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Chapitre 3

Viscosité des fluides et lois de


comportement

1- Viscosité des fluides - Expérience fondamentale de Couette


La notion de viscosité est associée à la résistance qu’oppose tout fluide à sa
mise en mouvement. Pour préciser cette propriété de façon plus quantitative on
considère l’expérience de Couette.

Expérience de Couette :
Deux cylindres coaxiaux sont séparés par un mince espace annulaire rempli d’air.
Ils n’ont pas de liaison mécanique entre eux, et le cylindre intérieur est libre autour de
son axe. L’expérience consiste à mettre le cylindre extérieur en rotation, à une vitesse
constante w . Alors, on observe que le cylindre intérieur, initialement fixe, se met à
tourner dans le même sens.

L’interprétation du phénomène est : la mise en mouvement du cylindre intérieur


ne peut se faire que par l’intermédiaire du fluide situé dans l’espace annulaire. Ceci
prouve l’existence, au sein du fluide, des forces tangentielles de frottement interne,
appelées forces de viscosité.
2 - Définition de la viscosité
Les liquides ont la propriété de résister aux efforts tangentiels qui tendent à faire
déplacer les couches du liquide les unes par rapport aux autres. Cette propriété
s’appelle Viscosité.
La viscosité se manifeste par le fait qu’au déplacement des couches de liquide
voisines naissent des forces de frottement interne entre les couches. Par suite du
frottement, la couche plus rapide entraîne la couche du liquide plus lente.

Rappel : Contrainte :
Une force de cisaillement est la composante tangentielle de la force appliquée à
une surface. Cette force de cisaillement divisée par l’aire de la surface est la contrainte
de cisaillement moyenne appliquée à cette surface.

La contrainte de cisaillement en un point est la limite du rapport de la force à l’aire


de la surface correspondante lorsque cette aire tend vers le point.

3 - Expérience de Couette en écoulement plan


Cette expérience concerne un fluide visqueux disposé entre deux plans parallèles
distants de h . Elle consiste à déplacer parallèlement à l’autre, l’une des deux parois
d’un mouvement permanent de translation rectiligne. Soit par exemple la paroi inférieure
fixe et la paroi supérieure mobile à la vitesse uniforme U en lui appliquant une force
tangentielle F .

Cours mécanique des fluides Chapitre 3 Pr. Raihani


Plan mobile

Plan fixe

En l’absence de toute autre force extérieure (gravité, pression), le mouvement du


fluide résulte exclusivement du déplacement du plan mobile.

L’expérience montre, pour certains fluides, que le profil de vitesses qui s’établit
entre les deux plaques est linéaire. Il existe une interaction visqueuse entre la plaque et
le fluide. Le fluide au contact de la plaque supérieure va adhérer à celle-ci et se mouvoir
à la vitesse U , tandis que le fluide au contact de la plaque fixe aura une vitesse nulle.
C’est-à-dire qu’au voisinage de chaque paroi les particules fluides se déplacent à la
même vitesse que la paroi : c’est la propriété d’adhérence à la paroi (condition
d’adhérence ou de non - glissement). Tandis que les couches intermédiaires de fluide
glissent les unes sur les autres avec des vitesses u proportionnelles à leur distance y
à la plaque fixe. La vitesse du fluide varie donc de 0 à U quand y croît de 0 à h .

L’expérience montre que la force de cisaillement F est proportionnelle à l’aire S


de la plaque, à la vitesse U et inversement proportionnelle à la distance h entre les
deux plaques.

SU

h
Le facteur de proportionnalité µ est appelée “Viscosité dynamique” du fluide. C’est
une propriété du fluide.

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F U

S h

F
Le terme indique la force par unité de surface nécessaire pour produire le
S
F
cisaillement. Il est appelé la contrainte de cisaillement τ = . Cette contrainte est
S
appliquée à tout le fluide contenu entre les deux plaques.

U du du
D’après le schéma, on a la relation = . Le terme gradient de vitesse est une
h dy dy
mesure de la vitesse à laquelle les différentes couches se déplacent les unes par
rapport aux autres ; ce rapport représente le cisaillement auquel le liquide est soumis.
On le désigne sous le nom de taux de cisaillement.

du
t la contrainte de cisaillement, est proportionnelle au gradient de vitesse .
dy
du
τ =µ (3-1)
dy

Les fluides obéissant à la relation (3 - 1) sont appelés fluides newtoniens.


La relation (3 - 1) est appelée la loi de comportement d’un fluide newtonien.

Remarque 1 :
La loi de comportement explicite la manière dont se déforme le milieu lorsqu’il est
soumis à une contrainte (c’est-à-dire une force par unité de surface).

Remarque 2 :
La viscosité ne se manifeste évidement que s’il y a mouvement du fluide. En
statique, il n’y a pas de différence entre fluide parfait et fluide visqueux :t = 0.

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4- Mesure de la viscosité
L’appareil de mesure de la viscosité est appelé viscosimètre. Il existe plusieurs
types de viscosimètres ; parmi eux :

Le viscosimètre capillaire : Le viscosimètre capillaire mesure le débit (temps


d’écoulement d’un certain volume de liquide) dans un tube capillaire de rayon R et de
longueur L , sous l’action d’une différence de pression Δp . La viscosité dynamique,
dans le cas d’un écoulement laminaire d’un fluide newtonien, est déterminée par la
formule de Poiseuille :

1 p R 4 Dp
µ=
Q 8 DL
Q : débit volumique et R rayon du tube capillaire.

• Le viscosimètre à chute de bille : il est constitué par une large et longue éprouvette
remplie de liquide à étudier, on laisse tomber une bille de dimension et poids connus.
Au bout d’un temps relativement court, la bille descend avec une vitesse V uniforme.
L’équilibre du poids et de la résistance F ,opposée par le fluide, et la mesure de V
conduisent à la détermination de la viscosité par application de la formule de Stokes :

2 R 2 g (r s - r f )
µ=
9V
rs et rf : les masses volumiques respectivement de la bille et du fluide.

Exemple de viscosimètre à chute de bille :

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Le tube intérieur contient le fluide à étudier (masse volumique ρ f ) ainsi qu’une bille
de dimension et de poids connus (masse volumique ρ s et de rayon R ). Ce tube est
placé dans une cuve cylindrique qui sert à réguler la température. La mesure consiste
à chronométrer le temps mis par la bille pour passer du premier au deuxième repère :
Δt . La viscosité dynamique est alors donnée par :
µ = k. ( ρ s − ρ f ).Δt
avec k une constante caractéristique de la bille et du viscosimètre.

• Le viscosimètre de Couette : il est constitué de deux cylindres coaxiaux. Le fluide


est placé entre les deux cylindres. La détermination de la viscosité se fait de la façon
suivante :

On a le moment du couple de frottement qui est égal à :

C =t S r
V
=µ Sr
e
or V = rw , et S = 2p r h donc :

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2p r 3 h w
C=µ
e

Le couple 𝐶 est proportionnel à la viscosité dynamique 𝜇 et à la vitesse de rotation 𝜔.


On en déduit la viscosité par :

Ce
µ=
2p r 3 hw
5- Dimension de µ
Fe
µ a pour dimension : [µ ] = = ML-1T -1
SV
L’unité correspondante dans le système SI est le Poiseuille Pl, c’est des Kg .m -1s -1 ou
encore Pa.s .
Dans le système C.G.S (centimètres, grammes, seconde), µ est exprimée en Poise Po
1Pl = 10Po
6- Caractéristique de 𝝁
La viscosité dynamique est une caractéristique de chaque fluide, et dépend
généralement de la pression et de la température.

6-1 Influence de la température

La viscosité dépend fortement de la température

6-1-1 Cas des liquides


La viscosité dynamique diminue si la température augmente. Elle suit une
loi de la forme :
B
µ = De T

avec B et D sont des constantes et T la température absolue.

Exemple 1 : la viscosité de l’eau à quelques températures :

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q !C 0 20 60 100
µ (cPo) 1,8 1,0 0,6 0,3

Exemple 2 :
Les huiles ont une viscosité dynamique très supérieure, de l’ordre de 0,1 à 0,4Pa.S .

6-1-2 Cas des gaz


La viscosité dynamique des gaz croît avec la température d’après la loi de
Sutherland :
3
K T 2
µ=
T +C
T : la température en ! K .
Pour l’air en C.G.S, on a : K = 149 .10-7 et C = 120 .

Exemple :

La viscosité dynamique de l’air à 20! C est : µ = 1,8 .10-5 Pa.S .

6-2 Influence de la pression


6-2-1 Cas des liquides
La viscosité dynamique augmente avec la pression suivant une loi
pratiquement exponentielle :

æ p ö
µp çç -1 ÷÷
p
= aè 0 ø
µ p0

µp est la viscosité à la pression p et µ p0 la viscosité à la pression p 0 (par exemple la


pression atmosphérique).

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6-2-2 Cas des gaz
La viscosité dynamique varie peu avec la pression.

7- Viscosité cinématique

On définit la viscosité cinématique d’un fluide par le rapport entre sa viscosité


dynamique µ et sa masse volumique r :

µ
n=
r

La viscosité cinématique traduit l’aptitude d’un fluide agité à revenir au repos. Par
exemple si n est grand : ou bien µ est grand, c’est-à-dire que les forces de frottements
sont importantes, ou bien r est petit c’est-à-dire l’inertie mécanique est faible, ce qui

favorise le retour du fluide à un état de repos.

La viscosité cinématique a pour dimension :

ML-1T -1
[n ] = -3
= L2T -1
ML
L’unité correspondante étant dans le système S.I est m2 s -1

Dans le système C.G.S, n est exprimée en Stokes :

1 St = 1 cm2 s -1

Les variations de n en fonction de la température T et de la pression P , dans le


cas de l’air et de l’eau sont résumées dans le tableau suivant :

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P­ T­
Eau n = cste n¯
Air n¯ n­

• La viscosité cinématique de l’eau à 20! C : n = 1,01.10-6 m2 s -1


• Pour les huiles, la viscosité cinématique n varie de 100 .10-6 à 400.10-6 m2 s -1.

8- Fluides non newtonien


Les fluides qui n’obéissent pas à la loi (3 - 1) sont appelés fluides non
newtoniens.
On donne ici, quelques lois de comportement liant la contrainte de cisaillement au
gradient de vitesse appliqué. Les variations de ces lois sont représentées sur la figure
suivante :

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On distingue :

• Le fluide parfait ou idéal au sens où il ne présente aucune contrainte de cisaillement


quel que soit la vitesse de déformation.

• Le fluide newtonien, pour lequel existe une relation linéaire entre contrainte de
cisaillement et vitesse de déformation (taux de cisaillement).
Exemple : eau, air...

• Les fluides d’Ostwald, dont la loi de comportement est une forme de loi en
puissance :
n
dU
t xy =µ pour n ¹ 1
dy
Exemple : le lait, le ciment liquide...

• Les fluides de Bingham, dont le comportement peut être schématisé par :

ì dU
ïï dy = 0 si t xy £ t 0
í dU
ï t xy = t 0 + µ si t xy > t 0
ïî dy
Pour ces milieux, il existe un seuil de contrainte en dessous duquel aucun mouvement
ne se manifeste.
Exemple : boues, pâte dentifrice...

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Ouvrages consultés :
P. Chassaing : Mécanique des fluides - Eléments d’un premier parcours, 1997.
P.Chassaing : Turbulence en mécanique des fluides, 2000.
Comolet : Mécanique expérimentales des fluides, 1982.
Cognet : Introduction à la mécanique des fluides, E.N.S.E.M - Nancy.
C.Deschênes : Mécanique des fluides I, Université Laval, Québec, Canada.
J.Padet : Fluides en écoulement -méthodes et modèles. 1991.
P.Bigot, R.Mauduit et E.Wenner : Mécanique des fluides en 20 fiches, 2011
M.Rieutord : Une introduction à la dynamique des fluides,1997.
Walter H.Graf : Hydrodynamique. 1991

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