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Revue d'histoire et de philosophie

religieuses

Deux proverbes salomoniens


André Caquot

Résumé
Histoire sommaire de l'exégèse et interprétation nouvelle de Proverbes 10, 4 et 13, 23.

Citer ce document / Cite this document :

Caquot André. Deux proverbes salomoniens . In: Revue d'histoire et de philosophie religieuses, 59e année n°3-4,1979.
Mélanges Edmond Jacob. pp. 577-581;

doi : https://doi.org/10.3406/rhpr.1979.5865

https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1979_num_59_3_5865

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DEUX PROVERBES SALOMONIENS

SOMMAIRE:

Histoire sommaire de l'exégèse et interprétation nouvelle de Proverbes 10, 4


et 13, 23.

I. UNE EXÉGÈSE RABBINIQUE A RÉHABILITER

Le texte hébreu de Proverbes 10, 4, (a) ras 'osèh kap-rzmiyyàh (b)


W3yad hàrûsîm ta\asîr, n'est pas de ceux qui ont exagérément retenu l'at¬
tention des glossateurs. Le sens a paru trop évident pour qu'on s'y attarde.
Le verset doit certainement son équilibre à l'antithèse de la pauvreté et de
la richesse, et la limpidité du second hémistiche - « la main des (gens) actifs
enrichit» - fait immédiatement croire que le premier vise la paresse qui
appauvrit. Les termes significatifs ne se répondent-ils pas d'un hémistiche
à l'autre ? A rdmiyyàh, «négligence», s'oppose hàrûsîm, «diligents», com¬
me en Proverbes 12, 24 et 27 ; l'aleph orthographique n'empêche pas de
reconnaître en rà's l'un des noms du « pauvre », contrebalancé par le verbe
hè'eSîr, «enrichir» ; la «main» (yad) du second hémistiche reprend la
« paume » (kap ) du premier ». Ce bel équilibre inspire de nombreuses ver¬
sions 1 analogues à celle de la Traduction œcuménique de la Bible, louable
pour sa concision : « paume indolente appauvrit, main diligente enrichit ».
On peut douter que cette interprétation respecte le texte massorétique.
Elle suppose une double correction. Le nom kap étant du féminin ne peut
être sujet du participe masculin 'osèh, auquel on substitue, parfois su¬
brepticement le féminin 'osàh. C'est la première difficulté. On pourrait
écarter la nécessité d'émendation en posant avec W. Frankenberg que kap-
ramiyyàh est un composé du type «bahuvrîhi» signifiant «(celui qui a) une
paume indolente», comme siptéy-sàqèr en Proverbes 10, 18 dénote «(l'hom¬
me dont les) lèvres (sont) mensongères », et que l'accord se fait avec ce qui
est signifié par cette image, le paresseux.2 Mais cette solution ne permet pas
d'éviter le second obstacle : il n'est pas sûr que 'âÉâh, « faire », accompagné
d'un adjectif prédicat, prenne le sens de «faire devenir, rendre». Aussi
s'accorde-t-on à remplacer rà'S «pauvre» par ré' s, «pauvreté» : «une
paume indolente crée la pauvreté ».
Une autre série de traductions se montre davantage respectueuse du texte
reçu en traitant rà's non comme un participe, mais comme une forme de
parfait dont le sujet est 'osèh, pris absolument au sens de «celui qui tra-

A.B.
Kane,
du
Salomos
1964,
Centenaire»,
21 Ehrlich,
p.Proverbs
Citons
Die
102
(HAT),
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p.« Paris,
201Me;
Bible
578 REVUE D'HISTOIRE ET DE PHILOSOPHIE RELIGIEUSES

vaille » et en définissant kap rdmiyyâh comme un complément asyndétique


de moyen, ainsi E. Reuss : «qui travaille d'une main paresseuse devient
pauvre, mais la main des diligents enrichit»3. Mais l'existence d'un com¬
plément asyndétique de moyen est regardée comme extrêmement douteuse
parles grammairiens4.
Les deux exégèses envisagées jusqu'ici aboutissent au même sens : la
paresse appauvrit, le travail enrichit, et il ne faut pas trop s'étonner que
Herrmann Wiesmann ait traduit le proverbe de la première façon alors que
son commentaire l'analyse de la seconde5. C'est une leçon banale dans les
proverbes salomoniens (cf. 12, 27) 6. On se demande alors pourquoi les ver¬
sions antiques n'ont pas dans leur ensemble trouvé ici ce qui paraît le sens
obvie à tant de modernes. Si la Vulgate («Egestatem operata est manus
remissa, manus autem fortium divitias parat») a donné l'exemple à la
majorité des exégètes, la Septante et la Peshitta ont entendu en Proverbes
10, 4 une tout autre doctrine, qu'il ne serait pas sans intérêt de rappeler
dans une traduction réellement «œcuménique» de la Bible : «la pauvreté
abaisse l'homme, les mains d'hommes courageux enrichissent » 7 ; interpré¬
tation où r'S (lu ré'S, «pauvreté») est devenu sujet de 'oÉëh (= «fait») et où
kap rdmiyyâh « main flasque » sert à la désignation descriptive d'un homme
non paresseux, mais humilié. Il est très curieux de voir le Targoum se
rapprocher de ces versions et rendre l'hémistiche a par « la pauvreté abaisse
l'homme », en employant le même verbe (makk) que la Peshitta. Ces ver¬
sions plaident en faveur de l'antiquité d'une recension où ré's « pauvreté »,
tenait la place de rà's «pauvre». Mais sans prétendre que la recension
massorétique a l'originalité, reconnaissons qu'elle offre un sens qui ne le
cède pas en intérêt à celui qui est le plus souvent attribué au proverbe par
nos contemporains.
La seule analyse satisfaisante de l'hémistiche a tel que nous le lisons
est donnée dans la Bible rabbiniquè. Rashi le premier a vu que kap_ devait
désigner ici le plateau d'une balance, et que kap rzmiyyàh est une métony¬
mie pour Une «balance trompeuse», en accordant au substantif abstrait
servant de qualificatif une acception aussi bien attestée que celle d'«indo¬
lence » 8. Cette expression est le complément d'object direct de 'osèh, « celui
qui fait », et ras peut être regardé non comme l'adjectif, mais comme le ver-

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Fribourg-Leipzig,
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Francfort,
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P.
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de.
A. CAQUOT, DEUX PROVERBES SALOMONIENS 579

be à la 3ème personne du parfait statif, et l'on traduira 4 a «celui qui faisait


des balances trompeuses est devenu pauvre». L'explication de Rashi est
reprise par Ibn Ezra et par la Mesudat Dawid. Seul Gersonide essaye de
combiner dans ce proverbe les deux sens de ramiyyâh et y trouve l'idée que
la paresse conduit à la tromperie. On n'a pas pris au sérieux l'interpréta¬
tion rabbinique de kap parce que l'acception « plateau d'une balance » n'é¬
tait pas attestée avant la Mishna. C'est une conception bien puriste et peu
efficace de l'hébreu biblique, d'autant moins acceptable en l'occurrence que
kap est attesté avec le sens de «plateau de balance» dans l'idiome sémi¬
tique de Ras Shamra9. Il ne s'agit donc nullement d'un emploi métaphori¬
que tardif du nom de la «paume». Le parallèle kap-yad en Proverbes 10,
4 a n'est pas un balancement purement synonymique mais un trait d'esprit
au service d'un enseignement que les traductions banales laissent perdre.
Le thème des balances n'est pas inconnu des Proverbes bibliques (cf. 11, 1,
16, 11 ; 20, 10. 23) pas plus que d'autres littératures sapientiales 10. L'origi¬
nalité de Proverbes 10, 4, compris comme l'ont fait les grands commenta¬
àteurs,
l'effort
est d'enseigner
honnête. l'inutilité de ce genre de tromperie, l'avantage restant

II UNE MAXIME AMBIGUË

Le verset 23 du chapitre 13 contient un proverbe dont la difficulté n'a


guère échappé. L'hébreu (a) rùb 'okèl nîr râ'Mm (b) wayés nispèh balo'
miSpat a paru à W. Oesterley «excessivement corrompu»11. De multiples
corrections ont été proposées 12, et l'arbitraire critique n'est pas ici tenu en
bride par une tradition interprétative solide. Les versions anciennes laissent
apparaître plus de divergences qu'il n'est d'usage, et une seule d'entre elles
paraît correspondre rigoureusement au texte massorétique. Les Septante
offrent à cet endroit un proverbe tout différent, dont la seconde partie
seule a quelque chose de commun avec l'hébreu : « les justes feront de nom¬
breuses années dans la richesse, les injustes périront brutalement » : on re¬
connaît l'hébreu nispèh, « périssant », et l'adverbe final rend b?lo' miSpat
compris «hors de la norme»13. A cette leçon d'eudémonisme simpliste la
Peshitta - certainement influencée par le grec - substitue une pure tautolo¬
gie : «ceux auxquels aucun moyen de vie n'est apparu pendant de nom¬
breuses années ont perdu la richesse, et (certains) hommes ont totalement
perdu». L'hémistiche a de l'hébreu se reflète dans la version de Théodo-
tion, mais avec deux divergences : « un grand (= rab et non rùb) consomme

Neuchâtel,
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(' okél et non 'okèî) le labour des pauvres». La Vulgate correspond à une
recension plus proche de la Massore : «Multi cibi in novalibus patrum
(râ'sîm reçoit le sens de « chefs de famille ») et aliis congregantur (nispèh est
rattaché à l'araméen S9pâ', «ramasser») absque iudicio». Seul le targoum
peut prétendre au littéralisme : « pour le pauvre un terrain (signifie) beau¬
coup de nourriture, mais tel homme est enlevé sans justice».
L'araméen bzlà' dînà' est plus un calque qu'une traduction fidèle de
l'hébreu balo' mispat. En araméen, bdlà' est une préposition complexe indi¬
quant la privation, « sans justice », alors que l'hébreu falo' doit être analysé
en bd préposition indiquant la cause et lo' fonctionnant ici comme une
négation de mot (lo ' mispat, «injustice»). L'interprétation « targoumique » est
déjà celle des Septante, elle est appuyée par les paraphrases talmudi-
ques du verset 14 , mais les commentaires de Rashi et de Gersonide préfè¬
rent « à cause de l'injustice » à « sans justice ». Les autres attestations du
syntagme bzlo' mispat semblent bien leur donner raison, en particulier
Ezéchiel 22, 29. C'est aussi l'opinion dominant dans l'exégèse moderne, mis
à part W. Frankenberg 15 invoquant Proverbes 16, 8, qui est en réalité équi¬
voque16, et A. Ehrlich qui s'inspire des versions pour paraphraser les
deux derniers mots « ehe die richterliche Entscheidung kommt » 17.
La question de balo' mispat est la moindre difficulté de ce texte. Pour
l'intelligence du proverbe un point me paraît important : qui se trouve qua¬
lifié par le participe nifal nispèh ? On a plus d'une fois supposé qu'il s'agis¬
sait de choses. W. Frankenberg 18, H. Wiesmann 19 et A. Van der Weiden20
en ont fait un prédicat de yés, qui ne serait pas l'adverbe d'existence, mais
un substantif signifiant «bien, possession» (d'après Proverbes 8, 21). Or la
totalité des attestations du nifal nispâh lui donnent pour sujets des noms
d'hommes. Il faut donc admettre que l'hémistiche b parle de personnes qui
périssent et non de biens ou d'aliments qui se perdent. L'objection faite à
Frankenberg vaut aussi contre ceux qui rattachent nispèh à 'okèl ou à nîr
de l'hémistiche a, ainsi Reuss traduisant « tel autre (champ défriché) s'épui¬
se faute de justice», G. Boström21, Β. Gemser22 et H. Ringgren23 qui met¬
tent au neutre le sujet de nispèh. Cette construction de nispèh a donné lieu
à des reconstitutions doctrinales intéressantes, mais viciées au départ :
B. Gemser voit dans la maxime une condamnation de l'injuste répartition
des richesses alors que la nature serait généreuse même envers les pauvres,
tandis que G. Boström (qui rend nispèh à la manière de la Vulgate) croyait
pouvoir lire une mise en opposition de la richesse sainement acquise par
le travail de la terre aux gains iniques de la spéculation.

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justice».
108-109. » est aussi recevable que
A. CAQUOT, DEUX PROVERBES SALOMONIENS 581

Les autres exégètes ont reconnu que nispèh concernait des humains et
ont suivi le targoum, sauf pour bzlo' miSpat. Dans cette ligne, il suffit de
citer la Traduction œcuménique de la Bible , continuatrice des versions
françaises qui l'ont précédée : « Les sillons des pauvres abondent de nourri¬
ture, mais tel périt faute d'équité ». La note accompagnant le verset confes¬
se que « les deux parties du proverbe semblent étrangères l'une à l'autre ».
Leur parallélisme contraint cependant à chercher un point commun. Beau¬
coup croient le trouver grâce à l'identification du pauvre à un «juste », mis
en antithèse avec celui qui manque d'équité (et qui peut être un riche). La
maxime se ramènerait à l'opposition de la justice donnant abondance de
nourriture et de la funeste impiété. Cette solution, faisant appel à la plus
simpliste des théodicées, n'est pas entièrement satisfaisante, car elle impose
au terme rà's ou râS les connotations laudatives que revêtent souvent les
termes 'ànàyw ou 'èbyon. Sans doute la maxime de Proverbes 17, 5 fait-elle
comprendre que le pauvre (ràs ) est digne du plus grand respect, mais celles
de Proverbes 19, 1. 22 et 28, 3. 6 prouvent que l'indigence ainsi dénotée
n'est pas la somme des vertus. Mieux vaut donc renoncer à voir sous-jacent
à Proverbes 13, 23 le fameux motif biblique des «pauvres de YHWH» qui
n'est certainement pas au cœur de la réflexion des sages.
Une suggestion d'un commentaire récent nous mettra peut-être sur la
voie d'une meilleure solution. William McKane24 reprend l'interprétation
de rà'sîm déjà avancée par la Vulgate en traitant le mot non comme une
allographïe de râsîm « pauvres » - rà's n'est sûrement une variante de rùs
qu'en 2 Samuel 12, 1 et 4 - mais comme le pluriel régulier du nom ro's,
«tête» qui peut recevoir l'acception de «chef»25. La traduction de Me
Kane «le labour des grands produit force nourriture, mais c'est emporté
par le manque d'équité » n'est contestable que sur un point, sa manière de
rendre yés : l'adverbe d'existence n'est pas l'équivalent d'une copule, et il
est très peu vraisemblable que nispèh puisse se dire de nîr ou de 'okèl com¬
me l'ont cru Reuss, Boström, Gemser et Ringgren. William Me Kane
donne au proverbe la moralité suivante : l'abondance acquise par les
grands ne dure pas s'ils manquent de justice. Il est plus probable que ce ne
sont pas leurs biens mais leurs personnes mêmes qui sont parfois mena¬
cées du fait de leur propre iniquité. On paraphrasera ainsi le proverbe : « le
labour (métonymie pour les champs) des grands (fournit) une abondante
nourriture » - leur richesse foncière leur assure une vie matérielle opulente
—mais il est (de ces grands personnages) qui périssent à cause de (leur) in¬
justice». La réflexion morale que la maxime cherche à condenser rejoint
un autre thème biblique, celui du «prince insensé» (Proverbes 28, 12) et
toute la série des sentences rappelant que le respect des valeurs morales est
à la base de toute autorité légitime (Proverbes 16, 12 ; 20, 28 ; 25, 5 ; 29, 4)

Collège de France, Paris. André CaQUOT

2524 J.R.
Proverbs
Bartlett,
( The «r's
OT asLibrary),
a Title p.in 231.
the Old Testament», VT, 19, 1969, p. 1-10.

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