Vous êtes sur la page 1sur 9

Comprendre les gammes

mineures et tonalités
mineures.
Alain Heim

LES GAMMES MINEURES 1

(TONALITES MINEURES)

Les gammes mineures sont plus complexes que les


gammes majeures car, contrairement à celles-ci, il en
existe plusieurs sortes.

Nous allons aborder la question des gammes mineures


(ou plutot des tonalités mineures) par deux approches
différentes, mettant en évidence la nécessité de
l’existence de différents types de ces gammes,
répondant à différents besoins.

1) Une approche simple: la “gamme mineure


mélodique”.

On obtient très simplement une gamme mineure en


prenant une gamme majeure et en abaissant sa troisième
note – la tierce – d’un demi-ton.

Ainsi l’accord du 1er degré est mineur, et c’est la seule


différence pour l’ensemble de la gamme par rapport au
mode majeur.
Par exemple, la gamme majeure de DO (DO, RE, MI, FA,
SOL, LA, SI) devient la gamme mineure DO, RE, MI
bémol, FA, SOL, LA, SI.

Les gammes ainsi obtenues sont appelées “GAMMES


MINEURES MELODIQUES”.

2) L’approche par la notion de gamme relative: la


“gamme mineure naturelle”.

Depuis la Renaissance, les musiciens ont pris l’habitude


de considérer la gamme majeure comme l’assemblage –
la combinaison – de trois accords parfaits, alors
qu’auparavant dominait la logique de la superposition des
quintes (DO est la quinte de FA, SOL la quinte de DO, RE
la quinte de SOL, etc…).

Dans cette conception, DO MI et SOL forment un accord


parfait (majeur), FA, LA et DO en forment un autre, et
enfin SOL SI et RE en forment un troisième, et l’ensemble
des notes des trois accords forme la gamme de DO
majeur.

Remarquez que les trois accords sont eux-aussi séparés


d’une quinte, conformément à la conception de départ.

De cette manière de voir nait la notion de tonalité, qui est


la même chose que la gamme mais avec le présupposé
de l’organisation des notes autour de ces trois accords.

Il en découle tout naturellement l’idée de tonalités


mineures: puisque l’assemblage de trois accords majeurs
forme une gamme majeure, on obtiendra une gamme
mineure en assemblant trois accords mineurs.

Ainsi la combinaison des trois accords de DO mineur, FA


mineur et SOL mineur me donne la gamme DO, RE, MI
bémol, FA, SOL, LA bémol, SI bémol.

Nous constatons que cette gamme de Do mineur est


différente de la gamme mineure mélodique que nous
avions trouvé ci-dessus par la première approche. Cette
nouvelle gamme est dite “GAMME MINEURE
NATURELLE”, elle correspond “naturellement” à la
notion de tonalité considérée comme assemblage de
trois accords séparés d’une quinte.

Nous remarquons aussi que dans la gamme naturelle, les


notes sont toutes quintes les unes des autres,
conformément à la conception de départ de la notion de
gamme (“conception pythagoricienne”), ce qui n’est pas
le cas de la gamme mineure mélodique, dans laquelle le
MI bémol n’a aucune quinte juste, ni-au-dessus, ni en-
dessous dans la gamme de DO mineur mélodique.

Prenons un autre exemple de gamme mineure naturelle,


celle de LA.

Nous l’obtenons par l’assemblage de l’accord de LA


mineur et de deux autres accords mineurs, situés à une
quinte de LA , la quinte en-dessous, RE, et la quinte au-
dessus, MI. D’emblée nous voyons que ces trois accords
– LA mineur, RE mineur, MI mineur – ne contiennent
aucune altération.

La gamme ainsi obtenue est LA, SI, DO, RE, MI, FA, SOL.

C’est la gamme mineure naturelle de LA (ou gamme de


LA mineur naturelle).

Elle contient les mêmes notes que la gamme de DO


majeur. Les deux gammes sont dites “relatives” l’une à
l’autre.

En terme de gamme, c’est la même chose: LA mineur


naturel et DO majeur contiennent les mêmes notes, elles
se confondent. Mais en terme de tonalité, c’est différent
car les accords qui y sont associés ne sont pas les
mêmes :

– la tonalité de DO majeur est liée aux accords de DO


majeur, FA majeur et SOL majeur

– la tonalité de LA mineur – bien que contenant les


mêmes notes – est liée aux accords de LA mineur, RE
mineur et MI mineur.

Les deux tonailtés ne sont pas égales mais relatives. On


peut y voir un point commun essentiel: leur premier
accord (DO majeur pour la gamme de DO majeur et LA
mineur pour la gamme de LA mineur) contiennent tous
deux la tierce DO – MI.

Dans l’accord de DO, la tierce DO MI est complétée par


SOL qui est une “tierce mineure au-dessus”, alors que
dans l’accord de LA mineur, elle est complétée par LA,
une “tierce mineure en-dessous”. On peut en déduire que
les gammes relatives sont toutes séparées d’une tierce
mineure.

Cela nous permet de trouver toute gamme mineure


naturelle à partir de son relatif majeur, ellle est située
une tierce mineure en-dessous.

Exemple: Dans une pièce avec deux dièses à la clé, je


sais que la tonalité en serait à priori RE majeur (seule
gamme avec deux dièses). Elle pourra en fait aussi être SI
mineur, une tierce mineure sous RE.

L’armature n’indique pas précisément dans laquelle des


deux tonalités relatives se situe la pièce, c’est son
analyse qui le déterminera,(et pour cela il existe un
raccourci, c’est la dernière note, ou le dernier accord).

RESUME / EXERCICE:

Ecrire les gammes de

– LA mineur mélodique:

– DO mineur naturel:

– RE mineur naturel:

– RE mineur mélodique:
LES GAMMES MINEURES 2

(TONALITES MINEURES)

Nous avons vu qu’il existe différents types de gammes


mineures, deux en particulier: les gammes mineures
mélodiques et les gammes mineures naturelles.

L’exercice en fin d’atelier précédent vous aura sans doute


fait remarquer que les deux gammes, prises sur la même
note de départ, ne diffèrent que par deux notes: les
degrés VI et VII (la sixte, sixième note, et la septième).

En effet, LA mineur naturel, c’est LA SI DO RE MI FA SOL

alors que LA mineur mélodique, c’est LA SI DO RE MI FA#


SOL#.

Ces deux notes sont donc altérées de manière inverse


dans les deux gammes, elles sont chacune plus élevée
d’un demi-ton dans la gamme mineure mélodique (dans
laquelle elles sont les mêmes que dans la gamme
majeure homonyme, ici LA majeur: LA SI DO# RE MI FA#
SOL#)

D’une certaine manière, on pourrait dire que la gamme


mineure naturelle est “davantage mineure “ que la
gamme mélodique.

En fait, les combinaisons intermédiaires sont également


possibles:
LA SI DO RE MI FA SOL# s’appelle la gamme mineure
harmonique. Elle est utilisée comme telle pour les
enchainements d’accords, d’où son nom.

LA SI DO RE MI FA# SOL est quelque fois appelé mode


“ancien”.. C’est le fameux mode “dorien” du Moyen-Age,
que l’on a redécouvert au XIXe siècle et qui est très utilisé
dans le jazz, ainsi que dans les musiques actuelles… Il
correspond à la logique parfaite du cycle des quintes,
dont la conséquence mathématique est l’existence des
demi-tons: ceux-ci sont ici répartis de manière
symétrique dans la montée et la descente. (c’est
évidement plus flagrant en RE, mode dorien sans
altération)

Alors, dans cet imbroglio de gammes mineures, qu’en


est-il de la tonalité? Existe-t’il des morceaux en mineur
mélodique, d’autres en mineur harmonique, d’autres
encore en naturel?

Non, car les différentes formes de la gamme mineure


coexistent dans les mêmes morceaux, les mêmes
oeuvres. L’armature de la tonalité mineur est toujours
celle de la gamme naturelle (donc celle du relatif majeur).

RESUME / EXERCICE:

Voici un exemple très parlant: un morceau célébre en


mode mineur, ici retranscrit en LA mineur. C’est le
standard “Autumn Leaves”, en français “Les Feuilles
Mortes”.
La mélodie (portée du haut) utilise la gamme de LA
mineur mélodique, mais remarquez que les deux
altérations qui caractérisent ce mode ne sont pas
permanentes: le FA est naturel dans la 2e mesure, et le
SOL dans la 3e. Les deux notes sont également
naturelles dans la 5e mesure

Les accords (portée du milieu) , celle de LA mineur


harmonique. Même remarque que pour la gamme de la
mélodie ci-dessus.

La basse (portée en clé de fa), celle de LA mineur


naturelle, il n’y a aucune altération.

Concernant l’armature à la clé, c’est le mode naturel qui


l’emporte, les altérations provenant des modes
harmoniques ou mélodiques restent considérées comme
accidentelles, elles n’apparaissent que dans un contexte
particulier, en général en présence de l’accord de
dominante (le SOL n’est dièse que pour affirmer la
tension vers le LA, note tonique). Ces altérations ne
figurent pas à la clé.

Ici il n’y a donc pas d’altérations à la clé, LA mineur est


bien le relatif de DO majeur.

NOTE: l’altération du 7e degré (ici SOL #) correspond à


la note sensible.

—————————————————————————

EXERCICE:

Ecrire les gammes de

– MI mineur mélodique

– MI mineur harmonique

– MI mineur naturelle

Transposer la partition ci-dessus en MI mineur.

(c’est l’une des tonalités couramment utilisée pour ce


morceau).

Vous aimerez peut-être aussi