Vous êtes sur la page 1sur 10

Départements des Sciences Economiques

S5 semestre
Parcours : Economie et gestion
Sections : 1 - 2 - 3 - 4

Pr. F. BEN EL HAJ

Cours : Histoire de la pensée


économique

(Les pré-classiques)

Année universitaire 2020/2021

1
Première partie : La pensée économique pré classique

• Dès les années 1500 à la naissance de la pensée classique dans la deuxième moitié du XVIII
siècle nous pouvons distinguer deux grands courants domaine de la réflexion économique : Le
mercantilisme et la physiocratie.
- Le mercantilisme apparu au XVI siècle cherche essentiellement à déterminer les moyens
pratiques pour enrichir la nation.
• Les auteurs de ce courant, principalement des européens, proposent des recettes susceptibles
d'accroitre la puissance politique du royaume en développant sa puissance économique.
• Ils considèrent que l'origine de la richesse réside dans l'accumulation des métaux précieux.
- La physiocratie est un courant théorique national spécifiquement français. Il est né au XVIII
siècle en France et disparait avec la révolution française et sous la concurrence des idées des
économistes classiques anglais.
Le courant physiocratique prône le libéralisme économique et ses auteurs construisent une
théorie globale qui s'exprime sous forme de biens réels.
• Ils font de la productions agricole l'origine de la richesse de la nation.
• Ils accordent à l'agriculture un rôle crucial dans la création de la richesse d'où leur théorie de
la valeur agrarienne.
• Nous examinerons ces deux courants dans les chapitres l et 2.

2
CHAPITRE I : LE MERCANTILISME
• La réflexion économique développée au cours de la période allant du milieu du XVIe siècle
au milieu du XVIIIe siècle est habituellement désignée sous le vocable de mercantilisme.
• Le mercantilisme ou ce que A. Smith appelait le « système mercantile » est un courant de
pensée qui cherche essentiellement les moyens pratiques pour enrichir la nation.
• Il rassemble des auteurs européens vivant en, France, en Angleterre dans J. péninsule
ibérique, ou en Allemagne ou en Autriche.
• Ces auteurs considèrent que les métaux précieux (or et argent) sont l'essence de richesse,
que la balance commerciale doit être excédentaire et au interventionniste doit mener une
politique de protection aux frontières.
• Pour atteindre cet objectif, les mercantilistes adressent aux princes et gouvernants des
recommandations dans les domaines monétaire, financier ou commercial.
• Considérées comme des règles de politique économique à appliquer ces recommandations
visent à attirer et à conserver sur le territoire nationale métaux précieux qui constituent selon
eux la principale richesse indispensable au développement économique.
• Les mercantilistes situent le but de l'activité économique dans l’enrichissement ; et
l'enrichissement devra d'abord être celui de la nation. Enrichir la nation, tel est le grand sujet
de leur réflexion.
• Les moyens à mettre en œuvre pour le réaliser diffèrent selon les auteurs et les pays.
• D'où l'existence de plusieurs formes de mercantilisme que nous allons d'abord brosser à
grands traits avant d'examiner les thèmes étudier par les mercantilistes.
Section I : les différentes formes nationales du mercantilisme
• la problématique centrale du mercantilisme : Identifier les modalités pratiques qui
permettent la puissance et la richesse de la nation et la rendre prospère et puissante, et,
recommander les moyens à mettre en œuvre pour préserver la richesse nationale et défendre le
pays contre la concurrence étrangère.
• Trois types de réponses sont avancés pour répondre à ces préoccupations majeures.
 La réponse du courant espagnol qu'on connait sous le nom de « bullionisme »
 La réponse du courant anglais qu'on désigne par le nom de « commercialisme ».
 La réponse française qu'on appelle « l'industrialisme ».
A- Le mercantilisme ibérique : le bullionisme
• Développé principalement en Espagne et au Portugal au milieu du XVI e siècle, le
bullionisme est le premier aspect du mercantilisme, mais aussi le plus sommaire.
• Il part de l'idée selon laquelle la richesse de l'Etat réside dans l'importance de son stock de
métaux précieux et que la puissance de son souverain repose sur une large disponibilité de ces
métaux.
• Les mercantilistes bullionistes se donnent pour ambition exclusive l'accumulation et la
conservation des métaux précieux dans les caisses du royaume.
• La valeur intrinsèque de l'or et de l'argent et leur caractère impérissable leur semblent
l'essence même de la richesse. Leur nom est venu de cette croyance.
• On les nomme les « bullionistes » (de l'anglais bullion) qui signifie or en barres ou or et
argent en lingots).

3
• Ce terme traduit l'intérêt presque exclusif des mercantilistes ibériques pour les métaux
précieux.
• Croyant que l'abondance monétaire est source de richesse, les bullionistes interdisent la
sortie des métaux précieux afin de favoriser leur accumulation.
• Ils recommandent aussi d'utiliser la taxation des capitaux pour éviter leur emploi en dehors
du royaume. Ils favorisent aussi les exportations. Pour encourager celles-ci, ils préconisent la
dévaluation (abaissement de la valeur de la monnaie nationale) pour stimuler les exportations.
• Dans le domaine du commerce extérieur, les bullionistes espagnoles ont développé le
système de la « balance des contrats » qui consiste à ne rien acheter aux pays étrangers tant
que ces derniers n'achètent rien à l'Espagne.
• Les mercantilistes espagnols (L. Ortiz et Olivares) sont considérés comme les premiers
théoriciens du protectionnisme et de la défense de l'économie nationale.
• Ils recommandent :
- d'interdire la sortie des métaux précieux du royaume et encouragent leur afflux sur le
territoire national afin d'enrichir le prince et la nation.
- de prohiber l'importation des articles manufacturés, encourager la production nationale et
interdire l'exportation des produits de l'agriculture et de l'élevage.
- Appliquer avec vigueur «lois somptuaires» pour cesser l'importation et la
commercialisation des produits de luxe (tissus, bijoux...) qui grèvent la balance
commerciale.
- exploiter au maximum les mines de métaux précieux, au besoin, en conquérant avec force
des territoires nouveaux. Les guerres et les conquêtes des colonies peuvent apporter des
ressources nouvelles.
• En pratiquant une politique protectionniste, l'Espagne s'est ruinée économiquement, car elle
n'a pas pu empêcher la fuite des métaux précieux et éviter la contre bande.
• L'amas de métaux précieux en provenance du nouveau monde ne l'a pas incitée à développer
une industrie nationale capable de lui fournir les produits manufacturés dont elle a besoin.
• Dotée d'une industrie et d'une agriculture peu développées et incapables de satisfaire les
besoins de sa population, l'Espagne est obligée d'importer les denrées de l'extérieur qu'elle
paie avec l'or et l'argent qu'elle prélève dans les pays d'Amérique. Ses déficits commerciaux
font donc sortir l'or et l'argent qui y entrent.
B- le mercantilisme anglais : Le commercialisme
Le commercialisme s'est développé au XVIIe siècle en Angleterre, en Hollande, mais sa
variante anglaise est la plus connue. Ce courant est dominé par des marchands et par
conséquent par la valorisation du commerce.
Il voit dans le commerce extérieur la principale source d'enrichissement de la nation.
• Ses principaux auteurs, Thomas Mun (1571-1641), Josias Child (1630-1699) John Locke
(1632-1704), précisent la notion de la balance commerciale, s'attachent à mieux étudier les
effets des variations de changes sur la valeur des exportations et des importations et analysent
les relations existant entre la monnaie, l'intérêt et le commerce.
• Ils insistent sur la nécessité de privilégier des échanges avec l'extérieur afin d'obtenir une
balance commerciale excédentaire, car pour eux le solde positif d'une balance commerciale
engendre l'afflux des métaux précieux et fait accroitre le stock d'or et d'argent en circulation
dans le pays.
• Pour atteindre cet objectif il convient donc d'encourager l'activité des marchands du
royaume (le négoce) et favoriser les grandes compagnies maritimes de commerce.

4
• Considéré comme la source préférentielle d’enrichissement, le négoce est encouragé par la
sauvegarde des intérêts des marchands, par une paix civile assurée et par la garantie de la
propriété individuelle.
• Pour favoriser les compagnies de commerce, l'Etat (le roi) promulgue des textes
réglementaires qui préconisent le monopole du transport (essentiellement maritime) afin
d'assurer le maximum de commerce extérieur aux navires anglais.
• Les réalisations les plus connues dans ce domaine, sont la création de la Compagnie des
Indes Orientales (1602), l'Est India Company et de l'Act of navigation (1651) qui accorde le
monopole du pavillon à la flotte anglaise (le transport de toutes les marchandises entrant ou
sortant d'Angleterre est réservé aux navires anglais).
C- le mercantilisme français : l'industrialisme
L'industrialisme est une politique économique suivie en France au XVII e siècle.
Il développe une conception centralisatrice et industrialiste de l'activité économique. Ses
partisans les plus célèbres sont Antoine de Montchrestien (1576-1621) et Jean Baptiste
Colbert (1619-01683), que l'on considère comme le plus grand « praticien du mercantilisme
français. A ces noms s'ajoute Jean Bodin dont la contribution à la réflexion économique dans
le domaine de la monnaie et des prix est importante.
- A. de Montchrestien est l'auteur du premier « traité d'économie politique » paru en 1615.
• Cet ouvrage constitue une large synthèse de la pensée mercantiliste du XVIIe siècle en
France. Il s'organise autour d'une idée fondamentale : ceux qui sont appelés à gouverner les
Etats doivent avoir la grandeur, la puissance et l'enrichissement comme objectif principal.
Cette position souligne le caractère central joué par l'Etat dans la pensée mercantiliste.
• Dans cet ouvrage, A. de Montchrestien rejette l'obsession monétaire des bullionistes apporte
des nuances à la conception de la richesse, développe des thèses prônant le développement de
la production et propose des moyens de l'accroitre.
• Il remarque que la monnaie est la richesse, non parce qu'elle est un bien durable qu'on peut
stocker, mais parce qu'elle est un pouvoir d'achat. Elle permet d'acquérir des biens qui
constituent véritablement la richesse.
• Selon lui, ce ne sont point les métaux précieux qui font la richesse mais le bon emploi qu'on
en fait, l'abondance des denrées que peuvent produire l'agriculture, le commerce et l'artisanat.
• La richesse d'un pays se mesure désormais par le niveau de son activité productive et
commerciale et non par son stock d'or et d'argent thésaurisé.
• La France ne dispose, ni sur son territoire, ni dans ses colonies de mines de métaux précieux
pouvant mesurer sa richesse. Pour s'enrichir, il faut nécessairement faire venir l'or et l'argent
de l'étranger par des excédents de la balance du commerce.
• Le pays a néanmoins quelques atouts : une population nombreuse et industrieuse, un vaste
territoire, des sols fertiles sous un climat favorable et un pouvoir politique fort ; ce qui lui
permet d'avoir une importante production agricole et artisanale et renforce sa position
économique et industrielle en Europe.
• Il doit se servir de cette base pour favoriser l'établissement des manufactures pour
développer une production nationale qui permettrait d'établir la balance commerciale et
assurer un excédent exportable de production.
• L'Etat doit aider les manufactures en intervenant directement dans l'industrie en protégeant
les inventions, en accordant des subventions et des protections douanières et en créant des
monopoles par l'octroi des privilèges.
• Montchrestien développe une conception favorable à l'activité économique.

5
• Il souligne que l’agriculture, l’industrie et le commerce sont des activités importantes et
interdépendantes.
- L'agriculture et l'élevage jouent un rôle clé dans l'économie. Prospères et rentables, ils
permettraient de fournir à la population des produits alimentaires à bon marché, ce qui
limiterait le coût de la main d'ouvre, d'approvisionner les manufactures en produits bruts à
meilleur prix et affranchirait l'Etat de coûteuses importations. Ainsi, ils sont considérés
comme les premières sources de la richesse.
- Mais, si l'activité agricole est fondamentale, elle doit être accompagnée de la production
industrielle qui est l'avenir et le complément des produits agricoles. Les activités artisanales et
industrielles sont conçues comme moins nécessaires complémentaires à l'activité agricole, car
la société doit être abondamment fournie en tous produits.
- Le commerce, quant à lui est une activité supérieure puisque l'industrie pour lui. C’est une
profession honorable, pleinement légitimée et dont on vante les bienfaits et les mérites. C'est
une activité lucrative féconde « qui apporte l'abondance dans l'Etat et la répand sur les sujets à
proportion de leur industrie et de leur travail ».
Il est l'élément indispensable au développement d'une société fondée sur la division du travail
et le progrès technique.
A. De Montchrestien est le premier auteur qui a insisté sur le rôle essentiel de la division du
travail et du progrès technique. Le travail selon lui, est le moteur de l'activité économique,
mais il ne s'agit pas de n'importe quel travail, celui exerce dans le commerce et l'industrie (les
manufactures).
• Montchrestien se fait aussi partisan de la colonisation notamment en Amérique du nord. Il
encourage l'émigration vers les colonies, ce qui a en outre l'avantage de se débarrasser des
personnes indésirables en France et de créer des débouchés pour les produits nationaux.
- Jean Baptiste Colbert (1619-1683), l'un des principaux ministres de Louis XIV est le
représentant le plus célèbre du courant mercantiliste français.
Il a le mérite d'avoir mis en pratique les idées mercantilistes. Son intérêt réside davantage
dans la mise en application systématique de ces idées que dans une innovation par rapport à
ses prédécesseurs.
Son but ne diffère pas de celui de ces derniers : « il n'y a que l'abondance de l'argent dans un
Etat qui fasse la différence de sa grandeur et de sa puissance », écrit-il.
• Désireux d'attirer l'or et l'argent de l'étranger, il a mené une politique économique
ambitieuse axée sur trois domaines principalement.
- l'industrie : développement de la production manufacturière : Il crée de nombreuses
industries à forte valeur ajoutée (textile, céramique, manufactures d'armes). Il octroie des
privilèges à certaines industries.
- la réglementation de l'activité économique : organiser les producteurs et les commerçants en
corporation et alléger les entraves fiscales.
- le commerce : II Etablit un système douanier rigoureux et oblige les commerçants à utiliser
les navires battant pavillon français. Enfin il restitue à la France les transports maritimes de
ses produits.
Les recettes préconisées par Colbert pour réaliser la prospérité économique et faire de la
France une grande puissance industrielle et marchande sont de type nettement
interventionniste. Leur mise en œuvre demande un Etat fort qui intervienne dans tous les
domaines et toutes les manières possibles.
► Au-delà des spécificités de chacune de ces trois formes de mercantilismes, les
mercantilistes s'accordent sur au moins deux sur points :

6
 Les intérêts des marchands rejoignent ceux du souverain : l'enrichissement des premiers
contribue à celui des rois.
 L'Etat doit intervenir dans l’économie : le protectionnisme freine les importations (sauf
celles qu'exige la production nationale) et favorise le développement d'industries
nationales ; l'Etat doit également limiter les exportations des matières premières
nécessaires à la production nationale subventionner l'exportation des autres produits et
encourager la colonisation.
Section II : Les principaux thèmes du mercantilisme
• La monnaie est au centre des réflexions mercantilistes : il s'agit pour l'essentiel de s'enrichir
en faisant des bénéfices dans commerce avec l'extérieur et en les accumulant sous forme
monétaire. A partir de là, des relations sont établies entre la monnaie et les prix, les taux
d'intérêt, et la balance commerciale. D'autres thèmes sont également étudiés par les
mercantilistes.
A- Monnaie et richesse
• les mercantilistes espagnols et portugais assimilent la monnaie et la richesse. Ils se donnent
pour ambition exclusive l'accumulation et la conservation des métaux précieux dans le
royaume. Cette confusion repose sur la croyance que la monnaie constitue la principale
richesse.
• La raison est simple. L'or et l'argent sont des biens durables qui ne disparaissent pas après
usage, donc faciles à stocker. La valeur intrinsèque et de l'or et de l'argent et leur caractère
impérissable leur semblent l'essence même de la richesse. C'est ce qui explique l'interdiction
de la sortie des métaux précieux prônée par les mercantilistes ibériques.
• La période bullioniste passée, des nuances sont vite apportées. D'autres auteurs
mercantilistes ont fait remarquer que la monnaie est richesse, non pas parce que c'est un bien
impérissable, mais parce que c'est un pouvoir d'achat.
• C'est ce que conclut par exemple Davanzati, un mercantiliste italien du XVI siècle, pour qui
l'or et l'argent ne sont pas désirés pour eux-mêmes, mais parce qu'ils permettent aux hommes
d'acquérir les marchandises dont ils ont besoin.
A. de Montchrestien, quant à lui, considère que ce qui fait les Etats riches et opulents, ce sont
les « choses nécessaires à la vie et propres aux vêtements », la monnaie n'est que l'instrument
pour se les procurer.
• Malgré ces nuances, les bienfaits de l'abondance monétaire sont un thème récurrent de la
pensée mercantiliste. Il y a une raison à cela. Alors que la plupart des autres biens sont
périssables et difficiles à stocker, les métaux précieux sont durables, de valeur élevée
relativement à leur poids et divisibles, caractéristiques qui les rendent aussi bien propres à
effectuer les paiements qu'à la conservation de la richesse. Très tôt apparait donc la
reconnaissance explicite des trois fonctions attachées à la monnaie : unité de compte,
instrument d'échange et réserve de valeur. Les deux dernières permettent le rapprochement
monnaie/richesse.
B-Monnaie et prix
• L'histoire économique du XVIe siècle est marquée par l'afflux d'argent en provenance du
nouveau monde et par une longue phase de hausse des prix. C'est le mérite principal de Jean
Bodin (1530-1596) d'avoir rapproché ces faits et d'avoir analysé le premier facteur comme
étant la cause du second.
• La hausse des prix commence en Espagne au début du XVI e siècle et touche la plupart des
pays européens. En France elle est plus tardive et plus lente en France où elle s'accélère vers
1550 et se développe jusqu'en 1690. Parallèlement des monnaies dépréciées et douteuses
circulent à l'intérieur du pays.
7
• En 1563, la chambre des comptes charge l'un de ses membres, le Sieur de les Malestroit
d'analyser cette situation. Il publie en 1566 un rapport intitulé : paradoxes sur le fait des
monnaies touchant l'enchérissement de toutes choses ».
• Paradoxes, pourquoi ?
- D'abord selon Malestroit, il n'ya en réalité pas eu de hausse des prix. « La Cherté » dont se
plaint le pays serait une illusion ». Si l'on donne plus de pièces pour acheter des biens, on
ne donne pas autant plus d'or et d'argent ; la quantité d'or et d'argent n'est pas plus grande
que par le passée L'inflation serait selon lui entièrement, imputable à la dépréciation des
monnaies, c’est-à-dire à la baisse du contenu métallique de l'unité de compte. C'est
l'évolution de la quantité de métal précieux à payer contre des marchandises, qui
constituent à ses yeux, le critère permettant d'apprécier la hausse des prix.
Or selon ses observations, les prix relatifs des différents biens exprimés en quantité de
métal précieux n'ont en fait pas varié au cours de cette période, même si les prix
monétaires ont changé.
• Les prix relatifs sont restés constants, puisqu’avec une même quantité d'or et d'argent on
achète une même quantité de bien, mais avec plus de pièces métalliques.
• Il y a, conclut Malestroit, dépréciation du signe monétaire, mais il n'y a pas de vie chère,
D'où le paradoxe de la monnaie.
- Ensuite Malestroit souligne que s'attacher aux valeurs nominales sans considérer le
contenu métallique, c’est risquer des pertes en capital, en particulier, il pense que le roi qui
reçoit ses redevances et impôts en monnaie dépréciées ne reçoit plus autant d'or et argent
que ses prédécesseurs.
• Dans ses « Réponses aux paradoxes du Sieur De Malestroit » (1568), J. Bodin réfute cette
analyse.
- Il conteste tout d'abord le choix de la marchandise représentative prise en compte (le
velours) qu'il considère comme un produit de luxe, car déjà très cher et qui a tendance à
connaitre une faible hausse comparativement aux autres biens.
• Il raisonne ensuite sur un panier de biens représentatif « les blés », principal bien de
consommation courante, et les terres, principal bien de production, et montre que la hausse
des prix de ces biens essentiels est bien supérieure à la dépréciation des monnaies.
• L'inflation n'est donc pas seulement « nominale » (inflation des unités de compte), mais «
réelle » (hausse des prix en termes d'or et d'argent), conclut-il.
• Cette mise au point étant faite, J. Bodin en vient à présenter les causes de la hausse des
prix.
• La principale cause est l'abondance d'or et d'argent. L'accroissement de l'offre des métaux
précieux comparativement à l'offre des autres biens diminue les prix relatifs de l'or et de
l'argent par rapport aux biens, ou ce qui est équivalent, augmente le prix des biens en
termes d'or et d'argent.
• Ainsi, le niveau général des prix se trouve directement relié à la quantité d'or et d'argent.
• Cette explication reliant l'accroissement des métaux précieux (la masse monétaire) et le
niveau général des prix est considérée par certains auteurs comme l'un des premiers
énoncés de la « théorie quantitative de la monnaie ».
• Une autre cause susceptible de faire hausser les prix, selon, J. Bodin est l'exportation qui
raréfie les ressources disponibles à l'intérieur du pays. Mais seul le blé mérite
véritablement contrôle des exportations dans le souci d'éviter toute famine.

8
C-monnaie taux d'intérêt et activité économique.
• L'abondance monétaire a pour les mercantilistes un avantage essentiel : elle permet la baisse
du taux d'intérêt.
• Exceptés J. Locke et Thomas Mun, la plus par des auteurs mercantilistes sont persuadés des
bienfaits d'un faible niveau du taux d'intérêt.
• Les auteurs anglais ; T. Culpeper (1578- 1662), J. Child (1631-1690) et W. Petty (1623-
1687) considèrent qu'un taux d'intérêt bas encourage les affaires et stimule l'activité
économique.
 Dans son ouvrage « Traité contre l'usure » (1621), T. Culpeper, expose ses arguments en
faveur d'un faible taux d'intérêt.
• Quand le taux d'intérêt est faible, écrit-il, il y a beaucoup d'argent en circulation et il est
beaucoup plus aisé d'emprunter et par conséquent de réaliser des affaires fructueuses.
• Par contre si le taux d'intérêt est élevé, les marchands fortunés n'investissent plus car il
est plus sûr et plus rentable de prêter que faire des affaires.
• Un taux d'intérêt élevé a aussi selon Culpeper des conséquences néfastes sur
l'agriculture. Il décourage les investissements agricoles (amendement des terres,
irrigation...) ce qui entraine la diminution de la valeur des terres.
 J. Child est également en faveur d'un taux d'intérêt bas. Dans son « Traité sur le
commerce et les avantages qui résultent de la réduction de l'intérêt de l'argent », il
souligne que la prospérité d'une nation exige un taux d'intérêt aussi bas que possible et
des salaires élevés. Un bas taux d'intérêt, affirme-t-il, facilite le commerce, décourage les
oisifs désireux de jouir de leur fortune acquise et permet la création d'affaires nouvelles.
 Dans son ouvrage « Arithmétique politique » (1690) W. Petty établit une liaison entre
masse monétaire, taux d'intérêt et volume d'activité. Selon lui, si l'abondance des hommes
permet de maintenir à un bas niveau les salaires, l'abondance monétaire permet de
maintenir à un bas niveau le taux d'intérêt. De même que le bas niveau des salaires agit
favorablement sur les coûts de production des manufactures, le bas niveau du taux
d'intérêt permet de financer à cout réduit les investissements industriels et commerciaux
D- Monnaie et balance du commerce
• L'or et l'argent ont été activement recherchés par les mercantilistes en tant que moyens de
transaction universellement acceptés. Il importe donc pour les Etats qui n'ont pas accès direct
aux sources des métaux précieux (les mines du nouveau monde dont l'exploitation est
monopolisée par l'Espagne et le Portugal) de les capter par d'autres moyens. .
• L'un des moyens permettant de faire entrer l'or et l'argent dans le royaume est d'avoir une
balance de commerce excédentaire c'est-à-dire de faire en sorte que la valeur des exportations
dépasse celle des importations.
• L'excédent de la balance commerciale doit donc se traduire automatiquement par l'afflux des
métaux précieux.
• En effet, les transactions internationales étant payées en pièces d'or ou d'argent, un excédent
commercial implique que les flux d'entrée des métaux précieux l'emportent sur les flux de
sortie, et donc que le stock d'or et d'argent on circulation dans le pays s'accroit. Pour obtenir
ce résultat, il convient donc de favoriser l'activité des marchands et de développer l'activité
productive et commerciale.
• Ce sont surtout les mercantilistes commercialistes anglais qui ont établi une véritable
politique du commerce extérieur.
• Ils ont d'abord recommandé à l'Etat de construire une flotte puissante et garantir dès la
sécurité des navires marchands.
• Suivent, ensuite un ensemble de mesure visant à dégager un excédent commercial :
9
- éviter d'exporter des matières premières (il faut les transformer et exporter les produits
finis).
- éviter d'exporter les produits agricoles (il ne faut pas dépendre de l'étranger pour se nourrir).
- décourager les importations des produits de luxe (trop couteux) - réserver le transport
international aux nationaux (Act of navigation).
- inciter les marchands étrangers installés sur le territoire national à consacrer leurs revenus à
acheter les produits nationaux.
- exporter les biens contenant beaucoup de main d’œuvre (pour favoriser l'emploi).
• Ces recommandations témoignent du caractère profondément nationaliste et protectionniste
de la politique commerciale prônée par les commercialistes anglais. Mais l'objectif de cette
politique est de dégager un excédent commercial sur les puissances rivales, de sorte que les
gains des uns sont à la mesure des pertes des autres.
• L’idée que le développement du commerce international puisse être mutuellement profitable
à tous est étrangère aux mercantilistes.
E- population et travail
• Si pour les mercantilistes la monnaie est richesse, l'abondance des hommes l'est également.
Trésor et population sont souvent présentés comme les deux piliers de la puissance nationale.
Pour Montchrestien, les hommes sont même l'élément essentiel. « De ces grandes richesses,
écrit-il la plus grande, c'est l'inépuisable abondance des hommes ».
• Les mercantilistes sont populationnistes c'est-à-dire favorables à l'augmentation de la
population d'un pays.
• Selon eux une population nombreuse est un signe tangible de la puissance de l'Etats = armée
nombreuse) et une ressource essentielle pour l'activité productive.
• Mais ils apportent des nuances et des précisions.
 D'abord la population ne doit pas dépasser l'offre de subsistances comme le remarque un
mercantiliste italien Giovanni Botero (1588), qui recommande d'adopter le volume
démographique à l'offre des biens alimentaires. Cette idée de l'optimum de la population
sera reprise et développée par d'autres mercantilistes, comme David Hume (1711-1776)
ou Richard Cantillon (16801734).
 Ensuite le populationnisme des mercantilistes se justifient généralement par le caractère
productif de la ressource humaine. Une population nombreuse crée sans doute des
conditions économiques favorables sur le marché de travail. Elle pèse sur les salaires,
limite les coûts et oblige à travailler davantage pour gagner sa vie, ce qui favorise le
développement de l'industrie de l'agriculture et du commerce susceptibles de générer
d'importants profits.
• Une population nombreuse est donc perçue comme un facteur de puissance et de prospérité.
Mais cette population ne doit pas rester inemployée, sinon elle est une charge et un danger.
• Car le chômage est considéré par de nombreux mercantilistes non seulement comme une
perte de production potentielle, mais également comme la source d'habitude d’oisiveté, de
relâchement et de décadence de la nation. Il faut donc obliger les gens à travailler. En
Angleterre le Statut des artisans (1563) et la loi sur les pauvres (1601) reflètent cet état
d'esprit.
• Le statut des artisans institue l'obligation du travail et réglemente l'apprentissage ; la loi sur
les pauvres oblige les paroisses à secourir les indigents mais elle organise aussi leur mise au
travail.

10

Vous aimerez peut-être aussi