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Tableau de flux de trésorerie

Alors que l’objectif du tableau de financement du plan comptable est d’expliquer en terme
d’emplois et de ressources la variation du patrimoine et de la situation financière de
l’entreprise, les tableaux de flux de trésorerie ont davantage pour vocation de fournir une
explication de la variation de trésorerie .

Le tableau de flux de trésorerie

Les tableaux de flux de trésorerie s’appuient, le plus souvent, sur la structure par cycles
d’opération et permettent de mettre en évidence les flux qui se produisent entre l’entreprise et
les apporteurs de capitaux. Un tel tableau peut être établi en reprenant les flux de trésorerie
figurant dans la première colonne du tableau de variation de l’encaisse.

L’intérêt des tableaux de flux de trésorerie

La trésorerie constitue sans aucun doute un indicateur central pour l’analyse et la gestion
financière de l’entreprise ; dans le sens ou elle constitue le résultat à la fois de l’équilibre
financier et de la rentabilité des opérations de l’entreprise, par rapport au concept
d’autofinancement qui ne représente qu’un potentiel de liquidité disponible .
L’analyse de la trésorerie de l’entreprise privilégie la liquidité du résultat plutôt que le résultat
lui-même et permet d’établir les liens entre la trésorerie disponible et les emplois effectués
par l’entreprise dans son cycle investissement / exploitation . Le concept de tresorerie
disponible constitue donc un indicateur beaucoup plus accessible, même à des non initiés ,
que le concept de d’autofinancement et de fonds de roulement fonctionnel repris dans le
tableau de financement du plan comptable marocain.
Notons que le recours à l’analyse de la tresorerie permet d’éviter également les limites du
concept de fonds de roulement fonctionnel qui ne tient pas compte du passif à court terme à
caractère revolving
Les tableaux de flux de trésorerie présentent l’avantage majeur de mettre en évidence la
capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie et l’affectation de ces flux. De ce point de
vue, ils constituent un instrument privilégie d’aide à la décision pour le management en
matière de la politique d’investissement , de financement et de dividendes , pour les
créanciers, les tableaux de flux de trésorerie permettent de vérifier la capacité de l’entreprise à
faire face au remboursement de ses dettes .
La présentation des principaux modèles de tableaux de flux de trésorerie

Nous étudierons successivement les modèles suivants :

- Le tableau pluriannuel des flux financiers (TPFF)


- Le modèle FITREX (flux interne de trésorerie d’exploitation)
- Le tableau des flux de trésorerie de l’OECCA (ordre français des experts comptables
et des experts agréés)

Le tableau pluriannuel des flux financiers (TPFF)

Description du TPFF

Le tableau pluriannuel des flux de trésorerie financiers, conçu dés 1977 par un auteur
français, Geoffroy de Murard, a constitué incontestablement une des premières formes de
tableau de flux financiers. Ce tableau repose sur une notion centrale qui est l’excédent de
trésorerie d’exploitation ( ETE), l’entreprise qui dispose d’une trésorerie suffisante pourra
autofinancer sans problème ses investissement industriels. Dans le cas contraire, elle devra
recourir à l’endettement pour réaliser ses investissements et elle compromettra à terme sa
pérennité.

Le tableau pluriannuel des flux financiers est généralement établit sur 4 à 5 exercices
successif et distingue au niveau des flux financiers de l’entreprise : les flux relatifs à
l’exploitation, à la croissance et au résultat, les flux liés au financement de la croissance par le
résultat, l’endettement net et ses contreparties, les autres flux.

Les flux relatifs à l’exploitation, à la croissance et au résultat :

Le point de départ est le résultat brut d’exploitation selon la terminologie du plan comptable
1957 qui correspond à l’excédent brut d’exploitation (l’EBE ).

Rappelons que l’EBE traduit le surplus monétaire potentiel sécrète par l’exploitation avant
prise en compte de la politique financière de l’entreprise, de sa politique d’amortissement et
de la fiscalité. L’excédent de trésorerie d’exploitation ( ETE) est ensuite dégagé par la
différence entre l’EBE et la variation du BFR induit par l’exploitation.

ETE = EBE +/- ∆ BFRE


Ce solde est disponible pour couvrir le besoin d’investissement de maintien ou de croissance.

Les flux liés au financement de la croissance par le résultat :

Le solde d’exploitation est obtenu par la différence entre ETE et les investissements en
immobilisation. ce solde est encore appelé solde interne ou disponible après financement de la
croissance(DAFIC) .

DAFIC = ETE – investissement en immobilisation

Ce solde permet de savoir, dans qu’elle mesure la trésorerie dégagée par l’exploitation
permet’ elle le financement des investissements ?

Signe du solde Signification


Solde d’exploitation > 0 Toute la trésorerie n’est pas utilisée au
financement de la croissance, l’entreprise est
donc en sous régime de croissance
Solde d’exploitation < 0 L’entreprise a donc besoin de financement
externe

L’endettement net et ses contreparties :

Le solde financier ou solde externe s’obtient en déduisant de la variation dette totale les
charges financières et l’impôt sur le résultat.

Solde externe = variation nette de la dette – charges financières – impôt sur bénéfices –
participation des salariés (éventuellement prévue par la loi )

Le solde financier est la balance de toutes les opérations en relation avec le système financier

Signe du solde Signification


Solde financier > 0 Il exprime une politique d’endettement
croissant de l’entreprise.
Solde financier < 0 Il exprime une politique d’autofinancement
(pas d’emprunts nouveaux)

On calcul par la suite le solde courant ou solde de gestion, en faisant la somme algébrique du
solde d’exploitation et du solde financier :

Solde courant = solde d’exploitation ou DAFIC + solde financier


Si ce solde est structurellement négatif, cela signifie que l’activité courante de l’entreprise
(exploitation et financière) ne suffit pas pour financer la croissance de l’entreprise et donc
l’entreprise est contrainte de rechercher des ressources exceptionnelles : augmentation du
capital, cession d’éléments d’actif ……

Les autres flux financiers :

Les autres flux financiers regroupent tous les éléments qui n’ont pas été pris en compte
précédemment et qui sont très hétérogènes ( charges exceptionnelles , investissement hors
exploitation, produit financiers, produits exceptionnels, produits de cession d’éléments d’actif,
augmentation de capital, variation du BFR hors exploitation ……).
Le bouclage de la variation de trésorerie se fait en corrigeant le solde courant des autres flux
financiers :

Variation du disponible = solde courant +/- Autres flux financiers

Analyse du TPFF

Selon l’auteur, l’équilibre de l’entreprise se caractérise par :

 Un solde d’exploitation légèrement positif


 Un solde financier légèrement négatif
 Un solde courant proche de 0

Une croissance équilibrée nécessite un solde économique légèrement positif, cependant, un


solde d’exploitation largement positif peut traduire une politique de sous-investissement ou de
déstockage, qui peut être tout à fait préjudiciable à l’entreprise.

De la même façon, un solde d’exploitation structurellement négatif est l’indice d’une


rentabilité insuffisante, l’entreprise devant recourir à l’endettement pour faire face à ses
engagements (remboursement de dettes, paiement des charges financières, règlement des
impôts ……) .

Un solde financier légèrement négatif est le signe d’un endettement équilibré. Un solde
financier positif signifie que les nouveaux crédits contractés ont permis de dégager des
excédents qui ont servi au financement des investissements et à l’amélioration des
disponibilités de l’entreprise. Un solde négatif indique un faible recours à l’endettement
qui peut être justifié par l’importance du flux de trésorerie d’exploitation ou par la
difficulté de l’entreprise à lever du crédit. Dans ce cas, l’entreprise doit rechercher
d’autres ressources (augmentation du capital, cession d’actifs,….) pour faire face à ses
besoins de financement.

Les limites du TPFF

Malgré ses apports intéressants au niveau de l’analyse financière, le TPFF souffre de


plusieurs critiques. En matière d’investissement tout d’abord, le TPFF conduit l’entreprise
à s’engager dans la voie de l’investissement sur la base de l’ETE. L’application de cette
règle peut conduire l’entreprise à sur-investir dans des projets non rentables en cas d’ETE’
suffisant, ou de refuser des investissements à forte rentabilité en cas d’ETE insuffisant.

Le raisonnement est donc tout à fait contestable dans la mesure où la décision d’investir
dans l’entreprise doit être essentiellement fondée sur l’appréciation des flux de trésorerie
générés par le projet. Par ailleurs, le TPFF privilégie les opérations industrielles et classe
au second plan les investissements financiers qui sont regroupés avec les autres flux
financiers. Ceci revient à occulter les stratégies de croissance externe de l’entreprise, alors
qu’elles occupent une place de plus en plus importante dans les restructurations
industrielles et financières observées par le monde.

Sur le plan de financement ensuite, l’endettement joue un rôle marginal, dans le sens ou il
n’exerce qu’un rôle d’ajustement dans le financement de la croissance. L’entreprise
s’endette en effet pour rembourser ses dettes anciennes, payer ses charges financières et
régler ses impôts.

Ce principe va à l’évidence à l’encontre des observations empiriques qui montrent au


contraire que l’endettement joue un rôle fondamental dans le financement du cycle
d’investissement et du cycle d’exploitation de l’entreprise. De la meme façon, il est
surprenant de relever que l’augmentation du capital est classée comme ressource
exceptionnelle alors qu’elle constitue une ressource normale pour le financement de la
croissance de l’entreprise.

Le modèle FITREX

Description et analyse du modèle


La notion de flux interne de trésorerie d’exploitation (FITREX) a été développée par
J.Guillou à la fin des années soixante-dix. Le modèle FITREX procède d’une démarche
comparable à celle du tableau pluriannuel des flux financiers à deux niveaux.

Tout d’abord, le FITREX est issu des critiques adressées au concept de capacité
d’autofinancement qui, compte tenu de son caractère de flux de trésorerie potentiel, ne
constitue pas un indicateur pertinent d’appréciation de la solvabilité de l’entreprise. Ensuite,
le FITREX fixe également une règle planchée pour apprécier le risque financier de
l’entreprise.

Le tableau de flux de J.Guillou permet de mettre en évidence trois agrégats :

L’autofinancement brut d’exploitation, le flux interne de trésorerie d’exploitation (FITREX)


et le flux de trésorerie disponible.

L’autofinancement brut d’exploitation : est calculé par la différence entre, d’une part la
production, et d’autre part la consommation de matières ainsi que toutes les charges internes
décaissables de l’entreprise, exclusion faite des charges financières.

Il doit bien étendu être positif car « une entreprise qui ne remplit pas cette condition de
manière régulière en moyenne période n’est manifestement pas viable et est appelée à
apparaitre à plus ou moins brève échéance » .

Le flux interne de trésorerie d’exploitation (FITREX)  : égale à l’autofinancement brut


d’exploitation corrigé de la variation structurelle du besoin de financement de l’exploitation.

FITREX = Autofinancement brut d’exploitation +/- variation structurelle du besoin de


financement de l’exploitation

Malgré quelques nuances de calculs ou différences, on remarque que le FITREX s’apparente


à l’ETE, qui est calculé par la différence entre l’EBE et la variation du BFR.

Une particularité du FITREX mérite d’être soulignée, il s’agit de la variation structurelle du


besoin de financement du cycle d’exploitation qui doit être financé par le résultat. Ceci
signifie que les besoins conjoncturels peuvent être satisfaits par des concours bancaires
courants.

Le flux de trésorerie disponible : est déterminé par la différence entre le FITREX et les
charges financières.
Flux de trésorerie disponible : FITREX – charges financières (y compris leasing)

La solvabilité de l’entreprise est assurée quand le FITREX permet de faire face aux charges
financières. Une entreprise disposant d’un flux de trésorerie positif sera en position favorable
pour obtenir de nouveaux crédits bancaires. A contrario, une situation déséquilibrée implique
pour l’entreprise le recours au crédit pour régler ses charges financières, cette situation étant
difficilement acceptable sur un plan bancaire.

Les limites du FITREX

Le modèle FITREX de J.Guillou n’est pas exempt de critiques. En effet, ce modèle exclut des
remboursements à effectuer, les dettes, en partant du principe que celle-ci sont remboursées
au moyen de nouveaux crédits car les entreprises ne dégagent pas suffisamment de trésorerie
pour faire face à leurs engagements vis-à-vis des banques. Cette position s’inscrit en rupture
totale par rapport aux règles classiques garantissant la solvabilité et l’équilibre financier de
l’entreprise. C’est pourquoi le modelé FITREX pourrait être affiné en intégrant la totalité des
flux à couvrir par l’entreprise.

FITREX > charges financières + remboursement des dettes

Par ailleurs, l’existence d’un flux de trésorerie disponible positif tenant compte du
remboursement de la dette en principal et en intérêts ne saurait constituer une base de la
capacité d’endettement complémentaire de l’entreprise. Il faut en effet tenir compte non
seulement de sa capacité de remboursement et d’endettement bilantielle ; mais aussi du degré
de risque compte tenu du taux d’intérêt de la dette.
Le tableau des flux de trésorerie de l’ordre français des experts comptables et des
comptables agréés (OECCA)

Une recommandation de l’OEC du 5 octobre 1988 propose un cadre d’analyse des flux
financiers qui s’appuie sur une norme américaine axée sur la variation de trésorerie.
Cette approche est confirmée en 1997 par l’avis n° 30 de l’OEC qui remplace la
recommandation. L’avis préconise l’établissement d’un tableau des flux de trésorerie divisé
en trois fonctions : l’activité, l’investissement et le financement.
La réglementation européenne impose aux sociétés cotées de publier leurs comptes consolidés
en normes IASB depuis le 1er janvier 2005, incluant obligatoirement un tableau de flux de
trésorerie. Le tableau de l’OEC, conforme à ces normes, apparaît dans les états financiers
annuels de tous les grands groupes cotés.
Les objectifs du tableau des flux de trésorerie de l’OEC sont les suivants :
 Fournir une information sur la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie par
son activité : la maîtrise de la comptabilité n’est pas nécessaire pour comprendre les
notions de recettes et dépenses.
 Évaluer la solvabilité de l’entreprise et son risque de faillite : une entreprise qui
génère régulièrement une trésorerie importante est en même temps solvable, rentable
et apte à assurer son développement.
 Apprécier les conséquences des choix stratégiques des dirigeants sur la trésorerie de
l’entreprise : la séparation des flux par fonction explique mieux la politique
d’investissement et de financement.
 Étudier la rentabilité d’exploitation, la maîtrise du BFR, le niveau d’endettement, la
liquidité, le financement et l’utilisation des ressources de trésorerie.

Présentations du tableau
La vie de l’entreprise est découpée en trois grandes fonctions : l’exploitation, l’investissement
et le financement.
La fonction exploitation
Correspond aux produits encaissés et aux charges décaissées. En partant du compte de
résultat, on déduit les variations du BFR pour tenir compte des décalages de trésorerie

La fonction investissement :
Regroupe les opérations d’investissement et de désinvestissement portant sur les
immobilisations incorporelles, corporelles et financières.
Les opérations d’investissement comprennent les encaissements et décaissements destinés
à :
 acquérir ou céder des immobilisations corporelles et incorporelles ;
 acquérir ou céder des titres de participation ;
 consentir des prêts ou des avances ou en obtenir le remboursement ;
 acquérir ou céder d’autres immobilisations financières (dépôts, cautionnements,
VMP…).

La fonction financement :
La fonction financement recouvre les mouvements de capitaux propres (augmentation ou
diminution, exclusion faite des incorporations des réserves au capital), des mouvements
d’endettement (exclusion faite de la trésorerie passif), de même que les dividendes mis en en
paiement au cours de l’exercice et les avances reçues des tiers.

La variation de la trésorerie est égale à la somme des flux de trésorerie provenant de


l’exploitation, l’investissement et le financement.
Variation de trésorerie = flux de trésoreries provenant de l’exploitation + flux de trésorerie
provenant des opérations d’investissement + flux de trésorerie provenant des opérations de
financement

Interprétation

L’analyse du tableau de financement des flux de trésorerie constitue un instrument intéressant


d’analyse et de diagnostic financier de l’entreprise.
L’examen de l’évolution des flux de trésorerie provenant des opérations d’exploitation fournit
un excellent indicateur de la situation de liquidité de l’entreprise. L’analyse des flux de
trésorerie affectés aux opérations d’investissements renseigne sur l’effort d’investissement de
l’entreprise et sur la stratégie de croissance poursuivis (interne ou externe). Enfin, l’analyse
des opérations de financement fournit des informations intéressantes sur le choix de la
politique financière pratiquée par l‘entreprise.
L’examen des soldes est également riche d’enseignements :
- Une trésorerie d’exploitation supérieure aux besoins d’investissement est un signe de
liquidité. Aussi, est-il intéressant d’examiner l’utilisation de l’excédent de liquidité.
- En cas d’insuffisance de trésorerie, il est important d’analyser le mode de financement
retenu (augmentation de capital, endettement ….) et de s’assurer de l’équilibre
financier et de la solvabilité de l’entreprise.
- Une identité entre la trésorerie d’exploitation et les besoins d’investissement signifie
que l’entreprise est en mesure d’assurer l’autofinancement de ses investissements.

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