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Clic Musique 

! ClicMag n° 74
Votre disquaire classique, jazz, world Septembre 2019

RAFAEL KUBELIK
L'enfant de son siècle

© Concerto
© Francesc
Winderstein
Masriera

Retrouvez les 25 000 références de notre catalogue sur www.clicmusique.com !


Sélection musique contemporaine

K. Serocki : Intégrale de l’œuvre J. Ullmann : solo V, pour piano I. Xenakis : Œuvres orchestrales Damiani, Lehmann, Jolivet.. : Nieder, Sciarrino, Donatoni… : F. Romitelli : Solare
pour piano seul Lukas Rickli WDR Sinfonieorchester Köln; Musique pour clarinette seul Pièces contemporaines pour Elena Casoli; Virgina Arancio
Adam Kosmieja Michel Tabachnik; Ensemble Ars Nova de Fabio Di Càsola marimba Teresa Hackel
l’O.R.T.F.; Marius Constant Dario Savron, marimba
DUX1284 - 1 CD DUX RZ1030 - 1 CD edition RZ RZ1015-16 - 2 CD Edition RZ MGB103 - 1 CD M. Suisses STR37114 - 1 CD Stradivarius STR37099 - 1 CD Stradivarius

B. Benary : Sun on Snow Colgrass, Druckman : S. Currier : Quatuors à cordes S. Currier : Vocalissimus; Tho’s Kui Dong : Pangu’s Song Hartke, A.R. Thomas, Druckmann :
Membres de DownTown Ensemble & Œuvres orchestrales Quatuor Cassatt Sketchbook; Whispers Sara Cahill, piano; Tod Brody, flûte; Olly Œuvres orchestrales
Gamelan Son of Lion Catherine Comet; David Starobin MOSAIC Ensemble Wilson; Hong Wang; Ann Yao; Chen Tao; Heidi Grant Murphy; The Hilliard
Saint Louis Symphony Orchestra San Francisco Contemporary Music Ensemble; New York Philharmonic
NW80646 - 1 CD New World NW80318 - 1 CD New World NW80634 - 1 CD New World NW80527 - 1 CD New World NW80620 - 1 CD New World NW80648 - 1 CD New World

D. Dunn : Autonomous and D. Erb : Concertos J. Harbison : Œuvres orchestrales V. Persichetti : Sonates P. Zummo : Zummo with an X Cowell, Antheil, Dodge… : Musique
Dynamical Systems Lynn Harrell, violoncelle; Saint Louis Los Angeles Philharmonic; André Previn pour piano n° 1 à 12 Arthur Russell; Bill Ruyle; Peter Zummo; américaine pour violon et piano
David Dunn, synthétiseurs Symphony Orchestra; Leonard Slatkin Geoffrey Burleson Rik Albani; Guy Klucevsek; Mustafa Ahmed Miwako Abe; Michael Kieran Harvey

NW80660 - 1 CD New World NW80415 - 1 CD New World NW80395 - 1 CD New World NW80677 - 2 CD New World NW80656 - 1 CD New World NW80641 - 1 CD New World

H. Birtwistle : The Mask of Orpheus, L. Goves : Just stuff people do, D. Matthews : In the Dark Time; A. Payne : Musique de chambre E. Roxburgh : Solos and duos D. Sawer : Byrnan Wood
opéra portrait du compositeur Chaconne Jane Manning, soprano; Jane’s Minstrels; Sulki Yu; Michael Cox; Nigel Clayton; BBC Symphony Orchestra; Andrew Davis
BBC Singers; BBC Symphony Orchestra; Oliver Coates; London Sinfonietta BBC Symphony Orchestra Roger Montgomery Dimitri Murrath; Edwin Roxburgh;
Andrew Davis; Martyn Brabbins Martyn Brabbins; André de Ridder Jac van Steen Lawrence Casserley; Marie McLeod
NMCD050 - 3 CD NMC NMCD198 - 1 CD NMC NMCD067 - 1 CD NMC NMCD056 - 1 CD NMC NMCD161 - 1 CD NMC NMCD028 - 1 CD NMC

J. Cage : Two4 / T. Hosokawa : M. Feldman : For Philip Guston, K. A. Hartmann : Concerto funèbre P. Hindemith : Mathis der Maler, E. OÑA : Portrait du compositeur K. Penderecki : Symphonie n° 2 & 4
In die Tiefe der Zeit pour flûte, percussion et piano Benjamin Schmid; SWR Rundfunkorches- opéra en sept tableaux Bugallo; Dissanayake; Williams; Cellotrio NDR Sinfonieorchester
Julius Berger, violoncelle Julia Breuer; Matthias Engler ter Kaiserslautern; Paul Goodwin Protschka; Hermann; Halem; OS de la blu; Truike van der Poel; Caspar Johannes Krzysztof Penderecki
Stefan Hussong, accordéon Elmar Schrammel radio de Cologne; Gerd Albrecht Walter; Thürmchen Ensemble; Erik Oña
WER6617 - 1 CD Wergo WER6701 - 4 CD Wergo WER6714 - 1 CD Wergo WER6255 - 3 CD Wergo WER6563 - 1 CD Wergo WER6270 - 1 CD Wergo

F. Rzewski : The People United Will Satie, Svoboda : Phonométrie E. Schneider : Clair Obscur K. Stockhausen : Kontakte pour Stockhausen, Xenakis, Lachen- P. Vasks : Musica adventus; Viatore;
Never Be Defeated Anne-May Krüger Colors of Saxophones électronique, piano et percussion mann… : Pièces contemporaines Concerto pour cor anglais
Kai Schumacher, piano Stefan Hussong Quatuor de saxophones Clair-obscur; D. Tudor, piano, percussion; C. Caskel, pour percussion Normunds Sné; Sinfonietta Riga;
Mike Svoboda Siberian State Symphony Orchestra percussion; K. Stockhausen, synthétiseur Leonie Klein, percussion Normunds Sné
WER6730 - 1 CD Wergo WER6806 - 1 CD Wergo WER5119 - 1 CD Wergo WER6009 - 1 CD Wergo WER7375 - 1 CD Wergo WER6705 - 1 CD Wergo

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En couverture / Musique contemporaine
phonies de Brahms : Decca, label alors Archives de la Radio Bavaroise, rétablit électronique; "In groben Zügen", pour
encore ennemi, les avait captées mais la vérité en publiant quatre symphonies quatuor à cordes et transducteur; "Konter",
avec les Wiener Philharmoniker, Kubelik dont une Prague et une Jupiter à tom- pour flûte basse et électronique
voulait pourtant y revenir. Les années ber qu’au studio les même ne réussiront Klangforum Wien
1980 inventaient le CD, Kubelik et son pas à un tel degré d’élévation et de flam- 0015031KAI • 1 CD Kairos

E
orchestre trouvaient un nouveau label boiement pour Sony. Une 9e de Beetho- va Reiter, gambiste et flûtiste à bec
très argenté et aventureux : Brahms ven alerte et lumineuse se coule dans autrichienne, mène une carrière d’in-
donc. Lectures parfaites et qui laissèrent ce lignage (et les quelques mots de terprète de musique ancienne en même
comme un doute. Kubelik était déjà ail- Fassbaender y sont prodigieux, écoutez temps qu’elle s’intéresse à la musique
leurs, son nouveau monde s’appelait seulement). Des Dvorak libres, aven- contemporaine, tant comme instrumen-
Mozart : un Don Giovanni génial et resté tureux, "rubatissimes", une Sinfonia de tiste que comme compositrice. Celle
méconnu, mal édité, distribué sous Janacek en plein champs, ne nous en qui, quand elle écrit, avec ou sans voix,
étiquette Eurodisc (et qui pourtant affi- apprennent pas plus mais augmen- "… compile souvent des sons sem-
chait les nouvelles gloires de Munich, tent le plaisir de ses enregistrements blables aux syllabes et aux mots, pour
The Munich Symphonic Varady, Auger, Titus, Thomas Moser) de studio, alors que des deux ultimes créer un langage", livre ici six morceaux
Recordings aura certainement fait oublier qu’alors Symphonies de Bruckner, introuvables à l’esthétique étonnante et à l’instru-
J. Haydn : Symphonie n° 99, Hob I : 99 / dans les symphonies Kubelik retrouvait ailleurs, il ôte tout pathos et déploie les mentarium souvent inhabituel. Konter,
W. A. Mozart : Symphonies n° 25, 38, 40 et l’imagination, les foucades mais aussi lignes à l’infini comme il faisait pour les la plus ancienne de ces compositions,
41/ L. van Beethoven : Symphonie n° 9, op. l’ordonnancement impérieux qu’y mit ultimes opus de Mahler. Merveille, sa fait parler flûte à bec contrebasse
125 / J. Brahms : Symphonies n° 1-4 / A. jadis Richard Strauss lui-même. Mais Fantastique certes ! mais surtout son
Dvorák : Symphonies n° 6-9 ; Sérénades, et électronique, celle-ci empruntant
le disque les ignorait : la révolution Ouverture du Corsaire, avide de cordes ponctuellement aux expérimentations
op. 22 et 44 / A. Bruckner : Symphonie n°
8 & 9 / H. Berlioz : Symphonie fantas-
Harnoncourt était déjà en marche. Pour comme jamais sinon chez Kletzki de la vague krautrock des années ’70.
tique, op. 14; Ouverture "Le Corsaire" / B. l’heure, Orfeo lui proposa de revenir au (avec le Philharmonia, oublié par EMI Un dàn bau s’invite sur Masque De
Smetana : Mà Vlast, cycle de 6 poèmes chef d’œuvre fondateur de la littérature Warner son éditeur, vergogna !) rap- Fer : l'unique corde de cet instrument
symphoniques / L. Janácek : Sinfonietta / symphonique tchèque qu’il avait abordé pellent qu’il fut toujours un fanatique vietnamien est mi-pincée, mi-frottée
K. A. Hartmann : Symphonic Hymns pour pour DG avec un orchestre américain de la cause Berlioz depuis ses Troyens au moyen d'un plectre en bambou,
grand orchestre / B. Bartók : Musique pour (Boston !). Sa nouvelle "Patrie" gravé de Covent Garden. Quel dommage
cordes, percussion et célesta, Sz 106;
tandis que la main gauche manipule
en 1984 est en soi un achèvement, pay- qu’Orfeo n’ait pas aussi exhumé son le manche flexible, greffé sur la caisse
Concerto pour orchestre, Sz 116
sages aussi parfaits qu’émouvants, bat- Harold en Italie ! mais l’Hymne Sym- de résonance. Noch Sind Wir Ein Wort,
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks;
tue fluide, couleurs subtiles, une mer- phonique d’Hartmann, un plein disque laissée aux soins du Klangforum Wien,
Rafael Kubelik, direction
veille que même l’intensité du concert Bartók (Musique pour cordes, Concerto explore "la fine ligne entre la musique
C981115 • 15 CD Orfeo des ultimes retrouvailles de la Philhar- pour orchestre) plutôt crépusculaire acoustique et la musique électronique",

Il manquait aux gravures consenties


par Rafael Kubelik et ses Munichois
à Deutsche Grammophon les Sym-
monie tchèque à Prague ne peut faire
oublier. Mais Mozart ? Heureusement
Orfeo, plongeant avant Audite dans les
disent aussi que Kubelik, lui-même
compositeur, fut l’enfant de son siècle.
(Jean-Charles Hoffelé)
caractéristique du travail de Reiter, dont
"l’attention est portée avant tout sur le
type de matériau qui crée l’illusion de
sons électroniques". (Bernard Vincken)
utilisera à plusieurs reprises. Vision à le soliste développe d’abord un mono-
tiroir, il crée, avec Heliogabalus Impe- logue sensible, passionné, avant de
rator, une série d’images cinématiques porter un dialogue entrecroisant conci-
autour de Rome, ses cirques, combats liabules romantiques et pourparlers
de gladiateurs et courses de chevaux, énergiques. Parmi les caractéristiques
telles qu’il les imagine dans l’esprit de de l’écriture de Penderecki figure en
Cecil B. DeMille. (Bernard Vincken) bonne place le caractère quasi univer-
sel de ses parties solos. Il existe ainsi
de nombreuses transcriptions (pour
Hans Werner Henze (1926-2012) saxophone, clarinette, violoncelle…) du
Fantaisie pour orchestre "Los Caprichos"; Concerto Pour Alto Et Orchestre (1983), Mark-Anthony Turnage (1960-)
"Heliogabalus", allegoria per musica; dont celle pour guitare classique, arran- A Constant Obsession, pour ténor seul
"Englisches Liebeslieder", pour violoncelle gée et interprétée ici par Piotr Przed- et 8 instrumentistes; Three for Two, pour
et orchestre; "Ouverture zu einem theater", bora. Tristesse et mélancolie dominent quatuor avec piano; Four Chants, pour vio-
pour orchestre lon et piano; A Slow Pavane, pour trio de
les sept mouvements de l’œuvre, que
Anssi Karttunen, violoncelle; BBC Symphony piano; Grazioso !, pour 6 instrumentistes
le dernier, Lento (Tempo I), leste d’une
Orchestra; Oliver Knussen, direction Nicky Spence, ténor; Chamber Domaine; Thomas
lamentation inéluctable. Le Concerto
WER7344 • 1 CD Wergo Kemp, direction
Krzysztof Penderecki (1933-) Grosso N° 2 Pour 5 Clarinettes Et Or-
RES10106 • 1 CD Resonus
H ans Werner Henze s’intéresse dès la
fin ’40 au sérialisme et fréquente les
cours d’été de Darmstadt, avant de s’en
Concerto double pour violon, alto et
orchestre; Concerto pour alto et orchestre;
chestre accumule références baroques,
néoromantiques et expressionnistes, au
détour de ses longues sections émo- S i le nom de Turnage n’est pas incon-
nu des amateurs d’opéra contempo-
Concerto grosso n° 2 pour 5 clarinettes et
détacher pour élargir ses propres confi- orchestre tionnellement autonomes, émaillées rain, cette anthologie toute de finesse,
gurations expressives et se recentrer, Bartlomiej Niziol, violon; Katarzyna Budnik, alto; de dialogues entre solistes ou entre concoctée par Resonus et confiée au
fin ’70, sur des formes plus tradition- Piotr Przedbora, guitare; Arkadiusz Adamski, solistes et orchestre. (Bernard Vincken) chef et violoniste Thomas Kemp, devrait
nelles. Ses opéras en font l’un des com- clarinette; Bartlomiej Dobrowolski, clarinette; Agata encore accroitre l’aura du compositeur
positeurs contemporains les plus joués, Piatek, clarinette; Tomasz Zymla, clarinette basse, britannique. Elle regroupe plusieurs
mais il écrit également dix symphonies, cor de basset; Andrzej Cieplinski, cor de basset; pièces de musique de chambre, écrites
auxquelles s’ajoutent de nombreuses Jerzy Semkow Polish Sinfonia Iuventus Orchestra; de 2004 à 2010, proposées en première
Krzysztof Penderecki, direction; Maciej Tworek,
pièces de musique de chambre ou pour mondiale au disque et qui allient carac-
direction
soliste. Avec Los Caprichos, Henze tère méditatif et influence assumée du
montre, en limitant volontairement son DUX1537 • 1 CD DUX jazz. Le petit effectif de musiciens, de
choix esthétique en référence à l’époque
du peintre, "la souffrance, le sarcasme S ur ce nouveau disque de l’édi-
tion spéciale de Dux consacrée au
grand compositeur/botaniste polonais,
deux à six, fait ressortir toute la den-
sité de l’écriture du musicien, lequel
vient parfois inopinément agrémenter
et la terreur" qui imprègnent la série
de 80 gravures de Francisco de Goya, Krzysztof Penderecki dirige lui-même, d’un sourire facétieux certaines de ses
épaulé par son compatriote Maciej
Eva Reiter (1976-)
satire de la noblesse et du clergé espa- compositions, comme Grazioso ! Mais,
gnols de la fin du XVIIIè. Le composi- Tworek, le Jerzy Semkow Polish Sinfo- "Noch sind wir ein Wort…", pour flûte à par-delà cette imaginative tension,
bec basse, contrebasse et électronique;
teur s’est inspiré, pour les six Englische nia Iuventus Orchestra, à l’œuvre pour la poésie reste certainement l’attrait
"Masque de Fer", pour voix, flûte, dan bau,
Liebesliede, de poèmes anglais variés : l’interprétation de trois de ses concer- alto et percussion; "Allemande multipliée", principal de ces pages. La poésie, jus-
s’il n’en révèle ni nom ni auteur, il les tos. Le Concerto Double Pour Violon, pour violon et pedalboard; "Irrlicht", pour tement, est magnifiquement sollicitée
analyse, transpose et transforme en Alto Et Orchestre est une pièce récente flûte, trompette, trombone, percussion, dans l’œuvre pour ténor (l’excellent
musique instrumentale – procédé qu’il (2012), d’obédience néoromantique, où violon, alto, violoncelle, contrebasse et Nicky Spence !) et huit instrumentistes

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qui ouvre cette sélection, lui confère Carmen pour His Master’s Voice sous la où brille la Micaëla splendide de la
son titre et en constitue certainement Sélection ClicMag ! direction experte de Rafael Frühbeck de jeune Mirella Freni, sans un gosier
le principal atout. Turnage y convoque Burgos, mais c’est à Salzbourg en 1966 français mais où une divine surprise
cinq poètes anglais de différentes qu’ils en fixèrent les canons, cherchant parait (la Mércèdes de Julia Hamari),
époques pour illustrer, en un admirable la vérité psychologique des person- Karajan élance son orchestre, affute ses
cycle, les états successifs de l’amour, nages. Karajan dirigeait et mettait en violons, fait danser la partition de Bizet
"obsession constante". Ici, le compo- scène avec force coups de talons (qui (lui ajoute au II la farandole de l’Arlé-
siteur laisse de côté certain cosmo- ruinent ce que l’on pourrait entendre sienne et choisit bien entendu Guiraud,
politisme, d’ailleurs fort bien maitrisé, des "Tringles" chez Lillas Pastia), sou- refusant l’opéra comique), éclairant tout
pour offrir à la musique anglaise une de lignant la couleur locale, histoire de
avec une élégance folle comme il faisait
ses plus belles pages, que Britten lui- laisser ses chanteurs mieux confrontés
toujours dans la musique française,
même aurait difficilement désavouée. à leurs destins. L’année suivante l’ORF
Georges Bizet (1838-1875) idéalement appariée à son art. L’acte 4
(Alain Monnier) captait la reprise, et c’est miracle que
se tend comme jamais, sombre, âpre, il
Carmen, opéra en 4 actes d’entendre enfin dans un son autre-
ment présent ce qui jusqu’ici paraissait était déjà contenu dans le "toast" de Jus-
Grace Bumbry; Jon Vickers; Justino Diaz; Mirella
Freni; Olivera Miljakovic; Julia Hamari; Aton si étriqué dans les divers pirates qui tino Diaz au II, sinistre, menaçant, car
Diakov; Robert Kerns; Milen Paunov; John van s’en étaient emparés. Avec sa Carmen c’est le génie de cette lecture de laisser
Kesteren; Chor der Wiener Staatsoper; Kinderchor stylée – il se souvenait d’y avoir dirigé par éclipse émaner la dimension noire
und Kammerchor der Salzburger Festpiele; Wiener de cette partition que Bizet ne pensait
Simionato, admirable diseuse, impec-
Philharmoniker; Herbert von Karajan, direction
cable chanteuse, il n’aura pas dû avoir pas testamentaire. Dans une éclatante
C866183 • 3 CD Orfeo beaucoup de mal à placer Bumbry dans lumière Karajan n’oublie jamais la mort

L a Vénus noire de Bayreuth et le


Siegmund de Karajan gravèrent leur
les pas de l’italienne – et son Don José
mi Tristan mi Otello – avec une troupe
comme le proclame un trio des cartes
anthologique. (Jean-Charles Hoffelé)
Sergei Banevich (1941-)
Concerto pour chœur d'enfants et piano true to your own self." Une grande
"Bless Animals and Children"; The Song variété d'émotions et d'atmosphères
For Josephine; Constellation; Take it With
You / D. Smirnov : Concerto pour chœur émane effectivement de ces mélodies et
de femmes "Annunciation"; Concerto pour textes d'ailleurs très drôles. Tout en uti-
chœur mixte à 5 voix "To Thee We Sing"; 3
Mélodies pour chœur d'enfants a cappella lisant un langage musical qui parvient à
Albert Asadullin, voix; Lyudmila Ralko, piano; combiner la sophistication de la forme
Dmity Kizhaev, guitare; St. Petersburg Children's et une transparence narrative tout à fait
Choir of TV and Radio; Stanislav Gribkov, direction
accessible aux petits chanteurs, Bane- Ludwig van Beethoven (1770-1827) Ludwig van Beethoven (1770-1827)
NFPMA9907 • 1 CD Northern Flowers
vich parvient à nous plonger dans son
D eux compositeurs bien vivants au Sonates pour piano n° 1, 2, 21 et 22 Missa Solemnis, op. 123
programme de ce nouvel opus du univers fait de jubilation et de sponta- Angela Hewitt, piano Johanna Winkel, soprano; Sophie Harmsen, alto;
néité. Ajoutez le charme et la fraîcheur Sebastian kohlhepp, ténor; Arttu Kataja, basse;
label Northen Flowers consacré aux ar- CDA68220 • 1 CD Hyperion
KammerchorStuttgart; Hofkapelle Stuttgart; Frieder
chives musicales de Saint Pétersbourg.
P
des voix juvéniles. En revanche les trois our l’apprenti pianiste que je fus, en- Bernius, direction
Né en 1941, Sergei Banevich est selon chansons (Josephine, Constellation, tendre ainsi la sonate op. 2 n° 1 c’est CAR83501 • 1 CD Carus
son mur wiki "un artiste émérite de la comme être pris par la main par un fabu-
U
Take it with you) relèvent du registre ne œuvre louant Dieu ? Beethoven
fédération de Russie". Élève de Galina leux professeur à qui rien de technique
Ustvolskaïa, il consacre son temps à de la variété. A siffloter le matin sous entendait plutôt célébrer dans sa
n’échappe. On récapitule toutes les
son festival de musique pour enfants à la douche. Dmitri Smirnov est né en Missa Solemnis un être suprême qui
manières de "faire" un sforzando, toutes
Saint Pétersbourg. Son œuvre est d'ail- serait l’incarnation spirituelle de l’hu-
1952 à Leningrad. Ses deux concertos les gradations de la nuance piano, on
leurs majoritairement destinée au jeune manité. Et si la Missa Solemnis était
pour chœur (Annunciation et To Thee découvre des consonances jamais re- la coda de l’Aufklärung ? C’est bien
public, à l'exemple de ce cycle de chan-
We sing) s'apparentent en revanche marquées entre chant et contre-chant, ainsi que l’entend Frieder Bernius en
sons en forme de Concerto pour chœur
des jeux étonnants de couleur au sein proposant une lecture historiquement
d'enfants et piano intitulé "Bless Ani- à la grande tradition orthodoxe qui va
mals and Children" que le compositeur des accords : une merveilleuse leçon de informée certes révélatrice du format et
de Bortniansky jusqu'à Schnittke. A piano (d’autant que la prise de son est
décrit ainsi : "A story of a childhood... des sonorités que Beethoven put y en-
écouter le soir à la lueur des bougies. exceptionnelle). Revers de la médaille :
To keep childish attitudes, emotions, tendre, mais en quelque sorte à minima
smells, rhytms, feelings and to carry Un programme hautement réjouissant. et Beethoven, dans tout ça ? Si cette après les tentatives autrement percu-
them through the life means to remain (Jérôme Angouillant) façon énergique mais aussi nourrie de tantes de Nikolaus Harnoncourt ou de
la fréquentation de Bach donne à cette John Eliot Gardiner. Si le mouvement
première sonate une allure haydnienne est vif, le chant prenant, les rythmes
instrument serait le violon. Pourtant il qui lui sied plutôt bien, on se retrouve fusant, l’équilibre sonore si clair, si léger
Sélection ClicMag ! ne renonça pas aux Goldberg et finale- vite obnubilé par la forme et perdant de prive l’œuvre de ce qui en fit toujours la
ment, redécouvrant l’œuvre à l’écoute vue le fond, voire frôlant la superficia- singularité : non plus une messe mais
des disques de Glenn Gould, se décida lité. Hewitt s’en explique dans son texte un cosmos de sons dont les divagations
au début des années 1980 à l’arranger d’accompagnement  : ce fond, cette sont sœurs de celles des ultimes qua-
pour trois instruments à cordes, occa- supposée métaphysique du message, tuors. Aussi parfait et même inspiré que
sion de la jouer avec ses amis Gérad c’est la tradition qui nous les a mis dans soit son geste, une dimension manque
Caussé et Misha Maisky, et de l’enregis-
l’oreille (on croirait lire Celibidache cau- ici, sans quoi l’œuvre ne peut trouver sa
trer pour son éditeur d’alors Orfeo. Le
sant phénoménologie de la musique…). vraie respiration. (Jean-Charles Hoffelé)
disque paru en 1984 fit justement sen-
Dont acte, c’est une position qui se dé-
sation, cherchant d’abord la poésie et en
fend. Comme telles, les 4 sonates ainsi
la délestant du clavier – adieu le stacca-
décortiquées constituent un acte didac-
Johann Sebastian Bach (1685-1750) to de Gould ! – l’aérant par des archets
impondérables où la mélodie se danse, tique non négligeable et très éclairant
Variations Goldberg, BWV 988 [Version
disparait, revient, de la magie pure que sur les partitions, jusque dans l’infime
pour trio à cordes]
d’autres instrumentistes chercheront à détail (piquée ou pas, la note en levée
Gerard Causse, alto; Mischa Maisky, violoncelle;
capturer- Frank Peter Zimmermann et qui ouvre la première sonate ?). Merci,
Dmitry Sitkovetsky, violon
ses amis y sont parvenus récemment j’y professeur. Mais pour entendre Bee-
C138851 • 1 CD Orfeo thoven, je vais personnellement retour-
reviendrais – mais qui se sera incarné

D imitry Sitkovetsky se souvenait


d’avoir entendu, gamin, sa mère
Bella Davidovitch jouer les Goldberg.
avec un naturel inimitable dans cette
première gravure que l’éditeur réédite
ner à quelques versions historiques.
A chacun de dénicher les siennes René de Boisdeffre (1834-1906)
enfin. Si vous ne la connaissez pas, dans la foisonnante discographie. Premier Trio en mi bémol majeur pour
Mais en digne fils de son père, son courrez-y. (Jean-Charles Hoffelé) (Olivier Eterradossi) piano, violon et violoncelle, op. 10 "à

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Monsieur James Wittering"; Deuxième qui permet de mesurer l'évolution du Risorgimento (L'unification italienne), en introduction, d’un concerto vocal
Trio en sol mineur pour piano, violon et style de Bossi à l'aune de cette tradi- Il fut aussi un compositeur prolifique, en tutti faisant dialoguer voix et instru-
violoncelle, op. 32 "à Monsieur Henri du tion cécilienne. Tactus fait œuvre utile une centaine de numéros d'opus princi- ments, de trois arias en solo ou à trois
Seuil"; Suite en ré majeur pour piano,
en publiant ce disque de musique de palement consacrés à "son" instrument voix et se concluant de nouveau par un
violon et violoncelle, op. 83; Au bord d'un
Ruisseau, op. 52 chambre montrant en Bossi un héri- sans oublier une abondante production concerto vocal (dans les cantates V et
Pawel Kuklinski, violon; Tadeusz Samerek, violon- tier direct du romantisme tardif post orchestrale expliquée par le fait qu'il fut VI, les concertos sont à trois voix) ; le
celle; Anna Mikolon, piano brahmsien, attaché au genre instru- aussi chef d'orchestre. Ce "principe dei tout accompagné d’une orchestration
mental dans un contexte ou l'opéra flautisti" qui est au cœur de ce disque re- sobre et expressive. On comprendra
AP0446 • 1 CD Acte Préalable
était roi. Ces quelques œuvres sans pré- pose essentiellement sur des pièces très que le chiffre trois revenant régulière-
L e label polonais Acte préalable pour-
suit ici sa redécouverte du composi-
teur français René de Boisdeffre. Cette
tention écrites pour flûte, violoncelle,
contrebasse, hautbois, accompagnées
virtuoses écrites pour flûte et piano. On
subodore ici la sonorité subtile et char-
ment dans la composition symbolise
la Sainte Trinité. Malgré la durée impo-
au piano sont de séduisante pièces nelle que pouvait avoir le flûtiste com- sante de l’œuvre (soixante-dix minutes)
fois-ci, c'est sa musique pour violon, de caractère dévouées à l'expression positeur lorsqu'il se produisait devant et son schéma répétitif, la beauté simple
violoncelle et piano qui est à l'honneur. d'un sentiment, d'un climat singulier des salles combles. Très influencées par de ces cantates comme de leur interpré-
René de Boisdeffre est un aristocrate et toujours attentives au timbre et au le chant (Le Carezze, Il Primo Amor) et tation exerce un charme réjouissant et
qui fut parfois considéré, à tort, comme dialogue entre chaque instrument. Cette l'opéra quand elles ne sont pas de pures serein. De plus, le choix d’un chœur gé-
un simple compositeur amateur. Même dimension concertante est présente paraphrases (Fantasia su Rigoletto) ces néreux constitué de vingt-quatre partici-
s'il n'a pas fait le conservatoire, il a également dans les "Quattro Pezzi in pages ont un contenu "narratif" évident pants et une prise de son à l’acoustique
reçu des cours particuliers de profes- forma di suite" écrites pour violon et qui fait de certaines d'entre elles des ample magnifiant l’ensemble rendent
seurs distingués et a vu la plupart de piano, de conception carrée, et dans poèmes symphoniques de chambre (Il cette version particulièrement agréable.
ses œuvres publiées. D'autre part, en les "Epousailles" basées sur le carillon Vento, Lo Spirito Vagante) lorsque ne (Laurent Mineau)
1883, il reçoit un prix de l'Académie d'une église de Brescia, offrant là aussi sont pas tout bonnement de fort beaux
des Beaux-Arts pour l'ensemble de son une sorte d'hédonisme instrumental où instants pittoresques, voire picturaux,
œuvre de musique de chambre, ce qui l'effusion sonore naît de mélodies suc- créateurs de paysages et d'ambiances
confirme sa notoriété à l'époque. Assez cessives développées spontanément (Carnevale di Venezia, Il giardinetto di
conservateur dans son style, Boisdeffre comme coulant de source. Une belle Perugia). Écoutez seulement "Le Attalui
a été surtout influencé par Charles découverte en attendant les œuvre vo- Emozioni d'Italia", on est subitement
Gounod, mais aussi par des composi- cales et orchestrales du même auteur. transporté grâce à la magie du pittore
teurs plus anciens tels que Beethoven (Jérôme Angouillant) dans les sublimes jardins de la Villa Mé-
ou Mendelssohn ; le très germanique dicis embaumant milles fragrances de
Trio n°1 (1869-1872) en est d'ailleurs pins et de fleurs... O que suave piacere !
un très bon exemple. En revanche, le (Jérôme Angouillant)
Trio n°2 (1884) est plutôt redevable à François Couperin (1668-1733)
Bach. La Suite op. 83 est de facture très Quatrième Livre de Pièces de Clavecin
traditionnelle et reprend le principe de Guillermo Brachetta, clavecin
forme cyclique. Comme à son habitude, RES10240 • 2 CD Resonus
si la forme reste classique, ses œuvres
montrent certaines aspirations roman-
tiques. (Charles Romano)
L e claveciniste argentin Guillermo
Brachetta, qui prévoit d’enregistrer
la totalité des pièces pour clavecin de
Giulio Briccialdi (1818-1881) François Couperin, a choisi de commen-
Lo Spirito Vagante, op. 139; Le Carezze, cer son odyssée par le livre IV. Celui-ci,
op. 79; Fantaisie sur Rigoletto, op. 106; Il le dernier, composé par un Couperin à
Giardinetto di Perugia, op. 135; Il Primo Dietrich Buxtehude (1637-1707) la santé fragile, trois ans avant sa mort,
Amore, op. 21; Il Vento, op. 112; Carneval Membra Jesu nostri, BuxWV 75 a souvent des tonalités d’adieu et se
di Venezia, op. 78; Le Attuali Emozioni The Chapel Choir of Trinity Hall of Cambridge; teinte ici et là d’une certaine mélancolie,
d'Italia, op. 103 Orpheus Britannicus; Newe Vialles; Andrew Arthur, en particulier dans le dernier ordre. Bien
Roberto Fabbriciani, flûte; Massimiliano Damerini, direction des pièces sont néanmoins nettement
piano RES10238 • 1 CD Resonus extraverties et souriantes. Jouer ces
TC810203 • 1 CD Tactus
D e cette interprétation se dégagent œuvres aux titres si évocateurs, c’est de
Marco Enrico Bossi (1861-1925)
"Epousailles", op. 134 n° 1; "Dolce Soffrir";
Romance; Quatre pièces en forme de
G iulio Briccialdi est "la" grande figure
populaire de la flûte en Italie au dix-
neuvième siècle. Virtuose célébré dans
une solennité et une grâce qui illu-
minent l’œuvre. Celle-ci est composée
de sept cantates chacune consacrée à
toute façon convoquer les humeurs, les
choses et les visages les plus variés. Il y
faut un talent complet, fait d’un mélange
suite, op. 99; Petite sérénade, op. 127
toute l'Europe, il est en outre l'inven- une partie du corps supplicié du Christ idéal de simplicité – car Couperin, on le
n° 5; "Chanson gothique"; Romance, op.
79; "Bénédiction nuptiale", op. 111 n° 1; teur de la fameuse clé de si ajouté à ("Aux pieds", "Aux genoux", "Aux mains", sait, n’aimait pas la vaine virtuosité et
Menuet et Musette, op. 111 n° 2; Sicilienne l'instrument qui rend le si bémol plus Au côté", " À la poitrine", "Au cœur" et " À préférait être touché que surpris – et de
et gigue dans le style ancien... accessible au pouce gauche. Impliqué la face"). Elles respectent un même plan fantaisie – car c’est toujours la vie sous
Giuliano Giurato, piano; Roberto Noferini, violon; politiquement et fervent défenseur du constitué d’une "sonata" instrumentale toutes ses formes, humaine, animale,
Andrea Noferini, Violoncelle; Claudio Brizi, har-
monium d'art; Anna Noferini, alto; Paolo Dalmoro,
flûte; Paolo Pollastri, hautbois; Roberto Giaccaglia, O'Dette, direction; Stephen Stubbs, direction ils soulignent d’une part l’importance
basson; Emanuela Degli Esposti, harpe; Roberto Sélection ClicMag ! CPO555283 • 1 CD CPO des arts sous toutes leurs formes à
Rubini, contrebasse Versailles, d’autre part la pacification
TC862707 • 1 CD Tactus S ont ici réunis deux petits opéras allé-
goriques de Marc-Antoine Charpen- de l’Europe par Louis XIV considérée

M arco Enrico Bossi est une des tier éminemment caractéristiques des comme son accomplissement le plus
grandes figures populaires de pièces qui étaient données à Versailles essentiel. Derrière des textes soigneu-
l'orgue italien du début du vingtième devant le Roi Louis XIV et sa Cour. Les sement mis au point, oreilles royales
siècle. Auteur avec son confrère orga- Plaisirs de Versailles font explicitement obligent, se glisse une musique de cour
niste et pédagogue Giovanni Tebaldini référence à ces scènes musicales, ins- fort belle et fort bellement exécutée.
d'une célèbre méthode d’orgue, il est trumentales ou lyriques, jouées dans les Il faut dire qu’interviennent dans cet
avec Lorenzo Perosi et du même Tebal- Appartements royaux. On y combinait, enregistrement la fine fleur des instru-
dini l’un des représentants notables du dans le respect d’une stricte étiquette mentistes et chanteurs du Boston Early
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) Music Festival. Tout cela vole très haut.
mouvement cécilien visant à retrou- visant à domestiquer une Cour nom-
ver l'esprit grégorien et la polyphonie Les plaisirs de Versailles, H 480; Les arts Tout juste reprochera-t-on une pronon-
breuse tout en lui procurant de la joie,
florissants, opéra, H 487
dans la musique d'église de tradition une savante combinaison des plaisirs ciation française approximative de cer-
Teresa Wakim, soprano; Margot Rood, soprano;
catholique. L'intégralité de son corpus de la bouche, de la conversation et des tains chanteurs américains. Soulignons
Molly Netter, soprano; Virginia Warnken, mezzo-
d'orgue a été publié par le label Tactus soprano; Jason McStoots, ténor; Aaron Sheehan, arts qui, au passage, musique officielle encore le livret érudit et passionnant de
sous la direction de l'organiste André ténor; Jesse Blumberg, baryton; Boston Early oblige, glorifiait les actes du souverain Gilbert Blin qui parfait cette belle réali-
Macinanti, passionnant témoignage Music Festival Vocal & Chamber Ensembles; Paul solaire. Quant aux Arts Florissants, sation. (Thierry Jacques Collet)

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sociale, sentimentale, etc., que célèbre copieux. Les tempi s'assagissent (et même dans ses concertos où la clari-
Couperin. Guillermo Brachetta, qui joue les morceaux s'allongent) à partir du Sélection ClicMag ! nette est une mezzo, le violon un gar-
un instrument construit en 2010 par n° 90, et on voit apparaître des rémi- çon soprano, et par nature dans ses
Keith Hill d’après Pascal Taskin (1769), niscences des compositeurs chéris de impérissables cycles mélodiques. Mais
se montre tout à fait à la hauteur de la l'auteur, Bach, Haydn, Mozart (avec une on connait bien moins ses œuvres cho-
tâche. (Emmanuel Lacoue-Labarthe) citation littérale de la Flûte Enchantée), rales, partagées entre sacrée et profane,
mais aussi Schubert, Beethoven, Men- où il épure les pompes du Magnificat
delssohn, Liszt, Lanner et Strauss père, pour vous les faire émouvantes, et
dans des fantaisies, impromptus et
revisite avec une grâce désarmante la
autres nocturnes qui ne disent pas leur
tradition victorienne des Partsongs.
nom, dont les doigts du magicien Kolja
Ecoutez seulement "My lovely one" pure
Lessing font un kaléidoscope chatoyant
aux couleurs sans cesse renouvelées. Gerald Finzi (1901-1956) poésie ! Sommet de cet album où le
(Jean-Michel Babin-Goasdoué) Magnificat, op. 36; "Welcome sweet and lyrisme attentif, tendre, tout en dévotion
sacred feast", op. 27 n° 3; "My lovely one", de Stephen Laytron et de ses Trinitiens
op. 27 n° 1; "God is gone up", op. 27 n° 2; trouve à s’employer mieux qu’en tout
Nunc dimittis; "White-flowering days", op. autre répertoire, les Sept Poèmes de
Carl Czerny (1791-1857) 37; "All this night", op. 33; Seven poems
of Robert Bridge, op. 17; "Lo, the full, final Robert Bridges, guirlande de nostalgies
L'Art du prélude, op. 300
sacrifice", op. 26 distillée avant que ne paraisse le chef
Kolja Lessing, piano
Alexander Hamilton, orgue; Asher Oliver, orgue; d’œuvre de ce disque précieux, "Lo,
CPO555169 • 2 CD CPO Trinity College Choir Cambridge; Stephen Layton, the full, final sacrifice" écrit en écho à

L ongtemps considéré au siècle der- direction la seconde guerre mondiale, faisant


nier comme un machiavélique fabri- CDA68222 • 1 CD Hyperion émerger de la déploration une élévation
cant d'exercices destinés à torturer les
apprentis-pianistes, Czerny reprend
peu à peu sa juste place au panthéon
Franz Danzi (1763-1826) C ’est entendu : toute musique de
Gerald Finzi est vocale, par essence
mystique qu’un orgue discret conduit
vers la lumière. (Jean-Charles Hoffelé)
Concertos pour flûtes n° 1 à 4, op. 31, 31,
des compositeurs majeurs du début
42 et 43
du XIXème siècle. Enfant prodige, son cette musique dépourvue d’arrière- frant. On considère parfois que ce titre
Andras Adorjan, flûte; Munich Chamber Orchestra;
père Wenzel lui enseigne le piano dès Hans Stadlmair, direction pensées. Tout cela est fait pour briller d’une pièce pour consort résume bien
l'âge de 3 ans, il enseigne dès qu'il en et brille incontestablement avec un son œuvre. Quoi qu’il en soit, avec ce
C003811 • 1 CD Orfeo
a 15. Elève de Salieri, Beethoven et côté confortable très "eighties" : un ex- florilège de compositions pour luth,
Hummel, il joue dès sa jeunesse Bach,
Mozart, Haydn et Clementi. Doué d'une S pohr, Danzi : Orfeo poursuit ses réé-
ditions autour de l’école de Mann-
heim avec ce disque qui n’a rien perdu
cellent disque à découvrir absolument
si vous ne le connaissez pas encore.
Paul Beier nous entraîne au cœur de
la mélancolie du maître anglais. Qu’il
excellente mémoire, il jouera souvent (Olivier Eterradossi) s’agisse de dire adieu ou de se lamen-
de tête les sonates de Beethoven, son de ses qualités depuis sa sortie sous ter sur la perte d’un proche, que ce soit
principal professeur, organisant une forme de 33T il y a… près de 40 ans. au rythme d’une pavane ou d’une gail-
rencontre entre le maître et son élève Les œuvres, qui font sans cesse réfé- larde, que ce soit sous la forme d’une
le plus connu, Franz Liszt, alors âgé de rence à Mozart mais traitent le soliste ballade ou d’une fantaisie, la douleur
11 ans, en 1823. Auteur d'une produc- sur un mode très weberien, sont faciles résonne toujours avec tendresse, pu-
tion musicale ahurissante (861 opus à écouter : thèmes chantants, vocabu- deur et légèreté. Très bien capté dans
publiés, sans compter de très nom- laire de la flûte plutôt limité (gammes et une église de Nomaglio, au nord de
breux inédits), il a écrit dans tous les arpèges dans tous les sens), orchestre Turin, Beier nous fait partager l’étendue
genres de musique de chambre et d'or- coloré et traité de façon assez originale. de son talent qui, de disque en disque,
chestre, avec un beau corpus d'œuvres L’écoute des 4 concertos à la suite peut n’a cessé de s’imposer. Dans la préface
religieuses. Malgré sa réputation, seul s’avérer lassante si l’on n’est pas un de son First Booke of Ayres, publié en
John Dowland (1562-1626)
un dixième environ de sa production "flute addict", mais chacun picoré isolé- 1597, Dowland promettait de recueillir
ment est un vrai plaisir. Les interprètes What if a day, or a month, or a year; le meilleur de ses compositions, mais
pianistique est constitué d'ouvrages
Fantasie; Pavan; Captaine Digorie Piper,
didactiques. Le recueil opus 300 (L'art n’y sont pas pour rien : András Adorján, il ne tint finalement pas cette pro-
his Galiard; Loth To Depart; Forlorne Hope
de préluder, 120 préludes pour piano), qui fut une star de la flûte de la fin du Fancye; Sir John Langton, his Pavin; messe. Je ne sais pas si c’est chose
constitue un témoignage éblouissant 20ème siècle et un fin mozartien, n’a Can she excuse; Go from my Window; A faite ici, mais ce récital a en tout cas
de la créativité, de l'art de l'improvisa- aucun mal à faire un sort aux aspects Fancy; Dowlands Adew for Master Oliver toutes les qualités qu’on peut attendre.
tion, et de l'humour du compositeur. techniques pour laisser couler sa flûte Cromwell; Robin is to the Greenwood Gone; (Emmanuel Lacoue-Labarthe)
Czerny cisèle en quelques notes (7 (moderne) chaleureuse et dépourvue Mrs Vaux Galliarde; Farwell; pavan; Mrs
de la moindre aspérité. Quant à Hans Vaux Gigge; A Galliard on Walsingham;
secondes pour le n° 31 en ut majeur !)
Tarleton's Riserrectione
des aphorismes lapidaires, la plupart Stadlmair (qui vient de nous quitter en
Paul Beier, luth renaissance
sur des tempi vifs, marquant une pause février), élève de Clemens Krauss dans
dans cette course effrénée avec le n° 59 les années 40 à 50, il arrive à obtenir STR37128 • 1 CD Stradivarius
(16 Modulations d'ut majeur vers tous
les tons majeurs), très nettement plus
de son orchestre moderne la texture
légère qui convient parfaitement à S emper Dowland, semper dolens" :
toujours Dowland, toujours souf-

Sélection ClicMag ! M ozart avait créé plus qu’un genre,


un engouement avec sa série des
27 Concertos pour clavier qui enchan-
tiennes, l’élégance de leurs développe-
ments joueurs qu’ils voulaient être des
objets pédagogiques. Le 4e Concerto en Friedrich Gernsheim (1839-1916)
taient le public viennois autant que ses particulier, plus souvent qu’à son tour Quatuors à cordes n° 1 et 3
opéras. Tous les maitres de ce nouvel lyrique et ombreux est assez inventif Quatuor Diogenes [Stefan Kirpal, violon; Gundula
instrument qu’on nommait pianoforte jusque dans ses allures de paraphrase Kirpal, violon; Alba Gonzalez i Becerra, alto;
Stephen Ristau, violoncelle]
voulurent l’imiter, produisant une pas- mozartienne pour mériter de revenir au
sionnante transition du classicisme répertoire, mais le 5e, plus romantique, CPO777387 • 1 CD CPO
au romantisme qu’Howard Shelley
documente dans une série où abonde
les inédits. Johann Baptist Cramer en
montre avec un éclat supérieur cette
bascule du salon vers le concert, du jar-
din vers la forêt. Weber n’est pas loin,
F riedrich Gernsheim (qu'appréciait
particulièrement Richard Strauss)
fut chef d'orchestre, pianiste (ayant
composa neuf à son propre usage et tout un certain romantisme allemand y étudié avec Moscheles) et compositeur
Johann Baptist Cramer (1771-1858) avec l’objet principal d’y illustrer sa parait, dont Shelley, accordé à la per- (ayant fréquenté à Paris Rossini, Lalo et
technique spécifique dont il faisait fection avec les London Mozart Players Saint-Saëns). Compositeur donc, outre
Concertos pour piano n° 4 et 5
commerce. Pourtant, les deux opus du qui concertent comme un vrai ensemble de quatre symphonies et quelques
London Mozart Players; Howard Shelley, piano, début du XIX siècle qu’a choisi Howard de chambre, distille les charmes concertos divers, de particulièrement
direction Shelley font oublier par leurs charmes ambigus. Vite, les autres concertos ! nombreuses œuvres de musique de
CDA68270 • 1 CD Hyperion mélodiques, leurs harmonies mozar- (Jean-Charles Hoffelé) chambre. Dont cinq purs quatuors à

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cordes, et en voici les premier et troi- jansson, ténor; Andreas Wolf, basse; Gaechinger de trente ans mais déjà en pleine pos-
sième pour commencer. Musique assez Sélection ClicMag ! Cantorey; Hans-Christoph Rademann, direction session d’un génie que tous lui recon-
personnelle finalement (malgré l'ami- CAR83310 • 1 CD Carus naissent. Ces trois œuvres conçues

U
tié brahmsienne qui s'y ressent aussi, ne nouvelle fois, Carus nous comble pour des circonstances officielles sont
et bien que ce volume 1 n'en soit pas avec cette passionnante livraison ici précédées d’une suite de l’opéra Il
encore au réellement étonnant opus d’œuvres de Händel. Avant de l’envi- Pastor Fido, qui avait suivi le triomphe
83), admirablement conduite, mais sager sous l’angle qualitatif, abordons londonien de Rinaldo sans rencontrer
qu'éclipsa longtemps l'ostracisme de celle-ci sous son aspect quantitatif. un succès identique. Côté interpré-
la propagande pseudo culturelle nazie Sont en effet réunies ici trois composi- tation, la précision et l’authenticité
(Gernsheim était d'origine juive). Une tions significatives de 1713, alors que que Rademann, ses musiciens et ses
intimité chambriste où la pudeur ne le musicien, après son séjour italien et chœurs, consacrent habituellement à
fait pas obstacle à l'épanchement d'une toujours en poste à Hanovre, affermit la musique de Schütz s’enrichit ici de
veine mélodique dans une structure Georg Friedrich Haendel (1685-1759) simultanément sa position à Londres, tout l’éclat que méritent les présentes
musicale peut-être trop inébranlable Suite "Il Pastor Fido", HWV 8a; Ode for the notamment à la cour de la reine Anne, partitions. Tout y est parfaitement à sa
pour nous conduire aux renversements Birthday of Queen Anne, HWV 74; Utrechter à laquelle un an plus tard va succéder place, grâce à des solistes exception-
du siècle suivant. Et le tout parfaitement Te Deum, HWV 278; Utrechter Jubilate, le roi George, premier protecteur du nels, parmi lesquels on remarquera le
rendu par une formation berlinoise qui HWV 279 compositeur en Allemagne. C’est donc contreténor Reginald Mobley qui nous
a fêté récemment ses vingt ans, et s'est Christina Landshammer, soprano; Anja Scherg, un témoignage emblématique du nou- offre un "Eternal source of light divine"
déjà favorablement illustrée dans le ré- soprano; Reginald Mobley, alto; Benedikt Krist- veau départ de Händel, âgé de moins d’anthologie. (Alain Monnier)
pertoire romantique, dont une intégrale
Schubert. (Gilles-Daniel Percet)
scène, nombre de pièces concertantes
et d’inspiration “révolutionnaires”. T chèque né à Brno, là où vécu Jana-
cek, Jan Bartos nous livre une belle
version de la quasi-intégrale de l’œuvre
S’ajoutent une cinquantaine de sym-
phonies dont six réunies sous l’opus 4 du compositeur. Dans cette musique,
publiées vers 1758. Voilà des œuvres l’équilibre est toujours en “péril”. Res-
pecter l'expressivité d'un drame au
pour le moins surprenantes. D’une
caractère opératique et la plus profonde
profonde originalité, elles séduisent
intimité représente le défi de la "Sonate".
d’emblée par l’étonnante variété de Dans le présent enregistrement, les
leur écriture. Gossec utilise toute l’ins- Giovanni Della Gostena (?1540-1615) couleurs ne sont jamais assénées, mais
trumentation de son temps, osant les diffuses, portées sur les harmoniques
25 Fantaisies pour luth
François-Joseph Gossec (1734-1829) dissonances, multipliant les effets de de l’instrument et une conception juste
Eliot Simpson, guitare
Six symphonies op. IV contrastes dynamiques et de tempos. de la respiration. Ce piano nimbé, cha-
Deutsche Kammerakademie Neuss; Simon BRIL95944 • 1 CD Brilliant Classics leureux, à l’impressionnisme si différent
De brusques silences, des pianissimi

N
Gaudenz, direction é à Gênes en 1558, Giovanni Bat- de celui du français Debussy, fonc-
aux cordes suivis d’éclats aux cuivres
CPO555263 • 1 CD CPO témoignent d’une virtuosité de l’écriture tista Della Gostena fut l'élève du fla- tionne parfaitement. Le cycle "Sur un

N é deux ans après Haydn, le musicien dont Simon Gaudenz sait exalter la re- mand Philippe de Monte (1521-1603) sentier recouvert" est plus remarquable
wallon Gossec se rend à Paris en marquable clarté et saveur de timbres. actif à la cour de Maximilian II (Vienne). encore. Chaque note est pesée, presque
1751. Il succède à Rameau à la tête de Maître de chapelle à la cathédrale San donnée avec hésitation. Le contrôle
L’écriture des symphonies classiques
l’Orchestre de la Pouplinière, formation Lorenzo de Gênes, Dalla Gostena com- dynamique est impressionnant. On
en quatre mouvements évoque tout
de prestige. En 1769, il fonde le Concert pose plusieurs recueils de madrigaux pense ici au compositeur non seule-
autant l’influence italienne que le goût ment des "Mélodies slaves", mais aussi
des Amateurs qui, contrairement à son (1571–1582) et de la musique sacrée.
versaillais. Chaque pièce possède une aux "Moments Musicaux" de Schubert.
titre, est l’une des formations les plus Ses Fantaisies pour luth furent publiées
fraîcheur que l’on retrouve par la suite Les danses à peine esquissées sont pla-
réputées d’Europe. Directeur du Concert en 1593 par son neveu Simone Moli-
spirituel, de l’Ecole royale de chant, ce dans les symphonies médianes de Mo- cées dans un écrin sonore, plus rêvées
naro, lui aussi luthiste et compositeur.
musicien républicain devient professeur zart. Enfin, on admire ici, la prise de son Elles montrent une grande connais- que réellement accomplies. La moindre
de composition du Conservatoire qui raffinée. Elle restitue avec beaucoup de ornementation, la plus petite appogia-
sance de l'instrument, suffisante pour
est créé en 1795. Son catalogue com- naturel, les élans d’une musique pleine ture prennent une dimension narrative
adapter la polyphonie complexe du
prend une trentaine d’œuvres pour la de panache. (Jean Dandrésy) qui attire l’oreille. Le charme naît pré-
madrigal à la technique digitale du
cisément d'un minimum d'effets. Sous
luth. Elliot Simpson, par ailleurs friand
les doigts de Bartos, "Dans les Brumes"
lancolique des bois qui ouvre le Largo du de créations d’œuvres contemporaines devient la transcription morave des
Sélection ClicMag ! premier Concerto de l’opus 3 que le ton (Lucier, Polansky) a choisi la guitare angoisses du compositeur. N'y aurait-il
lui, la manière, les phrasés, les appuis, pour interpréter ces 25 pièces diverses pas ici une filiation schumanienne dans
sont restés strictement historiquement d'ambiances. Apaisées (VI) placides (V) le caractère imprévisible de l’écriture ?
informés, mieux, que les couleurs elles enjouées (IX, XII) en imitation (VII) ou Le piano est magnifique et sa prépara-
mêmes ne manquent pas tant qu’on fuguées (IV) elles résistent assez bien à tion l’est tout autant. Jan Bartos inscrit
en reste aux souffleurs, car les cordes une écoute prolongée, portées par la fi- son interprétation dans les pas de son
sont grises et pour tout dire font masse. nesse de doigté du guitariste américain. maître Ivan Moravec. (Jean Dandrésy)
C’est l’écueil probable parfois, avéré (Jérôme Angouillant)
ici, des Berliner Barock Solisten, mais
Rheinhard Goebel se rembourse de cet
inconvénient en modelant une matière
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) sonore si abondante : il sculpte avec un
Concerti grossi, op. 3 amour évident cet opus 3 si génial où
Berliner Barock Solisten; Reinhard Goebel, Haendel invente un somptueux théâtre
direction symphonique, trop heureux d’avoir
HC19031 • 1 CD Hänssler Classic sous la main ce son ample, qu’il peut
faire tonner et danser sans craindre qu’il

A près avoir été un des fers de lance


du renouveau de l’interprétation du
répertoire baroque sur un instrumenta-
se brise. Les puristes hurleront, je pré-
fère y entendre la réalisation pratique,
Leos Janácek (1854-1928)
Karel Kovarovic (1862-1920)
Quatuors à cordes n° 1 à 3
et pour tout dire inévitable, du principal
rium d’époque, Reinhard Goebel reven- souhait de Goebel qui, contre toute une 1.X.1905, Sonate pour piano "De la rue"; Quatuor Stamic [Jindrich Pazdera, violon; Josef
dique haut et fort et même avec un brin Sur un sentier recouvert; In the mists, 4 Kekula, violon; Jan Peruska, alto; Petr Hejny,
certaine approché éthérée prônée par
Pièces pour piano; Thème et variations; violoncelle]
de polémique son désir de diriger Bach les hollandais, voulait faire rugir, danser
et pour l’heure Haendel à un orchestre mis aussi rêver le baroque allemand. Reminiscence SU4267 • 1 CD Supraphon

L
d’instruments modernes. Comment ne Et maintenant s’il vous plait l’opus 6. Jan Bartos, piano e Quatuor Stamic a gravé, en pre-
pas entendre dès la petite sérénade mé- (Jean-Charles Hoffelé) SU4266 • 1 CD Supraphon mière mondiale, l’intégrale des

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ne voulant pas oser voisiner avec Bla- ment drôles (Cf le Barbier de Séville, (dans le 7ème concerto), les Adagio
Sélection ClicMag ! chut ou Zidek, proposant autre chose. Don Pascuale, La Femme Silencieuse, et Largo rêveurs et comme suspendus
Mais les temps ont changé et la poé- etc…), un solide et célèbre chef lyrique (5ème, 6ème,10ème et 11ème), sont
tique insaisissable du cycle a d’abord en la personne de Georges Szell, habi- des moments magnifiques. Quant au
séduit les ténors d’outre-manche, tué des créations, un somptueux – bien violon, c’est peu dire qu’il horripile au
affaire de lyrisme, d’une certaine affinité qu’en effectif réduit – Philharmonique sens étymologique par les difficultés
avec les paysages sonores d’un cycle de Vienne, et surtout, surtout, une dis- techniques dantesques aux deux mains,
hautement atmosphérique. Après Ian tribution pour laquelle plus d’un com- le "bariolage" incessant, le chromatisme
Bostridge c’est Nicky Spence, ténor de positeur contemporain se damnerait : provocateur, les positions extrêmes et
la nouvelle garde anglaise, Alva et David Rothenberger et sa délicate colorature, les couleurs qu’elles génèrent. Peu de
remarqué, qui met ici son instrument à croquer, Ludwig épatante dans un rôle violonistes tentent l’aventure, et Conti
autrement mordant. La vigueur de son comique, Berry débonnaire en Molière avait étalé sur 10 ans l’enregistrement
Leos Janácek (1854-1928) chant, le ton passionné jusqu’à la fureur, qui s’invite dans la propre pièce, Ged- de cette intégrale terminée il y a bien-
Journal d'un disparu; Rimes enfantines; l’élan des mots rappellent justement da fringant jeune premier au timbre tôt 30 ans. Sa furia ébouriffée lui fait
Poésie populaire morave en chansons plutôt Blachut que Bostridge, et c’est enjôleur, et Böhme qui se souvient souvent frôler le précipice et y tomber
Nicky Spence, ténor; Vaclava Houskova, mezzo- en quelque sorte tant mieux, le drame du Baron Ochs, la vulgarité en moins. parfois, mais la musique y gagne une
soprano; Julius Drake, piano; Victoria Samek, reprend ses droits, le ton se désespère, Triomphe, forcément. Il est heureux sève et une folie salutaires, déclassant
clarinette; Ensemble Voice [Victoria Couper; d’autant que le piano de Julius Drake
Clemmie Franks; Emily Burn]
qu’Orfeo l’ait documenté : depuis, on la concurrence plus policée… Hélas
emporte le récit avec fièvre. Magnifique n’a pas revu souvent l’œuvre à l’affiche. le montage bâclé du 2ème disque,
CDA68282 • 1 CD Hyperion la Zefka pulpeuse de Vaclava Houskova, (Olivier Gutierrez) indigne de l’éditeur, abîme sensible-

P ari difficile pour tout ténor non


tchèque : incarner le jeune-homme
du "Journal d’un disparu" où Janacek
tentatrice idéale. Ensemble le ténor et
la mezzo ajoutent les subtils Poèmes
populaires moraves, merveille trop peu
ment les concertos 5 à 7. Au final,
3h30 de musique (à consommer par
petites doses) que j’ai adoré détester !
résuma son art de mettre des notes sur courue du catalogue vocal de Janacek (Olivier Eterradossi)
les phonèmes moraves et de résumer qui referme un album parfait où éclate
à une voix son théâtre le plus intime. aussi la verve de Rikadla dans sa ver-
Même avec Rafael Kubelik, Ernst Haef- sion originale trop rarement gravée.
fliger s’en tint à la traduction allemande, (Jean-Charles Hoffelé)

quatuors de ce compositeur qui fut


élève de Fibich et débuta une carrière Pietro Antonio Locatelli (1695-1764)
de harpiste. La composition s’imposa L'Arte Del Violino, op. III, 12 Concertos
pour violon, cordes et continuo
rapidement ainsi que la direction d’or-
Gli Archi di Firenze; Diego Conti, violon seul,
chestre. Kovarovic fit beaucoup pour la direction Andrea Luchesi (1741-1801)
promotion de la musique tchèque, bien TC691280 • 3 CD Tactus Requiem; Dies Irae

C
qu’il ait sous-estimé l’œuvre de l’un de haque écoute de "l’Arte del Violino" R. Canzian; E. Biscuola; R. Botta; A. Badia; Chœur
ses compatriotes, Janacek, ce qui lui fut laisse pantois. Sensible à la chro- du Capella Civica de Trieste; Roberto Brisotto,
reproché. Compositeur essentiellement Rolf Liebermann (1910-1999) nologie, on notera que Paganini est né direction; Nuova Orchestra Busoni; Massimo Belli,
direction
pour l’orchestre et l’opéra, Kovarovic Die Schule der Frauen, opéra bouffe en 18 ans à peine après la mort de Loca-
3 actes telli qui fut l’élève de… Corelli. Sen- CON2103 • 1 CD Concerto
nous légua aussi trois quatuors. Leur
O
Walter Berry, baryton; Kurt Böhme, basse; Nicolai sible à la technique instrumentale, on n salue l’entreprise du chef Massi-
écriture romantique est assez proche de Gedda, ténor; Christa Ludwig, mezzo-soprano; sera sidéré que les invraisemblables mo Belli d’exhumer ce requiem d’un
celle de Dvorak. D’un superbe lyrisme, Anneliese Rothenberger, soprano; Wiener Philhar-
cadences-caprices des concertos du compositeur italien (injustement  ?)
moniker; George Szell, direction
le premier opus en ré majeur (1879) second précèdent de 90 ans les 24 méconnu, Andréa Luchesi qui parta-
stupéfie venant d’un jeune musicien C429962 • 2 CD Orfeo caprices du premier. Oreille affûtée, on gea sa vie de musicien entre l’Italie et
âgé de 17 ans. Il possède le sens des
équilibres et du développement de
A près le succès de Pénélope en 1954,
le Festival de Salzburg avait mis
toutes les chances de son côté pour
reconnaîtra une citation du caprice n.7
(quatrième concerto) de Locatelli dans
le premier de Paganini, mais aussi des
l’Allemagne. Après un début de carrière
florissant comme titulaire des orgues à
Venise, Luchesi compose des sympho-
thèmes imposants. Le Second Quatuor
cette nouvelle création de Liebermann : traits dignes de Liszt ou Rachmaninov nies, de la musique pour clavier et des
en la mineur (1887) est plus narratif de la musique tonale, plus proche d’ail- dans les numéros 16 et 19. Musique opéras qui le feront connaître jusqu’à
encore. Dédiée à Dvorak, la partition leurs de la comédie musicale que de incroyable pour l’époque ! A l’orchestre Vienne puis Bonn où il décide de poser
frappe par l’influence de ce dernier. La Mozart, dont le compositeur se reven- c’est peu de chose au premier abord, ni définitivement ses valises auprès du
transparence du style, la qualité des diquait, une intrigue souvent vue à Vivaldi ni Corelli, mais tendons l’oreille : Prince Electeur de Cologne. Maitre de
mélodies, les emprunts au folklore l’opéra : la belle soprano convoitée par l’inventivité des détails, les divagations Chapelle de la cour, il aura pour élève
un vilain barbon (basse) finira bien dans harmoniques, les changements de cli- Beethoven, Reicha et Ries. Pour des
tchèque séduisent d’emblée. Certes, il
les bras du beau ténor après quelques mat préfigurent les temps classiques. raisons très circonstancielles (les pro-
manque parfois la tension, l’originalité péripéties sans dangers, voire franche- Le dialogue du violon avec le tutti fits de éditeurs de l’époque) une grande
supplémentaire qui distingue les deux
compositeurs, Dvorak et Kovarovic,
mais on découvre avec plaisir, notam-
ment dans le mouvement lent, une série
Sélection ClicMag ! L ’année romaine de Liszt aura encou-
ragé les pianistes à tous les vices,
langueur ou fureur, pas Francesco
de Kempff, rien moins, et sont autant
des déclamations contenues que des
prières, évoquant "Spozalizio" qui ouvre
de variations qui font songer à Schu- Piemontesi qui poursuit son voyage l’album, où Piemontesi dore l’aigu de
bert. Le dernier quatuor, en sol majeur dans le pèlerinage du virtuose hongrois son piano comme le fond d’un Loren-
(1894), est inachevé. Pièce charmante, avec une pureté de ton, une absence zetti. Toute cette seconde année pré-
assurément, à l’esprit “salonnard”, d’effet, exhaussant sa Sonate "Après cédée par la "Prédication aux oiseaux
une lecture du dante" au même niveau
elle brille par sa finesse, notamment de St. François d’Assise" est sous ses
que celles, si nombreuses, de Claudio
dans le scherzo. Sans appuyer sur les doigts un exhaussement, une élévation
Arrau : aucun effet mais un chant pur
mélodies et les tensions rythmiques, le spirituelle, déjà la musique de l’Abbé
et des abimes vertigineux. Le pianiste
suisse sait créer des espaces de retrait Liszt qui va aux confins de l’harmonie
Quatuor Stamic interprète ces œuvres
Franz Liszt (1811-1886) stupéfiant dans une œuvre qui démul- et dissous le romantisme dans l’extase,
avec autant d’élégance que de saveur.
Années de pèlerinage, Deuxième année, tiplie le clavier. Et tout cela toujours lecture humble et parfaite qui peine à
Il ne cherche pas à leur faire dire des cacher le virtuose insensé qu’est le plus
S 161 Italie / Film DVD Bonus : Années de tenu, maitrisé, écoutez simplement le
messages qu’elles ne portent nulle- Pèlerinage, Deuxième année, S 161, R10b chant d’allégresse avant la coda. Les poète des pianistes de sa génération.
ment en elles. Une belle découverte. Francesco Piemontesi, piano Trois Sonnets de Pétrarque rappellent En complément un DVD passionnant.
(Jean Dandrésy) C982191 • 2 CD/DVD Orfeo par leur élévation la beauté du toucher (Jean-Charles Hoffelé)

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partie de son œuvre s’est volatilisée et positeurs "…les plus talentueux actif naire. Intrigue manichéenne (les Anges
l’enregistrement de ce Requiem com- Sélection ClicMag ! dans l'Europe de l'automne du XVIIème de la Justice et de la Miséricorde) mais
posé en 1771 est donc une aubaine. siècle". Mozart lui-même trouvait son confusion des sentiments et ambiguïté
Si on a pu considérer Luchesi comme caractère et sa musique "Pleins de feu, des affects que Myslicevek se plaît à ca-
un précurseur du style classique, sa d'esprit et de vie". En Italie où il fit l'es- ractériser avec précision dans les trois
musique sacrée créée plutôt une pas- sentiel de sa carrière de compositeur airs confiés à chaque personnage. De
serelle entre Jommeli et Chérubini. d'opéras (26 en 15 ans !) on le dénom- cette succession mathématique d'airs
Ce Requiem de facture classique offre mait "Il Divino Boémo" faute de savoir et de récitatifs, on retiendra le souci de
de grosses masses chorales, la pré- prononcer son nom. D'où vient alors varier la structure des airs (l'habituel
sence d’un récitatif central ( !), d’airs le relatif oubli dans lequel on le tient Dal Segno) et l'accompagnement par
opératiques, d’envols contrapuntiques aujourd'hui ? Sa mort prématurée (44 une orchestration calibrée, restituée ici
dont une fugue assez brève (Liber ans), la concurrence des Allemands et avec élégance par Il Gardellino. Si les
Scriptus). Même si quelques pages Josef Myslivecek (1737-1781) des Autrichiens alors très en vogue en deux airs introspectifs se languissent
Adamo & Eva, oratorio à 4 voix Italie ou son style peut-être trop fidèle (le "Non ti chieggo amor" d'Eve), l'élé-
(Lacrimosa, Juste Judex, Dies Irae)
à une "version italienne du classicisme" gante ouverture les airs roboratifs des
possèdent une dimension de ferveur Valerio Contaldo, ténor (Adamo); Luciana Mancini,
mezzo-soprano (Eva); Roberta Mameli, soprano
(Freeman). Contrairement aux opéras Anges, les duos réunissant les deux
et d’authenticité, l’ensemble manque
(Angelo di Giustizia); Alice Rossi, soprano (Angelo qui respectent à la lettre les conven- protagonistes et les deux cruciaux
de personnalité et sonne assez banal
di Misericordia); Ensemble Il Gardellino; Peter Van tions de l'opéra séria, les huit oratorios recitativo accompagnato où Eve nous
et routinier d’autant que l’interpréta- connus à ce jour présentent davantage livre ses tourments, offrent des mo-
Heyghen, direction
tion montre de nombreuses scories d'originalité. Cet "Adamo & Eva" (Flo- ments mémorables où dramaturgie et
coté orchestre (balourd) et solistes (le PAS1053 • 2 CD Passacaille
rence 1771) pour quatre solistes relève invention musicale se marient avec la

S
ténor du Tuba Mirum !). Quant à l’Ave elon son récent biographe Daniel de l'exégèse chrétienne traditionnelle et grâce, la fluidité mélodique et le natu-
Maria de style baroque qui clôt l’album, Evan Freeman, Josef Myslicevek né musicalement de ce classicisme d'un rel si chers au compositeur tchèque.
cette combinaison alchimique entre en bohème en 1737, fut un des com- équilibre souverain mais peu vision- (Jérôme Angouillant)
la relative gaucherie des interprètes et
la naïveté de son expression le rend
irrépressiblement émouvant. Une au-
baine relative et une réussite mitigée. M endelssohn avait fait de ses sym-
phonies pour cordes de jeunesse
écrites alors qu’il avait entre douze et
alto et cordes sur un texte de Metas-
tase ("Che vuoi, mio cor ?") apporte
une diversion heureuse entre les deux
mer n’a pas la "patte" de ses confrères,
et le piano doit courir deux lièvres à la
fois, pâte orchestrale et soliste éthéré.
(Jérôme Angouillant)
quatorze ans un terrain d’essai pour symphonies et place Mendelssohn dans Trop riche, trop résonnant, il ne peut
maîtriser les techniques de com- la filiation directe de Mozart. Un disque y parvenir : on rêverait de l’entendre
position et d’équilibre sonore entre heureux à l’image du compositeur. dans une réduction de ceux de Beetho-
pupitres. Mais ces partitions, d’une (Richard Wander) ven ! Formidable ouverture de la Flûte
ampleur remarquable (elles atteignent Enchantée, celle des Noces alourdie par
trente minutes chacune) témoignent le piano, Jupiter oscillant entre concerto
avant tout du fascinant génie de cet pour piano et opéra. Voilà un disque
adolescent surdoué. L’interprétation que les mozartiens compulsifs comme
de l’Orfeo Barockorchester, ensemble moi ne voudront pas manquer, mais
de seize cordes soutenues par un pia- recommandable aussi aux curieux qui
noforte plein de fantaisie et d’invention ne seront pas déçus. Vite, une suite !
Felix Mendelssohn (1809-1847) qui apporte une séduisante richesse de (Olivier Eterradossi)
Sinfonias pour cordes n° 8 et 9; Scène pour timbres, renouvelle heureusement notre
alto et orchestre à cordes perception des pages que les orchestres
Margot Oitzinger, alto; L'Orfeo Barockorchester; modernes maintiennent trop facilement Wolfgang A. Mozart (1756-1791)
Michi Gaigg, direction dans une certaine grisaille. En complé-
Ouvertures "La Flûte enchantée" et "Les
CPO555202 • 1 CD CPO ment, un superbe air de concert pour Noces de Figaro" (arr. J.N. Hummel);
Concerto pour piano n° 21 (arr. J.B. Cra-
mer); Symphonie n° 41 (arr. M. Clementi)
logue, dominent les répertoires sym-
Sélection ClicMag ! phonique (27 opus) et de musique de
David Owen Norris, piano; Katy Bircher, flûte;
Caroline Balding, violon; Andrew Skidmore,
chambre (dont 13 quatuors à cordes). violoncelle
Ceux-ci s’échelonnent entre 1929 et CDA68234 • 1 CD Hyperion
1949. Les premiers quatuors révèlent Ignacy Jan Paderewski (1860-1941)
un compositeur qui n’hésite pas à
transgresser les règles du quatuor tra-
N on, rien de commun entre ce "Jupi-
ter Project" et le "Da Vinci Code" !
Postulat  : puisque Clementi l’utilisa
Thème varié, op. 16 n° 3; Menuet, op. 14
n° 1; Nocturne, op. 16 n° 4; Sarabande, op.
14 n° 2; Cracovienne fantastique, op. 14
ditionnel, à pimenter ses premiers opus
pour réduire la symphonie éponyme n° 6; Sonate, op. 13; The Days of Roses,
d’une écriture dissonante. L’époque est op. 7 n° 1; Little Lilly of the Valley, op. 7;
de Mozart, appelons "ensemble Jupi-
à la provocation, associant expression- ter" la formation "trio avec piano plus 12 Mélodies sur des poésies de Catulle
nisme, quête de nouveaux langages et, flûte" pour laquelle tant d’éditeurs com-
Mendès, op. 22
parfois, retour au romantisme, voire mandèrent dès la fin du 18ème siècle Katarzyna Duda, violon; Hanna Samson, soprano;
Nikolai Miaskovski (1881-1950) aux influences étrangères, d’un Ravel Jace Jaskula, baryton; Robert Marat, piano; Robert
moult transcriptions. Puis fouillons Morawski, piano; Cezary Karwowski, piano
Intégrale des quatuors à cordes notamment. À la fin des années trente la littérature à la recherche d’autres
Quatuor Taneiev et plus encore au début de la guerre, DUX1560 • 1 CD DUX
œuvres de Mozart réduites ainsi, telles

H
NFPMA98005 • 5 CD Northern Flowers les pièces s’épurent, certains mouve- que maints bourgeois mélomanes du ommage officiel rendu par la

A près s’être destiné à une carrière mi- ments jouant d’un laconisme désabusé, 19ème siècle ont dû les découvrir. Voici Pologne à l’un de ses fils les plus
litaire, Miaskovski étudia la musique entrecoupé de longues déclamations. donc, accompagnant la Jupiter modèle célèbres, tant sur le plan artistique que
auprès de Glière, Rimski-Korsakov et Quelques élans et effusions comme Clementi, deux ouvertures réduites politique, cette publication présente
Liadov. Son écriture peut être considé- dans le cinquième et septième qua- par Hummel et le concerto KV467 au un catalogue d’œuvres interprétées au
rée comme un lien entre compositeurs tuor, de nombreuses réminiscences fameux Andante. Bien sûr, sous peine cours des célébrations du centenaire de
du dernier romantisme (Taneiev, Tchaï- de folklores teintent une œuvre, qui de sécheresse, la réussite de l’entre- l’indépendance, données dans l’intimité
kovski, Rubinstein) et la jeune géné- contrairement à celles de Chostako- prise repose sur le choix d’instruments du manoir patrimonial de Kasna Dolna,
ration qui allait s’imposer au début du vitch et de Weinberg, se révolte peu. Au qui doivent avoir un caractère orchestral ayant appartenu au musicien et homme
XXe siècle : Chostakovitch, Prokofiev, fil du temps, l’écriture se simplifie. La tout en étant assortis : le Broadwood d’état. Aux cinq pièces pour piano suc-
Stravinski. Acteur enthousiaste des pre- sobriété et la légèreté de ton, presque, reconstruit par Chris Barlow, le violon cèdent trois mouvements de sonate
mières années de la Révolution russe, sont traduites magistralement par les de l’atelier Amati, le violoncelle viennois pour violon et piano puis deux séries
tout comme son élève Chostakovitch, Taneiev qui interprètent cette somme – de Thim et la flûte copiée de Grenser de mélodies pour soprano puis baryton.
Miaskovski passa, au cours des années la seule actuellement disponible – avec sont parfaitement en situation. A ce jeu, La soprano utilise force vibrato, la dic-
30, dans la catégorie des artistes dont il autant de naturel que de conviction. c’est le concerto qui s’en sort le moins tion du baryton – pour des poèmes en
fallait se méfier. Au sein d’un vaste cata- (Jean Dandrésy) bien. Deux raisons probablement : Cra- français - est incompréhensible. Aussi,

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Sélection ClicMag ! V oici peu j’applaudissais au premier


volume des Trios de Parry par les
Leonore : ils révélaient le cœur même
encore les savoureux contrastes. Et si
ce Deuxième Trio était le plus beau des
pas de nouvelles merveilles dans cet
idiome particulier ? Chef d'orchestre
avec de nombreux enregistrements
trois ? Certainement, Parry y résume
de l’œuvre d’un compositeur que l’An- son langage, l’affine, lui donne un élan vivaldiens à son actif, claveciniste,
gleterre fêta comme le créateur de sa qu’il n’a pas toujours. Quel contraste peintre de talent, Sardelli est l'auteur
symphonie nationale alors que tout son avec le ton dramatique, la surcharge de concertos, sinfonias, œuvres reli-
art s’employait avec un naturel évident pathétique qui ouvre le Quatuor avec gieuses, et pièces de clavecin déjà
dans la musique de chambre. Dans le enregistrés, et qui soutiennent brillam-
piano (1879), chef d’œuvre de son
Deuxième Trio (1884) si lyrique, comme ment la comparaison avec nombre de
auteur où là encore l’écriture savante
possédé par les paysages ombrés de ses confrères du XVIIIème siècle. Le
Brahms s’ébroue un fabuleux scherzo évoque Brahms jusque dans un Sche-
Prêtre Roux de son olympe peut être
(Allegro vivace) emporté par une savou- rzo méphistophélique, d’une folle vir- fier d'un tel émule. Ici aussi, le compo-
reuse danse champêtre avant que ne tuosité, qui fit la réputation de la par- siteur a retenu le meilleur de son illustre
Charles Hubert H. Parry (1848-1918)
vienne s’éployer un immense amoroso. tition. Elle reste la plus connue parmi prédécesseur, notamment dans la pro-
Trio pour piano n° 2; Quatuor pour piano ses opus chambristes, on peinera à en
Quelle merveille ! Que les trois amis fondeur d'expression qu'il infuse à ses
Leonore Piano Trio; Rachel Roberts, alto jouent avec un allant, une générosité, trouver une version aussi irrépressible. sonates très concertantes, où passent
CDA68276 • 1 CD Hyperion des nuances dans les dolce, en avivant (Jean-Charles Hoffelé) en filigrane Albinoni, mais aussi Leclair,
Tessarini et quelques autres, véritable
transfuge de la Venise du début du
alors que le mélange de spontanéité de Dukas (Second mouvement) que sonate pour violoncelle et piano (1923)
XVIIIème dont il prolonge avec brio le
et de virtuosité des premières œuvres l'influence de Reger, prégnant dans la volontiers lyrique, parfois sereinement
panache, le lyrisme et l'extravagance.
séduit par son immédiateté, les der- superbe Passacaille finale. C'est plutôt mélancolique, enfin, le trio (1924) où
(Jean-Michel Babin-Goasdoué)
nières revêtent un caractère compassé les pièces pour piano de ce dernier (les s’exprime, dans l’équilibre des voix
qui dessert certainement le propos en cycles Aquarellen et Lose Blätter) qui instrumentales, une pleine maîtrise de
le consignant dans une approche affec- soutiennent la composition de la Suite la forme. Musique d’un romantisme
tée et désuète. Le cd fait l’objet d’une pour orgue n° 1 op. 56. Cela dit Ren- tardif, très personnelle, presque ana-
présentation luxueuse mais ce n’est ner parvient souvent à transcender le chronique, si l’on songe à l’avant-garde
pas suffisant, les textes des poèmes maître. L’œuvre, structurée au cordeau, de l’époque dont il partage néanmoins
auraient pu trouver place si les infor- possède une véritable distinction et un certain credo esthétique par l’utilisa-
mations pour chaque interprète avaient distille un parfum romantique unique. tion de chants et de danses issus de la
été plus sobres. Contenu et contenant L'organiste et son instrument (Église musique populaire, ici bretonne : ainsi
doivent pouvoir trouver un meilleur St Mathieu, Lodz) sont ici dans leur élé- du deuxième mouvement du trio inspiré
équilibre. Un hommage, hélas ! qui aura ment. (Jérôme Angouillant) d’un chant recueilli (Le vin des Gaulois/
donc du mal à franchir les frontières. La danse du glaive) dans le "Barzhaz Friedrich Schneider (1786-1853)
(Alain Monnier) Breizh" (1839). D’origine bretonne et Ouverture sur la Marche de Dessau, op. 30;
proche du groupe des "Huit" (Ropartz, Gaudeamus igitur, Ouverture Festive, op.
Le Flem …) Rhené-Baton a su aussi 84; Ouverture Tragique en do mineur, op.
45; Symphonie n° 16 en la majeur
revivifier, à sa manière, la matière musi-
Anhaltische Philharmonie Dessau; Markus L.
cale de Bretagne. Autant qu’un serviteur
Frank, direction
de la musique, un musicien, grâce à la
curiosité d’aventureux interprètes ita- CPO555180 • 1 CD CPO
liens, à découvrir… (Emilio Brentani)
L e label allemand poursuit son voyage
dans l’univers sonore de ce composi-
teur qui débuta une carrière d’organiste
Rhené-Baton (1879-1940)
puis de pianiste. Profondément marqué
Sonate pour violon n° 1, op. 24; Sonate par les œuvres de Mozart et plus encore
Joseph Renner (1868-1934) pour violon n° 2, op. 46; Suite Ancienne
de Haydn, Schneider synthétisa dans
Préludes, op. 41 n° 1-3; Sonate pour orgue pour violon et piano, op. 55; Sonate pour
violoncelle, op. 28; Trio pour piano, op. 31 son écriture, les legs du classicisme
n° 2, op. 45; Suite pour orgue n° 1, op. 56
Wolferl Trio [Leonardo Micucci, violon; Roberto
et du préromantisme. On trouve ainsi,
Tomasz Zajac, orgue
Mansueto, violoncelle; Francesco basanisi, piano] dans ses oratorios, comme Das Wel-
DUX1370 • 1 CD DUX tgericht (CPO) un sens de la solennité
BRIL95554 • 2 CD Brilliant Classics
F ils d'organiste, Joseph Renner fit
ses études musicales auprès de
Rheinberger à Munich. Il sera plus tard A près ses études au conservatoire
de Paris, René Emmanuel Baton Federico Maria Sardelli (1963-)
classique alors que sa musique sym-
phonique (23 symphonies et 20 ouver-
tures) réalise le “grand écart” entre Mo-
titulaire des orgues de Regensburg, sa entame une carrière de chef d’orchestre 6 Sonates en trio
zart, Haydn, Mendelssohn et Rossini.
ville natale puis, vivement recommandé qui le mène à l’Opéra Comique (1907), Stefano Bruni, violon; Giovanni Battista Scarpa, Les airs circulent avec force et humour
à la direction des Ballets Russes de violon; Lorenzo Parravicini, violoncelle; Bettina
par Max Reger, nommé professeur et à la fois. Maître de chapelle du prince
Hoffmann, violoncelle; Paola Talamini, orgue
chef de chœur à Ratisbonne. Renner fut Diaghilev (1913), à la tête des concerts d’Anhalt-Dessau, Schneider acheva
également critique musical et écrivain, Pasdeloup jusqu’en 1932, enfin à la BRIL95999 • 1 CD Brilliant Classics une ouverture en forme de marche qui

F
il publia en outre quelques messes de création de l’orchestre radio-sympho- ederico Maria Sardelli est un compo- possède toutes ces caractéristiques, y
Rheinberger. Si son corpus d'orgue nique national (1937). Il dirige les pre- siteur baroque né en 1963. La raison compris une certaine pompe italienne.
fut accueilli d'emblée par ses contem- mières d’œuvres majeures de Debussy, de ce paradoxe est le fruit, outre d'une A Dessau, il fonda une école de musique
porains, sa musique sacrée eut moins Ravel, Roussel... Cette activité ne le fréquentation de presque toute une et on sourit à l’hommage bienveillant
de succès. On lui reprochait ses bizar- conduit pas à sacrifier la composition vie avec l'œuvre de Vivaldi, et d'autres des présents interprètes de la ville du
reries harmoniques peu conformes à la pour l’orchestre, le piano, la voix… Le compositeurs de la même époque, une land de Saxe-Anhalt. Plus mendels-
liturgie. Ce disque offre une vue assez trio italien Wolferl nous propose une affinité particulièrement aigüe avec sohnienne, sinon schumanienne avant
représentative du style de Renner. À quasi intégrale des œuvres de musique cet idiome et ce langage musical. A la l’heure par son caractère aussi pétillant
la fois discret respectueux de la forme de chambre de Rhené-Baton compo- question oiseuse "Pourquoi écrire de qu’imprévisible, la Symphonie n°16 fut
via le contrepoint (L’enseignement de sées, à l’exception de la "Suite Ancienne" la musique baroque aujourd'hui  ?", créée au Gewandhaus de Leipzig en
Rheinberger) mais ouvert subreptice- (1935), pièces brèves dont deux sur on pourrait répondre, outre "Pourquoi 1819. Les vents s’y donnent à cœur
ment aux tendances de l'époque. Ainsi rythme de gigue et de gavotte, dans les pas ?", que le style compositionnel créé joie, le Menuet regorgeant d’idées par-
les trois Préludes op. 41, d'apparente années-vingt du siècle dernier : les deux à une époque donnée n'est pas forcé- fois disparates mais que dût apprécier
simplicité formelle, sans mélodie vrai- sonates pour violon et piano, la pre- ment réduit à cette période, et que si le compositeur du Songe d’une nuit
ment distincte, empruntent les voies du mière (1921) en trois mouvements, très tant de mélomanes aujourd'hui se dé- d’été lorsqu’il dirigea la partition de
chromatisme et s'approprient les mo- mélodiques, les premier et troisième de lectent d'innombrables chefs-d’œuvre son confrère. On revient à Haydn et à
dulations harmoniques wagnériennes style vigoureux et dansant encadrant un qui ont traversé les siècles pour notre Rossini dans le finale qui pourrait fort
(période Tristan). La texture dense en larghetto mystérieux, la seconde (1927) plus grand bonheur (et celui de tant de aisément s’insérer dans un ouvrage
accords inextricables de la Sonate n° en un unique allegro à l’écriture dense, talentueux interprètes), pourquoi des italien de l’époque ! Le sens mélodique
2 op. 45 évoque aussi bien la Sonate empreint de rêverie et de dramatisme, la compositeurs doués ne créeraient-ils est tout aussi affirmé dans l’Ouverture

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festive Gaudeamus Igitur ainsi que menuets, valses et autres fantaisies, le dans un mouvement d’une liberté de
dans l’Ouverture Tragique. Hautbois et tout catalogué plus tard par son élève Sélection ClicMag ! ton et de facture qui surprend. Sibe-
cor sont remarquablement bien ser- Coste... au prénom de Napoléon, déci- lius s’inspire en effet de l’écriture des
vis dans la seconde partition, d’une dément ! Compositions musicalement poèmes symphoniques de Liszt dont il
veine toute beethovénienne avec son exigeantes, installant l'instrument colore la puissance avec son imaginaire
impressionnant motif fugué. Schneider dans un vrai classicisme (voire préro- nordique. Il accomplit ainsi une sorte de
emprunta des thèmes à ses étudiants mantisme) après la guitare baroque. synthèse musicale entre les influences
pour son l’Ouverture de fête. Créée en Musique de salon pour certains, mais germaniques et russe (Tchaïkovski) tout
1830, la pièce pressent déjà l’écriture de d'une obstination sincère, trahissant un en réalisant une œuvre d’une incroyable
Brahms ! Beau travail de l’orchestre et grand amour pour le bel canto, modu- originalité. Sibelius renia sa partition de
de son chef qui nous font découvrir un lant savamment ses mélodies dans jeunesse dont il interdit l’exécution de
compositeur à l’écriture prémonitoire. un environnement harmonique subtil, son vivant. Thomas Dausgaard traduit
(Jean Dandrésy) équilibré, parfois ravissant et souvent Jean Sibelius (1865-1957) la puissance hymnique de la musique,
très fin. Ce que rend parfaitement ici Poème symphonique "Kullervo", op. 7 sa volubilité rythmique avec une pas-
cet interprète italien, né en 1958, et Helena Juntunen, soprano; Benjamin Appl, bary- sion de tous les instants. L’orchestre
qui eut naguère l'occasion de se per- ton; Lund Male chorus; BBC Scottish Symphony très coloré et la prise de son rutilante
Orchestra; Thomas Dausgaard, direction
fectionner avec personne de moins portent une lecture profondément phy-
que Julian Bream et Andrès Segovia. CDA68248 • 1 CD Hyperion sique et sensuelle. Elle vibre de toutes

C
(Gilles-Daniel Percet) omposée pour soprano, bary- parts (la Jeunesse de Kullervo), jaillit
ton solistes, chœur d’hommes et dans des pulsations de danses (Kuller-
orchestre, Kullervo est une fresque vo et sa sœur). La finesse de l’orchestre
épique qui valut au jeune Sibelius, alors et de la direction épatent tant l’énergie
âgé de 26 ans, une notoriété interna- se déploie avec naturel et sans arrière-
Fernando Sor (1778-1839) tionale. La partition repose sur l’épo- pensée. Les deux solistes ainsi que le
Deuxième Grande Sonate, op. 25; Six airs pée nationale du Kalevala. Au cœur du chœur sont impeccables. Nulle raison
choisis de l'Opéra de Mozart "Il Flauto récit, Kullervo est un personnage qui de bouder cette gravure qui rejoint les
Magico", op. 19; Menuets, op. 11 n° n’est pas sans rappeler l’Œdipe grec. rares versions de référence d’une œuvre
4, 5, 12, op. 3, op. 5 n° 3, op. 42 n° 1; La tragédie en cinq parties reprend les peu jouée en dehors de la Finlande.
Andantino, op. 2 n° 3; Mazurka, op. 32 n° différentes époques de la vie du héros (Jean Dandrésy)
4; Introduction et Variations sur un thème
de Mozart, op. 9; Siciliana, op. 2 n° 6 Ignazio Spergher (1734-1808)
Stefano Grondona, guitare Six Sonates pour orgue, op. 1; Six Sonates comme professeur de clavecin, et se de la génération précédente, et notam-
STR37129 • 1 CD Stradivarius pour clavecin et orgue, op. 6; Sinfonia en voit nommé organiste à l'église San Ni- ment aux œuvres tardives de Galuppi
do majeur; Neuf Sonates pour orgue; Six colo, le "Panthéon" de la ville, où il sera (Passatempo al cembalo, 1781), dont le
L 'espagnol Fernando Sor choisit pour
instrument la guitare à une époque
où, dédaignée du public classieux des
Sonates pour orgue extrait de Fondo S.
Maria Formosa; 3 Sonates extrait de Fondo
lui-même inhumé en grande pompe à
son décès. Il y inaugure en 1778 l'orgue
langage simple mais efficace et les mé-
lodies chantantes éclairent et habitent
Sartori
concerts, elle exhalait encore le parfum double commandé par les Dominicains les délicieuses sonates enregistrées ici
Chiara Minali, orgue, clavecin
louche et un peu dangereux du bas et construit par Gaetano Callido. Après en alternance à l'orgue et au clavecin,
BRIL95834 • 3 CD Brilliant Classics la célébration de la première messe dans lesquelles la jeune interprète rend
peuple. Protégé de la duchesse d'Albe,
on aurait pu le traiter en d'autres temps
de collabo car il fit sienne la cause de N atif de Trévise, ville qu'il ne devait
jamais quitter, Spergher, bien que
pur italien, doit son patronyme à un
dans cette église en 1763, il devait y
superviser plus d'une centaine de ser-
vices liturgiques. Ses compositions
également justice à cette musique lim-
pide sur les deux instruments. (Jean-
Michel Babin-Goasdoué)
l'envahisseur napoléonien. Il dut pour
cela quitter définitivement son pays et père autrichien. Doué pour la musique pour clavier furent abondamment co-
acquit une grande réputation à Paris, dès son plus jeune âge, il devient l'élève piées et très largement diffusées. Une
y compris en publiant une méthode de Giambattista Tagliasassi, organiste partie conséquente de son legs musical
pour guitare, que l'on prisait infiniment de l'église San Gaetano. Il poursuit ses a été détruit lors des raids aériens de
plus en France. Il fit carrière dans toute études avec Giordano Riccati, brillant 1944. Cependant beaucoup d'œuvres
l'Europe, depuis Londres et jusqu'à savant trévisan, théoricien, acousticien ont survécu dans différentes archives et
Moscou où il vécut un certain temps. et expert en contrepoint. A la mort de ce collections privées. Contrairement à ses
Du lied à l'opéra, en passant à la fin dernier, un Requiem est commandé au compatriotes contemporains Bortolani,
par une messe pour sa fille défunte, il jeune compositeur pour les obsèques. Schiavon ou Moretti, plus centrés sur le
ne composa pas que pour la guitare, Admiré en tant qu'instrumentiste et concerto, Spergher reste fidèle à l'uni-
mais pour elle enfila études, variations, compositeur, il est également réputé vers de la sonate vénitienne pour clavier Louis Spohr (1784-1859)
Symphonie n° 6, op. 116 "Historische";
Symphonie n° 9, op. 143 "The Seasons"
Gerlinde Sämann, soprano; Isabel Schicketanz, volume est d'ailleurs consacré aux
Sélection ClicMag ! soprano; Maria Stosiek, mezzo-soprano; Dorothee œuvres de circonstances (politiques ou
Symphonie-Orchester des Bayerischen Rundfunks;
Karl Anton Rickenbacher, direction
Mields, soprano; David Erler, alto; Stefan Kunath, religieuses) écrites entre 1618 et 1648.
alto; Georg Poplutz, ténor; Tobias Mäthger, ténor;
Aussi fonctionnelles fussent-elles, C094841 • 1 CD Orfeo
Felix Schwandtke, basse; Martin Schicketanz,
basse; Dresdner Kammerchor; Hans-Christoph
Rademann, direction
peut-être moins émouvantes que les
pages à caractère uniment sacré, elles
expriment cependant la quintessence
I l y a quelque chose d’oulipien dans la
série des symphonies à programme
de Louis Spohr : la contrainte for-
CAR83278 • 2 CD Carus
du style du compositeur. De nature melle peut-elle être source de création

V oilà donc le vingtième volume de


l'édition complète Carus de l’œuvre
du compositeur allemand Heinrich
polychorale, elles font appel à un riche
instrumentarium (une vingtaine de mu-
artistique ? Le compositeur avait inau-
guré sa carrière symphonique par des
siciens) et à des cori spezzati comme le œuvres très personnelles quelque part
Schütz par Hans Christoph Rademann veut la tradition vénitienne. L'aficiona- entre Schubert, Weber et Schumann
Heinrich Schütz (1585-1672) et son Dresdner Kammerchor. Rade- dos retrouvera dans l’interprétation de avant qu’une décennie tragique dans
Psaume 7, 8, 15, 85, 116, 124, 127, 137; mann est devenu le grand promoteur Rademann le bel équilibre général et sa vie personnelle ne tarisse son ins-
"Veni Sancte Spiritus", SWV 475; "Da et diffuseur de Schütz. Celui qui à force cet art du dialogue si caractéristiques piration et ne le contraigne à stimuler
Pacem, Domine", SWV 465; "Gesang der d'étudier et de jouer ses œuvres dans du travail du chef qui parvient au terme ce qui lui restait de créativité par des
drei Männer", SWV 448; "Tugend ist der une sorte de quête herméneutique et de ces vingt volumes à ne pas sombrer défis musicaux. Ainsi, entre autres,
beste Freund", SWV 442; Danklied "Fürst- personnelle (qu'il décrit dans son intro- dans la routine ! Cela dit, le néophyte cette "Historique" dont chacun des
liche gnade", SWV 368; "Teutoniam dudum duction), a intégré à la fois la person- qui voudra découvrir un Schütz plus trois premiers mouvements emprunte
Belli", SWV 338; Syncharma Musicum "en
nalité, la musique et même l'univers expressif et coloré reviendra plutôt aux aux idiomes de Bach, Haydn et Mozart
novus Elysiis", SWV 49; "Vater Abraham,
erbarme dich mein", SWV 477; Osterdialog du musicien sans oublier la dimension fondamentaux, pour n'en citer qu'un : puis Beethoven (thème rythmique aux
"Weib, warum weinest du", SWV 443; "Mit sociale et politique, essentielle pour L'Histoire de la Résurrection par la timbales compris) avant de se moquer
dem amphion zwar", SWV 501; Trostlied, comprendre le sens et la portée de Chapelle Rhénane (K617). Un must ! assez spirituellement à grand renfort de
SWV 502 l’œuvre du compositeur. Ce dernier (Jérôme Angouillant) cuivres du style "nouveau" des Auber et

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consorts… Le programme de la 9ème célèbre avec pompe et fanfare (plus une nité du personnage émeuvent. Max Ladislaus Strapinski, alors que Pamela
est quant à lui moins nécessaire : seuls centaine de tirs de fusils) l'arrivée du roi Lorenz, halluciné, conduit son Hérode Coburn, la Prima Donna de Munich au
les auditeurs "pointus" détecteront ce Edouard VII à Dublin. "Fairy Day" est un aux frontières de la folie. Le rôle de cours des années 1980, incarne admi-
que Printemps, Été et Automne doivent cycle de trois chansons pour enfants Narraboth est trop bref pour mettre en rablement Annette, silhouette rédemp-
à la tradition musicale des "Saisons". référant musicalement au "Midsum- valeur le beau ténor de Lorenz Fehen- trice, muse d’amour qui remettra Ladis-
Orféo nous rend opportunément ce que mer Night's Dream" de Mendelssohn. berger. Cherchez son Riccardo dans
laus sur le chemin de l’art. Uwe Mund
le chef suisse Karl-Anton Rickenbacher L'alliance du chœur aérien, des cordes Un Bal Masqué, auf Deutsch, dirigé
a eu bien raison d’exhumer cet ouvrage
(décédé il y a 5 ans) avait su tirer, 20 ans et de la harpe délivre un parfum Typi- par Fritz Busch, avec un somptueux
Fischer-Dieskau en Renato. Une Salomé inspiré que l’Histoire avait oublié.
avant l’intégrale d’Howard Griffiths, de cally British. A partir d'une simple mé-
cette musique agréable et pas si simple lodie traditionnelle irlandaise, le poème passionnante, mais réservée aux bons (Jean-Charles Hoffelé)
qu’il n’y paraît. On retrouve la classe, symphonique "A Song of Agincourt" connaisseurs de l’interprétation straus-
peut-être un peu discrète, de cet ancien prouve la dextérité du compositeur à sienne. (Olivier Gutierrez)
assistant de Klemperer qui connut son combiner modulations harmoniques
heure de gloire dans les années 90. et développement contrapuntique à la
Quoi que manquant d’un rien de second manière de Brahms qui reste l'influence
degré, sa lecture limpide et classique tutélaire de Stanford. En témoigne
resta longtemps une référence pour L’ "Overture in the style of a tragedy"
ces œuvres et demeure parmi les toutes (1903) qui prend modèle sur son
meilleures. (Olivier Eterradossi) Ouverture Tragique, même crescendo
dramatique, même fluidité thématique.
(Jérôme Angouillant) Alexandre Tansman (1897-1986)
Pièces de fantaisie pour piano à 4 mains;
Joseph Suder (1892-1980) Tois Fugues pour piano à quatre mains;
Kleider machen Leute, opéra comique en 1 Nous jours pour Maman, Morceaux très
prologue et 2 actes faciles en grosses notes pour piano à 4
Klaus König; Morris Morgan; Pamela Coburn; mains; En tournant la T.S.F., pour piano à
Wolfgang Probst; Wilfired Plate; Susanne Klare; 4 mains; Quatre Pièces fuguées pour piano
Jan-Hendrik Rootering; Klaus Geber; Bernd à 4 mains "pour Marc et Anne Landowski";
Nachbaur; Brigitte Lindner; Dietrich Pauli; Fritz
Cinq petites pièces pour piano à 4 mains
Strassner; Chor des Bayerischen Rundfunks;
Charles Villiers Stanford (1852-1924) Bamberger Symphoniker; Uwe Mund, direction Elbieta Tyszecka, piano; Agnieszka Lasko, piano;
"Verdun", op. 151; "A Welcome March", Malgorzata Piechnat, piano
C124862 • 2 CD Orfeo
op. 87; "Fairy Day", op. 131; "A song of Richard Strauss (1864-1949) AP0447 • 1 CD Acte Préalable
Agincourt", op. 168
Kerry Stamp, soprano; Ulster Orchestra; Howard
Salomé, opéra en 1 acte
Max Lorenz; Irmgard barth; Inge Borkh; Hans
L orsque Joseph Suder commença à
songer à son opéra d’après la pièce
de Gottfried Keller le théâtre de Prague C 'est Paulhan, grand chanoine d'une
NRF de la haute époque, qui com-
Shelley, direction Hotter; Lorenz Fehenberger; Bayerisches Staatsor-
chester; Joseph Keilberth, direction s’apprêtait à créer le drame lyrique que mença par soupçonner Ponge d'une
CDA68283 • 1 CD Hyperion
Zemlinsky avait tiré de la même source. "infaillibilité un peu courte". On serait un
L es compositeurs britanniques ont de C342932 • 2 CD Orfeo
Suder ne se découragea pas, travaillant peu tenté d'en dire autant devant pareil
tout temps composé des hymnes,
des marches, des morceaux populaires
et patriotiques à l'image des "Pomp
C e célèbre live est un rare document
de la collaboration de Joseph Keil-
berth avec l’Opéra de Münich. Le chef
à son propre livret et s’immergeant
complètement dans son œuvre à comp-
parti-pris des choses musicales par
ce compositeur : charmant et (donc)
ter de 1926. La parabole du tailleur de
and circumstances" d'Elgar. De fait, les bavarois avait recueilli les conseils de un peu court, entre enfantineries (bien
pierre pris pour un comte grâce à son
quelques pages orchestrales de Charles Richard Strauss : "dirige Salomé et unique trésor, un somptueux manteau, loin des fameuses Scènes d'enfants,
Villiers Stanford figurant sur ce disque Elektra comme si c’était du Mendels- inspira à Suder un drame lyrique sans ou plutôt à front renversé, ce "Nous
pourraient très bien se retrouver un sohn : de la musique pour les elfes". aspérité, comme un rêve les yeux ou- jouons pour Maman...), clin d'œil à
jour au programme des Prom 's. Trois Légèreté et transparence sont au ren- verts, d’une poésie certaine, enveloppé certains idiomes nationaux stéréotypés
d'entre elles ont en commun le fait dez-vous. C’est un peu tard pour Inge dans un orchestre ductile, subtil, dérou- (via la radio hongroise, par exemple), et
d'avoir été composées pour des cir- Borkh, qui ne retrouve pas la fraîcheur lant un flot continu. Assez pour s’ins- pseudo modernités atonales fuguées.
constances précises. "Verdun : Solemn adolescente du personnage, l’acidité crire dans la modernité ? Plutôt pout Tansman, autant franco-polonais que
march and Heroïc Epilogue" (1918) du timbre et la dureté des aigus lassent s’en tenir à distance, à ce titre la com- grand cosmopolite à l'époque où ça
(d'après sa deuxième sonate pour orgue vite, et la prise de son, pourtant retra- paraison avec l’ouvrage de Zemlinsky signifiait encore culturellement quelque
"Eroica" dédiée à Charles Marie Widor) vaillée dans les limites du possible par illustrera à quel point Suder se soucie
chose, révélé aux autres autant peut-
fut composée en hommage aux soldats les ingénieurs d’Orfeo, dessert cette plus des caractères humains que de la
chanteuse dont la voix n’était pas natu- être qu'à lui-même par une rencontre
français morts à la guerre. Une marche parabole, l’occasion pour les chanteurs
funèbre des cuivres d'une roide solenni- rellement phonogénique. L’intelligence de l’Opéra de Munich de s’emparer des avec le toujours attentif et généreux
té anime l'Adagio du prélude et quelques et l’expérience compensent. Hotter a la personnages que Suder aura si subtile- Ravel, passé par les Etats-Unis pour
citations de la Marseillaise émaillent stature du prophète : ses imprécations ment peint. Klaus König incarne avec échapper aux griffes antisémites de la
l'épisode héroïque. "A Welcome March" impressionnent, la noblesse et l’huma- fièvre les tourments de conscience de peste brune, nous a laissé une œuvre
plutôt colossale, effectivement tournée
volontiers vers le monde de l'enfance
Sélection ClicMag ! D écidément, la mode est à Mann-
heim ! Danzi, Spohr… et voici Sta-
mitz (Karl, le fils). Comme on sait, le
sa tendance habituelle à produire un
son un peu pincé et métallique, certes
très brillant mais fatiguant à la longue.
(le compositeur avait deux filles ché-
ries), notamment pour piano à deux ou
talent symphonique de ce dernier était L’Orchestre de chambre du Palatinat, in- quatre mains. Du lyrisme, de la clarté,
assez moyen, mais ses symphonies dissociable de la notion même de "style naturellement de l'humour (on songe
concertantes et concertos lui valurent de Mannheim", joue dans son arbre parfois à Poulenc), assurément de la
un juste renom. A l’écoute, on pense généalogique avec une verdeur et une musique que c'est la peine pour autant
au traitement orchestral des concer- alacrité que Johannes Schlaefli exploite de s'en prendre la tête. Un certain néo-
tos pour violoncelle de Joseph Haydn à merveille (les cordes !). Petit clin d’œil classicisme aussi, que nos interprètes
et aux mélodies de Mercadante ou final, il cédera dès le début de la saison ici rendent idéalement, sans en rajouter
Pleyel, avec plus d’invention que chez prochaine la place de chef principal à… inutilement. On se mange une glace et
les confrères cités plus haut. Côté Paul Meyer ! Bref si la musique de Karl
c'est agréable, entend-on beaucoup
interprétation, c’est la fête ! Le temps Stamitz n’a rien de révolutionnaire ne
Karl Stamitz (1745-1801) l'été dans les foudroyants micro-trot-
n’a de prise ni sur Paul Meyer, éternel boudons pas pour autant notre plai-
jeune homme, ni sur sa technique et sir, cette première mondiale au disque toirs de notre audacieux journalisme
Concertos pour clarinette n° 3-5
l’articulation éblouissante de ses coups bénéficie d’une interprétation haut de télévisé d'investigation. Ecouter cette
Paul Meyer, clarinette; Kurpfälzisches Kammeror-
de langue. Par contre il n’est pas cer- gamme et de cadences sur mesure musique-là si rafraîchissante, c'est pa-
chester; Johannes Schlaefli, direction
tain que le choix pour cet enregistre- (dont une due au soliste) : exceptionnel, reil. Fond dans les oreilles, pas dans les
CPO555053 • 1 CD CPO ment d’une clarinette en buis atténue assurément. (Olivier Eterradossi) mains. (Gilles-Daniel Percet)

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Sélection ClicMag ! V ous aviez aimé "Die dicken Wolken


scheiden sich" ? Alors ne ratez pas
ce nouveau volume par les mêmes in-
vieillissant est tout sauf un tâcheron
consciencieux : si on ne plane pas dans
ments solistes qu'il pratiquait, et de
la musique de chambre dont deux
sonates violon-piano, deux trios avec
d’absolues hautes sphères spirituelles
terprètes ! Quelle fête, alors que l’encre voilà une musique pleine de couleurs et piano, deux quatuors à cordes, et les
des éditions critiques est à peine sèche de "jus" savoureux, qui a dû transpor- deux avec piano ici présents. Ce sont
(2017 pour TWV 2 : 5, 2019 pour TWV ter ses premiers auditeurs. L’ensemble des œuvres d'une grande maîtrise,
13 : 14 qui est une première discogra- dirigé du clavecin par Hochman s’en d'une écriture très équilibrée, dessinant
phique), voire pas encore prête (pour le empare avec son habituel savoir-faire et la ligne claire d'un romantisme bien
petit motet TWV 14 : 11 dont Ira Hoch- tempéré. Mais à écouter au plus près,
surtout un enthousiasme communica-
man prépare elle-même l’édition)… on pourrait considérer que dans cette
tif. Cette fois c’est à la basse de Fabian
Les œuvres étant de circonstance (on forme chambriste particulière l'opus 30,
Kuhnen qu’il échoit de dramatiser les
inaugure une église ou une "Lateins- avec son côté comme de mini concer-
chule", on lance ou clôture une session récitatifs, alors que le ténor de Mirko
Georg Philipp Telemann (1681-1767) to, n'est pas sans annoncer plus tard
d’examens), les clichés abondent : rien Ludwig explore des terrains plus festifs.
Schumann. Mon tout fort bien rendu
Cantates inaugurales, TVWV 2 : 5, 13 : 14 Quant à l’alto d’Alon Harari, les duos de
ne nous est épargné des flûtes pour dans cet enregistrement par une for-
et 14 : 11 TWV 2 : 5 le trouvent particulièrement
évoquer les bergers, des gammes mation encore jeune mais dont la tran-
Hanna Zumsande, soprano; Alon Harari, contreté- instrumentales ascendantes et inter- en situation, son timbre se mariant très quille maturité ne va pas sans étonner.
nor; Mirko Ludwig, ténor; Fabian Kuhnen, basse; valles vocaux géants sur les "erheben" bien à ceux du ténor et de la soprano (Gilles-Daniel Percet)
Barockwerk Hamburg; Ira Hochman, direction et "erhöhen", ni des timbales pour Hanna Zumsande. On en redemande.
CPO555255 • 1 CD CPO illustrer… les timbales. Mais Telemann (Olivier Eterradossi)

Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948)


Trios n° 1 et 2 pour piano, violon et violon-
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893) Heitor Villa-Lobos (1887-1959) Johann Wilhelm Wilms (1772-1847) celle, op. 5 et 7
Quatuors pour piano, op. 22 et 30 Trio Mezzena-Patria-Ballario
Symphonies n° 4, 5 et 6 Cinq Préludes pour guitare seul; Douze
Leningrad Philharmonic Orchestra; Yevgeni Etudes pour guitare seul; Sextuor Mystique Valentin Klavierquartett [Isabel Lhotzky, piano; BRIL95553 • 1 CD Brilliant Classics

B
pour flûte, hautbois, célesta, harpe, saxo- Inka von Puttkamer, violon; David Ott, alto; Hanno
Mravinsky, direction rilliant Classics poursuit l’explora-
phone alto Mib et guitare Kuhns, violoncelle]
ALC1603 • 2 CD Alto tion du répertoire de ce compositeur
Sextuor Mystique Ensemble [Andrea Monarda, CPO555247 • 1 CD CPO au style si charmant et inspiré. Moitié

L e label Alto réédite dans sa collec-


tion “Legendary Recordings” les fa-
guitare; Adriano Bassi, direction; Davide Chiesa,
flûte; Emanuel Vitolano, hautbois; Vanja Contu, S es prénoms et nom sont bien d'ori-
gine allemande, mais ce Wilms fut
allemand, moitié vénitien, Wolf-Ferrari
exprime, dans sa musique, la rigueur
meuses trois dernières symphonies du harpe; Niccolo Pantaleo, saxophone; Alessandro néerlandais (donc moins deutsch que germanique par la construction très
compositeur russe. Elles furent captées Nardin, célesta] dutch) et composa d'ailleurs, alors, classique de ses deux trios et un ly-
par les ingénieurs de Deutsche Gram- LDV14050 • 1 CD Urania l'hymne national de son pays. Égale- risme romantique fin de siècle. Chaque
mophon, en studio, à Londres, lors ment flûtiste, il fut surtout pianiste et mouvement s’apparente à une danse
d’une tournée des musiciens russes.
Voilà ce que l’on appelle un incunable
L a finesse et l’élégance caractérisent
l’écriture du compositeur brési-
exécuta en première publique dans son
pays plusieurs concertos de Mozart et
avec des inspirations qui empruntent à
Brahms sinon aux compositeurs d’Eu-
lien Heitor Villa Lobos. On le constate de Beethoven (dont il fut le contem- rope centrale, Dvorak en premier lieu.
de la discographie. Parler de ces œuvres d’abord dans les cinq préludes pour porain nettement plus post-classique). Aucune arrière-pensée dans ces pièces
sans faire référence à ses témoignages guitare composés à Rio en 1940. De On peut le considérer comme l'un des composées pour le seul plaisir de la
qui approchent l’âge de la soixantaine ces pièces qui ouvrent l’album émanent principaux compositeurs hollandais de lumière et d’un confort, au creux de
est inenvisageable. C’est un orchestre une tendresse et une poésie touchantes la première moitié du 19ème siècle, mélodies d’autant plus subtiles qu’elles
et une sonorité mythiques qui semblent sans démonstrations inutiles. Ces Pré- avec principalement sept symphonies, sont parfois épurées. Ainsi, le Larghetto
jaillir du passé. Karajan ne s’y trompa, ludes dédiés au guitariste espagnol des concertos pour les deux instru- du Premier Trio (1898) joue d’hésita-
affirmant avec tout l’ego (génial) qu’on André Segovia rappellent que les douze
lui connaissait, qu’il n’y avait que Mra- Études continuant le programme furent n’eut pas déplu à l’auteur du "Roi Lear".
vinski et lui ! Le chef autrichien était composées pour lui suite à sa rencontre Sélection ClicMag ! Décor sicilien, orchestre évocateur dès
stupéfié par une improvisation aussi avec le compositeur à Paris dans les l’ouverture, écriture brillantissime où
diabolique, poussant chaque pupitre de années 1920. Bien que ne manquant Wagner s’affirme différent de tout ce
l’orchestre aux limites de ses capacités pas de caractère, ces pièces d’avantage qu’il sera ensuite (même dans la veine
réactives. Toute l’agressivité des cordes axées sur l’aspect technique séduiront "comique", voyez les "Meistersinger"),
rêches des orchestres soviétiques s’est plus certainement les guitaristes. Enfin, cet ouvrage enthousiasmant tentait de-
estompée au profit du chant et de l’éner- puis longtemps Wolfgang Sawalisch qui
l’intéressant Sextuor Mystique (1917)
le présenta à Munich en 1983 aux cotés
gie. On reste ébahi devant une telle vir- à l’instrumentation atypique termine le
des "Fées" et de "Rienzi". Soirée juste-
tuosité, un sens du mouvement idéal. programme. Regroupant une flûte, un ment légendaire où une troupe inspirée
Les musiciens jouent comme si leur vie saxophone, un hautbois, un célesta, une assemblée autour du Claudio de Robert
en dépendait. Mravinski, paraît-il, faisait harpe et une guitare, il nous transporte Richard Wagner (1813-1883) Schunk fait briller quelques étoiles : le
accorder ses pupitres pendant trois dans un tableau musical aux couleurs Das Liebesverbot, opéra en 2 actes Friedrich d’Hermann Prey, l’Isabella de
quart d’heure et ils devaient répéter par- chatoyantes et rafraîchissantes. Villa Hermann Prey; Wolfgang Fassler; Robert Schunk; Sabine Hass, la Marianna de Pamela
fois pendant plusieurs heures ce grand Lobos fait ici preuve d’un beau talent Friedrich Lenz; Kieth Engen; Sabine Hass; Coburn disent assez à quel niveau
Pamela Coburn; Alfred Kuhn; Raimund Grumbach; d’excellence était parvenu l’Opéra de
répertoire qu’ils connaissaient à la per- d’orchestrateur. Les divers timbres se Marianne Seibel; Hermann Sapell; Bayerisches Munich. Mais c’est d’abord Wolfgang
fection. Alto a remastérisé les bandes marient à merveille. On est séduit par Staatsorchester; Wolfgang Sawallisch, direction
Sawallisch, allégeant la comédie, aigui-
avec beaucoup de précision, accentuant le caractère à la fois féerique et mysté- C345953 • 3 CD Orfeo sant l’intrigue, conduisant le théâtre
les voix médianes et graves, donnant un rieux d’une œuvre à l’écriture finement
peu plus de profondeur à l’orchestre.
On peut aimer cette conception même
ciselée. Voilà un agréable album aux
œuvres originales et raffinées dotées
I mparable : le génie théâtral du jeune
Wagner rencontre celui de Shake-
speare. En 1835 il met en musique une
impertinent d’un musicien de vingt et
un ans d’une baguette vive et alerte qu’il
faut saluer : tant de dévotion et d’éclat
si elle modifie sensiblement l’écoute de d'une interprétation tout à fait plaisante. très libre adaptation de "Mesure pour auront enfin donné un visage au jeune
l’édition originale. (Jean Dandrésy) (Laurent Mineau) mesure" dont l’efficacité dramatique Wagner. (Jean-Charles Hoffelé)

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Récitals
mains, Herbert Schuch et Gülru Ensari transportent dans un autre monde, il y duit entre autres les pièces délicieuses
Sélection ClicMag ! contrastaient une savante alternance a comme des échos de la Transylvanie qui font l'objet de ce bel enregistre-
des Valses de Brahms et de Hinde- de Bartók dans ces ostinatos parfaits ment. On est loin du répertoire religieux
mith avec le grand geste du "Sacre du dont les empilements harmoniques auquel l'harmonium sera trop souvent
Printemps" comme Stravinski l’aura provoquent l’irrépressible tourbillon. cantonné, après le tournant du siècle,
noté pour le clavier, drastique, parfait, Le Grand œuvre peut venir. Le "Sacre par des compositeurs comme Karl-
implacable. Entre les Valses de Brahms, du Printemps" réduit dans l’espace d’un Elert (à l'exception de ses "Duos légers"
heureuses sans ironie, et celles de Hin- piano s’y sera-t-il jamais incarné autant pour harmonium et piano de 1906).
demith, heureuses parce qu’ironique qu’un orchestre le put ? La diversité des Avec par exemple "Sous les rosiers,
(et il faut bien que je l’avoue assez timbres, le chant des couleurs, l’abrupte petite valse facile" de Giuliano Balbi, le
géniales jusque dans leurs caresses des percussions si précisément retrou- ton est donné : il s'agit de musique de
harmoniques à la Reger) le mariage est vés ne seraient pourtant rien sans l’im- divertissement, de musique de salon
Œuvres pour piano à 4 mains idéal, et les quatre mains de nos amis placable récit du ballet qui emporte les au meilleur sens du terme. Le ton et les
J. Brahms : Valses, op. 39 / P. Hindemith :
y prennent tout le plaisir qu’ils peuvent. épisodes comme dans un cauchemar. styles oscillent entre la danse (avec le
8 valses, op. 6 / Ö. Manav : 2 mélodies Cette alternance fonctionne à merveille, Ce piano athlète qui danse, fait saillir savoureux "Bollero" (sic) de Spattini) et
d'Anatolie / I. Stravinski : Le Sacre du leur dolce impondérable, les couleurs ses angles, hurle et s’effraye est à lui la mélodie ou la romance. L'opéra n'est
Printemps (version pour piano à 4 mains en éventail, toute une certaine nostalgie, seul le manifeste d’un nouveau monde pas loin, dans des paraphrases et autres
par le compositeur) celle d’un monde disparu s’en dégage, incarné jusqu’à la terreur par ces deux fantaisies (sur le Domino Noir d'Auber,
Gülru Ensari, piano; Herbert Schuch, piano admirablement montré avec des repen- pianistes géniaux qui osent ici ce que toujours de Balbi) qui ramènent au
tirs, des regrets, une poésie de clavier personne n’avait osé : préparer leurs salon le monde de la scène. Pour être
AVI8553376 • 1 CD AVI Music qui m’évoque Radu Lupu. Mais place instruments. Ecoutez seulement la sec- inconnus, ces compositeurs n'en sont

P rogramme étrange. Pour ce qui fut


en 2016 leur premier opus à quatre
au nouveau monde : les deux "Danses
anatoliennes" d’Özkan Manav nous
tion centrale de la "Danse de la terre".
Disque génial ! (Jean-Charles Hoffelé)
pas moins doués pour faire donner aux
deux instruments combinés le meilleur
d'eux-mêmes, en alliant le pittoresque
tions rythmiques, de mélodies sans Job, entre autres. Les quatre ballades harmonium et piano et l'invention mélodique. Debain enté-
paroles. Quant au finale, Allegro vivace de Chopin captées en 1941 sont d’une Andrea Toschi, harmonium (Harmonium Kasriel, rinera d'ailleurs cette alliance en bre-
assai, le voici baignant dans un climat élégance superbe, avec juste ce qu’il 1905); Carlo Mazzoli, piano (Piano Pleyel, 1860) vetant en 1849 l'harmonicorde, nouvel
d’une douce nostalgie. Le Second Trio faut de prises de risques. Pas un forte instrument combinant harmonium et
TC850004 • 1 CD Tactus
est dominé par une première partie n’est cassant. Tout le jeu est concentré piano. (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
complexe et dont la durée est presque
le double des deux mouvements sui-
dans la narration et la sobriété du chant.
On en oublie les bruits parasites et le
D ès l'invention de l'harmonium par
le facteur de piano parisien Debain
(1809-1877), breveté en 1842, le nou-
vants ! Wolf-Ferrari a pris pour modèle, souffle parfois importants. Jean Doyen
vel instrument connut un grand succès
l’écriture de César Franck. Ce Trio est remit au goût du jour Les Variations sur
du fait de son faible encombrement,
assurément beaucoup plus ambitieux Là ci darem la mano de Chopin, qu’il
de son coût modéré et surtout de ses
que le premier opus et l’auditeur suit, joue d’une manière un peu surannée.
capacités expressives. Il s'agissait en
pas à pas, une narration d’une expres- Les Liszt (Etudes de concert) sont mar-
fait d'un perfectionnement de "l'orgue
sivité profondément tragique. Que de quants par leur poésie et notamment
expressif" de Gabriel-Joseph Grenié
contrastes avec les climats contem- la qualité des pianissimi. España et la
(1756-1837), développé depuis 1790 et
platifs du Largo puis le finale épuré ! Boutique fantasque de Chabrier ont de
dont le brevet est de 1810. L'instrument
Les interprètes traduisent avec beau- l’allure tout comme la Barcarolle n°2 Ave Virgo Gloriosa
et le Nocturne n°6 de Fauré. Interprète se répand dans les salons, où il tient le
coup de tact et de clarté à la fois, cette rôle de "chanteur" accompagné par le Musique mariale de la Renaissance au
musique sincère et simplement belle. des œuvres de son temps, Doyen offre Baroque. A. Scarlatti : Salve Regina / G.
des lectures gorgées de lumière et piano, en France (avec des pièces de
(Jean Dandrésy) Frescobaldi : Conzon seconda à 4; Ave
d’une justesse magnifique. Les Debus- Saint-Saens, Lefébure-Wély etc), mais Virgo gloriosa; Canzon sesta, à 4 / C. Meru-
sy, notamment le Livre I des Images, aussi en Italie où l'association des deux lo : Canzon à 4 L'olica / C. Monteverdi :
possèdent une virtuosité scintillante et instruments est très appréciée et pro- Magnificat secondo à 4 voci in genere da
précise. C’est un toucher rapide, sans
pédale excessive. On réécoute et on de Franz Berwald (1796-1868) bien plus
admire le premier enregistrement mon-
dial (1937) du Gaspard de la nuit de
Sélection ClicMag ! rarement enregistré. Saluons d'emblée
une prise de son, généreuse qui offre un
Ravel. Quelle luminosité, quelle légèreté équilibre sonore idéal en ne favorisant
de toucher ! Un témoignage historique ni le piano ni l'orchestre. On retrouve
bien venu. (Jean Dandrésy) cet équilibre dans l'adéquation parfaite
L'école française du piano, vol. 3 entre la soliste et l'orchestre, une juste
mesure permettant un lyrisme décanté.
F. Chopin : Vatiations sur "La ci darem la
mano" de Mozart, op. 2; Ballades n° 1 à
Aucun tumulte dans l'Allegro (si sou-
4; Valse n° 6, op. 64 n° 1 "Minute"; Valse vent brusqué !) et un voluptueux canta-
n° 11, op. 60 n° 1 / F. Liszt : 3 Etudes bile dans l'Adagio. Le "marcato" du final
de Concert, S 144; 2 Konzertetüden / E. est pareillement bien troussé, exultant.
Chabrier : España; Bourrée fantasque / C. Ana-Marija Markovina Le chef Peter Sommerer et ses musi-
Saint-Saëns : Valse-Caprice, op. 76 "Wed- E. Grieg : Concerto pour piano, op. 16; ciens sont aux petits soins pour "leur"
ding Cake", op. 76 / G. Fauré : Barcarolle "Jour de noces à Troldhaugen", op. 65 n° soliste. Markovina montre de fait une
n° 2, op. 41; Nocturne n° 6, op. 63 / C. 6 / F. Berwald : Concerto pour piano en ré délicatesse de toucher qui siérait à mer-
Debussy : Images, livre 1, L 105; Poissons majeur / C. Nielsen : Prélude Acte II de
d'or, n° 3 extrait de Images, livre 2 / M.
Musique pour harmonium et veille dans un ensemble chambriste.
"Saül et David"
Ravel : Gaspard de la nuit piano dans les salons du 19e Le fringant et virtuose Concerto de
Ana-Marija Markovina, piano; Schleswig-Holstei-
Jean Doyen, piano siècle Berwald à mi-chemin entre classicisme
nisches Sinfonieorchester; Peter Sommer, direction
et romantisme, restitue avec le même
APR6030 • 2 CD APR G. Balbi : Grande Fantaisie sur le "Domino HC17027 • 1 CD Hänssler Classic
Noir" de Auber, op. 14, pour orgue et cocktail de souplesse et d'élégance,

L ’excellent texte de Frédéric Gaussin


présente divers enregistrements his-
toriques (1930 à 1943) de Jean Doyen.
piano; "Sous les rosiers", op. 10, petite
valse facile pour harmonium et piano / L a pianiste polonaise Ana Marija
Markovina est une inlassable défri-
le style bigarré et narratif du compo-
siteur. En bis le charmant "Wedding
G. B. Croff : Deux duos pour harmonium cheuse de répertoires rares (Bruckner, at Troldhaugen" de Grieg tirée d'une
Le nom de cet artiste à la carrière de et piano / D. Silverj : Sérénade pour har- Urspruch, Le Beau, Wolf) et l'auteur mélodie folklorique composé dans sa
quatre décennies, figure éminente qui monium et piano; Petite sonate élégiaque d'une intégrale fort remarquée du cla- résidence d'été, et une page ébourif-
traverse toute l’histoire du piano fran- pour Harmonie flûte et piano / C. Spattini :
vier solo de C.P.E Bach parue en 2014 fante de Carl Nielsen tirée de son opéra
"Bollero", pour piano et harmonium / E.
çais au XXe siècle demeure oublié. Mantelli : Extraits de "Deux petits diverti-
(Hänssler). Elle est ici la soliste d'un "Saul & David". Un excellent millésime
Professeur à Paris et jusqu’en 1977, il menti pour Harmonie flûte, harmonium et programme de concertos scandinaves. du label Hänssler qui poursuit une poli-
eut pour disciples Philippe Entremont, piano" / F. Bruno : Variations pour piano Si l'op. 16 de Grieg jouit d'une opulente tique éditoriale exigeante et de qualité.
Idil Biret, Dominique Merlet, et Bernard et harmonium / F. Filippi : Mélodie pour discographie ce n'est pas le cas de celui (Jérôme Angouillant)

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Récitals
Christoph Friedrich Bach (un des nom- musicien son surnom. Un savant travail pièce centrale, la Messe Nobilis et Pul-
Sélection ClicMag ! breux descendants de Jean Sébastien) de recherche a été mené par Karsten chra (...Virgo Katherine) à trois voix de
ouvre ce disque du Chœur de Chambre Gundermann, en vue de la restauration Walter Frye (1475), compositeur peu
de Stuttgart. Sommet de sophistication de l’œuvre, ce dont on ne peut que se documenté mais important dont on a
polyphonique et dramaturgique, il est féliciter. Mais cette besogne est com- conservé principalement des messes
ici transcendé par un chœur sublime plétée dans une perspective de "recom- qui influenceront notamment l'école
d'éloquence. Le motet qui suit du position" (sic) pour solistes, chœur de franco-flamande, Gilles Binchois, An-
même J.C.F. n'est pas loin d'atteindre chambre et orchestre symphonique. Et toine Busnois et Jacob Obrecht. L’œuvre
les mêmes hauteurs mais l''écriture c’est là la limite de ce projet auquel on a est caractéristique de cette période dite
y est moins tendue et plus convenue. finalement ajouté une harmonisation et de "la contenance angloise" (selon le
Frieder Bernius a réussi à hisser son une orchestration qui, si elles n’ont rien poète Martin le Franc, 1441) désignant
équipe de chanteurs au rang d'un des de médiéval, ne brillent pas non plus par ce style polyphonique, largement rede-
Motets pour chœur meilleurs (voire le meilleur) ensembles leur originalité. Bien entendu, une ver- vable de l'Ecole de Notre Dame, fondé
J.C.F. Bach : Motet pour choeur mixte et chorals européens actuels. Un équilibre sion prétendument authentique aurait sur le mode majeur, l'isorythmie, une
orgue"Ich lieg und schlafe ganz mit frie- quasi fusionnel et un absolu engage- été une illusion, voire une imposture, harmonie "triadique" (prééminence des
den"; Motet pour choeur à 4 voix et orgue mais bien des ensembles de musique tierces et sixtes). Cette ample architec-
ment y sont ancrés naturellement et se
"Wachet auf, ruft uns die Stimme" [Wachet ancienne nous ont cependant offert ture euphonique est couronnée de mo-
auf, ruft uns die Stimme; Zion hört die retrouvent dans le reste du programme,
consacré à Johan Christoph Altnickol, des reconstitutions crédibles. A l’op- tets de John Dunstable (1390-1453),
Waechter singen; Gloria sei dir gesungen]
/ J. C. Altnickol : Motet choral pour 4 voix élève et gendre du Cantor. Le motet posé, un compositeur au langage plus autre compositeur de cette faste pé-
mixtes a cappella "Befiehl du deine Wege; "Befiehl du deine Wege" offre une jolie contemporain aurait pu user d’audace riode et de pièces de musiciens plus ou
Motet choral pour 5 voix mixtes a cappella palette d'expressions variée autour du et donner une nouvelle vie à ce beau, moins anonymes (Driffelde, Byttering)
"Nun danket all Gott", BWV Ahn. 164 choral. Clarté de la déclamation, spon- long et dense poème chanté. L’auditeur référant à Sainte Katherine. Kirkman et
Sonntraud Engels-Benz, orgue; Kammerchor tanéité, volupté des timbres sont là reste ici sur une impression d’inachevé, son ensemble de ténors et d’altos re-
Stuttgart; Frieder Bernius, direction d’autant que l’interprétation est elle- cherchent avant tout la verticalité dans
intimement liées. Quant au "Nun danket
HC18014 • 1 CD Hänssler Classic alle Gott", c'est une plage de consola- même assez convenue. (Alain Monnier) la répartition des voix (Cantor – can-
tus - discantus, contraténor - ténors)
L 'extraordinaire motet "Ich lieg und
schlafe ganz mit Frieden" de Johann
tion d'une douceur infinie. Un disque
délectable. (Jérôme Angouillant) en prônant une association parfaite
entre les mots et les notes. La musique
y gagne en hauteur et en lumière.
Capella; Laetaniae della Beata Vergine / G. (Jérôme Angouillant)
B. Grillo : Canzon sestadecima à 4
Ensemble Vox Poetica; Nova Alta; Sabino Manzo,
direction
TC600006 • 1 CD Tactus

C ette anthologie de musique mariale


(à la gloire de la Très Sainte Vierge
Musique pour Sainte Catherine
d'Alexandrie
(Ave Virgo Gloriosa)) brasse un petit
Heinrich von Meißen (?1250-1318) W. Frye : Missa Nobilis et pulchra /
nombre de compositeurs italiens du
Byttering : En Katerine solennia; Virgi-
dix-septième siècle, de Claudio Merulo "Kreuzleich" (recompostion pour solistes, nalis concio; Sponsus amat sponsam /
à Alessandro Scarlatti, représentant chœur de chambre et orchestre par K. Anonyme : Gloria "Virgo flagellatur"; Virgo Trios pour hautbois, clarinette et
Gundermann) flagellatur; Nobilis et pulchra / J. Duns-
l'école Napolitaine, en passant évidem- basson
Andreas Kuch, orgue; Ensemble Octavians; Aka- table : Gaude virgo Katherina; Salve scema
ment par le plus grand : Claudio Monte- demische Orchestervereinigung Jena; Sebastian sanctitatis; Salve salus servulorum / Robert H. Tomasi : Concert champêtre pour
verdi. De ce dernier trois pièces issues Krahnert, direction Driffelde : Sanctus and Benedictu hautbois, clarinette et basson / E. Bozza :
Suite brève en trio, op. 67 / J. Françaix :
de ses deux plus fameux recueils véni- GEN19657 • 1 CD Genuin The Binchois Consort; Andrew Kirkman, direction
Divertissement pour hautbois, clarinette et

P
tiens, les "Laetania della Beata Vergine" lusieurs approches sont requises CDA68274 • 1 CD Hyperion basson / T. Heinisch : Verwischte Spur; 4

E
(1650) et la "Selva Morale e spirituale" pour bien cerner la démarche que n consacrant son disque à la figure Pièces pour 3 vents / H. Hödl : Polysweet,
pour hautbois, clarinette et basson
(Magnificat 1640). Les pièces pure- l’on nous propose ici. Sa source en de Sainte Catherine d'Alexandrie,
Trio Mignon Wien
ment instrumentales sont aussi indis- est le poème du Minnesänger Frauen- vierge, sainte et martyr, Andrew Kirk-
lob, l’un des douze maîtres trouvères man et son Binchois Consort nous offre GRAM99190 • 1 CD Gramola
sociables de ce répertoire, ce sont les

V
allemands, dont ce lai (non traduit) un ensemble de motets du début du oilà un programme tout empreint
"Canzoni di sonare a 4" signées Merulo,
en louange à la Croix a heureusement quinzième siècle situé entre le médiéval de fraicheur et d’originalité pour ce
Frescobaldi et du méconnu Giovanni été conservé avec deux autres, celui finissant et la naissance de la tradition trio d’instruments à vent. Trois char-
Battista Grillo (Canzon Sestadecima) consacré à la Vierge ayant valu au polyphonique anglaise, autour d'une mantes suites offrent d’abord un élé-
Quant à Alessandro Scarlatti il est ici
représenté par un Salve Regina plus
grâce à l'excellent guitariste Cristiano la même ambiance paisible et fluide
tardif (1703). L'esthétique de l'interpré-
tation du Vox Poetica renvoie plutôt à
Sélection ClicMag ! Porqueddu, ces trois CD consacrés à (une pluie d'arpèges), qui évoque tout
des sonatines pour guitare du vingtième un chapelet d'influences classiques ou
la tradition Palestrinienne qu'à la veine siècle qui font logiquement suite aux traditionnelles (mélodies folks et bro-
madrigalesque. Les pupitres sont très trois volumes précédents (Préludes, deries espagnoles) s'ils n'étaient tapis
détourés comme si l'ingénieur du son Sonates et Variations). L'ensemble points et coutures dissonants çà et là.
voulait nous les faire entendre séparé- constitue une véritable anthologie de L'anglais Albert Harris (1916-2005)
ment créant un discours polyphonique la guitare moderne et contemporaine. auteur de musique de films, signe une
Hormis les deux CD Gilardino, compo- très jolie sonatine en forme de ballade
linéaire et sans relief. Les voix mâles
siteur familier du guitariste, Porqueddu
sont légèrement raides et les sopranos élégante et suave (mélancolie de l'Aria).
nous propose des œuvres rares de
désincarnées. Les instrumentistes du La Sonatina Lirica de John W.Duarte
musiciens peu connus souvent dédica-
Nova Alta sont gagnés par le même (1919-2004) doit beaucoup à Cas-
Sonatines pour guitare du 20e s. cées à Porqueddu lui-même ou bien à
Segovia, puissant aimant de la création telnuovo Tedesco. Inutile de spoiler
virus de l’indifférenciation et semblent Pièces de C. Scott, C. Surinach, V. Mortari,
guitaristique. Forme ouverte d'allure l'auditeur en détaillant les pièces des
appliqués à déchiffrer juste. Ainsi toute A. Harris, A. Gilardino, A. Franco, John W.
improvisée la Sonatina de Cyril Scott autres musiciens (Franco, Cavallone
idiosyncrasie est gommée. Monteverdi, Duarte, V. Kharisov, F. Cavallone
(1879-1970) affiche une subtile pro- (dans un hommage à Britten), Mortari,
Scarlatti, Frescobaldi "mêmes qu'on Cristiano Porqueddu, guitare
gression. Quiétude de l'Adagio e mode- Surinach, le russe Kharisov) sachant
bât". L'ensemble pourrait paraître figé, BRIL95558 • 4 CD Brilliant Classics que ce coffret contient bien des trésors.
rato, allant de l'Allegretto pensoso pour

L
raide, inexpressif, n'étaient la splendeur 'air de rien, Brillant Classics nous conclure dans un final plus énergique. Quant à Porqueddu il est maître en son
de ces partitions et la musicalité de la concocte quelquefois des pro- Le Canzoni dell'Aqua du guitariste domaine. Indispensable on vous dit.
langue italienne. (Jérôme Angouillant) grammes passionnants. Cette fois américain Mark Delpriori baigne dans (Jérôme Angouillant)

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Récitals
gant panorama de musique française. Roumain / E. A. Ysaye : Ballade, extrait de de Janson ne dédaigne pas l'élégance
Les couleurs sonores, aux chatoie- la Sonate n° 3 en ré majeur virtuose (Allegro), l'indispensable can-
ments volontiers ensoleillés, se voilent Rosanne Philippens, violon tabile du violoncelle dans l'Adagio et un
passagèrement de mélancolie pour sug- CCS41619 • 1 CD Channel Classics bref final débonnaire au rythme sautil-
gérer une atmosphère de Fête galante, lant. L'ensemble sonne assez convenu
à moins que nous ne soyons un Di-
manche après-midi à l’île de la Grande-
L e polyglottisme échevelé de notre tra-
duction automatique gougueulienne
nous affirme qu'insight désignerait en
mais s'écoute avec plaisir grâce au
brio de l'interprète. Quant au Concerto
Jatte ; le tout est recréé avec grâce par d'Henri Gustave Casadesus, issu de
gros l'aperçu (ou l'idée) qu'on aurait de
la précision et la musicalité des trois la célèbre lignée Casadesus, c'est un
quelque chose considéré comme objet
interprètes, servies par une belle prise
de vue, un peu de loin et comme en sur- Concertos pour violoncelle savoureux exercice de composition "à
de son. Pour autant, aucune fascination J. Haydn : Concerto pour violoncelle et la manière de". Conçu à l'origine pour
vol. Voilà bien ce qui définirait assez cet
passéiste chez ces trois musiciennes orchestre en ré majeur, Hob VIIb : 2 / H. alto, il suscita l'intérêt de William Pri-
enregistrement furieusement concept
autrichiennes qui proposent pour la Casadesus : Concerto pour violoncelle en mrose. On partage à jubilation égale
en ce qu'on ne sait point trop d'avance
suite de leur pérégrination des œuvres do mineur, W C 77 / J-B-A Joseph Janson : l'enthousiasme du violoncelliste alle-
ce dont rapport à quoi il s'agirait, arbo- Concerto pour violoncelle en ré majeur
plus récentes de deux de leurs com- mand. A consommer sans modération.
patriotes. Conçue comme une série de rant le seul nom de l'interprète et un Valentin Radutiu, violoncelle; Württembergisches (Jérôme Angouillant)
discrets hommages, celle de Heinisch titre plus ou moins branché. En l'occur- Kammerorchester Heilbronn; Ruben Gazarian,
laisse peut-être deviner un soupçon rence, d'une jeune violoniste réellement direction
d’influence d’outre-Atlantique même s’il douée, qui n'en est pas à son premier HC16082 • 1 CD Hänssler Classic
disque (on la connaissait de Prokofiev
T
importe, comme le chuchote son titre, rois raisons d'acquérir ce disque du
de brouiller les pistes. Celle de Hödl, à Szymanowski, de Fauré à Ysaÿe, en violoncelliste Valentin Radutiu. Deux
écrite spécialement pour l’ensemble, passant par Ravel ou Bartok), et qui ici curiosités : le Concerto de Jean Bap-
entend nous solliciter avec ses onc- s'éploie en solo d'un bout à l'autre, on tiste Aimé Joseph Janson compositeur
tueuses correspondances chocolatées. serait tenté de dire en grande rhapsode bien méconnu du dix-huitième siècle
Là encore, beaucoup de nuances dans du chevalet quadruplement cordé. Avec français et celui du dénommé Henri
les accents comme dans les rythmes et, ce côté à la fois portatif et comme im- Gustave Casadesus (1879-1947) musi-
mutatis mutandis, c’est en fait plus la provisé dénotant peut-être une jalousie cien français lui aussi mais du début du
continuité et la cohérence des choix qui toute musicale à l'encontre de sa sœur Leningrad Symphonies
siècle, écrit dans le style galant, et long-
séduit dans cette série de miroitantes violoniste de jazz ! Née en 1986 à Ams- temps attribué à Johan Christian Bach, O.A. Yevlakhov : Symphonie n° 3, op.
miniatures. (Alain Monnier) terdam, elle a étudié à La Haye (notam- 35 / Y.A. Falik : Light Symphony / S.M.
enfin la décoiffante cadence qui conclut Slonimsky : Symphonie n° 4
ment avec Anner Bylsma) et à Berlin (où le Concerto en Ré majeur de Joseph
elle demeure aujourd'hui), et joue sur Leningrad Philharmonic Orchestra; Arvids
Haydn. Ce Concerto souvent fréquenté Jansons, direction; Alexander Dmitriev, direction;
rien moins que ce somptueux Stradiva- par les plus grands interprètes (de Four- Israel Gusman, direction
rius de 1727 qu'on appelle le Barrere. nier à Queyras) pâtit ici de quelques NFPMA99133 • 1 CD Northern Flowers
Enfilant brillamment des perles extraites baisses de tension dans sa continuité
d'opus de Biber ou Bach, Enesco ou
Ysaÿe, dans une somptuosité instru-
agogique surtout dans l'ample premier
mouvement. De plus l'instrument histo- C aptées entre 1973 et 1987, ces trois
symphonies témoignent de l’éton-
nante richesse de la musique russe
mentale qui ne saurait sonner comme rique (un Francesco Ruggieri (Crémone
elle le fait sans le brillant talent, le tou- 1685)) joué par Radutiu ne facilité guère sous l’ère soviétique. D’origine polo-
cher, l'expressivité, le modelé, l'imagi- l'articulation des phrasés et souffre naise, étudiant de Chostakovitch à la fin
nation, le son personnel de la virtuose. d'un son pincé voire légèrement grin- des années trente, Yevlakhov légua à la
Œuvres pour violon
Mais enfilade sans doute à n'écouter çant. En revanche la cadence inouïe très postérité trois symphonies, des ballets
H.I.F. von Biber : Rosary Sonatas / et un répertoire conséquent de musique
Rosanne Philippens : Intermezzo I-II-III point forcément d'affilée. Qui osera dire, "nouvelle manière" quasi spectrale, écla-
un petit côté picorant tendance démo ? tée en effets frottés piqués ou glissés, de chambre. Datée de 1967, la Sympho-
/ J.S. Bach : Partita n° 2 en ré mineur,
BWV 1004 / G. Enescu : Airs dans le genre (Gilles-Daniel Percet) s’y accommode très bien. Le Concerto nie n° 3 se compose de trois andantes.
Leur lyrisme est épuré, tenu au maxi-
mum dans d’immenses crescendos de

Sélection ClicMag ! F inalement, au long de son magister


à Munich, le disque engrangea peu
de ce qu’y inventa Wolfgang Sawal-
chœurs ! émus lorsque Margaret Price
vient ployer au dessus d’eux la grande
cuivres puis de phrases planantes. Cette
œuvre profondément lyrique et drama-
tique offre de superbes passages no-
phrase de "Ihr habt nun Traurigkeit".
lisch. Coté lyrique EMI documenta tar- Retour à Bruckner pour une Première tamment à la fin du premier mouvement
divement sa "Frau ohne Schatten", son Symphonie historique, mordante, lumi- dont les effets percussifs et l’ironie “à
"Ring", heureusement Orfeo apporta neuse, latine, si proche par les tempos, la Chostakovitch” impressionnent. C’est
plus d’attention à son legs sympho- l’articulation, les rythmes fusant de celle une œuvre chargée d’atmosphères et
nique. Un album d’ouvertures lançait le qu’Abbado avait inventé avec les Wie- d’une grandeur magnifique qui évoque
bal (Wagner, Verdi, Mozart, Beethoven, ner Philharmoniker pour Decca. Les 5e le souvenir encore proche de la “Grande
Brahms marginalement ajouté) rappe- et 9e suivront, plus distantes, plus po- Guerre patriotique”. Plus réputé en
lant d’abord que sa place était en fosse. sées, comme conscientes qu’un autre Occident, Falik inscrit son écriture dans
Munich qui le savait chef de théâtre monde s’y impose, et comment alors une tradition composite : classicisme,
Wolfgang Sawallisch dirige les l’avait appelé pour cela dès la fin des romantisme teintent une écriture effi-
ne pas pleurer l’absence de toutes les
grands orchestres de Bavière années soixante. Prise de son en deçà
autres tant l’arc d’une intégrale semblait cace et inspirée parfois par les modèles
C.M. von Weber : Symphonies n° 1 et 2 (et pourtant dans la Herkulessaal…). de Bartok, Lutoslawski et dans le cas de
pourtant tendu ? Marginal et d’autant
/ A. Bruckner : Symphonies n° 1, 5, 6 et Coup de théâtre l’année suivante avec la Light Symphony (1971), de Prokofiev
plus précieux le volume Pfitzner, signe
9 / J. Brahms : Un Requiem Allemand, une 6e de Bruckner vive, tranchante, et de Stravinski. L’œuvre s’appela tout
de la dévotion de ce musicien discret,
op. 45; Tragische Ouverture, op. 81 / R. tout en rythmes et en attaques, pas si d’abord Symphonie des enfants. Elle
Wagner : Ouverture "Die Meistersinger savant, subtil, à une cause et même à
éloignée que cela des relectures dras- évoque, en effet, l’esprit de la Sinfoniet-
von Nürnberg" / G. Verdi : Ouverture "La tiques que pratiquait alors Günter Wand un nom malgré Palestrina et certaine-
ta par son ton persifleur, ses accents
forza del destino" / W.A. Mozart : Ouverture à Cologne. On n’attendait pas Sawal- ment hors de Munich absolument per- faussement joyeux. Le finale est en-
"La Flûte enchantée", KV 620 / L. van
lisch ici, il réaffirmait avec prestance due alors. Un artisan ? Un artiste, trop thousiasmant d’énergie et de caractère
Beethoven : Leonoren Ouverture n° 2, op. ignoré aujourd’hui. Merci Orfeo de ces
72b / H. Pfitzner : Palestrina, Musikalische
et aussi abruptement sa prééminence burlesque, nous faisant songer aussi
dans le grand répertoire germanique. beaux souvenirs. Et maintenant si le bien à la Symphonie n°7 de Prokofiev
Legende; Ouverture "Das Käthchen von
La même clarté s’invite dans les deux label munichois nous rendait, cette fois qu’à la Symphonie n° 9 de Chostako-
Heilbronn"; Die Rose vom Liebesgarten
[Blütenwunder; Trauermarsch] Symphonies de Weber, peu courues en hommage posthume, son "Arabella", vitch. Musicien de la dissidence avant
Margaret Price, soprano; Thomas Allen, baryton; depuis Erich Kleiber, que tour à tour il son "Rosenkavalier" où triomphaient d’être célébré par le régime soviétique,
Chor des Bayerischen Rundfunks; Kammerchor der allège comme du Mozart et plonge sou- les splendeurs de Lucia Popp en son Slonimski – fils de l’écrivain Mikhail
Hochschule für Musik München; Symphonieor- dain dans un romantisme noir. Génial. glorieux automne ? Tentant non ? Les Slonimski – laisse une vaste produc-
chester des Bayerischen Rundfunks; Bayerisches La même année (1983), "Ein Deutsches bandes dorment dans les archives de la tion influencée par l’école sérielle dans
Staatsorchester; Wolfgang Sawallisch, direction Requiem" ardent surclasse son premier Radio Bavaroise. Allez, un bon mouve- les années 60 puis rattrapée par les
C957188 • 8 CD Orfeo essai viennois (pour Philips) : quels ment. (Jean-Charles Hoffelé) grandes formes de ballets et d’opéras

16  ClicMag septembre 2019  www.clicmusique.com


DVD et Blu-ray
populaires. Dédiée à père du compo- de la planète Mahler ? Peu probable. son meilleur jour. Retour de la tempête,
siteur, la Symphonie n°4 (1982) est la Sélection ClicMag ! Son lyrisme inné, son art d’immerger les Wiener Philharmoniker poudroient
plus originale des trois œuvres. D’une l’auditoire dans un monde singulier, le des éclairs, mais l’espace s’ouvre, la
clarté laconique et en même temps raffinement de sa direction semblaient nuit vient, sereine, pleine d’étoiles, qui
parfaitement chantante, elle est d’une justement dédiés à l’œuvre-monde du regarderont d’en haut les luttes écla-
virtuosité réjouissante jusque dans ses compositeur autrichien. Le voici face tantes pour accéder à la lumière. Iti-
chorals de cuivres et de percussions. à la Deuxième Symphonie, porte d’en- néraire mystique, fulgurant d’ampleur,
Un disque de raretés passionnantes. trée décisive que tout jeune chef doit comme trop rarement la "Résurrection"
(Jean Dandrésy) pousser pour accéder à cet univers. Il en aura connu sinon justement sous la
se garde bien du moindre spectacu- battue éclairée, humaniste de Walter. Le
laire dans le maestoso, y instillant au concert s’ouvre avec l’étrange Concerto
contraire une fièvre, une inquiétude pre- pour trompette de Bernd Alois Zimmer-
Andris Nelsons dirige…
mière que la symphonie éloignera pro- man "Nobody knows the trouble I see",
G. Mahler : Symphonie n° 2 en do mineur
gressivement. Dès le premier mouve- où le thème du spiritual rôde dans ce
"Résurrection" / B. A. Zimmermann :
Concerto pour trompette et orchestre ment on sait l’itinéraire spirituel certain, requiem pour les afro-américains, ce
"Nobody knows the trouble I see" l’élévation imparable, les ombres seront "Strange Fruit" chanté par Billy Holli-
Lucy Crowe, soprano; Ekaterina Gubanova, écartées. L’anti Klemperer ? En tous cas day, œuvre géniale jouée avec une sorte
contralto; Hakan Hardenberger, trompette; Chor si le Mahler d’Andris Nelsons devrait d’amertume par Hakan Hardenberger.
des Bayerischen Rundfunks; Howard Arman, avoir un dieu tutélaire, ce serait Bruno Un conseil : écoutez d’abord le DVD
Jules Massenet (1842-1912) direction; Wiener Philharmoniker; Andris Nelsons,
Walter. L’Andante plus séraphique que avant de le visionner, vous constate-
direction
Manon, ballet-pantomime en 3 actes, sur champêtre est déjà un autre monde, rez à quel point le geste musical cor-
une musique de Jules Massenet CM748908 • 1 DVD C Major le Scherzo sans ironie, fluide, étrange, respond au geste physique de celui
Sarah Lamb (Manon); Vadim Muntagirov (Des CM749004 • 1 BLU-RAY C Major comme un passage, Nietzsche peut pro- qu’on peut considérer comme le suc-
Grieux); Ryoichi Hirano (Lescaut); Gary Avis
(Monsieur G.M.); Itziar Mendizabal (La maîtresse
de Lescaut); Kristen McNally -Madame); Thomas A ndris Nelsons aurait-il pu résis-
ter plus longtemps à l’attraction
clamer son amour, mais quel dommage
qu’Ekaterina Gubanova ne soit pas dans
cesseur de cœur de Mariss Jansons.
(Jean-Charles Hoffelé)
Whitehead (Le geôlier); James Hay (Le chef des
voleurs); The Royal Ballet; Orchestre du Royal
Opera House; Martin Yates, direction; Kenneth vèle en fil conducteur de cette tragédie. direction; Lydia Steier, mise en scène Michael Fabiano (Rodolfo); Nicole Car (Mim);
McMillan, chorégraphie L’un des drames les plus puissants de CM749708 • 2 DVD C Major Simona Mihai (Musetta); Mariusz Kwiecien
MacMillan. (Marcello); Luca Tittoto (Colline); Florian Sempey
OA1285D • 1 DVD Opus Arte CM749804 • 1 BLU-RAY C Major (Schaunard); Royal Opera Chorus; William

S
OABD7255D • 1 BLU-RAY Opus Arte alzbourg, Août 2018. Un grand-père Spaulding, direction; Orchestra of the Royal Opera

S arah Lamb et Vadim Muntagirov narre à ses (trois) enfants un conte House; Antonio Pappano, direction; Richard Jones,
(de noël) avant de les coucher. Le vers mise en scène; Stewart Laing, scénographie; Mimi
incarnent les héros au destin tra-
Jordan Sherin, lumière; Rhodri Huw, réalisation
gique Manon Lescaut et le Chevalier est dans le fruit, la flûte dans les songes,
Des Grieux dans cette belle interpréta- l’enfance dans Mozart. Jolie idée, si elle OA1272D • 1 DVD Opus Arte
tion du "Manon" de Kenneth MacMillan, ne devait grever le déroulement d’une OABD7248D • 1 BLU-RAY Opus Arte
représentation plutôt spectaculaire d’un
L
grand classique du répertoire du Royal a production de John Copley avait
Ballet. Les décors d’époques et les récitant qui sera peut-être supporté par fait son temps : quatre décennies.
remarquables costumes de Nicholas un public germanophone mais invitera
Mais elle était aussi un modèle qui aura
Georgiadis, fidèle collaborateur du cho- sans coup férir le spectateur du DVD
Wolfgang A. Mozart (1756-1791) vu passer des couples légendaires –
régraphe britannique, nous plongent à zapper. Tout de même, quels désa-
La Flûte enchantée, K. 620, opéra en 2 celui formé par Ileana Cotrubas et Neil
dans les univers très contrastés du luxe veux, là où Ponnelle et Levine avaient
actes Schicoff est documenté – qui mettait la
parisien et des marécages de Louisiane. restitué la "Zauberflöte" dans tous ses
Matthias Goerne, baryton; Mauro Peter, ténor; barre assez haut pour son successeur.
Tirée de la musique de Jules Massenet, dialogues, rendu à Mozart le théâtre que
Albina Shagimuratova, soprano; Christiane Karg, Assurément Richard Jones ne démérite
la partition sublime l’intense émotion soprano; Adam Plachetka, basse-baryton; Maria
Schikaneder lui avait offert, cette peine
pas. On peut faire un rien la moue de-
de l’œuvre de MacMillan. L’ardent "Pas Nazarova, soprano; Michael Porter, ténor; Klaus à jouir de récitant qui vient plomber.
On se rembourserait bien avec la seule vant le mélange post moderne des élé-
de deux" entre Manon et Des Grieux Maria Brandauer, récitant; Wiener Staatsopernchor;
dévoile leur évidente alchimie et se ré- Wiener Philharmoniker; Constantinos Carydis, musique, mais l’orchestre sans apprêts, ments scénographique de Stewart Lang
droit comme un i, voulu et assumé par et les costumes très d’époque malgré
Constantinos Carydis qui réussit ce la stylisation. Mais peu importe, car

Sélection ClicMag ! L a deuxième livraison des Young


People’s Concerts réserve quelques
surprises : dans la captation des Young
tour de force inédit – rendre les Wiener
Philharmoniker méconnaissables – est
l’essentiel n’est pas dans le flacon, elle
est bien dans l’ivresse que procure la di-
déjà un empêchement. Et les chanteurs rection d’acteur très exacte qu’emploie
Performers du 23 décembre 1963 pris dans ce piège se débattent comme Richard Jones pour scruter les person-
le tout jeune Claudio Abbado dirige ils peuvent : Tamino sans grâce selon nages de ce drame du dénuement, et
l’Introduction et Allegro de Ravel ! et Mauro Peter, Reine sans éclat de Shagi- ce jusque dans chaque silhouette qui
dans celui du 15 janvier 1963 Andre muratova, Papageno plat de Plachetka. vient piquer l’action chorégraphie d’un
Watts joue le Premier Concerto de Liszt. Alors il faut attendre Christiane Karg qui acte chez Momus anthologique. Si bien
Certaines émissions sont mythiques, guidé, chaque chanteur saisit l’essence
sait que Seefried fut Pamina et Matthias
comme celle intitulée sans détour "Ber- de son personnage. Florian Sampey
Goerne, Sarastro digne d’Hans Hotter,
lioz takes a Trip" où Bernstein dissèque est formidable en Schaunard "grande
pour se consoler un peu de ce specta-
ce qu’il nomme "la première symphonie
culaire naufrage heureusement docu- gueule", Marius Kwicien subtil pour un
Leonard Bernstein (1918-1990) psychédélique" : on ne craignait pas de
menté pour les générations futures… Marcelo plus sombre qu’à l’habitude,
Young People's Concerts with the New choquer les têtes à la fin des années
(Jean-Charles Hoffelé) Simona Mihai piquante à souhait pour
York Philharmonic, vol. 2 [What is Sonata soixante, signe d’un temps libertaire
Form ?; A tribute to Sibelius; Musical une Musetta très délurée. Léger hiatus
bien révolu aujourd’hui. La dissertation
Atoms : A Study of Intervals; The Sound of entre la Mimi mélancolique de Nicole
brillante sur la valse viennoise est irré-
an Orchestra; What is a Mode ?; A Toas to
sistible, celle sur les modes musicaux Car, timbre indifférent, mais art certain,
Vienna in 3/4 Time; Quiz-Concerto : How l’actrice y compris, et le Rodolfo un peu
Musical Are You ?; Berlioz Takes a Trip; d’une précision et d’une clarté absolue,
quel pédagogue ! mais d’entre tous ces brouillon de Michael Fabiano, pas dans
Two Ballet Birds; Fidelio : A Celebration of
Life; Unusual Instruments of hte Present, exposés éclairants celui qu’il consacra son meilleur jour. Et sur tout cela, qui
Past & Future; Ouvertures and Preludes; le 19 février 1965 à Jean Sibelius (A Tri- se voit, s’écoute avec tant de plaisirs,
Aaron Copland Birthday Party; 3 episodes bute to Sibelius) où parait le violoniste Antonio Pappano resserre le fabuleux
of Young Performes featuring among others Serge Luca est absolument transcen- orchestre de Puccini, piège sonore
Claudio Abbado and André Watts] d’une volupté aussi entêtante que gla-
dant, pour l’intelligence comme pour
New York Philharmonic; Leonard Bernstein Giacomo Puccini (1858-1924) çante : écoutez et regardez le tableau
la sensibilité. Comme pour le premier
UE800408 • 6 DVD C Major volume, à ne surtout pas réserver aux Giacomo Puccini : La Bohème, opéra en de la Porte d’Enfer ! Grande Bohème, à
UE800504 • 4 BLU-RAY C Major enfants ! (Jean-Charles Hoffelé) 4 actes thésauriser. (Jean-Charles Hoffelé)

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Sélection Hyperion

C-V. Alkan : Concertos pour piano, C. Avison : 12 Concerti grossi F. Berwald : Trio pour piano n° 2 et S. Coleridge-Taylor : Quintette L. Godowsky : Sonate et passacaille N. Kapustin : Variations, op. 4;
op.39 n° 8-10 d'après Domenico Scarlatti 4; Quintette piano n° 1; Duo pour clarinette et pour piano pour piano Etudes, op. 40 et 68; Sonate n° 6;
Marc-André Hamelin, piano Brandenburg Consort Susan Tomes, piano The Nash Ensemble Marc-André Hamelin, piano Suite, op. 28
Roy Goodman The Gaudier Ensemble Marc-André Hamelin, piano
CDA67569 - 1 CD Hyperion CDD22060 - 2 CD Hyperion CDD22053 - 2 CD Hyperion CDA67590 - 1 CD Hyperion CDA67300 - 1 CD Hyperion CDA67433 - 1 CD Hyperion

J. Mouton : Missa Tu es Petrus Pierné : Quintette avec piano, op. Pizzetti, Castelnuovo-Tedesco : A. Rubinstein : Quatuors pour piano F. Rzewski : 36 Variations pour P. Schoendorff : Intégrale de l'œuvre
The Brabant Ensemble 41 / Vierne : Quatuor à cordes, Sonates pour violon op. 55 bis et 66 piano; 4 ballades pour piano Ensemble Cinquecento
Stephen Rice op. 12 Hagai Shaham, violon Rita Manning; Morgan Goff; Justin Marc-André Hamelin, piano
Piers Lane; Goldner String Quartet Arnon Erez, piano Pearson; Leslie Howard
CDA67933 - 1 CD Hyperion CDA68036 - 1 CD Hyperion CDA67869 - 1 CD Hyperion CDA68018 - 1 CD Hyperion CDA67077 - 1 CD Hyperion CDA67854 - 1 CD Hyperion

J. Vaet : Missa Ego flos campi H. Vieuxtemps : Concertos violon n° H. Villa-Lobos : Rudepoema; Mlynarski, Zarzycki : Concertos A. von Zemlinsky : Symphonies Ikon II : Musique sacrée d'Europe
Ensemble Cinquecento 1 et 2; Fantaisie, op. 56 A Tres Marias; Suites "A Prole do pour violon n° 1 & 2 de l'est
Hanslip; Royal Flemish Philharmonic Bêbe" n° 1 et 2; Eugene Ugorski; BBC Scottish SO BBC National Orchestra of Wales Holst Singers
Martyn Brabbins Marc-André Hamelin, piano Michal Dworzynski Martyn Brabbins Stephen Layton
CDA67733 - 1 CD Hyperion CDA67878 - 1 CD Hyperion CDA67176 - 1 CD Hyperion CDA67990 - 1 CD Hyperion CDA67985 - 1 CD Hyperion CDA67756 - 1 CD Hyperion

Concertos italien pour hautbois. J.S. Bach : Cantates BWV 54, 169 L. van Beethoven : Messe en do Boccherini, D'Astorga : Stabat Mater G. Catoire : Caprice, op. 3; Mor- J.N. Hummel : Septuors, op. 74
Vivaldi, Albinoni, Cimarosa... et 170 majeur, op. 86 Gritton; Fox; Bickley; Agnew; Harvey; ceaux, op. 2, 10, 24; Préludes, op. et 114
Peterborough SO Fisher; Bowman; Pott; Ainsley Rigby; Ainsley; Watson The King's Consort; Robert King 17; Valse, op. 36 Ensemble Capricorn
Nicholas Daniel, hautbois, direction The King's Consort; Robert King Corydon Orchestra; Matthew Best Marc-André Hamelin, piano
CDH55034 - 1 CD Hyperion CDH55312 - 1 CD Hyperion CDH55263 - 1 CD Hyperion CDH55287 - 1 CD Hyperion CDH55425 - 1 CD Hyperion CDH55214 - 1 CD Hyperion

J. Langlais : Missa Salve regina; N. Medtner : Mélodies, op. 38 et 39; M. Moszkowski : L'œuvre pour A. Pärt : Berliner Messe; N. Rimski-Korsakov : Symphonie n° Alexandre Scriabine : Intégrale
Messe solennelle Contes de fée, op. 20; 3 Sonates, piano, vol. 1 Magnificat; Œuvres sacrées 2; Grande Pâques russe, op. 36 des Etudes
Westminster Cathedral Choir; David Hill op. 11 Seta Tanyel, piano Ensemble Polyphony; Stephen Layton Philharmonia Orchestra Piers Lane, piano
Nikolai Demidenko, piano Evgeny Svetlanov
CDH55444 - 1 CD Hyperion CDH55315 - 1 CD Hyperion CDH55141 - 1 CD Hyperion CDH55408 - 1 CD Hyperion CDH55137 - 1 CD Hyperion CDH55242 - 1 CD Hyperion

R. Strauss : Capriccio, op. 85 / A. Tausch, Süssmayer : Concertos pour A. Vivaldi : Concerto pour flûte à W. Wallace : Symphonie de la Créa- H. Wolf : Eichendorff Lieder J.D. Zelenka : Œuvres sacrées
Bruckner : Quintette et Intermezzo clarinette bec, RV 441-445 tion et autres œuvres orchestrales Bernarda Fink; Stephan Genz Sampson; Outram; Blaze; Harvey; The
pour cordes King; Bucknall; English Chamber Orches- Peter Holtslag, flûte; Parley of Instruments BBC Scottish SO; Martyn Brabbins Roger Vignoles, piano King's Consort; Robert King
The Raphael Ensemble tra; Leopold Hager Peter Holman
CDH55372 - 1 CD Hyperion CDH55188 - 1 CD Hyperion CDH55016 - 1 CD Hyperion CDH55465 - 1 CD Hyperion CDH55435 - 1 CD Hyperion CDH55424 - 1 CD Hyperion

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Votre disquaire classique, jazz, world Septembre 2019
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Musique contemporaine Johann Wilhelm Wilms : Quatuors pour piano, op. 22 et... CPO555247 10,32 € p. 13 

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Penderecki : Concertos. Niziol, Budnik, Przedbora, Ad... DUX1537 13,92 € p. 3  Récitals

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Alphabétique Musique pour harmonium et piano dans les salons du 19... TC850004 12,48 € p. 14 
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Beethoven : Sonates pour piano n° 1, 2, 21 et 22. Hew... CDA68220 15,36 € p. 4 
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Dowland : Œuvres pour luth. Beier. STR37128 15,36 € p. 6 
Andris Nelsons dirige Mahler et Zimmermann. Crowe, Gu... CM749004 29,28 € p. 17 
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Kenneth MacMillan : Manon, ballet. Lamb, Muntagirov, ... OA1285D 25,08 € p. 17 
Friedrich Gernsheim : Quatuors à cordes, vol. 1. Quat... CPO777387 10,32 € p. 6 
Kenneth MacMillan : Manon, ballet. Lamb, Muntagirov, ... OABD7255D 30,72 € p. 17 
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Mozart : La Flûte enchantée. Goerne, Peter, Shagimura... CM749804 29,28 € p. 17 
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Puccini : La Bohème. Fabiano, Car, Mihai, Kwiecien, T... OABD7248D 30,72 € p. 17 
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Janácek : Journal d'un disparu et autres œuvres vocal... CDA68282 15,36 € p. 8 
Jakob Ullmann : Fremde zeit addendum, vol. 5. RZ1030 16,08 € p. 2 
Liebermann : L'École des femmes. Rothenberger, Ludwig... C429962 13,92 € p. 8 
Xenakis : Œuvres orchestrales. Tabachnik, Constant, S... RZ1015-16 24,00 € p. 2 
Liszt : Les années de Pèlerinage II - Deux Légendes. ... C982191 13,92 € p. 8 
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Pietro Antonio Locatelli : L'Arte del Violino, op. 3.... TC691280 24,00 € p. 8 
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Josef Myslivecek : Adamo & Eva, oratorio à 4 voix. Il... PAS1053 18,24 € p. 9  Currier : Vocalissimus NW80527 14,64 € p. 2 
Ignacy Jan Paderewski : Œuvres pour violon et piano -... DUX1560 13,92 € p. 9  Dong : Pangu's Song NW80620 14,64 € p. 2 
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Rhené-Baton : Musique de chambre pour piano et cordes... BRIL95554 8,16 € p. 10  Erb : Concertos NW80415 14,64 € p. 2 
Federico Maria Sardelli : Six sonates en trio. Bruni,... BRIL95999 6,72 € p. 10  Harbison : Œuvres orchestrales NW80395 14,64 € p. 2 
Friedrich Schneider : Symphonie n° 16 - Ouvertures. F... CPO555180 15,36 € p. 10  Persichetti : Les 12 Sonates pour piano. Burleson. NW80677 25,44 € p. 2 
Schütz : Psaumes et musiques de paix. Sämann, Schicke... CAR83278 24,00 € p. 11  Zummo with an X NW80656 14,64 € p. 2 
Sibelius : Kullervo, op. 7. Juntunen, Appl, Dausgaard. CDA68248 15,36 € p. 11  Musique américaine pour violon et piano NW80641 14,64 € p. 2 
Fernando Sor : Sonate, airs et menuets pour guitare. ... STR37129 15,36 € p. 11  Birtwistle : The Mask of Orpheus (opéra) NMCD050 25,44 € p. 2 
Ignazio Spergher : Musique pour orgue et clavecin. Mi... BRIL95834 9,60 € p. 11  Larry Goves : Just stuff people do, portrait du compo... NMCD198 13,20 € p. 2 
Louis Spohr : Symphonies n° 6 et 9. Rickenbacher. C094841 13,92 € p. 11  Matthews D. : In the Dark Time NMCD067 13,20 € p. 2 
Karl Stamitz : Concertos pour clarinette n° 3-5. Meye... CPO555053 15,36 € p. 12  Payne : Musique de chambre NMCD056 13,20 € p. 2 
Charles Villiers Stanford : A Song of Agincourt et au... CDA68283 15,36 € p. 12  Roxburgh : Solos and duos. NMCD161 13,20 € p. 2 
Strauss : Salome. Borkh, Barth, Hotter, Lorenz, Keilb... C342932 13,92 € p. 12  Sawer : Byrnan Wood NMCD028 11,04 € p. 2 
Joseph Suder : Kleider Machen Leute, opéra. König, Mo... C124862 22,56 € p. 12  Cage : Two4 / Hosokawa : In die Tiefe der Zeit. Berge... WER6617 15,72 € p. 2 
Alexandre Tansman : Œuvres pour piano à 4 mains. Tysz... AP0447 12,48 € p. 12  Feldman : For Philip Guston WER6701 27,24 € p. 2 
Tchaikovski : Symphonies n° 4-6. Mravinski. ALC1603 8,88 € p. 13  Hartmann : Concerto funebre. Schmid, Goodwin. WER6714 15,36 € p. 2 
Telemann : Cantates inaugurales pour Hambourg et Alto... CPO555255 15,36 € p. 13  Hindemith : Mathis der Maler (opéra) WER6255 32,88 € p. 2 

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Bon de commande n° 74 / Septembre 2019
Oña : Portrait du compositeur WER6563 14,28 € p. 2  Zarzycki, Mlynarski : Concertos pour violon. Ugorski,... CDA67990 15,36 € p. 18 
Penderecki : Symphonies n° 2 & 4 WER6270 15,72 € p. 2  Zemlinsky : Symphonies. Brabbins. CDA67985 15,36 € p. 18 
Rzewski : The People United Will Never Be Defeated. S... WER6730 15,36 € p. 2  Ikon II : Musique sacrée d'Europe de l'est. Layton. CDA67756 15,36 € p. 18 
Satie/Svoboda : Phonométrie WER6806 15,72 € p. 2  Concertos italien pour hautbois. Daniel. CDH55034 9,60 € p. 18 
Enjott Schneider : Clair Obscur - Colors of Saxophone... WER5119 15,36 € p. 2  Bach : Cantates choisies. Bowman, King. CDH55312 9,60 € p. 18 
Stockhausen : Kontakte WER6009 15,72 € p. 2  Beethoven : Messe en do. Watson, Rigby, Ainsley, Best. CDH55263 9,60 € p. 18 
Gathering Thunders. Pièces contemporaines pour percus... WER7375 15,36 € p. 2  Boccherini, d'Astorga : Stabat Mater. Gritton, Fox, B... CDH55287 9,60 € p. 18 
Vasks : Viatore. Normunds Sné. WER6705 15,72 € p. 2  Catoire : Musique pour piano. Hamelin. CDH55425 9,60 € p. 18 
Sélection Hyperion Johann Nepomuk Hummel : Septuors. Ensemble Capricorn. CDH55214 9,60 € p. 18 
Charles-Valentin Alkan : Œuvres pour piano. Hamelin CDA67569 15,36 € p. 18  Jean Langlais : Missa Salve regina - Messe solennelle... CDH55444 9,60 € p. 18 
Charles Avison : 12 Concerti Grossi. Goodman. CDD22060 15,36 € p. 18  Nikolai Demidenko joue Medtner : Œuvres pour piano. CDH55315 9,60 € p. 18 
Franz Berwald : Musique de chambre. Ensemble Gaudier. CDD22053 15,36 € p. 18  Moritz Moszkowski : L'œuvre pour piano, vol. 1. Tanyel. CDH55141 9,60 € p. 18 
Samuel Coleridge-Taylor : Quintettes pour piano et cl... CDA67590 15,36 € p. 18  Pärt : Berliner Messe - Magnificat. Lucas, Layton. CDH55408 9,60 € p. 18 
Leopold Godowski : Sonate et passacaille pour piano. ... CDA67300 15,36 € p. 18  Rimski-Korsakov : Symphonie Antar - Grande Pâques rus... CDH55137 9,60 € p. 18 
Nikolai Kapustin : Œuvres pour piano. Hamelin. CDA67433 15,36 € p. 18  Scriabine : Intégrale des Etudes. Lane. CDH55242 9,60 € p. 18 
Jean Mouton : Missa Tu es Petrus. Rice. CDA67933 15,36 € p. 18  Strauss, Bruckner : Musique de chambre. Ensemble Raph... CDH55372 9,60 € p. 18 
Pierné, Vierne : Musique de chambre. Lane, Quatuor Go... CDA68036 15,36 € p. 18  Tausch, Süssmayr : Concertos pour clarinette. King, B... CDH55188 9,60 € p. 18 
Pizzetti, Castelnuovo-Tedesco : Sonates pour violon. ... CDA67869 15,36 € p. 18  Vivaldi : Concertos pour flûte à bec. Holstag, Holman. CDH55016 9,60 € p. 18 
Anton Rubinstein : Quatuors avec piano. Howard, Manni... CDA68018 15,36 € p. 18  Wallace : Symphonie de la Création et autres œuvres p... CDH55465 9,60 € p. 18 
Frederic Rzewski : Œuvres pour piano. Hamelin. CDA67077 15,36 € p. 18  Hugo Wolf : Eichendorff Lieder. Genz, Fink, Vignoles. CDH55435 9,60 € p. 18 
Philipp Schoendorff : Intégrale de l'œuvre. Enzemble ... CDA67854 15,36 € p. 18  Jan Dismas Zelenka : Musique sacrée. Sampson, Outram,... CDH55424 9,60 € p. 18 
Jacobus Vaet : Missa Ego flos campi. Ensemble Cinquec... CDA67733 15,36 € p. 18 
Henri Vieuxtemps : Concertos pour violon n° 1 et 2. H... CDA67878 15,36 € p. 18 
Heitor Villa-Lobos : Musique pour piano. Hamelin. CDA67176 15,36 € p. 18  TOTAL A €

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