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Notes de cours
LANGUE FRANCAISE CONTEMPORAINE. LA SYNTAXE
LA PHRASE NOYAU
(II-e année)
Ce cours continue la description du système linguistique, en passant de l'étude des parties du discours
et de leur variation formelle, à la description de leurs fonctions au niveau de la phrase à l'aide de
l'analyse en constituants immédiats.
La première partie du cours est consacrée à l'analyse de la phrase noyau, phrase simple, qui représente
l'élément de base en syntaxe, pour continuer avec l’analyse de la phrase moléculaire.
CHAPITRE I
La phrase Noyau – cadre de l’analyse syntaxique
1. Définition et constituants de la phrase Noyau
Traditionnellement, la syntaxe (du grec syntaxis = mise en ordre, disposition, assemblage), décrit la façon
dont les mots se combinent pour former des groupes de mots et des phrases. Une phrase est définie
comme une séquence de mots que tout sujet parlant peut produire, interpréter et dont il peut sentir
intuitivement l’unité et les limites. Traditionnellement les définitions de la phrase s‘appuient sur cette
connaissance implicite. Cependant il existe encore d’autres critères selon lesquels on définit la phrase.
Selon le critère graphique par exemple, la phrase est une suite de mots délimitée par une lettre majuscule
initiale et par une ponctuation forte finale.
Selon le critère phonique, la phrase est une unité délimitée par deux pauses importantes et caractérisée par
une intonation qui varie avec le type.
Selon le critère sémantique, la phrase est l’expression d’une pensée, d’un sentiment, d’une volonté, elle est
la structure apte à représenter pour l’auditeur l’énoncé complet d’une idée imaginée par le sujet parlant.
Des auteurs comme J. Dubois et R. Lagane définissent la phrase en termes de cohérence syntaxique,
c’est-à-dire en fonction de la capacité d’ordonner les mots d’une certaine manière, de répondre à certaines
règles, d’avoir un certain sens.
Il est évident qu’aucun de ces critères n’est pas vraiment définitoire. En français, l’existence d’une
dimension syntaxique est d’emblée confirmée par le caractère non arbitraire de l’ordre des mots. La
combinatoire syntaxique détermine également le rassemblement des groupes de mots en syntagmes
qui fonctionnent comme des unités intermédiaires entre le niveau du mot et celui de la phrase.
Prononcés ou écrits, les énoncés se présentent comme des suites linéaires de mots. Soit l’exemple
suivant :
Les étudiants de notre faculté préparent leurs examens avec beaucoup de sérieux.
Spontanément, nous rapprochons des mots qui nous semblent entretenir des rapports spéciaux,
privilégiés : les et leurs se rapportent à étudiants respectivement à examens ; beaucoup dépend ou
modifie sérieux ; le groupe avec beaucoup de sérieux modifie préparent, etc.
Cet exemple nous permet de démontrer que le principe selon lequel se produit le regroupement
syntaxique ne se réduit pas à la simple succession des mots dans la phrase. Soit le couple de phrases
suivantes :
(1a) Parfois Jean exagère.
(1b) L’ami de Jean exagère.
On remarque que les deux phrases se terminent par la même séquence : Jean exagère. Cependant, dans
(1a) le mot Jean peut être interprété comme le sujet du verbe exagère. Par conséquent, il détermine
l’accord de ce verbe, répond à la question Qui est-ce qui ? et son référent désigne la personne qui fait
l’action évoquée par le verbe exagère. Dans (1b), Jean n’est pas le sujet de exagère, mais le complément
du nom ami, le mot initial du groupe nominal sujet l’ami de Jean. C’est donc au niveau de la phrase que
ces groupes se constituent.
Par conséquent, on peut définir la phrase comme l’unité supérieure, complète et autonome à la fois,
susceptible d’être décrite au moyen d’un ensemble de règles morpho-syntaxiques.
La phrase est construite de constituants. L’architecture syntaxique des énoncés est donc constituée
d’un réseau de relations (les fonctions grammaticales) au niveau des classes d’unités simples (les
parties du discours) et complexes (les groupes de mots).
Les types de phrases donnent le profil syntaxique de la phrase et en constituent ainsi un critère
d’identification. Voilà la définition de la phrase donnée par Émile Benveniste :
2

« La phrase est l’unité de discours. Nous en trouvons confirmation dans les modalités dont la phrase est
susceptible : on reconnaît partout qu’il y a des propositions assertives, des propositions interrogatives,
des propositions impératives, distinguées par des traits spécifiques de syntaxe et de grammaire, tout en
reposant identiquement sur la prédication». (Benveniste, 1966 :130)
La phrase noyau, définie comme une phrase simple, centrée autour d’un seul élément verbal, ne
s’identifie pas à la phrase minimale qui est constituée des éléments segmentaux strictement
indispensables au fonctionnement de l’unité syntaxique. Il ne s’agit que des éléments qui entretiennent
des relations d’implication réciproque comme dans l’exemple suivant :
Elle mangeait.
La phrase noyau est une unité syntaxique supérieure aux groupes de mots. Ses constituants
fondamentaux sont de nature segmentale : le groupe nominal (GN1) et le groupe prédicatif (G Préd).
Ph Noyau
GN1 G Préd

Elle demanda secours aux policiers


Dans la représentation en arbre de la phrase Noyau, on opère avec des notations configurationnelles
ou directes.
Sur le plan logique, le sujet indique une certaine entité [±Concret] qui représente le point de départ de
la pensée dans l’énonciation tandis que le prédicat représente le point d’aboutissement. Dans l’analyse
communicative des énoncés on opère avec les notions thème et rhème1. Le thème (support) représente
l’information nouvelle ; le rhème (propos, commentaire, apport) exprime ce qu’on dit du thème. La
structure propositionnelle et les fonctions principales de la phrase Noyau peuvent être expliquées au
niveau du système transitif2 ou du système ergatif.3
Pour analyser la structure sémantique de la proposition on opère avec les notions suivantes :
 actant / vs / circonstant
 rôles
 relations casuelles
1.0. Actant /vs / Circonstant
Lucien Tesnière (Eléments de syntaxe structurale, 1966) compare la phrase à un drame où les
personnages principaux sont les actants qui participent directement au procès et les personnages
secondaires sont les circonstants qui désignent la situation où a lieu le procès. A la réalité dramatique
constituée de procès, acteurs et circonstants, se subsitue une syntaxe structurale constituée de verbe,
actants et circonstants.
L.Tesnière distingue trois participants directs au procès qui établissent le schéma actanciel (figure
arborescente qu’il appelle le stemma et dans lequel le nœud verbal occupe une place centrale) : 
 le prime actant (sujet)
 le second actant (objet direct)
 le tiers actant (le complément d’attribution ou objet second ou indirect)

1
Le thème (topic selon la terminologie anglaise) c’est l’objet dont parle le locuteur, c’est l’argument du verbe.
Au début du XXe siècle il était appelé sujet psychologique ou sujet logique. Le rhème (comment selon la
terminologie anglaise) c’est l’information que le locuteur transmet à l’égard du thème. Autrefois il était appelé
prédicat psychologique ou prédicat logique.
2
La notion de transitivité réfère au rapport d’implication entre le verbe et son (ses) déterminant(s). La
construction sera transitive directe si le complément d’objet direct est directement relié au verbe ; transitive
indirecte si le complément d’objet indirect est introduit par une préposition ; à double complémentation si le
verbe se construit avec deux compléments dont l’un est généralement direct et l’autre indirect ou objet premier et
objet second ; à trois compléments.
3
Dans la grammaire des cas on nomme Agent ou Ergatif l’entité ou le GN qui accomplit l’action.
3

Tesnière propose de classer les verbes en fonction du nombre d’actants. Par l’utilisation de la
métaphore chimique de valence, il désigne le nombre d’actants qu’un verbe peut avoir sous sa
dépendance (si le nombre d’actants est limité à trois, le nombre des circonstants est presque illimité).
Un autre grammairien, Riegel, définit la notion de valence par « l’aptitude générale de certaines
catégories centrales (telles que le verbe mais aussi l’adjectif et le nom) à imposer à leur entourage des
configurations syntaxiques bien déterminées ». (Riegel, 1998 : 123)
1.1. Les cas profonds
À la distribution syntaxique des actants correspond plusieurs rôles ou fonctions sémantiques (les cas
profonds dans la terminologie de C. Fillmore).
Les éléments qui contribuent à la réalisation d’un procès accomplissent des rôles ou des fonctions
différents. La grammaire des participants au procès et de leurs rôles se traduit par la notion de
transitivité. Compte tenu de la fonction transitive on distingue les rôles suivants : actant/acteur/force
agissante, patient, bénéficiaire, cible, perdant, instrument, siège, instigateur, locatif temporel,
locatif spatial.
Mon frère a offert un cadeau à sa fiancée.
(acteur) (cible) (bénéficiaire)
Mon frère a offert un cadeau à sa fiancée il y a deux jours.
Il existe des types de propositions où ces relations ne se posent plus en termes de transitivité :
Paul a éternué. (Paul est un acteur)
Paul a apprécié son travail (Paul n’est pas un acteur qui effectue un procès concret, car le verbe
exprime un processus mental).
Paul est médecin vétérinaire (Phrase équatante dont le verbe exprime une relation entre deux
rôles) 4.
Les relations se posent en termes d’ergativité. L’ergatif répond à la question si l’action est causée par
le participant affecté.
1.2. Relations casuelles
Du point de vue sémantique, les constituants de la phrase Noyau garantissent des fonctions très
différentes. Le verbe est le constituant fondamental et le pivot de la phrase. C’est à partir du verbe que
l’on définit au niveau de la structure profonde, les différents rôles, c’est-à-dire les relations casuelles.
On aura ainsi les cas suivants : agent ou instigateur du procès, contre Agent ou l’entité contre laquelle
l’action est menée, patient (qui subit l’effet de l’action), siège, locatif ou lieu du procès, instrument,
bénéficiaire, etc., du procès. La grammaire des cas - grammaire générative établie par Ch. Fillmore -
analyse donc les catégories « sujet de » et « objet de ».
2. L’interprétation sémantique du sujet
Le sujet se prête à l’expression d’un éventail d’interprétations sémantiques qui sont déterminées par le
rôle que le verbe assigne à son premier actant.
Les linguistes font la distinction entre le sujet agissant et le sujet patient ou subissant (ou siège du
procès).
J. Vendryès utilise une autre terminologie : sujet actif / vs / sujet réceptif :

« Il y a deux manières, en effet, d’envisager les rapports d’un sujet avec le monde extérieur : tantôt le
sujet est actif, c’est-à-dire qu’il détermine par un acte de sa volonté certain effet sur ce qui l’entoure
(Pierre frappe Paul) ; tantôt il est réceptif, c’est-à-dire qu’il reçoit de son entourage une impression qui
affecte sa sensibilité (Paul est frappé par Pierre). Dans ces deux exemples, l’opposition est nette : l’un
donne les coups, l’autre les reçoit ; il n’y a pas d’hésitation possible. Mais il y a des cas où l’activité ou
la réceptivité s’équilibrent et se confondent ; d’autres où la seconde l’emporte sur la première. Si je dis
Pierre voit Paul ou Pierre aime Paul, les deux personnes exercent l’une sur l’autre une action qui peut
être indifféremment conçue activement ou réceptivement. La vue est un phénomène réceptif : Pierre a la
rétine frappée par une certaine image. De même dans l’amour et l’amitié : Pierre éprouve un certain
sentiment. Cela n’a rien d’actif. On conçoit qu’il soit plus logique de réserver les verbes actifs au cas où
l’action est effective, et d’employer un autre type de verbes, qu’on appellerait passifs ou affectifs à son
4
La phrase équatante exprime une relation d’équivalence référentielle lorsque deux expressions différentes
désignent un même référent. Paul et le médecin vétérinaire sont une et même personne.
4

gré, dans le cas où le sujet éprouve une modification de ses dispositions affectives. » (J. Vendryès,
1933 :123-124)
Le nominal sujet de la phrase peut exprimer les relations suivantes :

 agent de procès dans les phrases à verbes actifs :


Barbe – Baille ferma la porte.
(J. Giono).
Les grand-mères tricotent d’interminables bas.
(J. Richepin).

 patient [+ Humain] du procès dans les phrases passives :


Nous sommes nourris, vêtus, abrités, éclairés, transportés et même instruits par le travail des
machines.
(A. Carrel)

 siège du procès [+Humain] – sujet affecté :


Il était contrarié que le poète n’ait pas parlé de lui …
(A. France)

 bénéficiaire de l’action – sujet réceptif :


Il a reçu la Légion d’honneur.

 perdant de l’action :
Comme il arrive lorsqu’on se hâte, l’hôtel se vidait lentement.
(V. Hugo)

 force agissante [- Animé) :


Leurs voix montèrent, éclatèrent terribles…
(G. Flaubert)

 instrument [- Animé] :
Ce super autocuiseur de 3,50 m de haut pourrait bien résoudre le problème des déchets hospitaliers.
(Science et avenir, no. 572, 1994)

 objet de l’action [-Animé] – dans les phrases passives :


Ces acides gras sont également utilisés directement dans la fabrication des membranes des cellules …
(ibidem)
Remarque :
La fonction d’objet de l’action apparaît dans des phrases avec des verbes actifs comme dans les
exemples suivants :
Le tiroir ouvre mal.
Cette jupe se boutonne sur le côté.

 locatif spatial [-Animé] :


L’aérogare de Santiago est la plus spacieuse que j’aie jamais vue (P. Morand)
2.0. Les réalisateurs du GN1
Le groupe nominal sujet (primaire), constituant fondamental de la phrase Noyau, peut être réalisé
par :
a)un groupe nominal (GN) ou un nominal
b)un pronom
c)un infinitif
d)une proposition à verbe fini
Comme tous les autres groupes nominaux, le groupe nominal sujet est structuré suivant la règle
générale :
GN = (Pd) + N + (Dt)
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Remarque :
L’emploi du Pd comporte certaines restrictions :
-la séquence pas de ne précède jamais le nom Pd ;
-l’article massif singulier est rarement employé en position postverbale (GN 2) :
Du vin se trouve sur la table.
a) un groupe nominal (GN) ou un nominal
Le GN1 peut parfois être actualisé par une série de sens général qui ne renvoie à aucun élément
contextuel, linguistique ou situationnel : on, chacun, personne, nul.
On ne voit pas la mer, on l’entend, on la sent
(G.Flaubert)
Chacun y trouvera, selon son âge, la vie de son enfance…
‘ (M. Vessillier)
Nul ne peut se vanter de se passer des hommes
(Sully – Prudhomme)
Personne ne lui demandait rien
(B. Clavel)
Le GN1 peut être réalisé aussi par un substitut, évocateur ou anticipant :
Toute droite contre le mur, pareille à un sarcophage trop étroit, l’horloge était dans notre
demeure comme un personnage
(I. Guilloux)
b) un pronom
Le GN1 peut être exprimé par le pronom personnel, forme tonique disjointe qui n’est pas
obligatoirement repris par le pronom sujet conjoint correspondant :
Eux n’ont jamais traversé l’Atlantique.
Lui, toujours si gentil, si élégant.
Le pronom neutre il ou ce/cela en position de GN1 recouvre une divergence d’ordre grammatical et
logico – sémantique. Le sujet est à la fois sujet grammatical, apparent ou anticipant et sujet logique ou
réel :
Cela durait des heures sans qu’il s’en lassât. (R.
Rolland)
Si nous voulons passer la nuit ici, il faut s’y mettre tout de suite. (B.
Pierre)
c) un infinitif
L’infinitif de construction directe peut être le centre d’un groupe ayant une fonction nominale sujet :
Bien rosser et garder rancune est aussi par trop féminin ! (Beaumarchais)
L’infinitif sujet est rarement introduit par la préposition « de ». Cet emploi, familier au XVII-e siècle,
est limité à des textes essentiellement narratifs où il crée un effet stylistique de rapidité :
Et Grenouilles de se plaindre ; Et Jupin de leur dire… (La Fontaine)
d) une proposition à verbe fini
Une seule proposition peut remplir la fonction de sujet dans différentes situations :
 lorsque la proposition est introduite par la conjonction que et elle est centrée autour d’un
verbe au subjonctif :
Et qu’il ait certaine connaissance de l’économie politique n’est pas exclu ! (A. Malraux)
 lorsque le sujet est introduit par que suivant un verbe sans pronom neutre (mieux vaut) :
Mieux vaut qu’il renonce à ses mauvaises habitudes.
 lorsque la proposition relative est introduite par qui :
Qui peut être calme ne risque rien.
Qui pourrait y découvrir deux innocents ? (P. Mérimée)
Au pronom personnel indéfini qui, on peut ajouter le pronom d’identité tel ou un démonstratif (celui
– pour les personnes – et le neutre ce) :
Tel qui rie vendredi, dimanche pleurera.
Ce qui pense dans moi ressemble au chevrier … (J. Romains)
Celui qui chasse deux lièvres à la fois risque de n’en prendre aucun.
 lorsque le sujet est exprimé par le pronom indéfini quiconque, suivi d’une phrase :
Quiconque l’a vu peut le raconter.
3. Phrase Noyau binaire et phrase Noyau ternaire
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Comme nous l’avons déjà précisé, la phrase Noyau est définie comme une phrase simple, centrée
autour d’un seul élément verbal. Elle est une unité syntaxique supérieure aux groupes de mots et,
d’après la nature du verbe prédicatif et la continuité de la phrase Noyau, on a deux types de phrases :
 phrase Noyau binaire
 phrase Noyau ternaire
La phrase binaire connaît une continuité entre le sujet et le verbe :
GN1 ←-----→ V
Tu parles.
(P. Benoit)
La phrase ternaire connaît elle aussi une continuité entre le sujet et le verbe mais, une continuité de
marques entre le prédicat et le sujet aussi :
GN1 ←-----→ V (prédicatif)
Prédicat nominal
Ils seront tous assez heureux.
(ibidem)
4.L’accord du prédicat avec le sujet
L’accord du verbe (prédicat) avec le sujet consiste dans la combinaison du verbe avec les marques de
personne, de genre et de nombre imposés par le sujet.
Dans ce quartier, toutes les portes étaient fermées.
Le problème de la l’accord du sujet avec le verbe est réglé par :
-la structure du groupe syntaxique (GN1) = un seul élément nominal, un groupe de coordination ou de
subordination) ;
-l’énoncé phrase binaire ou l’énoncé phrase ternaire (le type de prédicat) ;
-la proximité du sujet (sa position par rapport au verbe) ;
-le sens.
4. 0. L’accord du sujet en nombre
Le sujet peut être exprimé par :
I. un nominal simple ;
II. un nominal complexe.
I. Quand le groupe syntaxique sujet est formé d’un seul élément nominal, on distingue plusieurs
situations :
1) Le nominal sujet – substantif ou pronom ayant le trait [-Collectif] - est au singulier, le verbe est
affecté de ce nombre aussi et, lorsqu’il est au pluriel, le verbe se met au pluriel :
Un vent léger balayait avec la poussière de la chaussée les graines ailées des platanes. (A. France)
Les chaloupes continuaient leur navette entre l’embarcadère et la Méduse (R.
Christophe)
2) Le sujet ayant le trait inhérent [+Collectif] impose l’accord du verbe au singulier (amas, bande,
groupe, famille, file, foule, majorité, monde, peuple, série, suite, totalité, troupe, troupeau) :
La foule du carrefour de la rue de la Seine s’épaississait rapidement et se mettait à bouger (R.
Barjavel)
Certains noms collectifs et substituts quantitatifs entraînent la forme du pluriel verbal si le verbe se
rapporte plutôt à la multitude des objets compris dans le nom collectif (plupart5, partie, peu, combien,
beaucoup, nombre, assez). Il s’agit de l’influence du sens dans l’accord du verbe au pluriel :
Beaucoup en ont parlé, mais peu l’ont bien connue
(Voltaire)
Les nominaux collectifs qui servent d’étiquettes quantitatives font rarement l’accord au singulier,
habituellement ils s’accordent au pluriel (dizaine, vingtaine, cinquantaine et tous les noms dits
numéraux) ; quand le nom collectif est suivi d’un groupe prépositionnel (G prép) l’accord dépend de
l’élément sur lequel on veut insister :
Une dizaine vint m’apporter la bonne nouvelle.
Une vingtaine de gens ont protesté toute la nuit. / Une vingtaine de gens a protesté toute la nuit.
3) Dans la phrase ternaire, l’accord se fait soit avec le Préd. (attribut) soit avec le sujet.
On emploie le singulier pour exprimer l’heure, une somme, la durée temporelle, si le quantitatif exprime la
globalité :
Il était quatre heures après-midi lorsque Quantin descendit du train à la gare de Perrache. (B.Clavel)

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Avec la plupart le verbe s’accorde toujours au pluriel.
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La grammaire normative conseille de reprendre le sujet par ce pour mettre en valeur le nombre du
sujet et du verbe :
Cent mille euros c’est une grosse somme d’argent.
Le sujet exprimé par le pronom neutre ce, suivi du verbe être, demande l’accord au singulier dans la
langue courante et le pluriel dans la langue littéraire, si l’attribut est un nom ou un pronom à la 3-e
personne du pluriel :
C’est des étudiants à moi. / Ce sont des étudiants à moi.
C’est eux qui ont quitté la ville. Ce sont eux qui ont quitté la ville.
Avec tout cela on fait l’accord du verbe au singulier mais au pluriel aussi :
Tout cela se mêle, s’étend, plane, couvre la ville, cache le ciel, éteint le soleil
(Guy de Maupassant)
Tout cela ne sont que des mensonges.
Si le groupe sujet est repris par ce, en langue littéraire on fait l’accord au pluriel et en langue courante
au singulier :
Tout cela ce ne sont que des mensonges. (langue littéraire)
Tout cela c’est des mensonges. (langue courante)
4) Avec le pronom impersonnel il on fait toujours l’accord au singulier :
Quand la terre a bien bu, il se forme de petites mares.
(P. de Musset)
Il y avait pourtant quelques familles riches dont la fortune représentait l’épargne et les privations
d’une longue lignée.
(M. Pagnol)
5) Les locutions automatisées – si ce n’est, fût-ce, n’était, n’eût été, peu importe, qu’importe,
mieux vaut – placées en tête de la phrase, peuvent recevoir un sujet au singulier :
Soit les triangles A,B,C et D,E,F.
N’eût été ses parents, je ne l’aurais jamais reçu chez moi.
6) Les formes verbales reste, soit, vive peuvent s’accorder au pluriel et au singulier aussi :
Reste les dernières négociations à faire.
Restent les dernières négociations à faire.
7) Si les GV vive, n’était, reste, soit, mieux vaut occupent une place après le sujet, ils s’accordent
toujours avec le sujet :
Les tortues vivent longtemps.
II Si le sujet est un nominal complexe (le sujet est formé de plusieurs éléments nominaux) on distingue
plusieurs situations :
1) Le sujet est un groupe de subordination.
Si le groupe sujet a la configuration suivante : un nominal [+Collectif] qui exprime la quantité ou un
quantitatif proprement dit + un nom au pluriel, le verbe s’accorde soit avec le nominal centre soit avec
le second élément, suivant le sens. Par conséquent on aura la dichotomie suivante :
quantité globale (singulier) / vs / quantité différenciée (pluriel)
Une armée de marmites et de casseroles reposait sur un lit de braise
(E. Moselly)
Une armée de servantes, de marmitons se démenaient. (ibidem)
Un peuple d’oiseaux sifflaient, chantaient, gazouillaient, criaient
(F. de Croisset)
Une troupe de canards sauvages, tous rangés à la file, traversait en silence un ciel mélancolique
(Chateaubriand)
Il y a une tendance dans la langue moderne à faire l’accord au pluriel (plus précisément avec le terme
le plus rapproché qui est au pluriel).
2) Les nominaux quantitatifs : la plupart, un grand / bon certain nombre, une (bonne) partie, la
plus grande partie, la majeure partie, la (une) majorité, la (une) minorité, une multitude, une foule,
une infinité, le reste, le peu, le surplus + de suivis d’un nom au pluriel, imposent l’accord au
singulier (pour un sens strict, exact) et au pluriel (pour exprimer une quantité approximative) :
Le peu de cheveux qui reste grisonne allégrement. (G. Duhamel)
Le peu de matelots qui restaient essayèrent d’implorer la pitié des révoltés. (P. Mérimée)
Après le surplus de, le verbe se met au singulier :
Le surplus d’économies est employé pour les loisirs.
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3) Quand le groupe sujet est exprimé par un nom de fractions, le verbe est au singulier ou au
pluriel, suivant l’opposition détermination précise / vs / détermination approximative (la / une
moitié, le / un tiers) :
Presque la moitié des étudiants a passé l’examen de linguistique générale.
Les pourcentages (des pluriels à l’origine) demandent traditionnellement l’accord au pluriel :
Si 33% des cadres se plaignent des conditions pratiques, 40% invoquent l’organisation interne

(Le Point, no. 1009 / 1992)
Si le pourcentage est considéré une quantité unitaire, on emploie le verbe au singulier :
18% est énorme pour le taux de chômage.
4) Si les substituts quantitatifs : assez, beaucoup, combien, peu, trop, quantité, nombre, pas mal
opèrent comme des déterminants du nom, l’accord est au pluriel :
Beaucoup de femmes travaillent pour la sécurité sociale.
Peu de gens acceptent la pornographie.
Le verbe est au singulier si on veut souligner l’idée de quantité :
Nombre de gens accepte le compromis.
Dans une construction sujet groupe du type plus d’un + N, le verbe est au singulier (sont exceptés les
verbes réfléchis de sens réciproque) :
Plus d’un visiteur est venu.
Plus d’un visiteur se regardaient les uns les autres.
Le groupe sujet moins de deux + N, signifiant la détermination de proximité, fait l’accord au pluriel :
Moins de deux semaines se sont écoulées depuis.
Le groupe sujet pas moins de + N demande l’accord du verbe au pluriel :
Pas moins de cinq ouvriers ont réussi à soulever le piano.
5) Le groupe sujet est un groupe de coordination.
Si les constituants du GN1 forment un groupe appositionnel à un seul référent, le verbe est au
singulier :
Jean, le frère de mon voisin, fait son service militaire.
Quand les sujets juxtaposés d’un verbe forment une gradation l’accord se fait d’après le sens. En
l’occurrence d’inclusion (il s’agit d’une gradation sémantique ou synonymie du discours lorsque les
sujets ne s’ajoutent pas mais ils se moulent dans une seule idée) on emploie le singulier et, en
l’occurrence d’addition on emploie le pluriel :
Crainte, souci, même le plus léger émoi s’évaporait dans son sourire (A. Gide)
La pluie, le vent, l’orage chantent à leurs oreilles les enseignements sacrés (J. Giono)
Si un nominal reprend en résumé les sujets énumérés par un terme du type tout, personne, rien, ce
dernier impose l’accord au singulier :
La chaleur, le ronronnement sourd des paroles, le pétillement de la flambée, tout concourt à
créer une atmosphère de bonheur
(E. Rocher)
Ouvriers et apprentis, personne ne flâne, tous travaillent avec ardeur
(Cours supérieur d’orthographe, E. & O. Bled)
Les sujets liés par la conjonction et, exigent l’accord du verbe au singulier s’il y a exclusion de
membres et accord au pluriel s’il y a addition de membres :
Mon ami et mon collègue est un type génial.
Mon ami et mon collègue sont d’excellents athlètes.
La suite l’un et l’autre, substitut des nominaux sujet, demande le verbe au pluriel et, en position de
Préd du sujet, demande /régit le verbe au singulier :
L’un et l’autre proposition est canonique en français.
La suite et surtout, conjonction composée qui lie les sujets, admet le verbe au singulier ou au pluriel :
La fleur et surtout la rose, symbolise / symbolisent l’amour.
Si les constituants du groupe sujet sont liés par la conjonction ni, le verbe se met généralement au
pluriel :
De même, ni le nombre des conseillers, ni leurs compétences ne sont encore arrêtés
(Libération, 9 juillet, 1982).
La conjonction de coordination négative ni peut aussi imposer le verbe au singulier lorsqu’il s’agit
d’une exclusion logique :
Ni Marie, ni Simone ne fit son apparition.
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Après ni l’un ni l’autre, le verbe est le plus souvent au singulier. Cependant, le pluriel n’en est pas
exclu :
Ni l’un ni l’autre ne fera / feront rien.
Quand l’élément de relation entre les sujets est la conjonction ou, l’accord varie en fonction du sens :
exclusion (singulier) / vs / alternative (pluriel)
Le maître attend que le soir qui tombe ou le jour qui blanchit les carreaux lui emporte son mal ou sa
vie.
(A. Daudet)
Sa perte ou son salut dépendent de sa réponse (Racine)
La relation de coordination faite par non seulement… mais encore, impose l’accord avec le dernier
terme mais on n’exclut pas des variations sémantiques :
Non seulement sa robe mais son manteau aussi est bien coupé.
Non seulement sa veste mais son sac aussi sont rouges.
Autres éléments de relation tels que : avec, de même que, ainsi que, aussi bien que, imposent l’accord
du verbe au pluriel soit au singulier seulement si le deuxième sujet a un caractère parenthétique 6 :
Ma sœur avec son mari sont venus me voir.
Ma sœur, avec son mari, est venue me voir.
L’agriculture aussi bien que le commerce assurent la prospérité de cette région.
L’agriculture, aussi bien que le commerce, assure la prospérité de cette région.
4.1. L’accord en personne
Si le sujet est multiple, le choix de la personne tiendra compte du principe d’hiérarchie, la première
personne emportant sur la deuxième, la deuxième sur la troisième, etc. :
Delphine et Mariette étudiaient leur géographie dans le même livre.
(M. Aymé)
Le concierge et toi devriez aller voir au troisième étage.
Marie et moi sommes parties nager.
Souvent, le sujet de personne différente est repris par le pronom pluriel qui désigne la valeur du
verbe :
Jean et toi, vous étés partis pour la France.
4.2. L’accord dans les propositions relatives
Dans la proposition relative où le sujet est exprimé par un pronom personnel de forme tonique -
pronom placé entre les constituants du présentatif c’est … qui - le prédicat s’accorde en nombre avec
ce pronom personnel disjoint (repris en réalité par qui) :
Je regardais mon grand-père faire sa barbe, c’est moi qui commençais à faire mousser le savon
(Girardin)
Si le pronom démonstratif précède le démarcateur qui, c’est le premier qui impose l’accord du verbe :
Vous êtes ceux qui prennent les décisions.
Si le démarcateur qui est précédé d’une série du type un de ceux, un des, le prédicat est toujours à la
troisième personne du pluriel :
Il est l’un de ceux qui ont visité cette cité médiévale.
Il existe aussi des structures où le pronom personnel est celui qui détermine l’accord :
Vous êtes de ceux qui avez visité cette cité médiévale.
Si la proposition régissante est ternaire, c’est le sujet de cette proposition qui impose l’accord verbal :
Vous êtes une équipe qui jouez bien.
Si le démarcateur qui est précédé d’une série du type : le seul, le premier, l’accord se fait soit avec le
sujet, soit avec le centre de la relative :
Tu es le seul qui saches (sache) la vérité.
Je suis le premier qui aie (ait) le résultat.
Si le démarcateur qui est précédé d’une suite négative restrictive, il n’y a que + GN, le prédicat
s’accorde en personne et en nombre avec l’élément nominal repris par qui (nominal considéré centre) :
Il n’y a que vous qui sachiez la bonne réponse.
Si le démarcateur qui est précédé des suites du type : un homme comme moi, des gens comme vous,
l’accord du prédicat se fait presque toujours à la troisième personne :
6
Le discours, tant à l'oral qu'à l'écrit, suppose une succession d'énoncés. À l'oral, cette succession se
manifeste principalement par un ordre temporel, tandis qu'à l'écrit, l'ordre linéaire prend en charge la
succession que l'on peut aborder en termes de progression. L'une des manifestations particulières de
la progression discursive : celle, voisine des incises et incidentes, est appelée insertion parenthétique.
10

Des gens comme vous qui savent si bien jouer du piano.


4.3. L’accord sémantique et l’accord formel
En français contemporain, l’accord sémantique perd du terrain en faveur de l’accord formel ou
l’accord des constituants. Ce dernier type d’accord se présente sous des formes diverses :
l’accord des collectifs suivis d’un déterminant au pluriel ;
l’accord des sujets en apposition ;
l’accord régi par le prédéterminant dans les structures ternaires.
4.4. L’accord en genre
Généralement, le verbe s’accorde en personne et en nombre avec le sujet. Le participe passé d’un verbe
à un temps composé se manifeste comme un véritable adjectif, raison pour laquelle il fait l’accord en
genre et en nombre avec le sujet de la phrase, si le verbe se conjugue avec être.
Moins variables que les adjectifs, les participes passés présentent une variation formelle de
genre tandis que sur le plan de l’expression, l’opposition de nombre est inexistante.
Il existe plusieurs catégories de verbes qui se conjuguent avec l’auxiliaire être et qui font l’accord du
participe passé en genre et en nombre avec le sujet de la phrase :
1. Certaines catégories de verbes intransitifs :
a) verbes de déplacement ou de mouvement et leurs dérivés :
(s’en) aller, arriver, partir (repartir), venir (advenir, devenir, intervenir, parvenir, survenir, revenir).
Une belle alouette huppée était arrivée d’un vol au bord de la mare.
(Fabre)
Je ne suis pas venue pour vous faire des reproches.
(G. Simenon)
Elle est repartie sans regret.
Le dérivé du verbe partir – repartir (partir de nouveau) – a un homonyme – repartir - qui signifie
répliquer, répondre et qui se conjugue toujours avec l’auxiliaire avoir :
Tu me manques, repartit –il.
Les dérivés du verbe venir qui reçoivent un complément direct ou indirect se conjuguent avec
l’auxiliaire avoir : circonvenir, contrevenir, prévenir, subvenir.
Il a contrevenu aux ordres de son chef.
J’ai prévenu que je serai en retard.
Le malfaiteur a circonvenu le patron du magasin.
Cette banque suisse avait subvenu les étudiants surdoués.
b) verbes d’événement, de changement d’état ou verbes inchoatifs 7 : éclore, décéder, mourir,
naître, grandir, blanchir, rougir, se passer, se rouiller :
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
(A. Camus)
Le fer se rouille.
c) verbes copules : demeurer, descendre, redescendre, entrer, rentrer, devenir, monter, remonter,
retourner, sortir, ressortir, tomber.
Elle n’est demeurée qu’une semaine dans notre ville (avec le sens de « s’arrêter, rester quelque part,
rester en quelque état, se fixer »)
Tout à coup le tonnerre a grondé, la pluie est tombée
(J. Vallès).
Ces verbes, employés transitivement, se conjuguent avec l’auxiliaire avoir :
Il a monté les malles dans le grenier.
Avec le sens de « habiter », le verbe demeurer se conjugue avec avoir :
Nous avons demeuré plusieurs années dans cet immeuble.
Même dans leur emploi intransitif ces verbes se conjuguent avec l’auxiliaire avoir, si on veut mettre en
évidence l’action et non le résultat de cette action :
Le Danube a monté d’une vingtaine de centimètres.
d) verbes qui se conjuguent tantôt avec être tantôt avec avoir d’après l’opposition sémantique :
accroître, atterrir, baisser, cesser, changer, convenir, dégénérer, déménager, diminuer, disparaître, divorcer,
échouer, embellir, enlaidir, grandir, grossir, maigrir, paraître, passer, rajeunir, résulter, sonner, vieillir, etc
Le verbe convenir, avec le sens de « plaire », se conjugue avec avoir ; avec le sens de « tomber
d’accord » il se conjugue avec être et, par conséquent, son participe passé fait l’accord avec le sujet de
la phrase :
7
Les verbes inchoatifs désignent un commencement de l’action ou un passage d’un état à l’autre (beaucoup de
verbes du II-e groupe qui sont dérivés d’adjectifs et beaucoup de verbes réfléchis).
11

action (avoir) / vs / résultat de l’action (être)


Il lui a convenu la situation.
Les ministres sont convenus de se réunir chaque année.
Le verbe paraître qui réfère à une personne se conjugue avec avoir :
Elle a paru en robe de soir.
Le verbe passer dans la construction passer pour + adjectif qualificatif, se conjugue avec avoir :
Il a passé pour un coureur de jupons.
Le verbe échouer employé avec un sens abstrait se conjugue avec avoir :
La grève des cheminots a échoué.
2. Verbes employés à la forme passive :
Avec ce type de verbes il y a toujours accord du participe passé avec le sujet :
Les quais étaient envahis d’une foule affairée
(A. Daudet)
Nous sommes enveloppés d’un nuage d’insectes ivres de fureur et continuons en souriant
(Maeterlinck).
3. Verbes pronominaux :
Ces verbes présentent quelques cas particuliers :
dans la langue courante, surtout au code oral, on néglige parfois l’accord en genre ;
le pronom réfléchi est parfois un objet indirect et dans ce cas le participe passé reste invariable.
a) verbes essentiellement pronominaux (le verbe réfléchi ne peut pas être analysé du point de
vue de la fonction syntaxique): s’absenter, s’abstenir, s’accouder, s’accroupir, s’acheminer, se cabrer, se
démener, s’adonner, s’agenouiller, se désister, se dédire, s’ébattre, se blottir, s’ébrouer, s’écrier, s’écrouler,
s’efforcer, s’élancer, s’emparer, s’empresser, s’en aller, s’enfuir, s’enquérir, s’entr’aider, s’envoler, s’épandre,
s’esclaffer, s’évader, s’évanouir, s’évertuer, s’exclamer, s’extasier, se formaliser, s’immiscer, s’infiltrer,
s’ingénier, s’ingérer, s’insurger, se lamenter, se méfier, se méprendre, se moquer, s’obstiner, se prosterner, se
raviser, se rebeller, se ratatiner, se rebiffer, se récrier, se recroqueviller, se réfugier, se renfrogner, se rengorger, se
repentir, se soucier, se souvenir, se suicider, se tapir, se targuer.
Les enfants se sont envolés successivement
(Lamartine)
J’entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées de la maison
(X. de Maistre)
S’ils s’étaient enfuis, s’ils avaient été blessés, il aurait certainement entendu quelque bruit
(P. Mérimée)
Le verbe s’arroger régit toujours un complément d’objet direct. Son participe passé ne s’accorde jamais
avec le sujet du verbe mais avec le complément d’objet direct quand celui-ci est placé avant le
participe :
Des chefs se sont arrogé le droit extravagant de disposer d’autres êtres humains
(G. Duhamel)
Ces privilèges qu’ils se sont arrogés sont excessifs.
b) verbes pronominaux moyens, d’expérience subjective et inchoatifs ou verbes dynamiques.
Ces verbes ont un sens assez différent de celui des verbes actifs : s’apercevoir, s’appeler, s’attaquer,
s’attendre, s’aviser, se commettre, se conserver, se dire, se distinguer, se douter, s’échapper, s’ennuyer, se
fabriquer, se garder, se guérir, se jouer, se laver, se lire, s’opposer, se plaindre, se prévaloir, se réjouir, se remplir,
se saisir, se servir, se réveiller, se taire, se trouver, etc.
Je m’en suis doutée dès que tu me l’as présenté.
(G. Simenon)
Le tambour et les trompes se sont tus
(A. Gheerbrant)
c) verbes pronominaux de sens passif : se construire, se jouer, se parler, se nommer, se vendre, se
vider. Ce n’est pas le sujet qui fait l’action, il la subit. Le participe passé s’accorde avec le sujet :
Les hameaux s’étaient vidés de leurs mendiants
(P. Loti)
J’ai fait un signe, ses yeux se sont remplis d’eau
(G. Duhamel)
d) verbes pronominaux de sens réfléchi : se décider, se heurter, s’imaginer, se laver, se cogner, se
préparer, etc. Ces verbes font l’accord du participe passé si l’objet direct réalisé par un nominal ou une
proposition infinitive, antépose l’auxiliaire :
Le prêtre qui s’était lavé les mains balbutiait une prière
12

(E. Zola)
Tous les autres bruits habituels de la brousse se sont éteints
(Baratier)
e) verbes pronominaux réciproques : s’appeler, se battre, se parler, se regarder, se rencontrer, se
séparer, se saluer, etc.
***Les lutteurs se sont tordu les bras, se sont frotté les visages, se sont entortillés comme des
serpents
(F. Mistral)
Ils s’étaient simplement regardés.
(P. Humbourg)
f) verbes pronominaux suivis d’un prédicat nominal / attribut du sujet :
s’affirmer, se croire, s’imaginer, se montrer, se rendre, se sentir, etc.
J’ai bu ma petite tasse de café matinale, et je me suis sentie ragaillarde
(S. Prou)
Elles se sont montrées très contentes.
g) verbes pronominaux factitifs (se laisser, se faire + Infinitif) :
Le participe passé des verbes laisser et faire suivis d’un infinitif, observent la règle d’accord du
participe passé employé avec avoir suivi d’un infinitif. Si entre le sujet du verbe pronominal et le sujet
de l’infinitif il y a de la coïncidence, on fait l’accord du participe passé avec le sujet de la phrase :
Elles se sont laissées mourir de faim.
Ils se sont laissé convaincre par leurs collègues.
Leurs leçons se sont fait entendre.
(F. Fromentin)
h) verbes pronominaux intransitifs indirects : se complaire, se déplaire, se plaire, se mentir, se nuire,
se ressembler, se rire, se sourire, se succéder, se suffire, se survivre, etc.
Les participes passés de ces verbes sont invariables :
Les quatre coups de fusil s’étaient succédé avec une rapidité incroyable.
(E. Zola)
Mme de Beaumont avait planté un cyprès et elle s’était plu à me le montrer.
(Chateaubriand)
Sans s’être parlé, ils arrivent au tournant du chemin.
(E. Zola)
Ne confondons pas le pronominal se parler (parler à soi) au participe invariable, avec se parler à
valeur passive, au participe variable :
Ils ne se sont pas parlé plus d’un an.
Autrefois, les patois se sont parlés plus que le français.
4.5. L’accord dans la phrase ternaire
Le phénomène syntaxique de l’accord se manifeste de la même manière dans la phrase ternaire qui est
organisée autour de la copule être. La phrase ternaire a une structure tripartite qui demande un accord
complexe entre les constituants de la phrase - GN1 sujet, V prédicatif et Prédicat nominal :
accord en genre et en nombre entre le Prédicatif réalisé par un adjectif ou un nom de qualité et le GN 1;
accord en nombre entre le GN1 et le verbe principal ;
accord entre le verbe principal et le Préd.
L’accord en genre et en nombre entre le Préd et le sujet peut être un accord évocateur ou un accord
anticipant :
Ainsi inaltérables et pourtant déjà altérées, m’apparaissent Diane et Rose. – accord anticipant
(Lucien Bodard)
Les herbes étaient limpidement bleues.
(Émile Zola)
Parfois, ces phrases entraînent des variations d’accord, avec le sens (le référent) des pronoms
personnels sujets, neutralisés contextuellement :
Nous avons été sage aujourd’hui (nous = tu, structure caractéristique du langage des enfants).
On est contrariés (on = nous).
Ma belle, on est encore contrariée ?
(P. Benoit)
Es-tu contente, mon chou ?
13

Dans le cas des phrases ternaires dont le prédicat est exprimé par la locution avoir l’air + adjectif
(locution partiellement bloquée) ou les locutions se faire part, demeurer / rester court (locutions
complètement bloquées), l’accord avec le sujet présente des variations d’après le sens :
Le prédicatif s’accorde avec le sujet si le sujet est un nom [-Animé] :
La maison avait l’air abandonnée.
Les maisons avaient l’air abandonnées.
Le prédicatif s’accorde avec le sujet si le Préd est incompatible, du point de vue sémantique, avec le
nom air :
La fille a l’air sérieuse.
L’accord du prédicatif avec le sujet exprime une qualité permanente et, avec le nom air, une qualité
accidentelle, momentanée, quand le sujet est un N [+Humain] :
La fillette a l’air douce.
La fillette a l’air doux.
Elles avaient l’air somnambules, à force d’avoir l’air rêveur.
(Barbey d’Aurevilly)
Remarques sur quelques structures :
Dans la locution se faire part + infinitif, l’adjectif prédicatif fort, reste invariable ; suivi d’un élément
nominal le prédicatif fort fait l’accord :
Elle s’est fait fort à résoudre ce problème.
Elle s’est fait forte de cette expérience.
Dans les locutions rester court et demeurer court, l’adjectif prédicatif court reste invariable :
La surprise le fit demeurer (rester) court.
Si le prédicatif est un nom de qualité, l’accord se fait suivant la règle générale :
Elle est blanchisseuse.
Si le Préd est un nom qui ne connaît qu’un seul genre indifférencié ou genre antinaturel, la continuité
des marques est supprimée :
Ce jeune homme est une sentinelle.
Elle est devenu un célèbre écrivain.
Trois femmes sont témoins.
La cigogne est un échassier.
Avec l’expression un air, l’adjectif reste au masculin :
Il n’y avait pas jusqu’aux pauvres animaux qui n’avaient un air d’abandon au milieu de ces ruines.
(Erckmann – Chartian)
5. Les sujets inversés
Dans la phrase française, l’ordre progressif GN → GV n’est pas obligatoire, cependant l’ordre des
mots n’est pas complètement libre non plus.
Les modifications subies par l’ordre dit progressif ont pour effet le changement de position du sujet
dans la phrase canonique.
La structure de la phrase canonique est celle d’une phrase assertive, simple (à une seule structure
phrastique) et neutre (le négatif, l’emphatique, le passif et l’exclamatif y sont exclus) :
Le clair de lune entra aussitôt dans la chambre.
(G. Bernanos)
Le sujet d’une telle structure est généralement placé en tête de la phrase.
Traditionnellement, il y a quatre types d’inversion du sujet :
l’inversion pronominale : les pronoms personnels sujets (on et ce y compris), postposent le prédicat à
la forme simple ou le premier élément du prédicat à la forme composé :
Aimez-vous Brahms ?
(F. Sagan)
A-t-il été félicité ?
M’en aurais-tu donné 10% du profit je t’aurai vendu ma firme.
l’inversion nominale : les groupes nominaux ou les pronoms personnels, autres que ceux qui se
prêtent à l’inversion pronominale, posteposent le prédicat (l’infinitif y compris) :
De la plaine monte l’odeur de l’humidité féconde et le chant du premier soleil.
(P. Méja)
Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans le ciel agité de l’automne et les feuilles qui
jaunissent.
(A. France)
Dans cette station avaient passé de belles vacances plus de 2000 touristes.
14

l’inversion complexe : le sujet nominal conserve sa place mais il est repris après le verbe par la forme
correspondante du pronom personnel sujet de la troisième personne singulier ou pluriel :
Quand Marie est-elle venue nous voir ?
l’inversion interrogative : totale, partielle, directe, indirecte.
L’interrogation pronominale est possible en interrogation directe partielle ou directe totale :
Écoute-t-il ?
Où allez-vous ?
L’inversion nominale est possible dans l’interrogation partielle directe et indirecte :
Qu’en pensent vos parents ?
À quelle heure part le TGV ?
Je me demande à quelle heure / part le TGV / le TGV part ?
L’interrogation indirecte totale est incompatible avec toute forme d’inversion du sujet.
L’interrogation directe partielle accepte tout type d’inversion :
Comment parle-t-elle le français ?
Comment parle Marie le français ?
Comment Marie parle-t-elle le français ?
- L’inversion du sujet appartient plutôt dans la langue littéraire. Certains cas « correspondent à des
opérations de topicalisation et de thématisation réalisés par différentes espèces de phrases emphatiques : Il ira
loin, ce petit – C’est Jean qui prononcera le discours – Ce qui me plait, c’est sa franchise. »8
Nous présentons ci-dessous la distribution des différents cas d’inversion du sujet :
1. Les verbes de communication du type : arriver, avancer, commencer, entrer, paraître, précéder,
rester, suivre, survenir, etc., qui antéposent un G N1 réalisé par un substantif :
Viendra le temps où la vache aura besoin de sa queue.
(proverbe)
Cette campagne, où abondaient les friches, m’enchantait.
(E. Herriot)
2. Les énoncés appartenant au style scientifique ou au style administratif (définitions, avis,
formulaires, énoncés) ou le sujet postposé est, du point de vue logique, le vrai prédicat :
Soit le triangle isocèle ABC…
3. Dans les propositions incises (dit-il, répondit-il, reprit-il, pensa-t-il, fit-il) et incidentes, le
sujet pronominal ou nominal placé à l’intérieur ou à la fin d’un passage au discours direct ou
indirect libre, est toujours postposé :
Je ne crois plus, s’écria-t-il d’une voix sinistre.
(G. Bernanos)
Vous avez entendu parler de lui ? demanda-t-il.
(P. Benoit)
Dis donc, demanda-t-il / demanda Paul, tu l’épouseras ?
Dans la langue courante on évite l’inversion du sujet et on antépose la conjonction que à la
proposition incise :
Dis donc, qu’il demanda…
Les phrases qui ont un caractère plus subjectif – dont le sujet est un pronom de 1-e personne -
respectent l’ordre canonique GN → GV, surtout si le verbe est au présent de l’indicatif :
Le froid, je pense, affecte les vieux et les enfants.
L’inversion du sujet est gardée dans les phrases qui engagent un verbe de communication de
sémantisme plus fort :
Allons, je vous en prie, oncle Urbain ! coupa Jacqueline, impatientée.
(M. Druon)
La phrase incise ce semble n’admet pas l’inversion à cause du sujet neutre ce. Cependant, on peut
dire soit il me semble soit me semble-t-il :
Il a ramassé la veste, il me semble.
Il a ramassé la veste, me semble-t-il.
Dans le registre courant, on évite souvent l’inversion, la conjonction que antéposant l’incise :
Il a ramassé la veste qu’il me semble.

8
M. Riegel, 1998, p. 134.
15

4. Les phrases qui commencent par le déterminant verbal de sens restrictif seul, demandent
l’inversion du sujet :
Seul importe la santé.
5. On fait l’inversion d’un sujet substantival dans les phrases introduites par des circonstants
adverbes de temps, de lieu, de manière : ici, là, de là, dehors, dedans, ailleurs, par là, partout, nulle part,
d’abord, après, puis, alors, enfin, ensuite, de nouveau, déjà, jadis, jamais, aujourd’hui, hier, parfois, ainsi,
lentement, doucement, etc. :
Puis commencent les chants
(J. Michelet)
Au loin, dans la nuit, résonnent sur la neige les sabots d’un cheval, tinte un grelot.
(M. Colmont)
6. Si la phrase entraîne un groupe prépositionnel circonstanciel de lieu, de temps, de manière, et le
sujet est habituellement un groupe plus complexe, l’inversion est imposée par des raisons
d’équilibre et de rythme de la phrase :
Bientôt apparut un gros petit homme qui fut accueilli par une flatteuse rumeur…
(H. de Balzac)
7. L’inversion dans des phrases introduites par un présentatif ou régies par une proposition
modalisante :
C’est vers le monde imaginaire où résonnent, proches ou lointains, grandes voix du malheur et du
mal…
(M. Genevoix)
8. L’inversion simple pour les sujets pronominaux et l’inversion complexe pour les sujets
substantivaux, dans les phrases qui commencent par des adverbes conjonctifs et propositionnels :
ainsi, de même, aussi, au moins, du moins, toujours, encore, tout au plus, tout juste, à peine, sans doute,
peut-être, probablement, en vain, vainement, inutilement, rarement, volontiers, etc. :
À peine avions-nous fait trois milles que deux cavaliers voilés de bleu firent irruption devant
nous…
(A. Maalouf)
Ainsi, chaque citoyen vit-il avec rêve juste au-dessus de ses moyens…
(François de Closets)
Aussi m’avez-vous déjà pardonné.
(G. Bernanos)
Peut-être te laisseras-tu émouvoir, par son age, son passé, son avenir.
(E. Ionesco)
En vain étreignait-il la poitrine sonore, le corps extenué vibrait jusqu’à sa dernière fibre.
(G. Bernanos)
Encore faut-il croire que ce fantôme a pris la perruque du partisan.
(M. Pagnol)
Sans doute eut-il été chassé des abords, s’il ne s’était retiré au centre même de la forteresse.
(G. Bernanos)
Alors commença la plus belle analyse grammaticale que j’aie entendu faire de ma vie.
(J. Girardin)
Au moins sont-ils des prêtres médiocres, presque tous aisément reconnaissables.
(G. Bernanos)
9. Les phrases ternaires qui commencent par un prédicat adjectival entraînent l’inversion du sujet en
quelques situations :
a) emploi emphatique – caractéristique de la langue littéraire – avec des adjectifs tels que :
heureux, malheureux, pauvre, rare, grand, tel, etc. :
Telle fut la brusquerie de l’attaque, (…) qu’il se jeta hors de son lit, s’échappa…
16

(G. Bernanos)
Nombreuses sont les femmes qui préfèrent la carrière au détriment du mariage.
b) dans le style administratif, juridique, scientifique (comptes-rendus, avis, définitions), le verbe
copule en cohésion avec le Préd. est en tête de la phrase :
Sont bons citoyens ceux qui participent aux élections.
Sont déclarés admis les suivants candidats.
Sont priés de se présenter au bureau du PDG les chefs de départements.
c) les adverbes quantitatifs, comparatifs et temporels favorisent l’inversion (facultativement) : si,
tant, seul, combien, jamais, aujourd’hui, plus…plus, moins…moins, etc.
Plus navrante et plus grise est l’impression que laisse l’Education Sentimentale.
(Lanson)
N’eût-été, n’était, si+Adj, paraphrasables par si, pour peu que, introduisent des propositions
circonstancielles et demandent l’inversion du sujet :
Il remontera tous les obstacles si difficiles soient-ils.
N’eût été son dévouement, elle n’aurait jamais surmonté les difficultés.
Les propositions relatives introduites par un pronom relatif, autre que qui, permettent la
postposition du sujet :
Les silhouettes des objets sur lesquelles glisse la neige se découpent en noir.
(Th. Gautier)
Le baraquement (…) était traversé de bout en bout par un couloir sur lequel s’ouvraient les
chambres.
(P. Benoit)
Aujourd’hui on manifeste de plus en plus la tendance de garder l’ordre canonique GN → GV,
surtout dans la langue parlée.

6. Le Groupe Prédicatif (G Préd)


La phrase Noyau canonique a deux constituants obligatoires : Le GN1 dont le comportement nous
avons déjà présenté et le GPréd.
Le GPréd présente une structure traditionnelle du type suivant :
élément verbal (pivot verbal / verbe fini) ;
les déterminants, les constituants ou les modificateurs du procès spécifié par le verbe.
Les déterminants sont :
les compléments d’objet
les compléments circonstanciels.
Le verbe peut avoir soit des déterminants obligatoires et alors il constituera le GV, soit des
déterminants non obligatoires (ajouts ou ajoints) et alors il constituera le GAdv.
GPréd
GV GAdv

Elle est inhabitée depuis un an. (G. Simenon)


En l’absence de déterminant, le GPréd se réduit au seul constituant GV.
Concarneau est désert.
(GV) (G. Simenon)
17

Sémantiquement et syntaxiquement, ces modificateurs du procès spécifié par le verbe, peuvent être
soumis à des interprétations différentes, indispensables à la bonne formation de la phrase. On peut
également distinguer le nombre de compléments (la construction directe ou indirecte des
compléments par la forme spécifique des pronoms personnels, relatifs, interrogatifs et indéfinis
qui leur sont substituables).

6.0. Complément d’objet/vs/complément circonstanciel


La distinction complément d’objet / vs / complément circonstanciel est faite par selon le
comportement des unités constitutives propositionnelles, la fonction syntaxique et le rapport
sémantique qui relie ces unités propositionnelles.
Les réalisateurs du GV dépendent des propriétés sémantiques du verbe et de ses aptitudes
combinatoires.
Le complément d’objet est défini selon la propriété de certains verbes d’avoir un régime dont
l’introducteur est déterminé (rection) de ce qu’on appelle transitivité directe ou indirecte.
Le complément circonstanciel se définit par sa capacité de fournir les informations concernant le cadre où
le procès a lieu : espace, temps, manière, etc.
Tous les deux, le complément d’objet et le complément circonstanciel peuvent être identifiés par le test
de la pronominalisation (indéfinie, interrogative – au cas du complément circonstanciel) qui répond
aux questions suivantes :
Pour le complément circonstanciel : Pour le complément d’objet :
Où est-il ? Qui a-t-il rencontré ?
Quand rentre-t-il ? Qu’a-t-elle eu ?
Comment parle-t-il ? À qui a-t-il dit…?
Pourquoi pleure-t-elle ? À quoi a-t-on renoncé ?
Avec quoi arrosent-ils ? De qui parle-t-il ?
En quoi est-il ? De quoi se moquent-ils ?
Pour quelle raison ment-il ?
À quelle heure arrivent-ils ?
Depuis quand boivent-ils ?

6.1. Complément /vs/ Adjoint


Parmi les constituants de la phrase Noyau il y en a qui sont obligatoires mais il y en a aussi qui sont
facultatifs, adjoints ou ajouts.
Selon le rapport d’implication entre le verbe pivot et ses déterminants, les verbes français sont
classifiés en : verbes déterminés et verbes non déterminés [± déterminé]
Par conséquent, les déterminants des verbes sont obligatoires (compléments) et facultatifs (adjoints ou
ajouts). Cette distinction s’appuie sur un critère de nécessité mais, selon le critère syntagmatique de
base, on peut aussi considérer une hiérarchie des constituants. L’ordre des constituants sera dicté par
les relations de dépendance entre le verbe et ses déterminants. On aura par la suite des déterminants
dominés par le GV ou des déterminants dominés par le GPréd.

7. Le prédicat nominal (le prédicatif)


Dans la phrase Noyau ternaire – qui connaît une continuité de marques entre le sujet et le verbe, mais
entre le prédicat nominal et le sujet aussi – le prédicatif est un constituant obligatoire régi par un verbe
copulatif (verbe lien) du type être et notamment devenir, paraître, sembler, rester.
Ils sont méchants.
Elles semblent contentes.
Entre le verbe copulatif et le Prédicatif s’établit une relation d’implication réciproque, même dans les
situations où le verbe n’est pas toujours copulatif comme dans l’exemple suivant :
Il partit soulagé.
18

Ce type de phrase où le verbe pourrait recevoir un déterminant nominal ou adjectival, implique un


verbe de type être. La phrase pourrait alors être réduite en deux autres phrases : une binaire et une
ternaire.
Il partit soulagé → Il le partit.
Mais :
Il était soulagé → Soulagé, il l’était.
Autour du verbe copulatif sont centrées deux classes de phrases :
phrases attributives (qualifiantes) – non réversibles ;
phrases équatantes (réversibles).
Jean est indifférent à ce sujet
Ce professeur est Jean.→ Jean est ce professeur.

7.0. Phrases ternaires qualifiantes.


Le Préd d’une phrase ternaire est réalisé soit par un adjectif soit par un nominal sans article,
habituellement précédé d’un déterminant dénombrant et lui attribuant ainsi la valeur d’adjectif.
Du point de vue de l’incidence il existe deux types de Préd :
le Préd attribut du sujet (incident au sujet de la phrase) ;
le Préd complément d’objet direct (incident à l’objet direct).
Les prunelles flétries achèvent de s’égrener et comme la gelée a passé dessus celui qui les aime les
trouvent délicieuses.
(J. Renard)
J’ai vu les valeureuses, les spirituelles mésanges bannir d’un rond-point
Qu’elles avaient élu, un couple de geais.
(Colette)
Le Préd, constituant obligatoire de la phrase ternaire, attribue une qualité, soit au sujet soit à l’objet
direct de la phrase, par l’intermédiaire d’un verbe copule.
Les Prédicatifs incidents au sujet sont régis par plusieurs catégories de verbes :
1. verbes d’existence, de persistance, de devenir, d’apparence, etc.
La poule bouillie et le veau aux carottes étaient avalés en silence.
(R. Charmy)
Un magister tenait agenouillés au pied de sa chaire une douzaine d’enfants.
(A. France)
Des aventures de ce genre nous rendaient circonspects. (I. Massé)
2. verbes de jugement et d’expérience subjective qui incorporent le verbe copule être, réduit en surface :
Le hêtre rit, le sapin pleure. Parfois on les trouve mêlés. → Parfois ils sont mêlés. (J. Michelet)
(…) il se croit égaré (…) → Il se croit qu’il est égaré. (La Bruyère)
3. certains verbes causatifs ou certains verbes d’opinion employés à la voix passive et attribuant au
procès une certaine qualité : être rendu, être présumé, être supposé, être raconté, être rapporté, être
pressenti, être prétendu, être admis, être imaginé, être pensé, etc. :
Jean Marin était nommé conseiller d’État. (G. De Maupassant)
Le Préd attribut du sujet peut antéposer le verbe pour des raisons emphatiques et stylistiques :
Très méfiants, très difficiles à attraper, les papillons se posaient un instant sur les
graines parfumées des muscats (…) (P. Loti)
Éclairées par la réverbération, deux figures surgissent étrangement précises.
(E. Moselly)
19

Intelligent, si vous le croyez, je ne vous contredis pas.


Le Préd qui antépose le verbe ou est situé en tête de phrase peut être mis en évidence par la
préposition pour :
Pour intelligent, si vous le croyez.
Le Préd attribut de l’objet direct devient incident à cet objet direct (en structure superficielle,
l’objet direct représente le sujet monté de la phrase qualifiante à verbe être) :
On le considère intelligent → On considère qu’il est intelligent.
Le Préd peut antéposer ou postposer le GN2 (Groupe Nominal objet) :
On a jugé un redoutable criminel.
On a jugé un criminel redoutable.
Si le Préd postpose le complément d’objet direct, la structure est caractérisée par l’ambiguïté :
Il crut cet enfant malade = « Il crut que l’enfant était malade »
« Il crut ce que cet enfant malade disait »
Les Préd incidents à l’objet direct sont régis par quelques catégories verbales :
1. verbes transitifs causatifs : accabler, charmer, confier, donner, éblouir, faciliter, faire, laisser,
pacifier, quitter, rajeunir, rendre, vieillir, etc.
2. verbes de déclaration : annoncer, avouer, déclarer, dire, exposer, informer, signaler,
témoigner, etc.
3. verbes d’opinion : admettre, considérer, croire, estimer, imaginer, juger, penser, supposer,
trouver, etc.
Ces fréquentations l’ont rendu stupide.
Des aventures de ce genre nous rendaient circonspects.
(I. Massé)
L’inconnu s’est présenté comme représentant l’EDF.
(Grammaire française, 1988)
Des papillons posés repliaient leurs ailes fauves. (É. Zola)
Un vieux gardeur de moutons menait ses bêtes brouter les herbes salées de la falaise. (E.
Fromentin)
Le comité a estimé l’employé honnête.
Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme : c’était un étrange gamin fée. (V.
Hugo)
4. certains verbes prépositionnels : considérer comme, désigner comme, élire comme, prendre
comme, regarder comme, passer pour, prendre pour, tenir pour, traiter de (en), qualifier de,
envoyer en, échanger en, se conduire en, s’épuiser en, etc. :
Il s’est conduit en potentat.
Prenez-le comme modèle.
(DLF)
Mais que lui se prenne pour quelqu’un, c’est un peu abusif !
(R. Devos)
7.1. Phrases ternaires équatantes
Dans la phrase ternaire équatante le Préd est représenté par un nominal (exprimé par un substantif, un
substitut substantival, un infinitif ou une proposition à verbe fini). Le Préd réalisé par un nominal
peut avoir de différents rapports avec le sujet :
rapport d’inclusion : (appartenance à une même classe) Le Préd est réalisé par un nominal nom de
qualité sans article :
Mais il arriva par aventure parlementaire que le député devint ministre.
(Guy de Maupassant)
rapport de caractérisation :
Le Préd est précédé d’un article indéfini et, le plus souvent, suivi d’un Dt pour mieux mettre en
évidence la caractérisation :
20

C’est un beau gros, court, jeune vieillard, gris pommelé, rusé, rasé, blasé, qui guette et furète et
gronde et geint tout à la fois.
(Beaumarchais)
L’étudiant deviendra un professeur excellent.
rapport d’identification :
Le Préd est exprimé par un nominal précédé d’un article défini ou indéfini. Le verbe copule est
d’habitude réalisé par le gallicisme c’est, dans toutes ses variations :
Ce n’est pas un fameux client pour les cafés, vous savez.
(P. Benoit)
Coiffa, voyez-vous, c’est encore la zone neutre.
(P. Benoit)
Les sociétés les plus nombreuses sont les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés
anonymes.
(M. Didier)
Le rapport d’identification est exprimé à l’aide de quelques structures verbales du type : constituer,
composer, être, former, montrer, refléter, représenter, reproduire, etc.
Cette coupe représente le littoral méditerranéen, c’est-à-dire le bord de la mer.
(Okapi. Documents, sept.1990)
Les infractions économiques constituent un délit pénal.
(M. Didier)
Le Préd réalisé par un infinitif apparaît dans des constructions qui se soumettent à deux règles :
le type du G N1 (sujet infinitival ou nominal)
le statut du verbe copule.
Si le Sujet est représenté par un substantif, un adjectif positif ou par un comparatif substantivé, le Préd
est un infinitif de rection indirecte (le verbe peut être un présentatif du type c’est, mais il n’est pas
obligatoire) :
Son intérêt de bon courtier était de multiplier les droits de mutation.
(P. Benoit)
Dans l’immédiat, l’urgence est de sauver la forêt tropicale.
(Guy Sorman)
Le mieux est de monter le plus tôt possible nous reposer.
(P. Benoit)
Si le sujet est représenté par un infinitif, le Préd est un infinitif de rection directe. Le présentatif est
alors obligatoire. Si l’infinitif est négatif ou si le verbe copule est négatif, le présentatif sera facultatif :
Faire venir l’eau au moulin c’est procurer à soi avantages et profits.
(DLF)
Partir trop tôt, c’est investir pour rien. Partir trop tard, c’est manquer une opportunité
de profits.
(M. Didier)
Mourir d’envie n’est pas décéder.
Le Préd est réalisé par un infinitif dans une proposition interrogative indirecte construite avec le verbe
être et introduite par un mot interrogatif : comment, pourquoi :
Le problème est pourquoi / comment reprendre les négociations.
Le Préd régi par le verbe être (devenir) apparaît dans les phrases où le sujet est :
un adjectif positif ou comparatif déterminé par un article défini :
L’extraordinaire est qu’il réussit toujours dans ses entreprises.
un adverbe comparatif substantivé : le mieux, le pis :
Le mieux est que le temps se remette au beau.
21

un substantif déterminé [+Objet (-Matériel)] : mon avis, ma conviction, ma crainte, mon désir, mon
souhait, mon impression, le fait, le mal, le malheur, le but, la preuve (en est), le résultat, le sentiment,
mon vœu, ma volonté, la vérité, l’intérêt, etc.
Ma crainte est que tu ne te fatigues trop.
Le Préd propositionnel suivra l’opposition modale réel / vs / irréel, selon le thème du nominal sujet
ou son sens :
Mon avis est qu’il sache la bonne réponse. (irréel)
Mon avis est qu’il sait la bonne réponse. (réel)
Dans ce type de phrases, le verbe copule prend souvent la forme c’est :
Le malheur c’est qu’il pleuve.
Le malheur c’est qu’il pleut.
Le Préd propositionnel représente la réduction d’une subordonnée complétive attributive dont le sujet
devient l’objet du verbe principal :
J’ai trouvé le film excellent ← J’ai trouvé que le film était excellent.
Il n’est pas qui cous croyez.
Iago n’est pas ce qu’il est mais ce qu’il prétend être.
L’Indien qui est chargé de me les chanter s’accroupit en face de moi.
(P. Loti)
Dans une autre construction propositionnelle, si le Préd indique le résultat d’une transformation de
l’objet, la copule ne peut pas être restaurée dans une construction source (complétive causative)), sauf
si le verbe est faire :
Qui t’a fait chef ? ← Qui a fait que tu sois chef ?
Les verbes rendre et mettre qui se traduisent par une construction du type : opérateur causatif + Préd
= N1 – être – X (X = adjectif ou groupe prépositionnel), ne se prêtent pas à un tel test :
*Ce roman a rendu que les lecteurs étaient fanatiques.
Ce nouveau roman a fait que les lecteurs étaient fanatiques.
Une même analyse pourrait s’appliquer aux verbes : élire, nommer, appeler, transformer, etc. + Préd
spécifiant l’état résultatif de leur objet :
élire quelqu’un parlementaire = faire qu’il soit parlementaire par l’intermédiaire d’une élection ;
nommer quelqu’un premier ministre = faire qu’il soit premier ministre par l’intermédiaire d’une
nominalisation ;
transformer quelqu’un en marionnette = faire qu’il soit marionnette…

8. Le Groupe Verbal de la phrase binaire : l’objet direct et l’objet indirect


Le Groupe Verbal est constitué d’un membre verbal et un ou plusieurs déterminants (du réalisateur Ø
à la proposition complétive).
Le déterminant verbal qui entre dans la structure du GV est désigné par le terme d’objet direct et le
terme d’objet indirect. L’objet direct – défini du point de vue sémantique – est le complément des
verbes transitifs où l’action faite par le sujet passe sur l’objet. À cette définition, insuffisante selon
l’école générative transformationnelle, on ajoute quelques critères aptes à distinguer deux types de
déterminants.
Soient les exemples suivants :
Les jeunes dansent le rock and roll.
Les jeunes dansent samedi soir.
(*1) Le rock and roll les jeunes dansent.
22

(2’) Samedi soir, les jeunes dansent.


Les critères que les grammairiens ont imaginés sont issus de six tests différents :
(1)L’emplacement du Dt en tête de phrase ou à la fin de la phrase.
Le Dt objet direct placé en tête de phrase détruira l’énoncé (*1), tandis que, le Dt circonstant de temps
pourra être permuté sans intervenir dans la logique de l’énoncé (2’) ;
(2)La pronominalisation par les pronoms le, la, les (et leurs variations) :
La poule écarte les doigts et les pose avec précaution.
(J. Renard)
Il adore le chocolat. Il l’adore.
(3)la passivation
En principe, une construction transitive directe se prête à la passivation et son objet direct devient
sujet du verbe à la forme passive :
Les grand-mères tricotent d’interminables bas. →
(J. Richepin)
D’interminables bas sont tricotés par les grand-mères.
Cependant, ces deux derniers tests ont leurs limites parce qu’il existe des verbes formellement
transitifs qui sont inaptes à la passivation (comporter, avoir, pouvoir) et, des objets indirects qui peuvent
être pronominalisés par le :
Il a eu du succès.
*Du succès il a eu.
Certains verbes ont un complément d’objet direct qui pose problème car il indique la mesure ou une
caractéristique perceptible du sujet. Ces verbes d’évaluation quantitative sont : coûter (100€), valoir
(une fortune), mesurer (20 mètres), peser (trois tonnes), faire (synonyme de coûter, valoir, mesurer),
prendre (du temps), goûter (le plaisir), sentir (la joie), respirer (la bonté) :
Cette maison lui a coûté 100000 € → *100000 € lui a coûté cette maison.
(4)l’interrogation
Les objets directs sont normalement identifiés par le choix des interrogatifs (qui, que, qui est-ce que,
qu’est-ce que, quoi ?) :
L’âne cherchait toujours ma grand-mère
(G. Sand)
Qui cherchait l’âne ?
Qui est-ce que cherchait l’âne ?
En cinq jours tout le foin fut coupé
(L. Hémon)
Que fut coupé ?
Qu’est-ce que fut coupé ?
(5)la nominalisation
Ce test est moins utilisé en grammaire, car les verbes transitifs régissant un objet direct ont des
possibilités limitées de former un nominal :
Le travail de la terre par le laboureur.
Mais
*Le travail du jour par le laboureur.
(apud. T. Cristea, 1979)
(6)la combinatoire des déterminants
L’objet direct et le circonstant peuvent se combiner à l’intérieur de la Phrase Noyau sans être séparés
par une pause, fait qui n’est pas possible pour deux objets directs :
Il boit du vin le soir.
Mais
*Il boit du vin de la bière.
23

T. Cristea résume que « dans la structure des constituants, les deux déterminants verbaux, l’objet direct et le
circonstant de rection directe, sont délimités par la dépendance syntaxique, par le nœud dominant dans l’arbre
syntagmatique. » (Cristea, T., 1979: 245)

Noyau
GN GPréd

GV GAdv

MV GN

Le laboureur travaille la terre le jour

8.0. L’objet direct – catégorie superficielle


En structure sous-jacente, les compléments d’objets directs sont obligatoires mais, en structure
superficielle, ils peuvent être omis. Par conséquent, la structure casuelle de la fonction « objet de »,
exprime de différentes relations sémantiques :
1.objet préexistant
Des petits messieurs élégants entouraient une table recouverte
d’une nappe blanche.
(P. Benoit)
2.objet résultatif
Elle trouva une lettre sous sa porte.
(P. Benoit)
3.sujet réceptif [+Humain], bénéficiaire ou perdant de l’action, avec des verbes d’expérience
subjective, du type : aider, applaudir, approuver, appuyer, épauler, financer, nourrir, protéger,
récompenser, rétribuer, réconforter, rassurer, seconder, secourir, soutenir, etc. :
L’air le grisait, les fleurs l’attendrissaient.
(C. Wagner)
Ils étaient cinq bouvreuils ! Et je les ai sauvés !
(G. Chérau)
Je ressentis une telle douleur que je fermai les yeux.
(Cl. Aveline)
L’objet direct bénéficiaire de l’action met en évidence les relations qui s’établissent entre l’objet direct
et l’objet indirect, c’est-à-dire les traits sous-jacents communs des phrases où ces verbes à objet direct
et à objet indirect apparaissent. Par la suite, un verbe à objet direct pourrait être paraphrasé par une
structure à Dt au datif.
« aider quelqu’un » = « apporter son aide à quelqu’un »
« nourrir quelqu’un » = « fournir de la nourriture à quelqu’un »
« soutenir quelqu’un» = « offrir du soutient à quelqu’un » 
Il existe un grand nombre de verbes à deux compléments, qui se construisent donc avec un objet direct
et un objet indirect (objet second : V – N1 –Prép – N2) :
24

N1 à N2 : donner, offrir, prêter, octroyer, envoyer, laisser, permettre, montrer, dire, indiquer, mettre, rendre,
pardonner, demander, arracher, ôter, reprocher, assimiler, identifier, etc.
J’ai offert un cadeau à Marie.
Il a rendu le livre à la bibliothèque.
N1 de N2 : recevoir, priver, remplir, gratifier, remercier, dépouiller, libérer, dégager, détourner, etc.
J’ai reçu un courrier de Paris.
N1 (avec) N2 : conjuguer, familiariser, marier, confondre, etc.
Les élèves ont conjugué le verbe être avec leur maîtresse.
N1 Prép – N2 : loger une balle dans la cible, remplacer A par B, échanger, troquer A contre B, jeter, placer, poser
A à / dans / sur / contre / devant / derrière, etc. B.
Dans la phrase canonique, l’ordre est objet direct + objet indirect mais, l’objet indirect précède l’objet
direct, lorsque ce dernier est un groupe plus volumineux ou pour éviter une ambiguïté :
Malheureusement il ne put trouver là qu’une maigre et vieille haridelle du nom de
Mourva.
(G. Hauff)
Il a détourné de ses amis la jeune fille.
(apud. Riegel)
4. possesseur
Les verbes qui admettent un objet direct possesseur sont peu nombreux et demandent un
double Dt : objet direct et un Dt spatial : étreindre, prendre, saisir, serrer, empoigner, épauler, tenir,
soutenir, etc.
Il l’avait saisie au poignet.
(P. Benoit)
5. localisation spatiale
Et toujours il traînait à ses pieds d’affreux et lourds souliers.
(M. Genevoix)
Depuis plusieurs jours, nous avons quitté, pour venir la, ces routes habituelles.
(P. Loti)

8.1. L’objet direct – sujet monté


L’objet direct serait non seulement bénéficiaire ou perdant de l’action mais aussi sujet monté
d’une phrase. Cette valeur de l’objet direct est dictée par quelques catégories de verbes pivot ou
verbe centre :
verbes factitifs (verbes factitifs de mouvement y compris) : faire, laisser, envoyer, emmener, etc.
Il fit varier le débit de l’eau.
(M. Bataille)
Il n’était pas de ceux qui laissent sur une roche les porches soleil ou les poissons chats.
(B. Clavel)
2. verbes de perception : voir, regarder, entendre, écouter, sentir, etc. :
Il regarde au-dessus de lui les raisins prendre comme autant de vases d’albâtre (…)
(Pesquidoux)
Raboliot les voyait bondir par-dessus les touffes de brumaille.
(Genevoix)
La proposition à objet direct – sujet monté peut avoir le verbe de perception non seulement à l’infinitif
mais au participe présent aussi :
Du matin au soir, je contemplais dans les différents chats du quartier rôdant sur les toits, les
martinets tourbillonnant dans l’air chaud, les hirondelles rasant la poussière du pavé.

(P. Loti)
25

3. verbes d’appréciation : accuser, applaudir, approuver, battre, blâmer, censurer, chicaner, critiquer,
complimenter, congratuler, désapprouver, féliciter, louer, punir, remercier, soupçonner, vanter, etc.
Nous l’avons félicitée pour son succès.
J’aimais le voir trépigner à mes côtés, rouge, et heureux.
(S. de Beauvoir)
4. verbes semi-auxiliaires de modalité factitive (+ verbes permissifs) : aider, autoriser, décider,
déterminer, encourager, entraîner, exciter, forcer habituer; verbes performatifs : conjurer, dissuader,
persuader, prier, supplier, etc. :
On m’obligeait à décider pour toi.
(S. de Beauvoir)
Je vous serais obligé de me tenir au courant, commissaire. (G. Simenon)
5. verbes d’opinion qui régissent un Préd de l’objet direct : croire, considérer, trouver, etc. :
On le considère coupable.
8.2. Les réalisateurs de l’objet direct
L’objet direct en structure superficielle peut prendre plusieurs formes :
nominal (nom ou substitut pronominal) 
infinitif 
proposition à verbe fini (complétive, interrogative indirecte, relative sans antécédent).
L’objet direct nominal a quelques particularités telles que :
- la rection directe
- la séquence déterminée
- l’accord en genre avec le participe passé des verbes conjugués avec « avoir ».
L’objet direct en position « objet de » ou « sujet de » n’a pas de relateur prépositionnel. Au cas où un
tel relateur postpose l’objet direct, il faut le considérer comme un quantitatif partitif :
On n’a pas mangé de ce jambon.
La préposition de devant l’objet direct apparaît aussi dans une structure comparative, de préférence
interrogative ou du registre littéraire :
Il travaille de la nuit et dort du jour.
Il existe des déterminants du verbe qui ne sont pas des objets direct mais :
circonstants d’espace et de temps :
Un jour où, conduisant ma voiture, je tardais une seconde à démarrer au feu vert.
(A. Camus)
compléments d’attitude ;
Tomás se retourna lentement, sa timbale à la main.
(Ray Bradbury)
compléments de propos :

Elle parle vêtements, temps, sports, musique, etc.


La place de l’objet direct dépend de plusieurs éléments :
-la structure du réalisateur (nom, pronom personnel, pronom relatif, pronom interrogatif)
-le type d’intonation de la phrase
-le registre stylistique
-le Dt = nom :
1. GN1 + V + GN2 Il travaille la terre.
2. V + GN1 + GN2 Travaille-t-il la terre ?
3. GN2 + GN1+ V Que de messages tu as reçus !
4. GN2 + V + GN1 Combien de crayons as-tu achetés ?
5. V + GN2 +GN1 N’accepteront la défaite que les lâches.
26

Il existe toute une série de verbes qui se construisent avec des déterminants qui ont l’apparence
d’un complément d’objet direct mais qui sont en réalité des déterminants spatiaux ou temporels
objectivisés. D’ailleurs ils n’admettent pas les questions quoi ? qu’est-ce que ?: gagner, fuir, longer,
quitter, raser, traverser, etc.
Soient deux constructions apparemment identiques, centrées autour d’un même verbe pivot :
Il a gagné le terrain.
Il a gagné le centre-ville.
On constatera que dans le premier exemple, le terrain est le seul groupe qui admette les questions
quoi ? qu’est-ce que ? Dans le deuxième exemple, le groupe centre-ville, complément d’objet direct
« déguisé », est un déterminant spatial objectivisé.
La cohésion du groupe verbal et du Dt est coupée par l’infiltration d’un adverbe :
Ne prenez donc pas au sérieux un mouvement de révolte involontaire.
(G. Bernanos)
Dans la langue littéraire, des constituants, autres que les adverbes, peuvent « couper » la cohésion V
+Dt :
Un matin, la propriétaire de la pension Les Églantines appela d’urgence, par téléphone, le
professeur Lartois.
(M. Druon)
Les objets réalisés par les nominaux quantitatifs assez, beaucoup, peu, rien, tout, trop peuvent
s’infiltrer dans le GV, entre l’auxiliaire et l’auxilié :
Il a tout revu.
Si ces quantitatifs sont suivis d’un autre déterminant, ils postposent alors le participe passé :
Il a revu tout ce qu’il avait vécu.
L’inversion simple du Dt objet direct se réalise dans des conditions déterminées :
-lorsque la phrase est exclamative ou interrogative et entraîne l’inversion du sujet :
Quelle drôle d’idée tu as eue !
Combien de messages a-t-il envoyés ces jours-ci ?
-lorsqu’il existe des raisons stylistiques :
Les pierres du chemin que broient les roues des chariots, les maigres buissons que
tourmente le vent et que tond la dent avide des moutons, étaient plus heureux que lui.
(E. Moselly)
Le GN2 antépose le GN1 ou le verbe si la séquence implique une forme casuelle marquée (réalisée par
pronominalisation) :
La mère soignait ses petits, les regardait manger.
(G. Beaume)
Les GN2 précédés d’un indéfini peuvent être disloqués en tête de phrase, en combinaison avec un
introducteur et avec la pronominalisation par en ; c’est une tournure emphatique :
Comme cadeau, j’en ai acheté un.
8.2.0. L’accord du participe passé avec l’objet
L’accord du participe passé avec l’objet rend compte de deux types de règles :
a)une règle générale de l’ordre séquentiel
b) des règles particulières
a) Selon la règle générale de la langue française littéraire, le participe passé des verbes conjugués
avec AVOIR s’accorde en genre et en nombre avec l’objet direct réalisé par :
le pronom relatif que qui précède le verbe :
27

Lorsque la clavette du piston que le mécanicien avait réparée fut remise en place, le commandant
regagna la passerelle.
(P. Humbourg)
un pronom atone (le, la, les) :
On l’aurait écharpée, la pauvre bête.
(R. Guillot)
un quantitatif :
De ces pommes, combien en a-t-il mangées ?
b) Les cas particuliers qui règlent l’accord de l’objet direct avec le participe passé sont les suivants :
1. Il existe une catégorie de verbes qui font l’accord du participe passé s’ils sont employés au
sens figuré. En structure sous-jacente, l’objet direct sera dominé par le GV. Au sens propre, ces
verbes ont un circonstant dimensionnel de rection directe qui peut répondre à la question
combien ? et qui est dominé par le GPréd : courir, coûter, mesurer, peser, souffrir, valoir, vivre.

COURIR fait l’accord du participe passé avec l’objet direct s’il a les sens suivants :
« poursuivre pour attraper »
Les lièvres que le chasseur avait courus étaient effrayés.
« parcourir »
Les pays que les touristes avaient courus furent ravagés par le tremblement de terre.
« s’exposer »
Tous les dangers qu’il a courus ont forgé son caractère.
(apud. Leçons d’orthographe, 1985)
« fréquenter »
Les rues qu’il avait courues étaient boueuses.
« rechercher avec ardeur»
Les honneurs que les écrivains avaient courues se montrèrent vite.
Au sens propre, le verbe courir régit un circonstant spatio-temporel et donc, le participe passé restera
invariable :
Les dix minutes qu’il a couru lui ont paru longues.
(apud. Leçons d’orthographe, 1985)
COÛTER fait l’accord du participe passé avec l’objet direct s’il a le sens suivant :
« nécessiter »
Son impudence lui a coûtée cher.
Les peines que ce travail m’a coûtées.
Au sens propre, peser signifie « nécessiter un paiement pour être acquis » :
Les milliers de dollars que cette voiture m’a coûté.
PESER fait l’accord du participe passé lorsqu’il a les sens suivants :
« évaluer avec soin par l’esprit » ;
« examiner attentivement » ;
« mesurer le poids » :
Ces bébés, l’infirmière les a pesés elle-même.
La décision qu’il a bien pesée était excellente.
Peser au sens d’ « avoir tel poids », ne fait pas l’accord du participe passé :
Les 100 kilos que cette malle aurait pesé, n’auraient pas effrayé les déménageurs.
MESURER fait l’accord lorsqu’il a les sens suivants :
« évaluer, apprécier » ;
« essayer » ;
28

« modérer » :
L’étendue du désastre qu’ils ont mesurée.
La situation qu’on a mesurée.
Au sens propre d’ « avoir telle étendue », il y a non accord du verbe mesurer :
Les 50 mètres que cette pièce d’étoffe a mesuré.
SOUFFRIR comporte deux types de déterminants :
Les maladies qu’il a souffertes.
Les années qu’il a souffert.
VALOIR est transitif lorsqu‘il a le sens de
« rapporter un profit », « occasionner des ennuis » :
Cette victoire que sa volonté lui a value était justifiée.
(apud. Leçons d’orthographe, 1985)
Les compliments que son attitude courageuse lui a valus étaient mérités.
(Cours d’orthographe, 1966)
Le participe passé valu reste invariable si le circonstant est dimensionnel :
Les 100000 euros que cette maison a valu.
En voyant ce tableau, vous n’imagineriez pas la somme qu’il a valu.
(apud. Cours d’orthographe, 1966)
VIVRE fait l’accord du participe passé s’il a le sens de
« passer » :
Comme elles avaient été pénibles, les années qu’il avait vécues des siens !
(apud. Leçons d’orthographe, 1985)
Si le déterminant est un circonstant dimensionnel, il n’y a pas d’accord avec le participe passé du
verbe vivre :
Les 80 ans qu’il a vécu ont été pénibles.
2. un complément d’objet direct réalisé par le neutre, évocateur d’un segment de phrase qui le précède,
apparaît dans une proposition comparative. On fait l’accord du participe passé :
La ressemblance avec son père était plus frappante qu’il ne l’a pas saisie.
Si le neutre antépose une proposition dont le verbe exprime la pensée (croire, penser,
considérer) il n’y a pas d’accord du participe passé :
Elle était plus belle que je ne l’avais cru.
Cependant, dans le cas de certains verbes tels que admettre, estimer, imaginer, juger, supposer, il
y a double accord :
Elle était plus belle que je ne l’avais imaginé(e).
3. Le participe passé suivi d’un objet direct ou un objet indirect (attribut de l’objet) fait l’accord :
 avec le pronom objet direct qui précède l’auxiliaire :
La situation qu’il a jugée exceptionnelle.
 avec l’objet indirect introduit par de, comme, pour :
Ils les ont trouvées comme pénibles.
Je les ai considérées de pessimistes.
4. L’accord avec le complément d’objet réalisé par un quantitatif se fait d’après la nature et la
position du quantitatif. Si le complément d’objet est le partitif EN on prend en considération
quelques situations :
 Si en précède l’auxiliaire on ne fait pas l’accord :
Les éléphants sauvages circulent librement sur les grandes routes. J’en ai souvent rencontré.
(A. Maurois)
29

 Si en détermine un adverbe de quantité (autant, beaucoup, peu, combien, plus, moins, tant), on a
double accord :
 On fait l’accord si le quantitatif précède l’auxiliaire et, il n’y a pas d’accord si le quantitatif
postpose en :
Des gâteaux, combien en as-tu mangés ?
Des romans policiers, j’en ai moins lu !
 Dans les propositions interrogatives et exclamatives si le déterminant du quantitatif
précède l’auxiliaire on fait l’accord :
Combien de livres avez-vous achetés ?
 Si le déterminant du quantitatif suit l’auxiliaire il n’y a pas d’accord :
Combien avez-vous acheté de livres ?
5. Si le complément d’objet est réalisé par un collectif suivi d’un déterminant, c’est le sens qui
décide l’accord ou le non accord (soit avec le collectif, soit avec le complément) :
Le vol de canards sauvages que j’ai aperçu(s)
Le groupe de supporters que j’ai vu(s).
L’accord se fait selon le sens si l’objet est réalisé par :
un des + comparatif
un de ceux + comparatif
C’est un de nos collègues qu’on a choisi (un seul collègue)
C’est un de nos collègues qu’on a choisis (plusieurs collègues)
Il y a toujours non accord au cas des participes passés des verbes impersonnels, verbes intransitifs
(employés impersonnellement) : pleuvoir, neiger, brumer, bruiner, geler, grêler, etc.
Les huit jours qu’il a neigé ont englouti les villages.
(apud. Cours d’orthographe, 1966)
Les orages qu’il a fait ont ravagé les cultures.
L’accord du participe passé suivi d’un infinitif suit les règles suivantes :
en structure superficielle, les participes passés des verbes désirer, dire, devoir, oser, permettre, penser,
pouvoir, prévoir, savoir, vouloir, restent invariables s’ils sont suivis d’un Dt infinitif ou proposition :
Il a abattu tous les arbres qu’il a pu (abattre)
Voici toutes les cassettes que j’ai pu trouver.
Si le participe passé est situé entre deux que, il s’accorde avec le complément d’objet direct (pronom
relatif objet du verbe principal) et il ne s’accorde pas avec que, pronom relatif objet du verbe régi :
Les touristes que j’avais avertis que l’avalanche pourrait frapper, s’étaient vite enfuis.
La lettre que tu avais cru qu’elle écrirait, était son seul souci.
Le participe passé suivi d’un Infinitif ou d’un Participe présent s’accorde si le COD, placé avant le
participe passé fait l’action exprimée par l’Infinitif (part. présent) :
Ah ! les ai-je entendues chanter, depuis quatre jours, tes vertus.
(A. de Saint-Exupéry)
Si le COD ne fait pas l’action exprimée par l’Infinitif mais il la subit, il y a non accord :
Le chat restait immobile comme une sentinelle qu’on a oublié de relever.
(Th. Gautier)
C’était la musique que j’ai entendue.
La musique que j’ai entendu JOUER …..
Les enfants que j’ai vus traverser la rue étaient mes amis.
30

Le participe passé fait + Infinitif est toujours invariable :


Tes enthousiasmes, ma vaillante mère, tu les as fait passer en moi.
(Pasteur)
Le participe passé laissé+Infinitif peut s’accorder ou rester invariable. Les deux orthographes sont
admises :
Elle portait une assiette; elle l’a laissé(e) tomber.
Le participe passé suivi d’un Infinitif précédé d’une préposition fait l’accord s’il peut régir un
complément direct antéposé à l’auxiliaire :
Les invités qu’on a priés de prendre la parole.
Mais :
Les amours qu’il a aimé à revivre (Il a aimé à revivre des amours)
L’accord des participes passés des verbes avoir à et donner à dépend de leur sémantisme :
 on fait l’accord si les verbes conservent leur sens propre :
Avoir à = « posséder »
Les enfants qu’il avait eus à entretenir.
Donner à = « attribuer », « donner »
Les crayons qu’on nous a donnés à aiguiser.
 on ne fait pas l’accord si les verbes acquièrent un autre sens :
Avoir à = « devoir », « être tenu »
Donner à = « ordonner »
Les taches qu’on nous a donné à résoudre.
Les leçons qu’ils ont eu à faire.
Si le participe passé a un complément d’objet direct complexe, l’accord se fait suivant le sens, ou avec
le dernier nominal :
Ce fut Marie ou Jean que tu as invité(e) (accord par exclusion)
Les lilas et les tulipes qu’elle a cueillies (accord de proximité)
Le froid, la chaleur ou le vent que les touristes avaient supportés ont gâché leur séjour (accord par
addition)
L’accord dans le cas des participes passés suivis d’un Infinitif soulève le problème de la coïncidence
entre le COD et l’Infinitif résolu par le test de la pronominalisation par le, cela, ça :
Nos enfants désiraient nous faire une surprise.
Nous faire une surprise, nos enfants le désiraient.
Nous dressons une liste de principaux verbes qui régissent un Dt infinitif objet direct : accepter de,
achever de, adorer, affecter de, affectionner de, affirmer, aimer (à), ambitionner de, apprendre à, attendre de,
avouer, chercher à, choisir de, commander de, commencer à (de), concevoir de, conseiller de, continuer à (de),
craindre de, crier de, croire, daigner, décider de, déclarer, décréter, dédaigner, défendre de, demander a, désirer,
détester, devoir (de), dire, enjoindre de, enseigner à, entendre, entreprendre de, envisager de, espérer, essayer de,
estimer, éviter de, exiger de, feindre de, imaginer (de), imposer de, interdire de, jurer de, mériter de, négliger de,
nier, obtenir de, offrir de, omettre de, ordonner de, oser, oublier de, pardonner de, penser, permettre de, pouvoir,
préférer, prétendre (à), promettre de, proposer de, se rappeler, recommander de, reconnaître, redouter de,
regretter de, reprocher de, résoudre de, risquer de, savoir, sembler, sentir, souhaiter (de), suggérer de, tenter de,
vouloir, etc.
« C’est sur » ?
Qui peut le savoir mieux que moi ? dit l’enfant.
(J. Kessel)
Figurez-vous que j’avais écrit des…enfin, il faut bien l’avouer !...des Mémoires !
(G. Bernanos)
31

Dans les propositions interrogatives indirectes, les objets directs exprimés par un infinitif ou par une
proposition à verbe fini régis par les verbes de la liste ci-dessus sont liés par des éléments de relation
tels que : qui, que, où, quand, comment, combien, pourquoi, etc. L’agent du verbe fini et du Dt
infinitif ont le même référent :
Je ne sais qui appeler.
Je ne sais que faire, ni où aller.
Je ne sais comment agir,
Je ne sais pourquoi accepter.
La distinction entre quoi et que se fait au niveau du registre littéraire de la langue ; après le verbe
savoir quoi rend compte du statut affirmatif et que du statut négatif du verbe principal :
Je sais quoi faire.
Je ne sais que dire.
Le COD peut être également réalisé par une proposition tout entière (proposition complétive), régi par
des verbes transitifs, une proposition apte à la pronominalisation par le, cela, ça et à l’interrogation.
Les propositions sont introduites par que :
Je crois que tout arrive par vos décrets…Je le crois parce que c’est absurde.
(J.-P. Sartre)
Seigneur, pourquoi avez-vous permis qu’il y ait des pauvres ?
(J.-P. Sartre)

Du point de vue de la modalité, il existe toute une série d’éléments qui imposent les déterminants
propositionnels :
 le thème lexical du verbe opérateur
 verbes de déclaration, d’opinion, de connaissance qui régissent l’indicatif ( accorder,
affirmer, ajouter, annoncer, s’apercevoir, apprendre, assurer, avancer, avertir, avouer, cacher,
certifier, confesser, confirmer, (re)connaître, considérer, constater, croire, déclarer, déduire,
démontrer, se douter, s’écrier, enregistrer, espérer, estimer, établir, s’exclamer, expliquer, se
figurer, garantir, s’imaginer, insinuer, juger, jurer, lire, observer, parier, penser, préciser, prédire,
pressentir, présumer, prouver, raconter, (se) rappeler, remarquer, répliquer, répondre, ressortir
(impersonnel), résulter (impersonnel), révéler, savoir, sortir, signaler, songer, soutenir, se
souvenir, supposer, trouver, voir, etc :
J’ai compris que j’allais le faire pour de vrai.
(J.-P. Sartre)
Je crois bien aussi qu’elle est juive, dit le journaliste.
(P. Benoit)
J’ai dit que cela m’était égal.
Camus)
Je sentis qu’on me touchait à l’épaule.
(M. Audoux)
Je me doute bien que vous n’êtes pas venu ici pour me présenter seulement des
excuses.
(G. Bernanos)
 verbes de volonté, de sentiment, d’incertitude, qui demandent une proposition complétive au
subjonctif : aimer (mieux), désirer, souhaiter, préférer, s’attendre, obtenir, veiller, tenir, avoir
de la chance, avoir peur, craindre, trembler, douter, déplorer, regretter, s’étonner, etc. :
Je ne veux point qu’on me plaise, répondit le voyageur, je veux qu’on m’instruise.
(Voltaire)
Il veut qu’on l’écoute. Il veut qu’on le comprenne.
(R. Delange)
Je doute fort qu’il ne t’apparaisse ainsi à toi-même, que ton attitude ne soit forcée.
(G. Bernanos)
32

Il existe des verbes qui régissent soit l’indicatif soit le subjonctif selon le sens ou le registre de langue
(indicatif pour une simple constatation, subjonctif pour une appréciation subjective) : admettre,
comprendre, convenir, concevoir, s’expliquer, soupçonner, supposer :
Je comprends que tu as bien travaillé.
Je comprends que tu ais bien travaillé.
J’ai compris que vous regardiez sans sympathie notre groupe du café de l’Amiral.
(G. Simenon)
b) l’impératif du verbe principal
Figurez-vous qu’il vende la boutique !
Pensez fortement de grandes choses, et sachez que la pensée est la seule réalité du monde.
(A. France)
c) la proposition principale négative
Sa défaite ne veut pas dire qu’il soit vaincu.
d) la proposition principale interrogative
Croyez-vous qu’il puisse franchir tous les obstacles ?
Si la proposition est à la forme interro-négative on n’emploie que l’indicatif :
N’avez-vous pas compris qu’il vous aime ? dit-elle durement.
(P. Benoit)
e) l’antéposition de la complétive
Qu’il soit intelligent, je le crois.
f) la principale hypothétique introduite par SI
Si je disais que tu ais de la chance, je serais naïf.
Tu iras en Indonésie si l’agence touristique t’assurait que cette histoire de tsunami soit oubliée. 
Les propositions relatives sans antécédent sont des complétives car elles se prêtent au test de la
question – objet direct. Ces propositions complétives sont introduites par : qui, prép. + quoi,
quiconque.
On préfère qui travaille davantage.
Ce type de structure est surtout employée dans la langue littéraire et dans quelques tours figés :
Il a aidé qui tu penses.
On invite qui on veut.
Le pronom relatif quoi est plus rarement employé :
Le fils a dit à son père de quoi il avait besoin mais il n’a pas dit à quoi il pensait.
Demandez-lui avec quoi il l’a fait.
Quiconque met en évidence le caractère non déterminé :
Il recevra quiconque se présentera.
L’interrogative indirecte est régie par des verbes qui expriment l’idée de la demande d’information :
(se) demander, ne pas savoir, chercher à savoir, vouloir savoir, ignorer, examiner, dire, raconter, expliquer, etc. 
Les déterminants de la proposition interrogative indirecte sont introduits par un mot interrogatif :
quel, lequel, quand, pourquoi, où, d’où, combien, qui, quoi, si :
Le lieutenant de gendarmerie, embarrassé par cette réunion insolite, se demandait quel rôle il avait à jouer.
(G. Simenon)
Elle se demandait aussi quelle attitude il lui serait profitable de prendre devant Wilner.
(M. Druon)
Je me demande ce que va être demain l’état d’esprit de la population…si la mer est belle…
33

(G. Simenon)
Les verbes raconter, dire, expliquer, répéter, confirmer, etc. suivis de si introduisent une complétive
interrogative indirecte ; généralement, ils sont à l’impératif ou sont accompagnés d’un élément
explicite pour la demande d’information :
Racontez-nous s’il a bien réglé l’affaire.
*Il raconte s’il a bien réglé l’affaire.
La complétive interrogative indirecte introduite par si ( il s’agit d’une interrogation totale) peut être
précédée des verbes de communication du type : communiquer, dire, conclure, raconter, etc., s’il existe un
élément explicite qui puisse indiquer la demande d’information, le désir de s’informer ou un verbe à
l’impératif :
Dis-nous si tu as cassé les vitres.
*Il a dit s’il a cassé les vitres.
Quant aux complétives introduites par des mots interrogatifs (il s’agit d’une interrogation partielle) il
n’y a pas de restrictions :
Je ne sais pas quand elle reviendra.
Elle nous a dit comment il l’avait punie.
Alors, Patricia me raconta en détail, comment elle avait soigné, fortifié, sauvé, le bébé-lion.
(J. Kessel)
Ces verbes n’expriment pas la demande d’information et, par conséquent le Dt propositionnel sera
une complétive caractérisante.
Il faut faire la distinction entre le si introduisant l’interrogative indirecte, le si conditionnel et l’adverbe
si. Le premier, appelé si dubitatif, se distingue du second par quelques traits syntagmatiques :
le rapport d’implication
la réversibilité des constituants
la combinaison avec les formes verbales en R (futur et conditionnel).
Le si dubitatif comprend le caractère interrogatif de la subordonnée et il n’y a ni possibilité d’inversion
ou de réversibilité :
Estragon raconte si Godot viendra.
Dis-moi s’il viendra.
Si, adverbe, se traduit par tant, tellement :
Le papillon était dans la vitrine ; ses deux nuances si fraîches et si étranges s’avivaient l’une par l’autre.
(P. Loti)
Dans l’usage standard, l’interrogation indirecte exclut certaines structures de l’interrogation directe.
Cependant, dans le registre familier on accepte des termes de l’interrogation directe dans une phrase
interrogative indirecte :
Dis-moi qu’est-ce que tu fais là-bas / qu’est-ce qui est arrivé / où est-ce que tu pars.

8.2.1. L’objet indirect : le Dt au datif


Le déterminant du verbe – complément d’objet indirect – est introduit par plusieurs prépositions : à,
de, avec, après, autour, chez, contre, en, par, pour, sur, vers :
à : penser à l’avenir / obéir à maman / passer à un autre sujet / appartenir à une autre époque /
renoncer à une proposition ;
de : profiter de l’occasion / sortir de l’embarras / changer de manteau / parler de l’avenir ;
avec : jouer avec le ballon / chanter avec son frère / travailler avec l’Etat / s’accorder avec
son compagnon ;
après : courir après la fortune / languir après la liberté / soupirer après sa bien-aimée ;
autour : danser autour de la table / s’enrouler autour du pied / sautiller autour du sapin ;
chez : habiter / loger / vivre chez ses parents / allez chez le médecin ;
34

en : partir en vacances / monter en voiture / vivre en Grande Bretagne ;


par : passer par l’escalier de service / voyager par avion / aller par champs et forêts ;
pour : compter pour du vin / partir pour la Suisse / tenir pour le gagnant / voter pour le
représentant des écologistes ;
sur : compter sur ses aptitudes / tomber sur un ancien ami / s’appuyer sur ses
collaborateurs ;
vers : s’avancer vers l’entrée / se tourner vers l’auditoire / regarder vers le passé.

Le déterminant introduit par une préposition présente quelques caractéristiques :


 le Dt conserve la préposition après la pronominalisation s’il est réalisé par un nom propre :
Il pense à Marie → Il pense à elle.
 le Dt ne conserve pas la préposition après la pronominalisation
Il pense à l’avenir → Il y pense.
Il obéit à son père. → Il lui obéit.
Si le Dt est réalisé par un nominal [-animé], il est remplacé par les pronoms en (de+N) ou y (à+N) :
Elle parle de sa mésaventure → Elle en parle.
L’artiste appartient au surréalisme → L’artiste y appartient.
Tenant compte du fait que la majorité des circonstants (circonstanciels) sont introduits par une
préposition, comment identifier alors l’objet indirect du circonstant ? Les circonstants - constituants
périphériques de la phrase, extérieurs au GV - sont reconnus en appliquant quelques critères :
a) le caractère facultatif
Cette année la sécheresse est grande → [Cette année] la sécheresse est grande.
b) la libre démultiplication
Cette année, au sud-est du pays, conformément aux prévisions météorologiques, la sécheresse a été grande,
au détriment des agriculteurs. → [Cette année, au sud-est du pays, conformément aux prévisions
météorologiques], la sécheresse a été grande, [au détriment des agriculteurs].
c) la mobilité dans les limites de la phrase toute entière.
À 3 heures du matin, Jean me parlait de l’avenir de l’humanité → Jean me parlait de l’avenir
de l’humanité à 3 heures du matin → Jean me parlait, à 3 heures du matin, de l’avenir de l’humanité.
Cependant, il faut souligner que la mobilité est vraiment la propriété caractéristique du
circonstant (les deux premières caractéristiques s’appliquent également aux groupes adjectivaux,
aux épithètes, aux appositions ou aux compléments directs et indirects).
Le critère le plus sûr est représenté par l’existence du double rapport de dépendance avec le verbe,
sémantiquement et syntaxiquement :
Martin Riegel résume de la manière suivante ce double rapport de dépendance :
• rapport sémantique, puisque le C.O.I est un véritable actant dont le rôle sémantique complémentaire de
celui du sujet, est appelé par le sens du verbe. De même que le verbe obéir implique un second actant auquel
le premier conforme sa conduite, le procès dénoté par le verbe de mouvement parvenir suppose un point
d’aboutissement (Il est parvenu au / jusqu’au sommet) ;
 rapport syntaxique, puisque le verbe contrôle la construction du complément, dont il détermine dans la
plupart des cas la préposition introductrice (obéir et parvenir se construisant obligatoirement avec à,
profiter et méfier avec de). Les compléments locatifs se signalent par la variabilité de la préposition
(aller à / dans / sous / sur / derrière, etc) qui reste toutefois confinée à l’intérieur d’un paradigme
restreint commandé par le sens du verbe (*aller pour / selon). »9
La grammaire traditionnelle appelle complément d’attribution, l’objet second introduit par la
préposition à. Cependant il existe des verbes dont l’objet second exprime l’opposé de ce rapport,
notamment la dépossession (oter, confisquer, arracher, voler, etc.)
9
Riegel. M., p. 223.
35

L’État lui confisqua toute sa fortune.


C’est pour cela qu’on préfère aujourd’hui la classe des constructions dites datives.
L’objet indirect ou l’objet second introduit par une préposition est une forme flexionnelle du nominal.
Le cas datif est expliqué par le test de la pronominalisation en lui/leur :
J’ai proposé cette affaire à mon ami. → Je lui ai proposé cette affaire.
La situation convient aux commerçants → La situation leur convient.
En français contemporain on distingue deux structures auxquelles correspondent des relations sous-
jacentes distinctes :
structure où le datif implique la présence d’un objet direct ;
structure où le datif n’implique pas la présence explicite ou implicite de l’objet direct.
I Un premier type est le datif lexical qui exprime une double implication avec l’objet direct et, selon la
structure valencielle du verbe, peut acquérir de différentes valeurs sémantiques :
destinataire de l’action exprimé par le verbe :
Entre l’objet datif et le C.O.D. s’établit un rapport sémantique homonyme au rapport prédicatif. On
opère un transfert du C.O.D. à l’objet datif :
bénéficiaire de l’action
Parlant ainsi, Mlle Weill lui avait saisi la main.
(P. Benoit)
Cela nous donne quelques jours.
(J.-P. Sartre)
gagnant ou perdant de l’action :
Il fallait lui fournir un prétexte pour me désavouer.
(J.-P. Sartre)
Il lui a volé tout son argent.
L’objet direct et l’objet au datif respectent l’ordre canonique : C.O.D +C.O.I. :
Le maître apprend la grammaire aux élèves.
Si l’objet direct est réalisé par un groupe plus complexe, il peut être antéposé par l’objet indirect :
Tu leur rends la liberté, tu leur rends la vie et l’espoir.
(J.-P. Sartre)

Mais lui, il donnait vraiment au néant sa fois, sa force, sa vie.


(G. Bernanos)
En langue littéraire, cet ordre non canonique est souvent employé, visant des effets stylistiques :
À cette manifestation publique se joignait une sourde guerre de tous les instants, destinée à
rendre aux nouveaux venus la vie insupportable.
(P. Benoit)
La pronominalisation des déterminants nominaux s’effectue totalement (les deux Dt à la fois) ou
partiellement (un seul Dt) :
On ne le leur a jamais promis.
Eugénie regarda son père, en lui jetant un regard ironique qui l’offensa.
(H. de Balzac)
Nous devons souligner les facteurs qui régissent un certain ordre des Dt pronominaux :
a) le mode du verbe (Impératif ou un autre mode) ;
b) le statut de la phrase (affirmative ou négative) ;
36

c) la personne du Dt2
Vp # Impératif affirmatif
Il me le/la/les prête.
Il te le/la/les prête.
Il nous le/la/les prête
Il vous le/la/les prête.
Mais :
Il le/la/les lui prête.
Il le/la/les leur prête.
Vp = Impératif affirmatif
Prête – le/la/les –moi !
Prête – nous le/la/les !
Prête –le/la/les – nous !
Prête – le/la/les – lui !
Vp = Impératif négatif
Ne le/la/les lui prête pas !
En français populaire ou familier, le datif apparaît en combinaison avec le Pd possessif, afin
d’accentuer une valeur affective péjorative :
Je lui pardonnerai son impudence.
II Un autre type de datif est le datif étendu. Les structures où le datif n’implique pas la présence
explicite ou implicite de l’objet direct, peuvent exprimer les relations sémantiques suivantes :
siège du procès
Cet objet datif n’est pas un complément ayant les mêmes propriétés que les propriétés lexicales des
verbes. Il évoque une personne qui, indirectement s’intéresse au processus dénoté par le verbe et ses
actants. C’est pourquoi on l’appelle aussi complément d’intérêt.
La contrainte qui lui avait paru jusque-là si légère (…) il l’endurait avec peine.

(G. Bernanos)
association constante
la possession :
Dieu ne lui manquait pas.
(G. Bernanos)
la conformité :
Elle ressemblait beaucoup à sa mère.
un gagnant ou un perdant du procès
Il fallait lui faire honneur avec un matériel qui luttait contre les liserons.
(J. Cayrol)
Toute une existence impersonnelle (…) de tendresse bornée et discrète qui ne lui avait
guère été rendue.
(R. M. du Gard)
localisation spatiale ou spatialisée
L’objet datif exprimé par un nominal affecté du trait [+Humain] introduit par la préposition à ou
pronominalisé par lui est un locatif abstrait ou spatialisé :
Et les mêmes mots, ou presque, lui vinrent à la pensée.
(M. Druon)
III Un autre type de datif est le datif possessif. Cette structure est caractérisée par l’aptitude d’une de
ses parties de fonctionner comme objet direct ou indirect.
Le datif possessif pourrait être considéré comme « le sujet monté d’une phrase centrée autour d’un
prédicat de possession et qui a été réduite en structure superficielle » 10

10
Cristea, T., 1979, p. 265.
37

Qu’il s’agisse d’une construction prépositionnelle ou d’une construction possessive, le procès portant
sur ses parties affecte un nouvel actant. Comment faire notre choix entre le datif possessif, réalisateur
du possesseur, et le Pd possessif ? Il faut tenir compte de quelques éléments distinctifs :
1. - Pd possessif / vs / datif possessif ou Pd possessif
(possession aliénable) (possession inaliénable)
2. - possession réflexive / vs / possession non réflexive
(identité référentielle du possesseur (non identité référentielle entre
et du sujet superficiel de la phrase) le sujet et le possesseur)
3. – le thème du verbe
Dans le cas de la première dichotomie, le Pd possessif / vs / datif possessif, la possession
aliénable impose obligatoirement l’emploi du Pd possessif. L’opposition se manifeste si la
possession est inaliénable.
Les structures à deux Dt : objet direct + datif, ne sont possibles qu’au cas de la possession non
réflexive (sans avoir l’identité du sujet et du possesseur) :
Pierre lui serre la main (Pierre serre la main à quelqu’un)
Pierre lui saute au cou (Pierre saute au cou de /à quelqu’un)
(apud. M. Riegel, 1998)
Quant à la possession inaliénable, le Pd possessif est en variation sémantique avec le datif possessif. Il
s’agit de la distinction subjectif / vs / objectif.
Pierre lui serre la main (affectif) / Pierre serre sa main (non affectif)
L’emploi du datif possessif est préférentiel :
Lucienne lui jeta les bras autour du cou.
(M. Druon)
Le datif possessif est présent dans de phrases différentes :
phrases où le sujet nominal [-Animé] acquiert le rôle d’une force agissante :
Les vagues de la mer lui ont renversé le canot.
 phrases centrées autour des verbes d’expérience subjective : attribuer, prêter, soupçonner,
supposer, (re)connaître, trouver, voir, etc. 
Il ne lui reconnaît pas de vices.
Je ne lui trouvais aucune excuse.
 phrases où le datif possessif (possesseur et bénéficiaire de l’action) accompagne un Pd
possessif (possession aliénable). La présence du Pd possessif souligne l’idée de possession :
On lui a rendu ses livres.
Le datif possessif qui n’implique pas la présence de l’objet direct, d’une manière explicite ou implicite,
admet la présence d’un Dt possessif.
Il existe des verbes qui acceptent le Dt possessif et le datif possessif :
Sa voix tremblait → La voix lui tremblait.
Ses jambes flageolaient → Les jambes lui flageolaient.
Ses joues brûlaient → Les joues lui brûlaient.
Il existe des verbes qui n’acceptent que le datif possessif :
Les oreilles lui tintent.
Le cœur lui fait mal.
Le dos (la tête) lui démange.
Une autre catégorie de phrases accepte un datif possessif et un locatif de l’objet possédé (relation
partitive, du tout à la partie) :

Il ne lui arrive pas à la cheville.


(Dictionnaire, 1998)
38

Le datif possessif se présente comme le sujet monté d’une phrase exprimée par l’infinitif des verbes
suivants :
verbes factitifs : (se) faire, laisser, envoyer, mener (amener, emmener), etc.
FAIRE + INFINITIF (sujet monté à l’accusatif = C.O.D.) :
Tu lui feras ce qu’elle voudra.
(P. Benoit)
FAIRE + INFINITIF + objet de l’infinitif (sujet monté au datif) :
L’homme lui fit faire halte.
Certains verbes factitifs de mouvement (laisser, par exemple) qui reçoivent un Dt objet direct,
admettent deux réalisateurs du sujet de l’infinitif :
Je le (lui) laisse choisir les titres.
Le datif possessif peut exprimer à la fois le destinataire et le bénéficiaire de l’action si le sujet sera
exprimé par un nom précédé par la préposition à. Pour lever l’ambiguïté qui se crée, le sujet monté
pourra prendre la forme du complément d’agent par :
Je laisse mes amis choisir les titres.
Mais :
Je laisse choisir les titres à mes amis (par mes amis).
Pour lever l’ambiguïté, le sujet monté pourra prendre la forme du complément d’agent par :
Je laisse mes amis choisir les titres.
Mais :
Je laisse choisir les titres à mes amis (par mes amis)
 des verbes de perception : écouter, entendre, regarder, sentir, voir, etc.
Le Dt objet direct de l’infinitif détermine le datif sujet monté. C’est une structure du français familier :
Je lui vois faire de grosses bêtises.
Je vois faire à mon ami (par mon ami) de grosses bêtises.
 des demi auxiliaires de modalité factitive, exprimant des modalités différentes : volitive,
permissive, interdictive :
apprendre à qqn. à, enseigner à qqn. à, commander à qqn. de, communiquer à qqn. de, conseiller à qqn. de,
déconseiller à qqn. de, défendre à qqn. de, demander à qqn. de, dire à qqn. de, écrire à qqn. de, enjoindre à qqn. de,
imposer a qqn. de, interdire à qqn. de, ordonner à qqn. de, pardonner a qqn. de, permettre à qqn. de, prescrire à
qqn. de, reprocher a qqn. de, souhaiter a qqn. de, suggérer a qqn. de, recommander à qqn. de, téléphoner à qqn.
de, etc
Je demande à mon partenaire de travailler davantage.
Le médecin lui recommanda d’arrêter de fumer.

8.2.2. L’objet prépositionnel


Dans la classification des verbes d’après leurs traits contextuels on distingue aussi des verbes
uniquement déterminés qui demandent un objet obligatoire :
Dt objet direct (V+transitif)
Dt = GPrép (déterminant de rection prépositionnelle)
double Dt (objet direct + objet indirect, objet direct + objet prépositionnel).
Le Dt peut être identifié à l’aide des questions suivantes : à qui (est-ce que), si le nominal est
[+Humain] et à quoi (est-ce que) si le nominal est [-Animé].
39

Les prépositions les plus aptes à construire un objet prépositionnel ou objet second sont à et de.
Les objets introduits par la préposition à se divisent en deux catégories :
1. objets qui ne conservent pas le tour prépositionnel après la pronominalisation (objets
pronominalisés par lui et var.) et sont régis par des verbes transitifs indirects : aider, appartenir,
céder, convenir, correspondre, coûter, déplaire, désobéir, écrire, échapper, imposer, nuire, obéir, pardonner,
parvenir, répondre, ressembler, sembler, succéder, sourire, etc. :
L’enfant obéit à son père → Il lui obéit.
Il convient à Jean → Il lui convient.
2. objets qui conservent la structure prépositionnelle après la pronominalisation (objets
pronominalisés par à + lui et var. ou par y) : accéder, adhérer, s’attaquer, se conformer, se consacrer,
s’exposer, se fier, se heurter, s’intéresser, mener, s’opposer, participer, procéder, réfléchir, renoncer, songer,
se soustraire, se substituer, etc. :
J’ai réfléchi à cette perspective→ J’y ai réfléchi.
Si le déterminant prépositionnel est réalisé par un nominal [+Humain], il garde le tour
prépositionnel après la pronominalisation ;
Songe à cette pauvre grand-mère qui n’a pas d’autre petit-fils→ Songe à elle.
(A. Gide)
Si le Dt prépositionnel est réalisé par un nominal [-Animé] la pronominalisation est faite par y :
Il ne faisait plus attention au tapage violent de l’eau → Il n’y faisait plus attention.
(P. Humbourg)
Cependant, le français contemporain accepte la substitution du Dt [+Humain] par y, avec des
verbes du type : penser, se fier, croire, s’intéresser, répondre, survivre, songer, s’accrocher, aller, etc. :
Il a survécu à sa femme → Il lui a survécu / Il y a survécu.
Il pensait à sa bien-aimée → Il pensait à elle / Il y pensait.
Quelques verbes comprenant succéder, convenir, aller (aller= convenir) pronominalisent leur Dt
réalisé par un nominal [± Animé] par lui / leur :
Il succède à son chef → Il lui succède.
La nuit succède au soir → La nuit lui succède.
Beaucoup de verbes gardent la préposition à devant le Dt réalisé par un Infinitif :
Je m’amuse à regarder ces animaux.
Il s’amuse à jouer du violon.
Il s’occupe à arroser son jardin.
David réussissait à dégager en catastrophe.
(L’Équipe, 15 février, 1982)
La roue de bois se mit à tourner et le marteau à battre, régulièrement, comme un cœur.
(M. Bataille)
D’autres verbes réclament un Dt prépositionnel réalisé soit par un nominal, soit par un Infinitif soit
par une proposition à verbe fini :
Je tiens à la réussite de ce projet.
A regret, Suzette se remit à suivre le sentier
(B. Clavel)
Mais je tiens à ce que vous ne vous croyiez obligé.
(P. Hériat)
Les Dt prépositionnels introduits par de expriment un objet ou un instrument idéalisé.
Les questions à l’aide desquelles on identifie l’objet prépositionnel sont : de qui (est-ce que), de quoi
(est-ce que), contre qui (est-ce que), contre quoi (est-ce que), en quoi (est-ce que), dans quoi (est-ce
40

que), etc. Les verbes qui régissent un Dt prép introduit par de sont : abuser, s’acquitter, bénéficier, avoir
besoin, se charger, se contenter, se débarrasser, dépendre, se désintéresser, disposer, (se) douter, s’emparer,
s’encombrer, s’entourer, s’entretenir, manquer, se méfier, se mêler, se moquer, se nourrir, s’occuper, se passer se
préoccuper, profiter, provenir, relever, se servir, se souvenir, tenir compte, etc.
Mon cœur (…) s’entoure d’images charmantes, s’enivre de sentiments délicieux.
(J.-J. Rousseau)
Comme nous l’avons déjà précisé, dans les structures à double Dt il existe des constructions à objet
direct et objet prépositionnel introduites par de, en variation libre ;
C’est lui qui m’a appris l’arrivée prématurée du navire.
(P. Benoit)
Certains verbes se construisent avec la préposition à ou avec la préposition de, marquant l’opposition
objet direct / vs / objet prépositionnel, par une différence sémantique (différence de nuance) :
rêver de = c’est voir pendant le sommeil
rêver à = c’est méditer à l’état de veille, songer à.
rire à quelqu’un = c’est lui sourire avec bienveillance
rire de quelqu’un = c’est se moquer de lui
Les gens rient de lui.
(DLF)
décider de = c’est se prononcer sur une chose
C’est la justice qui décidera du bien-fondé de votre plainte.
(DLF)
décider à = c’est se prononcer pour une chose
L’Église a décidé à ce point.
(DLF)
témoigner qqch = c’est en être le signe, la preuve
Il témoigna sa joie.
témoigner de qqch = c’est servir de preuve à cette chose
Ce choix témoigne de son discernement.
(DLF)
s’occuper de = c’est penser à une chose, c’est se livrer à une opération intellectuelle
L’après-midi, Agar s’occupa de coudre des chemises, deux pour Guitelé, deux pour elle.
(P. Benoit)
s’occuper à = c’est travailler matériellement à une chose
Il s’occupe à apprivoiser son chien.
Il existe cependant des verbes qui se construisent indifféremment avec à ou de devant un Infinitif :
commencer à = commencer de

Les enfants commencent à (de) s’impatienter.


(DLF)
continuer à = continuer de
Il continue à (de) travailler malgré son âge.
contraindre à = contraindre de
La maladie l’a contraint à (de) changer de métier.
(DLF)
forcer à = forcer de
Je me suis forcé à (de) l’avaler.
(DLF)
obliger à = obliger de
La crainte l’oblige à (de) se taire.
(DLF)
refuser à = refuser de
L’avocat a refusé à (de) intervenir.
41

Les compléments en de se pronominalisent par en s’ils sont atteints du trait [-Animé] et par les formes
conjointes de lui / d’elle / d’eux / d’elles, s’ils sont [+ Animé] :
Il se rit de la situation → Il s’en rit
Il se rit de Marie → Il se rit d’elle.
Il se rit de Jean → Il se rit de lui.
*Il s’en rit.
En français contemporain on pronominalise assez souvent les noms de choses. En revanche, les noms
de personnes sont rarement pronominalisés par en :
Il parle tout le temps de sa fortune.
Il parle tout le temps d’elle. / Il en parle tout le temps.
Il parle tout le temps de ses enfants.
*Il en parle tout le temps.
Cependant, en est obligatoirement pour renvoyer aux Dt animés non définis :
Il parle tout le temps d’enfants.
Il en parle tout le temps.
D’habitude, le Dt infinitival introduit par de a pour correspondant un Dt nominal objet direct :
Le maçon continue la construction de la maison.
Il continue de construire sa maison.
Parfois, les verbes régissant un objet indirect gardent la même préposition pour les différents types de
déterminants (nominal ou infinitival) :
Il s’étonne de l’indolence de l’enfant.
Il s’étonne d’être interrompu à tout instant.
8.2.2.0. Les verbes à deux compléments
En français moderne il existe un grand nombre de verbes qui comportent un objet direct et un objet
prépositionnel (objet second). Les types de verbes régissants sont dépendants du Dt :
Dt objectifs (les verbes expriment leur propre contenu sémantique) :
avertir, confier, charger, convaincre, dépouiller, indiquer, menacer, persuader, prêter, prévenir, etc
Dt locatifs concrets ou idéalisés : approcher, détourner, détacher, délivrer, écarter, éloigner, isoler, libérer,
dégager, etc.
Dt instruments idéalises ou concrets : agrémenter, asperger, arroser, baigner, coiffer, couvrir, doter, équiper,
garnir, orner, ôter, (s’) habiller, jalonner, joncher, munir, parer, parsemer, prévoir, ratisser, (se) revêtir, etc.
Dt causals : blâmer, complimenter, congratuler, désavouer, désapprouver, féliciter, flétrir, gratifier, gronder,
pourvoir, réprimander, reprouver, etc.
Si le Dt est réalisé par un Inf, l’objet direct peut être le sujet monté de l’Inf :
Ils sont capables de lui ouvrir les portes dès ce soir.
(J.-P. Sartre)
Parfois, l’objet direct, ayant le statut de sujet monté de l’Inf, s’identifie du point de vue référentiel avec
le sujet principal.
9. Le Groupe Adverbial (G Adv)
Le GAdv réunit tous les déterminants du GV qui ne sont pas régis par la nature sémantique et
syntaxique du verbe centre. Les déterminants qui forment le GAdv sont définis par trois critères :
l’invariabilité
le caractère généralement facultatif
la dépendance par rapport à un autre élément de la phrase.
Ma mère avait habité ensuite Vesoul.
(C. Cogniot)
Ma mère avait habité Vesoul.
Le maître avait appuyé son tuyau sur nos dos.
42

(E. Renaudin)
Le maître avait appuyé son tuyau.
Dans la plaine de Toulouse à Montauban, je commence à jouer à choisir la métairie.
(J. Guehenno)
Je commence à jouer.
Les petites s’échappaient pêle-mêle.
(E. et J de Goncourt)
Les petites s’échappaient.
Les herbes, montées toutes ensemble, étaient fleuries.
(P. Loti)
Les herbes étaient fleuries.
Ces déterminants seraient pour le verbe ce que l’adjectif épithète est au nom et
auraient le même statut que les compléments et les propositions circonstancielles.
Les constituants du GAdv déterminent le GV sous des rapports variés :
détermination quantitative du procès (procès ou état)
détermination caractérisante
détermination circonstancielle spatio-temporelle.
9.0. La détermination quantitative du procès
La détermination quantitative du procès comprend des appréciations quantitatives indéfinies ou non
numériques (totalitaires et partitives de petite et de grande quantité) et définies ou numériques.
La détermination quantitative vise aussi un certain rapport qui s’établit entre les éléments
quantifiables et les quantifiés. Si on tient compte de la position que ces éléments occupent sur une
échelle de gradations, la détermination quantitative se présentera comme une comparaison explicite
ou implicite entre les deux unités.
La comparaison quantitative est explicite lorsqu’on se rapporte à une constante (norme statistique
moyenne) :
De tardifs bleuets refleurissent très haut.
(P. Loti)
J’ai beaucoup aimé ce spectacle.
La comparaison quantitative est implicite lorsqu’on vise une certaine place sur l’échelle de gradation
pour les unités comparées. Elle peut être ascendante ou descendante :
Le boulevard est plus large que la rue.
Mon père est moins jeune que ton oncle.
Pour résumer on peut dire que ce type de comparaison se rapporte à une quantité norme et comporte
quelques oppositions :
grande quantité / vs / petite quantité
quantité suffisante / vs / quantité insuffisante
limite quantitative inférieure / vs / limite quantitative supérieure
quantité totale / vs / quantité partielle
Ces oppositions sont marquées par des nuances affectives (appréciatiatives et dépréciatives) ce qu’on
appelle dans le langage de la linguistique :
des comparaisons explicites (manger comme un ogre)
des marqueurs phrastiques à valeur concessive (crier à tue-tête)
des exclamations (Elle a tant regretté !)
43

Les quantificateurs attribuant la valeur de petite quantité à un verbe ou à un adjectif sont représentés
par :
un peu :
Un peu ému, un peu tremblant, j’attelle les deux gros bœufs.
(E. Guillaumin)
Comme raseur, il se pose un peu là.
(DLF)
peu à peu, petit à petit, une à une expriment la progression quantitative :
Peu a peu, l’Espagne de ma carte devenait sous la lampe un pays de contes fées.
(A. de Saint Exupéry)
Petit à petit l’oiseau fait son nid.
(proverbe)
Et devant la véranda, les brumes, les vapeurs se dissipaient une à une pour libérer (…) un verdoyant
espace. (J. Kessel)
guère exprime la petite quantité est s’emploie dans des phrases négatives ou des phrases sans Vf :
A vrai dire Paul ne m’intéresse guère.
Il n’y a guère que toi à le savoir.
(DLF)
Certains adverbes en –ment expriment la valeur de petite quantité : faiblement, insuffisamment,
médiocrement, moyennement, négligemment, etc :
Il travaille médiocrement.
un petit peu, un tout petit peu, un point, quelque peu, un tant soit peu, un tantinet, un brin, une goutte, une
gouttelette, une miette, etc. sont des structures nominales qui soulignent la valeur de petite quantité :
Il est quelque peu prétentieux.
(DLF)
S’il vous plait, un tout petit peu de vin !
C’est une goutte d’eau dans l’océan.
La grande quantité est traditionnellement exprimée dans la classe des verbes par :
Beaucoup :
Avouons donc que nous devons beaucoup à tout le monde, et que le public est notre collaborateur.
(A. France)
très :
Dans le registre familier, le quantificateur très exprime la grande quantité dans quelques locutions
verbales du type : avoir très envie, avoir très tort, avoir très faim, avoir très peur, avoir très chaud, avoir très
froid, avoir très soif, avoir très sommeil, avoir très hâte, avoir très besoin de, faire très attention, se faire très mal ,
etc.
grand et fort :
Dans la langue littéraire on emploie surtout les quantificateurs grand et fort dans des locutions
verbales : avoir grand faim, avoir grand besoin de, avoir grand tort, avoir fort envie de, etc.
L’adverbe fort, employé rarement dans le registre familier, est plutôt un caractérisant. Cela explique
son aptitude de s’employer en relation avec un autre quantificateur adverbial (très, plus, moins, si,
etc.) : battre très / plus / moins / si / fort, crier très fort, embrasser très fort, parler très fort, respirer
très fort, serrer très fort, souffler très, tousser très fort, etc.
pas mal :
Dans le registre familier pas mal « touche » la marque stylistique de la grande quantité :
J’ai pas mal dormi.
44

bésef ou bézel - mot d’origine arabe - a une connotation populaire.


adverbes en –ment :
Les adverbes en –ment expriment l’intensité de l’action : abondamment, chaleureusement,
extrêmement, infiniment, largement, rarement, suffisamment, etc. :
Ils écopaient, pesamment, en guettant un autre coup de mer.
(R. Vercel)
Julien se tourna vivement.
(Stendhal)
Dans la langue familière et populaire l’intensité (grande quantité) est marquée par un grand nombre
de quantificateurs en –ment: bigrement, bougrement, drôlement, fichtrement, foutrement, rudement,
vachement, etc, et par des locutions adverbiales d’intensité : à foison, à flots, à gogo, à volonté, etc :
J’ai bigrement faim !
(DLF)
C’est drôlement bien.
(DLF)
Tu lui as fait vachement plaisir.
(DLF)
Ce ressort joue à volonté.
(DLF)
Le vin coulait à flots.
tant, tellement, si :
Ces quantificateurs apparaissent dans des phrases exclamatives et indiquent l’égalité :
Il a tellement essayé !
Dans des macrostructures de conséquence, ils expriment aussi l’idée de quantité :
tellem ent + Adj / Adv / V, de + N … que
tant + V, de + N … que
si + Adj, Adv …que
Elles sont si hautes qu’un homme tient aisément debout sous leur manteau.
(E. Moselly)
J’ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
(La Fontaine)
La quantité verbale s’exprime aussi par des expressions idiomatiques telles que :
courir à perdre haleine, crier à tue-tête, dormir à mains et poings liés, jouer à huis clos, marcher à toute allure,
mordre à belles dents, parler à cœur ouvert, parler a bâtons rompus, regarder à perte de vue, etc., boire comme
un trou, boire comme un éponge, dormir comme une souche / un sabot, manger comme un loup / un ogre,
trembler comme une feuille, etc :
Dès que les lacets de la piste cessèrent, et qu’on se fut hissé sur le plateau, la
camionnette aborda une ligne droite qui semblait filer à perte de vue à travers les taillis.
(J. Gracq)
Les adverbes très, fort, bien et la locution adverbiale ainsi que s’emploient pour quantifier les adjectifs
aussi.
Très, plus fréquemment employé, correspond au superlatif absolu et marque l’intensité élevée tandis
que fort s’applique plutôt au registre littéraire de la langue :
Seuls les méchants mouraient et quelques bons très secondaires dont le décès figurait parmi les faux frais de
l’histoire.
(J.-P. Sartre)
C’est un gosse fort sage.
bien :
Bien est employé en registre familier et populaire et modifie des adjectifs affectifs. Il souligne une
appréciation subjective : bien heureux / content / fin / délicat / satisfait, etc :
45

Elle est bien reposée.


(DLF)
Les adverbes intensifs en –ment sont employés dans la langue familière et populaire : bigrement,
bougrement, drôlement, rudement, salement, vachement, etc :
Il est toujours drôlement attifé.
(DLF)
Elle est vachement sympa.
Les adverbes intensifs en –ment déterminent quantitativement les adjectifs pare rapport au verbe :
Il parlait vachement vite.
Tu travailles rudement bien.
Rien est employé en langue populaire :
Il est rien moche.
Il est rien cool.
Fin a un emploi plus restreint, dans quelques expressions figées : être fin prête, être fin soule, être fin
préparé, être fin grisé, être fin ahuri, être fin farfelu, etc :
Nous voici fin prêts.
(DLF)
Si et tellement sont des adverbes comparatifs employés dans des phrases exclamatives :
Quel malheur que le monde soit si grand !
(A. France)
Tellement sage et pourtant malheureux !
Les quantificateurs qui modifient les adjectifs et qui apparaissent dans des phrases consécutives
d’intensité sont réalisés par :
des locutions adverbiales : au possible, on ne peut plus, au point, au dernier point, à l’extrême, au delà de
toute limite, etc.
Il est stupide au possible.
(DLF)
des comparaisons automatisées :
bavard comme une pie, beau comme Adonis, belle comme le jour, bête comme ses pieds, blanc comme
neige, fort comme un Turc, joli comme un cœur, malheureux comme les pierres, propre comme un sou neuf,
rapide comme l’éclair, riche comme Crésus, sale comme un peigne, sage comme une image, etc.,
des suites automatisées de conséquence qui expriment l’intensité :
belle à ravir, bête à manger du foin, bête à pleurer, ennuyeux à en mourir, fou à lier, jolie à croquer, laid à faire
peur, laid à hurler, etc.
L’idée de quantité insuffisante est exprimée à l’aide des adverbes : assez, suffisamment, relativement,
plutôt, etc.
Les petits chardonnerets sont assez drus.
(J. Renard)
Le français contemporain fait la distinction un peu / peu, par l’opposition de contenu
petite / vs / grande quantité :
Ces bergers marchaient sur des fleurettes un peu brûlées, sur des herbes un peu
roussies.
(P. Loti)
Il passe peu de voitures par ces rues.
(T. Derème)
Pour marquer la limite quantitative on dispose de quelques types d’adverbes :
de limite inférieure : presque, à peine, à peu près, tout juste, à peu de chose près, etc :
46

Il a veillé presque toute la nuit.


(DLF)
Chaque pièce était grosse à peu près comme une boite d’allumettes.
(H. Béraud)
de limite supérieure (quantité excessive) : trop, par trop, excessivement, immodérément, etc.
C’est une famille bourgeoise excessivement riche et entièrement obscure.
(M. Proust)
J’ai été tiède, beaucoup trop tiède, trop prudent, à la dernière élection sénatoriale.
(G. Bernanos)
L’opposition quantitative totale / vs / quantitative partielle est rendue par des adverbes et
locutions adverbiales :
quantité totale : tout, totalement, complètement, entièrement, intégralement, absolument,
extrêmement, etc. À cette liste on ajoute des adverbes qui varient selon les époques et les modes (au
XVII-e on disait : effroyablement, formidablement, furieusement, terriblement bon). Aujourd’hui la
tendance est à l’emploi de complètement et de absolument, même pour des notions non gradables.
Tout, adverbe quantificateur verbal ou adjectival s’accorde par euphonie devant un adjectif
féminin commençant par une consonne ou un h aspiré. Il indique que la totalité du référent du nom
est concernée par la propriété exprimée par l’adjectif :
La terre est toute blanche, les arbres tout blancs.
(L. Pergaud)
Je suis monté en chaire et j’ai tout confessé devant tous.
(J.-P. Sartre)
quantité partielle : à moitié, à demi, aux trois quarts, au minimum, au moins, partiellement, en partie :
Si sa fille dessine ou colorie des images, une chanson à demi voilée sort d’elle.
(Colette)
Dans la maison se tiennent les femmes, à demi voilées, à demi cachées, nous regardant par les
fenêtres.
(P. Loti)
On a réduit les frais de la maison aux trois quarts.
Les adverbes trop, exagérément et excessivement marquent une intensité très élevée, qui dépasse la
norme :
Il a trop bu ce soir.
9.1. La détermination caractérisante du procès
Tout comme la détermination quantitative, la détermination caractérisante du procès (du verbe ou de
l’adjectif) ne change pas la nature de l’énoncé mais y ajoute une information sur l’action ou l’état du
procès.
Qu’il occupe ou non la même position que l’adjectif, le caractérisant verbal reste invariable. On
l’appelle alors adjectif verbal pris adverbialement ou adjectif adverbialisé.
Les grêlons cinglaient dru ; ils tintaient sur les tuiles.
(R. Rolland)
Les structures à une double incidence (le nom sujet et le verbe) connaissent l’accord :
Les cheveux frisaient courts comme des toisons de moutons noirs.
(A. Cahuet)
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Font aussi l’accord des caractérisants « compléments d’attitude » à double incidence. En structure
superficielle, il existe deux propositions, une à verbe d’association (possession) et une autre à verbe en
surface :
Le notaire, tête chenue, faisait la lecture des actes.
(ibidem)
Cette composition s’articule de la manière suivante :
Le notaire faisait la lecture des actes + Le notaire avait la tête chenue.
Les différents types de caractérisants sont :
a) adverbes en –ment
b) adjectifs adverbialisés
c) unités adverbiales primaires
d) structures prépositionnelles
a) Les adverbes en –ment constituent une liste ouverte. Ils modifient aussi bien les verbes que les
adjectifs :
Les yeux décolorés étaient enfoncés profondément sous les arcades sourcilières.
(G. Arnaud)
Les cheveux sauvagement crépus se hérissaient sur sa tête.
(Th. Gautier)
Ces adverbes en –ment peuvent être classifiés selon leur niveau d’incidence en quelques catégories :
adverbes de modalité : attentivement, certainement, facilement, mécaniquement, probablement,
prudemment, etc.
Rieux y répondit naturellement.
(A. Camus)
Leur développement avait été étrangement rapide.
(B. Vian)
adverbes quantitatifs : entièrement, éternellement, grandement, immensément, infiniment, etc.
Cette sous-alimentation est extrêmement dangereuse.
(H. Charrière)
La rumeur du couloir s’engouffra dans le bureau puis s’estompa graduellement.
(A. le Breton)
adverbes temporels et aspectuels : fréquemment, rarement, récemment, uniquement, etc.
Quenu était absolument neuf en politique.
(E. Zola)
Bernard qui, au lieu de passer par le bas-côté, selon son habitude, traversa ostensiblement la nef.
(F. Mauriac)
La place occupée par les adverbes en –ment dépend de la structure du GV et de l’effet stylistique
qu’on veut imprimer à l’énoncé :
l’adverbe postpose le plus souvent le verbe conjugué à un temps simple :
Il essaya vainement de ravaler sa salive.
(G. Bernanos)
l’adverbe est placé et tête de phrase avec une pause qui annonce un ton emphatique :
Bravement, elle prit le taureau par les cornes.
(P. Benoit)
Brusquement, il l’embrasse.
(J.-P. Sartre)
48

Décidément, je suis vouée aux hommes qui ont des blessures, murmura Jacqueline en souriant.
(M. Druon)
l’adverbe précède le Vf dans une structure à deux verbes en relation de coordination ; sans sujet
répété, l’adverbe précède le second verbe :
Il sonna et immédiatement donna à son valet de chambre l’ordre de servir.
(M. Druon)
J’ai vu que spontanément l’auditoire comprit tout.
l’adverbe peut « s’infiltrer » dans une suite auxiliant + auxilié (infinitif ou participe) :
On nous a joliment mis dedans, dit-il.
(P. Benoit)
Cependant, l’adverbe caractérisant peut se placer à la fin du GV aussi :
Je ne prendrai de décision que lorsqu’il m’aura signifié, directement ou indirectement, que je lui suis
devenue une gêne.
(ibidem)

9.1.0. Les adjectifs adverbialisés


Les adjectifs adverbialisés qui qualifient un nominal sont peu nombreux en français. Neutres et
invariables, ils établissent avec le verbe des structures automatisées ou semi automatisées qui
assurent une grande cohésion. Ces adverbes se présentent sur des formes différentes :
adjectifs simples ou en –ment :
bas – bassement
cher – chèrement
clair - clairement
sec – sèchement
droit – droitement
fort – fortement
franc—clairement
froid – froidement
Sémantiquement, les deux formes sont identiques. On peut dire parler clair ou parler clairement,
chanter fort ou frapper fortement, tenir fort ou soutenir fortement, parler net ou parler nettement,
répondre sec ou écrire sèchement, manger chaud ou se vêtir chaudement, etc.
Un grand nombre d’adjectifs adverbialisés ont des possibilités combinatoires limitées. Par conséquent,
ils se combinent avec des verbes déterminés :
bas : chanter, parler, voler bas ;
cher : acheter, coûter, payer, vendre cher ;
clair : juger, parler, penser, voir clair;
dur : chauffer, cogner, frapper, geler, souffler, taper, travailler dur;
franc : jouer, parler franc ;
froid : boire, manger, rester froid ;
juste : chanter, penser, peser, tirer, viser, voir juste ;
net : s’arrêter, dire, être tué, répondre net ;
rond : tourner rond.
À la charrue, il prenait par la corne les bœufs récalcitrants et les arrêtait net.
(E. Morselly)
49

Les bonnes bêtes allaient droit et bien sagement.


(R. Bazin)
Le procès coûta fort cher.
(M. Druon)
Certains adjectifs adverbialisés ont une seconde forme en –ment qui ne coïncide pas du point de vue
sémantique à la forme simple de l’adjectif. Le changement de sens, dû au type descriptif de l’adjectif, a
souvent glissé vers une appréciation subjective d’ordre moral. En voila quelques exemples :
Bassement se dit d’ « une personne qui agit d’une manière basse, vile » :
Les gens parlaient bas.
(G. Simenon)
Il a agi bassement.
(DLF)
Droitement se dit d’ « une personne qui agit honnêtement, selon sa conscience » :
Elle le lâcha, le poussa, le jeta droit sur l’homme noir.
(J. Kessel)
C’est un caractère qui agit droitement.
Fermement se dit d’ « une personne qui agit d’une manière vigoureuse, avec assurance, constance » :
Il est intervenu fermement dans l’intérêt de son entreprise.
Nous présentons ci-dessous certains verbes déterminés qui se prêtent aux possibilités combinatoires
des adverbes qui présentent une seule forme ou qui sont plutôt employés à une seule :
bas : chanter, parler, voler bas ;
bon : faire, sentir, tenir bon ;
court : attacher, s’arrêter, couper, demeurer, rester, tourner court ;
creux : penser, rendre, sonner creux ;
dru : grêler, pousser, tomber dru ;
ferme : acheter, discuter, pousser, taper, tenir, travailler, vendre ferme ;
gras : faire, parler gras ;
jaune : éclairer, rire, sourire, tirer jaune ;
mauvais : sentir mauvais ;
menu : couper, hacher, tailler menu ;
raide : monter, rester, se tenir raide ;
rouge : devenir, se fâcher tout, voir, voter rouge ;
sec : boire, parler, répondre, rester sec ;
serré : jouer, tricoter serré.
Il s’arrêta court, comme un merle qui a sifflé le commencement d’une chanson.
(P. Loti)
L’herbe sent bon, les grillons chantent comme chez nous, dans la splendeur des nuits de juin…
(P. Loti)
Les odeurs flottent, les blés sentent bon l’herbe fraîche.
(Pouvillon)
Il existe une petite classe d’adverbes « unités primaires » qui ont des formes simples héréditaires du
fonds latin : allegro, allegretto, bien, diminuendo, exprès, gratis, ibidem, incognito, largo, mal, mieux, piano,
pianissimo, vite, etc.
Jamais Maigret n’avait vu poindre aussi vite l’ombre pale de la peur.
(G. Simenon)
Je comptais bien là-dessus, dit la petite fille.
(J. Kessel)
La position de ces adverbes ne modifie pas leurs rapports syntaxiques et leur interprétation mais
soulève parfois l’ambiguïté :
Il écrit bien (bien=modificateur du verbe, au sens de « soigneusement »)
50

Il écrit bien (bien = marqueur phrastique à valeur concessive, au sens de « pourtant »)


Traditionnellement, le verbe conjugué à un temps simple suit l’adverbe :
Vous le savez mieux que personne.
(G. Bernanos)
Je me souviens très mal et pourtant très précisément de la première visite aux deux sœurs.
(L. Bodard)
Dans une suite complexe, l’adverbe antépose d’habitude le pronom complément et l’Infinitif :
Adv + Pron + Inf
Il eut la chance de bien le voir.
Si la suite verbale est composée des verbes faire, laisser ou d’un verbe de perception (voir, entendre,
sentir, écouter, saisir, etc.) et d’un Inf, l’adverbe antépose le Vf :
On a bien fait saisir les difficultés.
9.1.0.0. Il existe des adverbes substituts caractérisants du verbe : ainsi, alors, aussi, autrement,
comme, comment, en effet, même, néanmoins, plutôt, etc.
Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie.
(A. France)
Mais comment adresser une observation valable à quelqu’un dont les actes ne sont jamais déviés par la
rêverie ?
(P. Benoit)
Ainsi, pour les deux enfants, (…) se cachaient de manière permanente, angoissante, les soucis de l’orgueil
et du sexe.
Alors, ceux qui y sont, on tient à les garder.
(P. Benoit)
Quelques adverbes se construisent avec un complément prépositionnel introduit par y et une
multitude de prépositions de sémantisme très différent.
C’est la raison pour laquelle ces adverbes caractérisants se confondent parfois aux différents
déterminants du verbe et de l’adjectif.
Ces structures peuvent s’analyser comme des locutions prépositionnelles :
Ajoutons que l’enfant s’en tirait à merveille, dirait Coppée dans un vers immortel.
(A. Allais)
Un petit vent froid courait à ras le sol.
(M. Druon)
Elle chante, d’une voix grêle, l’hirondelle, qui revient bientôt.
Il regardait madame François d’un air effaré, sans bouger.
(É. Zola)
Le lion s’éleva avec une légèreté prodigieuse et sa masse hérissée, rugissante retomba d’un seul coup sur
Oriounga.
(J. Kessel)
Quelques locutions prépositionnelles sont spécifiques au caractérisant verbal : à la manière de, à la façon
de, à la mode de, à l’insu de, à l’envers de, au gré de, à l’égard de, etc.
Elle a préparé une pizza à la façon milanaise.
D’autres caractérisants se combinent avec des verbes déterminés pour former des suites automatisées telles que :
boire à petits coups, manger de grand appétit / à sa faim, croquer à belles dents, parler à voix basse / à voix
haute, travailler d’arrache-pied, voir / observer à la dérobée, demander / poser une question à brûle-pourpoint,
marcher à pas de loup, aller à pas de tortue /A pas de géant, rire aux éclats / à gorge déployée, pleurer à larmes de
crocodile / des larmes amères / des larmes de sang, semer / sonner / lancer à la voilée, etc.
51

9.2. La détermination spatiale


Les déterminants spatiaux transmettent des informations concernant l’objet situé par rapport à un
repère, le situant.
La détermination spatiale s’organise selon quelques oppositions :
A. orientation / vs / non orientation
B. position coïncidente / vs / position non coïncidente
C. visée ponctuelle / vs / visée accompagnante
A. La première opposition concerne l’élément verbal atteint du trait contextuel [+Orientation] qui
est d’habitude associé au trait [+Mouvement] :
L’un deux vint vers le GMC et d’un grand geste du bras fit signe de continuer la route.
(A. le Breton)
J’avançais sur le sentier au bord de la clairière…
(J. Kessel)
Le trait [-Orientation] réfère à un point de repère coïncident à l’objet spatialisé :
Avec une satisfaction non dissimulée, le chef met dans ses poches les pièces d’or.
(H. Charrière)
Il la conduit sans difficultés à la loge 11.
(P. Benoit)
L’opposition position coïncidente / position non coïncidente vise l’inclusion ou non du point de
repère situant dans l’objet situé :
intériorité / vs / extériorité
Ce goût-la, ce goût de l’exotique, il l’avait dans le sang…
(Guy de Maupassant)
Le patron sauta hors de la tranchée.
(B. Clavel)
infériorité / vs / supériorité
Mais le regard du mort, au-dessus, était toujours visible.
(M. Druon)
Lorsqu’ils jetaient la terre sur le pré, la poussière leur volait dans les yeux.
(B. Clavel)
(…) des larmes venaient trembler sous son menton.
(G. Simenon)
antériorité / vs / postériorité
Un objet peut se situer devant ou derrière le situant.
Il y avait, en face d’eux, (…) un horloger…
(É. Zola)
(…) quelques vieux boutons (…) trottaient en file derrière l’obèse Melchior de Doué –Douchy.
(M. Druon)
Des hommes buvaient devant le comptoir, toussant, crachant…
(É. Zola)
point de repère simple / vs / point de repère complexe
Le cerf prit bientôt une allure plus lente, amusa les chiens en trottant devant eux …
(M. Druon)
Le paon fait la roue
Le hasard fait le reste
Dieu s’assoit dedans
Et l’homme le pousse.
(J. Prévert)
Ils sont encore trois ou quatre cents, nous dit ce vieux, groupés tous aux environs de la baie (…).
(P. Loti)
52

point initial / vs / point final


(pont de départ / vs / point d’arrivée)
Le patron sauta hors de la tranchée.
(B. Clavel)
Quand Florent arriva au Vigan, sa mère était enterrée.
(É. Zola)
La projection du procès (la visée) s’explique par la position du locuteur par rapport au situé et au
situant. Par conséquent, la détermination spatiale pourra mettre en évidence soit une visée ponctuelle
finale coïncidente à la limite initiale soit une visée ponctuelle initiale coïncidente à la limite finale. Il en
résulte la complémentarité de la visée et de la limite :
Il dut descendre dans la tranchée pour allumer son briquet.
(B. Clavel)
(limite initiale → visée finale)
Les enfants sortent de l’école.
(limite initiale → visée finale)
Les enfants rentrent en classe.
(limite finale → limite initiale)
La visée peut être d’accompagnement ou continue lorsque la détermination spatiale exprime un
mouvement réel ou imaginaire.
Elle courut d’une traite jusqu’à l’atelier.
(P. Benoit)
J’en avais aperçu beaucoup le long des routes et des pistes…
(J. Kessel)
La détermination spatiale peut être même imaginée par le lecteur qui, indirectement peut situer un
objet par rapport à une limite d’espace qui ne l’inclut pas :
Il dressa vis-à-vis la feuille de papier buvard.
(G. Simenon)
(…) l’Ile de Pâques se dessine légèrement dans la direction du nord-ouest.
(P. Loti)
Le français contemporain dispose d’un éventail très large de déterminations spatiales qui se prêtent à
quelques oppositions :
spatial /vs / spatialisé
(opposition qui vise la nature inhérente du nominal)
[+Concret] / vs / [+Abstrait]
(opposition qui vise la nature de la détermination spatiale)
Puis, il s’enfonça dans l’allée.
(E. Zola)
Il s’enfonça dans son travail.
J’avançais sur le sentier au bord de la clairière.
(J. Kessel)
J’avançais dans mes recherches.
En structure superficielle, le déterminant spatial peut être réalisé par :
une structure prépositionnelle à préposition zéro ou à préposition :
(…) un taxi s’arrêtait place de la Concorde.
(Cl. Aveline)
Il s’installa au coin de la rue Saint-Jacques.
(É. Zola)
Il se penche un peu vers moi pour me dominer mieux.
(H. Charrière)
un substitut spatial
Ce fut la sans doute que Quenu prit l’amour de la cuisine.
53

(É. Zola)
Le commissaire n’est plus ici.
(G. Simenon)
Souvent, les substituts spatiaux ne sont représentés que par les prépositions :
(…) si j’étanche ma soif tu sais ce qui viendra après ?
(J.-P. Sartre)
9.2.0. Les réalisateurs de la détermination spatiale : l’ablatif.
La préposition de introduit le Dt spatial de la limite initiale (l’ablatif) :
Il sortit de sa poche un écrin plat de cuir rouge.
(M. Druon)
J’ai la joie de découvrir un talent d’acteur et de le sortir de sa gorge…
(ibidem)
Il existe une catégorie de verbes qui, pour des raisons sémantiques spéciales, se combinent
avec un locatif de la limite initiale, introduit par la préposition de : apparaître, découler,
dégager, détacher, éloigner, émaner, émerger, jaillir, libérer, naître, provenir, résulter, séparer,
venir, etc.
Si le nominal est atteint du trait [-Concret], le Dt introduit par la préposition de n’est plus
spatial proprement dit mais spatialisé ou idéalisé :
Vous étés trop intelligente pour ne pas vous tirer de cette épreuve.
(F. Mauriac)
Si le nominal est atteint du trait contextuel [+Humain], la préposition de introduit un Dt
spatial pour préciser la provenance ou l’origine :
Des gens revenaient de la messe.
(G. Simenon)
La préposition de se combine avec d’autres prépositions ou locutions prépositionnelles :
Dès introduit un Dt spatial qui exprime la limite initiale :
C’est un fleuve navigable dès sa source.
(DLF)
Depuis introduit un Dt spatial qui exprime la limite initiale. Depuis recouvre aussi la distance entre le
point de départ et un autre point spatial. Il s’agit de ce qu’on appelle la visée accompagnante :
Ainsi vêtu depuis les orteils jusqu’au sommet du crâne, il semblait en peluche.
(J. Kessel)
À partir de introduit un Dt spatial ou un Dt spatialisé. L’extension de cette locution est l’apanage du
langage de la presse, du discours politique :
À partir d’ici la route est mauvaise.
(DLF)
On ne peut pas tirer de conclusion à partir de cette expérience.
La préposition de, dans des structures complexes avec d’autres prépositions ou locutions
prépositionnelles, introduit un Dt spatial pour exprimer la limite initiale par substituts :
le pronom adverbial en :
Le long des bâtiments s’étendait un large fumier, de la buée s’en élevait.
(G. Flaubert)
la préposition de suivie d’un substitut spatial : d’ailleurs, d’ici, d’où, de là, de la bas, de la haut, de
loin, d’alentour, de dehors, etc :
La ville d’où je viens est cosmopolite.
De là haut, le châtelet n’aurait même pas pu se voir son toit de grosses pierres avec celles d’alentour.
(F. Ch. Ramuz)
9.2.1. L’allatif
54

L’allatif est le cas de la limite finale est classiquement introduit par la préposition à. La
préposition à introduit un locatif spatialisé si le nominal est atteint du trait [-Concret] :
Quand vous m’aurez poussé au désespoir, vous y tomberez avec moi.
(G. Bernanos)
Chez, synonyme de la préposition à, est une préposition employée devant un nom
[+Humain] :
Elle est venue chez moi tout à l’heure.
(G. Simenon)
Pardieu ! s’écria Quenu, tu coucheras chez nous, tu mangeras chez nous.
(É. Zola)
Vers, préposition qui s’emploie souvent en combinaison avec un verbe de mouvement, lorsqu’elle a la
valeur [+Orienté] :
Ils s’inclinaient pourtant, (…) la main tendue vers une petite valise…
(Cl. Aveline)
Combinée avec un nominal [-Concret], la préposition vers transmet une nuance de tension :
Sybill se pencha vers les fleurs d’Europe… ????
(J. Kessel)
Sur peut se combiner avec un verbe de mouvement qui indique la direction et la limite atteinte :
Un regard froid et méchant de Wilner l’arrêta sur place.
(M. Druon)
Si la préposition sur accompagne un verbe [-Mouvement], elle exprime le trait [+Orienté] :
La fenêtre donnait sur un grand patio…
(J. Kessel)
Sur introduit un locatif spatialisé si le nominal est [-Concret] :
J’ai fini par m’endormir sur la question…
(L.F. Céline)
Pour est une préposition qui s’emploie avec plusieurs verbes exprimant la limite finale : s’en aller,
s’embarquer, envoyer, partir, etc.
Il est parti pour Rome.
Jusque ou jusqu’à expriment la limite non franchie ou la limite externe :
Voyant cette catastrophe olfactive étendre ses ravages jusque dans les profondeurs les plus intimes de son poil,
il décida de faire la grève.
(Y. Beauchemin)
Elle y songeait, au contraire, depuis le caviar jusqu’au champagne final.
(P. Benoit)
Contre exprime la limite atteinte ou le contact :
Il appuya de toutes ses forces sa poitrine contre ce lit profond de nourriture…
(É. Zola)
Du côté de est une locution prépositionnelle qui exprime la direction :
Le parc se trouvait du côté de notre maison.
Là-bas et là-haut indiquent le lieu du non locuteur ; là est le substitut du Dt spatial :
Quand je pense qu’il s’en servait pour aller là-bas.
(M. Druon)
Là-haut, l’homme dormait, près de sa bougie.
(G. Simenon)
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Y est substitut du Dt spatial qui exprime la limite finale (l’allatif) :


Les cheminées lorraines sont l’âme des logis froids. La vie du foyer s’y abrite.
(E. Moselly)
Où, traditionnellement classé adverbe interrogatif, est le substitut de l’allatif et peut se combiner avec
d’autres prépositions :
J’emporte mes petits. Où les emportes-tu ?
D’où sont-elles venues, celles-là, encore ?
(P. Loti)
Par où sont-ils sortis ?
La limite finale peut être exprimée par une proposition introduite par la locution aussi loin que suivie
d’une proposition avec le verbe à l’indicatif :
Exemple
Où que, de quelque côté que sont des locutions conjonctionnelles qui introduisent une proposition
d’orientation spatiale ou de nuance concessive, avec le verbe au subjonctif :
Où qu’il aille il sera bien accueilli.
De quelque côté que….
9.2.2. L’essif.
Un autre type de locatif est celui qui indique le lieu ou le lieu près duquel on se trouve et
qui apparaît accompagné des verbes [-Orientation]. Du point de vue linguistique l’essif
tout comme l’allatif se construit avec les mêmes moyens. C’est seulement le verbe qui en
fait la distinction :
(…) puis au fond, contre la muraille du temple, s’était une vigne.
(G. Flaubert)
À la bifurcation vers Volksberg, j’ai contrôlé la flamme de ma lampe…
(M. L. Reyen)
La distance du lieu où l’on se trouve s’exprime par des locutions prépositionnelles  : près
de, auprès de, au chevet de, en tête de, proche de, à proximité de, à côté de, contre, loin
de, de l’autre côté de, etc.
Puis elle reprit sa place habituelle à droite de la caisse…
(G. Simenon)
L’auto de Jean Servières a été retrouvée près de la rivière Saint- Jacques.
(G. Simenon)
Il se tenait alors à l’extérieur de la maison pendant des journées entières.
(Y. Beauchemin)
Le jour est tombé, et les ombres s’installent à mon chevet pour toute la nuit.
(A. France)
Près, auprès, à côté, contre, loin, à proximité, de l’autre côté, à distance, etc. qui ne sont
pas suivis de la préposition de, s’emploient comme des substituts :
Il est tout seul, en compagnie d’une petite lampe qu’on a par déférence allumée devant.
(P. Loti)
Tout de même, j’aurais voulu être loin.
(L.F. Céline)
Les substituts de l’essif sont les mêmes que pour l’allatif : y, ici, là, là-bas, là-haut, ailleurs, partout,
nulle part, où, etc. et par endroits, ça et là comme des substituts du repère multiple :
(…) là-bas, en Océanie (…) des Maoris, d’un aspect charmant, à l’occasion vous mangent encore.
(P. Loti)
La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs…
(R. Barthes)
Il vente toujours, et le vent d’ailleurs doit être familier…
(P. Loti)
Prends cette bourse et va où tu veux.
(J.-P. Sartre)
56

9.2.3. Le prolatif
Le prolatif est le cas de la visée accompagnante exprime l’idée d’espace et de temps, une
vision linéaire ou circulaire de la limite initiale et la limite finale entièrement analysées. Le
prolatif est introduit par plusieurs relateurs : par, vers, à travers, le long, au ras de, à ras
de, autour de, au fil de, via, etc.
Par peut apparaître seul ou peut se combiner avec un autre déterminant spatial :
Par là, il y a des tas de petites rues, puis la campagne.
(G. Simenon)
Un gendarme était adossé à l’angle de la ruelle par où le vagabond avait disparu.
(ibidem)
À travers et au travers de impliquent un procès où l’on rencontre un obstacle qui doit être
franchi :
Sybill me regarda un instant à travers les lunettes noires.
(J. Kessel)
La grive crie à travers les pampres.
(L. Tailhade)
À travers suivi d’un nominal [+Surface] exprime le moyen :
La lumière du soleil s’écoule à travers les volets.
Le long de ou tout au long de réfèrent à un mouvement accompagnant réel ou imaginaire :
Il s’en alla (…) le long de la plage des Sables Blancs.
(G. Simenon)
Au ras de, à ras de réfèrent à un mouvement qui a lieu au niveau du point de repère :
Il vit la silhouette grotesque, au ras du trottoir, dans un pan d’ombre, immobile.
(G. Bernanos)
C’est un fichet rempli à ras bord.
Au fil de désigne une ligne de déroulement d’un mouvement spatial ou spatialisé :
Au fil de la rivière les pécheurs s’alignent avec patience.
Autour de, tout autour de s’emploient pour désigner un mouvement circulaire à partir d’un point de
départ, suivant un parcours et continuant avec un point d’arrivée coïncident au point de départ :
Le vent coulait autour des murs, les entourant de ses nappes frémissantes…
(E. Moselly)
B. L’opposition intériorité / vs / extériorité est exprimée à l’aide des prépositions, locutions
prépositionnelles et de leurs substituts.
Le locatif d’intériorité a comme prépositions principales dans et en. Si la préposition dans
exprime l’idée de la limite spatiale à l’intérieur de laquelle le procès se situe, la préposition en
exprime une idée spatiale plus nuancée et plus atténuée.
Je suis là, en face d’elle, comme lui autrefois, dans la même stalle.
(M. Druon)
Les verbes régissant un Dt d’intériorité sont les suivants : s’abîmer, s’égarer, s’empêtrer, s’emmêler,
(s’) enfoncer, (s’) enfermer, (s’) enregistrer, (s’) enrôler, englober, s’engouffrer, ®entrer, (s’) enfuir, (s’)
engager, se fourrer, (s’) immerger, s’immiscer, implanter, impliquer, s’ingérer, inclure, incorporer, (s’)
infiltrer, injecter, (s’) interposer, (s’) inscrire, (s’) intercaler, (s’) insérer, mentionner, pénétrer, plonger,
(se) noyer, (se) précipiter, surgir, etc.
Puis il s’arrête, (…) plongeant son regard dans les prunelles claires de son voisin.
(M. L. Reyen)
Elle entra dans un magasin…
(P. Benoit)
Les volailles tombaient dans les plats…
(É. Zola)
57

Maigret s’était assis dans un coin du café.


(G. Simenon)
La préposition en introduit un Dt plutôt spatialisé ou idéalisé qu’un Dt spatial proprement dit :
Il se retourna en gémissant, (…) essayant de jeter en avant son corps inerte.
(G. Bernanos)
Je suis là, en face d’elle, comme lui autrefois, dans la même stalle.
(M. Druon)
La préposition dans est remplacée par la préposition en dans une structure avec un nominal sans
article défini :
Toute cette musique des êtres résonnait en Christophe.
(R. Rolland)
L’opposition en/dans marque une opposition d’ordre sémantique, figuré/vs/ concret :
D’abord, elle joua à la dame qui va en visite.
(É. Zola)
Dans la plaine de Toulouse, à Montauban, je commence à jouer, à choisir la métairie…
(J. Guehnno)
Les prépositions en, dans et à sont employées devant les noms propres géographiques selon le thème
du locatif.
En s’emploie devant :
noms de pays, masculins et féminins qui commencent par voyelle ou h aspiré :
en France, en Roumanie, en Suisse, en Irak, en Hongrie, etc.
noms de provinces historiques : en Aquitaine, en Béarn, en Limousin, en Picardie, etc.
noms de départements français (noms composés par coordination) : en Chalons – sur –Marne, en
Chalon – sur – Saône, en Meurthe – et – Moselle, etc.
Dans s’emploie devant :
noms de montagnes : dans les Alpes, dans les Carpates, dans les Pyrénées, etc.
noms géographiques suivis d’un déterminant : dans la Grande – Bretagne du XX-e siècle, dans la
Roumanie d’aujourd’hui, dans l’Europe toute entière.
La préposition de est très prolifique en ce qui concerne ses aptitudes combinatoires avec des adverbes :
en bas, en haut, en dehors, en arrière, a en avant, etc.
(…) il jeta le bras en avant, le colt pointé à croire qu’il allait balancer la purée dans sa porte.
(A. le Breton)
L’organisation de l’ensemble d’informations sur les coordonnées spatiales du situé par rapport au
situant, dépend de quelques oppositions ;
intériorité / vs / extériorité
supériorité / vs / infériorité
antériorité / vs / postériorité
Les informations concernant l’intériorité peuvent être rendues par de locutions prépositionnelles ou
adverbiales telles que : à l’intérieur de, au-dedans de, au sein de, là dedans, par dedans, par l’intérieur,
ici dedans, en dedans de, du dedans de, de l’intérieur, entre, parmi, etc.
À l’intérieur exigu de la carriole, Aldo (…) semblait rêver.
(G. Saint Martin)
Là-dedans, on voit pas, surtout à cause de la foule qui se presse (…)
58

(P. Loti)
Relevez-moi tout ce qu’il y a à relever ici dedans !
(G. Simenon)
Entre et parmi imposent une autre opposition biplace / vs / multiplace :
Une petite source égrène entre les racines son collier de cristal.
(Taine)
Je me suis mariée dans la chapelle blanche entre Nairobi et Naïvâsha.
(J. Kessel)
On pouvait écouter (…) les alouettes en criant vers leurs nids parmi lichens et chardons bleus.
(D. de Lafforest)
L’extériorité est exprimée par un Dt spatial introduit par la préposition hors de ou par les adverbes
(au)-dehors, (du)-dehors :
Au-dehors, il ne distinguait plus la masse du ciel de celle de la terre.
(A. de Saint - Exupéry)
Après les grands souffles vivifiants du dehors, on respire mal, dans une odeur de tanière.
(P. Loti)
Le patron sauta hors de la tranchée.
(B. Clavel)
La supériorité et l’infériorité sont rendues par des prépositions ou locutions prépositionnelles : sur, au
dessus, en haut de, en amont de, respectivement, sous, au dessus de, en bas, en aval, etc.
La préposition sur introduit souvent un Dt spatialisé ou idéalisé. Pour introduire un Dt de supériorité
spatiale, l’action du verbe doit inclure le trait de verticalité :
J’ai fourni sur vous le moindre renseignement défavorable.
(G. Bernanos)
Devant la maison, nous traversons un pont jeté sur un torrent…
(J. Guehenno)
Sur peut souvent indiquer l’allatif de la limite finale :
Puis la tête en peluche, (…) s’infléchit sur le côté gauche.
(J. Kessel)
Sur peut indiquer un essif de supériorité lorsqu’on emploie un verbe [-Orientation] :
Des peaux de bêtes sont éparses sur le sol…
(J. Duché)
Dessus, en dessus, au dessus et de dessus sont des substituts de la préposition sur :
Dessus la foi d’autrui.
(La Fontaine)
Le lit craquait lorsqu’on s’asseyait dessus.
(Boileau-Narcejac)
En dessus, substitut de sur, indique la face supérieure de l’objet :
Vous n’avez pas de table en dessus ?
Au dessus de marque l’idée de supériorité spatiale sans contact direct avec l’objet :
Alors, dans l’espace, au-dessus de moi une voix d’oiseau cria…
(Guy de Maupassant)
Au dessus est employé adverbialement :
59

Une rose pendait au-dessus toute humide.


(Chateaubriand)
De dessus marque la limite initiale de l’ablatif, insistant sur la supériorité spatiale du point de départ :
Il sauta de dessus l’armoire.
En haut (de), au haut (de), sur le haut (de), du haut(de), locutions prépositionnelles ou adverbiales
(sans la préposition de) marquent une différence de niveau de deux objets ou deux parties du même
objet :
Au haut du ciel, le soleil buvait la rosée.
(Colette)
Ma mère (…) guettait, debout, en haut de l’escalier.
(A. Daudet)
Du haut exprime le point de départ qui est situé à un niveau supérieur :
Du haut de mon mur, le mot sonnait en anathème.
(Colette)
Là-haut et de là-haut sont des locutions substituts des locatifs de supériorité :
Avec ces navires (…) partout là-haut sur les cimes, on eut dit une ville des vieux contes merveilleux
(…)
(P. Loti)
La locution en contre-haut (de) exprime un point de repère plus élevé :
On avait arrangé les livres en contre-haut de la bibliothèque.
A (la) hauteur de indique un oint de l’espace linéaire où les deux objets se trouvent :
Il continuait à regarder vers le bourg, les mains appuyées aux barreaux, à la hauteur de sa tête.
(A. Fournier)
Ses poings étaient serrés à hauteur de ses hanches.
(J. Kessel)
En amont (de) réfère à la partie supérieure d’un cours d’eau (fleuve, rivière), comprise entre sa source
d’où vient le courant et un point donné :
En amont du pont l’eau est très calme.
Sous exprime l’infériorité spatiale :
Le couvert était mis sous le figuier.
(M. Pagnol)
De sous introduit un locatif qui exprime l’infériorité spatiale du point de départ :
Je l’ai extrait de sous le plancher.
Dessous (là-dessous) est un adverbe substitut de sous, souvent employé spatialisé :
Au-dessus de, en dessus de sont des locutions prépositionnelles qui indiquent un locatif spatial de
limite initiale, sans contact direct :
Mes deux guides s’asseyent au-dessus de moi sur ces marches.
(P. Loti)
Au dessus et en dessus sont employés à valeur adverbiale aussi :
Sous bois, éparses au hasard, sont les cases (…) au dessus de l’éternelle voûte des palmes vertes.
(ibidem)
Il lui faisait des farces atroces, dont il riait en dessous pendant des mois.
(É. Zola)
De dessus est une locution prépositionnelle qui introduit un locatif spatial de limite initiale :
60

Trois personnages, qui sortent de dessus bois, s’avancent à ma rencontre pour me voir (…)
(P. Loti)
En bas de, au bas de, en contrebas de indiquent le niveau inférieur et une orientation spatiale de haut
en bas :
C’est un talus en contrebas.
En bas est un substitut adverbial pour en bas de :
En bas, à gauche de la fenêtre, un morceau de silex formait saillie (…)
(M. Leblanc)
J’étais perché sur le menton de l’une d’elle, qui, renversée sur le dos, me contemplait fixement d’en bas.
(P. Loti)
En aval (de) est une locution qui indique la partie inférieure. Elle réfère classiquement au côté vers
lequel coule un cours d’eau ou, plus rarement, le côté situé vers le bas d’une pente :
L’eau est plus claire en aval.
L’antériorité et la postériorité spatiales tentent à la dimension de la visée, c’est-à-dire l’orientation du
locuteur (sujet) par rapport aux deux objets situés devant / derrière :
Devant est la principale préposition qui vise l’antériorité spatiale :
J’ai devant moi un paysage éternel.
(J. Guehenno)
Les combinaisons de la préposition devant sont : devant chez, de devant, au-devant (de) :
Il sort au devant de moi.
(P. Loti)
Avant (à l’avant) précède des locatifs nominaux [+Concret] mais exprime aussi l’idée de distance
temporelle :
Mais je te demanderai de ne pas la publier avant le lendemain de Noël.
(A le Breton)
À l’avant le Boscot chantait, d’une voix aussi fausse qu’un bifton de dix sacs (…)
(A. le Breton)
En avant de indique l’antériorité spatiale et l’idée d’accompagnement :
En avant est un substitut de l’indicateur de la direction :
L’enfant jeta un regard lamentable en avant et en arrière.
(M. Pagnol)
Face à, face à face, et en face de indiquent l’antériorité spatiale insistant sur la position des deux
objets, l’un par rapport à l’autre :
Maigret s’était arrêté face au port, à cinquante mètres de l’hôtel de l’Amiral.
(G. Simenon)
Trois pas l’avaient amené face à face au braqueur.
(A. le Breton)
Nous allons en face.
(ibidem)
En tête (de), à la tête de précisent l’antériorité spatiale absolue :
Le groupe Rondier, Barani en tête, vira dans la rue Voltaire.
(ibidem)
Derrière est la principale préposition qui introduit un locatif postérieur :
61

Nous devons laisser derrière nous sur l’eau, en traînée suave, cette odeur de tubéreuse.
De derrière indique le point de départ antéposé :
(P. Loti)
En arrière (de) indique soit la position avec un verbe [-Mouvement], soit l’orientation avec un verbe
[+Mouvement] :
Épaules rejetées en arrière, cheveux flottant, un pied en avant (…) elle mimait la danse yéyé.
(A. le Breton)
Le Golf s’y installa, feuilleta le tout vite fait, apposa quelques coups de stylo et se laissa aller en arrière.
(ibidem)
À l’arrière, de l’arrière sont les substituts de derrière :
À l’arrière Beau Môme commençait à se sentir mal.
(ibidem)
Après introduit un locatif spatial mais, traditionnellement son emploi est temporel surtout dans le
registre familier ou populaire :
Après le deuxième étage, Le Golf parvint à quelques mètres de Mouche (…)
(ibidem)
Dans la langue littéraire la préposition après est introduite par des verbes du type : courir, bondir,
s’élancer, filer, errer, se hâter, etc.
En retrait (de) montre une localisation en arrière d’un alignement :
Il est resté en retrait de son compagnon.
Une autre opposition qui vise la détermination spatiale est la suivante :
espace du locuteur jusqu’à la ligne de partage / vs / espace franchi sans la participation du locuteur :
en deçà (de), de ce côté-ci / vs / au-delà (de), en delà (de), de l’autre côté (de)
(…) le 36 quai des Orfèvres dressait sa masse sombre au-delà des barrières du parking (…)
(A. le Breton)
Au-delà peut introduire un locatif spatialisé :
Au-delà de son titre, « Mes Ecoles » évoque tout un monde (…)
(M. Vessillier)
De l’autre côté (de) indique une même distance à laquelle se trouvent le locuteur et l’objet par rapport
à la ligne de démarcation :
De l’autre côté de la route, c’était la ligne de chemin de fer et la Meuse.
(A. Dhôtel)
Par delà exprime la visée accompagnante du prolatif et implique à la fois l’idée d’espace et de temps :
Aux enfants qui vont grandir et un jour peut-être, par delà le profit et la cadence, réapprendre les gestes
(…)
(B. Henry)
De ce côté-ci exprime l’inclusion de l’espace du locuteur, tandis que de ce côté-là exprime l’indication
de la direction :

9.3. La détermination temporelle


La détermination temporelle est exprimée par des moyens linguistiques très variés. Ces moyens
peuvent être classifiés selon trois dimensions sémantiques :
62

le point de référence
la position par rapport au point de référence
l’orientation (limite et visée)
Le point de référence commande les moyens d’expression des relations spatio-temporelles. La
localisation de ces relations est organisée directement autour de la triade moi-ici-maintenant ou,
indirectement (implicitement).
Par conséquent, le système spatio-temporel sera dirigé par des oppositions coïncidentes :
centrique 11/ vs / allocentrique12
discours direct / vs / discours rapporté
énoncé / vs / récit
Le choix du point de référence (demain / le lendemain) imposera des formes spécifiques des locatifs
temporels d’antériorité / vs / de postériorité.
Le point de départ spatial ou la limite initiale se traduit aussi par le champ temporel aspectuel. On
aura donc d’un côté une orientation vers la limite finale, un allatif spatio-temporel :
depuis son enfance / vs / jusqu’à sa maturité
à partir du 1 février 2005 / vs / jusqu’au 1-er février 2006
L’intervalle temporelle située entre deux limites initiale et finale constitue ce qu’on appelle un
itinéraire spatial (d’ici là).
Le déterminant temporel répond aux questions quand ? depuis quand ? jusqu’à quand ?
Du point de vue linguistique les déterminants temporels sont réalisés par :
un substitut temporel déictique anaphorique ou cataphorique :
Je vais m’en occuper aujourd’hui même, promit-il.
(M. Druon)
Le soir, Florent était tout habillé de neuf.
(É. Zola)
un syntagme nominal de rection directe à préposition zéro :
Il habilla son frère à neuf, l’emmena le soir même.
(ibidem)
un syntagme nominal de rection indirecte à préposition segmentale :
On va le chercher au Dépôt à la première heure.
(A. le Breton)
une proposition
La détermination temporelle par l’intermédiaire d’une proposition se construit si dans la chronologie
des événements un procès est déterminé par un autre procès. Sur l’axe du temps cette structure
complexe qui en résulte est fixée par rapport établi entre les procès. Les procès peuvent être exprimés
par :
une nominalisation
Mais à présent, avec les nouvelles méthodes, ça ne marchait pas.
(ibidem)
un gérondif
En stoppant, le petit homme avait calé son moteur et (…)
(A. Camus)
un infinitif
S’il va par la ville, après avoir fait quelque chemin, il se croit égaré (…)

11
Centrique réfère à la première situation d’énonciation qui appartient au locuteur ou énonciateur.
12
Allocentrique réfère à la deuxième situation d’énonciation où le locuteur rapporte une opinion, d’habitude
celle d’un tiers.
63

(La Bruyère)
un participe passé
La récréation terminée, le père Genevoix (…) rentra dans la salle d’étude.
(R. Delange)
une proposition à verbe fini
Mais cela n’a lieu, quand on est brave, ni devant une attaque, ni devant la mort inévitable.
(Guy de Maupassant)

9.3.o. Moment / vs / période


Les relations temporelles se différencient selon l’expression du moment et de la période. La
localisation dans le temps dépend de différents types de référence :
1. la référence auto-définie (la date chiffrée)
2. la référence centrique (directe)
3. la référence allocentrique (rapportée)
1. La date chiffrée est complète si le Dt temporel offre une localisation auto-définie et,
incomplète si la localisation est supplée par l’instance du discours ou par les informations
fournies par le contexte linguistique :
En 1950, le rapport de population est de deux à un en faveur du Nord.
(M. Didier)
Il existe un grand nombre de procédés pour exprimer les dates. La date du jour est exprimée
différemment suivant les modèles :
Pd + N (syntagme nominal à préposition zéro)
Nous sommes le 26 octobre 1931.
(H. Charrière)
La date chiffrée peut se combiner avec le nom spécifiant le jour de la semaine, le moment de la
journée, avec un Pd article ou démonstratif :
C’était le lundi 6 mai (…)
(R. Barjavel)
un syntagme nominal précédé de la préposition à :
Telle fut l’amitié de cette Nadèje (…) tuée par la cocaïne à Constantinople au printemps de 1919.
(P. Benoit)
2. La simultanéité spatio-temporelle centrique est exprimée par :
des substituts déictiques : aujourd’hui, maintenant, actuellement, présentement,
momentanément, etc. et locutions adverbiales employées comme substituts : à présent, pour
l’instant, à tout instant, pour le moment :
Aujourd’hui, la spécialisation est de plus en plus poussée (…)
(M. Didier)
Mouche de Mai poussa un soupir, et se tint un instant en équilibre sur la jambe droite.
(A. le Breton)
À tout instant il en arrive de nouveaux, ne faisant pas de bruit avec leurs pieds nus.
(P. Loti)
Maintenant et à présent sont des substituts déictiques qui, employés avec le verbe conjugué
au présent, expriment la coïncidence avec le moment de l’énonciation :
Il ne bégaie plus, rejoint maintenant les phrases préparées avec soin.
(F. Mauriac)
Ils sont bien une vingtaine à présent, étages au-dessous de moi (…)
(P. Loti)
64

des syntagmes prépositionnels avec des éléments indiciels (démonstratifs) :


En ce temps-là, qui eût osé lui dire qu’on cuirait un jour dans son four de pain (…)
(B. Clavel)
À ce moment de l’été, le feuillage des chênes était dur comme cuir.
(J. Giono)
Je suis en ce moment avec Clara et son mari, en route pour sa maison de campagne, où je dois
demain lui faire mes adieux…
(P. Mérimée)
La période en cours, est assignée par un nominal exprimant une division temporelle de durée
qui est précédé d’un élément indiciel, traduisant la période en cours, le moment présent y
compris :
En cette fin d’hiver et ce printemps de 1924, Paris eut vraiment pour reine éphémère la danseuse
Jessica.
(P. Benoit)
Cette après-midi, je vous avais donné douze jours pour me remplacer.
(ibidem)
La division temporelle de la période ou de la durée est mieux rendue par les relateurs durant
et pendant :
Il marcha sur les crêtes pendant une heure.
(A. Dhôtel)
3. La simultanéité spatio-temporelle allocentrique exprime la coïncidence temporelle entre le
moment ou la période du procès avec un autre moment, une autre période ou un autre procès
différents du moment de l’énonciation.
Les réalisateurs de la simultanéité allocentrique sont les suivants :
un substitut adverbial : alors, maintenant, à présent + un verbe conjugué à un temps passé :
Maintenant, elle avait perdu l’un et l’autre.
(J. Kessel)
Mais à présent, avec les nouvelles méthodes, ça ne marchait plus.
(A. le Breton)
Alors, comme la fin de l’enchantement était venue, la princesse s’éveilla.
(Ch. Perrault)
un syntagme nominal introduit par la préposition zéro :
En effet, le lendemain on nous réunit par groupes de trente dans le couloir du quartier disciplinaire.
(H. Charrière)
un syntagme nominal introduit par une des prépositions suivantes: à, lors de, vers, sur :
À la veille de 1914, la France occupait le 14-e rang en Europe, à la rémunération des maîtres du 1-
er degré.
(G. Cogniot)
(…) vers dix heures et demie du matin, un taxi s’arrêtait, place de la Concorde.
(Cl. Aveline)
Lors de son passage ici, on a conclu l’affaire.
65

Sur est une préposition qui peut se combiner avec des syntagmes nominaux pour former des
locutions automatisées aptes à marquer le moment coïncident ou la limite non atteinte : sur le
coup de quatre, sur le soir, sur le tard, sur le champ, sur ce, sur ces entrefaites, sur l’heure, sur
le coup de quatre, sur les 3 heures, sur le moment, etc :
Sur le coup, il est resté interloqué !
(DLF)
Sur le moment, il écarta la bête et descendit l’escalier.
(A. Camus)
Sur ce, le train s’ébranla.
(DLF)
Si l’on prononce un mot italien de Don Juan, sur le champ le souvenir tendre de la musique me revient et
s’empare de moi.
(Stendhal)
une proposition
La simultanéité allocentrique s’actualise aussi par une proposition relative introduite par quand et son
correspondant littéraire lorsque, en même temps que et par une nominalisation (au retour, de retour,
au départ). La chronologie des deux procès est soit relative soit coïncidente (les temps des verbes sont
alors identiques) :
Quand il rencontrait un oiseau parleur, il lui posait des questions (…).
(Guy de Maupassant)
Lorsque l’ordre eut été quelque peu rétabli, tous les bébés scorpions s’étaient cachés (…)
(G. Durrell)
De retour dans sa chambre, Agar passa une bonne partie de la nuit à remettre à neuf (…) un petit tailleur.
(P. Benoit)
À la fois exprime non seulement la simultanéité mais implique aussi l’idée d’association, raison pour
laquelle on l’emploie souvent avec le sujet au pluriel :
Mais d’un air à la fois timide et résolu, l’homme refusa leur aide.
(Cl. Aveline)
9.3.o.o. La période
Les déterminants qui expriment la période se trouvent dans un espace de temps limite entre le
moment et la durée. Ils seront donc des relateurs caractéristiques du moment et de l’intervalle à la fois.
Le Pd de la totalité se combine avec un relateur zéro :
Vous n’allez pas me laisser debout toute la nuit, tout de même !
(A. Le Breton)
J’ai toute ma tête, cela ne m’arrive pas tous les jours.
(G. Bernanos)
Il existe des situations où la préposition à ne peut pas évoquer d’une manière explicite la période.
Alors c’est le contexte qui porte sur la nuance temporelle. Le nominal marque la temporalité soit par la
marque du pluriel soit par son thème lexical :
Au temps de mon enfance, on n’avait dans les villages ni bicyclette, ni téléphone.
(C. Cogniot)
La préposition en introduit des syntagmes temporels qui s’opposent à ceux introduits par la
préposition à. L’opposition coïncide à indéfini / vs / indéfini :
en début de / au début de
en fin de / à la fin de
en temps de / au temps de, etc.

Au début de décembre, une reprise de son mal terrassa Bernard.


(F. Mauriac)
66

C’était au début de juillet qu’Agar s’était décidée à accepter les hommages de M. Guilloré,
éperdu d’amour, d’admiration, de gratitude.
(P. Benoit)
En temps de crise les affaires vont mal.
En ce temps là, la dune était libre et la grève tout autant.
(D. de Lafforest)
Ils se rencontreront au bon vieux temps.
La préposition dans exprime l’intériorité temporelle :
Il peut aller me faire cette course et revenir dans l’après-midi avec un bon imperméable.
(C. Fleischmann)
La préposition par exprime l’idée d’espace et de temps simultanément ou le prolatif:
Cette digue est l’ouvrage avancé du port : très dangereuse par grand vent, on peut la gravir
facilement par mer plate…
(B. Pierre, apud T. Cristea, 1979)
La préposition sous introduit un Dt qui marque une période historique :
Napoléon I régna sous le Premier Empire.
Des locutions du type au cours de + N ou dans le courant de + N marquent d’une manière explicite la
période :
On achèvera le travail dans le courant du mois.
« C’est seulement à ce moment que j’ai eu la sensation qu’il s’était passé quelque chose ! » dira le
douanier au cours de l’enquête.
(G. Simenon)
Les prépositions pendant et durant expriment la période.
Pendant marque la discontinuité :
Et pendant ce temps, la femme de Larméno…
(A. le Breton)
Alors, pendant une heure, le chien hurla sans bouger.
(Guy de Maupassant)
Durant marque une simultanéité continue. Cette préposition peut antéposer ou postposer le nom et,
en français écrit, peut s’accompagner d’un quantitatif :
Elle avait du bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille,
s’en couvrir les pieds, dormir, dormir dedans !
(G. Flaubert)
Il a souffert sa vie durant.
(DLF)
La préposition de exprime la période dans une série de suites automatisées du type : de sa vie, du
vivant de, de toute la nuit, du temps de, de son temps, de l’époque de, du jour de, de 8 à 19 h de l’été,
de nos jours, de temps à autre, etc.
De nos jours, (…) les prestations sociales jouent comme des amortisseurs.
(M. Didier)
La crèche était neuve, et il s’y était installé du temps de sa splendeur.
(A. le Breton)
C’est le Commandeur en armure, qui revenait déjà du temps de grand-père (…).
(Colette)
67

La période est également exprimée par une macrostructure contenant :


un gérondif :
Un Monsieur (…) finit par ronger son frein en montant sur ses grands chevaux (…)
(P. Daninos)
En sortant du métro, je sentis que je pénétrais dans un instant fragile (…)
(Barjavel)
Tout en faisant un médiocre dîner, (…) de quelques plats dérobés au banquet des chasseurs et
des hussards, Léon et son amie eurent beaucoup à souffrir…
(P. Mérimée)
une proposition introduite par : cependant que, pendant que, durant que, tandis que, alors que, tant
que, aussi longtemps que, etc. :
(…) Robinson avait l’intention d’entasser récolte sur récolte aussi longtemps qu’il en aurait la
force (…)
(M. Tournier)
Pendant que je les regardais en silence, je vis le paysage frémir.
(K. Blixen)
Tandis qu’il montait l’escalier des portes s’entrouvraient sans bruit sur son passage.
(G. Simenon, apud T. Cristea, Le Verbe)
Alors qu’elle allait y disparaître la voix de son cadet la rattrapa.
(A. le Breton)
Cette immense entreprise s’est déroulée avec une rigueur et une continuité attestées par le succès,
alors que l’écriture était encore inconnue.
(Cl. Lévi-Strauss)
Nous remarquons que les relateurs quand et lorsque (emploi littéraire), en combinaison avec des
formes verbales (au passé simple d’habitude), peuvent assigner la simultanéité incluse. Tandis que /
comme / alors que + un temps duratif (l’imparfait d’habitude) et que sont des relateurs qui expriment
la période :
Ma grand-mère me donnait la bouillie, m’habillait, me grondait quand il le fallait.
(C. Péguy)
Elle eut (…) commencé ses prières, qu’une phrase d’Antoine lui revint tout à coup à la mémoire…
(R. M. du Gard)
Comme il atteignait les premières maisons de la ville endormie, le camion stoppa de
nouveau.
(P. Benoit)
9.3.o.1. Antériorité / vs / Postériorité
L’opposition antériorité / vs / postériorité rend compte de deux types de référence : centrique ou l’axe
du discours et allocentrique ou l’axe du récit. Les rapports qui s’établissent entre le procès à situer
dans le temps et le point de repère choisi se groupent autour l’opposition position coïncidente
(simultanéité) / vs / position non coïncidente (non simultanéité) des deux termes mis en relation. La non
simultanéité oppose l’antériorité à la postériorité.
9.3.0.1.0. L’expression de l’antériorité centrique se fait par les moyens suivants :
substitut déictique
Les substituts déictiques sont aptes à marquer non seulement l’indication spatiale mais celle de la
distance temporelle aussi. Ils situent la localisation du moment de l’énonciation par rapport à
68

l’événement situé : hier, avant-hier, il y a deux (trois, quatre, etc.) minutes, heures, jours,
semaines, mois, ans, etc, voilà deux (trois, etc.) minutes, heures, jours, semaines, mois, ans, etc.
que, ça fait deux (trois, etc.) minutes, heures, jours, semaines, mois, ans, etc. que, il y a
longtemps que, etc. :
Il y a longtemps qu’il m’a demandé le chemin de la gare pour y porter un gros paquet.
(G. Simenon)
Il y a huit jours de cela, (…) un taxi s’arrêtait, place de la Concorde.
(C. Aveline)
Hein ! qui nous aurait dit cela, il y a six ans à Alexandrie (…)
(P. Benoit)
Le docteur est parti le premier, voilà une demi-heure (…)
(G. Simenon)
Il y a quelque temps qu’à dîner, mes enfants et moi, nous avions grand appétit.
(Marivaux)
L’adverbe tantôt marque la petite distance temporelle au futur ou au passé récent mais ne se prête pas
à l’opposition antériorité / vs / postériorité. Il assigne à la fois un futur et un passé récent :
Tantôt on l’agite, on le flatte pour l’apaiser ; tantôt on le menace, on le bat pour le faire taire.
(J. J. Rousseau)
Les substituts de la distance temporelle ont souvent des termes accompagnants qui spécifient le
moment de la journée : hier soir, hier au soir, hier matin, hier à midi (minuit), avant-hier à l’aube,
etc. :
Hier au soir je me promenais seul…
(M. Proust)
L’antériorité indiquée à l’aide de quelques adverbes en –ment concurrence le passé récent :
récemment, dernièrement.
Les yeux sont fatigués, il a lu dernièrement beaucoup de livres.
J’ai récemment rencontré cet écrivain célèbre.
Autres adverbes expriment un passé plus ou moins éloigné : autrefois, une fois, jadis, naguère. Ils
s’emploient aussi avec des formes verbales du récit :
Autrefois le pauvre coudoyait le riche, ce spectre rencontrait cette gloire.
(V. Hugo)
Il y avait une fois certaine grosse hôtesse qui avait su donner gros renom à son auberge.
(H. Pourrat)
Jadis est le synonyme d’autrefois employé dans le registre littéraire :
Jadis, à l’âge de vingt-cinq ans, elle avait perdu, en un seul mois, son père, son mari et son enfant
nouveau-né.
(Guy de Maupassant)
Naguère, par opposition à jadis et autrefois, signifie « il y a peu de temps », « récemment » et suggère
un passé limité à l’existence du sujet. C’est une construction de n’a et guère :
Simplement avait disparu l’acre odeur de sueur que naguère ajoutait son père.
(G. Bernanos)
des adjectifs
L’adjectif dernier (en postposition), et l’adjectif autre +N [+Division temporelle] : dernier, la
semaine dernière, le mois dernier, l’hiver dernier, l’an dernier ; un autre soir, l’autre semaine, etc.
C’était l’hiver dernier dans une forêt du nord-est de la France.
(Guy de Maupassant)
69

Le 4 octobre dernier (…) je me trouvais rue La Fayette (…)


(A. le Breton)
9.3.0.1.1. L’expression de l’antériorité allocentrique se fait par les moyens suivants :
des évocateurs (substituts anaphoriques) : la veille, l’avant-veille (l’information sur la localisation
temporelle est précise) :
J’avais le souvenir d’avoir noté la veille, en dépit de l’obscurité (…)
(J. Kessel)
Les adverbes auparavant et avant suggèrent un moment antérieur sans préciser la distance
entre les deux moments :
Auparavant ceux que j’allais tuer me semblaient le contraire de moi-même.
(J. Giraudoux)
Don Juan me charmait avant.
(Stendhal)
Les structures adverbiales d’avance, en avance, à l’avance, par avance expriment un moment
antérieur à un autre moment du passé ou de l’avenir :
(…) elle a ouvert son sac, en a sorti un petit carré de papier et un crayon, a fait d’avance l’addition
(…)
(A. Camus)
Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pompe le miel (…)
(H. de Balzac)
des syntagmes nominaux introduits par des prépositions ou locutions prépositionnelles : avant le dîner, (à) la
veille de, l’avant-veille de, auparavant (postpose le N et se combine avec un quantitatif temporel).
Mais je te demanderai de ne pas la publier avant le lendemain de Noël.
(A. le Breton)
À la veille d’une bataille décisive, entre deux généraux, je pourrais parier à coup sur
pour le vaincu…
(G. Bernanos)
Je vous paierai, lui dit-elle, avant l’août, foi d’animal.
(La Fontaine)
Le père avait tué un braconnier deux ans auparavant.
(C. Seignolle)
un Dt temporel exprimé par une proposition actualisée par :
une nominalisation
Avant ce soir vous recevrez chacun votre emplacement et la marche à suivre.
(A. le Breton)
le gérondif « en attendant » :
En attendant, il faisait faire son buste par le même sculpteur officiel qui avait naguère
représenté la République (…).
(M. Druon)
avant de, en attendant de + infinitif :
Avant de savoir parler il commande, avant de pouvoir agir il obéit.
(J. J. Rousseau)
une proposition introduite par : avant que (suivi ou non d’un ne explétif), en attendant que, sans
attendre que, suivis du subjonctif :
Avant que la foule eût le temps de jeter un cri, il était sous la voiture.
(V. Hugo)
En attendant qu’il puisse entrer chez le ministre, il a lu tout le roman.
70

9.3.0.1.2. L’expression de la postériorité centrique se fait par des moyens variés :
des substituts déictiques : demain, après-demain (substituts qui précisent la distance entre le
moment de l’énonciation et le moment postérieur).
Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même devrait s’y refuser.
(A. Camus)
Pour mieux préciser la localisation temporelle, ces déictiques se combinent avec un N
[+Division temporelle] : demain matin, demain soir, demain à midi, demain à la première
heure, demain à l’aube, etc.
Le paquebot sur lequel je dois m’embarquer, arrive demain matin (…)
(P. Benoit)
Dites, c’est bien demain soir que vous faites le boudin ? demanda la Normande de son air
riant.
(É. Zola)
Autres substituts :
Bientôt est employé dans le discours et dans le récit également pour assigner la postériorité
indéterminée et immédiate :
Ils se trouvèrent bientôt d’accord.
(M. Druon)
Tantôt marque la postériorité immédiate par rapport au moment de l’énonciation :
Voici tantôt huit jours que je l’ai vue.
(DLF)
Plus tard est un déictique qui peut exprimer une quantité temporelle par le « déchiffrement » du
contexte. Il se combine avec le futur pour indiquer la posteriorite par rapport au moment de
l’énonciation :
(…) « s’il le mérite, disait Laverdure, plus tard je l’appellerai La Ramée, «  Charlemagne suivait.
(M. Druon)
des syntagmes prépositionnels : dans, sous + un Quantitatif + N [+ Division temporelle] (dans un an,
dans trois jours, sous peu de temps) :
Ils seront ici dans cinq minutes.
(P. Mérimée)
Dans une heure, on saura tout, et c’est ta faute.
(ibidem)

Nous reviendrons sous peu de temps.


9.3.0.1.3. L’expression de la postériorité allocentrique se fait par les moyens suivants :
des substituts anaphoriques qui sont aptes à fournir la cohésion du texte du point de vue
syntaxique et sémantique : ensuite, puis, par la suite, après, après quoi.
Peu de temps après, Croissanvie fut réveillé dans son lit par un appel muet et irrésistible qui venait
du dehors.
(C. Seignolle)
Puis, il se décida à poursuivre de l’avant, mais sans se défaire d’un sentiment d’inquiétude.
(M. Druon)
Ensuite, il leur donna du feu avec sa cigarette.
(B. Clavel)
Elle obéit, mais secoua la tête après.
(A. le Breton)
71

Après quoi, nous avons commencé à descendre et, au bout d’un temps assez long, Thamon m’a
montré le promontoire.
(P. Vialar)
des substituts qui assignent l’idée de petite distance temporelle de postériorité : bientôt, aussitôt, là-
dessus, sur ce, sur quoi, sur ce point, etc. :
Ses yeux allèrent un instant à King immobile et se détournèrent aussitôt.
(J. Kessel)
Là-dessus je mangeai un morceau, faute d’en pouvoir manger deux, à moins que de voler
la part de quelque autre.
(Marivaux)
Ils se trouvèrent bientôt d’accord.
(M. Druon)
des substituts qui expriment une distance déterminée par rapport à un moment postérieur : le
lendemain, le surlendemain :
En effet, le lendemain on nous réunit par groupes de trente dans le couloir du quartier disciplinaire.
(H. Charrière)
(…) il ne serait plus dehors le surlendemain pour récupérer la valise.
(A. le Breton)
un segment nominal de rection directe – N [+ Division temporelle] + suivant : le jour suivant, la
semaine suivante, l’an suivant, etc. 
Le matin suivant, il dormit plus tard qu’a l’ordinaire.
(M. Druon)
un syntagme nominal introduit par les relateurs après (en post ou antéposition), le (au) lendemain :
Une demi-heure après, (…) je suis complètement seul (…).
(P. Loti)
Tu changes de nuit à Kantara, à cause du canal, et tu es le lendemain matin à 9 heures à
Caïffa.
(A. le Breton)
Quelques minutes après, l’atmosphère fourmillait d’ailes : les sauterelles s’en allaient.
(K. Blixen)
une proposition actualisée par :
une nominalisation + après :
Après le passage du pont de Lodi, il prit à un bel officier autrichien tué par un boulet un magnifique
pantalon (…).
(Stendhal)
un infinitif précédé de la préposition après ;
Les hommes qui conduisent cette initiation, après nous avoir rasé la tête, nous avaient rassemblés
(…).
(C. Laye)
une proposition introduite par les relateurs postérieurs : après que, aussitôt que, sitôt que, une fois
que. Le verbe s’emploie à l’indicatif :
Immédiatement après que le navire s’est enfoncé dans l’horizon, un silence s’établit sur la mer
plate.
(A. Bombard)
72

Nous devons remarquer que la tendance actuelle est à employer le subjonctif introduit par après que.
C’est contre la logique mais, une possible explication serait une analogie avec avant que. Une autre
explication serait fournie par la confusion faite entre le passé antérieur et le plus-que-parfait du
subjonctif de la 3-e personne du singulier : après qu’il eut mangé / après qu’il eût mangé.
Martin Riegel, résume le problème de la manière suivante : « Ces explications ne sont pas
pleinement convaincantes. Sans doute faut-il tenir compte du fait qu’après que est la conjonction qui
introduit la plus grande « distance temporelle » entre le fait et sa circonstance, et du même coup tend à
rejeter celle-ci hors de la situation : c’est ce qui fait sa grande différence avec sitôt que, des que ; la rupture
qu’après que introduit est analogue et symétrique à celle que provoque l’emploi de avant que. » ( M. Riegel,
1998: 507).
Après que + subjonctif est employé surtout dans le langage journalistique, de l’administration et
littéraire également.
La patronne qui tricotait sa laine rouge le comptoir, remarqua qu’ils ne s’abordèrent que longtemps
après qu’elle soit entrée.
(M. Duras, apud Cristea, M.)
Aussitôt que ou sitôt que assignent une postériorité immédiate :
Aussitôt que sa tête fut arrivée au niveau du palier supérieur, une voix cria : « Qui va là ? »
(A. Dhôtel)
Sitôt que de ce jour la trompette sacrée annonçait le retour.
(Racine)
Une fois que assigne la perfectivité de l’action antérieure qui situe le procès de la principale :
Une fois qu’ils eurent enlevé la barrière qui obstruait le chemin, la voiture put repartir.
par une proposition introduite par un relateur non marqué pour la postérité, ayant le verbe à un e
forme composée :
Lorsque tout le monde était parti, elle se relevait, allumait le gaz et faisait de nouveau courir sa
chère aiguille.
(P. Benoit)
par un gérondif passé :
Ayant tracé de la lame du couteau une croix sur le gros pain rond, il commença à en couper des
tranches.
(M. Bataille)
par un participe passé, souvent accompagné d’un déterminant temporel du type aussitôt, à peine, une
fois :
Et nous découvrirons, une fois sauvés, qu’aucune autre direction ne nous eut permis de revenir (…).
(A. de Saint Exupéry)
Aussitôt sue la nouvelle du suicide du magnat, Simon, (…) avait prévenu Schoudler.
(M. Druon)
9.3.0.2. Les limites du procès : temporalité et aspect
L’idée de temporalité et l’idée d’aspect peuvent aller de pair pour exprimer les limites du procès.
Certains determinants peuvent spécifier la limite initiale, la limite finale ou toutes les deux à la fois.
D’autres déterminants peuvent exprimer l’aspect ponctuel ou la visée temporelle accompagnante,
impliquant l’idée de durée du procès.
1.8.3.2.0. La détermination de la limite initiale se fait par :
des substituts aspectuels qui apparaissent dans le discours et dans le récit également : désormais,
dorénavant :
Désormais, et où qu’ils allassent, Jaqueline eut toujours la photo de François dans sa chambre.
(M. Druon)
73

Cette case, spacieuse, allait être désormais notre demeure.


(C. Laye)
des substituts de sens général et qui insiste surtout sur le caractère locationnel: dès l’abord, dès le
départ, d’entrée de jeu, dès le début, etc. :
Dès le début, je pressens un morceau difficile.
(Frison-Roche)
des syntagmes prépositionnels :
La préposition dès suivi d’un nominal ou d’un substitut déictique ou anaphorique, insiste sur la limite
initiale :
On avait accueilli comme il se doit cette famille aussi respectée qui jaillissait d’un omnibus à
cheval dès l’aube.
(J. Cayrol)
Dès ce moment, M. Guéron fut un auteur à la mode.
(J. Kessel)
La locution conjonctionnelle dès que + indicatif, introduit une proposition à verbe fini :
C’est moi qui vais chercher sa pèlerine dès que la chaleur tombe.
(F. Mauriac)
La préposition depuis insiste sur la durée et ne se construit pas avec le futur ; par opposition à la
préposition dès :
Qu’est-il arrivé depuis ? Je ne l’ai pas revu depuis.
(DLF)
La locution conjonctionnelle depuis que régit l’indicatif :
Depuis que vous nous l’avez vendu, ce bouc ne regarde plus les chèvres !
(H. Pourrat)
La préposition à apparaît dans des locutions telles que : à partir de, à compter de, à dater de, parfois
en combinaison avec la date chiffrée :
À partir de ce moment, il y eut dans la salle des officiers un silence relatif (…).
(P. Mérimée)
La préposition de peut se combiner avec des déterminants de la limite initiale, mais avec un quantitatif
aussi :
Du moment où cet homme s’aperçoit que cette femme existe, (…) la catastrophe est inévitable.
(V. Hugo)
9.3.0.2.0. La détermination de la limite finale est exprimée par jusqu’à (avec ses variations) en
combinaison avec des déterminants au niveau du discours ou du récit :
(…) les voyous n’avaient qu’à tenir bon jusqu’au lendemain et ils se retrouveraient dehors.
(A. le Breton)
Les cinq chiens se précipitèrent sur les entrailles ouvertes, s’y enfoncèrent jusqu’au poitrail avec de
grands claquements de dents (…)
(M. Druon)
Jusque peut se combiner avec une préposition qui introduit :
un nominal
Nous restâmes la jusqu’à l’aurore, incapables de bouger (…).
(Guy de Maupassant)
un infinitif :
Le vacarme de l’eau s’enflait jusqu’à les étourdir.
74

(M. Genevoix)
une proposition à verbe fini :
Elles claquèrent du haut en bas de la demeure, jusqu’à ce que celle du vestibule (…) se fut close,
enfin, la dernière.
(Guy de Maupassant)
La locution prépositionnelle au bout de + N [+Division temporelle], se combine avec une expression
quantitative pour exprimer d’une manière explicite l’idée de du terme temporel du procès :
Voyant au bout d’une demi-heure que Mouche de Mai semblait s’être volatilisé du
magasin, il avait fait part au directeur de ses intentions d’agir.
(A. le Breton)
Il entra, au bout d’un temps qui nous parut interminable, dans le chemin éclairé.
(Colette)
La préposition dans exprime l’idée de limite finale non atteinte, par opposition à la préposition en qui
assigne l’idée de durée :
Dans quelques jours, ce sera Noël, puis, une semaine après, le Saint Sylvestre.
(M. Tournier)
Dans un an, dix-huit mois, ils s’épouseraient.
(É. Zola)
L’adverbe déjà précise la limite finale atteinte :
Déjà, pour faire des marchés, j’ai livré tout ce que contenaient mes poches : mon mouchoir, des
allumettes, (…).
(P. Loti)
La limite virtuelle peut être exprimée par la locution conjonctionnelle aussi loin que (et ses variantes)
suivie d’une proposition au subjonctif : plus loin que, tout aussi loin que, de si loin que, d’aussi loin
que, etc.
D’aussi loin qu’il me vit.
(DLF)
De plus loin qu’il m’en souvienne.
(DLF)
Dans une perspective temporelle aspectuelle, l’expression de la limite initiale + la limite finale se fait
de la même manière que l’expression de l’espace : d’un côté le point de départ exprimé par la
préposition de + Dt du point de départ, de l’autre côté, le point d’arrivée exprimée par les
prépositions à ou en + Dt du point d’arrivée :
Ce sont des gens comme vous et moi, qui font normalement leur métier de 8h 30 à 17h 30.
(M. Didier)
Milan a été pour moi de 1800 à 1821 le lieu où j’ai constamment désiré d’habiller.
(Stendhal)
Mais, d’ici là, je pense que le Seigneur aura fait a serviteur indigne la grâce de le rappeler à lui.
(P. Benoit)
(…) qui n’a pas entendu tes murmures, entre minuit et deux heures du matin, ne
connaît encore rien de la vraie poésie, ni de tes bizarres et larges contrastes.
(H. de Balzac)
Le prolatif temporel est le cas de la visée accompagnante qui implique l’idée d’espace et de temps
simultanément, insistant sur la durée temporelle. Les moyens d’expression correspondent aux moyens
du Dt spatial.
75

Les moyens d’expression temporels et spatiaux sont identiques : le long, tout au long, à longueur
de, à travers, en travers de, au fil de, au cours de, au ras de, a ras de, autour de, tout autour de, etc. :
Au cours du voyage qu’elle vient de faire, elle a à peu décidé un banquier dont je ne puis vous dire
le nom (…).
(G. Simenon)
Tout au long de leur parcours les routes paraissent tenir conversation avec les champs.
(C. Julien)
La coïncidence de la limite initiale et la limite finale – le momentané – est assurée par le Dt réalisé par
les unités adverbiales suivantes : soudain, soudainement, tout à coup, tout d’un coup, à l’improviste,
subitement, etc.
Un homme parut tout à coup sur la scène.
(C. Plisnier)
La voix de Patricia se brisa soudain.
(J. Kessel)
Un mouton qui manque sur trente, cela se connaît tout d’un coup.
(G. Nigremont)
Tout à coup signifie « soudainement, à l’improviste », tandis que tout d’un coup signifie « qui se fait
d’une seule fois ».
La durée ou la continuité peut être exprimée à l’aide d’un quantitatif comme dans des adverbes du
type : longtemps, longuement, encore, jamais, à jamais, encore, etc. :
J’ai été longtemps directeur de la Vache-Rousse, à Montmartre (…).
(G. Simenon)
Le train ralentit, siffle longuement, repart.
(F. Mauriac)
Pour l’adverbe toujours, c’est le contexte qui décide la continuité - dans les phrases affirmatives ou
négatives - et la discontinuité dans les phrases négatives où le verbe fini est placé après la négation
pas :
Parce que j’ai toujours gardé jalousement la part qui me revient dans l’héritage de mon père.
(G. Simenon)
Le magasin n’était par toujours ouvert le dimanche matin.
L’adverbe encore exprime soit la continuité soit la discontinuité :
(…) il ne lui avait fait encore aucune allusion depuis le début des répétitions ?
(M. Druon)
Dans l’été, au contraire, quand nous rentrions, le soleil ne se couchait pas encore.
(M. Proust)
La discontinuité alternative est exprimée par la séquence discontinue tantôt…tantôt :
Tous filaient le long de la pente, tantôt debout, tantôt pliés, tantôt accroupis.
(L. Pergaud)
L’itération de deux procès conjoints est actualisée par les locutions conjonctionnelles : chaque fois que
et toutes les fois que :
Chaque fois qu’on voulait la faire lever, elle criait comme si on l’eût tuée.
(Guy de Maupassant)
Conclusion
En guise de conclusion, les remarques d’Emile Benveniste nous semblent contenir le « noyau » de ce
que la phrase Noyau et ses constituants accomplissent :
76

« Un état de langue est avant tout le résultat d’un certain équilibre entre les parties d’une
structure, équilibre qui n’aboutit cependant jamais à une symétrie complète, probablement parce que la
dissymétrie est inscrite dans le principe même de la langue du fait de l’asymétrie des organes phonateurs. La
solidarité de tous les éléments fait que chaque atteinte portée sur un point met en question l’ensemble des
relations et produit tôt ou tard un nouvel arrangement. » (É. Benveniste, 1966: 9).
Les éléments qui déterminent le verbe transmettent des informations qui se rattachent à celles
assignées par le verbe lui même. Nous pouvons remarquer que la délimitation entre l’axe
chronologique sur laquelle sont enchâssées la localisation temporelle et la détermination aspectuelle –
limites et respectivement déroulement du procès – est parfois difficile à faire.
Les limites du procès impliquent non seulement les différents points chronologiques mais également
une orientation vers le passé ou le futur que la durée temporelle implique.
CHAPITRE II
LA PHRASE MOLECULAIRE

Si la Phrase Noyau est définie comme une phrase simple, centrée autour d’un seul élément verbal,
comme une unité syntaxique supérieure aux groupes de mots, la Phrase moléculaire est une unité
syntaxique complexe, logiquement simple (les deux phrases sont reliées entre elles par une relation
constante) (Cristea, 1979: 315). Les phrases constitutives de la phrase moléculaire sont les phrases
atomiques (B. Russell, 1969 : 41).
Le statut de chaque phrase est donné par les constituants de la phrase qui représentent le MODE
D’EXPRESSION :
 Phrases ayant le statut d’assertions (déclarations) —> phrase de type assertif/déclaratif ;
 Phrases ayant le statut d’interrogations —> phrase de type interrogatif ;
 Phrases ayant le statut d’injonctions —> phrase de type impératif.
Pour fonctionner en tant que phrase, toute séquence d’éléments linguistiques doit être associée à l’un
des modes d’expression ci-dessus, et à un seul de ces modes à la fois. Pae conséquent, ces types de
phrases ne se combinent jamais entre eux – ce sont des TYPES OBLIGATOIRES DE PHRASE.
Au contraire, LES TYPES FACULTATIFS DE PHRASE se combinent entre eux avec les types
obligatoires :
[Assertion] + [Négation] : Il n’avait plus froid.
[Assertion] + [Passif] : Il en a été averti par ses amis.
[Assertion] + [Impersonnel] : Il arrive des malheurs.
[Assertion] + [Emphase] : C’est lui qui ment.
[Assertion] + [Négation] + [Passif] : Il n’a pas été invité par les Martin.
[Assertion] + [Négation] + [Impersonnel] : Il n’y a personne d’inconnu dans la salle.
Assertion] + [Négation] + [Emphase] : Ce n’est pas lui le coupable.
Assertion] + [Négation] + [Passif] + [Emphase] : Il n’a pas été accepté par la commission.
Compte tenu de la totalité de types obligatoires et facultatifs et leurs aptitudes combinatoires, on a les
phrases suivantes :
1. Phrase assertive
2. Phrase interrogative
3. Phrase impérative
4. Phrase exclamative
5. Phrase négative
6. Phrase emphatisée
7. Phrase passive
8. Phrase impersonnelle
77

Types de relations
Les relations qui s’établissent entre deux phrases atomiques peuvent être :
A. Relations d’association
B. Relations de comparaison ou de proportion
C. Relations logiques de cause –effet, de condition, concession, opposition, exception.
En structure sous-jacente, la phrase moléculaire peut être représentée par l’arbre suivant :

Ph Moléculaire

P1 Connecteur P2
Nous sommes partis parce qu’ il faisait froid

A. LA PHRASE MOLECULAIRE D’ASSOCIATION


La relation d’association implique un procès réalisé conjointement par deux agents (coïncidence
temporelle et contigüité spatiale).
Les agents peuvent être [+Animé] ou [-Animé].
Les structures associatives sont :
1. comitative (les deux agents sont [+Animé])
2. instrumentale (au moins 1 agent est [-Animé])
La relation non-associative revêt deux formes :
a) DE + (avec)
Il ne faut pas séparer la théorie de la pratique.
b) SANS
Il est venu sans son épouse.
1. Dans les STRUCTURES COMITATIVES, les deux agents sont [+Animé] et effectuent le même
procès en même temps.
Structure comitative ≠ structure de coordination
Les structures comitatives ne se laissent pas interpréter en termes de coordination.
La conjonction ET est signe de la simple addition logique tandis que le « coordonnant » AVEC ajoute une
information de simultanéité obligatoire.
La relation d’association exprimée par le comitatif s’établit entre un terme A et un terme B ; elle est de
deux sortes :
a) Symétrique (A et B sont de puissance égale – le même trait inhérent) :
Pierre est avec Jean Jean est avec Pierre
b) Non-symétrique (irréversible) (traits différents) + vbs [+réciproque] et introducteurs AVEC, À :
Il le rencontrait toujours avec le même manteau.
Il se marie avec l’une d’elles.
On conjugue la compétence professionnelle à celle personnelle.
Adverbes d’association : conjointement, ensemble, de concert.
Locutions adverbiales : de concert, de conserve.

2. STRUCTURES INSTRUMENTALES
L’instrumental est un constituant d’une phrase complexe qui met en œuvre un verbe d’action
inferieur et un verbe intentionnel supérieur, un agent [+Humain] qui s’associe un instrument sans
effectuer une action.
L’instrumental est réalisé par des syntagmes prépositionnels 9le nominal doit avoir les traits [+Objet
(+Matériel)].
Il paya avec des pièces de monnaie.

 À
à + aiguiser, affiler, allumer, couper, dessiner, écrire, repasser, trancher ,
etc. (verbes qui désignent des
actions qui ne peuvent s’effectuer sans la connexion indirecte d’un instrument).
78

Instrument
Virtuel (manière) actuel
à + article défini avec + article défini
avec + article indéfini
ON DIT :
-écrire au crayon / écrire avec un crayon
-débiter un chêne à la scie / débiter un chêne avec une scie
-repasser à la vapeur / repasser avec une patte mouille

o L’instrumental introduit par la préposition à est plutôt un caractérisant du verbe : graver au


burin, combattre à la baïonnette, faire sauter à la dynamite, marcher à l’électricité, travailler à la lime,
etc.
o Valeur figurée :
-tailler à la serpe, un brouillard à couper au couteau.
Dt instrumentaux à sens locatif spatial :
-allumer au briquet, cuire au four, monter à cheval/à moto/à vélo.
o à + locutions prépositionnelles d’instrument : à l’aide de, au moyen de, à coups de.
o à force de – exprime l’itération.
o à la faveur de – exprime la nature répressible de l’intention + Dt [- Concret]
o grâce à - exprime le résultat heureux de l’action
 PAR
o par + N [+Objet (+Matériel)] + verbe à la voix passive / active (intermédiaire) :
Il tirait par un bout de corde.
o par + N [-Concret] – exprime le moyen
La lettre arriva par voie officielle.

 DE

De sa main gantée il toucha son épaule.


Il désignait du doigt le criminel.

o de + noms d’instruments de musique + jouer (jouer du violon/de la guitare/du piano)


o avoir besoin de / se nourrir de / se servir de / vivre de.
Les circonstants d’instrument introduits par DE sont pronominalisables par EN ou DONT :
Je me sers de ma voiture. / Je m’EN sers. / La voiture DONT je me sers est rouge.

B. LA PHRASE MOLECULAIRE DE COMPARAISON


La comparaison exprime de manière explicite ou implicite des rapports quantitatifs établis sur la base
d’une qualité commune entre deux objets ou deux procès.
Les éléments de la réalité impliquée dans une comparaison sont :
A = L’objet / procès comparé
B = l’objet / procès auquel on compare
K = la qualité possédée par A
K' = la qualité possédée par B
Les rapports qui s’établissent dans le processus de la comparaison :
1. K = K' (A et B possèdent la qualité au même degré)
Marie est aussi sage que Jeanne.
Il travaille autant que son père.
2. K ≠ K' (inégalité)
a) K > K' (comparatif et superlatif de supériorité)
Elle est plus sage que son amie.
Elle est la plus sage de toutes ses amies.
Il travaille mieux que son père.
Il gagne plus que son frère.

b) K ˂ K' (comparatif et superlatif de supériorité)


Elle est moins sage que son amie.
Elle est le moins sage de toutes ses amies.
79

Il travaille moins bien que son père.


Il gagne moins que son frère.
Les réalisateurs des structures comparatives :

Structure comparative Nombrant Connecteur (articulant)

1.égalité AUSSI, SI, AUTANT, TANT QUE


COMME
2. Inégalité (supériorité) PLUS, MIEUX, AUTREMENT,
PLUTOT QUE
3. Inégalité (infériorité) MOINS
1. Ses vêtements sont tout aussi sombres que son visage.
Ce travail est intéressant autant qu’actuel.
Il ne me plait pas tant que son frère.
Remarques
 Les nombrants AUSSI et SI se retrouvent dans le contexte de certaines locutions verbales :
avoir faim / chaud / froid, etc., être au courant de, etc.
J’ai aussi soif que toi – registre familier
J’ai soif autant que toi – registre littéraire
 Il existe aussi une comparaison de conformité sans nombrant où l’articulant est COMME :
Je travaille comme je te l’ai dit.
 Souvent, le second terme de la structure de conformité est le substitut FAIRE :
Je travaillais dans le jardin comme je le faisais chaque samedi.
 COMME peut rendre l’idée de conformité apparente :
Il était calme, comme conscient de sa force.
 COMME SI ajoute l’idée de supposition ; le mode employé est l’indicatif ou le conditionnel
passé 2-e forme (LES FORMES VERBALES EN –R sont interdites):
Elle pleurait comme si elle avait perdu son meilleur ami.
 AINSI QUE est un autre élément de relation qui introduit une proposition de conformité :
2. Il est plus sage que sa sœur mais moins sympa.

Remarques
 Le français dispose d’un comparatif de supériorité synthétique qui comprend 3 adjectifs de
nom (MEILLEUR, MOINDRE, PIRE) et 2 adjectifs de verbe (MIEUX, PIS) :
La largeur de ses épaules est moindre que celle de son frère.
 PLUTOT indique la préférence :
Il est plutôt inspiré qu’appliqué.
C. RELATIONS LOGIQUES DE CAUSE-EFFET, DE CONDITION, CONCESSION, OPPOSITION,
EXCEPTION

1. LA PHRASE TEMPORELLE
La relation temporelle (Drãghicescu, 2008 : 42-59) s’établit entre deux ou plusieurs procès inscrits sur
l’axe temporel par des formes verbales de passé, futur ou présent. Le type de relation temporelle
instauré entre la subordonnée et la principale peut indiquer un rapport d’antériorité, de postériorité ou de
simultanéité.
Elle dort encore quand il part au travail (simultanéité au plan du présent).
Elle dormait quand il est parti (simultanéité au plan du passé).
Ces rapports sont possibles à exprimer par plusieurs conjonctions et locutions conjonctives qui
demandent l’indicatif : quand, lorsque, comme, pendant que, cependant que, à mesure que, chaque fois que,
toutes les fois que, tant que, un jour que, tandis que, dès que, aussitôt que, sitôt que, à peine…que, depuis que,
etc.
Lorsque je quittais l’école je n’avais que 16 ans.
Remarque
Après la locution temporelle après que on emploie l’indicatif (selon les règles de la grammaire no
rmative) ; cependant, on remarque la tendance à utiliser le subjonctif.
Le subjonctif est demandé par les locutions suivantes : avant que, en attendant que, sans attendre que,
jusqu’à ce que, d’ici à ce que, du plus loin que, d’aussi (de si) loin que, etc.
80

L’infinitif est employé après les locutions prépositionnelles: avant de, en attendant de :
Avant de se remettre au travail, il prit un verre.
Après la préposition après on emploie l’infinitif passé :
Il prit conscience de la situation après avoir lu la presse.
2. LA PHRASE CAUSALE
Les moyens dont dispose le français pour exprimer la relation de causalité sont des locutions qui
demandent l’emploi de l’indicatif ou du subjonctif.
L’indicatif s’emploie après : parce que (du fait que), car, comme, puisque 13, dès lors que, du moment que, étant
donné que, vu que, attendu que, maintenant que, d’autant (plus, moins) que, selon que, suivant que, surtout
que, sous prétexte que, etc.
Parce qu’il aime son métier, il est apprécié par ses collaborateurs.
Je n’ai pas fait du ski cet été, surtout qu’il n’a pas trop neigé.
Le subjonctif est requis par les locutions qui expriment une cause irréelle : non que, ce n’est pas que ; ou
une cause hypothétique : soit que…soit que, que…ou que, pour que.
Soit qu’il soit parti soit qu’il soit malade, il n’est pas venu à notre réunion.
L’infinitif passé peut être employé dans des propositions causales introduites par les prépositions
suivantes : pour, de, à force de, faute de.
Il a été condamné pour avoir menti la cour.
3. LA PHRASE CONDITIONNELLE
« La phrase conditionnelle est constituée d’une proposition conditionnant, la proposition
subordonnée, et d’une conditionnée exprimée par la proposition principale. Logiquement, la relation
établie entre deux propositions peut être de nature très diverse, soit de cause à effet, soit de condition
à fait conditionné ». (Cristea, 1979 : 342)
La conditionnante introduite par SI
Il faut mentionner que toutes les propositions introduites par SI n’expriment pas la condition mais
également l’opposition, la concession, la supposition.
Les valeurs de si conditionnel :
a) la virtualité (éventualité et possibilité)
b) la virtualité annulée (irréel du passé)
Le SI conditionnel qui exprime la possibilité demande en général le verbe au présent (non accompli) ou
au passé composé (présent accompli) et le verbe de la conditionnée au présent, au futur ou à l’impératif :
S’il n’accepte pas votre proposition vous protestez.
Si vous partez faites-moi savoir.
Remarques
 Les types de relations de condition sont: condition pure et simple ; condition suffisante ;
restrictive positive (favorable) ou négative (défavorable).

 L’impératif de la conditionnée peut avoir la forme d’un subjonctif (éventualité) :


S’il arrive tard qu’il ne vienne plus.
 L’imparfait de transposition exigé par le registre du récit.
 SI suivi d’un imparfait ou futur périphrastique exprime une supposition irréelle présente:
Si j’étais à sa place j’agirais de la même façon.
 SI suivi d’un plus-que-parfait de l’indicatif exprime une supposition irréelle passée:
Si j’avais été à sa place j’aurais agi de la même façon.
Variations de formes verbales dans la langue littéraire

Conditionnante (SI) conditionnée


Plus-que parfait Conditionnel passé
Plus-que parfait du subjonctif Plus-que parfait du subjonctif
Plus-que parfait de l’indicatif Plus-que parfait du subjonctif
Plus-que parfait du subjonctif Conditionnel passé
!!!! Les formes verbales en –R (futur et conditionnel présent ou passé 1-e forme) sont incompatibles
avec le SI conditionnel.
Exceptions :
- dans des phrases affectives introduites par du diable si…, je veux être pendu si…
Si ce n’était pas pour toi, du diable si je participerais à ce spectacle.

13
Puisque a des variantes du style administratif : vu que, attendu que, étant donné que.
81

- avec une principale explicative introduite par c’est:


- avec la suite (c’est) à peine si :
C’est à peine si on le verra.
Autres relateurs que SI
- à (la) condition que + subjonctif (condition)
- pour peu que + subjonctif (condition suffisante)
- pourvu que, à moins que + subjonctif (condition restrictive positive / condition restrictive négative)
- à moins de + infinitif
- que + subjonctif (condition en tête de phrase) :
Que je raconte la vérité, il n’aura plus son poste.
- à + infinitif (condition s’il existe de l’identité référentielle des sujets) :
A le croire, il est innocent.
- gérondif + une forme verbale du virtuel :
En venant vers la maison j’apercevrais les manifestants.
- macrostructure à tour inversif :
Lui parlait-on, il faisait semblant de ne pas entendre.
- formants discontinus du type : soit que…soit que, que…ou (que) (concession+condition)
Moyens d’expression de la condition
CONDITION

Virtualité positive Virtualité négative


ǀ ǀ
Si tour inversif} + ind./subj.

Neutre Marquée
ǀ ǀ
Si tour inversif }+ ind. + condition suffisante (pour peu que) } +subj.
+ positive négative (pourvu que, à moins que) +subj.
Que } subj. + alternative (indifférente) (soit que…soit que, que…ou que)+subj.

Dans les propositions subordonnées introduites par SI on emploie l’indicatif ou le conditionnel


passé 2-e forme

conditionnée Conditionnante (SI)


(1) possibilité
Présent, futur Présent
Impératif Passé composé
imparfait de transposition Imparfait de transposition
(2) Supposition irréelle
a) présente
conditionnel présent Imparfait
b) passée
conditionnel passé plus-que-parfait de l’indicatif
plus-que-parfait du subjonctif plus-que-parfait du subjonctif
(conditionnel passé 2-e forme) (conditionnel passé 2-e forme)
imparfait de l’indicatif imparfait de l’indicatif

4. LA PHRASE CONCESSIVE
« La phrase concessive est une macrostructure qui contient une proposition principale qui
indique un fait dont la réalisation aurait pu être empêchée par le fait mentionné dans la
proposition subordonnée, fait qui normalement devrait exclure le fait principal. La concession
se définit comme une cause qui n’a pas agi ou comme l’annulation d’une implication ».
(CRISTEA, 1979 : 347)
Réalisateurs
-syntagmes nominaux
82

- constructions inversives
- diverses articulations du discours
- phrases complexes
Les phrases complexes expriment une concession qui porte sur un élément réel ou sur un élément non
réel (virtuel). L’idée de concession peut être incidente à l’élément verbal ou à un Prédicatif.
(a)Concession incidente à l’élément verbal
La concession qui porte sur un élément réel dispose des relateurs suivants :
Bien que, quoi que, encore que, en dépit que, malgré que 14, avoir beau + Infinitif (locution qui rend l’idée
d’intensité du procès). Ils demandent l’emploi du SUBJONCTIF.
Bien qu’il soit sage, il n’aboutira pas à la fin de son projet.
Il a beau insister ses collègues ne vont pas le rejoindre.
La concession qui porte sur un élément non réel (virtuel) dispose des relateurs suivants :

Même si (+ Indicatif), alors même que, lors même que, quand (bien) même que suivis du CONDITIONNEL :
Quand bien même qu’il viendrait aujourd'hui, il ne la trouverait plus.

Le tour inversif – construit avec le conditionnel – exprime l’idée de concession virtuelle :


Pourvu que cela marche, ne fût-ce que quelques minutes.

(b) Concession incidente à un Prédicatif


L’idée de concession se réalise au moyen de formants discontinus. Quand elle porte sur le procès réel
on se sert de :
-la locution tout…que + INDICATIF :
Tout petit que j’étais, j’avais déjà le sentiment du déjà vu.
Remarque
Tout est invariable avec un nom masculin pluriel et varie avec un nom féminin qui commence par une
consonne :
Tout princes que vous êtes.
Toute femme qu’elle est.

Pour exprimer la concession portant sur le procès non réel on utilise les relateurs :
-tout, quelque, aussi (si), pour + Adj, Adv = que suivis du SUBJONCTIF:

Visiter le Tibet, aussi étrange que cela puisse paraitre, n’est pas une chose impossible.

-Le tour inversif (même en présence d’un SI adverbial de quantité) :

Cette histoire, si bizarre soit-elle, nous fait plonger dans l’incertitude.


- avec une idée d’identité : quelque(s) + N +que, quel que (et var. de genre et de nombre), que + être, qui,
que, quoi que, où que + SUBJONCTIF
Quelle que soit votre intention, je ne changerai pas d’avis.

LA STRUCTURE DES PROCÉDÉS QUI EXPRIMENT LA CONCESSION :

CONCESSION
VERBE PREDICATIF
Réel Non réel Réel Non réel
Bien que, S Alors même que, C Tout que I Quantité S Qualité S
Quoique, U Lors même que, O N Quelque…que, U Quelque…que U
Malgré que, B Quand (bien) N D Si…que, B Quel que B
Encore que, J même que, D I Aussi…que, J Qui que J
En dépit que O Tour inversif I C Pour…que, O Quoi que O
N (que) T A Si+tour inversif, N Où que N
C I T C C

14
Malgré ne s'emploie qu'avec un nom ou un pronom. Malgré que est employé avec le verbe avoir. Malgré
que ne se trouve que dans la locution figée malgré qu'il en ait qui signifie « malgré soi, malgré lui ». Malgré que
est employé avec le verbe avoir.
83

T O I T T
I N F I I
F N F F
E
L
Même si IN
D.

5. LA PHRASE D’OPPOSITION
L’idée d’opposition ressort suivant du choix lexical des termes mis en relation car les relateurs
employés dans ces structures sont des éléments non spécialisé :
Eléments temporels : alors que, tandis que, pendant que, cependant que, quand, lorsque :
Tu es allé au cinéma tandis que tu devais rester à la maison.
Eléments spatiaux : (bien) loin que, au lieu que :
Loin qu'il se préoccupât de nous, il s'intéressait à elle.
Les locutions prepositionnelles au lieu de, loin de suivies d’un Infinitif portent sur l’opposition si les
deux sujets sont identiques:
Au lieu de fuir, il restait cloué sur place.

6. LA PHRASE EXCEPTIVE
L’idée d’exception s’exprime par les relateurs suivants :
-que restrictif
-structures prépositionnelles introduites par excepté, hors, hormis, sauf, etc.
Je travaille tous les jours excepté dimanche.
Les macrostructures exceptives sont réalisées à l’aide des relateurs suivants :
Excepté que, sauf que, sauf si, hors que, hormis que, à part que, si ce n’est que, sinon que, etc. :
Le directeur pourra-t-il vous recevoir ? Je ne sais rien sinon qu’il est fort occupé en ce moment. (DFC)
Remarque
La locution si tant que (« s’il est vrai que ») est suivie d’une proposition au mode subjonctif :
Il est en train de préparer son thèse de diplôme, si tant est qu’il soit capable de le faire.

Conclusion
A la différence de la phrase simple, centrée sur un seul noyau verbal, la phrase complexe est une
structure centrée sur deux ou plusieurs verbes. Elle est formée donc de deux ou plusieurs propositions
reliées par la juxtaposition, par la coordination ou par la subordination.
Selon le statut des propositions constitutives de la phrase complexe, on distingue :
- des propositions régentes, principales ;
- des propositions subordonnées.
Ces dernières sont classées selon la fonction syntaxique remplie auprès du verbe de la principale :
subordonnée sujet, complément du nom (relative, conjonctive), attribut, complément du verbe
(complément du verbe – la proposition complétive ; complément circonstanciel- les propositions
circonstancielles).
Selon le type de relations qui rattachent les propositions réunies en une phrase complexe, on distingue
:
- des phrases complexes formées par subordination (relation de dépendance syntaxique marquée par
une conjonction de subordination, un pronom conjonctif ou mot interrogatif) ;
- des phrase formées par coordination (relation marquée par une conjonction de coordination ou un
adverbe à valeur conjonctive) ;
- des phrases formées par juxtaposition (sans relateurs, par parataxe).

Bibliographie sélective :
Benveniste, E., Problèmes de linguistique générale, Gallimard, 1966.
Chomsky, N., Aspects de la théorie syntaxique, Paris, Seuil, 1971.
Cristea, T. (1979), Grammaire structurale du français contemporain, Bucureşti, Editura Didactică şi
Pedagogică.
Dubois, J. et Dubois-Charlier, F., Eléments de linguistique française: syntaxe, Paris, Larousse, 1970.
Fillmore C., J., The case for case, Universals in Linguistic Theory, E. Bach & R. Harms Ed., New York,
1968.
84

Florea, L.S. et Niculiţă, I., L’analyse syntaxique. Aperçu théorique et recueil d’exercices,  UBB, Facultatea de
Filologie, Cluj, 1980.
Florea, L.S., Syntaxe du français actuel. La phrase simple et ses fonctions discursives, Cluj-Napoca,
Ed.Clusium, 2000.
Grevisse, M., Le bon usage. Grammaire française, 12e édition, Paris-Gembloux, Duculot, 1988, La phrase
complexe.
Gross, M., Méthodes en syntaxe. Régime des constructions complétives, Paris, Hermann, 1975.
Le Bidois, G.et R., Syntaxe du français moderne, tomes 1 et 2, Paris, Ed. Picard, 1968.
Le Goffic, P., Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993.
Maingueneau, D., Syntaxe du français, Paris, Hachette, 1994.
Riegel, M., Pllat, J.-C., Rioul, R. (1994), Grammaire méthodique du français, Paris, Presses Universitaires
de France.
Ruwet, N., Introduction a la grammaire générative, Paris, Editions Plon, 1968.
Tesnière, L., Éléments de syntaxe structurale, Paris, Klincksieck, 1966.
Wagner, R. et Pinchon, J., Grammaire du français classique et moderne, Paris, Hachette, 1991.

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