Vous êtes sur la page 1sur 20

Clic Musique 

! ClicMag n° 68
Votre disquaire classique, jazz, world Février 2019

ÉDITION CÉSAR FRANCK


Un nouveau grand coffret à prix Brilliant !

Retrouvez les 25 000 références de notre catalogue sur www.clicmusique.com !


Sélection musique contemporaine

M. Byron : Dreamers of Pearl E. Carter : Concerto pour piano A. Davis : Amistad, opéra P. Garland : Waves Breaking on Na Hyo-Shin : All the Noises A. Levering : Still Raining, Still
Joseph Kubera, piano Concertino; Michael Gielen, direction; Thomas Young; Mark S. Doss; Stephen Rocks Ives String Quartet Dreaming
Cincinnati Symphony Orchestra; Ursula West; Florence Quivar;Opera of Chicago Aki Takahashi; Ari Streisfeld JeongGaAkHoe Dinosaur Annex Music Ensemble &
Oppens, piano Orchestra and Chorus; D. Russell Davies Santa Fe New Music; John Kennedy Chamber Orchestra; Scott Wheeler
NW80679 - 1 CD New World NW80347 - 1 CD New World NW80627 - 2 CD New World NW80716 - 1 CD New World NW80674 - 1 CD New World NW80662 - 1 CD New World

L. Ornstein : Les œuvres H. : Harry Partch Collection, vol. 2 D. Rosenboom : Future Travel J. Tenney : Harmonium J. Tenney : 8 Spectrum Pieces Yi, Tanaka : Invisible Curve
pour violoncelle H. Partch, voix; Gate 5 Ensemble David Rosenboom, Buchla Touché 300 Ensemble Scordatura The Barton Workshop The Azure Ensemble
Joshua Gordon, violoncelle The Harry Partch Ensemble Series Electric Music Box, piano, violon, James Fulkerson; Frank Denyer Gerald Steichen
Randall Hodgkinson, piano percussion, textes William Purvis
NW80655 - 1 CD New World NW80622 - 1 CD New World NW80668 - 1 CD New World NW80803 - 1 CD New World NW80692 - 2 CD New World NW80683 - 1 CD New World

D. Fujikura : Sacret Forest D. Lumsdaine : Big Meeting R. Marsh : Pierrot Lunaire A. Payne : The Stones and Lonely Turnage : On All Fours, pour P. Wiegold : Earth and Stars
Adrian Bradbury; Art Respirant; Ken David Lumsdaine, collage bande-son Joe Marsh, narrateur; Linda Hirst, mezzo- Places Sing saxophone, violoncelle et 14 Melinda Maxwell; Notes Inégales; South-
Takaseki; Lucerne Percussion Group; soprano; Hilliard Ensemble; Red Byrd; Jane Manning, soprano; Jane’s Ministrels; instrumentistes bank Sinfonia; Peter Wiegold
Michel Cerutti; Okeanos Juice Trio; Ebor Singers; Paul Gameson Roger Montgomery, direction Nash Ensemble; Oliver Knussen
NMCD172 - 1 CD NMC NMCD171 - 1 CD NMC NMCD127 - 2 CD NMC NMCD130 - 1 CD NMC NMCD024 - 1 CD NMC NMCD158 - 1 CD NMC

J. Cage : Solo for ‘cello’ R. Chédrine : Musique pour piano II G. Ligeti : Etudes pour piano Magnicicathy : The Many Voices of K. Stockhausen : Zodiaque, 12 P. Vasks : Cantabile per archi
Friedrich Gauwerky, violoncelle Rodion Chédrine, piano Volker Banfield, piano Cathy Berberian mélodies sur les signes du zodiaque Latvijas Nacionalais Simfoniskais Orkes-
Cathy Berberian, soprano Fernow; Hussong; Kiedaisch; Riessler; tris; Pauls Megi; Latvijas Filharmonijas
Bruno Canino, piano, clavecin Roller; Mike Svoboda, direction Kamerorkestris; Tovijs Lifsics
WER6693 - 1 CD Wergo WER6691 - 1 CD Wergo WER60134 - 1 CD Wergo WER60054 - 1 CD Wergo WER6659 - 1 CD Wergo WER6220 - 1 CD Wergo

K. Baculewski : Quatuors à cordes R. Fabbriciani : Alluvione L. Francesconi : Ballata, L. Hughes : The Dreamkeeper E-F. Lühl : Œuvres pour alto et piano W. Puschnig : For the love of it
n° 1-4 Roberto Fabbriciani, flûtes opéra en deux actes Eric Mingus; David Amram Cédric Catrisse; Cédric Lebonnois Bernarda Fink; Mark Feldman; Wolfgang
Quatuor Tana Alvise Vidolin, électroniques OS de La Monnaie; K. Ono Groove Bacteria; Larry Simon Sylvain Durantel Puschnig; Mike Richmond; Ensemble
T. Adamopoulos E-F. Lühl, piano schnittpunktvokal; Vienna Flautists
DUX1238 - 1 CD DUX STR37108 - 1 CD Stradivarius STR57012 - 2 CD Stradivarius MODEAVANT17 - 1 CD Mode POL205128 - 1 CD Polymnie WWE30007 - 1 CD Col Legno

Schubert Trouts. Variations J. Tal : Œuvres pour alto J. Ullmann : Müntzers stern; Solo II Nordheim, Thoresen, Hellstenius... Amerikas ! Duos pour vibraphone Zbinden, Semini, Flury... :
contemporaines sur le quintette de Hartmut Rohde, alto Dafne Vincente-Sandoval, basson : Norwegian Short Stories. Violon- et marimba Quatuors suisses pour cor, vol.2
Schubert Christian Seibert, piano celle contemporain. PercuDuo Hornquartett Zürich
Neudauer; Zheng; Ishizaka; Stotijn Aage Kvalbein, violoncelle
AVI8553408 - 1 CD AVI Music AVI8553144 - 1 CD AVI Music RZ1038-39 - 2 CD Edition RZ ACD5040 - 1 CD Aurora POL204114 - 1 CD Polymnie MGB6227 - 1 CD Mus. Suisses

2  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Disque du mois / Musique contemporaine
Kamp; Mainzer Domchor & Domorchester; Karsten
Storck; Netherlands Radio Choir & Philharmonic;
Jean Fournet; Sofia Symphony Orchestra; Vassil
Tout comme Bruckner ou Messiaen, il
est un chrétien dévot et son œuvre est D eux compositeurs, deux pièces
acoustiques, deux électroniques.
Cette compilation d’œuvres inédites
empreinte d’une intense spiritualité,
Kazandjiev
d’une innocence presque sainte, lui qui s’ouvre avec deux partitions de Bertand
BRIL95793 • 23 CD Brilliant Classics Dubedout. Extraites de son cycle Zaz-
mène une vie personnelle très simple.

C ésar Franck (1822-1890) est l’une


des grandes figures de la vie musi-
cale française du XIXe siècle. Né à Liège
Son style musical se caractérise par
un chromatisme riche et intense, de
piak, elles sont inspirées des rythmes
de la Txalaparta, une percussion tra-
longues lignes mélodiques courbes et ditionnelle basque. Zazpiak N, pour
de parents allemands, il ne devient un art bien personnel du contrepoint. piano et ensemble, joue sur les osti-
citoyen français qu’en 1870 après Rendons grâce au bien beau travail de nati, les accélérations, la dispersion, les
avoir été nommé professeur d’orgue au Brilliant Classics, qui nous propose ici regroupements, tout au long de quatre
Conservatoire de Paris. Enfant prodige, mouvements d’une durée de 4 minutes
la collection la plus complète jamais
il étudie le piano et l’orgue en Belgique et 33 secondes. Cet hommage à Cage
éditée d’œuvres de César Franck. Son
puis en France. Lauréat de nombreux ne se limite pas à ce minutage. Dans
César Franck (1822-1890) important corpus pour clavier, avec sa
Premiers Prix de Concours, Il se lance la troisième partie, le rôle du piano
puissante symphonie pour orgue, mais
César Franck Edition ainsi dans une carrière de pianiste vir- est réduit au minimum  : il ne produit
aussi la célèbre sonate pour violon, son
Kristóf Baráti; Daniel Beckmann; Francesco tuose itinérant, mais échoue et c’est aucun son autonome et se contente
Bertoldi; Cristiano Burato; Ruxandra Colan; Mihai en tant qu’organiste et pédagogue qu’il oratorio « Les Béatitudes », côtoient
des partitions moins connues de mu- de redoubler les notes jouées par les
Dancila; Adriano Falcioni; Martijn van den Hoek; s’installe finalement à Paris. Après un
Mattia Ometto; Muza Rubackyte; Mihail Sârbu; sique de chambre (trio et quintette pour cuivres. Zazpiak PH est une extension
passage à l’église Notre-Dame-de-Lo-
Francesca Scaini; Julia Severus; Mariana Sîrbu; piano, quatuor à cordes), ou d’œuvres électronique, percussive et abrasive,
rette, puis à Saint-Jean-Saint-François
François-Joël Thiollier; Roberto Trainini; Joris sacrées rarement enregistrées (Oratorio d’une pièce pour marimba du compo-
du Marais, il prend les fonctions d’or-
Verdin; Klára Würtz; Vilnius String Quartet; Arnhem
« la Rédemption », Messes). Solistes siteur. Le programme se poursuit avec
Philharmonic Orchestra; Roberto; Benzi; Chorus
ganiste de la nouvelle église Sainte-
ou ensembles, tous sont remarquables, deux compositions de Philippe Leroux
and Orchestra of the Opéra Royal de Wallonie; Clotilde où il inaugure en 1859 l’un
et élèvent d’un cran leur niveau de jeu qui rend hommage à son frère décédé
Paolo Arrivabeni; Gächinger Kantorei Stuttgart des plus beaux instruments du facteur
pour rendre l’hommage qu’il mérite à ce dans Ami...Chemin...Oser...Vie. Cette
& Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR; d’orgue Aristide Cavaillé-Coll. Il en res-
Helmuth Rilling; Kodály Kórus Debrecen; Salamon tera le titulaire jusqu’à la fin de sa vie. compositeur essentiel. œuvre contrastée et émouvante alterne
sérénité et éruptions de violence qui
incarnent la rébellion contre la mort.
Le disque se clôt par une œuvre acous-
matique. Elle laisse les sons vagabon-
der, se métamorphoser, coopérer ou
s’opposer. Ces partitions interprétées
avec conviction par le Nouvel Ensemble
Moderne, démontre avec force toute la
diversité de la musique contemporaine.
(Olivier Mary)

John Cage (1912-1992) Eunho Chang (1983-) Bertrand Dubedout (1958-)


Cage Edition vol, 53. Solo pour piano, Quatuor à cordes n° 2; White Shadow; Zazpiak N, pour piano et 14 instrumen-
extrait du Concerto pour piano et orchestre; Gohok; Panorama tistes; Zazpiak PH, œuvre acousmatique
2 Pièces pour piano; 2 Pièces pour piano Quatuor Arditti; Ensemble TaCTuS; Ensemble / P. Leroux : Ami… Chemin… Oser…
Thomas Schultz, piano Contrechamps; Ensemble Divertimento Vie, pour 15 instrumentistes; Le vide
MODE304 • 1 CD Mode 0015035KAI • 1 CD Kairos et le vague… Tournoiements, œuvre

J
acousmatique

D ans le dixième volume de la musique ouant de sa culture asiatique, le


Coréen du Sud Eunho Chang intègre Francis Perron, piano seul; Nouvel Ensemble
pour piano de Cage chez Mode Re-
ses différences formelles, idéologiques Moderne; Lorraine Vaillancourt, direction
cords, Thomas Schulz interprète Solo
for piano, extrait du Concert pour le et émotionnelles dans des composi- EOR016 • 1 CD éOle Records Damian Marhulets (1980-)
même instrument. Composée entre tions à l’écriture originale, destinées à
1957 et 1958, cette œuvre n’est pas uni- des ensembles renommés autant que
virtuoses. Dans le Quatuor à Cordes et controversé Giacinto Scelsi. Connu
taire. Elle renferme plusieurs soli pour
n° 2, le compositeur s’inspire de San- Sélection ClicMag ! pour ses positions insolites (pas de
violons, altos, violoncelle ou divers ins- photo, une signature géométrique, la
truments à vent qui peuvent être exé- Su-Hwa, un tableau coréen tradition-
transcription de ses œuvres réalisées
cutées simultanément ou séparément nel représentant principalement des
par des assistants à partir de bandes
montagnes, peintes d’un trait dense
avec n’importe quel nombre d’inter- magnétiques, un ésotérisme assumé), il
d’encre noire, qu’il traduit au moyen
prètes. Le long solo pour piano enregis- laisse à sa mort des centaines d’heures
d’une palette sonore enrichie, illumi-
tré ici propose d’entrer dans l’ADN de d’enregistrement à l’ondioline, finale-
nant ainsi l’infinie variation de nuances
l’instrument. Les sons, inaudibles ou ment rendues accessibles au public par
du noir monochromatique. White Sha-
agressifs, « propres » ou bruitistes, se la Fondazione Isabella Scelsi. Le contre-
dow, pour ensemble de percussions,
heurtent au silence dans une ambiance bassiste autrichien en écoute attentive-
pousse un pas plus loin les combinai- ment près de six cents heures digitali-
hypnotique. Noyée dans ce catalogue
sons colorées des timbres. Gohok et
sonore abstrait, qui recourt parfois à un Uli Fussenegger (1966-) sées, met à mal la légende qui réduisait
Panorama déclinent les conceptions de le travail de Scelsi à de l’improvisation
jeu direct sur les cordes du piano, sur- la beauté revendiquées par Chang  : la San Teodoro 8, pour 4 instruments et
gissent des embryons de mélodies, très bandes et monte une pièce pour bande à partir
tendresse contraste avec la dureté dans d’environ soixante-dix fichiers origi-
vite étouffées. On peut même entendre Ernesto Molinari, clarinette contrebasse; Mike
le premier - statiques de la méditation naux, qu’il enrichit d’instruments live,
émerger une gamme besogneuse dans Svoboda, trombone; Martin Siewert, guitare
versus la dynamique de l’attaque du électrique et effets; Uli Fussenegger, composition, choisis pour leur capacité à reproduire
la troisième partie de ce désordre insai- timbre, statiques de la flûte versus le contrebasse, playback le spectre sonore de la bande. San Teo-
sissable. Thomas Schulz s’applique à en reste de l’ensemble - et la virtuosité ins-
0015024KAI • 1 CD Kairos doro 8 s’attache à préserver l’aura des
faire ressortir chaque nuance avec une trumentale contraste avec l’arrière-plan sons de l’ondioline (le maître italien
grande subtilité. Deux recueils de deux
courtes pièces des années 30 et 40,
plus accessibles, complètent le disque.
sonore statique dans le second, aux
textures denses et légères s’affrontant U li Fussenegger, premier contrebas-
siste du Klangforum Wien, produc-
teur, enseignant, monteur son et direc-
considérait le son comme prééminent
par rapport à la musique) et calque la
dans une tension interne qui ne se re- transition de la bande aux instruments
Mais son œuvre centrale, composée dix lâche pas. Ce disque fascinant témoigne teur artistique, écrit cette ambitieuse sur la fluidité du passage d’une note à
ans après les Sonates et interludes, ne d’une sensibilité particulière aux in- pièce pour clarinette contrebasse, l’autre dans les œuvres de Scelsi, qu’il
devrait convaincre que les plus familiers fimes détails du timbre et, plus géné- trombone, guitare électrique, bande et remet ainsi à l’honneur, trente ans
des expériences radicales du composi- ralement, aux sons les plus délicats. contrebasse, sur base de et en hom- après sa mort et de façon passionnante.
teur américain. (Olivier Mary) (Bernard Vincken) mage au travail du mystérieux, original (Bernard Vincken)

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  3


Musique contemporaine
Two Torches and a Key; While You Were Sinfonieorchester; Peter Rundel, direction; Léo que nous apprécions particulièrement : limites et culbute us et lois. Dans ses
Asleep; A Dreamers Tale; Becoming Color; Warinsky, direction le volume 10 est consacré à la musique compositions antérieures, Stockhausen
Chrysalis; Evening Dew; First Steps; Little 0015022KAI • 1 CD Kairos finlandaise pour violon seul. Et parmi expurgeait au maximum sa musique de
Things; Nyx; Parhelia; Particles; Premoni-

C ’est pour son ami pianiste Maurizio celle-ci, la sonate de Kalevi Aho. Pièce toute harmonie, de la moindre mélodie,
tion; Turning North; Lunar Playground
Pollini que Luigi Nono, représen- majeure de l’album, il est intéressant d’un quelconque rythme qui aurait pu
Marina Baranova, voix, piano; Jila Ofek, harpe;
Marcin Sieniawski, violoncelle; Moritz Bintig, gui- tant majeur de l’Ecole de Darmstadt au de voir comment un contemporain évoquer une familiarité. Après avoir
tare électrique; Damian Marhulets, piano, rhodes même titre que Pierre Boulez ou Karl- conserve un regard vers l’incontour- combiné musiques folk (existantes) et
0301145NM • 1 CD Neue Meister heinz Stockhausen - la dimension poli- nable Bach en matière de violon solo. sons électroniques - Telemusik (1966)
tique en plus -, écrit, dans la décennie Le mouvement I reprend la base de la ou Hymnen (1967) -, il franchit un pas

C e jeune Biélorusse de 38 ans s’est


installé en Allemagne au passage
du siècle, délaissant progressivement
’70, ces deux pièces « pour » piano (or-
chestre et bande magnétique nuancent
chaconne, le troisième démarre sur le
B.A.C.H. qui clôt l’ultime più mosso.
en intégrant des événements imprévi-
sibles issus des radios que manipulent
le propos), émotionnellement marquées Mais au-delà de l’hommage, la richesse les instrumentistes. Il s’agit d’appareils
le hautbois pour la composition et la évocatrice de Aho est permanente par à ondes courtes, contrairement aux
musique électronique. Auteur d’installa- par le chagrin et le désespoir (la mort
accidentelle du révolutionnaire Luciano des effets puissants – par exemple récepteurs AM ou FM que John Cage
tions visuelles et sonores, de musiques l’espèce d’aspiration vers les ultimes utilise dès Credo In Us (1942), à l’image
pour le cinéma, le théâtre et la danse, Cruz, socialiste chilien contemporain
de Salvador Allende, en 1971 ; celle aigus de l’instrument ou la double acoustique spécifique, mêlée de bruits,
Damian Marhulets livre, avec Lilith’s Lul- distorsions, interférences et orientées
frappant sa famille et celle du pianiste corde pizzicato sonnant comme un
labies, quatorze miniatures cristallines, vers le monde lointain. Il ne s’agit pas
en 1975). Chaque fois, Pollini fournit le glas. Moins intéressant et plus scolaire,
écrites au carrefour d’expériences de simplement de remplir les espaces
matériel de base pour les bandes ma- la Variétude de son maître en musique
vie : le décès de son père et la naissance vides de la portée, mais d’imiter un
gnétiques, ajoutant ainsi à la confusion Rautavaara, et plus difficile la sonate de
de sa fille, troisième existence féminine événement sonore radiophonique, puis
du public qui peine à distinguer ce qui Nordgren, compositeurs dont il vaudra
d’importance dans son environnement, de le transformer conformément à la
est joué de ce qui est enregistré. Sous la mieux connaître l’œuvre orchestrale.
après mère et compagne - Marina Bara- partition : la recherche de l’élément adé-
houlette de Paulo De Assis (1969-), Un- L’hommage funèbre de Aho à ce dernier
nova (piano et chant). S’il est recom- quat fait partie de l’écriture. Cette ver-
folding Waves… Con Luigi Nono, ima- reprend à son compte les impressions
mandé à l’auditeur d’explorer au-delà sion du C.L.S.I. de Gérard Pape béné-
giné au départ comme une transcription de la sonate. Si le disque reste en marge
de la simplicité évidente des mélodies ficie de l’informatique et d’un chef, plus
de.....Sofferte Onde Serene… pour de leurs productions symphoniques où
et des arrangements afin de débusquer proche de la structure écrite de l’œuvre.
deux orchestres, se présente finalement les finlandais sont des maîtres incon-
les juxtapositions d’éléments sonores
comme une œuvre autonome, où la par- testés, il est néanmoins utile de les (Bernard Vincken)
issus de cultures et d’époques diffé-
tition pour piano est extrapolée pour un écouter en solo pour les approfondir.
rentes (les synthétiseurs des années ’80
orchestre complet sur scène, cependant (Nicolas Mesnier-Nature)
côtoyant les arrangements de cordes),
c’est pourtant l’écoute candide d’une que les sons enregistrés sont pris en
musique angélique, qui rappelle parfois charge par les instrumentistes acous-
les Islandaises tricoteuses d’Amiina - la tiques répartis en trois groupes autour
grâce boréale en moins -, qui s’impose. du public, dans un dispositif spatial qui
(Bernard Vincken) évoque Gruppen de Karlheinz Stockhau-
sen. Fondamental. (Bernard Vincken)

Jörg Widmann (1973-)


« Popyphone Schatten », Lichtstudie II
Karlheinz Stockhausen (1928-2007) pour alto, clarinette et orchestre; « Drittes
Labyrinth » pour soprano et orchestre
« Kurzwellen », pour 6 instrumentistes et
récepteur d’ondes courtes [Version pour 4 Sarah Wegener, soprano; Christophe Desjardins,
instruments, 4 récepteurs d’ondes courtes, alto; Jörg Widmann, clarinette; WDR Sinfonieor-
6 ordinateurs et 1 chef d’orchestre] chester; Heinz Holliger, direction; Emilio Pomarico
CLSI Ensemble; Paul Mefano, direction WER7369 • 1 CD Wergo
Luigi Nono (1924-1990)
« Como una ola de fuerza y luz », pour
Kalevi Aho MODE302 • 1 CD Mode
P uisqu’il considère le son comme une

K
soprano, piano, orchestre et bandes Violin Solo, vol. 10. E. Rautavaara : urzwellen (1968) est la première «  chose vivante  », Jörg Widmann,
[Invocation and lamentation of Luciano; Variétude / K. Aho : Solo I; Sonate pour d’une série de six œuvres, écrites clarinettiste, compositeur et chef muni-
Luciano’s presence in his absence; The violon seul; « In Memoriam Pehr Henrik entre fin ’60 et début ’70, où Stoc- chois, s’attache à imaginer le processus
Long March; Collective explosion in the Nordgren », pour violon seul / P. Henrik organique, énergétique, qui sous-tend
khausen fixe l’usage de la radio
certainty of Luciano’s absence];.....sofferte Nordgren : Sonate pour violon, op. 104 chaque son puis à l’exposer, l’amener
comme instrument musical à part
onde serene...; « unfolding waves... con Renate Eggebrecht, violon à la surface de l’audible, du visible. Et
luigi nono », pour orchestre et 3 groupes
entière. Cette décennie qui s’achève
TRO1452 • 1 CD Troubadisc voit le compositeur au plus fort de sa justement, dans Polyphone Schatten,
instrumentaux

R enate Eggebrecht a consacré une créativité  : il saute d’un continent à deuxième pièce du cycle Lichtstudie,
Claudia Barainsky, soprano; Jan Michiels, piano;
Paulo de Assis, sound projection; André Richard, grande partie de sa discographie à l’autre, se pétrit de cultures multiples, où Widmann explore, avec une grande
sound projection; SWR Experimentalstudio; WDR enregistrer brillamment des raretés, ce repousse les frontières, en rudoie les richesse créative, «  la lumière, la cou-
leur, la perspective, la proportion, ainsi
que leurs contreparties sonores  », cet
Lorna Windsor, soprano; Saman Samimi, talent certain. Le kamanche, soutenu appairage, qu’il affectionne, de deux
Sélection ClicMag ! kamanche; Divertimento Ensemble; Sandro Gorli,
direction
par l’ensemble, est parfois lyrique, couleurs instrumentales poussent
parfois grinçant. La pièce se conclut l’alto, excité par les notes suraiguës du
STR37107 • 1 CD Stradivarius dans une virtuosité exacerbée. Angha, flageolet, vers de nouveaux domaines,

M ehdi Khayami est né en 1980 en pour violon, alterne phrases chaotiques titillant la « vitesse de la lumière ». Lui
Iran. Ce premier disque à lui être éthérées par des sourdines et passages aussi écrit pour groupes orchestraux -
consacré présente cinq œuvres dans où le lyrisme de l’instrument est mis l’orchestration est un élément essentiel
lesquelles le compositeur installé en en valeur. La pièce s’achève par des dans l’écriture du compositeur -, mais
Italie s’inspire en filigrane de son pays notes singeant un instrument à vent à cette fois avec une soprano soliste plu-
natal. Mais sans folklore facile ni cita- bout de souffle. Dans Ghobarte Nashad, tôt qu’un alto et une clarinette, Drittes
tions littérales. Le musicien se sert avec le persan, chanté et récité, dialogue et Labyrinth, troisième pièce du cycle La-
parcimonie de son héritage culturel s’entremêle avec une clarinette. Sellat byrinth, est un voyage, dans le monde
Mehdi Khayami (1980-) pour nourrir par petites touches des commence comme une toccata éche- intérieur des sons et dans la vie inté-
Kamanche Concerto, pour Kamânche et partitions résolument ancrées dans velée, puis évoque à la fois les Makro- rieure du protagoniste de la soprano -
ensemble; Angha, pour violon; Primo Piano la musique savante occidentale. Dans kosmos de Crumb et le santoor iranien elle bouge, sur scène et dans la salle de
Trio, pour violon, violoncelle et piano; le concerto pour kamanche (une vièle en mettant en avant les cordes centrales concert - où Widmann traite des expé-
Sellat, pour piano; Canto delle Menti, pour à quatre cordes), il se frotte au genre préparées du piano. Une monographie riences de perte et de recherche d’orien-
violoncelle et piano; Ghorbate Nashad, concertant en respectant sa tradition. jouissive d’un compositeur à suivre. tation dans les espaces musicaux.
pour soprano, clarinette et piano Mais avec un discours propre et un (Olivier Mary) (Bernard Vincken)

4  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Alphabétique
roque  » et classicisme est très abon- la mise en valeur du détail. En ce sens,
Sélection ClicMag ! dante, et, d’un très bon niveau. L’art elle se distingue nettement de la version
de rendre ce caractère « transitionnel » récente fort remarquée de J-G Quey-
repose ici, d’une part, sur la recherche ras (2 des 3 concertos) qui joue déli-
d’une sonorité pleine, ronde, fruitée et bérément et jusqu’au bout la carte de
profonde qui rappelle les orchestres l’Empfindsamkeit. Coin privilégierait la
vivaldiens. D’autre part — pour ce face apollinienne de cette musique tan-
qui est du rapport entre soliste et en- dis que Queyras incarnerait son aspect
semble, de la façon dont est conçue
dionysiaque, individualisant davantage,
Christian Wolff (1934-) l’architecture des grandes lignes, et
jouant de façon plus audacieuse, fan-
« John, David », pour orchestre; « Rhap- du traitement du détail — si cette lec-
tastique sur les contrastes, quitte à être
sody », pour orchestre ture sait être dynamique et d’une belle
plus acide, et multipliant ce qu’on pour-
Robyn Schulkowsky, percussion; Orchestre de C. Philipp Emanuel Bach (1714-1788) acuité, elle se signale par sa grande
méticulosité, sa régularité et elle reste rait appeler, avec G. Deleuze, les plans
la radio de Baden-Baden et Fribourg; Lothar Concertos pour violoncelle, Wq 170-172
Zagrosek, direction; Ostravska banda; Petr Kotik, somme toute assez sage  : c’est par là de «  consistance  ». Une comparaison
Orchesta Barroca Sevilla; Christophe Coin, entre les 2 versions du 3ème mouve-
direction; Peter Rundel, direction; Roland Kluttig,
violoncelle, direction que ce qui annonce déjà le classicisme
direction d’un Haydn est rendu. La complicité ment du concerto en la mineur est à cet
PAS1043 • 2 CD/DVD Passacaille égard très parlante. Il faut avoir je pense
NW80796 • 1 CD New World Records entre soliste et orchestre, est davantage

J ohn, David, une des deux premières


œuvres pour orchestre enregis- L a discographie des concertos pour
violoncelle de C.P.E. Bach, œuvres
de transition entre la période dite « ba-
affaire de mimétisme, de collaboration
dans la recherche d’un lyrisme habité,
que dans l’expression des contrastes et
ces deux versions, et suivant l’humeur
du moment, écouter l’une ou l’autre.
(Bertrand Abraham)
trées du compositeur américain (né
en France en 1934), illustre cette ten-
dance qui a fait évoluer l’orchestre s’enchevêtrent de façon imprévisible, BRIL95791 • 1 CD Brilliant Classics
classique occidental en accordant une entourés de sections plus ordonnées et
plus grande place aux percussions, ac-
cordées ou non : l’instrumentiste joue,
formelles, créant un tout parfois direct
et transparent, parfois sauvagement
C ’est à un récital audacieux que nous
convie la soprano Lorna Windsor.
Déjà parce qu’il s’agit d’interprétations
dans la deuxième partie de l’œuvre, complexe. (Bernard Vincken)
d’un large éventail d’instruments, dont contemporaines pour voix seule. Mais
il détermine lui-même la palette finale. aussi parce les pièces, certaines pour-
La première partie suit une construction tant signées de compositeurs mar-
qui combine et juxtapose des «  chan- quants du 20e s., ne sont pas toutes
sons  », elles-mêmes résultant de l’as- aussi célèbres que des partitions de Johann Sebastian Bach (1685-1750)
semblage d’un certain nombre de sons. Berio ou d’Aperghis. Pourtant, mal-
Œuvres d’orgue de Noël choisies, BWV
Le tout débouche sur une musique à gré certaines imperfections mineures 531, 590, 614, 615, 659, 729 et 769.
la diversité et aux contrastes calcu- (diction pour le texte de Baudelaire, Letizia Romiti, orgue
lés. Rhapsody suit une autre tendance réverbération), l’écoute de ces minia- ELEORG026 • 1 CD Elegia
caractéristique de l’évolution récente de tures d’une durée variant de moins de
l’orchestre : la distribution spatiale des 20 secondes à plus de 10 minutes, ne
ressources instrumentales tradition- Musique pour soprano seule
manque ni d’intérêt ni de charme. En ef-
nelles. Wolff écrit ici pour trois groupes M. Feldman : Only, pour voix de femme /
fet, le programme a été conçu de façon
de dix instrumentistes plus un chef, aux H. Pousseur : Pour Baudelaire, extrait de
« Correspondances » / L. de Pablo : « Sur- à conduire progressivement l’auditeur
relations réorganisées de façon inha- vers une atmosphère élégiaque, à la fois
car vemos » da « Tarde de poetas » / G.
bituelle  : les ensembles jouent tantôt
Kurtág : Einige Sätze aus den Sudelbüchern intimiste et recueillie : mise à part une
selon une coordination précise, tantôt Georg Christoph Lichtenbergs, op. 47 / S. première pièce inspirée sur un texte de
un matériel similaire mais à des tempi Bussotti : Lettura di Braibanti, extrait de Rilke, aux pièces davantage extraver-
différents, tantôt selon un choix libre, « Sette Fogli » / L. Andriessen : « A Song
indépendant des chefs. De cette tech- ties, sur des motifs parfois futiles, de
of the Sea » / M. Kagel : « Der Turm zu
nique résultent des passages où notes Babel » / J. Macmillan : « in angustiis » Pousseur ou Kurtag, succèdent celles, Heinrich Josef Baermann (1784-1847)
et phrases se répètent, se mélangent et Lorna Windsor, soprano plus intériorisées, sur des thèmes reli- Nocturne en fa mineur; Introduction et
gieux ou liés à la douleur, voire à la mort, Polonaise, op. 25; Air Varié, op. 12 n°
signées Andriessen, Kagel, Macmillan. 2 / C. Baermann : Verlorenes Glück, op.
trop affichée pour l’occupant nazie du- L’âme humaine, indépendamment de 30; Die kleine Bettlerin, op. 14; Fantaisie
Sélection ClicMag ! rant la Seconde Guerre mondiale. L’His- l’écriture musicale qui lui sert de moyen
Brillante, op. 7; 6 Lieder de F. Schubert
toire ayant passé, peu à peu le disque se Dario Zingales, clarinette; Florian Podgoreanu,
d’expression, se retrouve ainsi confron- piano
saisit de son œuvre. L’infatigable David tée à ses ruminations intemporelles. Le
Porcelijn nous offre aujourd’hui le troi- BRIL95785 • 1 CD Brilliant Classics
livret propose des repères utiles (en an-

H
sième volume de ce qui constituera à einrich et Carl Baermann ont sans
glais) pour accompagner cette écoute.
terme la première intégrale de ses sym- aucun doute été parmi les plus
(Alain Monnier)
phonies, une porte d’entrée rêvée pour grands virtuoses de la clarinette de
qui voudra tenter la découverte. La 4e leur époque. Heinrich, le père, devint
Symphonie, sombre et brillante pour- célèbre presque du jour au lendemain
tant, fut écrite pendant la guerre. Tout en faisant des tournées de concert dans
un langage de tension, d’éclats rentrés les principales villes d’Europe. Elève de
Henk Badings (1907-1987) y anime un discours serré, dense, alors Beer (dédicataire des 12 concertos pour
Symphonies n° 4 et 5 que la 5e Symphonie, écrite au lende- clarinette de Carl Stamitz), il attira l’at-
Bochumer Symphoniker; David Porcelijn, direction main de la guerre et commandée à l’in- tention du Prince Ferdinand de Prusse
CPO777669 • 1 CD CPO sistance d’Eduard van Beinum, avec ses qui l’invita dans l’école nouvellement

Q uatorze symphonies, plus de mille gammes inhabituelles et son harmonie fondée à Berlin pour les instruments
opus au total, une maitrise formelle complexe, si suggestive, rappelle que à vent, école créée par Franz Tausch,
clouante, un art de l’orchestre magis- la musique française fut toujours une Johann Sebastian Bach (1685-1750) autre virtuose de la clarinette, et deu-
tral, et si Henk Badings (1907-1987) source d’inspiration pour l’orchestre de Concerto Italien, BWV 971; Sinfonias à 3 xième mentor de Baermann. Après un
était un tout grand compositeur du XXe Badings. Ces deux partitions éloquentes voix, BWV 787-801; Partitas, BWV 825, passage dans l’orchestre de la cour de
Siècle, et pas seulement cette figure sont admirablement ouvragées pour le 828 et 1004; Prélude et fugue, BWV 552; Prusse, Baermann, qui trouve égale-
majeure de la musique néerlandaise disque par les Bochumer Symphoni- Toccata, BWV 914; Suite française n° 2 ment le temps de composer, arrive à la
dont les partitions furent encensées et ker, découvrez-les, vous aurez à cœur Elena Kuschnerova, piano; Vardan Mamikonian, cour de Munich où il occupe le poste
dirigées par Mengelberg, van Beinum, d’en savoir plus sur ce musicien de piano; Carl Seemann, piano; Konstantin Lifschitz, de 1ère clarinette, rencontre la soprano
Flipse ou van Oterloo  ? Statut qui lui première force qu’on redécouvre enfin. piano Melene Harlas qui, bien que mariée et
sera refusé à cause d’une sympathie (Jean-Charles Hoffelé) MP1801 • 2 CD Orfeo mère d’un fils, va lui en donner quatre

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  5


Alphabétique
auparavant, ne pouvait pas échapper à mélodies de sa jeunesse comme source
Sélection ClicMag ! son époque, et à la frénésie de l’opéra d’inspiration pour créer de nouvelles
qui dominait principalement l’Italie œuvres a plusieurs origines : les pots-
tout au long du XIXe siècle, et au-delà. pourris du siècle précédent ont laissé
Les créations de ses collègues auteurs place à des «  Variations brillantes  »,
d’œuvres lyriques l’ont profondément «  Souvenir  », «  Réminiscences  » et
marqué, depuis son plus jeune âge (la autres « Fantaisies » très en vogue chez
première paraphrase sur les Capulets les virtuoses soucieux de se mettre en
et les Montaigus, d’après Bellini, date vedette, et auprès de leurs auditoires
de 1833, alors que Bazzini n’avait que friands de reconnaître leurs airs favoris Johannes Brahms (1833-1897)
16 ans  !). On remarque d’ailleurs une sous une forme nouvelles ; le désir de Trio pour clarinette, violoncelle et piano,
très nette prédilection pour les com- s’approprier d’exquises mélodies en op. 114; Quintette pour clarinette, op. 115
Antonio Bazzini (1818-1897)
positeurs de la jeunesse du musicien : les adaptant à son propre instrument ; Arkadiusz Arek Adamski, clarinette; Magdalena
Transcriptions d’Opéras. A. Bazzini/V. Bel- Bellini meurt alors que Bazzini n’a que enfin, une forme de nostalgie pour une Wojciechowska, piano; Marcin Zdunik, violoncelle;
lini : Transcriptions et paraphrases, op. 17; 17 ans, Donizetti (qu’il connaissait per- époque révolue, et probablement heu- Apollon Musagète Quartett
Variations brillantes et Finale, op. 3 sur La sonnellement) alors qu’il n’en a que 29. reuse, de découverte de toutes sortes DUX1140 • 1 CD DUX
Sonnambula; Souvenir de La sonambula,
Weber décède quand il en a 8, l’année de créations musicales, doublé du désir
op. 19; Fantaisie n° 2 sur « La sonnam-
bula », op. 26; Fantaisie de Concert, op. 27
« Il Pirata » / A. Bazzini /G. Donizetti : Fan-
d’Oberon. La Saffo de Pacini est créée
en 1840, Bazzini a 22 ans. Par contre,
de leur donner une nouvelle vie dans
des réalisations personnelles. Le talent
V oici un CD Janus qui nous offre
deux faces bien différentes… Le trio
op.114 m’a toujours paru d’une grande
taisie dramatique sur l’air final de Lucia il semble imperméable au triomphes créatif, mais aussi technique et mélo- difficulté de mise en place : on ne peut
di lamermorr, op. 10; Transcriptions et verdiens. Seule une tardive Fantaisie dique du jeune Bazzini, est restitué ici
Prahrases, op. 17 / A. Bazzini /G. Pacini : 3
y recourir à une formation constituée,
sur la Traviata, précédée d’un « Souve- pour notre plus grand bonheur par la
Fantaisies sur des motifs de « Saffo » il est toujours joué par des partenaires
nir  » d’Attila, et d’une fantaisie sur «  I jeune mais très douée jeune violoniste
Anca Vasile Caraman, violon; Alessandro de rencontre. Il leur faut déployer des
Masnadieri  », témoignent de l’attrait roumaine Anca Vasile Caraman, qui se
Trebeschi, piano trésors d’écoute mutuelle pour rendre
de certaines mélodies du maître, de joue des difficultés parfois redoutables
BRIL95674 • 5 CD Brilliant Classics justice à l’entrelacement des lignes
cinq ans son aîné… De même, l’Esme- de ces pièces avec une aisance confon-
mélodiques et au dialogue des harmo-
L e violoniste italien Bazzini, bien
qu’auteur exclusif de musique ins-
trumentale, tel Corelli un siècle et demi
ralda de Mazzucato, compositeur bien
oublié né en 1813 comme Verdi, date
de 1838… Cet attrait marqué pour les
dante, tandis que Alessandro Trebeschi
au piano lui donne parfaitement la ré-
plique. (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
niques de la clarinette et du violoncelle,
mais aussi gérer les «  renversements
d’alliances  » (clarinette versus duo
piano/violoncelle, puis duo clarinette/
autres, dont Carl, né en 1810. Si Baer- de clavecin, op. 59; Sonate pour 3 flûtes à violoncelle versus piano…). Quand cela
mann père devient le dédicataire de bec et basse continue, op. 34 n° 6 fonctionne, on assiste à une sorte de
cinq des œuvres pour clarinette de Ensemble Umbra Lucis «  conversation contrapuntique intime
Weber, il est aussi celui des deux Kon- sur la beauté et le pathos  » (Richard
BRIL95754 • 1 CD Brilliant Classics
zertstücke pour clarinette et cor de Stolzman). Sinon, place au combat  !
basset de Mendelssohn. Carl succède Bienheureux Boismortier, dont la fertile C’est le cas ici, avec la complicité d’une
brillamment à son père en devenant plume, peut tous les mois sans peine prise de son brutale et grossissante qui
dès 1839 professeurs de clarinette à la enfanter un volume » ainsi écrivait son surexpose le violoncelle et une ribam-
cour de Munich, mais aussi interprète contemporain Laborde en brocardant belle de bruits parasites. Changement
sur la clarinette, le cor de basset et la gentiment la production torrentielle du Johannes Brahms (1833-1897) radical avec le quintette op. 115 aux
clarinette basse. Il compose beaucoup, compositeur (130 Opus répertoriés), rôles bien établis : une clarinette quasi
Sonate en fa mineur, pour deux pianos; soliste se déploie sur la trame velou-
essentiellement des pièces courtes avec qui inonda le marché parisien d’une Variations sur un thème de Joseph Haydn, tée d’un quatuor constitué (ici, le tou-
piano, à portée didactique, dont les 5 pléthore de sonates, duos, concertos,
volumes de son Ecole Complète de cla- op. 56b, pour deux pianos; Variations sur jours très musical Apollon Musagète).
quatuors, quintettes de 1723, année de un thème de Schumann, op. 23, pour piano Areski n’a plus qu’à laisser s’épancher
rinette op. 63 à 66, toujours considérée
son arrivée à Paris, quasiment jusqu’à à quatre mains sa clarinette séductrice (il a troqué sa
de nos jours comme une des méthodes
les plus importantes d’enseignement sa mort en 1755. Cette abondante pro- Buffet-Crampon «  Tosca  » pour une
Olha Chipak, piano; Oleksiy Kushnir, piano
de l’instrument en Allemagne. Les duction, qui inclut également plusieurs « Légende » feutrée à souhait) et l’audi-
opéras, cantates, grands motets et Airs, GEN11197 • 1 CD Genuin teur n’a plus qu’à se régaler sans chipo-
pièces interprétées avec talent ici par

V
de jeunes interprètes doués, illustrent a «  surfé  » sur le goût de l’époque de ous avez toujours eu envie de jeter ter sur les détails. Pour le quintette
bien la différence d’univers des deux la Régence puis du début du règne de un coup d’oeil par-dessus l’épaule assurément, donc. Pour le trio je re-
compositeurs, davantage centrée sur la Louis XV pour les « bergeries « et autres tourne avec Ax, Stolzman et Yo-Yo Ma.
d’un célèbre compositeur  ? C’est ce
virtuosité brillante chez Heinrich, et sur (Olivier Eterradossi)
musiques pastorales mettant en œuvre, que vous permet le duo de pianos Olha
la cantabilité et l’expressivité chez Carl. outre la Flûte traversière (instrument
On ne sera donc pas surpris qu’il ait Chipak et Oleksiy Kushnir sur son nou-
du compositeur), la flûte à bec (mise à veau CD de chez GENUIN  : Johannes
transcrit plusieurs des plus beaux lie-
der de Schubert, et composé lui-même l’honneur ici), la vielle à roue, la musette
Brahms retravaillera plus tard sa Sonate
plusieurs morceaux de la même veine. (petite cornemuse appréciée des nobles
pour deux pianos pour en faire son
(Jean-Michel Babin-Goasdoué) jouant aux bergers et bergères), ainsi
fameux Quintette pour piano et cordes.
que des instruments plus traditionnels,
violon, violoncelle, viole de gambe, bas- Et cette sonate, qui est bien plus qu’un
son, clavecin… Ce bel enregistrement simple brouillon, les deux pianistes la
de Stefano Bagliano et son ensemble présentent dans toute sa fougue avec
nous présente un florilège de plusieurs une telle maîtrise technique que les Johannes Brahms (1833-1897)
genres de musique de chambre repré- couleurs des cordes ne nous manquent 6 Lieder, op. 86; Sonate en mi mineur, op.
38; Sonate en fa majeur, op. 99
sentatifs du style très français mâtiné aucunement – et de la même manière,
Julia Hagen, violoncelle; Annika Treutler, piano
d’influences italiennes de Boismortier, les couleurs de l’orchestre des Varia-
qui pâtit d’un oubli incompréhensible HC17060 • 1 CD Hänssler Classic
tions sur un thème de Haydn brillent
J. Bodin de Boismortier (1689-1755)
Ballet de village pour 2 flûtes à bec et
dans son propre pays, alors qu’il a fait
les beaux jours de la musique française
sur deux fois 88 touches  ! Les Varia-
tions sur un thème de Schumann, trop
U n concile reconnut à la femme une
âme, c’est dire qu’elle est un vio-
loncelle. Mais celle du lyrisme brahm-
basse continue, op. 52 n° 1; Pièces de de cette période à côté de Rameau,
rarement jouées, ne sont rien moins sien est justement ce frottis de timbres
clavecin, op. 59; Sonate en trio pour flûte Rebel, Bernier, Campra, Marais père
qu’un hommage mélancolique à l’ami fauves entre lyrisme mordoré et raucité
à bec, viole de gambe et basse continue, et fils, Forqueray père et fils, Mondon-
op. 37 n° 2; La Valétudinaire, Pièces de
de brume nordique. Ce qu’ici magni-
ville, et tant d’autres. Une résurrection défunt, Schumann et Brahms réunis
clavecin, op. 59; Sonate pour flûte à bec et fient ces dames, tout en conciliant si
clavecin, op. 91 n° 1; Suite pour viole de qu’il serait souhaitable d’approfondir. en un morceau. Valeur de répertoire et justement une dimension de roman-
gambe et basse continue, op. 31; Pièces (Jean-Michel Babin-Goasdoué) timbre : magnifiques ! tisme pourtant classique et une texture

6  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Alphabétique
musicale qui court à cette densification CPO777806 • 2 CD CPO de leurs contemporains espagnols,
Sélection ClicMag !
P
menaçant la digestion de certains  : yrame et Tisbé « in Arcadia », voila mais portés à une stimulante émula-
hips, si j’avais su, j’aurais pas repris de le sujet du seul opéra que Giuseppe tion avec des propagateurs du langage
Brahms  ! La première sonate dite par- Antonio Brescianello (1690-1758) nous palestrinien de la stature de Guerrero,
fois pastorale, qui eut grand succès, est ait légué. Pas même monté en scène Vivanco ou Victoria. Né en 1566 à Fron-
d’un compositeur de moins de trente pour sa création – les finances du pa- teira, Cardoso fait partie de cette glo-
ans tournant difficilement le dos aux tron du musicien, le duc de Würtenberg rieuse trilogie portugaise, avec Lôbo et
foucades de cette prime jeunesse qui étaient alors au plus bas -cette pasto- Magalhaes, qui vécut jusqu’à la moitié
avait séduit Schumann. Au point qu’il rale subtile et alerte est pourtant un vrai du siècle suivant (ils dépassèrent tous
fallut deux ans pour ajouter ce robuste ravissement de théâtre. Brescianello s’y trois l’âge de 80 ans) tout en ignorant
finale citant brièvement, comme pour souvient de ses années de formation à superbement les évolutions baroques
mieux se ressourcer dans la tradi- Venise. Si les arias da capo de Tisbe font de Monteverdi et autres. Cardoso
tion, le treizième contrepoint de l’Art Frei Manuel Cardoso (1566-1630) publia ainsi entre 1613 et 1648 cinq
songer à Haendel, une part de la lyrique
de la Fugue. Il vient après un premier Vau. Et egressus est a filia Sion; In monte volumes de musique chorale sacrée
vivaldienne les ébroue, et les danses, Oliveti; Tristis est anima mea; Requiem
mouvement à l’extinction typiquement gavottes, bourrées, sont décidément qui témoignent d’un attachement indé-
à 4 voix; Domine, tu mihi lavas pedes?;
crépusculaire, et cette remontée dans françaises de ton, d’allure, d’instrumen- Magnificat secundi toni a 4; Amen dico fectible au style du maître romain. Les
le temps qu’est le pur charme nostal- tation, temoins d’un mariage des styles vobis; Cum audisset Johannes; Ipse est qui merveilles ici enregistrées proviennent
gique (entre Mozart et Schubert) du typique de l’époque. Orchestre tout en post me; Omnis vallis; Quid hic statis?; Tua respectivement du premier recueil
second mouvement. Et puis c’est tout, flutes en en violons, stellaire, fusant, est potentia; Sitivit anima mea (Magnificat), du second de 1625 (Motet
car Brahms retira l’adagio prévu. Dans admirablement composé pour d’inces- Ensemble Cupertinos; Luis Toscano, direction Sitivit Anima Mea), tandis que toutes
un style certainement plus tardif, on en sants feux d’artifices virtuoses qui n’ou- CDA68252 • 1 CD Hyperion les autres (avec la Missa pro Defunc-
retrouve peut-être des éléments, avec
A
blient jamais le sentiment, la surprise l’époque de Cardoso, le Portugal, tis à 4 voix) sont extraites de l’ultime
exposition pizzicato et passage central est d’autant plus belle qu’elle est défen- son pays natal, était sous la domi- recueil du compositeur, chant du cygne
en fa mineur, dans celui de la seconde due par un chef formidable de présence, nation de l’Espagne, en l’occurrence du musicien âgé de 82 ans. Il ne fallait
sonate, composée en Suisse trente ans animant l’ouvrage avec une imagination du très catholique Philippe II, devenu pas moins que l’engagement passionné
plus tard, créée par le compositeur lui- sonore et un sens aiguisé des péripé- roi du Portugal en 1580. Le fanatisme du jeune ensemble portugais Cuperti-
même et le violoncelliste Robert Hauss- ties. Et Jörg Halubek entraine aussi religieux du souverain, et son goût pro- nos, aux voix pleines et radieuses, pour
mann. Précède un allegro au propos son quatuor de chanteurs, dominé par noncé et héréditaire pour la musique révéler la grandeur transcendante de
fragmenté, opposant les partenaires le Licori de Flavio Ferri-Benedetti, ber- ne sont certainement pas étrangers ces musiques sublimes. Une réalisation
sur fond de tempétueux trémolos pia- gère coquine, et par un couple d’amant au fait que les compositeurs locaux, incontournable pour tous de fans des
nistiques, suit un autre allegro au trio pas forcément idéalement assortis, elle essentiellement de musique religieuse, polyphonies de la Renaissance tardive.
central beaucoup plus chanté, conclut trop maitresse femme, lui trop éthéré, étaient non seulement appréciés à l’égal (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
un rondo dont la légèreté de touche seul bémol de cette captation sur le
détonne sur un ensemble massif qui vif qui révèle une partition splendide.
fit mal recevoir cette sonate. Un vio-
loncelliste s’étant plaint après concert
(Jean-Charles Hoffelé)
D ès l’ouverture de ce disque consa-
cré à James Francis Brown, le Trio
Concertant, charmant autant que rafrai-
l’homme a laissé traîner ses oreilles
et vagabonder son imaginaire. The
Heavens And The Heart, pièce cho-
de ne pas s’être entendu lui-même face
au piano dans le premier mouvement, chissant, établit le lien étroit de l’œuvre rale qui s’appuie sur trois psaumes de
Brahms rétorqua drôlement : vous avez du compositeur avec la tradition musi- l’Ancien Testament - où beauté et dureté
de la chance ! (Gilles-Daniel Percet) cale anglaise : il a certes étudié la com- se côtoient -, donne au compositeur
position avec l’Allemand Hans Heimler l’occasion de déployer le lyrisme exta-
(établi à Guilford après avoir fui le tique qui caractérise sa patte, ici parti-
régime nazi), influencé par la Seconde culièrement servie par le Choir of Royal
Ecole de Vienne mais également proche Holloway et l’Orchestra Nova dirigé par
des compositeurs insulaires Ralph Vau- George Vass. (Bernard Vincken)
ghan Williams, Michael Tippett ou Alan
James Francis Brown (1969-)
Rawsthorne. Engagé dans le renouveau
Trio Concertant, pour violon, alto et
de la tonalité, celui où prend sa place
violoncelle; Concerto pour clarinette « Lost
Lanes-Shadow Groves »; The Heavens and
une vraie voix directrice, une modula-
the Heart, 3 Psaumes tion, une mélodie lyrique, Brown écrit
G. Antonio Brescianello (?1690-1757) Benjamin Nabarro, violon; Rachel Roberts, alto; une musique authentiquement joyeuse,
Tisbe, opéra pastoral en 3 actes Gemma Rosefield, violoncelle; Catriona Scott, sans cliché ni caricature. La partition du
Nina Bernsteiner; Flavio Ferri-Benedetti; Julius clarinette; The Choir of Royal Holloway; Orchestra Concerto pour Clarinette (Lost Lanes
Pfeifer; Matteo Bellotto; Il Gusto Barocco; Jörg Nova; Goerge Vass, direction - Shadow Groves) doit beaucoup au
Halubek, direction RES10227 • 1 CD Resonus village d’Ingworth dans le Norfolk, où
Anton Bruckner (1824-1896)
Messe en fa mineur
jadis magnifiée au disque par Aldo californien à Beverly Hills en 1951, se Jutta Hörl; Gudrun Pelker; Thorsten Büttner; Der-
Sélection ClicMag ! Ciccolini, ses mélodies raffinées, ses souvient des paysages de Toscane par rick Ballard; Domkantorei St. Martin; Männerstim-
opus pour la guitare inspirés par André lesquels déambulait le jeune composi- men des Mainzer Domchores; Vokalensemble des
Ségovia, tous forment un univers aussi teur : il naquit à Florence, fut le disciple Mädchenchores am Dom und St. Quintin; Mainzer
Domorchester; Karsten Storck, direction
cohérent que solaire auquel les deux favori d’Alfredo Casella, devint une des
Quintettes avec piano n’échappent pas. figures majeures de la nouvelle mu- ROP6161 • 1 CD Rondeau
Secret de ce lyrisme flamboyant, une
chaleur de l’harmonie qui emporte tout
par sa plénitude rayonnante. Le pre-
sique italienne de l’entre-deux guerres
avant de devoir fuir en 1939 le régime
de Mussolini dont les sbires le harce-
L orsque le cardinal Karl Lehmann,
archevêque de Mayence, céda sa
place en 2017 à l’abbé Peter Kohlgraf,
mier Quintette, sans numéro d’opus laient. Mais toute sa musique porte en le tout nouveau prélat demanda au
mais daté de 1930, est d’une opulence elle ce rêve d’une Toscane quasi fan- Kapellmeister de la cathédrale, Kars-
sonore toute ravélienne, et déploie un tasmatique dont les paysages semblent ten Storck, et à ses musiciens de pro-
M. Castelnuovo-Tedesco (1895-1968) songe de sons d’une beauté confon- déborder de ses partitions. Ces deux grammer la messe en fa de Bruckner.
Quintettes pour piano n° 1 et 2 dante. Il sera pour beaucoup une révé- opus magnifiques sont interprétés à la C’est ce concert donné le 29 avril 2018
Massimo Giuseppe Bianchi, piano; Quatuor Aron lation, probablement la porte d’entrée perfection par le piano plein de timbres qui figure sur ce CD. Loin des visions
idéale pour pénétrer dans ce jardin ma- de Massimo Guiseppe Bianchi et par les symphoniques de chefs comme Baren-
CPO777961 • 1 CD CPO
gique où tout, même la légère tension archets viennois de Quatuor Aron. Es- boim, Celibidache, Davis ou Jochum,

M ario Castenuovo-Tedesco n’aura


jamais fini de me surprendre. Ses
Concertos pour violon à grand spec-
qui parcourt l’andante, est porté par une
sensualité ardente. Plus mélancolique
pérons que CPO nous révélera demain
ses deux chefs d’œuvre lyriques  : La
c’est bien une conception avant tout
liturgique que restitue cette exécution.
mais tout aussi lumineux, le second Mandragola et Il Mercante di Venezia. Les solistes ne sont pas des chanteurs
tacle, son œuvre pour piano si ouverte, Quintette composé sous le grand soleil (Jean-Charles Hoffelé) célèbres, le chœur imposant est l’élé-

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  7


Alphabétique
ment fort de l’interprétation, et tout leurs inégal (Cazatti dut abandonner harmoniques, son écriture savante qui
l’ensemble est tourné vers les voutes son poste après de multiples conflits Sélection ClicMag ! joue avec les formes baroques, son ton
de la cathédrale et non vers une salle de avec ses supérieurs) à la basilique San souvent étrange, comme si il naviguait à
concert. Il est dès lors vain de comparer Petronio, haut lieu de l’école bolognaise vue entre la Sérénade italienne de Wolf
ce disque avec ceux des grands chefs au XVIIe siècle. Les œuvres enregis- et le Premier Quatuor de Zemlinsky,
cités plus haut, tant il se situe dans une trées ici sont pour la plupart écrites sera pour beaucoup une révélation.
tout autre esthétique. Mais c’est sans pour une voix de soprano et accompa- C’est que derrière la perfection formelle
doute cet état d’esprit qui animait Bruc- gnement instrumental. Extraites d’une et les audaces d’écriture, une vraie suite
kner lorsqu’il écrivit cette messe, tout part d’un recueil de Cossoni découvert lyrique le sous-tend, un poème d’amour
comme celui des premiers interprètes. au CNSM de Lyon, et de la production sans mot dédiée à Teresa Careno que
Un retour aux sourcex rafraichissant et de Cazzati. Ce qui caractérise ces com- le Quatuor Reinhold entend parfaite-
salutaire… (Richard Wander) positions, c’est d’une part leur grande ment, diseur, subtil et ardent tour à tour.
fraîcheur, d’autre part leur variété - tant Eugen d’Albert (1864-1932) Voila un opus qui mérite d’être connu et
au niveau de la musique que des textes, Quatuors à cordes op. 7 et op. 11 prend sa place dans le concert cham-
y compris dans une même pièce  : les Quatuor Reinhold briste des années 1890. Les Rheinold
formes musicales — ¬motet, canzo- ont inversé l’ordre chronologique des
CPO555012 • 1 CD CPO
nette, récitatif, ritournelle, madrigal se deux Quatuors. Voici donc après l’op.
suivent et se mêlent, les frontières entre
musique profane, musique religieuse I nsaisissable Eugen d’Albert  : on le
croit pianiste, et parmi les plus grands,
mais ses contemporains le vénèrent
11, l’op. 7. Ecrit six ans plus tôt, il se
révèle tout aussi surprenant avec sa
et musique populaire sont brouillées, lyrique sombre, si proche de celle du
les affects liés à la contemplation reli- plus encore comme le compositeur de Premier Quatuor (1873) de Brahms  :
gieuse (de laquelle l’expression dolo- « Tiefland », on admet alors qu’il est le son discours complexe, souvent brisé,
riste n’est pas absente) interfèrent avec fer de lance du vérisme en Allemagne tend à un expressionisme échevelé.
Orazio Colombano (1554-1595?) ceux qui évoquent l’extase mais aussi avec «  Die Abreise  », puis soudain, Et là encore, bravo au quatuor issu de
Psaumes pour 6 voix les plaisirs des sens la beauté de la voilà que je découvre cet opus 11 qui l’Orchestre du Gewandhaus qui saisit
Cappella Musicale Della Cattedrale Di Vercelli; nature. Interprétation d’un grand raf- le dévoile encore sous un autre jour. Car toute la singularité d’une telle œuvre  !
Denis Silano, direction finement. On pourra juste regretter çà ce Deuxième Quatuor, par ses audaces (Jean-Charles Hoffelé)
BRIL95839 • 1 CD Brilliant Classics et là le timbre un tout petit peu serré,
fluet, pointu, légèrement nasal de la voix
neige,  » piano précis qui décrit autant donnerait appliqué aux « Images », aux
soliste qu’on aimerait alors plus pleine.
qu’il évoque, et ose partout des tem- « Estampes » … (Jean-Charles Hoffelé)
Mais c’est dans l’ensemble très beau.
(Bertrand Abraham) pos amples, sachant que l’harmonie
debussyste gagne à faire rayonner ses
mystères. Ce clavier nu, très en lumière,
est assez unique ici, car jamais il ne
prétend à l’objectivité, il cède parfois
devant les écarts demandés par «  Ce
qu’à vu le vent d’ouest », tempête posée
qui se délite en séquences  : avantage,
Carlo Donato Cossoni (1623-1700) on «  voit  » tout du texte de Debussy
Suspirat in dolore, motet pour voix seul, même si l’empilement successif des
op. 12; Salve regina; Premier livre d’Air bourrasques ne fait pas le tsunami es-
dédié à l’amour, op. 7 ; Crudelis Herodes, Antonín Dvorák (1841-1904)
péré. Broutille. Le propos de la pianiste
Inni pour voix seul, op. 4; Ecce Jesu mi, Claude Debussy (1862-1918)
s’accorde plus encore avec le Deuxième
Quatuor pour piano n° 1 et 2, op. 23, 87
motet pour voix seul, op. 10 / M. Cazzati : Dvorák Piano Quartet
Préludes pour piano, livre I-II Livre qu’elle tire vers l’abstraction,
Sonates pour 2 violons et basse continue,
op. 18 ; Airs pour voix seul avec violon, op. Eloïse Bella Kohn, piano cherchant des lignes pures, y mettant SU4257 • 1 CD Supraphon

O
46 ; Non vi fidate, Air et cantate pour voix HC18085 • 2 CD Hänssler Classic une lumière nette qui éclaire «  Brouil- n n’y prend pas garde, mais avec

D
seul, op. 11; O mie luci dolenti, Diporti lards  », donne une dimension ravé- son Premier Quatuor pour piano et
écidément ce centenaire de la dis-
spirituali, op. 49; L’amante musico, Air lienne à Ondine comme jouée en nuit cordes, Antonin Dvorak affirmait une
pour voix seul, op. 43
parition de Claude Debussy suscite
des surprises  : versée dans la défense américaine. A la fin du voyage, «  Les musique de chambre résolument ancrée
Ensemble Philomèle
et l’illustration du piano de Francis Tierces alternées  », «  Feux d’artifice  » dans l’identité musicale tchèque. Le ton
CLA1820 • 1 CD Claves Poulenc, chez elle dans les mystères ne sont plus du tout des « Préludes », de rêverie bucolique – avec quelques

L ouable entreprise que celle de faire


découvrir ces pages — pour cer-
taines inconnues — de deux compo-
elliptiques d’Eric Satie, Eloïse Bella
Kohn entre dans le Premier Livre de
Préludes d’un pas mesuré : on voit ses
mais des esquisses pour un tableau ina-
chevé, abstractions par défaut, vision
singulière, assumée, qui mérite d’être
nuages - qui ouvre cet opus serein dont
l’Andantino a tout de même encore une
pointe de Schubert dans sa mélodie et
siteurs contemporains l’un de l’autre « Danseuses de Delphes », comme on entendue, mais étrange façon tout de sa scansion, donne le ton d’une partition
qui officièrent avec un bonheur d’ail- comptera avec elle «  Des pas sur la même, je me demande bien ce que cela où la lyrique slave s’infuse à mesure  :
elle débordera dans un finale qui est une
vraie danse scherzando. Quatorze an-
Sélection ClicMag ! 1 786, Naples, Teatro Novo : première
de l’Impresario in Angustie, farce
en musique en un acte. Le succès est
Teatro a la moda, 1720), est une pein-
ture bouffonne du milieu de l’opéra et
de ses différents archétypes, qui plus
nées plus tard, le Quatuor en mi bémol
majeur qui ajoute un scherzo plein de
charmes, ébroue ses harmonies colo-
retentissant et ne se démentira pas est situé à Naples. Une sorte de mise
rées dans une langue totalement formée
dans toutes les capitales européennes en musique de l’auto-dérision réali-
sur les idiomes de la musique populaire
(souvent avec un livret traduit) jusqu’au sée avec talent par un compositeur en
décès du compositeur. Destin étonnant pleine possession de ses moyens. Cette mais que Dvorak raffine à l’extrême,
pour ce qui peut passer à première vue pépite mérite de figurer à côté des cachant l’art par l’art. On le fait souvent
pour une œuvre mineure. Cependant, à grands chefs d’œuvre du compositeur, brillant ce qui en minimise la portée
y regarder de plus près, tout Cimarosa qui ont précédé et suive cette friandise poétique. Les amis du Dvorak Piano
est là, en concentré en quelque sorte : napolitaine. Les chanteurs choisis pour Quartet s’en gardent bien, le jouant très
rythme soutenu, mélodies pétillantes cette production, en parfaite osmose lyrique, détaillant ses beautés, le piano
Domenico Cimarosa (1749-1801) et accrocheuses, humour ravageur avec leurs personnages, sont efficace- chantant et pourtant très composé de
L’impresario in angustie, opéra en 1 acte de la musique en parfaite adéquation ment soutenus par la direction nerveuse Slavka Vernerova-Pechocova donnant
Carlo Torriani; Marco Filippo Romano; Paola avec le texte, orchestre très présent à d’Aldo Salvagno,à la tête d’un orchestre le ton d’un raffinement extrême qui déjà
Cigna; Lavinia Bini; Alejandro Escobar; Camilla l’orchestration riche et variée, utilisa- inspiré qui, comme toujours chez Cima- magnifiait l’opus 23, si bien qu’on tient
Antonini; Luca Gallo; Serena Agostini, clavecin; tion optimale des différents registres rosa, est un vrai protagoniste. Voix et là un regard absolument neuf sur deux
Orchestra Bruno Maderna di Forli; Aldo Salvagno, et caractères des voix. L’argument, instruments restituent parfaitement ici partitions assez illustrées au disque, et
direction dans la lignée de la satire féroce due toute la truculence et la verve de la par- de belle manière. Laissez-vous tenter.
BRIL95746 • 1 CD Brilliant Classics à la plume de Benedetto Marcello (Il tition. (Jean-Michel Babin-Goasdoué) (Jean-Charles Hoffelé)

8  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Alphabétique
Royal Academy of Music avant de le sionné d’Elgar, le Concerto « amoroso »
Sélection ClicMag ! parfaire à Berlin auprès d’Antje Wei- écrit par Gerald Finzi pour son amour
thaas. Dès lors, quel concerto choisir de jeune homme, Sybil Eaton, qui le
pour son premier disque avec orchestre, créa amputé du premier mouvement
sinon celui si fuyant, si déconcertant de que le compositeur méjugeait alors
Sir Edward Elgar qui laissa tant de vio- que sa délicieuse cabriole est le charme
lonistes sur son seuil et même certains même. Ning Feng lui rend justice d’un
qui auront tenu à l’enregistrer  : voyez archet vif et élégant, comme au sublime
l’enregistrement de Jascha Heifetz. Ning poème lyrique du Molto sereno, pas-
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) Feng le joue avec une nostalgie étrei- torale d’archets et de bois qui contient
Le Messie, HWV 56, oratorio en 3 gnante, sans aucun effet, d’un archet une de ces mélodies infinies qui ne vous
parties [Partie orchestrale arrangée pour léger, qui suggère sans cesse jusque quittent plus, secret de l’art de ce com-
ensemble de vents] Sir Edward Elgar (1857-1934) dans les épisodes passionnés. Il refuse positeur pour qui le violon était l’égal de
Susanna Hurrell, soprano; Rebecca Afonwy-Jones, Concerto en si mineur pour violon et de les dramatiser, préférant les empor- la voix humaine à laquelle il destina ses
mezzo-soprano; Samuel Boden, ténor; James ter dans un mouvement qui est d’abord chefs-d’œuvre. Incroyable, ce n’en est
orchestre, op. 61 « To Fritz Kreisler » / G.
Platt, basse; BBC Singers; The Norwegian Wind une élévation. La beauté du style accroît que la seconde version après celle de
Ensemble; David Hill, direction Finzi : Concerto pour violon
Ning Feng, violon; Royal Liverpool Philharmonic encore cette sobre éloquence à laquelle Tasmin Little et de Richard Hickox qui
RES10219 • 2 CD Resonus Carlos Miguel Prieto tisse un orchestre le révélèrent au disque, l’enregistrant
Orchestra; Carlos Miguel Prieto, direction

V oilà une preuve de plus que Le Mes-


sie peut tout supporter. Ce n’est
CCS40218 • 1 CD Channel Classics
lyrique en diable, qui chante autant que
son soliste, fusion parfaite qui nous
en 1999. Il me semble que Ning Feng et
Carlos Miguel Prieto vont plus au cœur
d’ailleurs pas le premier arrangement
de ce type  : en 1946 on vit apparaître Q uel bel hommage  ! Ning Feng,
Chinois de naissance aura atteint
son art dans le cadre si british de la
entraîne au cœur d’une partition insai-
sissable. Et quelle surprise de voir enre-
de l’œuvre, écoutez les deux dernières
minutes du second mouvement. Album
une transcription pour ensemble de gistrer, comme en coda au poème pas- magnifique. (Jean-Charles Hoffelé)
cuivres (réenregistrée en 2001). Quant
à cette version pour vents, elle est due
à un trompettiste du Norwegian Wind manque de présence, à moins qu’il ne Heidelberger Sinfoniker; Benjamin Spillner, se déploie souverainement l’instrument
s’agisse d’une volonté de s’adapter à la direction soliste, ainsi que l’andante très poétique
Ensemble, formation dont les racines
plongent en 1734 (avant la création du dynamique de l’ensemble instrumental. HC18024 • 1 CD Hänssler Classic où des timbres mordorés, veloutés,
Messie, donc  !). J’ai ouvert le coffret Au total voilà une première mondiale tendres et feutrés font un très bel écrin
avec appréhension et me suis préci- très anecdotique, qu’on ne peut certes à son chant péremptoire et décidé. Un
pité sur la liste des instrumentistes… pas recommander à quelqu’un voulant ensemble instrumental et des solistes
ouf  : le NWE joue à un ou deux par découvrir Le Messie mais stimulante de grande qualité. (Bertrand Abraham)
partie (seules les saqueboutes sont pour les curieux en possédant déjà plu-
triplées), mélange instruments anciens sieurs enregistrements « canoniques ».
et modernes pour trouver les couleurs (Olivier Eterradossi)
adéquates et conserve un continuo tra-
ditionnel. Si dès l’ouverture l’effet de
surprise est impressionnant, certains
des numéros suivants sont beaucoup Johann Michael Haydn (1737-1806)

moins convaincants. Côté chant, les Concerto pour cor en ré majeur, MH 53,
BBC Singers ne sont pas le Monteverdi HOB VIIb : 4; Concerto pour cor et trombone
Choir question « punch » et les quatre en ré majeur, extrait de Sérénade, MH 86;
solistes, comme déstabilisés par ce Concertino pour cor en ré majeur, MH 134 Paul Hindemith (1895-1963)
curieux contexte sonore, tiennent juste / J. Haydn : Concerto pour cor de chambre
en ré majeur, Hob VIId : 3 Sonates pour alto seul, op. 31 n° 4, op. 11
honorablement leurs parties sans pré- n° 5, op. 25 n° 1, et Sonate 1937
tendre rivaliser avec les grandes voix Premysl Vojta, cor; Fabrice Millischer, trombone;
Luca Ranieri, alto
entendues ailleurs. La prise de son Joseph Haydn (1732-1809) Haydn Ensemble Prague; Partin Petrak, direction
AVI8553146 • 1 CD AVI Music BRIL95413 • 1 CD Brilliant Classics
assez matte contribue peut-être à leur Symphonies n° 9, 37, 38 et 63

de Mozart, évoluant dans un univers to-


E n dépit des catalogues que J. Haydn
établit lui-même de ses œuvres, l’in- L a réputation d’académisme dont on
pare volontiers la musique tardive
de Paul Hindemith ne doit pas effa-
Sélection ClicMag ! talement différent. Schubert est effleuré
certitude prévaut quant à ses concer-
tos pour cor. Ceux qui y figurent ont cer ou couvrir de silence sa jeunesse
à maintes reprises, et même Chopin… été perdus, et le seul dont la paternité avant-gardiste. Violoniste et altiste de
Dussek est à l’aise dans la forme en est certaine — on en a le manuscrit formation, il se consacre aux cordes,
deux mouvements, même si ce schéma autographe — n’y est pas mentionné. dans l’esprit militant et didactique de
courant à l’époque peut recouvrir des Hoboken le répertorie sous le n° VII d.3, la Gebrauchsmusik, vilipendé plus tard
couleurs et des affects variant énormé- mais il en indexe aussi un second, sous par Adorno, et singulièrement à l’alto au
ment d’une sonate à l’autre. La sonate le n° VII b.4, qui est concurremment cours des années-vingt du siècle der-
la plus tardive, la célèbre «  Elégie attribué, sous le numéro MH 53 au frère nier. Quatre sonates pour alto solo vont
harmonique sur la mort de Louis Fer- cadet, Michael Haydn, par Sherman et ainsi être composées avant son départ
dinand  » (le Prince Louis-Ferdinand Thomas en 1993. L’argument stylis- pour les Etats-Unis en 1940 et attester
de Prusse, un des patrons de Dussek, tique (simplicité dans la structure et de l’évolution de sa création musicale.
Jan Ladislav Dussek (1760-1812) tué lors d’une bataille en 1806), bien L’influence des maîtres s’y fait toute-
l’harmonie) laisse, entre autres, penser
Sonates, op. 5 n° 3, Craw 43, op. 24, que datée de 1807, n’aurait pas déparé que l’œuvre n’est probablement pas de fois sentir, de Bach à Reger, même s’il
Craw 96, op. 43, Craw 177, op. 61, Craw au catalogue de maint compositeur s’agit de subvertir la forme et de donner
Joseph. Ce Cd a le mérite de mettre
211 »Élégie Harmonique »
romantique. L’interprétation nerveuse, en valeur des pages peu connues de à entendre une écriture nouvelle et une
Tuija Hakkila, pianoforte
puissante et nuancée de Tuija Hakkila Michael Haydn. L’interprétation est sensibilité subjective et expression-
BRIL95604 • 1 CD Brilliant Classics insuffle vie et couleurs à cette musique d’une grande lisibilité. Équilibre parfait, niste : l’opus 11 n° 5 (1919) en quatre

C e quatrième volume de l’intégrale riche, par moments d’une ampleur qua- sonorités admirables et rendu remar- mouvements, avec scherzo dissonant
des sonates de Dussek, qui ras- si-symphonique. La pianofortiste finlan- quable des nuances, en particulier dans et passacaille sarcastique et irrévéren-
semble ici encore des œuvres de daise alterne ici l’emploi d’un superbe les mouvements lents dont l’écriture cieuse, l’opus 25 n° 1 (1922), lent et
périodes diverses, démontre une nou- instrument à mécanique viennoise (~ est plus fouillée, plus complexe et plus expressif, dont le troisième mouvement
velle fois l’originalité et la modernité de 1800) avec celui d’un piano anglais attachante que celle des mouvements « sauvage » doit s’apprécier au fait que
l’œuvre du compositeur. On a constam- exactement contemporain. Il était rapides moins denses et même assez «  la beauté sonore est secondaire  »,
ment à l’esprit des pianistes plus jeunes temps qu’une intégrale, qui s’annonce superficiels. Dans l’unique opus du glo- l’opus 31 n° 4 (1923) au lied central
de quasiment une génération, tels Cra- de référence, et dont on attend avec rieux aîné, on appréciera notamment le lyrique et apaisé ouvrant aux thème
mer, H. Jadin, Hummel, Tomasek, alors impatience les volumes suivants, soit caractère moelleux et délicat du tapis et variations contrastées du troisième
que la première sonate (op. 5 n° 3) de consacrée à ce compositeur majeur. sonore créé par les notes serrées et ré- mouvement. La sonate 1937, contem-
1788, est contemporaine des dernières (Jean-Michel Babin-Goasdoué) pétées des bois et des cordes sur lequel poraine des « Leçons de composition »

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  9


Alphabétique
DUX1477 • 1 SACD DUX orchestrale. Symbolisant le besoin impliquant des modulations perpé-
Sélection ClicMag !
S i la jaquette de l’album peut faire de renouveau d’un esprit en proie au tuelles, le tout sans pour autant changer
penser à de la musique contempo- doute, l’écriture dynamique et contras- ni la structure, ni la ligne mélodique.
raine, ce sont les amateurs de musique tée captive l’auditeur par son alternance Et bien sûr des difficultés techniques à
symphonique riche en couleur à l’écri- entre passages tempétueux et moments faire frémir, comme les traits en double
ture postromantique passionnée qui d’accalmie menant vers l’espoir et la notes des célèbres « Feux follets ». Je
seront séduits par cette œuvre. On ne réjouissance finale. L’orchestration les ai souvent trouvées assommantes
s’ennuie pas à l’écoute de la Symphonie remarquable, les mélodies au charme et cataclysmiques, que ce soit sous les
« Renaissance » (1902) du compositeur immédiat et le sens de la dramaturgie doigts de bêtes à concours (Trifonov,
polonais Mieczyslaw Karlowicz disparu musicale font de cette symphonie une Kholodenko...) ou ceux de pianistes
tragiquement trop tôt pour laisser s’ex- œuvre brillante. L’interprétation flam- arrivés (Arrau, Bolet…). Et puis voici
primer pleinement un talent promet- boyante de l’Orchestre Philharmonique Gugnin, qui les joue souvent en public.
Mieczyslaw Karlowicz (1876-1909) teur. Le lyrisme des cordes, la fougue de Szczecin, qui avait déjà dédié un Son «  Preludio  » est un vrai lever de
Symphonie Renaissance en mi mineur, op. des cuivres, les interventions martiales album à ce compositeur paru en 2017, rideau, le cheval de Mazeppa est un
7 « Rebirth » des percussions, la caresse des bois nous tient en haleine durant les qua- léger caspien et non un Boulonnais
Sczecin Philharmonic Symphony Orchestra; Rune enrobés par des cors veloutés nous rante-six minutes que dure la sympho- échappé des Haras Nationaux… le vent
Bergmann, direction emportent dans une éclatante fresque nie. A découvrir ! (Laurent Mineau) de la steppe le précède. Le reste est à
l’avenant. J’adore les chatoiements
tirés de ce Steinway (merci à l’ingé-
dans lesquelles, au-delà de sa réflexion sible et ont plaisir à le jouer et à l’offrir. nieur du son) et le legato qui rend à
sur les intervalles et le contrepoint, Ne les séparons pas dans l’éloge  ! Un cette musique sa fluidité trop souvent
Hindemith affirme son attachement à la beau voyage musical … A découvrir. oubliée au profit de flots de testosté-
tonalité, marque un retour à une séré- (Emilio Brentani) rone et de sueurs froides. On trouvera à
nité néo-classique : deux brefs mouve- chipoter sur certains tempi et nuances,
ments, animé et modérément rapide, peut-être. Mais qu’importe  : superbe  !
mélodiques, encadrant un mouvement (Olivier Eterradossi)
central lent et recueilli, joué en partie
sans l’archet. Musique ouverte, sen-
sible, pleine d’imprévus, profonde sou- Franz Liszt (1811-1886)
vent, que Luca Ranieri, évitant l’exercice Douze Études d’exécution transcendante,
purement instrumental, interprète avec S139
passion, science et virtuosité. A décou- Andrey Gugnin, piano
vrir. (Emilio Brentani)
PCL10158 • 1 CD Piano Classics
Johann Kuhnau (1660-1722)
Cantates « Ich hebe meine Augen auf »,
« Ach Gott, wie lässt Du mich verstar-
U n sommet du piano romantique, une
révolution pianistique… pour goûter
pleinement cet enregistrement, il faut
ren », « Muss nicht der Mensch », « In te,
(re)lire la manière géniale dont Charles Stanislaw Moniuszko (1819-1872)
Domine, speravi », « Gott hat uns nicht
Rosen décrit, dans «  la génération Mélodies choisies pour baryton et piano
gesetzt zum Zorn », « Was Gott tut, das ist
wohlgetan »; Messe brève romantique  », comment Liszt trans- Leszek Skrla, baryton; Anna Mikolon, piano
Opella Musica; Camerata Lipsiensis; Gregor forma en deux étapes de médiocres AP0435 • 1 CD Acte Préalable

S
Meyer, direction études écrites à 15 ans en un objet tanislaw Moniuszko est un com-
CPO555190 • 1 CD CPO sonore jamais entendu alors  : doigtés positeur polonais majeur dont la

A
Karen Khachaturian (1920-2011) vec ce remarquable quatrième vo- (que parfois les pianistes trahissent par réputation fut assurée par une douzaine
Gayane, ballet; Danse; « Song-Poem », in lume de l’intégrale en cours, voici confort) générant des sonorités inouïes, d’opéras et autant d’opérettes. Outre le
Honor of Ashugs; Adagio, extrait de Spar- venu le temps des solistes. Leurs voix passage du diatonisme au chromatisme répertoire lyrique qu’il dirigea comme
tacus, ballet; Andante Sostenuto, etrait du désormais familières sont propulsées
Concerto pour violon / K. Khachaturian : sur le devant de la scène par un pro-
Sonate pour violon en sol mineur, op. 1 foison de partitions, opéras, sympho-
Ruben Kosemyan, violon; Natalya Mnatsakanyan,
gramme intelligemment construit. Il
nous donne à connaître des œuvres de
Sélection ClicMag ! nies (Furtwängler créera la Deuxième à
piano Leipzig en 1924), oratorios, des lieder
petit format, sans doute conçues pour
BRIL95357 • 1 CD Brilliant Classics à tomber (certains ont été gravés), des
des usages privés, reposant chacune œuvres pour le piano et petit ensemble

D eux mondes musicaux distincts,


finalement ! Une belle version de la
sonate opus 1 (1947) de Karen Khat-
sur la prestation d’un unique soliste ac-
compagné par un instrumentarium très
réduit mais utilisé de manière optimale.
de musique de chambre dont le « Quar-
tetto Raro  » tire deux opus de la dé-
cennie 1910. Le Trio en ut mineur est
chatourian et des transcriptions pour Défilent ainsi un alto pétri d’humanité, l’œuvre d’un adolescent de seize ans,
violon et piano de pages diverses de une basse chaudement colorée et per- brahmsien, mais magnifiquement écrit,
Aram Khatchatourian, oncle de Karen. cutante, un ténor triomphant et une so- avec déjà des recherches harmoniques
Dédiée à Leonid Kogan, la sonate est prano acclimatant le style italien au pro- qui neuf ans plus tard se seront affir-
une pièce de virtuosité pour le vio- testantisme allemand… Le sentiment Wilhelm Kempff (1895-1991) mées dans ce magnifique opus de fan-
lon en trois mouvements rapides, d’intimité qui s’en dégage est contre- taisie qu’est le Quatuor op. 15, pour un
Quatuor en sol majeur, op. 15 pour flûte,
n’excluant ni grâce ni brillance, dans balancé par trois œuvres convoquant violon, violoncelle et piano; Trio en sol alliage peu courant  : flûte, violon, vio-
un style néo-classique, proche de Pro- l’ensemble des voix : toutes illustrent le mineur pour flûte, violoncelle et piano loncelle et piano. Kempff avait une pré-
kofiev et de Ravel. Sept transcriptions travail que Kuhnau devait fournir pour Quartetto Raro dilection pour la flûte, elle sera le héros
de pièces de ballets dont «  Gayaneh  » accompagner les cérémonies funéraires de son deuxième opéra « Die Flöte von
BRIL95629 • 1 CD Brilliant Classics
(1942) et «  Spartacus  » (1956) et l’ et datent de périodes différentes de sa Sanssouci  » auquel il pensait déjà en
« Andante sostenuto », deuxième mou-
vement du concerto pour violon en ré
carrière, dans un raccourci assez saisis-
sant. Interprètes inspirés, Opella Musi- W ilhelm Kempff compositeur  ? On
l’oublie trop, mais durant l’entre
deux-guerres Wilhelm Kempff composa
composant cette bucolique, écrite lors
d’un de ses séjours suédois, partagée
mineur (1940) dédié à David Oistrakh, ca et la camerata lipsiensis progressent entre rêve et giocoso, balançant entres
complètent le programme, inspirées dans leur maîtrise stylistique tout en un abandon catalogue qui le plaçait au des couleurs très françaises et un dis-
des musiques traditionnelles et popu- évitant l’ostentation, avec une huma- centre de la vie musicale allemande. Sa cours délicieusement néobaroque.
laires de l’Arménie et du Caucase, dan- nité et une éloquence qui me touchent vocation d’interprète et le succès de sa Quelle merveille que ce quatuor-séré-
santes, vives, lyriques, mélancoliques, profondément. En prime très bel orgue carrière de pianiste l’auront éloigné pro- nade, écrit d’une plume légère, œuvre
toujours mélodiques et colorées. Les Silbermann, assez discret mais qui gressivement du papier à musique, en- enivrante dont il est impossible de
deux interprètes, Ruben Kosemian et se révèle brièvement dans «  Gott hat core quelques œuvres après la guerre, quitter l’écoute. Et si un éditeur s’inté-
Natalia Mnatsakanian, d’origine armé- uns nicht gesetzt zum Zorn » : au total puis ce chant du cygne solaire que sera ressait enfin à la divulgation de Kempff
nienne, installés aujourd’hui au Canada, une vraie réussite et un beau moment en 1958 la «  Positano Suite  ». Mais compositeur  ? Il n’est que temps…
éprouvent pleinement ce répertoire sen- d’émotion. (Olivier Eterradossi) dans les années vingt et trente, une (Jean-Charles Hoffelé)

10  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Alphabétique
- ou Johann Simon Mayr lui-même. largo relève encore d’un trompe-l’œil Marriner, qui n’alignait rien moins que
Sélection ClicMag ! Loin de paraitre incongrus, ces ajouts de conservatoire un peu tendre, mais Aurèle Nicolet, Heinz Holliger, Hermann
et quelques réécritures à la marge s’in- la houle du finale emporte tout (Levez- Baumann et Klaus Thunemann. En
tègrent autant à la trame du livret qu’à vous donc, orages désirés !). Mon tout complément, Baborák construit deux
celle de l’opéra, mais tout cela ne serait glorifié par un très beau Fiazoli (nous pseudo-concertos en assemblant des
qu’une découverte mineure si l’inter- n’en dirons pas autant de tous), comme fragments incomplets et des transcrip-
prétation enlevée d’un geste preste par un Steinway avec moins de gras autour. tions  : si l’on est ici dans le domaine
Alessandro de Marchi et son Academia (Gilles-Daniel Percet) de la musique-fiction, on est agréable-
Montis Regalis n’en était si brillante. ment surpris malgré les options icono-
Magnifique de ligne et d’élan le Tito de clastes : remplissage de mesures vides,
Carlo Allemano, en grande voix, et avec mélange des parties de différents cors,
un caractère inextinguible la Vitellia de omission de mesures écrites, cadences
W. Amadeus Mozart (1756-1791) Nina Bernsteiner (une sacrée décou- anachroniques pleines de double-notes,
La Clémence de Titus, opéra en 2 actes verte), magnifique d’expressivité et de cor se substituant à une flûte, voire
Carlo Allemano; Nina Bernsteiner; Kate Aldrich; pur belcanto le Sesto de Kate Aldrich cor démarrant seulement après la der-
Ann-Beth Solvang; Dana Marbach; Marcell pour ne rien écrire des autres qui font nière mesure de l’autographe. Mais
Bakonyi; Academia Montis Regalis; Alessandro Di tous une équipe de chant que la scène c’est drôle, érudit, et vraiment bien fait.
Marchi, direction Conclusion en forme de paraphrase de
transporte. Si bien que cette Clemenza
CPO777870 • 2 CD CPO inattendue, particulière, prends place Dumas  : oui, on peut violer Mozart à
W. Amadeus Mozart (1756-1791)
W iener Hoftheaters 1804  : on re- dans ma discothèque auprès des ver- condition de lui faire de beaux enfants...
Pièces de Concert pour cor et cordes, K ma foi ceux-là ne sont pas laids du
prend La Clemenza di Tito, ultime sions historiques d’un ouvrage qui a 370b, 494a; Adagio pour cor et cordes, K
opéra de Mozart, mais pour donner plus souvent connu l’excellence au disque. 580a; Rondo pour cor et cordes, K 371; 12
tout et valent la peine d’être connus  !
de piment et suivant d’ailleurs les us de Les quelques photos du spectacle Duos pour 2 cors, K 487/K 496a; Andantino (Olivier Eterradossi)
l’époque, on y ajoute des airs brossés affichées dans le livret ne font guère grazioso pour cor et cordes, K Zu 132/02;
pour l’occasion par Joseph Weigl – ce- regretter que’ on en ait que le son… Sinfonia Concertante pour flûte, hautbois,
lui pour Tito à l’acte 1 est une merveille cor, basson et orchestre, K 297b
(Jean-Charles Hoffelé)
Baborak Ensemble
SU4251 • 2 CD Supraphon
chef de l’Opéra de Varsovie, il com- protégé de Sviatoslav Richter y fut cin-
posa 360 mélodies dont le caractère
nationaliste et souvent martial trouva
quième (le gagnant étant Frank Braley).
Mozart (K 457) commence bien, entre
A près ses réductions des concertos
pour cor, Baborák récidive dans Mo-
zart et prend des risques. Cette fois les
un écho retentissant dans le contexte véhémence et scansion dansante, dans
pièces de résistance sont les duos KV
politique et militaire d’une époque où un léger flux et reflux (Beauté mon beau 496a et la symphonie concertante KV
la Pologne, indépendante, n’existait pas souci de qui l’âme incertaine A comme 297b. Mon sang de clarinettiste n’a fait Camille Saint-Saëns (1835-1921)
encore. Les dix-huit mélodies présen- l’océan son flux et son reflux...) qui en qu’un tour en entendant les premiers Concerto pour violoncelle et orchestre n° 1
tées dans cet enregistrement illustrent rend le dramatisme presque swinguant. dans leur instrumentation probable- et 2, op. 33 et 119; Sonate pour violoncelle
parfaitement le style du compositeur. La méditation de l’adagio est un peu ment originale (même si les musico- et piano n° 1, op. 32; Le Carnaval des
Des lignes simples, assez facilement lente, puis la placidité de l’allegro assai logues continuent à s’interroger  : «  2 animaux n° 13, Le Cygne
mémorisables, destinées à être jouées (donc pourtant très vite !) pareillement cors  » comme marqué sur l’original Jamie Walton, violoncelle; Daniel Grimwood,
et chantées chez soi par la bourgeoisie trop pépère. On dirait Richter lui-même ou 2 cors... de basset  ?). Mais joués piano; Philharmonia Orchestra; Alex Briger,
éduquée. Les textes, tirés de poètes comme découvrant-déchiffrant, voire ainsi ils acquièrent un brillant cuivré
direction
principalement lituaniens mais écrits défrichant, sa partition sous le nez qui évoque des fanfares haendéliennes, QTZ2039 • 1 CD Quartz
en polonais, y jouent un rôle essentiel
U
en plein concert  ! De même, légère et rompant radicalement avec le côté un n enregistrement sur le thème du
alternant entre patriotisme, chevalerie, court vêtue, la petite treizième sonate peu ascétique des versions pour bois. violoncelle jouant principalement
sentiments amoureux et humour. La de Schubert commence davantage Baborák et Vlatkovic font ça avec un tel en mineur attire d’emblée l’attention.
maîtrise de la difficile langue polonaise dans le moderato que dans l’allegro, chic qu’on est instantanément conquis. L’instrument et le mode favorables à
y est donc indispensable ce qui ne pose mais en prenant finalement l’allure La toujours contestée concertante pour l’émotion, comme nés l’un pour l’autre
aucun problème ici avec l’excellent ba- d’une promenade enchantée, tandis 4 vents constitue le point faible du cof- depuis les sonates de Vivaldi, sont en
ryton Leszek Skrla (une star lyrique en que le mouvement final sera primesau- fret : déséquilibrée par la prise de son et émulation pour une promesse de bon-
Pologne) accompagné par la très bonne tier à souhait. Dans la dernière sonate par l’individualisme des solistes, elle ne heur...tenue  : L’entente miraculeuse
pianiste Anna Mikolon. C’est technique- de Chopin, la profondeur nocturne du peut rivaliser avec la version de Neville entre soliste et orchestre, les subtilités
ment irréprochable quoique l’on aurait
apprécié une prise de son moins mate.
Au final, voici un disque original de rare- puis Isabelle Faust auront relevé le Deu- dans le Final, tout en ostinatos, en syn-
tés pour mélomanes en mal de décou- Sélection ClicMag ! xième écrit durant l’exil américain en copes de fox-trot et fusées, que le jeune
vertes. (Thierry Jacques Collet) 1943 d’un oubli scandaleux, mais qui homme fait éclater les cadres d’une des
s’est soucié de l’impertinent Premier partitions les plus spectaculaires de
Concerto composé en exact écho aux son auteur. A Paris Martinu osait tout,
audaces musicales du Paris cosmo- comme ses amis Alexandre Tansman
polite de l’entre-deux guerres sinon ou Marcel Mihalovici. Les épices de ses
Bohuslav Matousek dans son intégrale harmonies virevoltent entre l’archet qui
pour Hyperion laquelle devrait bientôt persifle et un orchestre vert, astringent,
reparaitre d’ailleurs  ? Cette désaffec- mené avec alacrité par Heiko Mathias
tion persistante s’explique du moins
Förster. Une fête de rythmes et de cou-
un peu au disque, Josef Suk et Vaclav
leurs enivrante. L’ordonnancement plus
Bohuslav Martinu (1890-1959) Neumann en ayant gravé des versions
lisible du Deuxième Concerto où le gio-
Concerto pour violon n° 1, H 226; Concerto parfaites difficilement égalables pour
W. Amadeus Mozart (1756-1791) le style comme pour l’esprit, les témoi-
coso de Martinu s’épure sans perdre sa
pour violon n° 2, H 293
Sonate pour piano, K 457 / F. Schubert : gnages plus anciens de Bruno Belcic motricité – là encore Thomas Albertus
Sonate pour piano en la majeur, op. 120, Thomas Albertus Irnberger, violon; Orchestre Inrberger fait danser les rythmes d’un
Philharmonique Janacek; Heiko Mathias Förster, (pour Supraphon) et de Misha Elman
D 664 / F. Chopin : Sonate pour piano n° final irrésistible – est mieux connu,
3, op. 58 direction (dans la captation de la création avec
Koussevitzky) s’y ajoutant dans les mais le jeune virtuose le débarrasse des
Alexander Melnikov, piano GRAM99178 • 1 SACD Gramola ombres de la guerre qu’Isabelle Faust et
discothèques Martinu les plus fournies.

U
ADW4004 • 1 CD Pavane n mystère… alors que les violo- Mais enfin un des jeunes archets les Jiri Belohlavek évoquaient si finement :

C omme pour l’Egorov dans la même nistes de la jeune génération se sont revisite  : ce que Thomas Albertus Irn- sa lyrique solaire rayonne dans la
série, on reprend là un enregistre- appropriés les concertos de Korngold, berger entend dans le giocoso perpétuel beauté d’une prise de son renversante.
ment (et un CD) qui avait déjà été réalisé d’Hartmann, de Szymanowski, les deux du Premier Concerto est assez inouï : si A placer au côté de l’album indémo-
sous l’égide officielle du concours Reine grands opus que leur consacra Martinu le paysage pastoral de l’Andante respire dable de Josef Suk et Vaclav Neumann.
Elisabeth de Belgique. En 1991, ce jeune demeurent peux courus. Lorenzo Gatto aussi bien que sous l’archet de Suk c’est (Jean-Charles Hoffelé)

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  11


Alphabétique
de nuances du phrasé, l’intelligence du Ballot a fédéré un nouvel orchestre de revenu (comme le célébrissime Menuet
rendu des contrastes de dynamique, musiciens issus des phalanges vien- Sélection ClicMag ! ou la Mélodie, publiés tels quels ou
touchent au cœur de nos attentes par noises (y compris des prestigieux phil- transcrits pour toutes sortes de forma-
la grâce d’une expressivité intense mais harmoniker) avec le projet d’interpréter tions) et compositions «  sérieuses  »
non raidie dans la volonté imposante, les œuvres de Haydn, Mozart et Schu- comme la sonate op.21. Les premières
l’un des pièges tendus par l’Oeuvre bert dans l’esprit le plus typiquement sont par moments irritantes avec leurs
de Saint-Saëns, souvent caricaturée. viennois. Loin des lenteurs sublimes maniérismes typiques du propre jeu de
/ Des divers motifs d’interêt pour une de ses interprétations de Bruckner dans Paderewski., comme ce Menuet où des
nouvelle exploration de ce répertoire, l’immense basilique de Saint Florian, retards de plus en plus longs semblent
la valeur du silence dans la musique Rémy Ballot et ses quarante musiciens, destinés à mettre le public sur des char-
n’en est pas le moins remarquable. Une enregistrés dans une salle de dimen- bons ardents avant de le faire glousser
leçon. Comment l’habiter : la transition sions humaines, nous offrent un Schu- de manière entendue quand la tension
du premier au second mouvement du bert humain, aux inflexions délicieuse- Ignacy Jan Paderewski (1860-1941) se résout. A l’inverse, la Toccata est un
concerto n°1 est tout simplement... ment chantantes, particulièrement dans Menuet, op. 14 n° 1; Nocturne en si bémol tissu somptueux de climats, de cou-
impalpable dans son irrréalité. Puis en la première symphonie d’un adolescent majeur, op. 16 n° 4; Toccata, op. 15 « Dans leurs et d’harmonies. La sonate op.21
émerger : le crescendo qui mène à son prodige de seize ans, restituée avec une le désert »; Mélodie, op. 16 n° 2; Sonate est d’une toute autre densité avec son
mouvement conclusif n’a rien de forcé fraicheur enthousiasmante. Quant à la pour piano, op. 21 accumulation de motifs mélodiques
ni à contrario d’anodin. / Invitation au célèbre inachevée, elle n’anticipe pas le Radoslaw Sobczak, piano ou rythmiques, sa tension dramatique
voyage  : de l’ardeur des élans épiques monde de Bruckner, mais s’inscrit dans DUX1503 • 1 CD DUX et ses épisodes quasi expression-
des fougueux premiers coups de nistes  : Allegro introductif dominé par
V
une lignée plus classique que roman- irtuose adulé et «  people  » avant
maître - concerto op.33 et sonate op.32 tique, ce qui n’exclut pas l’émotion. Un le rythme, Andante aux réminiscences
l’heure, ambassadeur acharné de la polonaises dont le traitement harmo-
(1872) - du jeune co-fondateur de la disque prometteur qui laisse espérer cause polonaise et premier ministre de nique évoque une Europe plus occiden-
Société Nationale de Musique jusqu’aux une suite à ce projet. Souhaitons donc la nouvelle Pologne après la première tale auquel s’enchaîne un Allegro final
confins du mystère de l’Andante soste- une longue vie au Klangkollektiv de guerre mondiale, Paderewski n’atteignit galopant. Main droite perlée et main
nuto d’un second concerto (1902) par Vienne et espérons qu’il bouclera vite un
ailleurs souriant et plein de maitrise pas tout à fait les mêmes hauteurs en gauche travaillée, Radoslaw Sobczak
cycle schubertien aussi bien entamé  ! tant que compositeur. Le programme
confiante. Les dernières mesures de excelle à parodier gentiment le style
(Richard Wander) proposé illustre deux versants de son
ce mouvement atteignent une magie de Paderewski pianiste dans les minia-
sonore (merveille que ces rencontres œuvre pour piano, tiraillée entre petites tures, et à rendre très lisible la construc-
de cordes !) et spirituelle bouleversante. pièces qu’on peut entendre comme des tion parfois touffue de la sonate : un très
Enfin, l’entracte apaisant offert par le bis mais qui furent aussi sources de beau disque. (Olivier Eterradossi)
célèbre « Cygne » permet de découvrir
un autre registre dans le chant du vio-
flûte, ophicléïde s’abstenir. Et cela se aurait bien fini par se laisser tournebou-
loncelle, se faisant à maintes reprises
discute sabre au clair sur le pré jusqu’à ler idem avec le «  In der Fremde  » de
mezza voce, car complice d’un piano
ce que l’aube s’ensuive, nos lecteurs l’opus 39. (Gilles-Daniel Percet)
au charme aussi personnel et assumé
ayant une tendance insolite à penser
que discret ! L’ensemble du programme
volontiers le contraire de ce qu’on leur
aura vu la sincérité éloigner toute
Robert Schumann (1810-1856) assure mordicus, mais c’est sans doute
velléité de discours solennel creux.
Sonate pour piano et violon en la mineur, la plus belle sonate du genre de tout
(Pascal Edeline)
op. 105; Lied extrait du cycle de Lieder le répertoire français. Dans cet arran-
« Dichterliebe », op. 48; Lied extrait du gement, en voici une nouvelle pousse
cycle de Lieder « Kerner Lieder », op. 35 / adventice dans une vieille parcelle déjà
C. Franck : Sonate pour piano et violon bien encombrée (je ne pourrai plus sor-
Berlin Chamber Duo [Maté Szücs, alto; Michèle tir de cette forêt...). Alors dans l’appré-
Gurdal, piano] hension l’on touche de ce bois qui fait le
HC18027 • 1 CD Hänssler Classic cœur du critique blasé, mais heureuse- Robert Schumann (1810-1856)

U n mélomane moyen d’avoir le mau- ment ce n’est pas alto... massacre. C’est Intégrale de l’œuvre orchestrale
vais goût de n’avoir pas toujours le même très bien, la pianiste embrassant Patricia Kopatchinskaja, violon; Oren Shevlin,
vôtre étant parfois bigleux au-delà de à la perfection les larges horizons de sa violoncelle; Alexander Lonquich, piano; Dénes
sa dureté de feuille de tête de chou, on partition impossible, et l’altiste ajoutant Varjon, piano; WDR Sinfonieorchester Köln; Heinz
Franz Schubert (1797-1828) à la sienne une gravité qui n’est pas que Holliger, direction
pourra trouver que cette pochette de
Symphonie n° 1, D 82; Symphonie n° 8, D CD prête à confusion, voire à contusion celle du son émis, tirant presque ça AUD21450 • 6 CD Audite
759 « Inachevée »
avec son disquaire. On ne percute pas vers un Fauré. Quant au Schumann, il
Klangkollektiv Wien; Rémy Ballot, direction
GRAM99180 • 1 SACD Gramola
illico que ce qui forme duo avec le pia-
no, c’est ici non pas le violon mais l’alto,
luit doucement sous le soleil noir de la
mélancolie, jusqu’au désespoir transpo-
I l existe une véritable empathie entre
le compositeur et hautboïste Heinz
Holliger (né en 1939) et la musique de
A uréolé du succès de ses étonnantes
gravures brucknériennes, Rémy
jusqu’à ce sommet du franckisme qui se
varie pareillement au violoncelle ou à la
sé du grand amour romantique perdu,
«  Hör ich das Liedchen klingen  ». On
Robert Schumann. Il a d’ailleurs reçu en
2016 le « Robert-Schumann-preis » de
la ville de Zwickau pour son « ...engage-

L e chef Thierry Fischer à la tête de mêlant orientalisme et tradition. La nar- ment de toute une vie à défendre l’œuvre
Sélection ClicMag ! son orchestre américain (UTAH, Salt ration n’est ici qu’un prétexte à l’élabo- du compositeur ». Découverte à 15 ans
Lake City) poursuit son exploration du ration d’une musique certes fonction- du concerto pour violon (par Hansheinz
répertoire franco-suisse (Jean Fran- nelle mais raffinée, mélodique, faisant Schneeberger), des enregistrements
çais, Franck Martin, Florent Schmitt) à la part belle à quelques pupitres de avec Alfred Brendel (Romances op.
travers ce nouvel opus consacré à la l’orchestre (Bois et vents). Ce dernier, 94, 1979) et plus récemment l’op. 94
Symphonie avec orgue de Saint-Saëns ici porté par la conduite ferme du chef et 56 chez ECM (2014). Il en donnait
agrémentée de pages plus rares (les suisse, scrute chaque épisode du drame alors une lecture crue et objective assez
Trois Tableaux symphoniques) et d’un avec l’exemplaire probité helvétique. On intimement reliée à son métier de com-
tube, la Bacchanale tirée de Samson et retrouve les mêmes ingrédients (Exo- positeur. Ce coffret du six disques rend
Dalila. Commande du prince Albert 1er tisme suranné, sens du détail) et la compte du travail réalisé entre 2013 à
de Monaco, les Trois Tableaux sont is- même palpitation orchestrale dans la fa- 2016 avec l’orchestre symphonique
Camille Saint-Saëns (1835-1921) sus d’une musique de scène composée meuse Bacchanale du troisième acte de de Cologne, choisi pour enregistrer
Trois Tableaux Symphoniques d’après La à partir d’une pièce d’Eugène Brieux, La Samson et Dalila. Sereine et lumineuse, l’œuvre orchestrale complète (Sym-
foi, op. 130; Bacchanale, extrait de « Sam- Foi, tragédie philosophique située en la Symphonie pour orgue profite elle phonies, ouvertures, concertos, pièces
son et Dalila », op. 47; Symphonie n° 3 en Haute Egypte pendant le Moyen Empire. aussi d’une lecture millimétrée attentive de concert). L’impression générale qui
do mineur, op. 78 « avec orgue » Saint-Saëns revisite ses carnets de aussi bien à l’efflorescence des timbres se détache de l’ensemble est bien résu-
Utah Symphony; Thierry Fischer, direction notes issus de ses précédents voyages qu’à la structure générale de l’œuvre. mée par nos confrères anglais  : «  une
CDA68201 • 1 CD Hyperion en Egypte pour composer une musique (Jérôme Angouillant) miraculeuse transparence de la texture

12  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Alphabétique
de l’orchestre sans sacrifier l’intensité
de l’expression » (BBC MusicMag). On
admire le scrupuleux travail du chef
monique et son côté lisztien, même si le
modèle que Szymanowski avait en tête L a première tranche de vie de ce
compositeur fondit en tranche na-
politaine. En effet, ce fils (1777-1854)
semble avoir été la « Hammerklavier »
sur les partitions et sur l’orchestra- d’auteur d’opéras étudia la composi-
tion dans un souci de dégraisser la de Beethoven. En adoptant un jeu moins tion à Naples mais y participa aussi,
musique, de la rendre plus authentique. cristallin, plus coloré et pesant que pour par la composition (avec Cimarosa  !)
Ainsi l’interprétation du corpus sym- Paderewski, et pourtant d’une lisibilité de chants patriotiques antibourbons, à
phonique est d’une homogénéité par- parfaite même dans les intrications mé- une révolution avortée contre Ferdinand
faite, d’une somptueuse lissité et sans lodiques les plus acrobatiques, Sobczak IV. Huit mois de prison à la clé (de sol
aucune baisse de tension. Des pupitres Alexandre Tansman (1897-1986) boueux) avant rocambolesque éva-
parfaitement mis en place, une petite rend totalement justice à un programme
Deux pièces pour violoncelle et piano; sion  ! Notre Filippo, devenu le réfugié
harmonie étincelante, des attaques et plutôt délaissé par les grands noms du Sonate n° 2; Fantaisie pour violoncelle politique Philip aux Etats-Unis, fonda
des phrasés ajustés, une construction piano (Richter et Yudina exceptés). avec orchestre ou piano; Partita pour d’abord (avec l’allemand Graupner) une
imparable. Le tout exalté par une somp- (Olivier Eterradossi) violoncelle et piano; Quatre pièces faciles académie bostonienne, embryon du
tueuse prise de son. Une réussite tou- pour violoncelle et piano premier conservatoire américain, puis
tefois amoindrie par les concertos. On Cracow Duo [Jan Kalinowski, violoncelle; Marek fit de même à New-York et Philadelphie,
y entend un accompagnement gêné aux Szlezer, piano] tout en menant belle carrière de com-
entournures par un chef aux aguets. Pa- DUX0697 • 1 CD DUX positeur (cantates, opéras, oratorios).
tricia Kopatchniskaja cumulant niaiserie Il qualifia lui-même ses quatuors de
et coquetteries, Hölliger appuie lour- « concertés », à la Viotti, les voix dialo-
dement sur sa baguette (Im kräfigen... guant entre elles sans prédominance du
pachydermique sans parler du Lang- premier violon (comme dans l’ancien
sam  !). L’op. 54 présente parfois un divertimento). Dans une atmosphère
décalage frappant entre le jeu de piano très classique, plutôt loin du toujours
déployé par le soliste (Dennes Varjon) et modèle haydnien. Le premier quatuor
la battue du chef. En revanche, l’op. 129 Thomas Tallis (?1505-1585) s’installe solidement dans une clé de
mené par le violoncelliste Oren Shevlin mi bémol fraîche et joyeuse, avec une
Suscipe quaeso Domine (prima pars); Si
atteste d’une plus grande connivence finesse d’écriture rappelant celle des
entre chef et soliste, de même que les enim iniquitates (secunda pars); Missa
Boris Tichtchenko (1939-2010) symphonies du même. Le second est
pièces de concert (op. 134 et 92) avec Puer natus est nobis; In pace in idipsum;
plus « sturm und drang »et son andante
Alexander Lonquish et l’op. 86 qui Miserere nostri Domine; Messe pour 4 L’œuvre pour piano, vol. 5. Sonates pour
piano n° 4, op. 53, n° 5, op. 56; Invasion,
adopte le fa mineur. Du troisième,
convoque les quatre merveilleux cors voix; Loquebantur variis linguis l’agitation rythmique frôle celle d’un
Concert Etude, op. 131; Confusion, Concert
de l’orchestre. Le volume d’ouvertures The Gentlmen of HM Chapel Royal of Hampton Etude, op. 133 jeune Beethoven. Œuvres plutôt aca-
est quant à lui superbe de maîtrise et Court Palace; Carl Jackson, direction Vladimir Polyakov, piano; Dinara Mazitova, piano démiques, certes, dont on se demande
témoigne de l’entente fusionnelle entre si elles n’étaient pas déjà conçues à
RES10229 • 1 CD Resonus NFPMA99127 • 1 CD Northern Flowers
le chef et « son » orchestre. Une somme Naples. (Gilles-Daniel Percet)
précieuse à acquérir de toutes façons.
(Jérôme Angouillant) H umble serviteur de quatre mo-
narques Tallis fut décrété par la Reine L es sonates de Tishchenko présen-
tées ici sont proches dans le temps
– 1972/73 – et d’écriture symphonique.
Elizabeth 1ere organiste et «  Gentil-
Si la quatrième affiche une modernité
homme de la chapelle royale » en 1540,
parfois assourdissante, la suivante est
rejoint bientôt par son jeune confrère plus variée et narrative dans le conte-
William Byrd. Partageant sa fonction nu, parfois même surprenante dans
avec ce dernier, il compose essentielle- certains passages – l’Intermezzo avec
ment des messes et des motets utilisant ses déroulements de gammes, et le
finale par moment monodique. Maître
aussi bien le latin, l’anglais, le français
du contrepoint et de la rythmique, de
ou l’italien, s’adaptant au contexte poli- la puissance et des contrastes saisis- Richard Wagner (1813-1883)
tique et religieux d’une époque riche en sants, du souffle épique et du mélange Tannhäuser, opéra en 3 actes
Karol Szymanowski (1882-1937) Torsten Kerl; Camilla Nylund; Michelle Breedt;
réformes. Malgré la vogue protestante de style, le déroulement interprétatif
9 Préludes, op. 1; Sonate pour piano n° Markus Eiche; Kwangchul Youn; Lothar Odinius;
2, op. 21; Mazurkas, op. 50; Etude en si et l’anglicanisme naissant, Il restera des sonates de Tishchenko demande
Thomas Jesatko; Stefan Heibach; Rainer Zaun;
mineur, op. 4 n° 3 toujours fidèle au dogme catholique. beaucoup aux pianistes. Vladimir Chœur du Festival de Bayreuth; Eberhard Friedrich,
Radoslaw Sobczak, piano Polyakov pour la n° 4 et le toute jeune direction; Orchestre du Festival de Bayreuth; Axel
C’est justement le chœur des « Gentle-
Dinara Mazitova pour la n°5 et le com- Kober, direction
DUX1502 • 1 CD DUX men of the HM Chapel Royal » en rési- plément ont la foi en cette musique OACD9044BD • 3 CD Opus Arte
E n six jours à peine, Radoslaw Sob-
czak enregistrait simultanément ses
récitals Szymanowski et Paderewski
dence in situ à Hampton Court Palace,
qui est à l’honneur dans ce disque enre-
chevillée au corps. «  Invasion  » et
«  Confusion  », études de concert de
H eureuse reprise en CD du DVD
publié il y a plus de deux ans. Je
gistré en concert dont le programme est 2002/3 proposent une approche diffé-
(DUX 1503). Si les deux compositeurs déplorais dans ces colonnes une mise
rente du piano et complètent bien les
exploitent une bonne part du «  code partagé entre deux Messes et quelques en scène racoleuse, donc conforme aux
sonates. Bonne captation sonore et
génétique » de la musique polonaise, le motets. Deux chanteurs par partie pour standards du Bayreuth actuel, en tous
textes explicatifs de qualité en anglais.
premier remporte haut la main la com- la plupart des pages mais les deux cas une lecture de l’œuvre constituant
(Nicolas Mesnier-Nature)
paraison. Ici la virtuosité est subordon- un absolu contresens. Les mérites
motets principaux et la messe « Missa
née à la musique  : non pas purement purement musicaux de cette production
digitale mais employée à générer des puer natus est nobis » convoquent les n’en ressortent qu’avec plus d’éclat  :
sonorités, des étagements de plans, quatorze chanteurs masculins de l’en- Axel Kober dirige avec fougue et son
des intrications mélodiques assez fas- semble. La lisibilité de cette polyphonie sens des architectures fait merveille
cinantes. Les préludes op. 1 en sont en imitation et l’articulation parfaite dans les ensembles. Kwangchul Youn,
un parfait exemple avec leurs mélodies toujours un peu court de grave, phrase
du latin est légèrement entachée par
plutôt simples mais soumises à un trai- son Landgraf avec noblesse. Markus
tement harmonique tellement élaboré une relative monotonie de l’expression Eiche est un Wolfram viril mais aussi
qu’il fait oublier leur climat un peu uni- (La longue psalmodie horizontale des poète (son Lied du concours). Plutôt
forme. La sonate op. 21, de dix ans plus messes) où la discipline chorale confine réservée dans «  Dich teure Halle  »,
tardive, exploite la même veine mais à l’austérité. Goutez plutôt au recueille-
Filippo Trajetta (1777-1854) Camilla Nylund nous touche par la sim-
sur un matériau bien plus complexe. Si Quatuors à cordes n° 1-3; Marches « Gene- plicité de sa prière au III. Torsten Kerl
ment vérace du « In pace in idipsum »
les perpétuelles escalades de gammes, ral Brown », « President » et « Commodore a sur le papier les qualités d’un grand
l’usage fréquent de grands intervalles et et à l’ampleur vocale et spirituelle Decatur » Tannhäuser, la vaillance du héros et la
des accès de boursouflure peuvent las- du «  Loquebantur variis linguis  »  ! Quatuor Modus sensibilité du Minnesänger. Les contra-
ser, l’œuvre captive par sa richesse har- (Jérôme Angouillant) DCTT60 • 1 CD Digressione dictions du personnage sont restituées

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  13


Récitals
avec finesse. En difficulté à la fin de
son « Dir Töne Lob », on le retrouve en
grande voix ensuite, jusqu’à un récit de
Sélection ClicMag ! B elle idée de réunir dans un coffret
une vaste anthologie du concerto
pour violoncelle. Chuchotement intime,
pacités polyphoniques de l’instrument,
peu d’œuvres concertantes d’envergure
sont consacrées au violoncelle avant les
Rome expressionniste. Vocalement une lamentations douloureuses ou chant années 1800. La période romantique est
très belle soirée. (Olivier Gutierrez) passionné, le violoncelle est souvent particulièrement féconde pour la littéra-
considéré comme l’instrument le plus ture concertante du violoncelle, alors
proche de la voix humaine par sa pro- que le XXe siècle livre certains des plus
fondeur et les émotions qu’il exprime grands chefs-d’œuvre du genre. De son
dans ses sonorités. C’est à Crémone, éclosion à son avènement, c’est un pas-
ville importante pour la musique occi- sionnant voyage à travers les époques
dentale, que le violoncelle prend sa que nous propose Brilliant Classics.
forme définitive au cours du XVIe siècle Entre partitions majeures (Schumann,
Concertos pour violoncelle dans les ateliers du luthier Andrea Ama- Saint-Saëns, Dvorak, Tchaikovski…)
Œuvres choisies de Vivaldi, Porpora, ti. D’abord confiné à un rôle d’accompa- et perles méconnues de compositeurs
C.P.E. Bach, Boccherini, Saint-Saëns, gnement, l’instrument gagne ses lettres moins familiers (Lalo, Bruch, Fauré,
Haydn, Schumann, Bruch, Tchaikovski, de noblesse à la période baroque, où il Kabalevski…), le voyage est intense,
Sing a Cappella ! Kabalevski, Ginastera, Lalo, Finzi…
abandonne une place modeste au sein et nombreuses sont les découvertes.
Œuvres pour chœur d’enfants de Croce, Andrzej Bauer; Julius Berger; Enrico Bronzi;
du groupe de continuo et s’impose en D’excellents solistes à la réputation déjà
Mealor, Elberdin, Runestad, Knüpfer, Adriano Maria Fazio; Francesco Galligioni; Tim
Purcell, Parry… Hugh; Alexander Ivashkin; Maria Kliegel; Alexander tant qu’instrument soliste. C’est à cette bien établie (Alexander Kniazev, Ra-
Singknaben der St. Ursenkathedrale Solothurn; Kniazev; Mark Kosower; Zara Nelsova; Franziska période que lui sont dédiés les premiers phael Wallfisch, Franscesco Galligoni),
Andreas Reize, direction Romaner; Timora Rosler; Alexander Rudin; István concertos. Même si plusieurs compo- promènent avec brio leur archet au fil
Várdai; Stefano Veggetti; Jan Vogler; Raphael siteurs importants bien représentés ici d’un répertoire dont ils ont la parfaite
ROP6171 • 1 CD Rondeau Wallfisch; Dmitry Yablonsky... (Vivaldi, Haydn, C.P.E. Bach, Boccherini) maîtrise. Une édition passionnante et
BRIL95782 • 15 CD Brilliant Classics visitent en profondeur l’étendue des ca- très complète à découvrir absolument !

Andreas Scholl, contreténor; Tamar Halperin, piano tie et de narcissisme. Les amateurs de ainsi découvert une sonate en Ut majeur
0301167BC • 1 CD Berlin Classics musique classique en seront donc pour d’une brièveté prestement enlevée par
leurs frais ; quant aux admirateurs d’An- les deux musiciennes transalpines. La
A qui s’adresse sérieusement ce CD
de moins de 43 mn  ? Les notes
d’accompagnement ne craignent pas de
dras Scholl et de sa voix de contreténor,
ils devront se contenter d’à peine deux
quinzième plage contient le Rondeau
Militaire sur le thème « Non piu andrai »
pistes dans cette tessiture, qui ne sont tiré de l’opéra de Mozart «  Les Noces
l’expliciter ; il s’agit simplement du reflet
pas non plus les meilleures de sa disco- de Figaro  ». Ce pastiche éclaire d’un
sonore de petites cérémonies familiales
The Family Songbook graphie, à en croire la restitution sans jour nouveau le thème mozartien chanté
autour du couple Scholl-Halperin afin
relief du lied de Brahms, seul musicien par Figaro, l’ancien barbier de Séville
Light & Shadow (Oren Lavie); La Le Lu de « pouvoir survivre dans la mémoire
(Heino Gaze, Heinz Rühmann); La Le Lu « classique » convoqué pour ces auto- devenu le factoton du comte Almaviva.
de nos enfants lorsque nous ne serons
(Alm’as Version); I Bought Me a Cat (Tra- célébrations. (Alain Monnier) Chacun pourra se souvenir de l’exubé-
plus là ». Résultat : un ensemble assez
ditional); Shir Roiim (Danny Sanderson); rance du Cygne de Pesaro dans son
lénifiant de chansons, en allemand,
Sweet Baby James (James Taylor); Mango «  Barbier de Séville  ». Le mélomane
(Traditional); Buba Zehava ‘Miriam Yalan hébreu, anglais, notamment des ber-
vagabondera sur le lac argenté de son
Stekelis, Shmulik Kraus); Layla Tov (Yoni ceuses, traitées de façon «  variétés  »,
CD à la découverte d’œuvres finalement
Rechter, Jonathan Geffen) (2 versions); interprétées dans l’entre-soi par des
assez peu connues  : d’Ignace Pleyel à
In Stiller Nacht (Idan raichel, Friedrich professionnels et des non-profession-
Spee); Pizomon LaYakinton (Rivka Gvill, Friedrich Wieck en passant par Koze-
nels avec ce que cela implique, assor-
Lea Goldberg); Lullaby (Billy Joel); Numi luch, Johann Christian Bach, Czerny et
ties de commentaires aussi inintéres-
Numi (Traditional, Joel Engel, Yechiél Ries. Mélomanes de France et de Na-
sants que de justifier le choix de tel air
Halperin); Shir Eress (Sasha Argov, Nathan varre, embarquez-vous sur ce voyage
Altermann); Children Song #67 (Chick
parce qu’il a eu un « effet positif miracu-
du vaisseau Urania et vous apprendrez
Corea); Im HaLayla HaZé (Tamar Halperin, leux sur la détermination de notre fille à
par une leçon magistrale l’histoire de
Lea Goldberg); Guten Abend, Gut’ Nacht vouloir manger des fruits ». On reste un
La musique pour clavier à 4 la musique pour piano à quatre mains,
(Traditional, Johannes Brahms) peu confondu devant tant d’immodes-
entre le préromantisme et le roman-
mains du 18e au 21e siècle
tisme finissant de la dernière moitié du
L. Kozeluch : Duo en fa majeur / I. J.
siècle en Italie, ils furent progressive- XIXe siècle. (Jacques Darras)
Sélection ClicMag ! ment remplacés par les madrigaux qui,
Pleyel : Sonate en sol mineur / E. W.
Wolf : Sonate en do majeur / J. C. Bach :
eux, reposent sur des textes poétiques Sonate en la majeur / F. Ries : Introduction
élaborés, accompagnés par une ligne et Polonaise / F. Wieck : Geswind Valse;
de luth sophistiquée. Soulignant le texte Polonaise / C. Czerny : Introduction e
avec un souci constant du cantabile, ils Allegro agitato, op. 264; Rondeau militaire
sur le thème de Figaro « Non più andrai »,
permettent aux interprètes d’exprimer
op. 461
virtuosité et talent. La soprano légère
Agela Lazzaroni, clavecin, piano, piano-forte;
Barbara Zanichelli et le luthiste Luca Chiara Nicora, clavecin, piano, piano-forte
Pianca (par ailleurs co-fondateur d’Il
Giardono Armonico) sont des spécia- LDV14043 • 1 CD Urania

Venite amanti
listes du répertoire baroque. Il nous
offre une anthologie de frottoles des L e titre de ce CD convient à cette
production qui réunit neuf œuvres
pour clavier à quatre mains des XVIIIe
Musique polonaise pour flûte
et piano
Frottoles et madrigaux de la Renaissance meilleurs compositeurs (Tromboncino,
et XIXe siècles. Les gracieuses clavié- W. Kilar : Sonatine pour flûte et piano /
italienne de B. Tromboncino, V.P. Manto- Mantovano…) complétées d’œuvres
W. Lutoslawski : 3 Fragments pour flûte et
vano, O. de Lassus, J. Arcadelt, C. Festa… des meilleurs madrigalistes d’obé- ristes, Lazzaroni et Nicora, cisèlent avec
piano / A. Panufnik : Hommage à Chopin,
Barbara Zanichelli, soprano; Luca Pianca, luth de dience italienne (Cara, Festa, Verde- délicatesse les pièces des sept compo- pour flûte et piano / P. Perkowski : Inter-
la renaissance lot…). Le duo d’interprètes fonctionne siteurs. Le clavecin est une copie d’un mezzo, Sonate Romantique pour flûte et
STR37106 • 1 CD Stradivarius brillamment, la voix claire et expressive Goermans-Taskin de la fin du XVIIIe piano / A. Tansman : Sonatine pour flûte et
de la soprano se mariant parfaitement siècle. Le pianoforte de la collection piano / H. M. Górecki : Valentine Piece, op.

C ommençons par rappeler la diffé-


rence entre Frottoles et Madrigaux.
Les premiers sont la forme antique des
aux lignes de luth toutes en légèreté et
virtuosité. La prise de son très claire et
de la Villa Medici Giulini de Briesco et
le piano Bluthner Aliquot de 1954 sont
70 pour flûte seul; « For You, Anne-Lill »,
pour flûte et piano, op. 58 / K. Penderecki :
Misterioso pour flûte et piano
naturelle rend hommage à ce petit réci- des choix tout à fait judicieux pour cet
seconds. Ils reposent sur des textes en Agata Kielar-Dlugosz, flûte; Andrzej Jungiewicz,
tal dont la durée (50 minutes environ) et enregistrement très recommandable.
piano
langue vulgaire, de tradition orale, issus la variété de style évitent le piège de la Parmi les sept compositeurs figurant
de contes ou de récits guerriers et sont monotonie pour nous offrir la surprise sur ce CD, Ernst Wilhelm Wolf était DUX1475 • 1 CD DUX
accompagnés au luth peu ornementé.
En vogue jusqu’au début du XVIème
d’une sympathique et belle découverte.
(Thierry Jacques Collet)
un inconnu pour le mélomane de
soixante-quatorze ans que je suis. J’ai L a rencontre de Henryk Górecki, au
Lerchenborg Festival (Danemark,

14  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Récitals
1984), avec Anne-Lill Ree, flûtiste
norvégienne, marque le retour du
compositeur à cet instrument, pour
O n ne fera pas la fine bouche devant
cet hommage au cor, magnifique
instrument au timbre unique et irrem-
extrait de Sinfonietta / W. Kerschek : The
Trumpets Shall Sound; Space Heroes
Matthias Höfs, trompette
Prélude en mi mineur / J. S. Bach : Sonate,
BWV 1033; Prélude et Fugue, BWV 532;
Fantaisie et Fugue en sol mineur / T.
Albinoni : Adagio en sol mineur / J. G.
lequel il avait, en début de carrière, plaçable dans l’orchestre. Utilisé dans la 0301129BC • 1 CD Berlin Classics Albrechtsberger : Concertino en mi bémol
expérimenté la forme ouverte, avec musique classique, cor anglais ou cor
une reconnaissance mitigée. For You,
Anne-Lill, avec sa féroce partie cen-
de basset, il est dit aussi «  naturel  »
ou à pistons. Le cor «  moderne  » fut
Q ue l’on ne s’y trompe pas, ce cd est
bien plus qu’un récital proposé par
le virtuose allemand Matthias Höfs et
majeur / A. Marcello : Adagio, extrait du
Concerto pour hautbois en ré mineur / R.
Valentino : Sonate en ré mineur / G. Muf-
trale, ses répétitions persistantes, ses importé en France par l’italien Spontini ses disciples d’hier ou d’aujourd’hui,
fat : Toccata Octava / A. Scarlatti : Sinfonia
contrastes entre mélancolie et fureur, en 1823. De nombreux compositeurs en sol majeur / J. Pachelbel : Chaconne
soit un programme qui ne concerne- en fa mineur / G. P. Telemann : Sonate en
ses motifs ornithologiques quasi ono- (Fétis, Halévy) l’adoptèrent par la suite rait en fait que les inconditionnels de la si bémol majeur, TWV 41 : f1 / A. Corelli :
matopéiques, donne son nom (à juste dont Charles Gounod. Ses six mélodies musique pour cuivres. En sus de pièces Sonate en mi bémol majeur / J. Filas :
titre) à ce disque qui rassemble, au- pour cor et piano ont pour dénomina- plus ou moins attendues de Strauss, Adagio; Apassionata / F. Mendelssohn Bar-
tour de la flûte et du piano, plusieurs teur commun un certain charme qui Stravinsky et Janacek, mais, pour cer- tholdy : Sonate, op. 65 n° 1 / J. Koetsier :
grands noms de la musique polonaise. dépasse la simple étude. Joseph Emile Echo Concert, op. 124 pour 2 trompettes
taines, peu enregistrées et donc inté-
On y trouve ainsi les Trois Fragments Meifred (1791-1867) fut le grand pro- piccolo et orgue; Parita « Lobe den Herren,
ressantes à redécouvrir, le trompettiste den mächtigen König », op. 4
(1953) de Witold Lutosławski, initia- moteur du cor à pistons. Auteur d’un nous explique pourquoi, trouvant le Otto Sauter, trompette piccolo I; Franz Wagner-
lement écrits pour flûte et harpe, pour «  Traité théorétique et pratique du nombre de telles compositions trop meyer, trompette piccolo II; Christian Schmitt,
le Théâtre Radiophonique Polonais, cor chromatique  », il le rendit acces- limité, il s’empresse d’interpréter des orgue
gracieuses miniatures pétillantes ; sible auprès des conservatoires tout œuvres nouvelles comme celles d’Itaru BRIL95565 • 3 CD Brilliant Classics
l’Hommage à Chopin (Suite Polonaise, en formant des professeurs. Ses dix Sakai, jeune compositeur japonais né en
1949), d’Andrzej Panufnik, originelle- Vocalises se contentent d’explorer la 1970, ou, surtout, Wolf Kerschek, com-
ment arrangé pour soprano et piano, technique de l’instrument. On appré- positeur éclectique et inspiré, alliant
simplement charmant ; l’Intermezzo cie, connaissant la redoutable difficulté divers genres musicaux, et à qui cet en-
(Romantic Sonnet) pour flûte et piano technique imposée à la corniste (An-
registrement fait la part belle. Son The
(1954) de Piotr Perkowski, suspendu, à nekke Scott), son timbre doux, fruité
Trumpets shall sound prouve l’inventi-
la tension non résolue ; la néoclassique ou boisé, assez proche finalement de la
vité du musicien qui fait se succéder de
Sonatine pour flûte et piano (1951) de voix humaine. A ce titre les Six Mélodies
belles atmosphères chaudes et colorées
Wojciech Kilar, classique et celle (1925) Favorites de « François Schubert » (sic)
et des évocations rythmiques alliant
d’Alexandre Tansman, primesautière. du dénommé Jacques François Gallay
réminiscences baroques, impression-
Pour clore, minuscule pastille suspen- (1795-1864) en témoignant de cette
nistes ou jazz. Le résultat, servi par une
due dans le temps, Misterioso for flute congruence, possèdent une saveur Songs for Strings
excellente prise de son, séduira bien
and piano (1954), à l’atmosphère im- particulière Idem pour la transcription Arrangements pour cordes d’œuvres de
au-delà des seuls amateurs. Le livret,
pressionniste et hypnotique, témoigne de la mélodie de Gounod « A la nuit ». Dowland, Purcell, Elgar, Lotti, Porpora,
en allemand et anglais, fournira d’utiles
d’une face peu connue de l’esthétique (Jérôme Angouillant) Vivaldi, Fraser, Scriabine, Liszt, Ravel et
musicale de Krzysztof Penderecki. informations sur les musiciens, leur Marais.
(Bernard Vincken) collaboration, les œuvres et les circons- English Chamber Orchestra; English Symphony
tances de leur présent enregistrement. Orchestra; Donald Fraser, direction
(Alain Monnier) AVIE2391 • 1 CD AVIE Records

T rès actif dans les domaines de la


scène et des médias, le compositeur
et chef d’orchestre écossais Donald
Fraser nous propose des arrangements
pour orchestre à cordes de quinze
pièces musicales, essentiellement vo-
Œuvres pour trompette cales, de toutes époques, de Dowland
à Fraser lui-même. Fait de courtes
R. Strauss : Festmusik der Stad Wien / I.
Musique contemporaine améri- Stravinski : Fanfare for a New Theatre; Fan- miniatures alternant différents climats
caine pour flûte et guitare fare pour 3 trompettes; Fanfare d’ouverture sonores, le programme, dominé par le
pour le ballet « Agon » / I. Sakai : Sinfonia Rendez-vous Royal répertoire britannique et la figure d’Ed-
G. Rochberg : Muse of Fire, pour flûte et
guitare; Ora Pro Nobis, pour flûte et guitare et Caprice / L. Janácek : Sokol-Fanfare, A. Vivaldi : Concerto, RV 310 / N. Bruhns : ward Elgar, présente une succession
/ T. Riley : Cantos Desiertos, pour flûte et
guitare / M. Ribot : Bateau, pour guitare /
prochaient particulièrement. Pourtant demith (1er et 2e mouvements) comme
O. Golijov : Fish Tale, pour flûte et guitare /
C. Wuorinen : Hexadactyl, pour guitare / R. Sélection ClicMag ! chacune témoigne de ce qu’apporta à la chez Ibert (Gigue), quelque chose de
C. Seeger : Diaphonic Suite, pour flûte / M. musique, en dehors même du boulever- la suite, et de la danse. Cet allègement
Delpriora : Elegia, pour guitare sement introduit plus tôt par l’école de des formes est littéralement mimé par
Daniele Ruggieri, flûte; Alberto Mesirca, guitare Vienne, la courte période de remise en la façon dont les musiciens s’effacent,
BRIL95753 • 1 CD Brilliant Classics question et d’innovation comprise entre les uns après les autres, à la fin de la
1918 et la crise de 1929. Ce qui réunit pièce d’Hindemith. Dans sa présenta-
ces pièces, c’est le traitement particu- tion (malheureusement non traduite), le
lier qu’elles imposent au concerto  : jeune et brillant violoncelliste C. Heesch
celui-ci ne met plus en scène de grands montre à quel point il a su exploiter
orchestres face au Soliste, mais des jusqu’au bout, comme l’orchestre, la
effectifs restreints (jamais plus de 12 logique contenue implicitement dans
L’Âge d’or du violoncelle, 1925 musiciens ici) relevant de l’orchestre ces pages  : scansion extrêmement
P. Hindemith : KammerMusik n° 3, op. 36 de chambre, ce qui, du même coup, claire, lisibilité absolue, autonomie des
n° 2 / J. Ibert : Concerto pour violoncelle et modifie le statut du violoncelle solo  : pupitres, interaction permanente entre
orchestre à vents / E. Toch : Concerto pour Hindemith parle à propos de sa Kam- eux, aération et respiration vivifiantes
violoncelle et orchestre de chambre, op. 35 mermuzik n° 3 de 10 solistes, Martinu qui circulent à tout moment dans une
Le Cor Mélodique / B. Martinu : Concertino pour violoncelle, répertorie les instruments sans préci- musique à la trame pourtant serrée. Un
Mélodies, vocalises & chants pour cor et vents, piano et percussions en do mineur,
ser s’ils sont solistes ou accompagna- Hindemith plus lent, mais plus ciselé,
piano. C. Gounod : Six Mélodies pour cor H 143
teurs… L’autonomie des pupitres est à et donc plus urgent et passionnant que
à pistons et piano, CG 566; À la nuit, CG Christoph Heesch, violoncelle; Eroica Berlin; Jakob
321 / J.-E. Meifred : Dix Vocalises, extrait son comble dans la partition de Toch, celui de Harell avec les musiciens du
Lehmann, direction
de « Méthode pour le cor chromatique ou dont le 4e mouvement semble annoncer Concertgebouw et R. Chailly. Et partout
à pistons » / J. -F. Gallay : Les Chants du
GEN18613 • 1 CD Genuin la musique pour cordes, percussion et un élan, un engagement, une pulsation,
Coeur, Six Mélodies de F. Schubert, op. 51
Anneke Scott, cor natirual, cor à pistons; Steven
Devine, piano
C es œuvres ont été composées entre
1924 et 1925 par quatre composi-
teurs étroitement contemporains que
célesta de Bartok. Cette déconstruction
du concerto comme forme monumen-
tale, renoue, en un sens, avec la tradi-
une dynamique irrésistible. Un grand
disque qui rend un égal hommage
à des pages inégalement connues.
RES10228 • 1 CD Resonus ni leurs origines, ni leur style ne rap- tion baroque. Il y a d’ailleurs chez Hin- (Bertrand Abraham)

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  15


Récitals / DVD et Blu-ray
de pièces, transposées pour cordes, à cordes / C. Saint-Saëns : Sarabande en Byström; Elizabeth Watts; Dawid Kimberg; Chœur tableaux chatoyants, superbes cos-
manifestant au-delà des intentions mu- mi majeur, op. 93 et orchestre du Royal Opera House de Londres; tumes et décors magnifiques évoquant
sicales d’embellissement, un projet de Ciconia Consort; Dick van Gasteren, direction Nicola Luisotti, direction; Kasper Holten, mise les ruelles ensoleillées de Vérone : Les
en scène
reformulation esthétique. On y célèbre, BRIL95734 • 1 CD Brilliant Classics ingédients du succès de la chorégraphie
pour notre plaisir, avec une certaine OA1145D • 1 DVD Opus Arte de Cranko sont toujours là. Directeur du
pompe et solennité la majesté expres- OABD7152D • 1 BLU-RAY Opus Arte Ballet de Stuttgart de 1961 à sa mort en

T
sive des cordes de l’English Chamber radition ? Si ce n’étaient des vidéos 1973, il crée ce «  Roméo et Juliette  »
et de l’English Symphony Orchestra. qui polluent l’image filmée – en spécialement pour son ensemble, et
Enregistrement en forme de bande-son, scène elles devaient prendre tout leur c’est aujourd’hui cette version de la
en quelque sorte très visuel, « Nuages sens – on croirait bien que oui. Cos- tragédie amoureuse shakespearienne
gris » de Liszt, voire pittoresque, si l’on tumes quasi d’époque sinon quelques qui est plébiscitée dans le monde entier.
peut dire, propre à servir la scène et le détails qui viennent y piquer une pointe Amusante anecdote, cette production
cinéma, où l’on sent la veine théâtrale d’exogène, comme le col de fourrure marque un autre anniversaire  : Celui
de l’arrangeur. En fin de programme, du manteau du burlador, décor ad hoc, de Marcia Haydée, ancienne «  prima
une page du compositeur lui-même, ce Don Giovanni se regarde, croit-on, ballerina » de Stuttgart, muse de John
Le classicisme bohémien
«  Epilogue for Strings  », à l’épanche- sans surprise. Hors Kasper Holten, Cranko, celle qui sera sa toute première
ment un peu facile, et une curiosité J.B. Vanhal : Symphonie n° 1 / F. Benda : - et très remarquée - Juliette. Elle campe
Concerto pour flûte et orchestre / L. Koze- désormais patron à Covent Garden, en
moderniste, «  Sonneries  » inspirées réserve au moins une de taille. Ce n’est ici le rôle de la bienveillante nourrice de
luch : Symphonie pour vents / J. Sobeck :
des « Cloches de Sainte Geneviève » de Concerto pour clarinette et orchestre / Z. plus Don Giovanni qui fait la chasse la jeune Capulet et célébre en grande
Marin Marais, remixées et tamisées au Fibich : Ouverture « Sarka »; Symphonie aux femmes, mais les femmes qui pompe son 80e anniversaire sur scène.
synthétiseur façon Oldfield ou Vangelis. n° 3 / B. Foerster : Concerto pour violon et l’assaillent et défaillent dans ses bras. Elle y retrouve deux autres membres de
Cet enregistrement, composite, un peu orchestre n° 1 A peine un séducteur, presque une vic- la distribution originale puisqu’elle est
déconcertant, permettra à l’auditeur, Andras Adorjan, flûte; Dieter Klöcker, clarinette; time. Ce retournement de caractère se accompagnée de la légende danoise
friand de palimpsestes et de cordes, Andrea Duka Löwenstein, violon; Prager Kamme- Egon Madsen dans le rôle de Frère Lau-
glisse dans une lecture autrement de
selon sa sensibilité et son goût, de trou- rorchester; Orchestre Philharmonique de chambre rent et de Reid Anderson, actuel direc-
de Munich; Michael Helmrath, direction; Ensemblr
pure tradition et musicalement presque
ver son ravissement. Qualité sonore au- teur artistique du Ballet, dans le rôle de
Ars Rediviva; Milan Mucklinger, direction; de routine : la faute à Nicola Luisotti et à
delà de tout éloge. (Emilio Brentani) Lord Capulet. L’alchimie avec les dan-
Philharmonie Tchèque; ORF Radio-Sinfornieor- ses tempos assis, à son orchestre épais.
seur de la prestigieuse compagnie est
chestrer Wien; Sylvain Cambreling, direction; Gerd Littéralement on ne dirige plus Don
totale et leur performance commune est
Albrecht, direction Giovanni comme cela depuis quelques
une révélation.
MP1802 • 2 CD Orfeo lustres. L’ensemble s’entend et se voit
malgré tout sans déplaisir, d’abord pour
le Don Giovanni si surprenant de Marius
Kwicien, ligne parfaite, mots souvent à
double sens. Leporello, le brillantissime
Alex Esposito, est presque plus cruel
que son maître, mais sur le point de
l’autorité ne résiste pas vraiment face
Musique française pour orchestre au Masetto stentor de David Kimberg,
à cordes baryton décidément à suivre. Très re-
C. Koechlin : Poème symphonique « Sur marquable Don Ottavio selon Antonio
les flots lointains », op. 130 / G. Lekeu : Poli, timbre et galbe, caractère et poé- Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
W. Amadeus Mozart (1756-1791)
Adagio pour cordes / A. Honegger : Hymne sie, tout y est. Les femmes sont hélas Hippolyte et Aricie, tragédie lyrique en 1
pour dixtuor à cordes; Symphonie n° 2 Don Giovanni, opéra en 2 actes dépareillées. Malin Byström campe prologue et 5 actes
pour cordes avec trompette ad libitum / J. Mariusz Kwiecien; Alex Esposito; Alexander une Donna Anna de grande venue et en Ed Lyon; Christiane Karg; Sarah Connolly; Sté-
Castérède : Symphonie n° 1 pour orchestre Tsymbalyuk; Véronique Gens; Antonio Poli; Malin phane Degout; Orchestra of the Age of Enlighten-
grande voix, impressionnante de bout
ment; The Glyndebourne Chorus; William Christie,
en bout, alors que Véronique Gens, le
direction; Jonathan Kent, mise en scène
des années 1960-80, voici un deuxième style et l’élégance même, semble bien
Sélection ClicMag ! volume dirigé cette fois-ci par le très pâle à ses cotés. Une Zerline mure nous OA1143D • 2 DVD Opus Arte
OABD7150D • 1 BLU-RAY Opus Arte
bon chef belge Dirk Brossé dédié aux change trop le personnage. Ensemble

D
années 1980-2000. Dirk Brossé, auteur pas immortel, mais une soirée sans ’emblée : le chef d’œuvre de Rameau,
lui-même de nombreuses musiques de déconvenue. (Jean-Charles Hoffelé) outrageusement relu par Jonathan
film pour Hollywood, est tout à son aise Kent, spectacle flashy et qui s’imagine
pour faire rutiler le splendide LPO, un provocateur, ne se regarde simplement
des meilleurs orchestres mondiaux. pas, d’autant qu’Ivan A. Alexandre avait
Grâce à une direction très précise, préalablement remis Hippolyte et Aricie
à une qualité de pupitres fabuleuse dans les lumières, les costumes, les dé-
(quels vents, quelles percussions  !), cors et la machinerie de son temps tout
on redécouvre en quoi ces partitions en relisant sa dramaturgie avec finesse :
Hollywood blockbusters 1980s to sont véritablement de splendides pages le spectacle capté à Garnier est paru
2000s d’orchestration bâties sur des mélo- chez Erato. Ici il vous faudra donc en-
Extraits de bandes originales de films. J. dies aussi géniales qu’envoûtantes. tendre ce DVD, paradoxe courant pour
Williams : Star Wars; Indiana Jones et Les Star Wars et les Aventuriers de l’Arche Serge Prokofiev (1891-1953) des captations qui donnent à voir des
Aventuriers de l’arche perdue / Vangelis : Perdue de l’inévitable John Williams outrages mais conservent pour l’oreille
Roméo et Juliette, ballet en 3 actes
Les Chariots de feu / M. Hamlisch : Le qui ouvre et conclue ce double-CD y la part essentielle du travail des artistes
State Orchestra Stuttgart; James Tuggle, direction;
choix de Sophie / E. Morricone : Mission / résonnent somptueusement (merci à la Stuttgart Ballet; John Cranko, chorégraphie; Jürgen engagés dans ces galères : la musique.
L. E. Bacalov : Le Facteur / A. Badalamen- prise de son). Les images défilent dans Rose, costumes Menée grand train par William Christie,
ti : Twin Peaks / E. Bernstein : Le Temps nos mémoires à l’écoute du déchirant la première Tragédie Lyrique qui coula
de l’innocence / D. Elfman : L’Étrange UE801008 • 2 DVD C Major
concertino pour hautbois de Mission de la plume de Rameau l’année de ses
Noël de monsieur Jack / N. Piovani : La (Morricone) ou du tube planétaire des UE801104 • 1 BLU-RAY C Major cinquante ans s’anime avec un art dra-

5
vie est belle / J. Goldsmith : Mulan / D. 5 ans après sa création, le Stut-
Chariots de feu (Vangelis). On est sidé- matique pas entendu depuis Marc Min-
Davis : The Matrix Reloaded / H. Zimmer :
ré par l’originalité du thème principal tgart Ballet revisite le légendaire kowski. La puissance des enfers saisit,
Gladiator
de Il Postino (Bacalov) où harmonica « Roméo et Juliette » de John Cranko, la profondeur de l’orchestre, le geste
London Philharmonic Orchestra; Dirk Brossé,
et accordéon se combinent avec saxo- cette même chorégraphie qui pose tendu font une grande soirée d’opéra
direction
phone alto avant de se fondre dans un à l’époque les bases du «  miracle du dès que l’on ferme les yeux. Phèdre
LPO0110 • 2 CD LPO orchestre d’une grande douceur. On Stuttgart Ballet », fulgurante ascension (Sarah Connolly) et Thésée (Stéphane

A près un premier volume dirigé par


John Maureci consacré aux mu-
siques des blockbusters de Hollywood
ressort de ces quatre-vingt-dix minutes
de musique le sourire aux lèvres  !
(Thierry Jacques Collet)
de la compagnie allemande. Person-
nages solaires, pas de deux à couper
le souffle, combats de sabres épiques,
Degout) renouvellent leurs incarnations
si éloquentes trouvées à Garnier dans la
mise en scène d’Ivan A. Alexandre, Ed

16  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


DVD et Blu-ray
Lyon et Christiane Karg font un couple absolument heureux, herborisant dans
bien chantant et soignant autant qu’ils le l’écriture fantaisiste et allègre sous la di-
peuvent leur français, mention spéciale rection si dessinée de Yuri Tsyiruk. Par
à l’Arcas d’Aimery Lefèvre et au trio contre « Prométhée » de Scriabine est
à peu prés un cauchemar, l’image bave,
de Dieux selon François Lis. Décidé-
le son pleure, Richter, enserré avec son
ment un Hippolyte et Aricie à entendre. piano dans l’immense orchestre joue
(Jean-Charles Hoffelé) brouillon. Si vous voulez l’entendre
triompher dans cette œuvre, cherchez
Concert du 50e anniversaire de Sviatoslav Richter plutôt l’écho seulement sonore du
l’Orchestre Johann Strauss de J.S. Bach : Concerto, BWV 1052; plus tardif concert donné le 12 avril
Concerto brandebourgeois n° 5 / J. Haydn : 1988, toujours avec Evgeni Svetlanov.
Vienne
Concerto, Hob WVIII n° 11 / A. Scriabine : (Jean-Charles Hoffelé)
J. Strauss II : Ouvertures « Waldmeister », « Prométhée, le Poème du feu », op. 60
« Le Carnaval à Rome »; Polka française
Sviatoslav Richter, piano; Chœur All-Union Radio;
« Neues Leben », op. 278; Polka rapide Orchestre de Chambre du Conservatoire de
« La Bayadère », op. 351; Valse « Conte de Moscou; Yuri Nikoleyasvky, direction; Orchestre de
la Forêt Viennoise », op. 325; Perpetuum Chambre Minsk; Yuri Tsyiruk, direction; Orchestre
Mobile, op. 257; Quadrille de Martha, op. National d’URSS; Evgeny Svetlanov, direction
46; Galop « Click-Clack », op. 466; Valse
Richard Strauss (1864-1949) PDVD1205 • 1 DVD Parnassus
de l’Empereur, op. 437 / Josef Strauss :

V
Ariadne auf Naxos, opéra en 1 prologue Polka mazurka « La Muse dansante », op. oir Richter vraiment  ? Aucun pia-
et 1 acte 266; Polka rapide « V »locipède », op. 259; niste ne fut moins communicatif,
Soile Isokoski; Kate Lindsey; Laura Claycomb; Valse « Transactions », op. 184 / J. Strauss réfugié derrière ses solides lunettes, le
Sergei Skorokhodov; Thomas Allen; London Phil- I : Marche « Radetzky », op. 228 nez dans la partition, tout entier concen-
Orchestre Johann Strauss de Vienne; Alfred
The Frederick Ashton Collection
harmonic Orchestra; Vladimir Jurowski, direction; tré dans son jeu. Mais pourtant il émane
Eschwé, direction S. Rachmaninov : Rhapsody / A. Messa-
Katharina Thoma, mise en scène de ces concerts filmés «  à la diable  », ger : Les Deux Pigeons / F. Ashton : The
CM747208 • 1 DVD C Major où l’on voit les salles, le public, où la Dream; Symphonic Variations; Marguerite
OA1135D • 1 DVD Opus Arte
CM747304 • 1 BLU-RAY C Major caméra s’ennuie en plan fixe, quelque et Armand; La Valse; Méditation de Thaïst;
OABD7145D • 1 BLU-RAY Opus Arte chose d’absolument fascinant qui tient Voices of Spring- Monotones I et II

O au rapport entre l’image quasi immobile


n retrouve Sergey Skorokhodov, le Natalia Osipova; Steven McRae (Rhapsody);
Guido d’ Une Tragédie florentine en et le son de Richter qui donne une autre Lauren Cuthbertson; Vadim Muntagirov (Les
dimension au tout. Le concert Bach du deux pigeons); Akane Takada; Steven McRae (The
Bacchus dans la percutante nouvelle Dream); Marianela Nunez; Vadim Muntagirov
mise en scène de l’Ariadne auf Naxos 25 mars 1978 fascine, Richter y est ma- (Symphonic Variaitons); Zenaida Yanowsky;
signée par Katharina Thoma. Régie gnétique, surpris dans la cadence du 5e Roberto Bolle (Marguerite et Armand, version
Brandebourgeois par un écart, moment 1); Hikaru Kobayashi; Ryoichi Hirano; Samantha
habile, bien ficelée, transposition durant
étrange, mais dans tout le Ré mineur il Raine; Bennet Gartside; Helen Crawford; Brian
la seconde guerre mondiale, avec mise est souverain, entre rigueur rythmique Maloney (La Valse); Leanne Benjamin; Valri
en abîme de Glyndebourne. Au prologue avec quelque chose du plein son qu’y Hristov (Méditaions de Thaïs); Yuhui Chloe;
le spectacle se prépare dans l’Organ Alexander Campbell (Voices of Spring); Emma
mettait Maria Judina, et cet allégement
Room, et à la fin de celui-ci la guerre
Through the Eyes of Yuja des timbres qui parait dans les moments
Maguire; Akane Takeda; Dawid Trzensimiech;
Nehemiah Kish; Edward Watson; Marianela Nunez
éclate, avec bombardement d’avions, Film documentaire sur la vie de Yuja Wang lyriques. Et quel plaisir de voir à ses co- (Monotones I et II); Tamara Rojo; Sergei Polunin
/ G. Gershwin : Rhapsodie in Blue / M. tés Oleg Kagan et dans l’orchestre mené
moment spectaculaire ; pour l’Opéra (Marguerite et Armand, version 2); The Royal
Ravel : Concerto pour piano en sol majeur
Glyndebourne est transformé en hôpital (trop) sévèrement par Yuri Nikolayevsky Ballet; Orchestre du Royal Opera House; Emmanuel
Yuja Wang, piano; Camerata Salzburg; Lionel Plasson, direction; Barry Wordsworth, direction;
Natalia Gutmann ! Infiniment précieuse,
de campagne. Sur tout cela une vraie Bringuier, direction Frederick Ashton, chorégraphie
la captation du 11e Concerto de Haydn
direction d’acteur et quelques perfor- CM745408 • 1 DVD C Major OA1280BD • 3 DVD Opus Arte
– seul enregistrement par Richter que
mances de chanteurs mémorables  : CM745504 • 1 BLU-RAY C Major l’on en connaisse – montre le pianiste OABD7209BD • 3 BLU-RAY Opus Arte
Soile Isokoski en Primadonna-Ariadne
qui ne cache pas son âge, la Zerbinetta
d’être mieux édité, sinon les quelques gence des mots, en accord avec la bat-
de Laura Claycomb en voix d’or, mais
surtout le couple Musilehrer et Kompo-
Sélection ClicMag ! scènes de Götterdämerung et déjà de tue souvent esthétisante de Bernstein
Tristan und Isolde. Mais entre janvier dont l’appassionato continuel semble
nist, Thomas Allen, acteur impayable et décembre 1981, la Radio Bavaroise ici se convaincre que les splendeurs
donnant la répartie à une très surpre- immortalisa une captation au long de Karajan ne sont pas si méprisables
nante Kate Lindsley. A chaque instant cours où il osait tout Tristan document qu’il les avait crues. Peter Hofmann
Jurowski met un théâtre alerte et sen- tout aussi fabuleux que déstabilisant
est magnifique, mâle, ardent, mais doit
sible, rappelant qu’à Glyndebourne, et dont la bande son fut publiée par Phi-
composer avec les tempos irrespirables
à l’opéra, il est décidément chez lui. lips  : le plus long Tristan de l’histoire
de l’enregistrement. On savait que les que lui impose Bernstein pour ses dé-
(Jean-Charles Hoffelé) lires du III : il y survit, puisant dans cette
caméras de la télévision avaient capté
ce «  semi-staged  », voici enfin le film longueur de souffle qui fit un temps sa
Richard Wagner (1813-1883) original en format 4/3 nettoyé des sco- légende au point qu’on avait pu croire
Tristan et Isolde, opéra en 3 actes [Version ries qu’il avait subies durant des années fugitivement à un nouveau Windgassen.
historique de 1981 à la Herkulessaal de d’archivage. L’ampleur des tempos per- Hans Sotin parfait, Bernd Weilkl trop
Munich, « version intermédiaire » sans met à Bernstein de faire émaner tous les rustaud, le venin idéal d’Heribert Stein-
décors ni chorégraphie] venins d’un orchestre étouffant à force bach pour Melot, le merveilleux berger
Peter Hofmann (Tristan); Hildegard Behrens de sensualité morbide : quel deuxième de Zednik, le Seeman dans un brouillard
(Isolde); Yvonne Minton (Brangäne); Bernd Weikl acte  ! Devant l’immensité du geste les
(Kurwenal); Hans Sotin (König Marke); Heribert d’étoiles de Thomas Moser, équipe as-
chanteurs se surpassent, à commencer sez idéale pour l’époque. Les chanteurs,
Steinbach (Melot); Chor und Symphonieorchester
des Bayerischen Rundfunks; Leonard Bernstein, par Hildegard Behrens, magicienne plus en tenue très seventies, sont alignés au
Giuseppe Verdi (1813-1901) direction; Karlheinz Hundorf, réalisation nostalgique que furieuse au I, amante
dessus de l’orchestre, en fond de scène,
bouleversante, lovée dans un érotisme
Tutto Verdi, intégrale des opéras CM746208 • 3 DVD C Major quelques montages brouillons, de pro-
vocal quasiment « salomesque » tout au
Daniela Dessi; Marcelo Alvarez; Leo Nucci; Nino CM746304 • 1 BLU-RAY C Major long du II. Rien que pour cette Isolde, bables raccords playback, tout cela ne

L
Machaidze; Fiorenza Cedolins; Norma Fantini; eonard Bernstein ne fréquenta le la captation est imparable d’autant que gâche pas l’émotion, avivée dés que la
Daniele Callegari; Yuri Temirkanov; Gianluigi théâtre de Richard Wagner qu’épi- la caméra affine le personnage. Mais caméra saisit la battue enveloppante,
Gelmetti; Nicola Luisotti; Pier Luigi Pizzi; Denis sodiquement  : de New York un pre- Yvonne Minton n’est pas en reste, Bran- le visage extasié de Leonard Bernstein,
Krief; Daniele Abbado… mier acte de Walküre (1968, Farrell, gäne très contrôlée qui fait miroiter les si heureux de diriger ce chef-d’œuvre
CM747804 • 27 BLU-RAY C Major King, Langdon) âpre, violent, mériterait splendeurs de son timbre avant l’ur- enfin conquis. (Jean-Charles Hoffelé)

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  17


Sélection CPO

K. Atterberg : Symphonies n° 1 à 9 J.S. Bach : Cantates en dialogue, H. Badings : Symphonies n° 4 et 5 Wilhelm Georg Berger : Concerto J. Brahms : Intégrale des duos A. Bruckner : Symphonie n° 5
Orchestres de la Radio de Stuttgart, BWV 32, 57, 58, 1055a Bochumer Symphoniker pour alto, op. 12; Symphonie n° et quatuors Tapiola Sinfonietta
Frankfurt, Hannover Hana Blazikova, soprano; Kirchheimer David Porcelijn 4, op. 30 Iris Vermillon; Christoph Prégardien; Mario Venzago
Ari Rasilainen BachConsort; Alfredo Bernardini, hautbois Nils Moenkemeyer, alto; Horia Andreescu Marcus Ullmann; Andreas Schmidt
CPO777118 - 5 CD CPO CPO555068 - 1 CD CPO CPO777669 - 1 CD CPO CPO777756 - 1 CD CPO CPO777537 - 3 CD CPO CPO777616 - 1 CD CPO

A. Bruckner : Symphonie n° 8 Scheidt, Lassus, Sommer... : John A. Eberl : Œuvres pour piano C. Farina : Consort Music Zdenek Fibich : La Fiancée de P. Graener : Œuvres orchestrales,
Orchestre du Konzerthaus de Berlin Dowland et ses contemporain Marie-Luise Hinrichs, piano Dresde 1627 Messine, opéra en 3 actes vol. 3
Mario Venzago Hamburger Ratsmusik Accademia del Ricercare Cervoni; Florio; Samek; Magdeburger Oliver Triendl
Simone Eckert Pietro Busca Philharmonie; Kimbo Ishii OP de la radio de Munich; Alun Francis
CPO777691 - 1 CD CPO CPO777799 - 1 CD CPO CPO777605 - 1 CD CPO CPO555034 - 1 CD CPO CPO777981 - 2 CD CPO CPO777697 - 1 CD CPO

G.F. Haendel : Six concertos S. von Hausegger : Natursymphonie J.M. Haydn : Intégrale Johann W. Hertel : Jauchzet dem P. Hindemith : Tuttifäntchen, marche P. Hindemith : Das Marienleben
pour piano, op. 7 Chœur & OS de la WDR de Cologne des quintettes à cordes Herrn alle welt, œuvres sacrées de Noël avec chants et danse en 3 Maya Boog, soprano
Matthias Kirschnereit; Deutsche Kammera- Ari Rasilainen Quintette Haydn Salzbourg K. Huebner, soprano; A. Weller, ténor; tableaux Michael Lakner, piano
kademie Neuss am Rhein Orchestre baroque du Mecklenbourg Choeur & OS de Berlin; Johannes Zurl
CPO777855 - 1 SACD CPO CPO777237 - 1 SACD CPO CPO777907 - 2 CD CPO CPO777732 - 1 CD CPO CPO777802 - 1 CD CPO CPO777817 - 1 CD CPO

F. Liszt : Harmonies poétiques A. Lortzing : Regina L. C. Mizler : Lieder et odes C. Nielsen : Intégrale de la musique A. Panufnik : Symphonie n° 5; M. Reger : Fantaisies chorals,
et religieuses opéra en 3 actes Klaus Mertens, basse-baryton; Sibylla de chambre pour vents Concerto basson; Love Song; Choralsvorspiel
Michael Korstick, piano Johanna Stojkovic; Daniel Kirch; Detlef Rubens, soprano; Rudolf Lutz, clavecin; Ensemble MidtVest Landscape Gerhard Weinberger
Rothe; Ulf Schirmer, direction Maya Amrein, violoncelle Lukasz Borowicz Georg Stahlhut, orgue
CPO777951 - 2 CD CPO CPO777710 - 2 CD CPO CPO777803 - 1 CD CPO CPO777872 - 1 CD CPO CPO777686 - 1 CD CPO CPO777718 - 2 SACD CPO

M. Reger : Fantaisies, Préludes C. M. Reinthaler : 26 Lieder E.N. von Reznicek : Concerto pour N. Rimski-Korsakov : Romances G. Schumann : Lieder et pièces R. Schumann : Symphonies n° 1 à 4
chorals, Romance, Introduction et Peter Schöne, baryton violon; Goldpirol; Till Eulenspiegel choisies pour piano OS d’Odense
passacaille… Günther Albers, piano Sophie Jaffé; Orchestre de la radio de M. Prudenskaya, mezzo-soprano Silvia Weiss, soprano Simon Gaudenz
Gerhard Weinberger, orgue Berlin; Marcus Bosch Cord Garben, piano Karola Theill, piano
CPO777729 - 2 SACD CPO CPO777570 - 1 CD CPO CPO777983 - 1 CD CPO CPO777783 - 1 CD CPO CPO777713 - 1 CD CPO CPO777925 - 2 SACD CPO

H. Schütz : Symphoniae Sacrae I, Der Herr ist König : Cantates G.P. Telemann : Les grands concer- M. Weckmann : L’œuvre pour orgue Woodcock, Baston, Dieupart… : Riccardo Zandonai : Francesca da
SWV 257-276 baroques pour basse de Telemann, tos pour instruments variés, vol. 3. Friedhelm Flamme, orgue La flûte à bec virtuose, vol. 3 Rimini, opéra en 4 actes
Weser-Renaissance Wolff, Liebhold et Roemhildt La Stagione Frankfurt Cappella Academica Frankfurt Vasileva; Mühle; Orozco; Graziani
Manfred Cordes Klaus Mertens; Shalev Ad-El Michael Schneider Michael Schneider Fabrice Bollon, direction
CPO777929 - 2 CD CPO CPO777646 - 1 CD CPO CPO777892 - 1 CD CPO CPO777873 - 2 SACD CPO CPO777885 - 1 CD CPO CPO777960 - 2 CD CPO

18  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com


Clic Musique ! Bon de commande
Votre disquaire classique, jazz, world Février 2019
Disque du mois Filippo Trajetta : Un musicien italien en Amérique, q... DCTT60 13,92 € p. 13 
César Franck Edition. BRIL95793 48,00 € p. 3  Wagner : Tannhäuser. Kerl, Youn, Eiche, Odinius, Jesa... OACD9044BD 24,72 € p. 13 
Musique contemporaine Récitals
Cage Edition, vol. 53 : L’œuvre pour piano, vol. 10. ... MODE304 14,64 € p. 3  Concertos pour violoncelle. Kniazev, Wallfisch, Galli... BRIL95782 43,68 € p. 14 
Eunho Chang : Kaleidoscope. Quatuor Arditti, Ensemble... 0015035KAI 16,08 € p. 3  Sing a Cappella! Œuvres pour chœur d’enfants. Reize. ROP6171 12,48 € p. 14 
Dubedout, Leroux : Tournoiements. Perron, Nouvel Ense... EOR016 11,04 € p. 3  Tamar Halperin & Andreas Scholl : The Family Songbook. 0301167BC 14,64 € p. 14 
Uli Fussenegger : San Teodoro 8. Molinari, Svoboda, S... 0015024KAI 16,08 € p. 3  Venite amanti. Frottoles et madrigaux de la Renaissan... STR37106 15,36 € p. 14 
Damian Marhulets : Lilith’s Lullabies. Marhulets, Bar... 0301145NM 14,64 € p. 3  Pour Connaisseurs et Amateurs. La musique pour clavie... LDV14043 11,40 € p. 14 
Mehdi Khayami : Kamanche Concerto. Windsor, Samimi, G... STR37107 15,36 € p. 4  Musique polonaise pour flûte et piano. Kielar-Dlugosz... DUX1475 13,92 € p. 14 
Luigi Nono : Como una ola de fuerza y luz. Barainsky,... 0015022KAI 16,08 € p. 4  Musique contemporaine américaine pour flûte et guitar... BRIL95753 6,72 € p. 15 
Violin Solo, vol. 10. Aho, Rautavaara, Nordgren : Œuv... TRO1452 14,64 € p. 4  Gounod, Meifred, Gallay : Le Cor Mélodique, Mélodies,... RES10228 13,92 € p. 15 
Stockhausen : Kurzwellen. Meridan, Kinney, Phelps, Kr... MODE302 14,64 € p. 4  Matthias Höfs & Ensemble : Kind of gold, œuvres pour ... 0301129BC 14,64 € p. 15 
Jörg Widmann : Drittes Labyrinth - Polyphone Schatten... WER7369 15,36 € p. 4  Rendez-vous Royal. Musique pour trompette et orgue. S... BRIL95565 9,60 € p. 15 
Christian Wolff : Deux pièces pour orchestre. Schulko... NW80796 14,64 € p. 5  Songs for Strings. Arrangements pour cordes d’œuvres ... AVIE2391 13,92 € p. 15 
Vox Sola. Musique pour soprano seule. Windsor. BRIL95791 6,72 € p. 5  L’Âge d’or du violoncelle, 1925. Heesch, Lehmann. GEN18613 13,92 € p. 15 
Alphabétique Musique française pour orchestre à cordes. Ciconia Co... BRIL95734 6,72 € p. 16 
C.P.E. Bach : Concertos pour violoncelle. Coin. PAS1043 15,36 € p. 5  Le classicisme bohémien. Œuvres orchestrales et conce... MP1802 9,60 € p. 16 
Bach : Œuvres d’orgue de Noël. Romiti. ELEORG026 12,48 € p. 5  The Genius of Film Music : Hollywood blockbusters 198... LPO0110 13,92 € p. 16 
Bach : Œuvres choisies pour piano seul. Lifschitz, Ku... MP1801 9,60 € p. 5  DVD et Blu-ray
Henk Badings : Symphonies n° 4 et 5. Porcelijn. CPO777669 15,36 € p. 5  Mozart : Don Giovanni. Kwiecien, Esposito, Tsymbalyuk... OA1145D 25,08 € p. 16 
H. et C. Baermann : Musique pour clarinette et piano.... BRIL95785 6,72 € p. 5  Mozart : Don Giovanni. Kwiecien, Esposito, Tsymbalyuk... OABD7152D 30,72 € p. 16 
Antonio Bazzini : Intégrale des transcriptions d’opér... BRIL95674 16,08 € p. 6  Prokofiev : Roméo et Juliette, ballet. Stuttgart Ball... UE801008 21,84 € p. 16 
Joseph Bodin de Boismortier : Musique pour flûte, vio... BRIL95754 6,72 € p. 6  Prokofiev : Roméo et Juliette, ballet. Stuttgart Ball... UE801104 29,28 € p. 16 
Brahms : Œuvres pour duo de pianos. Chipak, Kushnir. GEN11197 13,92 € p. 6  Rameau : Hippolyte et Aricie (Glyndebourne). Lyon, Ka... OA1143D 25,08 € p. 16 
Brahms : Musique de chambre pour clarinette. Adamski,... DUX1140 13,92 € p. 6  Rameau : Hippolyte et Aricie (Glyndebourne). Lyon, Ka... OABD7150D 30,72 € p. 16 
Brahms : Œuvres pour violoncelle et piano. Hagen, Tre... HC17060 13,20 € p. 6  Strauss : Ariane à Naxos (Glyndebourne). Isokoski, Li... OA1135D 25,08 € p. 17 
Brescianello : Tisbe, opéra pastoral. Bernsteiner, Fe... CPO777806 26,88 € p. 7  Strauss : Ariane à Naxos (Glyndebourne). Isokoski, Li... OABD7145D 30,72 € p. 17 
James Francis Brown : Œuvres chorales et orchestrales... RES10227 13,92 € p. 7  Verdi : Tutto Verdi, intégrale des opéras. CM747804 166,80 € p. 17 
Bruckner : Messe en fa mineur. Hörl, Pelker, Büttner,... ROP6161 12,48 € p. 7  Wagner : Tristan & Isolde (version semi-staged). Hofm... CM746208 25,44 € p. 17 
Manuel Cardoso : Requiem, Lamentations, Magnificat & ... CDA68252 15,36 € p. 7  Wagner : Tristan & Isolde (version semi-staged). Hofm... CM746304 29,28 € p. 17 
Castelnuovo-Tedesco : Quintettes pour piano n° 1 et 2... CPO777961 10,32 € p. 7  Concert du 50e anniversaire de l’Orchestre Johann Str... CM747208 19,68 € p. 17 
Domenico Cimarosa : L’impresario in angustie. Antonin... BRIL95746 6,72 € p. 8  Concert du 50e anniversaire de l’Orchestre Johann Str... CM747304 29,28 € p. 17 
Orazio Colombano : Psaumes pour 6 voix. Silano. BRIL95839 6,72 € p. 8  Yuja Wang : Throught the Eyes of Yuja. Wang, Dudamel,... CM745408 19,68 € p. 17 
Cazzati, Cossoni : La musique à Bologne en 1660. Ense... CLA1820 14,64 € p. 8  Yuja Wang : Throught the Eyes of Yuja. Wang, Dudamel,... CM745504 29,28 € p. 17 
Eugen d’Albert : Intégrale des quatuors à cordes. Qua... CPO555012 10,32 € p. 8  Richter joue Bach, Haydn et Scriabine. Kagan, Nikolay... PDVD1205 16,44 € p. 17 
Debussy : Préludes pour piano. Kohn. HC18085 21,12 € p. 8  The Frederick Ashton Collection, vol. 1. The Royal Ba... OA1280BD 30,72 € p. 17 
Dvorák : Quatuors pour piano n° 1 et 2. Dvorák Piano ... SU4257 13,92 € p. 8  The Frederick Ashton Collection, vol. 1. The Royal Ba... OABD7209BD 35,76 € p. 17 
Jan Ladislav Dussek : Les sonates pour piano, vol. 4.... BRIL95604 6,72 € p. 9  Sélection musique contemporaine
Elgar, Finzi : Concertos pour violon. Feng, Prieto. CCS40218 14,64 € p. 9  Byron : Dreamers of Pearl. Kubera. NW80679 14,64 € p. 2 
Haendel : Le Messie (partie orchestrale arrangée pour... RES10219 19,68 € p. 9  Carter : Concerto pour piano NW80347 14,64 € p. 2 
Haydn : Les Symphonies, vol. 24 : n° 9, 37, 38, 63. S... HC18024 13,20 € p. 9  Davis : Amistad. Russell Davies. NW80627 25,44 € p. 2 
J. et J.M. Haydn : Concertos pour cor. Vojta, Petrák. AVI8553146 15,36 € p. 9  Garland : Waves Breaking on Rocks. NW80716 14,64 € p. 2 
Paul Hindemith : Quatre sonates pour alto seul. Ranie... BRIL95413 6,72 € p. 9  Na Hyo-Shin : All the Noises NW80674 14,64 € p. 2 
Mieczyslaw Karlowicz : Symphonie «Renaissance», op. 7... DUX1477 13,92 € p. 10  Levering : Still Raining, Still Dreaming. Wheeler. NW80662 14,64 € p. 2 
Wilhelm Kempff : Musique de chambre. Petrucci, Aulett... BRIL95629 6,72 € p. 10  Ornstein : Les œuvres pour violoncelle. Gordon, Hodki... NW80655 14,64 € p. 2 
A. et K. Khachaturian : Musique pour violon et piano.... BRIL95357 6,72 € p. 10  Harry Partch Collection, vol. 2 NW80622 14,64 € p. 2 
Johann Kuhnau : L’œuvre sacrée, vol. 4. Meyer. CPO555190 15,36 € p. 10  Rosenboom : Future Travel NW80668 14,64 € p. 2 
Liszt : Études d’exécution transcendante. Gugnin. PCL10158 13,92 € p. 10  James Tenney : Harmonium. Ensemble Scordatura. NW80803 14,64 € p. 2 
Stanislaw Moniuszko : Mélodies pour baryton et piano.... AP0435 12,48 € p. 10  Tenney : 8 Spectrum Pieces. Fulkerson, Denyer. NW80692 25,44 € p. 2 
Mozart : La Clémence de Titus. Allemano, Bernsteiner,... CPO777870 26,88 € p. 11  Yi, Tanaka : Invisible Curve. Azure. NW80683 14,64 € p. 2 
Alexander Melnikov joue Mozart, Schubert et Chopin : ... ADW4004 8,16 € p. 11  Fujikura : Secret Forest. Takaseki, Cerutti. NMCD172 13,20 € p. 2 
Mozart : Sinfonia concertante - Musique pour cor. Ens... SU4251 17,52 € p. 11  Lumsdaine : Big Meeting. NMCD171 13,20 € p. 2 
Martinu : Concertos pour violon n° 1 et 2. Irnberger,... GRAM99178 15,00 € p. 11  Marsh : Pierrot Lunaire NMCD127 25,44 € p. 2 
Saint-Saëns : Concertos violoncelle, Le Cygne. Walton... QTZ2039 12,48 € p. 11  Payne : The Stones Sing NMCD130 13,20 € p. 2 
Ignacy Jan Paderewski : Œuvres pour piano. Sobczak. DUX1503 13,92 € p. 12  Turnage : On All Fours. Nash Ensemble, Knussen. NMCD024 11,04 € p. 2 
Saint-Saëns : Symphonie n° 3 et autres œuvres orchest... CDA68201 15,36 € p. 12  Wiegold : Earth & Stars. Wiegold. NMCD158 13,20 € p. 2 
Schubert : Symphonies n° 1 et 8. Ballot. GRAM99180 15,00 € p. 12  Cage : Solo for ‘Cello WER6693 15,72 € p. 2 
Schumann, Franck : Sonates pour alto et piano. Berlin... HC18027 13,20 € p. 12  Chédrine : Musique pour piano II WER6691 15,72 € p. 2 
Schumann : Intégrale de l’œuvre orchestrale. Kopatchi... AUD21450 35,76 € p. 12  Ligeti : Etudes pour piano WER60134 15,72 € p. 2 
Karol Szymanowski : Œuvres pour piano. Sobczak. DUX1502 13,92 € p. 13  Magnificathy : The Many Voices of Cathy Berberian. WER60054 15,72 € p. 2 
Thomas Tallis : Gentleman of the Chapel Royal. Jackson. RES10229 13,92 € p. 13  Stockhausen : Tierkreis - Zodiac WER6659 15,72 € p. 2 
Tansman : Œuvres pour violoncelle et piano. Cracow Duo. DUX0697 15,36 € p. 13  Vasks : Cantabile per archi WER6220 15,72 € p. 2 
Boris Tichtchenko : L’œuvre pour piano, vol. 5. Polya... NFPMA99127 11,76 € p. 13  Krzysztof Baculewski : Quatuors à cordes n° 1-4. Quat... DUX1238 13,92 € p. 2 

www.clicmusique.com  ClicMag février 2019  19


Bon de commande n° 68 / Février 2019
Roberto Fabbriciani : Alluvione. Fabbriciani, Vidolin. STR37108 15,36 € p. 2  Sigmund von Hausegger : Natursymphonie. Rasilainen. CPO777237 10,32 € p. 18 
Francesconi : Ballata (opéra). Ono, Balsadonna, Adamo... STR57012 21,12 € p. 2  Haydn J.M : Intégrale des quintettes à cordes. Quinte... CPO777907 21,12 € p. 18 
Langston Hughes : The Dreamkeeper. Mingus, Amr... MODEAVANT17 14,64 € p. 2  Hertel : Jauchzet dem Herrn alle welt, œuvres sacrées... CPO777732 15,36 € p. 18 
Enguerrand-Friedrich Lühl : Œuvres pour alto et piano... POL205128 13,92 € p. 2  Hindemith : Tuttifäntchen. Kumberger, Wallén, Lentner... CPO777802 10,32 € p. 18 
Wolfgang Puschnig : For the love of it. WWE30007 16,08 € p. 2  Hindemith : Das Marienleben. Boog, Lakner. CPO777817 10,32 € p. 18 
Schubert Trouts. Variations contemporaines sur le qui... AVI8553408 15,36 € p. 2  Liszt : Harmonies poétiques et religieuses. Korstick. CPO777951 15,36 € p. 18 
Josef Tal : Œuvres pour alto. Rohde, Seibert. AVI8553144 15,36 € p. 2  Lortzing : Regina. Stojkovic, Kirch, Schirmer. CPO777710 26,88 € p. 18 
Jakob Ullmann : Müntzers stern - Solo II. Vicente-San... RZ1038-39 24,00 € p. 2  Lorenz Christoph Mizler : Lieder et odes. Mertens, Ru... CPO777803 8,16 € p. 18 
Norwegian Short Stories. Violoncelle contemporain. Kv... ACD5040 15,36 € p. 2  Nielsen : Intégrale de la musique de chambre pour ven... CPO777872 10,32 € p. 18 
Amerikas! Duos pour vibraphone et marimba. PercuDuo. POL204114 13,92 € p. 2  Panufnik : Œuvres symphoniques, vol. 7. Borowicz. CPO777686 10,32 € p. 18 
Quatuors suisses pour cor, vol.2. Hornquartett Zürich. MGB6227 11,76 € p. 2  Reger : L’œuvre pour orgue, vol. 2. Weinberger. CPO777718 31,44 € p. 18 
Sélection CPO Reger : L’œuvre pour orgue, vol. 3. Weinberger. CPO777729 31,44 € p. 18 
Kurt Atterberg : Intégrale des symphonies. Rasilainen. CPO777118 35,76 € p. 18  Reinthaler : 26 Lieder. Schöne, Albers. CPO777570 10,32 € p. 18 
Bach : Cantates en dialogue. Blazikova, Wörner, Berna... CPO555068 15,36 € p. 18  Emil Nikolaus von Reznicek : Œuvres symphoniques. Jaf... CPO777983 15,36 € p. 18 
Henk Badings : Symphonies n° 4 et 5. Porcelijn. CPO777669 15,36 € p. 18  Rimski-Korsakov : Romances choisies. Prudenskaya, Gar... CPO777783 10,32 € p. 18 
Wilhelm Georg Berger : Symphonie n° 4 - Concerto pour... CPO777756 10,32 € p. 18  Georg Schumann : Lieder et pièces pour piano. Weiss, ... CPO777713 10,32 € p. 18 
Brahms : Intégrale des duos et quatuors. Banse, Vermi... CPO777537 21,12 € p. 18  Schumann : Symphonies n° 1-4. Gaudenz. CPO777925 26,88 € p. 18 
Bruckner : Symphonie n° 5. Venzago. CPO777616 10,32 € p. 18  Schütz : Symphoniae Sacrae I. Weser-Renaissance, Cord... CPO777929 26,88 € p. 18 
Bruckner : Symphonie n° 8. Venzago. CPO777691 10,32 € p. 18  Der Herr ist König, cantates baroques pour basse. Mer... CPO777646 15,36 € p. 18 
Come again! La musique de John Dowland et ses contemp...CPO777799 10,32 € p. 18  Telemann : Concertos pour instruments variés, vol. 4.... CPO777892 15,36 € p. 18 
Eberl : Œuvres pour piano. Hinrichs. CPO777605 10,32 € p. 18  Weckmann : L’œuvre pour orgue. Flamme. CPO777873 13,92 € p. 18 
Carlo Farina : Consort Music, Dresde 1627. Busca. CPO555034 10,32 € p. 18  La flûte à bec virtuose, vol. 3. Woodcock, Baston, Di... CPO777885 15,36 € p. 18 
Zdenek Fibich : La Fiancée de Messine, opéra. Cervoni... CPO777981 26,88 € p. 18  Riccardo Zandonai : Francesca da Rimini, opéra. Vasil... CPO777960 26,88 € p. 18 
Graener : Œuvres orchestrales, vol. 3. Triendl, Franc... CPO777697 15,36 € p. 18 
Haendel : Six concertos pour piano, op. 7. Kirschnere... CPO777855 15,72 € p. 18 
TOTAL A €

Les prix indiqués sont en euros, toutes taxes comprises et incluent 30% de remise sur le prix de vente généralement constaté.

PRODUITS FIGURANT DANS LES PRÉCÉDENTS NUMÉROS DE CLICMAG


Titre (Compositeurs/Œuvres/Artistes) Référence Prix

Si votre commande comporte plus de disques, veuillez continuer sur papier libre. TOTAL B €

Frais de Port (offerts* dès 25,00 € d’achat, sinon 2,89 €) TOTAL A REGLER (A + B + Frais de Port) €
* Uniquement livraison France Métropolitaine. Sinon, veuillez nous contacter.

Ce magazine est envoyé gratuitement à nos clients ayant passé commande auprès de nos services au cours des 3 derniers mois.

COMMENT PASSER COMMANDE


 Courrier (CB ou chèque)
Envoyez votre Bon de commande par courrier à  :
Nom......................................................................................

DISTRART MUSIQUE
Prénom..................................................................................
36 Avenue Reille - 75014 PARIS Adresse..................................................................................

 Internet (CB ou chèque)


Retrouvez les disques présentés dans ce Magazine et bien Code Postal      Ville...............................................
d’autres (~25 000 références) sur : www.clicmusique.com P
Pays................................. Code Client DistrArt*

 Téléphone (CB uniquement)


Appelez notre Service clients (ouvert du lundi au vendredi de
E-Mail...................................................................................
14h30 à 17h00) au : 09 50 50 70 30 (tarif local France) N° Tél. (obligatoire) * Indiqué sur vos Bons de livraison

Je vous adresse ci-joint mon règlement de................................ € par :


 Chèque bancaire (payable en France) à l’ordre de DistrArt Musique
 Carte Bleue  Visa  Mastercard ** Trois derniers chiffres au dos de votre carte
CONDITIONS GENERALES*  :
Lors d’un règlement par chèque, la commande est traitée seulement à réception du chèque par
notre service clients. Les prix indiqués sont en euros, toutes taxes comprises et incluent 30% N° **
de remise sur le prix catalogue. Nous nous réservons le droit de modifier ces prix à l’issu du
mois en cours. L’expédition s’effectue généralement sous 2 jours ouvrables et dans la limite des Date d’expiration Signature obligatoire
stocks disponibles.
*Pour les commandes passées sur le site internet, www.clicmusique.com, veuillez vous référer
aux Conditions Générales de Vente spécifiques à ce service, disponibles en ligne. Date du jour

20  ClicMag février 2019  www.clicmusique.com

Vous aimerez peut-être aussi