec des notes, est
fondé sur l'editio minor de Jacobitz 5 , mais pour les vol . II et II l'édition de Macleod 9 a été
aussi utilisée ; l'ordre des écrits est aussi celui de Jacobitz , fondé sur la recension B ; t. 1 : 1-22 ;
t. II : 23-46 ; t. III : 47-80 ; entreprise en cours ) ; 25 H. W. Attridge & R.A. Oden (édit. ) , De
Dea Syria, ed . and transl., coll « Society of Biblical Literature Texts and Translations » 9,
« Graeco -Roman Religion Series » 1 , Missoula (MT) 1976, V11-61 p.; 26 J. Coenen (édit. ) ,
Lukian, Zeus Tragodos : Überlieferungsgeschichte, Text und Komm ., coll . « Beiträge zur
klassischen Philologie » 88, Meisenheim am Glan 1977 , 153 p. ; 27 A. von Schirnding ( édit.),
Lukian, Charon oder die Betrachtung der Welt, griech.-dt., mit Einl . , Übers. & Anm ., coll.
« Deutscher Taschenbuch -Verlag » , München 1977 , réimpr. coll . « Textura » 25 , Ebenhausen
bei München 1984, 83 p. ; 28 V. Andò (édit. ) , Luciano, Il Lutto, a cura di V. A. , coll .
« Hermes » 11 , Palermo 1984, 181 p. ; 29 C. Magueijo , Luciano, Hermotimo ou As escolas
filosóficas, pref., trad . e notas, « Clássicos Inquérito » 16, Lisboa 1986, 136 p. (texte grec en
face ); 30 M. D. Macleod , Lucian , a selection, ed ., transl. & comm. , coll . « Classical texts » ,
Warminster 1991, IV -316 p. (comprend : Somn., Dear. Iud ., Deor. conc ., Pisc., Nec., Peregr .,
Sacr ., Zeur ., Hist. co .) ; 31 M. R. Pierro, Luciano, Contro un bibliomane ignorante, a cura di
M.R.P. ( trad ., texte grec en face) ; con una nota di L. Canfora ; trad . latina di T. Hemsterhuys
& I. M. Gesner, coll . « La città antica » 22, Palermo 1994, 111 p. ; 32 M. Matteuzzi, Luciano,
Racconti fantastici, nuova ediz. , introd. di F. Barberis, trad. e note di M. M. , coll. « I grandi
libri Garzanti » 571 , Milano 1995 , XLII -385 p. (trad, ital. à partir de l'édition de Macleod 9,
avec le texte grec en face, de Nav., Icar., Pisc. , Philops., Timo, Vera hist. ) ; 33 U. Victor
(édit. ), Lukian von Samosata, Alexandros oder der Lügenprophet, eingel . , hrsg. und erklärt,
coll. « Religions in the Graeco -Roman world » 132 , Leiden /New York 1997 , VIII- 180 p.;
33 bis 0. Flores Júnior, « Luciano, O Cínico, tradução e notas » , Kléos 1 , 1997 , p. 254-275
( texte grec de Macleod 9 en face ) ; 34 M. Billerbeck & Chr. Zubler, unter der Mitarbeit von
S. Marchitelli & M. Somazzi (édit. ), Das Lob der Fliege von Lukian bis L. B. Alberti,
Gattungsgeschichte, Texte, Übersetzungen und Kommentar, coll . « Sapheneia » 5 , Bern 2000 ,
p. 57-115 ( « Lukian, “Lob der Fliege” » , texte grec et trad. allemande du Muscae encomium :
p. 58-71 ; comm . : p. 73-115 ; le texte grec , avec apparat critique , est fondé sur celui des
éditions de Macleod 9 et de Bompaire 15 ; on a collationné aussi plusieurs manuscrits, ainsi
que l'editio princeps ); 35 M. Ebner, H. Gzella, H.-G. Nesselrath & E. Ribbat, Lukian ,
PLOPEVÕETG Ô åniotwv, Die Lügenfreunde oder : Der Ungläubige, eingeleitet, übersetzt und
mit interpretierenden Essays versehen , coll . « SAPERE » 3 , Darmstadt 2001 ( 214 p.; texte,
trad . et notes par M. Ebner & H. Gzella, p. 62-134 ; le texte grec est celui de l'édition de
Macleod 9 revu par 36 H.-G. Nesselrath dans son c.r. des t. I-II de cette édition dans Gnomon
56, 1984, p. 557-609) ; 37 J. L. Lightfoot (édit. ) , Lucian , On the Syrian goddess, ed. with
introd ., transl., and comm ., Oxford /New York 2003, XX -606 p. ; 38 M. T. Amado Rodríguez,
Luciano de Samosata , Diálogos de deuses ; Diálogos de prostitutas, trad. (avec texte grec en
face ), coll . « Clásicos en galego » 21 , Santiago de Compostela / Vigo 2002, 247 p.
Cf. Bompaire 15, t. I, p. CXXXIX -CXLII.
134 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Traductions sans texte grec. 39 T. More , Translations from Lucian , ed . by


C.R. Thompson , coll . « The Yale edition of the complete works of St. Thomas More » III 1 ,
New Haven 1974 , LXXII- 218 p . ; 40 F. Herrera Maldonado , Luciano español : dialogos
morales, utiles por sus documentos, trad . castellana del licenciado D. F. de H. M. , Madrid
1621 ( 17962); 41 N. Perrot d'Ablancourt, Lucien , de la traduction de N. P. , Sr. D’A. ,
nouvelle édit. , reveuë et corrigée, 2 vol . , Paris 1664 ; 42 T. Francklin , The works of Lucian,
from the Greek, London 1780, 2 vol. ; 43 J. Reuchlin , Lukians zwöltes Totengespräch in
deutscher Sprache ( 1945) ; mit einer übertr. aus dem Griechischen von C. M. Wieland ( 1788 ) ;
hrsg. von W. Knellessen , Böblingen -Hulb 1995 , 31 p. ; 44 C. M. Wieland, Lukian : Werke in
drei Bänden , aus dem Griech . Übersetzt, hrsg . von J. Werner & H. Greiner -Mai, coll .
« Bibliothek der Antike . Griechische Reihe » , Berlin 1974 ( la première édit. de la trad. de
Wieland date de 1788-1789 : Leipzig, 6 vol . ) ; 45 H. W. Fowler & F. G. Fowler, The works of
Lucian of Samosata, complete with exceptions ... , transl . , 4 vol . , Oxford 1905 ;
46 É. Chambry, Lucien, Euvres complètes, 3 vol . , Paris 1933-1934 ; 47 L. Vilela, Luciano, A
Deusa Síria, trad . e notas , Lisboa 1939 , 73 p. ; 48 M. Meunier, Lucien de Samosate, La déese
Syrienne, trad . nouv . avec prol . et notes , Paris 1947 , réimpr. 1980, 141 p. ; 49 A. Tovar,
Luciano, nueva versión directa, coll . « Clásicos Labor » 7 , Barcelona 1949 , 307 p .;
50 Id. , Luciano de Samosata, Lucio o El asno, trad . , pról. y notas ; xilografías orig . de
J. Granyer, coll . « Selección de narraciones breves » 1 , Barcelona 1950 , 103 p .;
51 $ . Tuscano, Luciano, Dialoghi degli dèi, Dialoghi marini, Dialoghi dei morti, trad. e note,
Milano 1962 , 207 p. ; 52 F. García Yagüe , Luciano de Samosata, Diálogo de los muertos,
Diálogo de los dioses, Diálogo de los dioses marinos, trad., pról. y notas, coll . « Biblioteca de
iniciación al Humanismo » , Madrid 1963 , 186 p. ; 53 B.P. Reardon , Lucian , selected works,
transl . , with an introd . and notes , coll . « The Library of liberal arts » 161 , New York 1965 ,
XXXV -276 p. ; 54 F. García Yagüe , Luciano de Samosata, Diálogos de las cortesanas, nota
prelim ., trad . y notas , coll . « Biblioteca de iniciación al Humanismo » , Madrid 1972, 88 p.;
55 J. Alsina Clota & E. Vintró, Luciano de Samosata, Historia verdadera, Prometeo o El
Cáucaso, Timón o El misántropo, Diálogo de las hetairas, coll . « Maldoror » 24 , Barcelona
1974, 162 p. ; 56 F. García Yagüe , Luciano de Samosata, Diálogos de tendencia cínica, coll .
« Biblioteca de la literatura y el pensamiento hispánicos » 12 , Madrid 1976, 295 p. ; 57 H. L.
Levy , Lucian, seventy dialogues, introd . & comm. , coll . « American Philological Association
Series of Classical Texts » , Norman 1976 , XXV-316 p . ; 58 A. Espinosa Alarcón, Luciano,
Obras , t . I , introd . general por J. Alsina Clota, trad. y notas por A.E. A. , coll . « Biblioteca
clásica Gredos » 42 , Madrid 1981 , 502 p. ; 59 J. L. Navarro González, Luciano, Obras, t. II ,
trad . y notas , coll . « Biblioteca clásica Gredos » 113 , Madrid 1988 , 471 p . ; 60 M. C. Puche
López , Pseudo -Luciano, Lucio o El asno, introd . , trad . y notas, coll . « Textos de creación
literaria » 11 , Murcia 1988 , 87 p. ; 61 C. Ferretto & M. Matteuzzi , Luciano di Samosata, Il
negromante ; L'Alessandro o il falso profeta, trad . , introd. e comm. di C. F. (Il negromante) &
M. M. (L'Alessandro ), coll . « Nuova Atlantide. Sez. I classici del pensiero magico esoterico e
simbolico » , Genova 1988 , 209 p. ; 62 A. da Costa Ramalho, Diálogos dos mortos, introd .
versão & notas, coll . « Textos cláss . 31 , Coimbra 1989 , 116 p. ; 63 J. Zaragoza Botella,
Luciano, Obras, t. III , trad. y notas , coll . « Biblioteca clásica Gredos » 138 , Madrid 1990, 526
p . ; 64 J. L. Navarro González, Luciano, Obras, t . IV , trad. y notas , coll . « Biblioteca clásica
Gredos » 172 , Madrid 1994, 494 p.; 65 J.-P. Dumont, Lucien, Hermotime ou comment choisir
sa philosophie, présent. et trad . , coll . « Perspectives critiques » , Paris 1993 , 208 p. ( trad.
établie sur le texte de Dindorf 4 ) ; 66 P. Maréchaux , Lucien de Samosate, Amours, trad. et
présent., coll . « Retours aux grands textes. Domaine grec » , Paris 1993 , 171 p. (contient Les
amours, le Toxaris et les Dialogues des courtisanes ); 67 E. Pellizer & A. Sirugo, Luciano,
Dialoghi delle cortigiane, introd . e trad . di E. P ; comm . di A. S. , coll . « Il convivio : collana di
classici greci e latini » , Venezia 1995 , 194 p . ; 68 C. Magueijo, Luciano, O mentiroso ou o
incrédulo, trad . , introd . e notas, coll . « Mare nostrum . Clássicos » 4 , Lisboa 1995 , 75 p.;
69 0. Zink , Lucien, Philosophes à vendre ; suivi de Le pêcheur ou Les ressuscités, trad . ,
présent. et notes , coll . « Le livre de poche » 13991 , Paris 1996, 123 p . ; 70 C. García Gual ,
J. Curbera , M. del Barrio & J. Bergua, Luciano de Samosata, Relatos fantásticos : Relatos
verídicos,Ícaromenipo o Menipo en los cielos, Cuentistas o El descreído, El gallo, Lucio o El
asno, introd . de C.G. G. , trad . y notas de C. G. G (Rel. ver. ), J. C. ( Ícar. y Cuent . ), M. del B.
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 135

( El gallo) & J. B. (Lucio) , coll . « Biblioteca temática » 8211 , Madrid 1998 , 223 p.;
71 V. Castro Rodríguez, Luciano de Samosata, El sueño de Luciano, Diálogos de los
muertos, Madrid 2003, 59 p. ; 72 G. Lacaze , Lucien, Histoires vraies et autres æuvres ; préf.
de P. Demont ; introd ., trad. nouv. et notes de G. L. , coll . « Le livre de poche » 16117 , Paris
2003, 317 p. (contient aussi Somn ., Tim ., Im ., Icar ., Philops., Peregr., Deor. conc .).
Cf. Bompaire 15, t . I , p. CXLIII-CLI . Cf. 73 L. de Faveri, Le traduzioni di Luciano in Italia
nel XV et XVI secolo , coll. « Lexis research tools » 4, Amsterdam 2002, XVIII- 40 p.
Anthologies. 74 L. Gil , J. Zaragoza & J. Gil , Antología de Luciano, selección de textos,
com. y notas de L. G. , con la colab. de J.Z. & J. G. , coll . « Clásicos Emerita » , Madrid 1970,
XIX - 300 p. ( une excellente sélection de textes présentés suivant un scheme analytique très
complet de la vie, de l’æuvre et de la pensée de Lucien ) ; 75 K. Sidwell , Lucian, selections,
ed . with notes & vocab ., Bristol 1986, VI - 145 p.
Scholies. 76 H. Rabe (édit . ) , Scholia in Lucianum, coll . BT, Lipsiae 1906 ;
réimpr. Stutgardiae 1971 , X -336 p . ( cf. Bompaire 15 , p. CLI-CLVI).
Lexique. 77 C.C. Reitz, Index verborum ac phrasium Luciani, sive Lexicon
Lucianeum, Ad editiones omnes , maxime novissimam Wetstenianam, concina
tum a C. C. R. , Trajecti ad Rhenum 1746 , XVI - 503 p ( = t . IV de l'édit .
Hemsterhuys & Reitz 2) .
Bibliographie. 78 V. Fumarola, « La più recente critica su Luciano » , A & R 9 ,
1964 , p . 97-107 ; 79 J. L. Brandão , « Um século de bibliografia luciânica : a
história de uma polêmica » , Classica : revista brasileira de estudos classicos
( São Paulo ) 5-6 , 1992-1993 , p. 243-253 ; 80 M.D. Macleod , « Lucianic Studies
since 1930 » , with an Appendix : « Recent Work (1930-1990 ) on some Byzantine
imitations ofLucian » ( by B. Baldwin ) , ANRW II 34 , 2 , 1994, p . 1362-1421 .
Études d'orientation . 81 W. Christ - W . Schmid - O . Stählin , Geschichte der
griechischen Literatur, t . II 2 , coll . « Handbuch der Altertumswissenschaft >> VII
2 , 2 , München 19246 , p . 710-745 ; 82 R. Helm , art. « Lukianos» , RE XIII 2 ,
1927 , col . 1725-1777 ; 83 N. Festa , art. « Luciano di Samosata » , Enciclopedia
italiana XXI , 1933 , p . 582-584 ; 84 J. Schwartz , Biographie de Lucien de
Samosate, coll . « Latomus » 83 , Bruxelles/Berchem 1965 , 160 p . ; 85 G. W.
Bowersock , Greek sophists in the Roman Empire, Oxford 1969 , p . 114-116 ;
86 L. Petersen , PIR2 V 2 , 1970 , L 370 , p. 97 sq .; 87 B. Baldwin , Studies in
Lucian, Toronto 1973 , XV - 123 p. ; 88 J. A. Hall, Lucian's satire, coll . « Mono
graphs in classical studies » , New York 1981 , XII -675 p. ; 89 C.P. Jones, Culture
and society in Lucian, Cambridge (Mass .)/London 1986, XIV - 195 p . ; 90 H.-G.
Nesselrath , art. « Lukianos von Samosata » , NP VII , 1999 , col . 493-501 ; 91 Id .,
« Lukian : Leben und Werk » , dans Ebner, Gzella, Nesselrath & Ribbat 35 , p. 11
31 ; 92 W.M. Edwards, R. Browning & G. Anderson , art. « Lucian » , OCD3 ,
1996 , p . 886-887 .
B. Biographie

Sources. Les critiques ont été toujours étonnés du fait qu'un auteur comme
Lucien, qui devait vraisemblablement être bien connu à son époque ne se trouve
pratiquement pas mentionné chez ses contemporains. Le silence de Philostrate
dans ses Vies des sophistes semble particulièrement choquant, même si celui -ci a
pu considérer à juste titre que Lucien n'était pas un sophiste au sens pur du
terme ( cf. Alsina Clota, dans Espinosa Alarcón 58 , t . I , p . 23 ) . En tout cas , ce
136 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

silence n'est pas absolu , si on tient compte de la traduction arabe du commen


taire de Galien sur les épidémies d'Hippocrate (II 6, 29 ) , où il est question d'un
Lucien qu'il faut sans doute identifier avec notre auteur (même si Galien ne l'a
pas connu personnellement ) , comme l'a démontré de façon convaincante
93 G. Strohmaier , « Übersehenes zur Biographie Lukians » , Philologus 120 ,
1976 , p . 117-122 .

En effet, afin d'illustrer l'idée selon laquelle certains érudits malveillants ont
introduit dans les écrits d'Hippocrate des expressions difficiles avec l'intention
de mettre en évidence l'ignorance des « sophistes » contemporains , Galien
mentionne « un contemporain à nous du nom de Lucien » comme l'auteur d'un
livre où il aurait attribué à Héraclite des expressions rares et obscures n'ayant
aucun sens mais qui seraient passées comme des expressions authentiques de ce
philosophe , si bien qu'elles auraient fait l'objet d'un commentaire explicatif de
la part d'un philosophe contemporain . Le but de Lucien serait de discréditer
certains sophistes ou grammairiens incompétents qui s'obstinaient à expliquer
des expressions inventées par Lucien lui-même. Strohmaier met en évidence
l'importance de cet unique témoignage fourni par un contemporain de Lucien :
ce témoignage montre un Lucien tout à fait prêt à se faire des ennemis , ce qui
s'accorderait bien à ce qu'on connaît de lui à travers ses propres écrits ; et il
expliquerait, d'après Strohmaier 93 , le fait que des auteurs comme Philostrate ne
l'aient pas mentionné dans leurs écrits , même pas pour le critiquer, afin de ne
pas contribuer en quoi que ce soit à perpétuer sa mémoire. En effet, le plus
probable c'est que Philostrate ne lui pardonnait pas ses attaques virulentes contre
bon nombre de sophistes ( cf. Bompaire 15 , t . I , p . XXXVI ) . Et ce point de vue
d'un Lucien s'étant fait une foule d'ennemis a été repris et développé par
94 M. D. Macleod , « Lucian's activities as a uloarátwv » , Philologus 123 ,
1979 , p. 326-328 . Il va sans dire en tout cas que l'esprit caustique et polémique
représentait sans doute un trait capital et déterminant non seulement de l'auvre
mais aussi de la personnalité de Lucien .
Sur Lucien et son emploi péjoratif du terme « sophiste » , cf. aussi 95 P. Gómez Carló,
« Sofistas, según Luciano » , dans J.-M. Nieto Ibáñez (édit. ) , Lógos Hellenikós : homenaje al
Profesor Gaspar Morocho Gayo, León 2003 , p. 277-284 (t . I) : « El sofista tanto si es un
héroe, como un filósofo o una divinidad ... , es siempre acusado de hombre vacío , farsante,
fatuo, adulador, engañador, sensible a cualquier lisonja , cuya única habilidad consiste en el
dominio de la palabra hueca orientado , en términos generales , sólo al aplauso fácil o a la
captación y seducción del público » (p. 284).

Après Galien , il faut attendre , du côté des chrétiens, Lactance ( » L 7 ) ( III/IV ),


Inst. div . I 9 , col . 159 b , qui cite le nom de Lucien à propos du manque de
respect de celui -ci à l'égard des hommes et des dieux ; et, du côté des païens,
Eunape de Sardes ( IV/ v ; ” E 121 ) , qui , tout en considérant que Lucien , de façon
générale , a mis tous ses efforts à provoquer le rire , met à part sa Vie de
Démonax, avec un très petit nombre d'autres écrits qu'il ne précise pas , comme
des écrits où les desseins de l'auteur auraient été , en revanche, purement sérieux
( V. Soph. II 1 , 9 , p. 454 Giangrande : AouxlavÒç dè ó éx Eauooátwv , åvre
σπουδαίος ες το γελασθήναι , Δημώνακτος φιλοσόφου κατά εκείνους τους
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 137

χρόνους βίον ανέγραψεν, εν εκείνω τε τα βιβλία και άλλοις ελαχίστοις διά


όλου σπουδάσας).).

Déjà dans le monde byzantin , Photius (IX) cite et commente souvent les écrits
de Lucien ( cf. Bibl. cod. 128 sq . etc. ) , comme un siècle plus tard l'auteur de la
Souda , dont il faut mentionner notamment la notice s.v. Aouxlavóc ( A 683 ;
t. III , p. 283 , 2-12 Adler) , bien que la valeur de celle-ci soit sans doute diminuée
par une erreur évidente sur sa chronologie ( cf. infra ), mais surtout par les juge
ments et les renseignements légendaires et hostiles issus sans doute du christia
nisme byzantin :
« Lucien de Samosate, surnommé le blasphème ou le diffamant, mais qu'il faudrait plutôt
appeler l'athée, puisque les légendes sur les dieux se trouvent ridiculisées dans ses dialogues.
Il est né et mort sous le règne de l'empereur Trajan. Il fut d'abord avocat à Antioche de Syrie,
mais, après avoir échoué dans cette profession , il se mit à écrire des conférences et il en
composa d'innombrables. On dit qu'il est mort en proie à des chiens, pour s'être enragé contre
la véritable foi. En effet, dans sa Vie de Pérégrinus, il s'en prend au christianisme, et, le grand
infâme, il blasphème contre le Christ lui-même, ce pourquoi il paie dans le présent suffisam
ment une expiation pour sa rage, et il sera dans l'avenir l'héritier du feu éternel en compagnie
de Satanas. »

Devant cette situation, si on veut essayer de dégager d'une façon plus précise
et plus sûre la personnalité , la vie et la chronologie de Lucien , il faut finalement
toujours avoir recours aux écrits de Lucien lui-même à la recherche de possibles
références autobiographiques , qu'il faut, bien sûr, analyser aussi avec un grand
soin , étant donné le caractère essentiellement et profondément fictif de sa
production littéraire . En effet, comme le remarque F. Barberis dans Matteuzzi
32 , p. IX , l'autobiographie n'est chez Lucien qu'un instrument occasionnel , un
matériel qui se trouve sans doute toujours refaçonné, souvent d'un point de vue
ironique.
Date de naissance . La considération de certaines allusions historiques que
l'on trouve dans les écrits de Lucien empêche d'accepter l'affirmation de la
Souda ( cf. supra ) selon laquelle Lucien serait né et mort sous le règne de Trajan
(98-117) . En effet, Lucien a sans doute survécu à Marc Aurèle ( † 180 ; cf. Alex.
48 ), et sa date de naissance doit être placée soit à la fin du règne de Trajan, soit
au début de celui d'Hadrien ( 117-138 ) . La fixation de cette date dépend notam
ment de la date de la soi-disant renonciation de Lucien à la sophistique qui est
intervenue alors qu'il avait à peu près 40 ans ( cf. Bis acc . 32 ; Pisc . 29 ; Herm .
13 ) : les critiques ont placé ce floruit vers l'an 165 , qui coïncide avec la date des
Jeux Olympiques à la fin desquels le philosophe cynique pythagorisant Péré
grinus Proteus s'immola par le feu ( cf. Jérôme, Chron . d'Eusèbe, p . 204 , 24
Helm ) . En effet, on sait que l'un des dialogues que Lucien composa dans la
quarantaine, concrètement Les fugitifs, où il fait une critique du cynisme dirigée
contre un cynique anonyme ( surnommé Cantharus [ PC 37a) , « scarabée » ) , qui
était un disciple de Pérégrinus, a été écrit après la mort de ce dernier (cf. Fug. 1
3 ) . Cela permettrait donc de dater la naissance de Lucien ca 125 : Jones 89, p . 8 ,
167 sq . et Nesselrath 91 , p . 12 , proposent: entre 115 et 125 ; en revanche ,
Bompaire 15 , t . I , p. XII n . 5 , à la suite de Christ-Schmid - Stählin 81 , p . 711 n . 2 ,
138 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

715 , circonscrit le choix plutôt entre 115 et 120, alors que Schwartz 84 , p. 14,
proposait 119 et même un peu plus haut ( cf. infra ).
Patrie. L'ensemble de la tradition ( cf. aussi Hist. co . 24) est unanime sur le
fait que Lucien est né à Samosate (aujourd'hui Samsat en Turquie ), ville placée
sur l'embouchure de l'Euphrate , dans la région orientale de la province romaine
de Syrie, appelée Commagène. Puisqu'il y existait une communauté culturelle
grecque et syro -araméenne très importante, on a imaginé d'ordinaire que sa
langue maternelle était l'araméen , et qu'il a pu apprendre le grec déjà dans sa
patrie comme sa deuxième langue ( cf. Nesselrath 91 , p. 12 ; Bompaire 15 , t. I ,
p . XII n . 6 ) . En fait, il se présente plusieurs fois lui -même dans ses écrits comme
un Syrien qui a reçu la formation grecque comme un étranger ( cf. Pisc . 19 ; Bis
acc. 14 , 25 , 30, 34 ; Adv. ind. 19 ; Scyth. 9). Il évoque même le temps où , jeune
garçon, il était ßápßapov šti tnv pwvv (Bis acc. 27 ) . En principe, il n'y a
donc pas de raison de douter qu'il était d'origine étrangère, plus concrètement
syrienne , qu'il avait appris la langue (et la culture) grecque comme un étranger
et qu'il avait même toujours gardé un certain accent étranger. Qui plus est , le
regard curieux et pénétrant, toujours critique et paradoxal qui préside à son
æuvre semble s'accorder aussi très bien à cette origine étrangère.
Cependant, l'idée qu'il était d'origine sémite n'a pas fait l'unanimité (cf. 96 E. Braun,
Lukian, « Unter doppelter Anklage » : ein Kommentar, coll . « Studien zur klassischen
Philologie » 85 , Frankfurt am Main 1994, p. 326). D'après Festa 83, p. 582, les passages cités
plus haut dans lesquels Lucien évoque une jeunesse où il parlait encore une langue étrangère
et où il se présente volontiers comme un Syrien n'impliquent pas nécessairement qu'il n'était
pas en réalité grec d'origine : « Vogliono sapere troppo quelli che attraverso certi caratteri
della sua produzione letteraria credono di scoprire in lui le note della razza semitica » .
Cf. aussi F. Barberis dans Matteuzzi 32 , p. IX : « ... rimane incerta una delle questioni più
curiose della vita di Luciano, se cioè la sua lingua madre fosse il greco o il siriaco ; il suo
frequente ricordare di essere stato Bápßapov Éti TNU Owvñv potrebbe indicare una originaria
totale ignoranza del greco ma anche , più semplicemente , un'intonazione o un accento
straniero conservatosi nella pronuncia ».
Bien sûr, l'acceptation d'une origine purement sémitique pour Lucien n'a
rien à voir avec certains jugements d'ordre plus ou moins raciste présents dans la
critique, tout à fait rejetables et sans fondement (cf. infra, C) . Pour le dire avec
Lucien lui - même , l'important n'est nullement l'origine que l'on a eue mais
l'éducation et les valeurs que l'on a reçues ( cf. Pisc. 19 ) .
Son nom dérive du praenomen latin « Lucius » : dans les écrits de l'auteur, il
apparaît le plus souvent hellénisé comme Aouxlavós, mais quelquefois aussi
comme Auxīvoç. Si Lucien était un sémite , on ignorerait son nom authentique ,
au contraire, par exemple , de ce qui arrive pour le cas de Porphyre : le nom
sémite de celui -ci était Malchos/Malkos , dont la traduction en grec serait
« Basileus» ( c'est ainsi que l'appelait Longin ( · L 63 ] ) , tandis que « Porphy
rios » pourrait être un surnom . Si , comme le préférait Festa 83 , Lucien était de
naissance un gréco -romain résident à Samosate , son nom pourrait faire penser
assez facilement à un affranchi romain .
En tout cas , il provenait sans doute d'une famille plutôt modeste, qui ne
possédait pas au départ la citoyenneté romaine , mais pouvait lui procurer quand
même une certaine formation , et par la suite une meilleure position. Lucien lui
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 139

même nous permet de reconstituer quelques moments décisifs de ce processus


de formation, et de sa carrière en général, s'il faut faire confiance à nouveau aux
données autobiographiques qu'il insère dans ses écrits.
Tout d'abord, grâce à l'écrit qui se présente comme le plus strictement « auto
biographique » , Le songe ou la vie de Lucien, on connaît un épisode déterminant
de son adolescence qui devait finalement ouvrir pour lui d'une façon presque
miraculeuse , par l'intermédiaire d'un songe , le chemin pour obtenir une
meilleure éducation que celle à laquelle il était en principe destiné.
Lucien raconte comment, lorsqu'il termina l'école ( arrivé donc à l'âge de 14 ans), son
père, en accord avec d'autres membres de la famille, décida qu'il devait se mettre à l'appren
tissage d'un métier artisanal, qui lui permettrait de contribuer rapidement à la modeste
économie familiale, plutôt que de poursuivre des études exigeant beaucoup trop de temps et
d'argent; et l'on décida concrètement qu'il devait apprendre le métier de sculpteur, puisqu'il
pouvait accomplir cet apprentissage auprès de son oncle maternel, un sculpteur de prestige, et
puisque l'enfant semblait, par ailleurs, montrer lui -même un talent naturel pour cet art.
Cependant, le jeune Lucien quitta son oncle le premier jour, afin d'échapper au châtiment
pour avoir brisé par négligence une planche de marbre. De retour chez lui , et après avoir été
consolé par son père , Lucien fait un rêve, où deux femmes se présentent devant lui , qui tentent
chacune de s'approprier sa volonté par tous les moyens : d'une part, la Sculpture, d'aspect
rude et sale ; de l'autre, l'Éducation (Paideia ), élégante et bien habillée. Après avoir écouté les
arguments de celle - ci, qui lui promet le plus grand succès et la plus grande réputation, Lucien
décide de l'accompagner, rejetant l'autre femme.
Lucien raconte ce songe adolescent à ses compatriotes beaucoup plus tard ,
après avoir réalisé des voyages qui lui ont permis d'obtenir de l'éducation , et
parallèlement passablement de succès ( cf. infra ). Se présentant comme un
exemple à suivre pour les jeunes de famille modeste possédant des dispositions
naturelles pour l'activité intellectuelle , il les incite à échapper eux aussi à la
pauvreté et au travail manuel.
En ce qui concerne le talent naturel de Lucien pour la sculpture évoqué dans le Songe, on a
voulu reconnaître dans les nombreuses descriptions d’æuvres d'art ( ekphraseis ) que l'on
trouve tout au long de ses ouvrages une preuve de sa vive sensibilité artistique, même si son
éducation technique semble se révéler plutôt insuffisante : cf. 97 A. Le Morvan , « La
description artistique chez Lucien » , REG 45 , 1932, p. 380-390 ; Gil 74, p. 5 .
Grâce à d'autres écrits , on peut préciser davantage le parcours suivi par
Lucien . On le trouve tout d'abord en lonie , fréquentant les grands centres de
l'époque pour l'apprentissage de la rhétorique, à l'école des sophistes ( cf. Bis
acc. 27 ) . On a imaginé qu'il a pu , en même temps qu'Aelius Aristide, entendre
le grand Polémon à Smyrne, à la fin du règne d'Hadrien ( † 138), et qu'il a pu
entendre également en Ionie Hérode Atticus, entre 131 et 136, s'il est né en 115
( cf. 98 A. Boulanger, Aelius Aristide et la Sophistique dans la province d'Asie
au IIe siècle de notre ère, Paris 1923 , p . 117 ; 99 Id ., « Lucien et Aelius
Aristide » , RPh 47 , 1923 , p. 144-151 ; Christ-Schmid - Stählin 81 , p . 711 n. 2 ;
Bompaire 15 , t. I , p . XIII et n . 7) . D'après la Souda ( cf. supra ), il exerça comme
avocat à Antioche, mais sans le moindre succès . Il devait avoir alors environ 28
ans ( ca 153 ). Quant à la ville d'Antioche, elle était à l'époque un grand centre
culturel, où païens et chrétiens se rencontraient dans l'étude, et c'est là vrai
semblablement que Lucien est entré pour la première fois en contact avec le
monde chrétien ( cf. Alsina Clota, dans Espinosa Alarcón 58 , t . I , p . 25 ).
140 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Après l'échec dans la profession d'avocat, il s'adonna, comme le dit la


Souda, à l'activité de conférencier. En tant que sophiste itinérant, se rendant de
ville en ville pour faire des exposés sur tous les sujets, ses tournées le
conduisirent en Italie et en Gaule, où il bénéficia de la sorte d'une grande
célébrité et d'une bonne situation financière ( cf. Bis acc. 27 ) . Du point de vue de
la forme, si on envisage Lucien dans le cadre du mouvement de ce qu'on appelle
depuis Philostrate « Seconde sophistique » , il se montre partisan de la sobriété
dans l’éloquence ( « atticisme » , bien que celui-ci soit pratiqué sans affectation ),
contre les excès d'une partie considérable des orateurs contemporains (« asia
nisme » ; cf. Electr . 6 ; pour sa langue , cf. 99 bis R.J. Deferrari, Lucian's
Atticism : the morphology of the verb, Princeton/London 1916 , réimpr.
Amsterdam 1969 , IX - 85 p . ) . En Gaule , il est probable qu'il est même arrivé à
exercer une fonction publique en tant que professeur de rhétorique (dans une
chaire municipale ), recevant un salaire élevé pour ses services , comparable à
celui des sophistes ( cf. Apol. 15 ) . À Rome , à l'occasion d'une visite chez
l'oculiste (sans doute purement fictive et symbolique ), il rencontra ( ca 159 ?) le
philosophe Nigrinus (= N 59) , dont l'entretien l'aurait tellement impressionné,
qu'il affirme, dans le dialogue qu'il consacre à ce personnage ( fictif ?) , s'être
converti à la philosophie grâce à lui . Lorsqu'il raconta plus tard cet épisode, il
avait probablement environ 40 ans (ca 160 ), et il était installé à Athènes, dont il
admirait passionnément entre autres la vie intellectuelle ( cf. Nigr. 17 ).
C'est sans doute en hommage au peuple athénien , qui l'a si bien accueilli ,
qu'il écrit cet éloge enthousiaste , en même temps qu'il fait la censure de la vie
romaine . Ce séjour athénien , qui fut sans doute assez long et qui lui permit de
compléter excellemment sa formation hellénique , était marqué apparemment par
sa renonciation au métier de sophiste en faveur de la philosophie , bien que
l'existence d'une période philosophique au sens strict chez Lucien soit tout à fait
problématique ( cf. infra, C) . En tout cas , il est évident que Lucien va désormais
accentuer sa vision satirique et sceptique du monde et de la philosophie , à
travers une attitude critique représentée par excellence dans son Hermotime ou
sur les sectes , qui peut être daté de l'époque où l'auteur se trouvait dans la
quarantaine (cf. Herm . 13 ) . Quant à sa vision de Rome, les avis sont partagés
sur l'attitude réelle de Lucien : certains critiques ont eu tendance à le présenter
comme un ennemi des Romains, mais d'autres lui ont attribué plutôt une attitude
discrète et prudente ( cf. infra ).
En 161/162 , il se trouvait probablement à nouveau dans la partie orientale de
l'Empire : c'était le début de la guerre contre les Parthes, et il revint alors à
Samosate (c'est sans doute alors qu'il écrivit pour ses compatriotes Le songe ;
cf. supra ). La situation délicate de sa patrie Samosate comme ville frontière dut
le convaincre de faire sortir de la ses parents ( τον πατέρα και τους εμούς ) et
de les amener jusqu'à la côte plus sûre de l'Asie Mineure , concrètement à
Amastrée ( cf. Alex. 55 sq. ), et il arriva lui aussi à Abonotique , entre autres, où il
rencontra le prophète Alexandros , à ses yeux un pur charlatan ( A 110 ) . La
date de ce voyage était placée d'ordinaire en 164/165 ( cf. Schwartz 84 , p . 19 ;
Petersen 86 , p . 98 ; Hall 88 , p . 20-29 ; Jones 89 , p . 17 sq . [ cf. en revanche
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 141

100 Id ., « Lucian and the Bacchants of Pontus » , EMC 34 , 1990 , p. 53-63 ,


notamment p . 62 n . 43 ) ; Bompaire 15 , t . I , p. XIII ) , mais d'autres critiques ont
incliné récemment pour la date indiquée plus haut, 161/162 (cf. 101 C. Marek ,
« Katalog der Inschriften im Museum von Amasra » , EA 6 , 1985 , p. 133-155 ,
notamment p . 148 sq .; 102 S. Swain , Hellenism and Empire : language, classi
cism and power in the Greek world AD 50-250, Oxford 1996 , p . 324-326 ;
103 J.-J. Flinterman , « The date of Lucian's visit to Abonuteichos » , ZPE 119 ,
1997 , p. 280-282 ; Nesselrath 91 , p . 13 ) .
Ensuite (en 163/164 ), Lucien revient encore une fois à Antioche en Syrie, où
il écrit un certain nombre d'ouvrages (Sur la danse, Les portraits, Défense des
portraits, et peut- être aussi Comment il faut écrire l'histoire ) pour se ménager la
faveur de l'empereur romain Lucius Verus ( qui règne à côté de Marc Aurèle) et
sa maîtresse Pantheia, lesquels séjournent dans cette ville en 163-166 à l'occa
sion de la guerre contre les Parthes ( sur les rapports entre Lucien et L. Verus,
cf. 104 C.P. Jones , « Two enemies of Lucian , GRBS 13 , 1972 , p . 475-487 ,
notamment p. 484 sqq.). Mais en 165 Lucien se trouve à nouveau en Grèce, à
Olympie , où il est témoin direct du suicide déjà évoqué du philosophe Pérégri
nus ( cf. Peregr. 35 ; Pseudol. 7 ).
D'après 105 J. Alföldi, Konsulat und Senatorenstand, Bonn 1977 , p. 238 sq. , le gouver
neur de Syrie amateur de philosophie qui accorda son pardon au philosophe Pérégrinus
lorsque celui-ci fut emprisonné en Palestine en raison de son appartenance au milieu chrétien
( Peregr. 14) , doit être identifié avec Arrien de Nicomédie ( * A 425 ) , qui aurait été gouver
neur de Syrie ca 138-141 . Cette hypothèse a été reprise par 106 M.C. Macleod, « Lucian's
relationship to Arrian » , Philologus 131 , 1987, p. 257-264, entre autres raisons du fait que
l'existence de gouverneurs ayant eu un intérêt pour la philosophie ne paraît pas avoir été très
commune. Par ailleurs, Lucien aurait passé sous silence le nom d'Arrien afin de ne pas
l'impliquer directement dans un écrit qui était une critique du philosophe en question .
Macleod soutient en effet que Lucien éprouvait de l'admiration pour Arrien et qu'il est
possibleque celui -ci ait été son bienfaiteur ( sur le rapport entre Lucien et Arrien, cf. aussi
107 G. Wirth , « Anmerkungen zur Arrianbiographie ; Appian - Arrian – Lukian » , Historia
13, 1964, p. 209-245 ).
Comme nous l'avons vu plus haut, on possède par ailleurs des indices du fait
que Lucien a séjourné longuement à Athènes pendant ces années 160 et les
années 170. En effet, il affirme qu'il a été longtemps disciple du philosophe
cynique Démonax , qui habitait dans cette ville ( cf. Dem . 1 ) . Par ailleurs , à
l'époque où Lucien écrivit le Nigrinus, il est évident qu'il avait déjà fréquenté la
Grèce à plusieurs reprises, notamment Athènes ( cf. supra ), dont il connaissait
très bien l'histoire et les institutions classiques , qu'il présente toutefois le plus
souvent en les contaminant avec des éléments de sa propre époque ( cf. 108 J.
Delz, Lukians Kenntnis der athenischen Antiquitäten, Inaug . -Diss . , Freiburg in
der Schweiz 1950, VIII - 193 p. ) . En fait, comme le remarque Nesselrath 91 , p . 14,
le cadre d'un grand nombre d'écrits de Lucien se situe dans cette ville : outre la
Vie de Démonax, Zeus tragédien, Les sectes à l'encan, Le pêcheur ou les
ressuscités, La double accusation ou les tribunaux, Le navire ou les souhaits,
Anacharsis ou des exercices du corps, L'eunuque . Et l'on a suggéré aussi
qu'Athènes pouvait être le contexte de l'anecdote de Galien ( cf. supra ) selon
laquelle Lucien aurait mystifié par un pastiche d'Héraclite grammairiens et
142 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

philosophes (cf. Jones 89, p . 19 ; Nesselrath 91 , p . 14 ; Bompaire 15 , t. I , p . XIV


sq .). Il s'était fait sans doute pas mal d'ennemis , mais aussi quelques alliés, entre
autres dans les « réseaux » épicuriens (cf. Bompaire 15 , t. I , p. XV ).
Les critiques ont essayé d'identifier les ennemis réels qui pouvaient se trouver derrière les
personnages anonymes attaqués dans les écrits de Lucien . Ainsi , Jones 104, p. 475-487, à
travers notamment le témoignage des Vies des sophistes de Philostrate, défend l'identification
des personnages attaqués dans le Lexiphanès (un individu qui est possédé par une passion
pour les mots obscurs ou inventés) et Le pseudologiste ou sur le mot apophras, avec Philagrus
de Cilicie et Hadrien de Tyr respectivement ( cf. aussi Strohmaier 93, p. 119). 109 G. Russo,
« Per un'identificazione del maestro dei retori di Luciano » , Sileno 23 , 1997 , p . 211-223 ,
propose d'identifier aussi avec Hadrien de Tyr le personnage critiqué par Lucien dans Le
maître de rhétorique (cf. en revanche 110 J. Gil , « Lucianea » , Habis 10-11 , 1979-1980, p. 87
104, pour qui l'orateur vaniteux , efféminé et peu scrupuleux décrit dans ce dernier ouvrage est
Apulée ( + * A 294] ; d'autres critiques ont pensé à Pollux : cf. Petersen 86, p. 98).
Lorsqu'il était déjà plus ou moins âgé ( cf. infra ), Lucien quitta à nouveau
Athènes pour aller occuper un poste important dans l'administration de l'Égypte.
Cet épisode nous est connu principalement par son Apologie, où l'auteur se
justifie d'avoir abandonné son habituelle indépendance personnelle en acceptant
un tel emploi public , contre ceux qui l'accusent d'hypocrisie et d'inconstance,
puisqu'il avait auparavant écrit contre les gens qui se mettent aux gages des
riches (Sur ceux qui sont aux gages des grands). Sans cacher l'argument de sa
vieillesse et de son infirmité ainsi que sa volonté d'échapper à la pauvreté, il
allègue notamment ( cf. Apol . 9-14 ) son admiration pour la valeur et
l'intelligence de la personne ( le préfet, l'empereur ?) au service de laquelle il est
fier de se trouver (την σύνεσιν και ανδρείαν και μεγαλόνοιαν του ανδρός
θαυμάσας εθελήσαι κοινωνήσαι πράξεων των τοιούτω) , ainsi que sa fidelite a
l'égard de cette personne , puisque l'auteur se déclare aussi son ami ( vi äv ärro
ες δέον αυτό χρώτο , ή φίλους συμπονών προς τα βέλτιστα καν τω μέσω
υπαίθριος πείραν αυτού διδους όπως έχει πίστεως και σπουδής και
ɛúvolaç npòc tà éyxexelplouéva ); il allègue , par ailleurs, qu'il est un
fonctionnaire public , qui se trouve au service de l'État et non d’un riche
particulier, ce qui est tout à fait différent.
Lucien lui - même décrit les fonctions qu'il est en train d'occuper dans
l'administration de l'Égypte (cf. Apol. 12 ) : introduire les causes et leur assigner
le rang convenable , rédiger des procès- verbaux (útrouvnuata ) de tout ce qui a
été fait et dit, diriger les plaidoyers des avocats, conserver les décrets du préfet
( τάς του άρχοντος γνώσεις ) dela fagon la plus claire et la plus fidele possible
et les déposer aux archives publiques . Cependant, l'identification précise de ce
poste n'est pas sûre ( cf. Hall 88 , p . 7 n . 13 [p . 440 sq.); Jones 89, p. 20 sq .).
A ce sujet, il faut citer tout d'abord 111 H.G. Pflaum , « Lucien de Samosate , archistrator
praefecti Aegypti, d'après une inscription de Césarée de Mauretanie » , MEFRA 17 , 1959,
p. 281-286 ; repris dans Afrique romaine : scripta varia, t. I , Paris 1978 , p. 155-160. En effet,
à partir du POxy. II 294, où il est question de la clientèle de l'archistator Apollonius de 22 ap .
J.-C., Pflaum déduit que c'est ce poste qu'il faut lire entre les lignes de Lucien, lequel aurait
évité, en bon écrivain , d’employer le terme technique. Par ailleurs, à partir d'une inscription
de Césarée , Pflaum déduit que ce poste de åpxlotpárop (archistrator praefecti Aegypti),
sorte d'huissier en chef, était intégré dans la carrière procuratorienne équestre : ce poste
sexagénaire ( comportant un salaire annuel de 60.000 sesterces) était occupé normalement
après trois militiae equestres.
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 143

Schwartz 84 , p. 12, considère que la personne dont Lucien , dans sa défense, parle avec
admiration afin de justifier son acceptation du poste, fier de se trouver à son service, n'est pas
l'empereur mais plus concrètement le préfet d'Égypte, et il identifie celui-ci avec C. Calvisius
Statianus « qui , à partir d'un moment donné se plaçant entre 161 et 169 ap. J.-C. , est attesté
comme ab epistulis Latinis à Rome et dont la carrière se termina brutalement, dans l'été 175
ap. J.-C. avec l'échec de la révolte d'Avidius Cassius. On sait par Dion Cassius (LXXI 28 , 3
4) que Marc Aurèle se contenta d'envoyer Statianus dans une île, sans le priver de ses biens,
et qu'il laissa libres tous ceux qui avaient été avec lui ... Lucien retourna alors à Athènes pour
reprendre son activité littéraire » ( cf. aussi Petersen 86 , p. 98 ; Bompaire 15 , t. I , p. XV ) . Par
ailleurs, Lucien aurait obtenu le poste, d'après Schwartz 84 , p. 14, grâce à des appuis élevés
dans les milieux littéraires proches de la cour impériale : « Un échange de correspondance
entre Fronton et Marc Aurèle nous apprend qu'Hérode Atticus fut élevé chez un Calvisius,
grand père de Marc Aurèle . Ainsi , a priori, Lucien peut avoir été également aidé par Fronton
et par Hérode Atticus, qui moururent, tous deux , quelques années plus tard après des périodes
d'amitié et de brouille ; son entrée dans l'ordre équestre paraît alors moins extraordinaire » ).
En réalité, tous ces détails ainsi que la fonction exacte de Lucien restent douteux . Ainsi
112 J. van der Leest, « Lucian in Egypt » , GRBS 25 , 1985 , p. 75-82, considère qu'il aurait eu
le poste de εισαγωγεύς , non pas celui de άρχιστράτορ , ni celui de υπομνηματογράφος ,
qu'avait repris Jones 104 , p. 486 n . 58 , à partir de Philon, In Flacc. 131, et par ailleurs il
reprend l'identification commune du poste avant le travail de Pflaum 111 ( cf. aussi 113 J. F.
Gilliam , « Ala Agrippiana and archistator » , CPh 56, 1961 , p. 100-103, notamment p. 103 ).
Puisque Lucien se présente lui - même à l'époque de ces fonctions en Égypte
comme ayant déjà un pied dans la barque de Charon ( uovovovxì tòv Étepov
Tóða Év TV Tropoukiw ) et se trouvant dans la dernière limite de la vieillesse ,
deja presque au - dela du seuil de la mort ( εν γήρα δε υστάτη και σχεδόν ήδη
ÚTIÈp tov oỦdòv ; cf. Apol . 1 et 4) , on date d'ordinaire l'épisode dans les
dernières années de sa vie , vers 180 ( cf. Bowersock 85 , p. 114 sq. n . 6 ; Jones 89,
p . 168 ; Id . 104 , p . 487 n . 59) . Cependant, si on accepte la reconstitution de
Schwartz 84 , p . 11-13 , et si l'on pense que la carrière de Calvisius Statianus
s'interrompt en 175 après l'échec de la révolte d'Avidius Cassius , on doit
conclure qu'il faudrait déplacer la datation du poste de Lucien vers l'an 171 ,
puisque le départ de Calvisius Statianus pour la préfecture d'Égypte n'est attesté
qu'à partir du 24 février 170 : il aurait donc passé dans son poste égyptien
environ 5 ans.
Les arguments de Schwartz 84 n'ont pas convaincu les critiques anglo- saxons
cités plus haut , pour qui l'empereur qui nomma Lucien dans le poste égyptien
aurait été Commode, monté sur le trône en 180. Jones 104, p . 486 sq . , va même
jusqu'à suggérer que le rapport étroit que Lucien avait entretenu avec l'empereur
L. Verus dut, après la mort de celui -ci en 169 , se tourner contre lui , et que son
caractère l'aurait par ailleurs empêché d'essayer de trouver la faveur de Marc
Aurèle . D'après lui , cela n'aurait été possible qu'avec son successeur, qui était
un esprit tout à fait différent. Mais la reconstitution de Schwartz 84 a été reprise
par Bompaire 15 , t . I , p. 15 , et nous pensons aussi qu'elle peut être défendue
comme vraisemblable .
On pourrait interpréter comme hyperboliques et même ironiques les indications de Lucien
sur son extrême vieillesse lorsqu'il avait accepté ce poste ( dans le même sens que son allusion
à la pauvreté ). Par ailleurs, dans un passage de son écrit Sur une faute commise en saluant
( $ 1 ), que l'on date ordinairement du temps de son fonctionnariat en Égypte , Lucien se
qualifie lui -même de rpeoßúrns ávúp , ce qui le placerait au maximum autour de l'âge de 60
ans (cf. Schwartz 84, p. 14).
144 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Puisque, selon la distribution hippocratique des âges de l'homme, on est npeoßúrns de 49


à 56 ans, Schwartz 84, ibid. , argumente : « Au printemps 175 , date de la révolte d'Avidius
Cassius et terminus ante quem pour le Laps. sal. , Lucien avait donc 49 ans au moins ; il était
né , certainement, avant le printemps 126 p .C. » . Schwartz en arrive même à considérer que
cette date de naissance peut être repoussée jusqu'au printemps 119 « et même un peu plus
haut » (cf. aussi Bompaire 15, t. I, p. XII ).
Lucien serait donc rentré à Athènes en 175. Apparemment, il aurait repris son
activité comme sophiste conférencier, probablement itinérant: plusieurs préludes
ou avant- propos rhétoriques ( Tipolarial) qui servaient à introduire des causeries
devant un vaste publique , comme l'Héraclès et le Bacchus, datent sans doute de
cette période ( cf. Schwartz 84 , p . 14 sq . ) . Dans un passage (Herc. 7 ) , Lucien
affirme avoir passé beaucoup de temps sans prononcer de conférences, et il
insiste sur le fait qu'il se trouve déjà dans une vieillesse avancée (cf. aussi
Bacch . 6 ) , ce qui ne l'empêche pas de se sentir, la barbe grisonnante, dans la
plénitude de son éloquence ( cf. Herc . 8 ; son enthousiasme pour son activité de
conférencier était sans doute chez lui très fort depuis sa jeunesse : cf. Dips. 9).
Il est possible qu'il se soit marié à une époque plus ou moins avancée de sa
vie , puisqu'il parle d'un fils encore impubère (xouidñ véoc ) dans l’Eunuchus.
Étant donné que cet ouvrage doit être daté après 176 , puisqu'on y presuppose
l'existence des chaires impériales de philosophie à Athènes créées par Marc
Aurèle cette année -là ( cf. Dion Cassius LII 31 , 3 ), le terminus post quem pour la
naissance de cet enfant devrait se placer vers 165 (cf. Schwartz 84 , p. 20 ). Il ne
faut pas oublier par ailleurs que Lucien , lorsqu'il fait sortir sa famille de Samo
sate ( cf. supra ), parle non seulement de son père mais aussi de toùç čuoús, sans
qu'il soit possible , bien sûr, de préciser qui il inclut dans cette expression .
On ignore le lieu et la date précise de sa mort, mais elle serait survenue, selon
l'opinion générale, sous Commode : peu après 180 ( cf. Bompaire 15 , t . I , p . XV )
ou même à la fin des années 180 ou au début des années 190 ( cf. Nesselrath 91 ,
p . 15 ). L'affirmation de la Souda selon laquelle il serait mort ( sous Trajan, ce
qui est tout à fait erroné) déchiré par les chiens ne mérite sans doute aucune
créance. Comme on peut le déduire du passage même du lexique ( cf. supra ),
cela n'est sans doute qu'une invention des auteurs byzantins, qui auraient voulu
appliquer une espèce de châtiment à la mémoire de Lucien , pour s'être attaqué,
dans son écrit Sur la mort de Pérégrinus, au christianisme, et avoir blasphémé
contre le Christ lui-même .
Nesselrath 91 , p. 15 , suggère que cette légende sur la mort de Lucien a pu être tirée d'un
passage de Sur la mort de Pérégrinus ( § 2), où l'auteur affirme qu'il a été sur le point d'être
déchiré par la foule furibonde des cyniques présents au moment de l'auto- immolation de
Pérégrinus. Nous pouvons ajouter aussi que Lucien avait utilisé ailleurs l'image de la morsure
des chiens enragés ( cf. Nigr. 38 ; Philops. 40 ). Sur Lucien et le christianisme, cf. infra.
C. Euvre et pensée
Études d'ensemble . 114 M. Croiset, Essai sur la vie et les cuvres de Lucien,
Paris 1882 , IV - 406 p . ; 115 R. Helm , Lucian und Menipp, Leipzig /Berlin 1906 ,
réimpr. Hildesheim 1967 , 392 p.; 116 F.G. Allinson , Lucian : satirist and artist,
coll . « Our debt to Greece and Rome » , New York 1927 ( Boston 1926) , réimpr.
1987 IX - 204 p . ; 117 J.J. Chapman , Lucian , Plato and Greek morals, Boston/
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 145

New York 1931 , 180 p . ( avec des extraits des dialogues de Lucien ) ;
118 C. Gallavotti, Luciano nella sua evoluzione artistica e spirituale, Lanciano
1932 , XV - 241 p. ; 119 M. Caster, Lucien et la pensée religieuse de son temps,
« Collection d'Études anciennes » , Paris 1937 , réimpr. New York /London 1987 ,
412 p .; 120 A. Peretti, Luciano : un intellettuale greco contro Roma, coll.
« Biblioteca di cultura » 26 , Firenze 1946 , 155 p . ; 121 A. Quacquarelli , La
retorica antica al bivio ( l'Ad Nigrinum et l'Ad Donatum ), Roma 1956 , 215 p .;
122 J. Bompaire, Lucien écrivain : imitation et création , coll . BEFAR 190, Paris
1958 , réimpr. avec une nouvelle préf. de l'auteur suivie de quelques errata et un
ajout bibliographique : coll . « Theatrum sapientiae. Essais » 1 , Paris 2000 , XII
794 p. ) ; 123 B. Baldwin , « Lucian as social satirist » , CQ 11 , 1961 , p. 199-208 ;
124 O. Bouquiaux - Simon , Les lectures homériques de Lucien, coll . « Mémoires
de l'Académie royale de Belgique , Cl . des lettres» LIX 2 , Bruxelles 1968 ;
125 B.P. Reardon, Courants littéraires grecs des Ile et Ille siècles après J.-C. ,
coll . « Annales littéraires de l'Université de Nantes » 3 , Paris 1971 , p. 155-180 ;
126 G. Anderson , Studies in Lucian's literary technique , Oxford 1974 , Thèse
inédite, XXVII-371 feuil. ; 127 B. Baldwin , « The epigrams of Lucian » , Phoenix
29 , 1975 , p. 311-335 ; 128 G. Anderson, Lucian : theme and variation in the
Second Sophistic, coll. « Mnemosyne Suppl . » 41 , Leiden 1976 ; 129 Id . , Studies
in Lucian's comic fiction , coll . « Mnemosyne Suppl . » 43 , Leiden 1976 , X - 138
p. ; 130 Id. , « Lucian's classics : some short cuts to culture » , BICS 23 , 1976,
p. 59-68 ; 131 Id ., « Patterns in Lucian's prolaliai » , Philologus 121 , 1977 ,
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133 B. Branham , « The comic as critic : revenging Epicurus - a study of
Lucians's art of comic narrative » , ClAnt 3 , 1984 , p. 143-163 ; 134 K. Korus,
« Zur Chronologie der Schriften Lukians » , Philologus 130 , 1986, p. 96-103 ;
135 R. B. Branham , Unruly eloquence : Lucian and the comedy of traditions,
coll . « Revealing Antiquity » 2, Cambridge ( Mass . )/London 1989 , 279 p . ;
136 H.-G. Nesselrath , « Lucians's Introductions » , dans D. A. Russell (édit . ) ,
Antonine Literature , Oxford 1990, p. 111-140 ; 137 J. L. Brandão , « Perspectivas
da alteridade na obra de Luciano de Samosata » , Classica : revista brasileira de
estudos classicos ( São Paulo ] 3 , 1990, p . 137-148 ; 138 A. Billault ( édit . ) ,
Lucien de Samosate, Actes du colloque international de Lyon organisé au Centre
d'études romaines et gallo - romaines les 30 septembre -1 er octobre 1993 , coll .
« Centre d'études romaines et gallo-romaines Université Jean -Moulin – Lyon
III » N. S. 13 , Lyon /Paris 1994 , 220 p. ; 139 G. Anderson , « Lucian : Tradition
versus reality » , ANRW II 34, 2, 1994 , p. 1422-1447 ; 140 J. Ureña Bracero , El
diálogo de Luciano : ejecución, naturaleza y procedimientos de humor, coll .
« Classical and Byzantine monographs » 31 , Amsterdam 1995 , 239 p .;
141 U. Montanari, « L'officina di Luciano di Samosata : nuove prospettive
critiche » , CFC ( G ) 6, 1996 , p. 251-260 ; 142 A. Billault, « Lucien et la parole de
circonstance » , Rhetorica 15 , 1997 , p. 193-210 ; 143 A. Camerotto, Le metamor
fosi della parola : studi sulla parodia in Luciano di Samosata, coll . « Filologia e
critica » 83 , Pisa /Roma 1998 , 349 p. ; 144 J. L. Brandão , « Histoire et fiction
chez Lucien de Samosate » , EL 2 , 1998 , p . 119-129 ; 145 Id . , A poética do
146 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

hipocentauro : literatura, sociedade e discurso ficcional em Luciano de Samó


sata , « Coleção Humanitas » 59 , Belo Horizonte 2001, 369 p . ; 146 I. Gassino ,
« Voir et savoir : les difficultés de la connaissance chez Lucien » , dans L. Villard
(édit. ) , Couleurs et vision dans l'Antiquité classique, Rouen 2002, p . 167-177 .
Études sur une partie de la production. 147 M. Caster, Études sur “ Alexandre ou le
faux prophète ” de Lucien , Thèse Paris 1938 , réimpr. New York /London 1987 , 103 p.;
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149 R. A. Oden , Studies in Lucian's “ De Syria dea” , coll . « Harvard Semitic Monographs »
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La déesse syrienne » , dans G. Lachenaud & D. Longrée (édit. ) , Grecs et Romains aux prises
avec l'histoire : représentations, récits et idéologie coll . « Histoire » , Rennes 2003, t. II,
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Prometheus 29, 2003, p. 129-150 ; 168 Id ., « Sull'attendibilità del narratore nell'Alexander di
Luciano II » , Prometheus 29, 2003 , p. 241-258 ; 169 0. Overwien , « Zwei literarisch
philosophische Vorbilder für Lukian und seinen Demonax » , Gymnasium 110, 2003, p. 533
550 ; 170 M. Roussel , « Voyages extra -terrestres chez Lucien » , dans H. Duchêne (édit. ) ,
Voyageurs et Antiquité classique, coll. « Écritures », Dijon 2003, p. 100-109.
Le corpus des ouvrages attribués à Lucien qui nous sont parvenus comprend
86 titres ( cf. la liste dans Bompaire 15 , t . I , p . XLII - XLIX , avec la traduction que
nous adoptons dans cette notice ) , dont il faut cependant écarter l'authenticité
d'une partie. Loin de l'hypercritique du XXe siècle qui avait mis en question
comme douteux un grand nombre d'écrits, on peut s'accorder aujourd'hui sur le
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 147

caractère apocryphe d'un petit nombre d'ouvrages : le Néron ou le percement de


l'Isthme, le Philopatris ( le patriote ) ou l'homme qui s'instruit et le Charidèmos
ou sur la beauté, auxquels on ajoute aussi L'alcyon ou sur les métamorphoses,
Les longues vies, l'Ocypous ou l'homme au pied léger, Le Cynique, Les amours
et Le soleciste ou le pseudo - sophiste ( cf. Christ - Schmid - Stählin 81 , p. 738 , et
Bompaire 15 , t . I , p . XVI sq . , pour un aperçu sur cette question ) . En ce qui
concerne les 53 épigrammes mises sous son nom , la question de l'authenticité
n'est pas tranchée ( cf. à nouveau Bompaire 15 , t . I , p . XVIII ) . Cela dit , la
production littéraire de Lucien reste énormément abondante et très variée.
Par ailleurs , l'établisement de la chronologie de l'ensemble n'étant pas
possible, il faut se contenter de certains points de repères qui concernent notam
ment les æuvres de la maturité et dont nous avons déjà employé une partie à
propos de la vie de Lucien ( cf. supra , A ; pour un aperçu sur les discussions
autour de la chronologie , cf. Macleod 80 , p . 1379-1384 , et Bompaire 15 , t . I ,
p. XVII - XIX ). On a tendance en tout cas à la diviser en deux grandes périodes,
dont la première comprend notamment les ouvrages ayant un caractère
rhétorico -épidictique ( Le fils déshérité, Le tyrannicide, le Phalaris, À propos de
l'ambre ou des cygnes, Sur les dipsades, Hippias ou les bains, Éloge de la
patrie, Éloge de la mouche), mais sans oublier que ce genre d'ouvrages revient
aussi dans la deuxième période ( la Salle , le Zeuxis , l'Hérodote ou Aétion ,
l'Héraclès, le Scythe , le Dionysos , le Jugement des voyelles). Quant à cette
deuxième période, plus complexe (cf. par exemple Korus 134 ) , elle s'ouvrirait
avec le soi -disant abandon de la part de Lucien du métier de sophiste ca 160
( cf. supra, A ), et on y place entre autres tous les dialogues , qui sont par ailleurs
très variés par la forme et par le contenu , même si les éditeurs et les traducteurs
ont souvent l'habitude de les regrouper : comme le remarque Bompaire 15 , t . I ,
p . XIX - XXV , dans ce groupe il faut distinguer entre le vrai dialogue philo
sophique à la manière platonicienne , comme l'Hermotimos ou sur les sectes,
l'Anacharsis ou des exercices du corps , et Le parasite ou que le métier de
parasite est un art ; les dialogues plus rhétoriques , comme le Nigrinos , Les
portraits et la Défense des portraits ; les dialogues qu'on a l'habitude d'appeler
«ménippées » , tels notamment la Nécyomancie ou Ménippe, l'Icaroménippe ou
le voyage aérien, et le Charon ou les contemplateurs, auxquels on peut rattacher
aussi le banquet ou les lapithes, Le navire ou les souhaits, les Saturnales, Le
coq ou le songe, le Zeus confondu, Les fugitifs, le Timon ou le misanthrope, La
double accusation, Les sectes à l'encan , Le pêcheur ; et les petits dialogues plus
proches du mime , comme les Dialogues des dieux, les Dialogues marins , les
Dialogues des courtisanes ( les Dialogues des morts marqueraient , d'après
Bompaire 15 , t. I , p . XXIV , une transition entre la série précédente de dialogues
et ces petits dialogues ) . Le reste de la production de Lucien comprend
(cf. Bompaire 15, t. I. , p. XXV -XXVIII ) : des « æuvres morales» , comme Qu'il ne
faut pas croire légèrement à la calomnie , Sur le deuil, Sur les sacrifices, qu'on
appelle souvent « diatribes » philosophiques ou même cyniques ( pour cette
notion » E 33 , p. 123 sq . ) ; des lettres d'un genre très varié , comme Sur ceux qui
sont aux gages des grands, l’Apologie, souvent des invectives, comme Le maître
148 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

de rhétorique, Contre un bibliomane ignorant, Le pseudologiste ou sur le mot


« apophras » , d'autres ayant un caractère biographique, comme Sur la mort de
Péregrinus, adressée au philosophe Cronius ( C 223 ) , et Sur l’Alexandre ou le
faux prophète, adressée à l'épicurien Celse ( = ^ C 68 ) ; des traités didactiques, tels
que Comment il faut écrire l'histoire ( critique des historiens ridicules de la
guerre parthique ), Sur l'astrologie, et Sur la déesse syrienne ; une espèce de
mémoire, la Vie de Démonax ; et un roman parodique, les Histoires vraies, satire
des romans et récits fabuleux. En ce qui concerne le roman picaresque de l'âne,
il peut s'agir , comme le remarque Bompaire 15 , t . I , p. XXVIII , du résumé
satirique et développé des Métamorphoses perdues de Lucius de Patras , à moins
qu'il ne faille adopter l'hypothèse selon laquelle Lucius ne serait que Lucien lui
même , dont l'æuvre primitive serait perdue ( cf. ibid . n . 45 , pour la bibliographie
sur ce sujet, ainsi que sur l'hypothèse selon laquelle Lucius ne serait qu'Apulée
écrivant en grec , et sur l'hypothèse courante selon laquelle « Lucius » est la
source commune de Lucien et d’Apulée ) . 这位
Il est intéressant ici en particulier de se demander si cette production littéraire
permet de parler d'une pensée , sinon d'une philosophie au sens strict, de
l'auteur. Autrement dit , il s'agit d'aborder deux questions intimement ratta
chées : d'une part, Lucien était- il bien un vrai penseur, ou n'était- il qu'un simple
littérateur- sophiste , ce qui équivaut à s'interroger sur la portée intellectuelle de
son cuvre ; d'autre part, était- il un satiriste -moraliste engagé , ou bien un pur
comique , ce qui équivaut à s'interroger sur son sérieux à l'égard de ce qu'il
satirise , ainsi que , de façon générale , à l'égard de la réalité contemporaine, dans
la mesure où on peut accepter que celle-ci se trouve présente dans son æuvre.
Malgré le silence que la postérité la plus immédiate a gardé sur Lucien , on
constate déjà dans l'Antiquité une reconnaissance, bien que partielle, de la
valeur de son æuvre : ainsi , Eunape (cf. supra, A ) , tout en partant de l'affirma
tion que Lucien s'appliquait notamment à provoquer le rire, ne peut pas renoncer
à découvrir aussi chez lui quelquefois l'auteur sérieux , comme dans la Vie de
Démonax . C'est notamment à partir de l'époque byzantine que l'on a eu
tendance à voir chez Lucien ce côté moraliste, comme plus tard à l'époque
humaniste , ainsi qu'au XVIII et au XIXe siècles . A la fin du XIXe siècle on peut
citer par exemple 171 C. Martha, Les moralistes sous l'empire romain : philo
sophes et poètes, Paris 1865 , réimpr. 1907, VIII -479 p. , où Lucien apparaît
comme le dernier grand moraliste de la décadence ( chap . sur « Le scepticisme
religieux et philosophique : Lucien » , p. 413-477 ) , et Croiset 114.
A leur tour, d'autres critiques de la fin du XIXe et une partie de ceux du XX °
siècle ont eu tendance d'ordinaire à radicaliser les interprétations dans un sens
ou dans l'autre, et parallèlement à considérer la vision d'un Lucien artiste léger
et celle d'un Lucien penseur engagé comme s'excluant l'une l'autre. On peut
trouver un aperçu historique de la question chez Jones 89, p. 1-5 (cf. aussi Alsina
Clota , dans Espinosa Alarcón 58 , t . I , p . 46-54 , et Bompaire 15 , t . I , p . XXXIII
XXXVI ) .
Jones 89 , p . 1 sq . , fait commencer la critique moderne de Lucien avec 172 J. Bernays ,
Lucian und die Kyniker, Berlin 1879 , 110 p . , lequel , tout en exaltant Peregrinus et les
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 149
cyniques pour leur monothéisme, leur autarcie et leur courage, réserve pour Lucien la consi
dération d'un imitateur des classiques non exempt de vigueur et de grâce , mais nihiliste :
Lucien ne comprend rien à Pérégrinus, ni au cynisme ni en général à son époque. La suite de
la lecture de Lucien comme un pur écrivain sans le moindre intérêt intellectuel , qui plus est
comme un esprit oriental sans profondeur ni personnalité, se trouve chez 173 E. Norden , Die
antike Kunstprosa vom Vi. Jahrhundert v. Chr. bis in die Zeit der Renaissance, Leipzig 1898 ,
réimpr. Darmstadt 1981 , p. 394, ainsi que chez son collègue à Berlin 174 U. von Wilamowitz
Möllendorff, Die griechische Literatur des Altertums, coll . « Die Kultur der Gegenwart » I 8
(= Die griechische und lateinische Literatur und Sprache ), Berlin/Leipzig 1905, p. 172-174,
qui le qualifie de « feuilletoniste » ( cf. aussi Christ-Schmid-Stählin 81 , p. 740 ), c'est- à -dire de
journaliste, qui n'a pas des idées propres (ce jugement ne fut pas changé dans la « 3. , stark
verb. und verm . Aufl. » , Leipzig/ Berlin 1912 , p. 247-249 ; cf. 175 Id . , Der Glaube der
Hellenen ( 1932 ) , t. II , Darmstadt 19552 , réimpr. 1984, p. 502-504 , où Lucien est qualifié de
« sépulcre blanchi » ). Ce point de vue , qui est souvent rattaché sans doute à un certain anti
sémitisme philologique ( cf. aussi 176 H. W.L. Hime , Lucian, the Syrian satirist, London/New
York 1900, 95 p. ), fut ensuite développé par l'un des assistants de Wilamowitz à Berlin , Helm
115 , qui non seulement refusait à Lucien toute profondeur intellectuelle ( le considérant
comme un nihiliste manquant de sérieux , un Syrien irresponsable ), mais qui lui refusait égale
ment toute originalité littéraire : à ses yeux, Lucien se serait borné à plagier partout le cynique
Ménippe ( » M 129 ] (un autre oriental), et ce en outre maladroitement.
Depuis 177 B. P. McCarthy, « Lucian and Menippus » , YCIS 4, 1934 , p. 3-55 , on a pu
démontrer le caractère insoutenable de cette thèse de Lucien - Ménippe : Lucien n'est pas un
Ménippe révisé ; il a pu emprunter ailleurs les motifs et les types dits « ménippéens » . Par
conséquent, les critiques qui par la suite se sont concentrés notamment sur le côté littéraire de
l'euvre de Lucien (comme l'avait fait déjà auparavant Croiset 114 dans son chapitre « Lucien
écrivain ») lui reconnurent davantage de qualités comme auteur, en même temps qu'ils affir
mèrent l'importance et même l'originalité de son imitation . En revanche, ils se refusent eux
aussi à lui accorder une pensée au sens propre, ou au moins à considérer que cet aspect mérite
une considération particulière ; ils l'abordent comme un simple phénomène littéraire (Lucien
n'aurait donc produit que littérature de littérature ).
Dans ce domaine, la contribution la plus précieuse et qui a eu le plus d'influence a été
celle de Bompaire 122, avec son ouvrage monumental placé sous le titre de « Lucien écrivain ,
imitation et création » , qui rappelle sans doute celui du chapitre de Croiset 114. Mais il faut
citer d'abord Caster 119 , où , d'après Jones 89 , p . 4 , la lecture des Allemands ( Helm 115 ) se
trouverait déjà nuancée par celle des Français (Croiset 114) : « For Caster as for Helm Lucian
is still a Syrian , but compensates for his feelings of cultural inferiority by transforming
himself into a Greek of Attic refinement » (cf. par exemple Caster 119, p . 368 sq. ). En ce qui
concerne l'ouvrage que Caster a produit l’année suivante sur l’Alexandre et à propos de son
affirmation ( Caster 147 , p. 91 ) selon laquelle l'ouvrage en question « contains truth only
insofar as a work of polemic is obliged sometimes to coincide with the facts » , Jones 89, ibid .,
affirme aussi la similarité curieuse entre cette lecture et celle de Bernays 171 sur Pérégrinus.
En ce qui concerne Bompaire 122 , le point de départ de ce travail est l'idée qu'il faut se
borner à interpréter l'æuvre de Lucien dans le cadre des tendances propres de la Seconde
sophistique , « qui propose avec vigueur une relecture et une reconstruction du monde par le
moyen de la rhétorique » ( Id . 15 , t. I , p . XXXII) . De la sorte , Lucien aurait réalisé sa création
littéraire par le moyen de l'imitation ou Mimesis : « C'est dans l'appropriation du patrimoine
littéraire et artistique que notre auteur donne le meilleur de lui-même: appropriation qui se
manifeste dès le stade rhétorique et devient métamorphose au stade suivant » (Bompaire 122 ,
p. 742) . Qui plus est, l'originalité de Lucien consisterait justement à imiter. S'il y a autre
chose chez lui , par exemple une critique de l'actualité contemporaine , c'est purement gratuit
ou secondaire: « La dose d'actualité varie selon les cas ... Mais nulle part elle ne parvient à
faire perdre à la satire son allure d'exercice gratuit rejoignant le plus souvent l'époque par le
seul effet du hasard et sans cesser d'être anachronique » (p. 491 ). Voici, enfin , un résumé de la
position de Bompaire 122 , p. 743 sq. , sur la question : « On penserait que la critique moderne
! a définitivement renoncé à faire état d'un Lucien penseur, apôtre et même martyr de la
150 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

pensée , ou inversement à attaquer la mémoire de ce vil flatteur. Il n'en est rien . Et ce pro
blème secondaire , posé, il faut le reconnaître, à la suite de la tradition byzantine et humaniste
qui a été surtout sensible à la signification philosophique de l'æuvre de Lucien , continue à
masquer le véritable : celui de sa signification littéraire » ( cf. c.r. de 178 J. Delz, Gnomon 32,
1960 , 756-761 ) . Plus tard, à la suite de Bompaire 122 , Reardon 125 , p. 39, poursuit: « Le
grave débat sur la philosophie de Lucien , qui occupa si longtemps l'attention, est, non certes
définitivement terminé, mais en train de s'apaiser du moins ; Lucien n'a pas de philosophie, et
voilà tout. Mais ses sujets littéraires, eux , en ont, et la société contemporaine, elle aussi , en a.
Lucien n'est pas livresque au point de ne parler que de ce qui n'existe plus de son temps
- plutôt , sa représentation de son époque n'est que partielle, sa mimésis est une mimesis
indirecte , il imite les livres qui imitent la vie plus qu'il n'imite la vie directement lui-même » .
Bref, Lucien n'était pas pour lui un « penseur » (p. 157 ), même pas un « demi-philosophe
comme Plutarque ( p. 164 ).
A l'extrême opposé de ceux qui considèrent Lucien comme un homme de lettres, se sont
placés d'autres critiques qui le considèrent comme un véritable homme de son temps . Les
représentants de cette interprétation ouvertement et radicalement philosophico- idéologique de
Lucien au XXe siècle se trouvent notamment dans la critique anglo-saxonne et italienne : ainsi
Chapman 117 , où Lucien apparaît comme un penseur supérieur à ses yeux à Platon ;
Gallavotti 118 , où il apparaît comme un « apôtre, héros, martyr » de la pensée rationnelle
( cf. p. 211 ) , comme un philosophe authentiquement converti ( cf. aussi 179 Id., « Il “ Nigrino ”
di Luciano » , A & R 11 , 1930 , p. 252-263 ) ; Peretti 120, où il apparaît comme un intellectuel
activiste antiromain ; Quacquarelli 121 , où il est présenté comme un philosophe sincèrement
converti qui ne raille jamais la philosophie mais seulement les faux philosophes , si bien que
les critiques devraient s'occuper surtout de l'étude de la pensée dans son æuvre, tandis que
l'étude de l'humour serait plutôt gênante à ce sujet ( cf. p. 18, 29 , 57 ) ; Baldwin 123, 87, qui va
même jusqu'à proposer une interprétation marxiste de Lucien, qui serait un intellectuel très
préoccupé par la société de son temps, en particulier par les pauvres (cette image d’un Lucien
proto -socialiste avait déjà été défendue entre autres par Chapman 117 ; contre cette inter
prétation, cf. 180 J. Bompaire , « Travaux récents sur Lucien » , REG 88 , 1975 , p. 224-229).
La conversion de Lucien (cf. supra , B ), défendue comme authentique par Gallavotti 118
ou Quacquarelli 121, a été d'ordinaire envisagée par les critiques avec soupçon, comme
ironique (cf. 181 R. Venchi , La presunta conversione di Luciano , Roma 1934 , 78 p.;
182 V. Fumarola , « Conversione e satira antiromana nel “ Nigrino ” di Luciano » , PP 6, 1951 ,
p. 182-207 ; Bompaire 122 , p. 510 sq.; Gil 74, p . 25 sq .; F. Barberis, dans Matteuzzi 32 ,
p. X ). Cf. 183 J. Schwartz , « La “ conversion ” de Lucien de Samosate » , AC 33 , 1964, p. 384
400 .
Quant à l'idée d'un Lucien conspirateur de la résistance politico -sociale contre Rome,
esprit profondément et violement inspiré de sentiments anti -romains (anti - impérialistes ),
idée défendue vivement par Peretti 120, elle doit être rejetée, comme le remarque Bompaire
122 : « A l'époque de Lucien le thème anti -romain est sans doute d'actualité pour les écrivains
hellènes , surtout pour ceux qui se piquent de la philosophie ... » (p. 500 ) ; Lucien « se
contentait de reprendre des tableaux pittoresques et du reste non dépourvus de signification
morale , qu’une tradition livresque de plusieurs siècles ou de plusieurs lustres, selon les cas,
aurait minutieusement mis au point » ( p. 510 ; contre la thèse d'un Lucien ennemi du pouvoir
romain, cf. aussi Fumarola 182 , et Bowersock 86 , p . 115 ) . Pour sa part, 184 M.Dubuisson,
« Lucien et Rome » , AncSoc 15-17 , 1984-1986 , p. 185-207 , estime qu'une enquête fondée sur
un relevé exhaustif des allusions à Rome dans l'euvre de Lucien permet de conclure que,
dans l'ensemble favorable aux Romains, l'auteur s'abstient soigneusement de toute critique à
leur égard. C'est qu'il était trop conscient de tout ce qu'il devait à l'ordre romain pour songer
à s'en faire l'adversaire et le détracteur.
L'hypothèse de Peretti 120 a été toutefois reprise de façon décidée par 185 J. L. Brandão,
« La morsure du chien : philosophie et politique dans le Nigrinus de Lucien » , dans
P. Lévêque, J. A. Dabdad Trabulsi & S. Carvalho ( édit . ) , Recherches brésiliennes : archéo
logie, histoire ancienne et anthropologie, coll . « Annales littéraires de l'Université de
Besançon » 527 , « Centre de recherches d'histoire ancienne » 130, Paris 1994, p. 79-93 : « ... le
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 151

Nigrinus est vraiment le plus frappant pamphlet contre Rome que la Grèce subjuguée a
produit. Il importe peu si Nigrinus a existé vraiment , si le rendez- vous avec Lucien est
biographique, etc. Ce qui importe est l'intention de discuter la situation de la Grèce et de tout
ce qu'elle représente en face du pouvoir de Rome » (p . 83 ) ... « le Nigrinus est blâme de
Rome, plus qu'éloge d'Athènes ou de la philosophie » ( p. 90 ). Brandão 185, p. 86, reconnaît
que l'époque des Antonins a vu sur le trône des empereurs philohelléniques et même , avec
Marc Aurèle, un roi -philosophe. Mais ilconsidère que Lucien se serait opposé justement à la
prétention de cet empereur de concilier Grèce et Rome dans un idéal de culture gréco -latine à
travers un discours stoïcien, puisque c'était surtout dans les cercles stoïciens que s'élaboraient
les arguments de justification du pouvoir impérial. Quant à la conversion à la philosophie, il
précise (p. 86 sq . ) : « Je prends mes distances envers tous ceux qui ont traité le Nigrinus
comme un récit concernant une authentique conversion de la rhétorique à la philosophie, où la
satire contre Rome aurait une fonction circonstancielle . En effet, on ne parle point , dans le
dialogue, d'abandon de la rhétorique , comme dans Bis accusatus , mais d'abandon de " ce que
le vulgaire tient pour des biens” : “ la richesse, la gloire ...” » ) .
Une position tout à fait contraire (que nous ne pouvons pas non plus partager) est celle de
186 J. A. Francis, « Lucian : ascetics as enemies of culture » , dans Id. , Subversive virtue :
asceticism and authority in the second -century pagan world , University Park ( PA ) 1995 ,
p. 53-81 ( chap. III ) , qui , loin de présenter Lucien comme un satiriste social subversif, va
jusqu'à le présenter comme un allié très étroit de Marc Aurèle .
Devant le dilemme Lucien littérateur ou Lucien penseur, Lucien homme de
lettres ou homme de son temps, l'attitude la plus prudente ( et la plus intéressante
aussi ) est donc aujourd'hui de s'efforcer à concilier les deux points de vue ,
littéraire et idéologique. En fait, comme Bompaire 15 , t . I , p . XXXII , l'a reconnu
récemment , « les deux interprétations ont leur valeur et ne s'excluent pas , mais
tout est question de proportion entre les parts faites à chacune » . Cette position
beaucoup plus équilibrée serait , d'après Jones 89, p . 5 , la plus caractéristique de
la critique anglo -saxonne : Jones cite entre autres Fowler & Fowler 45 , Allinson
116 et Hall 88, et on peut ajouter aussi à cette liste , outre Jones 89 lui -même , les
nombreux travaux d'Anderson ( 126 , 128, 129 , 130 , 131 , 132 , 139 ), qui insistent
sur la capacité de Lucien de manipuler et de rendre efficaces le matériel et les
techniques sophistiques ; ou ceux de Branham ( 133 , 135 ) , qui interprète et
analyse le comique chez Lucien comme un instrument d'action morale ( pour un
aperçu sur la bibliographie concernant le orovdaloyéolov, ou style mi- sérieux,
mi-comique , cf. 187 P.P. Fuentes González , Les diatribes de Télès : Introduc
tion, texte revu et commentaire des fragments, avec en appendice une traduction
espagnole, coll . « Histoire des doctrines de l'Antiquité classique » 23 , Paris
1998 , p. 77 sq . ) . Par ailleurs , cette position semble en fait aujourd'hui la plus
partagée, et en tout cas elle n'est pas réservée à la critique anglo - saxonne : cf. par
exemple Ureña Bracero 140 , Montanari 141 , Camerotto 143 , Brandão 145
( cf. Id. 137, Id. 144 ).
Ni activiste révolutionnaire ou socialiste avant la lettre , ni non plus homme
de lettres pur, Lucien se révèle dans son œuvre un artiste qui se meut toujours
dans une longue et riche tradition littéraire , dont il refaçonne ou altère librement
les matériaux suivant ses propres desseins non seulement littéraires mais aussi
idéologiques : d'une façon ou d'une autre , à un degré plus ou moins grand , son
æuvre représente aussi sa propre pensée, son attitude personnelle à l'égard de la
réalité comtemporaine . Dans cette tâche , il s'est servi par excellence de
l'instrument littéraire qu'il a créé quand il était environ dans la quarantaine , en
152 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

mélangeant, comme il l'explique lui-même (Bis acc . 33 ) , le genre du dialogue


proprement dit ( philosophique ) avec la comédie , plus concrètement avec « la
raillerie , l'iambe , le cynisme , Eupolis et Aristophane ... et même un certain
Ménippe » (trad. É. Chambry ): il s'agit de ce qu'on a appelé le « dialogue
comique » , un mélange que Lucien compare à un hippocentaure. Comme le
remarque Bompaire 15, t. I , p. XXI , cette « synthèse » va bien au -delà de la tradi
tion ménippéenne, et elle peut être considérée comme l'euvre de Lucien .
L'une des activités favorites de Lucien était sans doute de démasquer
l'imposture et l'ignorance partout où elle pouvait se trouver, et cela était sans
doute un trait fondamental de sa personnalité, qui semble très bien décrit dans
l'anecdote de Galien sur Lucien se plaisant à mystifier les savants contem
porains ( cf. supra, B ) . Dans les écrits qui nous sont parvenus, il s'applique aussi
à critiquer les représentants d'autres professions plus ou moins comparables à
la sienne propre : les historiens qui , alors qu'ils devraient rechercher uniquement
la vérité des faits, négligent ou falsifient celle -ci au bénéfice des intérêts des
puissants (cf. Hist. co . , V.H.) ; les orateurs qui , loin de suivre l'exemple d'un
Démosthène , prononcent des discours qui n'ont rien à voir avec la réalité (cf. Rh.
pr. ) . Comme le remarque Brandão 144 et 145 , seuls les poètes, qui ne doivent
rechercher que le beau , bénéficieraient selon lui de la liberté pure .
Quant aux philosophes, Lucien s'applique aussi à critiquer et démasquer les
philosophes ignorants et pathétiques, comme le pythagoricien cynicisant Péré
grinus Proteus ( cf. Peregr .), les philosophes solennels et dogmatiques, comme le
platonicien ( fictif) Ion ( cf. Symp. 7 ; » I 19 ) , les stoïciens également dogmati
ques ( cf. passim ), les pythagoriciens révérencieux et mystiques ( cf. Vit. auct . 2
6 , Gall . 18 ) , les faux philosophes dont les actes ne s'accordent pas à leurs
paroles, tel le charlatan Alexandre d'Abonotique ( cf. Alex.; > A 110 ) ; ceux qui
s'adonnent au luxe et aux plaisirs matériels , comme le péripatéticien ( fictif)
Cléodème (cf. Symp. 37 ; ™ C 159) ; mais Lucien fait de même l'éloge d'autres
représentants de la philosophie , comme le platonicien Nigrinus ( cf. Nigr.,
N 59) et le cynique Démonax (cf. Dem ., D 74) : cf. 188 D. Clay, « Lucian of
Samosata : four philosophical lives (Nigrinus, Demonax , Peregrinus, Alexander
Pseudomantis ) » , ANRW II 36 , 5 , 1992 , p . 3406-3450 . Et en général, même si on
considère que l'épisode de sa renonciation à la sophistique et sa conversion à la
philosophie ne doivent pas être pris à la lettre , il faut accepter l'évidence que
Lucien possédait une formation notable dans le domaine de la philosophie et
qu'il s'y prononce souvent dans un sens ou un autre . Comme le remarque
Brandão ( cf. 188 bis J. L. Brandão, « A sombra do asno : a filosofia e os filósofos
em Luciano de Samosata » , Kléos 1 , 1997, p . 231-252 ) , ce sont en fin de compte
les faux philosophes que Lucien raille , ceux qui n'accordent pas leur vie et leur
doctrine , ceux qui s'occupent en réalité de sujets trompeurs et inutiles , comme
les gens qui « combattent pour l'ombre de l'âne » (Herm . 71 ) , ceux aussi qui
tombent dans le bavardage et la rhétorique vide , très à la mode à son époque.
Cf. 189 I. Bruns, « Lucian's philosophische Satiren » , RAM 43 , 1888 , p . 86
103 , 161-196 ; 190 Id. , « Lucian und Oenomaos » , RHM 44, 1889 , p . 374-396 ;
190 bis K. Praechter, « Zur Frage nach Lukians philosophischen Quellen » ,
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 153

AGPh 11 , 1898 , p. 505-516 ; 191 B. Schwartz, Lukians Verhältniss zum Skepti


cismus, Diss. Königsberg, Tilsitt 1914, 128 p.; 192 W.H. Tackaberry , Lucian's
relation to Plato and the post -aristotelian philosophers, coll . « University of
Toronto Studies , Philological Series >> 9 , Toronto 1930 , 92 p . ; 193 H.M.
Hornsby, « The cynicism of Peregrinus Proteus » , Hermathena 48 , 1933 , p . 65
84 , réimpr. dans M. Billerbeck (édit. ) , Die Kyniker in der modernen Forschung :
Aufsätze mit Einführung und Bibliographie , coll . « Bochumer Studien zur
Philosophie » 15 , Amsterdam 1991 , p . 167-181 ; 194 F. García Yagüe, Los
filósofos cínicos en la obra de Luciano de Samosata, Cuenca 1958 ; 195 M.D.
Macleod, « Lucian's knowledge of Theophrastus » , Mnemosyne 27 , 1974, p. 75
76 ; 196 B. Baldwin , « Lucian and Theophrastus » , Mnemosyne 30 , 1977 , p. 174
176 ; 197 P. Innocenti, « Luciano di Samosata e l'epicureismo » , RSF 33 , 1978 ,
p. 30-53 ; 198 T. Joly , « Lucien de Samosate » , dans G. Viré (édit. ), Grec et latin
en 1980. Études et documents dédiés à Edmond Liénard, Bruxelles 1980 , p. 47
62 ; 199 J.-M. André , « Les écoles philosophiques aux deux premiers siècles de
l'Empire » , ANRW II 36 , 1 , 1987 , p . 5-77 , notamment p . 51-74 ; 200 M.-O.
Goulet - Cazé, « Le cynisme à l'époque impériale » , ANRW II 36 , 4 , 1990 ,
p . 2720-2833 , notamment p . 2763-2768 ; 201 H.-G. Nesselrath , « Kaiserlicher
Skeptizismus in platonischem Gewand : Lukians “ Hermotimos” » , ANRW II 36,
5 , 1992 , p. 3451-3482 ; 202 Id ., « Lucien et le cynisme » , AC 67 , 1998 , p . 121
135 ; 203 Id . , « Lukian und die antike Philosophie » , dans Ebner, Gzella,
Nesselrath & Ribbat 35 , p . 135-152 (= « Essays I » ) ; 203 bis 0. Flores Júnior,
« Em torno d'O Cínico : nota sobre as relações de Luciano com o cinismo , Kléos
2-3 , 1998-1999 , p. 122-133 .
Mais peut- on parler d'une affiliation philosophique pour Lucien ? En effet,
les critiques ont essayé de situer Lucien au sein des écoles philosophiques de son
temps . Évidemment , on a tout d'abord laissé de côté les écoles de teneur
dogmatique envers lesquelles Lucien fait preuve d'une hostilité tenace
( cf. Bompaire 15 , t. I , p. XXXIII sq .; Nesselrath 203, p. 144 sq .) : le pythagorisme
( ce qui ne l'empêche pas cependant de louer Pythagore lui-même : cf. Alex. 4),
l'Académie ( son portrait de Nigrinus n'a en réalité rien de proprement plato
nicien) , le Péripatos et notamment la Stoa, sa bête noire privilégiée, pour le dire
avec Joly 198 , p . 53 ( il n'est pas étonnant que la seule exception ici soit
Épictète, » E 33 ; cf. Adv. ind. 13 ; pour Arrien ( cf. Alex . 2 ], cf. supra, B ) . En
revanche, on a souvent rattaché Lucien à l'épicurisme ( Caster 119 , Schwartz
183, Id . 84, p. 145 sqq. , Innocenti 197 ), au scepticisme (Schwartz 191 , Joly 198 )
et notamment au cynisme (Bernays 172 , Bruns 189 , Helm 115 , Hornsby 193).
Bien sûr, ces sympathies ne l'empêchent pas non plus , le cas écheant, de prendre
aussi comme objets de ses railleries cyniques et épicuriens ( cf. Vit. auct.).
Les sympathies de Lucien pour l'épicurisme ont été relevées surtout dans le
Zeus tragédien et dans le Zeus confondu, et on peut rappeler aussi que
l'Alexandre ( écrit après 180 ) est adressé à l'épicurien Celse . On a pensé que
celui- ci était vraisemblablement l'auteur du Discours véritable, écrit antichrétien
réfuté par Origène ( » C68) , si bien que l'on a même suggéré que cet épicurien
était la source d'après laquelle Lucien décrit la secte chrétienne dans le
154 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Pérégrinus ( cf. Bompaire 15, t. I , p. XXXIV n . 59) . Cependant, il faut dire à ce


sujet que certains interprètes considèrent l'auteur du Discours véritable plutôt
comme un platonicien ( C 70) . Par ailleurs , Nesselrath 203 , p . 146 n . 22 ,
mentionne aussi Le parasite ou que le métier de parasite est un art 11 comme
une preuve du fait que Lucien connaît très bien la doctrine d'Épicure ( cf. aussi
Id . 152 , p. 311-314). Cela dit, comme le remarque Joly 198, p. 53 : « En réalité,
Lucien est d'accord avec l'épicurisme sur certains points seulement : le rejet de
la Providence, la sociabilité, la douceur de vivre épicuriennes. Mais nulle part
Lucien ne prend parti pour la métaphysique des atomes et du vide , dont il se
moque à l'occasion, encore moins pour la théologie épicurienne, qui lui paraît au
moins aussi farfelue que les autres. Lucien n'est certainement pas épicurien » .
Du Jardin , il a dû aimer notamment la sobriété de son rationalisme. Dans ce
sens, Innocenti 197 avait déjà signalé que Lucien était peu attiré par le côté
cosmologique et systématique de cette école philosophique, et qu'il s'intéressait
exclusivement à son aspect humanitaire et utopique.
En ce qui concerne le scepticisme , il faut signaler tout d'abord , avec
Nesselrath 203, p. 149 , que Lucien ne distingue pas entre la tradition pyrrho
nienne et la tradition académicienne issue d'Arcésilas ( 3 A 302 ) . Il exprime
notamment ses sympathies pour les sceptiques dans l'Hermotimos, ce qui nous
situe déjà dans sa période de maturité, vers les 40 ans . Dans ce dialogue , le
stoïcien fictif Hermotime ( » H 98 ) est finalement convaincu par son ami
Lycinus ( Lucien ) de la nécessité d'abandonner toute étude philosophique et de
mener tout simplement la vie d'un homme ordinaire (XOLVÒS Bios ; cf. Herm .
84 ) . Or, il faut à nouveau reconnaître, avec Joly 198 , p. 53 , que Lucien « est un
sceptique qui rejette tout dogmatisme avec une verve très personnelle de polé
miste, de satirique, d'artiste » et « n'expose pas techniquement et sèchement le
scepticisme comme le fait Sextus Empiricus » ( cf. aussi Nesselrath 203, p . 151 ) .
Joly 198 , ibid. , considère que Lucien n'est pas plus cynique qu'épicurien ,
« en dépit de son cycle ménippéen » : « Lucien , homme de la paideia, a horreur
des hippies de son temps, de l'excès sauvage , du cabotinage. Le Peregrinus est
l'occasion d'un déchaînement des cyniques contre lui » . Joly , qui penche de
toute évidence pour l'attitude sceptique chez Lucien , passe un peu sous silence
le fait que Lucien « apprécie une certaine critique cynique , la liberté, la parrhe
sia, un renoncement mesuré » ( ibid . ), ce qui fait référence à ses sympathies pour
le cynisme « modéré » de Démonax. En revanche, Nesselrath 202 ( cf. Id . 203,
p . 151 sq . ) , met beaucoup plus en relief à juste titre ces sympathies cyniques
chez Lucien , car , bien au -delà de tous les exemples négatifs de cyniques qu'il
fustige tout au long de son æuvre du fait qu'ils ne sont en réalité que de faux
philosophes , le portrait de Démonax s'élève comme une image positive qui ne
trouve peut -être pas de parallèle chez Lucien : « Ainsi le Démonax décrit sinon
un cynique , du moins un comportement cynisant qui est évidemment au goût de
Lucien » ( Nesselrath 202 , p. 132 ) . Il ne s'agit pas ici d'un cynique fanatique
( comme Pérégrinus ), mais, comme le résume fort bien Nesselrath 203, p. 151
sq . , d'un philosophe qui mène la vie d'un homme ordinaire (XOLVO, Bíoc) en
compagnie de son prochain et qui essaye de corriger les défauts de celui -ci par le
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 155

moyen d'un discours sincère et d'une réprobation aimable , ne s'occupant nulle


ment de spéculations qui n'ont rien à voir avec la vie de tous les jours, c'est- à
dire avec la morale, qui ne refuse pas de voir aussi éventuellement les aspects
positifs des autres positions philosophiques , et qui , surtout, met toujours en
accord sa vie et sa doctrine. Rappelons aussi que Jones 89, p. 95-98 , à partir des
nombreuses similitudes qu'il relève entre le personnage de Démonax et le
portrait que Lucien fait ailleurs de lui - même , va jusqu'à considérer la Vie de
Démonax comme « a kind of indirect autobiography » ( p. 98 ) . Et il est signi
ficatif que l'autre personnage que Lucien exclut de la médiocrité de son temps et
qu'il présente comme modèle de perfection, physique et intellectuelle , soit , à
côté de Démonax , le cynique Sostratos, surnommé « Héraclès » ( »A 35 ) , auquel
il avait consacré aussi une biographie , laquelle ne nous est pas parvenue (cf.
Dem . 1 ).
Enfin , sur la question du credo philosophique de Lucien, la conclusion que
Nesselrath 203 , p . 151 , présente, après sa description de la philosophie de
Démonax , nous semble la plus juste : « Dies ist die Art von Philosophie , die
Lukian augenscheinlich schätzte , und bei der es ihm auch kaum darauf ankam ,
ob er sie bei Skeptikern, Kynikern oder Epikureern fand ; bei Pythagoreern ,
Platonikern , Peripatetikern und vor allem Stoikern hat er sie dagegen in der
Regel nich vermutet » .
Attitude envers la religion , la magie et d'autres superstitions
Cf. 204 P. de Labriolle , « Lucien et les chrétiens » , Humanités : revue d'enseignement
secondaire et d'éducation (Paris) 5 , 1929, p. 148-153 ( cf. 205 Id ., La réaction païenne : étude
sur la polémique antichrétienne du jer au V pe siècle, Paris 1934 , réimpr. 1950 , 519 p. ,
notamment p. 85 , 97-108, 111 sq. ) ; 206 P. Riesler, « Lucian von Samosata und die Heilige
Schrift » , ThQ 6, 1933 , p. 64-72 ; 207 C. Curti, « Luciano e i cristiani » , MSLC 10, 1954, p. 86
109 ; 208 G. Bagnani , « Peregrinus Proteus and the Christians » , Historia 4 , 1955 , p. 107-112 ;
209 H. D. Betz , « Lukian von Samosata und das Christentum » , NT 3 , 1959, p . 226-237 ;
210 Id. , Lukian von Samosata und das Neue Testament : religionsgeschichtliche und parä
netische Parallelen : ein Beitrag zum Corpus Hellenisticum Novi Testamenti, coll . « Texte und
Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur » 76, Berlin 1961 , XIV -287 p.;
211 E. R. Dodds, Pagan and Christian in an age of anxiety : some aspects of religious
experience from Marcus Aurelius to Constantine, Cambridge 1965 , réimpr. 1990, XII - 144 p. ,
notamment p. 59-63 ; 212 F. Guillén Preckler, « Testimonio de Luciano sobre los cristianos » ,
Helmantica 26 , 1975 , p . 249-257 ; 213 M. Ebner , « Neutestamentliche Wunder- und
Erscheinungsgeschichten auf dem Prüfstand skeptischer Kritik » , dans Ebner, Gzella ,
Nesselrath & Ribbat 35 , p. 167-182 ( = « Essays III » ) ; 214 H.-G. Nesselrath , « Lukian und die
Magie » , dans Ebner, Gzella , Nesselrath & Ribbat 35, p. 153-166 (= « Essays II » ).
Dans le dessein de compléter davantage le profil de Lucien en tant que
penseur, nous nous intéresserons maintenant à son attitude à l'égard des
croyances religieuses de son époque. A ce sujet, Bompaire 15 , t. I , p. XXXV ,
comme une partie de la critique, à la suite de Caster 119, considère que Lucien
est « un médiocre témoin de la pensée religieuse de son temps , qu'il s'agisse du
christianisme , de la démonologie , des cultes à mystères, du syncrétisme » .
Cependant, même si Caster avait sans doute raison de signaler en général la
pauvreté spéculative de Lucien , lequel s'intéresse jamais à des questions
purement théoriques, cela ne rend pas nécessairement médiocre son témoignage.
En matière de religion, Bompaire 15 a sans doute raison lui aussi de dire que
156 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Lucien n'est pas un novateur : « Il reprend contre les insuffisances du poly


théisme gréco-romain les thèmes déjà courants depuis Épicure; sur ce terrain
rebattu il se rencontre souvent avec les apologistes chrétiens » (ibid. ) . En revan
che , nous estimons moins juste son affirmation que Lucien « n'a pas eu
conscience de l'importance des courants religieux et mystiques de son époque » ,
et qu ' « il emprunte au général et au typique, même quand il écrit un pamphlet
comme Alexandre ou le faux prophète » . En effet, Lucien devait avoir acquis, à
travers ses nombreux voyages d'un bout à l'autre de l'Empire, une assez bonne
connaissance directe de la réalité religieuse de son temps , à laquelle il n'est
nullement resté indifférent. Des écrits comme l'Alexandre ou le faux prophète
ou Sur la mort de Pérégrinus montrent bien qu'il a participé à sa manière au
débat religieux de son époque (cf. Zaragoza Botella 63 , t . III , p . 250 ) , une
époque qui , par ailleurs , n'était pas très portée à la spéculation théorétique.
Certes, si le point de vue de Lucien n'est pas spéculatif, c'est parce qu'il n'a
jamais été intéressé par les doctrines elles-mêmes mais par la façon dont elles se
manifestent et agissent dans l'existence humaine. Et là, Lucien était un très bon
observateur qu'on ne doit en rien négliger. A une époque fortement dominée par
les éléments irrationnels (superstition, théosophie , mysticisme, magie ), son
témoignage est celui de l'un de rares représentants du rationalisme hellénique,
et , dans ce contexte , on peut comprendre qu'il adopte presque toujours une atti
tude tranchante , en condamnant tout ce qui sent la religion.
Dans une série d’écrits , Lucien dirige son côté satirique et blasphématoire contre les
anciennes divinités de la Grèce, mais aussi contre les nouveaux cultes : Dialogues des dieux,
Dialogues marins, Assemblée des dieux, Zeus confondu, Zeus tragédien. Dans Sur les sacri
fices, il s'attaque à l'un des moments essentiels de la liturgie païenne, et dans Sur le deuil il
ridiculise les croyances communes à propos de l'au -delà, ainsi que les pratiques funéraires les
plus habituelles . Par ailleurs, dans Les amis du mensonge ou l'incrédule, il réserve un espace
important aux croyances pseudo - religieuses qui sont le résultat notamment des influences
provenant de l'Orient : on y trouve une grande variété d'anecdotes et des récits fantastiques
concernant des actes de sorcellerie ou de magie, de soi-disant guérisons ou miracles, qui en
outre n'ont pas comme protagonistes des hommes sans formation, mais entre autres des méde
cins prestigieux et des philosophes ; les interlocuteurs du dialogue s'efforcent de résister à
tous ces récits à l'aide de la vérité et de la raison . Et rappelons aussi l'Alexandre, où Lucien
décrit à son ami Celse la vie et les « miracles » d'un faux prophète qui , avec sa charlatanerie et
ses trucs vulgaires de prestidigitateur, est suivi par une foule de crédules. La même crédulité
est aussi ridiculisée dans le récit concernant un autre charlatan fanatique, Pérégrinus : Sur la
mort de Pérégrinus.
C'est dans ce récit ( cf. Peregr. 11-13 ) que Lucien fait apparaître avec beaucoup de détails
les chrétiens ( mentionnés en passant dans l'Alex. 25 ) , car Pérégrinus aurait appartenu à leur
secte avant de devenir cynique . Comme le résume Zaragoza Botella 63 , t. III , p. 249, Lucien
s'intéresse aux chrétiens en qui il voit principalement des niais victimes de Pérégrinus, mais la
connaissance qu'il en démontre paraît étonnamment précise sur certains points, même si elle
reste toujours, bien sûr, limitée à la perspective hellénique : « Tenía noticias de Jesús de
Nazaret y de su crucifixión, del amor fraterno de los cristianos y de la importancia de sus
“ libros sagrados”. Lo que dice de la ayuda manifiesta que prestaban a sus hermanos encar
celados y de la comunicación entre las iglesias de Asia y Siria está ilustrado exactamente por
textos como las Cartas de San Ignacio y las Actas de los mártires de Lyon. El detalle de que a
Peregrino se le dé el título de “nuevo Sócrates ” es especialmente llamativo, pues aunque se ha
creído que era un simple cliché , debe más bien equipararse a los pasajes de los apologistas en
los que la muerte de Sócrates prefigura la persecución de Jesús y de sus discípulos . Sin
embargo , Luciano ve el cristianismo con ojos griegos y tiene algunos conceptos equivocados:
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 157

el fundador introdujo una “ nueva forma de iniciación " y Peregrino no es simplemente un


“ profeta " sino un “ tiasarca ” y “ convocante ” , títulos que no existen en el cristianismo primi
tivo. En esta obra y en el Alejandro, que también menciona a los cristianos, es mucho menos
hostil a su credo que alguno de sus contemporáneos, como Frontón , y su información es
relativamente completa ».
En réalité, comme le remarque Guillén Preckler 212, p. 256 sq. , l'hypothèse que Lucien ait
eu une connaissance directe de la littérature chrétienne primitive ne semble pas envisageable :
« ... es indudable que Luciano tuvo un cierto conocimiento del cristianismo que situamos a
nivel de costumbres y de algunas afirmaciones doctrinales básicas ... Creemos, sin embargo,
que a diferencia de otros paganos de su tiempo, no tuvo un conocimiento directo de los
documentos cristianos, y que, en general, desconoció la terminología propiamente cristiana en
su originalidad. De ahí que a través de su lenguaje, Luciano tienda a asimilar el cristianismo a
otros grupos religiosos existentes en aquel tiempo . No hay en él sombra de discernimiento de
los grupos disidentes, como gnósticos ... » . Guillén Preckler se range ainsi à l'avis de P. de
Labriolle 205, p. 108 , selon lequel le christianisme n'est pour Lucien qu'une folie en plus à
ajouter à la liste interminable des sottises humaines , mais une folie qu'il a trouvée
pratiquement inoffensive. Cela dit, il ne faut pas oublier que parmi les caractéristiques que
Lucien attribue aux chrétiens on trouve leur attitude hostile à l'égard de l'autorité, à côté de
leur détermination pour le martyre, de leur courage devant la torture et la mort ( cf. Peregr. 13 ;
Dodds 211 , p. 62 , 132 ).
Par ailleurs, même si Lucien n'a pas connu directement les textes chrétiens, il faut noter le
nombre de parallèles narratifs intéressants concernant la religion et la morale que l'on a pu
signaler entre Lucien et le Nouveau Testament : cf. Betz 210 ; Ebner 213.
Il faut examiner finalement deux ouvrages qui ont fait quelque difficulté : Sur l'astrologie,
et Sur la déesse syrienne. En ce qui concerne le premier traité, certains critiques estiment que
cette défense de l'astrologie de la part de Lucien n'est pas acceptable , si bien qu'ils le
considèrent comme apocryphe. Cependant, Hall 88 , p. 381-388 , en défend à juste titre
l'authenticité : en fait, il s'agit d'un éloge feint de l'astrologie judiciaire, mis dans la bouche
d'un personnage ancien et vénérable qui utilise le dialecte ionien (il s'agit vraisemblablement
de Démocrite , auteur, d'après Cicéron, De div. I 42, d'un traité sur la divination ). Malgré les
moments comiques occasionnels, cet ouvrage doit être interprété, plutôt que comme une satire
ou une parodie, comme un exercice littéraire sophistique , tout comme le Phalaris A et B.
Quant au traité Sur la déesse syrienne, écrit également en dialecte ionien , certains auteurs (par
exemple, Caster 119) n'admettent pas non plus son authenticité : ils estiment qu’un esprit
sceptique et ironiste comme celui de Lucien ne pouvait pas avoir décrit avec tellement de
crédulité des faits et des coutumes qui auraient dû bien plutôt stimuler sa satire . Cependant,
nous nous rangeons pareillement à l'avis de ceux qui , comme Meunier 48, p. 15 sq. , défendent
l'authenticité de cet ouvrage : « La “ crédulité ” qui s'y montre et la “minutieuse exactitude” qui
en fait l'intérêt et le prix, s'expliquent par le fait que Lucien visite une ville et décrit un
temple et des solennités qui lui remettent en mémoire des impressions de jeunesse ou
d'enfance ... Les impressions d'enfance se gravent par des détails d'une minutie rigoureuse, et
le rappel des émotions premières, même si l'on n'a plus la foi qui les donna, se fait sans
ironie ... » . Enfin, si Lucien emploie non pas le dialecte attique qui lui était familier, mais le
dialecte ionien , c'est parce qu'il s'agit du dialecte dont Hérodote s'était servi pour raconter
ses Histoires ( ibid .). En ce qui concerne les cultes , les temples et les dieux de Syrie, Lucien
nous a légué ici un document aussi rare et précieux que l'est, pour la religion et la théologie
de l'Égypte, le traité Sur Isis et Osiris de Plutarque (p . 11 sq. ).
Influence .
Cf. 215 P. Schulze , Lucian in der Literatur und Kunst der Renaissance (= Bericht über das
Schuljahr Ostern 1905/1906 . Herzogliches Friedrichsgymnasium in Dessau ), Dessau 1906,
19 p.; 216 N. Caccia, Note sulla fortuna di Luciano nel Rinascimento : le versioni e i dialoghi
satirici di Erasmo da Rotterdam e di Utr. Hutten, Milano 1915-1916 ; 217 K. Mengis, Die
schriftstellerische Technik im Sophistenmahl des Athenaios, coll. « Studien zur Geschichte
und Kultur des Altertums » 10, 5 , Paderborn 1920, réimpr. New York 1997 , 139 p . ,
notamment p. 95 sq.; 218 L. Schenk , Lukian und die französische Literatur im Zeitalter der
158 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Aufklärung, Diss . München 1931 , 154 p. ; 219 J. Mesk , « Libanios und der Timon des
Lukians » , PhW 1932, p. 1107-1110 ; 220 O.G. Green, « Notes on the Lucianesque dialogues
of Bartolomé Leonardo de Argensola », Hispanic Review 3 , 1935 , p. 275-294 ; 221 L.R. Lind,
« Lucian and Fielding » , CW 29, 1935-1936 , p . 84-86 ; 222 M. Bataillon , Érasme et
l'Espagne : recherches sur l'histoire spirituelle du xvie siècle, coll.« Bibliothèque de l'école
des hautes études hispaniques » 21 , Paris 1937 , LIX - 903 p. ( cf. la nouv . éd . en trois vol . : texte
établi par D. Devoto ; édit. par C. Amiel, coll . « Travaux d'humanisme et Renaissance » 250 ,
Genève 1991 , le vol . I étant la réimpr. de la 1 re édit. ) ; 223 M. Morreale, « Imitación de
Luciano y sátira social en el cuarto canto del El Crotalón », BullHispan 53, 1951 , p. 301-317 ;
224 Ead ., « Luciano y las invectivas antiescolásticas en El Scholastico y en El Crotalón »,
BullHispan 64, 1952, p. 370-385 ; 225 Ead ., « Luciano y El Crotalón : la visión del más allá »,
BullHispan i 66 , 1954, p. 388-395 ; 226 A. Vives Coll , « Algunos contactos entre Quevedo y
Luciano » , Helmantica 5 , 1954, p. 193-208 ; 227 M. Morreale, « Luciano y Quevedo : la
Humanidad condenada » , Revista de literatura ( Madrid ) 8 , 1955 , p . 213-227 ;
228 S. E Howell , « Lucian in El Crotalón » , KFLQ 2 , 1955 , p. 97-103 ; 229 A. Vives Coll ,
Luciano de Samosata en España, 1500-1700, Valladolid 1959, 210 p. ; 230 Id ., « Luciano de
Samosata, enjuiciado por españoles ( 1500-1700 ) » , dans Actas del III Congreso español de
estudios clásicos (Madrid , 28 de marzo 1 abril de 1966 ), t. II , Madrid 1968, p. 186-191 ;
231 C. Robinson , Lucian and his influence in Europe, coll . « Classical life and letters »,
London/Chapel Hill 1979 , VII - 248 p. ; 232 M. O. Zappala, « Cervantes and Lucian » ,
Symposium 33 , 1979 , p. 75-82 ; 233 B. Baldwin , « Lucian and Europa : variations on a
theme» , Acta Classica 23 , 1980, p. 115-119 ; 234 E. Mattioli , Luciano e l'Umanesimo, coll.
« Istituto italiano per gli studi storici » 31 , Napoli 1980, 210 p.; 235 M. O. Zappala , « Luciano
español» , Nueva revista de filología hispánica [ Méjico ] 31 , 1982 , p . 25-43 ;
236 C.-A. Mayer, Lucien de Samosate et la Renaissance française, coll . « La Renaissance
française » 3 , Genève 1984, 252 p. ; 237 C. Lauvergnat -Gagnière, Lucien de Samosate et le
lucinianisme en France au XVIe siècle : athéisme et polémique, coll . « Travaux d'Humanisme
& Renaissance » 227 , Genève 1988 , X1-434 p. (append. sur les édit. et trad. de Lucien
imprimées aux XV-XVIe siècles) ; 238 E.J. de S. Rego, O calundu e a panaceia : Machado de
Assis, a satira menipeia e a tradicao lucianica , coll . « Imagens do tempo » , Rio de Janeiro
1989, 234 p.; 239 M. O. Zappala, Lucian of Samosata in the Two Hesperias : an essay in
literary and cultural translation , coll . « Scripta Humanistica » 65, Potomac , Md. 1990 , IX - 380
p . ; 240 J.-M. Camacho Rojo & J.-M. García González, « La literatura griega en la obra en
prosa de Francisco de Quevedo », Florllib 4-5 , 1993-1994, p. 109-124 ; 241 H.-G. Nesselrath ,
« Menippeisches in der Spätantike : von Lukian zu Julians Caesares und zu Claudian In
Rufinum » , MH 51 , 1994, p. 30-44 ; 242 D. Marsh , Lucian and the Latins : humor and
humanism in the early Renaissance, coll. « Recentiores : Later Latin texts and contexts » , Ann
Arbor 1998, XII -232 p. ; 243 R. Romano, Silêncio e ruído : a sátira em Denis Diderot, coll .
« Repertórios » , Campinas (Brésil) 1996, 201 p. ; 244 E. Ribbat, « “ Die ich rief, die
Geister...” : zur späten Wirkung einer Zaubergeschichte Lukians» , dans Ebner, Gzella,
Nesselrath & Ribbat 35 , p . 183-194 ( = « Essays IV » ) ; 245 D. Baumbach , Lukian in
Deutschland : eine forschungs- und rezeptionsgeschichtliche Analyse von Humanismus bis zur
Gegenwart, coll . « Beihefte zu Poetica » 25 , München 2002, 320 p. ; 246 M. García Valdés,
« Reminiscencias de Timón de Luciano en La Hora de todos y la Fortuna con seso de
Quevedo » , dans J.-M. Nieto Ibáñez (édit. ), Lógos Hellenikós : homenaje al Profesor Gaspar
Morocho Gayo, León 2003, p. 707-719 (t. II ).
Pour un aperçu sur ce sujet nous renvoyons à Alsina Clota, dans Espinosa Alarcón 58 , t. I,
p. 55-66 ( cf. Id . [édit . ] 10, t. I , p. LXVIII - LXXV ), Nesselrath 90 , col . 500 sq.; et Bompaire 15,
t. I , p. XXXVI- XXXIX ( cf. aussi F. Barberis dans Matteuzzi 32, p. XXXIV -XXXVII , où on évoque
la perspective critique de M. Bachtin , qui va au-delà de l'influence littéraire au sens strict).
Sur leséditions et les traductions, cf. supra , A.
L'œuvre de Lucien a très bien résisté à l'espèce de damnatio memoriae dont
elle semble avoir été l'objet « officiellement » ( comme le dit Bompaire 15 , t . I ,
p . XXXVI ) dans l'Antiquité , à commencer par Philostrate ( cf. supra , A ) . En effet,
elle a été sans doute imitée par les épistolographes Alciphron et Aristénète , et
L 66 LUCIEN DE SAMOSATE 159

par les romanciers , et ne semble pas avoir été indifférente à Athénée, à Libanius
( né aussi en Syrie ) ou à Julien . Sa fortune au Moyen Âge fut beaucoup plus
grande, notamment dans la littérature byzantine de teneur édifiante ou satirique,
malgré la condamnation de la Souda et le mépris aussi des scholiastes, à la suite
d'Aréthas. Bompaire 15 , t . I , p. XXXVII , le résume très bien : « Les grand écri
vains de Byzance le citent, l'imitent, sans parler des travaux que lui a consacrés
précisément Aréthas, évêque de Césarée au début du Xe siècle et source des
principales scholies. Photios, Psellos, Tzetzès, Théodore Prodromos, Nicéphore
Grégoras le pratiquent. De nombreux écrits anonymes le démarquent: outre le
Philopatris... inséré dans la collection des æuvres de Lucien , mentionnons le
Timarion (XII ° s. ) et le Mazaris ( XVe s . ), dialogues infernaux ; on imite même les
apocryphes anciens, tels les Amours ou le Charidèmos (cf. le dialogue Her
mippos du XIV ° s. , anonyme et non pas l'euvre de Jean Katrarios) ».
Quant on arrive à la Renaissance, l'influence de Lucien devient de plus en
plus grande. C'est le début de ce que l'on a appelé le « lucianisme » moderne ,
lequel, à la Renaissance, s'identifie notamment avec l ' « érasmisme » , un mouve
ment de pensée inspiré d'Érasme de Rotterdam ( ca 1466-1536 ) et marqué entre
autres par l'ironie à l'égard des excès , des préjugés et des superstitions, mouve
ment qui s'est répandu en Europe et a été très important notamment en Espagne.
C'est alors qu'on insiste sur le côté philosophique de Lucien et que celui -ci
devient l'un des auteurs favoris. Comme le remarque Bompaire 15 , t . I ,
p. XXXVIII, une fois que Lucien est diffusé en traduction latine par de nombreux
humanistes, « en premier lieu par Le Pogge , Guarino de Vérone, Aurispa au Xve
siècle , puis par Thomas More, Érasme, Mélanchthon , Robert Estienne » , il est
traduit dans les diverses langues européennes, et un grand nombre d'auteurs
s'inspirent de lui par la suite dans leurs propres créations.
Voici un choix illustratif correspondant aux xve /xvile siècles : Leone Battista Alberti
( 1404-1472 ), le « nouveau Lucien » , dans Intercoenales, Apologhi et Momo ; Érasme, dans
Moriae encomiun , Colloquia familiaria ou Querella pacis ; Rabelais ( ca 1494-1553 ), dans La
vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel ( cf. Luc . , V.H. et Nav.); Matteo
Maria Boiardo (ca 1440-1494 ), dans Timone ; Niccolò Machiavelli ( 1469-1527 ) , dans Asino
d'oro ; Ulrich de Hutten ( 1488-1523 ) , dans Phalarismus et Arminius ; Hans Sachs ( 1494
1576), dans Charon mit den abgeschiedenen Geistern (cf. Luc . , D. mort. X ) et dans Clinias
und Agatokles (cf. Luc. , Tox .) ; Alfonso de Valdés (ca 1490-1532 ), dans Diálogo de Mercurio
y Carón ; Juan Luis Vives ( 1492-1540) , dans De Europae dissidiis et bello turcico ;
Bonaventure des Périers (ca 1510-1544 ), dans Cymbalum Mundi ; Cristóbal de Villalón (ca
1505-1581 ) , dans El Scholastico, ainsi que le Crotalón , s'il faut bien lui attribuer cet
anonyme , ce qui n'est pas sûr ; Miguel de Cervantes ( 1547-1616 ), notamment dans El
coloquio de los perros y El licenciado Vidriera ; Mateo Alemán ( 1547-ca 1615 ), un « autre
Lucien » ( au dire de Baltasar Gracián ), dans son roman picaresque Guzmán de Alfarache,
atalaya de la vida humana ; Luis Vélez de Guevara ( 1579-1644 ), dans El diablo cojuelo ;
Francisco de Quevedo (1580-1645 ), le « Lucien espagnol » déjà de son vivant, dans Sueños
( cf. Luc . , Somn ., D. mort. , Nec., Char ., Icar ., Tim ., D. meretr. ) et La hora de todos y la
Fortuna con seso ( cf. Luc . , Tim . ); Saavedra Fajardo ( 1584-1648 ), dans Diálogo entre
Mercurio y Luciano y República literaria ; Savinien Cyrano de Bergerac ( 1619-1655 ), dans
Histoire comique d'un voyage à la lune ( cf. Luc. , V.H.).
Il n'est pas étonnant que le « lucianisme » ait été aussi très important au siècle
des Lumières, où il prend notamment la forme du « voltairianisme » , que repré
sentent par excellence la libre -pensée et l'esprit sarcastique et démolisseur de
160 LUCIEN DE SAMOSATE L 66

Voltaire ( 1694-1778). Lucien lui-même a été considéré par la critique moderne


comme le Voltaire de l'Antiquité ( cf. 247 É. Egger, « Parallèle de Lucien et de
Voltaire » , dans Mémoires de littérature ancienne, Paris 1862 , p . 473 sqq . ) . On
reconnaît l'influence de Lucien entre autres chez François de Salignac de la
Mothe Fénelon ( 1651-1715 ) et Bernard de Fontenelle ( 1657-1757 ) , auteurs
chacun d'un ouvrage intitulé Dialogues des morts ; chez Jonathan Swift ( 1667
1745 ), dans ses Gulliver's Travels ; chez Henry Fielding ( 1707-1754 ), dans Tom
Jones ( 1749) ; chez Christoph Martin Wieland ( 1733-1813 ) , dans Neue Götter
gespräche ( 1791 ) ; et bien sûr , chez Voltaire, dans le Micromégas ( 1752 ) et le
Candide ( 1758 ) . Ajoutons aussi Le neveu de Rameau de Denis Diderot
( composé en 1769 et publié de façon posthume en 1830 ) . En ce qui concerne
l'Espagne , cf. 248 A. Vives Coll , « Luciano en el siglo XVIII español » , dans
J. V. Bañuls Oller, J. Sánchez Méndez & J. Sanmartín Sáez (édit. ) , Literatura
iberoamericana y tradición clásica, Barcelona /Valencia 1999, p. 481-485 .
Au XIXe siècle, on peut signaler que l'euvre de Lucien a influencé Johann W.
Goethe ( 1749-1832 ; cf. Ribbat 244 ), Giacomo Leopardi ( 1798-1837 ) , dans ses
Dialogues, Juan de Valera ( 1824-1905 ), dans Asclepigenia ( 1878 ) , ou Joaquim
M. Machado de Assis ( 1839-1908 ; cf. Rego 238) .
Cf. aussi 249 R. Rojo, « El espejo selenita y el Aleph de Borges» ,dans M. C. Álvarez
Morán & R.M. Iglesias Montiel (édit. ) , Contemporaneidad de los clásicos : la tradición
grecolatina ante el siglo XXI ( La Habana , 1-5 de diciembre de 1998 ), Murcia 1998 , p. 145
148 ; 250 M. G. Barandica de Yaya, « ¿ Pueden morir los dioses ? Algunas respuestas, desde
Luciano hasta Torrente Ballester » , REC 30, 2001, p. 13-26.
PEDRO PABLO FUENTES GONZÁLEZ.

67 LUCILIUS ( C.-) RE 4 FIIa


Poète satirique romain .
Éditions. 1 F. Marx ( édit. ), C. Lucilii Carminum Reliquiae, 2 vol., Leipzig,
1904-1905 ; 2 N. Terzaghi (édit . ) , C. Lucilii Saturarum Reliquiae, Firenze 1934 ;
3 E. H. Warmington (édit. ) , Remains of Old Latin, t. III , Lucilius and the Twelve
Tables , coll . LCL, London/Cambridge ( Mass . ) 1938 , 19572, 19613 ;
4 W. Krenkel, Lucilius. Satiren . Lateinisch und Deutsch, 2 vol . , Leiden 1970 ;
5 F. Charpin , Lucilius Satires, CUF, Paris, t. I , 1978 ; t. II , 1979 ; t. III , 1991.
Index et Concordances. 6 L. Berkowitz et Th . Brunner, Index Lucilianus,
Hildesheim 1968 ; 7 Anna Chahoud, C. Lucilii reliquiarum Concordantia, coll .
« Alpha-Omega . Reihe A , Lexika, Indizes , Konkordanzen zur klassischen
Philologie » 185 , Hildesheim 1998 , 368 p .
Bibliographie jusqu'en 1970. 8 J. Christes, « Lucilius. Eine Bericht über die
Forschung seit F. Marx ( 1904/5 ) » , ANRW I 2 , 1972 , p. 1182-1239..
Études. 9 A. Kappelmacher, art. « Lucilius » , RE XIII , 2 , 1927 , col . 1617
1637 ; 10 C. Cichorius, Untersuchungen zu Lucilius, Berlin 1908, réimpr. Berlin
1964 (ouvrage qui reste fondamental) ; 11 I. Mariotti , Studi Luciliani, Firenze
1960 ; 12 J. Christes, Der frühe Lucilius . Rekonstruktion und Interpretation des
XXVI. Buches sowie von Teilen des XXX Buches , Heidelberg 1971 ;
13 B. Zucchelli , L'independenza di Lucilio , coll . « Univ. di Parma, Pubblicazioni
L 67 LUCILIUS (C. -) 161

dell'Istituto di Lingua e Lettere » 3 , Firenze 1977 , p . 81-141 ; 14 J. Christes ,


« Lucilius » , dans J. Adamietz ( édit . ) , Die römische Satire, Darmstadt 1986 ,
p. 57-122 ; 15 G. Manuwald (édit. ) , Der Satiriker Lucilius und seine Zeit, coll .
« Zetemata » 110, München 2001 (recueil d'études).
Biographie . Les données exactes sont difficiles à préciser ( voir
16 W. Krenkel, « Zur Biographie des Lucilius » , ANRW I 2 , 1972 , p. 1240-1259 ;
17 E. Gruen , « Lucilius and the contemporary scene » , dans Culture and
National Identity in Republican Rome, London 1992, p. 272-317 ) . Selon saint
Jérôme ( Chron. Ol . 160, 2) Lucilius serait né en 148 a et mort en 1024. Cette
indication est toutefois peu compatible avec les indications que nous possédons
par ailleurs : Lucilius avait accompagné Scipion Émilien dans son expédition
contre Numance en 134 (Vell . Pat . II 9 , 4) ; il aurait alors été âgé de quatorze
ans, si l'on se fie aux indications de saint Jérôme, ce qui paraît très surprenant
(cette chronologie est toutefois admise par 18 Geraldine Herbert - Brown,
« Jerome's dates for Gaius Lucilius , satyrarum scriptor » , CQ 49 , 1999, p. 535
543 ) . Il est difficile d'accepter la familiarité et l'amitié qui existaient entre
Scipion Émilien et un poète, qui serait alors plus jeune de trente-sept ans. Aussi
bien des savants ont- ils pensé à une erreur provenant d'une confusion entre les
consuls de 148a ( Sp. Postumius Albinus et L. Calpurnius Piso) et ceux de 180a
(A. Postumius Albinus et C. Calpurnius Piso) . Sur cette question , voir Charpin
5 , p. 1 n . 4 , qui, à la suite de Krenkel 16 , considère comme plus plausible une
naissance en 180. Cette dernière date a suscité des réserves ( voir la discussion
dans Gruen 17 , p. 275-276) , mais a été adoptée par de nombreux critiques.
Lucilius mourut en 102 à Naples, et la cité lui accorda des funérailles publiques .
Originaire de Suessa Aurunca en Campanie , Lucilius appartient à une famille
de rang sénatorial ( 19 W. J. Raschke , « Arma pro amico . Lucilian Satire at the
Crisis of the Roman Republic » , Hermes 115 , 1987 , p . 299-318 ) ; lui - même
faisait partie de l'ordre équestre, mais il évita de s'engager dans une carrière
politique, refusa même d'exercer une charge de publicain ( 671-672 M , 675 M
= XXVI 31-32 Charpin ) et se borna à administrer ses immenses propriétés de
Campanie et de Sicile . Bien des fragments font d'ailleurs allusion au monde de
la campagne (Charpin 5 , p . 11 ; Gruen 17 , p . 279 ) . Lucilius possédait en outre
des richesses considérables.

Ses liens d'amitié avec Scipion Émilien et son cercle sont souvent mention
nés par les auteurs anciens (cf. Horace, Sat. II 1 , 71-74 ; Ps.- Acron, Ad Horat.
Sat. II 1 , 71 ) ; Lucilius accompagna Scipion Émilien dans son expédition contre
Numance ; dans ses satires, il évoque cet ami à plusieurs reprises ( 1138-1142 M
= H 82 Charpin ); il mentionnait la mort de Scipion ( 1093 M = XXX 8 Charpin )
et défendait sa mémoire en critiquant ses ennemis ( 1098 M = XXX 101
Charpin ). Il est sûr qu'il fut un proche de Scipion Émilien et de Laelius
( L 12 ) .
Euvres. Lucilius est considéré comme le créateur de la satire : les fragments
de ses poèmes sont nombreux ; dans les éditions actuelles, ils sont regroupés en
30 livres : les livres 1 à 20 contiennent des fragments en hexamètres dactyliques ;
les livres 22-25 , des distiques élégiaques ; les livres 26 à 30 des mètres variés.
162 LUCILIUS (C. -) L 67

Ce classement métrique ne reflète évidemment pas la chronologie de la publi


cation ; elle est extrêmement difficile à préciser.
Il est en général admis que les livres 26-30 sont les plus anciens et les premiers publiés,
sans doute vers 131-129 ; les livres 1 à 21 sont postérieurs, composés entre 125-107 , publiés
en 105 , les livres 22 à 25 auraient fait l'objet d'une publication posthume.
Ces Satires contiennent de vigoureuses critiques contre des hommes politi
ques de l'époque de Lucilius (outre Gruen 17 , et Raschke 19, voir 20 E. Lefèvre,
« Lucilius und die Politik » , dans Manuwald 15 , p . 139-149 , et 21 E. Olshausen,
« Lucilius und seine Zeit » , dans Manuwald 15 p. 166-176) ; Lucilius attaquait
aussi le goût des richesses, le développement du luxe et des banquets pour faire
apparaître le déclin des meurs . En même temps, le poète avait fait place à des
réflexions sur le genre et la nature de la satire , définie comme sermo et ludus
( 22 U. W. Scholz, « Die sermones des Lucilius » , dans M. Braun , A. Haltenhoff
F.H. Mutschler ( édit. ), Moribus antiquis res stat Romana. Römische Werte
und römische Literatur im 3 und 2 Jh . v. Chr., München /Leipzig 2000 , p. 217
234 ; pour l'esthétique, voir 23 M. Puelma- Piwonka, Lucilius und Kallimachos.
Zur Geschichte einer Gattung der hellenistisch -römischen Poesie, Frankfurt
1949 ; 24 W. Krenkel, « Zur literarischen Kritik bei Lucilius » , WZRostock 7 ,
1957/1958 , Gesellschaft und Sprachwissenschaftliche Reihe p. 249-282 , réimpr
dans D. Korzeniewski (édit. ) , Die römische Satire, Darmstadt 1970 , p. 161-266 ,
et 25 S. Koster, « Lucilius und die Literarkritik » , dans Manuwald 15 , p . 121
131 ) .
La place de la philosophie n'est pas moins importante dans son cuvre ( elle
est longuement analysée par 26 G. Garbarino , Roma e la filosofia greca , t. II ,
p. 484-537. Nous savons même par Cicéron, Acad. pr. II 102 , que Clitomaque
( MC 149 ) , le scholarque de la Nouvelle Académie , lui avait dédié un ouvrage
dans lequel il traitait de la doctrine de la connaissance et de la réalité des
sensations et où il exposait la doctrine du probable élaborée par son maître
Carnéade ( » C 42 ) . Pour expliquer la rencontre entre les deux hommes , il est
admis que le poète aurait séjourné à Athènes dans sa jeunesse (Garbarino 26,
p . 486-487 ) , hypothèse que confirment le grand nombre de mots grecs présents
dans les Satires et la connaissance des usages athéniens.
Sur les mots grecs, voir Mariotti 11 ; 27 Th . Baier, « Lucilius und die griechischen
Wörter » , dans Manuwald 15, p. 37-50.
Plusieurs fragments contiennent des références précises à la philosophie :
Socrate ( 832 M = XXIX 66 Charpin ; 709-710 M = XXVII 22 Charpin ),
Aristippe [ 2A 356 ] ( 742 M = XXVIII 7 Charpin ), Carnéade ( 31 M = I 17
Charpin ) sont mentionnés . Le livre XXVIII décrivait un banquet où étaient
passés en revue les différents systèmes philosophiques : l'épicurisme avec ses
atomes ( 753 M = XXVIII 15 Charpin ), le stoïcisme, l'Académie ( 754 M
= XXVIII 13 Charpin ). On en déduit une connaissance directe des écoles philo
sophiques . Un des paradoxes stoïciens, concernant le sage , est raillé ( 1255-1256
M = H 32 Charpin ). Lucilius soulignait l'erreur des hommes , incapables de
reconnaître les vrais biens ; il évoquait aussi les rapports du corps et de l'âme
( 635-636 M = XXVI 64 Charpin ; 638-639 M = XXVI 65-66 Charpin ) et
L 68 LUCILIUS IUNIOR (GAIUS -) 163

renvoyait à la doctrine des quatre éléments primordiaux (784 M = XXVIII 29


Charpin ).

Le fragment sur la vertu . Le fragment le plus important et le plus souvent


commenté a pour sujet la uirtus ( 1326-1338 M = H 23 Charpin , transmis par
Lactance , Diu . Inst. VI 5 , 2 ) . Un certain Albinus y est interpellé ( > A 81 ) .
Cf. 28 W. Görler, « Zum virtus- Fragment des Lucilius ( 1326-1338 M ) und zur
Geschichte der stoïschen Güterlehre » , Hermes 112 , 1984 , p . 445-468, qui étudie
longuement la notion d'aç a et le stoïcisme du II° siècle ( Diogène de Babylonie
( 2D 145 ] , Antipatros de Tarse [ > A 205 ] ) ; 29 W.J. Raschke , « The virtue of
Lucilius » , Latomus 49 , 1990 , p. 352. Lucilius en mentionne différents aspects :
attribuer leur vrai prix aux choses ; connaître ce qui est juste , ce qui est utile , ce
qui est honorable ( rectum , utile, honestum ) ; défendre les hommes de bien et les
bonnes meurs ; « placer en premier l'intérêt de la patrie, ensuite celui de nos
parents , en troisième et dernier lieu , le nôtre » . Cette dernière indication a
conduit plusieurs commentateurs à affirmer que Lucilius reproduisait la tradition
romaine de la uirtus et les problèmes du second siècle ( Raschke 29 ; Scholz 22 ) .
Mais les échos de la philosophie ne sont pas moins importants : le poète souligne
la nécessité de distinguer les faux biens des biens véritables , et donc de donner
leur véritable valeur aux choses ; cette affirmation renvoie à la notion d’åě a
dans la morale stoïcienne ( Garbarino 26 , p . 524 ; Görler 28 ) . La comparaison
avec le De officiis de Cicéron montre que le lien qui est établi entre rectum ,
utile, honestum dans ce passage , provient de Panétius (Garbarino 26 , p . 523 ;
Puelma- Piwonka 23 , p . 40 ). Lucilius ne fait donc pas seulement preuve d'un
intérêt évident pour la philosophie , il apparaît proche de Panétius et des idées
développées dans l'entourage de Scipion Émilien .
MICHÈLE DUCOS .

68 LUCILIUS IUNIOR (GAIUS -) RE 26 PIR2 L 388 I


Né probablement vers l'an 5 ( la date de sa mort est inconnue ) , ami et
correspondant de Sénèque , son aîné de quelques années ( lettre 26, 7 : iuuenior
es) , dédicataire du De prouidentia et des Questions Naturelles et destinataire des
Lettres dites Lettres à Lucilius. Attaché à la Campanie, en particulier à Naples et
à Pompéi où il avait passé sa jeunesse (lettre 53 , 1 : Parthenope tua , et 70, 1 :
tuos Pompeios), bien que d'origine modeste , il parvint à devenir chevalier et
géra des milices équestres avant d'obtenir une procuratèle en Sicile vers 63-64,
la seule apparemment, malgré ce qu'avaient cru certains ( notamment
1 L. Delatte, « Lucilius, l'ami de Sénèque » , LEC 4 , 1935 , p . 367-385 et 546
590 ), qu'il ait exercée : 2 A. Vassileiou , « Les voyages de Lucilius d'après
Sénèque, Ep. 31 , 9 » , REL 49 , 1972 , p . 217-227 , et 3 P. Grimal, « Lucilius en
Sicile » , dans ou as rápiv. Miscellanea in onore di E. Manni, Roma 1979 ,
p. 1175-1187 . Fidèle et courageux en amitié – ses liens avec Sénèque étaient
anciens et profonds ( lettres 49 , 1 et 55 , 10-11 ) - , il fut inquiété en 39 par
Messaline et Narcisse, lors du bannissement en Corse du philosophe , compromis
dans une affaire d'adultère avec Julia Livilla, et au moment de la mise à mort
par Caligula de Gétulicus accusé de conspiration (Nat. Quaest. IV , préface 1 et
164 LUCILIUS IUNIOR (GAIUS -) L 68

14-18 ). Il fut sans doute aussi compromis dans les complots contre Néron ( à
plusieurs reprises il fait part de menaces et de ses craintes d'être soumis à la
question : lettres 24 , 11 ; 29 , 9 ; 42 , 5 et 103 , 1-2 ) et victime de la disgrâce
commune qui frappa tous les parents et amis de Sénèque lors de la conjuration
de Pison ( Tacite, Annales XV 71 ) .
Possédant des dons littéraires affirmés ( la lettre 100 nous révèle ses goûts et
points de vue en ce domaine , notamment sa prédilection pour un style brillant
n'excluant pas rigueur et pureté ), Lucilius était aussi philosophe et poète. Il nous
reste de ses écrits quelques fragments, essentiellement quatre vers transmis par
Sénèque ( lettres 8 , 10 et 24 , 21 , Nat. Quaest. II 1 , 1 ) et exprimant des sentences
morales. Certains lui ont parfois attribué le poème pseudo - virgilien intitulé
L'Etna ; mais, malgré sa prédilection pour la poésie scientifique et son admi
ration pour Lucrèce, et bien qu'il se soit intéressé à l'Etna au point d'envisager
d'en faire l'ascension pour élucider son mystère, Lucilius ne semble pas avoir eu
l'intention de consacrer au volcan un poème entier ; ce qu'il projetait, c'était
d'écrire un ouvrage d'ensemble sur la Sicile incluant une description de l'Etna
( lettre 79 , 2-10) : sur ce difficile problème d'attribution , voir 4 L. Duret, « Dans
l'ombre des plus grands: II . Poètes et prosateurs mal connus de la latinité
d'argent» , ANRW II 32 , 5 , 1986 , p . 3181-3187 , 5 F.R.D. Goodyear, « The
Aetna ' : Thought, Antecedents, and Style » , ANRW II 32 , 1 , 1984, p. 344-363, et
6 M. Lapidge , « Stoic Cosmology and Roman Literature, First to Third Centuries
A. D. » , ANRW II 36 , 3 , 1989 , p. 1379-1429 ( p . 1409-1411 , The ' Aetna ' ) .
D'autre part, rien ne permet d'identifier Lucilius au poète Lucillius (Aov
x Mioc) , auteur d'épigrammes satiriques sur les athlètes figurant dans l'Antho
logie Palatine. Enfin , la lettre 45 fait état d'un ouvrage philosophique composé
par Lucilius dont Sénèque loue l'inspiration et le style , mais qui ne nous est pas
parvenu .
Pour nous , le plus important demeure le rôle qu'a joué Lucilius , comme
interlocuteur privilégié de Sénèque , dans l'élaboration des Lettres, et la part
qu'il a prise dans les dernières orientations du philosophe . Il semble en effet,
contrairement à ce qui est parfois avancé , qu'il s'agisse là d'un véritable
échange épistolaire et non d'une correspondance fictive ( cf. 7 K. Abel, « Das
Problem der Faktizität der senecanischen Korrespondenz » , Hermes 109 , 1981 ,
p . 472-499) , même si , très vite , Sénèque a songé à la publier et si les lettres
deviennent de plus en plus longues – au point de constituer parfois de brefs
traités -, au fur et à mesure que Lucilius progresse dans la sagesse et que ses
questions se font de plus en plus exigeantes et profondes. Cette correspondance
tente même de résoudre les problèmes que posent en voyage la direction de
conscience , le dialogue intellectuel et moral que les deux hommes s'obstinent à
entretenir malgré la distance et les retards du courrier: 8 R. Chambert, Rome : le
mouvement et l'ancrage. Morale et philosophie du voyage au début du
Principat, coll . « Latomus» 288 , Bruxelles 2005, p. 175-183 . Les 124 lettres que
nous possédons ( deux livres mentionnés par Aulu-Gelle ont été perdus ) retracent
la révolution morale , la véritable crise de conscience qui conduit Lucilius ,
soutenu par les conseils fervents de son ami , à se retirer du monde , renoncer à
L 69 LUCIUS 165

ses charges et à ses ambitions pour se vouer à la vie philosophique. Son nom
reste donc définitivement attaché à l'histoire de cette difficile conversion, non
exempte de doutes et de rechutes, et à ce long travail de parénèse entrepris par
Sénèque (meum opus es, lui dit le philosophe dans la lettre 34, 2).
Se pose enfin le problème de l'appartenance philosophique de Lucilius .
Certains ont voulu voir en lui un épicurien désireux de se tourner vers le stoï
cisme ; mais les nombreuses références à Épicure qui émaillent les lettres ne
constituent pas nécessairement une preuve de cette allégeance : elles reflètent
aussi l'intérêt que Sénèque lui -même porte à la pensée du Jardin et son souci de
réhabiliter la doctrine : cf. 9 J.-M. André, « Sénèque et l'épicurisme : ultime
position » , Actes du Vijème Congrès de l'Ass. G. Budé, Paris 1969, p. 469-480, et,
10 Id ., « Les écoles philosophiques aux deux premiers siècles de l'Empire » ,
ANRW II 36 , 1 , 1987 , p. 8-77 (p. 29-32 sur Lucilius ) . Il convient surtout,
semble - t-il, de voir en Lucilius un homme soucieux de parvenir à la sagesse et
au bonheur, en se libérant des charges publiques, en se détachant des richesses et
des honneurs, et en se consacrant à l'étude et à la réflexion . Comme le De otio,
les Lettres posent le problème de l'action et de l'engagement, lesquels ne sont
pas incompatibles avec la retraite, car celle-ci permet une autre forme d'action,
utile à un plus grand nombre (cf. 11 J.-M. André, Recherches sur l'otium
romain , Paris 1962 , en particulier p . 27-81 : « Otium, retraite et conversion à la
sagesse chez Sénèque. L'évolution des dialogues aux lettres » ) . S'appuyant sur
les préceptes stoïciens, mais pratiquant la parrhesia épicurienne, Sénèque ne
ménage pas son ami, n'hésitant pas à lui montrer ses faiblesses, à critiquer ses
erreurs ( irrésolution , attachement excessif à l'argent, voyages inconsidérés ),
pour l'engager toujours plus loin dans la voie de la sagesse, l'iter ad sapientiam ,
dans la connaissance de soi et de la nature . Lucilius est donc le héros de cette
aventure spirituelle unique , dans laquelle la philosophie, conçue comme un
véritable art de vivre , permet seule d'atteindre l'équilibre et la tranquillité,
Sénèque trouvant dans cette noble tâche de guide et de soutien la justification de
sa propre retraite , effective depuis 62 (cf. 12 P. Grimal , Sénèque ou la
conscience de l'Empire, Paris 1978 , 2ème éd. 1991 , p. 219-233 ) .
Cf. 13 W. Kroll, art. « Lucilius » 26, RE XIII 2 , 1927 , col . 1645 .
RÉGINE CHAMBERT .

LUCILIUS + BALBUS (L. LUCILIUS -) [B7]

LUCILIUS BALBUS (Q. LUCILIUS -) [B 8]


69 LUCIUS RE Lukios 2 FI - DII

Disciple de Musonius Rufus ( > * M 199 ) , stoïcien .


Cf. 1 K. von Fritz, art. « Musonius » 1 , RE XVI 1 , 1933 , col . 895-896 .
Selon Stobée, Anth . II 15 , 46 , t. II , p . 193-194 Wachsmuth , qui nous a
conservé vingt et un Entretiens de Musonius Rufus, l'un au moins de ces
Entretiens (V ) aurait été publié par un certain Lucius , disciple du philosophe ; il
est intitulé chez Stobae Λυκ ου εκ των Μουσων ου . Meme si son nom n'est
pas cité pour les autres, les éditeurs considèrent souvent que tous les Entretiens
166 LUCIUS L 69

reproduits par Stobée ont été notés par Lucius . La banalité du nom interdit
d'identifier ce dernier; on sait seulement qu'il est resté auprès de Musonius
Rufus pendant une bonne partie de sa carrière, à Rome, à Gyaros et peut-être en
Syrie . Une allusion ( VIII 5 ) à l'époque où existaient encore en Syrie des rois
vassaux de Rome a permis de dater la rédaction des Entretiens d'après 106 apr.
J.-C.

Pour la contribution de Lucius à la survie des écrits de Musonius , voir


l'introduction de 2 Cora E. Lutz , « Musonius Rufus, the Roman Socrates » , YCIS
10, 1947 , p . 1-30 . Il se peut qu'il ait conservé surtout ce qui relevait de la morale
pratique.
Une sentence attribuée à Lucius dans le Gnomologium Vaticanum (Vaticanus
gr. 1144 ) doit être en réalité de Musonius Rufus: voir Lutz 2, p. 8 n. 18 .
SIMONE FOLLET.

70 LUCIUS RE Lukios 3 PIR2 L 402 M IIP


Ami d'Hérode Atticus .

Connu seulement par Philostrate, Vies de sophistes, II 1 , 8-9 (t. II , p. 64 , 20 -


65 , 27 Kayser) , ce philosophe ami d'Hérode Atticus , disciple de Musonius de 1
Tyr, était célèbre pour la grâce de ses propos et la justesse de ses reparties. Il
critiqua notamment les manifestations exagérées de deuil d'Hérode à la mort de
Regilla , en 160 ou 161 , et obtint par la raillerie ce qu'il n'avait pu obtenir par
l'exhortation . Il rappelait qu'il avait lui -même entendu à Olympie Hérode louer
la juste mesure devant les Grecs assemblés ; il disait avoir beaucoup appris en
entendant son maître Musonius développer ce thème et l'avoir lui-même déve
loppé . Lucius , à Rome , raillait aussi l'empereur Marc Aurèle ( 2 - M 39 ) qui ,
vieillissant, allait encore suivre les leçons du philosophe Sextus de Chéronée ,
alors que son roi Alexandre avait déjà conquis le monde à trente -trois ans
( l'expression « mon roi » employée à propos d'Alexandre pourrait laisser
supposer qu'il était d'origine macédonienne ) .

Rien n'autorise à l'identifier aux autres Lucius contemporains connus


( + L 69 , 71-72 ) , non plus qu'au philosophe anonyme , stoïcien , qui , selon
Aulu - Gelle , Nuits attiques, XIX 12 , aurait critiqué la douleur excessive
d'Hérode à la mort d'un « enfant aimé» – l'expression laisse supposer qu'il
s'agit d'un des tpóøquoi d'Hérode , non d’un de ses fils.
SIMONE FOLLET.

71 LUCIUS RE Lukios 4 ( Aɛúxlog ? ) I-II


Philosophe néopythagoricien, originaire d'Étrurie , élève de Modératus de
Gadès ( M 186 ) . Plutarque le fait intervenir dans les Quaest. Conv. VIII 7 et 8 ,
et dans le De facie. Il avait fait sa connaissance à Rome , à l'occasion d'un dîner
donné par son ami Sextius Sylla , à la fin du 1er siècle au plus tôt ( Quaest. Conv.
VIII 7 ) .
BERNADETTE PUECH .
L 72 LUCIUS 167
72 LUCIUS RE 1 II ?

Philosophe, probablement platonicien, auteur d'un ouvrage polémique contre


les Catégories d'Aristote.
Études d'orientation . 1 K. Praechter, « Nikostratos der Platoniker » , Hermes
57 , 1922 , p . 481-517 , repris dans Kleine Schriften, hrsg . von H. Dörrie,
Hildesheim /New York 1973 , p . 101-137 ; 2 W. Capelle, art. « Lukios » 1 , RE
XIII 2 , 1927 , col . 1791-1797 ; 3 K. von Fritz, art. « Nikostratos » 26, RE XVII 1 ,
1936 , col . 547-551 ; 4 P. Moraux , Der Aristotelismus bei den Griechen von
Andronikos bis Alexander von Aphrodisias, t . II , Berlin /New York 1984 , p . 528
563 ; 5 H.B. Gottschalk , « The earliest Aristotelian commentators » , dans
R. Sorabji (édit. ) , Aristotle Transformed. The ancient commentators and their
influence, London 1990 , p . 55-81 ; 6 Simplicius, Commentaire sur les Caté
gories , fasc . I , Traduction de Ph . Hoffmann, commentaire et notes à la traduc
tion par I. Hadot, coll . « Philosophia antiqua » 50 , Leiden 1990 ; 7 Simplicius,
Commentaire sur les Catégories, fasc . III , Traduction de Ph . Hoffmann ,
commentaire et notes à la traduction par C. Luna , coll . « Philosophia antiqua »
51 , Leiden 1990 ; 8 J. Mansfeld , Heresiography in Context. Hippolytus'
Elenchos as a Source for Greek Philosophy, coll . « Philosophia antiqua » 56 ,
Leiden 1992 ; 9 H. Dörrie et M. Baltes , Der Platonismus in der Antike, t . III :
Der Platonismus im 2. und 3. Jahrhundert nach Christus, Stuttgart /Bad
Cannstatt 1993 ; 10 Simplicius, Commentaire sur les Catégories. Chapitres 2-4 ,
Traduction par Ph. Hoffmann , commentaire par C. Luna, coll . « Anagôgê » , Paris
2001 ; 11 A. Gioè, Filosofi medioplatonici del II secolo d. C. Testimonianze e
frammenti. Gaio , Albino, Lucio, Nicostrato , Tauro, Severo , Arpocrazione, coll .
« Elenchos » 36 , Napoli 2002 ; 12 R. Chiaradonna, Sostanza, movimento ,
analogia. Plotino critico di Aristotele, coll . « Elenchos » 37 , Napoli 2002.
Chronologie. La seule donnée chronologique sûre est fournie par Simplicius
dans le proème de son commentaire sur les Catégories, où il déclare que Lucius
est antérieur à Nicostrate » N 55 ] (in Cat., CAG VIII , 1907, p . 1 , 18-22
Kalbfleisch , texte cité infra, p. 171 = T 1 ) . Or, Nicostrate , philosophe plato
nicien d'Athènes , est mentionné dans un décret honorifique de Delphes qui est
datable peu avant 163 après J.-C. (SIG II , n° 868 ; cf. Praechter 1 , p . 101-104
[481-484 ); Dörrie -Baltes 9, Baustein 75b , comm . p . 144-145 ). Un terminus ante
quem pour l'ouvrage de Nicostrate est constitué par Atticus ( > -A 507 ) , car une
des apories de Nicostrate a été reprise par Atticus (cf. Simplicius , in Cat., p. 30,
16-17 = Atticus , fr. 41 des Places, CUF, Paris 1977 ) . Puisque le floruit d'Atticus
est placé en 176, Lucius doit être antérieur à cette date. On ne dispose pas , en
revanche, d'un terminus post quem . Capelle 2 , col . 1793-1794 , pense pouvoir le
fixer sur la base d'un passage de Simplicius concernant la division de la
catégorie de la qualité : Αίτιώνται (scil. οι περί τον Λούκιον και Νικόστρα
τον ) δε και το εις δύο γενέσθαι την διαίρεσιν έδει γάρ μετά τον αριθμόν
και το μέγεθος τρίτον είδος τάττειν το βάρος ή την ροπήν , ώς ' Αρχύτας
και ως ύστερον 'Αθηνόδωρος έταξεν και Πτολεμαίος και μαθηματικός ( in
Cat . , p . 128 , 5-8 (= F 6 ] ) . Selon Capelle , puisque la réponse à l'aporie ne
commence qu'après la citation de Ptolémée ( árrà öntéov oti xt2 . ) , cette
168 LUCIUS L 72

citation appartient à la formulation de l'aporie de Lucius. Celui-ci aurait donc


connu un ouvrage de Ptolémée où il était question du poids, très probablement le
Tepi potõv , ouvrage perdu, cité par Simplicius, in De caelo , CAG VII , 1894,
p . 710 , 14-16 Heiberg ( = Claudii Ptolemaei Opera quae extant omnia , ed.
J.L. Heiberg, t. II , Leipzig 1903, p . 265 , fr. 1 ; cf. Th . Heath , A History ofGreek
Mathematics, t . II , Oxford 1921 , réimpr. 1965 , p . 295 ) . Selon Praechter 1 , p . 129
( 509 ) , n . 1 , la possibilité demeure ouverte que la citation du Ps .- Archytas
( A 323 ) , d'Athénodore ( > A 497 ) et de Ptolémée soit une addition de
Simplicius . Cette possibilité est exclue par Capelle 2, col . 1794-1795 ( ayant pris
connaissance de l'étude de Praechter après avoir rédigé son article, Capelle en
donne un résumé aux col . 1794-1797 ; il accepte toutes les conclusions de
Praechter, mais demeure fidèle à son interprétation de ce passage de Simplicius) .
Moraux 4 , p. 546 n . 82 , pense que la question ne peut pas être tranchée : « Eine
sichere Entscheidung scheint kaum möglich zu sein. Für die Chronologie wäre
sie ohnehin kaum ergiebig, da Ptolemaios ' nepì potāv nicht datierbar ist» .
A notre avis , l'hypothèse qu’un ouvrage scientifique de haut niveau tel que
devait l'être le lepi portõv de Ptolémée , puisse avoir déjà été utilisé par ses
contemporains dans le cadre de l'exégèse aristotélicienne, est fort invraisem
blable, d'autant plus que Ptolémée semble avoir été pratiquement inconnu au II
siècle ( dans le prologue à son commentaire des Harmoniques de Ptolémée ,
Porphyre affirme, par exemple , que cet ouvrage n'a jamais été commenté , p . 3 ,
16-18 Düring, et l'on ne connaît aucune citation de Ptolémée au II ° siècle) . Il est
plus probable que la citation du Ps.- Archytas, d'Athénodore et de Ptolémée a été
ajoutée non pas par Simplicius , comme le pensait Praechter, mais par sa source ,
le commentaire de Jamblique , qui , à son tour , dépend du commentaire de
Porphyre. En effet, dans la discussion de cette aporie , Simplicius cite explici
tement Jamblique (» I 3 ] ( p. 128 , 20 - 129 , 7 ) qui avait accepté la solution du
Ps . - Archytas ( p . 128 , 16-19 ) et rejeté celle de Cornutus ( » C 190 ) et de
Porphyre ( p . 129 , 1-4 ) . La référence à Athénodore et à Ptolémée, ainsi qu'à
Cornutus, peut donc être due à Porphyre. En tout cas , elle ne lui est pas
antérieure . Cette citation de Ptolémée ne peut donc pas constituer un terminus
post quem pour l'ouvrage de Lucius . Rien donc ne nous permet de dater de
façon certaine l'ouvrage de Lucius du IIe siècle de notre ère . Il faut aussi
remarquer que les citations d'Athénodore de Tarse ( Simpl . , p . 129 , 7 ) et de
Cornutus ( Simpl . , p . 129 , 1 ) ne fournissent pas un point de repère chrono
logique : Lucius peut avoir repris une aporie d'Athénodore ( per s . avant J.-C. ,
> A 497 , p . 657 sub F ) et la réponse de Cornutus ( 1er s . après J.-C. ) se rapporte
sans aucun doute à l'aporie d'Athénodore , et non pas à celle de Lucius
( Cornutus avait écrit en effet un ouvrage intitule Πρός ' Αθηνόδωρον και
’ AplototéAnv : » C 190 , p . 467-468 ; cf. Moraux 4 , p . 593 et n . 4 ; Simplicius
10 , p . 43 , n . 3 et p . 605 ).
La référence au Ps. -Archytas et à Ptolémée est restée dans la formulation de l'aporie chez
Élias, in Cat., CAG XVIII 1 , 1900 , p. 185 , 10-11 Busse , où le nom d'Athénodore a été
remplace par celui de Platon : τρίτον εί τούτων εστί μόνων γένος ή και της ροπής , ώς
φησι Πλάτων και Αρχύτας και Πτολεμαίος ο αστρονόμος . Puisqu'il faut exclure
qu’Élias ait eu accès à l'ouvrage de Lucius et qu'il est tout à fait improbable qu'il cite les
L 72 LUCIUS 169

commentaires de Porphyre ou de Simplicius de première main (ce serait un cas tout à fait
isolé ), on envisagera plutôt l'hypothèse d'une tradition d'école.
Aucun indice ne permet d'identifier notre Lucius à l'un ou à l'autre des deux
philosophes de même nom : l'élève de Musonius Rufus ( RE Lukios 2 ) qui a
recueilli les propos de son maître ( cf. C. Musonius Rufus , Reliquiae ,
éd . O. Hense , Leipzig 1905 , réimpr. 1990 , p . XIII - XVII ) et le philosophe ami du
mécène et rhéteur athénien Hérode Atticus ( 101-177 après J.-C. ) dont parle
Philostrate , Vitae soph. II 1 , p. 64, 20 - 65 , 27 Kayser (RE Lukios 3 ) .
Transmission du texte. Bien que tous les fragments de Lucius soient
conservés dans le commentaire de Simplicius sur les Catégories, Simplicius ne
semble pas avoir connu directement les ouvrages de Lucius et de Nicostrate. Le
plus probable est qu'il les ait connus par l'intermédiaire des commentaires
( perdus) de Porphyre A Gédalios et de Jamblique qui , à son tour, utilisait le
commentaire de Porphyre. En effet, les citations des apories de Lucius et /ou de
Nicostrate sont souvent suivies, chez Simplicius, par la solution de Porphyre ou
de Jamblique : cf. Simpl . , in Cat., p. 21 , 2-5 (Porph . ), p. 29 , 24-29 ( Porph .),
p. 30, 16-23 (Porph .), p. 48 , 1-11 ( Porph .), p. 128 , 5 - 129, 2 ( Porph . et Jambl . ) ,
p. 231 , 20-27 (Jambl . ) , p . 268 , 19-22 (Jambl . ) , p . 368 , 12 - 369 , 14 ( Jambl . ) ,
p. 381 , 23 (Jambl . ) , p. 414 , 26-34 (Porph . ). En d'autres cas , des parallèles
littéraux entre le commentaire de Simplicius et celui de Dexippe ( CAG IV 2 ,
1888, A. Busse) confirment que Simplicius tire ses citations de Lucius et/ou
Nicostrate du commentaire de Porphyre A Gédalios, soit directement soit par
l'intermédiaire de celui de Jamblique : Simpl . , in Cat., p . 26 , 22-28 = Dex ., in
Cat ., p . 19 , 20-26 (cf. Simplicius 7 , p. 131 ) ; Simpl . , in Cat., p . 64, 13-18 = Dex .,
in Cat., p. 32 , 10-16 ( cf. Simplicius 10, p . 839 ) ; Simpl . , in Cat., p. 75 , 12-22 =
Dex., in Cat ., p. 42, 18-31 ( cf. ibid. , p. 846-847 ; attribution de l'aporie à Lucius ,
Nicostrate et Plotin chez Simpl . , p . 73 , 27-28 ) ; Simpl . , in Cat., p. 76 , 13-17 et
77 , 3-11 = Dex ., in Cat., p . 40 , 13-18 et 41 , 5-16 . Puisque le commentaire de
Dexippe est mutilé de la fin ( il s'arrête au chap. 6 , 4 b 23 ) , aucune comparaison
avec le commentaire de Simplicius n'est possible pour la partie perdue. Si
Simplicius n'a pas connu directement l'ouvrage de Nicostrate qui reprenait les
apories de Lucius, on peut aussi penser que Porphyre n'a connu les apories de
Lucius que par l'intermédiaire de Nicostrate. En outre , si , à en croire Simplicius,
in Cat., p . 2 , 5-8 , Porphyre avait réfuté toutes les apories soulevées contre les
Catégories, Simplicius semble avoir opéré un choix parmi les apories transmises
par Porphyre. En effet, alors que , comme le dit Simplicius, in Cat ., p. 1 , 20 ,
Lucius et Nicostrate avaient écrit « des objections à presque toutes les affir
mations » des Catégories ( cf. aussi Simpl . , p. 62 , 29 ) , le commentaire de
Simplicius ne restitue que des apories concernant quelques passages du texte
aristotélicien (on ne dispose d'aucun critère sûr pour attribuer à Lucius ou à
Nicostrate telle ou telle parmi les apories anonymes transmises par Simplicius,
pace J. Dillon , The Middle Platonists, p. 235 ) .
Caractéristiques de l'ouvrage. Comme Simplicius le dit dans le proème de
son commentaire sur les Catégories, les ouvrages de Lucius et de Nicostrate
avaient un caractère résolument polémique : « D'autres ont préféré écrire seule
170 LUCIUS L 72

ment des apories contre ce que dit Aristote : c'est ce qu'a fait Lucius et, après
lui , Nicostrate, qui s'est fondé sur l'ouvrage de Lucius ; ils n'ont eu pour
ambition que de présenter des objections à presque toutes les affirmations du
livre, et cela sans circonspection, mais bien plutôt avec une violence impudente »
( άλλοις δε ήρεσεν απορίας μόνας γράψαι προς τα λεγόμενα , όπερ
Λούκιός τε πεποίηκε και μετ ' αυτόν Νικόστρατος τα του Λουκίου υπο
βαλλόμενος , σχεδόν τι προς πάντα τα ειρημένα κατά το βιβλίον ενστάσεις
κομίζειν φιλοτιμούμενοι, και ουδε ευλαβώς , αλλά καταφορικώς μάλλον
xaì åmpu plaxótwç, Simpl . , p. 1 , 18-22 ; Simplicius 6 , p. 4-5 , trad. légèrement
modifiée ; Dörrie - Baltes 9 , Baustein 86.4 , comm . p . 258-260 ; Gioè 11 , p . 129
134) . En effet, les verbes par lesquels Simplicius introduit le plus souvent les
apories de Lucius et de Nicostrate sont éyxanetv (p. 29 , 24 ; 58 , 15 ; 125 , 16 ;
127 , 30 ; 156, 17 ; 368 , 12 ; 428 , 3 ), ånopetv (p. 21 , 2 ; 26, 21 ; 30, 16 ; 48 , 1 ; 73,
27 ; 76 , 13 ) et aitão oal ( p. 128 , 5 ; 231 , 20 ; 388 , 4 ; 406 , 6 ; 410, 25 ; 411 , 6 ) .
Le caractère parfois sophistique de ces apories est souligné par Praechter 1 ,
p. 117 [ 497 ] , qui parle d'une « Opposition um der Opposition willen » . Il s'agis
sait donc plutôt d'un recueil d'apories de valeur inégale et d'origine diverse que
d'un véritable commentaire. La nature composite de ce recueil, dans lequel se
trouvaient des éléments platoniciens ( cf. infra, F 3 et 7 ) et stoïciens ( cf. infra,
F2 ), explique la difficulté à classer Lucius dans le panorama des écoles philo
sophiques ( cf. von Fritz 3, col. 550-551 ; Dörrie -Baltes 9, p. 258) . Le fait que son
ouvrage ait été utilisé par le platonicien Nicostrate et qu'un certain nombre de
ses apories aient été reprises par Plotin (de façon anonyme ) , amène à considérer
l'appartenance de Lucius à l'école académicienne comme probable. D'autre
part, la survie de certaines apories de Lucius chez Plotin témoigne de leur valeur
philosophique et de leur importance dans l'histoire de l'exégèse aristotélicienne
( mise en évidence par Praechter 1 , p. 131-137 ( 511-517 ) ; révision partielle de la
reconstruction de Praechter chez Chiaradonna 12 , p . 42-54 , qui souligne l'origi
nalité de Plotin par rapport à ses sources).
Une difficulté supplémentaire pour saisir le caractère de l'ouvrage de Lucius
consiste en ce qu'il est pratiquement impossible de le distinguer de celui de
Nicostrate . En effet, Simplicius cite tantôt les deux auteurs ensemble sans
préciser la contribution de chacun d'entre eux à la formulation de l'aporie ( oi
nepi töv Aoúxlov xai ( Tòv ) Nixóotpatov : cf. Simpl . , in Cat., p . 62 , 28-29 ;
73 , 27-28 ; 127 , 30 ) , tantôt Lucius seul ( toujours comme oi nepi töv Aoúxlov,
cf. p. 48 , 1 ; 64, 18 ; 125 , 15-16 ; 156, 17 ; jamais comme (ó ) Aoúxloc) , tantôt
Nicostrate seul (oi nepì tòv Nixóotpatov , cf. p . 21 , 2 ; 26, 22 ; 29 , 24-25 ; 58 ,
15 ; 64 , 13-14 ; 76 , 14 ; 257 , 33 ; 268 , 19 ; (ó) Nixóotpatoç , cf. p. 30, 16 ; 231 ,
20 ; 368 , 12 ; 381 , 23 ; 385 , 10 ; 388 , 4 ; 390 , 15 ; 402, 12 ; 406 , 6 ; 410, 25 ; 414 ,
27 ; 428 , 3 ; 429 , 13 ) . On notera que la dernière citation de Lucius se trouve à la
p. 156 , 17 (Cat. 7 ) : ensuite son nom disparaît et Simplicius ne cite plus que
Nicostrate . Il est vrai que , comme le remarque Praechter 1 , p. 122 ( 502 ) , n . 2 ,
ces différentes attributions ( tantôt Lucius , tantôt Nicostrate , tantôt les deux
ensemble ) ne peuvent pas être interprétées de manière trop stricte , en ce sens
que les apories attribuées à un seul des deux auteurs ne se seraient pas trouvées
L 72 LUCIUS 171

chez l'autre, alors que les apories attribuées aux deux auteurs à la fois leur
auraient été communes. Cela dit , la disparition soudaine du nom de Lucius
semble suggérer que sa critique s'arrêtait au début du chapitre 7 et que les
apories suivantes furent ajoutées par Nicostrate (cf. von Fritz 3 , col . 550 ;
Gottschalk 5 , p. 80 ) . En l'absence d'une explication certaine de cet état des
choses, il est prudent d'assigner à Lucius seulement les apories qui lui sont attri
buées explicitement, que son nom apparaisse seul ou qu'il soit accompagné de
celui de Nicostrate .

Témoignages et fragments. Le commentaire de Simplicius sur les Catégo


ries restitue deux témoignages concernant Lucius et sept fragments de son
ouvrage .
( T 1 ) Simpl . , in Cat., proème, p . 1 , 18-22 ( = 1 T Gioè ). Lucius et, sur la base
de son ouvrage , Nicostrate ont soulevé des apories contre presque tout ce
qu'Aristote affirme dans les Catégories ( voir supra , p . 167 ) .
(T 2 ) Simpl. , in Cat., p. 62, 28-30 (Cat. 4, 1 b 25-2 a 4) (= 3 T Gioè ]. Lucius
et Nicostrate ont soulevé des apories contre la liste des catégories ( cf. Simplicius
10, p . 599-619 ; Gioè 11 , p . 138-139 ) .

( F 1 ) Simpl . , in Cat ., p. 48 , 1-11 (Cat. 2 , 1 a 24-25 ) (= 2 F Gioè ]. Aporie de


Lucius à propos des propriétés constitutives de l'essence : la définition de ce qui
est en un sujet proposée par Aristote, à savoir « Par “inhérent à un sujet” , je veux
dire ce qui , sans se trouver en quelque chose à titre de partie , ne peut exister à
part de la chose où il est » ( trad. R. Bodéüs, CUF, Paris 2001, p. 3 ) , ne comprend
pas les propriétés constitutives de l'essence , c'est -à -dire les propriétés qui font
intrinsèquement partie du sujet auquel elles appartiennent ( cf. Mansfeld 8 ,
p. 120-121 ; Simplicius 10, p. 225-256 ; Gioè 11 , p . 134-138 ; Chiaradonna 12,
p. 67-77 ) .
( F 2) Simpl . , in Cat ., p. 64, 18-19 (Cat. 4 , 1 b 25-2 a 4) ( = 4 T Gioè ]. Aporie
de Lucius concernant la liste aristotélicienne des dix catégories : la liste est
insuffisante parce qu'elle ne comprend pas les conjonctions ( cf. Simplicius 10,
p . 655-660 ). Selon Praechter 1 , p . 129 (509) ( cf. aussi Moraux 4, p . 542 et n . 63 ) ,
il faut aussi attribuer à Lucius les deux apories suivantes ( Simpl . , in Cat., p. 64 ,
29 et p. 65 , 2-3 ) concernant le classement des articles, des négations , des
privations, des flexions et des formes indéterminées ( cf. Simplicius 10, p. 660
673 ). L'attribution à Lucius de l'aporie sur les articles (p . 64, 29) pourrait être
suggérée par la formule d'introduction : ÉMIENTOūOLV dè xai , qui semble
reprendre paolv oi nepì tòv Noúxlov ( p . 64, 18 ) introduisant l'aporie sur les
conjonctions. En revanche, aucun indice ne permet d'attribuer à Lucius l’aporie
sur les négations , les privations, les flexions et les formes indéterminées ( p. 65 ,
2-3 ) . L'inspiration grammaticale commune à ces apories ne constitue pas un
critère suffisant pour les attribuer en bloc à Lucius , car des apories d'inspiration
grammaticale visant à démontrer l'insuffisance de la liste aristotélicienne des dix
catégories avaient aussi été formulées par d'autres auteurs , tels que les stoïciens
Athénodore de Tarse et Cornutus (cf. Simplicius 10 , p . 604-610 ; Gioè 11 ,
p . 139-141 ).
172 LUCIUS L 72

( F 3 ) Simpl . , in Cat., p . 73 , 15-28 ( Cat. 4, 1 b 25-2 a 4 ) (= 5 T Gioè ). Aporie


sur l'universalité des catégories, attribuée à Lucius , Nicostrate et Plotin
( cf. Simplicius 10, p. 750-789 ; Chiaradonna 12, p. 96-104 ). Cette aporie semble
témoigner de l'appartenance de Lucius et de Nicostrate à l'école platonicienne
(cf. Praechter 1 , p . 120-121 (500-501 ); Moraux 4, p . 542 ; Gioè 11 , p. 141-145 ).
( F 4) Simpl . , in Cat., p. 125 , 13-16 ( Cat. 6 , 4 b 23-24) (= 6 T Gioè ). Aporie
de Lucius visant la division aristotélicienne de la quantité: le corps, qui est une
substance , a été classé par Aristote dans la catégorie de la quantité. La réponse
de Simplicius se fonde sur la distinction de deux significations du terme
« corps » : en tant que tridimensionnel et mesurable, le corps est une quantité, en
tant que substrat numériquement un et identique , capable de recevoir les
contraires, le corps est une substance. Même distinction chez Ammonius, in
Cat. , CAG IV 4 , 1895 , p. 58 , 7-9 Busse , hors du contexte de cette aporie. La
même aporie , anonyme , se lit chez Philopon, in Cat., CAG XIII 1 , 1898 , p. 88 ,
3-10 Busse , et chez Olympiodore, in Cat ., CAG XII 1 , 1902, p . 83 , 36-84 , 3
Busse . Alors que Philopon propose la même solution que Simplicius , Olympio
dore distingue entre corps naturel et corps mathématique : le corps naturel ,
tridimensionnel , se range sous la substance , le corps mathématique sous la
quantité . Puisque la distinction entre corps naturel et corps mathématique se lit
aussi chez Simplicius, in Cat., p. 124, 28-125 , 2 , où elle est attribuée à Herminus
( » H 83 ) , Moraux 4 , p . 545 , relie ce passage de Simplicius à l'aporie de Lucius
concernant le classement du corps et affirme qu'Herminus connaissait l'ouvrage
de Lucius . A notre avis , puisque l'aporie à laquelle répond Herminus vise un
autre passage de Cat. 6, à savoir 5 a 4-6, où Aristote affirme que « dans le cas du
corps aussi , on peut saisir une borne commune , ligne ou surface, avec laquelle
les parties du corps sont en contact » ( trad. R. Bodéüs, p . 21 ) , il semble plus
prudent de distinguer les deux apories et de renoncer à établir un rapport entre
Herminus et Lucius. Voir Gioè 11 , p. 145-147 .
( F 5 ) Simpl . , in Cat., p. 127 , 30-33 ( Cat. 6, 4 b 23-24 ) ( = 7 T Gioè ]. Aporie
attribuée à Lucius et à Nicostrate, toujours à propos de la division de la quantité:
la quantité continue qui , d'après Aristote, constitue une des deux espèces de la
quantité , n'est pas un nogóv , mais un anaíxov (doté d'une certaine grandeur); il
aurait donc fallu diviser la quantité en nogóv ( nombre ) et anaíxov ( ligne ,
surface, corps, temps , lieu ) , et appeler le genre commun à ces deux espèces ou
bien nogóv ( par homonymie ) ou bien par un autre nom . La réponse de Simpli
cius ( p . 127 , 33-128 , 4 ) consiste à reconnaître que le continu est souvent un
anaixov et non pas un nodóv ; mais puisqu'il y a de nombreuses exceptions
( l'eau et le temps , tout en étant continus , ne sont pas dits « grands » , mais
« beaucoup » ) , Aristote a eu raison de ne pas faire du nooóv et du anaixov deux
catégories distinctes , et de diviser la catégorie de la quantité en discrète et
continue . Cette aporie n'est discutée par aucun autre commentateur. Voir
Moraux 4, p . 545-546 ; Gioè 11 , p. 147-148 .
( F 6 ) Simpl . , in Cat ., p . 128 , 5-8 (Cat . 6 , 4 b 23-24 ) ( = 7 T Gioè ).
L'attribution à Lucius et à Nicostrate ne fait pas de doute , car l'aporie est
introduite par Αίτιώνται δε και , qui fait pendant a Έγκαλούσιν δε οι περί τον
L 72 LUCIUS 173

Λούκιον και Νικόστρατον τη διαιρέσει πρώτον μεν κτλ. ( p . 127 , 30-31


= F 5 ) . Il s'agit, encore une fois, d'une aporie visant la division de la quantité :
selon Lucius et Nicostrate, la division aristotélicienne qui ne mentionne que la
quantité discrète (nombre et discours) et la quantité continue ( ligne , surface,
corps, temps, lieu ) , est insuffisante, car elle aurait dû aussi comprendre le poids
(ponń, Bápos ). La discussion de cette aporie chez Simplicius , p. 128 , 8 - 129, 6,
atteste l'utilisation des commentaires de Porphyre et de Jamblique et permet de
reconstruire l'histoire de la question comme suit : l'aporie avait été probable
ment formulée par Athénodore de Tarse ( p . 128 , 7 ) auquel avait répondu
Cornutus (p. 129 , 1 ) affirmant que le poids n'est pas une quantité , mais une
qualité. Le Ps.- Archytas ( p. 128 , 16-19 ) avait soutenu la tripartition de la quan
tité (cf. Th. Szlezák, Pseudo- Archytas, Über die Kategorien, coll . « Peripatoi » 4,
Berlin /New York 1972 , p. 120-121 ; voir aussi l'Introduction, p. 15-16) ; alors
que Porphyre s'était rangé du côté de Cornutus ( p. 129 , 1 ) , Jamblique s'était
rallié au Ps.-Archytas ( p. 128 , 20-129 , 1 ; cf. B. Dalsgaard Larsen , Jamblique de
Chalcis exégète et philosophe, Aarhus 1972 , fr. 36 , comm . p. 263-264 ), recon
naissant ainsi le bien - fondé de l'aporie et repoussant la solution de Cornutus et
de Porphyre ( p. 129 , 1-6). Simplicius semble pencher plutôt pour la solution du
Ps.-Archytas (p . 128 , 16-19 ). Cette aporie est aussi discutée par Ammonius, in
Cat . , p . 55 , 4-10 ( voir aussi la rédaction du ms . F, dans l'apparat critique) ,
Olympiodore, in Cat., p. 82 , 33 - 83 , 3 , et Élias, in Cat., p. 186 , 20-32. La solu
tion de Cornutus- Porphyre ( le poids est une qualité) est reprise par Ammonius
( rédaction F), alors que chez Olympiodore, p . 82 , 38 - 83 , 2 et Élias, p . 186 , 20
32 , on trouve une solution différente , selon laquelle le poids n'est pas une quan
tité , mais une propriété ( nádoc) de la quantité . Les commentateurs alexandrins
ne semblent pas avoir connu la solution du Ps .-Archytas -Jamblique. Voir
Moraux 4 , p. 546 ; Gioè 11 , p. 148-150 .

( F 7 ) Simpl . , in Cat., p. 156, 14-23 ( Cat. 7) (= 8 T Gioè ). Aporie préliminaire


de Lucius concernant la place de la relation. Si le sujet de paolv ( ligne 20) est
toujours oi tepi tov Aoúxlov ( ligne 17 ) (Moraux 4 , p. 547 et n . 89 , hésite ) ,
l'aporie de Lucius comprenait deux points : ( a ) Aristote aurait dû placer la
relation après la qualité, et non pas avant, car il y a plus d'affinité entre la qualité
et la substance qu'entre la relation et la substance ( p. 156 , 14-20 ) ; ( b) la qualité
doit suivre la quantité, parce que la quantité, ainsi que la substance , se range
parmi les réalités καθ ' αυτό , alors que la qualité se range plutot parmi les
réalités npòç Étepov ( p. 156, 20-23 ) . L'argument ( b) , fondé sur la dichotomie
académicienne xao'aútá /mpoc ärra (cf. Mansfeld 8, p . 59-62 ; Simplicius 10,
p. 132-140) , confirme l'hypothèse que Lucius était un platonicien . Puisque
Porphyre, in Cat ., CAG IV 1 , 1887 , p . 111 , 6-15 Busse , justifie la succession
aristotélicienne ( quantité, relation, qualité ), on peut penser qu'il avait répondu à
l'aporie de Lucius dans son commentaire A Gédalios. Même justification chez
Dex ., in Cat., p. 64 , 13-65 , 13 (contre le Ps.-Archytas et Plotin ) ; Amm. , in Cat.,
p. 66 , 7-14 ; Philopon, in Cat ., p . 102 , 16-29 ; Olymp. , in Cat., p . 97 , 7-27 ; Élias,
in Cat., p. 201 , 18-202, 8. En revanche, l'objection de Lucius est accueillie par
Simplicius sur la base du Ps.-Archytas ( Simpl . , p. 156, 25-27 = 24 , 3-5 Szlezák ).
174 LUCIUS L 72

La présence du Ps.-Archytas suggère que l'aporie avait aussi été discutée par
Jamblique. Voir Moraux 4 , p . 547 ; Gioè 11 , p . 150-153 ; sur la question de
l'ordre des catégories chez les commentateurs néoplatoniciens, cf. C. Luna, « La
relation chez Simplicius » , dans I. Hadot (édit. ) , Simplicius. Sa vie, son æuvre, sa
survie, Actes du colloque international de Paris ( 28 sept. - 1 er octobre 1985 ), coll.
« Peripatoi » 15 , Berlin /New York 1987 , p . 113-147 , en part. p. 131-136.
CONCETTA LUNA.

73 LUCRETIUS CARUS ( T.-) RE 17 Ia


Auteur du De rerum natura ( abrégé DRN ), poème en six chants exposant la
doctrine d'Épicure ( » E 36 ) . La bibliographie la plus récente est due à
1 Michael Erler, GGP Antike 4, 1994, p. 383-481. La présente notice présentera
de préférence les ouvrages postérieurs à 1992 , date à laquelle s'arrête la
bibliographie commentée de Michael Erler.

Biographie. La source principale est un passage de la Chronique de saint


Jérôme, rédigée entre 325 et 378 : Titus Lucretius poeta nascitur, postea
amatorio poculo in furorem uersus, cum aliquot libros per interualla insaniae
conscripsisset, quos postea Cicero emendauit, propria se manu interfecit, anno
aetatis XLIV . Dans la plupart des manuscrits de cette Chronique, la naissance est
consignée à l'année 1923 d'Abraham (= 94 avant notre ère ), mais, dans certains,
l'année mentionnée correspond à 96 ou à 93. Selon la date adoptée pour sa
naissance, le poète serait donc mort en 51/50, 53/52 ou 50/49. Le grammairien
Donat (IVe siècle) , dans sa Vie de Virgile, affirme que la mort de Lucrèce
coïncide avec le dix-septième anniversaire de Virgile, date à laquelle celui -ci
revêtit la toge virile. Comme Donat fait naître Virgile en 70 , cela donnerait la
date de 53 pour la mort de Lucrèce, de 97 pour sa naissance ; mais Donat se
trompe en ajoutant que les consuls étaient alors Pompée et Crassus: ils furent
consuls en 55. Selon cette donnée, Lucrèce serait donc mort en 55 , ce qui reporte
sa naissance à 99. Une note d'un manuscrit du ixe ou Xe siècle (Monacensis
14429) fixe en 97 la naissance de Lucrèce. On trouvera une discussion de ces
dates notamment dans 2 A. Rostagni, « Ricerche di biografia lucreziana, I : La
cronologia » , RFIC 65 , 1937 , p. 25-31 , 3 U. Pizzani , Il problema del testo e
della composizione del DRN di Lucrezio , Roma 1959 , p . 38 , et 4 R. Scarcia,
G. D'Anna et E. Paratore , Ricerche di biografia lucreziana , Roma 1964. Quant
au contenu de la notice de Saint Jérôme sur Lucrèce, il a paru suspect à la
plupart des éditeurs et exégètes récents. Sa source demeure inconnue , bien que
l'on ait souvent avancé le De poetis de Suétone ( cf. la discussion dans Pizzani 3,
p. 13 sq. ) . Alfred Ernout, dans la préface de son édition du DRN , Paris 1920 , l'a
rejetée avec vigueur comme la plupart des critiques : « La folie, le suicide ont dû
être des châtiments inventés par l'imagination populaire pour punir l'impie qui
refusait de croire à la survie de l'âme et à l'influence des dieux comme au
pouvoir des prêtres. Quelle ironique revanche de montrer Lucrèce, qui a tant mis
en garde contre l'amour, victime à son tour de l'amour [ ... ] » . On retrouve
souvent la même force de conviction chez ceux qui rejettent la notice en
fonction de divers critères non dénués de subjectivité: personnalité du poète
L 73 LUCRETIUS CARUS ( T. -) 175

induite à partir de l'auvre , réaction supposée à certaines de ses thèses, vraisem


blance de la notice elle -même. Selon K. Ziegler, « Der Tod des Lucretius » ,
Hermes 71 , 1936, p . 421-440 , la réputation de folie a pu s'ancrer dans une
conception déformée de l'inspiration : la création poétique suppose en effet,
selon une tradition largement divulguée dans l'Antiquité, une part d'exaltation et
de “folie” ; c'est en ce sens que le poète latin Stace pouvait parler du furor
arduus de Lucrèce. Il est d'autre part étrange que le suicide ne soit mentionné
par aucun des auteurs antérieurs , en particulier Lactance . Plus radicalement ,
5 L.P. Wilkinson, « Lucretius and the Love- Philtre » , CR , 1949, p. 47-48 , a
développé une hypothèse émise par J. Jessen dès 1869, selon laquelle Lucrèce
avait été confondu avec Lucullus ( ~ L 74 ) , qui mourut en 56 , après avoir,
assurait - on , bu un philtre d'amour - Wilkinson suggère que la possible abrévia
tion des deux noms, Lucullus et Lucretius, en Luc . a entraîné l'erreur. Cepen
dant tous ces arguments n'ont pas paru décisifs et certains exégètes : ainsi
6 L. Perelli, Lucrezio poeta dell'angoscia , Firenze 1969, et 7 D.B. Gain , « The
Life and Death of Lucretius » , Latomus 27 , 1969, p. 545-553 , ont continué à
soutenir la véracité de la notice de Saint Jérôme, en alléguant notamment le fait
que le poème témoignerait d'un déséquilibre psychique (sur ce point contestable ,
voir aussi infra ). La vie de Lucrèce ne manque du moins pas à la règle des
biographies anciennes qui procèdent le plus souvent d'une fascination envers
l'auteur, surtout lorsqu'il est poète ; voir 8 Chr. Hunzinger, « Miracles et mer
veilles dans les vies des poètes anciens » , dans 9 S. Dubel et S. Rabau ( édit. ) ,
Fictions d'auteur ? Le discours biographique sur l'auteur de l'Antiquité à nos
jours, Paris 2001, p . 47-62 . Chez les modernes, des biographies imaginaires de
Lucrèce sont nées d'une projection romanesque de la notice suspecte de saint
Jérôme sur certains passages du DRN censés refléter la psychologie du poète :
interprétés subrepticement en fonction de la mince notice, ils servirent à leur
tour à en développer la trame dramatique. Voir 10 L. Canali , Nei pleniluni
sereni : autobiobiografia immaginaria di Tito Lucrezio Caro, Milano 1995 , trad.
fr. par D. Colomar, Aux pleines lunes tranquilles, Paris 1997. Dans « Lucrèce ,
poète » , une des Vies imaginaires de Marcel Schwob, 1896, la tentative de capter
la vie d'un poète au miroir de son æuvre peut apparaître comme la quête
impossible du ressort de la création poétique (J. Kany - Turpin, dans Dubel et
Rabau 9, p. 163-165 ) .

Reste l'allusion à Cicéron contenue dans la notice ; sur ce point, la critique est
plus encline à accepter le témoignage de saint Jérôme, mais comprend diverse
ment le rôle de Cicéron, défini par le verbe emendauit. Quelques commenta
teurs, dont C. Bailey , considèrent que Cicéron donna des conseils littéraires à
Lucrèce pour corriger, « amender » son manuscrit ; ils s'appuient sur un passage
d'une notice manuscrite découverte dans une édition vénitienne de Lucrèce et
désignée sous le nom de Vita Borgiana ( d'après Girolamo Borgia, qui , en 1502 ,
avait ajouté de sa main la notice ): Cum T. Pomponio Attico, Cicerone, Marco
Bruto et C. Cassio coniunctissime uixit. Ciceroni uero recentia ostendebat
carmina, eius limam secutus a quo inter legendum aliquando admonitus ut in
translationibus seruaret uerecundiam , ex quibus duo potissimum loci referuntur,
176 LUCRETIUS CARUS (T. -) L 73

Neptuni lacunas et caeli cauernas . Mais l'authenticité de l'ensemble de la


notice , qui comporte bien des invraisemblances , fut contestée , dès après sa
publication en 1894 , notamment par 11 J. Woltjer, « Studia Lucretiana »,
Mnemosyne, n . s . 23 , 1895 , p. 222-223 , qui y vit une invention d'humaniste ; voir
contra 12 A. Rostagni , Svetonio, De poetis e biografi minori, Torino 1944,
p . 153 , dont les arguments ont été critiqués à leur tour par 13 F. Giancotti, dans
son édition Lucrezio , La natura , introd . , testo criticamente riv . , trad . e
>
commento di F.G. , Milano 1994 , p . XXI - XXII . 14 P. Boyancé , Lucrèce et
l'épicurisme, Paris 1963 , p. 23 , considère le passage se référant à Cicéron
comme « une historiette » , inventée à partir d'une interprétation fautive du terme
emendauit utilisé par saint Jérôme: Donat emploie le terme dans le cas de
L. Varius Rufus et P. Tucca, qui éditèrent l'Énéide. Si l'on s'en tient à saint
Jérôme , Cicéron serait donc bien l'éditeur de Lucrèce, celui qui diffusa son
manuscrit après sa mort ; cf. 15 E. Paratore « Emendo in Suetonio, Donato e S.
Girolamo » , dans 16 R. Scarcia, G. D'Anna et E. Paratore, Ricerche di biografia
lucreziana , Roma 1964 , p . 135-159 , et 17 G. D'Anna, « Il lemma ieronimiano su
Lucrezio e la cronologia del poeta » , dans Scarcia et alii 16 p. 97-134. Cicéron,
qui attaque souvent les thèses épicuriennes dans ses traités philosophiques , ne
cite jamais le poème de Lucrèce , mais deux lignes d'une lettre à son frère
Quintus ( C 125 ) datée de février 54 attestent qu'il connaît son cuvre : Lucreti
poemata , ut scribis, ita sunt multis luminibus ingeni , multae tamen artis (Ad
Quint. fr ., II 9 , 3 ) . Le sens de poemata a été discuté, cf. Pizzani 3 , p. 38 , selon
qui le terme s'applique à l’æuvre entière , et 18 D. F. Sutton « Lucreti poemata
once again » , RSC 19 , 1971 , p . 289-298 . 19 L. Canfora, Vita di Lucrezio,
Palermo 1993 , p . 69-98, a traqué des allusions au DRN dans l'æuvre de Cicéron,
mais , malgré son ingéniosité , cette méthode ne peut aboutir à des résultats
certains.
Faute de pouvoir éclairer les circonstances de la vie du poète, on tenta de
.
préciser le cadre de celle-ci d'après les descriptions du DRN, qui donnent une
place importante à Rome ( voir 20 T. Mantero , L'ansieta di Lucrezio e il
problema dell'inculturazione dell'umanità nel DRN , Genova 1976) , ainsi que
son appartenance sociale : si la thèse soutenue par 21 J. Mewaldt, art . « T. Lucre
tius Carus » 17 , RE XIII 2 , 1927 , col . 1660 , selon laquelle Lucrèce était un
affranchi, paraît ne plus trouver de défenseur, sa connaissance de la vie politique
et du droit , sa culture philosophique , ne suffisent pas à prouver qu'il appartenait
à la branche patricienne de l'illustre gens Lucretia , l'une des plus anciennes de
Rome , thèse qui paraît cependant la plus vraisemblable ( cf. 22 A. Ernout,
Lucrèce , Bruxelles 1947 , p . 7 ) . On a aussi pensé que Lucrèce était chevalier,
hypothèse qui a surtout en sa faveur le fait que l'épicurisme recrutait le plus
souvent ses adeptes parmi cette classe , cf. 23 A. D. Winspear, Lucretius and
scientific thought, Montréal 1963 , p . 29 sq ., et 24 L.R. Taylor, « Republican and
Augustean Writers enrolled in the Equestrian Centuries » , TAPA 99 , 1968 ,
p. 469-496.
Le dédicataire du DRN est identifié à Caius Memmius [ M 99 ] ( cf. 25 F. 1
Münzer, art. « Memmius » 1-14, RE XV 1 , 1931 , p. 602-621), orateur de talent et
L 73 LUCRETIUS CARUS (T. -) 177

personnalité politique ambitieuse , qui , après avoir été longtemps du parti de


Pompée, se rallia à César ; deux poètes, Catulle et Helvius Cinna, l'accompa
gnèrent en Bithynie , dont il fut gouverneur en 57. Il écrivit des poèmes éroti
ques , aujourd'hui perdus. On ignore les véritables raisons pour lesquelles ce
Memmius est le dédicataire du poème de Lucrèce, bien que différentes hypo
thèses aient été avancées ( cf. Erler 1 , p. 400 ). Rien n'atteste que ce personnage
ait jamais eu quelque intérêt pour la philosophie épicurienne. Son projet de bâtir
un édifice sur les ruines de la maison d'Épicure à Athènes, où il vivait en exil , à
la suite de sa condamnation en 52 pour brigue lors de sa candidature au consulat
en 54, souleva l'indignation des fidèles du Jardin à Athènes. Cicéron , sur la
demande de son ami épicurien Atticus ( > A 505 ) , intervint auprès de Memmius
pour lui demander de renoncer à son projet. La diplomatie qu'il déploie dans sa
lettre à Memmius (Ad Fam . XIII 1 ) suggère que cet étrange « promoteur »
n'avait même aucune sympathie pour les épicuriens, tant Cicéron affiche de
mépris pour les vestiges sacrés : « je ne sais quels petits murets » et tient à
souligner qu'Atticus, étant « très cultivé » , ne fait pas partie de ces sectateurs
d'Épicure, auxquels il se réfère avec une certaine ironie. En outre Memmius,
apparemment peu enclin à la philosophie , aimait la littérature grecque, non les
lettres latines (Cicéron, Brutus 247 ) . On trouvera une présentation fort équitable
de Memmius par Boyancé 14 , p. 26-32 , fait assez rare pour être signalé , tant
l'ignorance des liens que Lucrèce entretenait avec ce « Morny » romain , jointe à
l'incertitude sur sa vie, a nourri d'élucubrations (ainsi, la conduite de Memmius ,
lors de sa campagne électorale pour le consulat en 54 , serait à l'origine du
suicide de Lucrèce, selon 26 P. Brind’Amour, « La mort de Lucrèce » , dans
Jacqueline Bibauw (édit . ) Hommages à Marcel Renard, t. I , coll . « Latomus >>
101 , Bruxelles 1969, p. 153-161 ) , et de discours moralisateurs .
Tendant à sortir de ces impasses, la recherche actuelle s'est davantage inté
ressée à la question des relations de Lucrèce avec les milieux philosophiques ,
surtout épicuriens. Deux thèses s'affrontent: 27 K. Kleve, « Lucretius and Philo
demus » , dans 28 K. A. Algra, M. H. Koenen et P.H. Schrijvers (édit. ) , Lucretius
and his Intellectual Background , Amsterdam 1997 , p . 49-66 , a soutenu que
Lucrèce faisait partie du cercle de Philodème, mais 28 bis T. Dorandi, « Lucrèce
et les Épicuriens de Campanie » , ibid . , p . 35-48, n'a pu trouver aucun indice
d'une relation de Lucrèce avec quelque philosophe épicurien que ce soit . En
l'absence de témoignage externe irrefutable, l'interprétation du DRN demeure le
seul critère pour évaluer l'intérêt que prit Lucrèce aux débats philosophiques de
son temps ( cf. infra ).
Manuscrits. Transmission du texte. Les plus anciens manuscrits sur
lesquels reposent les éditions modernes du DRN sont les manuscrits Vossianus
Lat. F 30 et Voss. Lat. Q. 94 , habituellement appelés d'après leur forme respecti
vement O (Oblongus) et Q (Quadratus ). Ils sont aujourd'hui conservés à Leyde.
Ils ont été aussi édités à Leyde, respectivement en 1908 et 1913 , sous la forme
de fac - similés par É . Châtelain , qui en propose également une analyse. Tous les
deux sont en minuscules carolingiennes et datent du IXe siècle . O fut écrit à la
cour de Charlemagne au début du ixe siècle et corrigé par un contemporain ,
178 LUCRETIUS CARUS ( T. -) L 73

surnommé ensuite corrector Saxonicus, mais identifié à l'érudit irlandais


Dungal . Q fut écrit un peu plus tard dans le nord -est de la France. Il existe en
outre des fragments, formant en tout dix-huit feuillets, d'un manuscrit – ou peut
être deux manuscrits – du IXe siècle . Huit feuillets sont conservés à Copenhague
(G ) et dix à Vienne ( V et U ) . Tous ces manuscrits procèdent d'un même
archétype écrit en lettres minuscules sur des pages comportant vingt- six lignes .
Certaines fautes récurrentes suggèrent que cet archétype est une copie d'un
manuscrit en minuscules, qui lui-même dériverait d'un manuscrit du IVe ou du
Ve siècle , en capitales ( sur “ l'archétype " cf. 29 K. Lachmann, In T. Lucretii Cari
DRN libros commentarius, Berlin 1850, p . 3-11 , p . 49, p . 71-72, 118 , 318-319) .
Un humaniste italien , Le Pogge, découvrit en 1417 ( ou au début de 1418 ) ,
durant le concile de Constance (dans une localité assez éloignée, qu'il ne précise
pas) , un manuscrit de Lucrèce ( II ) ; ce manuscrit n'est pas autrement connu ,
mais Le Pogge en envoya une copie ( nt ) - aujourd'hui disparue – à Niccolò
Niccoli pour la faire transcrire . Le manuscrit de Florence appelé L ( codex
Laurentianus 35.30 ) en est sans doute la transcription directe . La copie du
manuscrit découvert par Le Pogge et ce manuscrit L donnèrent lieu à une
cinquantaine de copies , les manuscrits “ italiens”. On considère aujourd'hui que
Il dérive de 0 , cf. 30 K. Müller, « De codicum Lucretii Italicorum origine » , MH
30, 1973 , p. 166-178, reproduit dans son édition du DRN , Zürich 1975 , p . 297
319 , ou même que ce manuscrit copié par Le Pogge n'est autre que O ( 31 G.F.
Cini , « La posizione degli “ Italici” nello stemma lucreziano » , AATC 41 , 1976,
p. 163-169, que je n'ai pu consulter). Bien que la valeur textuelle des manuscrits
" italiens " soit de ce fait mineure , leur intérêt est défendu par 32 E. Flores, Le
scoperte di Poggio e il testo di Lucrezio , Napoli 1980 , qui conteste du reste
certaines des conclusions de K. Müller. Le manuscrit Q porte d'intéressantes
corrections du XVe siècle . La tradition textuelle du DRN est résumée par
33 L. D. Reynolds , dans L. D. Reynolds (édit . ) , Texts and Transmission : a
Survey of the Latin Classics (Mélanges R. Mynors ), Oxford 1983 , p. 218-222 ;
cf. aussi 34 M.D. Reeve , « The Italian tradition of Lucretius » , IMU , 23 , 1980,
p. 27-48 .
35 K. Kleve , « Lucretius in Herculanum » , CronErc 19 , 1989 , p. 5-12 , a
publié seize fragments d'un papyrus de la bibliothèque d'Herculanum ; bien
qu'ils fussent réduits à quelques mots, voire à quelques lettres, il a cru y recon
naître des fragments de vers de Lucrèce . Cependant 36 M. Capasso, « Filodemo
e Lucrezio . Due intellettuali nel patriai tempus iniquum » , dans 37 Annick
Monet (édit. ) , Le jardin romain . Épicurisme et poésie à Rome. Mélanges offerts
à Mayotte Bollack, coll . « UL3 - Travaux et recherches » , Lille 2003, p . 77-107 , a
contesté cette identification . Voir aussi la réponse de 38 D. Delattre , « Présence
ou absence d'une copie du De rerum natura à Herculanum » , dans Monet 37 ,
p . 109-116 .
Titre. Il n'est pas certain que De rerum natura soit le titre original ni même
que l'æuvre de Lucrèce ait comporté originellement un titre . La première
mention De rerum natura n'apparaît dans le Codex Oblongus qu'à la fin du
premier chant . Le Codex Quadratus mentionne De physica rerum origine et
L 73 LUCRETIUS CARUS (T. -) 179

effectu, qui ne peut être tenu pour le titre original , mais apparaît comme une
description tardive de son contenu .
État du texte : Le texte des manuscrits qui nous sont parvenus comporte de
nombreuses lacunes ; seules quelques - unes sont marquées par des blancs , les
autres se manifestent par l'incohérence des développements. L'ordre de certains
vers ou de certains ensembles de vers paraît avoir été interverti. Beaucoup de
mots ne s'inscrivent pas de manière compréhensible dans les phrases ; quelques
uns mêmes ne sont pas identifiables en latin ; des phrases entières paraissaient
corrompues ou interpolées, plusieurs vers sont faux ou incomplets . Cet état
défectueux, auquel les éditeurs et les philologues tentèrent de remédier, peut
résulter d'accidents matériels survenus au cours de la transmission du texte et ne
constitue pas en soi un indice de l'état original du poème. Cependant le DRN
semble porter certaines marques d'inachèvement . Ainsi , il manque un exposé
sur la nature des dieux , annoncé en V 155. Ou bien encore les vers 45-53 du
chant IV présentent ce chant comme la suite du chant II et les vers 45 à 48 sont
presque identiques aux vers 45-48 qui figurent dans l'introduction du chant III :
selon une hypothèse formulée par 39 J. Mewaldt , « Eine Dublette in Buch IV
des Lucrez » , Hermes 43 , 1908 , p. 286-295 , Lucrèce a inversé l'ordre des chants
III et IV , mais n'a pu achever la révision de son æuvre et supprimer les vers 45
53 du chant IV , l'interpolation d'un copiste étant peu probable en ce cas
(cf. contra Lachmann 29 p . 215 , et 40 G. Müller, « Die Problematik des Lukrez
textes seit Lachmann , 2 » , Philologus 103 , 1959, p. 66 sq . ; mais que Lucrèce ait
d'abord pensé traiter le thème du chant IV avant celui du chant III est d'autant
plus vraisemblable que tel était l'ordre adopté par Épicure dans la Lettre à
Hérodote et probablement dans le lepì qúoewç , cf. 41 D. Sedley , Lucretius and
the transformation of Greek wisdom, Cambridge 1998 , p . 137-138 ) . Certaines
particularités de la composition ont été également invoquées comme indices de
l'inachèvement du poème (sujet débattu par 42 M. Bollack, La raison de
Lucrèce . Constitution d'une poétique philosophique avec un essai d'interpré
tation de la critique lucrétienne, Paris 1978 p . 80 sq . ) . La question des répéti
tions et des doublets , nombreux dans le DRN , divise les exégètes . On les a
considérés, au moins pour une part, comme des interpolations ( 43 G. Müller,
« Die Problematik des Lukreztextes seit Lachmann , 1 » , Philologus 102 , 1958 ,
p. 247-283 ) ou , jugement qui tend à l'emporter aujourd'hui, comme relevant
d'un procédé littéraire, cf. 44 W.B. Ingalls , « Repetition in Lucretius » , Phoenix
25 , 1971 , p . 227-236 , qui compare avec le style épique d'Ennius ; 45 J. Bollack ,
« Lukrez und Empedokles » , NR 70 , 1959, p . 656-686 , a proposé une compa
raison avec Empédocle .
Éditions, commentaires et traductions. Pour une bibliographie complète
des éditions et traductions, cf. 46 C. Gordon , A Bibliography of Lucretius ,
London 1962 , qui comporte aussi une description de ces ouvrages.
L'édition princeps parut à Brescia ca 1473 (Thoma Ferando auctore ). Elle
fut suivie d'une édition à Vérone en 1486 , puis d'une autre à Venise en 1495 .
Trois exemplaires de cette édition portent des corrections de Pontano de la main
de copistes ; l'un d'entre eux , aujourd'hui à Munich , comporte aussi des correc
180 LUCRETIUS CARUS (T. -) L 73

tions manuscrites empruntées à Marulle. En 1500, parut à Venise la première


édition Aldine due à Avancius ( 2e éd . 1515 par Navagero ). La première édition
Juntine ( P. Candido ) , parue à Florence ( 1512-1513 ) , utilise notamment les
corrections du grand humaniste Marulle, ami de l'éditeur Pietro Candido.
En France, la première édition , parue à Paris en 1514, reproduit l'édition
bolognaise annotée de Baptista Pius ( 1511 ) ; le commentaire latin est confus et
violemment hostile aux thèses épicuriennes . La première édition critique
importante de Lucrèce est celle de Lambin , professeur de littérature grecque au
Collège Royal , achevée en 1563 , parue en 1564 à Paris. Lambin a notamment
mis à profit la collation que Turnèbe venait de faire du manuscrit de l'abbaye
Saint -Bertin à Saint-Omer, le fameux manuscrit aujourd'hui appelé Quadratus
( Q ) . Le commentaire latin éclaire certaines difficultés du texte , mais lui oppose
surtout les théories aristotéliciennes ; dans sa préface latine , Lambin juge la
philosophie du De rerum natura « délirante et sur bien des points impie » , mais il
admire le sensualisme de Lucrèce et son style . Il y eut trois rééditions (Paris
1565 et 1570 ; Francfort 1583 ) . En 1565/66 , parut à Anvers , l'édition commen
tée de Gifanius ( 2e éd . Leyde 1595 ) , en 1662 , à Saumur , celle de Tanneguy
Lefevre. Notons la première édition de Lucrèce In usum Delphini par Du Fay , à
Paris en 1680 : Du Fay ne semble pas avoir consulté d'édition antérieure à celle
de Lambin , mais sa traduction ( interpretatio ) mot à mot en prose latine du
poème de Lucrèce demeure une curiosité. L'édition commentée de Creech parut
à Oxford en 1695 , celle de Havercamp, également commentée, à Leyde en 1725 ,
celle de Wakefield , à Londres en 1796.
En 1850 , paraît à Berlin l'édition magistrale de K. Lachmann, qui établit les
1
principes de l'établissement critique du texte et proposa une histoire de sa
transmission , remontant jusqu'au fameux archetypon dont il donna des caracté
ristiques majeures ( voir supra ) ; on a cependant parfois reproché à Lachmann
d'avoir proposé trop de corrections en fonction d'une recension matérielle
reléguant au second plan l'évaluation par le sens ; cf. 47 S. Timpanaro, La genesi
del metodo del Lachmann, Firenze 1963 , Padova 1981 , éd . corrigée et complétée
en 1990, et 48 G. P. Goold , « A lost Manuscript of Lucretius » , AClass 1 , 1958
p . 21-30 , qui apporta des modifications à la reconstruction de l'archétype par
Lachmann . J. Bernays donna en 1852 la première édition Teubner à Leipzig,
sans apparat critique (cf. 49 M. Bollack, « Jacob Bernays ou l'abandon du
commentaire » , dans 50 J. Glucker et A. Laks [ édit . ) , Jacob Bernays, un
philologue allemand, Lille 1996, p . 31-43 , qui compare sa méthode à celle de
Lachmann ) . La recherche philologique continua à la suite de Lachmann
d'améliorer l'établissement du texte ( cf. Müller 40 , p . 247-283 , et Müller 43,
p. 53-86) et d'importants commentaires exégétiques accompagnèrent souvent les
éditions critiques . Ainsi , pour ne citer que quelques -unes des plus célèbres,
parurent en 1864, à Londres, l'édition commentée de H. A. J. Munro (édit . revue ,
1886 ) ; en 1896-1898 , à Turin , celle de C. Giussani ( réimpr. New - York /London
1980) ; en 1900 , à Oxford , la première édition de C. Bailey ; en 1907, à New
York , celle de Merrill avec commentaire ( 2e éd . 1917 , Berkeley , sans
commentaire ) ; en 1920 , à Paris, l'édition d'A . Ernout, suivie en 1925-1928 du
L 73 LUCRETIUS CARUS ( T. -) 181

commentaire d'A . Ernout et L. Robin ( 2e éd . 1962 ) ; en 1947 , à Oxford ,


l'édition , avec traduction et commentaire de C. Bailey, 2e éd . 1950. L'édition
Teubner de J. Bernays fut remplacée en 1894 par celle de A. Brieger, à son tour
remplacée en 1934 par celle de J. Martin ( nombreuses rééditions) ; l'édition
Loeb ( avec traduction ) de W.H. D. Rouse parut en 1924 à Londres ( nouvelle
version par M.F. Smith en 1975 , 2e éd. revue 1982 , 3 ° 1992) ; traduction par
M.F. Smith , Indianapolis 2001). K. Büchner donna une édition en 1966 à
Wiesbaden , K. Müller en 1975 à Zürich , A. G. Calvo en 1997 à Zamora ( sur
cette édition “excentrique” cf. c.r. de M.F. Smith, Prometheus, 26 , 2000 , p. 233
240 ).
Éditions de chants particuliers avec commentaires : chant I : C. Pascal, Roma
1904 , Torino 1928 ( revue par L. Castiglioni ) , J.D. Duff, Cambridge 1923 ,
P. M. Brown, Bristol 1984 ; chant III : Heinze , Leipzig 1897 , J. D. Duff,
Cambridge 1903, Krokiewicz, Lublin 1921 , E.J. Kenney , Cambridge 1971 ,
P. Michael Brown, Warminster 1997 ; chant IV : J. Godwin ; chant V , C.D.N.
Costa , Oxford 1984 ; chant VI : A. Barigazzi , Torino 1946 , J. Godwin ,
Warminster 1991. Cf. aussi le commentaire de 51 D. Fowler, Lucretius on
Atomic Motion . A Commentary on DRN , II, 1-332, Oxford 2002, et celui de
52 R. D. Brown, Lucretius on Love and Sex. A Commentary on DRN IV , 1030
1287 with Prolegomena , Text and Translation, Leiden 1987 .
Commentaires non assortis du texte : chant 53 A. Gigandet, Lucrèce. Atomes, mouve
ments . Physique et éthique, Paris 2001 ; chant III , 54 P.-F. Moreau, Lucrèce . L'âme, Paris
2002.
La première traduction française attestée de l'ensemble du DRN est due à
l'abbé de Marolles, Paris 1650. La traduction anglaise versifiée de T. Creech
parut à Oxford en 1682 , celle de A. Marchetti en vers italiens parut à Londres en
1717 (elle fut achevée en 1669 , mais se heurta aux autorités religieuses de
Florence, cf. C. Gordon p. 194-200 ). M. La Grange , ami du baron d'Holbach ,
donna une traduction , Paris 1768 , J.-B.-S. de Pongerville, une traduction
complète en alexandrins, Paris 1828 (chant V en 1818 ) , Sully Prudhomme, Paris
1869 , traduisit le premier chant en alexandrins. La traduction de C. Bailey parut
à Oxford en 1900 , celle d'A . Ernout à Paris en 1920 , la traduction versifiée
allemande de H. Diels à Berlin en 1923-1924 . Depuis les années 50, de nom
breuses traductions ont paru, parmi lesquelles celles de K. Büchner, Zürich
1956 , J. Martin , Berlin 1972 , L. Canali , Milano 1990 ; J. Kany - Turpin, Paris
1993 , 2ème édit . 1997 , en prose rythmée ; F. Giancotti, Milano 1994 , en prose
rythmée ; A. G. Calvo, 1997 , en prose rythmée espagnole ; Ch . Guittard , Paris
2000 ; B. Pautrat, Paris 2002, en alexandrins non rimés .
Concordances : 55 J. Paulson , Index Lucretianus, Göteborg 1926, réimpr.
Darmstadt 1961 ; 56 L. Roberts, A concordance of Lucretius, Berkeley 1968 ,
2e éd . 1977 ; 57 S. Govaerts, Lucrèce, DRN . Index verborum , listes de fréquen
ces , relevés grammaticaux , Lüttich 1986 ; 58 M. Wacht , Concordantia in
Lucretium , Hildesheim 1990 .

Bibliographies. En dehors des bibliographies déjà mentionnées de Gordon


46 et de Erler 1 ( où l'on trouvera une liste des bibliographies précédentes,
182 LUCRETIUS CARUS ( T.-) L 73

p . 386) , cf. 59 P. Grimal, « L'épicurisme romain » , Actes du VIII congrès de


l'association Guillaume Budé, Paris 1968 , p. 139-168 , 60 A. Dalzell, « A biblio
graphy of work on Lucretius, 1945-1972 » , CWo 66 , 1973 , p. 389-427, et 67 ,
1974 , p . 65-112 , 61 C. Di Giovine , « Lucrezio » , dans Syzetesis. Studi
M. Gigante, Napoli 1983 , t . II , p . 649-677.

Analyse. Le De rerum natura comporte à l'état actuel quelque 7 400 vers, distribués en
six chants. Dans la présentation qui suit, la référence aux vers reproduit la numérotation de
l'édition d'A. Ernout.
Chant I. Après un hymne à Vénus, un éloge d'Épicure, suivi d'une critique de la religion,
Lucrèce présente la mission qu'il s'est fixée : vaincre les terreurs de l'âme, qui font obstacle
au bonheur, en révélant, à la suite d'Épicure, la nature de toutes choses. Il démontre ensuite à
partir du visible l'existence des deux principes de l'univers , l'atome et le vide, définit la
constitution de l'atome , puis réfute la conception de la matière des philosophes présocra
tiques, Héraclite , Empédocle et Anaxagore. Après une apologie de la forme poétique adoptée
pour transmettre la doctrine ardue d'Épicure, le premier chant s'achève par la démonstration
de l'infinité de l'univers et la réfutation du géocentrisme (il manque quelques vers ).
Chant II : après un préambule sur la sagesse et la présentation de ce chant consacré aux
constituants de la matière, les atomes, Lucrèce explique le mouvement et la vitesse de ces
atomes, puis, après une brève réfutation de la providence divine, leur poids et leur déviation
minimale, garante du mouvement des êtres animés et de la libre volonté humaine. Il précise
ensuite les autres propriétés des atomes. Il révèle enfin une « découverte inouïe » , la pluralité
des mondes dans l'univers infini. Les dieux ne gouvernent pas notre monde et son destin est
de périr, comme tout être naturel.
Chant III : après un hymne à la gloire d'Épicure et une introduction ( 31-93 ), ce chant
établit la nature atomique de l'âme, principe de la sensation et du mouvement, ainsi que de
l'esprit, siège de l'intelligence (94-287 ), puis en présente les conséquences, étayées par de
nombreuses preuves sensibles : caractères innés, naissance et mortalité de l'esprit et de l'âme,
qui se développent et souffrent avec le corps, impossibilité de survie et de migration des âmes
( 288-829 ). La mort enfin n'est rien pour nous, puisque notre sensibilité cesse avec elle (830
869). Il est donc vain de pleurer sur un mort ou sur la mort et la nature même , dans une
prosopopée célèbre, invective l'homme qui se lamente de mourir (870-977). Les enfers sont
une projection de nos peurs dans cette vie (979-1024). Une critique de l'insatisfaction et du
« mal de vivre » clôt ce chant.
Chant IV : après une apologie du poème identique, à quelques mots près, à celle du chant
III ( 1-25 ), et une introduction (26-45 ) , Lucrèce démontre à partir de certains phénomènes
visibles l'existence d'images s'échappant constamment des choses et volant en tous sens ( 46
109 ). Les images sont des pellicules d'atomes ( 110-142), qui se forment et se déplacent avec
une extrême rapidité ( 143-217 ) . L'afflux des images que tous les corps envoient ( 218-229)
explique les caractères de la perception, distance etc. ( 230-268 ), la réflexion des miroirs (269
323 ), les divers phénomènes de la vision ( 324-378 ) et ce que nous appelons les illusions
d'optique (379-468) . Les sens ne sont pas trompeurs, c'est notre esprit qui porte un jugement
faux (469-521 ). Toutes les autres perceptions sensorielles proviennent également des atomes
(522-672). Certains assemblages d'atomes expliquent certaines répulsions (673-721 ). La
vision de l'esprit est due à des images extrêmement subtiles qui frappent directement notre
esprit, dans la vie éveillée comme dans le rêve ( 722-823 ) . L'explication téléologique des
organes des sens est erronée (824-857 ) . La faim et la soif (858-876) , la marche et le mouve
ment ( 877-906 ) le sommeil et le rêve (907-1029 ) s'expliquent par des processus mécaniques.
Les rêves érotiques des adolescents introduisent enfin un long développement sur l'amour
( 1030-1208 ), suivi d'une explication du rôle des semences mâles et femelles dans la ressem
blance des enfants avec l'un ou l'autre des parents ( 1209-1232), dans la stérilité et la fécondité
( 1233-1277) . Épilogue sur l'amour ( 1278-1287).
Chant V : après un éloge d’Épicure et une introduction à ce chant consacré au monde et à
l'histoire de l'humanité, Lucrèce affirme d'emblée la mortalité du monde (91-121 ) . Loin
L 73 LUCRETIUS CARUS ( T. -) 183

d'être un dieu immortel, le monde ne possède pas même la sensibilité ( 122-145) ; les dieux , de
nature intangible, sont étrangers au monde ( 146-155 ) ; il est absurde de penser qu'ils aient pu
vouloir créer le monde , même pour notre bénéfice ( 156-180 ) . Les dieux ne pouvaient imagi
ner un modèle du monde avant sa création, laquelle résulte de la rencontre des atomes ( 181
194 ). Enfin certains caractères du monde et ses défauts confirment qu'il a eu un commen
cement et aura une fin (195-415 ). Dans la deuxième partie de ce chant, Lucrèce décrit la
naissance du monde, (416-508 ), puis il explique son fonctionnement: mouvements des astres,
équilibre de la terre au centre de notre monde, grandeur du soleil et de la lune, chaleur et
lumière, cours relatifs du soleil , de la lune et des autres astres (509-649) ; il propose enfin
plusieurs explications à la succession et à l'inégalité des nuits et des jours, aux phases de la
lune et aux éclipses (650-770). La dernière partie présente l'histoire de l'humanité : la terre ,
après d'autres productions ( 771-804 ), fit naître les premiers hommes (805-836), ainsi que des
monstres ( 837-854) qui disparurent, comme certaines espèces ( 855-877 ) ; mais les centaures
et autres animaux fabuleux jamais n'existèrent (878-924). Après avoir mené une vie sauvage
(925-1010) , les hommes s'adoucirent progressivement ( 1011-1027 ) et acquirent le langage
(1058-1090 ), puis, par une suite d'essais et d'erreurs, ils firent les différentes découvertes qui
les conduisirent à l'état civilisé. Après une diatribe contre l'ambition et la soif des richesses,
qui entraînent les guerres, le chant s'achève sur les progrès de l'humanité.
Chant VI : il traite essentiellement de ce que les Anciens appelaient la météorologie.
Après un éloge d'Athènes, célébrée notamment comme la patrie d'Épicure, qui découvrit le
remède au malheur humain , et une introduction montrant la peur qu'engendre l'ignorance de
la cause des phénomènes évoqués dans ce chant , Lucrèce explique successivement le
tonnerre , l'éclair et la foudre , la trombe marine, les nuages et les divers phénomènes
atmosphériques, les séismes, la régulation de la mer, l'Etna, les crues du Nil , les Avernes, les
puits et fontaines, les sources incendiaires, l'aimant. Il annexe enfin à la météorologie les
épidémies sans doute parce qu'elles sont véhiculées par l'air. Le chant se termine par le récit
de la peste d'Athènes .
Sources philosophiques ; fidélité à la doctrine d'Épicure. Au début du
chant III, Lucrèce affirme qu'il suit Épicure et imprime ses pas dans les traces
des siens. « Comme les abeilles dans les vallons en fleurs » , il a « butiné » dans
les papiers, chartae , d'Épicure « toutes ses paroles d'or » . Ces métaphores ont
été diversement interprétées, mais , de toute manière , elles ne permettent pas de
décider si l'oeuvre d'Épicure est l'unique source du DRN ni, le cas échéant, de
préciser quels écrits ont directement servi à Lucrèce, parmi l'immense produc
tion du maître. Depuis la fin du XIXe siècle , des exégètes ont passé au crible
l'ensemble du DRN et scruté les textes d'auteurs grecs et latins pour tenter, en
découvrant d'éventuels parallèles , de résoudre le problème des sources , parti
culièrement épineux dans l'hypothèse d'autres modèles que l'æuvre d'Épicure,
puisque Lucrèce ne nomme que quatre autres philosophes ( dans l'ordre de leur
apparition dans le poème: Héraclite, Empédocle, Anaxagore, Démocrite ), tous
présocratiques et donc connus d'Épicure. 62 J. Woltjer, Lucretii philosophia
cum fontibus comparata , Groningen 1877 , réimpr . New - York/ London 1987 ,
affirma dans son « épilogue » que les écrits d'Épicure constituaient l'unique
source de Lucrèce ( p . 183 ) . Cette opinion fut contestée notamment par
63 H. Usener, Epicurea, Leipzig 1887 , réimpr. Roma 1963 , et par 64 W. Lück ,
Die Quellenfrage im 5. und 6. Buch des Lukrez , Breslau 1932 , selon qui des
épicuriens récents, tels Zénon de Sidon et Phèdre , exercèrent une influence sur
Lucrèce . Dans son grand commentaire, 65 C. Giussani , Torino 1896-1898
( réimpr. New York London 1980 ) avait souligné que certaines polémiques
paraissaient dirigées contre les stoïciens. Cette opinion , généralement admise ,
184 LUCRETIUS CARUS (T. -) L 73

fut combattue par 66 D.J. Furley, « Lucretius and the Stoics » , BICS, 13 , 1966,
p . 13-33 , repris dans Cosmic problems. Essays on Greek and Roman philosophy
of nature , Cambridge 1989 , p . 183-205 : Lucrèce , à la suite d'Épicure, ne
tiendrait pas compte de leurs arguments. L'analyse minutieuse de 67 J. Schmidt,
Lukrez , der Kepos und die Stoiker. Quellen und Untersuchungen zu DRN ,
Marburg 1975 , tendit au contraire à prouver, à partir d'une confrontation avec
des textes d'autres auteurs , que certains passages du DRN s'inspiraient de la
polémique anti - stoïcienne développée par les épicuriens récents, notamment à la
suite des néo - académiciens qui leur fournissaient des arguments contre le
providentialisme stoïcien . P.H. Schrijvers soutint aussi l'influence d'auteurs
récents dans plusieurs articles réédités dans 68 P. H. Schrijvers, Lucrèce et les
sciences de la vie , Leiden 1999 , en particulier: « Le sommeil ( DRN IV 907
961 ) » , p . 119-145 ( = Études sur l'Épicurisme antique, Cahier de Philologie I ,
Lille , 1976 , p . 231-259 ) et « Lucrèce et les sceptiques » (DRN IV 387-461 ) ,
p. 167-182 ( = La langue latine, langue de la philosophie, « Coll . de l'École fr.
Rome » 161 , Rome 1992 , p . 125-140 ) ; cf. aussi , parmi de nombreuses études
suggérant différentes sources , 69 K. Kleve , « The philosophical polemics in
Lucretius. A study in the history of Epicurean criticism » , dans 70 O. Gigon
( édit . ) Lucrèce, coll . « Entretiens sur l'antiquité classique » 24 , Vandæuvres
Genève 1978 , p . 39-75 ; 71 D. Clay , Lucretius and Epicurus, Ithaca/London
1983 , p . 13 sq . , 72 A. Debru, « L'air nocif chez Lucrèce : causalité naturelle et
paradigme du poison » , dans Maladies et malades dans les textes latins antiques
et médiévaux, coll . « Latomus » 242 , Bruxelles 1998 , p . 95-104 . Selon
73 W. Rösler, « Lukrez und die Vorsokratiker. Doxographische Probleme im 1 .
Buch von DRN » , Hermes 101 , 1973 , p . 43-64 , repris dans 74 C.J. Classen
(édit. ) , Probleme der Lukrezforschung, Hildelsheim /New - York 1986 , p . 57-63 ,
Lucrèce a pu avoir recours à une doxographie pour présenter au chant I les
thèses adverses des présocratiques, en particulier celle d'Héraclite . Enfin , grâce
à divers rapprochements, notamment avec certains textes des Tusculanes de
Cicéron , 75 J. Mansfeld , « Doxography and Dialectic . The Sitz im Leben of the
Placita » , ANRW II 36 , 4 , 1990 , p. 3026-3229 , a établi pour d'autres passages du
DRN l'utilisation de doxographies, dont la date ne peut cependant guère être
précisée ( p . 3183 ) . Voir aussi 76 D. T. Runia , « Lucretius and Doxography » ,
dans Algra et alii 28 , p . 93-104 , où l'on trouvera d'autres indications sur les
influences philosophiques possibles par le biais de doxographies postérieures à
Épicure . Bref, 77 P.H. Schrijvers , « Die Traumtheorie. DRN, IV , 962-1036 » ,
Mnemosyne 33 , 1980 , p. 128 ( repris dans Schrijvers 68, p . 146 ) , pouvait à juste
titre déclarer que la recherche actuelle sur Lucrèce se caractérisait par l'effon
drement de la thèse traditionnelle de son isolement intellectuel, souvent arbitrai
rement articulée sur le rejet de la paideia par Épicure. Cependant le débat a été
relancé par D. Sedley . A partir d'une reconstruction du contenu des quinze
premiers livres du ſlepì qúoewÇ (p. 109-126) fondée sur l'analyse minutieuse
des fragments des livres II , XI , XIV et XV conservés parmi les papyri
d'Herculanum , deux citations des livres XII et XIII ( p . 100 ), et , pour les autres
livres, sur l'ordre des développements de la Lettre à Hérodote – la correspon
L 73 LUCRETIUS CARUS ( T. -) 185

dance attestée entre l'ordre des thèmes de cette Lettre et celui des livres
fragmentairement conservés étant étendue aux livres perdus -, Sedley arrivait à
la conclusion que , hormis quelques transpositions, le DRN reproduisait générale
ment la disposition argumentative de ces quinze livres et que le ſlepi púoewÇ
représentait l'unique source de Lucrèce. 78 K. A. Algra, dans son compte rendu
de l'ouvrage de Sedley 41 , Phronesis , 44 , 1999, p. 157 , objectait que la
reconstruction de Sedley laissait ouverte une autre hypothèse : l'utilisation d'un
des résumés d'Épicure , lesquels adoptaient probablement, comme la Lettre à
Hérodote, l'ordre du Mepì qúoewç : un des candidats serait la Merárn nitouń,
hypothèse déjà rejetée par D. Sedley ( 41 , p. 141-142 ) . La comparaison entre le
chant I et les livres I et II du ſlepì qúoewÇ (41 , p. 186-193 ) montre que Lucrèce
suit strictement le plan d'Épicure dans la première partie (jusqu'au vers 635 ) et
que , dans la deuxième, il a transposé des arguments des livres XIV et XV contre
les présocratiques. Si la comparaison avec le Tepi púoewç est nécessairement
plus hypothétique pour la suite du DRN , notamment après le chant II , lorsque la
définition des principes est achevée, puisque le contenu des livres III à XIII du
grand traité d'Épicure est reconstruit essentiellement d'après la Lettre à
Hérodote, une correspondance entre le lepi púoewç et le DRN est clairement
dessinée ( cf. le schéma dans Sedley 41 , p. 136) , ce qui constitue un progrès
important. Cependant certains développements de Lucrèce n'ont pas de
parallèles et , à l'inverse , d'importants fragments du livre XXV d'Épicure
(cf. 79 S. Laursen , « Epicurus on nature Book XXV » , CronErc 18 , 1988 , p. 7
19 ; 80 ld ., « The Early Parts of Epicurus, On nature , 25th Book » , CronErc 25 ,
1995, p. 5-119 ; 81 Id ., « The Later Parts of Epicurus, On nature, 25th Book » ,
CronErc 27 , 1998 , p. 5-82) traitent de thèmes absents de la Lettre à Hérodote ,
mais qui se retrouvent dans le DRN ( la volonté , au chant II , la formation de la
pensée, au chant IV ), ce qui semble prouver, comme le reconnaît du reste D.
Sedley, que Lucrèce a puisé dans ce livre, mais aussi conforte l'hypothèse qu'il
a pu « butiner » parmi l'euvre d'Épicure, comme il l'affirme au début du chant
III , tout en suivant généralement le plan de son argumentation . Une thèse
subsidiaire de ce livre est que Lucrèce ignore les découvertes et débats
postérieurs à Épicure et qu'il ne tient même aucun compte des arguments des
stoïciens ( cf. Furley 66 ) . En réponse à ce point , 82 C. Lévy , « Lucrèce et les
Stoïciens » , dans 83 R. Poignault ( édit . ) , Présence de Lucrèce , coll . « Caesaro
dunum » 32 bis , Tours 1999 , p. 87-98 ) , tend à montrer au contraire que « le
stoïcisme platonisant ou platonisé du jer siècle av . J.-C. est très présent dans la
polémique lucrétienne » . Ajoutons que dans un fragment de Diogène d'Oinoanda
découvert récemment ( NF 127. II édité par 84 M.F. Smith , AS 48 , 1998 , p. 133 ) ,
les stoïciens sont nommément cités dans une polémique contre le providen
tialisme dont on trouve un parallèle dans DRN V , 165-173 . La question
complexe du rapport de Lucrèce au stoïcisme a été formulée par 85 A. A. Long,
« Lucretius On Nature and the Epicurean Self » , dans Algra et alii 28 , p . 132
139 , sur une base plus large que celle qu'offre une critique purement textuelle. Il
apporte des éléments de réponse, en évitant ce qui constitua parfois un des
écueils de la Quellenforschung, la quête exclusive des parallèles . Bollack 42 ,
186 LUCRETIUS CARUS (T.-) L 73

p . 111 sq. , avait dénoncé les excès de cette méthode , qui auraient conduit à
manquer la poétique de Lucrèce ( sur la poétique, voir infra ).
La fidélité que Lucrèce affiche à l'égard de la doctrine d'Épicure n'exclut pas
la possibilité d'erreurs ou de déformations. Certains infléchissements apparais
sent , surtout dans le traitement de la religion. Selon Lucrèce , elle opprime les
hommes , et la violence de ses attaques , qui visent aussi les cultes , contraste avec
le ton mesuré d'Épicure, partisan du maintien des pratiques traditionnelles ;
cf. 86 I. Dionigi , « Lucr. 5 , 1198-1203 e P. Oxy . 215 Col. I , 7-29 : L'epicurismo
e la venerazione degli dei » , SIFC, n . s . 48 , 1976 , p . 118-139 , et 87 K. Summers,
« Lucretius and the Epicurean Tradition of Piety » , CPh 90 , 1995 , p. 32-57 . ( Sur
la théologie épicurienne, abordée singulièrement par Lucrèce, cf. 88 J. Purinton ,
« Epicurus on the Nature of the Gods » , OSAPh 21 , 2001, p. 181-231 ) . Cepen
dant les exégètes du DRN n'y ont pas relevé d'erreurs majeures d'interprétation
de la doctrine d'Épicure et , lorsque le texte de Lucrèce constitue notre source
principale , on s'accorde à en reconnaître l'acuité philosophique , comme dans le
cas de la déclinaison des atomes qui a suscité de nombreuses études , cf. par
exemple 89 D.J. Furley , Two studies on Greek atomists, Princeton 1967 , p. 169
237 , 90 J. Saunders , « Free will and the atomic swerve in Lucretius » , SO 59 ,
1984 , p . 37-59 , et 91 J. S. Purinton , « Epicurus on " free volition ” and the atomic
swerve » , Phronesis 44 , 1999 , p . 252-299 . 92 S. Bobzien , « Did Epicurus
discover the Free Will Problem ? » , OSAPh 19 , 2000, p . 287-337 , étudiant à son
tour le rapport très discuté entre la déclinaison et la liberté examine notamment
l'argumentation du Livre XXV d’Épicure et le texte de Lucrèce (II 251-293 ) . La
comparaison montre la clarté et la densité des arguments de Lucrèce, mais aussi
la vertu pédagogique de ses illustrations , face à la prose particulièrement
absconse des fragments de ce livre XXV , selon l'avis même de leur éditeur, S.
Laursen . Sur l'argumentation de Lucrèce , 93 N. Vidale , Affermando negando.
Gli argomenti ipotetici con conseguente falso nel DRN, Bologna 2000.
Certains concepts d'Épicure acquièrent une valeur différente, souvent une
plus grande extension , du fait de leur traduction en latin et de leur utilisation
dans le cadre de la poésie ; cf. l'étude magistrale de 94 K. Sallmann : « Studien
zum philosophischen Naturbegriff der Römer mit besonderer Berücksichtigung
des Lukrez » , ABG 7 , 1962 , p . 140-284 . La comparaison avec d'autres écrivains
épicuriens de langue grecque éclaire le vocabulaire philosophique de Lucrèce :
cf. à propos de notities, le parallèle fourni par Diogène d'Oinoanda , dans Smith
84 , p . 146. Surtout, la confrontation de certains passages de Lucrèce avec les
fragments du lepì qúoewç désormais facilitée par la publication de ces derniers
dans les Cronache Ercolanesi, permettra progressivement de mieux évaluer non
seulement les simplifications mais aussi les développements qu'entraîne la
traduction d'un « sujet obscur >> en lucida carmina ( IV 8-9 ) . Ainsi , l'emploi
emphatique de libera ( II 256 ) n'a- t - il pas largement contribué à renouveler
l'évaluation de ce que l'on appelle, d'un terme calqué sur le latin , la « volonté >>
par rapport à la tradition ancienne , épicurienne comprise ( voir Laursen 79-81 ) ?
Peut -être certaines spécificités de la culture latine infléchissent- elles parfois le
discours de Lucrèce, cf. 95 J. Kany - Turpin, « D'un corps autre. Un point de vue
L 73 LUCRETIUS CARUS ( T. -) 187

latin dans le DRN ? » dans 96 P. Moreau (édit. ) Corps romains, Grenoble 2002,
p. 267-285. Enfin , la relation de disciple à maître que Lucrèce entretient avec
Épicure entraîne paradoxalement une transformation formelle de la doctrine,
comme l'a bien montré 97 J. Brunschwig, « Lucrèce » , dans D. Huisman ( édit . ),
Dictionnaire des philosophes, Paris 1984, t. II , p . 1642 : « À défendre et illustrer
cette doctrine qui l'a sauvé, il met une âpreté nouvelle, une logique entêtée , une
sombre ardeur. À l'argumentation paisible, souvent abstraite et prosaïque de son
maître , il substitue la violence polémique et la poésie visionnaire [ ... ] » . Lucrèce
rend ainsi plus stimulante , mais aussi plus accessible, la quête philosophique
dans laquelle il engage son lecteur dans l'espoir de le convertir à la doctrine
salvatrice . En témoignent les ouvrages d'ensemble consacrés au DRN qui
signalent sa portée humaniste exceptionnelle , par exemple Boyancé 14 ,
98 M. Conche, Lucrèce et l'expérience, Paris 1967, nouvelle édition Villers -sur
Mer 1981 ; 99 E.J. Kenney, Lucretius, Oxford 1977 ; 2nd ed . with Addenda by
M.R. Gale, Oxford 1995 ; Clay 71 ; 100 I. Dionigi , Le parole e le cose , Bologna
1986 ; 101 F. Giancotti, Religio, Natura Voluptas, Studi su Lucrezio , Bologna
1989 ; 102 J. Salem , La mort n'est rien pour nous. Lucrèce et l'éthique, Paris
1990. Sur l'intention thérapeutique de Lucrèce , cf. 103 M. Nussbaum , The
Therapy of Desire. Theory and Practice in hellenistic Ethics, Princeton 1994 ,
p . 140-279 ; 104 M. Erler, « Physics and Therapy . Meditative elements in
Lucretius' DRN » , dans Algra et alii 28 , p . 79-92 , et plus généralement sur sa
conception de l'homme, cf. 105 D. Konstan , Some aspects of Epicurean psycho
logy, Leiden 1973, et 106 J. Pigeaud, « La physiologie de Lucrèce » , REL 58 ,
1980, p. 176-200. S'ils sont unanimes à reconnaître l'originalité de la présenta
tion de Lucrèce, les critiques ne remettent généralement pas en cause la fidélité
du DRN au contenu épistémologique de la doctrine épicurienne , tel qu'il est
habituellement compris. Signalons la lecture originale de 107 M. Serres, La
naissance de la physique dans le texte de Lucrèce . Fleuves et turbulences, Paris
1977 : il interprète la physique du DRN dans le cadre d'une mécanique des
fluides, dont la théorie fut exposée scientifiquement par Archimède, mais dont
l'ébauche se trouverait déjà chez Démocrite. L'application de cette mécanique à
la physique épicurienne a été critiquée par 108 D. Parrochia, Météores. Essai sur
le ciel et la terre , Champ - Vallon 1997 , p. 61-68 , mais le livre de Serres montre
en tout cas l'importance que Lucrèce a donnée aux tourbillons, flux et
mouvements aux dépens de la stabilité . Peut - être ce caractère est- il à rattacher
davantage à la poétique de Lucrèce ( voir infra) qu'à une théorie physique , même
implicite.
Philosophie et poésie. Très longtemps, contenu théorique et poésie ont été
évalués séparément, d'abord pour des raisons doctrinales, la philosophie du
DRN étant souvent contestée, alors que l'imagination poétique de Lucrèce susci
tait généralement l'admiration , même chez les plus violents détracteurs de ses
thèses, les auteurs chrétiens, par exemple Lactance, qui reprit un bon nombre de
ses comparaisons et métaphores, cf. 109 A. Goulon « Quelle connaissance
Lactance avait - il du DRN ? » dans Poignault 83 , p. 217-257 , et 110 J. Kany
Turpin, « Lactance, un critique mésestimé de l'épicurisme » , dans 111 M. Erler
188 LUCRETIUS CARUS ( T. -) L 73

( édit. ) , Epicurismus in der späten Republik und der Kaiserzeit, coll . Pha 11 ,
Stuttgart 2000 , p. 218-230. Cette séparation , qui naquit d'un parti pris idéolo
gique , fut en quelque sorte dialectisée pour devenir une caractéristique du génie
de Lucrèce dans 112 M. Patin , « L'antilucrèce chez Lucrèce » , dans ses Études
sur la poésie latine, Paris 1868 , p . 117-137 . La thèse majeure de ce chapitre,
reproduisant la leçon d'ouverture d'un cours de 1859, est que Lucrèce « peut se
transposer passagèrement dans un ordre d'idées et de sentiments auxquels sa
philosophie est hostile » . Cette « heureuse imagination » contribuerait puissam
ment à la poésie visionnaire de Lucrèce, mais aurait cet effet involontaire de
persuader le lecteur de la justesse de thèses contraires à la doctrine épicurienne,
par exemple l'immortalité de l'âme. Dans 113 Le Poème de Lucrèce , Paris 1869,
qui allie jusqu'à la caricature une critique doctrinale, fondée sur un point de vue
chrétien , et un enthousiasme parfois lyrique pour la « force du génie » ( p. 188 ), J.
Martha risqua une interprétation psychologique, bien résumée par cette formule
de conclusion : « La vraie réfutation de la doctrine qui prêche la volupté est la
tristesse de son plus grand interprète » . Franchissant le dernier pas , le docteur
114 [ B.-J. ) Logre, L'anxiété de Lucrèce, Paris 1946, projeta sur la personnalité
de Lucrèce l'interprétation dualiste de son æuvre qui perdurait et qu'il aggrava
d'un diagnostic psychiatrique : Lucrèce devenait un « maniaco dépressif » . La
thèse de l'anxiété de Lucrèce trouva des défenseurs, tels 115 R. Waltz,
« Lucrèce dans Lucrèce » , Lettre d'humanité 12, 1953 , p. 45 , et Perelli 6. 116 F.
Giancotti, dans L'ottimismo relativo nel DRN di Lucrezio , Torino 1960, 2e édit.
1970 , repris dans Giancotti 101 , p . 355-534 , la réfuta en dégageant la
perspective d'ensemble dans laquelle s'inscrivaient les passages supposés
manifester une contradiction inhérente à l'æuvre ou à la psychologie de Lucrèce .
Les exégètes récents du DRN ont délaissé l'approche psychologique , jugée
obsolète, et tentent de montrer l'imbrication de la philosophie, de la poésie et de
la rhétorique dans le DRN. Un des initiateurs de cette démarche fut 117 P.H.
Schrijvers dans Horror ac divina voluptas. Études sur la poétique et la poésie de
Lucrèce, Amsterdam 1970 : il a exposé méthodiquement la poétique explicite et
implicite de Lucrèce et, en réévaluant la critique de la poésie par Épicure, éclairé
l'initiative de son disciple latin . Voir aussi 118 G. Arrighetti, « Lucrèce dans
l'histoire de l'Épicurisme. Quelques réflexions » , dans Algra et alii 28, p. 21-34.

L'adoption par Lucrèce de certains procédés poétiques soulève cependant


certains problèmes: ainsi , alors qu’Épicure rejetait fermement les mythes,
Lucrèce a souvent recours à des figures mythiques , répertoriées et analysées par
119 E. Ackermann, Lukrez und der Mythos, coll . « Palingenesia » 12 , Wiesbaden
1974 , selon qui elles paraissent exercer parfois une fascination sur Lucrèce .
Après avoir rappelé dans quel courant philosophique et littéraire s'inscrit le
recours à la mythologie chez Lucrèce, 120 M. Gale , Myth and Poetry in
Lucretius, Cambridge 1994 , montre comment celui-ci élabore une théorie de son
origine et de sa signification . Pour 121 A. Gigandet, Fama deum . Lucrèce et les
raisons du mythe, Paris 1998 , l'utilisation des mythes dans le DRN relève d'une
critique systématique de la croyance, dont Lucrèce démonterait progressivement
les ressorts (c.r. par 122 F. Giancotti, Gnomon 74 , 2002, p. 126-132 ) . Le livre
L 73 LUCRETIUS CARUS (T. -) 189

de Gigandet et , dans une moindre mesure , celui de Gale sont caractéristiques de


la tendance actuelle à rattacher à une « poétique philosophique » les analyses de
Lucrèce. Dans ce domaine, l'ouvrage pionnier fut en France celui de Bollack 42.
Ce coura nouveau d'interprétation du DRN se trouve notamment illustré par
123 Claude Gaudin, Lucrèce, la lecture des choses, La Versanne 1999. Selon cet
auteur, tout le DRN peut se lire comme une Odyssée allant des principes
invisibles jusqu'aux plus grands objets du monde , le sixième chant produisant
une « épiphanie » de l'univers . Et puisque la réalité ultime des choses n'est
devenue « visible , donc pensable » que par la parole qui la manifeste et qui
traduit cet « avènement de la sensibilité » (p. 243 ) , C. Gaudin révèle dans le DRN
une poétique s'apparentant par bien des aspects à celle des présocratiques.
124 Ch . Segal, Lucretius on Death and Anxiety, Poetry and Philosophy in DRN ,
Princeton 1990 , proposa une lecture poético -philosophique de nombreux textes
versés autrefois au dossier de « l'anxiété » de Lucrèce ; il défendit la thèse d'une
tension entre émotion et objectivité, poésie et raison dans le DRN ( c . r. par
125 A.A.Long, AncPhil, 12 , 1992 , p. 493-499) ; prenant également en compte
une poétique, 126 D. Clay , « The source of Lucretius' inspiration » , dans
127 J. Bollack et A. Laks ( édit. ), Études sur l'épicurisme antique, coll . « Cahiers
de philologie » 1 , Lille 1976 , p. 207-227 ; 128 S. Luciani , L'éclair immobile
dans la plaine, philosophie et poétique du temps chez Lucrèce , coll . « Biblio
thèque d'études classiques » 21 , Louvain /Paris 2000 .
Souvent étudiée exclusivement en référence à l'art de Lucrèce, l'analogie
constitue aussi un instrument heuristique puisque l'épicurisme fonde la décou
verte sur l'inférence, qui permet une « projection de l'esprit » au -delà de la
réalité sensible. Dans 129 « Le regard sur l'invisible » , dans Gigon 70 , p . 77-114 ,
repris dans Schrijvers 68 , p. 183-213 , P.H. Schrijvers montre la fécondité du
raisonnement par analogie et de sa « forme la plus concise » , la description
métaphorique. Voir aussi 130 A. Schiesaro , Simulacrum et imago. Gli argo
menti analogici nel DRN , Pisa 1990. Il arrive cependant que l'inférence soit
fausse , même selon la physique épicurienne, par exemple quand Lucrèce ima
gine que « la muraille du monde » , l'éther, s'est formée comme , à partir des
exhalaisons de la terre humide, un nuage vient à se former dans une aube d'été,
cf. 131 J. Kany -Turpin « Nature et cosmologie dans les livres V et VI du DRN » ,
dans 132 C. Lévy (édit. ) , Le concept de nature à Rome. La physique, Paris 1996,
p. 236-237. Parfois aussi le principe d'identité poétique s'impose à la place de la
similitude scientifiquement requise, cf. 133 P. Malville , « Le discours poétique
en philosophie » , dans Encyclopédie philosophique universelle, vol. I, L'univers
philosophique, Paris 1989 , p. 864. Ces sortes de comparaisons contribuent à
déplacer l'intérêt des lecteurs vers un autre ordre que celui des processus physi
ques qu'elles sont censées directement expliquer . Ainsi , selon 134 J.I. Porter,
« Lucretius and the Poetics of void » , dans Monet 37 , p. 197-226 , la macro
structure du DRN qui mène de l'atome au monde ne doit pas masquer une
poétique sublime révélant progressivement la véritable nature du vide. Maints
débats actuels sur la portée de certains textes montrent l'importance que revêt
désormais, sans doute sous l'influence des théories actuelles de la poétique, la
190 LUCRETIUS CARUS ( T. -) L 73

prise en compte d'un signifiant pour l'évaluation du DRN. Un thème privilégié


de ces débats est la peste d'Athènes qui clôt le chant VI ( cf. Salem 102, p. 223
246 ) . Certains y voient l'épilogue absolument rationnel du poème, comme
135 H. S. Commager Jr. , « Lucretius' interpretation of the Plague » , HSPh 62,
1957, p . 105-118 , tandis que Segal affirme: « The plague acts out , on a gigantic
scale, this metaphor of the 'corrupted vessel ' that taints whatever material
triumphs we attain » ( 124 , p . 237 ) . 136 J.L. Penwill, « The ending of sense :
death as closure in Lucretius book 6 » , Ramus 25 , 1996 , p . 146-169, en propose
une lecture tragique. Cf. aussi les nombreuses interprétations qu'a suscitées
l'hymne inaugural à Vénus (résumé de l'immense bibliographie dans Salem 102,
p. 19-33 ; parmi les interprétations récentes , 137 A. Deremetz , Le miroir des
muses. Poétique de la réflexivité, Villeneuve d'Asq 1995 , p. 239-254, et Sedley
41 , p . 1-34 ) . La pertinence de certaines métaphores dans le cadre de la doctrine
épicurienne a été discutée, cf. 138 G. Droz - Vincent, « Les foedera naturae chez
Lucrèce » , dans Lévy 132 , p . 191-212 ; 139 A. Gigandet « Natura gubernans
(Lucrèce, V , 77 ) » , dans Lévy 132, p. 213-226 ; 140 W. Görler, « Storing up Past
Pleasures. The Soul-Vessel Metaphor in Lucretius and his Greek Models » , dans
Algra et alii 28 , p . 193-207 , et plus généralement 141 D. Clay , « An anatomy of
Lucretian metaphor » , dans 142 G. Giannantoni et M. Gigante ( édit . ) ,
Epicurismo greco e romano, coll . « Elenchos » 25 , 2 , Napoli 1996, t . II , p. 779
793. Quelques passages du DRN paraissent relever de la seule imagination
poétique, voir par exemple 143 W. Spoerri « Crescebant uteri terram radicibus
apti. À propos de la zoogonie de Lucrèce, ( DRN , V , 791. sqq .) » , dans D.
Knoepfler et alii ( édit . ) , Nomen latinum (Mélanges André Schneider ), coll .
« Recueil de travaux publiés par la Faculté des Lettres de l'Université de
Neuchâtel » 44, Neuchâtel/Genève 1997 , p . 55-82 .

La vocation de ce dictionnaire ne laisse guère de place à une présentation


d'ouvrages consacrés à l'art de Lucrèce. Soulignons cependant l'intérêt particu
lier accordé récemment au rôle de la rhétorique dans la transmission de la
doctrine, cf. 144 C.J. Classen , « Poetry and Rhetoric in Lucretius » , TAPHA , 99,
1968 , p . 77-118 = Classen 74 , p. 331-373 , 145 E. Asmis , « Rhetoric and reason
in Lucretius » , AJPh , 104 , 1983 , p . 36-66 , et 146 B.P. Wallach , Lucretius and
the diatribe against the fear of death , DRN , 830-1094 , coll . « Mnemosyne
Suppl . »> 40, Leiden 1976. Sur la poésie didactique, cf. 147 B. Effe, Dichtung und
Lehre. Untersuchungen zur Typologie des antiken Lehrgedichts, München 1977 ;
148 A. Dalzell, The Criticism of Didactic Poetry. Essays on Lucretius, Virgil
and Ovid , Toronto 1996 ; 149 C. Atherton (édit. ) , Form and Content in Didactic
Poetry, Proceedings of the 5th Nottingham Classical Literature Symposium ,
Nottingham /Bari, 1997. Deremetz 137 , p . 239-286 , a abordé la question du
statut générique du DRN dans la tradition de G. Genette, selon un point de vue
« auctorial » , de manière à montrer l ' « opération dynamique » par laquelle
Lucrèce, en transformant certains modèles (notamment Ennius) , constitue une
épopée nouvelle . G.B. Conte a mis en évidence le rôle du sublime , dans 150 son
introduction à la traduction de L. Canali , Milano 1990 , p . 7-56, et dans
151 Generi e lettori. Lucrezio , l'elegia d'amore , l'enciclopedia di Plinio ,
L 74 LUCULLUS (LUCIUS LICINUS -) 191

Milano 1991. Sur l'art de Lucrèce, voir 152 D. West , The Imagery and Poetry of
Lucretius, Edinburgh , 1969 , 2e édit. Bristol 1994 ; 153 J.M.Snyders , Puns and
poetry in Lucretius ' DRN, Amsterdam 1980. Signalons enfin les recherches
récentes sur les théories poétiques de l'épicurien Philodème , notamment
154 D. Obbink ( édit. ) , Philodemus and Poetry. Poetic Theory and Practice in
Lucretius, Philodemus and Horace, New York /Oxford 1995 .
La critique a cru reconnaître de nombreuses influences ou réminiscences
littéraires dans le DRN ; cf. les commentaires déjà cités , en particulier celui de
R. D. Brown et , parmi les diverses études , 155 E. J. Kenney , « Doctus Lucre
tius » , Mnemosyne 23 , 1970 , p . 366-392 = Classen 74 , p . 237-265 , J. Soubiran
(édit . ) , Cicéron Aratea , fragments poétiques, CUF, Paris 1972 , p . 74-77 . Empé
docle et Ennius , mentionnés dans le DRN , ont le plus sûrement influencé le style
de Lucrèce , mais , dans le cas d'Empédocle , les critiques se sont surtout
intéressés à la réception de sa doctrine , cf. 156 W. Kranz , « Lukrez und
Empedokles » , Philologus 96 , 1944, p . 68-107 ; voir l'abondante bibliographie
commentée de Spoerri 143, p . 57 n . 5 et p . 75-82 . On trouvera des comparaisons
formelles chez les éditeurs et commentateurs d'Empédocle (cf. E. Bignone ,
D. O'Brien , J. Bollack ) ; voir aussi Sedley 41 , p. 1-34 ( notamment pour l'hymne
à Vénus ) . Les fragments d'Empédocle récemment publiés par 157 A. Martin et
O. Primavesi, L'Empédocle de Strasbourg, Berlin/New York 1999 , attestent
également certaines formations composées et expressions semblables , ce qui
conforte l'hypothèse selon laquelle Lucrèce avait une connaissance directe de
l’æuvre d'Empédocle ( contra Rösler 73 , p . 62 ) . Sur le rapport avec Ennius ,
cf. 158 W.A. Merrill, « Parallelisms and coincidences in Lucretius and Ennius » ,
1 UCP 3/4, 1918 , p. 249-264.

Sur la métrique de Lucrèce, proche, par bien des aspects , de celle d'Ennius , et
sur sa prosodie, cf. 159 W.A. Merrill, « The Lucretian hexameter » , UCP 5/12 ,
i
1922 , p. 253-286 , et 160 Id ., « The characteristics of Lucretius ' verse and
lucubrationes lucretianae» , UCP 8/7 , 1924 , p . 221-267 ; 161 C. Dubois , La
métrique de Lucrèce comparée à celle de ses prédécesseurs, Ennius et Lucilius
et Lucrèce, poète dactylique, Strasbourg 1935 ; 162 C. Bailey , Oxford 1947 , 2e
éd . 1950, t . I , p . 109-132 ; 163 J. I. Cekalova , « Le problème de la forme
métrique du DRN de Lucrèce » , PhilolClass 1 , 1977 , p . 134-137 ;
164 A. Pierrard , « Éléments matrices de la poésie didactique de Lucrèce » ,
Latomus 61 , 2002, p. 589-607.
JOSÉ KANY-TURPIN .

74 LUCULLUS ( LUCIUS LICINUS -) RE 104 + Lic . 30 ја


Études. 1 F. Münzer, RE XIII 1 , 1926 , col. 376-414 ; 2 J. Van Ooteghem ,
Lucius Licinius Lucullus, Bruxelles 1959 , 235 p. ; 3 A. Keaveney , Lucullus .
A Life, London 1992 , 275 p.

Testimonia . Cicéron , Lucullus ( Academica Priora II) ( voir DPHA t . II , notice


C 123,p. 377-382) ; Plutarque , Vie de Lucullus, dans Plutarque, Vies, t . VII , éd.
R. Flacelière et E. Chambry, CUF, Paris 1972 , p. 43-125 .
192 LUCULLUS (LUCIUS LICINUS -) L 74

Biographie. L. Licinius Lucullus né sans doute en 117a (ou 118 selon


Keaveney 3 , p . 3 ) appartient à une famille de la nobilitas ; son grand -père,
L. Licinius Lucullus fut consul en 151a ; son père, préteur en 104, propréteur de
Sicile en 103 , ne réussit pas à mettre fin à une révolte d'esclaves et fut accusé à
son retour à Rome en 102 par Servilius l'augure; il dut s'exiler. Très jeunes,
Lucullus et son frère Marcus attaquèrent ensemble Servilius, l'accusateur de leur
père ( Plutarque, Luc . 1 , 2-3 ; Cicéron Acad. Pr. II 1 , 1 ; Prou . cons. 22 , Off. II
14, 50 ; Diod. Sic . XXXVI 9 , 1 ) . La date de ce procès est discutée, mais il faut
penser que les deux frères venaient tout juste de prendre la toge virile , ce qui
situerait le procès au tout début des années 90 (Keaveney 3 , p . 6 et 208 n . 14).
Lucullus s'illustre ensuite pendant la guerre sociale ( 91-89 ) : il est tribun
militaire en 89a et se trouve dans l'état-major de Sylla ; après la guerre , il
commence une carrière politique en exerçant la questure en 879. Il accompagne
alors Sylla qui mène la guerre contre Mithridate en Grèce et en Asie ; Lucullus y
reste pendant plusieurs années, en tant que proquesteur, menant diverses opéra
tions ; il est envoyé dans le bassin méditerranéen avec la mission de constituer
une flotte ; en 864 il se trouve à Alexandrie où il rencontre Antiochus d’Ascalon
[ » A 200 ] ( voir infra ) et il reste en Orient pendant que Sylla regagne Rome en
83 et exerce ensuite la dictature.
C'est seulement en 80 que Lucullus est de retour à Rome ; en 79, il exerce les
fonctions d'édile en même temps que son frère. Les deux hommes donnèrent des
jeux magnifiques ( Cicéron , Off. II 57 ) . L'année suivante , il est préteur, puis
propréteur chargé de la province d'Afrique ( Cicéron, Acad. Pr. II 1 , 1 ) . En 74, il
est élu au consulat avec M. Aurelius Cotta. A cette date les hostilités reprennent
avec Mithridate, le roi du Pont: le roi de Bithynie Nicomède avait légué son
royaume à Rome , mais Mithridate l'annexe. Au cours de l'été, Aurelius Cotta et
Lucullus sont envoyés comme proconsuls pour mener les opérations contre
Mithridate. Lucullus resta plusieurs années en Orient et remporta de nombreuses
victoires sur le roi du Pont : en 73 , il se rend maître de la Bithynie et du Pont et
poursuit Mithridate , qui s'enfuit en Arménie (été 72 ) . La campagne se prolonge
en 71 ; en 69 , il entreprend la conquête de l'Arménie et s'empare de Tigrano
certe . L'année suivante, Lucullus continue les opérations en Arménie, mais ses
troupes refusent de poursuivre leur marche et il regagne la région du Tigre. C'est
là en 67 qu'il apprend que le sénat l'a remplacé dans son commandement, tandis
que Mithridate reprend les hostilités et la reconquête de son royaume. C'est
Pompée qui , ayant reçu les pleins pouvoirs en 66 , réussit à vaincre le roi du
Pont.

Lucullus regagna Rome en 66, mais dut attendre trois années avant de pou
voir célébrer un triomphe (Cicéron, Acad. Pr. II 1 , 3 ) . Pendant quelques années,
il semble encore intéressé par la vie politique: Cicéron ( ibid .) indique qu'il le
conseilla dans « les circonstances les plus graves » ( c'est -à -dire en 63 ) , une lettre
(Ad. Att. XII 21 , 1 ) mentionne sa présence au sénat lors de la fameuse séance du
5 décembre où les sénateurs débattent du sort des complices de Catilina. Son
opposition aux projets des triumvirs semble avoir été vigoureuse ( Keaveney 3,
p . 162 ) et il se retira sans doute de la vie politique vers 59a ou 58 ( 4 Th . P.
L 74 LUCULLUS (LUCIUS LICINUS -) 193

Hillmann , « When did Lucullus retire ? » , Historia 42 , 1993 , p . 211-218 ) . Il


mourut fin 57 ou début 56 et reçut des funérailles publiques .
La conduite de Lucullus pendant sa retraite a été longuement décrite par les
auteurs anciens ( voir notamment Plutarque, Luc. 39-41). Il est l'image de ces
Romains oisifs menant une vie de luxe et de divertissement, organisant des repas
somptueux , aménageant luxueusement ses villas et ses jardins ; mais Plutarque et
Cicéron font aussi apparaître la culture de Lucullus (Acad. Pr. II 1,1 ; Luc . 1,5
8 ) . Il aurait écrit en grec l'histoire de la guerre sociale (Plutarque, Luc . 1 , 7-8 ;
Ad Att. I 19 , 10 ; cf. Peter, HRR I , P. CCLXXXI- CCLXXXII ) . Ses liens avec le
poète Archias sont connus (Cicéron, Pro Archia 3 , 5-6) ; ce dernier accompagna
même Lucullus en Asie lors de la guerre contre Mithridate et entreprit de
célébrer en grec les campagnes de son patron (Pro Archia 9 , 21 ; Ad Att. I 16,
15 ) . Dans sa villa de Tusculum, Lucullus possédait une riche bibliothèque ( voir
5 T. Keith Dix , « The library of Lucullus » , Athenaeum 88 , 2000 , p. 441-464 ),
longuement décrite par Plutarque (Luc. 42, 1-3 ) , évoquée par Cicéron ( Fin . III
2 , 7 - 3 , 10 ) ; cette bibliothèque est d'ailleurs le cadre de la discussion avec
Caton qui occupe les livres III et IV de ce traité . Cicéron , plus attentif au
contenu qu'au décor, mentionne des ouvrages stoïciens que lit Caton , tandis que
lui-même recherche des traités d'Aristote ( commentarii Aristotelii ). Ces deux
indications laissent penser à une bibliothèque riche en œuvres philosophiques ,
même si elle contenait aussi des æuvres littéraires.
L'intérêt pour les cuvres philosophiques ne surprend pas étant donné les
liens qui existèrent entre Lucullus et Antiochus d'Ascalon . La rencontre est
ancienne et eut lieu lors de la venue de Lucullus dans le monde grec en 87a
( cf. 6 J. Glucker, Antiochus , p. 20-21 et n . 22 ) ; Lucullus évoque lui - même la
présence d'Antiochus à ses côtés lors de son séjour à Alexandrie, alors qu'il était
proquesteur ( Acad. Pr. II 2 , 4 ; pour la question du Sosus, voir DPHA I , A 200 ,
p. 217 , et II , C 123 , p. 378 ). Le philosophe resta avec lui pendant sa questure et
l'accompagna aussi pendant la guerre contre Mithridate ; il assista à la bataille de
Tigranocerte en 69a ( Plutarque, Luc. 28 , 8 ). Si l'on en croit Plutarque et Cicéron,
les liens entre Antiochus et Lucullus s'expliquent par l'intérêt de ce dernier pour
la philosophie ; selon Cicéron, « Lucullus s'appliquait à toutes sortes d'études
littéraires et surtout à la philosophie, avec plus d'ardeur que ne le pensaient ceux
qui ne le connaissaient pas » (Acad. Pr . II 2 , 4 ) . Plutarque déclare qu'il
employait tous ses loisirs à l'étude de la philosophie ( 1,6) . Glucker 6 , p. 26-27 ,
suggère toutefois qu'Antiochus était là pour guider Lucullus dans le monde grec
et lui servir d'intermédiaire dans ses activités politiques et militaires. « Lucullus
le philosophe est une création de Cicéron » . 7 J. Barnes , « Antiochus of
Ascalon » , dans M. Griffin et J. Barnes (édit . ) , Philosophia Togata, t . I , p . 50-96 ,
se montre plus nuancé et admet que les conseils d'Antiochus n'étaient pas
simplement politiques mais aussi philosophiques ( p . 57 et 60-61 ).
Mais il est vraisemblable que la culture philosophique de Lucullus n'était pas
aussi vaste, ni son intérêt aussi vif, que le laisse croire Cicéron dans le Lucullus.
Lucullus était en effet l'un des interlocuteurs de ce dialogue, chargé d'exposer la
théorie de la connaissance formulée par Antiochus d'Ascalon . Il intervenait
194 LUCULLUS (LUCIUS LICINUS --) L 74

aussi dans l’Hortensius. Mais la place importante qui lui avait été confiée, ne
s'accordait peut-être pas avec la véritable personnalité de Lucullus. C'est ce qui
explique la double version des Académiques ( voir DPhA II , C 123 , p. 377 ) :
Cicéron renonce à attribuer un rôle à Catulus , Lucullus et Hortensius ; « cette
distribution m'a paru peu pertinente car leur manque non pas de culture
(NATALÒEVO Q ) mais de compétence (åtplø a) sur ces questions était notoire » (Ad
Att. XIII 16, 1 ) .
MICHÈLE DUCOS.

75 LUPERCUS DE BÉRYTE RE 5 PIR2 L 418 PLRE 1 : 1 M III

« Grammairien , ayant vécu peu avant le règne de l'empereur Claude II » (268


270 ) , auteur de plusieurs ouvrages signalés par la Souda A 691 ( t . III , p. 285 ,
25-29 Adler) , notamment un ſlepì toŨ napà Mátovi åłextPUÓvoc, Sur le coq
mentionné chez Platon ( à la fin du Phédon 118 a , sans doute , où Socrate
prononce comme dernières paroles : « Criton , nous devons un coq à Asclépios » ).
Sur les diverses interprétations de ce passage , voir 1 M. Dixsaut, coll . GF 489 ,
Paris 1991 , p . 408-409. Voir aussi 2 F. Orth , art. « Huhn » , RE VIII 2 , 1913 , col .
2519-2536, notamment col . 2533.
Cf. 3 A. Franke, art. « Lupercus » 5 , RE XIII 2 , 1927 , col . 1839-1841 .
RICHARD GOULET.

76 LUPUS FII - D III


Platonicien de Rome .

D'après une épigramme gravée sur un autel trouvé à Rome près de la via
Cassia, Arria la platonicienne ( A 23 , où l'on ajoutera une référence à cette
épigramme ) a consacré un autel après la guérison miraculeuse de Lupus, son
« compagnon » - sans doute platonicien lui aussi : voir les éditions de 1
1 G. Cordiano et G. L. Gregori , « Iscrizioni e materiali marmorei da Roma nella
collezione di Carlo Borra a Trevignano Romano » , Bullettino comunale archeo
logico di Roma 95 , 1993 , p . 153-157 (Bulletin épigraphique 1997 , 24) , et de
2 K. J. Rigsby , « A Roman Epigram for Asclepius » , ZPE 134 , 2001, p . 107-108
( Bulletin épigraphique 2003, 59) . Le texte , mieux établi et interprété, comprend
quatre trimètres ïambiques :
Ένταύθ ' ακέσατο Λούπο [ v ] εν λυγράι φθόηι
χειμώνι Παιάν Θύβρ [ ις εκατόν ήμασιν .
Βωμόν δ ' εδε ματ’ 'Αρρα Πλατωνική,
τιμώσ ' εταίρονχ ειλεουμένη θεόν ..
« Ici le guérisseur du Tibre ( Asclepios) a guéri Lupus d'une terrible phtisie ,
en hiver , en cent jours ; Arria la platonicienne a fait construire un autel pour
honorer son compagnon et rendre le dieu propice . »
Lupus ne paraît pas connu par ailleurs .
SIMONE FOLLET.
L 80 LYCOMÈDE 195

77 LUPUS ( P. CORNELIUS- ) DE NICOPOLIS FI

P. Cornelius Lupus fut délégué de Nicopolis à l'Amphictionie delphique,


comme l'avaient été auparavant deux de ses parents ( FD III , 4, 114) . Il était actif
vers la fin du 1° siècle si l'archonte du décret qui lui accorde le droit de cité à
Delphes (FD III 4 , 115 ) est bien identique à l'homonyme qui fut bouleute en
79/80 (FD III 4 , 34) . La cité de Delphes honorait en lui à la fois l'amphiction et
le philosophe.
BERNADETTE PUECH .

78 LURIUS CAMINUS (LÔREIOS CAMEINOS) II

Dans une lettre conservée dans un papyrus du II° siècle de notre ère ( PHamb
I 37 , r), Lôreios Caminos écrit à Claudius Antoninus ( 2A 219a) en évoquant sa
xałoxayal a et ses meurs , qui sont celles d'un " authentique philosophe ".
Lôreios reconnaît avoir reçu de lui une formation comme il n'en a reçue d'aucun
autre philosophe. Il salue pour terminer les enfants du philosophe : Chairas et
Antoninus . Cf. P. M. Meyer, Griechische Papyrusurkunden der Hamburger
Staats- und Universitätsbibliothek , t . I , Berlin 1911-1924 , réimpr. Milano 1973 ,
p. 154-155.
RICHARD GOULET.

LUTATIUS AMPHION (LUTATIUS -) (A 147]

LUTATIUS CATULUS (Q. LUTATIUS -) [C 60)

79 LYCANDROS DE NICÉE F II - DI
Stoïcien.

Dans un passage récemment retrouvé de ses Bithyniaka, Arrien de Nicomédie


( > A 425, p . 601) mentionne plusieurs philosophes stoïciens de Nicée : Apollos
( A 293 ) , disciple d'Apollonios de Ptolémaïs ( > A 282) , qui a succédé à
Athènes à Dardanos ( ** D 22 ) , Lycon ( > L 85a) et Lycandros. R. Merkelbach ,
qui a publié ce fragment dans « Nikaia die Rankenreiche ( EAIKOPH ) : ein über
sehenes Fragment aus Arrians Bithyniaka » , Epigraphica Anatolica 5 , 1985 ,
p . 1-3 , a retrouvé ce Lycandros, avec un certain Dèmètrios ( D 50 ) , apparem
ment comme disciple de Panaitios (mort vers 110a) dans l’Index Stoic . Herc.,
col . 75 , 4-6 ( p . 124 Dorandi , qui a lu Ạýxavộpoç éx BļQU [ ví ] aç , là où
A. Traversa écrivait (Ní]xav [Oploc).
Pour plus de détails, voir les notices citées supra .
SIMONE FOLLET.

80 LYCOMÈDE F IIIa

Péripatéticien, un des dix yvápnuou auxquels Lycon ( L 83 ) , mort vers


225 , légua le Péripatos dans son testament et confia la charge de choisir un
nouveau scholarque ( Diogène Laërce V 70 ) .
RICHARD GOULET.
196 LYCON L 81

81 LYCON F III
Neveu du péripatéticien Lycon de Troade ( L 83 ) et son héritier.
Le testament de Lycon [Lycon I ] , mentionne au moins deux Lycon . Les deux
principaux héritiers de ce que possédait le philosophe “ à la maison" (en
Troade ? ) sont des “ frères " : Astyanax et Lycon ( D. L. V 69) ( Lycon II ) . Il ne faut
pas en effet traduire totç å enpotc par “ ses” frères, comme le comprend Hicks ,
car sinon le philosophe et son frère héritier s'appelleraient tous deux Lycon. Que
deux frères aient porté le même nom est difficilement imaginable. Lycon Il n'est
donc pas le frère de Lycon I. Il est plutôt le frère d'Astyanax. Le lien de parenté
avec Lycon I n'apparaîtra que plus tard . Astyanax était déjà le nom du père de
Lycon I (V 65 ) .

Les biens que Lycon possède à Athènes et à Égine sont légués à Lycon ( III) ,
« parce qu'il porte mon nom et parce qu'il a partagé avec moi une longue
période à mon entière satisfaction, comme il était juste que le fît celui qui tenait
la place d'un fils » (trad. Narcy ). On peut imaginer qu'il s'agit toujours de Lycon
II , le neveu de prédilection, qui serait ainsi d'une génération plus jeune que le
scholarque.
Quant au péripatos, Lycon le lègue à dix disciples parmi lesquels figurent
deux Lycon ( Lycon IV et Lycon V ] ! Le dernier est en fait Lycon, « son neveu >>
( Tộ ảdenoi Q ) ( Lycon V ] . Ce Lycon V pourrait très bien être Lycon II .
Astyanax et Lycon II - III - V seraient ainsi deux neveux du scholarque Lycon I.
L'aîné porterait ainsi le nom de son grand -père, c'est - à - dire le nom du père de
Lycon I ( et de leur propre père, déjà mort apparemment). Reste donc dans le
testament un second Lycon IV , irréductible au neveu de Lycon ( II , III , V ) (celui
de la notice suivante ).

Ces liens de parenté ont amené T. Dorandi à corriger (à la suite de Pomtow , GGA 17 ,
1913 , p. 169 n . 1 ) en V 69 roîç đồeapolç en ade $ < l8 > oic: « à mes neveux » , dans l'édition
du passage qu'il a publiée dans W.W. Fortenbaugh et St. A. White (édit. ), Lyco of Troas and
Hieronymus of Rhodes. Text, translation and discussion, coll . RUSCH 12 , New Brunswick/
London 2004. Sans être absolument indispensable, cette conjecture est fort séduisante.
Dans la suite du testament , certaines responsabilités sont confiées à " Lycon "
[ Lycon VI ) . Il doit distribuer des biens que le scholarque possède en ville ( i.e. à
Athènes) et à Égine . Il s'agit manifestement du légataire déjà mentionné des
biens situés à Athènes et à Égine . Il devra s'occuper de Micros et de Charès, etc.
C'est lui qui doit choisir l'emplacement du tombeau ( Lycon VI = Lycon III ) .
La seule certitude est qu'il faut distinguer dans ce testament, en plus du
scholarque, au moins deux Lycon , tous les deux membres du collectif des
disciples et que l'un des deux est un neveu de Lycon de Troade.
Astyanax I

Lycon I X
1
Astyanax II Lycon II III V VI ( ? )
RICHARD GOULET.
L 83 LYCON D'ALEXANDRIE 197

82 LYCON F III
Péripatéticien, héritier du péripatos de Lycon de Troade ( L 83 ) avec neuf
autres disciples, dont un autre Lycon , neveu du scholarque ( L 81 ) , selon le
testament de Lycon conservé par Diogène Laërce V 70. Ce collectif de disciples
devait se charger de choisir un nouveau scholarque. Voir la notice précédente.
RICHARD GOULET.

83 LYCON D'ALEXANDRIE ( ?) DE TROADE RE 14 ca 300 - ca 226

Successeur de Straton de Lampsaque à la tête du Péripatos à Athènes.


Témoignages et fragments. 1 F. Wehrli, Lykon und Ariston von Keos, coll .
« Die Schule des Aristoteles » 6 , 2e éd . , Basel /Stuttgart 1968. On peut main
tenant se référer à une nouvelle édition des fragments, avec traduction anglaise :
2 P. Stork , W.W. Fortenbaugh, J. M. van Ophuijsen, T. Dorandi, « Lyco of
Troas . The sources , text and translation » , dans 3 W. W. Fortenbaugh and
St. A. White (édit. ) , Lyco of Troas and Hieronymus of Rhodes. Text, translation
and discussion, coll . RUSCH 12 , New Brunswick /London 2004, p . 1-78 ( on
trouvera , p. 68 , une table des correspondances avec l'édition Wehrli 1 ) .
Cf. 4 W. Capelle, art. « Lykon » 14 , RE XIII 2 , 1927 , col . 2303-2308 ;
5 F. Wehrli , GGP, Antike 3 , p. 576-577 ; 6 U. von Wilamowitz -Moellendorff,
Antigonos von Karystos, coll. « Philologische Untersuchungen >> 4 , Berlin 1881 ,
p. 78-85 et 286 ; 7 P. Moraux , Der Aristotelismus, t. I ; 8 T. Dorandi, Crono
logia , p . 68-69 ; 9 K. O. Brink , art. « Peripatos » , RESuppl. VII , col . 923 sqq .
( col . 932-933 sur Lycon) ; 10 F. Lefèvre, Corpus des Inscriptions de Delphes,
t . IV : « Documents Amphictioniques » , Paris 2002, n° 63 ; 11 T. Dorandi, chap.
« Chronology » , dans K. Algra, J. Barnes, J. Mansfeld et M. Schofield (édit . ) ,
The Cambridge History of Hellenistic Philosophy, Cambridge 1999 , p . 31-54 ;
12 M. Ricl , The Inscriptions of Alexandreia Troas, coll . IGSK 53 , Bonn 1997 ;
13 Ch . Habicht, Athènes hellénistique. Histoire de la cité d'Alexandre le Grand
à Marc Antoine, trad. M. et D. Knoepfler, Paris 2000 ; 14 Antigone de Caryste,
Fragments , texte établi et traduit par T. Dorandi , CUF , Paris , 1999 ;
15 H. B. Gottschalk , « Notes on the wills of the Peripatetic scholarchs » , Hermes
100 , 1972 , p. 314-342 ; 16 J.P. Lynch , Aristotle's School. A history of a Greek
educational institution , Berkeley/Los Angeles/London 1972 ; 17 P. Moraux ,
« Diogène Laërce et le Peripatos » , Elenchos 7 , 1986 ( « Diogene Laerzio storico
del pensiero antico » ), p . 247-294 ; 18 M.G. Sollenberger, « The lives of the
Peripatetics: An analysis of the contents and structure of Diogenes Laertius'
Vitae philosophorum book 5 » , dans ANRW II 36 , 6 , 1992 , p. 3793-3879 .

Biographies anciennes. Antigone de Caryste ( > A 193 ; cf. Dorandi 14 ,


fr. 23-24 , et p . LXIII-LXVI ; cf. Lynch 16 , p . 112-113 ) et Hermippe de Smyrne
( » H 86 ; Hermippe fr. 57 [ Wehrli ] ) avaient écrit l'un et l'autre un B os de
Lycon . De son côté , Diogène Laërce consacre un chapitre à Lycon ( V 65-74 ) ,
s'appuyant, entre autres, sur Antigone et sans doute aussi sur Hermippe ; le
testament de Lycon, transmis par Diogène ( V 69-74 ; Wehrli 1 , fr. 15 ) semble
extrait des ß ou de philosophes, ou d'une collection de testaments, du successeur
198 LYCON D'ALEXANDRIE L 83

probable de Lycon , Ariston de Céos ( > A 396 ; cf. P. Moraux , Les listes
anciennes des ouvrages d'Aristote, Louvain 1951 , p. 243-245 ; Sollenberger 18,
p . 3860-3861, pense que ce testament provient d'Hermippe ).
Biographie. Lycon, fils d'Astyanax (Wehrli 1 , fr. 2 et 14 ) , était originaire de
la Troade ( Wehrli 1 fr. 1 ; 2 , 28 ) . Il y a de bonnes chances pour que nous
connaissions aussi sa cité d'origine : Alexandrie en Troade ( fondée par Antigone
le Borgne, par synécisme, sous le nom d'Antigoneia peu après 306 et rebaptisée
Alexandrie par Lysimaque peu après 301 ; c'est sans doute la plus grande cité de
Troade, cf. L. Robert, Monnaies antiques en Troade, coll. « Hautes études
numismatiques » 1 , Genève/Paris 1966 , p. 41 ) ; en effet, un décret honorifique de
Delphes ( 244/ 3-239/8 selon Lefèvre 10 , p . 24 ) , mentionnant les marques
d'honneurs que Lycon a obtenues de l'Amphictionie delphique pour sa
constante bienveillance et sa générosité à l'égard d'Apollon et de son sanctuaire ,
désigne notre philosophe en ces termes : Aúxwv ’Aotvávax [toç ca 12-15 | ÉJE
Aion doc ; les éditeurs de ce texte ont comblé la lacune de diverses manières,
mais toujours, au moins , avec l'ethnique 'Alexavopeús (depuis SIG t. I , n° 461
[Pomtow ] ; cf. Lefèvre 10 , p . 178 , qui reprend la lecture proposée en 1929 par
E. Bourguet dans FD III 1 , p . 142-143 ; Ricl 12 , p . 250 ) . Les dates extrêmes de
sa vie peuvent être reconstruites à partir des quelques données fournies par la
tradition : Lycon est mort à l'âge de 74 ans ( Wehrli 1 , fr. 16 ) ; il succéda à
Straton en 270/69 ou 269/8 ( 127 € olympiade ) et demeura à la tête de l'École
pendant 44 ans ( Wehrli 1 , fr. 5 = Straton , fr. 9 [ Wehrli ] ) . Il est donc né en
300/299 ou 299/8 et meurt en 226/5 ou 225/4 (Dorandi 11 , p. 36 ; Sollenberger
18 , p. 3844 ). Il appartient à une famille aisée, ce dont témoigne son style de vie,
ses intérêts commerciaux et l'importance de ses biens ( cf. son testament, Wehrli
1 , fr. 15 ) . Dans sa jeunesse , il s'est adonné à diverses activités athlétiques
( Wehrli 1 , fr. 7 et 8 ; cf. Dorandi 14 , p . LXV - LXVI ) . Ses activités politiques,
comme conseiller et bienfaiteur des Athéniens ( Wehrli 1 , fr. 12 ) , sont confir
mées par une inscription d'Athènes ( Wehrli 1 , fr. 13 = SIG3 n° 491 = SEG
XXXII , 1982 , n ° 118 ; cf. SEG XLVI , 1996 , n ° 138 qui renvoie à
19 H. Sonnabend , Die Freundschaften der Gelehrten und die zwischenstaatliche
Politik im klassischen und hellenistischen Griechenland, coll . « Altertums
wissenschaftliche Texte und Studien » 30 , Hildesheim 1996 , p . 272-274 ;
Habicht 13 , p . 443 n . 47 ) , où l'on apprend qu'il avait versé à la cité, en guise de
contribution volontaire ( én dooL ) à une souscription publique , 200 drachmes
dans une situation politique délicate ( « pour le salut de la cité et la protection du
pays » ) ; Lycon y est mentionné comme Aúxwv pióco (doc ); pour la date ,
cf. Habicht 13 , p . 181 : " printemps 247 ( ?)" ( cf. aussi Sollenberger 18, p. 3823
3824).

De ses maîtres, en dehors du Péripatos, nous ne connaissons qu’un nom , celui


du “dialecticien" (o dla extixóc) mal connu Panthoïdès ( D.L. V 68 = Wehrli 1 ,
fr. 3 ; cf. R. Muller , Les Mégariques, fr. 145-146 et p. 161 [commentaire) ;
K. Döring, Die Megariker, n ° 145 , commentaire p. 139 ; l'information de D.L.
est mal intégrée dans le contexte et laisse supposer une addition, cf. Moraux 17 ,
p . 257 ) . Quoi qu'il en soit , selon les témoignages conservés sur Lycon , la
L 83 LYCON D'ALEXANDRIE 199

fréquentation d'un dialecticien n'a pas laissé de traces ni dans son enseignement
ni dans ses æuvres.
Par le testament de Straton de Lampsaque ( D.L. V 62 = Wehrli 1 , fr. 4 ;
cf. aussi fr. 2 ) nous apprenons que Straton laissait l'école ( Tv Dlatpißýv ) à
Lycon « puisque , parmi les autres (disciples), les uns étaient trop âgés, les autres
occupés (aoxool ) » ; cf. Gottschalk 15 , p. 320-321 .
Sur le testament conservé de Lycon , on consultera , en plus des notes de
Wehrli 1 au fr. 15 , Gottschalk 15 , p . 314-342 ( sur Lycon , p . 321 et passim ) ;
Sollenberger 18, p. 3870-3872 ; Lynch 16 , p. 81 et 125 n . 27 ; von Wilamowitz
Moellendorff 6, p . 286 ( sur le sort de la bibliothèque de Lycon ).
Euvres. Nous ne connaissons aucun titre d'ouvrages . Par le testament, nous
apprenons que Lycon laissait deux catégories d'ouvrages : les ouvrages " déjà
lus ” (tà åvey wouéva ; il s'agit sans doute d'ouvrages de Lycon donnés en
lecture publique , comme l'indiquent Moraux 7 , p. 17 , et Gottschalk 15 , p. 319)
et les textes “ non encore publiés ” ( tà ávéxôota ). Brink 9, p . 933 , a supposé que
le long fragment, le seul , conservé en latin par P. Rutilius Lupus ( Wehrli 1 ,
fr. 26 ) , pourrait provenir d'un lepi uéons (Sur l'ivresse ), par analogie avec les
titres similaires rapportés à d'autres péripatéticiens ( Aristote, Théophraste,
Chamaileon [ » C93 ) , Hiéronymos (PH 129 ) ; cf. F. Wehrli , GGP, Antike 3 ,
p . 495 , à propos du De ebrietate de Théophraste ); il s'agit en fait du “ portrait
moral" ( xapaxmployóg) haut en couleurs du comportement habituel de l'ivro
gne ( pour le texte, corrompu en certains endroits , il faut se reporter à l'édition de
20 Ed. Brooks Jr. ( édit. ), P. Rutilii Lupi, De figuris sententiarum et elocutionis,
ed . with prolegomena and commentary by Ed. B. , coll . « Mnemosyne, Supple
mentum » 11 , Leiden 1970 , p . 32 ( texte) et p . 86-89 [commentaire philo
logique ] ) . Ce fragment laisse entrevoir les qualités du style de Lycon ( la
" richesse ” de son style (cf. Wehrli 1 , fr. 17 : Lyco oratione locuples note
Cicéron , De Fin . V 5 , 13 ) ; cependant, le jeu de mot selon lequel Aúxwv était
surnommé lúxwv (Le Doux ] vise la douceur de son élocution, en opposition
explicite à son écriture (Wehrli 1 fr. 18 ] ) . Sur ce fragment, cf. Fortenbaugh ,
« Lyco ppaotixóc : Comments on ten texts » , dans Fortenbaugh et White 3 ,
p . 411-441, en particulier, p . 434-439 . Les quelques autres témoignages sur
Lycon indiquent des intérêts pédagogiques et moraux . L'affirmation selon
laquelle la fin dernière recherchée, le témoc, était pour lui “ la joie véritable de
l'âme ” ( mv å nevnu yapàv tñs puxñs, Wehrli 1 , fr. 20) nous est transmise
sans les raisons qui la justifient ; on serait tenté de rattacher à cette thèse sa
conception du chagrin ( aegritudo, Cic . , Tusc. III 77 = Wehrli 1 , fr. 19 ) : cet état
psychique n'est pas provoqué par des "maux de l'âme" (animi malis ), mais par
des “ désagréments provenant de la fortune et du corps ” (fortunae et corporis
incommodis) et ne constituerait donc pas un obstacle sérieux à la joie véri
table ” . Sur ce témoignage, cf. St. A. White , « Lyco dans Hieronymus on the good
life » , dans Fortenbaugh et White 3 , p . 389-409 , en particulier, p . 390-394 .
Plutarque ( De audiendis poetis 14 e , Wehrli 1 , Ariston , fr. 33 ) mentionne
d'Ariston de Céos (3A 396) un Aúxwv ( un dialogue ? , cf. Wehrli 1 , p . 66
[l'ethnique fait défaut ]) associé à l'Abaris d'Héraclide le Pontique ( » H 60 ) ; si
200 LYCON D'ALEXANDRIE L 83

l'on accepte le texte édité par Wehrli (justifié en Wehrli 1 , p. 66) , on y verra un
ouvrage développant des théories relatives aux âmes, mêlées de mythes ( tà nepi
tāv puxây dóyuata HeueLYMÉva uvoodoy a ) , dont sont censés s'enthou
siasmer les très jeunes gens, à côté des fables d'Esope et des résumés d'euvres
poétiques ( A. Philippon , dans Plutarque, Euvres morales, t . I , 1re partie , CUF,
Paris 1987 , adopte la lecture critiquée par Wehrli , comme par Fortenbaugh et
alii, dans Fortenbaugh et White 3 , nº 23 ) . Des travaux portant sur les sciences
naturelles sont mal attestés (Wehrli 1 , fr. 28 et 30).
L'activité de Lycon s'oriente nettement vers la pédagogie, en s'appuyant sur
la rhétorique et la prédication morale. Le jugement de Cicéron (Wehrli 1 , fr. 17 )
selon lequel Lycon s'exprimait en un style riche, mais avec une certaine pau
vreté de contenu semble confirmé par les maigres témoignages que l'Antiquité
nous a laissés. À partir de lui on constate une certaine décadence scientifique de
l’école péripatéticienne ( cf. la célèbre formule de Wilamowitz , sans doute
excessive , selon laquelle, avec Lycon , commence pour deux siècles un « Toten
schlaf der aristotelischen Philosophie » , Wilamowitz -Moellendorff 6, p. 83 ) .
Iconographie. G. M. A. Richter, The Portraits of the Greeks, t. II , p . 178 et
les figures 1031-1036 .
JEAN -PIERRE SCHNEIDER .

84 LYCON DE BITHYNIE FIIa

Stoïcien , mentionné comme disciple de Panétius de Rhodes (mort vers 1104)


dans l’Index Stoic. Herc ., col . 76 , 1 ( p. 124 Dorandi). Il pourrait s'agir du
stoïcien Lycon de Nicée ( L 85a) .
RICHARD GOULET.

85 LYCON D’IASOS, OU DE TARENTE RE 15


Dans le catalogue de Jamblique ( V. pyth . 36 , 267 , p. 144 , 12 Deubner) figure
un Lycon parmi les pythagoriciens de Tarente.
Témoignages. 1 J. Radicke, FGrHist Contin . 1110 (“ Lycon /Lycus of lasus” ),
vol . IV.A. 7 , p . 432-439 (édition , trad . angl . & comm . ). Voir avant lui 2 DK 57 ;
3 M. Timpanaro Cardini, I Pitagorici. Testimonianze e frammenti, t. II, Firenze
1962, p. 440-443 ; 4 H. Thesleff, The Pythagorean texts, p. 109 , 17 - 110 , 13 .
Pour des commentaires, voir 5 Fr. Susemihl , GGLA , vol . II , p . 330-331 et
691-692 ; 6 W. Capelle, art. « Lykon » 15 , RE XIII 2, 1927 , col . 2308-2309;
7 W. Burkert, Lore and science , p. 204 , avec les n . 65-66 ; 8 L. Zhmud ,
Wissenschaft, Philosophie und Religion im frühen Pythagoreismus, Berlin 1997,
p. 74 ( traitant notamment de la datation de Lycon) .
Ce n'est que le catalogue de Jamblique qui fait état d'un Lycon originaire de
Tarente, mais nous pensons que l'on pourrait reconnaître en lui sans trop de
peine le pythagoricien du IVe s . av . J.-C. Lycon ( sans autre précision ) , dont
parlent le péripatéticien du II° s. ap. J.-C. Aristoclès de Messine ( fr. 2 dans :
9 H. Heiland , Aristoclis Messeni reliquiae , Gießen 1925 , p. 38 , et dans
10 M. L. Chiesara (édit . ) , Aristocles of Messene. Testimonies and fragments,
L 85 LYCON D’IASOS 201

Oxford 2001 = Eusébe, Praep. evang . XV 2 , 8-9 ) et Diogène Laërce ( V 16 et


69 ). Ces témoignages nous permettent de découvrir en Lycon l'un des premiers
détracteurs (Plaßaróvtec) d'Aristote, un « colporteur d'anecdotes malveillan
tes» à son sujet, d'anecdotes qui consisteraient toutefois en « un usage calom
nieux d'informations authentiques » ( 11 M. Narcy, dans M.-O. Goulet - Cazé
( dir. ) , Diogène Laërce . Vies et doctrines des philosophes illustres, Paris 1999,
p . 571 , n . 3 , et p. 629, n . 5 ) . Plus intéressant encore , ce qui est visé par ces
anecdotes, c'est le mode de vie extravagant et luxueux du Stagirite, qui se
permettait de se baigner dans une baignoire d'huile chaude (preuve de sa
mollesse ) puis de vendre le produit utilisé (avarice ) ; de voyager en portant avec
lui ses 74 assiettes de bronze (l'abondance de sa vaisselle étant considérée
comme une preuve de sa gourmandise ); enfin d'offrir à son épouse décédée un
sacrifice comparable à ceux que les Athéniens offraient à Déméter (cf. aussi
Aristippe [2ºA 356) , Sur la sensualité ( tpuoń) des Anciens, livre I , ap . Diog . L.
V 3-4 ), ce qui est non seulement excessif, mais carrément une úßpıç à l'égard
des dieux . Le mode de vie d'Aristote semble avoir choqué beaucoup de ses
contemporains, comme en témoignent les anecdotes qu'aurait rassemblées,
apparemment pour les réfuter, le même Aristoclès de Messine ( 2 * A 369 ) , et
qu'Eusébe a reproduites avec délectation dans sa Préparation évangélique, XV
2 (pour une collection complète des anecdotes illustrant le mode de vie du
Stagirite, voir 12 I. Düring , Aristotle in the ancient biographical tradition ,
Göteborg 1957 , réimpr. New York 1987 ; pour un aperçu synthétique et un
commentaire, voir déjà 13 E. Zeller, Die Philosophie der Griechen, II 2 , p. 42
44 ). Mais un tel mode de vie extravagant et luxueux aurait sans doute “ révolté ”
n'importe quel pythagoricien vertueux prônant une vie simple ( ou du moins
exempte de tpuoń ) , frugale et sans excès, notamment en matière d'offrandes
aux dieux .
Avançant encore d'un pas, Burkert 7 voyait en ce Lycon plus précisément un
"acousmatique” cynicisant dont l'idéal , se dessinant en creux à travers ce qu'il
reproche à Aristote , se rapprocherait de l'autosuffisance des cyniques ; dans cette
hypothèse, le fait qu'Aristoclès introduit Lycon non pas comme un pytha
goricien tout court, mais comme quelqu'un qui se proclamait et s'auto
définissait simplement comme tel – formulation qui nie en réalité l'authenticité
de son pythagorisme – serait à mettre en parallèle avec l'attitude réservée de
Timée de Tauroménium vis - à-vis d'un autre pythagoricien cynicisant, Diodore
d'Aspendos ( + * D 128 ) , et révélerait dans quel discrédit seraient tombés les
continuateurs de la tendance “ acousmatique ” de la secte au IVe s. av . J.-C. , à une
époque où les “mathématiciens” s'attribuaient de plus en plus le monopole de la
“ vraie" identité pythagoricienne.
La préoccupation de Lycon pour la rectitude du mode de vie serait encore
plus évidente si l'on reconnaît en lui Lycon d’Iasos ( inconnu par ailleurs) dont
Athénée ( X , 418 e ) nous apprend qu'il était l'auteur d'un ouvrage Sur le mode
de vie pythagoricien ( les mss portent Tepi Tuổayope ou tout court, mais
l'addition < ß ov > de Kaibel semble tout à fait plausible – elle est acceptée
également par Diels 2 , Burkert 7 et Radicke 1 dans leurs commentaires ). Là
202 LYCON D’IASOS L 85

Lycon évoquait la modération du régime de Pythagore, qui « consommait une


quantité modérée de nourriture » (NetP tpoon éxpñro ). Pace Capelle 6, cette
extension du noyau initial d'informations relatives à Lycon nous semble tout à
fait légitime , dans la mesure où Lycon d’lasos peut très bien avoir quitté sa
patrie pour rejoindre une communauté pythagoricienne en Italie méridionale -
en l'occurrence à Tarente ( c'est ce que pense Narcy 11 , p. 629 n . 5 in fine ).
Radicke 1 ( p . 437 ) , qui , après Burkert 7 , succombe à la tentation d'une telle
identification , spécule que « in some part of his Pythagorean life, Lſycon )
contrasted Aristotle's decadence with Pythagoras' modesty » , quoiqu'il envisage
également la possibilité que ces remarques stigmatisant Aristote soient reprises
« from some other philosophical pamphlet or from a treatise on luxury » .
Il n'y a rien d'improbable en soi à ce que ce même Lycon se soit occupé de
médecine/ pharmaceutique et de botanique ( comme beaucoup d'autres pythago
riciens ; cf. en dernier lieu Zhmud 8 , p. 226-257 ) , et plus particulièrement des
vertus diurétiques et anaphrodisiaques d'une espèce de laitue appelée Boún hev
poc ou Op dat, selon le témoignage d'Athénée II , 69 e . Cette laitue à feuilles
larges qui affaiblit la puissance de procréation avait en effet attiré l'attention des
savants de la secte, soucieux de restreindre le désir sexuel, et s'est vue justement
désignée par eux comme eủvovyetov (ou kůvoûyoc, « eunuque » ) – nom révé
lateur de ses qualités ; voir Pline , Histoire naturelle XIX 127 , et Géoponiques
XII 13 , 1-2 , avec le commentaire de 14 M. Detienne, Les jardins d’Adonis : la
mythologie des aromates en Grèce ( 1972) , Paris 19893 , p. 227-241 ( le chap. inti
tulé « La laitue de Pythagore » ) . Mais , comme le remarquait Burkert 7, il ne peut
pas y avoir de certitude quant à l'attribution de ces données botaniques : en effet,
des deux sources qui en parlent, la première, Antigonos ( cité par la scholie au
v . 585 des Thériaques de Nicandre , p. 46, 23 Keil ; pour les variantes de la tradi
tion manuscrite, voir l'apparat critique de Keil ad loc .), évoque le nom de Lycon
sans autre précision, tandis que la tradition manuscrite de la seconde , à savoir
Athénée , mentionne un certain "Ibuxos ó Mudayópeloç, inconnu par ailleurs,
dont le nom , paléographiquement , se corrige plus naturellement en ' Ixxoç
( pythagoricien tarentin bien connu , " I 11 ) , ou , à la limite , en Aúxos, qu'en
Λύκων ..
La correction « Iccos » a été proposée par 15 P. Maas, art. « Ibykos » 2, RE IX 1 , 1914, col.
818. On pourrait ajouter à l'appui de ce rapprochement un argument secondaire : l'origine
commune, tarentine, du pythagoricien Iccos et d'Héraclide [~ H 58 ] ( la source d'Athénée) .
La correction « Lycos » a été proposée par Valckenaer et retenue par Diels 2 ( avec un
point d'interrogation ), Gulick (éditeur d'Athénée pour la LCL) et Radicke . Burkert 7 signalait
l'existence de deux médecins nommés Lycos que l'on pourrait reconnaître dans le texte
d'Athénée. Radicke 1 , p. 437-438 , quant à lui , y verrait le médecin du jer s. av. J.-C. Lycos de
Naples ( ** L 88 ), qui serait désigné comme pythagoricien par suite d'une corruption : « possi
bly an Ιπποκράτειος became a Πυθαγόρειος under the influence of the following Πυθαγο
pe wv » ( mot utilisé à propos de l'origine de l'emploi , indubitablement pythagoricien, du
terme eůvoûxos pour désigner cette fameuse laitue ).
Partant de ces indications, 16 H. Thesleff, Introduction, p . 114 , attribuait à
Lycon un ouvrage Sur les plantes, de datation incertaine.
Signalons enfin que dans sa collection de fragments des historiens grecs
17 K. Müller, Fragmenta historicorum Graecorum , vol . II , p. 370 , reconnaissait
L 86 LYCOPHRON 203

encore le pythagoricien Lycon derrière la leçon corrompue AeŪxos des mss de


la Vie de Pythagore de Porphyre ( V. Pyth. 5 , p . 38 , 9-15 Des Places - passage
qui fait état de la diapwv a des sources au sujet de la patrie et de la citoyenneté
de Pythagore ). F. Jacoby a aussi été tenté de le faire, et , plus récemment,
J. Radicke a finalement inclus le passage en question parmi les fragments de son
auteur factice “ Lycon /Lycos", bien que seulement « as a starting point for
discussion ». Nous croyons néanmoins , avec Burkert et Radicke , que l'attri
bution explicite de ce passage au livre IV d'un ouvrage intitulé Histoires nous
invite à y reconnaître sans hésitation l'historien de la Grande Grèce Lycos de
Rhegium (floruit ca 290 ) , et cela moyennant une correction beaucoup plus
simple et naturelle ( AɛŪxos + Aúxoc) . Voir 18 F. Jacoby, FGrHist 570 F 15
( fr. classé dubium ) , avec le comm . ad loc. ( III b , p . 601 ) ; 19 E. Des Places ,
n. complémentaire 2 de la p. 38 de son édition de la Vie de Pythagore, reportée à
la p. 151 ; Radicke 1 , p. 436-437 , avec les n . 11-12 ; 20 C. Macris ( introd ., texte
grec, trad . grec moderne & n . ), loppúpiog. Ivoarópov ß oç, coll . « 'Yotepn
apxalótnta » 6, Athènes 2001, n . 20 , aux p . 172-173 . Burkert 7 évoque un
argument supplémentaire : « considering his interest in miracles, asceticism and
the like ( cf. FGrHist 570 F 5 , 6 et 7 ) , (Lycus ) must have mentioned Pytha
goras ». Sur Lycos de Rhégium, voir 21 l'art. « Lykos » 50 de la RE, signé par
R.Laqueur, ainsi que 18 F. Jacoby , FGrHist_570, avec le commentaire
correspondant, vol. III b, p . 597 sq.
BRUNO CENTRONE et CONSTANTINOS MACRIS .

85a LYCON DE NICÉE F II - DI


Stoïcien.

Dans un passage récemment retrouvé de ses Bithyniaka , Arrien de Nicomédie


( ** A 425 , p. 601) mentionne plusieurs philosophes stoïciens de Nicée : Apollos
(** A 293 ) , disciple d'Apollonios de Ptolémaïs ( > A 282 ) , qui a succédé à
Athènes à Dardanos ( > D 22 ) , Lycon et Lycandros ( ~ L 79 ) . Voir
R. Merkelbach , qui a publié ce fragment dans « Nikaia die Rankenreiche
(EAIKDPH ): ein übersehenes Fragment aus Arrians Bithyniaka» , Epigraphica
Anatolica 5 , 1985 , p . 1-3. Il pourrait s'agir du stoïcien Lycon de Bithynie
( L 84 ).

Pour plus de détails, voir les notices citées supra.


SIMONE FOLLET.

86 LYCOPHRON RESuppl. XIV “ Lykophron ” 10 IVa ?


Notre unique source d'information à propos de Lycophron est Aristote , qui le
mentionne à plusieurs reprises et lui attribue une fois l'épithète « le sophiste »
( Pol. III 9, 1280 b 10 = 83 , 3 DK ) . Dans la littérature secondaire, il n'a pris rang
que tardivement parmi les sophistes . Le premier article qui lui est consacré est
celui de 1 J. Vahlen , « Der Sophist Lykophron » , RhM 21 , 1866, p . 143-146 ,
article repris dans ses Gesammelte philologische Schriften, Leipzig / Berlin 1923 ,
I , p. 156-158 ; les fragments qui nous en sont transmis par Aristote ne sont
rassemblés que dans la sixième édition de 2 DK ( 1952 ) ; il n'apparaît dans la RE
204 LYCOPHRON L 86

que dans un volume supplémentaire en 1974 ( 3 H. Hofmann, art. « Lykophron


der Sophist » 10, RESuppl. XIV , 1974 , col . 265-272) .
En aucune des occurrences où Aristote cite Lycophron il ne mentionne le
nom d'un ouvrage dont celui-ci serait l'auteur, ce qui fait qu'on ne sait s'il cite
un écrit ou des paroles rapportées. 4 R.G. Boehnecke, Demosthenes, Lykurgos,
Hyperides und ihr Zeitalter, mit Benutzung der neuesten Entdeckungen , vor
nehmlich griechischer Inschriften , I , Berlin 1864, p. 35 sqq . a soutenu pour ce
motif que le Lycophron auquel Aristote, en Rhet. III 3 , 1405 b 36, 1406 a 6 (83 ,
5 DK) , emprunte des exemples de « froideur » du style n'était autre que le tyran
du même nom mentionné plus loin (Rhet. III 9 , 1410 a 18) . Cette thèse suscita
en réponse l'article de Vahlen 1 qui , tout en répertoriant pour la première fois
l'ensemble des fragments transmis par Aristote , s'appuya sur le commentaire par
le Ps . - Alexandre de l'un des passages concernés ( Soph . El. 15 , 174 b 30-33 = 83,
6 DK ) pour montrer que l'on avait affaire à un sophiste, identifiable avec celui
mentionné dans la Politique , et que l'on n'avait donc pas besoin de faire du
tyran Lycophron l'auteur auquel Aristote emprunte des exemples de « froideus >>
en Rhet . III 9.
En Soph. El. 174 b 30-33 , Aristote explique qu ' « il faut parfois s'attaquer à autre chose
que ce qui est dit en l'extrapolant (Èxeīvo éxraßóvtac) , si l'on ne peut traiter le thème
proposé : c'est ce que fit Lycophron quand il se vit proposer de prononcer un éloge de la
lyre » : selon le Ps .- Alexandre ( Soph. El. 118 , 30-119, 3 ), Lycophron , jouant sur une homo
nymie, fit l'éloge de la constellation de la Lyre au lieu de l'instrument de musique . L'argu
ment de Vahlen 1 est que ce Lycophron fait montre ainsi de son talent dans la spécialité
sophistique de l'éloge paradoxal.
Du fait qu'en Rhet. III 9 Lycophron est cité en même temps que Gorgias et
Alcidamas , ce qui porte à conclure qu'il est , comme ce dernier, un élève de
Gorgias ; du fait également que la deuxième Lettre de Platon ( 314 d 1 ) men
tionne un Lycophron séjournant à la cour de Denys II , on situe son activité dans
la première moitié du IVa.
Sur la base de formules citées par Aristote (Pol. III 9 , 1280 b 10 = 83 , 3 DK :
« la loi est un garant réciproque des droits (ou : la caution que se donnent
mutuellement les justes : eyyunts årańãous tõv dina wv) , mais elle n'est pas
en mesure de rendre les citoyens bons et justes » ; lepi eủyeve aç , fr. 1 Ross
= 83 , 4 DK : la noblesse est « quelque chose d'entièrement vide » , dont la
« dignité ( tò oeuvóv ] » ne réside que « dans le discours » ) , on attribue à
Lycophron une conception conventionnaliste de la loi . Aristote lui attribue
également une définition de la science comme « interaction (ouvovo a ) du
savoir et de l'âme» (Metaph. H 6 , 1045 b 9-11 = 83 , 1 DK ) , ainsi que la
suppression du mot « est » pour éviter de rendre l'un multiple ( Phys. I , 2 , 185 b
27-31 ).
On pourrait être tenté , sur la base de ce dernier témoignage, de rapprocher Lycophron
d’Antisthène ( ** A 211 ) ou des mégariques. 5 R. Muller, Les Mégariques, p. 172-173 , fait
cependant observer que « Socrate blanc » est , pour les mégariques , aussi inacceptable que
« Socrate est blanc » .
Éditions. 2 DK 83 ; 6 M. Untersteiner, Sofisti. Testimonianze e frammenti,
fasc . secondo, Gorgia, Licofrone e Prodico, Firenze 1961 , p. 150-155 .
L 89 LYDUS (IOHANNES -) 205

Études d'ensemble. 7 W. Nestle , Vom Mythos zum Logos, 2 ° éd . Stuttgart


1942, réimpr. 1975 , p. 343-345 ; Hofmann 3 ; 8 M. Untersteiner, 1 sofisti, 2e éd .
Milano 1967 (réimpr . Milano 1996 ; trad . fr. Paris 1993 ) , ch . XVIII § 6 ;
9 W.K.C. Guthrie, A History of Greek Philosophy, t. III, p . 139-145 ; 10 GGP,
Antike 2/1 , p. 52-53 .
Études particulières. 11 G. Avezzù , « Note in margine ad Aristotele ,
Retorica III 3 » , BollistFilolGreca 2 , 1975 , p . 7-33 ; 12 R.G. Mulgan , « Lyco
phron and Greek theories of social contract » , JHI 40, 1979 , p . 121-128 .
MICHEL NARCY .

87 LYCOPHRON RESuppl. VIII : 7b IV /IIIa


Épicurien inconnu destinataire d'une lettre de Léonteus ( Plut . , Adv. Col.
1108 e = p. 175 adn. 7 Us . = fr. 138 Arrighetti) dans laquelle il est question de
1 l'admiration d'Épicure pour Démocrite ( - + D 70 ) et sa doctrine ( cf. M. Gigante ,
Scetticismo e Epicureismo, Napoli 1981 , p . 52 ) .
TIZIANO DORANDI.

88 LYCOS DE NAPLES RE 51 ra
Médecin empirique . Il apparaît dans une liste de médecins empiriques chez
Galien , De methodo medendi, t. X , p . 143 , 1 Kühn ( fr. 32 E Deichgräber ), après
Ménodote ( M 133 ) , Sérapion , Théodas , Glaucias ( > 618 ), Apollonios
( ** A 270/271 ? ) , Calliclès , Diodore et Héraclide ( ~ H 58 ) . Il était utilisé par
Pline dans les livres XX -XXVII de son Histoire naturelle ( cf. I 20-27 ) [ fr. 256
Deichgräber ).
Les témoignages ont été rassemblés par 1 K. Deichgräber, Die griechische
Empirikerschule , n° 9 , fr. 256-265 , p . 204-205 ; voir également , en tant que
commentateur d'Hippocrate , fr. 315-316 , p . 223 (où est signalé un 'Eenyntixóc
(aóyos) sur le llepi tónWV TÕv xarà avopwnov 14 , d'Hippocrate ( VI , 306 , 9
Littré ]). Dans deux autres passages , on ne peut pas savoir si le Lycos mentionné
est bien Lycos de Naples ( p . 409, 39 et 411 , 15 Deichgräber) . Voir sur ce
médecin, Deichgräber 1 , p. 261 .

Cf. 2 E. Kind , art. « Aúxoç ó Neanoritng» 51 , RE XIII 2 , 1927 , col . 2407


2408.

RICHARD GOULET.

89 LYDUS ( IOHANNES - ) RE 7 RESuppl. XII PLRE II loannes Lydus 75 VI


Antiquaire byzantin .
Éditions. 1 C. Wachmsuth , loannis Laurentii Lydi Liber de ostentis , Leipzig
1863 , 2e éd . ibid ., 1897 ; 2 R. Wünsch , loannis Lydi Liber de mensibus , coll . BT ,
Leipzig 1898 , réimpr. Stuttgart 1967 ; 3 R. Wünsch , Joannis Lydi De
magistratibus populi romani libri tres, coll . BT, Leipzig 1903 ; 4 A.C. Bandy ,
On powers of the magistracies of the Roman state. Critical text , transl . , comm .
& indices by B. A. C. , Philadelphia 1983 ; 5 T. F. Carney ( trad . ) , On the
magistracies of the Roman constitution , Sydney 1965 .
206 LYDUS ( IOHANNES -) L 89
Études d'orientation . 6 A. Klotz , art. « Ioannes Laurentius Lydus » , RE XII
2 , 1927 , col . 2210-2217 ; 7 T. F. Carney, art. « Lydos » , RESuppl. XII , 1970 ,
col . 521-523 ; 8 J. Caimi , Burocrazia e diritto nel De magistratibus di Giovanni
Lido, coll . « Univ . di Genova Fond. A. Poggi » 16, Milano 1984 ; 9 M. Maas,
John Lydus and the Roman past. Antiquarianism and politics in the age of
Justinian , London 1992 ; 10 E. Stein , Histoire du Bas - Empire, t. II , 1949,
réimpr. Amsterdam 1968 ; 11 W. Schmid et O. Stählin , Handbuch der
klassischen Altertumswissenschaft, VII : Geschichte der griechischen Literatur,
2 : Die nachklassische Periode der griechischen Literatur, t. 2 : Von 100 bis 530
nach Christus, 6e éd . , München 1924 , p. 1040-1044 .
Biographie. Le nom de Laurentius qui lui est parfois ajouté était celui de son
père (PLRE II : 6 ) et non de Lydus lui-même (Photius, Bibl. cod. 180, p. 125 a
Bekker = t. II, p. 187 , 20 Henry ). Né en 490 apr. J.-C. à Philadelphie sur le
Tmolus, le jeune Ioannes effectue des études brillantes et précoces: à l'âge de 14
ans il aurait déjà été connu comme « lettré » ( « litteratus » , De mag . III 67 ) . Il suit
à Athènes les leçons de philosophie platonicienne et aristotélicienne dispensées
par Agapius (2A 31 ; cf. 12 A. Kaldellis , « The religion of loannes Lydos » ,
Phoenix 57 , 2003, p. 300-316 , notamment 305-306 ), lui-même élève de Proclus
et de Marinus ( M 42) ; aussi remarque -t -il non sans fierté qu'à son époque, sa
ville natale Philadelphie était connue auprès des élèves néoplatoniciens de
Proclus comme « la petite Athènes » (De mens . IV 58 , p . 113 , 6 Wünsch ) .
Embauché par le préfet du prétoire d'Orient Zoticus, lui aussi originaire de
Lydie, sous le règne d'Anastase en 511 comme tachygraphe à la Préfecture du
prétoire, Iohannes restera dans la fonction publique pendant plus de 40 ans.
Grâce à l'intervention de son cousin Ammien (PLRE II :) et de Zoticus, il se
marie de manière avantageuse , mais son épouse meurt jeune (De mens . IV 88).
Sous la protection de Zoticus , Jean commence sa carrière de manière brillante ,
accumulant les charges honorifiques, notamment celle, précoce, de chartularius
en chef ; mais après la retraite de son protecteur en 512 il doit quitter le palais et
se contenter du poste d'exceptor à la préfecture. Peut-être en 517 sous le préfet
Sergius, il atteint le poste de chartularius du scrinium , puis , peut-être au début
du règne de Justinien , il est nommé parmi les Augustales ( cf. 13 A.H. M. Jones,
The later Roman Empire, 284-602. A social, economic, and administrative
survey , 2 vol . , Baltimore 1986, t. II , p . 588 ) , poste qui lui laisse davantage de
temps pour se consacrer aux lettres. Le païen Phocas (PLRE II : 5 , p. 881-882),
dont Lydus loue la magnanimité et l'érudition, et dont il attribue la nomination à
la Providence divine ( cf. Kaldellis 12, p. 303-304), est nommé Préfet du prétoire
d'Orient en 532 en remplacement de Jean de Cappadoce ; bien que rapidement
remplacé à nouveau par le Cappadocien, Phocas, désormais iudex pedaneus à
Constantinople, prendra la relève comme protecteur de Lydus jusqu'en 545-546 ,
date où il se donnera la mort face à la vague de persécution anti- païenne lancée
par Justinien.

Grâce à ses connaissances de l'histoire romaine et de la langue latine (mais


cf. Wachsmuth 1 , p. XXXIX , qui traite Lydus de « homo Latini sermonis misere
gnarus » ; 14 M. Dubuisson , « Jean le Lydien et le latin : les limites d'une
L 89 LYDUS ( IOHANNES -) 207

compétence » , Serta Leodiensia secunda : mélanges publiés par les Classiques


de Liège à l'occasion du 175 ° anniversaire de l'Université, Liège 1992, p. 123
131 ), Lydus attire sur soi l'attention de l'Empereur, qui l'invite à prononcer un
panegyrique devant une ambassade d'aristocrates romains ( 15 T. Wallinga ,
« The date of Joannes Lydus ' De magistratibus » , RIDA 3 ° série , 39 , 1992 ,
p. 358-380, notamment 360 ) et le prie de rédiger l'histoire de la guerre contre les
Perses ( De mag . III 28 ) , laquelle, après la victoire de Justinien à Dara en 530,
s'était conclue par le traité signé au printemps de 532 (Procope, B.P. I 22 , 17 ) .
L'empereur envoie au Préfet du prétoire d'Orient une lettre pleine d'éloges pour
Lydus (De mag. IV 29 ) , à la suite de laquelle celui -ci se voit nommer, peut-être
en 543 , sous le praefectus urbis Constantinopoleos Gabriel ( PLRE III A : 1 ,
p. 498 ) auquel il dédiera aussi bien son De mensibus que son De ostentis , à l'une
des chaires professorales de Constantinople , poste qu'il occupera sans avoir à
démissionner de son poste à la préfecture du prétoire (De mag . III 29 ; Wallinga
15). Lydus prend sa retraite de la fonction publique en 551-552 , en recevant
entre autres le titre de comes primi ordinis, pour se consacrer cette fois totale
ment aux lettres. Il meurt à un moment indéterminé, mais vraisemblablement
avant le mois de novembre 565 ( Wallinga 15 , p . 360 ).
Sur la carrière de Jean Lydus à Constantinople , voir également
16 H. Schlange - Schöningen , Kaisertum und Bildungswesen im spätantiken
Konstantinopel, coll . « Historia - Einzelschriften » 94 , Stuttgart 1995 , p . 135
138

Euvres. Déjà avant sa retraite ( Wallinga 15 ) , Lydus aura commencé à


travailler sur les trois ouvrages qui nous ont été au moins partiellement transmis :
le De ostentis, le De magistratibus, et le De mensibus . Il était en outre l'auteur
de poésies, d'un panegyrique du Préfet Zoticus et d'un autre , déjà évoqué plus
haut, de Justinien , ainsi que d'une histoire des campagnes de celui -ci contre les
Perses , dont nous avons aussi parlé . Ces écrits ne nous sont pas parvenus . Le
premier ouvrage rédigé par Lydus est vraisembablement le De mensibus, cité
dans ses autres ouvrages , qu'il a peut-être commencé en 540 à Chypre ; il ne
nous est transmis que dans un état fragmentaire. L'auteur y présente des maté
riaux concernant le calendrier et les fêtes romaines depuis l'époque des Rois .
L'état lacunaire du livre I ne permet plus d'en reconstituer la suite des idées
avec certitude; cependant, il y était question vraisemblablement des premiers
décomptes des années des premiers habitants de l'Italie , sous le règne de
Saturne, inventeur de l'année ; des influences exercées sur les Italiens par les
peuples lydo - étrusque et grec , et surtout des institutions de Numa. Le livre II du
De mensibus traite de la journée (ſlepì ñuépac ) , le livre III du mois ( Ilepi
unvós) ; enfin , le livre IV présente un calendrier qui parcourt les mois un à un à
partir de janvier et est pourvu de notices d'ordre astrologique, astronomique , et
antiquaire.

Le De ostentis , lui aussi lacunaire au début , commence par une histoire de la


divination chez les Romains ( chap . 1-10 ) . La suite est constituée par une série
d'essais traitant de divers sujets : il y est question des comètes ( d'après
Campestris ou Campester), aux chap . 11-15 ; de la lune , aux chap . 16-20 ; du
208 LYDUS ( IOHANNES -) L 89

tonnerre , aux chap. 21-26, exposition suivie par les « brontoscopies » de Nigidius
Figulus ( > N 58 ) aux chap . 27-38 (cf. 17 C. Ampolo, « Lotte sociali in Italia
centrale : un documento controverso : il calendario brontoscopico attribuito a
Nigidio Figulo » , Opus 9-10, 1990-1991, p. 185-197 ) et de Fontéius ( chap. 39
41 ) . Après un bref chapitre d'observations sur la lune par Labéon (PL 2 ]
( chap . 42 ) , on passe à l'étude des éclairs ( chap. 43-46 ), suivie par un calendrier
fulminaire, lui aussi peut - être dû au même Labéon (chap. 47-52 ) . On passe
ensuite aux tremblements de terre ( chap . 53-54 ) , avec le seismologium de
Vicellius , ( chap. 53-58 ) . L'ouvrage se termine ( chap. 59-70 ) par la citation du
calendrier populaire pré -julien attribué à Clodius Tuscus ( il a été édité par
18 L. Bianchi , « Der Kalendar des sogenannten Clodius Tuscus » , SHAW 1913 ,
3. Abt . ) , suivie d'une discussion de l'ethnographie astrologique tirée de la
Tetrabiblos de Ptolémée ( II 2 ) , et une brève conclusion ( chap. 71 ).
Finalement, le De magistratibus , seul ouvrage de Lydus à être traduit dans
une langue moderne ( cf. Bandy 4 ; Carney 5 ) que l'auteur a peut- être commencé
au mois de décembre 554 ( De mag. I 2 ; mais cf. Caimi 8, p . 111-124, qui doute
que Lydus ait rédigé quoi que ce soit après 552 ; Wallinga 15 ) , se veut une
histoire des institutions administratives romaines : le livre I en décrit le déve
loppement au cours de la préhistoire, de l'époque des Rois et de la République,
tandis que les livres II - III proposent une esquisse de l'évolution de l'institution
de la Préfecture prétorienne, depuis ses origines sous Auguste jusqu'à l'époque
de l'auteur. La conclusion de l'ouvrage , gravement endommagée , offre un
tableau du déclin de l'Empire, qu'Anastase essaya en vain de freiner, mais qui
ne fut sauvé que grâce à l'intervention providentielle de Justinien , ó návrwv
βασιλέων αγρυπνότατος ( III 55 ) .
La critique s'est montrée sévère à l'égard de Jean Lydus . Pour Schmid
Stählin 11 , p . 1043, ses écrits représenteraient « le nadir de l'art dans la littéra
ture grecque » , et témoigneraient d'un auteur qui est « complètement incapable
de distinguer l'important de ce qui manque d'importance » . En effet, on a sou
vent reproché à Lydus le manque d'acribie de ses renseignements ( Bandy 4 ,
p . XXXIII-XXXV et n . 2 ; Wallinga 15 , qui montre les erreurs chronologiques de
Lydus dans le De mag . ). Cependant, il ne faut pas oublier que nous ne possédons
que les débris de l'activité littéraire de Lydus ; il s'agit , selon Kaldellis 12 ,
p . 301 , de « fragments résumés par un éditeur byzantin , dont l'ordre n'est
souvent pas clair » . Les trois éditions des ouvrages de Lydus , parues il y a
environ un siècle , seraient à reprendre ; c'est surtout le cas pour le De mensibus .
En effet, des recherches postérieures à l'édition de Wünsch ( 19 R. Schoene,
« Ein Fragment des Joh . Laurentius Lydus bei Anastasius Sinaita » , dans
Festschrift zu 0. Hirschfeld , Berlin 1903, p. 327-329 ; 20 F. Cumont, « Lydus et
Anastase le Sinaïte » , BZ 30 , 1929-1930 , p. 31-34 ; cf. 21 P. Mastandrea, Un
neoplatonico latino, Cornelio Labeone : testimonianze e frammenti, coll . EPRO
77 , Leiden 1979 , p . 67 sqq . ) ont montré que l'ouvrage du moine byzantin
Anastase le Sinaïte ( VIIe siècle ) dans son ouvrage intitulé Anagogicarum
contemplationum in Hexaemeron libri XII, qui n'est conservé qu'en traduction
latine (PG LXXXIX , col . 851-1078 ), préserve de longs extraits du De mensibus
L 89 LYDUS (IOHANNES -) 209

dont le texte est supérieur à celui de l'édition Wünsch, lequel ne connaissait


qu'un texte dont l'archétype ne représentait qu'un compendium de l'ouvrage
originel, contaminé par des interpolations dues à des scribes ou à des lecteurs
anciens ( cf. 22 F. Boertzler, « Zum Texte des Johannes Laurentius Lydus “De
mensibus” » , Philologus 77 , 1921 , p. 364-367). Le texte du De ostentis , pour sa
part, serait vraisemblablement à améliorer grâce , entre autres, aux acquis du
grand projet sur le Corpus codicum astrologorum Graecorum ( cf. Mastandrea
21 , p. 76) .
Quoi qu'il en soit , la valeur de Lydus du point de vue de l'histoire de la
philosophie consiste surtout dans les citations qu'il fait de textes philosophiques
( cf. Maas 9, p. 97-104 ). Or on y trouve, bien entendu , surtout dans le De mensi
bus , de nombreuses citations de Platon, d'Aristote et des Présocratiques (Parmé
nide, Philolaus, Thalès, Anaximène, Anaxagore, Anaximandre , Héraclite ). Mais
on trouve aussi bon nombre de philosophes platoniciens plus proches de
l'époque de Lydus : Numénius (appelé, de façon intéressante , « le Romain » , De
mens . IV 80 = Numénius , fr. 57 des Places ) , Plotin , Porphyre, Jamblique ,
l'empereur Julien (cf. 23 C. Sequi , « Lido e Giuliano l’Apostata », CCC 14 ,
1993, p. 171-177 ) , Ammonius , Syrianus, Proclus (appelé « le diadoque » , mais
aussi « le grand » (ToŨ < ueyásov Ipóxlov, De mens . IV 154 ) . Assez souvent,
Lydus est seul à nous transmettre des fragments de l'ouvrage en question ,
comme dans le cas des Commentaires sur les Oracles Chaldaïques de Porphyre
(De mens . IV 53 ) ou de Jamblique (ibid. , IV 159) .
Comme l'a montré in extenso Mastandrea 21 , non seulement le De mensibus
de Lydus , mais aussi le De ostentis constituent l'une de nos principales sources
pour la reconstitution de l'euvre perdue du mystérieux Cornélius Labéon
( L 2) , dont cet historien fait un élève de Porphyre, et qui est par conséquent à
dater au tournant des III - IVe siècles . Labéon serait donc la source à travers
laquelle Lydus connaît nombre des obscurs auteurs de tendance philosophico
antiquaire qu'il cite dans ses ouvrages , par exemple Fontéius, Nigidius Figulus
( P + N 58 ) , Cornificius Longus ( MC 189) , Granius Flaccus , Verrius Flaccus ,
Gavius Bassus , etc. , et même peut- être des auteurs mieux connus , comme
Porphyre lui-même.
On a longtemps soutenu que Lydus était un chrétien , malgré l'absence pres
que complète dans ce qui reste de son œuvre d'allusions au Christ, à l'Église , ou
à la doctrine chrétienne. Cependant, Kaldellis 12 a récemment mis en avant des
arguments convaincants à l'appui de son hypothèse selon laquelle Lydos était en
réalité païen . En effet, même si , à l'époque de Lydus , la victoire du christia
nisme était devenue inéluctable , il restait, même en plein vie siècle, un certain
nombre de païens irréductibles et Lydus était en contact amical avec plusieurs
d'entre eux , que ce soit l'école de Proclus, à travers Agapius , ou le préfet
Phocas. Les goûts littéraires et philosophiques de Lydus témoignent de préfé
rences qui s'inscrivent tout à fait dans la ligne des intellectuels qui luttaient pour
la sauvegarde des traditions ancestrales et contre la nouvelle religion chrétienne
devenue presque toute -puissante : en philosophie, il accorde sa préférence au
néoplatonisme théurgique de Jamblique et de ses successeurs ; pour la culture
210 LYDUS ( IOHANNES -) L 89

générale , il a recours aux mêmes sources antiquaires que le Macrobe ( M9)


des Saturnales . Selon toute vraisemblance , donc , Lydus est à ranger dans le
même camp que des figures réfractaires de l'antiquité tardive comme Procope et
Zosime ; on est même allé jusqu'à supposer (Maas 9, p . 97-104 ) qu'il a pu être
influencé par les doctrines des derniers philosophes néoplatoniciens d'Athènes,
Simplicius et Damascius ( D3, p. 541-593 ) , dont on sait la résistance farouche
qu'ils ont menée contre l'Église victorieuse. Cependant, que Lydus ait ou n'ait
pas été en contact avec ces derniers représentants de l'École d'Athènes, il aura
très vraisemblablement partagé leur Weltanschauung, et nous pouvons faire
nôtre l'évaluation finale de Kaldellis 12 , p . 314 : « oracles, omens , astrology and
Platonic metaphysics ... would seem to be the religion of loannes Lydos » .
MICHAEL CHASE .

90 LYNCEUS FI
Poète, ami de Properce, qui le présente dans ses Élégies II 34 , 23-32 , comme
un rival ayant tenté de séduire sa maîtresse. Ce poète sévère ( v . 44 : dure poeta )
semble avoir puisé sa sagesse dans « les livres socratiques » et se proposer de
chanter « les voies de l'univers » ( rerum ... vias). On apprend plus loin qu'il était
également l'auteur de tragédies ( v. 41: desine et Aeschyleo componere uerba
coturno ) . Le nom est vraisemblablement un pseudonyme . 1 J.-P. Boucher ,
« L'œuvre de L. Varius Rufus d'après Properce II , 34 » , REAnc 60, 1958 , p. 307
322 , a suggéré qu'il pourrait s'agir de L. Varius Rufus, l'ami de Virgile. Cette
suggestion n'est pas retenue par 2 L. Richardson Jr. , Propertius, Elegies I - IV ,
edited, with introduction and commentary, University of Oklahoma Press, 1977,
p. 312 .
RICHARD GOULET.

91 LYNCEUS DE SAMOS RE 6 IV - III

Élève de Théophraste, poète comique , auteur d'ouvrages littéraires et épisto


lographe.
Cf. 1 A. Körte , art. « Lynkeus » 6 , RE XIII 2 , 1927 , col . 2472-2473 ;
2 F. Wehrli , GGP, Antike 3 , p . 557 ; 3 W. Spoerri, art. « Douris de Samos » ,
D 226 , DPhA, t. II , p . 899-900 (avec une bibliographie ) ; 4 PCG, t. V , 1986,
p . 616-617 ; 5 A. Dalby , « The curriculum vitae of Duris of Samos » , CQ 41 ,
1991 , p . 539-541 ; 6 Id . , Siren feasts. A history of food and gastronomy in
Greece, London /New York 1996 ( cf. l'Index, s. v. “ Lynceus ”, p. 293 ).
La Souda ( s. v . AuyxEÚc, A776) nous donne l'essentiel des renseignements
qui nous sont parvenus sur Lyncée : Λυγκεύς, Σάμιος, γραμματικός, Θεο
φράστου γνώριμος , αδελφός Δούριδος του ιστοριογράφου, του και τυραν
νήσαντος Σάμου . Σύγχρονος δε γέγονεν ο Λυγκεύς Μενάνδρου του κωμι
XOỏ xal ávteTEDE Eato xwuwå aç xai év xnge ( « Lyncée de Samos, lettré,
élève de Théophraste et frère de l'historien Douris ( > D 226 ) qui fut aussi tyran
de Samos . Lyncée fut le contemporain du poète comique Ménandre , concourut
avec lui avec des comédies et remporta la victoire » ) .
L 91 LYNCEUS DE SAMOS 211

Qu'il compte parmi les nombreux auditeurs de Théophraste , Athénée aussi


l'affirme ( III , 100 e ; IV , 128 a ; 130 d ) .
Euvres. Il n'existe pas de recueil des témoignages et des fragments de
Lyncée. Les fragments conservés de ses ouvrages se trouvent chez Athénée
( Dalby 5 , p. 541 , n . 15 ) .
1. Comédies. Athénée ( IV , 131 f - 132 b) a conservé 22 vers d'une comédie
intitulée Kévtaupoc (Le Centaure ). Pour l'édition de ce fragment, cf. PCG 4.
2. 'Anouvnuoveúuata ( Souvenirs, Ath. VI , 248 d -e ; X , 434 d ; XIII, 583 f)
ou å opéyuata (Apophtegmes ou Bons mots , Ath . VI , 245 a et d ) . Il s'agit
d'un recueil de répliques spirituelles mettant en scène des courtisanes, des
parasites ou des noceurs ( Athénée a conservé une dizaine de fragments ).
3. Hɛpè Mɛvávopov (Sur Ménandre ). L'ouvrage devait comporter au moins
deux livres ( Ath . VI , 242 b-c ) . Il a dû paraître après la mort de Ménandre
( 292/1). La nature du contenu nous échappe.
4. Téxvn opwintixeń [opwvixń Körte 1 doit être une coquille ) ( L'art de faire
son marché ). Ce traité était adressé à quelqu'un qui trouvait difficile d'acheter
des poissons au marché ( Ath . VI , 228 c ; VII , 313 f).
5. Lettres. Athénée cite un grand nombre d'extraits de lettres de Lyncée. La
plupart traitait de gastronomie . Il connaît un recueil de lettres provenant de la
correspondance entre Lyncée et le macédonien Hippolochos intitulé AEltvn
Tlxaì ÉTlotoa (Lettres sur les banquets, IV , 128a) , où les deux auteurs
s'échangeaient les descriptions des banquets auxquels ils participaient (Hippo
lochos ( » H 153a] , inconnu par ailleurs, figure aussi parmi les élèves de Théo
phraste dans 7 W.W. Fortenbaugh et alii (édit . ) , Theophrastus of Eresus.
Sources for his life, writings, thought and influence, coll. « Philosophia antiqua »
54 , 1-2, Leiden 1992, t. I, p. 68-69 ; cette filiation est fondée sur un retour à la
leçon des manuscrits : cf. Dalby 5 ) . C'est peut -être à ce recueil qu'appartient la
lettre citée par Plutarque, décrivant un repas offert par la flûtiste et courtisane
Lamia à son amant Démétrius Poliorcète (Plut. , Demetr. 27 , 3 ) .
Des Lettres de Lyncée sont aussi mentionnées dans le Lexique des dix
orateurs d'Harpocration d'Alexandrie (s.v. 'Toúpaloi).
Parmi les autres lettres citées par Athénée , un certain nombre porte le nom du
destinataire : Diagoras ( Tloos Alayópav ( il ne peut s'agir de D 91 ) III , 109 d-e ;
VII , 285 e - f, etc.) ; Apollodore (ſoos ’AnoModwpov IX, 401 f -402 a) ; le poète
comique Posidippe ( Iloòc TÒV xwuixòv Iloge OLTTOV XIV , 652 c -d) .
On voit donc , de ce qui subsiste de son œuvre , que le seul lien de Lyncée
avec la philosophie est dans son passage par l'école de Théophraste. Et Körte 1 ,
col. 2473, concluait à juste titre son article de la RE en ces termes : « Lynkeus ist
für uns ein Hauptvertreter des bis zum äussersten Raffinement gesteigerten
Genusslebens der frühhellenistischen Zeit » .

( Signalons sur les témoignages et les fragments relatifs à la vie et l'ouvre de


Lyncée l'étude récente de M. Ornaghi, « Linceo di Samo in Ateneo e Ateneo in
" Suda " : casi di amplificazione della tradizione indiretta » , QuadAug Rostagni
2004, p. 49-79. R.G. )
JEAN - PIERRE SCHNEIDER .
212 LYRAMNOS DU PONT L 92

92 LYRAMNOS DU PONT

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth . 36,


267 ; p. 146, 16 Deubner.
BRUNO CENTRONE .

93 LYSIADÈS DE CATANE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique, V. pyth . 36 ,


267 ; p. 146, 12 Deubner.
BRUNO CENTRONE.

94 LYSIAS RE 13 FV-D IV

Orateur attique et familier de Socrate .


On ne prendra pas en considération l'activité de logographe de Lysias ni ses
discours perdus ou conservés. Une Vie de Lysias est conservée dans les Vies des
dix orateurs du Pseudo - Plutarque.
Dans le Contre Ératosthène ( XII ) Lysias raconte l'histoire de sa famille.
C'est à la demande de Périclès que Céphale ( B + C 79) , un Syracusain, était venu
s'établir en Attique ; il y vécut les 30 dernières années de sa vie. Sa richesse
provenait d'une fabrique d'armes attenant à la maison familiale. Si on retranche
30 ans à la date supposée de l'entretien de la République (entre 420 et 415 av.
J.-C. ) , cela nous ramène à une période qui se situe entre 450 et 445 av . J.-C. ,
dates qui constituent le point de référence autour duquel s'ordonnent les autres
dates intéressant la vie de Lysias. Céphale était orignaire de Syracuse. Par suite
ni lui ni ses fils n'étaient citoyens athéniens ; ils étaient métèques . Ils n'avaient
le droit ni de posséder de la terre, ni de servir dans l'armée , ni de voter à
l'Assemblée du peuple, ni de prendre la parole au tribunal. Voilà pourquoi
Lysias choisit de devenir logographe , c'est - à - dire un "avocat" qui écrit des
discours qui seront lus devant le tribunal par l'une des parties.
Lysias naquit après l'arrivée de Céphale en Attique , soit après 450 ou 445 av.
J.-C. Vers 430, Lysias se rendit avec ses deux frères à Thourioi, une colonie
fondée en 446/445 par Athènes ; les plans de la ville avaient été dessinés par
Hippodamos de Milet et les lois avaient été rédigées par Protagoras ( Phèdre
267 c) . Lysias devint citoyen de Thourioi et suivit dans cette cité l'enseignement
rhétorique de Tisias ( Phèdre 267 a) et de Nicias . Mais par suite de tensions entre
Athènes et sa colonie , il dut revenir à Athènes vers 420. Dans le Phèdre , dont
l'action dramatique se situe entre 418 et 416 av . J.-C. , Lysias est présenté
comme un maître de rhétorique qui compose des discours qu'il donne en
exemple à ses étudiants ( Phèdre 227 a , 228 a, b et 272 c ) et comme un " avocat "
qui écrit des discours pour les parties lors d'un procès au tribunal (Phèdre
257 c ) . Trente - deux de ces plaidoyers nous sont parvenus. Lorsque les Trente
s'emparèrent du pouvoir, Lysias sauva sa vie en offrant de l'argent à celui qui
était venu l'arrêter ; mais son frère Polémarque fut condamné à boire la ciguë .
Les biens de la famille furent confisqués, dont trois maison , une importante
somme d'argent, 120 esclaves , et 700 boucliers. Après les événements drama
L 94 LYSIAS 213

tiques de 404, Lysias trouva refuge à Mégare, où il aurait aidé les démocrates
dirigés par Thrasybule à reprendre le pouvoir à Athènes , en recrutant des
mercenaires et en fournissant armes et argent. En reconnaissance de ses services,
Thrasybule fit voter un décret qui devait accorder le droit de cité à tous les non
Athéniens qui avaient aidé les bannis . Mais Archinos intenta un procès en
illégalité, et le décret fut rapporté. C'est en 403 que Lysias plaida, probablement
sans succès, contre Ératosthène, qui avait fait périr son frère Polémarque, et c'est
en 388 probablement, qu'il prononça le Discours Olympique ( XXXIII ) , dans
lequel il s'en prenait violemment aux tyrans, dont Denys I de Syracuse . On peut
placer sa mort vers 379 av . J.-C.

Le dialogue platonicien qui porte son nom s'ouvre sur une scène où Phèdre,
qui vient de quitter Lysias , auprès de qui il apprend la rhétorique, consent à
répéter à Socrate un discours composé par Lysias, et qu'il a appris par cæur. Et
le Phèdre se termine sur quelques mots de Socrate qui demande à Phèdre de
rapporter à son maître les propos qui viennent d'être tenus . On a vu plus haut
que Lysias est le fils de Céphale et le frère de Polémarque. Et, comme c'est dans
la maison de Céphale au Pirée que se déroule l'entretien que rapporte la
République, toute la famille s'y trouve réunie autour de Socrate ( Rép. I , 328b) ;
sont aussi présents Thrasymaque de Chalcédoine ( voir Phèdre 367c) , Charman
tidès de Péanée, Clitophon ( 24C 175 ) , le fils d’Aristonyme, et les deux frères de
Platon , Glaucon ( P - G 21 ) et Adimante ( > A 23 ). Céphale est assis sur un siège
et porte une couronne, car il s'occupe d'offrir un sacrifice domestique. Il repro
che aimablement à Socrate la rareté de ses visites. Ce dernier qui trouve Céphale
vieilli ramène la conversation au thème de la vieillesse . Céphale ne trouve pas
que la vieillesse soit si dure à supporter. Socrate rétorque alors que c'est la
richesse qui pourrait expliquer cette égalité d'humeur. Suivant Céphale, la
richesse n'est bonne qu'aux sages , qu'elle délivre de la crainte de l'au - delà , en
donnant le sentiment d'avoir acquitté ses dettes à l'égard des dieux et des
hommes, ce en quoi consiste la justice . C'est ainsi que se trouve lancée la
discussion sur la justice . Céphale qui retourne à son sacrifice laisse son fils
Polémarque " héritier du discours” (Rép. I , 331 d) . Lysias joue donc un rôle
implicite, mais important, dans la République et dans le Phèdre, qui fait qu'on
peut le considérer comme l'un des membres de l'entourage de Socrate.
Une Apologie de Socrate est attribuée à Lysias par une scholie sur Apol. 18 b
(Avo aç év Ewrpátovç ånooy ạ ) . Voir également Diogène Laërce II 40. Sur
cette cuvre perdue, voir L. Rossetti , « Alla ricerca dei logoi sokratikoi perduti,
II - III » , RSC 23 , 1975 , p. 87-99 et 361-381 .

Cf. W. Plöbst , art. « Lysias » 13 , RE XIII 2 , 1927 , col . 2533-2543 ; Debra


Nails , The people of Plato , s.v. Lysias, 190-194 + stemma ; J.K. Davies ,
Athenian Propertied Families, C 9 ; T.C. Loening, « The autobiographical
speeches of Lysias and the biographical tradition » , Hermes 109 , 1981 , p. 280
294 ; U. Schindel, « Untersuchungen zur Biographie des Redners Lysias » , RhM
110, 1967, p. 32-52.
LUC BRISSON .
214 LYSIAS DE TARSE L 95

95 LYSIAS DE TARSE absent dans la RE


Philosophe épicurien » , ancien prêtre « porte - couronne » du culte d'Héra
clès , qui devint tyran à Tarse . Il est mentionné par Athénée V , 215 b - c parmi oi
ånò Qiaogopiac otpatnyol. Après avoir décrit sa tenue vestimentaire, Athénée
précise qu'il distribua les biens des riches aux pauvres et fit assassiner beaucoup
de ceux qui refusaient de donner leurs biens .
RICHARD GOULET.

96 LYSIBIOS DE TARENTE

Pythagoricien dont le nom figure dans le catalogue de Jamblique , V. pyth . 36 ,


267 ; p. 144 , 15 Deubner.
[Ce nom est recueilli par Fr. Bechtel, Die historischen Personennamen , p. 290. C.M. )
BRUNO CENTRONE .

97 LYSIMAQUE RE 18 III
Élève de Théophraste.
Le nom de ce personnage n'est connu que par Athénée ( VI 60 , 252 c ) :
'Αττάλου δε του βασιλέως εγένετο κόλαξ και διδάσκαλος Λυσ μαχος,, δν
Καλλ μαχος μέν Θεοδώρειον αναγράφει, “Έρμιππος δ ' εν τοις Θεοφράστου
μαθηταίς καταλέγει . Ούτος δ' ο ανήρ και περί της Αττάλου παιδε ας
συγγέγραφε β βλους πάσαν κολακε αν εμφαινούσας ( « Le roi Attale eut
comme flatteur et comme maître Lysimaque que Callimaque catalogue comme
élève de Théodore, alors qu'Hermippe le range parmi les élèves de Théophraste.
Cet homme composa aussi des livres Sur l'éducation d'Attale, où figure toute
sorte de flatteries » ) .
Callimaque de Cyrène ( P + C 22) avait sans doute fait figurer Lysimaque dans
son i va des philosophes ( fr. 438 Pfeiffer). Qu'il l'ait caractérisé comme disci
ple de Théodore de Cyrène dit l'Athée ( avant 335 - après 260) – à Athènes à
l'époque de Démétrius de Phalère ( D 54) ou à Alexandrie ? - , n'exclut pas que
Lysimaque ait aussi fréquenté le Péripatos sous la direction de Théophraste (il
figure dans la liste des élèves de Théophraste dans W.W. Fortenbaugh et alii
( édit . ) , Theophrastus of Eresus . Sources for his life , writings, thought and
influence, coll . « Philosophia antiqua » 54 , 1-2 , Leiden 1992, t. I , nº 18 , 11 ,
p . 68 ; les auteurs donnent comme dates pour Théophraste 372/1 ou 37170 -
288/7 ou 287/6 ) . Comme disciple de Callimaque, Hermippe ( > H 86) connais
sait les a vaxes de son maître . Cf. 1 F. Wehrli, Hermippos der Kallimacheer,
coll . « Die Schule des Aristoteles » Supplementband I , Basel /Stuttgart 1974,
fr. 56, et commentaire , p. 79 (Hermippe n'a pas consacré de biographie à Lysi
maque , mais l'a nommé avec d'autres élèves de Théophraste ) . Voir aussi
J. Bollansée et alii, Die Fragmente der griechischen Historiker continued, IV :
Biography and antiquarian literature, IVA : Biography, fasc. 3 : Hermippos of
Smyrna, Leiden 1999 , n ° 1026 , fr. 38 , commentaire p . 350-354 .
Pour des raisons chronologiques, Pfeiffer ( commentaire au fr. 438 ) et Wehrli
( 1 , p . 79 ) pensent que l'introduction de Lysimaque dans les at vaxes est posté
rieure à la mort de Callimaque ( 240 ).
L 100 LYSIMAQUE 215

Le panégyrique d'Attale n'a pu être composé qu'après l'accession au trône


du roi de Pergame, Attale 1er ( 241-197 ) , ce qui s'accorde difficilement avec les
témoignages sur ses maîtres ( Wehrli 1 , p . 79 , envisage , sans précision, une
confusion ; pour ce qui est du rapport entre Lysimaque et Théodore, on pourrait
envisager une confusion avec le roi Lysimaque, dont la relation avec Théodore
est bien attestée (SR / SSR. t . I , IV H nº 7 ; 8 ; 9 ; 13 ] ) . Cf. FGrHist II B 170 T 1
et SR / SSR . t . I , IV H nº 27 .
JEAN - PIERRE SCHNEIDER .

98 LYSIMAQUE Ia

Académicien par ailleurs inconnu ( Philod ., Acad. hist., col . XXXIV 14 =


Antioch. T 3 , 7 Mette ) , disciple d'Antiochus d’Ascalon ( A 200) ou de Philon
de Larisse ( selon l'hypothèse de E. Puglia, ZPE 130 , 2000 , p. 17-28 ) .
TIZIANO DORANDI.

99 LYSIMAQUE III ? IV ?

Un personnage de ce nom faisait partie des nombreux platoniciens qui ont


laissé leur signature dans le tombeau de Ramsès VI à Thèbes ( J. Baillet ,
Tombeaux , n° 1281 ) : Avo uaxoç TatwvLXÒÇ Dióoodos. On a supposé qu'il
pouvait être identique à l'homonyme que Porphyre (Vie de Plotin 3 , 42-43 )
désigne comme le premier maître d'Amélius : voir L. Brisson , dans L. Brisson et
alii , Porphyre, Vie de Plotin , t . I , Paris 1982 , p . 95. Cependant, le nom est
courant et le maître d'Amélius était considéré par Longin (Porphyre, Vie de
Plotin 20 , 47 ) comme un stoïcien . Le pélerin de la Vallée des Rois est donc
vraisemblablement un homonyme , peut-être sensiblement postérieur, car bon
nombre de signatures platoniciennes de ce tombeau pourraient dater du ive
siècle ( voir infra , la notice sur Nicagoras, N 29 ) .
Cette inscription est également mentionnée par A. Calderini , « Arti liberali in documenti
dell'Egitto romano », dans Studiin onore di Ugo Enrico Paoli, Firenze 1956, p. 155 .
BERNADETTE PUECH.

100 LYSIMAQUE RESuppl. XV : 16a et 16b DM III


Philosophe stoïcien .
A. Lysimaque avait été le maître d'Amélius ( » A 136 ) avant que ce dernier
ne devienne l'élève de Plotin à Rome en la troisième année de Philippe l'Arabe,
soit en 246 (Porphyre, Vita Plotini 3 , 42-43).
Il est possible que ce soit déjà auprès de ce maître qu'Amélius s'illustra en recopiant et
apprenant par cour la quasi totalité des écrits de Numénius ( • N 66 ] ( ibid ., 3 , 43-45 ).
B. Dans la préface de son livre Sur la fin , écrit vers 265 ( Vita Plotini 20 , 47 ) ,
Longin L 63 ] ( frag. 4 Brisson - Patillon ) associe Lysimaque à Herminos
( » H 84 ) comme deux stoïciens contemporains qui se consacrèrent à la forma
tion de leurs disciples, sans se soucier d'exposer leurs doctrines par écrit.
On identifie généralement le maître d'Amélius et le stoïcien dont parle
Longin. Porphyre en tout cas n'essaie pas de les distinguer l'un de l'autre. Un
rapprochement a également été envisagé avec le platonicien ( » L 99 ) dont le
216 LYSIMAQUE L 100

nom apparaît dans un tombeau de la vallée des rois en Égypte (voir L. Brisson,
PVP I , p. 96, et la notice précédente ), mais on ne peut le faire qu'en supposant
que Lysimaque , comme le philosophe Tryphon ( Vita Plotini 17 , 3 ) , ami d'Amé
lius , était « stoïcien et platonicien » .
LUC BRISSON et RICHARD GOULET.

101 LYSIMAQUE RESuppl. XV : 16C


D'après Thémistius , De virtute, texte syriaque et traduction latine de
R. Mach , dans G. Downey et A.F. Norman, Themistii Orationes, coll . BT, t . III ,
Leipzig 1974, p. 66-69, ce Lysimaque, persécuté par un « tyran » qui ne suppor
tait pas ses critiques, fut relégué dans une forteresse (castellum) construite par
les Romains aux frontières de l'Empire dans le Pont . Un jour qu'il se promenait
en dehors des remparts, il se retrouva entre deux tribus barbares qui étaient sur le
point d'engager le combat avec fantassins et cavaliers . Vêtu de l'habit du
philosophe (pallium ), avec son bâton à la main , il s'avança courageusement
entre les lignes , joyeux et calme. Par des gestes de la main , il apaisa la colère des
belligérants qui cessèrent le combat sans avoir versé de sang et se séparèrent
après avoir conclu un traité.
On trouve un traduction allemande du traité dans J. Gildemeister et
F. Bücheler, « Themistios Nepì đperñc » , RhMus 27 , 1882 , p . 438-462 , notam
ment p. 460-461. Bücheler ( p. 460 n . 1 ) voit dans ce Lysimaque un philosophe
du IIIe siècle de notre ère et envisage une identification avec l'homonyme de la
Vie de Plotin par Porphyre ( L 100 ). Mais il rappelle aussi deux vers d'Aristo
phane (La Paix, ν. 991-992 : λύσον δε μάχας και κορκορυγάς, |ίνα Λυσι
Máxnv de xanõuev, Fais cesser batailles et tumultes, que nous puissions
t'appeler Lysimachè ( trad. H. Van Daele] ) qui pourraientt suggérer que le nom a
été choisi à cause de son étymologie .
Cf. E. Fischer, art. « Lysimachos » 16c, RE XV , 1978 , col . 128-129.
RICHARD GOULET.

102 LYSIS
Destinataire, sans doute fictif, de la Lettre pseudépigraphe 10 de Cratès de
Thèbes ( P + C 205 ) ( SSR V H 97 ) . Édtion avec trad. latine dans 1 R. Hercher,
Epistolographi graeci, p . 209 ; éd. avec trad . allemande dans 2 Eike Müseler ,
Die Kynikerbriefe, t . II , p . 88 ; trad . anglaise par R.F. Hock dans
3 A.J. Malherbe, The Cynic Epistles, p. 60-63 ; trad. française dans 4 G. Rombi
et D. Deleule , Les Cyniques grecs. Lettres de Diogène et Cratès, coll . « Les
philosophiques » , Paris 1998 , p . 14-16 . Voir aussi 5 F. Junqua , Lettres de
Cynique, t. I , p. 113 ; t. II , p. 489, 540-541 et p. 601.
Sur les Lettres pseudépigraphes de Cratès , voir 6 J. F. Marcks , Symbola
critica ad epistolographos graecos, Diss . Bonn 1883 ; 7 A. Olivieri, « Le
epistole del Pseudo-Cratete . Hercher 208-217 » , RFIC 27 , 1899 , p. 406-421;
8 W. Capelle , De Cynicorum epistulis, Diss . Göttingen 1896 , p . 49-62 ;
9 G. Giannantoni, SSR , t . IV , 1990 , Note 54, p. 578-579 .
L 103 LYSIS D'AIXONÉ 217

Cratès a appris que depuis la bataille d'Érétrie Lysis passait son temps à
s'enivrer. Il l'invite donc à fréquenter des hommes qui font usage du vin avec
retenue et à les imiter. Le personnage est sans doute fictif, mais on peut se
demander d'où l'auteur de la lettre a pu tirer son nom. Junqua 5 , t. II , p. 113 , qui
essaie d'identifier ce Lysis, suggère trois pistes possibles: ( 1 ) Celui du dialogue
de Platon qui porte son nom ( L 103 ) . Mais de quelle bataille d'Érétrie s'agit
il ? Il propose la défaite athénienne de 411 ( cf. Thucydide VIII 95 ) , ce qui
signifierait un anachronisme évident, mais pas impossible dans le contexte de
ces lettres pseudépigraphes. ( 2 ) Un pythagoricien de Tarente ( > * L 104) dont une
lettre A Hipparque est conservée dans le corpus des lettres des pythagoriciens
(Lettre 3 , p. 601 Hercher = Lettre 2 , p. 154-159 Städele ; Diogène Laërce VIII 42
cite les dernières lignes de cette lettre qu'il dit adressée à Hippase) et dans la Vie
de Pythagore de Jamblique , 75-78 . Sur la lettre de Lysis à Hipparque, voir
10 A. Städele, Die Briefe des Pythagoras und der Pythagoreer, coll. « Beiträge
zur klassischen Philologie » 115 , Meisenheim am Glan 1980 , p . 203-251 .
( 3 ) Lysis a enfin pu être confondu dans l'écriture onciale avec Lysias [RE 7 ]
( AYCIAI JAYCIAI) , l'un des généraux athéniens qui prit part à la bataille des
Arginuses en 406 (Xénophon, Helléniques I 6, 30 ; 1 7 , 2 ) , ce qui ne règle pas
davantage le problème de la chronologie. Plaide en faveur d'une telle confusion
le fait que les deux premières lignes de la lettre se retrouvent dans un fragment
d'une lettre d’Alciphron ( fr. 1 , p. 94 Hercher) dont le destinataire est Avola ,
mais dont le nom de l'expéditeur a disparu .

MARIE-ODILE GOULET -CAZÉ.

103 LYSIS D'AIXONÉ RE 3 PA 9574 ya

En dehors du Lysis de Platon , nos seules sources pour la connaissance de ce


personnage sont un bref passage de Diogène Laërce ( II 29) , qui est en fait une
allusion au Lysis, et une pierre tombale du IVe siècle av . J.-C. ( voir R. S. Stroud,
« The Gravestone of Socrates' Friend, Lysis » , Hesperia 53 , 1984 , p. 355-360 )
qui porte le nom de “ Lysis ” (IG II 7045, li . 5 : SEG 29 , 203 ; 34 , 109 ) . Lysis qui
est du dème d'Aixoné est le fils de Démocrate , peut-être celui qui , aux alentours
de 430, fut l'amant d'Alcibiade ( Plutarque, Alcibiade 3 , 1 ) et le petit -fils d'un
Lysis (205 c) qui faisait remonter sa famille aux amours de Zeus avec la fille du
fondateur de leur dème (pour un stemma hypothétique , voir Debra Nails , The
People of Plato , s.v. « Lysis I » et « Lysis II » ). Lors de l'entretien avec Socrate
rapporté dans le Lysis, Lysis est un jeune adolescent qui n'a pas encore atteint
l'âge auquel un jeune devient son propre maître et où il n'est plus accompagné
d'un pédagogue ( Lysis 208 c) ; il doit avoir aux alentours de 16 ans . Avec
Ménexène (2M 126 ) , il serait l'un des plus jeunes interlocuteurs de Socrate .
Jeune, beau , timide et modeste, Lysis , à différence de Ménexène qui est présenté
comme un " éristique ”, paraît pourvu d'excellentes dispositions pour la philo
sophie ; ces dispositions rapidement perçues par Socrate (207 a) seront confir
mées par la suite dans le cours de la discussion ( 213 d, 222 a) .
LUC BRISSON.
218 LYSIS DE TARENTE L 104

104 LYSIS DE TARENTE RE 2 va


Témoignages : Les témoignages relatifs à Lysis sont réunis (de manière trop
sélective , réléguant à de sèches références , en tant que « romanhaft », tout ce qui
est tardif) sous le n° 46 DK ( cf. 1 M. Timpanaro Cardini , 1 Pitagorici. Testimo
nianze e frammenti, coll . « Biblioteca di studi superiori » 28 , Firenze 1962 , t. II,
n ° 20 , p . 258-261 ) . Pour une collection plus complète , suivie des fragments
( apocryphes) attribués à Lysis , voir 2 H. A. Brown , Philosophorum Pytha
goreorum collectionis specimen, Diss . Chicago 1941 , p . 76-87 , et surtout
3 H. Thesleff, The Pythagorean Text, p. 110 , 14 - 115 , 8 .

Cf. 4 A. Delatte , Études sur la littérature pythagoricienne , Paris 1915 , p. 90


sq .; 5 W. Burkert, « Hellenistische Pseudopythagorica » , Philologus 105 , 1961 ,
p . 16-43 , en partic . p . 17-28 , à la p . 17 n . 3 ; 6 Id . , Lore and science , p . 115-117 ;
7 K. von Fritz , art. « Pythagoras 1 B : Pythagoreer, Pythagoreismus bis zum
Ende des 4. Jahrhunderts v . Chr. » , RE XXIV 1 , 1963 , col . 215 ; 8 A. Städele
( éd . , trad . all . & comm . ) , Die Briefe des Pythagoras und der Pythagoreer, coll .
« Beiträge zur klassischen Philologie » 115 , Meisenheim am Glan 1980, p . 212
213 , avec la n . 27 .

Lysis figure dans le catalogue de Jamblique ( V. pyth . 36 , 267 , p. 144, 15


Deubner) parmi les pythagoriciens de Tarente.
!
Chez Jamblique , V. pyth. 23 , 104 , p . 60, 1-5 Deubner, Lysis est considéré
comme l'un des plus anciens pythagoriciens (naraióratoi), à côté de Philolaos,
Eurytos, Charondas, Zaleukos , Brysôn , Archytas “ l'ancien ”, Aristaios, Empé
docle , Zamolxis , Épiménide , Milon , Leucippos , Alcméon , Hippasos , Thyma
ridas ( assemblage hétéroclite s'il en est , qui , a priori , n'inspire aucune confiance
quant à l'exactitude du renseignement transmis ). Tout comme ceux - là, Lysis se
serait mis dans sa jeunesse ( véoc ) à l'écoute de l'enseignement d'un Pythagore
déjà vieux (rpeobúms).
4
Chez Jamblique , V. pyth . 35 , 249-250 , p . 134 , 4-9 Deubner, et Porphyre ,
V. Pyth . 55 , lequel cite comme source d'information Néanthe ( » N 10) , il est dit
qu'Archippos ( * A 321 ) et Lysis , alors les plus jeunes et les plus robustes ,
échappèrent au grand incendie qui causa la disparition des pythagoriciens de
Crotone . Lysis retourna en Grèce à Thèbes ( et auparavant en Achaïe dans le
Péloponnèse selon Jamblique ) , où il fut le maître d'Épaminondas ( > · E 26 ) ( qui
l'appelait son “ père ", selon Jamblique ) .
Sur les problèmes relatifs à la chronologie de Lysis et d'Épaminondas, voir
9 A. Delatte , Essai sur la politique pythagoricienne, Liège /Paris 1922 , p . 208
n . 3 , qui renvoie à 10 E. Zeller , Philos. der Gr. I , 1 , p. 334 n . 2 , selon qui la
naissance d'Épaminondas se situerait vers 420-418 , celle de Lysis vers 470-468 ,
l'incendie de Crotone entre 450 et 440 , et aux conclusions opposées de
11 G. Unger, « Zur Geschichte der Pythagoreier » , SBAW, 1883 , p . 140-192 ,
notamment p . 166 sqq .: Épaminondas serait né vers 430-427 , Lysis vers 490 et
l'incendie aurait eu lieu vers 470. Voir également 12 K. von Fritz , Pythagorean
politics in Southern Italy : an analysis of the sources , New York 1940, p. 78-79 ;
13 E. L. Minar ( Jr. ) , Early Pythagorean politics in practice and theory,
L 104 LYSIS DE TARENTE 219

Baltimore 1942, réimpr. New York 1979 , p . 92 ; 14 B.L. van der Waerden . Die
Pythagoreer. Religiöse Bruderschaft und Schule der Wissenschaft, Zürich /
München 1979, p. 220 et 269.
En V. pyth. 30 , 185 , p . 102 , 24 - 103 , 16 Deubner, Lysis est le protagoniste
d'une anecdote illustrant le respect des engagements qui caractérisait les pytha
goriciens.
Selon Schol. in Plat. Phaed . 61 E ( = 44 1 a DK ) , Lysis aurait été le maître de
Philolaos .

Porphyre ( V. Pyth . 57-58 ) ajoute que Lysis et Archippos et d'autres survi


vants sauvegardèrent de rares " étincelles ", obscures et de compréhension diffi
cile , de la philosopie pythagoricienne ; ceux - ci vivaient de façon dispersée et
solitaire, mais , pour éviter que le nom de la philosophie ne disparaisse totale
ment , ils composèrent certains mémoires sommaires (únouvňuata nepa
halbàn ) dans lesquels ils recueillirent les écrits des anciens et leurs propres
souvenirs ; ils les confièrent ensuite à leurs enfants ou à leurs femmes, en leur
demandant de ne les communiquer à quiconque n'appartenant pas à leur maison .
Chez Plutarque, De genio Socratis 583 a, Théanor raconte que les survivants de
la catastrophe furent Philolaos et Lysis ; pendant longtemps nul ne sut où était
passé Lysis , jusqu'à ce que Gorgias ( > G 28 ) rapporte à Arcésos ( > A 303 ) qu'il
1
avait rencontré Lysis à Thèbes ; Arcésos décida de faire revenir Lysis en Italie ,
s'il était encore vivant , ou de ramener ses restes s'il était mort, mais il ne réussit
pas à mener son projet à terme ; le démon de Lysis annonça par la suite aux
pythagoriciens d'Italie que Lysis était mort et d'autres personnes bien informées
racontèrent que Lysis avait fini ses jours après avoir passé sa vieillesse dans une
famille pauvre, où il avait fait l'objet de soins attentifs et avait été considéré
comme le “ père” des fils de Polymnis; Lysis avait été également dignement
honoré par eux après sa mort. Si le récit de Plutarque est digne de foi d'un point
de vue chronologique , Lysis serait mort à Thèbes peu avant 379/8 av . J.-C. ,
année où se situe l'événement raconté par Caphisias dans le De genio Socratis ;
il faudrait alors lui supposer une extraordinaire longévité , qui n'est pas du tout
impossible selon 15 E. des Places ( édit . ) , Porphyre , Vie de Pythagore, CUF,
Paris 1982 , p. 63 n . 1. Voir également la note de 16 A. Corlu (édit . ) , Plutarque.
Le démon de Socrate, coll . « Études et commentaires » 73 , Paris 1970 , p . 189
190 n . 62 .

Selon Diogène Laërce VIII 7 , la paternité d'un ( des ) ouvrage( s ) (apocryphes)


attribués à Pythagore revient en réalité à Lysis .
Une lettre du pseudo- Lysis à Hipparchos ( 2 - H 140 ) est conservée en deux
versions différentes : ( a) Jamblique , V. pyth. 17 , 75-78 , p . 42 , 23 - 45 , 16
Deubner; ( b) R. Hercher, Epistolographi graeci, Paris 1873 , p. 601-603: édition
avec traduction allemande en regard et commentaire dans Städele 8, p . 154-159 ;
203-251. La lettre est reproduite également par Brown 2 , p . 58-61 , avec un
apparat indiquant les parallèles et la bibliographie secondaire à ne pas ignorer
(curieusement, dans ce recueil la lettre figure sous le nom d'Hipparchos, avec un
renvoi interne au nom de Lysis , p. 83 , nº 20 ) . Sur cette lettre , voir également
220 LYSIS DE TARENTE L 104

17 A. Delatte , « La lettre de Lysis à Hipparque» , RPh 35 , 1911 , p. 255-275


[ = dans Delatte 4 , p. 83-106) , avec les remarques critiques de 18 W. Theiler,
Gnomon 2 , 1926, p. 149 ; étude encore utile pour les éléments de commentaire
qu'elle comporte, mais complètement dépassée dans ses conclusions générales
après l'examen minutieux et les remarques critiques de Burkert 5. Burkert a fait
une démonstration remarquable de l'habileté avec laquelle Jamblique avait
décomposé la lettre telle qu'elle était transmise par la tradition pour présenter les
thèmes abordés dans un ordre tout à fait différent, tandis que Städele, avec des
arguments convaincants , situerait le remaniement à une époque antérieure à
Jamblique , en proposant comme suspect principal Nicomaque (** N 50 ) . Voir
encore, dans une perspective similaire , 19 L. Zhmud , Wissenschaft, Philosophie
und Religion im frühen Pythagoreismus, Berlin 1997 , p . 102-104 . Dans la
version abrégée conservée par Diogène Laërce VIII 42 , le destinataire est
Hippasos ( H 144 ). Dans cette lettre , il est reproché à Hipparque d'avoir divul
gué les doctrines pythagoriciennes à des non-initiés après avoir expérimenté les
raffinements de la vie sicilienne ; il est invité à changer d'attitude, sous peine
d'être considéré comme mort. Cf.Clément, Strom . V 57 , 3 , p. 364, 27-29 Stählin
(et les remarques de 20 M. Tardieu, « La lettre à Hipparque et les réminiscences
pythagoriciennes de Clément d'Alexandrie » , VChr 28 , 1974, p. 241-247, et de
21 A. Le Boulluec , dans son édition de Stromates V, coll . SC 278-279, t . II ,
Paris 1981 , p. 210-211 ) ; Synésius , Epist. 143 ; la lettre est datée du III ° s . av.
J.-C. par Burkert 5, du fer-11 ° s . de notre ère par Städele 8.
BRUNO CENTRONE et CONSTANTINOS MACRIS .
M

1 MAC MIIa

Vestiges d'un nom propre dans une liste de disciples de Carneade ( 2C 42 .


Philod ., Acad . hist., col. XXIII 17 ) .
TIZIANO DORANDI.

2 MACARIUS DE MAGNÉSIE RE 3 FIV

Sous le titre obscur 'Αποκριτικός ή Μονογενής ont été conservés de cet


auteur les cinq journées d'un débat oratoire public entre un adversaire païen
jamais nommé, mais qualifié une fois de « philologue » ( 240, 4 ) , et l'auteur,
assisté par un certain Théosthène, également dédicataire de l'ouvrage. Le récit
de chaque journée de débat regroupe deux ou trois séries d'objections, soulevées
à la suite par le païen à propos de passages des Évangiles , des Actes ou des
Épîtres de saint Paul , contre le comportement des héros du christianisme ( le
Christ, Pierre, Paul) ou contre des points de la doctrine chrétienne ( incarnation,
résurrection des corps, eschatologie) , auxquelles correspondent autant d'inter
ventions de la part du chrétien.
Éditions. Editio princeps: 1 Ch. Blondel (et P. Foucart] (édit . ) , MAKAPIOY
ΜΑΓΝΗΤΟΣ , Αποκριτικός ή Μονογενής . Macarii Magnetis quae supersunt
ex inedito codice edidit C. Blondel, Paris 1876 , VIII- 232 p . Nouvelle édition ,
comprenant des fragments absents de l'édition Blondel : 2 Macarios de
Magnésie, Le Monogénès. Introduction générale, édition critique, traduction
française et commentaire par Richard Goulet , coll . « Textes et traditions » 7 ,
Paris 2003, 2 vol . de 390 p. et 454 p.
TOME I : Introduction. I : Présentation de l'æuvre . II : Histoire de la recherche sur
Macarios. III : Le titre . IV : L'auteur était-il évêque de Magnésie en 403 ? V : Localisation
géographique. VI : Datation de l'ouvrage. VII : La source païenne des objections. VIII : Ana
lyse littéraire de la source païenne. IX : Le plan des objections. X : Le texte biblique des
objections. XI : La datation des objections. XII : L'attitude de l'adversaire. XIII : Identification
de la source païenne. XIV : L'apologétique de Macarios . XV : La rhétorique de Macarios.
XVI : La théologie de Macarios. XVII : La transmission du texte. Bibliographie. Annexe 1 :
Typologie sommaire des xepárala du Monogénès. Annexe 2 : Rapprochements avec Celse,
Porphyre, Julien et l'Adversaire païen de Grégoire de Nysse. Annexe 3 : Comparaison du
texte des citations scripturaires communes. Annexe 4 : Comparaison entre le vocabulaire de
l'adversaire du Monogénès et celui de Porphyre. Lexique des mots grecs. Lexique des extraits
en latin .
TOME II : Monogénès : texte grec et traduction française. Homélies sur la Genèse. Dubia .
Appendice exégétique. Index locorum . Table de correspondance entre les Objections et les
Réponses.
Traduction française. Goulet 2, t. II , p. 2-376.
Traductions ( partielles ). Allemandes : 3 J. A. Wagenmann, « Porphyrius und
die Fragmente eines Ungenannten in der athenischen Makariushandschrift » ,
JDT 23 , 1878 , p. 269-314 ; 4 A. von Harnack, Kritik des Neuen Testaments von
222 MACARIUS DE MAGNÉSIE M2

einem griechischen Philosophen des 3. Jahrhunderts. Die im “ Apocriticus ” des


Macarius Magnes enthaltene Streitschrift, coll . « Texte und Untersuchungen >>
37 , 4 , Leipzig 1911 , 150 p . Anglaise : 5 T.W. Crafer, The “ Apocriticus ” of
Macarius Magnes, coll . « Translations of Christian Literature » , Series 1, Greek
Texts , London 1919 , 169 p . Italienne : 6 F. Corsaro , Le Questiones nell '
“ Apocritico " di Macario di Magnesia. Testo con trad . e introd. crit. di
F. Corsaro, paru dans les Miscellanea di Studi di letteratura cristiana antica du
Centro di Studi sull'antico cristianesimo de l'Université de Catane 17 , 1967, 2
111 p .
Lexique. Goulet 2 , t. I , p. 305-380 ( sur trois colonnes) .
Bibliographie. Goulet 2 , t.I , p . 251-259 .
Cf. 7 G. Bardy, art. « Macaire Magnès » , DTC 9 , 1927 , col . 1456-1459 ;
8 Id ., « Les Objections d'un philosophe païen d'après l’Apocriticus de Macaire
de Magnésie » , BALAC 3 , 1913 , p . 95-111 ; 9 P. F. Beatrice , « Traces du texte
occidental chez le païen de Macaire Magnès » , dans D.C. Parker et
C.B. Amphoux ( édit . ) , Codex Bezae. Studies from the Lunel Colloquium 1994,
coll . « New Testament Tools and Studies » 22 , Leiden 1996 , p . 317-326 ;
10 F. Corsaro, « L'Apocritico di Macario di Magnesia e le Sacre Scritture » , ND
7 , 1957 , p . 1-24 ; 11 Id ., « Una nuova interpretazione del titolo dell ' Apologia di
Macario di Magnesia » , dans les Mélanges N. I. Herescu, Acta Philologia III ,
Roma 1964 , p . 115-118 ; 12 Id ., « Chi era l'ignoto obiettore di Macario di
Magnesia ? » , dans Philologica christiana. Silloge di studi sull'antico
cristianesimo, Catania 1973 , p . 75-101 ; 13 Id ., « La reazione pagana nel IV
secolo e l'Apocritico di Macario di Magnesia » , QC 6 , 1984 , p . 173-195 ;
14 T. W. Crafer, « Macarius Magnesius , a neglected Apologist » , JTHS 8 , 1906
1907 , p. 401-423 et 546-571 ; 15 H. Doerries, art. « Makarios Magnes » , RE
XIV , 1928 , col . 627-628 ; 16 L. Duchesne , De Macario Magnete et scriptis eius,
Paris 1877 , 45 p. ; 17 M. Featherstone , « Opening scenes of the Second Icono
clasm : Nicephorus's Critique of the citations from Macarius Magnes » , REByz
60 , 2002 , p . 65-112 ( édition critique et traduction anglaise de l’Epikrisis de
Nicéphore de Constantinople ) ; 18 P. Frassinetti , « Sull'autore delle Questioni
pagane conservate nell ' Apocritico di Macario di Magnesia » , ND 3 , 1949 , p. 41
56 ; 19 H. Hauschildt , De Porphyrio philosopho Macarii Magnetis apologetae
Christiani Apokritikon auctore ( Diss . Heidelberg ) , Bonn 1907 , 67 p .;
20 C. J. Larrain , « Macarius Magnes , ANOKPITIKOE IPOE EAAHNAE . Ein
bislang unbeachtetes Exzerpt » , Traditio 57 , 2002 , p . 85-127 ( une doxographie
dans un manuscrit de Florence qui n'a en réalité rien à voir avec Macarios );
21 G. Mercati , « Per l'Apocritico di Macario Magnete . Una tavola dei capi dei
libri I , II e III » , dans Nuove note di letteratura biblica e cristiana antica, coll .
« Studi e Testi » 95 , Roma 1941 , p . 49-71 ( important pour la reconstitution des
objections perdues des deux premiers livres) ; 22 W. Moeller, c.r. de Blondel et
Duchesne , TLZ 19 , 1877 , p . 521-526 ; 23 J. Palm , « Textkritische zum
Apokritikos des Makarios Magnes » , dans Scripta Minora , coll . « Regiae Socie
tatis humaniorum Litterarum Ludensis . Humanistiska Vetenskapssamfundet » I ,
fasc. 4 , Lund 1959-1960 , 50 p . ( fondamental pour l'établissement du texte ) ;
M2 MACARIUS DE MAGNÉSIE 223

24 G. Salmon , art. « Macarius Magnes » , DCB III , 1882 , col . 766-771 ;


25 G. Schalkhausser, Zu den Schriften des Makarios von Magnesia , coll . « Texte
und Untersuchungen » 31 , 3 , Leipzig 1907, 218 p. ( l'étude la plus importante
pour l'histoire du texte de Macarios, y compris pour ses homélies perdues sur la
Genèse ); 26 R. Waelkens, L'Économie, thème apologétique et principe hermé
neutique dans l ' " Apocriticos " de Macarios Magnès, coll . « Recueil de travaux
d'histoire et de philologie de l'Université de Louvain » , vie série, fascicule 4 ,
Louvain , 1974 , 322 p . ; 27 Th. Zahn , « Zu Makarius von Magnesia » , ZKG 2 ,
1878 , p. 450-459 .
Histoire du texte . On ne connaissait de l'ouvrage que des extraits , grâce à
des citations du patriarche Nicéphore de Constantinople dans un traité dirigé
contre les Iconoclastes au IXe siècle (récemment réédité par Featherstone 17 ) ou
à celles de Francesco Torres ( Turrianus) au XVI °, jusqu'à ce qu'un manuscrit
soit découvert en 1867. Édité en 1876 par Charles Blondel, il a disparu mysté
rieusement peu après. Ce manuscrit était incomplet : il commençait au milieu
d'un chapitre du livre II ( II 7 de l'édition Blondel ) et s'achevait vers la fin du
livre IV . D'autres manuscrits ont été vus par Janos Lascaris en 1491-1492 à
Corigliano ( Terra d'Otranto ) et à l'abbaye de Monte Sardo . Les restes d'une
table des matières des trois premiers livres dans le Vaticanus graecus 1650 ,
publiés par Mercati 21 en 1941 nous fournissent les thèmes des objections de la
partie perdue des deux premiers livres. Sur l'histoire du texte , voir l'étude
fondamentale de Schalkhausser 25, ainsi que Goulet 2, t. I , p. 232-250.
L'auteur. On ne sait rien de l'auteur à part les informations que l'on peut
déduire de la lecture de son ouvrage . On a hésité sur son nom ( Macarios de
Magnésie ou " le bienheureux Magnès " ), on l'a situé au début du IVe siècle ou
bien un siècle plus tard au début du ve, on l'a localisé en Mésopotamie, en Syrie
ou en Asie mineure. Un examen de l'ensemble des passages pertinents invite
toutefois à rattacher l'auteur à l'Asie mineure et à dater l'ouvrage vers 375 .
L'adversaire fait référence à plus de 300 années écoulées depuis le Christ et à
300 ans depuis saint Paul, ce qui implique à tout le moins une datation posté
rieure à 350. La théologie de Macarios oriente elle aussi vers une telle datation :
sa conception trinitaire ( une ousia , trois hypostases), proche de la formule du
Concile de Constantinople en 381 , de même que sa christologie du type Verbe
Chair ( fréquente à l'époque d'Athanase , mais condamnée sous sa forme apolli
nariste au même Concile ) peuvent s'expliquer au mieux dans les années 370
375. Il en va de même d'une allusion au développement de la vie monastique
dans la région d'Antioche. Ces conclusions conduisent à identifier l'auteur avec
un évêque du nom de Macarios de Magnésie qui fut l'adversaire de Jean
Chrysostome au Synode du Chêne en 403.
Analyse littéraire de la source païenne. Tout porte à penser que le débat
oratoire relaté par Macarios est fictif et on a depuis longtemps vu dans les
objections de l'adversaire les fragments d'un ouvrage anti -chrétien. A ce titre les
objections ont fait l'objet d'éditions et de traductions séparées et elles ont donné
lieu à de nombreuses tentatives d'identification. Une analyse littéraire systéma
tique du texte de ces objections dans le cadre du débat oratoire permet toutefois
224 MACARIUS DE MAGNÉSIE M2

d'établir qu'elles ne sont en aucune façon des extraits textuels d'un ouvrage
païen , mais qu'elles ont été rédigées par Macarios lui-même. On isole en effet
des formules caractéristiques communes aux objections et aux réponses (Goulet
2 , t . I , p . 80-82 ) , des thèmes littéraires et un vocabulaire commun ( ibid. , p. 83
85 ) , qui interdisent de voir dans ces objections des fragments de quelque texte
que ce soit . Et ce rôle de Macarios ne se limite pas à la mise en forme stylisti
que , puisque dans un cas au moins , à propos de la notion de Toute -Puissance
divine ( ibid ., p . 88-89) , c'est le fond même de l'argumentation qui porte la trace
d'une intervention du chrétien . Ce style caractéristique de Macarios se retrouve
également dans bon nombre des élaborations rhétoriques qui interviennent dans
le discours de l'adversaire .

La source païenne des objections. Et pourtant une étude du rapport dialecti


que entre les objections et les réponses montre que Macarios n'a pas inventé de
toutes pièces ces attaques. Si Macarios avait inventé les objections, on constate
rait logiquement une parfaite correspondance entre ces objections et les
réponses , les premières étant formulées de façon à recevoir la réponse la plus
adéquate . Objections et réponses devraient s'inscrire à tout le moins dans la
même perspective. Or, Macarios passe systématiquement à côté des objections,
il néglige la pointe philosophique d'arguments attestés par ailleurs dans la litté
rature antichrétienne, il laisse sans réponse certains éléments de l'objection,
tandis qu'il se livre à des développements que n'appelaient pas les objections de
l'adversaire ( ibid ., p . 71-73 ) .
L'adaptation de ce matériel païen originel dans le cadre de la relation d'un
débat oratoire récent rend l'identification de la source païenne des objections
fort délicate. De nombreux rapprochements se laissent établir avec la critique de
Celse ( H + C 70 ) , du gouverneur Hiéroclès ( P H 125 ) , de l'empereur Julien
( ~+ 46 ) ou de l'adversaire anonyme de Grégoire de Nysse dans son Discours
catéchétique. Mais c'est avec les vestiges du traité de Porphyre de Tyr Contre
les Chrétiens que les objections présentent les parallèles les plus étroits. Voir les
tableaux synoptiques fournis par Goulet 2 , t . I , Annexe 2 , p . 261-291 . On ne
peut donc pas reprocher à 28 A. von Harnack , Porphyrius, Gegen die Christen
15 Bücher. Zeugnisse, Fragmente und Referate, dans APAW , Jahrgang 1916,
Nr 1 , Berlin 1916 , 116 p . , d'avoir inclus , non sans des réserves trop souvent
oubliées par les utilisateurs de son recueil, les objections de Macarios dans sa 1
reconstitution du Contra Christianos.
RICHARD GOULET.
1
3 MACEDO RE 2 II
Philosophe , homme de bien et ami d'Aulu -Gelle ( A 509 ) : vir bonus,
familiaris meus (Nuits Attiques XIII 8 , 4-5 ) . Il voulait que fût écrit au -dessus des
portes de tous les temples un vers de Pacuvius : Ego odi homines ignava opera et
philosopha sententia , « Je hais quant à moi les hommes sans force pour agir,
philosophes en idée » ( fr. 348 Ribbeck ? = 8 D'Anna ) . Jouan - Van Looy tradui
sent : « Je hais les hommes qui s'adonnent à une activité paresseuse et aux
discours philosophiques . » « Il disait que rien ne pouvait se faire de plus indigne
M6 MACÉDONIUS DE CYR 225

et de plus intolérable que des hommes incapables et lâches, couverts d'une barbe
et d'un manteau grec, tournant la morale et les acquis de la philosophie en
recettes de langue et de mots , et dénonçant les vices avec la plus grande
éloquence alors qu'ils regorgent eux mêmes de vices encastrés sous leur peau »
( trad. Marache ).
Pour le vers de Pacuvius, voir R. Kannicht, (édit . ), Tragicorum Graecorum Fragmenta ,
t . V , 1 : Euripides, Göttingen 2004, p . 278 (vii b 5 ), et Fr. Jouan et H. Van Looy, Euripide,
t. VIII : Fragments, 1 re partie : Aigeus- Autolykos, CUF, Paris 1998 , p. 275 ( * 8 ) . Le vers , tiré
de l'Antiope de Pacuvius, semble inspiré d'un vers de l'Alexandros d’Euripide (fr. 61
Kannicht = Alex. 15 Jouan -Van Looy ): ULOW Oopov l óvt ' Év NóYoLoiv, ÉG 8' övnouv oŮ
Oopóv, « Je déteste celui qui possède l'art de la parole sans l'art de se rendre utile » ( trad.
Jouan - Van Looy ). Sur l'attitude d'Euripide à l'égard de l'éloquence pervertie, voir F. Jouan ,
« Euripide et la rhétorique » , LEC 52 , 1984, p. 3-13 , notamment p. 7-9. G. Garbarino, Roma e
la filosofia greca, t. I , p. 175 , n° 432 , et t. II, p. 601, rattache le vers à une pièce , inspirée de
l'Antiope d'Euripide, où s'opposaient les frères Zéthos et Amphion dont les modes de vie
étaient fort différents.
RICHARD GOULET.

4 MACEDO (C. CALPURNIUS COLLEGA-) PLRE 1 : 2 IV


Le rhéteur et philosophe Collega Macedo, mort à trente ans, appartenait à une
famille aisée et cultivée d'Antioche de Pisidie . Son épitaphe (SEG 37 , 1302 ;
B. Puech , Orateurs et sophistes grecs dans les inscriptions d'époque impériale,
Paris 2002, n ° 69, p . 178-180 ) indique qu'il était aussi premier médecin de sa
cité et précise qu'il professait la doctrine « de Socrate et de Platon » . C.P. Jones,
« A Family of Pisidian Antioch » , Phoenix 36 , 1982 , p . 264-271, a établi que
l'évocation de la mort du philosophe qui , « en vertu de la divine providence et
avec l’escorte des saints anges, a quitté le monde des hommes pour le ciel ... et
s'est dépouillé de son habit de glaise » , s'inscrit parfaitement dans une perspec
tive néoplatonicienne et n'implique aucune référence au christianisme. Voir sur
ce problème F.R. Trombley, Hellenic religion and christianization c . 370-29,
coll . « Religions in the Graeco -Roman world » 115 , 1 , Second edition , Leiden
1995, t. I, p. 172-174.
BERNADETTE PUECH .

5 MACEDONIUS PLREI: 1 IV

Destinataire de lettres de Jamblique qui traitent, l'une des êtres issus de l'Un
( Stobée , Anthol . , I 5 , 17 , t . I , p. 80-81 Wachsmuth ) , l'autre du destin ( II 8 , 43 ,
t. II, p. 173 Wachsmuth ), l'autre de la concorde (duovola ) ( II 33 , 15 , t. II , p. 257
Wachsmuth ). Sans doute un de ses disciples.
PIERRE MARAVAL.

6 MACÉDONIUS DE CYR RE 5 PLREI: 4 IV

Macédonius, fils de Pélagius de Cyr, consulaire de Syrie , fut en 365 l'élève


de Libanius ( Ep. 1071 , 1073 , 1074 Förster) , qui en 388 l'appelle philosophe .
Curiale de sa cité , il fit partie des ambassadeurs de celle -ci en 388 ( Ep. 791-793 )
et encore en 393 ( Ep. 1071 , 1074) .
PIERRE MARAVAL .
226 MAC ( H )ARIUS M7

7 MAC (H )ARIUS PLRE II : 1 PCBE II 2 s.v. Macharius 2 IV - V


Chrétien de Rome , sans doute de rang sénatorial ( vir fide, eruditione ,
nobilitate iuxta clarus ), connu comme le commenditaire de plusieurs traductions
latines de textes d'Origène effectuées par Rufin d'Aquilée.
Cf. 1 G. Bardy, Recherches sur l'histoire du texte et des versions latines du
“De Principiis ” d'Origène. Thèse complémentaire de l'Université de Paris,
Lille 1923 , XII-218 p. , p. 90-92 ; 2 PCBE, p. 1346-1347 (où sont examinées les
différentes identifications possibles avec des homonymes de l'époque). Voir
également dans le même ouvrage la notice « Tyrannius Rufinus 3 » , p . 1925
1940.
Selon l'Apologie de Rufin I 11 ( éd. 3 M. Simonetti, coll . CC 20 , 1961 , p . 44
45 ) , alors que Macarius avait en mains des opuscules contre le destin ou
l'astrologie ( cum opuscula adversum fatum vel mathesin habeat in manibus) ,
sans doute parce qu'il entendait les réfuter, il se sentait incapable de maîtriser
certains aspects de la question . Au cours d'un songe , il vit un navire qui en
abordant au port apportait la solution à tous ses problèmes. A son réveil, il
comprit que ce rêve prémonitoire correspondait au retour à Rome de Rufin en
397, après un séjour de près de 25 ans en Orient. C'est donc à son intention et à
sa demande pressante que Rufin traduisit le premier livre de l'Apologie pour
Origène de Pamphile de Césarée et qu'il composa un opuscule ( libellus) Sur la
falsification des livres d'Origène. Voir l'édition récente de 4 René Amacker et
Éric Junod (édit. ), Pampile et Eusébe de Césarée, Apologie pour Origène ( CPL
197 ), suivi de Rufin d'Aquilée , Sur la falsification des livres d'Origène ( CPL
198a) . Texte critique, traduction et notes, t. I, coll . SC 464, Paris 2002, notam
ment p . 22 , 1-3 et 282 , 4. Rufin traduisit également le Tepl åpxõv d'Origène
(398 ) . Dans les préfaces aux livres I et III de ce traité, il évoque son commen
ditaire sous la désignation de « saint frère Macarius » .
Macarius est également mentionné par Gennade , De viris illustribus 28 ,
comme un moine (monachus) qui écrivit à Rome un ouvrage contre les astro
logues pour lequel il rechercha le concours de textes grecs ( « Macarius alter
monachus scripsit in urbe Roma adversum mathematicos in quo labore orien
talium quaesivit solatia scripturarum » ). Bardy 1 , p. 91 , doute cependant que ce
Macarius ait été moine.
« En composant un ouvrage sur le Fatum , (Macaire) suivait une des plus anciennes
traditions de l'apologétique chrétienne : on attribue à Minucius Felix (-* M 172) un écrit De
fato ; et à la fin du IVe siècle Nicetas de Remesiana écrivait Adversus genethlialogiam ;
l'Ambrosiaster consacrait une des Questions sur l'Ancien et le Nouveau Testaments à réfuter
les astrologues, tandis qu'en Orient Diodore de Tarse rédigeait un très important ouvrage nepi
kiuapuévnc et que presque tous les auteurs chrétiens trouvaient l'occasion de s'occuper de
tels problèmes. » (Bardy 1 , p. 91 )
RICHARD GOULET.

8 MACRINE RE9 IV
Macrine, issue d'une famille aisée et cultivée (son père était rhéteur à Néo
césarée du Pont ) , est la seur aînée des évêques Basile de Césarée (ca 330-378 )
et Grégoire de Nysse ( ca 340 - ap . 390 ) . La biographie que celui -ci lui a
M9 MACROBIUS ( AMBROSIUS THEODOSIUS -) 227

consacrée présente son choix et son mode de vie comme ceux d'une philosophe ,
se situant en cela dans la tradition qui voit dans le christianisme la véritable
philosophie. En fait, ce choix est celui d'une vie de type monastique , mais ses
valeurs sont présentées par Grégoire dans un vocabulaire qui emprunte large
ment à la tradition philosophique ( stoïcienne et platonicienne ) . D'autre part,
dans un ouvrage censé rapporter les derniers entretiens de Grégoire avec sa
sæur, le Dialogue sur l'âme et la résurrection , l'auteur lui fait jouer le rôle de
maîtresse spirituelle, qui instruit son frère sur les réalités incorporelles - d'où le
titre de Phédon chrétien souvent donné à cet ouvrage.
Cf. P. Maraval ( édit. ), Grégoire de Nysse, Vie de sainte Macrine, coll . SC ,
Paris 1971 , p. 90-103.
PIERRE MARAVAL.

9 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS –) RE 7 PLRE II : 1 ? V


Haut fonctionnaire romain (d'origine provinciale ) et érudit latin, dont l'æuvre
est conçue comme une sorte d'encyclopédie pratique: les monumentales Satur
nalia , dont quelques parties sont perdues, sont un dialogue sous la forme d'un
banquet; les Commentarii in Somnium Scipionis, un commentaire d'orientation
néoplatonicienne sur le Songe de Scipion de Cicéron ; et le De uerborum Graeci
et Latini differentiis uel societatibus, un traité grammatical dont on ne conserve
que des fragments. Grâce notamment au Commentaire, Macrobe est considéré
comme l'un des plus grands auteurs de l'Antiquité tardive : ardent admirateur de
Virgile, il est lié à la dernière renaissance des lettres païennes à Rome.
Éditions. 1 J. Willis (édit . ) , Ambrosii Theodosii Macrobii Saturnalia ,
apparatu critico instruxit, In Somnium Scipionis commentarios selecta varietate
lectionis ornavit I. W. , editio correctior editionis secunda ( MCXLXX ) cum
addendis et corrigendis, coll . BT, Stuttgart 1994 , 468 p. ( t . I ) ; 2 Id. (édit . ) ,
Ambrosii Theodosii Macrobii Commentarii in Somnium Scipionis, edidit I. W. ,
editio stereotypa editionis secundae (MCXLXX ) , coll . BT, Stuttgart 1994 , 253 p.
( t. II ) ; 3 M. Armisen -Marchetti (édit . ) , Macrobe, Commentaire au Songe de
Scipion, texte établi , trad . et comm . , 2 vol . parus, CUF, Paris 2001, CV - 200 p.
doubles ( t. I : Livre I ) ; 2003, XXIV-320 p. doubles ( t . II : Livre II ) ; 4 P. de Paolis
(édit . ) , Macrobii Theodosii De uerborum Graeci et Latini differentiis uel
societatibus excerpta, a cura di P. de P. , coll . « Testi grammaticali latini » 1 ,
Urbino 1990 , LXV- 198 p.
Tradition manuscrite et gloses. 5 A. La Penna , « Studi sulla tradizione dei
Saturnali di Macrobio » , ASNP 2e s . , 22 , 1953 , p . 225-250 ; 6 B.C. Barker
Benfield , The manuscripts of Macrobius' Commentary on the Somnium Scipio
nis, Diss . University of Oxford 1975 ( 1976) , 2 vol . , IV -464 p. ; 7 P. de Paolis ,
« Alcuni problemi di tradizione manoscritta dei Commentarii in Somnium
Scipionis di Macrobio » , Sileno 8 , 1982 , p . 83-101 ; 8 A. White (édit . ) , Glosses
composed before the twelfth century in manuscripts of Macrobius ' commentary
on Cicero's Somnium Scipionis, Diss. University of Oxford 1982 , 2 vol . , XXIII
403 p . ; 9 B. Eastwood , « Manuscripts of Macrobius, Commentarii in Somnium
Scipionis, before 1500 » , Manuscripta 38 , 1994 , p. 138-155 ; 10 M. J. Carton ,
228 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

Three unstudied manuscripts of Macrobius’ Saturnalia , Ann Arbor, Mich.


(micr .) 1996 , V - 208 p . ; 11 A. Arweiler, « Zu Text und Überlieferung einer
gekürzten Fassung von Macrobius Saturnalia I , 12 , 2 - I , 15 , 20 » , ZPE 131 ,
2000 , p . 45-57 ; 12 I. Caiazzo (édit. ) , Lectures médiévales de Macrobe : les
« Glosae colonienses super Macrobium », étude et édition par I.C. , coll. « Études
de philosophie médiévale » 83 , Paris 2002, 352 p . ( cf. 13 Ead ., « Le glose a
Macrobio del codice Vaticano Lat. 3874 : un testimone delle formae natiuae nel
secolo XII» , AHMA 64 , 1997 , p. 213-324) ; Armisen -Marchetti 3 , t. I, p. LXXII
LXXXVII.
Traductions. 14 A. Megas (édit. ) , Maximus Planudes, Macrobii Commen
tariorum in « Somnium Scipionis » libri duo in linguam Graecam translati,
accedit iuxtappositus eiusdem Macrobii textus latinus , primus edidit A.M. ,
Thessalonicae 1995 , LX -204 p. (le texte latin est celui de la deuxième édition de
Willis 2) ; 15 C. de Rosoy , Euvres de Macrobe, trad. par C. de R. , 2 vol . , Paris
1827 ( « Traité sur la difference et la concordance des verbes grecs et latins »
trad. par A. Mottet : t . II , p . 359-439) ; 16 A.J. Mahul, Macrobe, Euvres
complètes..., « Collection des auteurs latins » , avec la trad . en franç. publiée sous
la direction de D. Nisard , Paris 1845 , p. 1-471 (notice sur Macrobe, p. 1-8 ;
cf. 17 Macrobe, Commentaire du songe de Scipion, tiré de la “ République " de
Cicéron, trad . par D. Nisard ( sic ), « Collection Sebastiani » , Milano 1979, 232
p. ) ; 18 H. Descamps, N.-A. Dubois, L. d'Anguen & A. Ubicini Martelli,
Euvres de Macrobe, 3 vol . , trad. nouv . , Paris 1845-1847 ; 19 H. Bornecque &
F. Richard, Macrobe, Les Saturnales, t. I : Livres I - III, trad. nouv . avec introd . et
notes par H.B .; t. II : Livres IV - VII, trad. nouv . avec introd. et notes par
F. R. , coll. « Classiques Garnier » , Paris 1937 , IV-422 p. et II-468 p. ; 20 W.H.
Stahl, Macrobius, Commentary on the Dream of Scipio, transl. with an introd .
and notes , coll . « Records of Civilization . Sources and Studies » 48 , New York /
London 1952 , réimpr. 1990 , XI -278 p . ; 21 P.V. Davies , Macrobius, The
Saturnalia, transl. with introd . & notes, coll . « Records of Civilization . Sources
& Studies » 79 , New York 1969 , X1-560 p . ; 22 N. Marinone , Macrobio, I
Saturnali. Introd ., testo & trad., coll. « Classici UTET. Classici latini » 20, 2a ed .
riv . , Torino 1977 , 947 p . (trad . avec le texte latin en face ) ; 23 L. Scarpa,
Macrobii Ambrosii Theodosii Commentariorum in Somnium Scipionis libri duo,
introd., testo, trad. e note, coll . « Bibl . di cultura » , Padova 1981 , 572 p. (texte
latin de l'édition Willis 2 ) ; 24 M. Regali , Macrobio , Commento al Somnium
Scipionis, Libro 1, introd ., testo, trad . e comm . , coll . « Bibl . di studi antichi » 37 ,
Pisa 1983 , 430 p. ( texte latin de l'édition Willis 2) ; 25 Id . (édit . ), Commento al
Somnium Scipionis, Libro II, introd., testo , trad. & comm . , coll . « Bibl . di studi
antichi» 58 , Pisa 1990, 233 p. (texte latin de l'édition Willis 2) ; 26 C. Guittard,
Macrobe, Les Saturnales, Livres 1-111, introd ., trad. et notes, coll. « La roue à
livres » , Paris 1997 , XXX - 364 p .
Bibliographie. 27 P. de Paolis, « Macrobio 1934-1984 » , Lustrum 28-29,
1986-1987 , p . 107-254 ; 28 Id ., « Macrobio 1934-1984. Addendum ad Lustrum
28-29 ( 1986-1987 ) » , Lustrum 30, 1988 , p. 7-9 ; 29 L. Fiocchi, « Rassegna di
studi macrobiani ( 1969-1979 ) » , BStudLat 12 , 1982 , p. 34-85 .
M9 MACROBIUS ( AMBROSIUS THEODOSIUS -) 229

Lexique. 30 M.C. Granados Fernández , Léxico de Macrobio, Madrid 1980,


8 vol.
Concordance. 31 R. M. Marina Sáez & J.F. Mesa Sanz (édit. ) , Concordantia
Macrobiana : a concordance to the Saturnalia of Ambrosius Theodosius Macro
bius , prepared by R. M.M.S. & J.F.M. S. , coll . « Alpha - Omega . Reihe A :
Lexica, Indizes , Konkordanzen zur klassischen Philologie » 163 , Hildesheim
1997, 3 vol, VIII-1329 p.
Notices. 32 P. Wessner, art. « Macrobius » 7 , RE XIV 1 , 1928 , col . 170-198 ;
33 R. Herzog, art. « Macrobius » 1 , KP III 1969, col . 857 sq .; 34 P. Kroh , art.
« Macrobius » , LAA, p. 389-390 ; 35 W. H. Stahl, art. « Macrobius, Ambrosius
Theodosius » , DSB IX , 1974, p. 1 sq.; 36 B. Heinz , « Macrobius » , MLAA 1997 ,
p. 432-433 ; 37 J. Flamant, art. « Macrobius » 1 , NP VII, 1999, col . 627-630.
Autres études. 38 A. Mahul , Dissertation historique, littéraire et biblio
graphique, sur la vie et les ouvrages de Macrobe, Paris 1817 , 58 p .;
39 G. Boissier, La fin du paganisme : études sur les dernières luttes religieuses
en Occident à la fin du IVe siècle, 2 vol . , Paris 1891 ; 40 M. Schedler, Beiträge
zur Philosophie des Macrobius, Münster i . Westf. 1913 , 34 p.; 41 T. Whittaker,
Macrobius or philosophy, science and letters in the year 400, Cambridge 1923 ;
42 P. Courcelle , Les lettres grecques , p . 3-36 ( « L'Hellénisme païen :
Macrobe » ) ; 43 W. H. Stahl , « Astronomy and geography in Macrobius » ,
TPAPA 73 , 1942 , p. 232-258 ; 44 A. Cameron, « The date and identity of
Macrobius » , JRS 56 , 1966 , p . 25-38 ; 45 Id . , « Macrobius , Avienus and
Avianus » , CQ 17 , 1967 , p . 385-399 ; 46 N. Marinone, « Per la cronologia di
Servio » ,AAT 104 , 1969-1970, p. 181-211 , repris dans Id . , Analecta graeco
latina, Bologna 1990, p . 265-286 ; 47 M. Bevilacqua, Introduzione a Macrobio ,
« Collezione di studi e testi » 17 , Lecce 1973 , 201 p .; 48 J. Flamant, Macrobe et
le néo-platonisme latin à la fin du IVe siècle , coll . ÉPRO 58 , Leiden 1977 , XXXI
737 p .; 49 Id ., « Éléments gnostiques dans l’æuvre de Macrobe » , dans R. van
den Broek & M. J. Vermaseren (édit . ) , Studies in gnosticism and Hellenistic
religions presented to Gilles Quispel on the occasion of his 65th birthday, coll .
ÉPRO 91 , Leiden 1981 , p . 131-142 ; 50 C. Garrido López , La lengua de
Macrobio , Thèse Madrid 1984, XI -383 p. ; 51 J. Flamant , « Macrobe : une langue
philosophique ? » , dans La langue latine, langue de la philosophie, Actes du
colloque organisé par l'École française de Rome avec le concours de l'Univer
sité de Rome «La Sapienza » ( Rome , 17-19 mai 1990 ), « Collection de l'École
française de Rome » 161 , Rome 1992 , p. 218-232 ; 52 P. de Paolis, « Il Somnium
Scipionis nel linguaggio filosofico di Macrobio » , ibid. , p . 233-244 ; Armisen
Marchetti 3, t. I , p. VII- LXXII ( un excellent état de l'ensemble des questions
concernant la figure et l'æuvre de Macrobe, qui nous sera ici énormément utile ;
cf. aussi Guittard 26 , p. IX -XI ).
Données biographiques. Comme le remarque Armisen - Marchetti 3 , t . I ,
p. VII, de Macrobe, tout prête à discussion , à commencer par son nom . Les trois
noms que l'on trouve dans la majorité des manuscrits ( Macrobius Ambrosius
Theodosius) sont souvent réduits dans d'autres manuscrits à deux ( Macrobius
Ambrosius ), ou à un seul (Macrobius ). Cameron 44 , en partant de l'idée qu'au
230 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

Bas-Empire le dernier des noms d'un personnage était toujours son nom
d'usage, défendait l'hypothèse selon laquelle le nom d'usage de Macrobe devait
être à son époque Theodosius. Cependant, on n'a pas vraiment de preuve de ce
fait. Par ailleurs , comme le note Flamant 48 , p. 91-95 , le seul nom qui ne fait
jamais défaut dans nos manuscrits est celui de Macrobius. En l'absence donc
d'une preuve contraire et sur la foi de la tradition, il faut conclure avec Armisen
Marchetti 3, t. I , p. X , que le nom le plus usuel de notre auteur était Macrobius,
ce qui n'empêche pas qu'il ait pu être désigné aussi sous le nom de Theodosius
( il est possible , dans ces conditions , que Macrobe soit à identifier avec le
Theodosius auquel le poète Avianus dédie ses fables ).
En ce qui concerne le lieu d'origine, on sait que Macrobe n'était pas natif de
Rome parce qu'il dit de lui-même dans les Saturnales I, praef. 11 , qu'il est né
« sous un autre ciel » . A cela s'ajoute le fait qu'il s'excuse modestement tout de
suite après ( praef. 12 ) pour son style dépourvu de l'elegantia naturelle d'un vrai
Romain . Cette origine étrangère s'accorde avec l'identification de notre
Macrobe avec le Theodosius auquel Avianus dédie son livre de fables, puis
qu'on sait que celui-ci n'était pas romain . En effet, Avianus dans sa préface
adresse comme compliment à Macrobe la déclaration qu'il l'emporte à la fois
sur les Athéniens par son érudition grecque et sur les Romains par la latinité de
sa langue . Cette dernière partie du compliment n'aurait sans doute de sens que si
elle s'adressait à quelqu'un qui n'est pas romain. A son tour, la première partie
du compliment semble écarter la possibilité que la langue maternelle de
Macrobe ait été le grec, puisque , comme le remarque Armisen -Marchetti 3 , t. I,
p. XI , pourquoi Avianus admirerait -il un Grec pour son érudition grecque ? Par
ailleurs, Macrobe préfère citer les auteurs grecs en latin , et il le fait souvent avec
des erreurs ; en outre, il se montre très familier et très attaché à la littérature
latine . Armisen -Marchetti 3 , ibid ., remarque enfin le caractère invraisemblable
du fait qu'un néoplatonicien dont la langue maternelle aurait été le grec eût
choisi pour traiter des questions philosophiques une autre langue que le grec. Il
semble donc préférable de se ranger à l'hypothèse communément reçue qui fait
de Macrobe un provincial né en dehors des milieux aristocratiques de Rome et
de ce fait dépourvu de la pureté naturelle par laquelle s'exprime un natif de la
Ville. On a proposé comme localisation possible de sa patrie l'Afrique, l'Italie
du Sud ou l'Espagne ( cf. Flamant 48, p . 94 ).
Quant à l'activité publique de Macrobe, on sait qu'il a accompli une carrière
de haut fonctionnaire . Le titre de « uir clarissimus et illustris » qu'il reçoit dans
l'incipit et l'explicit de nos manuscrits indique d'une part qu'il appartenait au
rang sénatorial ( « clarissimus » ) et qu'il a accédé aux plus hautes fonctions au
service de l'État ( « illustris » ). Comme le remarque Armisen -Marchetti 3 , t. I ,
p . XII , cette indication d'illustris dans nos manuscrits n'implique pas que
Macrobe ait accédé à ces fonctions avant ou pendant la composition de son
@uvre littéraire, puisque les manuscrits peuvent faire état d'une dignité à
laquelle il a pu accéder seulement par la suite , ou bien il a pu la recevoir à titre
honorifique à la fin de sa carrière consulaire. Cela dit , pour essayer de préciser
cette carrière et sa chronologie on a eu recours au Codex Theodosianus, où l'on
M9 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) 231

trouve mentionnés , sous le même nom de Macrobius, deux personnages


susceptibles d'être identifiés avec notre Macrobe : un vicaire des Espagnes en
399-400 (cf. Codex XVI 10, 15 , VIII 5 , 61 ) , et un proconsul d’Afrique en 410
( cf. Codex XI 28 , 6 ; PLRE II , p . 698 = Macrobius 1 ) ; et, sous le seul nom de
Theodosius, un préfet du prétoire en Italie en 430 ( cf. Codex XII 6 , 33 ) . Un
troisième Macrobius cité dans le Codex VI 8 , 1 , comme praepositus sacri
cubiculi à Constantinople en 422 ( cf. PLRE II , p. 698 sq. = Macrobius 2) , semble
tout à fait impossible à identifier avec notre Macrobe non seulement du fait qu'il
s'agit ici d'un titre qui concerne la cour impériale d'Orient, mais aussi du fait
que la charge en question était attribuée à un eunuque ( bien sûr chrétien , ayant la
pleine confiance de l'empereur), ce qui semble incompatible avec notre
Macrobe, dont on connaît moins un fils (cf. infra ).
Depuis la contribution de 53 A. Chastagnol , « Les Espagnols dans l'aristo
cratie gouvernamentale à l'époque de Théodose » , dans Empereurs romains
d'Espagne. Actes du colloque international du C.N.R.S. organisé par A. Piganiol
& H. Terrasse, Madrid-Italica, 31 mars - 6 avril 1964, coll . « Colloques interna
tionaux du C.N.R.S. Sciences humaines » , Paris 1965 , p. 269-292 , on sait qu'il
ne faut pas identifier les personnages appelés Macrobius dans le Codex avec un
seul, comme on le faisait alors : d'après la chronologie traditionnelle ( cf. par
exemple Courcelle 42 , p. 3) , Macrobe serait né en 350-360, aurait été uicarius
Hispaniarum en 399-400 et proconsul d'Afrique en 410. D'après Chastagnol , il
s'agit en réalité de personnages distincts, et il faudrait identifier notre Macrobe
seulement au proconsul d’Afrique. A ce sujet, Armisen -Marchetti 3 , t . I, p. XIII
sq. , reconnaît que le vicaire est un candidat peu probable , entre autres parce que
le vicariat à lui seul ne conférait pas le titre d'illustris . En revanche , le
proconsul, proposé aussi par Flamant 48 , p. 122 sq . , lui semble un candidat
plausible . Armisen -Marchetti considère en tout cas qu'il ne faut pas écarter sans
plus l'hypothèse de Cameron 44 , selon laquelle c'est le préfet du prétoire appelé
Theodosius qu'il faudrait identifier avec notre Macrobe, même si l'opinion de
Cameron selon laquelle celui-ci n'aurait été connu par ses contemporains que
sous le nom de Theodosius n'est pas à partager. Cette dernière identification
remonte à 54 S. Mazzarino, « La politica religiosa di Stilicone » , RIL 71 , 1938 ,
p. 235-262 , notamment p. 255-258 ; et elle fut reprise aussi par Marinone 20 ,
p. 14-27 . De là résulterait une chronologie plus basse, selon laquelle Macrobe
serait né vers 385-390 .
Comme on peut le voir, aucune certitude ne peut être alléguée ni sur l'iden
tification ni sur la chronologie que l'on puisse en faire dériver. Dans ce sens,
Armisen -Marchetti 3, t. I, p. XIV, rappelle finalement que le Codex ne nous a pas
été transmis dans son intégralité , et que , par conséquent, notre Macrobe pourrait
aussi figurer dans la partie non conservée .
Enfin , on peut aujourd'hui affirmer sans hésitation que Macrobe était un
païen . Si , comme le remarque Armisen -Marchetti 3 , t. I , p. XVIII, on pense que
le christianisme était en son temps la religion et le système de pensée triom
phants , il n'est sans doute pas sans signification que Macrobe n'y fasse pas la
moindre allusion dans son æuvre . L'idée d'un Macrobe chrétien remonte sans
232 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

doute à son identificacion traditionnelle avec les Macrobius cités dans le Code
Théodosien et confondus en un seul personnage, qui aurait détenu entre autres
une fonction religieuse à côté de l'empereur, ce qui , comme on a dit plus haut,
semble tout à fait à écarter.
Bevilacqua 47 , p. 23-32 , voulait voir en Macrobe un chrétien dont le caractère hypo
thétiquement tiède expliquerait le fait qu'il ne parle pas du christianisme, tout en restant
attaché à la culture romaine traditionnelle. Cette hypothèse a été convenablement contestée
par Armisen -Marchetti 3, ibid .: celle-ci fait appel au paganisme de Macrobe démontré par
exemple par le long exposé de théologie solaire dans les Saturnales I 17-23, prononcé par un
personnage du dialogue qui est sans doute le porte-parole de l'auteur ; elle mentionne aussi
l'exposé de la doctrine tout à fait néoplatonicienne des trois hypostases développée dans le
Commentaire au Songe de Scipion I 14, 5-7 , ou le traité sur l'âme, son origine astrale et sa
descente sur terre , avec le traité sur l'emplacement des enfers (ibid. I 8, 1 - 14, 20 ; II 12-16).
Voici la conclusion bien claire d'Armisen -Marchetti 3, t. I, p. XIX : « Le silence dans lequel
Macrobe tient le christianisme est un silence de dédain , un silence polémique, non le silence
d'une âme tiède. Tiède, Macrobe ne l'est pas, bien au contraire . Mais son enthousiasme et sa
vénération ... vont aux vérités de Plotin et de Porphyre, non à celles du Christ. »
Cela dit, certains critiques ont relevé, aussi bien dans le Commentaire au Songe de Scipion
que dans les Saturnales, des parallèles textuels ou diverses allusions à l'Ancien comme au
Nouveau Testament : cf. 55 P. W. van der Horst, « Macrobius and the New Testament: a
contribution to the Corpus Hellenisticum », NT 15 , 1973 , p. 220-232 ; 56 M. C. Granados
Fernández, « ¿Mateo Evangelista en Macrobio, Sat. II , 4, 11 ? » , Emerita 49, 1981 , p. 361
363 ; 57 Ead ., « Macrobio y la Biblia » , Emerita 53, 1985 , p. 115-125 .
(Eu e . On connaît nom des dédicataires que Macrobe avait choisis pour
les trois ouvrages que lui attribue la tradition : pour le traité De differentiis,
Symmaque, le plus célèbre orateur romain de son temps, consul en 391 ; pour les
Saturnales et le Commentaire , son propre fils, lequel est appelé dans nos
manuscrits tantôt Eustathius , tantôt Eustachius ( 2E 158 ) , mais vraisembla
blement il s'appelait plutôt Eustathius ( cf. Armisen -Marchetti 3 , t. I , p . XV) .
Celui -ci a été identifié avec le Plotinus Eustathius , préfet de Rome en 461 ,
mentionné dans une inscription napolitaine (CIL X 8072 , 4 ; cf. PLRE II , p. 435
= Plotinus Eustathius 13 : Cameron 44 , p. 37 ; Flamant 48 , p. 131 sq . ) . Dans la
souscription d'une série de manuscrits du Commentaire, on trouve aussi men
tion de deux personnages associés à cet ouvrage en tant que réviseurs : d'un côté,
l'arrière -petit- fils de Symmaque ; et, de l'autre , un certain Macrobius Plotinus
Eudoxius ( 2 - E 102) , uir clarissimus, identifié unanimement comme le petit - fils
de notre auteur (cf. PLRE II , p. 413 = Macrobius Plotinus Eudoxius 7 ) . Ce
deuxième réviseur serait donc le fils de Plotinus Eustathius, si l'identification de
celui -ci avec le fils de Macrobe est correcte. Comme le remarque Armisen
Marchetti 3, t. I , p. XVI , cette filiation se trouve appuyée par la découverte d'une
inscription, provenant probablement du Forum Romanum , sur laquelle on lit le
nom de « Fl [auius ) Macrobius Pl [otinus ) [ E ]ustathius, u( ir) ( c (larissimus )...] » ,
et publiée par 58 S. Panciera, « Iscrizioni senatorie di Roma e dintorni », dans
Tituli, IV & V, Atti del Colloquio internazionale AIEGL su Epigrafia e ordine
senatorio , Roma, 14-20 maggio 1981 , Roma 1982 , t. I , p. 658-660. L'éditeur
suggère une reconstitution qui paraît vraisemblable à Armisen -Marchetti 3 ,
ibid.: « Macrobius se serait appelé Flavius Macrobius Ambrosius Theodosius ;
son fils serait le Flavius Macrobius Plotinus Eustathius de l'inscription , préfet de
M9 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) 233

la Ville ; son petit-fils, cité dans la souscription du commentaire, se nommerait


quant à lui Flavius Macrobius Plotinus Eudoxius » .
L'analyse des dédicaces que Macrobius écrit pour son fils Eustathe dans les
Saturnales et dans le Commentaire permet d'établir une datation relative de ces
deux ouvrages. En effet, on a considéré que la longue dédicace des Saturnales,
praef. 1-2 , révèle comme destinataire un jeune adolescent qui devrait encore
fréquenter l'école du grammaticus , et avoir donc entre douze et quinze ans ;
alors que la dédicace du Commentaire I 1 , 1 , ne convient pas à un enfant (ni à un
homme mûr non plus) , mais plutôt à un jeune homme qui serait en âge de
terminer sa formation scolaire par la philosophie , ayant environ vingt ans . De là
résulte que la composition des Saturnales pourrait avoir précédé celle du
Commentaire de cinq à dix ans (cf. entre autres Flamant 48 , p. 87-91 ; Regali 24,
p. 10 sq. ) . Cependant, comme le remarque Armisen -Marchetti 3, t. I , p. XVII, « ni
les Saturnales ni le Commentaire ne se laissent dater avec certitude, malgré
l'ingéniosité dont ont fait preuve divers savants dans l'exploitation des critères
internes et externes » . Voici , comme le résume Armisen -Marchetti 3, ibid ., l'état
actuel de la critique, qui se rattache, bien sûr, à la discussion que nous avons
rapportée plus haut sur l'identité de Macrobe : les datations hautes, qui rendent le
Commentaire antérieur à l'an 400 (cf. par exemple Courcelle 42, p. 3 ) , tendent à
être abandonnées, tandis que les datations basses , qui sont les plus prudentes,
s'accordent pour en juger la composition postérieure à 430 , celle des Saturnales
étant par conséquent, selon ce que nous avons dit plus haut, antérieure de quel
ques années (cf. Cameron 44 ; Marinone 46 ; Flamant 48 , p . 80 sq. ) . Armisen
Marchetti 3 , t. I, p. XVIII , même si elle insiste sur son caractère tout à fait hypo
thétique , penche pour cette datation plus basse , qui coïnciderait avec l'identifi
cation de Plotinus Eustathius comme fils et dédicataire de Macrobe : s'il était
préfet de Rome en 461 , il pouvait avoir eu vingt ans , l'âge qui semble convenir
au dédicataire du Commentaire, dans les années 420-430.
Pour sa part, la datation de la composition du traité grammatical Sur les diffé
rences et les ressemblances entre les verbes grec et latin varie aussi selon qu'on
suit la chronologie traditionnelle, ou bien la chronologie plus basse de Cameron
ou Marinone liée à l'identification de Macrobe avec le préfet du prétoire en 430 :
dans le premier cas, on l'a datée entre 395 et 400 ; dans le deuxième cas , vers
420-425, ce qui pourrait expliquer l'absence dans ce cas du titre uir illustris dans
la tradition, puisque l'auteur n'aurait accédé à ses hautes fonctions qu'en 430
(cf. Guittard 26 , p. XI ). La composition de cet ouvrage aurait donc précédé celle
des Saturnales de plus d'une décennie.
Un même caractère et un même dessein pédagogique président à l'ensemble
de l'ouvre de Macrobe. En fait, elle couvre plus ou moins l'ensemble des
disciplines encyclopédiques ( les sept arts libéraux) connu au Moyen Âge comme
le triuium (grammaire, rhétorique, dialectique-logique) et le quadriuium (arith
métique, musique , géométrie, astronomie -cosmologie ), et fondé sur les études
qui étaient déjà suivies dans l'Antiquité.
234 MACROBIUS ( AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

SUR LES DIFFÉRENCES ET LES RESSEMBLANCES


ENTRE LES VERBES GREC ET LATIN

Cf. Wessner 32 , col . 174 ; 59 J. Fontaine , Isidore de Séville et la culture


classique dans l'Espagne wisigothique, deuxième édition revue et corrigée , Paris
1983 , t . I, p . 38-40 ; Flamant 48, p. 233-252 ; Id. 37 , p. 630 .
L'ouvrage que Macrobe consacre à la première discipline du triuium n'est
pas une grammaire usuelle , mais un traité conçu d'un point de vue bien précis.
Comme le résume Guittard 26 , p. XII : « Macrobe, qui n'est pas un grammairien
de profession, s'intéresse à une seule des trois parties du discours , le verbe, dont
il étudie les sept accidents (personne, nombre, figure, conjugaison, temps , qua
lité , genre ). L'originalité de Macrobe est de recourir à la catégorie de la diffé
rence et de fonder son étude sur le parallélisme entre les deux systèmes verbaux
pour chacun des accidents étudiés . Le prédicat de différence utilisé par les
rhéteurs est une notion dialectique , employée chez les grammairiens seulement
pour l'étude du sens des mots . Macrobe s'inspire, pour la science grecque,
d'Apollonios Dyscole , créateur de la syntaxe grecque à l'époque d'Hadrien ,
ainsi que de Claude Didyme, qui composa, sous Auguste, un traité d'analogie » .

LES SATURNALES

Cf. 60 A. Santoro , Esegeti virgiliani antichi (Donato -Macrobio - Servio ), Bari


1945 , 134 p . ; 61 N. Marinone , Elio Donato , Macrobio e Servio : commentatori
di Vergilio, Vercelli 1946 , 104 p.; 62 M. Broye, « La compilation dans les
Saturnales de Macrobe» , REL 26, 1949 , p. 68-69 ; 63 A. S. Benjamin , An histo
rical commentary on the second book of Macrobius ' Saturnalia, Diss .
University of Pennsylvania, ( Philadephia ) 1955 , XI - 178 p. ( micr. ) ; 64 E. Türk,
Macrobius und die Quellen seiner " Saturnalien" , Diss . Freiburg i . Br. 1962 ;
65 Id ., « Les Saturnales de Macrobe source de Servius Danielis » , REL 41 , 1963 ,
p . 327-349 ; 66 J. Flamant, « La technique du banquet dans les Saturnales de
Macrobe » , REL 46, 1968 , p. 303-319 ; 67 M.D. Gallardo López, El género
simposíaco hasta las " Saturnales " de Macrobio , coll . « Extractos de Tesis
Doctorales » 72 , Madrid 1973 , 37 p. ; 68 A. Pieri, Lucrezio in Macrobio : adatta
menti al testo virgiliano, coll . « Biblioteca di cultura contemporanea » 126,
Messina/Firenze 1977 , 273 p . ; 69 R. Kaster « Macrobius and Servius.
Verecundia and the grammarian's function » , HSPh 84 , 1980, p . 219-262 ;
70 P. de Paolis , « Les Saturnales de Macrobe et l'idéalisation du saeculum
Praetextati » , LEC 55 , 1987 , p . 291-300 ; 71 E. Syska , Studien zur Theologie im
ersten Buch der Saturnalien des Ambrosius Theodosius Macrobius, coll .
« Beiträge zur Altertumskunde » 44, Stuttgart 1993 , XI-280 p. ; 72 C. Granados
Fernández , « Etimologías macrobianas para una teología solar » , dans J. L. Vidal
& A. Alvar Ezquerra ( édit. ), IX congreso español de estudios clásicos (Madrid,
27 al 30 de septiembre de 1995), t. V : Literatura latina, Madrid 1998 , p. 111
116 ; 73 E. Cabella, « Varianti omeriche e citazioni mnemoniche nei Saturnalia
di Macrobio » , Athenaeum 86, 1998, p. 505-517 .
M9 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) 235

Comme l'auteur l'explique dans la préface adressée à son fils Eustathe , il


veut offrir à celui -ci dans ses Saturnales comme une réserve du savoir des
anciens, où il a rassemblé des matériaux très divers tirés de son propre bagage
scientifique, reproduits plus ou moins fidèlement, mais toujours organisés sous
une forme littéraire . Les métaphores que Macrobe utilise pour exprimer son
propre travail comme auteur ( le travail des abeilles ; la digestion des aliments ; la
préparation des parfums; la formation d'un chæur) font bien référence à sa
volonté de créer un ensemble bien structuré. Le corpus des connaissances
transmises par Macrobe dans les Saturnales appartient pour l'essentiel aux disci
plines du triuium , notamment la grammaire et la rhétorique, bien qu'on y trouve
aussi quelque fois d'autres connaissances de type astronomique ou physique qui
relèvent plutôt du quadriuium . Comme le remarque Guittard 26 , p. XIV , les
Saturnales expriment l'amour de Macrobe pour l'Antiquité romaine et son
attachement au paganisme traditionnel.
Le genre littéraire qu'il a choisi pour véhicule de tout ce savoir païen est celui
du banquet, qui se présente ici sous la fiction suivante : à la veille de la fête
religieuse des Saturnales ( le 16 décembre) , se réunissent chez l'aristocrate
Prétextatus les plus hauts représentants de la noblesse romaine païenne du Ive
siècle en compagnie d'autres savants, et ils consacrent ce soir et toute la durée
de la fête, c'est - à -dire les trois jours suivants (où ils se réunissent aussi chez
deux autres convives qui s'invitent réciproquement) « à de doctes discussions sur
les arts libéraux » (cf. Sat. I 1 ) . Pendant ces trois jours , l'auteur applique le
principe de réserver les sujets sérieux et graves pour les séances du matin, et de
passer dès l'après-midi à d'autres sujets ayant un caractère plus charmant ou
comique . Ce mélange du sérieux et du comique faisait effectivement partie des
règles du genre littéraire choisi . Les personnages qui prennent part au dialogue
sont au nombre de douze , nombre symbolique résultant de l'addition au nombre
des Muses de celui des Grâces (cf. Sat. I 7 , 12 sq . ) . Ils ne sont pas toujours
ensemble dans le banquet , et l'auteur reconnaît ( ibid . I 5 ) s'être permis la
licence, courante aussi par ailleurs dans le genre littéraire du banquet, d'y faire
participer certains personnages qui auraient été en réalité trop jeunes pour
fréquenter la génération de Prétextatus. La plupart des interlocuteurs sont des
Romains, mais il y a trois Grecs et un Égyptien. L'entretien est censé avoir eu
lieu en 384, l'année de la préfecture du prétoire de Prétextatus en Illyrie , Italie et
Afrique, et aussi celle de sa mort.
Comme introduction aux anecdotes et aux entretiens de ce long banquet,
Macrobe a recours à une autre fiction, en suivant encore l'usage typique dans ce
genre littéraire et en s'inspirant sans doute plus ou moins du Banquet de Platon
(cf. Flamant 66 ; Id . 48, p . 172-232 ) : peu après le banquet , à l'occasion d'une
autre fête , un personnage appelé Décius Albinus, appartenant à la même famille
que deux des invités au banquet, interroge sur l'origine et le déroulement de
celui -ci un autre personnage, Rufius Postumianus. Mais le rapport de ce dernier
n'est pas de première main : il avait bien été invité au banquet, mais , ne pouvant
pas y assister, c'est un autre personnage, le rhéteur Eusèbe , qui fut invité à sa
place ; c'est donc celui- ci qui le lendemain du banquet (en compagnie de ses
236 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

propres disciples) en fait le récit à Postumianus dans la maison de celui -ci : pour
ce qu'il a vécu directement, il dit avoir pris des notes ; pour les discussions de la
veille , auxquelles il n'avait pas participé, il dit en avoir eu connaissance par le
compte rendu d'un autre convive, Aviénus ( = A 515 ), le poète « traducteur >>
d'Aratus.
Tout au long des Saturnales, qui comportent sept livres, les discussions
s'organisent à chaque fois autour des trois personnage plus importants : outre
Prétextatus, Symmaque , l'orateur et haut fonctionnaire que nous avons déjà
mentionné , et Nicomaque Flavien ( N 49) , un autre haut fonctionnaire de
l'époque. Prétextatus est l'hôte de la veille et du premier jour du banquet ( livres
I- II ) ; Nicomaque Flavien en est celui du deuxième (livre III ) , et Symmaque du
troisième (livres IV -VII) . C'est dans cette dernière partie que nos lacunes dans le
texte transmis sont les plus nombreuses.
Le sujet principal du livre I est le calendrier, à commencer par une histoire des Saturnales,
dont Prétextatus est le grand spécialiste, comme en général de l'histoire du calendrier romain
et des questions religieuses (il fait des recherches en particulier sur la science religieuse de
Virgile ). Comme le remarque Guittard 26 , p. XV , « il apparaît surtout comme le représentant
des conceptions syncrétistes et orientalisantes face au traditionalisme » . Il faut signaler son
exposé sur Apollon et la théologie solaire (I 17-23 ). A la fin de ce livre, tous les convives font
l'éloge général de Virgile, une figure qui présidera à la plupart des livres suivants. La science
de Virgile (maintenant philosophie, astronomie, droit) est développée, avec des lacunes dans
nos manuscrits, dans les livres II et III. Les chapitres du livre III sur la science pontificale de
Virgile se rapprochent du Servius de Daniel, qui remonte au commentaire de Donat (cf. Türk
65). Les livres IV-VII ( troisième jour) tournent autour de l'art oratoire (comme il convient à
l'hôte de ce jour, Symmaque) et de la poétique virgilienne . A la fin de chaque jour, on
s'occupe de sujets moins sérieux, à la manière d'interludes : plaisanteries et bons mots célè
bres, le vin et les plaisirs ( fin du premier jour) ; le luxe et le raffinement des anciens, les
variétés des fruits ( fin du deuxième jour) ; la conversation des convives et les propos de
tables : alimentation , digestion , mécanisme de la vision ( fin du troisième jour) . Pour la
structure complète de l'ouvrage , avec l'indication précise des lacunes, nous renvoyons à
Guittard 26 , p. XXIX sq.
Les « professionnels » du dialogue, comme les appelle Guittard 26 , p. XVII, sont, d'un côté,
deux personnages d'origine grecque : le philosophe Eustathe (»E 159) et le rhéteur Eusébe ;
de l'autre, trois personnages qui arrivent sans avoir été invités : un autre grec, Disarius, qui
était à l'époque le médecin le plus prestigieux à Rome (I 7, 3 ) ; le cynique d'origine égyp
tienne Horus ( > * H 169), et un personnage effronté et désagréable du nom d'Évangelus, qui
arrive en compagnie de ces derniers. Comme le remarque Guittard 26 , ibid ., Eustathe,
connaisseur avisé des trois écoles philosophiques (académicienne, stoïcienne, péripatéti
cienne ) est un technicien de la philosophie plus qu'un véritable philosophe : « La lacune du
début du livre III nous prive de son développement sur les connaissances de Virgile en
astronomie et en philosophie et sa dette envers les Grecs » . Guittard 26 , ibid ., se range à l'avis
de Flamant 48, p . 69, entre autres, selon lequel l'identification de ce personnage avec le
philosophe néoplatonicien Eustathe de Cappadoce proposée par 74 L. von Jan , Macrobii
Ambrosii Theodosii opera quae supersunt ( 1848-1852 ), t. I, p. XXX, reste très hypothétique et
même très improbable ( E 159, 75 S. Gersh , DPhA, t. III , p. 368 ; E 161 , 76 R. Goulet,
DPhA , t . III , p. 378 ). Horus est le même personnage qui apparaît dans la correspondance de
Libanius et de Symmaque ( *** H 169) . Comme Macrobe y fait aussi allusion (I 7 , 3 ), il s'était
tourné vers la philosophie cynique après avoir remporté les jeux olympiques d'Antioche en
364. Évangelus, en revanche, reste à nouveau énigmatique : Jan 74 avait avancé l'hypothèse
selon laquelle il s'agirait d'un chrétien que Macrobe aurait représenté à ce point odieux pour
discréditer la nouvelle religion ; cette hypothèse fut retenue, avec des réserves, par Courcelle
42 , p. 7 sq .; mais elle fut déjà ouvertement rejetée par Boissier 39, t. II, p. 207 n. 2, et plus
M9 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) 237

tard par Flamant 48 , p. 74 sq . (cf. aussi Guittard 26 , p. XVIII, pour qui on pourrait identifier
Évangelus avec un personnage cité par Symmaque dans une lettre adressée à ses enfants vers
397 : cf. Lettres VI 7).
Pour la réfutation de l'interprétation des Saturnales comme instrument de propagande
politique et religieuse antichrétienne, nous renvoyons aussi à de Paolis 70. Celui-ci nie que les
Saturnales, dont la composition peut être datée des environs de 430 ( cf. supra ), doivent être
placées à l'origine du mouvement païen qui utilisait la culture classique comme une arme
contre le christianisme, puisque ce mouvement date de la fin du IVe siècle. D'après de Paolis,
l'æuvre révèle tout simplement l'idéalisation du saeculum Praetextati, survenue grâce à des
représentants marquants de l'aristocratie et de la culture romaine.

COMMENTAIRE AU SONGE DE SCIPION

Cf. 77 K. Mras, « Macrobius ' Kommentar zu Ciceros Somnium : ein Beitrag


zur Geistesgeschichte des 5. Jahrhunderts n . Chr. » , SPAW 6 , 1933 , p. 232-288 ;
78 P. Henry, Plotin et l'Occident : Firmicus Maternus, Marius Victorinus, saint
Augustin et Macrobe, coll . « Spicilegium Sacrum Lovaniense . Études et
Documents » 15 , Louvain 1934 , 291 p.; 79 P. Boyancé, Études sur le Songe de
Scipion : essais d'histoire et de psychologie religieuses, coll. « Bibliothèques des
Universités du Midi » 20 , Paris 1936, 192 p. ; 80 A. J. Festugière, « Les thèmes
du Songe de Scipion » , Eranos 44 , 1946 , p. 370-388 ; 81 C. Sanz, El primer
mapa del mundo con la representación de los dos hemisferios concebido por
Macrobio : estudio crítico y bibliográfico de su evolución, coll . « Publicaciones
de la Real Sociedad Geográfica . Serie B » 455 , Madrid 1966 , 85 p .;
82 W. Gundel & H.G. Gundel , Astrologumena. Die astrologische Literatur in
der Antike und ihre Geschichte, coll . « Sudhoffs Archiv » 6, Wiesbaden 1966,
p . 124 , 295 , 307 , 318 ; 83 A. Setaioli , « L'esegesi omerica nel commento di
Macrobio al Somnium Scipionis » , SIFC 38 , 1966 , p. 154-198 ; 84 H. de Ley ,
« Le traité sur l'emplacement des Enfers chez Macrobe» , AC 36, 1967 , p . 190
208 ; 85 M.A. Elferink , La descente de l'âme d'après Macrobe, coll . « Philo
sophia Antiqua » 16, Leiden 1968 , VI -69 p. ; 86 C. Zintzen , « Römisches und
Neuplatonisches bei Macrobius: Bemerkungen zur Tohltixn åpetń im Comm.
in Somn . Scip. 1,8 » , dans P. Steinmetz (édit . ) , Politeia und Res Publica :
Beiträge zum Verständnis von Politik, Recht und Staat in der Antike, dem
Andenken Rudolf Starks gewidmet, coll . « Palingenesia, Monogr. & Texte zur
klass . Altertumswiss. » 4, Wiesbaden 1969 , p. 357-376 ; 87 H. de Ley, Macro
bius and Numenius: a study of Macrobius, In Somn . I, c. 12, coll . « Latomus »
125 , Bruxelles 1972 , 75 p . ; 88 O. Neugebauer, A history of ancient mathe
matical astronomy, In three parts with 9 plates and 619 figures, coll . « Studies in
the history of mathematics and physical sciences » 1 , Berlin , Heidelberg/New
York 1975 , t . II , p . 618 , 650 , 661 , 695 , 1029 sq . , t . III , p . 1084 sq . ;
89 K. Büchner, Somnium Scipionis : Quellen, Gestalt, Sinn , coll . « Hermes.
Einzelschriften » 36, Wiesbaden 1976, X - 120 p . ; 90 M. Regali , « La quadripar
tizione delle virtù nei Commentarii di Macrobio » , A & R 25 , 1980, p. 166-172 ;
91 I. P. Culianu , « Ordine e disordine delle sfere . Macrob . In S. Scip . I 12, 13
14 , p . 50 , 11-24 Willis » , Aevum 55 , 1981 , p. 96-110 ; 92 S. Gersh , Middle
Platonism and Neoplatonism : the Latin tradition, Notre Dame ( Ind . ) 1986, t. I ,
p. 502-522 ; 93 M. Cristiani , « Sogni privati e sogni pubblici : Macrobio e il
238 MACROBIUS ( AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

platonismo politico » , StudStor 27 , 1986, p . 685-699 ; 94 M. di Pasquale


Barbanti , Macrobio : etica e psicologia nei « Commentarii in Somnium Scipio
nis » , Catania 1988 , 214 p. ; Armisen -Marchetti 3, t. I , p. XIX-XXIV .
L'ouvrage comporte deux livres , ce pourquoi l'auteur parle plutôt de
« commentaires » . On est ici maintenant devant un genre littéraire différent, celui
du commentaire philosophique . En effet, comme le remarque Armisen
Marchetti 3 , t. I , p. XXIII , même si celui -ci n'est pas identifié par les anciens
comme un genre littéraire au plein sens du terme, on ne peut pas nier qu'il
respecte un certain nombre d'habitudes. La méthode n'est pas toujours la même
et la caractéristique principale du genre est la liberté quasi infinie du commen
tateur. La méthode de Macrobe est de suivre l'ordre de l'æuvre qu'il commente ,
mais de n'en prendre que des morceaux choisis . Enfin , le point de vue
philosophique à partir duquel Macrobe fait son commentaire est celui de l'école
néoplatonicienne.
L'ouvrage commenté , le Songe de Scipion de Cicéron , n'était pas un texte
indépendant mais la conclusion de la République de cet auteur, concrètement les
paragraphes 9 à 29 , du livre VI (MC 123 , DPA, Suppl. I , p. 680-687 ) . Ces
paragraphes portent le titre Somnium Scipionis non seulement dans les
manuscrits de Macrobe , mais aussi dans ceux d'un autre commentateur connu,
Favonius Eulogius (VP ; » F 9) . Même si on ne peut pas écarter la possibilité que
le texte en question ait été l'objet d'une édition indépendante dans l'Antiquité
avant de devenir l'objet de commentaires, on n'a de témoignage en ce sens qu'à
partir de Macrobe . C'est grâce notamment à celui -ci que le Songe a bénéficié
d'une tradition beaucoup plus favorable que le reste de la République, déchiffrée
péniblement par le biais d'un palimpseste au début du XIXe siècle . Enfin , comme
Macrobe l'explique (Somn. I 2) , il s'agit d'une « fiction littéraire » (fabula ) sous
la forme d'un dialogue.
Voici le contenu du Songe , tel que le résume parfaitement Armisen -Marchetti 3 , t. I,
p. XXV : « Le principal personnage du dialogue,Scipion Émilien , raconte le songe inoubliable
qu'il a fait vingt ans plus tôt, en 149 av. J.-C. , alors que, jeune commandant de légion, il était
venu en Afrique pour participer à la troisième guerre punique. Accueilli par le vieux roi
Massinissa, il avait passé la soirée à l'écouter évoquer le souvenir de son aïeul d'adoption,
Scipion l'Africain . Et, une fois couché, il avait rêvé qu'il s'élevait dans les régions célestes,
où l'accueillaient précisément l'Africain et Paul Émile. Ceux-ci lui faisaient voir le ciel , les
astres et la terre, lui expliquaient les admirables mécanismes du cosmos ; et, tout en l'assurant
de l'immortalité des âmes , ils lui révélaient qu'après leur mort les âmes des hommes politi
ques méritants s'élevaient au ciel , où les attendait dans la Voie lactée une béatitude éternelle ».
Comme l'avaient déjà remarqué les anciens (Macrobe, Comm . I 1 , 2 , par
exemple), Cicéron y imitait sans doute le mythe d'Er par lequel Platon concluait
sa propre République ( cf. Armisen -Marchetti 3 , t . I, p. XXVIII-XXX ) . A ce sujet,
comme le remarque Armisen -Marchetti 3 , ibid. , il faut tenir compte des diffé
rences très importantes entre les idéologies des deux récits : chez Cicéron , on
trouve non seulement des éléments pythagorico -platoniciens (idéalistes ), mais
aussi stoïciens (matérialistes ) ; Cicéron et Platon adoptent des hypothèses scien
tifiques ( astronomiques, géographiques) inconciliables, que Macrobe cependant
s'efforce toujours de concilier ; le mythe d'Er platonicien est universaliste,
M9 MACROBIUS ( AMBROSIUS THEODOSIUS -) 239

puisqu'il a comme protagoniste un homme quelconque, tandis que le protago


niste du songe de Cicéron est un héros national et la destinée de l'immortalité
astrale est réservée notamment à ces hommes d'action ayant exercé les vertus
concrètes de justice et de piété à l'égard de la cité ; enfin , la récompense de
ceux - ci est éternelle, non soumise , comme dans le mythe d’Er, à un cycle de
réincarnations.

Ce que fera donc Macrobe dans son commentaire c'est essayer de concilier
une fois de plus la culture grecque et la culture latine . D'après Regali 90, c'est
ce que Macrobe fait lorsqu'il veut associer les vertus politiques aux autres vertus
qu'il distingue (Comm . I 8 ) , à savoir les vertus purificatrices, les vertus d'une
âme déjà purifiée, et les vertus exemplaires : en ce qui concerne les vertus poli
tiques, Macrobe met l'accent sur la terminologie latine, tandis que , pour ce qui
est des trois autres types de vertus, il insiste sur le schéma néoplatonicien .
Cristiani 93 , avait montré aussi que Macrobe , en créant une continuité idéale qui
va de Platon à Cicéron, défend les vertus politiques cicéroniennes comme seule
garantie d'un destin heureux de l'âme.
Comme le remarque Armisen -Marchetti 3 , t. I , p. XLII , on peut interpréter en
principe le Commentaire comme une introduction à chacune des matières du
quadriuium , vu la diversité des disciplines qu'y sont abordées : « A côté de
considérations strictement philosophiques, au sens étroit du terme, figurent de
copieux exposés sur l'arithmétique, l'astronomie , la musique et la géographie,
dont la somme fait la partie centrale du Commentaire » .
L'arithmétique est traitée dans Comm . 1 5 sq.: il n'y est pas question de mathématiques au
sens propre , mais de ce que les modernes appellent « arithmologie » , c'est- à -dire une mystique
des nombres, d'inspiration néopythagoricienne, comme celle qui avait été cultivée par Théon
de Smyrne et Nicomaque de Gérase (** N 50) aux deux premiers siècles de notre ère, et qui
allait l'être si souvent dans le milieu néoplatonicien des IVe et Ve siècles. Macrobe expose , par
exemple , les vertus mystiques du huit (I 5 , 15-18 ) et du sept (I 6) . L'arithmétique ouvre la
voie plus tard à l'astronomie, qui domine toute la fin du livre I (chap. 14, 21 – 23, 13). Cette
discipline revient dans le livre II mêlée à la musique (II 1-8 ) ou à la géographie ( II 11 ).
L'exposé macrobien du cosmos, fondé sur la représentation de Cicéron (Rép . VI 16-17),
comporte les cercles célestes ( I 15 ), la sphère céleste ( I 16), les sphères planétaires ( I 17-19),
le soleil ( 1 20), le zodiaque ( I 21 ), la Terre (1 22), les ceintures célestes (II 7-8 ) et la définition
de la Grande Année ( li 11). La considération de la musique ouvre le livre II à partir du
passage célèbre du Songe sur la musique des sphères (Rép. VI 18 ) : Macrobe raconte (chap. 1
4) la découverte attribuée à Pythagore des rapports constituant l'harmonie musicale ( II 1 , 8
13 ), les applique à la création de l'âme du Monde dans le Timée de Platon ( II 2), et finit par la
démontration de l'existence de la musique des sphères et la description de son mécanisme . La
suite du livre porte sur la géographie ( II 5-9) et se fonde sur Rép. VI 20-21 et 23 : l'auteur
définit les ceintures terrestres et les zones climatiques, les quatre mondes habités et l'Océan
qui les isole.
De ce point de vue , le commentaire s'inscrit (cf. Flamant 48 , p . 305 sq .;
Scarpa 23 , p. 21 sq . ) dans le mouvement encyclopédique auquel appartient
l'ouvrage monumental de Martianus Capella, Les Noces de Mercure et de
Philologie , qui date plus ou moins de la même époque (** M 46) . Cela dit,
comme le remarque Armisen -Marchetti 3, t. I , p. XLVI ( cf. Regali 25, p. 9), cette
interprétation encyclopédiste ne peut pas rendre compte de tout ce qu'est le
Commentaire : « Tout d'abord , l'exposé des disciplines du quadriuium n'occupe
240 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

qu'une partie de l'æuvre de Macrobe. Le début et la fin du Commentaire, soient


les chapitres I , 7-14 et II , 12-17 , qui traitent de morale et de métaphysique, y
sont étrangers. Quant à la position centrale des sections " scientifiques" au sein
du Commentaire , elle ne traduit aucune prééminence, puisque le plan de
l'ouvrage ne résulte pas d'une décision autonome , mais ne fait que se régler sur
la progression du texte cicéronien ... Macrobe s'est assurément proposé de jeter
un coup d'æil panoramique sur les disciplines scientifiques en se guidant sur le
découpage en vigueur à son époque, mais la clé de son æuvre est à chercher
ailleurs » .
Armisen -Marchetti 3 , ibid ., trouve cette clé dans les dernières lignes du
commentaire, où l'auteur célèbre la perfection du Songe du fait qu'il embrasse
les trois parties de la philosophie : la morale, la physique et la logique. La
hiérarchie de celles-ci serait organisée chez Macrobe selon la progression
néoplatonicienne remontant à Porphyre ( cf. 95 P. Hadot, « La division des
parties de la philosophie dans l'Antiquité » , MH 36, 1979 , p. 201-223 ) , selon
laquelle l'éthique s'occuperait de la purification initiale de l'âme, la physique
aboutirait à la recherche des réalités incorporelles, et la métaphysique ou théo
logie assurerait la contemplation de Dieu (chez les néoplatoniciens la logique
devient une contemplation de la vérité transcendante ). Armisen -Marchetti 3, t. I ,
p. XLVIII , cite à ce sujet notamment Comm . II 17 , 16. Macrobe aurait transferé à
son Commentaire la même organisation qui conférait au Songe sa perfection:
« Le propositum et le fil directeur du Commentaire consistent à faire parcourir
au lecteur l'ensemble du champ de la philosophie tout en l'entraînant dans un
cheminement spirituel ascendant, conformément à la pratique des écoles néo
platoniciennes » (p. XLIX ).
Parmi les contenus plus strictement philosophiques, nous rappelons les exposés déjà men
tionnés sur la doctrine néoplatonicienne des trois hypostases (cf. Commentaire I 14, 5-7), ou
le traité sur l'âme, comportant les traités sur les vertus, sur l'origine astrale de l'âme et sa
descente sur terre, ainsi que sur l'emplacement des enfers et sur le suicide (ibid. I 8, 1 – 14,
20 ; cf. II 12-16, sur l'immortalité de l'âme) . Pour l'influence de Porphyre sur Macrobe,
cf. aussi 96 A. R. Sodano, « Porfirio commentatore di Platone » , dans Porphyre, coll. « Entre
tiens sur l'Antiquité classique » 12 , Vandæuvres -Genève 1966 , p. 193-228 , notamment
p. 198-217 (cf. infra ).
Selon cette interprétation d'Armisen -Marchetti 3, Macrobe n'aurait pas eu
conscience d'avoir pris le texte du Songe comme un simple prétexte, mais il
aurait été persuadé que Cicéron pouvait être envisagé comme le Platon latin : son
Songe serait le pendant du mythe d’Er, comme sa République le serait de celle
de Platon (cf. Armisen -Marchetti 3 , t. I , p . L ) . Enfin , Virgile serait aussi pour
Macrobe le pendant latin d'Homère . Ce syncrétisme ne serait pas propre à
Macrobe, mais il serait caractéristique du néoplatonisme postérieur à Plotin :
« La diversité des systèmes philosophiques et l'évolution de la connaissance
scientifique sont des notions étrangères à Macrobe et aux Neoplatoniciens de
son époque, convaincus que la Vérité est une , absolue et connue de tout temps.
Elle a été révélée depuis la plus haute antiquité à certains hommes de génie,
qu'ils l'expriment de façon allégorique , comme Homère et Virgile, ou sur le
mode dialectique, comme Platon ou Cicéron » ( ibid ., p. LI sq .).
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Pour un aperçu sur les sources philosophiques et scientifiques de Macrobe


nous renvoyons à Armisen -Marchetti 3, t. I, p. LIV-LXVI . Nous nous bornons ici
à mentionner les sources principales en ce qui concerne la tradition philo
sophique . Macrobe se range en général dans la tradition platonicienne : outre
Platon - a-t-il lu ou non directement ses textes ? -, il cite d'abord Plotin, qu'il
met sur le même plan que Platon ( cf. Comm . I 8,5 ) , et l'utilise par exemple à
propos de la classification des vertus ( ibid . ), contre l'idée du suicide raisonnable
( I 13 , 9-20) , sur le mouvement du ciel ( I 17 , 8-11 ), sur les présages (I 19 , 27) ,
etc. En réalité, comme le suggère Armisen -Marchetti 3, t. I, p. LVIII , Macrobe ne
se sert pas toujours directement de Plotin , mais semble préférer plutôt la para
phrase porphyrienne, quand elle existait . En fait, on s'accorde généralement
pour voir en Porphyre la source principale de Macrobe (cf. par exemple Mras
77 ; Flamant 48 , et , de façon générale , la bibliographie citée par Armisen
Marchetti 3 , t. I , p. LIV n. 126) . Comme le dit Guittard 26 , p. XIII , Macrobe
explique Cicéron à la lumière du Timée de Platon et analyse le Songe à travers le
Commentaire de Porphyre au Timée platonicien . Dans le cas de Porphyre,
Armisen -Marchetti 3 , t. I , p. LIX , incline toujours pour une lecture directe de
Macrobe : « Si Macrobe n'avait pas lu Porphyre, il faudrait une source inter
médiaire, dont l'existence purement hypothétique fait encore plus de difficulté » .
C'est à juste titre que l'hypothèse de 97 H. Linke , « Über Macrobius' Kommentar zu
Ciceros Somnium Scipionis » , Philologische Abhandlungen, M. Hertz zum 70. Geburtstag,
Berlin 1888 , p. 240-256 , selon laquelle Macrobe se serait borné à reproduire fidèlement et
sans la moindre autonomie un prétendu commentaire latin ( contemporain) au Songe de
Scipion, a été abandonnée aujourd'hui.
Postérité. 98 M. Schedler, Die Philosophie des Macrobius und ihr Einfluss
auf die Wissenschaft des christlichen Mittelalters, coll . « Beiträge zur Geschichte
der Philosophie und Theologie des Mittelalters » 13 , 1 , Münster 1916, XII- 162
P. ; 99 M. D. McGaha, « Macrobius and Cervantes» , RLComp 53 , 1979, p. 462
470 ; 100 V. I. Ukolova, « Macrobe et son rôle dans la genèse de la culture
médiévale » (en russe ), dans Les Balkans dans le contexte de la Méditerranée.
Problèmes de la reconstitution des langues et des cultures, Moscow 1986, p. 73
74 ; 101 Id ., « Macrobe dans la culture médiévale » (en russe ), Srednije veka 52,
1989, p . 173-192 ; 102 C. Zintzen , « Bemerkungen zur Nachwirkung des
Macrobius in Mittelalter und Renaissance » , dans M. Wissemann (édit. ) , Roma
renascens : Beiträge zur Spätantike und Rezeptionsgeschichte. Ilona Opelt von
ihren Freunden und Schülern zum 9.7.1988 in Verehrung gewidmet, Frankfurt
am Main 1988 , p. 415-439 ; 103 D. Desrosiers - Bonin , « Le Songe de Scipion et
le Commentaire de Macrobe à la Renaissance » , dans Le Songe à la
Renaissance, Saint-Étienne 1990 , p. 71-81 ; 104 A. Hüttig , Macrobius im
Mittelalter : ein Beitrag zur Rezeptionsgeschichte der " Commentarii in
Somnium Scipionis ", coll . « Freiburger Beiträge zur mittelalterlichen
Geschichte » 2, Frankfurt am Main 1990, 198 p. ; 105 M. Huglio, « La réception
de Calcidius et des Commentarii de Macrobe à l'époque carolingienne » ,
Scriptorium 44 , 1990, p. 1-20 ; Armisen -Marchetti 3, t. I, p. LXVI- LXXII ( pour un
rapport détaillé centré sur le Commentaire ) ; 106 D.F. Kelly , The conspiracy of
allusion : description, rewriting, and authorship from Macrobius to medieval
242 MACROBIUS (AMBROSIUS THEODOSIUS -) M9

romance, coll . « Studies in the history of Christian thought » , Leiden 1999 , XIV
313 p. ; 107 C. Meyer, « La théorie des symphoniae selon Macrobe et sa
diffusion » , Scriptorium 53 , 1999, p. 82-107 . Cf. aussi supra , la section portant
sur la tradition manuscrite et les gloses, en début de la notice.
Comme le dit Guittard 26 , p . XXV : « En interprétant Cicéron à travers le
platonisme et Virgile à travers Homère, en passant en revue les disciplines de
l'Enkyklios païdeia, en faisant revivre le passé de Rome , Macrobe a transmis, à
son fils Eustathius d'abord , à la postérit