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Impossible n’est pas français!

Dominique Rézeau - L’Île d’Yeu, 18 avril 2021 n°15

« JE SERAIS FIER D’ÊTRE VENDÉEN »


(Bonaparte)

BonapartePremier
Bonaparte PremierConsul,
Consul,Ingres
A.J.Gros 1801
1804

LE PREMIER CONSUL est un homme extraordinaire qui sent parfaitement que tous les
sacrifices faits par les Vendéens ne peuvent être condamnés à la stérilité. Quand je lui
raconte la piété et les traits de courage dont plus d’une fois j’ai été le témoin sa figure
s’anime, on croirait qu’il est jaloux de ces soldats qu’il n’a pas commandés ; il m’a dit
plus d’une fois : Je serais fier d’être Vendéen, et il me demanda si c’était seulement
pour leurs princes que nos paysans affrontaient ainsi tous les dangers. Je lui répondis
que les Bourbons avaient bien leur part d’un semblable dévouement, mais que le plus
grand nombre des paysans ne combattaient ainsi que parce qu’on avait touché à leur
foi et à leurs prêtres. Il m’a répété plusieurs fois : Je leur rendrai tout cela, ne faut-
il pas faire quelque chose pour ceux qui ont tant fait en faveur de la religion ! J’ai la
certitude qu’il le fera, jamais peut-être homme n’a si bien saisi la portée des choses.
(lettre de l’abbé Bernier, 17 février 1800).

La France célébrera le 5 mai prochain le bicentenaire


de la mort de Napoléon en 1821. Louis XIV avait régné
pendant 72 ans, la reine Élisabeth II fêtera bientôt ses 69
ans sur le trône d’Angleterre; l’empereur des Français ne
se maintint qu’un peu plus de 10 ans à la tête de son
empire, qui s’étendit pourtant à son apogée sur une superficie de 960.000 km2 (au-
jourd’hui 550.000 km2). Il avait rêvé de « faire l’Europe », à condition d’en tenir les
rênes et de faire bénéficier les monarchies obscurantistes du début du XIX° siècle de
l’héritage de la Révolution et des lumières… Mais c’est « l’Europe qui le défit », peu
convaincue par la maxime de Napoléon : « Il faut sauver les peuples malgré eux ».
Une politique altruiste qu’appliquent encore certains états pour justifier leurs interven-
tions guerrières, destinées à « sauver » d’autres nations… qui ne leur ont rien de-
mandé !

Napoléon et l’Église
Il faut porter au crédit de Napoléon la restauration
de la paix religieuse en France, notamment grâce à
la signature du Concordat de 1801 avec le Saint-
Siège qui règlera les relations de l’Eglise et de l’État
jusqu’en 1905. Sans que le catholicisme soit désigné
comme « religion d'État » le Gouvernement de la Ré-
publique française « reconnaît que la religion catho-
lique, apostolique et romaine, est la religion de la
grande majorité des citoyens français ».

Le premier acte public du Premier Consul devenu


empereur prend également un caractère religieux par
lequel il s’inscrit dans la lignée des souverains de
droit divin qui l’ont précédé! Napoléon Ier est cou-
ronné le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris.
En signe de réconciliation avec une nation qui avait
persécuté les chrétiens pendant les années sombres
de la Révolution, mis à mort des milliers de prêtres, Le pape Pie VII à Notre-Dame – David 1804
religieux, fidèles … guillotinés, noyés, déportés, le Pape Pie VII accepte de faire le
voyage à Paris, un évènement pour l’époque. Mille ans auparavant un autre empereur,
Charlemagne, avait quant à lui fait
preuve d’humilité et de soumission en
se faisant couronner par le pape Léon
III à Saint-Pierre de Rome le 25 dé-
cembre de l’an 800. Qui plus est, le
nouveau souverain s’empare de la cou-
ronne et se l’impose à lui-même avant
de la remettre à l’impératrice José-
phine. La chronique rapporte que le
Pape durant toute la cérémonie eut tou-
jours un peu l'air d'une victime rési-
gnée, mais résignée noblement.
Napoléon devait cinq ans plus tard manifester sa
« reconnaissance » au Souverain Pontife en annexant
les États Pontificaux et en le faisant enlever à Rome le
5 juillet 1809 (lire l’ouvrage consacré à cet épisode :
LE GÉNÉRAL DE NAPOLÉON QUI ARRÊTA LE PAPE – D. Ré-
zeau - éd. SPE Barthélémy Paris 2012) puis conduire
de nouveau en France où il demeura en exil jusqu’en
1814, peu avant la chute de son impérial geôlier. Le
bon Pie VII, réputé pour sa mansuétude et sa bienveil-
lance n’hésitera pas à intervenir auprès du Congrès de
Vienne en 1815 pour plaider la cause de celui qui l’avait
tant maltraité, jusqu’à le traiter de « fou furieux, qu'il
faut enfermer », à la suite de son excommunication.
Éprouvant une sincère compassion pour le prisonnier
qui se morfondait à Sainte Hélène, mis au ban des na-
tions, le pape s’exprimait ainsi : Napoléon est malheu-
Arrestation de Pie VII - Vatican XIXe s.
reux, très malheureux, nous avons oublié ses torts. Sa-
voir que cet infortuné souffrirait pour nous est déjà presque un supplice, surtout au
moment où il demande un prêtre pour se réconcilier avec Dieu. Nous ne voulons, nous
ne devons participer en rien aux maux qu’il endure, nous désirons au contraire du plus
profond de notre cœur qu’on les allège et qu’on lui rende la vie plus douce. Demandez
cette grâce au prince régent d’Angleterre. Pie VII alla jusqu’à accueillir à Rome la mère
de Napoléon en exil, Madame Laetitia qui vécut jusqu’à sa mort à l’angle du Corso et
de la place de Venise ; on peut y voir encore le balcon de bois peint en vert, d’où la
maman de l’aigle déchu observait les allées et venues des Romains, redevenus sujets
du Pape.
TESTAMENT DE NAPOLÉON
Ce jourd’hui 15 avril 1821, à Longwood, île
de Sainte-Hélène.
Ceci est mon testament ou acte de ma
dernière volonté
1° Je meurs dans la religion apostolique et
romaine, dans le sein de laquelle je suis né
il y a plus de cinquante ans.
2° Je désire que mes cendres reposent
sur les bords de la Seine, au milieu de ce
L'empereur défunt - H. Vernet 1826 peuple français que j’ai tant aimé…

En réalité, quelle était la foi de Napoléon, hormis l’affirmation de son testament ?


Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole, disait-il, et encore :
C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman
que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits
en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon… Au fait,
la religion, c'est le règne de l'âme, c'est l'ancre de sauvetage du malheur. Dieu recon-
naîtra les siens !
Napoléon-Vendée
Si le lien de Napo-
léon avec la VENDÉE
est ténu, on conserve
cependant son souve-
nir au cœur de la ville
qu’il a voulu édifier de
toutes pièces, à partir
d’un chétif bourg à
demi-détruit.
LA ROCHE-SUR-YON,
La Roche-sur-Yon - R. Toussaint XXe siècle
chef-lieu du département,
devint « Napoléon » en 1804, mais changea huit fois de nom en soixante-dix ans, au
rythme des changements de régime. L’empereur des Français, sur son destrier de
bronze, continue toutefois de dominer la ville et le département qu’il dut pacifier une
seconde fois après les premières guerres de Vendée. Au temps du premier conflit, le
jeune général de brigade Bonaparte avait refusé, en 1794, de prendre part à la ré-
pression confiée aux armées de la République. On dit que pour éviter d'y aller de force,
il se présentera malade de la gale, accompagné d'un certificat médical. Pressenti pour
un nouveau commandement en Vendée l’année suivante, nouveau refus qui lui vaut
d’être mis en congé sans solde. Lors de son bref passage chez nous en 1808, cette
obstination lui permit d’y être accueilli en fanfare… l’accueil aurait été différent sans
doute si le général Bonaparte avait participé à la mise en œuvre de l’impitoyable décret
de la Convention en 1793 : « Il faut détruire la Vendée » !

Et L’ÎLE D’YEU ? Si Napoléon ne traversa pas la mer


pour s’y rendre, il manifesta à plusieurs reprises son
souci que l’île soit défendue des Anglais puis des émigrés
qui tentèrent d’y prendre pied. Dès 1804 il dépêche le
général Bertrand, son fidèle compagnon d’armes, pour
établir un projet de défense. Les premières batteries de
canon sont installées tout autour de l’île. En 1811, Na-
poléon demande un nouveau projet au général Clarke, ministre de la guerre. Mais les
travaux envisagés sont jugés trop considérables, ils exigent trop d'hommes, trop de
dépenses, trop d'artillerie, et seront donc ajournés, laissant notre île pacifique à la
merci des envahisseurs, « comme un vaisseau livré à lui-même ». Protégée par
son isolement autant que par ses modestes ouvrages défensifs : citadelle, armement
désuet et maigres troupes, l’Île d’Yeu ne connut cependant jusqu’à nos jours d’autre
invasion que celle de l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale. Sans dé-
fense désormais, sinon celle des gendarmes de la brigade et des marins du sémaphore,
notre île saura-t-elle résister aux défis d’aujourd’hui, menaces climatiques, terrorisme,
trafic de drogue, etc. ? CE N’EST PAS POSSIBLE, ME DITES-VOUS? écrivait Napoléon à un
général défaitiste, CELA N’EST PAS FRANÇAIS !

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