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République Tunisienne

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

Université de Carthage
Institut des Hautes Etudes Commerciales de Carthage

RAPPORT
de Mémoire de Fin d’Études

Présenté en vue de l’obtention du diplôme de


MASTER PROFESSIONNEL EN COMPTABILITÉ

SUJET :
LE DOMAINE D’INTERVENTION DE
L’EXPERT-COMPTABLE DANS LES ENTREPRISES EN
DIFFICULTÉ ÉCONOMIQUE

Élaboré par : BEDOUI Sabrine


Sous la direction de : M. ABOUDA Youssef

Année Universitaire : 2018/2019


DÉDICACES
__________________________________________________________________________________

Je dédie ce modeste travail à

À mon père Habib,


aucun hommage ne pourrait être à la hauteur du soutien,
de l’amour et de l’affection dont il ne cesse de me combler.
Qu’il trouve dans ce travail un modeste témoignage de ma profonde
reconnaissance.

À ma mère Ratiba,
Qui m’a comblée de son soutien et m’a voué un amour inconditionnel 
Tu es pour moi un exemple de courage et de sacrifice continu
Que cet humble travail témoigne mon affection et mon éternel attachement

À mon frère Mohamed et ma sœur Haifa,


Qui je le sais ma réussite est très importante pour vous
Que Dieu vous paye pour tous vos bienfaits

À tous mes amis, vrais amis.

À tous ceux que j’aime et à tous ceux qui m’aiment.


REMERCIEMENT
_____________________________________________________________________________________

C’est avec mon enthousiasme le plus vif et le plus sincère que je voudrais rendre mérite
à tous ceux qui m’ont aidée à mener à bien ma mémoire de fin d’études.

J’adresse mes plus sincères remerciements à mon encadrant académique M. ABOUDA


YOUSSEF souhaitant qu’il trouve ici l’expression de ma profonde reconnaissance pour sa
disponibilité, ses critiques, les précieux conseils qu’il m’a prodigués tout au long de ce
travail.

Je présente aussi mes vifs remerciements à tous les membres de jury d’avoir accepté de
juger mon travail. Veuillez trouver ici l’expression de mon profond respect.

Je tiens à remercie également tous mes enseignants à l’institut des Hautes Études
Commerciales de Carthage pour la formation qu’ils m’ont donnée.

Un grand merci à toute personne qui, de près ou de loin, a contribué à la réalisation de ce


projet.

Finalement, j’espère que ce travail sera à la hauteur de la confiance qu’ils m’ont donnée.
SOMMAIRE
_____________________________________________________________________________________

INTRODUCTION GÉNÉRALE ......................................................................................... 1

PARTIE 1: ENTREPRISE EN DIFFICULTÉ : CONCEPT ET CADRE


JURIDIQUE ......................................................................................................................... 5

CHAPITRE 1. CADRE ÉCONOMIQUE ET JURIDIQUE DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................... 7

Section 1 : Notion d’entreprise en difficulté et indicateurs de défaillance ......................... 7

Section 2 : Évolution législative en matière d’entreprise en difficulté ............................ 11

Section 3 : Champs d’application des procédures collectives ......................................... 14

CHAPITRE 2. LES RÈGLES JURIDIQUES RELATIVES AUX PROCÉDURES


COLLECTIVES ............................................................................................................. 17

Section 1 : La procédure préventive ............................................................................... 17

Section 2 : La procédure curative : le règlement judiciaire ............................................. 22

Section 3 : La procédure de naufrage : la faillite et la liquidation judiciaire .................... 27

PARTIE 2 : LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE DANS LE CADRE DES


PROCÉDURES APPLIQUÉES AUX ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ .................... 32

CHAPITRE 1. LE RÔLE PRÉVENTIF DE L’EXPERT-COMPTABLE ................... 34

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure d’alerte .............................. 34

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement amiable......... 38

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur ............................ 41


CHAPITRE 2. LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE DANS LA PROCÉDURE
CURATIVE ET DE NAUFRAGE ................................................................................. 43

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement judiciaire ..... 43

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans les différentes solutions de règlement


judiciaire ....................................................................................................................... 46

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de faillite .......................... 48

Section 4 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur ........................... 53

PARTIE 3: GUIDE D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ..................................................................................................................... 56

CHAPITRE 1. LA MISSION D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................. 58

Section 1 : Nature de la mission ..................................................................................... 58

Section 2 : Acceptation de la mission ............................................................................. 60

Section 3 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté économique .. 61

CHAPITRE 2. LA DÉMARCHE D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................. 63

Section 1 : Prise de connaissance générale de l’entreprise .............................................. 63

Section 2 : Réalisation des travaux ................................................................................. 65

Section 3 : Fin de la mission .......................................................................................... 71

CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................ 73

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................. 76

ANNEXE ............................................................................................................................ 86
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Introduction générale

Lorsqu’une entreprise disparaît, c’est à la fois un ordre économique qui est perturbé, mais
aussi un ordre social qui est troublé. La passation d’une entreprise en situation de difficulté
économique constitue un événement terrible puisque ses conséquences sont assez graves tant
sur le plan financier par le non-recouvrement des dettes des fournisseurs, des établissements
bancaires, des pouvoirs publics, que sur le plan humain par la perte des emplois. Il est donc
normal que la santé de l’entreprise préoccupe les pouvoirs publics sur tous les niveaux et que
le législateur consacre aux entreprises en difficulté des solutions spécifiques afin de les lui
permettre de faire face aux situations désastreuses.

Le droit des entreprises en difficulté ou le droit des procédures collectives s’inscrit dans ce
cadre, dans la mesure où il fixe le régime juridique applicable aux entreprises qui affrontent des
difficultés et déterminent les procédures qui lui sont applicables.

Le régime juridique de ces entreprises fait apparaître une certaine évolution historique
permettant de distinguer entre la période du Code de commerce, la période de la loi du 17 avril
1995 relative au redressement des entreprises en difficulté économique et celle de la loi du 29
avril 2016 relative aux procédures collectives. Les dispositions du code de commerce avant la
promulgation de la loi de 1995 n’étaient plus adaptées au contexte économique ni aux situations
auxquelles elles étaient applicables. Le législateur a décidé ainsi de passer d’une conception
classique du droit des procédures collectives à une conception moderne à partir de 1995.

Avec la promulgation de la loi de redressement des entreprises en difficulté, l’esprit du


législateur a totalement changé puisque l’objectif est le redressement de l’entreprise, la
poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et le paiement des salaires. Pour pouvoir
atteindre ces objectifs, le législateur a mis en place un dispositif pour chaque niveau de
difficulté. Ces dispositifs reposent sur quatre procédures qui s’étalent dans le temps.

Il s’agit respectivement de la notification des signes précurseurs, de la procédure de règlement


amiable, de règlement judiciaire et de la liquidation judiciaire.

2|P a g e
Introduction générale

La mise en œuvre de ces procédures entraine l’intervention de plusieurs acteurs à savoir le


conciliateur, l’expert judiciaire, le commissaire aux comptes, le syndic de faillite et d’autres
organes externes.

L’environnement de l’entreprise en difficulté est une matière riche, parfois complexe qu’il
convient de bien maîtriser afin de sauver l’entreprise. 1 Par conséquent, ces intervenants doivent
avoir des compétences techniques et des connaissances dans plusieurs domaines.

D’où se pose la question sur le domaine d’intervention de l’expert-comptable, professionnel


doté d’une compétence pluridisciplinaire, dans les différentes phases de redressement et de
liquidation judiciaire des entreprises en difficulté économique.

Selon les dernières statistiques publiées par l’agence de promotion de l’industrie et de


l’innovation (APII), la Tunisie compte 5319 entreprises industrielles fin 2018, contre 5433 au
début de l’année d’où la fermeture de 114 entreprises industrielles dont, 33 sont totalement
exportatrices soit en total 437 entreprises ont fermé leur porte depuis 2010. 2 Le faible
accompagnement de ces entreprises peut constituer l’une des principales raisons de leur
fermeture.

Le défaut des dirigeants d’entreprises est bien souvent d’attendre toujours le dernier moment
soit parce qu’ils ne sont pas en mesure de situer le niveau de difficulté de son entreprise soit
parce qu’ils ne peuvent pas identifier les mesures adéquates prévues par la loi.
Ces facteurs, et bien d’autres peuvent entrainer la fermeture des entreprises qui sont encore
viables.

Dans cet environnement indéniablement complexe pour les dirigeants et en absence d’une
approche méthodologique ou d’un guide pratique des procédures collectives, l’expert-
comptable est le mieux placé pour les guider et les accompagner dans le sauvetage de leurs
entreprises. Une recherche portant sur l’approche d’accompagnement des entreprises en
difficulté par les experts-comptables peut-être d’une grande utilité aussi bien pour les
professionnels que pour les entreprises.

1
Ordre des experts-comptables français, « Guide de l’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p3.
2
www.tustex.com, site boursier et économique Tunisien, article publié le 04/02/2019.

3|P a g e
Introduction générale

Notre projet de fin d’études se propose d’apporter un cadre de réflexion sur le domaine
d’intervention de l’expert- comptable dans le cadre de l’application de la loi n° 2016-36 relative
aux procédures collectives ou en tant qu’accompagnateur des entreprises en difficulté, et ce en
posant la problématique suivante : Quel est le rôle de l’expert-comptable dans les entreprises
en difficulté économique ?

La réponse à cette problématique passera par la réponse à certaines questions sous-jacentes,


dont les principales se détaillent comme suit :

- Comment définir les entreprises en difficulté économique ?


- Quelles sont les dispositions juridiques qui régissent les entreprises en difficulté ?
- Quel est le domaine d’intervention de l’expert-comptable dans le cadre de l’application
de la loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives ?
- Quelle démarche doit être suivie par l’expert-comptable pour assurer la mission
d’accompagnement des entreprises en difficulté ?

À cet égard, le présent mémoire intitulé « Le domaine d’intervention de l’expert-comptable


dans les entreprises en difficulté économique » sera structuré comme suit :

La première partie intitulée « Entreprise en difficulté : concept et cadre juridique » aura une
portée générale, notamment, pour présenter le concept des entreprises en difficulté économique
et les dispositions juridiques de la loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives.

Dans la deuxième partie intitulée « Le rôle de l’expert-comptable dans le cadre des procédures
appliquées aux entreprises en difficulté », nous allons étudier d’une manière détaillée les
différentes interventions de ce professionnel comptable tout au long de la procédure de
sauvetage.

Enfin, la dernière partie intitulée « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté


économique » proposera un guide d’accompagnement des entreprises en difficulté, destiné aux
experts-comptables.

4|P a g e
PARTIE 1 : ENTREPRISE EN DIFFICULTÉ :
CONCEPT ET CADRE JURIDIQUE
Introduction de la première partie

Le régime juridique des entreprises en difficulté économique a considérablement évolué


au fil du temps. Cette évolution a conduit progressivement du droit de la faillite, avant la
promulgation de la loi de 1995, où l’entreprise en difficulté n’avait que la faillite comme une
seule issue, au droit de redressement par la promulgation de la loi de 1995-34, puis au droit des
procédures collectives par l’approbation de la loi de 2016-36.

Ce régime de sauvetage présente une multitude de spécificités qui conditionnent l’admission au


bénéfice du régime de redressement et repose sur quatre procédures qui s’étalent dans le temps.
Il s’agit respectivement de la notification des signes précurseurs des difficultés économiques,
du règlement amiable, du règlement judiciaire et de la liquidation judiciaire.

La première partie de ce mémoire s’inscrit dans ce cadre dans la mesure où elle vise à présenter
dans un premier lieu le concept d’entreprise en difficulté et d’expliquer, dans un second lieu, le
régime juridique de ces entreprises en Tunisie.

6|P a g e
CHAPITRE 1. CADRE ÉCONOMIQUE ET JURIDIQUE DES
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ

Introduction

Ce Premier chapitre a comme but de présenter le concept d’entreprise en difficulté


économique. Nous commencerons, tout d’abord, par mettre le point sur la notion d’entreprise
en difficulté et sur les indicateurs de détection des difficultés économiques. Ensuite, nous
présenterons l’évolution législative en matière d’entreprise en difficulté ainsi que le champ
d’application de la procédure de sauvetage de ces entreprises.

Section 1 : Notion d’entreprise en difficulté et indicateurs de défaillance

Au cours de leur cycle de vie, les entreprises peuvent passer par des périodes de
difficultés, plus ou moins graves. Nombreuses d’entre elles réussissent à accroitre leurs chances
d’existence dans un milieu purement concurrentiel. Cependant, plusieurs d’entre elles ne
peuvent limiter leurs risques, et tombent donc dans les difficultés.

1.1 Notion d’entreprise en difficulté

En Tunisie, la notion d’entreprise en difficulté reste jusqu’aujourd’hui ambiguë 3 .


En effet, même avec la promulgation de la loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives 4
et la loi n° 1995-34 relative au redressement des entreprises en difficulté, il n’y a pas de
définition précise et claire de cette notion. Cette ambiguïté peut être expliquée par le fait que la
notion d’entreprise en difficulté est assez large pour la confiner dans une définition assez
précise.

Cependant, sur le plan purement juridique, le législateur a prévu plusieurs indicateurs qui
permettent de déterminer si une société est en difficulté. Ces indicateurs seront développés au
niveau de la deuxième partie de cette section.

3
Achref MAALOUL, mémoire pour l’obtention du diplôme d’expert-comptable, « La détection des entreprises en difficultés
et de la fraude par l’analyse financière », 2017, p10.
4
Loi n° 2016-36 du 29 avril 2016 relative aux procédures collectives, La traduction française de la loi n’est pas encore publiée
au JORT.

7|P a g e
Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

Sur le plan économique, plusieurs auteurs ont essayé de définir la notion d’entreprise en
difficulté. JF Daigne, par exemple, retient trois concepts dans son livre « Management en
période de crise, aspect stratégique, financiers et sociaux » pour la définir. 5

Premièrement, une entreprise en difficulté est une entreprise non rentable en état de cessation
de paiement. En effet, la cessation de paiement est considérée comme étant « l’incapacité de
faire face à son passif exigible au moyen de son actif disponible ».

Deuxièmement, lorsqu’une entreprise présente un déséquilibre au niveau de ses données


industrielles, sociales et financières elle est considérée comme étant en difficulté économique.

Enfin, une entreprise peut être en difficulté sans pour étant être en état de cessation de paiement.
Il s’agit d’une entreprise saine vulnérable qui en cas de changement de la conjoncture peut se
retrouver face à des graves difficultés pouvant entraîner la cessation de paiement.

1.2 Indicateurs de détection des entreprises en difficulté

Les indicateurs de détection des entreprises en difficulté sont prévus par le code de
commerce, le code des sociétés commerciales, le décret gouvernemental n° 2018-463 du 31 mai
2018 relatif à la détermination des critères et procédures de notification des signes précurseurs
des difficultés économiques et par la norme internationale d’audit ISA 570.

1.2.1 Indicateurs prévus par le code de commerce et le code des sociétés commerciales

Les principaux critères de difficultés prévus par le code de commerce ou également la loi
n° 2016-36 relative aux procédures collectives6 sont : le non-paiement des dettes, la perte de ⅓
du capital social, la présence de tout acte menaçant la continuité de l’activité et tous les signes
précurseurs des difficultés économiques qui peuvent entraîner, si elles persistent, la cessation
de paiement7.

Quant au code des sociétés commerciales, il définit les entités en difficulté économique à partir
de la situation nette comptable. En effet, pour les sociétés anonymes, par exemple, l’article 388
de ce code stipule que : « Si les comptes ont révélé que les fonds propres de la société sont

5
Daigne Jean-François, « Management en période de crise, aspect stratégique, financiers et sociaux », édition d’organisation,
Paris, p. 25.
6
Abrogeant la loi de 1995, la loi de 2016 l’a remplacé en intégrant le code de commerce.
7
Article 418 du code de commerce.

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Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

devenus en deçà de la moitié de son capital en raison des pertes, le conseil d’administration ou
le directoire doit dans les quatre mois de l’approbation des comptes, provoquer la réunion de
l’assemblée générale extraordinaire… ».

La notion de fond propre indiquée au niveau de cet article correspond à « la somme des apports
(capital social et prime d’émission, d’apport ou de fusion), des écarts d’évaluation, des réserves,
du report à nouveau créditeur, du bénéfice de l’exercice…. Quant au capital, il s’agit de son
montant nominal et non de la somme libérée. »8

1.2.2 Les indicateurs prévus par le décret gouvernemental n° 2018-463

Le décret gouvernemental n° 2018-463 du 31 mai 2018, relatif à la détermination des


critères et procédures de notification des signes précurseurs des difficultés économiques
distingue deux types de critères, les critères généraux et les critères spéciaux de notification.

Les critères généraux s’appliquent à toutes les personnes soumises à l’obligation de notification
au sens de l’article 419 du code de commerce. Il s’agit notamment du dirigeant ou du
propriétaire de l’entreprise, des associés détenant au moins 5 % du capital, s’il s’agit d’une
société de capitaux ou d’une société à responsabilité limitée ou des services externes.
Ces critères se divisent en critères économiques et critères financiers9.

Les critères financiers de notification se rapportent aux équilibres financiers de l’entreprise.


L’article 4 de ce décret a cité une panoplie de critères, il s’agit notamment de la baisse continue
de la capacité d’autofinancement, la perte d’une partie du capital social (⅓), la diminution du
nombre de transactions de l’entreprise qui menace la continuation de son activité et les retards
répétitifs dans le remboursement des dettes et le paiement des salaires et des contributions à la
Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Quant aux critères économiques de notification, ils sont liés aux activités de la société et à son
environnement tel que, par exemple, la démission des cadres et agents de grands savoir-faire.
Ils concernent, également, la perte d’un marché, fournisseur ou client ayant un impact capital
sur l’activité de l’entité, le non-renouvellement d’une autorisation administrative nécessaire à
l’exercice de l’activité, l’incapacité à suivre une évolution technologique, etc.10

8
Mellouli Slaheddine et Frikha Sami, « les sociétés commerciales », la maison du livre, 2013, p.334.
9
Art. 3 du décret gouvernemental n° 2018-463 du 31 mai 2018.
10
Art. 5 du décret gouvernemental n° 2018-463 du 31 mai 2018.

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Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

En ce qui concerne les critères spéciaux, ils s’appliquent aux intervenants soumis à l’obligation
de notification à la commission de suivi des entreprises économiques et qui sont mentionnés à
l’alinéa 3 de l’article 419 du code de commerce, notamment les services d’inspection du travail
les services de contrôle des impôts, la CNSS, les banques et les institutions financières.

L’inspection de travail, par exemple, doit notifier la commission de suivi en cas de « retard
répétitif dans le paiement des salaires ou non-paiement des primes et avantages périodiques et
saisonniers pour une période dépassant les trois mois »11.

Quant aux services du contrôle fiscal, ils doivent alerter la commission dans le cadre « des
informations disponibles suite aux opérations de contrôle fiscal approfondi se basant sur la
comptabilité notamment dans l’hypothèse de baisse du chiffre d’affaires de manière continue
durant les trois dernières années, à un taux égal ou supérieur à 30 % »12.

Pour les banques et les institutions financières, ils doivent notifier la commission notamment
dans le cas « d’ancienneté des créances non recouvrées en principal ou en intérêts pour une
période qui dépasse 180 jours »13.

1.2.3 Indicateurs prévus par la norme ISA 570 : Continuité d’exploitation

La norme ISA14570 relative à la continuité d’exploitation fournit des directives sur la


responsabilité de l’auditeur afférente à l’audit des états financiers en ce qui concerne
l’hypothèse de continuité d’exploitation et l’évaluation, par la direction, de la capacité de
l’entité à poursuivre son activité.

Le paragraphe A2 de cette norme cite une batterie d’indicateurs susceptibles de remettre en


cause la continuité de l’exploitation. Parmi lesquels on peut notamment citer :

 Indicateurs de nature opérationnelle :


- Départs de cadres dirigeants clés sans remplacement ;
- Perte d’un marché important, d’un client clé, d’une franchise, d’une licence,
d’un fournisseur principal ;
- Difficulté liée à la main-d’œuvre : conflits de travail ;

11
Art. 8 du décret n° 2018-463 du 31 mai 2018.
12
Art.11 du décret n° 2018-463 du 31 mai 2018.
13
Art.12 du décret n° 2018-463 du 31 mai 2018.
14
International standards on Auditing, Le Conseil de l’Ordre des Experts Comptables de Tunisie a décidé en 2010 d’adopter
les normes internationales d’audit (ISA).

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Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

- Pénuries d’approvisionnements importants ;


- Émergence d’un concurrent avec un succès très marqué.
 Indicateurs de nature financière :
- Situation financière déséquilibrée ;
- Trésorerie négative ;
- Fonds de roulement négatif ;
- Retard de paiement ;
- Suppression d’un soutien financier ;
- Perte d’exploitation significative ou détérioration importante de la valeur des
actifs utilisés pour générer les flux de trésorerie.
 Antres indicateurs :
- Procédures judiciaires ou procédures engagées par les autorités de
réglementation en cours à l’encontre de l’entité qui peuvent, s’ils aboutissent,
engendrer des dommages financiers ;
- Changements dans la législation ou la réglementation, ou dans la politique
gouvernementale risquant d’avoir un impact défavorable auquel l’entité ne
pourra probablement pas faire face ;
- Survenance de sinistres non couverts ou insuffisamment couverts par des
assurances.

Section 2 : Évolution législative en matière d’entreprise en difficulté

L’évolution des procédures appliquées aux entreprises en difficulté économique en droit


tunisien permet de distinguer entre 3 périodes : la période avant la promulgation de la loi de
1995, la période de la loi du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises en difficulté
économique et enfin la période de la loi du 29 avril 2016 relative aux procédures collectives.

2.1 La période avant la promulgation de la loi du 17 avril 1995

Marquée par une conception classique basée sur la sanction du débiteur malhonnête en
le déclarant en faillite et le paiement des créanciers en premier lieu sans prendre en
considération l’intérêt de l’entreprise et de la collectivité, la période des procédures collectives
avant la promulgation de la loi de 1995 a été régie par le Code de commerce qui prévoit deux

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Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

types de procédures : une procédure applicable au débiteur de bonne foi, le concordat


préventif et une autre applicable au débiteur de mauvaise foi, la faillite.

Le concordat préventif était considéré comme étant une procédure de conciliation. Il s’agit d’un
accord à l’amiable entre le débiteur et ses créanciers pour le paiement des créances avec la
possibilité de prévoir des remises de créance ou un rééchelonnement de paiement. Il est
applicable aux débiteurs de bonne foi qui passent par des difficultés économiques, sans pour
autant être en état de cessation de paiements. 15

Quant à la faillite, elle était considérée comme étant une sanction du débiteur qui a trahi la
confiance de ses créanciers. C’est une procédure qui vise la liquidation des biens du débiteur
failli et elle ne s’applique que pour les entreprises qui se trouvent en état de cessation de
paiement16.

2.2 La période de la loi du 17 avril 1995

Le législateur tunisien a adopté en 1995 la loi n° 1995-34 qui porte sur le redressement
des entreprises en difficulté économique. Avec la promulgation de cette loi, on est passé d’un
droit qui vise le paiement des créanciers et la sanction du débiteur défaillant en le déclarant en
faillite sans pour autant prendre en considération l’intérêt de l’entreprise à un droit qui a pour
objectif primordial le redressement de celles qui sont viables. La faillite est devenue ainsi une
procédure secondaire à laquelle on ne peut recourir, malgré la cessation de paiements du
débiteur, qu’en cas d’échec de la procédure de redressement ou d’impossibilité de redresser
l’entreprise par application de cette loi.

La loi de 1995 a fait l’objet de deux modifications. D’abord en 1999 par la loi n° 99-36 du
15/7/1999. Ensuite, en 2003 par la loi n° 2003-79 du 29/12/2003.

Cependant, ce régime a posé beaucoup de problèmes et a fait preuve de son incapacité de


réponde à l’objectif primordial de redressement, à savoir, le sauvetage des entreprises en
difficulté économique. C’est pour cette raison et bien d’autres, que le législateur tunisien a
promulgué la loi n° 36-2016 du 29 avril 2016 relative aux procédures collectives.

15
Art 413 à 444 du code de commerce, Titre abrogé par la loi n° 95-35 du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises
en difficulté économique.
16
Art. 591 à 596 du code de commerce, Titre abrogé par la loi n° 95-35 du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises
en difficulté économique.

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Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

2.3 La période de la loi du 26 avril 2016

En abrogeant la loi du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises en difficulté,


la loi du 26 avril 2016 a réintégré les procédures collectives dans le code de commerce en
introduisant un grand remaniement à ce code.

Cette loi repose sur quatre procédures qui s’étalent dans le temps. Il s’agit respectivement de la
notification des signes précurseurs, de la procédure de règlement amiable, de règlement
judiciaire et de la liquidation judiciaire.

Ces procédures sont appelées collectives, contrairement aux procédures individuelles, dans la
mesure où ils permettant aux créanciers de l’entreprise d’agir d’une manière collective et
organisée.

Dans une reprise presque intégrale des dispositions de l’article 1er de la loi de 1995, l’article 415
du code de commerce dispose que « Le régime de redressement tend à aider les entreprises qui
connaissent des difficultés économiques à poursuivre leurs activités, à y maintenir les emplois
et à payer leurs dettes ».

Il en ressort de la lecture de l’article précité que les objectifs du régime de redressement sont
liés l’un à l’autre et que la poursuite de l’activité de l’entreprise en difficulté constitue l’objectif
primordial du législateur. En effet, le maintien de l’emploi au sein de l’entité ne peut être garanti
qu’à travers la poursuite de l’activité et vice-versa. Si ces deux objectifs sont réunis, le paiement
des créanciers peut être assuré. Toutefois, le sauvetage de l’entreprise dépend du degré des
sacrifices que ces derniers consentent au profit de cette entreprise.

Par ailleurs, par la promulgation de cette loi, le législateur ne fait plus de la faillite une solution
secondaire, mais au contraire il permet au juge de la prononcer chaque fois que ses conditions
sont réunies pendant n’importe quelle phase de la procédure de redressement 17.

Les dispositions juridiques de cette loi sont développées au niveau du deuxième chapitre de ce
mémoire.

17
Art. 433 du code de commerce.

13 | P a g e
Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

Section 3 : Champs d’application des procédures collectives

L’article 416 du code de commerce tel que modifié par la loi n° 2016-36 relative aux
procédures collectives prévoit que les dispositions relatives au redressement des entreprises en
difficulté « s’appliquent à toute personne morale, ainsi que toute personne physique assujettie
au régime d’imposition réel, exerçant une activité commerciale, au sens de l’article 2 du présent
code ou artisanale, ainsi qu’à toutes les sociétés commerciales par la forme exerçant une activité
agricole ou de pêche. Sont exclus des dispositions de ce code, les établissements et les
entreprises publiques conformément à la loi n° 89-9 du premier février 1989 relative aux
participations, entreprises et établissements publics. »

En outre, l’article 475 du même code ajoute que « Le tribunal prononce la faillite des personnes
visées par l’article 416, ainsi que tout commerçant en cessation de paiement et en situation
désespérée. »

Une lecture synthétique de ces deux articles permet de distinguer plusieurs critères d’éligibilité
et d’exclus du régime des procédures collectives.

3.1 Les Critères d’éligibilités au régime des procédures collectives

À partir des dispositions de l’article 416 ci-dessus cité, pour pouvoir bénéficier de
l’ouverture du régime des procédures collectives, l’entreprise doit, premièrement, exercer une
activité commerciale, artisanale ou agricole.

En effet, on entend par commerçant, celui qui exerce l’une des activités citées à l’article 2 du
code de commerce à savoir les activités de « production, circulation, spéculation ou entremise »
exercées à titre professionnel. L’artisan est celui qui accomplit, à titre professionnel, son travail
manuellement sans se livrer à des actes de spéculation 18 . Quant à l’activité agricole, le
bénéficiaire doit l’exercer dans le cadre d’une société commerciale par la forme à savoir une
société au nom collectif, société anonyme, société à responsabilité limitée ou société
unipersonnelle à responsabilité limitée.

En outre, l’entreprise doit être assujettie au régime d’imposition réel. En effet, les personnes
soumises à ce régime doivent respecter plusieurs obligations fiscales, dont notamment, la tenue
d’une comptabilité conforme aux dispositions du système comptable des entreprises

18
Art. 16 de la n° 2005-15 du 16 février 2005 relative à l’organisation des secteurs des métiers.

14 | P a g e
Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

l’établissement d’un inventaire physique au moins une fois par exercice 19, la conservation des
pièces comptables au moins pour une période égale à 10 ans 20, etc.

Ce régime s’applique obligatoirement aux sociétés. Quant aux personnes physiques, elles
peuvent bénéficier du régime forfaitaire, mais à condition de répondre à certaines conditions
prévues par la réglementation tunisienne. Par conséquent, pour pouvoir bénéficier de
l’ouverture des procédures collectives l’entreprise doit aussi faire preuve d’une certaine
régularité et organisation de sa situation comptable et démontrer une certaine transparence
financière vis-à-vis de l’administration fiscale.

Outre les critères généraux ci-dessus mentionnés, la loi n° 2016-36 relative aux procédures
collectives a cité d’autres critères d’éligibilités spécifiques à chaque type de procédure. Ces
critères se rapportent au degré de difficulté de l’entreprise. En effet, on peut parler de plusieurs
états ou degrés de difficultés qui passent du remédiable à l’irrémédiable. Pour les difficultés
remédiables, elles donnent lieu à l’application de procédures préventives et de règlement
judiciaires. Quant aux difficultés irrémédiables, ils donnent lieu à la déclaration de la faillite du
débiteur. Ces critères spécifiques sont développés au niveau de la deuxième partie du mémoire.

3.2 Critères d’exclusion du régime des procédures collectives

En vertu des dispositions de l’article 416 alinéa 2 ci-dessus cité, les entreprises qui sont
hors champ de ce régime sont, premièrement, celles qui ne remplissent pas les conditions
d’éligibilité générales, ci-dessus mentionnées, ou spécifiques à chaque type de procédures.

Quant aux entreprises et les établissements publics, elles sont « les établissements publics à
caractère non administratif et dont la liste est fixée par décret, les sociétés dont le capital est
entièrement détenu par l’État, les collectivités locales, les établissements publics et les sociétés
dont le capital est détenu entièrement par l’État à plus de 50 % chacun individuellement ou
conjointement. Sont considérées participations publiques, les participations publiques, les
participations de l’État, des collectivités locales, des établissements publics et des sociétés dont
le capital est entièrement détenu par l’État »21.

19
Art. 17 de la Loi 96-112 du 30 décembre 1996 relative au système comptable des entreprises
20
Art. 25, Loi n° 96-112 du 30 décembre 1996 relative au système comptable des entreprises
21
Art. 8 de la 96-74 du 29 juillet 1996, modifiant et complétant la loi n° 98-9 du 1er février 1989 relative aux participations et
entreprises publiques telle que modifiée et complétée par la loi n° 94-102 du 1er août 1994.

15 | P a g e
Chapitre 1 : Cadre économique et juridique des entreprises en difficulté

Conclusion

Dans ce chapitre introductif, nous avons commencé par expliquer la notion d’entreprise
en difficulté économique. Ensuite, nous avons énuméré les différents indicateurs de détection
des difficultés. Puis, nous avons présenté l’évolution législative en matière d’entreprise en
difficulté. Finalement, nous avons explicité le champ d’application des procédures collectives.

Le régime juridique applicable aux entreprises en difficultés économiques sera développé dans
le chapitre suivant.

16 | P a g e
CHAPITRE 2. LES RÈGLES JURIDIQUES RELATIVES AUX
PROCÉDURES COLLECTIVES

Introduction

Dans le chapitre précédent, nous avons explicité le concept d’entreprise en difficulté.


Nous exposerons au niveau de ce chapitre les règles juridiques relatives à la loi n° 2016-36
relative aux procédures collectives. Nous commencerons, par la présentation de la procédure
préventive, qui englobe l’alerte et le règlement amiable. Nous passons, ensuite, à la présentation
de la procédure curative à savoir, le règlement judiciaire. Nous clôturons ce chapitre par la
présentation de la procédure de naufrage qui englobe la faillite et la liquidation judiciaire.

Section 1 : La procédure préventive

Dans cette section, nous allons présenter les deux composantes de la procédure préventive
à savoir la procédure d’alerte et la procédure amiable.

1.1 La procédure d’alerte

La procédure d’alerte consiste à découvrir des indices de difficultés appelés « les signes
précurseurs » et ce afin d’organiser discrètement et rapidement une résistance efficace22. Cette
procédure vise à « tirer la sonnette d’alarme » à chaque fois que l’entreprise passe par des
difficultés23. Néanmoins, il faut que l’entreprise ne soit pas en état de cessation des paiements.

Cette loi a prévu deux types d’alertes : une alerte interne et une autre externe.

1.1.1 L’alerte interne

L’alerte interne peut être faite par le propriétaire de l’entreprise individuelle, son
dirigeant, l’un des associés ou par le commissaire aux comptes.

D’après l’article 419 du code de commerce, le dirigeant ou le chef d’entreprise doit aviser la
commission de suivi des entreprises économiques des indices des difficultés économiques
rencontrées par l’entreprise et qui peuvent, s’ils persistent, conduire à la cessation de paiements.

22
Guyon Yves, « Entreprises en difficultés- Redressement judiciaire- Faillite », édition Economica, Tome II, Paris, 2003, p. 51.
23
Khaled Salma, cours « droit des procédures collectives », faculté de droit et des sciences politiques de Tunis, p 10.

17 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

En outre, le même article ajoute que la notification des difficultés à la commission de suivi doit
être faite par l’associé ou les associés détenant 5 % au moins du capital de la société en difficulté
si elle a la forme d’une société par actions ou une société à responsabilité limitée et par tout
associé, quel que soit le pourcentage de sa participation, pour les autres sociétés.

Quant aux commissaires aux comptes, l’article 420 du code de commerce lui a chargé d’une
mission accessoire à sa mission principale appelée « mission d’alerte ». Cette mission est
développée au niveau de la deuxième partie de ce mémoire.

1.1.2 L’alerte externe

Le législateur a chargé plusieurs organes externes à l’entreprise de la procédure d’alerte.

La commission de suivi des entreprises économiques doit, obligatoirement, aviser le président


du tribunal de toute entreprise dont les pertes ont atteint ⅓ du capital ainsi que toutes situations
ou tous travaux menaçant la continuité d’exploitation, et ce, sur la base d’un rapport motivé. 24

En outre, les services de l’inspection de travail la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, les
services du contrôle fiscal, les services de la comptabilité publique et du recouvrement et les
établissements financiers doivent aviser la commission de suivi des entreprises économiques
de tous actes constatés par eux et qui peut menacer la poursuite de l’activité de toute entreprise
à laquelle le régime de redressement est applicable. 25 Les critères de notification de ces
différents organes sont fixés par le décret gouvernemental du 31 mai 2018 ci-dessus cité.

Par ailleurs, le président du tribunal joue un rôle important dans la procédure de notification. Il
doit convoquer le dirigeant de l’entreprise ou son propriétaire dès la réception de la notification
des signes précurseurs pour lui demander les mesures qu’il envisage prendre et lui fixe à cet
effet un délai qui ne peut excéder dans tous les cas un mois26.

1.2 Le règlement amiable

Le règlement amiable est une procédure préventive qui permet au dirigeant de trouver
des solutions amiables et discrètes, et ce afin d’assurer le redressement des entreprises en
difficulté économique. Cette procédure, est basée essentiellement sur la conclusion d’un accord

24
Art. 418 du code de commerce.
25
Art. 419 du code de commerce.
26
Art. 421 du code de commerce.

18 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

entre l’entreprise en difficulté qui n’est pas en état de cessation de paiement et ses créanciers27.
La réussite de cette procédure dépend essentiellement des sacrifices que ces derniers consentent
au profit de l’entreprise.

1.2.1 Les conditions d’ouverture de la procédure de règlement amiable

Pour pouvoir bénéficier de l’ouverture de la procédure de règlement amiable, l’entreprise


doit remplir certaines conditions de fond et de forme.

1.2.1.1 Les conditions de fond

Pour pouvoir bénéficier de l’ouverture de la procédure de règlement amiable, l’entreprise


en difficulté doit être concernée par le régime des procédures collectives et ne doit pas être en
état de cessation de paiement.

Les critères d’éligibilité au régime de redressement développé au niveau du premier chapitre


de cette partie sont les mêmes pour décider l’ouverture de la procédure de règlement amiable.
Il s’agit du critère du régime d’imposition à savoir le régime réel et du critère de l’activité à
savoir l’activité commerciale, artisanale, agricole ou de pêche exercée par toute société
commerciale par la forme28.

Quant à l’état de cessation de paiement, il survient lorsque le débiteur n’arrive plus à faire face
à son passif exigible avec ses actifs disponibles29. Cet état constitue ainsi un degré de difficultés
grave et sérieuse qui nécessite l’intervention du juge. Par conséquent, cette procédure est
ouverte au profit des entités qui n’ont pas encore atteint ce stade de difficulté. Ils continuent de
ce fait à honorer leurs dettes, mais le font difficilement.

1.2.1.2 Les conditions de forme

Pour pouvoir bénéficier du régime de règlement amiable, l’article 423 du code de


commerce prévoit que le dirigeant de l’entreprise en difficulté doit formuler une demande écrite
au président du tribunal, et ce avec l’adjonction des pièces justificatives indiquées à l’article 417
du code de commerce.

Par ailleurs, le président du tribunal peut ordonner, suite à l’échec de la procédure de


notification, l’ouverture de la procédure de règlement amiable si le débiteur y consent et dans

27
Art. 422 du code de commerce.
28
Art. 416 du code de commerce.
29
Art. 434 du code de commerce.

19 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

cette hypothèse le dirigeant est appelé à présenter tous les documents mentionnés à l’article 417
du code de commerce30.

1.2.2 Le déroulement de la procédure de règlement amiable

S’il s’avère que la demande d’ouverture de la procédure de règlement amiable est fondée,
le président du tribunal de première instance ordonne l’ouverture de la période de négociation
et désigne, de ce fait, un conciliateur.31 Toutefois, le tribunal peut rejeter cette demande s’il
considère que l’entreprise ne répond pas aux conditions de fond et de forme ci-dessus
mentionnés.

1.2.2.1 La désignation du conciliateur

Le conciliateur est un organe important dans la procédure de règlement amiable. Sa


mission a été précitée par la loi, elle consiste selon l’article 425 du code de commerce à
favoriser la conclusion entre le débiteur et ses créanciers, d’un accord amiable destiné à mettre
fin aux difficultés de l’entreprise. Le statut et le rôle du conciliateur sont développés au niveau
de la deuxième partie de ce mémoire.

1.2.2.2 Le régime de la période de négociation

La période de négociation est fixée par l’article 425 du code de commerce. Elle est égale
à trois mois prorogeables d’un mois par décision du président du tribunal. Durant lesquelles, le
conciliateur doit veiller à ce que le débiteur et ses créanciers conviennent à conclure un accord
de règlement à l’amiable.

Pendant cette période, l’entreprise continue à exercer son activité professionnelle comme
auparavant et les créanciers préservent leur droit d’agir individuellement contre elle.

Toutefois, l’article 427 du code de commerce prévoit que le président du tribunal peut ordonner
la suspension des procédures d’exécution qui visent le recouvrement d’une créance antérieure
à l’ouverture de cette procédure, si le paiement aboutissait à la détérioration de la situation de
l’entreprise en difficulté, ou la récupération des biens meubles ou immeubles s’il s’avère qu’ils
sont indispensables à l’activité de l’entreprise. La suspension prend fin de manière automatique
dès la prise de décision concernant la demande de règlement.

30
Art. 421 du code de commerce.
31
Art. 424 du code de commerce.

20 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

Les négociations faites par le conciliateur avec les parties peuvent aboutir soit à l’échec à défaut
de conclusion d’un accord de règlement amiable, soit à la réussite. Dans tous les cas, il doit
adresser un rapport au président du tribunal de première instance32.

1.2.3 L’accord de règlement amiable

L’accord de règlement amiable est conclu à la fin de la procédure de conciliation. La


durée de l’accord est fixée par la loi, elle est égale à 5 ans33.

Cet accord porte généralement sur les modalités de paiement des dettes. Son contenu est
librement déterminé par les parties. Il « peut porter sur l’échelonnement des dettes et leur
remise, sur l’arrêt du cours des intérêts ainsi que sur toute autre mesure »34. Les autres moyens
de redressement peuvent être, par exemple, des sacrifices consentis par les créanciers ou des
engagements présentés par le débiteur.

L’accord de règlement amiable, signé par le débiteur et ses créanciers, doit être homologué par
le juge. Lorsque l’accord est unanime, il donne lieu à une homologation obligatoire.
Néanmoins, lorsqu’il est majoritaire 35 son homologation est facultative36.

Si l’accord est unanime, le président du tribunal doit ordonner la suspension des procédures
d’exécution visant le recouvrement d’une créance antérieure ou la récupération de biens
meubles ou immeubles en raison du non-paiement d’une créance, et ce, jusqu’à la fin de la
période de l’accord.

En cas d’accord majoritaire, les créanciers minoritaires seront soumis au rééchelonnement de


leurs dettes sans excéder la durée de l’accord et, dans tous les cas, les trois ans. Toutefois, les
créances minimes et les créances privilégiées ayant un privilège général ou un super privilège
à l’exception des sommes dues au trésor public pour impôt, taxes et autres droits de toute nature
sont exclues de ce report37.

Tout au long de la période de l’accord, le débiteur doit respecter les engagements qu’il a pris à
sa charge notamment les nouvelles échéances et les modifications à faire dans l’entreprise.
Quant aux créanciers, ils doivent respecter les modes et les échéances de paiement.

32
Art. 425 du code de commerce.
33
Art. 428 du code de commerce.
34
Art. 428 du code de commerce.
35
Acceptation des 2/3 du montant global des dettes
36
Art. 428 du code de commerce.
37
Art. 428 du code de commerce.

21 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

Section 2 : La procédure curative : le règlement judiciaire

Le règlement judiciaire est une procédure collective de redressement ordonnée pour les
entreprises qui se trouvent en état de cessation de paiement. L’objectif primordial de la mise en
place de cette procédure est le sauvetage des entreprises qui sont encore viables, et ce par
l’application d’un plan de redressement.

2.1 Les conditions d’ouverture de la procédure de règlement judiciaire

Le législateur a exigé à travers les articles 434 et 435 du code de commerce des conditions
de fond et de forme pour l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire.

2.1.1 Les conditions de fond

Les critères d’éligibilité au régime de redressement développés au niveau du 1er chapitre


de cette partie sont les mêmes pour décider l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire.
Il s’agit du critère du régime d’imposition, le régime réel et du critère de l’activité à savoir
l’activité commerciale, artisanale, agricole ou de pêche exercée par toute société commerciale
par la forme38.

Outre la qualité du bénéficiaire, le législateur exige, à travers l’article 434 du code de


commerce, que l’entreprise soit dans une situation financière déterminée à savoir la cessation
de paiement. L’alinéa 2 de cet article défini cette notion comme étant l’état de l’entreprise
« Qui se trouve dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec ses liquidités et
actifs réalisables à court terme ». En effet, le passif exigible correspond au passif échu composé
de l’ensemble des dettes certaines et liquides. Les liquidités correspondent aux sommes
d’argent immédiatement disponibles, fonds existant en caisse et en comptes bancaires.
Quant aux actifs réalisables à court terme, ils comprennent les valeurs réalisables en quelques
jours ainsi que les sommes dont le débiteur peut immédiatement disposer tels que l’ouverture
d’une ligne de crédit39.

Toutefois, pour pouvoir bénéficier de l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire, les


difficultés doivent être remédiables. Si les chances de redressements n’existent pas, l’ouverture
de cette procédure n’aura aucun intérêt.

38
Art. 416 du code de commerce.
39
Salgaro Maria, « Droit des entreprises en difficulté », édition Bréal, 2007, P62.

22 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

2.1.2 Les conditions de forme

Le législateur confère le droit de demander au président du tribunal de première instance


l’ouvrir de la procédure de règlement judiciaire au profit de40 :

- L’entrepreneur individuel ;
- Le président directeur général, le directeur général, ou la majorité des membres du
conseil d’administration, lorsque la société est dirigée par un conseil d’administration ;
- Le président du directoire, le directeur général ou encore la majorité des membres de
directoire, si la société anonyme est à directoire ;
- L’associé unique, s’il s’agit d’une société unipersonnelle à responsabilité limitée ;
- Le gérant pour les autres sociétés.
- L’associé ou les associés détenant au moins 5 % du capital de la société s’il s’agit d’une
société par action ou à responsabilité limitée, et tout associé, quelle que soit sa part de
participation s’il s’agit d’une autre société ;
- Les créanciers qui n’ont pas pu recouvrer leurs créances par les voies d’exécution
individuelles.

Par ailleurs, cette procédure peut être ouverte par le tribunal qui se saisit d’office, et ce dans le
cas d’échec de la procédure d’alerte ou celle de règlement amiable.

2.2 Le déroulement de la procédure de règlement judiciaire

S’il s’avère que la demande d’ouverture de la procédure de règlement judiciaire est


fondée, le président du tribunal de première instance ordonne l’ouverture de la période
d’observation et désigne, de ce fait, un juge-commissaire et un administrateur judiciaire 41 .
Toutefois, le tribunal peut rejeter cette demande s’il considère que l’entreprise ne répond pas
aux conditions de fond et de forme ci-dessus mentionnés, ou encore il peut décider sa cession
à un tiers sans passer par une période d’observation s’il s’avère qu’il s’agit de la seule solution
pour son redressement 42.

2.2.1 Le régime de la période d’observation

La période d’observation est fixée par l’article 439 du code de commerce. Elle est égale
à neuf mois, prorogeable une seule fois, pour une durée de trois mois.

40
Article 435 du code de commerce.
41
Article 439 du code de commerce.
42
Article 436 du code de commerce.

23 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

Le juge-commissaire est choisi parmi les juges ayant une compétence dans les affaires
commerciales. Le président du tribunal lui confie le dossier de l’entreprise pour :

- S’informer dès sa nomination auprès de la commission de suivi des entreprises économiques


et toute autre partie sur la situation du débiteur et la possibilité de son redressement 43 ;

- Recevoir toute contestation contre les actes de l’administrateur judiciaire 44 ;

- Proposer le remplacement de l’administrateur judiciaire 45 ;

- Communiquer au président du tribunal un rapport sur tout conflit intervenu pendant la


procédure de règlement judiciaire et toute information qu’il juge importante46 ;

- Rédiger un rapport sur la faisabilité du plan de redressement qu’il soumet au tribunal dans
un délai de 15 jours47.

Quant à l’administrateur judiciaire, son statut et sa mission seront traités au niveau de la


deuxième partie de ce mémoire.

2.2.2 Effets de la période d’observation

Durant la période d’observation, le dirigeant peut voir ses pouvoirs de gestions limités.
En effet, ce dernier peut, tout au long de cette période, être assisté, contrôlé ou remplacé par
l’administrateur judiciaire48. Deuxièmement, afin d’éviter tout risque de fraude ou de déficience
des dirigeants, le même article ajoute que le débiteur ne peut pas procéder au recouvrement des
créances antérieur à l’ouverture de la procédure ou à la cession des actifs immobilisés, sans
l’autorisation du juge. Enfin, les actes de gestion accomplis pendant la période suspecte49, c’est-
à-dire la période qui s’étale entre la date de cessation de paiement et la date d’ouverture du
règlement judiciaire, peuvent être sanctionnés par la nullité s’il s’avère qu’ils privilégient un
créancier par rapport aux autres ou entravent les chances de redressement 50.

Quant aux créanciers, ils doivent vérifier, dans un délai de 30 jours, si ses créances figurent
parmi l’état des dettes de l’entreprise, et ce pour pouvoir participer aux différentes modalités
d’apurement du passif qui résultent du plan de redressement.

43
Article 444 du code de commerce.
44
Article 441 du code de commerce.
45
Article 441 du code de commerce.
46
Article 444 du code de commerce.
47
Article 452 du code de commerce.
48
Article 443 du code de commerce.
49
L’appellation ou l’expression « période suspecte » ne figure pas dans le Code de commerce. Elle demeure utilisée cependant
par les praticiens.
50
Article 446 du code de commerce.

24 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

Toutefois, si à la suite de la vérification, le créancier constate que sa créance n’est pas inscrite,
il doit demander son inscription à l’administrateur judiciaire chargé d’arrêter la liste des
créanciers, et ce dans le même délai51.

En outre, pendant cette période, le tribunal doit ordonner, selon l’article 449 du code de
commerce, la suspension des procédures d’exécutions individuelles visant le recouvrement
d’une créance antérieure à cette période ou visant la récupération de biens meubles ou
immeubles, ainsi que la suspension du cours des intérêts, des délais de déchéance et des
dommages et intérêts moratoires, et ce pour pouvoir préserver les fonds de la société et parvenir
à se décider sur le sort de l’entreprise.

Par ailleurs, d’après l’article 451 du code de commerce, le législateur peut ordonne la
continuation des contrats en cours pendant cette période. Toutefois, le tribunal peut décider de
mettre fin à certains contrats s’ils ne sont pas nécessaires à la continuité de l’activité de
l’entreprise et que leurs ruptures ne provoquent pas des préjudices au cocontractant.

En outre, la loi accorde aux créances nouvelles la priorité pour être payée avant les autres
créances. Cette priorité favorise les créances nées à partir de l’ouverture de la période
d’observation et qui sont en relation directe avec la poursuite de l’activité 52.

2.2.3 Le sort de l’entreprise : Les plans de redressement

Le plan de redressement doit être élaboré par le débiteur pour être par la suite examiné
par l’administrateur judiciaire et le juge- commissaire 53 et homologué par le président du
tribunal54. Ce plan peut-être, un plan de continuation, un plan de cession, ou un plan de location
ou location-gérance.

Le président du tribunal adopte l’un des plans de redressement, ci-dessus cités, s’il est
convaincu des chances de sauvetage et charge des contrôleurs de son exécution55. Toutefois, il
peut ordonner l’ouverture d’une procédure de faillite s’il apparaît que la situation de la société
s’est dégradée56.

51
Art. 445 du code de commerce.
52
Art. 450 du code de commerce.
53
Art. 452 du code de commerce.
54
Art. 453 du code de commerce.
55
Art. 453 du code de commerce.
56
Art. 454 du code de commerce.

25 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

2.2.3.1 Dans le cadre d’un plan de poursuite

Le tribunal décide la poursuite de l’activité de l’entreprise, s’il est convaincu de


l’existence de chances que « l’entreprise a des possibilités sérieuses de poursuivre son activité
avec le maintien, en tout ou en partie, de l’emploi, et le paiement de ses dettes »57. En outre, le
tribunal ne peut homologuer ce plan qu’avec l’accord des créanciers détenant au moins 50 %
du montant global des dettes58.

Le redressement de l’entreprise dans le cadre de l’exécution de ce plan, peut être assuré par
plusieurs mesures :

 La modification de l’actif par la cession de certains biens ou de branches d’activités59 ;


 La modification du passif par le rééchelonnement et la remise des dettes60 ;
 Augmentation de capital avec possibilité de capitalisation des créances 61.

Cependant, bien que la cession de certains biens puisse constituer une source de financement
de l’entreprise, le débiteur ne peut procéder, selon l’article 455 du code de commerce, à la
cession ou l’hypothèque des actifs immobilisés inscrits au bilan de l’entreprise, sans
l’autorisation du tribunal. En outre, d’après l’article 456 du code de commerce, le plan de
poursuite ne peut prévoir le report des délais de paiement au-delà de sept ans, sauf accord des
créanciers. Cet article ajoute que certaines créances sont exclues de ce report en raison de leurs
natures. Il s’agit des dettes privilégiées et des dettes minimes.

2.2.3.2 Dans le cadre d’un plan de cession

Le président du tribunal ne peut homologuer le plan de cession que si le redressement


de l’entreprise par un plan de poursuite s’avère impossible 62. En outre, si le président du tribunal
est convaincu que la cession de l’entreprise à un tiers est l’unique solution de redressement, il
peut choisir ce plan sans passer par une période d’observation63.

D’après l’article 464 du code de commerce, dès que le cessionnaire exécute tous ses
engagements et paye l’intégralité du prix, il acquiert la propriété de l’entreprise. L’entité cédée
sera assainie de toutes ses dettes, y compris celles qui sont privilégiées, et les créanciers sociaux

57
Art. 455 du code de commerce.
58
Art. 456 du code de commerce.
59
Art. 455 du code de commerce.
60
Art. 456 du code de commerce.
61
Art. 457 du code de commerce.
62
Art. 461 du code de commerce.
63
Art. 463 du code de commerce.

26 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

n’auront aucun droit contre l’acheteur. Par contre, ils peuvent exercer leurs droits sur le prix de
cession.

En outre, la poursuite de l’activité de l’entreprise cédée ne pourrait être envisagée que si


certaines de ses anciennes relations contractuelles sont maintenues. C’est pour cette raison que
le code de commerce a prévu dans son article 461 des conditions de cession des contrats en
cours. Il faut que sa continuation ait été voulue par le cessionnaire, et qu’il soit nécessaire à
l’activité de l’entreprise.

La procédure à suivre pour ce plan doit être conforme à la procédure énumérée à l’article 460
du code de commerce, et ce par l’élaboration d’un cahier des charges par l’administrateur
judiciaire et la publication de l’appel d’offres.

2.2.3.3 Dans le cadre d’un plan de location ou location-gérance

La location ou la location-gérance peut être liée à la cession de l’entreprise. D’après


l’article 469 du code de commerce, si la location ou la location-gérance est liée à la cession de
l’entreprise, la durée de la location ne peut dépasser deux ans. Cet article ajoute que le locataire
doit acquérir l’entreprise, dans le mois qui suit l’expiration de la période de location.
À défaut, le tribunal décide de nouveau la cession de l’entreprise à un tiers, sa location ou sa
location-gérance ou sa faillite. Cependant, selon l’article 468, si la location ou la location-
gérance n’est pas liée à la transmission de l’entreprise, la durée de la location ne peut excéder
sept ans. À l’expiration de ce délai, le locataire doit restituer l’entreprise à son propriétaire. La
procédure à suivre pour réaliser ce plan, doit être conforme aussi à l’article 460 du code de
commerce.

Section 3 : La procédure de naufrage : la faillite et la liquidation judiciaire

À défaut de possibilité de redressement de l’entreprise en difficulté, le président du


tribunal prononce sa mise en faillite et procède à sa liquidation64.

3.1 La faillite

3.1.1 Les conditions générales de la faillite

Le déclenchement de la procédure de faillite nécessite la réunion de certaines conditions


tant de forme que de fond, lesquelles conditions une fois réunies nécessitent l’intervention du
juge pour déclarer ouverte la procédure.

64
Art. 577 du code de commerce

27 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

3.1.1.1 Les conditions de fond

Les conditions de fond se divisent en deux catégories, certaines sont relatives à


l’entreprise concernée par la procédure d’autres sont relative à sa situation. En effet, les
entreprises concernées par la faillite sont celles qui entrent dans le champ d’application du
régime de redressement 65. Quant à la situation de l’entreprise, elle doit être en état de cessation
de paiement et en situation désespérée66. Elle est de ce fait dans l’impossibilité de redresser sa
situation par ses propres ressources tant humaines que financières.

En outre, le législateur à la possibilité de prononcer la mise en faillite directe de l’entreprise


sans passer par la procédure de règlement judiciaire et ce67 :

- Dans les cas urgents, tels que celui où le débiteur aurait fermé ses magasins et pris la
fuite, l’entreprise aurait été dissoute ou le débiteur aurait fait disparaître une partie
importante de son actif ou de ses avoirs financiers68 ;
- Lorsque la société est entrée en liquidation et que les conditions de la faillite sont
réunies ;
- Si l’entreprise a cessé son activité depuis au moins un an ;
- Lorsque les pertes atteignent la totalité des fonds propres ou s’ils dépassent trois quarts
de ces derniers sur trois années successives, sauf si le juge révèle qu’il existe des chances
sérieuses pour son redressement.
- Si le débiteur a cessé son activité et qu’il ne dispose pas de biens suffisants pour couvrir
les frais de justice.

3.1.1.2 Condition de forme

L’article 477 du code de commerce prévoit que le tribunal peut être saisi par le débiteur
lui-même, et ce lorsque l’entreprise est en état de cessation de paiement et dans une situation
irrémédiable. Ce dernier doit faire une déclaration au greffier du tribunal dans un délai d’un
mois qui suit la cessation de paiement. À défaut de déclaration, il encourt les peines prévues
par l’article 595 du code de commerce 69 . La juridiction peut également être saisie par les
créanciers de la société ou encore le ministère public. En outre, le tribunal peut se saisir
d’office, et ce dans les cas prévus à l’article 476 ci-dessus énuméré.

65
Les critères d’éligibilité au régime de redressement ont été développés dans le premier chapitre de cette première
partie : champ d’application des procédures collectives.
66 Article 475 du code de commerce.
67
Article 476 du code de commerce
68
Art. 482 du code de commerce.
69
Une peine d’emprisonnement de 6 mois et une amende de 5000 dinars.

28 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

Pour que les effets de la faillite puissent se produire, il faut qu’un jugement déclaratif de
faillite soit prononcé par le tribunal territorialement compétent. D’après l’article 414 du code
de commerce, la compétence territoriale appartient au tribunal de première instance dans lequel
se trouve le siège principal de l’entreprise.

Ce jugement doit comporter la désignation des organes de la faillite, à savoir le juge-


commissaire et le ou les syndics de faillite, et détermine l’époque à laquelle la cessation de
paiement a eu lieu70.

3.1.2 Le déroulement de la procédure de faillite

3.1.2.1 Les organes de la faillite

Les acteurs majeurs de cette procédure sont :


- Le tribunal : Le juge intervient à plusieurs reprises dans cette procédure, il prend
les décisions les plus importantes (rends un jugement d’ouverture et de clôture de la
procédure et désigne les autres organes, par exemple).
- Le juge-commissaire : Le tribunal désigne, obligatoirement dans le jugement
d’ouverture, un juge-commissaire chargé de veiller au bon déroulement de la
procédure71.
- Le syndic de la faillite : Le tribunal désigne, également dans le jugement
d’ouverture, un ou plusieurs syndics de faillite avec un maximum de trois 72 . La
lecture combinée des articles 486 et 488 du code de commerce permet de conclure
que le syndic est à la fois le représentant du débiteur et des créanciers. Il exerce
pendant toute la durée de la procédure les droits et actions sur le patrimoine du
débiteur dessaisi, ainsi que l’administration et la disposition de ses biens.
- Les contrôleurs : Sont nommés par le juge-commissaire. La mission de ces
contrôleurs est essentiellement une mission d’assistance et ils n’ont qu’un rôle
consultatif lors de certaines opérations 73.

70
Art. 484 du code de commerce.
71
Art. 499 du code de commerce.
72
Art. 501 du code de commerce.
73
Art. 507 du code de commerce.

29 | P a g e
Chapitre 2 : Les règles juridiques relatives aux procédures collectives

3.1.2.2 Les opérations de la procédure de faillite

À partir de la date du jugement déclaratif de faillite, la tâche d’administration et de gestion


des biens du failli incombe au syndic74. Ce dernier est appelé à réaliser et liquider les biens qui
le composent et à procéder au règlement des créanciers75.

Les différentes missions du syndic seront développées au niveau de la deuxième partie de ce


mémoire.

Finalement, l’entreprise est dissoute. Son activité s’éteint, sauf à ce qu’elle ait été reprise par le
biais d’une cession76. Toutefois, l’absence de passif exigible ou encore l’insuffisance de l’actif
peut motiver la clôture de cette procédure avant son achèvement 77.

Conclusion

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons expliqué les différentes procédures applicables
aux entreprises en difficultés économiques, à savoir la procédure d’alerte, de règlement
amiable, de règlement judiciaire et de faillite.

74
Art. 486 du code de commerce.
75
Art. 525 du code de commerce.
76
Art. 546 du code de commerce.
77
Art. 550 du code de commerce.

30 | P a g e
Conclusion de la première partie

La Tunisie dispose aujourd’hui d’une « boîte à outils » remarquable dans le domaine du


droit des entreprises en difficulté 78 : La procédure de notification des signes précurseurs, de
règlement amiable, de règlement judiciaire et de liquidation judiciaire. La loi n° 2016-36 du 29
avril 2016 relative aux procédures collectives a prévu ainsi un dispositif pour chaque niveau de
difficulté avec un objectif principale, le sauvetage des entreprises qui sont encore viables.

Dans le cadre de cette partie introductive, nous avons présenté le concept d’entreprise en
difficulté économique ainsi que son régime juridique applicable en Tunisie.

Le positionnement du sujet dans son contexte nous servira à nous orienter dans notre étude
bibliographique au rôle de l’expert-comptable dans le cadre des procédures appliquées à ces
entreprises, chose à laquelle nous nous intéressons dans la partie suivante.

78
Ordre des experts-comptables français, « Guide de l’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, P55.

31 | P a g e
PARTIE 2 : LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE
DANS LE CADRE DES PROCÉDURES APPLIQUÉES
AUX ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ
Introduction de la deuxième partie

En étudiant les dispositions de la loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives, nous
remarquons que les hypothèses d’intervention de l’expert-comptable dans une entreprise en
difficulté sont nombreuses. Le recours du juge à ce professionnel comptable peut être expliqué
par sa formation pluridisciplinaire et ses compétences multiples.

Dans le cadre de la partie précédente, nous avons présenté le concept et le cadre juridique des
entreprises en difficultés économiques.

Nous nous intéressons au niveau de cette partie au rôle de l’expert-comptable dans le cadre des
procédures appliquées aux entreprises en difficulté. Nous commencerons, au niveau du premier
chapitre, à présenter le rôle préventif de ce professionnel comptable. Ensuite, nous
expliquerons, dans le deuxième chapitre, son rôle curatif et de naufrage.

33 | P a g e
CHAPITRE 1. LE RÔLE PRÉVENTIF DE L’EXPERT-
COMPTABLE

Introduction

Ce chapitre est consacré à la présentation du rôle préventif de l’expert-comptable dans


une entreprise en difficulté économique. Nous commencerons, par présenter le rôle de ce
professionnel comptable dans la procédure de notification des signes précurseurs. Puis, nous
expliquerons son rôle dans la procédure de règlement amiable.

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure d’alerte

Le commissaire aux comptes en tant qu’organe de contrôle de la régularité et de la


sincérité des états financiers est le mieux placer pour détecter les signes précurseurs de
difficultés économiques de l’entreprise auditée. À cet effet, les dispositions de l’article 420 du
code de commerce attribuent au commissaire aux comptes une mission d’alerte qui consiste à
notifier les signes précurseurs de difficultés économiques, à l’occasion de sa mission de
contrôle, selon une démarche.

1.1 Le domaine de la mission d’alerte du commissaire aux comptes

L’article 420 du code de commerce lie le déclenchement de la procédure d’alerte à


l’existence d’un commissaire aux comptes. Cependant, la nomination de ce dernier n’est pas
obligatoire pour toute entreprise. En effet, l’article 13 du code des sociétés commerciales stipule
que les sociétés autres que les sociétés par actions, à savoir les sociétés à responsabilité limitée
et les sociétés de personnes, ne sont pas toujours obligées de nommer un commissaire aux
comptes. Cette obligation est en effet subordonnée, selon le décret n° 2006-1546 du 2 juin
200679, au dépassement, au titre du deuxième exercice comptable de leur activité ou des deux
derniers exercices comptables du mandat du commissaire aux comptes, de deux des limites
chiffrées suivantes :
- Nombre moyen des employés : 10 employés ;
- Total bilan : cent mille dinars ;

79
Décret n° 2006-1546 du 6 Juin 2006, portant application des dispositions des articles 13, 13 bis, 13 ter, 13 quater et 256 bis
du code des sociétés commerciales.

34 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

- Total des produits hors taxes : trois cent mille dinars ;

L’article 13 du code des sociétés commerciales ajoute que ces sociétés seront dispensées de la
désignation de ce professionnel même pour le premier exercice comptable de leur activité.
Toutefois, les articles 123 et 124 du code des sociétés commerciales stipulent que, pour les
sociétés à responsabilité limitée, la nomination d’un commissaire aux comptes peut être
demandée par les associées à l’assemblée générale ordinaire ou au tribunal ou prévue par une
clause statutaire. Dans ce dernier cas, la nomination devient obligatoire.

En outre, la lecture de l’article 420 du code de commerce montre que le déroulement de la


procédure d’alerte faite par le commissaire aux comptes colle parfaitement aux structures
d’administration des sociétés par actions seulement. En effet, la notification du Conseil
d’administration ou du Conseil de surveillance ou l’alerte de l’assemblée générale ordinaire ne
peut s’appliquer qu’à ce type de sociétés. De ce fait, cet article met le commissaire aux comptes
dans l’embarras de concevoir lui-même le déroulement de cette procédure dans une société
autre qu’une société par action.

La conclusion que nous pouvons tirer de cette brève analyse est que le champ d’intervention du
commissaire aux comptes est très limité. C’est pourquoi le législateur a prévu d’autres organes
chargés de la notification qui, en raison de leurs rapports avec la société, peuvent connaître sa
situation financière de très près et se rendre compte de ses difficultés.

1.2 Déroulement de la procédure d’alerte

Une lecture approfondie de l’article 420 du code de commerce permet de conclure que la
procédure d’alerte du commissaire aux comptes se déroule d’une manière évolutive.

1.2.1 Demande des éclaircissements

Dans un premier temps, le commissaire aux comptes doit « demander par écrit au
dirigeant des éclaircissements relatifs à tous actes ou données menaçant l’activité de
l’entreprise »80. Le dirigeant doit, de ce fait, donner des explications nécessaires et proposer des
solutions appropriées, et ce, dans un délai de huit jours à compter de la date de la réception de
cette demande81.

80
Article 420 du code de commerce.
81
Article 420 du code de commerce.

35 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

Si le commissaire aux comptes reçoit une réponse satisfaisante, la procédure d’alerte reste
confidentielle et prend fin à ce niveau. Cependant, si la réponse lui parait non convaincante ou
en cas de défaut de réponse, il doit passer à la deuxième étape.

Cette première phase de la mission d’alerte a été fortement critiquée pour sa prise en
considération d’une formule générale, données ou actes menaçant la continuité
d’exploitation, à la présentation d’une liste précise de signes précurseurs de difficulté
économique. Il y a lieu de préciser à cet égard que si l’alerte est trop tardive, elle risque de ne
pas pouvoir redresser la situation de l’entreprise et le commissaire aux comptes peut engager
de ce fait sa responsabilité. En effet, le défaut d’alerte est sanctionné pénalement par
l’article 594 du code de commerce. Par contre si elle est précoce, elle risque d’aggraver les
difficultés de l’entreprise en inquiétant les bailleurs de fonds notamment les banques 82.

L’appréciation des indicateurs de la continuité d’exploitation fera intervenir des facteurs


subjectifs comme des facteurs objectifs. À cet égard, l’auditeur légal peut faire un questionnaire
des entreprises en difficulté 83 destiné aux dirigeants de la société et se référer aux indicateurs
réglementaires de détection des signes précurseurs et aux normes professionnelles notamment
la norme ISA 570, et ce, afin de pouvoir détecter et évaluer les facteurs pouvant affecter la
continuité d’exploitation. Ces indicateurs sont développés au niveau de la première partie de ce
mémoire. L’évaluation de la date de déclenchement de la procédure d’alerte repose ainsi en
toute hypothèse sur le jugement professionnel de l’auditeur légal.

Cette appréciation de la continuité d’exploitation est une diligence fondamentale à accomplir


par le commissaire aux comptes. Toutefois, ce dernier n’est pas tenu de rechercher tous les
faits qui sont de nature à mettre en cause la continuité d’exploitation, il doit seulement prendre
en considération lors de l’exercice de sa mission le risque que l’hypothèse de continuité
d’exploitation ne soit plus fondée.

La norme ISA 570 relative à la continuité de l’exploitation fournit des directives sur la
responsabilité de l’auditeur, dans le cadre d’un audit des états financiers, en ce qui
concerne l’application par la direction de l’hypothèse de continuité d’exploitation lors de
l’établissement des états financiers et son évaluation de la capacité de l’entité à poursuivre son
exploitation 84 et met à sa charge des procédures d’audit complémentaires lorsque des

82
Jaoua Fadhel, cours CES révision comptable, « commissariat aux comptes en Tunisie », p 108
83
Jaoua Fadhel, cours CES révision comptable, « commissariat aux comptes en Tunisie », p 108.
84
Parg. 12 de la norme d’audit ISA 570.

36 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

événements ou des conditions relatives à la continuité d’exploitation sont relevés.


Il y a lieu de préciser que l’appréciation des indicateurs de continuité d’exploitation aurait aussi
des conséquences sur l’expression de l’opinion de l’auditeur sur les états financiers 85.

1.2.2 Le recours au conseil d’administration ou au conseil de surveillance

À défaut de réponse ou en cas de réponse non convaincante, le commissaire aux comptes


« soumet la question au conseil d’administration de l’entreprise ou au conseil de
surveillance »86, et ce, dans un délai ne dépassant pas un mois de la date de réception de la
réponse ou de l’expiration du délai de réponse à condition qu’il ne juge pas l’urgence de
l’intervention.

Toutefois « en cas d’urgence, il convoque l’assemblée générale des actionnaires »87, et ce dans
le même délai. À défaut de précision des critères d’urgence par le législateur, le commissaire
aux comptes reste le seul chargé d’apprécier l’existence de situation alarmante pour décider la
convocation ou non de l’assemblée générale ordinaire. Cette appréciation repose aussi sur le
jugement professionnel de l’auditeur légal.

1.2.3 Le recours au président du tribunal

Créant une relation directe entre le commissaire aux comptes et l’autorité judiciaire,
l’article 420 du code de commerce lui donne le pouvoir de s’adresser au président du tribunal
lorsque les menaces persistent, et ce dans un délai d’un mois à compter de l’accomplissement
des mesures ci-dessus citées. Une copie du rapport doit être transmise à la commission de suivi
des entreprises économiques88.

1.3 Responsabilité du commissaire aux comptes

Le commissaire aux comptes engage sa responsabilité civile et pénale en cas de


défaillance à son devoir d’alerte.

Concernant la responsabilité pénale, la loi de 2016 a prévu des sanctions spécifiques applicables
au commissaire aux comptes en tant qu’organe d’alerte. L’article 594 du code de commerce
prévoit que le commissaire aux comptes qui ne déclenche pas cette procédure, malgré sa

85
Parg. 18-21 de la norme ISA 570.
86
Art. 420 alinéas 1 du code de commerce.
87
Art. 420 al. 1 du code de commerce
88
Art 420 al. 2 du code de commerce.

37 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

connaissance des difficultés de l’entreprise, est sanctionné pénalement par la même sanction
que subit le dirigeant de l’entreprise ou son propriétaire qui ne procèdent pas à l’alerte.
Toutefois, la sanction est uniquement pécuniaire pour le commissaire aux comptes, elle consiste
en une amende variant entre mille et dix mille dinars.

Quant à la responsabilité civile, elle ne peut être engagée que si le plaignant prouve qu’il y a
une faute, un dommage et un lien de causalité entre la faute et le dommage. A priori, cette
responsabilité peut être engagée puisqu’en vertu des dispositions de l’article 83 du code des
obligations et des contrats « la faute consiste, soit à omettre ce qu’on était tenu de faire, soit à
faire ce dont on était tenu de s’abstenir, sans intention de causer un dommage ».
En outre, l’article 272 du code des sociétés commerciales ajoute que le commissaire aux
comptes est responsable des dommages causés par lui. Par conséquent, ce dernier peut engager
sa responsabilité civile.

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement


amiable

Rappelons que la procédure de règlement amiable est réservée aux entreprises qui n’ont
pas atteint le stade de cessation de paiement. Si l’entreprise est jugée admissible pour bénéficier
de ce régime, le président du tribunal de première instance ordonne l’ouverture de la procédure
et désigne, de ce fait, un conciliateur.

2.1 Diagnostic de la situation économique du débiteur

Avant la promulgation de la loi n° 2016-36, et selon l’ancienne loi n° 1995-34 relative au


redressement des entreprises en difficulté économique, le président du tribunal pouvait charger,
durant la procédure de règlement amiable, un expert spécialisé en diagnostic de la situation des
entreprises89. Ce dernier doit être un expert judiciaire.

De ce fait, le président du tribunal, informé de la situation de l’entreprise, décide l’ouverture de


la procédure de règlement amiable et nomme un conciliateur.

Cependant, malgré l’importance de l’avis de l’expert en diagnostic qui constitue une pierre
angulaire de la procédure, le législateur, avec la nouvelle réforme du code de commerce

89
Article 10 de la loi n° 2003-79 du 29 décembre 2003, modifiant et complétant la loi n° 95-34 du 17 avril 1995, relative au
redressement des entreprises en difficulté économique.

38 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

n’a fait aucune indication sur la possibilité de nommer un expert en diagnostic chargé de
l’évaluation de la situation de l’entreprise. En effet, l’article 426 du code de commerce prévoit
que le président du tribunal peut demander des informations sur la situation de l’entreprise
auprès de la commission de suivi des entreprises économiques ainsi qu’auprès de toute
administration ou tout établissement financier. Il peut demander également à la commission de
suivi de procéder au diagnostic et à l’étude du dossier de l’entreprise en question, et ce, dans
un délai ne dépassant pas un mois à compter de la date de sa saisine. Toutes ces informations
seront par la suite transmises par le juge au conciliateur.

Par ailleurs, il convient de préciser que la demande d’expertise peut être sollicitée par le
dirigeant qui prépare la demande d’ouverture de la procédure de règlement amiable ou même
par les organismes prêteurs qui les intéressent de connaître, par leurs propres moyens, la
situation réelle de l’entreprise.

2.2 La conciliation dans le règlement amiable

La conciliation est une procédure de prévention en ce sens qu’elle a pour objectif de


préparer avec le débiteur un plan qui stimule les chances de surmonter les difficultés
économiques, et ce, avec l’accord des créanciers.

2.2.1 Le statut du conciliateur

La nomination du conciliateur se fait automatiquement par le juge dès la prise de la


décision d’ouverture de la procédure, sans qu’aucune requête soit présentée par l’entreprise
débitrice90, et ce, contrairement au droit français qui exige qu’une demande soit présentée par
le dirigeant au greffe du tribunal91.

Selon l’article 424 du code de commerce, le conciliateur doit être choisi parmi les personnes se
trouvant sur une liste qui doit être établie par le ministre de la Justice. L’article 13 de la loi de
n° 2016-36 relative aux procédures collectives ajoute que le juge peut choisir ce professionnel
parmi les personnes proposées par le propriétaire de l’entreprise ou par le dirigeant de la société
parmi les avocats à la cassation, ou toute personne qu’il juge capable d’effectuer cette mission
et qui remplit les conditions de compétence, neutralité, objectivité et expérience dans le
domaine des entreprises.

90
Article 424 du code de commerce.
91
L.234-4 du code de commerce français.

39 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

Alors, se pose la question de la possibilité d’accomplissement de cette mission par


l’expert-comptable ? 92 Ce professionnel, doté d’une compétence pluridisciplinaire, pourra
contribuer à rapprocher les deux parties afin de conclure au terme de la mission un accord de
règlement amiable. De ce fait, on peut dire que l’expert-comptable peut être désigné comme
étant un conciliateur.

2.2.2 La mission du conciliateur

La mission du conciliateur a été précisée par la loi, elle consiste à favoriser la conclusion
entre le débiteur et ses principaux créanciers d’un accord amiable destiné à mettre fin aux
difficultés de l’entreprise, et ce dans un délai de trois mois prorogeables d’un mois par décision
du juge93.

Toutefois, le conciliateur lui appartient uniquement de conseiller les parties et rapprocher leurs
points de vue. Il est perçu de ce fait comme étant un simple « négociateur’94 par le fait qu’il ne
peut pas présenter aux parties des propositions se rapportant à la sauvegarde de l’entreprise
et ce à la différence au droit français, qui a confié au conciliateur un rôle plus actif dans le
déroulement de cette procédure. En effet, l’article L 611-7 du code de commerce prévoit que le
conciliateur n’a pas seulement pour mission de favoriser la conclusion d’un tel accord, il peut
aussi présenter toute proposition qu’il juge nécessaire et appropriée pour atteindre les objectifs
du redressement à savoir le sauvetage de l’entreprise, la poursuite de l’activité et le maintien
des emplois.

En outre, et afin de favoriser l’accomplissement de la mission du conciliateur, l’article 425 du


code de commerce a permis à ce dernier la possibilité de demander des informations sur la
situation de l’entreprise auprès de tout établissement public ou financier, administration ou
auprès de la commission de suivi des entreprises économiques.

Par ailleurs, l’article ci-dessus cité, prévoit que le conciliateur doit adresser au président du
tribunal un rapport chaque mois et chaque fois qu’il juge nécessaire sur l’état d’avancement de
sa mission et formule toute observation utile. Cet article ajoute que le président du tribunal doit
fixer le montant de ses honoraires qui seront à la charge du débiteur.

92
Elloumi Yadh, mémoire en vue de l’obtention du diplôme d’expert-comptable, « Le rôle de l’expert-comptable dans le
redressement des entreprises en difficulté économique », 1998, P51.
93
Art. 425 du code de commerce.
94
Amara dora, cours « droit des procédures collectives », école supérieure de commerce de Sfax, 2018, p28.

40 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

2.2.3 La cessation des fonctions du conciliateur

Plusieurs situations peuvent provoquer la cessation des fonctions du conciliateur.


Premièrement, la mission de conciliation peut prendre fin avant l’arrivée du terme.
En effet, le débiteur peut demander au tribunal le remplacement du conciliateur. Mais, pour
pouvoir bénéficier de ce droit, le débiteur doit se baser sur une cause sérieuse dans la
formulation de sa demande, et il doit la présenter dans un délai de huit jours à compter de la
date de la désignation du conciliateur95.

Deuxièmement, si la procédure de conciliation aboutit à la signature d’un accord amiable entre


le débiteur et ses créanciers. La mission du conciliateur pend fin.

Enfin, lorsque le conciliateur n’arrive pas à trouver un terrain d’entente entre le débiteur et ses
créanciers dans les délais requis, ou lorsque l’entreprise se trouve en état de cessation de
paiement, le conciliateur, en vertu des dispositions de l’article 432 du code de
Commerce, informe immédiatement le tribunal qui met fin à sa mission ainsi qu’à la procédure
de règlement amiable et ordonne l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire si toutes
ses conditions sont réunies.

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur

La loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives a prévu un dispositif pour chaque
niveau de difficulté des entreprises. Toutefois, les dirigeants des entreprises en difficulté ne
souffrent pas uniquement d’un déficit de compétitivité, mais aussi d’un manque
d’accompagnement 96 et c’est pour cette raison et bien d’autres que les cabinets d’expertise
comptable s’orientent aujourd’hui vers le développement des missions de conseils, et ce en
accompagnant les dirigeants pour mettre fin aux difficultés.

Lors de l’exécution de cette mission, l’expert-comptable peut intervenir à n’importe quelle


phase de la procédure collective. Durant la phase préventive, ce professionnel comptable peut
proposer à son client plusieurs mesures parmi lesquelles on peut citer :

 Mise en place d’un tableau de bord de gestion ;

95
Art. 424 du code de commerce.
96
Charles-René Tandé, Président du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, 72e Congrès de l’Ordre des experts-
comptables français.

41 | P a g e
Chapitre 1 : Le rôle préventif de l’expert-comptable

 Mise en place des systèmes d’information et des ERP97


 Renforcement des systèmes de contrôle interne.

Ces différentes alternatives seront développées au niveau de la troisième partie de ce mémoire.

En outre, l’expert-comptable, après avoir réalisé une évaluation complète de l’entreprise, peut
orienter son client vers les solutions auxquelles elles peuvent prétendre en fonction de sa
situation.

Toutefois, contrairement aux commissaires aux comptes, l’expert-comptable durant cette


mission ne peut pas déclencher la procédure d’alerte : il n’a qu’un devoir de conseil auprès de
son client.

Si la situation de l’entreprise nécessite d’engager des négociations avec les créanciers, l’expert-
comptable peut proposer au dirigeant de demander au président du tribunal l’ouverture d’une
procédure de règlement amiable et il peut de ce fait assister le dirigeant dans la formalisation
de la demande98.

Conclusion

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons présenté d’une manière détaillée le rôle
préventif de l’expert-comptable dans les entreprises en difficulté économique.

Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage sera développé dans le


chapitre suivant.

97
Entreprise ressource planning, il s’agit d’un progiciel de gestion intégré
98
Ordre des experts-comptables français, « Guide de l’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p 181.

42 | P a g e
CHAPITRE 2. LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE DANS
LA PROCÉDURE CURATIVE ET DE NAUFRAGE

Introduction

Ce chapitre a comme but de présenter le rôle de l’expert-comptable dans la procédure


curative et de naufrage. Pour cela, nous commençons dans un premier temps de présenter le
rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement judiciaire et de situer, dans un second
temps, son rôle dans la procédure de liquidation judiciaire. Enfin, nous présenterons son rôle
en tant qu’accompagnateurs.

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement


judiciaire

Rappelons que la procédure de règlement judiciaire est une procédure collective de


redressement ordonnée pour les entreprises qui se trouvent en état de cessation de paiement.
S’il s’avère que la demande d’ouverture du règlement judiciaire est fondée, le président du
tribunal de première instance ordonne l’ouverture de la période d’observation et désigne, de ce
fait, un administrateur judiciaire.

1.1 Statut de l’administrateur judiciaire

L’administrateur judiciaire est régi par a loi du 11/11/1997 relative aux liquidateurs,
mandataires de justices, syndics de la faillite, et administrateurs judiciaires. L’article 3 de cette
Loi prévoit que, pour pouvoir exercer ses fonctions, l’administrateur judiciaire doit être inscrit
sur une liste arrêtée par le ministre de la Justice. Cette liste doit comporter leurs noms, prénoms,
spécialités ainsi que leurs domiciles élus.

Pour être inscrit sur cette liste, l’article 4 cette loi exige que le candidat :

- Ait la nationalité tunisienne ;


- Dispose des aptitudes physiques et mentales ;
- Jouir de ses droits civils et politiques ;
- N’avoir été ni déclaré en faillite ni poursuivi préalablement pour un délit
intentionnel ;

43 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

- Dois avoir accompli le 1 er cycle supérieur en matière de sciences juridiques ou


économiques ou hautes études commerciales ;
- Avoir une expérience effective dans le domaine de gestion de dix ans au moins.

En outre, l’administrateur judiciaire désigné ne doit avoir aucun lien d’intérêt financier
économique ou familial avec le débiteur. En effet, il est interdit que l’administrateur judiciaire
soit un conjoint, un ascendant ou descendant du débiteur, l’un des créanciers de la société, le
commissaire aux comptes, un salarié ayant été employé pendant les 5 dernières années qui
précède l’ouverture de la procédure de règlement judiciaire, ou toute personne ayant un rapport
avec le gérant, le président-directeur général, le directeur général, membre du conseil
d’administration ou du directoire, membre du conseil de surveillance ou associé 99 . Cette
disposition cherche à garantir un minimum de neutralité et d’indépendance de ce professionnel.

Par conséquent, puisque l’expert-comptable remplit les conditions de compétence, objectivité


et neutralité, il a la possibilité, s’il remplit les autres conditions ci-dessus mentionnées, d’être
inscrit sur cette liste et exercer ainsi les fonctions de l’administrateur judiciaire.

1.2 Mission de l’administrateur judiciaire

Durant la période d’observation, les principales missions de l’administrateur judiciaire


consistent à contrôler, assister ou remplacer le débiteur dans la gestion de l’entreprise et à
étudier le plan de redressement proposé par le débiteur.

La première forme d’intervention de l’administrateur judiciaire consiste à contrôler les actes de


gestion. Le débiteur continue à gérer l’entreprise avec toute la liberté qui lui a été accordée.
Quant à l’administrateur judiciaire, il exerce ses fonctions à titre de contrôle à postériori sur les
actes de gestion du débiteur. Toutefois, lorsque ce dernier constate l’inopportunité de certains
actes, il n’a pas le droit d’empêcher le dirigeant et il doit soumettre la question au juge-
commissaire100.

La deuxième forme d’intervention de ce professionnel consiste à assister le débiteur. Cette


intervention suppose que ce dernier n’est pas considéré comme étant incompétent ou
malhonnête. Il va donc continuer à gérer l’entreprise tout en étant assisté par l’administrateur
judiciaire afin d’accomplir les actes de gestion qui doivent être déterminés par le président du

99
Art. 440 du code de commerce.
100
Art. 443 du code de commerce.

44 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

tribunal. La validité de ces actes dépend de la co-signature de l’administrateur judiciaire et du


débiteur101.

La dernière forme d’intervention de l’administrateur judiciaire consiste à la direction partielle


ou totale de l’entreprise. En effet, le président du tribunal peut, de manière exceptionnelle
dessaisir le débiteur de ses fonctions et charger l’administrateur judiciaire de prendre la
direction partielle ou totale de l’entreprise, et ce lorsque le président du tribunal est convaincu
que les difficultés de l’entreprise dépendent en large partie de la mauvaise gestion du
débiteur.102

En outre, l’administrateur judiciaire, pendant cette période, doit étudier le plan de redressement
proposé par le débiteur. En effet, l’administrateur judiciaire n’est plus chargé d’élaborer le plan
de redressement comme ça a été prévu au niveau de l’ancienne loi103. Avec la nouvelle réforme
du code de commerce introduite par la loi du 29 avril 2016, l’élaboration de ce plan de sauvetage
doit être faite par le débiteur 104. L’administrateur judiciaire intervient conséquemment, selon
l’article 452 du code de commerce, pour examiner le plan, le modifier en cas de besoin, le
finaliser et l’apprécier, et ce, à l’aide des informations dont il dispose soit de l’entreprise ou des
tiers. Il peut également demander l’avis de la commission de suivi sur ce plan.

Enfin, outre les missions susmentionnées, l’administrateur judiciaire est tenu de dresser une
liste des biens de l’entreprise105 ainsi qu’une liste des créanciers106 et il doit, dans les deux mois
qui suivent sa désignation, établir un rapport à l’attention du président de tribunal dans lequel
il présente une étude sur la situation économique, financière et sociale de l’entreprise 107.

1.3 Obligations de l’administrateur judiciaire

En vertu des dispositions de l’article 29 de la loi du 11/11/1997 relative aux liquidateurs,


mandataires de justices, syndics de la faillite, et administrateurs judiciaires, lors de l’exercice
de ses fonctions, la première des obligations à laquelle l’administrateur judiciaire est tenu de la
respecter porte sur l’obligation d’indiquer sur ses documents, son nom et prénom, son domicile
ainsi que sa spécialité.

101
Art. 443 du code de commerce.
102
Art. 443 du code de commerce.
103
Art. 22 de la loi de 1995-34 relative au redressement des entreprises en difficulté économique.
104
Art. 435 du code de commerce.
105
Art. 442 du code de commerce.
106
Art. 444 du code de commerce.
107
Art 442 du code de commerce.

45 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

En outre, le respect du secret professionnel, en vertu de l’article 21 de la même loi, est une
obligation qui pèse sur l’administrateur judiciaire qui en vertu de laquelle ce dernier doit
s’abstenir de divulguer les secrets dont il a pu avoir connaissance lors de l’exercice de ses
fonctions.

De même, l’article 254 du Code pénal prévoit la peine d’emprisonnement de 6 mois et une
amende pour toutes personnes qui en vertu de sa profession se trouvent dépositaires de secrets.
Lesquelles personnes sont autorisées à se porter dénonciateurs que dans les cas fixés par la loi.

L’article 21 de la loi du 11/11/1997 ajoute qu’il est strictement interdit à l’administrateur


judiciaire de se porter acquéreur d’un droit né de l’exercice de sa mission, et ce d’une façon
directe ou indirecte ou même de se livrer à une activité similaire à celle de l’entreprise, et ce
durant 3 ans à partir de la fin de sa mission.

Par ailleurs, l’article 22 de la même loi prévoit que l’administrateur judiciaire n’a pas le droit
de demander son exemption de sa mission sans motif légitime, notamment « pour cause
d’empêchement, de récusation ou autre excuse acceptée par le président du tribunal. ».

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans les différentes solutions de


règlement judiciaire

Les plans de redressement de l’entreprise en difficulté économique sont déterminés par


le régime de redressement. Les objectifs de ce régime peuvent être atteints grâce à un plan de
poursuite, un plan de cession ou un plan de location ou location-gérance108.

Le président du tribunal adopte le plan qui convient avec la situation de l’entreprise et charge
des contrôleurs de son exécution. Ce contrôleur d’exécution peut être soit l’administrateur
judiciaire, soit le représentant des créanciers ou toute autre personne 109.

De ce fait, on peut dire que l’expert-comptable peut être désigné comme étant un contrôleur de
l’exécution de ces plans.

Lors de l’exercice de sa mission, le contrôleur de l’exécution doit veiller au bon déroulement


de la procédure d’exécution du plan et il doit relever tout manquement au président du

108
Article 455 du code de commerce.
109
Article 453 du code de commerce.

46 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

tribunal110. Il doit lui communiquer un rapport spécial, dont une copie doit être envoyée à la
commission de suivi, chaque fois qu’il le juge nécessaire et un rapport général périodique dans
le délai que lui fixe le juge, mais sans que cela dépasse les 6 mois.

Par ailleurs, rappelons que dans le cas où le président du tribunal adopterait un plan de
poursuite, l’exécution de ce plan peut être opérée par la restructuration de l’actif ou par la
modification du passif. Lors de l’exécution de ces procédures, le contrôleur d’exécution peut
être appelé pour accomplir certaines tâches.

En effet, c’est le contrôleur de l’exécution, en vertu des dispositions de l’article 457 du code de
commerce, qui doit accomplir la procédure d’augmentation de capital.

En outre, cet article ajoute que si le plan de poursuite prévoit une modification des statuts de
l’entreprise, ce dernier reçoit mandat du président du tribunal pour convoquer l’assemblée
générale extraordinaire.

Par ailleurs, si la poursuite de l’activité est accompagnée par la vente de certains biens,
l’article 455 du code de commerce prévoit que le tribunal peut interdire la cession ou
l’hypothèque de certains actifs sans son autorisation. Dans ce cas, ce professionnel doit publier
cette interdiction au Journal officiel de la République Tunisienne, JORT, et l’inscrire au registre
de commerce, aux titres de propriété et aux registres publics.

En cas d’inexécution de ce plan à cause de la défaillance du débiteur, le contrôleur de


l’exécution peut demander sa résolution.

En outre, si le président du tribunal adopte un plan de cession, l’administrateur judiciaire sera


chargé de la publication de l’avis de l’appel d’offres au JORT et dans deux journaux quotidiens
dont l’un est en longue Arabe et d’élaborer un cahier des charges111.

Par la suite, selon l’article 463 du code de commerce, l’administrateur judiciaire doit collecter
les offres des soumissionnaires et les transmettre au tribunal. Cet article ajoute que, c’est le
contrôleur de l’exécution qui doit notifier le soumissionnaire de l’offre retenue et procéder à
l’accomplissement des procédures de cession dans un délai d’un mois à compter du choix de

110
Article 453 du code de commerce.
111
Art. 460 du code de commerce.

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Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

l’offre. Rappelons que le contrôleur de l’exécution peut être l’administrateur judiciaire de la


société.

Enfin, si le président du tribunal adopte un plan de location ou de location-gérance, la procédure


à suivre pour ce plan doit être conforme à celle prévue à l’article 460 du code de commerce
en matière d’élaboration d’un cahier des charges par l’administrateur judiciaire et la publication
de l’appel d’offres.

À la fin de l’exécution du plan de redressement, quel que soit son contenu, le contrôleur de
l’exécution doit communiquer au président du tribunal un rapport dans lequel il précise les
résultats des actes d’exécution. De ce fait, le tribunal ordonne la clôture de la procédure de
redressement, tout en constatant les erreurs et les omissions commises lors de l’exécution112.

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de faillite

À défaut de possibilité de redressement de l’entreprise en difficulté, le président du


tribunal prononce sa mise en faillite et nomme, de ce fait, un syndic de faillite.

3.1 Statut du syndic de la faillite

Le syndic de la faillite est régi par la loi du 11/11/1997 relative aux liquidateurs,
mandataires de justice, syndics de la faillite et administrateurs judiciaires.

Pour être inscrit sur la liste des syndics de la faillite, le candidat doit remplir les mêmes
conditions que celles exigées pour l’administrateur judiciaire. Ces conditions sont ci-dessus
traitées.

Cependant, le syndic ne peut pas être choisi parmi113 :

- Conjoint du débiteur ;
- Ascendants, descendants ou parent du débiteur au quatrième rang ;
- Un salarié du débiteur pendant les cinq dernières années précédant le jugement
déclaratif de faillite ;
- La commissaire aux comptes de la société déclarée en faillite.

112
Art. 473 du code de commerce.
113
Art. 502 du code de commerce.

48 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

Par ailleurs, la complexité et la diversité des opérations nécessaires à la faillite et à la liquidation


d’une société nécessitent la nomination d’un syndic de la faillite compétent, qui veillera sur le
déroulement de ses opérations.

Puisque l’expert-comptable dispose une compétence pluridisciplinaire, il peut, s’il remplit les
autres conditions ci-dessus citées, être inscrit sur la liste des syndics de faillite.

3.2 Les missions du syndic de faillite

Le déroulement de la procédure de faillite se résume essentiellement dans les deux principales


phases suivantes :
- L’administration et la vérification de l’actif du failli ;
- L’établissement du passif.

3.2.1 L’administration de l’actif

L’objectif primordial de la faillite est la liquidation 114 des biens du failli pour les
distribuer aux créanciers. Pour atteindre efficacement cet objectif, dès la prononciation de la
faillite, le failli est dessaisi de l’administration de ses biens au profit du syndic de faillite.
Ce dernier devient le seul compétent pour agir en lieu et place du débiteur dessaisi et exerce ses
fonctions sous le contrôle du juge-commissaire115. Les actes que le syndic est appelé à effectuer
pendant cette période devraient se limiter à des actes de pure administration.

Toutefois, l’article 512 du code de commerce, prévoit que le président du tribunal peut autoriser,
à la suite de la demande du syndic, sur un rapport du juge-commissaire, le débiteur failli à
poursuivre son activité si l’intérêt public ou celui des créanciers l’exigent, et ce pour une durée de
trois mois. En absence d’une décision d’autorisation, l’exploitation sera réputée illicite.

Durant cette période, le syndic de faillite peut procéder à la vente des biens périssables116. Il peut
également prélever sur l’actif de la faillite des secours alimentaires pour le débiteur failli 117 .
Toutefois, dans ces deux séries d’hypothèses, puisqu’il s’agit d’actes dépassant la simple
administration, le syndic de faillite ne pourra y procéder qu’après l’obtention d’une autorisation du
juge-commissaire.

114
Art. 539 du code de commerce.
115
Art. 486 du code de commerce.
116
Art. 512 du code de commerce.
117
Art. 513 du code de commerce.

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Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

La loi permet aussi au syndic, en vertu des dispositions de l’article 544 du code de
commerce, la cession des éléments d’actif immobilisé et des stocks.

Pour la vente des biens mobiliers, elle doit être autorisée par le juge-commissaire. Il lui
appartient de décider si la vente doit être faite de gré à gré ou aux enchères publiques.

Si la cession porte sur des biens immobiliers du débiteur, elle doit être également autorisée par
le juge, mais le législateur a précisé qu’en principe la vente doit être faite aux enchères
publiques et que la vente de gré à gré est l’exception et ne doit se faire que sur la base d’une
décision argumentée du président du tribunal118.

Par ailleurs, le syndic doit demander aux associés la libération de leurs apports échus fixés par
les statuts, ou par le procès-verbal d’augmentation de capital119.

Enfin, les sommes qui proviennent des ventes ou des recouvrements effectués par le syndic de
faillite doivent être immédiatement versées par lui à la Caisse des Dépôts et
Consignations, et ce, après déduction de ce que le juge-commissaire aura retenu pour payer les
frais et dépenses120.

3.2.2 La constatation de l’actif

Afin d’éviter le détournement des biens du débiteur-failli, le tribunal ordonne dans le


jugement déclaratif de faillite l’apposition des scellés sur les locaux et les biens du débiteur 121.
Il s’agit d’une mesure conservatoire dont le but est d’éviter l’évasion des biens du débiteur et
permettre au syndic d’établir l’inventaire le plus exact possible 122.

Cependant, selon l’article 510 du même code, certains biens peuvent être exclus de la mise sous
scellés. Il s’agit des :

 Biens mobiliers nécessaires au failli et à sa famille


 Biens périssables ;
 Biens nécessaires à la continuité de l’exploitation.

118
Ben Abid Sofien, cours CES révision comptable, « Droit des procédures collectives », Institut Supérieur de Comptabilité et
d’Administration des Entreprises de Manouba, p10.
119
Art. 543 du code de commerce.
120
Art. 528 du code de commerce.
121
Art. 508 du code de commerce.
122
M. Thieriet, « code des faillites et banqueroutes », Paris, p106.

50 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

Ensuite, le syndic doit requiert la levée des scellés et procéder à l’inventaire des biens du failli,
et ce, dans un délai de trois jours, soit de l’apposition des scellés, soit de la date du jugement
de la faillite au cas où cette mesure aurait eu lieu antérieurement 123. Cet inventaire doit être
établi en deux exemplaires, l’un restant entre les mains du syndic, l’autre étant déposé au greffe
du tribunal124.

En outre, si le failli n’a pas déposé son bilan, le syndic y procédera immédiatement à l’aide des
livres et papiers du failli et le déposera au greffe 125.

Par ailleurs, dans les 15 jours de son entrée en activité, le syndic de faillite doit remettre au
juge-commissaire un compte-rendu sommaire qui indique les principales causes et
circonstances de la faillite. Ce compte-rendu, auquel le juge-commissaire joint ses observations
doit être immédiatement remis au ministère public.

3.2.3 L’établissement du passif

Les créanciers sont avertis de la faillite en premier lieu par la publication du jugement.
L’article 530 du code de commerce prévoit que chaque créancier doit remettre au syndic son
titre de créance avec un bordereau indicatif des pièces remises et des sommes réclamées, dans
un délai de 15 jours à compter de l’insertion du jugement au JORT.

À défaut de déclaration dans les délais les créanciers sont avertis par des insertions dans les
journaux et par une lettre recommandée du syndic qu’ils doivent lui remettre leurs titres dans
les 15 jours de la notification126.

Ce délai est augmenté de 60 jours pour les créanciers domiciliés à l’étranger, les créances
fiscales et les cotisations de la CNSS. En l’absence de déclaration dans les délais, le créancier
ne pourra bénéficier d’aucune répartition127.

Ensuite, selon les articles 532 et 533 du code de commerce, le syndic, assisté par les
contrôleurs, procède à la vérification des créances en présence du failli dans un délai de 3 mois,
mais le juge-commissaire peut y proroger dans des circonstances exceptionnelles.

123
Art. 518 du code de commerce.
124
Art. 519 du code de commerce.
125
Art. 515 du code de commerce
126
Art. 531 du code de commerce.
127
Art. 538 du code de commerce

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Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

Si la créance est discutée en tout ou en partie par le syndic, ce dernier en informe le créancier
par lettre recommandée et lui donne un délai de 15 jours pour lui fournir des explications écrites
ou orales.

Une fois la vérification terminée, le syndic doit dresser un état des créances dans lequel il doit
indiquer des propositions d’admission ou de rejet avec indication des créances privilégiés.
Ces propositions seront transmises au juge-commissaire pour prendre une décision pour
chacune des créances. Il peut s’agir d’une décision de rejet, d’admission conditionnelle ou
d’admission pure et simple.

L’état des créances doit, selon l’article 533 du code de commerce, être ensuite déposé au greffe
par le syndic de la faillite.

Le greffier doit immédiatement aviser les créanciers du dépôt de l’état des créances vérifiées
par des insertions dans les journaux et il leur adresse une lettre indiquant pour chacun d’eux la
somme pour laquelle sa créance y figure. En outre, il doit informer les créanciers dont les
créances sont contestées, par pli recommandé avec accusé de réception 128.

3.3 Les solutions de la faillite

La loi n° 2016-36 relative aux procédures collectives n’a envisagé aucune solution qui
puisse permettre la continuité d’exploitation du débiteur. Toutefois, elle a envisagé une solution
principale de la faillite, qui est la liquidation, et deux autres solutions exceptionnelles, qui sont
la clôture de la faillite pour défaut d’intérêt de l’ensemble des créanciers et la clôture pour
insuffisance d’actif.

La procédure de liquidation a pour objectif d’assurer la réalisation de l’actif du débiteur et de


distribuer les deniers qui en résultent. Durant cette phase, le syndic de la liquidation poursuit le
recouvrement des créances. Il peut transiger sur les créances litigieuses ou les transférer aux
sociétés de recouvrement et peut même abandonner les créances dont le montant est minime
par rapport au total des créances et qui nécessitent beaucoup de temps et des dépenses
conséquentes pour qu’elles puissent être recouvertes, et ce sur décision du tribunal129.

128
Art. 533 du code de commerce.
129
Art. 540 du code de commerce.

52 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

Après la réalisation de l’actif, le syndic en distribuera le produit entre les créanciers du failli.
Les premiers créanciers qui doivent être payés, conformément à l’article 541 du code de
commerce, sont les salariés. En effet, le syndic doit, dans les 10 jours qui suivent le jugement
de la faillite, procéder au paiement de la partie insaisissable des créances salariales. À défaut
de fonds disponibles, ces créances doivent être payées dès les premières rentrées de fonds.

Enfin, après avoir fait la déduction des frais de la faillite, des frais de secours au failli ou sa
famille et des sommes payées aux créanciers super privilégiés, le syndic doit partager le
reliquat, et ce conformément au classement suivant130 :

 Créances privilégiées non réglées ;


 Créances assorties de garanties réelles (hypothèque, nantissement) ;
 Créances chirographiques.

Section 4 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur

Les cabinets d’expertise-comptable s’orientent aujourd’hui vers le développement des


missions de conseils, et ce en accompagnant les dirigeants des entreprises en difficulté.
L’expert-comptable peut jouer, de ce fait, un rôle très important en accompagnant ces
entreprises lors de la phase de règlement judiciaire ou de liquidation.

Premièrement, lors de l’exercice de cette mission, l’expert-comptable peut orienter son client
vers les solutions de redressements possibles prévues par la loi n° 2016-36 en fonction de sa
situation, et ce, après avoir fait un diagnostic complet de l’entreprise.

Si la situation de l’entreprise nécessite l’intervention du juge, il peut proposer au dirigeant de


demander au président du tribunal l’ouverture d’une procédure de règlement judiciaire, il peut
de ce fait l’assister dans la formalisation de la demande131.

Ce professionnel comptable peut assister aussi le dirigeant dans l’élaboration du plan de


redressement.

Par contre, si l’entreprise est dans une situation irrémédiable l’expert-comptable doit aviser le
dirigeant pour qu’il fasse une déclaration au greffier du tribunal dans les plus brefs délais

130
Art. 569 du code de commerce.
131
Ordre des experts-comptables français, « Guide de l’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p 181.

53 | P a g e
Chapitre 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure curative et de naufrage

car à défaut de déclaration, ce dernier peut encourir une peine d’emprisonnement de 6 mois et
une amende de 5000 dinars132.

Ces différentes missions seront développées au niveau de la troisième partie de ce mémoire.

Conclusion

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons, premièrement, présenté le rôle de l’expert-


comptable dans la procédure de règlement judiciaire et situé, deuxièmement, son rôle dans la
procédure de liquidation judiciaire. Enfin, nous avons présenté son rôle en tant
qu’accompagnateur des dirigeants des entreprises en difficulté.

132
Art. 595 du code commerce

54 | P a g e
Conclusion de la deuxième partie

Le législateur a donné la possibilité aux experts-comptables d’intervenir tout au long de


la procédure collective : la notification des signes précurseurs, le règlement amiable, le
règlement judiciaire et la liquidation judiciaire.

Dans les deux premières phases, l’expert-comptable joue un rôle préventif, en tant que
commissaire aux comptes ou conciliateur. Dans la phase de règlement judiciaire, il joue plutôt
un rôle curatif en tant qu’administrateur judiciaire ou un contrôleur de l’exécution. Quant à la
dernière phase, à savoir la liquidation judiciaire, il peut être nommé en tant que syndic de
faillite.

Outre les missions ci-dessus citées, l’expert-comptable, conseiller privilégié des entreprises,
peut effectuer une mission d’accompagnement des entreprises en difficulté économique. Cette
mission sera l’objet de notre troisième et dernière partie.

55 | P a g e
PARTIE 3 : GUIDE D’ACCOMPAGNEMENT DES
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ
Introduction de la troisième partie

L’expert-comptable, doté d’une compétence pluridisciplinaire, est le mieux placé pour


épauler, assister les entreprises en cas de difficulté, et faire prendre conscience aux dirigeants,
très en amont, de la réalité et des actions à entreprendre.

L’accompagnement du dirigeant est une source de missions de conseil à forte valeur ajoutée
pour le client qui rencontre des difficultés133 et pour l’expert-comptable qui peut intervenir de
plusieurs manières.

En absence d’une norme qui traite la mission d’accompagnement des entreprises en difficultés
économiques, cette partie a pour objectif de proposer une méthodologie et des outils afin que
les professionnels comptables puissent accompagner les dirigeants de ces entreprises et mettre
fin ainsi aux difficultés.

133
http://sic.experts-comptables.fr, 72e Congrès de l’Ordre des experts-comptables français : quatre axes consacrés au
conseil.

57 | P a g e
CHAPITRE 1. LA MISSION D’ACCOMPAGNEMENT DES
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ

Introduction

Ce premier chapitre a comme but de présenter, dans un premier lieu, la nature de la


mission d’accompagnement des entreprises en difficulté économique et de présenter, dans un
second lieu, la procédure d’acceptation de cette mission.

Section 1 : Nature de la mission

Les missions d’accompagnement de l’entreprise en difficulté entrent dans les missions


autres que celles d’assurances, dans la catégorie des « services connexes ».

Cette mission, sans assurance, n’est pas régie par une norme spécifique. Cependant, elle est
soumise aux grands principes qui régissent la profession. Notamment, le code d’éthique de
l’IFAC134 qui recouvre l’ensemble des principes et règles de déontologies qui gèrent et guident
l’activité de ce professionnel, la norme professionnelle de maîtrise de la qualité, à savoir
l’ISQC 1 135 pour l’organisation et le fonctionnement du cabinet, le code des devoirs
professionnels ainsi que les autres normes produites par la profession et les lois juridiques.

Lors de l’exercice de cette mission, l’expert-comptable ne doit pas s’engager sciemment dans
une affaire, ou une activité qui porte atteinte ou pourrait porter atteinte aux principes
fondamentaux de l’éthique à savoir, l’intégrité, la compétence, la confidentialité ou la bonne
réputation de la profession136.

En effet, l’intégrité signifie que l’expert-comptable doit être droit et honnête lors de l’exercice
de sa mission de conseil137. Il ne doit pas de ce fait être, en connaissance de cause, associé à des
rapports ou à des déclarations significativement fausses ou trompeuses ou fournies d’une façon
irréfléchie.

134
International Federation of accountants.
135
International Standard on Quality Control
136
Par 100.5 du code d’éthique de l’IFAC.
137
Par 110.1 du code d’éthique de l’IFAC.

58 | P a g e
Chapitre 1 : La mission d’accompagnement des entreprises en difficulté

Pour garantir l’intégrité de l’expert-comptable, l’article 3 de la loi n° 88-108 relative à


l’organisation de la profession et les modalités de fonctionnement de l’OECT impose des
conditions déterminantes pour l’exercice de cette profession.

Parmi ces conditions, l’expert-comptable doit :

- Jouir de tous ses droits civiques ;


- Ne pas avoir fait l’objet d’une condamnation pour crime ou délit, autre
qu’involontaire.
- Présenter des garanties de moralités.

Quant à la confidentialité, elle impose à l’expert-comptable de ne pas divulguer en dehors du


cabinet ou de l’organisation qui les emplois, des informations confidentielles recueillies dans
le cadre de la mission d’accompagnement et ce sans avoir l’autorisation du client.

Ce principe ne se limite pas à la divulgation des informations. Il s’applique également à


l’utilisation de ces informations dans un intérêt personnel ou à l’avantage d’un tiers sans même
les divulguer 138.

En outre, l’expert-comptable doit se comporter lors de l’exercice de sa mission d’une manière


à préserver une bonne réputation de la profession d’expertise-comptable et doit s’abstenir à
toute conduite pouvant jeter le discrédit sur la profession 139.

Le principe de la compétence et de diligence impose à l’expert-comptable à maintenir les


connaissances et les compétences professionnelles au niveau requis et d’agir de façon diligente
en conformité avec les normes techniques et professionnelles applicables lors de la fourniture
de ses services140. En outre, ce professionnel ne doit pas prétendre posséder des compétences
ou une expérience qu’ils n’a pas ou se présenter comme ayant une spécialisation ou une
connaissance qu’il ne possède pas. 141

138
Par 140.1 du code d’éthique de l’IFAC.
139
Par 150.1 du code d’éthique de l’IFAC.
140
Par 130.1 du code d’éthique de l’IFAC.
141
Par 210.1 du code d’éthique de l’IFAC.

59 | P a g e
Chapitre 1 : La mission d’accompagnement des entreprises en difficulté

Section 2 : Acceptation de la mission

L’acceptation de la mission est une étape importante dans la démarche de l’expert-


comptable sollicité pour réaliser une mission.

Certaines dispositions concernant l’acceptation sont applicables à toutes les missions.


En effet, avant d’accepter la mission d’accompagnement des entreprises en difficulté, l’expert-
comptable doit déterminer si le fait de l’accepter serait de nature à faire peser des menaces sur
le respect des principes fondamentaux.

Outre les principes ci-dessus mentionnés, le principe fondamental de la compétence impose une
obligation à l’expert-comptable de n’accepter de fournir que les services pour lesquels il est
compétent.

L’expert-comptable doit évaluer, premièrement, les menaces pouvant compromettre le respect


de ce principe. Ensuite, il doit évaluer l’importance de ces menaces et mettre en œuvre les
mesures de sauvegardes susceptibles de les éliminer ou les réduire à un niveau faible
acceptable. 142

Parmi ces mesures de sauvegarde, on peut citer : 143

- Acquérir une compréhension appropriée de l’activité du client, de la complexité de son


fonctionnement, et de l’objectif, la nature et l’étendue des travaux devant être mises en
œuvre ;
- Acquérir des compétences sur les secteurs d’activité ou les sujets considérés pertinents.
- Avoir ou acquérir une expérience des obligations réglementaires ou de communication
financière applicables ;
- Avoir recours à des experts en cas de besoin ;
- Définir un calendrier réaliste pour la mise en œuvre de la mission ;
- Observer des politiques et procédures de contrôle qualité.

A cet égard, une prise de connaissance préalable doit être faite par l’expert-comptable, dans le
double but d’apprécier s’il peut accepter cette mission, au regard des textes légaux et

142
Par 100.2 du code d’éthique de l’IFAC
143
Par 210.7 du code d’éthique de l’IFAC.

60 | P a g e
Chapitre 1 : La mission d’accompagnement des entreprises en difficulté

réglementaires applicables à la profession et aux dispositions normatives, et de préparer sa lettre


de mission.

L’expert-comptable est toujours lié à son client par une relation contractuelle. Il répond aux
sollicitations du chef d’entreprise et apprécie s’il peut accepter la mission, auquel cas il présente
une lettre de mission et n’est tenu qu’au cadre défini par ladite lettre144.

Le forme et le contenu de cette lettre peut varier d’une mission à l’autre mais elle doit comporter
dans tous les cas les mentions suivantes :145

- La définition précise de la mission à accomplir ;


- La périodicité ou la durée de la mission ;
- Le montant des honoraires et les modalités du règlement ;
- Les conditions générales de collaboration.

Section 3 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté


économique

Les difficultés que rencontre une entreprise trouvent en général leur origine dans
l’évolution de son mode économique ou encore dans la diminution rapide de son activité et plus
on intervient précocement plus l’entreprise à des chances de se redresser.146

Faire appel à un expert-comptable trouve ici toute son importance et s’avère


généralement décisif pour la réussite de la procédure de sauvetage.

Cependant, il convient de souligner que ce recours n’est pas obligatoire et que le dirigeant peut
choisir de se débrouiller seul.

La démarche d’accompagnement de l’expert-comptable dans les entreprises en difficultés peut


consister à :

- Faire une étude de la situation financière et économique de l’entreprise ;


- Faire une Analyse de la situation d’exploitation de l’entreprise à moyen terme et court
terme ;

144
Art. 7 du code de devoirs professionnels.
145
Art. 8 du code des devoirs professionnels.
146
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté ». Édition 2018, p 12.

61 | P a g e
Chapitre 1 : La mission d’accompagnement des entreprises en difficulté

- Faire une analyse des perspectives à court et long terme ;


- Faire une analyse de la structure financière de l’entreprise ;
- Identification des difficultés et présentation de leurs causes et origines ;
- Présenter des solutions pratiques existantes et des démarches à accomplir ;
- Rechercher des solutions en collaboration avec les partenaires de l’entreprise ;
- Accompagnement dans le cadre de la prévention amiable ;
- Accompagnement lors de la restructuration ;
- Accompagnement lors de la liquidation ;

Cette démarche sera développée au niveau du deuxième chapitre de cette partie.

Conclusion

Dans le cadre de ce chapitre, nous avons présenté la mission d’accompagnement des


entreprises en difficulté économique. Nous avons commencé par la présentation de la nature de
la mission. Ensuite, nous avons expliqué la démarche d’acceptation de cette mission.
Enfin, nous avons présenté une vue ensembliste sur la démarche d’accompagnement des
entreprises en difficulté par l’expert-comptable. Cette démarche va faire l’objet de notre
deuxième et dernier chapitre de cette partie.

62 | P a g e
CHAPITRE 2. LA DÉMARCHE D’ACCOMPAGNEMENT DES
ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ

Introduction

Dans le chapitre précédent, nous avons explicité le cadre général de la mission


d’accompagnement des entreprises en difficulté par l’expert-comptable. Nous exposerons au
niveau de ce chapitre la démarche d’accompagnement de ces entreprises par ce professionnel
comptable. Nous allons commencer alors par présenter la première phase de cette démarche à
savoir la prise de connaissance générale de l’entreprise et ensuite nous allons expliquer les
différents travaux qui peuvent être réalisés lors de l’exercice de cette mission.

Section 1 : Prise de connaissance générale de l’entreprise

La prise de connaissance générale de l’entreprise permet à l’auditeur d’apprécier s’il


peut accepter cette mission, au regard des textes légaux et réglementaires applicables à la
profession et aux dispositions normatives, et de préparer sa lettre de mission.

Durant cette phase préliminaire, l’expert-comptable doit recueillir des informations sur
l’historique de l’entité, son secteur d’activité, son environnement réglementaire, ses principaux
clients et fournisseur, ses objectifs stratégiques, il doit aussi comprendre son organisation, ses
spécificités de fonctionnement, la pensée et la culture de ses responsables, etc.

L’objectif de cette phase est de collecter le maximum d’informations sur l’entreprise.

Pour ce faire, l’expert-comptable peut commencer par effectuer une visite des locaux dans le
cas où il interviendrait pour la première fois dans l’entreprise, ce qui va lui permettre de faire
des observations directes.

Il s’agit alors, d’un moyen indispensable pour la prise de connaissance de l’entreprise au cours
de laquelle l’expert-comptable sera présenté au personnel ce qui va lui permettre de mieux
comprendre l’organisation et le fonctionnement des différents services.

63 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

Ce professionnel comptable doit, en outre, consulter les documents existants à savoir,


l’organigramme, le manuel de procédures, les notes de service et les rapports des auditeurs
internes et externes. Par ailleurs, pour mieux comprendre les objectifs à moyen et long terme
du client ainsi que ses besoins, l’expert-comptable doit faire des entretiens avec les
responsables.

Enfin, pour pouvoir améliorer et confirmer sa prise de connaissance de l’entreprise, l’expert-


comptable doit analyser les informations collecter et réaliser des tests.

Durant cette phase, ce professionnel doit faire aussi un pré-diagnostic sur l’état de l’entreprise,
et ce, pour détecter les signes précurseurs de difficultés, leurs causes et leur état
d’avancement.147

Un exemple de diagnostic est présenté au niveau de l’annexe n° 1 de ce mémoire. 148

Une fois ce diagnostic est terminé, l’expert-comptable sera en mesure d’identifier les origines
des difficultés de l’entreprise qui peuvent être dues à l’environnement externe, des erreurs
stratégiques des responsables, un problème de rentabilité, système d’information obsolète, la
perte d’un client majeur, etc.

Par conséquent, ce pré diagnostic va lui permettre d’évaluer, en premier lieu, si la poursuite de
l’activité de l’entreprise est envisageable, et de situer, dans un second lieu, le niveau de
difficulté de l’entreprise et les solutions appropriées.

L’intervention de ce professionnel, lors de l’exercice de cette mission, pourrait se prolonger


jusqu’à la liquidation de la société, par conséquent, les travaux effectués au cours de cette
première phase seraient d’une grande utilité dans les étapes qui procéderont.

147
Ordre des experts-comptables, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018.
148
Le diagnostic de l’état de l’entreprise est largement inspiré des propositions présentées par l’ordre des experts-comptables
français dans son guide destiné aux experts comptables. « Guide de l’accompagnement des entreprises en difficulté »,
édition 2018, P 18.

64 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

Section 2 : Réalisation des travaux

Dans le cadre de l’accompagnement des entreprises en difficulté, l’expert-comptable peut


intervenir à plusieurs stades. Son objectif primordial est de sauver l’entreprise et d’attirer
l’attention du dirigeant sur certaines dérives potentiellement dangereuses 149.

2.1 Accompagnement dans le cadre de la prévention

L’expert-comptable, après avoir évalué la situation de l’entreprise, joue un rôle très


important, et ce, en orientant son client vers les solutions auxquelles elles peuvent prétendre en
fonction de sa situation.

Si l’expert-comptable constate que les difficultés de l’entreprise sont passagères et que la mise
en place de quelques mesures de sauvegarde va permettre au dirigeant de les éliminer ou les
réduire à un niveau faible acceptable, il peut proposer à son client plusieurs alternatives parmi
lesquelles on peut citer :

 Mise en place d’un tableau de bord de gestion ;


 Mise en place des systèmes d’information et des ERP150
 Renforcement du système de contrôle interne.

Toutefois, si la situation de l’entreprise nécessite d’engager des négociations avec les


créanciers, il peut être utile au dirigeant de demander au président du tribunal de première
instance l’ouverture d’une procédure de règlement amiable.

De ce fait, l’expert-comptable peut l’assister dans la formalisation de la demande de


déclenchement de cette procédure.

2.1.1 L’ERP et le Data cleaning

Un des problèmes majeurs rencontrés par les entreprises d’aujourd’hui est la multitude
des données et d’informations utilisées, manipulées par les services et unités. Souvent ces
données doivent être ressaisies pour alimenter les divers systèmes informatiques.

149
L’académie, science techniques comptables financiers, « le management des entreprises en difficulté financière »
mars 2009, p 18.
150
Entreprise ressource planning, c’est un progiciel de gestion intégré

65 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

Ainsi si deux systèmes différents sont utilisés pour les commandes et pour la facturation, les
données issues du premier doivent être ressaisies dans le deuxième. La multitude de systèmes
est une source énorme d’inefficacité et de manque à gagner.

Aujourd’hui, plusieurs logiciels intégrés existent. L’ERP « Entreprise ressource planning » ou


PGI « progiciel de gestion intégré » est une application informatique, intégrée et paramétrable,
composée d’un ensemble de modules reliés entre eux par une base de données unique et
couvrant l’ensemble des processus de l’entité151.

L’ERP est « prêt à implanter » qui peut couvrir l’ensemble des processus de l’organisation. Ce
progiciel se caractérise par le fait qu’il est adaptable, quelle que soit la nature de l’entreprise,
sécurisé contre les cryptages et les accès, évolutif et capable d’intégrer les multiplicités
présentes dans l’entreprise (multi langues, multi devise, multi réglementation, etc.) 152

Outre ces caractéristiques, les avantages d’une implantation ERP, les plus cités dans la
littérature, sont :

 Assurer la maîtrise des coûts ;


 Diminuer les redondances des saisies, de calculs et d’analyse.
 Optimiser les processus de gestion ;
 Assurer une meilleure productivité ;
 Partager le même système d’information ce qui va faciliter la communication interne.
 Assurer l’accès rapide aux informations critiques de l’entreprise ;
 Fournir à la direction de l’entreprise un outil de pilotage stratégique qui fournit des
indicateurs de synthèse qui permettent de réagir le plus rapidement possible.

Toutefois, si le client refuse d’implanter un nouveau système d’information, l’expert-comptable


peut lui proposer de mettre en place un Data Cleansing ou encore Data cleaning. Ce mécanisme
consiste à supprimer de la base des données des systèmes d’informations mises en places toutes
les informations incorrectes, mal formatées, dupliquées ou incomplètes, et ce afin de les
préparer à l’analyse153.

151
Boulifa ines, cours « système d’information et de gestion », Institut des hautes études commerciales de Carthage, p60.
152
Michel Kalika, « E-RH, réalité managériale », édition Vuibert, P274.
153
www.lebigdata.fr, article publiés sur les Data cleansing, 2018.

66 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

2.1.2 Renforcement du système de contrôle interne

Selon le rapport COSO154 publié en 1992, le contrôle interne est défini comme étant « un
processus mis en œuvre par la direction générale, la hiérarchie, le personnel d’une organisation,
et destiné à fournir une assurance raisonnable quant à la réalisation des objectifs entrant dans
les catégories des objectifs suivants :

 Réalisation et optimisation des opérations ;


 Fiabilité des informations financières ;
 Conformité aux lois et aux règlements en vigueur ».

Une lecture synthétique de cette définition permet de conclure que la mise en place d’un
système de contrôle interne efficace aide l’entreprise à réaliser ses objectifs. Il contribue aussi
à la production d’une information de qualité qui laisse supposer que cette entité dispose d’un
système d’information adéquat et il permet l’amélioration de l’efficacité et de l’efficience des
opérations. En outre, ce système permet d’assurer en permanence la conformité de l’entreprise
aux réglementations applicables.

De ce fait, le contrôle interne revêt une importance fondamentale pour l’entreprise.

Historiquement, les experts-comptables ont toujours joué un rôle important pour aider les
entreprises dans la conception et la mise en œuvre du système de contrôle interne 155.

Ainsi ce professionnel comptable peut jouer un rôle important dans l’évaluation et


l’amélioration du système de contrôle interne de l’entité, et ce selon une démarche.

En premier lieu, l’expert- comptable doit analyser le système de contrôle interne mis en place
par la société. Pour ce faire, il peut examiner la documentation existante, faire des entretiens,
des visites, des observations directes, des flow-charts156, etc.

Ensuite, l’expert-comptable doit s’assurer de sa compréhension correcte du système de contrôle


interne et de la conformité des procédures décrites avec celles appliquées. Il applique à ce
niveau des tests de conformité.

154
Le COSO est un référentiel de contrôle interne défini par le Committee Of Sponsoring Organizations of the Treadway
Commission.
155
Makram Yaiche, mémoire en vue de l’obtention du diplôme d’expertise comptable « le pilotage du système de contrôle
interne : démarche, outils et rôle de l’expert-comptable », septembre 2010, page 61.
156
C’est une méthode de description des procédures schématique basée sur les diagrammes de circulation.

67 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

Enfin, l’expert-comptable doit expliquer à son client les forces et les faiblesses de son système
de contrôle interne et lui proposer les mesures de sauvegardes adéquates.

2.1.3 Mise en place d’un tableau de bord de gestion

Selon H. Bouquin, « outil d’aide à la décision et à la prévention, le tableau de bord est un


ensemble d’indicateurs peu nombreux, conçus pour permettre aux gestionnaires de prendre
connaissance de l’état et de l’évolution des systèmes qu’ils pilotent et d’identifier les tendances
qui les influencent sur un horizon cohérent avec la nature de leurs fonctions. » 157

Ainsi, le tableau de bord est un instrument d’aide à la décision et à la prévision. Il constitue un


guide d’analyse de la performance dans la mesure où il permet d’alerter les dirigeants en cas de
dérive ce qui va leur permettre de prendre les actions nécessaires en temps opportun.

L’expert-comptable peut accompagner son client dans la conception d’un tableau de bord
efficace selon une démarche 158 :

Premièrement, il doit faire une prise de connaissance générale de l’entreprise, et ce afin


d’identifier ses activités, ses besoins, son système de gestion, son organigramme, son système
d’information, etc.

Ensuite, et à travers cette prise de connaissance, il doit déterminer les facteurs clés de succès,
et ce afin de sélectionner les missions et les principaux objectifs constituant les points clés à
contrôler à priori. Les facteurs clés de succès correspondent à des éléments (produits, marchés,
moyens financiers, etc.) qui ont une influence significative sur les résultats ou sur la marche de
l’entreprise.

Par la suite, il doit choisir les indicateurs du tableau de bord. Un indicateur est une information
chiffrée choisie pour rendre compte de l’évolution d’un facteur clé, il peut prendre la forme
d’un écart entre l’objectif et la réalisation, la quantité vendue, chiffre d’affaires, effectif
employé, etc.

À chaque facteur de succès correspond un ou plusieurs indicateurs et l’expert-comptable doit


identifier dans cette étape les indicateurs qui paraissent les mieux adaptés à la mesure des points
clé retenus. Cette phase devrait permettre de construire des tableaux de bord par centre de
responsabilité.

157
H.BOUQUIN, « le contrôle de gestion : contrôle de l’entreprise », éditions PUF, 1986, p.268.
158
Rached GABSI, « Contrôle de gestion », Tome II, édition CLE, 2002, P61.

68 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

Ensuite, et à fin de s’assurer de l’efficacité du tableau de bord et sa facilité d’utilisation,


l’expert-comptable peut procéder à la réalisation des tests sur la base des informations réelles,
et ce afin de faire un retour sur les points à améliorer 159.

Enfin, une fois le tableau de bord est validé par l’utilisateur, une procédure de formation et
d’accompagnement pourra être entreprise.

2.2 La préparation du dépôt de la demande d’ouverture de la procédure de


redressement

Le dirigeant de l’entreprise en difficulté économique peut faire recours à un expert-


comptable pour lui faire le point sur la situation de l’entreprise et l’assister dans la préparation
du dépôt de la demande de l’ouverture de la procédure de redressement 160.

À ce niveau, l’intervention de l’expert-comptable pourra consister à réaliser, premièrement un


pré diagnostic qui va lui permettre de détecter les signes de difficultés, leurs causes et leur état
d’avancement, il doit exprimer un avis sur la possibilité de faire recours à l’une des procédures
de redressement, notamment, la procédure d’alerte, le règlement amiable, le règlement
judiciaire ou la liquidation de l’entreprise. Dans l’affirmative, le professionnel assistera son
client à la préparation de la demande d’ouverture de l’une des procédures ci-dessus citées.

Cependant, il est nécessaire de signaler que le pré-diagnostic diffère du diagnostic complet de


l’entreprise. En effet, le pré-diagnostic a pour but d’aviser le dirigeant sur la nécessité de faire
recours au tribunal et de planifier ainsi une mission de diagnostic complet 161. Ce pré-diagnostic
est développé au niveau de la première section de ce chapitre.

L’expert-comptable peut aussi assister le dirigeant dans la préparation psychologique des


partenaires de l’entreprise162 pour les convaincre de la nécessité de demander l’ouverture de
l’une de ces procédures de redressements pour pouvoir sauver l’entreprise.

159
Nadia YAICH, « Amélioration de la maturité du contrôle interne : rôle de l’expert-comptable », juillet 2017, p 83.
160
Yadh ELLOUMI, « Le rôle de l’expert-comptable dans le redressement des entreprises en difficulté économique »
1998, p52.
161
Yadh ELLOUMI, « Le rôle de l’expert-comptable dans le redressement des entreprises en difficulté économique »,
1998, p52.
162
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p182.

69 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

2.3 Accompagnement durant la période de restructuration

Lorsque la situation financière de l’entreprise devient plus obérée et que la cessation de


paiements est avérée, il devient obligatoire de mettre l’entreprise « sous la protection de la
justice »163 et ce par le dépôt d’une demande d’ouverture de règlement judiciaire.

Pour pouvoir élaborer un plan de restructuration, le dirigeant devra disposer des informations
récentes et claires sur la situation comptable et financière de l’entreprise que souvent seul
l’expert-comptable peut produire.

De ce fait, ce dernier peut être chargé d’exprimer un avis sur les possibilités de restructuration
de l’entreprise et de contribuer le cas échéant à la conception de son redressement 164.

Le recours par l’expert-comptable à des outils plus élaborés comme le diagnostic est
nécessaire.

Il s’agit d’un diagnostic complet de l’entreprise et de son environnement économique au cours


duquel le professionnel comptable procéderait à l’analyse de son système concurrentiel afin de
pouvoir prévoir son comportement ainsi que l’examen de la gestion opérationnelle de l’entité
et de sa structure organisationnelle. L’analyse sera complétée par un diagnostic financier qui
devrait éclairer l’entreprise et ses créanciers, essentiellement, sur la nature du déséquilibre
financier. 165

À travers cette analyse, ce dernier se prononcera sur la viabilité de l’entreprise, ses forces et
faiblesses, et les opportunités et les menaces de l’environnement. L’objectif est ici de pouvoir
démontrer que l’entreprise est en capacité de se redresser et de préciser comment.

Après avoir accompagné le dirigeant dans l’élaboration du plan de restructuration, l’expert-


comptable peut lui proposer un suivi, et ce afin de s’assurer que le plan ne pose pas de difficultés
quant à son exécution.

163
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p182.
164
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p181.
165
Elloumi Yadh, « le rôle de l’expert-comptable dans le redressement des entreprises en difficulté économique », Mémoire
pour l’obtention du diplôme d’expertise comptable, 1998

70 | P a g e
Chapitre 2 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté

2.4 Accompagnement lors de la liquidation judiciaire

Lorsque l’entreprise ne peut démontrer sa solvabilité, le tribunal prononce un jugement


de liquidation judiciaire.

En cas de liquidation judiciaire, les conséquences pour le dirigeant sont multiples sur son état
psychologique et sur son patrimoine 166 . L’expert-comptable peut l’assister, l’orienter et le
conseiller, et ce en lui expliquant les différentes étapes de la procédure de liquidation judiciaire
ainsi que ses droits et obligations durant toute cette période délicate.

Section 3 : Fin de la mission

À la fin de la mission, l’expert-comptable peut communiquer à son client un rapport ou


un compte rendu dans lequel il peut présenter ses diligences, ses conclusions issues de ses
travaux et ses recommandations.

L’expert-comptable peut aussi, à titre d’exemple, remettre à son client un dossier de


présentation de l’entreprise, un rapport d’évaluation, destiné à trouver de nouveaux partenaires
financiers ; contribuer à préparer un dossier de présentation de plan, à élaborer des
requêtes167, etc.

Toutefois, puisqu’il s’agit d’une mission sans assurance, aucune expression d’assurance ne peut
être insérée dans le rapport, et ce pour ne pas induire l’utilisateur en erreur.

Conclusion

Dans ce chapitre nous avons présenté la démarche d’accompagnement des entreprises en


difficulté économique. Cette démarche suit les étapes suivantes : l’approfondissement de la
prise de connaissance générale, la réalisation des travaux et la clôture de la mission.

166
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p182
167
Ordre des experts-comptables français, « Guide d’accompagnement des entreprises en difficulté », édition 2018, p183

71 | P a g e
Conclusion de la troisième partie

L’expert-comptable est un partenaire de confiance pour ses clients. Bien que son premier
rôle dans la plupart des entreprises soit l’audit des comptes, la tenue de la comptabilité et
l’établissement des comptes annuels, celui-ci a toutefois de plus en plus un rôle de conseiller
auprès de ses clients. À ce titre, il peut épauler, assister les entreprises en difficulté, et faire
prendre conscience aux dirigeants, très en amont, des actions à entreprendre.

Dans le cadre de cette dernière partie, et en absence d’une norme qui traite la mission
d’accompagnement des entreprises en difficulté économique, nous avons présenté un guide
d’accompagnement qui a pour but de proposer une démarche de soutien de ces entreprises afin
que les experts-comptables puissent aider les dirigeants à redresser leurs entreprises.

Nous avons commencé, dans le cadre du premier chapitre, à présenter la mission


d’accompagnement des entreprises en difficultés par les experts-comptables. Ensuite, au niveau
du deuxième chapitre, nous avons expliqué la démarche d’accompagnement de ces entreprises
par ces professionnels comptables.

72 | P a g e
CONCLUSION GÉNÉRALE
CONCLUSION GÉNÉRALE

Les changements observés au niveau de l’environnement économique de la Tunisie ont


conduit le législateur à modifier le droit des procédures collectives à plusieurs reprises.
L’objectif n’est plus de sanctionner le débiteur défaillant, mais plutôt de l’aider à surmonter ses
difficultés, au maintien de l’activité et des emplois et à l’apurement du passif.

Le dispositif légal mis en œuvre pour redresser les entreprises comporte aussi bien des mesures
de prévention que celle de traitement des difficultés.

Notre étude a démontré, après avoir défini le cadre législatif des entreprises en difficulté
économique, que l’expert-comptable se trouve au cœur du dispositif de sauvetage de
l’entreprise en difficulté.

Premièrement, au niveau de la procédure préventive, l’expert-comptable, en tant que


commissaire aux comptes, est tenu de notifier les signes précurseurs de difficultés économiques
à l’occasion de sa mission de contrôle. Il peut également jouer le rôle d’un conciliateur, chargé
d’amener à l’entente le débiteur et ses créanciers.

Deuxièmement, au niveau de la procédure curative, l’expert-comptable peut, s’il remplit toutes


les conditions nécessaires, jouer le rôle d’un administrateur judiciaire chargé de représenter les
intérêts de l’entreprise en cessation de paiement et d’assister le dirigeant, voire même le
remplacer. Ce professionnel comptable peut, également, être nommé en tant qu’un contrôleur
de l’exécution du plan de redressement.

Enfin, au niveau de la procédure de naufrage, ce professionnel comptable peut intervenir en


tant qu’un syndic de faillite. Il exerce durant cette procédure les droits et actions sur le
patrimoine du débiteur dessaisi, ainsi que l’administration et la disposition de ses biens.

Alors que les procédures collectives sont obligatoires, les mesures de conseil et
d’accompagnement sont facultatives, mais vitales pour la survie de l’entreprise.

Face à un environnement complexe pour les dirigeants, l’expert-comptable est le mieux placé
pour les guider et les accompagner dans leurs démarches. Sur ce point, nous avons présenté au

74 | P a g e
Conclusion générale

niveau de la troisième partie de ce mémoire une démarche d’accompagnement des entreprises


en difficulté économique.

Notre étude a démontré que l’expert-comptable peut proposer à son client tout un panel
d’assistance allant du diagnostic de l’entité et la validation du choix du plan de redressement
jusqu’à l’accompagnement au niveau de la phase de liquidation judiciaire.

Enfin, à travers cette étude, nous avons insisté sur le fait qu’il est vrai que le premier rôle d’un
expert-comptable dans la plupart des entreprises soit l’audit des comptes, la tenue de la
comptabilité et l’établissement des comptes annuels, celui-ci peut toutefois s’orienter vers
l’accompagnement des entreprises en difficulté. En effet, en tant qu’un professionnel
multidisciplinaire, ce dernier est bien positionné pour sauver les entreprises en difficulté en tant
qu’accompagnateur, conciliateur ou administrateur judiciaire.

75 | P a g e
BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

1. Articles

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difficultés des entreprises », la Revue française de Comptabilité, N° 526, 2018.
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2. Ouvrage

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 Ben Abid Sofien, cours « droit des procédures collectives », 2018
 Bouquin, « le contrôle de gestion : contrôle de l’entreprise », éditions PUF, 1986
 Boulifa Ines, cours « système d’information et de gestion », 2011.
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 Dhibi Salah, cours « droit des entreprises en difficulté économique », 2018.
 Ghanmi Chiheb, cours « Audit et éthique financier », 2016.
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3. Réglementation

 Code des sociétés commerciales promulgué par la loi n° 2000-93 du 3 novembre 2000
tel que modifié et complété par la loi n° 2005-65 du 27 juillet 2005.
 Code de commerce tunisien.
 Code de commerce français.
 Code pénal tel qu’il a été modifié par la loi n° 98-38 du 23 mai 1998.
 Code des obligations et des contrats.
 Code des devoirs professionnels.
 Décret n° 2018-463 du 31 mai 2018, relatif à la détermination des critères et procédures
de notification des signes précurseurs des difficultés économiques.
 Décret n° 2006-1546 du 6 Juin 2006, portant application des dispositions des articles 13,
13 bis, 13 ter, 13 quater et 256 bis du code des sociétés commerciales.
 Loi n° 2016-36 du 29 avril 2016 relative aux procédures collectives.
 Loi n° 2003-79 du 29 décembre 2003 modifiant et complétant la loi n° 95-34 du 17 avril
1995 telle que modifiée par loi n° 99-63 du 15 juillet 1999 relative au redressement des
entreprises en difficulté économique.
 Loi n° 96-74 du 29 juillet 1996, modifiant et complétant la loi n° 98-9 du 1er février
1989 relative aux participations et entreprises publiques telle que modifiée et complétée
par la loi n° 94-102 du 1er août 1994.
 Loi n° 97-71 du 11 novembre 1995, relative aux liquidateurs, mandataires de justices,
syndics et administrateurs judiciaires.
 Loi n° 95-34 du 17 avril 1995 relative au redressement des entreprises en difficulté
économique.
 Loi n° 88-108 du 18 aout 1988 relative à l’organisation de la profession et les modalités
de fonctionnement de l’OECT

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Bibliographie

4. Normalisation

 Code de déontologie des professionnels comptables de l’IFAC


 COSO I, Internal Control - Integrated framework, traduit en français par l’IFAC.
 ISQC1, « Contrôle qualité des cabinets réalisant des missions d’audit ou d’examen
d’états financiers ainsi que d’autres missions d’assurance et de services connexes ».

 Norme internationale d’audit ISA 570, « Continuité d’exploitation ».


 Système comptable des entreprises

5. Thèses et mémoires

 Elloumi Yadh, « Le rôle de l’expert-comptable dans le redressement des entreprises en


difficulté économique », Mémoire pour l’obtention du diplôme d’expertise comptable,
1998
 Jegham amine, « Rôle de l’expert-comptable dans la prévention et le traitement des
difficultés des entreprises », Mémoire pour l’obtention de la maitrise en sciences
comptables, Institut des hautes études commerciales de Carthage, 2002.
 Maaloul Achref, « La détection des entreprises en difficultés et de la fraude par l’analyse
financière », Mémoire pour l’obtention du diplôme d’expertise comptable, 2017.
 Yaich Makram, mémoire en vue de l’obtention du diplôme d’expertise comptable « le
pilotage du système de contrôle interne : démarche, outils et rôle de l’expert-
comptable », 2010.
 Yaich Nadia, Mémoire en vue de l’obtention du diplôme d’expertise comptable,
« amélioration de la maturité du contrôle interne : rôle de l’expert-comptable » 2017.

6. Site Web

 www.revuefrancaisedecomptabilite.fr
 www.sic.experts-comptables.fr, Magazine de l’ordre des experts-comptables, article
publié sur le 72e congrès de l’ordre des experts-comptables, Charles-René Tandé, 2017.
 www.lebigdata.fr, Magazine intelligence artificielle, cloud et big Data.
 www.tustex.com, site boursier et économique Tunisien.
 www.l-expert-comptable.com

79 | P a g e
Bibliographie

 www.crcc-paris.fr/, Compagnie régionale des commissaires aux comptes.


 www.redressement-liquidationjudiciaire.com
 www.revuefrancaisedecomptabilite.fr
 www.sic.experts-comptables.fr, Magazine de l’ordre des experts-comptables, article
publié sur le 72e congrès de l’ordre des experts-comptables, Charles-René Tandé, 2017.
 www.lebigdata.fr, Magazine intelligence artificielle, cloud et big Data.
 www.tustex.com, site boursier et économique Tunisien.

7. Autre source

 L’académie, « le management des entreprises en difficulté financière », mars 2009.


 Tribunal de commerce de Charleroi, Vade-Mecum de la faillite, 2008

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TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION GÉNÉRALE ......................................................................................... 1

PARTIE 1 : ENTREPRISE EN DIFFICULTÉ : CONCEPT ET CADRE


JURIDIQUE ......................................................................................................................... 5

CHAPITRE 1. CADRE ÉCONOMIQUE ET JURIDIQUE DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................... 7

Section 1 : Notion d’entreprise en difficulté et indicateurs de défaillance ......................... 7


1.1 Notion d’entreprise en difficulté ............................................................................ 7
1.2 Indicateurs de détection des entreprises en difficultés .......................................... 8
1.2.1 Indicateurs prévus par le code de commerce et le code des sociétés
commerciales ............................................................................................................ 8
1.2.2 Les indicateurs prévus par le décret gouvernemental n° 2018-463 ................. 9
1.2.3 Indicateurs prévus par la norme ISA 570 : Continuité d’exploitation ........... 10

Section 2 : Évolution législative en matière d’entreprise en difficulté ............................ 11


2.1. La période avant la promulgation de la loi du 17 avril 1995 .............................. 11
2.2. La période de la loi du 17 avril 1995 ................................................................ 12
2.3 La période de la loi du 26 avril 2016................................................................ 13

Section 3 : Champs d’application des procédures collectives ......................................... 14


3.1 Les Critères d’éligibilités au régime des procédures collectives ........................... 14
3.2 Critères d’exclusion du régime des procédures collectives ................................... 15

CHAPITRE 2. LES RÈGLES JURIDIQUES RELATIVES AUX PROCÉDURES


COLLECTIVES ............................................................................................................. 17

Section 1 : La procédure préventive ............................................................................... 17


1.1 La procédure d’alerte ...................................................................................... 17
1.1.1 L’alerte interne ............................................................................................ 17
Table des matières

1.1.2 L’alerte externe ........................................................................................... 18


1.2 Le règlement amiable ...................................................................................... 18
1.2.1 Les conditions d’ouverture de la procédure de règlement amiable ............... 19
1.2.1.1 Les conditions de fond ............................................................................. 19
1.2.1.2 Les conditions de forme ........................................................................... 19
1.2.2 Le déroulement de la procédure de règlement amiable ................................. 20
1.2.2.1 La désignation du conciliateur ................................................................. 20
1.2.2.2 Le régime de la période de négociation .................................................... 20
1.2.3 L’accord de règlement amiable .................................................................... 21

Section 2 : La procédure curative : le règlement judiciaire ............................................. 22


2.1 Les conditions d’ouverture de la procédure de règlement judiciaire ................... 22
2.1.1 Les conditions de fond .................................................................................. 22
2.1.2 Les conditions de forme ............................................................................... 23

2.2 Le déroulement de la procédure de règlement judiciaire .................................... 23

2.2.1 Le régime de la période d’observation ......................................................... 23


2.2.2 Effets de la période d’observation ................................................................ 24
2.2.3 Le sort de l’entreprise : Les plans de redressement ....................................... 25
2.2.3.1 Dans le cadre d’un plan de poursuite....................................................... 26
2.2.3.2 Dans le cadre d’un plan de cession.......................................................... 26
2.2.3.3 Dans le cadre d’un plan de location ou location-gérance ......................... 27

Section 3 : La procédure de naufrage : la faillite et la liquidation judiciaire .................... 27


3.1 La faillite............................................................................................................ 27
3.1.1 Les conditions générales de la faillite ........................................................... 27
3.1.1.1 Les conditions de fond ........................................................................... 28
3.1.1.2 Condition de forme ................................................................................ 28
3.1.2 Le déroulement de la procédure de faillite ................................................... 29
3.1.2.1 Les organes de la faillite ......................................................................... 29
3.1.2.2 Les opérations de la procédure de faillite ............................................... 30

PARTIE 2 : LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE DANS LE CADRE DES


PROCÉDURES APPLIQUÉES AUX ENTREPRISES EN DIFFICULTÉ .................... 32

CHAPITRE 1. LE RÔLE PRÉVENTIF DE L’EXPERT-COMPTABLE ................... 34

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure d’alerte .............................. 34


Table des matières

1.1 Le domaine de la mission d’alerte du commissaire aux comptes ..................... 34


1.2 Déroulement de la procédure d’alerte .............................................................. 35
1.2.1 La demande des éclaircissements ................................................................ 35
1.2.2 Le recours au conseil d’administration ou au conseil de surveillance .......... 37
1.2.3 Le recours au président du tribunal .............................................................. 37
1.3 Responsabilité du commissaire aux comptes ...................................................... 37

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement amiable......... 38


2.1 Diagnostic de la situation économique du débiteur .......................................... 38
2.2 La conciliation dans le règlement amiable .......................................................... 39
2.2.1 Le statut du conciliateur ............................................................................... 39
2.2.2 La mission du conciliateur ........................................................................... 40
2.2.3 La cessation des fonctions du conciliateur ................................................... 41

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur ............................ 41

CHAPITRE 2. LE RÔLE DE L’EXPERT-COMPTABLE DANS LA PROCÉDURE


CURATIVE ET DE NAUFRAGE ................................................................................. 43

Section 1 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de règlement judiciaire ...... 43


1.1 Statut de l’administrateur judiciaire ....................................................................... 43
1.2 Mission de l’administrateur judiciaire ................................................................. 44
1.3 Obligations de l’administrateur judiciaire ........................................................ 45

Section 2 : Le rôle de l’expert-comptable dans les différentes solutions de règlement


judiciaire ....................................................................................................................... 46

Section 3 : Le rôle de l’expert-comptable dans la procédure de faillite ........................... 48


3.1 Statut du syndic de la faillite.............................................................................. 48
3.2 Les missions du syndic de faillite ....................................................................... 49
3.2.1 L’administration de l’actif ............................................................................ 49
3.2.2 La constatation de l’actif.............................................................................. 50
3.2.3 L’établissement du passif.............................................................................. 51
3.3 Les solutions de la faillite ............................................................................... 52

Section 4 : Le rôle de l’expert-comptable en tant qu’accompagnateur ............................ 53


Table des matières

PARTIE 3 : GUIDE D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ..................................................................................................................... 56

CHAPITRE 1. LA MISSION D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................. 58

Section 1 : Nature de la mission ..................................................................................... 58

Section 2 : Acceptation de la mission ............................................................................. 60

Section 3 : La démarche d’accompagnement des entreprises en difficulté économique .. 61

CHAPITRE 2. LA DÉMARCHE D’ACCOMPAGNEMENT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTÉ ................................................................................................................. 63

Section 1 : Prise de connaissance générale de l’entreprise .............................................. 63

Section 2 : Réalisation des travaux ................................................................................. 65


2.1 Accompagnement dans le cadre de la prévention ................................................ 65
2.1.1 L’ERP et le Data cleaning ........................................................................... 65
2.1.2 Renforcement du système de contrôle interne .............................................. 67
2.1.3 Mise en place d’un tableau de bord de gestion ............................................. 68
2.2 La préparation du dépôt de la demande d’ouverture de la procédure de
redressement ................................................................................................................. 69
2.3 Accompagnement durant la période de restructuration ......................................... 70
2.4 Accompagnement lors de la liquidation judiciaire ............................................... 71

Section 3 : Fin de la mission .......................................................................................... 71

CONCLUSION GÉNÉRALE ............................................................................................ 73

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................. 76

ANNEXE ............................................................................................................................ 86
ANNEXE
ANNEXE : DIAGNOSTIC À RÉALISER SUR L’ÉTAT DE
L’ENTREPRISE

Objectifs : Permets d’identifier les premiers signaux de difficultés de l’entreprise et d’en


mesurer le degré.

Condition générale proposée


Préoccupent Grave Très grave

Relation avec l’environnement

1. Relation avec les banquiers


Refus de payer les échéanciers (Prêts,
traites)

Refus de payes les chèques


2. Relation avec les salariés
Règlement des salaires en retard
Retards répétitifs
Démission de salariés « clés »
Fort absentéisme
3. Relations avec les clients
Retard dans les livraisons des clients
Perte de clients importants
Augmentation du délai moyen de
livraison des clients ou du nombre de
litiges pouvant traduire :
 Soit la mauvaise qualité du
travail
 Ou la mauvaise qualité du
poste client.
Annulation anormale de commande
4. Relation avec les fournisseurs
Allongement des délais de règlement
Suppression des délais de règlement
Refus de livraison
5. Relation avec l’administration fiscale et les organismes sociaux
Non-dépôt des déclarations
Annexe : Diagnostic à réaliser sur l’état de l’entreprise

Condition générale proposée


Préoccupent Grave Très grave
Relation avec l’environnement
6. Relations avec les conseils extérieurs
Expert-comptable : Suspension des
travaux du fait du non-règlement des
honoraires.
Non-paiement des honoraires des
avocats
7. Autres éléments

Les dettes à moins d’un an sont


supérieures aux stocks et valeurs
réalisables et disponibles à moins d’un
an
Baisse significative des marges
Financement des investissements par
des concours à court terme

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