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PAPYROLOGICA BRUXELLENSIA

— 34 —

«ET MAINTENANT CE NE SONT PLUS QUE


DES VILLAGES...»

THÈBES ET SA RÉGION AUX ÉPOQUES HELLÉNISTIQUE,


ROMAINE ET BYZANTINE

ACTES DU COLLOQUE TENU À BRUXELLES


LES 2 ET 3 DÉCEMBRE 2005

Édités par Alain DELATTRE et Paul HEILPORN

BRUXELLES
ASSOCIATION ÉGYPTOLOGIQUE REINE ÉLISABETH
2008
ASSOCIATION ÉGYPTOLOGIQUE REINE ÉLISABETH

PAPYROLOGICA BRUXELLENSIA

Études de papyrologie et éditions de sources

publiées sous la direction de


Jean BINGEN

ISBN 978-2-9600834-0-8

D/2008/0705/1
Copie et circulation des livres
dans la région thébaine (VIIe-VIIIe siècles)

Même s’ils ont été dispersés et si les sites dont ils proviennent n’ont pas
toujours fait l’objet de fouilles archéologiques, les grands ensembles de
manuscrits coptes qui nous ont été conservés – principalement ceux des
monastères du Ouadi-Natroun, du monastère de St-Michel au Fayoum ou du
couvent de Chenouté près de Sohag – sont de toute évidence les restes de
bibliothèques monastiques assez importantes 1. Pour la région thébaine, rien de
tel. Le seul endroit fouillé susceptible d’avoir livré les vestiges d’une bibliothèque
est le monastère dit «de Phoibammon», situé dans le temple d’Hatshepsout à Deir
el-Bahari. Or si ce monastère, qui a livré une grande quantité d’archives
juridiques, possédait manifestement une !"!#"$%Æ&', il s’agit plutôt d’une
«chancellerie» ou salle des archives 2. Rien n’indique s’il y avait aussi une
bibliothèque au sens d’un dépôt de livres. Quant aux manuscrits conservés dont
l’origine thébaine est à peu près assurée par le fait qu’ils ont été achetés à Louxor,
ils sont rares.
En revanche, les ostraca thébains des VIIe-VIIIe siècles mentionnant la
fabrication et la circulation des livres sont assez nombreux. Malgré leur caractère
souvent bref et allusif, ils ont volontiers été utilisés par les papyrologues et les
historiens, surtout par W. E. Crum, qui en avait tiré dès 1926 une synthèse
lumineuse, aussi bien pour l’archéologie du livre que pour l’histoire des textes 3.
Les ostraca et papyrus coptes découverts ou publiés depuis lors doivent donc être
examinés à la lumière des faits établis ou supposés par W. E. Crum, auxquels ils
apportent divers compléments. Je m’appliquerai notamment, dans les pages qui
suivent, à essayer de caractériser, tant du point de vue matériel que de celui du
contenu, les manuscrits coptes thébains des VIIe-VIIIe siècles, à dégager des
pratiques de fabrication et de copie, en repérant quelques personnalités de
copistes, et à préciser les conditions de circulation des livres.

1 Je ne prends pas en compte ici les ensembles gnostiques et manichéens, car les livres de ce
genre ne circulaient probablement pas dans la région thébaine à l’époque qui nous occupe.
2 Cf. W. GODLEWSKI, Le monastère de St Phoibammon = Deir el-Bahari 5 (Varsovie,
1987), pp. 46 et 58.
3 H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius at Thebes. I (New York,
1926), pp. 186-195 et 196-208.
150 ANNE BOUD’HORS

1. Les manuscrits coptes thébains (VIIe-VIIIe siècles)

Nous disposons des deux mêmes sources principales d’information que


W. E. Crum, auxquels s’ajoutent quelques documents épars 4. La première est un
grand ostracon de calcaire, acquis par U. Bouriant à Louxor à la fin du XIXe
siècle, sur les deux faces duquel est inscrit le «catalogue» (logos) – c’est-à-dire
l’inventaire – des livres du topos de St-Élie-du-Rocher 5. L’établissement dont il
s’agit, monastère ou église, n’a pas été identifié, mais étant donné le grand
nombre de livres répertoriés, il devait être important. L’inventaire comprend en
effet quatre-vingts entrées et à peu près toutes les catégories de la littérature copte
y sont représentées. Le support est presque toujours précisé, parfois l’état (ancien
ou neuf). Le papyrus (carths) est dominant : environ quarante-cinq mentions de
manuscrits de papyrus pour treize de parchemin (membranon).
Cet inventaire reçoit une sorte d’illustration dans un lot de papyrus littéraires
coptes conservé à la British Library sous la cote Or 7561. Ces papyrus ont été
achetés en 1846 par A. C. Harris à Thèbes, d’où ils proviennent donc très
vraisemblablement, mais sans qu’on puisse préciser si c’est d’un ou de plusieurs
monastères ou églises. Ils représentent les restes de vingt-deux codices 6 qui
contenaient des textes bibliques, liturgiques, hagiographiques, homilétiques 7. Il
pourrait s’agir là des restes d’une véritable «bibliothèque».
À ces témoins fondamentaux, on peut ajouter le manuscrit d’Anastasy no 9,
codex de papyrus trouvé à Thèbes en 1829 et conservé au musée national des
Antiquités de Leyde 8, qui contient plusieurs textes brefs, peut-être regroupés
dans un but prophylactique ; quelques fragments et feuillets de papyrus littéraires

4 Surtout des listes ou inventaires. Cf. P. VAN MINNEN, «Inventory of Church Property»,
Papyri, Ostraca, Parchments and Wax Tablets in the Leiden Papyrological Institute = Pap. Lugd.-
Bat. 25 (Leyde, 1991), n° 13, pp. 40-77, pll. I-IX ; G. SCHMELZ, Kirchliche Amtsträger im
spätantiken Ägypten nach den Aussagen der griechischen und koptischen Papyri und Ostraka
(Leipzig, 2002), pp. 93-97 et 164-165.
5 = SB Kopt. I 12. Édition la plus récente par R.-G. COQUIN, «Le catalogue de la
bibliothèque du couvent de Saint Elie ‘du Rocher’», BIFAO 75 (1975), pp. 207-239, pll. 38-39.
Voir aussi le commentaire de H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius
[n. 3], p. 197.
6 Forme exclusive du livre à cette époque.
7 Sur l’histoire de ces fragments, voir B. LAYTON, Catalogue of Coptic Literary
Manuscripts in the British Library Acquired since the Year 1906 (Londres, 1987), pp. XXXIII-
XLIV. Ils sont ensuite décrits selon leur contenu sous plusieurs numéros du catalogue (voir la
concordance, pp. XVI-XVII du catalogue).
8 Cf. W. PLEYTE et P. A. A. BOESER, Manuscrits coptes du musée d’antiquités des Pays-
Bas à Leide (Leyde, 1897), pp. 441-479.
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 151

trouvés au Deir Epiphanios 9 et quelques fragments trouvés, avec de très


nombreux ostraca, au topos de St-Marc sur la colline de Gournet Mourraï 10
(fig. 1). Mais surtout, les fouilles récentes de T. Gorecki sur un site très voisin, un
peu au nord du temple de Deir el-Medina, ont permis la découverte de deux
manuscrits, qui devraient enrichir considérablement notre connaissance du codex
thébain 11.
S’il peut paraître excessif de parler de typologie des manuscrits coptes de
Thèbes, on peut cependant en repérer quelques caractéristiques : leur support est
le plus souvent du papyrus ; bien qu’il soit souvent difficile d’en juger avec
certitude, vu l’état fragmentaire des manuscrits conservés, ils semblent composés
de cahiers de seize pages (ou quaternions) ; les dimensions des pages varient de
25 à 30 cm en hauteur et de 15 à 20 cm en largeur ; le texte est le plus souvent
écrit sur une seule colonne contenant entre 18 et 30 lignes, en écriture onciale
biblique ; d’autres fragments, probablement un peu plus tardifs, sont écrits en
onciale typiquement copte 12 et parfois sur deux colonnes.
Or, dans la perspective d’une paléographie copte raisonnée, ces manuscrits
thébains sont d’un grand intérêt, parce qu’ils peuvent être datés assez sûrement
des VIIe-VIIIe siècles 13, période pour laquelle les témoins sont peu nombreux.
D’un point de vue régional et chronologique, ils constituent donc comme un
chaînon manquant. À titre d’exemple, la comparaison avec deux autres groupes
de manuscrits est instructive : d’une part un groupe de codices de papyrus des
IVe-Ve siècles provenant d’Akhmim et se rattachant au «standard panopolite» 14,

9 Cf. P. Mon. Epiph. 578 ; 583 ; 592.


10 Ce site, à environ 3/4 d’heure de marche au sud-est du Deir Epiphanios, a été fouillé par
l’Institut français d’archéologie orientale dans les années 1970. Le résultat des fouilles n’est pas
encore publié. On en trouvera un aperçu dans les rapports du directeur de l’époque,
S. SAUNERON , BIFAO 70 (1971), pp. 235-274 ; 71 (1972), pp. 189-230 ; 73 (1973), pp. 217-263 ;
74 (1974), pp. 183-233. Les ostraca et papyrus sont en cours d’étude par Ch. Heurtel et moi-
même.
11 Voir, dans le présent volume, la communication d’I. Antoniak (p. 145-148).
12 Ce n’est pas ici le lieu de longs développements sur la paléographie copte. Je me permets
de renvoyer à mon article, «L’onciale penchée en copte et sa survie jusqu’au XVe siècle en Haute-
Égypte», Scribes et manuscrits du Moyen-Orient (Paris, 1997), pp. 117-133, où j’ai esquissé une
présentation des écritures coptes.
13 Plusieurs de ces manuscrits ou fragments ont été trouvés dans les mêmes couches
archéologiques que des ostraca qui datent de cette période ; en outre, certains textes, par exemple
ceux qui concernent Pisenthios, évêque de Coptos à la fin du VIe siècle et au début du VIIe
(Cf. B. LAYTON, Catalogue [n. 7], n°167), ne peuvent pas avoir été écrits antérieurement.
14 Selon l’expression de J. GASCOU, «Les codices documentaires égyptiens», Les débuts du
codex = Bibliologia 9 (Turnhout, 1989), pp. 71-101, en part. pp. 81-83.
152 ANNE BOUD’HORS

constitués probablement d’un cahier unique, où les feuillets mesurent environ 25


x 18 cm et où le texte est copié en pleine page, dans une écriture archaïque de
petit module 15 ; d’autre part le grand ensemble des manuscrits plus tardifs (VIIIe-
XIIe siècles) du monastère de Chenouté, dit «monastère Blanc», situé à quelque
200 km au nord, constitué exclusivement de livres de parchemin, copiés le plus
souvent sur deux colonnes, dans des écritures très variées 16. Entre ces deux
ensembles, les manuscrits thébains semblent être déjà de facture classique
(organisation en quaternions, formats et écritures plus grands), et attestent de
l’évolution de l’écriture. L’emploi préférentiel du papyrus est probablement dû au
fait qu’il restait, au moins dans cette région, moins cher que le parchemin. Si on
arrivait à cerner d’encore plus près les caractéristiques de ces manuscrits, on
pourrait probablement leur rattacher d’autres feuillets de provenance inconnue
conservés dans diverses bibliothèques modernes.
La variété des textes contenus dans ces livres est frappante. Comme le disait
déjà W. E. Crum, «the books read by these Thebans would seem to have been, as
indeed we should expect, of much of the same character as those which furnished
monastic libraries further to the south and north» 17. Des particularités locales
devraient pouvoir être repérées dans les textes hagiographiques. Les œuvres
concernant l’ascèse individuelle (Apophtegmes par exemple) semblent avoir été
bien en faveur. On relèvera aussi l’importance d’un auteur comme Évagre le
Pontique, dont les œuvres ne sont que très faiblement attestées en copte, mais
souvent mentionnées dans les ostraca 18.

15 Un exemple est reproduit dans Pages chrétiennes d’Égypte. Les manuscrits des Coptes
(Paris, 2004), p. 64, n° 42.
16 La bibliographie sur ces manuscrits, maintenant dispersés dans toutes les collections du
monde, est abondante. Plusieurs feuillets se trouvent reproduits dans Pages chrétiennes d’Égypte
[n. 15]. Il est probable qu’à une époque antérieure au VIIIe siècle, le monastère possédait des
livres de papyrus, mais il reste difficile de lui attribuer avec certitude certains des codices de
papyrus acquis dans la région. British Library Or. 5000 et Or. 5001, respectivement un Psautier et
un recueil d’homélies écrits sur papyrus et d’une facture assez proche de celle des manuscrits
thébains, sont donnés par leur éditeur, Budge, comme provenant du monastère Blanc
(cf. E. A. W. BUDGE , By Nile and Tigris. Vol. 2 [Londres, 1920], p. 340), information qui est
reprise dans H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius [n. 3], p. 194, mais
n’est plus mentionnée ni discutée dans les études postérieures sur la bibliothèque du monastère
Blanc.
17 H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius [n. 3], p. 208.
18 Cf. J. MUYLDERMANS, «Evagriana Coptica», Le Muséon 76 (1963), pp. 271-276 ; H.-
M. SCHENKE , «Das Berliner Evagrius-Ostrakon», ZÄS 116 (1989), pp. 90-107, pll. IV-V ;
H. QUECKE, «Auszüge aus Evagrius’ ‘Mönchsspiegel’ in koptischer Übersetzung», Orientalia 58
(1989), pp. 453-463 et pl. LXX.
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 153

2. Fabrication et copie

Parler de typologie des manuscrits thébains amène à poser la question de


l’existence de scriptoria, c’est-à-dire d’ateliers de copistes, comme il a pu en
exister dans les monastères de Chenouté, ou dans le Fayoum, près de l’ancienne
Tebtunis 19. Aucune trace archéologique n’en a été relevée et les textes
documentaires de la région semblent plutôt mentionner des pratiques
individuelles de copie : il est question en général d’un seul livre à la fois, livre qui
est commandé, réclamé, pour le lire, le méditer ou pour en copier des extraits.
Cela correspond d’ailleurs à la forme de vie ascétique assez peu communautaire
qui se dégage des textes et des sites : «If we are to maintain here the distinction
between coenobites and hermits, it will be needless, where quality is so similar, to
institute comparisons as to quantity. The books at the disposal of Epiphanius and
his circle were presumably very limited in number ; we know not whether any
considerable library, such as that represented by the catalogue B(ouriant) –
doubtless that of a coenobium – lay within their reach» 20. Or, grâce aux textes
nouvellement découverts sur le site de la tombe thébaine 29 21 et au réexamen
d’autres, déjà publiés ou en cours de publication, nous pouvons identifier et situer
plusieurs personnages qui ont pratiqué la copie de manuscrits.
Le prêtre Marc
Selon l’un des rapports de fouilles de Gournet Mourraï, R.-G. Coquin, alors
chargé d’étudier les ostraca, avait pu identifier au moins une quinzaine de pièces
écrites de la même main, qui devait être celle du prêtre Marc 22. Le dossier a été
récemment rouvert par Ch. Heurtel, qui a reconnu la même main dans d’autres
ostraca écrits par Marc et appartenant soit aux archives du Deir Epiphanios, soit à

19 Cf. L. DEPUYDT, Catalogue of Coptic Manuscripts in the Pierpont Morgan Library


(Louvain, 1993), vol. 1, pp. CXII-CXVI («The Scriptorium at Touton»).
20 H. E. W INLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius [n. 3], p. 208. Le
catalogue inscrit sur ostracon, dont il a été question plus haut, était-il vraiment celui de la
bibliothèque d’un monastère cénobitique? Une église importante n’aurait-elle pas pu disposer
d’une telle quantité de manuscrits? À titre de comparaison, l’inventaire de l’église de St Théodore
d’Hermopolis (P. Ryl. Copt. 238) comprend 31 livres, sans autre précision.
21 Fouilles de l’Université Libre de Bruxelles depuis 1999, sous la direction de Roland
Tefnin, et désormais de Laurent Bavay. Pour une présentation générale, voir Ch. HEURTEL,
«Nouveaux aperçus de la vie anachorétique dans la montagne thébaine : les ostraca coptes de la
tombe TT29», BSFÉ 154 (juin 2002), pp. 29-45.
22 S. SAUNERON , «Travaux de l’IFAO en 1972-1973», BIFAO 73 (1973), § 266.
154 ANNE BOUD’HORS

la documentation de TT 29 23. Un réexamen récent de tous les ostraca de Gournet


Mourraï 24 nous a permis de porter à environ cent cinquante le nombre de textes
écrits par Marc dans cet ensemble et de nous faire une idée un peu plus précise de
ce personnage. Il fut probablement diacre, puis prêtre de l’église de St-Marc à
Gournet Mourraï. Son écriture est très élégante et, bien que relevant d’un style
assez répandu au VIIe siècle, appelé «écriture semi-professionnelle penchée à
droite», elle possède quelques caractéristiques propres qui permettent de la
reconnaître presque à coup sûr (fig. 2). On notera en particulier les formes du m,
le tracé caractéristique du Ò et du ∂. Marc fut en relation avec trois personnages
importants et à peu près contemporains, l’anachorète Épiphanios, qui donna son
nom au topos étudié par W. E. Crum, Abraham, évêque d’Hermonthis 25 et
Pisenthios, évêque de Coptos. Cela permet de le situer au début du VIIe siècle.
Ses compétences durent être largement utilisées. En effet sa main est identifiable
sur un grand nombre de textes dans lesquels il n’est pas en cause. Il devait donc
d’une part servir de scribe pour la correspondance échangée entre les différents
sites de la montagne de Djémé, d’autre part copier des manuscrits, comme en
témoigne une lettre où il fait état d’une commande et demande du matériel pour
pouvoir l’honorer 26. Il est même possible qu’un manuscrit écrit de sa main ait été
conservé : il s’agit de P. Mon. Epiph. 592, l’un des manuscrits littéraires du Deir
Epiphanios 27, de contenu liturgique (hymnes), bilingue (grec et copte), qui se

23 Ch. HEURTEL, «Marc le prêtre de Saint-Marc», Actes du huitième congrès international


d’études coptes. Paris, 28 juin - 3 juillet 2004 = OLA 163 (Louvain, 2007), vol. 2, pp. 727-750.
24 Mission d’étude de novembre 2005.
25 Cf. M. KRAUSE, Apa Abraham von Hermonthis. Ein oberägyptischer Bischof um 600,
Diss. (Leipzig, 1958).
26 O. 292852, provenant des fouilles de TT 29, en cours de publication : «Fais-moi la grande
faveur de me doubler (plier?) les autres papyrus (pour) demain matin, car j’en ai besoin, parce que
j’ai reçu (?) un acompte aujourd’hui pour le Sticheron. Et quant au noir (mela), je te le
rembourserai en espèces». Cf. fig. 2. Le mot ()"*'+Ò, désigne une composition versifiée : voir la
discussion sur la signification de ce titre de livre dans H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The
Monastery of Epiphanius [n. 3], p. 207. Il pourrait s’agir d’un recueil d’hymnes liturgiques ; on ne
peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le manuscrit P. Mon. Epiph. 592, qui contient des
hymnes ou sentences acrostiches, et qui a peut-être justement été copié par Marc (voir note
suivante).
27 Dans H. E. W INLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of Epiphanius [n. 3], p. 309 et pl. I,
W. E. Crum avait déjà signalé que l’écriture du manuscrit ressemblait à celles des ostraca n° 84 et
328, précisément écrits par Marc, et relevait la proximité de cette écriture avec celle des très
longues inscriptions littéraires copiées sur les murs de la tombe autour de laquelle s’était installé le
topos. Si l’identification de la main de Marc se confirmait là aussi, cela voudrait dire que Marc a
séjourné au Deir Epiphanios, ce qui n’est pas exclu.
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 155

présente comme un ensemble de 8 feuillets de 17 x 12,5 cm 28, cousus ensemble


assez grossièrement.
Il se trouve que l’écriture des hymnaires est assez souvent de type penché 29 et
se rapproche ainsi du type d’écriture des documents. La main de Marc y est donc
facile à reconnaître. Mais un copiste expérimenté comme il l’était peut fort bien
avoir copié aussi des manuscrits dans un tout autre genre d’écriture. Ainsi, il n’est
pas impossible que Marc soit également le copiste de certains manuscrits dont les
fragments ont été retrouvés sur le site de Gournet Mourraï.
Moïse, anachorète et prêtre ?
Dans l’ostracon O. 292852 évoqué ci-dessus (cf. note 26), Marc s’adresse à un
«maître Moïse». Ce Moïse est le destinataire de plusieurs ostraca trouvés à TT 29,
dans le voisinage de laquelle il est probable qu’il habitait, en compagnie d’un
certain Psaté 30. La plupart des lettres qui leur sont adressées tournent autour de
l’envoi de livres. Moïse y est appelé soit simplement «frère», soit «anachorète»,
soit «prêtre», mais rien n’empêche que ce ne soit le même personnage.
Anachorète par sa position retirée, il était peut-être prêtre d’une église proche 31,
dont le soin et la copie des livres étaient à sa charge.
Deux ostraca signés de lui ont été également retrouvés, mais ne semblent pas
écrits de la même main, ce qui est un peu troublant 32. En revanche l’écriture de
l’un d’eux (fig. 3) se retrouve sur plusieurs autres ostraca non signés et doit sans
doute être reconnue comme sienne. Sans avoir l’élégance de celle de Marc, cette

28 Soit des dimensions nettement inférieures à celles que l’on rencontre habituellement.
29 On pourra comparer, par exemple, avec l’antiphonaire M575 de la collection Pierpont
Morgan : cf. L. DEPUYDT, Catalogue of Coptic Manuscripts in the Pierpont Morgan (Louvain,
1993), n° 58.
30 La correspondance adressée à Moïse et/ou Psaté a été récemment étudiée par
Ch. HEURTEL, «Les prédécesseurs de Frangé : l’occupation de TT29 au 7e siècle» à paraître dans
les actes de la 12e journée d’études coptes (Lyon, mai 2005).
31 Quelques débris de colonnes situés à une centaine de mètres de TT 29 sont les restes d’une
église desservant plusieurs ermitages installés dans les tombes environnantes. Voir ici même la
vue générale du site dans l’article de Ch. Heurtel. Un peu plus au nord, sur la même pente, se
trouvaient aussi les restes d’un monastère assez important installé devant des tombes pharaoniques
et «par devant ces tombes sont les restes d’une petite église de pierre avec deux rangées de
colonnes» (J. DORESSE, «Monastères Coptes Thébains», Revue des conférences françaises en
Orient [novembre 1949], pp. 3-16, en part. p. 8).
32 Cependant les apparences sont souvent trompeuses et l’écriture d’un même personnage
peut varier selon les circonstances. Il me semble qu’on peut repérer des traits fondamentaux
communs aux deux ostraca et les attribuer tous deux au même Moïse.
156 ANNE BOUD’HORS

écriture est bien régulière et on imagine aisément des manuscrits en onciale


copiés par Moïse.

Frangé, tisserand, copiste et relieur


L’occupation de la tombe TT 29, peut-être inaugurée par Moïse et Psaté, se
poursuivit, une ou plusieurs générations après eux, par celle du fameux Frangé,
dont plusieurs centaines de lettres ont été découvertes sur le site 33. Il est à peu
près assuré, grâce à divers recoupements, que la présence de Frangé à cet endroit
date de la première moitié du VIIIe siècle 34. À cette période, il est également fort
probable que le Deir Epiphanios et l’église de St-Marc étaient encore en activité.
Une étude serrée des textes devrait permettre de préciser un peu quels
changements étaient intervenus dans la vie des habitants de la «montagne de
Djémé» 35 avec la conquête musulmane. Les préoccupations quotidiennes
semblent les mêmes, peut-être teintées d’un peu plus d’inquiétude et
d’insécurité 36. Frangé lui-même n’était pas prêtre. C’était une sorte d’ascète,
exerçant une certaine autorité spirituelle, et qui pratiquait plusieurs activités,
attestées à la fois par le matériel archéologique et l’importante correspondance :
tissage (surtout linceuls et bandelettes), copie et «reliure» de livres. Son écriture,
également très caractéristique (cf. fig. 4), est moins professionnelle que celle de
Marc ou même de Moïse. Elle est cependant assez régulière pour lui permettre la

33 Il apparaît que Frangé a conservé la plus grande partie des lettres qu’il écrivait. Il est
difficile de mesurer si ce fait est exceptionnel. Le grand nombre d’ostraca de la main de Marc
retrouvés à Gournet Mourraï pourrait relever du même phénomène.
34 Cf. T. G. WILFONG, Women of Jeme. Lives in a Coptic Town in Late Antique Egypt (Ann
Arbor, 2002), pp. 70-71, 120 ; «New Texts in Familiar Hands : Unpublished Michigan Coptic
Ostraca by Known Scribes», Coptic Studies on the Threshold of a New Millennium. Proceedings
of the Seventh International Congress of Coptic Studies, Leiden, 27 August - 2 September 2000 =
OLA 133 (Louvain, 2004), pp. 550-551 ; A. BOUD’HORS, «L’apport de papyrus postérieurs à la
conquête arabe pour la datation des ostraca coptes de la tombe TT29», From al-Andalus to
Khurasan. Documents from the Medieval Muslim World (Leyde, 2007) pp. 115-129.
35 On désigne par ce nom la zone de désert qui s’étend, du sud au nord, de la ville copte de
Djémé, installée dans l’enceinte du temple de Ramsès III à Médinet Abou, au dit «monastère de
Phoibammon», situé sur la troisième terrasse du temple d’Hatchepsout à Deir el-Bahari.
36 Intéressantes réflexions sur ce point dans A. BIEDENKOPF-ZIEHNER, «Christen und
Muslimen im Spiegel thebanischer Urkunden des 7.-9. Jh.», Die koptische Kirche in den ersten
drei islamischen Jahrhunderten = Hallesche Beiträge zur Orientwissenschaft 36 (Halle [Salle],
2003), pp. 41-70.
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 157

copie de manuscrits 37. Mais, comme Moïse, c’est surtout à la «finition» des
livres qu’il paraît s’être attaché.

3. Finitions et prix

Dans la fabrication d’un livre, les tâches étaient réparties entre différentes
personnes. Le copiste qui recevait une commande devait se procurer du papyrus
(carths) et de l’encre (mela) 38. L’ostracon O. 292852 semble faire allusion à
une opération de préparation du support : il s’agit peut-être de «doubler» ou
«plier» des feuilles de papyrus (kwb nkecarths), en vue d’exécuter une copie
du Sticheron.
Une fois la copie effectuée, que se passait-t-il ? Ce que dit F. Déroche à propos
des manuscrits arabes pourrait s’appliquer ici : «Les divers matériaux et
techniques employés offraient un vaste éventail de solutions sur le plan
économique, ce qui fait que relier un livre ne représentait pas forcément une
dépense extravagante pour le commun des mortels. Pourtant il semble que tous
les manuscrits n’aient pas été reliés» 39. Dans nos textes, le mot qui désigne cette
opération de couverture ou de reliure est le verbe kosmei (grec &$(µ-›,), à qui il
faut donner son sens de «mettre en ordre», c’est-à-dire «finir», bien plutôt que
celui d’«orner» ou «enluminer» – les manuscrits de cette région et de cette
période sont en effet modestes et ont peu de chances d’avoir été décorés 40. Moïse

37 L’écriture du manuscrit d’Anastasy évoqué plus haut, par exemple, n’est pas d’un copiste
de première qualité. Cf. W. PLEYTE et P. A. A. BOESER, Manuscrits coptes [n. 8], p. 471.
38 Si c’est bien ainsi qu’il faut interpréter ce mot emprunté au grec dans l’ostracon O. 292852
déjà cité n. 26. On le trouve dans ce sens dans le Martyre d’Apa Epima (cf. I. BALESTRI et
H. HYVERNAT , Acta Martyrum = CSCO 43 [Paris, 1907], p. 142, 10). Il est assez rare dans les
textes documentaires ; cf. Förster, WB, p. 510, qui cite deux occurrences dans les P. Kellis V, qui
semblent plutôt relever d’un contexte médical, mais en note à P. Kellis V 19, 21, l’éditeur hésite :
«swLIn mela […] perhaps simply an ‘ink pot’». Faut-il voir un de ces pots à encre dans le fond
d’amphore trouvé à TT 29, empli d’un mélange noir où sont restés plantés deux calames (fig. 5)?
39 F. DÉROCHE , Manuel de codicologie des livres en écriture arabe (Paris, 2000), p. 274.
Faut-il voir dans P. Mon. Epiph. 592 dont il a été question plus haut un de ces manuscrits laissés
volontairement sans reliure?
40 Ce que disait déjà W. E. Crum (H. E. WINLOCK et W. E. CRUM, The Monastery of
Epiphanius [n. 3], p. 194. La bibliographie sur le sujet est assez abondante, mais certains textes
demandent à être revus, notamment le P. Köln 10213 (cf. M. WEBER, «Zur Ausschmückung
koptischer Bücher», Enchoria 3 [1973], pp. 53-52, pll. 7-8). J’espère pouvoir faire en une autre
occasion la démonstration complète de ce que j’avance ici. En attendant on consultera avec grand
profit l’article de Chr. KOTSIFOU, «Books and Bookproduction in the Monastic Communities of
158 ANNE BOUD’HORS

semble s’être souvent livré à cette occupation, comme on le voit dans les deux
exemples suivants :
- Lettre de Marc au prêtre (Moïse) et à Psaté : eis ppre vaustos afsjai
jap∂wwme eÒwpe akkosmei mmof ari tagaph taaf mpefrwme...
«Voici que le prêtre Phaustos a écrit au sujet du livre. Si tu l’as fini/relié, s’il te
plaît donne-le à son serviteur…» 41.
- Lettre de Matthieu au prêtre Moïse : ari tagaph eÒwpe eakwsp
p∂wwme ebol tnnoouf nai ntanau erof mpatekkosmei mmof... «Si
tu as ??? le livre, envoie-le moi pour que je le voie avant que tu ne le
finisses/relies» 42.
Une réclamation fort mécontente de Frangé fait allusion au même travail :
mpetnr paÒipe nqe nououjor ntetnsenau †elaciston nsrtok
naï eijeÒ Ómos en∂wwme ekosmi Ómoou… «Vous ne m’avez pas
respecté (et vous m’avez traité) comme un chien en ne me fabriquant pas la petite
aiguille de métal qui me manque pour la finition des livres» 43.
La couverture était faite d’une peau de chèvre (Òaar) recouvrant des
fragments de papyrus de rebut amalgamés pour constituer des sortes de «plats de
reliure» – les ais en bois, beaucoup plus chers, étant plus rares. Un fragment de ce
qui devait être un ais a été retrouvé à TT 29 44. De même provenance, un ostracon
signé de Moïse pourrait bien évoquer la confection de ces plats 45 : «Tu m’as
quitté en disant que tu m’apporterais au nord de la gomme (kmme) et des vieux
papyrus (carths n-as). Tu as négligé de le faire jusqu’ici. Je t’avais fait
confiance, j’ai fait cuire la colle (? ‡olle 46) : elle s’est abîmée et gâtée ; elle est
[inutilisable]. Maintenant pense à m’apporter les papyrus et la gomme pour que je
fabrique les ais (? [po]rk)» 47. D’après divers échanges de messages, l’artisan

Byzantine Egypt», The Early Christian Book (Washington, 2006), pp. 66-101. Je remercie
Chr. Kotsifou de m’avoir donné accès à cet article à l’avance.
41 O. 292024 + 2368. Cf. fig. 2.
42 O. 292043. La lecture eakwsp est tout à fait sûre. Mais je ne vois pas quel sens donner à
un verbe wsp ebol, inconnu des dictionnaires : «achever»?
43 O. 292238. Cf. fig. 4.
44 On en voit une reproduction ici même, dans l’article de Ch. Heurtel.
45 O. 292454.
46 = grec &Ò##.?
47 Il est vrai que les opérations mentionnées pourraient convenir aussi à la préparation de
l’encre. Mais la mention de «vieux papyrus» et du mot pork (dont le sens reste encore à préciser)
me font pencher pour la confection d’amalgames de papyrus. Peut-être la gomme servait-elle de
liant et permettait-elle d’utiliser la colle de façon plus efficace?
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 159

avait besoin d’une aiguille (soure, pour coudre les feuillets ensemble ?), d’une
peau, peut-être d’une sorte de poinçon ou «couteau» (karte) pour faire quelques
décorations sur le cuir et de liens de cuir (mous ?) qui servaient à fermer la
couverture. Le tout est très bien illustré par la reliure du manuscrit d’Anastasy 48.
Le mot koeij, littéralement «étui», employé à plusieurs reprises dans les textes
de la région thébaine, et utilisé aussi au monastère Blanc 49, désigne
probablement ce genre de couverture/reliure, mais pourrait aussi désigner le livre
relié ou recouvert 50.
Récapitulation des principaux termes techniques
∂wwme livre copié
carths papyrus
mela (encre) noire
kosmei " " " relier/finir
carths n-as vieux papyrus
kmme gomme
‡olle colle
Òaar peau
mous lanière
koeij étui
" koeij livre recouvert

48 Cf. W. PLEYTE et P. A. A. BOESER , Manuscrits coptes [n. 8], p. 441.


Cf. T. C. PETERSEN, «Early Islamic Bookbindings and their Coptic Relations», Ars orientalis 1
(1954), pp. 41-64, en part. fig. 33 ; pour la description technique de ce type de reliure, voir
J. A. SZIRMAI, The Archaeology of Medieval Bookbinding (Aldershot, 2001), pp. 32-44. On
attend évidemment beaucoup de l’examen des reliures des manuscrits trouvés par T. Gorecki.
49 Dans les inscriptions de la «chambre secrète» sont mentionnés plusieurs manuscrits
atkoeij («sans reliure»?) : cf. T. ORLANDI, «The Library of the Monastery of Saint Shenute at
Atripe», Perspectives on Panopolis = Pap. Lugd.-Bat. 31 (Leyde, 2002), pp. 211-231, en
part. p. 213. Dans le fragment Ifao 166 B, qui contient la fin d’une catéchèse sur Marie, se trouve
une note du diacre David qui demande qu’on le bénisse car «c’est lui qui a travaillé à fixer la
couverture au livre» (ntof afÒp jise afsmn pikaeij api∂wme) ; cf. C. LOUIS, Catalogue
raisonné des manuscrits littéraires coptes conservés à l’IFAO du Caire, Thèse de doctorat (Paris,
2005).
50 Cf. E. REVILLOUT, «Textes coptes issus de la correspondance de St Pésunthius évêque de
Coptos», Revue égyptologique 9 (1900), pp. 133-177, n° 22 : eis jhhte saÒf nkoeij ne se
mpma niwb on ete papostolos pe nagios (iwan)nhs jn ou∂wwme nouwt pkata
maqqaios psticeron apa danihl ppanare… : «Voici qu’il y a sept reliures ; elles sont de
nouveau chez Job ; ce sont … (suivent des noms de livres bibliques et ascétiques)».
160 ANNE BOUD’HORS

Recouvrir un livre devait malgré tout représenter une dépense importante, si


l’on en juge d’après le nombre de reliures réutilisées et le nombre de manuscrits
retrouvés sans reliure, signe que c’était un élément facilement monnayable. En
tous cas le prix d’un livre est la plupart du temps donné «sans la peau», et si le
commanditaire veut une couverture, il lui faut souvent la fournir lui-même. Le
prix d’un livre reste assez stable au cours des VIIe-VIIIe siècles : le standard
semble être d’un trimêsion d’or, soit un tiers de sou d’or (solidus, nomisma,
holokottinos), l’unité monétaire. C’est un prix assez élevé si l’on considère que la
même somme peut représenter le montant de l’impôt par tête pour certaines
années au VIIIe siècle 51. Le prix peut monter jusqu’à deux trimêsion pour un
livre recouvert de peau 52. Dans la même catégorie de prix semblent se ranger
aussi les linceuls funéraires. Ce sont les rares objets mobiliers qui se monnayent.
Les autres objets, comme les denrées, semblent plutôt s’échanger, sauf peut-être
le blé. Malgré un prix assez élevé, il semble que la demande soit plus forte que
l’offre et que les copistes aient du mal à honorer leurs commandes : on conserve
un nombre important de réclamations, de menaces, de lettres suspicieuses, comme
dans l’exemple suivant :
O. 292043 : «À remettre au prêtre Moïse de la part du très humble Matthieu.
Si tu as ??? le livre, aie la bonté de me l’envoyer pour que je le voie avant
que tu le recouvres, à moins que tu n’aies deux paroles. Tu m’as dit ‘je vais
te le copier pendant cette Pâque’. Un frère m’a dit que tu l’avais copié. Ne
l’aurais-tu pas donné à quelqu’un d’autre de ceux qui nous fréquentent ?
Pense à me l’envoyer pour que je le voie, à moins que ta parole ne soit
bifide. C’est Dieu que tu trompes et que tu renies. Salut dans le Seigneur !»
Cette plainte résume assez bien la vie de la région thébaine à l’époque copte :
qualité et variété des ouvrages lus et copiés d’une part, précarité de la vie
quotidienne d’autre part, jointe à l’urgence continuelle que cette précarité semble
entraîner. On est assez loin de l’image du moine copiant tranquillement page
après page dans la paix d’un scriptorium. Malgré cela, comme il a été dit plus
haut, il semble bien qu’il se dégage des témoins et des témoignages conservés une
sorte de typologie des manuscrits thébains de cette période et que cette typologie
soit un maillon précieux dans l’histoire du livre copte. Il y a tout intérêt à

51 Cf. I. POLL, «Die /"01+.2$,-Steuer im spätbyzantinischen und früharabischen Ägypten»,


Tyche 14 (1999), pp. 238-273.
52 À l’autre extrême, on peut citer le passage (littéraire, donc sujet à exagérations) de «The
Life of John the Monk», où un père fait copier et relier un «Évangile» pour son fils et dépense
pour la reliure cinq cents solidi et une grande quantité de pierres précieuses : cf. E. A. W. BUDGE,
Coptic Martyrdoms (Londres, 1914), pp. 186-187.
COPIE ET CIRCULATION DES LIVRES 161

continuer à scruter les textes de toutes sortes qui concernent les livres, en espérant
que d’autres découvertes viendront compléter ou corriger l’image qui vient d’être
présentée.

CNRS/Institut de Recherche et d’Histoire des Textes Anne BOUD’HORS


Pl. XIV

Fig. 1. Fragment de codex littéraire sous verre provenant des fouilles


de Gournet Mourraï. Cliché Ch. Heurtel

Fig. 2. TT 29, O. 292852 v. Lettre de Marc à Moïse. Cliché MANT

Fig. 3. TT 29, O. 292451 v. Lettre de Moïse. Cliché MANT


Pl. XV

Fig. 4. TT 29, O. 292238. Réclamation de Frangé à propos d’une aiguille


Cliché Ch. Heurtel

Fig. 5. TT 29, objet no 291001. Fond d’amphore d’Assouan


Cliché L. Bavay/MANT
TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . V

TABLE DES MATIÈRES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XI

Philippe DERCHAIN, Reflets thébains de la politique étrangère de


Philadelphe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
Françoise LABRIQUE, Les divinités thébaines dans les chapelles saïtes d’Ayn
el-Mouftella . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Laurent COULON, La nécropole osirienne de Karnak sous les Ptolémées . . . . 17
Brian MUHS, Archival Archaeology of Early Ptolemaic Theban Papyri and
Ostraca . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Ursula KAPLONY-HECKEL, Die demotischen Ostraka vom Heiligen See in
Karnak (ODK-LS) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
.
John GEE, History of a Theban Priesthood . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Marja VIERROS, Greek or Egyptian? The Language Choice in Ptolemaic
Documents from Pathyris . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
Marie-Hélène MARGANNE, Extrait du «Catalogue des papyrus littéraires
grecs et latins» : les textes provenant de la région thébaine . . . . . . . . . . . 87
Magali DE HARO SANCHEZ, Les papyrus iatromagiques grecs et la région
thébaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Alain MARTIN, De Thèbes à Brooklyn avec Claire Préaux . . . . . . . . . . . . . . . 103
Adam !AJTAR, The Cult of Amenhotep Son of Hapu and Imhotep in Deir
el-Bahari in the Hellenistic and Roman Periods . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Paul HEILPORN, À la recherche du clergé thébain à l’époque romaine . . . . . . 125
Guy LECUYOT et Catherine THIRARD, La montagne thébaine à l’époque
copte à travers ses vestiges archéologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137
Iwona ANTONIAK, Recent Discoveries in the Hermitage of Sheikh Abd el-
Gurna : Coptic Codices and Ostraca . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
Anne BOUD’HORS, Copie et circulation des livres dans la région thébaine
(VIIe-VIIIe siècles) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
Chantal HEURTEL, Le petit monde de Frangé : une microsociété dans la
région thébaine au début du VIIIe siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
Florence CALAMENT, «De Maria à Hèlisaos…» Micro-économie et
toponymie en question dans la région thébaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Alain DELATTRE, Inscriptions grecques et coptes de la montagne thébaine
relatives au culte de saint Ammônios . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
INDEX . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189