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Transport du personnel, un créneau qui marche

Par Lavieeco Le 24 Jan, 2011

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EXTERNALISER LE TRANSPORT DU PERSONNEL EST PROFITABLE


FINANCIÈREMENT ET PERMET UN RECENTRAGE SUR SON CÅ“UR DE MÉTIER,
LES SOCIÉTÉS QUI OPÈRENT DANS CE SECTEUR ONT DES CHARGES TROP
IMPORTANTES QUI FREINENT LEUR DÉVELOPPEMENT

Lorsque l’on circule aux heures de pointe, on croise de plus en plus de minibus dédiés
au transport du personnel. Ils paraissent en excellent état et on se dit forcément qu’il
s’agit là d’une bonne initiative de la part des entreprises à l’égard de leurs employés,
lesquels évitent ainsi les tracas des transports urbains classiques, sans omettre l’aspect
pécunier de la chose. Bref, l’entrepreneur comme ses salariés semblent y gagner. C’est
sans doute pour cela que cette branche semble se développer de façon exponentielle.
Interrogé à ce sujet, Mohamed Zidani, directeur technique de SMTT (Société marocaine
de transport touristique), fondée en 1961, reconnaît que le transport du personnel
enregistre un franc succès au Maroc. D’ailleurs, SMTT a créé sa propre filiale
spécialisée en 1983. Toujours selon cette optique, Mohamed Zidani affirme que «les
mentalités évoluent et que les filiales de multinationales, tout comme les PME-PMI,
recourent de plus en plus à ce type de service, car ça leur permet de se rencontrer sur
leur cœur de métier». Et d’ajouter : «A titre d’exemple, nous avons comme client une
société spécialisée dans le secteur électronique pour le compte de laquelle nous
transportons quotidiennement 2500 employés. Inversement, la plus petite mobilise un
seul véhicule pour 24 personnes». Globalement, le portefeuille clientèle de SMTT, qui
comprend le transport quotidien de 3 200 employés, nécessite 80 véhicules de 24 à 29
places. Quant au mode opératoire, il varie entre différents types de rotation : 1 entrée à
8h00 et une sortie à 17h00 avec un seul chauffeur, jusqu’au 3 x 8. Si les entreprises sont
de plus en plus nombreuses à répondre favorablement à ce type de transport, Mohamed
Zidani indique que la principale réticence existe encore dans le secteur scolaire.
Pourtant, force est d’admettre que certaines écoles ne respectent pas les normes de
sécurité basiques en embarquant parfois 40 gosses dans un minibus censés en
transporter 25 ou 30 ! «Les parents d’élèves n’ont pas de poids de décision. En
revanche, le nouveau code de la route va obliger les écoles à se mettre à niveau en la
matière : 24 ou 29 places assises avec ceintures de sécurité, boîte à pharmacie,
extincteur, mouchard…» indique Mohamed Zidani. Alors, peut-être que le déclic aura
lieu et qu’une partie du transport scolaire jugera plus rentable de déléguer cette
prestation aux sociétés spécialisées.

Fort potentiel

Si le responsable de SMTT n’hésite pas à confirmer que le marché est en plein et


constant essor, qu’il s’agit même d’un secteur à fort potentiel et par conséquent promis à
un bel avenir ; il relativise toutefois son optimisme en nous citant les principaux freins
que rencontre cette activité. A savoir l’investissement conséquent. Par exemple, un
véhicule de 24 places coûte 520 000 DH  TTC, auquel il faut ajouter le leasing sur 5ans.
Une période parfois exigée par certains clients pour changer le parc minibus. La cherté
des assurances est un autre frein. Curieusement, le bonus n’existe pas ! En revanche,
l’assureur vous réclame 3 500DH en cas de dommages corporels et 2 500 DH pour tout
dégât matériel. La clientèle se montre aussi de plus en plus exigeante, ce qui
occasionne des investissements dans la mise à niveau constante pour satisfaire les
souhaits souvent légitimes de cette dernière. Pour finir, Mohamed Zidani évoque
également les lourdeurs administratives pour ce qui concerne les obtentions
d’autorisations pour la mise en circulation de tout nouveau véhicule, surtout que ladite
autorisation doit être renouvelée chaque année !

Rien à perdre, tout à gagner

Pour notre professionnel, il va sans dire que la mise en place du nouveau code de la
route est totalement positive. «Le secteur va s’assainir. La prise en compte des risques
est évidente. La vigilance s’est accrue», note le responsable de SMTT. Néanmoins, ce
dernier attire notre attention sur les mesures draconiennes liées à la visite technique. Et
de nous citer un exemple édifiant : «Pour un léger bris de glace, on vous oblige à
changer le pare-brise. Le coût est de 3 000 DH. Or, bien souvent, l’usure des pièces,
deux fois supérieures à celui des pays européens, est dû à l’état de notre chaussée.
Nous sommes d’accord pour adopter des mesures strictes, mais dans ce cas précis, les
autorités locales devraient aussi veiller à la maintenance du réseau routier du pays». Si
toutes les entreprises sont forcément intéressées par le type de prestations qu’offrent les
sociétés de transport du personnel, si cette activité demeure plus rentable que le
transport touristique, paradoxalement, le retour sur investissement laisse à désirer.

Charges trop lourdes

A plus d’un titre, le client y trouve son compte : il externalise une prestation qui réclame
des compétences propres. Il ne se soucie plus de la gestion d’un éventuel parc
automobile. Il adhère à un cahier des charges stricts. Il se recentre sur son cœur de
métier. Quid du coût ? Chez SMTT, on nous indique qu’un véhicule effectuant une
rotation ( 1 entrée, 1 sortie) avec un chauffeur coûte à l’entreprise entre 600 à 800 DH
TTC par jour. Ce tarif est calculé en fonction du kilométrage du circuit parcouru en
ajoutant divers frais (carburant, assurance, pneumatique, entretien, visite technique…).
Pour ce qui concerne les gros comptes, la tarification est généralement forfaitaire. Bref,
si on part sur la base de 24 jours à 600 DH, on atteint la somme de 14 400 DH TTC par
mois. Autant dire, un tarif attractif pour une tranquillité optimale. Mais la réalité est toute
autre pour la société de transport de personnel. En effet, Mohamed Zidani nous avoue
être sollicité plusieurs fois par semaine… pour finalement décliner l’offre!
Dans le même ordre d’idées, il nous indique avoir tenté l’expérience à Rabat puis à Fès,
mais en vain. Certes, il reconnaît que toutes les villes du Royaume renferment un
potentiel intéressant, même encore pour ce qui concerne la capitale économique. En
revanche, le directeur technique de SMTT affirme qu’un parfait développement nécessite
«un suivi local. Il est donc impératif d’avoir une infrastructure située dans la zone
géographique ; ce qui réclame un lourd investissement. Par exemple, SMTT qui opère
seulement à Casablanca, transporte 3200 salariés quotidiennement et emploie 120
employés à plein temps. Nous sommes très sollicités, mais nous refusons souvent les
demandes. S’implanter ailleurs est impensable. Si vous tenez compte du foncier, du bâti,
du parc véhicules, du personnel, des charges multiples et variées…le retour sur
investissement est improbable».

Lobbying
Pourtant, des sociétés opérant dans ce secteur semblent se développer de manière
époustouflante. Mais sont-elles toutes transparentes ? Payent-elles leurs cotisations
sociales ? Leur fiscalité est-elle sans faille ? Finalement, on a l’impression d’être face à
une activité sectorielle qui n’est plus capable de répondre convenablement à la
demande, notamment au niveau régional. Il serait donc dommage que des emplois ne
soient pas créés dans ce domaine statistiquement promis à un avenir radieux. Afin de
pallier ces carences et déficits sectoriels, notre interlocuteur suggère que les différentes
associations soient davantage soudées pour mener des actions intelligentes de lobbying,
que la transparence absolue soit de mise et que l’exonération de certaines taxes (au
même titre que les opérateurs de location longue durée) apparaissent. De la sorte, les
charges seraient moins conséquentes, l’investissement moins lourd à supporter, son
retour plus rapide ; ce qui permettrait l’émergence d’une activité de service apte à
accompagner l’essor économique de la nation.

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