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GÉNIE INDUSTRIEL

Ti070 - Traçabilité

Exigences et obligations
de traçabilité

Réf. Internet : 42116 | 3e édition

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III
Cet ouvrage fait par tie de
Traçabilité
(Réf. Internet ti070)
composé de  :

Les pratiques industrielles de traçabilité Réf. Internet : 42115

Exigences et obligations de traçabilité Réf. Internet : 42116

Systèmes d'informations et TIC pour la traçabilité Réf. Internet : 42117

La traçabilité : un outil stratégique Réf. Internet : 42527

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IV
Cet ouvrage fait par tie de
Traçabilité
(Réf. Internet ti070)

dont les exper ts scientifiques sont  :

Jean-Michel LOUBRY
Expert en Traçabilité et protection contre la contrefaçon, Ancien directeur
général du Pôle National de Traçabilité

Jean-Luc VIRUEGA
Docteur Ingénieur INPG en Génie industriel, Traçabiliticien®, JLV Conseil et
Expertise en traçabilité, Expert près la Cour d'Appel de Montpellier

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V
Les auteurs ayant contribué à cet ouvrage sont :

Pascal AGOSTI Katia MERTEN-LENTZ


Pour les articles : TR850 – TR851 Pour l’article : TR700

Éric BARBRY Daniel NAIRAUD


Pour l’article : TR710 Pour l’article : F1160

Georges BONNIER Philippe PETIT


Pour l’article : R2511 Pour l’article : SL2120

Karine CANON Philippe QUEVAUVILLER


Pour l’article : TR400 Pour les articles : P3810 – TR450

Isabelle CANTÉRO Patrick REPOSEUR


Pour l’article : TR850 Pour l’article : SL1640

Éric A. CAPRIOLI Cédric RIVIER


Pour l’article : TR850 Pour l’article : SL1030

Marielle CROZET Henri TEMPLE


Pour l’article : SL1030 Pour l’article : TR880

Olivier DONARD Olivier THOMAS


Pour l’article : P3810 Pour l’article : P3810

Christian DOUCET Jean-Luc VIRUEGA


Pour l’article : TR430 Pour l’article : TR50

Françoise LE FRIOUS Nicolas VOLPI


Pour l’article : R2511 Pour l’article : TR870

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VI
Exigences et obligations de traçabilité
(Réf. Internet 42116)

SOMMAIRE

1– Généralités Réf. Internet page

Vers le nouveau champ d'action de la traçabilité : avant-propos TR50 11

2– Suivi de la qualité et des normes Réf. Internet page

HACCP et traçabilité en agroalimentaire  : les complémentarités TR400 15

Traçabilité et norme ISO 9001 : 2015 - Objectifs, moyens et méthodes TR430 17

Traçabilité des analyses chimiques environnementales P3810 21

Traçabilité métrologique des analyses chimiques SL1030 25

Traçabilité des mesures chimiques dans le contexte de la directive cadre sur l'eau TR450 29

Traçabilité des instruments de mesure de température R2511 35

Traçabilité des mesurages selon la norme ISO 17025 SL2120 37

Utilisation des matériaux de référence SL1640 39

3– Droit et système juridique Réf. Internet page

Aspects juridiques de la traçabilité TR700 45

Traçabilité et libertés individuelles TR710 47

Traçabilité des échanges électroniques et droit TR850 51

Dématérialisation et traçabilité : quelles pratiques ? TR851 53

Traçabilité des denrées alimentaires. Aspects généraux F1160 55

La traçabilité agroalimentaire : un outil de gestion des risques sanitaires TR870 59

Traçabilité des produits alimentaires et non alimentaires : l'ampleur des contraintes TR880 63

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VII
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Exigences et obligations de traçabilité
(Réf. Internet 42116)


1– Généralités Réf. Internet page

Vers le nouveau champ d'action de la traçabilité : avant-propos TR50 11

2– Suivi de la qualité et des normes

3– Droit et système juridique

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QP
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trUP

Vers un nouveau champ d’action


de la traçabilité : avant-propos
Jean-Luc VIRUEGA

Docteur-ingénieur INPG (Institut national polytechnique de Grenoble) en génie industriel
Traçabiliticien®, expert de justice près la cour d’appel de Montpellier
Affiliation : JLV Conseil

1. Pourquoi une collection sur la traçabilité ? Premier bilan


de la période 2006-2017.............................................................................. TR 50v2 - 2
1.1 En 2006......................................................................................................... — 2
1.2 Situation de la traçabilité en 2017 ............................................................. — 2
2. Comment aborder le sujet de la traçabilité ? ........................................... — 3
2.1 Organisation de la collection « Traçabilité »............................................. — 3
2.2 Une approche systémique toujours valable ............................................. — 3
3. Ce qu’il faut retenir de la traçabilité à travers les articles
de la collection ............................................................................................ — 3
3.1 La traçabilité : un sujet d’importance pour tous les secteurs
industriels .................................................................................................... — 3
3.2 Traçabilité et production : solutions logicielles et exemples
d’organisation ............................................................................................. — 3
3.3 Traçabilité et logistique : des complémentarités légitimes ..................... — 4
3.4 Traçabilité et qualité : des normes et des techniques.............................. — 4
3.5 Traçabilité et droit juridique : une nouveauté ?........................................ — 4
3.6 Traçabilité et technologies de l’information : des synergies................... — 4
3.7 Traçabilité et stratégie : d’une contrainte à un avantage ........................ — 4
4. Conclusion ................................................................................................... — 5
Pour en savoir plus .............................................................................................. Doc. TR 50v2

« Le présent ouvrage, consacré à la traçabilité, aborde ce concept dans


toutes ses dimensions grâce à une approche systémique et à un découpage de
l’entreprise en composantes fonctionnelles. Au travers des analyses de spécia-
listes dans des contextes particuliers, on démontrera toute la polyvalence de
ce concept dans une structure industrielle. On mettra notamment en évidence
que la traçabilité n’est pas seulement utile durant une crise, mais qu’il existe
un large ensemble de technologies, de textes juridiques et de méthodologies
pour développer un système de traçabilité efficace et pertinent ». Ceci était le
texte d’introduction de la version de 2006 de cet article. Qu’en est-il aujourd’hui
en 2017 ? Tout d’abord, l’approche systémique est confirmée, la traçabilité est
toujours un système. Et, traçabilité oblige, il est intéressant de faire le lien
entre le découpage de 2006 et celui de 2017, car il y a bien une filiation et cela
permet de mieux comprendre d’une part l’ensemble, et d’autre part l’évolution
du concept de traçabilité. Cet article présente donc cette évolution dans le fond
et dans la forme du concept de traçabilité au vu des cinquante-cinq articles
actuellement recensés.
p。イオエゥッョ@Z@ヲ←カイゥ・イ@RPQX

Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés


TR 50v2 – 1

QQ
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trUP

VERS UN NOUVEAU CHAMP D’ACTION DE LA TRAÇABILITÉ : AVANT-PROPOS __________________________________________________________________

1. Pourquoi une collection 1.2 Situation de la traçabilité en 2017


sur la traçabilité ? À l’heure actuelle, les retraits et les rappels de produits sont tou-
jours aussi nombreux (notamment le rappel du Samsung Galaxy
Premier bilan de la période Note 7) ainsi que les fraudes (telles que celle qui a eu lieu en 2013
avec le scandale des lasagnes à la viande de cheval ou Horsegate).
2006-2017 Cela peut s’interpréter de deux manières : soit les systèmes de sur-
veillance sont plus efficaces, soit la qualité des produits est en baisse,

Q 1.1 En 2006
avec une montée en puissance de la contrefaçon notamment. Qu’en
est-il de la traçabilité dans tout cela ? Tout d’abord il est intéressant
de remarquer une ambivalence, voire un paradoxe. D’un côté, la tra-
Les articles publiés par les éditions Techniques de l’Ingénieur çabilité est présentée comme l’outil antifraude et « miracle » pour
sont une référence dans le domaine industriel, et la décision de gérer un retrait ou un rappel de produit, mais d’un autre coté, l’exis-
créer une collection dédiée à la traçabilité est une reconnaissance tence même d’une fraude ou d’un rappel de produits non conformes
importante de ce concept en tant que domaine à part entière. est révélatrice d’une faiblesse du système de traçabilité à l’intérieur !
Cette collection est une preuve du renversement de point de vue Autre paradoxe, le salon de la traçabilité et le pôle traçabilité de
dans le sens où la traçabilité n’est plus seulement le sous-sujet Valence qui existaient encore il y a dix ans ont disparu. Or, la tra-
d’un thème, mais devient une thématique à part entière avec, à çabilité des produits, notamment pour connaître leur origine, est
son tour, des sous-sujets. Voici quels sont les événements qui ont toujours une demande des consommateurs [1] et des travaux de
motivé le développement de cette collection. l’Union européenne visant à améliorer la traçabilité des produits
Tout d’abord, on peut faire référence à la crise de l’ESB (encépha- non alimentaires ont été réalisés en 2013, ainsi que des améliora-
tions du marquage CE des dispositifs médicaux (suite à l’affaire
lopathie spongiforme bovine ou maladie de la « vache folle ») qui a
des prothèses PIP [2]) et un nouveau règlement européen relatif
médiatisé le concept de traçabilité non seulement au niveau du
aux contrôles des denrées alimentaires a été publié en 2017 [3].
grand public et du consommateur que nous sommes tous, mais
Comment comprendre ce paradoxe ?
aussi et surtout au niveau des professionnels. Pourtant, la traçabilité
n’était pas une nouveauté : le suivi d’une commande, une facture ou Il peut s’expliquer en partie par le fait que la traçabilité est encore
encore un retrait de produits non conformes existait depuis long- considérée comme une contrainte, et ce d’autant plus dans un
temps. Ce qui est nouveau depuis l’avènement de cette crise sani- contexte économique dégradé et avec une pression réglementaire
taire, c’est l’intérêt de la traçabilité en tant que telle. Dès lors, la accrue dans tous les domaines. Une autre explication réside dans le
fait que la traçabilité est passée d’un concept « à la mode » à une
traçabilité n’est plus implicite, mais devient explicite.
véritable appropriation par les entreprises, qui ont développé sa
Un autre événement important dans son évolution a été la mise mise en œuvre systématique via de nombreux outils. Mais, au
en place du salon de la Traçabilité en France en 2004, premier regard des fraudes et des rappels massifs de produits, on constate
salon au monde concernant ce sujet. On s’est aperçu à cette occa- encore des faiblesses importantes et même une absence de traçabi-
sion que la traçabilité était un concept transversal et pluridiscipli- lité interne alors que l’obligation existe depuis des années. Cela
naire important, non seulement pour une entreprise, mais aussi prouve un manque évident de contrôle en matière de traçabilité,
pour les pouvoirs publics et pour la société en général. À ce qu’il soit public ou privé, et peut donner l’impression, en caricatu-
moment, des obligations réglementaires de traçabilité sont appa- rant, que la traçabilité est vue seulement comme une contrainte utile
rues dans le domaine alimentaire, mais aussi dans celui de la en temps de crise. Comme si, en temps normal, il n’y avait aucune
santé ainsi que dans d’autres secteurs (finance, nouvelles techno- incitation ou nécessité à mettre en place un système de traçabilité.
logies de l’information et des communications NTIC…). Enfin, il semble aussi que le domaine de la traçabilité ne soit pas
structuré comme un secteur à part entière et que chaque domaine
Cette collection constituée de contributions multiples s’appuie d’application se développe en autarcie, ce qui empêche la création
sur l’expertise de spécialistes ayant des fonctions variées et d’une vraie communauté dédiée à la traçabilité.
issus de différents secteurs dans lesquels la traçabilité est mise
En conséquence, cela conduit à répéter les mêmes erreurs dans
en œuvre, avec pour ambition d’apporter au lecteur une vue
chaque domaine sans pouvoir faire un benchmarking pourtant
aussi large que possible sur les multiples aspects de la traçabi- nécessaire. Ce manque de structuration d’une communauté de
lité, tout en se fondant sur des expériences concrètes d’entre- spécialistes en traçabilité est aussi dû au fait de l’emprise des
prises. technologies par rapport à la démarche de traçabilité en elle-
La traçabilité n’est ni une théorie ni une technologie et encore même. En effet, lors des derniers temps du salon de la traçabilité
moins une science. En revanche, elle peut être vue comme une et encore actuellement quand le thème de la traçabilité est déve-
démarche qui se développe dans tous les domaines industriels, loppé dans d’autres événements, elle est amalgamée à une tech-
à la fois pour répondre à des besoins spécifiques à chaque sec- nologie, que ce soit une technologie d’identification, un logiciel de
teur et pour des besoins transversaux. L’ensemble du monde gestion de l’information tel que l’ERP (Entreprise Resource Plan-
industriel se complexifie et si, hier, il suffisait de fabriquer des ning), le MES (Manufacturing Executing System) et le CRM (Cus-
produits de bonne qualité à un bon prix, cela se révèle mainte- tomer Relationship Management) par exemple, ou actuellement la
Blockchain. Les deux plus grands exemples à ce sujet sont les
nant insuffisant pour assurer la survie de sa structure.
codes à barres 1D ou 2D et la RFID, dont les acteurs se sont acca-
Aujourd’hui, la maîtrise des moyens est aussi importante que la
parés le sujet de la traçabilité comme s’il était évident et naturel
maîtrise des résultats. Le développement de la traçabilité s’ins- qu’une relation directe existe entre ces technologies et la traçabi-
crit donc dans la logique du développement de l’assurance qua- lité. Or, ce n’est pas le cas et bien souvent, il arrive que des struc-
lité et de la maîtrise et du pilotage des flux de produits et des tures aient des problèmes de traçabilité malgré le fait de s’être
flux d’information. La traçabilité est une pratique de coordina- coûteusement équipées en technologie, en pensant que la traçabi-
tion des flux pour des objectifs très variés qui vont de l’authen- lité se ferait « toute seule ». Si toute technologie est intéressante
tification des produits contrefaits au retrait de produits et nécessaire, la traçabilité doit être considérée et mise en place
défectueux ou encore à l’identification d’utilisateurs d’un fichier avec une approche systémique et organisationnelle également.
informatique. Le point commun à tous ces usages est la néces- D’où l’intérêt des articles réunis au sein de cette collection qui
sité d’aborder ce concept directement et de ne pas le réduire à apportent cette vision d’ensemble et toujours d’actualité pour
un matériel ou à un texte réglementaire. mettre en œuvre une démarche efficace de traçabilité.

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TR 50v2 – 2

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Exigences et obligations de traçabilité
(Réf. Internet 42116)

1– Généralités R
2– Suivi de la qualité et des normes Réf. Internet page

HACCP et traçabilité en agroalimentaire  : les complémentarités TR400 15

Traçabilité et norme ISO 9001 : 2015 - Objectifs, moyens et méthodes TR430 17

Traçabilité des analyses chimiques environnementales P3810 21

Traçabilité métrologique des analyses chimiques SL1030 25

Traçabilité des mesures chimiques dans le contexte de la directive cadre sur l'eau TR450 29

Traçabilité des instruments de mesure de température R2511 35

Traçabilité des mesurages selon la norme ISO 17025 SL2120 37

Utilisation des matériaux de référence SL1640 39

3– Droit et système juridique

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HACCP et traçabilité
en agroalimentaire :
les complémentarités


par Karine CANON
Directeur de l’Institut Supérieur de l’Alimentation – Département Formation Conseil de la
Société Scientifique d’Hygiène Alimentaire (SSHA/ISA)

1. Obligations réglementaires européennes en matière de


traçabilité et d’HACCP ........................................................................... TR 400 – 2
1.1 Enjeux de la réglementation européenne ................................................. — 2
1.2 Traçabilité dans le règlement 178/2002 ..................................................... — 2
1.2.1 Règlement CE 178/2002 ..................................................................... — 2
1.2.2 Éclairage sur le règlement CE 178/2002 par les avis de la
commision européenne ..................................................................... — 3
1.3 HACCP dans le règlement CE 852/2004 ..................................................... — 3
1.4 Conclusion ................................................................................................... — 4
2. Méthode HACCP....................................................................................... — 4
2.1 Définition et historique ............................................................................... — 4
2.2 Motivations et objectifs de l’HACCP dans le secteur agroalimentaire ... — 4
2.3 Les sept principes du Codex Alimentarius ................................................ — 4
2.4 Application de la méthode HACCP............................................................. — 5
2.4.1 Phase préparatoire à l’application de la méthode HACCP .............. — 5
2.4.2 Les douze étapes d’application de la méthode HACCP ................... — 5
2.5 Conclusion ................................................................................................... — 8
3. Relations entre système HACCP et système de traçabilité ......... — 8
4. Conclusion ................................................................................................. — 10
Références bibliographiques ......................................................................... — 10
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPV@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPQX

HACCP et la traçabilité sont maintenant devenus deux incontournables du


L’ domaine agroalimentaire. Il était donc important de les présenter conjointe-
ment dans ce dossier dédié à la traçabilité parce qu’ils présentent des complé-
mentarités évidentes dans la gestion de la sécurité alimentaire.
L’objectif de ce dossier est donc de mettre en évidence ces complémentarités
tout en rappelant les spécificités et les objectifs particuliers de chacun des deux
systèmes.
Ce texte comporte trois parties essentielles qui présenteront respectivement :
— les obligations réglementaires européennes en matière de traçabilité et
d’HACCP pour les entreprises agroalimentaires ;
— les spécificités d’un système HACCP : ses principes, ses motivations et ses
principales étapes d’application ;
— les relations entre système HACCP et système de traçabilité (exemple d’une
cuisine centrale en restauration collective).

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. TR 400 − 1

QU
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HACCP ET TRAÇABILITÉ EN AGROALIMENTAIRE : LES COMPLÉMENTARITÉS _______________________________________________________________________

1. Obligations réglementaires 1.2 Traçabilité dans le règlement


178/2002
européennes en matière de
traçabilité et d’HACCP
1.2.1 Règlement CE 178/2002

Chacun des deux systèmes, que ce soit la traçabilité ou l’HACCP, C’est le règlement socle de la sécurité sanitaire des aliments. Son
répondent avant tout à des obligations réglementaires européennes champ d’application couvre l’ensemble des exploitants de la chaîne
particulières dictées dans : alimentaire par des procédures relatives à la sécurité des denrées
alimentaires, qui s’appliquent également maintenant aux aliments
— le règlement CE 178/2002 [1] pour la traçabilité ; pour les animaux.

R — le règlement CE 852/2004 [2] pour la méthode HACCP.

Il est donc intéressant avant de rentrer dans des problématiques


Il institue l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA),
une agence européenne qui est la référence scientifique pour le
contrôle et l’évaluation des aliments. Elle renforce le système actuel
de méthodologie et d’application en entreprise agroalimentaire de de support scientifique et technique. Sa mission essentielle est de
recentrer ces systèmes dans un contexte plus global, celui de la fournir une aide et des avis scientifiques indépendants et de créer
réglementation européenne. un réseau en vue d’une coopération étroite avec les organismes
analogues au sein des États membres. Elle a également pour
mission d’évaluer les risques liés à la chaîne alimentaire et
d’informer le grand public sur ces risques.
1.1 Enjeux de la réglementation Le règlement CE 178/2002 fixe un certain nombre de grands prin-
européenne cipes et définit des obligations générales du commerce et des obli-
gations spécifiques aux professionnels.
Parmi les principes énoncés dans le règlement, on trouve entre
Toutes les entreprises de l’agroalimentaire sont soumises à un autres le principe de précaution, le principe de transparence, le prin-
contexte réglementaire européen nouveau et en pleine évolution cipe de recours à l’analyse des risques, le principe de protection des
qui répond aux principes de la nouvelle approche réglementaire. intérêts des consommateurs, le principe de prévention et le principe
d’innocuité… Ces principes constituent un guide d’interprétation de
La refonte de la réglementation communautaire trouve son ori- la législation alimentaire.
gine dans le « livre blanc » sur la sécurité alimentaire de la Commis-
sion du 12 janvier 2000. Cette refonte générale de la législation Par ailleurs, le règlement pose une série d’obligations générales
communautaire vise à restaurer la confiance des consommateurs du commerce relatives aux importations, aux exportations et aux
ébranlée par les crises alimentaires récentes (ESB, grippe aviaire…) normes internationales. Elles visent à définir le contexte commu-
en associant l’ensemble des parties prenantes : le grand public, les nautaire obligatoire dans lequel s’inscrit le commerce international
organisations non gouvernementales, les associations profession- des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.
nelles, les partenaires commerciaux et les organisations du com-
merce international. Enfin, le règlement fait état de prescriptions générales qui
constituent les obligations spécifiques auxquelles les entreprises
La réglementation communautaire en matière de sécurité alimen- devront se conformer. Elles concernent : la sécurité des denrées ali-
taire a un double objectif : faciliter la libre circulation des marchan- mentaires et des aliments pour animaux, l’obligation de traçabilité,
dises, obtenir et maintenir un haut niveau de protection sanitaire. l’obligation de retrait de produits susceptibles de présenter un ris-
que pour la santé publique, l’obligation d’information des services
La nouvelle approche réglementaire pose comme principes : de contrôle, la présentation des denrées alimentaires ainsi que la
responsabilité des exploitants et celle des États.
— la responsabilité clairement établie des exploitants vis-à-vis
Les dispositions du règlement (art. 11 et 12, et art. 14 à 20) qui sont
de la sécurité sanitaire des denrées qu’ils mettent sur le marché : à
entrées en vigueur le 1er janvier 2005 se structurent autour de deux
toutes les étapes de la chaîne alimentaire, « de la ferme à la table »
thèmes essentiels : la sécurité des aliments et la traçabilité.
ou de la « fourche à la fourchette », la responsabilité première en
matière de sécurité des aliments incombe au producteur des den- En matière de sécurité des aliments, le règlement s’attache au
rées. Depuis la production primaire (élevage ou champ) jusqu’à la principe d’innocuité des denrées alimentaires et des aliments pour
remise au consommateur final, chaque exploitant doit s’assurer que animaux. Il énonce, en son article 14, qu’« aucune denrée alimen-
la sécurité des aliments n’est pas compromise. À toutes les étapes taire n’est mise sur le marché si elle est dangereuse », et en son
de cette chaîne, la responsabilité juridique de veiller à la sécurité des article 15, qu’« aucun aliment pour animaux n’est mis sur le marché
denrées alimentaires incombe à l’exploitant. Il doit se placer comme ou donné à des animaux producteurs de denrées alimentaires s’il
acteur face au risque alimentaire ; est dangereux ».
— la fixation par la réglementation d’objectifs à atteindre en lais- En matière de traçabilité, le règlement établit une obligation
sant le choix des moyens à l’initiative des professionnels : le prin- générale de traçabilité dans son article 18. Il énonce : « La traçabilité
cipe « d’imposer » est abandonné pour favoriser la réflexion des des denrées alimentaires, des aliments pour animaux, des animaux
professionnels sur leurs propres méthodes de travail. Pour atteindre producteurs de denrées alimentaires et de toute autre substance
ses objectifs réglementaires, l’exploitant doit non seulement respec- destinée à être incorporée ou susceptible d’être incorporée dans des
ter les règles d’hygiène générales établies réglementairement mais denrées alimentaires ou des aliments pour animaux est établie à
également élaborer des procédures propres à son entreprise qui toutes les étapes de la production, de la transformation et de la
seront fondées sur les principes de la méthode HACCP énoncée distribution. »
dans le Codex Alimentarius (voir paragraphe 2). Pour ce faire,
l’exploitant peut s’appuyer sur des guides de bonnes pratiques L’entrée en vigueur de ces nouvelles dispositions s’accompagne
d’hygiène et d’application des principes HACCP validés par les auto- d’un régime strict de responsabilité des entreprises (dont les entre-
rités compétentes (nationale ou communautaire selon le cas). prises importatrices).

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


TR 400 − 2 est strictement interdite. – © Editions T.I.

QV
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trTSP

Traçabilité et norme ISO 9001:2015 –


Objectifs, moyens et méthodes
par Christian DOUCET
Consultant indépendant, ancien élève de Polytechnique et de l’ENSAE.

1. Traçabilité : définition ........................................................................... TR 430v2 - 2



2. Exigences légales et normatives : la norme ISO 9001:2015....... — 3
3. Besoins ....................................................................................................... — 4
3.1 Une étape essentielle : l’identification des besoins ................................. — 4
3.2 Réglementation ........................................................................................... — 4
3.3 Risques......................................................................................................... — 5
3.4 Exigences des clients.................................................................................. — 5
3.5 Besoins internes.......................................................................................... — 6
3.5.1 Définition des besoins ....................................................................... — 6
3.5.2 Surveillance de la qualité des produits et services ......................... — 6
4. Mise en œuvre de la traçabilité ........................................................... — 7
4.1 Problématique générale ............................................................................. — 7
4.1.1 Principes ............................................................................................. — 7
4.1.2 Problème du lotissement .................................................................. — 8
4.1.3 Cas de produits non récupérés ......................................................... — 8
4.2 Identification et traçabilité des documents............................................... — 9
4.3 Optimisation globale .................................................................................. — 9
4.3.1 Arbitrer entre lourdeur de saisie et rapidité de recherche ............. — 9
4.3.2 Prévenir les erreurs de saisie ............................................................ — 10
5. Différents modes de traçabilité selon les activités....................... — 10
5.1 Systèmes informatiques............................................................................. — 10
5.1.1 Traçabilité interne .............................................................................. — 10
5.1.2 Traçabilité interentreprises ............................................................... — 10
5.2 Autres services et départements de l’entreprise...................................... — 10
5.2.1 Commercial et administration des ventes (ou traitement
des commandes)......................................................................................... — 10
5.2.2 Production et contrôle ....................................................................... — 10
5.2.3 Achats ................................................................................................. — 10
5.2.4 Logistique ........................................................................................... — 10
5.2.5 SAV...................................................................................................... — 10
5.2.6 Service qualité.................................................................................... — 10
6. Conclusion................................................................................................. — 10
7. Glossaire – Définitions........................................................................... — 11
Pour en savoir plus.......................................................................................... Doc TR 430v2

a traçabilité est parfois considérée comme une contrainte lourde et


L ennuyeuse. Il est vrai que, pendant longtemps, reposant sur une masse de
formulaires et de fiches à remplir, elle était un véritable pensum pour les opé-
rateurs, d’autant que bien des fois, lorsqu’on recherchait après coup une
information, c’est justement celle-ci qui manquait, car la lourdeur du système
faisait qu’il y avait des « trous » dans la raquette : soit parce que la fiche était
égarée, soit parce qu’elle était mal remplie ou que, tout simplement, on n’arri-
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPQY

vait pas à s’y retrouver dans des archives en fouillis.

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TRAÇABILITÉ ET NORME ISO 9001:2015 – OBJECTIFS, MOYENS ET MÉTHODES __________________________________________________________________

La numérisation a entraîné une révolution. Elle a permis que chaque appareil


soit bardé de capteurs, d’étiquettes RFID et autres moyens de mesure qui
envoient directement les paramètres sur le réseau d’information ou, lorsque le
relevé reste manuel, saisi sur une tablette qui l’intègre directement au système
d’information. Résultat : on passe souvent d’une pénurie d’informations à un
trop-plein, voire à des « mass data » que des logiciels spécialisés doivent
traiter. On peut aussi ainsi connaître la totalité du cycle de production, y
compris chez les sous-traitants, ce qui peut être très précieux.
De plus en plus, la traçabilité n’est plus seulement une collecte d’historique
mais devient aussi une véritable aide à la conception, par la connaissance fine
des produits qu’elle apporte, et à la sécurité, par la détection des dérives et des

R risques aux différents stades de la production et, parfois, de l’utilisation. Cela


dépasse les exigences de la norme mais une bonne approche doit être globale
et donc prendre en compte ces nouvelles possibilités.
Cela fixe de nouveaux défis pour la mise en œuvre : le bon ciblage des
données à recueillir, la cohérence des données tout au long de la chaîne afin
de pouvoir les assembler numériquement, la confidentialité des données cou-
vertes par le secret industriel, la protection contre les intrusions et les
malwares, la mise au point du système d’exploitation avec souvent des utilisa-
teurs répartis à distance…
En parallèle, la traçabilité devient fréquemment un enjeu majeur, voire vital.
Pensons aux épizooties, aux retours de séries pour malfaçons, aux procès suite
à accidents… La volonté de notre société de non-acceptation du risque et de
tout vouloir connaître et maîtriser dans ce but place la traçabilité au premier
plan des préoccupations des producteurs et des clients.
L’entreprise ou l’administration ont donc tout intérêt à profiter de la certifica-
tion pour dresser un bilan de leur traçabilité interne avec, pour objectif,
d’améliorer à la fois la prévention des risques, la connaissance des produits et
la gestion interne, tout en faisant la chasse aux lourdeurs formelles inutiles.
Ce dossier en pose les bases, en montrant comment utiliser au mieux les exi-
gences de la norme ISO 9001:2015.

1. Traçabilité : définition Pendant toute une époque, le problème essentiel de la traçabi-


lité a été la collecte et l’archivage des informations, qui imposait
une prolifération de fiches et de registres en tous genres.
Aujourd’hui, cette collecte s’est simplifiée grâce à l’informatique
La traçabilité d’après Le Petit Robert est la « possibilité d’identi-
et tous les moyens électroniques associés : codes à barres, puces
fier l’origine et de reconstituer le parcours d’un produit, depuis sa
électroniques, étiquettes intelligentes, gestionnaires électroniques
production jusqu’à sa diffusion ».
de documents… Elle devient surtout un problème d’organisation :
il faut couvrir toute la chaîne, parfois depuis les fabricants initiaux
La norme ISO 9000:2015 la définit de façon analogue par (y compris les fournisseurs de rang n) jusqu’aux distributeurs
« aptitude à retrouver l’historique, la mise en œuvre ou finaux, voire jusqu’au client et à son utilisation. Il faut que toutes
l’emplacement d’un objet (3.6.1) » et elle précise, dans un nota : les données collectées à ces différents stades, et cela générale-
« dans le cas d’un produit, elle peut être liée à l’origine des ment de façon très hétérogène, puissent être regroupées et utili-
matériaux et composants, l’historique de réalisation, la distribu- sées de façon efficace, avec la réactivité requise. Il faut aussi se
tion et l’emplacement du produit après livraison ». préserver des négligences volontaires ou non, des erreurs de sai-
sie, des pertes de données… qui rendraient les informations peu
fiables et lacunaires.
La traçabilité a été remise à l’honneur avec les épizooties Cela impose donc une réflexion approfondie, d’autant plus que
récentes : maladie de la vache folle, épidémie de listériose, grippe les cas possibles sont très variés, des produits identifiés à l’unité
aviaire… Mais c’est une préoccupation en réalité courante, et aux matières produites en continu ou aux « quincailleries » gérées
même quotidienne. par quantités économiques, en passant par les produits « évolu-
tifs » tels que les animaux ou « accidentels », tels que les pollu-
Dans l’entreprise, les exigences peuvent en effet être critiques : tions…
il faut pouvoir faire la part des responsabilités si un produit cause
un dommage au client (est-ce dû à une mauvaise utilisation ou à Les techniques et méthodes à utiliser varient avec chaque cas.
un défaut du produit ?), retrouver la cause de défaillances répé- Les acteurs à « maîtriser » sont multiples et les coûts impliqués
tées (cela peut demander des enquêtes ardues, y compris chez les peuvent être importants.
sous-traitants), mais aussi gérer les litiges internes (quel a été
l’historique précis des interventions des uns et des autres ?),
Obtenir la traçabilité moderne peut donc demander une véri-
quand ce n’est pas retrouver l’inventaire des matériels et le
table « ingénierie ».
contrat d’assurance en cours de validité en cas de sinistre.

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__________________________________________________________________ TRAÇABILITÉ ET NORME ISO 9001:2015 – OBJECTIFS, MOYENS ET MÉTHODES

2. Exigences légales nablement protégées » (par exemple de toute perte de confi-


dentialité, utilisation inappropriée ou perte d’intégrité) » ;
et normatives : • « § 7.5.3.2 : enfin ces informations doivent être convenable-
ment distribuées et diffusées (ou récupérées), stockées et
la norme ISO 9001:2015 protégées. Leurs évolutions doivent être maîtrisées et les ver-
sions périmées éliminées ».
De façon générique, on peut distinguer cinq cas. En résumé, la norme énumère les règles générales à respecter

■ Les secteurs dans lesquels la traçabilité est réglementée, voire


pour la constitution d’un système d’information propre à per-
mettre la collecte, la conservation et la récupération des informa-
légale. tions utiles à tracer, soit pour avoir l’assurance de la qualité du
C’est, par exemple, le cas des élevages de bétail depuis l’ESB, produit ou de la prestation fournie au client, soit pour pouvoir
des transporteurs routiers (le chronotachygraphe), des fichiers prouver le respect de la norme, de la réglementation et des diffé-


informatiques nominatifs (la loi Informatique et Libertés impose rentes exigences (qu’il faut donc commencer par recenser).
l’autorisation des intéressés), des appareils de mesure commer- Concernant la nature des informations à tracer, les exigences
ciaux (l’étiquetage de l’étalonnage régulier), du transport aérien sont les suivantes :
(l’utilisation et l’entretien de l’avion), des centrales nucléaires, etc.
• § 8.5.1 : maîtrise de la production et de la prestation de ser-
L’exigence légale peut aussi être indirecte. vice : les conditions précises de la production doivent être
bien connues ; il faut en particulier pouvoir vérifier le respect
Exemple des dispositions prévues, notamment sur les points essen-
Lorsque l’on demande aux industriels de l’agroalimentaire d’indi- tiels pour la qualité de la fourniture au client et le respect des
quer la part d’OGM contenue dans leurs produits, ils doivent être en différentes exigences, ou pour détecter l’existence d’anoma-
mesure de le prouver. lies ou de risques (la gestion des risques est maintenant au
cœur de la norme) ;
■ Plus généralement le respect de la réglementation applicable • § 8.5.2 : identification et traçabilité : les produits doivent être
(articles 1 Domaine d’application et 4.2 Compréhension des identifiés de façon à pouvoir retrouver les informations asso-
besoins et des attentes des parties intéressées, plus des parties de ciées, notamment celles permettant de garantir la conformité
nombreux autres articles). du produit ou de la prestation ;
■ Les produits à risque élevé. • 7.1.5.2 : traçabilité de la mesure : vérifications et étalonnages
des dispositifs de mesure permettant de s’assurer de la
Lorsqu’un risque existe pour l’utilisateur d’un produit, le four- conformité ;
nisseur doit faire en sorte de pouvoir dégager sa responsabilité en
cas d’accident, et donc de prouver la qualité de la fabrication et sa • 7.2 : compétences : conservation des preuves des compé-
conformité. tences nécessaires des personnels ;

■ Les exigences contractuelles des clients.


• § 8.5.3 : propriété des clients ou des prestataires externes : il
faut aussi suivre le traitement des éléments propriétés des
Certains clients imposent une traçabilité. C’est, par exemple, le clients ou des partenaires extérieurs.
cas pour les constituants de matériels spatiaux, pour lesquels il Dans le cadre de la certification, la norme ajoute un besoin sup-
faut pouvoir retrouver au sol la cause d’une panne en orbite. plémentaire : celui de pouvoir démontrer le respect des procé-
■ Les besoins purement internes. dures, de façon générale. Cela est réalisé par l’archivage des
documents émis dans le cadre de leur application, le rangement
Ceux-ci peuvent être nombreux : pour la gestion des affaires, des différents dossiers utilisés…
des produits, des hommes, des installations…
Concrètement, l’application de la norme concerne donc directe-
Ces cinq facteurs constituent les bases à considérer, soit les ment les domaines suivants :
« exigences », pour construire le système de traçabilité.
• l’identification des produits en production (y compris pièces,
Passons en revue les différents articles de la norme qui expri- matières, voire emballages, et si nécessaire chez les fournis-
ment des exigences sur la traçabilité. seurs et sous-traitants de tous ordres selon besoins) ;
L’article 7.5 : « Informations documentées » (les « informations • les différents relevés sur les produits en fabrication, contrôle,
documentées » couvrent maintenant les documents et les enregis- expédition… (idem) ;
trements) précise les exigences générales concernant les informa-
• la gestion des différents dossiers techniques de référence :
tions à tracer :
dossiers de fabrication-contrôle, logistiques, clients, fournis-
• « § 7.5.1 : Le système de management de la qualité de l’orga- seurs, projets et études… ;
nisme doit inclure :
• la traçabilité de la mise en œuvre des procédures ;
– les informations documentées exigées par la présente norme
• la gestion des règlements applicables et leur mise en œuvre
internationale,
au sein de l’entreprise ;
– les informations documentées que l’organisme juge néces-
saires à l’efficacité du système de management de la qualité. » ; • la gestion documentaire et l’archivage, qui doivent être défi-
nis et organisés.
• « § 7.5.2 : l’organisme doit s’assurer que les éléments sui-
vants sont appropriés : En résumé, la norme a deux exigences de base :
– l’identification et la description des informations documentées • d’abord la prise en compte et la mise en œuvre sérieuse de la
(par exemple leur titre, date, auteur, numéro de référence), traçabilité, en fonction des exigences réglementaires ou des
– leur format (par exemple langue, version logicielle, gra- besoins de la qualité propres à l’entreprise ;
phiques) et support (par exemple électronique, papier), • ensuite, la traçabilité de l’application des différentes procé-
– la revue effectuée (et leur approbation pour en déterminer la dures, afin que celle-ci puisse être vérifiée lors des audits.
pertinence et l’adéquation). » ; Nous y reviendrons plus en détail.
• « § 7.5.3.1 : ces informations doivent être disponibles et Les audits des certificateurs vérifient surtout la traçabilité des
adaptées au besoin « là où elles sont nécessaires » et « conve- produits en production et l’application des procédures. Toutefois,

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Traçabilité des analyses chimiques


environnementales

par Philippe QUEVAUVILLER


Cadre à la Commission européenne
Direction générale de l’Environnement

Professeur associé
Olivier DONARD
Directeur de recherche au CNRS
Laboratoire de chimie analytique bio-inorganique et environnement
et Olivier THOMAS
Professeur
Observatoire de l’environnement et du développement durable
Université de Sherbrooke (Canada)

1. Concept général ....................................................................................... P 3 810 - 2


2. Signification du terme « traçabilité »................................................ — 2
2.1 Éléments clés du concept de traçabilité .................................................... — 2
2.1.1 Le raccordement à des références établies ...................................... — 3
2.1.2 Une chaîne ininterrompue de comparaisons................................... — 3
2.1.3 Les incertitudes établies..................................................................... — 3
2.2 Traçabilité des mesures physiques et chimiques ..................................... — 4
3. Références utilisées pour établir la traçabilité ............................... — 4
3.1 Unités du Système International (SI) ......................................................... — 4
3.2 Normes écrites............................................................................................. — 5
3.3 Méthodes de référence ............................................................................... — 6
3.3.1 Définitions ........................................................................................... — 6
3.3.2 Les différentes méthodes et leur traçabilité ..................................... — 6
3.4 Matériaux de référence ............................................................................... — 8
3.4.1 Caractéristiques requises................................................................... — 8
3.4.2 Traçabilité des MRC ............................................................................ — 8
3.5 Spécimens environnementaux................................................................... — 10
3.6 Tests d’aptitude............................................................................................ — 10
4. Trois études de cas .................................................................................. — 11
4.1 Traçabilité aux unités SI : éléments traces dans l’eau de mer ................. — 11
4.2 Chaîne de traçabilité pour des analyses complexes :
tributylétain dans des boues portuaires .................................................... — 12
4.3 Système de référence pour la surveillance de la qualité
de l’environnement ..................................................................................... — 13
5. Conclusions ............................................................................................... — 14
5.1 Récapitulatif sur la traçabilité des analyses chimiques............................ — 14
5.2 Incidences sur les analyses chimiques de l’environnement.................... — 15
5.3 Réseaux d’information ................................................................................ — 16
Références bibliographiques ......................................................................... — 16

a traçabilité est désormais considérée comme une des pierres angulaires


L des sciences de la mesure chimique. Alors que ce concept est de plus en
plus utilisé dans une grande variété de secteurs, il est toujours sujet à confusion
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥョ@RPPT

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TRAÇABILITÉ DES ANALYSES CHIMIQUES ENVIRONNEMENTALES _______________________________________________________________________________

au regard de termes métrologiques plus « classiques » tels que, par exemple,


la justesse, la précision, etc. La traçabilité implique que les données des mesures
sont liées à des références établies, par le biais d’une chaîne ininterrompue de
comparaisons, chacune ayant une incertitude déterminée. Cet article discute les
divers éléments qui constituent cette chaîne de raccordement à des références
(unités, normes, étalons, etc.) et donc la traçabilité des mesures dans le contexte
des analyses chimiques environnementales.


1. Concept général férente de la théorie. Même si la situation s’est considérablement
améliorée durant les dernières années, beaucoup d’analystes ne
font toujours pas suffisamment attention à la fiabilité des données
Les mesures chimiques environnementales sont généralement analytiques et confondent la justesse avec la précision. Quant à la
basées sur l’analyse de matrices abiotiques telles que l’air, l’eau, traçabilité, la situation est encore pire et ce concept est sujet à de
les sols et les sédiments, ainsi que sur l’analyse de matrices bio- nombreuses confusions et controverses lorsqu’il est appliqué aux
logiques (plantes, tissus biologiques...) ; elles concernent une vaste analyses environnementales.
variété de paramètres chimiques (substances toxiques et carcino-
gènes par exemple), physico-chimiques (pH, demande biologique
ou chimique en oxygène...), et physiques (température...) à divers
niveaux. Les analyses environnementales, au sens large, impli-
quent également des mesures biologiques (par exemple, E. coli ou
2. Signification du terme
Salmonella dans les eaux) mais, compte tenu de leur spécificité,
ces aspects ne seront pas traités dans cet article qui se focalise
« traçabilité »
essentiellement sur les mesures chimiques.
Les analyses chimiques de l’environnement deviennent de plus Définition
en plus complexes au regard des problèmes analytiques rencon-
L’ISO définit la traçabilité comme « la propriété d’un résultat
trés et de la pression à laquelle sont soumis les laboratoires
d’un mesurage ou d’un étalon tel qu’il puisse être raccordé à des
concernant des demandes pour des données représentatives et de
références déterminées, généralement des étalons nationaux ou
qualité démontrée. Les dix dernières années ont été le théâtre
internationaux, par l’intermédiaire d’une chaîne ininterrompue
d’une prise de conscience croissante, de la part des analystes et
de comparaisons ayant toutes des incertitudes déterminées » [4].
des utilisateurs de données, vis-à-vis de l’assurance qualité des
analyses environnementales, qui s’est concrétisée par le dévelop-
pement d’une série de guides et de normes écrites (aspects de
La chaîne ininterrompue de comparaisons est encore appelée
management et aspects opérationnels par exemple) et d’outils
« chaîne de raccordement aux étalons » ou « chaîne d’étalon-
(matériaux de référence, tests d’aptitude...) [1] [2].
nage ».
Dans ce contexte, la traçabilité des données est au cœur des dis- Soulignons que la traçabilité d’un résultat de mesure doit être
cussions scientifiques. Ce concept est un héritage de la métrologie démontrée alors que l’incertitude doit être calculée.
telle qu’elle a été conçue pour les mesures physiques (mesures de
masse, de longueur, de temps, de température, etc.) il y a plus d’un
siècle. La métrologie appliquée aux analyses chimiques et bio-
logiques est désormais discutée par des groupes composés 2.1 Éléments clés du concept de traçabilité
d’experts de ces différents domaines, dont l’objectif est de pro-
poser un système qui pourrait être applicable à des mesures chi- Dans la définition ci-dessus, trois éléments clés sont distingués :
miques et biologiques complexes [3]. Les discussions soulignent,
— le raccordement à des références établies ;
en général, que l’application directe des concepts théoriques de la
— la chaîne ininterrompue de comparaisons ;
métrologie (telle qu’elle est conçue par les physiciens) aux
— les incertitudes établies.
mesures chimiques et biologiques est difficilement réalisable en
raison de différences majeures entre les processus de mesure. Examinons comment ces éléments peuvent être compris dans le
contexte d’analyses chimiques.
Exemple : les résultats d’analyses chimiques sont souvent for-
tement dépendants de la composition de la matrice des échantillons, Les principes de la métrologie couvrent indifféremment les
alors que les mesures physiques sont peu ou pas affectées. mesures physiques, chimiques ou biologiques. Les concepts théo-
riques de la traçabilité (incertitude, étalonnage, etc.) peuvent donc
Une large palette de problèmes analytiques est rencontrée en s’y appliquer mais d’une manière qui peut être radicalement dif-
fonction des différents types de paramètres et de matrices, ce qui férente selon les problèmes de mesures rencontrés.
ne permet pas, ou limite, l’utilisation de méthodes génériques La comparabilité des résultats est la fondation de toute mesure
(c’est-à-dire pouvant être appliquées à tous les cas d’analyse). De et la traçabilité est un outil devant permettre de l’obtenir. Cette tra-
plus, des étapes préliminaires sont nécessaires (qui n’existent pas çabilité des résultats est reliée à deux propriétés majeures de la
pour les mesures physiques), telles que l’échantillonnage et le mesure chimique (figure 1) qui sont particulièrement importantes
prétraitement des échantillons, étapes qui peuvent avoir un effet pour les analyses environnementales, l’exactitude des résultats qui
sur les résultats finaux. dépend des étalons et de l’utilisation correcte qui en est faite et la
Dans le cadre des programmes de surveillance de l’environ- représentativité qui repose sur les échantillons (et les sous-
nement, ces discussions théoriques semblent très éloignées des échantillons) analysés, et donc en partie sur la représentativité de
situations réelles et la pratique est, dans la plupart des cas, très dif- l’échantillonnage [5].

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______________________________________________________________________________ TRAÇABILITÉ DES ANALYSES CHIMIQUES ENVIRONNEMENTALES

férence entre la situation idéale (celle basée sur la modélisation


des mesures expérimentales) en comparaison à la situation réelle
Traçabilité d'un résultat (celle correspondant à l’analyse de la substance dans un échan-
tillon donné)] ainsi que l’incertitude des paramètres de mesures.
En fonction du problème analytique à résoudre, la difficulté de
mener à bien ces deux étapes peut varier selon les domaines et,
Traçabilité Traçabilité de Traçabilité Traçabilité par exemple pour les analyses de traces, l’effet d’une
des étalons l'équipement du processus de l'échantillon
de mesure de mesure contamination ou une extraction incomplète est un facteur clé. Les
chimique méthodes dans lesquelles les deux conditions précédentes peu-
vent être remplies à un haut degré d’approximation correspondent
aux méthodes primaires (cf. § 3.3).
Une façon de considérer les liens de manière générique pourrait


être la suivante : unités SI (kg, mole) ; étalons internationaux (kg) ;
masses atomiques ; étalons purs de substances chimiques ;
méthodes primaires ; matériaux de référence primaires (de
matrice) ; méthodes et matériaux de référence secondaires ;
Exactitude Représentativité méthodes de routine et matériaux de référence de contrôle. Ces
divers éléments sont détaillés dans la troisième partie de cet
article.
Figure 1 – Relation hiérarchique entre les différents éléments
de la traçabilité (d’après [5])
2.1.3 Les incertitudes établies
Le troisième élément clé, les incertitudes établies, représente
2.1.1 Le raccordement à des références établies également un problème critique que de nombreux analystes ont
tendance à occulter. La théorie implique que l’incertitude d’une
Les références auxquelles sont liés les résultats de mesures mesure doit être basée sur la traçabilité de toutes les références
peuvent, en pratique, être des méthodes de référence, des maté- établies qui contribuent à cette mesure. En d’autres termes, les
riaux de référence ou, dans le sens métrologique le plus strict, les composantes de l’incertitude devraient être évaluées à chaque
unités du Système International (SI). Dans ce dernier cas, la traça- étape d’un processus analytique. Ainsi, plus la chaîne de raccorde-
bilité au SI suggère la notion de valeurs qui sont indépendantes du ment est petite, plus faible sera l’incertitude.
lieu et du temps. Ces diverses références sont décrites en détail
dans le paragraphe 3. Exemple : l’incertitude d’une analyse par titration (dépendant
uniquement de l’incertitude sur le volume de réactif) sera bien infé-
La mole (unité SI pour les mesures chimiques) fournit une unité
rieure à celle d’une analyse mettant en œuvre des étapes d’extraction,
de base concernant toutes les substances (chimiques) et la mesure
purification d’extrait, séparation et détection.
de leur quantité [3]. Les références (matériaux, systèmes, procé-
dures) constituent une pierre angulaire de la traçabilité d’un résul- Rappelons toutefois que l’incertitude analytique n’intervient
tat dans le sens où, dans chaque lien de la chaîne de comparaisons qu’en fin de chaîne pour la majeure partie des analyses environne-
(mesures), une référence adéquate est nécessaire. Dans le mentales. En effet, il faut garder en mémoire que les résultats ana-
domaine des analyses de l’environnement, l’analyste se trouve lytiques sont bien évidemment liés à la méthode utilisée mais
souvent confronté au manque de « références » (matériaux de réfé- qu’ils dépendent toujours directement de la variabilité liée à
rence, guides, modes opératoires normalisés), qui représentent un l’échantillonnage. Plusieurs auteurs ont ainsi souligné que, lorsque
besoin de développement majeur pour les prochaines décades. l’incertitude analytique est réduite à moins d’un tiers de l’incerti-
L’étalonnage est également une étape critique du processus de tude liée à l’échantillonnage, des efforts supplémentaires pour
mesure et de l’obtention de la traçabilité des résultats. Ces aspects réduire l’incertitude analytique sont superflus [7]. Malheureuse-
sont décrits par ailleurs [6]. ment, l’incertitude liée à l’échantillonnage n’est pas facilement
quantifiée car il n’existe pas d’étalons ou de matériaux de réfé-
rence pour ce type d’évaluation. Nous verrons que seuls des pro-
2.1.2 Une chaîne ininterrompue de comparaisons tocoles écrits (normes, guides) peuvent permettre d’en limiter les
La traçabilité exige qu’une « chaîne ininterrompue de compa- variations. Il est utile de rappeler que, pour une interprétation cor-
raisons » soit établie entre des résultats de mesures et des recte des résultats d’analyse de la qualité de l’environnement, il est
« références établies ». Cela signifie que des liens appropriés essentiel que la composante technique (échantillonnage et ana-
doivent être établis dans la chaîne de raccordement. Dans le cas de lyse, y compris prétraitement et stockage) ne domine pas la
mesures physiques (masse, longueur, temps, etc.), un système variance globale des données qui est exprimée comme :
international de métrologie existe, permettant d’établir la traçabi- 2 2 2 2 2
lité des mesures aux unités SI. σ = σ spatiale + σ temporelle + σ échantillonnage + σ analyse

Exemple : les microbalances de laboratoire sont étalonnées avec Il a été suggéré que la variance liée à la partie technique ne
des masses étalons, elles-mêmes étalonnées par l’intermédiaire du kilo- devrait pas être supérieure à 20 % de la variance totale, et que la
gramme étalon conservé au BIPM à Sèvres ; cet étalonnage est réalisé variance liée à l’analyse ne devrait pas excéder 20 % de la variance
grâce à des séries de comparaisons mettant en œuvre des étalons liée à l’ensemble de la partie technique (l’échantillonnage).
nationaux et secondaires. La définition de l’incertitude doit être interprétée dans le
Les liens établissant les « chaînes de raccordement » en chimie contexte de l’établissement d’un lien entre l’incertitude et la traça-
sont moins bien compris et, à ce stade, des systèmes de mesures bilité. Si chaque résultat de mesure est exprimé comme :
structurés ne sont que partiellement mis en œuvre [3]. En premier Valeur 1 ± Valeur 2
lieu, les substances à mesurer doivent être définies aussi cor-
rectement que possible en fonction des paramètres de mesures l’analyste devra vérifier que la Valeur 1 est une estimation juste de
(formule chimique de la substance à mesurer et correspondance la mesure et, autant que possible, une quantité qui est traçable aux
de la réponse expérimentale basée sur un étalonnage approprié) unités SI. La Valeur 2 est soit l’écart-type de la mesure, soit une
et, en second lieu, la qualité de cette réponse doit être évaluée [dif- incertitude élargie associée à la quantité mesurée, et devra inclure

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TRAÇABILITÉ DES ANALYSES CHIMIQUES ENVIRONNEMENTALES _______________________________________________________________________________

toutes les composantes de l’incertitude, incluant les effets systé- traçabilité d’une mesure chimique par le biais de méthodes ou de
matiques associés aux références appropriées qui sont utilisées laboratoires de référence à travers l’utilisation de méthodes pri-
pour évaluer l’exactitude ou la traçabilité. maires (cf. § 3.3), s’éloignent radicalement des possibilités réelles
Là encore, la théorie est confrontée à la pratique dans les qui existent à l’heure actuelle. Cela concerne en particulier la majo-
situations des mesures complexes réalisées dans le cadre de pro- rité des analyses environnementales réalisées sur des matrices
grammes de surveillance de l’environnement. Cet article ne discute complexes, en raison du manque de méthodes et/ou de labora-
pas des aspects théoriques de l’incertitude qui sont largement toires « de référence ». Cela est discuté plus en détail dans le
abordés dans la littérature [1] [3] [7]. Les discussions se focalisent paragraphe 3.3.
essentiellement sur les deux premiers éléments qui sont les plus
sujets à controverse.

3. Références utilisées

2.2 Traçabilité des mesures physiques
et chimiques pour établir la traçabilité
Le concept de traçabilité a été abordé par les physiciens depuis Avant tout, il convient de rappeler au lecteur que la traçabilité ne
plus d’un siècle, en liaison directe avec l’établissement d’étalons doit pas être confondue avec la justesse et la précision qui
internationaux (cf. § 3.1), mais l’application de ce concept n’a été couvrent, respectivement, l’étroitesse d’accord entre la « valeur
discutée dans les domaines chimiques que depuis une dizaine vraie » (correspondant à la valeur qui serait obtenue par mesure si
d’années. Dans le cas de la chimie analytique, des méthodes de la quantité pouvait être complètement définie [4]) et la valeur me-
mesures ont été développées depuis plus de 150 ans suivant des surée, et l’étroitesse d’accord entre les résultats obtenus par une
concepts, terminologie et systèmes spécifiques, et selon des prin- même procédure expérimentale répétée plusieurs fois selon des
cipes qui sont toutefois similaires ou équivalents à ceux utilisés en conditions prescrites. Les aspects généraux de l’assurance qualité
physique. Le tableau 1 illustre les deux approches suivies, respec- des programmes de surveillance de l’environnement (y compris les
tivement, par les chimistes et les métrologistes (physiciens) [8]. aspects de justesse et de précision) ont été décrits en détail dans
la littérature [1] [6] et ne seront pas rappelés dans cet article. Sou-
lignons le fait qu’une méthode traçable à une référence donnée
n’est pas forcément juste (c’est-à-dire que la référence établie ne
Tableau 1 – Comparaison des deux approches correspond pas nécessairement à la « valeur vraie ») alors qu’une
de la mesure : approche traditionnelle suivie méthode juste est toujours traçable à ce qui est considéré comme
par les chimistes et approche adoptée par les la meilleure approximation de la valeur vraie. À un autre niveau, la
métrologistes (d’après [8]) précision et l’incertitude sont souvent confondues et considérées
comme des concepts similaires, ce qui n’est pas approprié car
Approche chimique Approche métrologique l’incertitude couvre à la fois des erreurs aléatoires et systéma-
tiques, alors que la précision est uniquement liée aux erreurs
Méthode de référence Méthode traçable
(ou normalisée) à une référence définie aléatoires [5].
Fidélité (répétabilité) Incertitude Les analyses chimiques environnementales sont basées sur une
et reproductibilité succession d’actions, respectivement :
Comparabilité Traçabilité — l’échantillonnage, le stockage et la préservation d’échantillons
Adaptation au besoin Niveau d’excellence reconnu représentatifs ;
de l’analyse — le prétraitement d’une prise d’essai d’échantillon pour analyse ;
Approche reconnaissant Approche reconnaissant — l’étalonnage ;
l’importance : l’importance : — la détermination finale ;
● de l’identification ; — le calcul et la présentation des résultats.
● du prétraitement Cela dit, nous pouvons maintenant considérer plus en détail
de l’échantillon ; quels sont les types de références utilisées dans le cadre des ana-
● de la séparation ; lyses environnementales.
● de la mesure. ● de la mesure

3.1 Unités du Système International (SI)


Le fossé entre les métrologistes purs et les analystes (chimistes
et biologistes) est en partie conceptuel et en partie terminologique. Les unités du SI correspondent aux unités internationalement
Les analystes ont traditionnellement défini leurs mesures en reconnues qui sont utilisées en métrologie ; elles établissent les
termes de méthodes utilisées. Comme nous le verrons plus loin, unités de longueur, de masse, temps, etc. (tableau 2).
les méthodes sont validées en fonction des caractéristiques de per-
formance telles que la spécificité, les limites de détection et la
robustesse. Cette démarche, lorsqu’elle est mise en œuvre de
manière rigoureuse, s’approche des conditions requises par la Tableau 2 – Symboles et unités SI
métrologie. Toutefois, l’incertitude des mesures n’est jamais tota-
lement évaluée, en particulier en ce qui concerne les effets systé- Symbole Symbole
Quantité physique Unité SI
matiques, et les étapes analytiques ne sont généralement pas bien de quantité de l’unité SI
comprises en termes de métrologie. Longueur l Mètre m
Des instruments de mesure et des procédures, permettant d’ana- Masse m Kilogramme kg
lyser diverses compositions chimiques avec une incertitude
connue, sont en cours de développement ou déjà existants dans Temps t Seconde s
des instituts nationaux de métrologie [9] ; ils ne concernent pour Température T Kelvin K
l’instant que des analyses de gaz ou de mélanges gazeux. Les
métrologistes, qui aspirent à réaliser de manière systématique la Quantité de matière n Mole mol

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RT
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Traçabilité métrologique
des analyses chimiques

par Cédric RIVIER

et
Chef du laboratoire d’analyses d’Atalante
CEA, DES, ISEC, DMRC, Univ Montpellier, Marcoule, France
Marielle CROZET

Secrétaire technique de la Commission d’ÉTAblissement des Méthodes d’Analyse (CETAMA)
CEA, DES, ISEC, DMRC, Univ Montpellier, Marcoule, France

1. Traçabilité métrologique et spécificités des analyses


chimiques ............................................................................................... SL 1 030v2 - 3
1.1 Concept de traçabilité .............................................................................. — 3
1.2 Difficultés inhérentes aux analyses chimiques ..................................... — 3
2. Outils disponibles pour assurer la traçabilité des analyses
chimiques ............................................................................................... — 5
2.1 Matériaux de référence certifiés ............................................................. — 5
2.2 Méthodes normalisées ............................................................................ — 7
3. Exemple................................................................................................... — 8
3.1 Avec matériaux de référence certifiés.................................................... — 8
3.2 Avec les méthodes normalisées ............................................................. — 9
4. Conclusion.............................................................................................. — 9
5. Glossaire ................................................................................................. — 10
Pour en savoir plus ....................................................................................... Doc. SL 1 030v2

a norme ISO 17025:2017 « Exigences générales concernant la compé-


L tence des laboratoires d’étalonnages et d’essais » précise que la traçabilité
des résultats de mesure aux unités du système international (SI) doit être
établie au moyen soit d’un étalonnage, soit de matériaux de référence certifiés
eux-mêmes traçables au SI, soit de réalisations directes des unités SI garanties
au moyen d’une comparaison effectuée avec des étalons nationaux ou
internationaux.
Dans le cas où il est techniquement impossible d’établir la traçabilité métro-
logique aux unités SI, la norme ISO 17025:2017 impose au laboratoire de
démontrer la traçabilité des résultats de mesure à des références appropriées
telles que des matériaux de référence certifiés (non traçables au SI) ou des
méthodes spécifiées agréées (normes ou méthodes de référence).
Cette exigence vise à assurer que les références utilisées par les laboratoires
d’essais et d’étalonnages sont communes et, par conséquent, que les mesures
qu’ils produisent sont comparables.
Si les schémas de traçabilité de la plupart des mesures physiques sont établis
depuis longtemps, il n’en est pas de même pour les mesures chimiques. En
effet, la métrologie chimique est une métrologie jeune : la définition de la mole
intervient en 1971, soit presque un siècle après la signature de la convention du
mètre en 1875 et le comité consultatif correspondant n’a été créé qu’en 1993.
La multiplicité des paramètres mesurés et la complexité des processus de
mesure mis en œuvre par les laboratoires rendent l’établissement de schémas
de traçabilité pour les analyses chimiques très difficile.
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPRP

Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés SL 1 030v2 – 1

RU
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TRAÇABILITÉ MÉTROLOGIQUE DES ANALYSES CHIMIQUES _________________________________________________________________________________

Les étapes de préparation des échantillons en vue de leur analyse et les dif-
férences de réponse des systèmes de mesure en fonction de la nature de la
matrice des échantillons sont souvent la cause de rupture de la chaîne de
traçabilité.
Pourtant les laboratoires ont su mettre en place depuis longtemps un certain
nombre d’outils leur permettant d’assurer la comparabilité de leurs résultats
d’analyse. Ces outils comprennent les méthodes normalisées, les matériaux de
référence et les comparaisons interlaboratoires.
Les comparaisons interlaboratoires, bien qu’essentielles pour assurer la
comparabilité des résultats de mesure, ne permettent généralement pas de


garantir la traçabilité des résultats de mesure. Seul le rôle des matériaux de
référence certifiés et des méthodes normalisées dans l’établissement de la tra-
çabilité des résultats d’analyse chimique est décrit dans cet article. 

Sigle Développé Sigle Développé


AASQA Association Agréée de Surveillance de la Qualité NF Norme Française
de l’Air
NIST National Institute of Standards and Technology
Airparif Assocation de surveillance de la qualité de l’air en
Île-de-France OMS Organisation Mondiale de la Santé

AOAC Association of Official Agricultural Chemists SI Système International d’unités

ATMO Association de loi 1901 fédérant le réseau VIM Vocabulaire International de Métrologie
national des AASQA
BAM Bundesanstalt für Materialforschung und-
prüfung : Institut fédéral allemand de recherche et Symbole Unité Description
d'essais sur les matériaux
EN sans unité écart normalisé
BIPM Bureau International des Poids et Mesures
unité du résultat obtenu par le laboratoire
CCQM Comité Consultatif pour la Quantité de Matière mesurande sur le matériau de référence
certifié
CEN Comité Européen de Normalisation
xréf unité du valeur certifiée de la grandeur
CIPM Comité International des Poids et Mesures mesurande mesurée issue du certificat du
matériau de référence
COFRAC Comité français d’accréditation
ui unité du incertitude-type associée à la
COMAR COde d’indexation des MAtériaux de Référence mesurande moyenne des résultats pour la
(banque internationale de matériaux de référence) grandeur mesurée
EA European cooperation for Accreditation uréf unité du incertitude-type associée à la
mesurande valeur certifiée de la grandeur
ICP-AES Spectrométrie d’émission atomique par plasma à
mesurée
couplage induit
CCd mg/kg concentration en cadmium dans
IEC International Electrotechnical Commission
l’échantillon de sol
ISO International Organization for Standardization
V L volume final de la solution de sol
JCGM Joint Committee for Guides in Metrology minéralisé

JCTLM Joint Committee for Traceability in Laboratory mPE g masse de prise d’essai de sol
Medicine mg/L concentration en cadmium
JRC Joint Research Center déterminée par ICP-AES

LCSQA Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité fétalon sans unité facteur lié à l’exactitude des
de l’Air solutions étalons

LNE Laboratoire national de métrologie et d’essais fmise_en_ sans unité facteur lié à la mise en solution et
solution + à la matrice de l’échantillon
MRA Mutual Recognition Agreements effet_matrice

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RV
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__________________________________________________________________________________ TRAÇABILITÉ MÉTROLOGIQUE DES ANALYSES CHIMIQUES

1. Traçabilité métrologique
et spécificités
des analyses chimiques Constante
de Planck
Réalisation pratique de la
L’objectif principal de la métrologie consiste à assurer la compa- définition du kilogramme
rabilité des résultats. Cet objectif ne peut être atteint que si la tra-
çabilité des résultats à des références établies est satisfaite. Étalons de masse primaires
(artefacts étalonnés par
des méthodes primaires)
La traçabilité métrologique ne doit pas être confondue avec


la traçabilité documentaire telle qu’on la conçoit dans cer- Dissémination de
l’unité de masse
tains secteurs et qui consiste à retrouver l’historique d’un pro-
duit ou d’un service afin de remonter à son origine.
Étalons de masse secondaires
La traçabilité métrologique caractérise le résultat de (artefacts étalonnés par des
mesure et permet de le rattacher à une référence donnée et étalons de masse primaires)
reconnue.

Cette notion est largement répandue dans de nombreux secteurs


des mesures physiques (longueur, masse...). Dans la plupart de Figure 1 – Chaîne de traçabilité en métrologie des masses
ces secteurs, les schémas de traçabilité sont clairs et parfaitement
établis depuis de très nombreuses années. Il n’en est pas de même
dans le domaine des analyses chimiques, où cette notion tarde à
s’implanter.
pH = –log aH

1.1 Concept de traçabilité


La norme JCGM 200 Vocabulaire international de métrologie –
Solutions Laboratoires
Concepts fondamentaux et généraux et termes associés (VIM) – Cellule sans nationaux de
tampons
définit la traçabilité comme étant la propriété d'un résultat de jonction métrologie
primaires
mesure selon laquelle ce résultat peut être relié à une référence
par l'intermédiaire d'une chaîne ininterrompue et documentée Laboratoires
Solutions d’étalonnage et/ou
d'étalonnages dont chacun contribue à l'incertitude de mesure. Cellule avec
tampons producteurs de
jonction
secondaires solutions étalons
Exemple : ce concept est représenté schématiquement figure 1
pour le domaine de la métrologie des masses.
Électrode Laboratoires
Chaque niveau représente une série de mesures au cours de Mesures de routine
de verre d´analyse
laquelle une masse donnée est comparée à une (ou plusieurs) autre(s)
masse(s) de niveau supérieur. L’opération permettant d’obtenir la
relation mathématique liant les valeurs des deux masses est appe-
lée étalonnage.
C’est donc cette série d’étalonnages (de comparaisons) qui permet Figure 2 – Traçabilité des mesures de pH
d’assurer la traçabilité des résultats de mesure à une référence
donnée : la constante de Planck dont la valeur fixée à
il est souvent difficile de déterminer, avec exactitude, un rende-
6,62607015 · 10–34 J · s définit depuis 2019 l’unité de masse du sys-
ment. Certains autres phénomènes, comme les effets de matrice,
tème international, en remplacement du kilogramme étalon détenu au
sont aussi, parfois, difficiles à quantifier. Ces phénomènes, mal
Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) à Sèvres.
maîtrisés, sont à l’origine de ruptures dans la chaîne de traçabilité.

1.2 Difficultés inhérentes 1.2.1 Références en analyse chimique


aux analyses chimiques
Pour qu’une valeur soit traçable, elle doit être reliée à des réfé-
La métrologie chimique est confrontée à deux problèmes fonda- rences établies. Par définition et convention, les références établies
mentaux qui la distinguent de la métrologie physique : incluent les références du Système International (SI) comme la
– la multiplicité des analytes mesurés engendre un manque de mole, les matériaux de référence et les méthodes de référence (pri-
références reconnues : plusieurs centaines d’analytes différents maires, normalisées...) [1]. Il est évidemment souhaitable d’utiliser
sont couramment mesurées par les laboratoires d’analyse les références de plus haut niveau métrologique, celles du SI, mais
chimique et développer des étalons de référence reconnus pour cela n’est pas possible, ou pas nécessaire, dans de nombreux cas.
chacun de ces analytes est une tâche extrêmement compliquée ; En effet, il est parfois impossible de relier tous les résultats d’ana-
– les phénomènes mis en œuvre lors des opérations de mesure lyse au SI. C’est le cas, par exemple, des paramètres tels que les
ne sont, parfois, que partiellement maîtrisés. En effet, contraire- taux de matières grasses et taux de protéines (il n’est pas possible
ment à la métrologie des masses où les facteurs pouvant influer dans ces cas de mesurer un nombre de moles de matières grasses
sur le résultat de mesure sont connus et maîtrisés, les facteurs ou de protéines) ou même le pH qui possède une chaîne de tra-
influant sur un résultat d’analyse chimique ne sont pas toujours çabilité conventionnelle (figure 2). Cela ne présente pas
bien contrôlés. C’est le cas de certaines étapes de préparation des d’inconvénients à partir du moment où les références sont établies
échantillons, comme les extractions, par exemple, pour lesquelles et reconnues.

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Traçabilité des mesures chimiques


dans le contexte de la directive
cadre sur l’eau


par Philippe QUEVAUVILLER
Cadre à la Commission européenne,
Professeur à la Vrije Universiteit Brussel (VUB)

1. Introduction ............................................................................................... TR 450 - 2


2. La directive cadre sur l’eau (DCE) ....................................................... — 2
2.1 Objectifs ........................................................................................................ — 2
2.2 Stratégie de surveillance (différents types de programmes) ................... — 2
2.3 Paramètres chimiques déterminés............................................................. — 3
2.4 Recommandations non contraignantes ..................................................... — 4
2.5 Dispositions en matière de contrôle de qualité des analyses .................. — 5
3. DCE et traçabilité ..................................................................................... — 5
3.1 Introduction - Éléments clés du concept de traçabilité ............................. — 5
3.2 Unités du système international (SI) .......................................................... — 5
3.3 Méthodes normalisées ................................................................................ — 6
3.4 Rôle des méthodes de référence ................................................................ — 6
3.5 Rôle des matériaux de référence ................................................................ — 7
3.6 Tests d’aptitude............................................................................................ — 8
3.7 Accréditation des laboratoires .................................................................... — 8
4. Conclusion.................................................................................................. — 8
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TR 450

a directive cadre sur l’eau (2000/60/EC) exige, de la part des États membres
L de l’Union européenne, qu’un programme de surveillance de l’état des
eaux soit mis en œuvre dans le cadre de plans de gestion des réseaux hydro-
graphiques européens. Ce programme inclut une évaluation de l’état chimique
des eaux de surface et souterraines, impliquant des mesures de substances
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPPX@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ュ。イウ@RPQY

chimiques caractéristiques de risques anthropiques. L’application directe du


concept de traçabilité s’adapte difficilement à la large palette de mesures
qu’implique cette surveillance en comparaison aux procédés de mesures
physiques, ce en raison de la variété de composition des échantillons. Une dif-
ficulté supplémentaire est liée au manque de prise de conscience des
laboratoires de routine vis-à-vis des principes fondamentaux de la métrologie.
Cet article discute l’applicabilité du principe de traçabilité au programme de
surveillance chimique de la directive cadre sur l’eau (2000/60/CE) sur la base
d’exemples concrets.

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TRAÇABILITÉ DES MESURES CHIMIQUES DANS LE CONTEXTE DE LA DIRECTIVE CADRE SUR L’EAU _________________________________________________

1. Introduction Ces données sont de ce fait essentielles pour la classification de


« l’état des eaux », et également pour identifier d’éventuelles ten-
dances de pollution. Ceci est un processus itératif du fait qu’une meil-
La surveillance de paramètres chimiques et/ou biologiques est leure surveillance permettra d’établir des programmes d’action plus
exigée par un ensemble de législations environnementales pour efficaces et mieux suivis, un meilleur système de classification et la
l’évaluation de l’état de différents compartiments (exemple : eau, possibilité d’identifier des tendances de pollution de manière plus
sol, air), des risques liés à différentes pressions (exemple ; pollu- rapide (et donc de prendre des actions pour renverser ces tendances).
tions diffuses ou ponctuelles), le suivi de l’efficacité de programmes Les programmes de surveillance sont donc constamment améliorés
d’actions (contrôle ou restauration), et/ou des études de tendances. et revus à la lumière des progrès scientifiques.
Dans ce contexte, les programmes de surveillance représentent un La mise en œuvre de programmes de surveillance va de pair
élément indispensable à tout système de gestion de l’eau (figure 1). avec la métrologie. La « science des mesures » met en effet un
La pertinence des décisions dans le cadre législatif est, de ce fait, accent clair sur la nécessité d’obtenir des données comparables et


directement liée à la fiabilité des programmes de surveillance de de qualité démontrée, ce qui est couvert, bien que de manière
l’environnement. Sur un autre plan, la conception et le développe- générale, dans les spécifications techniques de la DCE.
ment de programmes de surveillance dépendent étroitement de
recommandations sous la forme de guides (en général non
contraignants sur le plan légal), de normes écrites (exemple : Cet article traite de la surveillance chimique telle qu’elle est
normes ISO, CEN ou Afnor en France) et, plus généralement, du requise dans la directive et souligne les aspects métrologiques
progrès scientifique et technologique. qui sont actuellement en discussion dans le cadre de groupes
d’experts européens. Il convient de noter que la surveillance
Dans ce contexte, la directive cadre sur l’eau (DCE) est certaine- selon la DCE comprend également des exigences liées à l’état
ment le premier instrument législatif qui, à l’échelle de l’Union écologique des eaux de surface (composition, abondance, taxo-
européenne (UE), exige une surveillance systématique de para- nomie, âge d’espèces biologiques) et à l’état quantitatif des eaux
mètres biologiques, chimiques et quantitatifs qualifiant « l’état » souterraines (équilibre entre recharge naturelle et captage).
des eaux de surface et/ou souterraines [1]. Ce programme de
surveillance couvre l’ensemble du territoire de l’UE, en l’occur-
rence plus de 120 réseaux hydrographiques. Les principes en sont
fixés dans le texte législatif et des échanges d’information entre
experts ont permis d’établir une compréhension commune des exi- 2. Directive cadre sur l’eau
gences de ce programme sous la forme de documents guides [2]
[3] [4]. Bien que la surveillance de l’eau n’est évidemment pas une
(DCE)
nouveauté (des programmes ont démarré il y a plus de 40 ans
dans certains pays), il faut toutefois souligner que le(s) pro- 2.1 Objectifs
gramme(s) de surveillance au titre de la DCE, donc poursuivant les
mêmes objectifs, sont en plein développement, car ils ont été La directive cadre sur l’eau fixe l’objectif de « bon état » pour
définis en 2006 par les États membres et mis en place dès 2007. toutes les eaux, devant être atteint par les États membres de
Une description détaillée des exigences réglementaires liées à l’UE. Il s’agit d’objectifs environnementaux (obligation de résultats)
ces programmes est développée dans des documents guides (non que les États membres s’engagent à atteindre en utilisant les
contraignants sur le plan légal) [2] [3] [4]. Les rapports décrivant moyens qui leur sembleront les plus appropriés (principe de subsi-
les programmes respectifs mis en œuvre par les États membres de diarité).
l’UE sont disponibles sur le portail WISE (Water Information Sys- Pour les eaux de surface, les critères de bon état reposent sur
tem for Europe) *. des paramètres biologiques (état écologique) et chimiques (état
* http://water.europa.eu/content/view/20/36/lang.fr chimique lié à la conformité à des normes de qualité environne-
Les données de surveillance produites en 2007-2008 au titre de mentales fixées à l’échelle de l’UE), alors que, pour les eaux sou-
la DCE ont servi au développement des programmes d’action dans terraines, le bon état se réfère aux aspects quantitatifs (équilibre
le cadre des plans de gestion des réseaux hydrographiques entre recharge et captage) et chimiques (conformité à des normes
(publiés tous les six ans, à raison d’un plan pour chaque réseau de qualité établies au niveau de l’UE, ou par les États membres à
hydrographique délimité), et seront utilisées par la suite pour éva- l’échelle locale, régionale ou nationale).
luer l’efficacité de ces programmes. Les exigences liées à cet objectif sont fixées par l’article 8 et
l’annexe V de la directive (voir description ci-dessous). Il convient
Gestion de l’eau de noter que le « bon état » repose sur des critères environne-
mentaux, sans lien direct avec la qualité de l’eau comme aliment et
les réglementations qui lui sont liées (bien qu’il soit fait référence à
la nécessité de protéger l’environnement et la santé humaine). Les
Besoins d’information Utilisation de l’information
obligations de protection des ressources en eau au titre de la direc-
tive tiennent néanmoins compte des utilisations de l’eau dans le
contexte de la gestion intégrée des réseaux hydrographiques, avec
Stratégie d’évaluation Évaluation et rapportage un accent sur la protection spécifique des eaux destinées à la
consommation humaine (article 7 de la directive) et une référence
à la directive concernée (98/83/CE).
Programme de surveillance Analyse des données

2.2 Stratégie de surveillance


Échantillonnage Traitement des données (différents types de programmes)
2.2.1 Critères généraux
Analyse en laboratoire
Selon la DCE, la conception des premiers programmes de sur-
Figure 1 – Surveillance dans le contexte de systèmes de gestion veillance devait être réalisée avant la fin de l’année 2006 et les rap-
de l’eau ports correspondants envoyés à la Commission européenne en

TR 450 – 2 Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés

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__________________________________________________ TRAÇABILITÉ DES MESURES CHIMIQUES DANS LE CONTEXTE DE LA DIRECTIVE CADRE SUR L’EAU

mars 2007. Les programmes ont été revus à la lumière de la révi- objectifs environnementaux de la DCE et de mesures spécifiques
sion de la DCE. nécessaires pour remédier aux effets d’une pollution accidentelle.
Les exigences de base pour ces programmes reposent sur la fia- ■ Contrôles additionnels pour les zones protégées
bilité des données de surveillance qui doivent permettre l’évalua-
tion et la classification sûre de l’état des « masses d’eau » (unités Des programmes de contrôle supplémentaires sont requis pour
administratives définies par les États membres, par exemple : un les zones protégées, par exemple aux points de captage d’eau
lac, un bras de rivière, une nappe phréatique). Cela implique que potable et dans les zones de protection d’habitats et d’espèces (par
les réseaux de surveillance doivent définir des points et une fré- exemple, sites Natura 2000).
quence de surveillance qui soient représentatifs des masses d’eau
et des pressions susceptibles de les affecter (pollution, surexploita- 2.3 Paramètres chimiques déterminés
tion). De plus, les programmes de surveillance doivent être établis
de telle sorte que les tendances de pollution à long terme pourront 2.3.1 Paramètres généraux


être détectées.
Une série de paramètres chimiques font l’objet de surveillance
au titre de la classification de l’état écologique des eaux de sur-
2.2.2 Types de programmes face (soutenant les paramètres biologiques). Il s’agit du bilan
d’oxygène, de la salinité, de l’état d’acidification et de la
■ Contrôles de surveillance
concentration en nutriments, qui doivent être mesurés dans les
Les contrôles de surveillance sont destinés à fournir des infor- rivières, lacs, eaux de transition et eaux côtières.
mations pour compléter et valider l’étude des incidences permet-
Pour les eaux souterraines, les paramètres chimiques fonda-
tant de déterminer les « masses d’eau à risque » (par exemple,
mentaux concernent la teneur en oxygène et les teneurs en
risque de pollution lié à une activité donnée). Ils doivent également
nitrate et ammonium (ils sont complétés par des mesures de pH
permettre de concevoir, de manière efficace et valable, les futurs
et de conductivité).
programmes de surveillance. Enfin, les données sont utilisées pour
évaluer les changements à long terme des conditions naturelles et
les changements à long terme résultant d’une importante activité 2.3.2 Substances prioritaires (eaux de surface)
anthropogénique. Ce contrôle est effectué sur la base d’un nombre
La DCE, dans son article 16, exige de la Commission européenne
suffisant de masses d’eau (de surface ou souterraines) pour
qu’elle établisse une liste de substances prioritaires, sélectionnées
permettre une évaluation de l’état général à l’échelle de chaque
parmi celles qui présentent un risque significatif pour ou via
bassin versant. Ces masses d’eau sont sélectionnées avec un souci
l’environnement aquatique. Cette liste doit prendre en compte les
de représentativité vis-à-vis du bassin versant.
données concernant le danger intrinsèque des substances, en par-
En termes de fréquence, le contrôle est réalisé, pour chaque site ticulier leur écotoxicité aquatique et leur toxicité pour l’homme via
de surveillance, pendant une période d’un an durant la période cou- les voies aquatiques d’exposition, les données de la surveillance
verte par le plan de gestion de bassin hydrographique (donc un an pouvant attester une contamination étendue de l’environnement et
sur une période de six ans). Toutefois, si l’exercice de contrôle pré- d’autres facteurs pouvant indiquer la possibilité d’une telle conta-
cédent a montré que l’état d’une masse d’eau donnée était bon et mination (par exemple, volume de production, modes d’utilisa-
que rien n’indique que les incidences sur la masse ont changé, le tion). L’établissement de cette liste a été réalisé en 2001 par le biais
contrôle peut alors être effectué tous les trois plans de gestion de d’une décision de la Commission européenne [5], voir tableau 1.
district hydrographique (donc pendant un an tous les dix-huit ans).
Cette liste de substances fait désormais l’objet de négociations au
■ Contrôles opérationnels Parlement européen et au Conseil européen pour l’établissement de
normes de qualité environnementales (liées à la conformité au
Les contrôles opérationnels sont entrepris pour établir l’état des « bon état chimique » des eaux de surface), tenant compte d’une
masses d’eau identifiées comme risquant de ne pas atteindre les distinction d’un groupe de substances prioritaires dangereuses.
objectifs environnementaux de « bon état » d’ici 2015, et pour
évaluer les changements de l’état de ces masses suite à la mise en
œuvre des programmes de mesures définis dans le plan de 2.3.3 Substances de l’annexe VIII
gestion du district hydrographique (devant être opérationnels à la Il s’agit des polluants recensés comme étant déversés en
fin 2012). quantités significatives dans la masse d’eau (donc dépassant large-
Ces contrôles sont effectués pour toutes les masses d’eau « à ment la liste des substances prioritaires du tableau 1) qui font
risque » et les masses d’eau dans lesquelles sont rejetées des l’objet de contrôles, de mesures de prévention ou de limitation,
substances « prioritaires » (voir § 2.2.2). Les points de contrôle dont la liste est fournie dans l’annexe VIII, plus précisément :
sont établis pour les masses d’eau courant un risque en raison de – composés organohalogénés et substances susceptibles de
pressions ponctuelles ou diffuses importantes ; ces points de former des composés de ce type dans le milieu aquatique ;
contrôle doivent être en nombre suffisant pour évaluer l’ampleur – composés organophosphorés ;
et l’incidence de ces pollutions. Lorsqu’une masse d’eau est – composés organostanniques ;
soumise à plusieurs pressions ponctuelles, les points de contrôle – substances et préparations, ou leurs produits de décomposi-
peuvent être sélectionnés en vue d’évaluer l’ampleur et l’incidence tion, dont le caractère cancérigène ou mutagène ou les propriétés
de ces pressions dans leur ensemble. pouvant affecter les fonctions stéroïdogénique, thyroïdienne ou
Pour ce qui concerne les eaux souterraines, les contrôles opéra- reproductive ou d’autres fonctions endocriniennes dans ou via le
tionnels doivent également permettre d’établir la présence de milieu aquatique ont été démontrés ;
toute tendance à la hausse à long terme de la concentration d’un – hydrocarbures persistants et substances organiques toxiques
quelconque polluant suite à une activité anthropogénique donnée. persistantes et bio-accumulables ;
– cyanures ;
■ Contrôles d’enquête – métaux et leurs composés ;
Des contrôles d’enquête sont effectués lorsque la raison d’une – arsenic et ses composés ;
pollution ou détérioration est inconnue ou pour déterminer – produits biocides et phytopharmaceutiques ;
l’ampleur et l’incidence de pollutions accidentelles. À ce titre, ces – matières en suspension ;
contrôles doivent apporter les informations nécessaires à l’établis- – substances contribuant à l’eutrophisation (en particulier,
sement d’un programme de mesures en vue de la réalisation des nitrates et phosphates) ;

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TRAÇABILITÉ DES MESURES CHIMIQUES DANS LE CONTEXTE DE LA DIRECTIVE CADRE SUR L’EAU _________________________________________________

Tableau 1 – Liste des substances prioritaires dans le domaine de l’eau


Nom de la substance Classification (1) Nom de la substance Classification (1)
Alachlore SP Plomb et ses composés (*)
Anthracène (*) Mercure et ses composés SDP
Atrazine (*) Naphtalène (*)
Benzène SP Nickel et ses composés SP
Diphényléthers bromés SDP Nonylphénols (4-(para)-nonylphénol) SDP
Cadmium et ses composés SDP Octylphénols (para-tert-octylphénol) (*)
C10–13-chloroalcanes SDP Pentachlorobenzène SDP

R Chlorfenvinphos
Chlorpyrifos
SP
(*)
Pentachlorophénol
Hydrocarbures aromatiques polycycliques
(*)
SDP
1,2-Dichloroéthane SP (benzo(a)pyrène)
Dichlorométhane SP (benzo(b)fluoranthène)
Di(2-éthylhexyl)phtalate (DEHP) (*) (benzo(g,h,i )pérylène)
Diuron (*) (benzo(k )fluoranthène)
Endosulfan (alpha-endosulfan) (*) (indeno(1,2,3-cd )pyrène)
Fluoranthène SP Simazine (*)
Hexachlorobenzène SDP Composés du tributylétain SDP
(tributylétain-cation)
Hexachlorobutadiène SDP Trichlorobenzène (1,2,4-Trichlorobenzène) (*)
Hexachlorocyclohexane SDP Trichlorométhane (chloroforme) SP
(gamma-isomère, Lindane)
Isoproturon (*) Trifluraline (*)
(1) SP : substances prioritaires : ce sont des polluants ou groupes de polluants présentant un risque significatif pour ou via l’environnement aquatique, pour
lesquels les objectifs sont de réduire progressivement les rejets, les émissions et les pertes dans un délai de 20 ans (à partir de 2001).
SDP : substances dangereuses prioritaires : ce sont des substances ou groupe de substances qui sont toxiques, persistantes et bioaccumulables, pour
lesquelles les objectifs sont d’arrêter ou de supprimer progressivement les rejets et les pertes, dans un délai de 20 ans (à partir de 2001).
(*) Le statut de ces 14 autres substances prioritaires est actuellement en examen.

– substances ayant une influence négative sur le bilan d’oxygène 2.4 Recommandations non contraignantes
(et pouvant être mesurées à l’aide de paramètres tels que la DBO,
la DCO, etc.).
DBO : demande biologique en oxygène.
Les difficultés techniques attendues pour la surveillance définie
DCO : demande chimique en oxygène. par la DCE ont conduit les États membres de l’UE à demander à la
Commission européenne d’initier une « stratégie commune de
mise en œuvre » (ou Common Implementation Strategy, CIS) en
2.3.4 Autres substances (eaux souterraines) 2001, qui a pour but de favoriser les échanges de connaissances et
En complément des substances mentionnées ci-dessus, la direc- de bonnes pratiques, et de développer des documents guides de
tive « eaux souterraines » (directive « fille » de la DCE) [6] exige manière coordonnée (guides adoptés par les directeurs de l’eau
également la surveillance de polluants représentant un risque des pays de l’UE). Le mécanisme de la CIS, repose sur des groupes
avéré pour les eaux souterraines. Les déterminations sont axées d’experts traitant de différents sujets (par exemple, groupes de
sur des exigences de conformité au « bon état chimique » (normes travail « état écologique », « eaux souterraines », « inondations »,
de qualité environnementales à l’échelle européenne pour les etc.), une des activités concernant les spécifications techniques de
nitrates et les pesticides ; normes de qualité nationales, régionales la surveillance chimique (Chemical Monitoring Activity ou CMA).
ou locales pour d’autres substances-polluants identifiées comme Ce processus de consultation est considéré comme un excellent
représentant un risque de détérioration pour les eaux exemple de gouvernance européenne [7].
souterraines), des études tendances à long terme (exigence de L’activité CMA est décrite en détail dans la littérature [8]. Selon
renverser toute tendance significative à la hausse si un risque est les principes de la CIS, un groupe d’experts (composés d’environ
avéré pour l’environnement) et des mesures de prévention ou de 60 experts des agences/ministères de l’Environnement des États
limitation de l’introduction de polluants dans les eaux souter- membres, d’associations professionnelles, et de la communauté
raines. scientifique) a discuté différents éléments techniques liés à la sur-
Les paramètres à déterminer sont en principe ceux couverts par veillance chimique des eaux de surface et souterraines, et cette
l’annexe VIII de la DCE (voir § 2.3.3), bien que l’accent soit mis sur discussion a conduit à l’élaboration de deux documents guides [3]
une liste de polluants à considérer pour l’établissement de [4]. Entre autres, les aspects de plan d’échantillonnage, repré-
« valeurs seuils », en l’occurrence : l’arsenic, le cadmium, le plomb, sentativité, méthodes d’échantillonnage et d’analyse, sont
le mercure, l’ammoniaque, les chlorures, les sulfates (tous ces pol- discutés en détail, établissant une base commune, pour les États
luants pouvant résulter de sources naturelles et/ou d’origine membres, pour la conception de leur programme de surveillance.
anthropique ; seules les pollutions sont réglementées), le trichlo- Ces recommandations traitent directement d’aspects métrolo-
roéthylène et tétrachloroéthylène (substances synthétiques), et la giques et fournissent des règles devant permettre de développer
conductivité (pour détecter les intrusions salines). des approches harmonisées en Europe.

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__________________________________________________ TRAÇABILITÉ DES MESURES CHIMIQUES DANS LE CONTEXTE DE LA DIRECTIVE CADRE SUR L’EAU

Il est important de noter que ces documents guides ne sont médiaire d’une chaîne ininterrompue de comparaisons ayant toutes
pas contraignants sur le plan légal ; en d’autres termes, ils éta- des incertitudes déterminées » [9]. La chaîne interrompue de
blissent des règles générales qui peuvent être adaptées selon les comparaisons est encore appelée « chaîne de raccordement aux
circonstances locales ou régionales sans pour cela être légalement étalons » ou « chaîne d’étalonnage ». Soulignons que la traçabilité
contraignantes. Les dispositions légales sont en fait celles définies d’un résultat de mesure doit être démontrée alors que
par l’article 8 et l’annexe V de la directive. Bien que ces guides ne l’incertitude doit être calculée. Dans cette article, la traçabilité
soient pas contraignants, ils auront un impact évident sur la façon se réfère au lien établi entre la qualité de l’eau (substances détermi-
dont les états membres développeront et mettront en œuvre leurs nées) et les mesures effectuées via les programmes de surveillance.
programmes de surveillance dans le futur. Des débats sur la façon dont ces éléments s’appliquent aux
En matière de métrologie, l’aspect le plus important qui a été mesures chimiques ont eu, et ont toujours, lieu [10] [11] [12]. Les
mis en avant a concerné la nécessité de démontrer la comparabi- unités de référence sont bien sûr celles du système international
lité des données, et ce à l’échelle de l’Union européenne. L’impli- (SI), c’est-à-dire le kilogramme (kg) ou la mole (mol) pour les
mesures chimiques. Établir la traçabilité de mesures chimiques


cation d’une telle comparabilité (évaluation, classification, prises
de décisions) a été jugée assez critique pour que des spécifications aux unités SI ne peut se faire de manière directe (il n’existe pas de
techniques soient développées sous forme contraignante. Ceci est « mole étalon ») et passe par des références intermédiaires, par
discuté dans le paragraphe suivant. exemple matériaux ou méthodes de référence [13]. La chaîne
ininterrompue de comparaisons implique qu’aucune perte d’infor-
mation ne devrait survenir durant la procédure analytique (par
2.5 Dispositions en matière de contrôle exemple, recouvrement d’extraction incomplet, contamination de
l’échantillon). De plus, atteindre la traçabilité est en théorie lié aux
de qualité des analyses incertitudes calculées pour chaque référence (elle-même liée à une
étape analytique) qui contribue à la mesure ; ainsi, plus la chaîne
Comme souligné ci-dessus, la gestion de l’eau au titre de la DCE et de raccordement est courte (en cas d’un nombre réduit d’étapes),
le système de décision qui lui est associé dépendent étroitement de meilleure est l’incertitude du résultat final. Cette condition est, on
données métrologiques. En l’absence de règles claires pour la le verra, difficilement applicable aux analyses complexes néces-
démonstration de la justesse (et donc de la comparabilité) des sitant plusieurs étapes (par exemple, extraction, nettoyage
mesures, le système ne peut pas fournir de base solide pour la prise d’extrait, séparation, détection) et aux étapes d’échantillonnage et
de décisions fiables. Cette considération a conduit à des de prétraitement des échantillons [14].
débats d’experts concernant la nécessité d’établir des règles
contraignantes établissant des critères de performance minimaux Remarquons, de plus, que la traçabilité ne doit pas être
pour les méthodes analytiques utilisées pour la surveillance confondue avec la recherche de la justesse (étroitesse
chimique exigée par la DCE. La justification légale est le paragraphe d’accord entre la valeur mesurée et la « valeur vraie » d’une subs-
3 de l’article 8, qui ouvre la possibilité de développer des spécifica- tance dans un échantillon donné) et de la précision (étroitesse
tions techniques en soutien aux programmes de surveillance. d’accord entre des résultats obtenus en appliquant la même procé-
dure expérimentale plusieurs fois dans des conditions prescrites).
Dans ce contexte, une directive de la Commission européenne a En d’autres termes, une méthode traçable à des références établies
été développé dans ce but. Le texte inclut des exigences n’est pas forcément juste (ou encore la référence établie ne corres-
contraignantes pour les laboratoires des États membres pond pas nécessairement à la « valeur vraie »), alors qu’une
concernant la validation des méthodes, les critères minimaux de méthode juste est toujours traçable à ce qui est considéré comme
performance (liés à l’incertitude des mesures et aux limites de la meilleure approximation de la valeur vraie (valeur qui serait
quantification pour les paramètres déterminés, y compris les subs- obtenue par la mesure en l’absence de toute erreur de mesure).
tances pour lesquelles des normes environnementales ont été
établies), la participation à des programmes d’assurance de qualité La comparabilité des résultats est le fondement de toute mesure
(y compris des tests d’aptitude, l’analyse de matériaux de réfé- et la traçabilité est un outil devant permettre de l’obtenir. À ce titre,
rence, la formation, etc.). Avec cette directive, tous les éléments la traçabilité des résultats est reliée non seulement à la justesse
seront réunis pour développer un cadre métrologique permettant des analyses (ou exactitude) mais également à la représentativité
d’assurer que les données de surveillance chimique des pro- des échantillons. L’exactitude des résultats dépend des étalons et
grammes DCE seront comparables, c’est-à-dire traçables (selon la de l’utilisation correcte qui en est faite ; la représentativité repose
définition de l’ISO [9], voir § 3.1) à des références communément sur les échantillons (et les sous-échantillons) analysés, et donc en
acceptées. L’obtention d’une telle traçabilité et des références qui partie sur la représentativité de l’échantillonnage.
lui sont liées dans le contexte des programmes de surveillance de Dans le contexte de la DCE, au même titre que pour la plupart
la DCE est discutée dans les paragraphes suivants. des analyses environnementales, les mesures chimiques (compre-
nant divers types d’eaux, échantillons de sédiments et biologiques)
sont basées sur une succession d’actions :

3. DCE et traçabilité – échantillonnage et conservation d’échantillons représentatifs ;


– prétraitement d’une portion d’échantillon pour analyse ;
– étalonnage ;
– détermination finale ;
3.1 Introduction – Éléments clés – calcul et présentation des résultats.
du concept de traçabilité À partir de cela, examinons comment le concept de traçabilité
peut être considéré et compris dans le cadre de programmes de
Les paragraphes 1 et 2 ont souligné l’importance de la surveillance tels que celui exigé par la DCE.
comparabilité et de la traçabilité des données dans le contexte des
programmes de surveillance de la DCE. Examinons maintenant en
détail quelles sont les différentes références qu’il convient de
considérer pour établir un système métrologique fiable pour de
3.2 Unités du système international (SI)
telles analyses. Nous l’avons déjà vu plus haut, l’unité de référence pour les
En premier lieu, rappelons que l’ISO définit la traçabilité métrolo- mesures chimiques est l’unité de quantité de substance, la mole.
gique comme « la propriété d’un résultat d’un mesurage ou d’un Toutefois, en pratique, comme il n’y a pas de « mole étalon », le
étalon tel qu’il puisse être raccordé à des références déterminées, kilogramme est utilisé, et ainsi les mesures chimiques sont en fait
généralement des étalons nationaux ou internationaux, par l’inter- traçables à cette unité de masse. En d’autres termes, les analyses

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Traçabilité des instruments


de mesure de température

par Georges BONNIER


Consultant
Ancien Directeur adjoint de l’INM (CNAM)

et Françoise LE FRIOUS
Chargée de programmes R&D au Laboratoire national de métrologie et d’essais LNE

1. Traçabilité métrologique........................................................................ R 2 511 – 2


2. Structure française des chaînes d’étalonnage ................................ — 2
2.1 Laboratoire national de métrologie (LNM)................................................ — 2
2.1.1 Mise en place des références nationales.......................................... — 2
2.1.2 Transfert des références nationales .................................................. — 2
2.1.3 Situation internationale : le MRA ...................................................... — 2
2.2 Laboratoires accrédités............................................................................... — 3
2.3 Laboratoires industriels .............................................................................. — 3
3. Chaîne d’étalonnage de température................................................. — 3
3.1 Mise en place des références nationales de température ....................... — 3
3.2 Transfert des références nationales ........................................................... — 4
3.2.1 Étalonnage aux points fixes .............................................................. — 4
3.2.2 Étalonnage par comparaison............................................................. — 4
3.2.3 Incertitude d’étalonnage .................................................................... — 5
3.3 Traçabilité des grandeurs thermiques ....................................................... — 6
3.3.1 Humidité .............................................................................................. — 6
3.3.2 Grandeurs thermiques liées à la conduction ................................... — 6
3.3.3 Grandeurs thermiques liées au rayonnement ................................. — 6
4. Conclusion ................................................................................................. — 6
Références bibliographiques ......................................................................... — 7

une manière générale, l’amélioration de l’efficacité des processus passe


D’ par la garantie de l’exactitude des valeurs délivrées par les appareils de
mesure. Pour répondre à ce besoin, qui se manifeste d’ailleurs pour toutes les
grandeurs physiques, il faut disposer de références sûres et de moyens de trans-
férer ces références d’une étape à l’autre de la chaîne d’étalonnage, c’est-à-dire
depuis la référence nationale jusqu’à la mesure industrielle. Le processus qui
vient d’être décrit n’est rien d’autre que la mise en place des méthodes destinées
à établir la « traçabilité » des mesures.
Ce dossier cherche à illustrer la notion de traçabilité au sein des chaînes d’étalon-
nage en prenant l’exemple des mesures de température. La température est en
effet une grandeur qui influence de très nombreux processus scientifiques, techni-
ques ou industriels et sa mesure est donc effectuée des milliers de fois chaque jour.
Après une description sommaire du système d’étalonnage français, la chaîne
d’étalonnage «Température » est présentée à partir des moyens et méthodes
permettant de raccorder les instruments de mesure de température. Puis les
méthodes d’évaluation des incertitudes associées au processus d’étalonnage
p。イオエゥッョ@Z@ュ。イウ@RPPV

sont illustrées par l’exemple de l’étalonnage par comparaison d’un couple


thermoélectrique.

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TRAÇABILITÉ DES INSTRUMENTS DE MESURE DE TEMPÉRATURE _______________________________________________________________________________

1. Traçabilité métrologique
La notion de traçabilité se présente sous deux aspects :
— le premier conduit à ce que l’on appelle la traçabilité documen- ISO/CEI 17025 LNM/LA
taire. Il est défini dans les termes et définitions de l’ISO 9000 [1]
comme « l’aptitude à retrouver l’historique, l’utilisation ou l’empla- Étalons nationaux
cement de ce qui est examiné » ; Transfert aux utilisateurs
— le second aspect, parfois appelé traçabilité technique, est
défini par le Vocabulaire international des termes fondamentaux et Laboratoires accrédités
ISO/CEI 17025
généraux de métrologie [2] comme la « propriété du résultat d’un étalonnages


mesurage ou d’un étalon tel qu’il puisse être relié à des références
déterminées, généralement des étalons nationaux ou internatio-
naux, par l’intermédiaire d’une chaîne ininterrompue de comparai-
sons ayant toutes des incertitudes déterminées. » La liaison aux Mesures industrielles
étalons est appelée « raccordement aux étalons ».
La traçabilité des mesures ne peut être établie que si les deux
aspects évoqués existent simultanément. Il se peut que la mise en Figure 1 – Structure française des chaînes d’étalonnage
œuvre de ces notions conduise au besoin de l’existence de deux
métiers différents. C’est probablement la raison qui a conduit la
création en juillet 1994 d’un organisme d’accréditation le Cofrac, laboratoires associés pour des grandeurs bien identifiées. Ces labo-
séparé de l’organisme responsable des étalons nationaux de ratoires sont fédérés par le Laboratoire national de métrologie et
mesure. Le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE), en d’essais (LNE) qui pilote donc la métrologie française et assure le
tant qu’institut national de métrologie, a pour rôle la mise en place rôle d’institut français de métrologie, comme le faisait auparavant le
et la diffusion des références nationales dans le domaine de la Bureau national de métrologie. Celle évolution de structure s’est
métrologie. En résumé, le Cofrac s’intéresse plutôt à la traçabilité produite début 2005 comme expliqué en [R 60v2], réf. [4].
documentaire tandis que le LNE est essentiellement concerné par la
traçabilité technique.
Dans une chaîne d’étalonnage, telle que celle des températures, 2.1.2 Transfert des références nationales
chaque maillon est relié aux maillons adjacents par des relations à
caractère technique. Les relations entre maillons s’effectuent par le
transfert de références. Le transfert des références nationales aux utilisateurs est effectué,
pour la toute première étape, par le LNM (ou LA) qui raccorde l’éta-
lon de référence d’un laboratoire accrédité pour effectuer des éta-
lonnages. Le LNM délivre un certificat d’étalonnage portant, le
logotype de son établissement avec la mention du Laboratoire
2. Structure française national d’étalonnage, le nom de la chaîne d’étalonnage et, s’il est
des chaînes d’étalonnage accrédité Cofrac, le logo Cofrac Étalonnage. Lorsque l’étalonnage
est effectué dans le cadre de l’Arrangement de reconnaissance
mutuelle (MRA) signé par les instituts nationaux de divers pays, la
mention suivante est indiquée dans le certificat d’étalonnage.
Une chaîne d’étalonnage a schématiquement trois maillons, le
« Ce certificat est en accord avec les aptitudes en matière de
laboratoire national de métrologie LNM (ou laboratoire associé LA),
mesures et d’étalonnage (CMC) figurant dans l’annexe C de l’Arran-
un laboratoire accrédité par le Cofrac et l’utilisateur final qui fait la
gement de reconnaissance mutuelle (MRA) rédigé par le Comité
mesure (figure 1). Dans la pratique, cette chaîne peut être plus lon-
international des poids et mesures (CIPM). D’après les termes du
gue selon le type d’instrument de l’utilisateur et plus ramifiée pour
les grandeurs dérivées qui se raccordent à plusieurs grandeurs de MRA, tous les laboratoires participants reconnaissent réciproque-
base. ment la validité des certificats d’étalonnage et de mesurage pour les
grandeurs, domaines et incertitudes de mesure mentionnés dans
l’annexe C (pour plus de détails, voir http://www.bipm.org). »

2.1 Laboratoire national de métrologie


(LNM) 2.1.3 Situation internationale : le MRA

Lors d’une réunion qui s’est tenue à Paris le 14 octobre 1999, les
2.1.1 Mise en place des références nationales directeurs des laboratoires nationaux de métrologie (le Bureau
national de métrologie pour la France) de trente-huit États membres
de la Convention du Mètre et les représentants des organisations
Le Laboratoire national de métrologie a pour mission de mettre internationales ont signé l’Arrangement de reconnaissance mutuelle
en place, de maintenir au meilleur niveau et de transférer les des étalons nationaux de mesure et des certificats d’étalonnage et
références nationales. Ces dernières sont les matérialisations des de mesurage émis par les laboratoires nationaux de métrologie. Cet
unités du Système international d’unités (SI) [3], en premier lieu les arrangement de reconnaissance mutuelle répond au besoin accru
unités de base (le kelvin pour la température) et aussi de nom- de disposer d’un dispositif ouvert, transparent et global, capable de
breuses unités dérivées utiles aux industriels. fournir aux utilisateurs des informations quantitatives fiables sur
Afin de couvrir tous les domaines métrologiques, cette mission l’équivalence des certificats d’étalonnages émis par les laboratoires
est répartie en France entre quatre laboratoires nationaux de nationaux de métrologie et d’offrir un fondement technique à des
métrologie : le LNE, le LNE-INM au CNAM, le LNE-LNHB au CEA et accords plus larges négociés dans le cadre du commerce, du négoce
le LNE-SYRTE à l’Observatoire de Paris, auxquels s’ajoutent six et des règlements internationaux.

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Traçabilité des mesurages selon


la norme ISO 17025

par Philippe PETIT


Docteur en système physique et métrologie

Ingénieur des Mines de Douai
Expert technique métrologie auprès du MCI (ministère du Commerce et de l’Industrie
marocain) et du PTB (Physikalisch-Technische Bundesanstalt)
Consultant capital et qualité

1. Bases de travail ........................................................................................ SL 2 120 – 2


2. Définition de la traçabilité .................................................................... — 2
3. L’objectif des raccordements ............................................................... — 2
3.1 Définition du raccordement........................................................................ — 2
3.2 Les raccordements : une analyse du besoin ou une fatalité ? ................. — 3
3.3 Objectif du raccordement ........................................................................... — 4
3.4 Définition du besoin en raccordement ...................................................... — 4
3.4.1 Les points d’étalonnage ..................................................................... — 4
3.4.2 Les incertitudes .................................................................................. — 4
3.4.3 Les périodicités .................................................................................. — 6
4. Les différentes situations de raccordement .................................... — 6
4.1 Le raccordement à une grandeur identique .............................................. — 6
4.2 Le raccordement à une grandeur dérivée ................................................. — 6
4.3 L’utilisation de matériaux de référence ..................................................... — 7
4.3.1 Définitions ........................................................................................... — 7
4.3.2 Conditions d’utilisation ...................................................................... — 7
5. L’exploitation des raccordements ....................................................... — 7
5.1 L’utilisation des certificats d’étalonnage ................................................... — 7
5.2 Étalonnage ou « simple » confirmation métrologique ?.......................... — 8
5.3 L’intérêt d’une confirmation métrologique ............................................... — 9
6. Conclusion générale ............................................................................... — 9
Références bibliographiques ......................................................................... — 9

epuis plusieurs années, le terme « traçabilité » est connu de tous. La traça-


D bilité consistant à connaître l’origine d’un objet, d’un être ou d’une action.
En matière de « qualité », puis d’assurance qualité et, enfin, de management
de la qualité (au travers de la norme ISO 17025), la notion de traçabilité est appa-
rue très tôt.
Dans le cadre d’une démarche qualité, il faut, pour un laboratoire accrédité ou
certifié, assurer la traçabilité sur les méthodes, les consommables, les techni-
ciens, le milieu ambiant et le matériel utilisé lors d’une analyse, d’un essai ou
d’un étalonnage.
En résumé, la traçabilité sur le mesurage consiste à enregistrer l’ensemble de
ces données au moment où un technicien du laboratoire effectue un mesurage.
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥョ@RPPW

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TRAÇABILITÉ DES MESURAGES SELON LA NORME ISO 17025 ___________________________________________________________________________________

1. Bases de travail Ces enregistrements doivent eux-mêmes faire référence aux rac-
cordements des étalons utilisés pour l’étalonnage à une chaîne de
métrologie reconnue.

Il est nécessaire pour assurer la traçabilité sur un mesurage de Extrait de la norme ISO 17025 :
répondre à la question « Qui à fait quoi, avec quoi, ou selon quelle « …Tout équipement utilisé pour effectuer des essais et/ou
méthode ? ». Nous retrouvons dans cette question un outil fréquent des étalonnages, y compris les instruments servant aux mesu-
de la qualité : le diagramme d’Ishikawa ou diagramme « cause rages annexes (par exemple des conditions ambiantes), ayant
effet » ou diagramme des 5 M (figure 1). un effet significatif sur l’exactitude ou la validité du résultat de
En répondant à chacune des questions posées, le laboratoire l’essai, de l’étalonnage ou de l’échantillonnage, doit être éta-
assure la traçabilité des mesurages, ce qui lui permet d’identifier : lonné avant d’être mis en service. Le laboratoire doit avoir un
programme et une procédure établis pour l’étalonnage de son
— les résultats de mesure obtenus avec un composant lorsque


équipement.
celui-ci s’avère défaillant ; NOTE : il convient qu’un tel programme comprenne un sys-
— les composants potentiellement défaillants lorsqu’une erreur tème permettant de sélectionner, employer, étalonner, vérifier,
sur le résultat de mesure est identifiée. maîtriser et entretenir les étalons de mesure, les étalons de réfé-
L’exemple fréquemment rencontré est la recherche des résultats rence employés comme étalons de mesure, ainsi que l’appa-
obtenus avec un matériel détecté NON-CONFORME suite à sa reillage de mesure et d’essai employé pour effectuer les essais
vérification. et les étalonnages… » [3].

Les éléments de traçabilité permettent de retrouver l’ensemble


des résultats de mesure obtenus avec cet équipement et de remettre
en cause, comme le stipule la norme ISO 17025, tous les résultats
potentiellement erronés.
3. L’objectif
Cet article va tenter de décrire les principes de traçabilité à mettre des raccordements
en place en ce qui concerne les équipements lorsqu’un laboratoire
effectue une mesure.
Le paragraphe de la norme concernée par cet article s’intitule :
3.1 Définition du raccordement
«Traçabilité des mesurages ».
Un raccordement est une comparaison d’un instrument de
mesure à une valeur de référence délivrée par un étalon ou un maté-
riau de référence, ou encore un autre équipement étalonné. Quelle
que soit la référence, celle-ci doit être étalonnée par un organisme
2. Définition de la traçabilité relié à la chaîne de métrologie reconnue.
L’intérêt de faire étalonner ses étalons ou ses équipements à un
laboratoire accrédité réside dans le fait que les techniques, les
La traçabilité [4] est la preuve que l’instrument de mesure, l’éta- moyens, les incertitudes d’étalonnage et la compétence technique
lon, l’équipement d’analyse ou d’essai utilisé est étalonné par rap- du laboratoire accrédité sont validés par une tierce partie (l’orga-
port à un autre matériel, lui-même étalonné par un étalon national nisme accréditeur).
ou international.
De plus, cela garantit également que l’équipement est raccordé à
La traçabilité d’un mesurage est assurée par l’étalonnage de des étalons référencés par la chaîne de raccordement et donc par
l’équipement utilisé et l’ensemble des enregistrements relatifs à cet des étalons nationaux ou internationaux.
étalonnage.
Extraits de la norme ISO 17025 :
« …5.6.2.1.1 Pour les laboratoires d’étalonnage, le pro-
gramme d’étalonnage de l’équipement doit être conçu et géré
de façon à assurer la traçabilité des étalonnages et des mesu-
La chaîne d´étalonnage – raccordement aux étalons nationaux rages effectués par le laboratoire par rapport au Système inter-
Laboratoire national de métrologie et d´essais national d’unités (SI).
Un laboratoire d’étalonnage établit la traçabilité de ses pro-
pres étalons de mesure et instruments de mesure par rapport au
Laboratoires associés
système SI au moyen d’une chaîne ininterrompue d’étalonna-
ges ou de comparaisons les reliant aux étalons primaires
Laboratoires étalonnage accrédités par le COFRAC pertinents des unités de mesure SI. Le lien aux unités SI peut
être réalisé par référence à des étalons de mesure nationaux.
Les étalons de mesure nationaux peuvent être des étalons
Étalon de référence primaires, qui sont des réalisations primaires des unités SI ou
des représentations agréées des unités SI fondées sur des
constantes physiques fondamentales, ou il peut s’agir d’étalons
Étalon de transfert secondaires qui sont des étalons étalonnés par un autre institut
national de métrologie. Lorsqu’on a recours à des services
Étalon de travail d’étalonnage externe, la traçabilité des mesurages doit être
assurée en ayant recours à des services d’étalonnage de labora-
toires capables de démontrer leur compétence et leur aptitude
Moyen de mesure ou d´essai en matière de mesure et de traçabilité. Les certificats d’étalon-
Du laboratoire au service de métrologie d´une entreprise nage émis par ces laboratoires doivent contenir les résultats de
mesure, y compris l’incertitude de mesure et/ou une déclaration
de conformité à une spécification métrologique identifiée (voir
aussi 5.10.4.2).
Figure 1 – Le diagramme d’Ishikawa

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SL 2 120 − 2 est strictement interdite. – © Editions T.I.

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Utilisation des matériaux


de référence
par Patrick REPOSEUR
Directeur d’Accreditation and conformity Assessment Consulting (ACAC)
Consultant international en évaluation de la conformité

1. Besoin de reconnaissances externes............................................... SL 1 640 - 2



1.1 Matériaux de référence MR...................................................................... — 2
1.2 Matériaux de référence certifiée MRC..................................................... — 3
1.3 Différences entre MR et MRC................................................................... — 4
1.4 Types de matériaux de référence ............................................................ — 4
2. Exigences normatives extérieures à l’entreprise ......................... — 4
3. Utilisation des matériaux de référence .......................................... — 5
3.1 Étalonnage d’un système instrumental .................................................. — 5
3.2 Validation d’une méthode de mesurage................................................. — 7
4. Reconnaissances pour les matériaux de référence ..................... — 7
5. Maîtrise des achats............................................................................... — 9
6. Démonstration de la traçabilité en audit ....................................... — 9
7. Certificat de MR .................................................................................... — 9
7.1 Contenu d’un certificat ............................................................................. — 9
7.2 Démarche pour la vérification d’un certificat ......................................... — 11
8. Producteurs de matériaux de référence ......................................... — 11
9. Démarche de maîtrise des processus de mesure......................... — 15
10. Conclusion .............................................................................................. — 15
Pour en savoir plus ........................................................................................ Doc. SL 1 640

’évaluation des compétences (des laboratoires, des organismes d’inspection,


L des certificateurs de produits, etc.) par des tiers indépendants s’est étendue à
de nouveaux domaines d’analyse ou d’essais, à un tel point que l’on peut se
demander si la machine ne s’emballe pas. La compréhension de textes rédigés à
la fin des années soixante-dix pour leur première version est-elle transférable tel
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥョ@RPQT@M@d・イョゥ│イ・@カ。ャゥ、。エゥッョ@Z@ウ・ーエ・ュ「イ・@RPQX

qu’aux personnels des domaines concernés aujourd’hui ? Il semblerait que cette


extension, couplée au renouvellement des générations, puisse compliquer la vie
des entreprises (y compris celle des laboratoires). Le bon sens paysan qui guidait
les rédacteurs des premières versions a-t-il cédé le pas à une approche plus tech-
nocratique ou pas ? C’est un débat qui ne sera pas détaillé plus avant.
Avec l’ouverture de l’accréditation de laboratoires intervenant dans ces
« nouveaux » domaines, tels que les analyses agroalimentaires, celles de la
chimie des pétroles, les analyses relatives aux domaines vétérinaire et plus
récemment les analyses médicales, la problématique du raccordement des
résultats de mesure à un système cohérent d’unités, dans l’objectif de pouvoir
comparer les résultats produits par les laboratoires, a évolué. Des aspects
prévus de longues dates par les exigences normatives se rencontrent de plus
en plus souvent lors des évaluations de laboratoires ou d’organismes d’inspec-
tion. Il s’agit des situations où la traçabilité aux unités du système international
d’unités SI n’est pas techniquement évidente, de celles qui font appel à des
références définies au moyen d’une procédure spécifique, ou encore de celles
basées sur des « étalons » consensuels. Ces cas dits « difficiles » s’appuient
sur l’utilisation de matériaux de référence MR.

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UTILISATION DES MATÉRIAUX DE RÉFÉRENCE ____________________________________________________________________________________________

Bien que les normes offrent une grande flexibilité en matière de gestion et
de maîtrise des matériaux de référence, de nombreuses questions se posent
aux utilisateurs préparant une première évaluation de la compétence. Cette
flexibilité n’apparaît pas aussi évidente aux laboratoires faisant leurs premiers
pas vers une accréditation. À tel point que cette simple question « comment
utiliser les matériaux de référence ? » a été posée lors d’une réunion de
commission de normalisation par l’un des experts membre de cette
commission, par ailleurs responsable d’un laboratoire d’essais accrédité. Il
semble donc utile de rappeler les possibilités offertes par les normes.


1. Besoin de reconnaissances Dans un souci de reconnaissance de ces facteurs de base à
la libre circulation d’un produit et dans le souci économique
externe d’éviter de reproduire les mêmes analyses ou les mêmes
essais par manque de confiance dans les résultats de mesure,
L’évaluation a pour objectif principal de recueillir des preuves il a été mis en place, à défaut d’une acceptation mutuelle des
factuelles et de donner des garanties sur la pertinence des résul- résultats, une reconnaissance multilatérale de la compétence
tats de mesure produits par les laboratoires ou par les organismes des organismes intervenants ILAC-MRA (International Labora-
d’inspection, lorsqu’elles ont une influence significative sur le tory Accreditation Cooporation Mutual Recognition
résultat de l’inspection. Arrangement).

Pour que cette garantie soit acceptée, il faut des résultats de


mesures comparables entre eux, à des instants différents, en des L’un des outils complémentaires pour asseoir cette reconnais-
lieux différents et avec du personnel différent, cela aux incertitudes sance, a posteriori, consiste à démontrer au moyen de
de mesure de mesure près. En matière d’essais ou d’analyse, on comparaisons interlaboratoires que les résultats sont effecti-
cherchera à mettre en œuvre la même méthode afin que le proto- vement comparables, y compris les valeurs des incertitudes asso-
cole n’introduise pas de nouvelles composantes d’incertitudes. ciées aux résultats de mesures, et conduiraient une même
personne à la même prise de décision.
On n’insiste jamais assez sur l’importance de la phase d’identifi-
cation des causes d’incertitudes (composantes) dont l’échantillon- On arrive donc à conclure que face à ces objectifs, à ces
nage est l’une des principales causes en chimie analytique, ou en contraintes qu’il n’y a pas de différences notables entre les besoins
biologie. Si la partie analysée n’est pas représentative du des secteurs des essais physiques et ceux des secteurs d’analyses
« matériau » d’origine, il n’est plus possible ensuite de rapprocher chimiques ou biologiques, ni même avec ceux des secteurs de
le résultat de l’analyse du « matériau » d’origine et d’en conclure la l’étalonnage.
conformité, la dangerosité ou le traitement à mettre en place.
L’aspect homogénéité du matériau ou du lot demande une
grande prudence avant de considérer le matériau comme étant La comparabilité repose sur un système « d’étalons »
homogène. reconnus et acceptés au niveau international ainsi que des
méthodes utilisées en tous lieux produisant des résultats
On le voit, il existe des causes pouvant peser plus que l’incerti- comparables (appartenant à une même famille de résultats)
tude dite de traçabilité dans la valeur finale de l’incertitude asso- donc ayant des composantes d’incertitudes analogues.
ciée au résultat de la mesure et pourtant.
En l’absence de cette traçabilité à un système d’unités cohérent,
les acteurs font un usage différent de la même valeur. Avant d’examiner les exigences normatives, il faut s’accorder
sur la terminologie utilisée.
Par exemple, le caractère scientifiquement incertain des risques
sanitaires et environnementaux des produits est au cœur des débats
actuels sur la libre circulation des marchandises. 1.1 Matériaux de référence MR
La configuration de marché considéré a cela de particulier que
les incertitudes sur la nocivité d’un bien sont mises en avant par
différents acteurs pour justifier le refus de ce bien sur un marché ; Les guides normatifs en vigueur nous disent qu’un MR est
À titre d’illustration, la viande produite grâce à des hormones de un matériau répondant à la définition VIM-5.13 : matériau suffi-
croissance, la teneur en OGM dans l’alimentation ou les produits samment homogène et stable en ce qui concerne des proprié-
préparés, ou encore les limites de détection de la présence tés spécifiées, qui a été préparé pour être adapté à son
d’amiante sur les lieux de travail. utilisation prévue pour un mesurage ou pour l’examen de
propriétés qualitatives.
La reconnaissance des compétences en place permet d’établir
une relation fiable (ou plus fiable que le simple fait que l’entreprise Cette définition diffère quelque peu de celle plus récente
soit connue de longue date – ou simplement l’origine du nom) donnée par le guide ISO 30, § 2.1 (MR) : matériau ou substance
entre les moyens mis en œuvre, les méthodes utilisées, le person- dont une (ou plusieurs) valeur(s) de la (des) propriété(s) est
nel intervenant, sa maîtrise des éléments ayant une influence sur (sont) suffisamment homogène(s) et bien définie(s) pour
le niveau de qualité du résultat d’analyse transmis et la valeur permettre de l’utiliser pour l’étalonnage d’un appareil, l’éva-
finale définie comme étant un chiffre associé à une unité et luation d’une méthode de mesurage ou l’attribution de valeurs
accompagné de la valeur de l’incertitude associée à ce chiffre. aux matériaux.

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____________________________________________________________________________________________ UTILISATION DES MATÉRIAUX DE RÉFÉRENCE

a matériau de référence b matériau de référence c matériau de référence


de masse de longueur de dureté

d Standard Reference Materials e étalon de vin


traces d’explosifs - étalonnage

Figure 1 – Types de matériaux de référence (doc. SRM NIST)

Un matériau de référence peut se présenter sous la forme d’un 1.2 Matériau de référence certifié MRC
gaz, d’un liquide ou d’un solide, pur ou composé.

Des exemples sont l’eau pour l’étalonnage des viscosimètres, le Les définitions normalisées sont les suivantes.
saphir qui permet d’étalonner la capacité thermique en calorimétrie et
les solutions utilisées pour l’étalonnage dans l’analyse chimique. VIM 5.14 : matériau de référence, accompagné d’une
documentation délivrée par un organisme faisant autorité et
Précisons que dans les laboratoires dits industriels, l’étalonnage fournissant une ou plusieurs valeurs de propriétés spécifiées
des viscosimètres est réalisé en utilisant des huiles de références avec les incertitudes et les traçabilités associées, en utilisant
plus que de l’eau utilisée par des laboratoires de référence. des procédures valables.
Guide ISO 30, § 2.2 (MRC) : matériau de référence, accompa-
De son côté, l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du gné d’un certificat, dont une (ou plusieurs) valeur(s) de la (des)
vin), dans son recueil des méthodes Internationales d’analyses – propriété(s) est (sont) certifiée(s) par une procédure qui établit
Guide de validation et contrôle qualité, utilise la définition du son raccordement à une réalisation exacte de l’unité dans
guide ISO 30. laquelle les valeurs de propriété sont exprimées et pour
laquelle chaque valeur certifiée est accompagnée d’une incerti-
Lorsque l’on compare ces critères techniques à ceux attendus
tude à un niveau de confiance indiqué.
pour un étalon physique, on constate qu’ils sont peu différents.

Par exemple, si l’on considère une cale étalon, une masse étalon, De par ces définitions, il semble clairement que le terme
une résistance électrique, une cellule à point fixe de température et « certifié » soit différent de celui traité par la norme ISO/CEI 17065
que l’on se réfère à la définition d’un matériau de référence, on peut relative à la certification de produits.
en conclure que soit une cale étalon est un matériau de référence, En fait, il serait possible, sur la base de cette définition, de
soit les matériaux de référence sont des étalons. considérer n’importe quel étalon accompagné de son certificat
d’étalonnage comme étant un matériau de référence « certifié »,
En effet, il s’agit bien de matériaux dont une valeur de la d’autant que la définition du guide ISO 30, § 2.7 d’une procédure
propriété est suffisamment homogène et stable. En l’occurrence, de mesure de référence va dans ce sens.
la masse, la longueur, la dureté, le point triple, le point de fusion
ou de congélation d’un corps (figure 1). Certes, l’effet matrice est
Procédure de mesure de référence : procédure de mesure
plus ou moins négligeable selon les cas, c’est ce qui pousse à
considérée comme fournissant des résultats de mesure adaptés
considérer ces étalons de façon un peu différente. En revanche, la
à leur usage prévu pour l’évaluation de la justesse de valeurs
différence entre une cale étalon de longueur et une cale étalon de
mesurées obtenues à partir d’autres procédures de mesure pour
dureté est très faible. Pourtant, depuis plus de trente ans, les
des grandeurs de la même nature, pour un étalonnage ou pour
accréditeurs considèrent l’une comme un étalon et la seconde
la caractérisation de matériaux de référence.
comme un matériau de référence.

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UTILISATION DES MATÉRIAUX DE RÉFÉRENCE ____________________________________________________________________________________________

On le voit les termes varient et pour les francophones, cela peut 1.4 Types de matériaux de référence
signifier qu’il existe une différence entre la caractérisation d’un
matériau de référence et « sa certification », mais il vaut mieux se Le guide Eurachem et d’autres sources [1] [2] [3] [4] présente
contenter des définitions acceptées au niveau international. Cepen- cinq classes de MR en fonction des propriétés caractérisées :
dant, il ne faut pas oublier la proposition suivante de définition du
guide ISO 30 4.1, datant de mars 2012. – substances pures caractérisées par une pureté chimique et/ou
la présence de traces d’impuretés ;
– solutions étalons et mélanges de gaz, souvent préparées par
Certification (d’un matériau de référence) : action d’un orga- gravimétrie à partir de substances pures. Ces matériaux sont prin-
nisme certificateur qui établit formellement les valeurs certi- cipalement destinés à l’étalonnage ; ils sont caractérisés pour une
fiées d’un MRC et les expose dans un certificat. quantité d’impuretés maximales (traces), avec le plus souvent
l’évaluation de la stœchiométrie ; une information sur l’isotope
considéré est utile. Il s’agit de la majorité des matériaux de

R De son côté, l’ILAC a pris une position pour l’accréditation des


producteurs de matériaux de référence.
Résolution ILAC GA 16.20 : comme le guide ISO 34 inclut des
référence (propriétés chimiques) pour lesquels des accréditations
ont été délivrées depuis plus de trente années ;
– MR à matrices caractérisés pour la composition en
références normatives à ISO/CEI 17025 et à l’ISO 15189, l’assem- constituants majeurs, mineurs ou sous forme de traces. Ces maté-
blée générale a décidé que l’accréditation de producteurs de maté- riaux sont le plus souvent utilisés pour les différentes étapes de
riau de référence est conduite seulement selon les exigences du validation d’une procédure de mesure. Constitués par un échan-
guide ISO 34 (cette résolution annule la résolution ILAC 8.12). tillon, dans lequel les teneurs d’un certain nombre de substances
peuvent être caractérisées en limitant autant que possible
De plus, la résolution ILAC 6 (07/2012) est amendée pour refléter l’influence de la matrice, la plus proche possible du matériau que
cette décision. l’on souhaite analyser ;
L’avenir ne semble pas se simplifier pour les utilisateurs. Cela – MR physico-chimiques caractérisés par des propriétés de
étant, afin d’apporter des réponses aux utilisateurs de matériaux viscosité, de densité optique, par exemple ;
de référence, nous nous en tiendrons aux définitions validées – objets de référence caractérisés par des propriétés telles que le
depuis plus de cinq ans au niveau du VIM (Vocabulaire internatio- goût, l’odeur, la dureté par exemple. Ces objets peuvent aussi être
nal de métrologie) établi par le JCGM (Joint Committee for Guides des matériaux de référence « opérationnels », dits quelques fois
in Metrology ) regroupant huit organisations internationales (cf. externes, utilisés pour valider une partie du système de mesure,
Pour en savoir plus) : comme l’étape d’extraction par exemple, avec des valeurs
– le BIPM (Bureau international des poids et mesures) ; spécifiées directement liées à la méthode mise en œuvre ; ils sont
– la CEI (Commission électrotechnique internationale) ; également utilisés pour déterminer une activité (par exemple,
enzymatique) afin d’associer le paramètre à une certaine propriété
– l’IFCC (Fédération internationale de chimie clinique) ;
(par exemple, la fraction mobilisable).
– l’ILAC (Coopération internationale pour l’accréditation des
laboratoires) ;
– l’ISO (Organisation internationale de normalisation) ;
– l’IUPAP (Union internationale pour la physique pure et
appliquée) ;
2. Exigences normatives
– l’IUPAC (Union internationale pour la chimie pure et extérieures à l’entreprise
appliquée) ;
– l’OIML (Organisation internationale de métrologie légale).
Toutes les normes d’évaluation de la conformité se basant sur
des décisions prises à l’examen de résultats numériques ont des
exigences concernant la maîtrise des processus de mesure, et par
1.3 Différences entre MR et MRC conséquent la traçabilité à un système d’unités cohérent. De
même, dès qu’il est question de conformité du produit, les mêmes
La différence la plus simple est dans le niveau de fiabilité que exigences apparaissent.
l’on peut leur accorder sachant que pour les MRC, on s’efforce
(chaque fois que cela est faisable) de réaliser la traçabilité (rac- Les plus générales sont issues du paragraphe 7.6 de la norme
cordement) des valeurs contenues dans le certificat aux unités de ISO 9001 : « dès lors que des résultats de mesures sont nécessai-
base (en chimie la mole, le litre et le kilogramme). Mais n’est-ce res pour apporter la preuve de la conformité du produit, il convient
pas également le cas pour les MR internes à l’entreprise, élaborés que lorsqu’il est nécessaire d’assurer des résultats valables, les
par l’utilisateur ? équipements de mesure doivent être étalonnés et/ou vérifiés ».
Ces exigences générales de management des processus de
Toutefois, on note qu’un matériau de référence certifié est avant mesure sont par ailleurs détaillées dans la norme ISO 10012 desti-
toute chose un moyen permettant d’assurer la traçabilité métrolo- née à aider l’industriel dans sa démarche de mise sous contrôle de
gique des résultats de mesure produits dans un laboratoire à ses processus de mesure. Dans ces exigences, les matériaux de
d’autres valeurs acceptées comme référence (par le secteur écono- référence ne sont cités que pour souligner qu’ils peuvent être
mique, les utilisateurs, les autorités réglementaires, etc.) et assimilés à des étalons.
donnant toutes les informations nécessaires à son utilisation :
valeur, incertitude associée à cette valeur, unités correspondantes, De son côté, la norme américaine Z540-3 associe systémati-
nombre d’utilisations, condition de conservation, etc. quement les termes standard reference et reference materials
(étalon de référence et matériaux de référence).
Plus le niveau de traçabilité « augmente », plus les niveaux des
incertitudes sont « faibles » et, en règle générale, le prix de plus en
plus élevé. Ce point à lui seul justifierait la nécessité de l’analyse
du besoin de l’utilisateur afin d’optimiser les coûts et le recours Pendant très longtemps, le NBS (aujourd’hui NIST) a utilisé
aux MRC lorsque l’impact de la traçabilité a démontré que cela le terme Standard Reference Material® – SRM pour définir un
était critique pour l’expression du résultat de mesure (essais, MR et étalonné par l’Institut national de métrologie, c’est
analyse, etc.). aujourd’hui une marque déposée par le NIST.

SL 1 640 – 4 Copyright © – Techniques de l’Ingénieur – Tous droits réservés

TR
Exigences et obligations de traçabilité
(Réf. Internet 42116)

1– Généralités

2– Suivi de la qualité et des normes



3– Droit et système juridique Réf. Internet page

Aspects juridiques de la traçabilité TR700 45

Traçabilité et libertés individuelles TR710 47

Traçabilité des échanges électroniques et droit TR850 51

Dématérialisation et traçabilité : quelles pratiques ? TR851 53

Traçabilité des denrées alimentaires. Aspects généraux F1160 55

La traçabilité agroalimentaire : un outil de gestion des risques sanitaires TR870 59

Traçabilité des produits alimentaires et non alimentaires : l'ampleur des contraintes TR880 63

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Aspects juridiques de la traçabilité

par Katia LENTZ


Cabinet Gide, Bruxelles

1. Corpus « législatif » sur la traçabilité ............................................... TR 700 – 2


1.1 La notion de traçabilité au centre du renforcement de la sécurité alimentaire – 2


1.1.1 Fin des disparités nées de la situation avant le règlement
no 178/2002 .......................................................................................... – 2
1.1.2 Réorganisation des autorités compétentes ...................................... – 2
1.2 Le concept de traçabilité au cœur de la réglementation sur la sécurité
alimentaire.................................................................................................... – 3
1.2.1 La traçabilité avant le règlement no 178/2002 .................................. – 3
1.2.2 L’analyse juridique de la traçabilité dans le règlement no 178/2002
et le paquet hygiène............................................................................ – 4
2. Questions juridiques posées par la traçabilité ................................ – 4
2.1 La traçabilité : outil de gestion préventive des risques ............................ – 4
2.2 La traçabilité : outil de réparation ou de gestion de crise ........................ – 5
2.2.1 Responsabilité conjointe et objective des exploitants..................... – 5
2.2.2 Procédure de rappel, de retrait et de notification ............................ – 5
2.3 La traçabilité à l’exportation et à l’importation ......................................... – 6
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TR 700

a réglementation communautaire sur la sécurité alimentaire – dans


L laquelle se trouve intégrée l’exigence transversale de « traçabilité » – est
née à la suite des accidents sanitaires qui se sont produits en Europe depuis le
milieu des années quatre-vingt-dix.
Nota : la traçabilité est la capacité à retracer tout le parcours d’un produit ou d’un organisme depuis sa mise en élevage
jusqu’à sa vente aux particuliers (article 3.15 du règlement no 178/2002, cf. § 1.2.2).

En effet, parallèlement, s’est répandue, dans l’opinion publique, l’idée qu’il doit
exister en alimentation un « risque zéro », de manière à pouvoir prévenir une pro-
pagation des risques, mais également, et surtout, à désigner les responsables.
Cette réglementation a, par la suite, revêtu une autre dimension pour le con-
sommateur, devenu particulièrement exigeant (bien que le prix reste toujours
déterminant dans son choix des produits) : elle lui procure un moyen supplémen-
taire (en sus de ce qui se trouvait déjà sur les étiquettes, du reste, de plus en plus
fouillées et ...fouillies) de connaître l’origine et le contenu des produits qu’il con-
somme, en particulier avec le développement de ce qu’on pourrait appeler
familièrement les « objets comestibles non identifiés » (les OCNI) tels que les
plats déjà cuisinés ou allégés. Ce ne sont pas exclusivement des risques de con-
tamination dont le consommateur veut être protégé, mais également des risques
de « non-information » (les deux allant souvent de pair) et celui-ci veut, désor-
mais, connaître aussi ce qu’il met dans son assiette ou verse dans son verre.
Aujourd’hui, la « traçabilité » est donc devenue la clef de voûte de la
réglementation sur la sécurité alimentaire : elle constitue au premier chef un
outil d’exigence entre professionnels, soucieux de « ménager » ou d’aménager
leur responsabilité professionnelle, et représente aussi pour les professionnels,
mais également pour les pouvoirs publics, un outil de communication à l’égard
du consommateur.
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPPX

Toute reproduction sans autorisation du Centre français d’exploitation du droit de copie


est strictement interdite. – © Editions T.I. TR 700 – 1

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ASPECTS JURIDIQUES DE LA TRAÇABILITÉ ______________________________________________________________________________________________

1. Corpus « législatif » Il a également concilié d’une part, et dans la mesure du possible,


les principes de la PAC (art. 33 et suivants du traité CE) et les princi-
sur la traçabilité pes de la libre circulation des marchandises (art. 28 ex art. 30 du traité
CE) – lesquels jusqu’alors ne s’articulaient que très difficilement – et,
d’autre part, ces mêmes principes avec des exigences comme la pro-
La sécurité alimentaire ne figure pas parmi les politiques de la tection de la vie des personnes, des consommateurs et des animaux.
Communauté européenne énumérées dans le traité CE. Cela ne signi- La sécurité des aliments est alors devenue un objectif indépen-
fie pas pour autant que les institutions communautaires se soient dant et prioritaire.
désintéressées de la question, bien au contraire. Mais, il serait pour-
tant exagéré d’écrire, comme le font certains auteurs, que depuis ses C’est toute la raison d’être de la publication, en septembre 2001,
origines, la Communauté s’est préoccupée d’assurer la sécurité ali- du Livre blanc relatif à la sécurité sanitaire, qui a été « légalisé »
mentaire. Certes, l’un des objectifs de la politique agricole commune par l’adoption du règlement no 178/2002 par le Conseil des minis-
(cf. art. 33 du traité CE, anciennement art. 39) a été de créer une situa- tres de l’Union européenne et le Parlement européen et complété
tion d’autosuffisance alimentaire, mais la sécurité sanitaire, entendue par le « paquet hygiène ».
comme présentement, n’était pas du domaine des préoccupations
des ministres de l’Agriculture, la réglementation exigeant seulement 1.1.2 Réorganisation des autorités compétentes
que le produit commercialisé soit « sain, loyal et marchand ».
La responsabilité de la gestion du risque, comme toutes les poli-


C’est ainsi que, dès le milieu des années soixante, la Commu- tiques communautaires, appartient au Conseil des ministres et à la
nauté s’est employée – par souci de pure harmonisation et pour Commission à travers l’adoption de règlements ou de directives.
éviter, ainsi, que des obstacles soient mis à la circulation des pro-
duits alimentaires – à tenter de gérer le risque alimentaire. Les La procédure applicable reste, dans la plupart des cas, celle de
États membres, seuls alors à participer au Codex Alimentarius où l’article 251 du traité CE : le pouvoir d’initiative appartient à la
s’élaborent des normes touchant à la composition des produits et Commission, le vote et les amendements sont partagés, à pouvoir
à leur sécurité, considéraient que ce n’était qu’accessoirement son égal, entre le Conseil et le Parlement.
domaine de compétence et donc d’action. C’est dans ce cadre qu’a été créé, au niveau communautaire, un
organisme spécifiquement dédié à la sécurité alimentaire, à charge
La Commission européenne réussit néanmoins à adopter, au fil
pour lui d’articuler ses compétences avec celles des organismes
du temps, de nombreux textes relatifs aux denrées alimentaires.
nationaux déjà existants.
Ce n’est toutefois qu’avec l’adoption, le 28 janvier 2002, du
règlement no 178/2002 [1] du Conseil et du Parlement européen – 1.1.2.1 Organismes communautaires
appelée « Food Law » – qui est entré en vigueur le 1er janvier 2005,
Suite à la crise de la vache folle, la Commission a décidé, dès
que l’on peut parler de la mise en place d’une réelle politique com-
1997, de restructurer ses services dans le domaine de la protection
munautaire de sécurité alimentaire.
de la sécurité et de l’hygiène alimentaire, en séparant les services
Ce règlement a été complété en 2004 et 2005 par un ensemble chargés, respectivement, de l’élaboration des textes législatifs, de
de textes relatifs à l’hygiène, pour certains applicables aux profes- la consultation scientifique et des contrôles et en améliorant la
sionnels de l’alimentation humaine (règlements no 852/2004 et transparence et la diffusion de l’information.
no 853/2004 [2] [3]) et animale (règlement no 183/2005 [4]) et pour
Au centre de cette restructuration, figurent, d’une part, l’Autorité
d’autres applicables aux services de contrôle (règlements no 882/
européenne de sécurité des aliments (AESA, en anglais EFSA pour
2004 et no 854/2004 [5] [6]). Cet ensemble de textes constitue ce
European Food Safety Authority) et, d’autre part, l’Office alimen-
qu’il est convenu d’appeler « le paquet hygiène ».
taire et vétérinaire (OAV).
■ L’AESA a été mise en place par le règlement no 178/2002, elle
1.1 La notion de traçabilité au centre intervient principalement en matière d’évaluation des risques rela-
du renforcement de la sécurité tifs à la sécurité des aliments destinés à l’alimentation humaine et
animale. Elle travaille en étroite collaboration avec les autorités
alimentaire nationales et consulte les parties prenantes dans le but de fournir
des avis scientifiques indépendants et une communication claire
1.1.1 Fin des disparités nées de la situation sur les risques existants et émergents.
avant le règlement no 178/2002 En revanche, les mesures de gestion des risques et les opéra-
tions de systèmes de contrôle des aliments ne relèvent pas de la
Les denrées alimentaires étaient considérées, par le passé, soit compétence de l’AESA et restent de la responsabilité de la Com-
comme des produits agricoles (relevant de la PAC), soit comme mission européenne et des États membres.
des produits industriels (subissant les contraintes et les exigences
de la PAC). En vertu des règles communautaires, l’Autorité a une obligation
légale de collaboration avec la Commission européenne, le Parlement
Nota : politique agricole commune (PAC).
européen et les États membres. Cette relation est concrétisée par un
On en veut pour preuve qu’il existait deux services au sein de la forum consultatif et un conseil d’administration, par le biais d’une col-
Commission traitant les denrées alimentaires : la direction géné- laboration formelle et des contacts réguliers avec les législateurs et
rale de l’Agriculture et la direction générale du Marché intérieur et les fonctionnaires de la Commission. Elle s’appuie ainsi sur neuf
services. groupes spécialisés dans différents domaines (cf. encadré).
Cette distinction n’était pas sans conséquence dans la mesure ■ L’OAV est chargé de veiller au respect par les États membres et
où elle avait généré une réglementation, certes importante, mais les pays tiers des législations communautaires vétérinaires, phyto-
éparse et fragmentée. Le résultat était que la sécurité alimentaire sanitaires et d’hygiène des denrées alimentaires. Pour ce faire, il
(art. 95 CE – ex art. 100 du traité CE) était un objectif dépendant effectue des audits, des contrôles et inspections sur place afin de
des autres politiques communautaires. vérifier la conformité aux exigences requises en matière de sécu-
Les crises alimentaires, notamment celles de la vache folle, ont rité et d’hygiène alimentaire tout au long de la chaîne de produc-
suscité l’adoption du paquet « sécurité sanitaire » qui a d’abord tion, que ce soit dans les États membres ou dans les pays
permis de rassembler les différentes mesures de prévention, les exportant vers l’Union européenne. Il communique ensuite ses
différents mécanismes d’alerte et les différents dispositifs de con- résultats et recommandations aux autorités nationales et commu-
trôle qui existaient. nautaires, ainsi qu’au grand public.

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Traçabilité et libertés individuelles

par Éric BARBRY


Avocat au barreau de Paris
Directeur du pôle « Droit du numérique »
Alain Bensoussan-Avocats Lexing®

1.
1.1
1.2
La trace, un objet juridique à part entière .......................................
La traçabilité comme obligation légale .....................................................
Autres sources juridiques de l’obligation de tracer .................................
TR 710 - 4


4
5

2. Statut juridique de la trace .................................................................. — 7
2.1 La trace, une preuve ................................................................................... — 7
2.2 La trace, une donnée protégée .................................................................. — 7
3. Un conflit de légitimité apparent ....................................................... — 7
3.1 Conflit de légitimité anticipée .................................................................... — 8
3.2 Conflit de légitimité en suspens ................................................................ — 9
3.3 Absence de trace comme solution au conflit de légitimité ..................... — 10
4. Gestion juridique de la trace................................................................ — 11
5. Conclusion : le droit des traces en devenir ..................................... — 12
Pour en savoir plus .......................................................................................... Doc. TR 710

n quelques années, la traçabilité est devenue une question juridique de


E premier plan.
Qu’il s’agisse de la traçabilité dans le domaine alimentaire, dans celui de la
finance, dans celui de la santé, dans le secteur de la sécurité ou dans celui de
l’électronique, la question est toujours la même : de quelle trace disposons-
nous ? et pour en faire quoi ?
Qu’est-ce que la traçabilité et qu’est-ce qu’une trace ? Il faut ici pouvoir dis-
tinguer la traçabilité d’un point de vue technique et la traçabilité dans sa
sphère juridique et, in fine, de vérifier si l’une et l’autres sont placées sur le
même plan.
La traçabilité est un néologisme dérivé de l’anglais traceability, pouvant être
traduit par « capacité à tracer » [1].
La traçabilité rejoint les notions de « tracer », « trace » et « traçage », qui
impliquent l’utilisation d’éléments de marquage et d’identification d’un objet
ou d’un acteur.
La norme ISO 9000 [1] la définit comme étant « l’aptitude à retrouver l’histo-
rique, la mise en œuvre ou l’emplacement de ce qui est examiné ».
La définition ISO de la traçabilité prévoit qu’il est possible de retrouver à tout
moment la trace des événements de la vie d’un produit au moyen d’informa-
tions enregistrées.
Il s’agit d’identifier un bien, un service, une personne et de lui associer des
événements qui, au fil du temps, l’ont transformé, ces évènements pouvant
eux-mêmes être identifiés et donc tracés.
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQT

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TRAÇABILITÉ ET LIBERTÉS INDIVIDUELLES ______________________________________________________________________________________________

La traçabilité est « plurielle », alliant les aspects suivants :


• identification ; la traçabilité permet de différencier un bien, une personne,
ou un groupe parmi d’autres et de le reconnaître dans un ensemble ;
• authentification ; cette approche permet de s’assurer qu’un bien ou une
personne précédemment « certifiée » présente bien une signature
authentique ; l’authentification fait appel à un tiers de confiance qui gère
les secrets permettant la certification ;
• localisation ; la traçabilité place un bien ou une personne dans l’espace et
dans le temps (tel le suivi GPS) ;
• sécurisation ; la fiabilité et la sécurité de l’information sont des éléments
incontournables d’une solution de traçabilité ; l’altération de l’information
peut déstabiliser un processus de production avec pour conséquence une
perte de confiance dans la solution de traçabilité.
Ces aspects de la traçabilité, ou ce que certains appellent la « traçabilitique »,
S doivent permettre une approche globale qui associe l’utilisation des technolo-
gies de support et de capture de l’information, faisant ainsi le lien entre la
traçabilité et les technologies.
Sur le plan juridique, le terme de traçabilité est identifiable dans plus de dix-
huit codes aussi variés que le Code de commerce, le Code pénal, le Code
général des impôts ou encore le Code de l’environnement.
On dénombre par ailleurs plus de vingt-six lois, décrets ou arrêtés qui com-
portent dans leur titre le mot même de traçabilité, sur des thèmes aussi variés
que la chasse au gibier d’eau, les produits vinicoles ou les explosifs à usage
civil…
Quant au nombre de textes de toutes natures qui comporte le terme de tra-
çabilité, ils sont suffisamment nombreux pour ne pas les citer tous.
À côté du mot même de traçabilité il existe un très grand nombre d’obliga-
tions ou de dispositions qui, sans utiliser la même terminologie, ont pour objet
ou pour effet de traiter de la trace.
Au sens technique on parlera alors de log de connexion, de données techni-
ques, de données de trafic, de données d’identification ou encore de données
de connexion ; au sens juridique on leur donnera à peu près tous un seul et
même synonyme : la preuve !
Sur le plan juridique, en effet, la trace devient une preuve : preuve d’un fait,
d’un acte, d’une intervention, d’une présence, du respect de la loi ou de son
manquement… mais aussi parfois absence d’action ou de réaction.
Ce que l’on cherche en effet à faire avec la trace, c’est prouver… prouver que
X a fait ceci, prouver que Y était bien là le jour J, prouver que Madame Michu
a bien acheté ceci sur internet ou encore que Monsieur Michu est bien passé
trop vite devant le radar automatique…
Issue primairement du secteur industriel, la traçabilité y est entendue comme
le processus qui assure qu’en cours de transformation, par un ou plusieurs
procédés quelconques (découpage, laminage, extraction, mélange, chauffage,
électrolyse, etc.), un produit ou l’ingrédient est toujours affecté de l’informa-
tion qui lui a été initialement attribuée, et ce jusqu’à sa destination finale.
Dans le secteur agroalimentaire, la traçabilité est l’un des moyens essentiels
pour assurer la sécurité alimentaire. Dans ce domaine, la traçabilité est
devenue une obligation légale prévue par le règlement européen (CE) 178/2002
du 28 janvier 2002, notamment par son article 18 intitulé « Traçabilité », impo-
sant aux entreprises du secteur agroalimentaire une obligation de traçabilité
des denrées alimentaires à tous les stades de la chaîne de production et de
commercialisation :
– denrées et substances entrant dans la composition des produits ;
– identification des fournisseurs et des clients ;
– mise à disposition des autorités compétentes de tous les éléments de
contrôle nécessaires sur demande.

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_______________________________________________________________________________________________ TRAÇABILITÉ ET LIBERTÉS INDIVIDUELLES

Les entreprises agroalimentaires sont tenues en particulier d’assurer un


archivage des flux pendant cinq ans et de restituer l’information grâce à la
mise en place d’un système structuré. Ceci est particulièrement important dans
le cadre d’un retrait de produit du marché que l’article 19 du même règlement
européen rend obligatoire en cas de risque. Les entreprises du secteur agroali-
mentaire ont donc une obligation de résultats et non de moyens.
Cette traçabilité est supposée nous éviter de consommer de la viande de
cheval à la place de la viande de bœuf ou d’éviter que des animaux impropres
à la consommation humaine finissent dans nos assiettes. Toute ressemblance
avec des situations existantes ou ayant existé n’a rien de fortuite ! Et l’on com-
prend ainsi que la traçabilité peut aussi être détournée ou contournée.
Dans la pratique, la traçabilité est donc la capacité à retrouver un produit (ali-
mentaire au besoin) lorsqu’il parcourt une suite de transformations ou lorsqu’il
est ensuite distribué au consommateur.
Si un produit présente un danger pour le consommateur, la traçabilité est la
capacité de l’identifier, de le localiser et de le retirer des points de vente (plan
de retrait-rappel).

Dans d’autres secteurs (industrie nucléaire, pharmaceutique, etc.), des
contraintes réglementaires d’application de la traçabilité sont également prévues.
Enfin, dans la construction mécanique et électrique, la traçabilité s’occupe
également, à partir d’un produit ou d’un service livré, de remonter la chaîne
d’informations et d’indiquer l’origine du produit, ou du service, et de tous les
sous-traitants ou fournisseurs qui ont participé à sa fabrication.
La traçabilité des objets permet ainsi de déterminer la responsabilité d’un
acteur dans la chaîne de production ou de distribution.
Dans le domaine alimentaire, on parlera essentiellement de la traçabilité des
animaux, singulièrement lorsqu’ils sont à destination comestible ; dans le
domaine de la santé, on pensera immédiatement à la traçabilité des lots de
médicaments ; dans le domaine de la banque et de la finance, la traçabilité
portera sur les opérations mises en œuvre et leur caractère plus ou moins
exceptionnel. Dans le secteur de la sécurité, la traçabilité pourra rimer avec
vidéosurveillance ou biométrie, et dans celui de l’électronique avec logs,
données de trafic ou données de connexion.
Dans la plupart de ces situations, traçabilité rime avec identité.
La question en effet est moins de savoir d’où vient la vache, mais de savoir,
si elle est folle et qui a pu en consommer… tout comme en matière pharmaco-
logique, la question sera d’identifier la personne qui a pu avoir accès à un lot
critique.
En matière de banque, on s’intéressera surtout à identifier celui ou celle des
traders qui a pu engager une démarche hors norme. En matière de sécurité, la
problématique posée est celle de l’identification d’un délinquant et en matière
électronique savoir qui de Pierre ou de Paul s’est connecté, à quoi, et pendant
combien de temps.
Dans tous les cas et même lorsque la trace ne porte pas sur la personne elle-
même, elle la touche directement : la traçabilité des médicaments ou des ali-
ments rejaillit sur ceux qui les consomment ; la traçabilité des armes sur ceux
qui les manipulent, et ainsi de suite.
Il existe donc une corrélation, pour ne pas dire une immixtion, entre la trace
et l’individu.
Il existe donc un lien étroit pour ne pas dire systématique entre traçabilité et
les données personnelles et il existe donc naturellement ou nécessairement
une problématique entre la légitimité de la trace et une potentielle atteinte aux
libertés individuelles ou collectives.
Cette immixtion est telle qu’une même trace peut être appréhendée du côté
malin ou du côté malsain. Personne ou presque n’aime l’idée d’être vidéo-

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Traçabilité des échanges


électroniques et droit

par Eric A. CAPRIOLI


Docteur en droit, avocat à la Cour
Société d’avocats Caprioli & Associés


Isabelle CANTÉRO
Juriste, responsable du département vie privée et données personnelles
Société d’avocats Caprioli & Associés
Pascal AGOSTI
Docteur en droit, avocat à la Cour
Société d’avocats Caprioli & Associés

1. Contexte général...................................................................................... TR 850 – 2


2. Les traces volontaires............................................................................. — 2
2.1 Les écrits sous forme électronique ............................................................ — 2
2.2 Les autres traces électroniques probantes................................................ — 3
3. Les traces électroniques involontaires : les données de
connexion................................................................................................... — 4
3.1 Les textes juridiques applicables ............................................................... — 4
3.1.1 Le Code des postes et communications électroniques (C.P.C.E.) ... — 4
3.1.2 La loi « Informatique, Fichiers et Libertés »...................................... — 5
3.1.3 La loi pour la confiance dans l’économie numérique ..................... — 6
3.1.4 La Convention du Conseil de l’Europe sur la cybercriminalité....... — 6
3.2 Les personnes en charge de l’obligation de conservation des données... — 6

Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. TR 850

identification des personnes constitue la condition sine qua none de la


L’ sécurité des échanges sur les réseaux numériques. Il en va de même de
l’authentification (vérification de l’origine) d’un message ou d’une requête. En
effet, en droit, un acte ou un fait doit pouvoir être imputé – en principe – à une
personne déterminée. Le droit à l’anonymat n’est ainsi consacré que dans certai-
nes hypothèses strictement limitées (accouchement sous X, défense de la liberté
d’expression, données de connexion après un délai, anonymat « relatif » des
personnes physiques qui publient des contenus sur le web, etc.) [1]. Rappelons
ici que le droit à l’anonymat doit se mesurer à l’aune d’une responsabilité juridi-
que essentielle de la personne : celle de rendre compte de ses actes au cours de
la vie sociale.
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPV

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TRAÇABILITÉ DES ÉCHANGES ÉLECTRONIQUES ET DROIT ______________________________________________________________________________________

1. Contexte général Il convient ainsi de définir le régime juridique applicable aux tra-
ces que les internautes ont laissés que ce soit de façon volontaire
(§ 2) ou involontaire (§ 3).

Les internautes doivent rendre des comptes dans certains cas. En


effet, l’utilisation des réseaux numériques n’est pas neutre. Bien au
contraire. L’internet est rentré dans les foyers ; il constitue désor- 2. Les traces volontaires
mais un média au même titre que les autres. Par conséquent, les
comportements des internautes ne sauraient s’affranchir du respect
des règles de droit. De nombreux risques doivent ainsi être pris en
compte : 2.1 Les écrits sous forme électronique
— les risques liés à la dénégation d’un acte juridique passé par
voie électronique (remise en cause d’un engagement/contrat sur les En droit civil (encadré 1), il est important de garantir l’imputabi-
réseaux) ; lité et l’intégrité de l’écrit sous forme électronique, de son établisse-
— les risques liés à une utilisation délictuelle des réseaux (par ment à sa conservation. Sous cet angle, la traçabilité doit permettre
exemple, infractions liées aux actes de paiement, aux dénis de ser- l’identification des personnes dont l’acte émane, et de connaître le


vice (saturation), ou infractions facilitées ou liées à l’utilisation des moment de la formation de l’engagement, ainsi que le contenu
technologies de l’information : diffusion de contenus illicites (pédo- auquel les parties ont consenti à cette date.
pornographie, racisme, antisémitisme, etc.), escroqueries par utilisa-
tion frauduleuse de numéro de carte bancaire pour une transaction
en ligne (phishing [2]), les escroqueries par fausse vente sur un site Encadré 1
d’enchères en ligne, les contrefaçons de logiciels ou d’œuvres
audiovisuelles, que ces actes soient effectués à partir d’un ordina- En matière administrative ou commerciale, la preuve est libre.
teur situé au domicile d’une personne ou dans une entreprise [3]. Le formalisme du droit civil n’est pas toujours transposable.
Toutefois, en raison de la fiabilité reconnue au dispositif proba-
Pour ce faire, les actions des internautes (navigation, mise en toire en matière civile, la signature électronique que revêt un
ligne d’un texte, d’une image ou acceptation d’un contrat) doivent acte reste le mode de preuve privilégié quel que soit le domaine
pouvoir être tracées. Il s’agit d’une précaution tant technique que du droit envisagé [8, 9].
juridique. La trace y est définie comme « une suite d’empreintes ou
de marques que laisse le passage d’un être ou d’un objet ; marque
laissée par une action quelconque ; ce à quoi on reconnaît que quel- L’article 1316 du Code civil* pose une définition large de la preuve
que chose a existé ; ce qui subsiste d’une chose passée. »*. La traça- par écrit indépendamment du support utilisé et des modalités de
bilité**, quant à elle, ne fait l’objet d’aucune acception classique. leur transmission. De plus, l’écrit visé à l’article 1316-1 du Code civil
Mais, dans le domaine des nouvelles technologies, on peut l’enten- – trace volontaire – est une preuve parfaite. L’écrit sous forme
dre comme : « 1) Aptitude à retrouver l’historique, l’utilisation ou la électronique doit correspondre à des exigences juridiques et
localisation d’un article ou d’une activité au moyen d’un identifiant techniques : il « est admis en preuve au même titre que l’écrit sur
enregistré. 2) Opération qui consiste, au fil des étapes de raffine- support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la
ment de la modélisation d’un système ou d’un logiciel en construc- personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des
tion, à suivre toutes les exigences de la spécification et à vérifier conditions de nature à en garantir l’intégrité ». Dans cette logique, la
qu’elles se retrouvent dans les constituants du modèle » [4]. trace électronique apparaît ainsi comme un moyen d’identification
*Dictionnaire Robert, voir «Trace ».
et son établissement et sa conservation devront être réalisés dans
des conditions de nature à en garantir l’intégrité.
**Dictionnaire Informatique, Larousse, voir «Traçabilité ».
*Art. 1316 du Code civil : « La preuve littérale ou preuve par écrit résulte d’une suite de
lettres, de caractères, de chiffres ou de tous autres signes ou symboles dotés d’une signifi-
Le critère essentiel de distinction entre les finalités de la traçabilité cation intelligible, quels que soient leur support et leurs modalités de transmission ».
est constitué par la volonté de l’internaute de se faire connaître et
reconnaître sur les réseaux. À ce titre, les traces involontaires d’une ■ La première condition posée par l’article 1316-1 du Code civil
personne serviront surtout d’indices dans le cadre d’une procédure pour que les écrits électroniques soient probants recouvre un dou-
pénale tandis que les traces volontaires (un écrit signé par exemple) ble aspect : l’imputabilité de l’acte à la personne qui l’a signé. Le
auront une importance considérable en droit privé (civil, commer- procédé de signature électronique basé sur la cryptologie à clé
cial, travail, …) et en droit public (administratif, comptabilité publi- publique (signature numérique) offre la garantie d’identification pré-
que, marchés publics, …). Bref, l’utilisation de moyens de traçabilité vue à l’article 1316-4 du Code civil. Avec la signature numérique,
sert à la constitution de preuves numériques et parfois à la validité l’identification du signataire correspond au nom de la personne ins-
de l’acte juridique lui-même ; elles doivent être admissibles devant crite dans un certificat en qualité de signataire lié à une paire de clés
les diverses juridictions. cryptographiques dites asymétriques. Le certificat est délivré par un
prestataire de services de certification électronique en charge de
Parmi les traces laissées par l’internaute, nombreuses sont celles garantir l’identification du titulaire (sur la question de la preuve élec-
qui ont trait à ce que l’on appelle généralement la vie privée, mais tronique, voir [10, 11, 12]).
que le droit qualifie de protection des données à caractère person-
nel régie par la loi modifiée, relative à l’informatique, aux fichiers et Il est bon de rappeler ici que toutes les signatures électroniques
aux libertés [5]. Les traces ainsi collectées sont souvent utilisées théoriquement sont admissibles par le juge et ce, quel que soit leur
dans le cadre d’un profilage commercial [6], que ce soit pour effec- niveau de fiabilité, sous réserve qu’elles remplissent les exigences
tuer de la prospection directe et de la publicité non sollicitée à desti- fixées aux articles 1316-1 et 1316-4 du Code civil (identification,
nation d’internautes (pour une affaire traitant de l’aspiration intégrité, consentement, procédé fiable, lien de la signature à
d’adresses mail, voir [7]), ou dans le cadre de listes noires***. Ces l’acte). Il conviendra au juge d’établir si elles sont recevables ou
traces ne seront pas traitées dans le cadre des développements de non. Toutefois, certaines sont considérées comme étant sécurisées,
la présente contribution. c’est-à-dire qu’elles répondent aux critères de fiabilité posés dans le
décret no 2001-272 du 30 mars 2001, pris pour l’application de
***Il s’agit de fichiers dits d’exclusion qui répertorient tant des informations relatives l’article 1316-4 du Code civil et relatif à la signature électronique
aux incidents de paiement que des comportements pénalement répréhensibles ou encore
des « anomalies » ou « incohérences » soumis à autorisation suivant l’article 25 de la loi [13]. Elle est « établie grâce à un dispositif sécurisé de création de
Informatique, fichiers et libertés. signature électronique et la vérification de cette signature repose

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Dématérialisation et traçabilité :
quelles pratiques ?
par Pascal AGOSTI
Docteur en droit, avocat à la Cour
Société d’avocats Caprioli & Associés
Isabelle CANTERO
Juriste, responsable du département vie privée et données personnelles
Société d’avocats Caprioli & Associés
Eric A. CAPRIOLI
Docteur en droit, avocat à la Cour
Société d’avocats Caprioli & Associés

1. Traçabilité et identification.................................................................. TR 851 - 2


1.1 Aspects juridiques de l’identification ........................................................ — 2
1.2 Moyens techniques d’identification .......................................................... — 3
2. Traçabilité et consentement ................................................................ — 3
2.1 Aspects juridiques....................................................................................... — 3
2.2 Moyens de consentement .......................................................................... — 4
3. Traçabilité et intégrité ........................................................................... — 5
3.1 Aspects juridiques....................................................................................... — 5
3.2 3.2 Moyens techniques............................................................................... — 5
4. Traçabilité et archivage......................................................................... — 5
4.1 Aspects juridiques....................................................................................... — 5
4.2 Moyens techniques..................................................................................... — 6
5. Traçabilité et informations................................................................... — 7
5.1 Aspects juridiques....................................................................................... — 7
5.2 Moyens techniques..................................................................................... — 7
6. Conclusion................................................................................................. — 8
Pour en savoir plus .......................................................................................... Doc. TR 851

a dématérialisation des documents et des échanges est une pratique fré-


L quente dans les entreprises et au sein des collectivités publiques du fait
des nombreux avantages qu’elle procure (meilleure traçabilité des documents,
gain de temps, économie de papier, amélioration du partage des informations
et de la fluidité des échanges, amélioration des performances économiques).
En raison de la généralisation du recours à la dématérialisation (dématérialisa-
tion des factures, des bulletins de paie, des contrats commerciaux et de
consommation, des lettres recommandées, des déclarations de créances…), il
est nécessaire de définir la notion afin d’en déterminer les contours ainsi que
les implications juridiques qui en résultent.
Par ailleurs, la question de la valeur juridique des documents et des actes
juridiques dématérialisés demeure centrale.
L’élaboration d’un projet de dématérialisation ne s’improvise pas et nécessite
que soient pris en compte les différents aspects (juridique, politique, technique
ou organisationnel) au niveau de la direction générale. C’est pour cela qu’il est
p。イオエゥッョ@Z@ュ。ゥ@RPQR

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DÉMATÉRIALISATION ET TRAÇABILITÉ : QUELLES PRATIQUES ? ______________________________________________________________________________

nécessaire de bien prendre conscience du lien étroit existant entre le droit et la


technique, et donc de ne pas limiter la dimension juridique d’un tel projet aux
seules exigences de conformité légale et réglementaire. Cette dimension doit
également être intégrée lors de la conception et de la mise en œuvre d’un projet
de dématérialisation.
Le processus de dématérialisation renvoie concrètement à cinq notions
fortes : l’identification de l’auteur de l’acte (1), la manifestation du consente-
ment à un acte (2), l’intégrité de l’acte (3), l’archivage de l’acte (4) et la
traçabilité des informations relatives à l’acte (5).
Avant même de déterminer les aspects juridiques liés à la dématérialisation
et de faire état des pratiques ayant cours en la matière, il est nécessaire de
définir ce que recouvre la notion de dématérialisation. La dématérialisation
peut se définir comme « la technique par laquelle il est possible de trans-
former un document, un flux de documents papier ainsi que les traitements
qui lui sont appliqués, en un document, flux et traitements numériques »
S (CAPRIOLI Eric, Vade-mecum juridique de la dématérialisation des documents,
collection Les guides de la confiance de la FNTC, 4e édition, juin 2011). La
dématérialisation des documents est une parfaite illustration de l’adaptation du
droit aux technologies de l’information et de la communication dans la mesure
où ce processus fait l’objet d’un encadrement juridique. Il s’agit de garantir aux
documents électroniques une valeur juridique équivalente à celle des docu-
ments papiers. En effet, si une exigence juridique n’est pas traduite en
fonctionnalité technique lors de l’élaboration d’un tel projet, le document résul-
tant de ce procédé est susceptible de voir sa valeur juridique remise en cause.
La dématérialisation doit, pour ce faire, être appréciée au regard de l’exi-
gence de traçabilité, c’est-à-dire que ce processus doit permettre de conserver
une trace électronique fidèle et intègre des documents et des actions effec-
tuées sur les documents afin que ces derniers puissent être produits comme
un moyen de preuve.

1. Traçabilité et site pas l’établissement d’un lien physique entre la personne et


l’élément externe qui atteste de son origine » [3]. De manière
identification générale, on peut distinguer l’identification de l’authentification
dans la mesure où s’identifier consiste à communiquer une iden-
tité préalablement enregistrée alors que s’authentifier consiste à
L’identification de l’auteur de l’acte est un prérequis essentiel rapporter la preuve de son identité par le biais d’une vérification.
dans le cadre de la dématérialisation. Il est donc nécessaire de L’article 4.e du règlement CE n° 460/2004 du Parlement européen
s’intéresser aux aspects juridiques de l’identification dans un pre- et du Conseil du 10 mars 2004 définit l’authentification comme « la
mier temps (1.1) et aux moyens techniques d’identification exis- confirmation de l’identité prétendue d’entités ou d’utilisateurs ».
tants dans le cadre de la dématérialisation des documents (1.2). Ainsi, on constate que l’identification de l’auteur de l’acte est un
élément essentiel dans le cadre d’un projet de dématérialisation
des documents, car il permet de rendre imputable l’acte à son
1.1 Aspects juridiques de l’identification signataire, c’est-à-dire de lui en attribuer l’origine. On trouve la
référence à cette notion « d’imputabilité de l’acte » dans les dispo-
À titre préliminaire, on peut noter que l’identification des per- sitions de l’article 1316-1 du Code civil qui dispose que l’auteur
sonnes est la condition sine qua non de la sécurité des échanges dont « l’acte émane doit être dûment identifié ». Plus précisément,
sur les réseaux numériques, mais c’est également l’un des prére- il s’agit ici de permettre au destinataire de vérifier l’identité de la
quis essentiels dans le cadre de la dématérialisation. Ainsi, il est personne ayant apposé sa signature sur ledit document ou acte,
important de rappeler qu’au vu des dispositions de la loi n° 2000- puisqu’à défaut d’identification de l’auteur dont l’acte émane ou du
230 du 13 mars 2000 portant adaptation de la preuve aux technolo- signataire de l’acte, il sera impossible pour le destinataire d’impu-
gies de l’information et relative à la signature électronique, l’identi- ter ledit acte à une personne déterminée [4]. Par conséquent, le ris-
fication de l’auteur de l’acte est une des conditions fondamentales que encouru dans la cadre d’une dématérialisation des documents
requises dans le cadre de la dématérialisation des documents ou est que la personne refuse de reconnaître qu’elle est l’auteur de
actes, pour donner à l’écrit sous forme électronique une force pro- l’acte. C’est pour cela que dans le cadre d’une dénégation ou d’un
bante équivalente à celle de l’écrit sur support papier [1]. Mais refus de reconnaissance portant sur un écrit ou une signature élec-
cette exigence est également indispensable pour déterminer la fia- tronique, le juge va procéder à la vérification des conditions requi-
bilité d’un procédé de signature électronique [2]. Afin de mieux ses par les articles 1316-1 et 1316-4 du Code civil pour déterminer
comprendre cette exigence, il semble nécessaire de la définir. si la dénégation est justifiée en application de l’article 287 du Code
L’identification peut se définir comme l’opération par laquelle un de procédure civile (CPC).
individu fait état de son origine sur la base d’un élément externe et Par ailleurs, si les dispositions de l’article 1316-1 du Code civil
exprime son identité. On peut noter que « l’identification ne néces- font référence à cette exigence d’identification de l’auteur de l’acte,

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TR 851 – 2 est strictement interdite. – © Editions T.I.

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Traçabilité des denrées alimentaires


Aspects généraux
par Daniel NAIRAUD
Chef du bureau de la qualité et de la coordination des contrôles
Direction générale de l’alimentation, Ministère de l’agriculture et de la pêche
Secrétaire du Conseil national de l’alimentation (CNA)

1.
1.1
Définitions et objectifs de la traçabilité ...........................................
La traçabilité : outil de fiabilisation de l’étiquetage des denrées ............
F 1 160 – 2
— 2

1.2 La traçabilité : outil de maîtrise de la sécurité des produits .................... — 3
1.2.1 Suivi des effets à long terme ............................................................ — 3
1.2.2 Retrait du marché de produits susceptibles de présenter un risque — 3
1.3 La traçabilité : outil d’amélioration de la qualité....................................... — 4
1.4 La traçabilité n’est pas une fin en soi......................................................... — 4
2. Exemples d’outils de traçabilité existants........................................ — 4
2.1 Outils d'acquisition-transmission de l’information .................................. — 4
2.1.1 Outils, manuels, papier ...................................................................... — 4
2.1.2 Outils informatisés ............................................................................. — 4
2.2 Outils de gestion de l'information ............................................................. — 5
3. Limites de la traçabilité ......................................................................... — 5
3.1 Limites techniques....................................................................................... — 6
3.2 Limites économiques .................................................................................. — 6
3.3 Limites politiques ........................................................................................ — 6
3.4 Systèmes périphériques à la traçabilité .................................................... — 6
4. Articulation entre dispositifs réglementaires
et initiatives collectives......................................................................... — 6
4.1 Quelques initiatives collectives des opérateurs de l’agroalimentaire..... — 7
4.2 Cohérence des exigences légales et réglementaires, nationales
et communautaires...................................................................................... — 8
4.2.1 Sur la définition et les objectifs ......................................................... — 8
4.2.2 Sur l’articulation entre la réglementation
et les initiatives volontaires des professionnels .............................. — 8
5. Perspectives .............................................................................................. — 9
6. Conclusions ............................................................................................... — 10
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. F 1 160

ans la période récente, les interrogations sur l’alimentation, sur la qualité


D des produits, sur leur sécurité, sur de nouvelles techniques de production se
sont multipliées. Ce constat suppose au plan général que les acteurs publics et
privés mettent en place des dispositifs qui permettront de garantir un haut
niveau de protection des consommateurs :
— d’abord, un système global d’analyse des risques doit aboutir à ce que les
citoyens vivent dans une société où les risques qui pourraient les atteindre
soient reconnus, évalués et effectivement réduits, par les décideurs, à un niveau
socialement accepté ;
— ensuite il faut, pour prévenir les crises sanitaires et assurer une information
aussi complète et transparente que possible des consommateurs, accélérer
p。イオエゥッョ@Z@ェオゥョ@RPPS

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TRAÇABILITÉ DES DENRÉES ALIMENTAIRES _________________________________________________________________________________________________

l’organisation de la chaîne alimentaire ce qui suppose notamment d’accélérer la


mise en place de la traçabilité.
Dans l’esprit des consommateurs, la traçabilité est devenu un mot magique
même si en situation d’achat ils n’en font pas nécessairement usage. Elle est
pour eux un élément de réassurance mais elle doit être conçue non comme un
élément de la qualité des produits mais comme une composante intrinsèque de
la qualité des systèmes.
Il est remarquable que si de nombreux travaux sont en cours en 2003, notam-
ment dans les entreprises, la traçabilité n’en est encore généralement qu’à ses
débuts et reste une stratégie d’entreprise plutôt qu’une stratégie collective.


1. Définitions et objectifs Le Conseil d’État en a donné la définition suivante : « établir et
de la traçabilité tenir à jour des procédures écrites d’informations enregistrées
et d’identification des produits ou lots de produits, à l’aide de
moyens adéquats, en vue de permettre de remonter aux origi-
nes et de connaître les conditions de production et de distribu-
tion de ces produits ou lots de produits. »
Selon la norme ISO 9000-(2000), la traçabilité est « l’aptitude à
retrouver l’historique, la mise en œuvre ou l’emplacement de ce
qui est examiné. Dans le cas d’un produit, elle peut être liée à Cette définition rappelle que la traçabilité implique deux notions :
l’origine des matériaux et composants, l’historique de réali- — la traçabilité sur la logistique du produit (« permettre de
sation, la distribution et l’emplacement du produit après remonter aux origines du produit »), c’est-à-dire être capable de sui-
livraison ». vre le produit dans l’espace et dans le temps ;
Au sens de l’ancienne norme ISO 8402, la traçabilité est — la traçabilité sur le contenu du produit (« connaître les condi-
« l’aptitude à retrouver l’historique, l’utilisation ou la localisation tions de production et de distribution de ces produits »), c’est-à-dire
d’une entité (par exemple, un végétal, un animal, une denrée ali- être capable de donner toutes les informations concernant la vie du
mentaire) au moyen d’identifications enregistrées ». produit (alimentation des animaux, soins vétérinaires, produits phy-
tosanitaires, engrais, transformation, etc.).
Une traçabilité complète ne peut être que la juxtaposition de ces
La traçabilité fournit, à cet effet, les mécanismes de création d’un deux formes de traçabilité.
flux continu d’informations couplées à un flux physique de mar-
chandises. Son objectif central vise donc à limiter la discontinuité de
l’information tout au long de la chaîne alimentaire, au moyen d’un 1.1 La traçabilité : outil de fiabilisation
système de documentation et d’enregistrement des données liées
aux transactions commerciales entre opérateurs. Établir la traçabi- de l’étiquetage des denrées
lité d’un produit consiste donc pour les opérateurs à avoir la capa-
cité de transférer les informations relatives à ce produit (au L’objectif de l’étiquetage des aliments est de fournir des informa-
minimum son identifiant), à chaque cession ou transaction, sous la tions pertinentes aux acheteurs et aux consommateurs. Pour ces
forme d’un étiquetage approprié ou de documents d’accompagne- derniers, l’étiquetage vise à faciliter leurs choix et à les protéger
ment, et à enregistrer et conserver les informations acheminées. contre des pratiques déloyales ou trompeuses. La traçabilité amé-
Toutefois, la traçabilité ne définit pas a priori le volume d'informa- liore, dans ce contexte, la fiabilité de l’étiquetage des produits et
tions à transférer. Les informations peuvent exister sans qu'il soit donc sa crédibilité.
nécessaire de toutes les transmettre à chaque cession.
Certains analystes distinguent :
Qu’elle soit descendante, c’est-à-dire qu’elle permette de connaî-
tre la destinée de cette entité, ou qu’elle soit ascendante, c’est-à-dire — la traçabilité « transporteur » selon que les informations sont
qu’elle permette de retrouver l’origine et l’historique de ladite entité, dissociées du produit et qu’elles intéressent les actes des opéra-
elle est considérée comme un outil de gestion de la qualité et un teurs ;
outil d’information au service des filières agroalimentaires, dont les — et la traçabilité « transportée » pour laquelle l’information
pouvoirs publics soutiennent le développement dans une finalité de accompagne la marchandise.
meilleure organisation de la logistique, de maîtrise des non-confor- Cette dernière est plus précise dans la mesure où elle concerne
mités (rappels des lots), de promotion de la qualité et de l’origine chaque unité de fabrication pour laquelle les événements subits par
(Label rouge, Agriculture biologique, etc.), de transparence des le produit ou par ses constituants s’ajoutent progressivement les
marchés (étiquetage des viandes bovines), ou bien entendu, de ges- uns aux autres au cours du processus de fabrication.
tion des alertes alimentaires (figure 1). De manière générale, l’organisation de la traçabilité doit être telle
Diverses typologies, essentiellement sémantiques, ont été mises que les informations forment un système d’échanges continu entre
au point pour préciser le concept de traçabilité. les opérateurs considéré comme ininterruptible et infalsifiable.

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F 1 160 − 2 © Techniques de l’Ingénieur, traité Agroalimentaire

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________________________________________________________________________________________________ TRAÇABILITÉ DES DENRÉES ALIMENTAIRES

« aptitude à retrouver
l’historique, l’utilisation ou
la localisation d’une entité (par
exemple un végétal, un animal,
une denrée alimentaire) au moyen Couplé à un
d’identifications enregistrées » flux physique de Traçabilité
marchandises ascendante
Norme ISO 9000-2000
Permettre de
retrouver l'origine
et l'historique
du produit
Flux continu
Définitions TRAÇABILITÉ d'informations
Instrument de
Traçabilité


fiabilisation de
l'information descendante

Ancienne norme ISO 8402 Connaître


Limiter la la destinée
discontinuité de du produit
« aptitude à retrouver
l’historique, la mise en œuvre l'information tout au
ou l’emplacement de ce qui est long de la chaîne
examiné. Dans le cas d'un produit, elle alimentaire
peut être liée à l’origine des matériaux
et composants, l’historique de réalisation,
la distribution et l’emplacement
du produit après livraison »

Figure 1 – Définitions et fonctionalités de la traçabilité

Il apparaît que les systèmes d’échange d’informations (EDI) permet- 1.2.2 Retrait du marché de produits susceptibles
tent de traiter des informations de toute nature (cf. articles Échange de de présenter un risque
données informatisées (EDI) [H 3 598] dans le traité Informatique, Sys-
tèmes d’information logistique et transport [AG 8 030] dans le traité La traçabilité est un outil précieux pour la mise en œuvre de pro-
l’Entreprise industrielle). Elles peuvent être relatives à la sécurité des cédures de rappel de produits lorsqu’un effet indésirable est identi-
aliments, aux modes de productions, aux aspects environnementaux, fié, qu’il soit environnemental ou lié à la consommation d’un
éthiques, etc. aliment. Elle est doublement utile quand il existe des possibilités de
mélange de produits à destinations finales différentes. Elle permet
des retraits ciblés et précis, en général économiquement plus perti-
1.2 La traçabilité : outil de maîtrise nents pour les opérateurs et les services de contrôle que des retraits
de la sécurité des produits non ciblés s’appliquant à un grand nombre de produits (rappelons à
titre d’exemple la crise de la dioxine belge en 1999 qui a nécessité le
rappel de 9 400 tonnes de produits fabriqués en France), qui ne sont
1.2.1 Suivi des effets à long terme pas tous nécessairement concernés. Cependant, dans un certain
nombre de cas particuliers dont la caractéristique tient par exemple
à la taille de l'entreprise, au volume de produits traités ou à la nature
Qu’il s’agisse par exemple d’épandage de boues de stations
du produit (ingrédients, etc.), le recours à la traçabilité permet certes
d’épuration ou de dissémination volontaire d’OGM (organismes
des retraits plus ciblés mais elle ne s'avère pas économiquement
génétiquement modifiés) dans l’environnement, la traçabilité
justifiée.
apporte une dimension historique par l’obligation qu’elle confère
d’enregistrer et de conserver les données. Le cas échéant, d’éven- En l’absence de système de traçabilité, la mise en œuvre des
tuels désordres environnementaux imprévus peuvent survenir, et il mesures de retrait est longue, difficile et coûteuse. Au contraire, la
est alors possible d’en déterminer l’origine et d’y remédier efficace- vérification de documents et de registres disponibles assure rapi-
ment. dité, efficacité et ciblage du retrait. Des enregistrements sont d’ores
et déjà liés à la majorité des transactions. Les informations qu’ils
La surveillance après la mise sur le marché peut également s’avé- contiennent concernent aussi bien le fournisseur, le client et la date
rer utile, dans le même ordre d’idée, pour gérer des effets à long de la transaction que la nature, l’origine, le contenu et la quantité du
terme inattendus d’un aliment particulier sur la santé. Cette sur- produit.
veillance se justifie par la reconnaissance des limites de l’évaluation
scientifique des risques, en particulier en ce qui concerne les effets La traçabilité peut de plus, dans certaines configurations, associer
à long terme et cumulés, notamment des OGM. La mise en place de des dispositifs permettant le contrôle d’événements physiques tels
mesures de surveillance s’inscrit alors dans le cadre de l’application que l’exposition à des températures anormales.
du principe de précaution face à l’absence de certitudes scientifi- En tout état de cause, la traçabilité dont l’utilité dans la maîtrise
ques. En matière alimentaire, ce suivi ne vaut toutefois que pour les des risques s’apprécie a posteriori ne doit pas se substituer à l’ana-
produits significativement différents d’aliments conventionnels. lyse du risque a priori.

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La traçabilité agroalimentaire :
un outil de gestion des risques
sanitaires

par Nicolas VOLPI


Contrôleur de gestion, officier de réserve, doctorant en droit économique
Laboratoire Gredeg, université de Nice Sophia Antipolis, Nice, France

1. Face aux crises du XXe siècle : la traçabilité agroalimentaire



comme outil de gestion des risques sanitaires de la food
supply chain.............................................................................................. TR 870v2 - 2
1.1 Utilisation progressive de la traçabilité comme outil de gestion
des risques sanitaires au sein de la food supply chain ........................... — 2
1.2 Process de la traçabilité agroalimentaire au sein de la food supply
chain............................................................................................................. — 6
2. En prévision des crises du XXIe siècle,
la traçabilité
agroalimentaire en tant qu’outil de gestion des risques
sanitaires face aux nouveaux enjeux de la food supply chain....... — 11
2.1 Application de la traçabilité agroalimentaire............................................ — 11
2.2 La traçabilité agroalimentaire face à la massification
de la food supply chain .............................................................................. — 12
3. Conclusion................................................................................................. — 15
4. Glossaire .................................................................................................... — 15
5. Sigles, notations et symboles.............................................................. — 16
Pour en savoir plus......................................................................................... Doc. TR 870v2

i l’intelligence artificielle va très certainement progressivement modifier la


S structure de l’économie dans presque tous, voire tous, ses secteurs [1], le
besoin de se nourrir est une constante, et devrait en toute logique le rester. La
food supply chain, ou chaîne de production de produits agricoles ou alimen-
taires, est une suite de parties prenantes liées entre elles contractuellement, afin
de pouvoir proposer au consommateur, situé en extrême aval de la chaîne de
contrats, un produit agricole, non transformé, ou un produit alimentaire, trans-
formé. Il convient de distinguer circuits courts et circuits longs, en fonction du
nombre d’intermédiaires impliqués entre le producteur initial et le consomma-
teur final. Un circuit est considéré comme étant court s’il ne comprend aucun
intermédiaire, il s’agit alors d’une vente directe entre le producteur et le
consommateur, ou un intermédiaire. Un circuit est par conséquent considéré
comme étant long dès lors qu’il comprend au moins deux intermédiaires entre
le producteur initial et le consommateur final. Les circuits longs regroupent
généralement trois grandes phases. En amont, la production agricole constitue
la première phase, et fournit l’industrie agroalimentaire, dite de transformation,
qui constitue la deuxième phase. Celle-ci vend ensuite les produits finis au troi-
sième et dernier maillon, les distributeurs, qui sont en contact avec les
consommateurs, destinataires ultimes des produits agricoles ou alimentaires.
Ces chaînes de contrats agroalimentaires peuvent agglomérer d’autres parties
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prenantes à la food supply chain, comme des transporteurs ou des courtiers.


La food supply chain est sécable en différentes filières, selon le produit agri-
cole ou alimentaire, ou la famille de produits agricoles ou alimentaires,

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LA TRAÇABILITÉ AGROALIMENTAIRE : UN OUTIL DE GESTION DES RISQUES SANITAIRES _________________________________________________________

considérée. On distingue donc la filière viande, la filière poisson, la filière fruits


et légumes, la filière lait ou encore la filière vin. Il est également possible
d’analyser les choses de manière plus fine, en séparant, au sein de la métafi-
lière viande, la filière bovin, la filière ovin ou encore la filière caprin. En tout
état de cause, une filière est la représentation d’un univers économique qui se
distingue du marché sur trois points principaux [2]. Premièrement, la filière
présente une structure verticale, avec une succession de rapports fournisseurs/
clients à différents stades de la production/transformation/distribution du pro-
duit. Par opposition, un marché est une structure horizontale avec des offreurs
et des demandeurs autour d’un produit. Deuxièmement, les rapports écono-
miques entre les parties prenantes ne sont pas uniquement de concurrence,
mais également de coopération, par exemple pour la qualité ou la productivité,
d’entente, comme sur les produits, et de solidarité, notamment pour la défense
de la profession. Troisièmement, le prix n’est pas l’unique mode de coordina-
tion entre les parties prenantes. Aussi, celle-ci peut se réaliser au moyen de


contrats, de référentiels de qualité ou encore de normes.
La food supply chain est donc une filière destinée à la production de produits
agricoles ou alimentaires, et par sa nature même elle lie entre elles ses diffé-
rentes parties prenantes, qui ne sont pas que parties à un ou deux contrats,
avec un fournisseur ou un client, mais qui sont insérées dans une chaîne de
contrats sur laquelle reposent des interactions financières, logistiques, tech-
niques, marketing et sanitaires. La food supply chain a ceci de particulier qu’elle
véhicule, de son amont à son aval, jusqu’au consommateur, des produits agri-
coles ou alimentaires potentiellement porteurs de risques. Plusieurs risques
caractéristiques sont à distinguer [3] : les risques hydriques, ou intoxications
liées à l’environnement des produits agricoles ou alimentaires, les risques ali-
mentaires, ou intoxications bactériennes des produits alimentaires à la
consommation, ou encore les risques sanitaires, risques immédiats ou à long
terme représentant une menace directe pour la santé des populations nécessi-
tant une réponse adaptée du système de santé. Aussi, afin de limiter ces
différents risques, de les parer, voire de les gérer le cas échéant, la food supply
chain, dans laquelle circulent les produits agricoles et/ou alimentaires, de partie
prenante en partie prenante, est le véhicule de gestion des risques sanitaires
[4]. Parmi les différents outils mis à la disposition des parties prenantes de la
food supply chain pour gérer les risques sanitaires présents sur celle-ci, la tra-
çabilité a été progressivement déployée et mise en avant. Une telle technique,
par essence empirique et professionnelle, peut-elle servir la sécurité sanitaire,
et être un bon outil de gestion des risques sanitaires ? La traçabilité est utilisée
comme telle depuis plusieurs années, notamment en écho à de graves crises
sanitaires (1). Le système une fois mis en place n’est pas exempt de nouveaux
défis, liés à l’évolution du marché et au progrès technique (2).

1. Face aux crises 1.1 Utilisation progressive


de la traçabilité comme outil
du XXe siècle : de gestion des risques sanitaires
la traçabilité au sein de la food supply chain
agroalimentaire Les échanges commerciaux humains ont de tous temps, à des
degrés variables, recouru à la consigne d’informations (1.1.1). Ce
comme outil de gestion n’est que récemment, par nécessité, que les pouvoirs publics lui
ont donné un rôle légal et réglementaire de gestion des risques
des risques sanitaires sanitaires (1.1.2).
de la food supply chain
1.1.1 Universalité de l’utilisation de la traçabilité
Bien que pratiquée depuis fort longtemps, la traçabilité agro- La traçabilité, en tant qu’action de consigne et d’enregistrement
alimentaire est progressivement devenue un outil essentiel de d’informations permettant l’établissement du lien entre un produit
gestion des risques sanitaires (1.1), et déploie, suite à des crises et son producteur, ainsi que de la responsabilité résultant de la
sanitaires qui ont activé son développement, un process abouti chose tracée, accompagne les activités humaines et les flux com-
(1.2). merciaux depuis très longtemps. Les premiers hominidés ont

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_________________________________________________________ LA TRAÇABILITÉ AGROALIMENTAIRE : UN OUTIL DE GESTION DES RISQUES SANITAIRES

laissé des traces physiques de leur existence au moyen de pein- européens vont constituer un corpus juridique propre à la traça-
tures pariétales sur les parois de la grotte de Lascaux [5]. Des croix bilité agroalimentaire. La réponse des pouvoirs publics, en
d’identification ont été utilisées dans plusieurs civilisations France et en Europe, aux différentes crises sanitaires, a toujours
antiques [6]. Ainsi, au 5e millénaire avant Jésus-Christ, au sein des consisté en la création ou la réorganisation d’agences sani-
civilisations élamite et sumérienne, les dons faits aux temples taires, placées sous la tutelle du ministère de la santé. En
étaient accompagnés d’une marque d’identification sur une matière sanitaire, la politique se fonde sur la notion de sécurité
tablette d’argile. Les huiles, par exemple, avaient leur provenance [10]. La sécurité des produits est une idée qui s’est développée
répertoriée. Le déploiement de la traçabilité est fonction, notam- à la fin du XXe siècle, parallèlement au droit de la consomma-
ment, de l’extension des chaînes commerciales auxquelles elle tion, et qui est l’expression d’une logique préventive venant
s’applique, et du besoin d’information de l’entité qui la déploie. compléter une logique réparatrice. Il s’agit donc de limiter au
Sous les empires assyrien et égyptien, les administrations identi- maximum les risques, par nature inévitables dans un contexte
fient les contributions volontaires prélevées sur les productions de production et de consommation de masse, et de les faire
agricoles. Par exemple, les jarres contenant du vin ou de l’huile tendre vers le risque zéro. Aussi, le fournisseur d’un produit
sont marquées du nom du contributeur. Sous l’empire romain, les agricole ou alimentaire, qui a pour client final un consomma-
amphores contenant, notamment, du vin, achetées ou vendues teur, doit lui garantir un niveau maximal de sécurité, donc un
aux entités voisines en traversant la mer Méditerranée, sont mar- niveau minimal de risques. Un produit risqué, ou dangereux, est
quées d’une gravure indiquant la nature du produit transporté, par conséquent un produit dont le rapport bénéfice/risque est
ainsi que son origine. Les clients disposent donc, en plus du pro- trop déséquilibré dans la direction des risques, relativement à
duit, d’une information sur sa provenance. Les marins phéniciens
ont, quant à eux, développé les listes de colisage et les bons de
livraison. Il convient de remarquer qu’au fur et à mesure de
un standard établi en amont. Les notions de produit sain et sûr,
et de niveau auquel le consommateur doit raisonnablement
s’attendre, développées par la loi de 1905 sur les fraudes et fal-

l’extension des besoins, des distances parcourues, la traçabilité sifications en matière de produits ou de services et par le code
s’est sophistiquée. Mais elle n’a pas, alors, de dimension de ges- de la consommation, permettent d’ailleurs de renvoyer la
tion des risques sanitaires. Elle a pour fonction d’être un registre charge de la responsabilité et de la preuve vers le professionnel,
d’information, permettant d’aiguiller et de préciser les flux com- celui-ci étant redevable d’une obligation de résultat et non plus
merciaux, en identifiant la propriété de la marchandise, permettant de moyen, depuis le livre blanc des années 2000 portant sur la
par là même le recouvrement des taxes. À la chute de l’empire sécurité alimentaire.
romain, la traçabilité perd de son importance, les flux commer-
Au sein de la food supply chain, le règlement (CE) 178/2002, ou
ciaux s’effectuant dans des périmètres beaucoup plus restreints,
règlement Food Law, actuellement en pleine révision avec une
de l’ordre du voisinage. Les échanges sont plus immédiats.
proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil
L’extension, plusieurs siècles plus tard, du commerce maritime,
relatif à la transparence et à la pérennité de l’évaluation des
insuffle un nouveau besoin de traçabilité, toujours dans l’objectif
risques de l’UE dans la chaîne alimentaire, dispose qu’un produit
de suivre les flux commerciaux, et toujours en utilisant des tech-
agricole ou alimentaire est dangereux, à son article 14, s’il est
niques de copistes.
considéré comme préjudiciable à la santé et impropre à la
Ce sont les premières crises sanitaires, par réaction des pouvoirs consommation humaine. Il est également tenu compte des condi-
publics, qui vont donner, au-delà de la stricte fonction de registre, tions d’utilisation normales du produit agricole ou alimentaire par
un sens sanitaire à la traçabilité. Ainsi, les premières épidémies du le consommateur à chaque étape de la production, du traitement
Moyen Âge ont donné un sens prophylactique au marquage des et de la distribution, et de l’information fournie au consomma-
animaux, alors qu’auparavant celui-ci n’avait pour fonction que de teur, comme celles figurant sur l’étiquette, ou d’autres informa-
protéger la propriété de l’éleveur [7]. Les pouvoirs publics ont tions à sa disposition concernant la prévention d’effets
réglementé le commerce de viande, probablement tant par soucis préjudiciables à la santé propres à un produit agricole ou alimen-
de consignation de l’information que par crainte sanitaire, comme taire particulier. Pour définir concrètement si un produit agricole
ce fut le cas avec la charte de Jean de Lévis 1er de Mirepoix édictée ou alimentaire est dangereux, l’article 14 du règlement Food Law
en 1303 [8]. Des certificats accompagnant les animaux d’élevage dispose qu’il est tenu compte de son effet probable immédiat, à
apparaissent en 1716, en Prusse, en attestant de l’origine des court terme ou à long terme sur la santé du consommateur, mais
bêtes. Comme cela sera le cas à la fin du XXe siècle, cette disposi- aussi de sa descendance, des effets cumulatifs probables et enfin
tion des pouvoirs publics a pour but de lutter contre la propagation des effets sur une catégorie particulière de consommateurs à
de la peste bovine [9]. Le marquage était accompagné d’un docu- laquelle un produit agricole ou alimentaire considéré est destiné.
ment enregistrant le nom du propriétaire ainsi que l’origine de la Cette optique fondée sur une logique préventive, ayant pour but
bête. Cette fin sanitaire de la traçabilité apparaît en France par un de garantir la sécurité des consommateurs, est fondée sur un
arrêt du roi du 19 juillet 1746, dans l’objectif également de lutter système d’autorisations administratives préalables, de réglemen-
contre la peste bovine. Précisément, les animaux malades étaient tation technique, d’installation d’agences ou d’autorités spéciali-
marqués, avant d’être abattus, et un certificat d’officier de police sés, et sur l’utilisation de systèmes spécialisées de suivi des
permettait la circulation et le transport des animaux. produits agricoles ou alimentaires sur le marché, dont la traçabi-
lité est un élément important [11].
La traçabilité agroalimentaire moderne trouve ses origines,
toujours par le vecteur de la filière bovine, avec deux textes. La En tout état de cause, la sécurité sanitaire des aliments se traduit
loi du 8 juillet 1965 définit une politique de mise aux normes par quatre obligations générales [12] : l’obligation générale d’infor-
des abattoirs et crée l’inspection sanitaire des carcasses. La loi mation, l’obligation générale de sécurité, l’obligation générale de
du 28 décembre 1966 constitue une politique de sélection du conformité et l’obligation générale d’autocontrôle. Concernant
cheptel bovin, accompagnée de la mise en place d’un système l’obligation générale d’information, l’article 1112-1 du Code civil
d’identification des animaux, généralisé par le décret du dispose que celle des parties qui connaît une information, dont
23 mars 1978 relatif à l’identification permanente et généralisée l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre,
du cheptel bovin, ou IPG pour Identification pérenne générali- doit l’en informer dès lors que, légitimement, cette dernière ignore
sée. L’IPG, code à 10 chiffres porté par l’animal, conserve un cette information ou fait confiance à son cocontractant. En droit de
rôle d’identification car délivré par l’établissement départemen- la consommation, l’article L. 111-1 du code de la consommation
tal de l’élevage, ou EDE, qui recense les animaux par éleveur, ce dispose, pour les relations de type business to consummer, ou B
qui permet de gérer les subventions, notamment européennes, to C, que le professionnel doit transmettre un ensemble d’informa-
et les primes à l’éleveur par animal. C’est lorsque sont arrivées tions au consommateur. Le règlement Food Law évoque l’obliga-
plusieurs crises sanitaires, dont la plus emblématique est proba- tion d’information à ses articles 16, sur l’obligation de ne pas
blement la crise de la vache folle, que les pouvoirs publics induire en erreur le consommateur par la présentation, la publicité

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LA TRAÇABILITÉ AGROALIMENTAIRE : UN OUTIL DE GESTION DES RISQUES SANITAIRES _________________________________________________________

et l’étiquetage, 18, sur l’obligation de mise en place d’un système l’emballage, Emballages et traçabilité des produits, mars 2015,
de traçabilité, dont les détails sont précisés par les pouvoirs p. 8).
publics européens et français dans, notamment, des guides d’inter-
Le caractère général de la traçabilité se retrouve dans l’obliga-
prétation du règlement Food Law, et sur l’obligation subséquente
tion générale de sécurité des produits, via la directive 2001/95/CE.
d’informer les pouvoirs publics sur les données produites par ce
Les pouvoirs publics européens sont intervenus avec ce qui est
système, et 19, sur l’information, en cas de risques, des autorités
désormais considéré comme étant la constitution du droit appli-
compétentes. L’obligation générale de sécurité est définie dans le
cable aux produits agricoles et alimentaires et à la food supply
code de la consommation aux articles L.421-1 et suivants. Précisé-
chain, le règlement Food Law, qui cristallise le caractère spécial
ment, l’article L.421-1 du Code de la consommation dispose que
de la traçabilité. Ce règlement est à la base d’un ensemble qui
les producteurs et les distributeurs prennent toutes mesures utiles
regroupe, en plus, d’autres règlements communautaires,
pour contribuer au respect de l’ensemble des obligations de sécu-
l’ensemble formant le paquet hygiène. Le paquet hygiène
rité prévues au présent titre. Quant à la conformité, l’article 14 du
regroupe donc également le règlement (CE) 852/2004 relatif à
règlement Food Law dispose que sont considérés comme sûrs les
l’hygiène des denrées alimentaires, le règlement (CE) 853/2004
produits agricoles ou alimentaires qui sont conformes aux disposi-
fixant les règles spécifiques d’hygiène applicables aux denrées ali-
tions spécifiques de la législation alimentaire. Enfin, l’obligation
mentaires, le paquet contrôles composé initialement du règlement
d’autocontrôle, ou self monitoring, impose aux parties prenantes
(CE) 854/2004 relatif aux contrôles officiels des produits d’origine
de mettre en place un management privé du contrôle de la confor-
animale et du règlement (CE) 882/2004 relatif aux contrôles offi-
mité, de la sécurité et de la traçabilité des produits agricoles ou ali-


ciels effectués pour s’assurer de la conformité avec la législation
mentaires, et se retrouve aux articles 17, 18 et 19 du règlement
sur les aliments pour animaux et les denrées alimentaires et avec
Food Law.
les dispositions relatives à la santé animale et au bien-être des
Le règlement Food Law évoque la sécurité sanitaire des ali- animaux, ensuite abrogés et remplacés par le règlement (UE)
ments à plusieurs articles. L’article 6, notamment, traite de l’ana- 2017/625 du Parlement européen et du Conseil concernant les
lyse des risques, l’article 7, du principe de précaution, et les contrôles officiels et les autres activités officielles servant à assu-
articles 53 et 55 des crises et de l’urgence. Ces quatre obligations rer le respect de la législation alimentaire et de la législation rela-
de résultat sont satisfaites par plusieurs moyens [13], que sont tive aux aliments pour animaux ainsi que des règles relatives à la
notamment la démarche HACCP [14], le management de la qualité santé et au bien-être des animaux, à la santé des végétaux et aux
et la traçabilité. produits phytopharmaceutiques, et le règlement (CE) 183/2005
établissant des exigences en matière d’hygiène des aliments. La
traçabilité mise en place par le règlement Food Law est contrai-
1.1.2 Cristallisation progressive de la traçabilité gnante, comme l’indiquent ses articles 17, 19 et 20, qui traitent
agroalimentaire comme outil de gestion respectivement du régime général de la responsabilité liées à la
des risques sanitaires au sein de la food traçabilité, de la responsabilité des exploitants du secteur agroali-
supply chain mentaire et de la responsabilité des exploitants du secteur de l’ali-
mentation animale.
La traçabilité correspond à une obligation de résultat, et ce
alors qu’elle est un moyen de gérer les risques sanitaires, notam- Le règlement Food Law définit donc, en son article 3-15, la traça-
ment un rappel ou un retrait de produit dangereux, qui est par bilité agroalimentaire comme étant la capacité de retracer, à travers
nature transversale car présentant un caractère à la fois général toutes les étapes de la production, de la transformation et de la dis-
et spécial. Cette distinction se superpose à une déclinaison des tribution, le cheminement d’une denrée alimentaire, d’un aliment
niveaux de réglementation, provenant à la fois des pouvoirs pour animaux, d’un animal producteur de denrées alimentaires ou
publics et des organismes de normalisation technique, comme d’une substance destinée à être incorporée ou susceptible d’être
l’indique le tableau 1 ci-après (issu de Conseil national de incorporée dans une denrée alimentaire. La traçabilité est détaillée

Tableau 1 – Distinction des caractères général et spécial de la traçabilité et déclinaison de ses sources

Réglementation Réglementation Systèmes d’alerte


Référence Normes associées
européenne française européens

Tous produits Directive 2001/95 relative Code de la HACCP. RAPEX :


à la sécurité générale consommation, ISO 9000-2015. tout produit, excepté
des produits. art. L.421-1 et s/. alimentaire,
Obligation de sécurité pharmaceutique et ainsi
des produits mis sur que les dispositifs
le marché et obligation médicaux.
de transmission
d’information entre
les opérateurs sur les
risques liés
à ces produits.

Produits alimentaires Règlement 178/2002 : loi Code de la ISO 22005-2007 RASFF :


fondamentale consommation, Traçabilité de la chaîne système d’alerte rapide
(« constitution ») art. L.412-1, al.9. alimentaire – Principes pour alimentation
en matière alimentaire. généraux et exigences animale et humaine.
Loi cadre du paquet fondamentales
hygiène. s’appliquant à la
conception du système
et à sa mise en œuvre.

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Traçabilité des produits alimentaires


et non alimentaires : l’ampleur
des contraintes

par Henri TEMPLE


Avocat, expert international

Directeur à l’Université de Montpellier, du Centre du droit de la consommation


et du marché (CDCM), du Master Consommation,

de l’European Master for Consumer Affairs (EMCA)

1. La traçabilité selon les textes obligatoires ....................................... TR 880 - 2


1.1 Finalité de la traçabilité................................................................................ — 2
1.2 Obligation de traçabilité .............................................................................. — 2
1.2.1 Textes fixant l’obligation de traçabilité
et domaines concernés................................................................................ — 2
1.2.2 Amplitude de l’obligation de traçabilité ............................................ — 3
1.2.3 Durée de conservation des preuves de la traçabilité ....................... — 4
1.3 Sanctions de l’obligation de traçabilité ...................................................... — 4
1.3.1 Commerce international ..................................................................... — 4
1.3.2 Commerce national ou intracommunautaire ................................... — 5
1.4 Mise en œuvre de la traçabilité et conséquences managériales ............. — 5
1.4.1 Mise en œuvre pratique ..................................................................... — 6
1.4.2 Conséquences managériales de la traçabilité .................................. — 6
2. Prolepses et réfutation axiomatique
des opinions c o ntral e g e m.................................................................... — 7
2.1 Rapport du CNA ........................................................................................... — 7
2.1.1 Traçabilité limitée au fournisseur immédiat ..................................... — 8
2.1.2 Assertions du rapport à contredire.................................................... — 8
2.2 Supériorité du règlement européen ........................................................... — 9
2.3 Dernières réfutations ................................................................................... — 9
3. Conclusion.................................................................................................. — 10
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. TR 880

es opinions divergentes ont été émises quant à l’étendue de l’obligation


D de traçabilité.
Étendue restreinte pour certains ou étendue très vaste pour d’autres, ce qui
est susceptible d’entraîner des conséquences managériales – et donc des coûts
– ou des sanctions judiciaires.
Pour éviter de rendre la lecture difficile, il est préférable d’exposer dans une
première partie l’analyse des textes obligatoires qui traitent de la traçabilité en
conformité avec les règles d’interprétation qu’utiliserait probablement le juge.
Car c’est lui, tôt ou tard, qui aura le dernier mot.
C’est seulement dans un appendice consacré aux arguments contraires
(prolepses) que nous discuterons et – espérons-nous – réfuterons une fois pour
p。イオエゥッョ@Z@ョッカ・ュ「イ・@RPPX

toute les interprétations différentes.

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est strictement interdite. – © Editions T.I. TR 880 – 1

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TRAÇABILITÉ DES PRODUITS ALIMENTAIRES ET NON ALIMENTAIRES : L’AMPLEUR DES CONTRAINTES _____________________________________________

1. La traçabilité selon 1.1 Finalité de la traçabilité


les textes obligatoires Des systèmes contraignants de traçabilité ont été, récemment,
étendus à toutes les entreprises qui récoltent, produisent,
importent, transforment, conditionnent, distribuent des produits
alimentaires ou non alimentaires. La raison d’être essentielle de
La traçabilité, de notre point de vue, s’agissant d’un produit, cette obligation de traçabilité est de dissiper l’anonymat qui nim-
alimentaire ou non alimentaire, et de ses composants, c’est la bait parfois les produits de grande consommation et cela pour au
possibilité d’identifier, avec précision, son origine puis son moins quatre raisons principales :
cheminement tout au long de la filière économique, depuis le – atteindre un haut niveau de sécurité des consommateurs ;
producteur initial jusqu’au consommateur final, d’étape en – protéger professionnels et consommateurs contre la fraude sur
étape, quelles que soient les phases d’importation, transforma- l’origine du produit ;
tion, conditionnement, distribution. – identifier les responsables et coresponsables (et leurs
assureurs) qui seront tenus, en cas de sinistre, d’indemniser les
victimes d’une fraude, d’une non-conformité, ou d’un incident
sanitaire ;
– prévenir, puis gérer s’il y a lieu, les crises consuméristes (ali-


mentaires ou non alimentaires). En effet :
Encadré 1 – Historique de la traçabilité
• la transparence et la certitude que le(s) fautif(s) puisse(nt)
être identifié(s) à coup sûr incitent les entreprises à améliorer
Les jarres de céréales, en Mésopotamie, étaient scellées de leurs autocontrôles,
boules d’argile marquées de cunéiformes au nom de leur pro-
priétaire, ce qui a permis de déchiffrer la plus ancienne des • la possibilité de localiser chaque produit en cas de crise (ou
écritures. Quant aux bouchons des amphores romaines, ils de simple alerte) permet de respecter les obligations de
portaient les marques des marchands et leur adresse por- retrait ou même de rappel et, ainsi, de préserver la sécurité et
tuaire. la santé du public.

La tentation, pour le commerce, de tricher sur l’origine d’un


produit est aussi ancienne que l’idée d’induire de la prove- 1.2 Obligation de traçabilité
nance de ces produits certaines qualités spécifiques, une
renommée justifiant un prix plus élevé. La publicité trom- Des textes très importants, et récents, obligent les profession-
peuse, la tromperie dans un contrat, sur l’origine, justifient, nels, quel que soit leur rang dans la filière, à être en situation de
depuis des temps anciens, des sanctions pénales, ou l’annula- tracer les produits, alimentaires ou non alimentaires. Dans la
tion du contrat de vente fondée sur le dol civil (cf. § 1.3). mesure où cette obligation est requise, à tout moment par l’admi-
nistration, elle devient un critère de conformité et de loyauté mar-
Avec le développement, dès 1935, du système, bien chande du produit : un produit non tracé n’est plus juridiquement
français, des appellations d’origine apparaît, pour la première vendable...
fois dans l’histoire, la nécessité d’un système permettant le
Dès lors, se posent avec acuité trois questions majeures :
contrôle de l’origine effective d’un produit, tant par l’adminis-
tration que par les autres bénéficiaires de l’appellation, les – quels sont les textes qui fixent cette obligation et les domaines
consommateurs, les concurrents... concernés ?
– quelle est l’amplitude de cette obligation ?
Dès le commencement, les producteurs ont contrôlé l’ori- – quelle devrait être la durée de conservation des preuves de la
gine à l’aide d’une comptabilité-produits, par exploitant. Ce traçabilité ?
contrôle, appelé aussi « schéma de contrôle de cohérence
de l’origine », fait l’objet de registres, suivi de la qualité.
On peut comparer d’ailleurs ce système avec celui des 1.2.1 Textes fixant l’obligation de traçabilité
« généalogies » des troupeaux, avec registre (herd-book) et et domaines concernés
tatouages ou pinces auriculaires pour les bovins, ovins, Mentionnons d’abord les grands textes européens généraux.
caprins, porcins. D’ailleurs, le terme « traçabilité » est désor- Mais il existe aussi des dispositions spéciales pour des catégories
mais expressément utilisé pour des cheptels (L. 212-8, code spécifiques de produits. Toutes les obligations de traçabilité n’ont
rural) mais l’on trouve des règles analogues pour les équidés pas des objectifs de sécurité sanitaire identiques.
(L. 212-9, code rural), les chiens et les chats (L. 212-10, code
rural)... ■Les deux grands textes européens sont la directive CE 2001/95
du 03 décembre 2001 et le règlement CE 178-2002 du 28 janvier
Les bénéficiaires d’une appellation d’origine laitière, par 2002.
exemple, sont astreints à des registres d’entrées et de sorties,
mais les viticulteurs tiennent aussi des registres que l’on peut Le règlement 178-2002 ne concerne que les produits alimen-
croiser avec les déclarations de récoltes. taires, alors que la directive a une portée générale. Autrement dit,
la directive, qui a été transposée en droit français, par l’ordon-
L’INAO (Institut national des appellations d’origine) est strict nance du 9 juillet 2004 aux articles L. 221-1-1 et suivants du Code
dans l’exercice des contrôles : une imprécision dans la de la consommation, s’applique d’abord aux produits non alimen-
« comptabilité matière » ou/et dans les registres serait sanc- taires. Elle ne s’applique qu’à titre subsidiaire aux produits alimen-
tionnée par une « suspension de déclaration d’aptitude ». taires, lorsqu’elle contient des dispositions supplétives et non
contraires à celles du règlement. Il est, en effet, un principe
Mais, depuis moins d’une décennie, la traçabilité a dépassé juridique de base que les règles spéciales dérogent aux règles
le cadre du contrôle des appellations d’origine ou de celui des générales et donc s’appliquent par priorité (Speciala generalibus
cheptels : la traçabilité est, désormais, également non seule- derogantur).
ment un moyen d’éviter les fraudes, mais aussi une obligation Si l’on tente une synthèse, difficile mais nécessaire, entre les
juridique en vue d’améliorer la sécurité du consommateur deux textes pour établir la portée de l’obligation de « tracer les
pour tous les produits alimentaires et non alimentaires. produits », de prime abord, il semble que seule la traçabilité des

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______________________________________________ TRAÇABILITÉ DES PRODUITS ALIMENTAIRES ET NON ALIMENTAIRES : L’AMPLEUR DES CONTRAINTES

produits alimentaires (aliments pour l’homme et pour l’animal) est Enfin, on trouve des applications de l’idée de traçabilité dans
obligatoire (article 18 du règlement) : « la traçabilité... est établie à bien des filières : cosmétiques,médicaments (lois du 4 mars 2002
toutes les étapes de la production, de la transformation et de la et 26 février 2007 ; L. 5211-4, code de la Santé publique) [1], pro-
distribution ». duits chimiques. Pour ces derniers, même si le terme de traçabilité
n’est pas utilisé, on peut estimer que les obligations qui pèsent
Toutefois, sans être aussi clair, le texte de la directive, et celui de
expressément sur les producteurs, importateurs de substances chi-
sa transposition dans le Code de la consommation, aboutit au
miques nouvelles, telles la veille ou l’obligation, dans certaines
même résultat. En effet, ce texte sur la sécurité générale des pro-
circonstances, de récupérer les substances, ne peuvent être exécu-
duits (qui abolit la précédente directive du 29 juin 1992) met, à la
tées sans que soit mise en place une certaine traçabilité (argument
charge des professionnels, des obligations rigoureuses et précises
L. 521-5 et L. 521-6, II, code de l’Environnement, règlement REACH,
qui ne peuvent être exécutées que si le « responsable de la mise
art. 30, 31, 33, 63). On n’oublie pas, pour terminer, la traçabilité
sur le marché » du produit est en mesure de localiser (et donc de
des emballages alimentaires (voir règlement CE 1935/2004, art. 2)
« tracer ») son produit ou composant de produit.
(décision no 97/129 CE, 28 janvier 1997).
Il en est ainsi des obligations de « se tenir informé des risques
que les produits qu’il (le professionnel) commercialise peuvent
présenter », d’effectuer le « retrait du marché, la mise en garde 1.2.2 Amplitude de l’obligation de traçabilité
adéquate et efficace des consommateurs... la réalisation d’essais
par sondage... l’information des autorités compétentes... » (L. 221- L’exigence de traçabilité s’étend (dans la mesure du possible),


1-2 et L. 221-1-3, Code de la consommation). outre les entreprises fournisseurs et clientes, jusqu’au consomma-
teur final. En effet, en matière alimentaire, l’article 19 du règlement
Ainsi, l’obligation de traçabilité se déduit nécessairement de ces 178-2002 impose au professionnel de « rappeler les produits déjà
différentes obligations (veille des risques, retrait, etc.) qui ne fournis aux consommateurs... » Et donc, nécessairement, de les
peuvent être mises en œuvre s’il n’y a pas de traçabilité « tracer » jusqu'à ces derniers. Ce « cheminement d’une denrée
reconstituable. alimentaire »... (article 19, 2), jusqu’au « consommateur final »
Quant à l’administration de tutelle, elle ne peut gérer les (article 19, 3) étend clairement le domaine tracé de la fourche à la
contrôles, retraits et surtout des rappels visés aux articles L. 221-3 fourchette [2]. On a bien compris, dès lors, que l’organisation juri-
et L. 221-5 et s. que si le professionnel est capable, grâce à une tra- dique, logistique, et informatique d’une telle obligation, entre
çabilité sans faille, de l’orienter géographiquement dans sa recher- entreprises d’une part et à l’intérieur de chaque entreprise, d’autre
che de la localisation exacte de produits considérés comme part, est un exercice techniquement redoutable [3]. Il est d’autant
dangereux. plus complexe qu’il suppose une coopération entre professionnels
de spécialités très différentes, exercice qui nécessite une maîtrise
Le règlement 178-2002 « établissant les principes généraux... de méthodologique et psychologique intense.
la législation alimentaire », outre qu’il édicte explicitement l’obliga-
tion de traçabilité est, aussi plus précis quant à sa mise en œuvre. Quelle est l’amplitude de l’obligation de traçabilité tant pour les
Il faut également insister sur le fait que ce règlement fixe l’exi- aliments que pour les autres produits ? Selon nous, totale mais
gence de sécurité à un niveau extrême dans son appréciation conditionnée pour le moment à l’efficacité des techniques rendant
puisqu’elle englobe la « précaution » (c’est-à-dire des mesures pré- cette traçabilité possible et dans la limite de ces techniques. Ces
ventives en cas de simple incertitude scientifique ; article 7) et dernières sont, d’ailleurs, appelées à des progrès considérables
pousse l’analyse du risque jusqu'à « l’effet probable... à long dans les années à venir (cf. § 1.4).
terme... » non seulement sur le consommateur, mais aussi sur sa
Il nous paraît, dès lors, indispensable de faire une lecture et une
descendance... compte tenu « d’effets cumulatifs probables... » ou
application très exigeantes et très prudentes des normes ISO,
de « sensibilités sanitaires particulières d’une catégorie spécifique
notamment la norme NF EN ISO 22005, d’octobre 2007, sur la tra-
de consommateurs... » (articles 14. 4a, b, c). Un tel niveau d’exi-
çabilité de la chaîne alimentaire.
gence, jamais envisagé avant ce texte, aurait dû éclairer les lectu-
res qui en ont été faites (cf. § 2). En particulier, nous conseillons une exigence supérieure à celle
qui émane des articles 3.12 et 4.1 de cette norme. Celle-ci voudrait
Quant à l’exigence de traçabilité des aliments, elle est, de sur-
pouvoir limiter la conservation de l’information sur un produit
croît, minutieusement détaillée dans sa mise en œuvre : les
« sur une partie ou sur l’ensemble de sa chaîne de production et
acteurs de la filière « doivent être en mesure d’identifier toute per-
d’utilisation » (article 3.12). « Il convient que les systèmes de traça-
sonne leur ayant fourni un produit alimentaire » (article 18, 3).
bilité permettent de consigner par écrit l’historique du produit et/
■ Il convient, enfin, de mentionner, pour mémoire seulement, eu ou de localiser un produit dans la chaîne alimentaire » (article 4.1,
égard à leur grande technicité, des obligations réglementaires al. 1).
spécifiques à la traçabilité de certains produits. « Il convient qu’il [le trajet du produit] concerne au moins une
Il en va ainsi de la traçabilité de la viande bovine (L. 232-1-1, étape en aval et une étape en amont pour chaque organisme de la
Code rural remplacé par les décrets 99-260 du 2 avril 1999, et 2001- chaîne. Selon l’accord entre les organismes concernés, il [le
927 du 9 octobre 2001), fondée grandement sur les matériels et trajet ?] peut s’appliquer à plusieurs étapes de la chaîne. »
procédés d’identification du cheptel. Des normes AFNOR Nous affirmons que cette définition de l’amplitude réduite au
complètent et appliquent ces obligations. maillon qui suit ou précède immédiatement l’opérateur, et la
En amont de cette traçabilité, et intimement solidaire de ce sys- faculté pour les maillons d’une filière d’en convenir conventionnel-
tème, rappelons la traçabilité des cheptels bovins, ovins, caprins lement, n’est conforme ni à l’esprit ni à la lettre des textes d’ordre
et porcins (L. 212-6 du Code rural), les équidés (article L. 212-9) ou public sur la sécurité sanitaire des aliments et la traçabilité qui en
toutes autres espèces animales (L. 212-11, Code rural), y compris est un des supports techniques (cf. § 1.3 et § 2).
les chiens et les chats (L. 212-10).
Il est vrai que si une des autres normes utilisables (ISO 22000 :
Il en va encore ainsi des OGM. La traçabilité qui leur est imposée 2005) contient ce qui nous paraît encore être une exigence trop
permettant une meilleure « surveillance biologique du territoire ». lâche de traçabilité (point 7.9), la norme ISO 9001 : 2000 est plus
Il s’agit, dans ce cas, d’une protection axée davantage sur l’envi- rigoureuse car elle distingue, quoique pas assez clairement selon
ronnement que sur la consommation (loi 99-574 du 9 juillet 1999 ; nous, le cas où la traçabilité est un choix du cas où « la traçabilité
règlement CE 22 sept. 2003 1830-2003, JOUE, L. 268, 18 oct. 2003, est une exigence » qui implique que « l’organisme doit maîtriser
voir aussi rapport Commission européenne 10 mai 2006, COM/ et enregistrer l’identification unique du produit. » (norme
2006/0197 final). ISO NF 9000).

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