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CHAPITRE 18 Isométries du plan

Nous allons représenter les isométries du plan par des opérations algébriques. Mais un peu de
géométrie sera nécessaire au préalable.

Nous considérons ici le plan euclidien P, c’est-à-dire le plan muni de la distance usuelle : d(A, B)
désigne la distance entre deux points A et B; c’est la longueur du segment AB.

18.1 Définition

Une isométrie du plan est une fonction f : P  P telle que pour tous points A et B dans P, on
ait d( f (A), f (B))  d( A, B) .

En d’autres termes, f conserve les distances entre les points. Nous notons i l’ensemble des
isométries du plan. Nous verrons plus loin que c’est un groupe sous la composition, et que toute
isométrie est une bijection P  P .

18.2 Définition

Une isométrie f fixe le point M P si f (M )  M . Un tel point s’appelle un point fixe de f .

18.3 Théorème

Si une isométrie fixe trois points non alignés de P, c’est l’identité de P.

Rappelons que l’identité de P est la fonction id : P  P telle que id (M )  M pour tout point M
dans P. C’est bien une isométrie.

Démonstration

Prenons trois points fixes A, B, C non alignés de l’isométrie f . Remarquons qu’un point M du
plan est entièrement déterminé par les distances d(A, M ), d(B, M ), d (C, M ) (voir figure 18.1);
pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’intersection des trois cercles de rayon d(A, M ) ,
d(B, M ) et d(C, M ) centrés respectivement en A, B et C. Comme f est une isométrie, on a
d(A, M )  d( f ( A), f ( M ))  d( A, f (M )),d (B, M)  d(B, f ( M )),d(C, M)  d(C, f ( M )) .
Comme M et f (M ) ont les mêmes distances à A, B, C, on doit avoir f (M )  M .

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CHAPITRE 18

Figure 18.1

Ceci est vrai quel que soit M , donc f  id . u

18.4 Définition

Soit D une droite du plan P . La réflexion (ou la symétrie) par rapport à D est la fonction f
décrite dans la figure 18.2, où H est la projection orthogonale de M sur D , et d(M , H ) 
d(H , f (M )) .

D
M

f(M)

Figure 18.2

18.5 Théorème

Une réflexion est une isométrie.

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CHAPITRE 18

B
D
A H

K
C

M  f(M)
f(A)  A

Figure 18.3

Démonstration

Prenons A et M comme en figure 18.3. Traçons les parallèles AB et AC à la droite D . On


obtient deux rectangles AKHB et KACH . On a donc les égalités de distances
d(A, B)  d ( A, C) et d(B, H )  d(H , C) . Comme on a, par définition de la figure,
d(M , H )  d (H , M ) , on en déduit d(M , B)  d(C, M ) Les deux triangles rectangles ABM et
ACM ont donc les deux côtés adjacents à l’angle droit égaux. Ils sont donc égaux, et
d(A, M )  d( A, M ) , i.e d(A, M )  d( f (A), f ( M)) . Lorsque A et M ne sont pas du même
côté de D , un raisonnement analogue conduit à la même conclusion.

Ceci est vrai quel que soient les points A et M , et f est une isométrie. u

Le lecteur remarquera qu’une réflexion par rapport à la droite D fixe tous les points de D .

18.6 Théorème

Si une isométrie, distincte de l’identité, fixe deux points distincts, c’est une réflexion.

Démonstration

Soit f l’isométrie et A, B deux points fixes distincts de f . Soit D la droite AB; nous montrons
que f est la réflexion par rapport à D . Soit M P.

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CHAPITRE 18

A B
D

f (M)

Figure 18.4

Prenons d’abord M D , comme dans la figure 18.4. Comme f est une isométrie, on a
d(A, M )  d( A, f ( M )) et d(B, M )  d(B, f ( M )) . Un coup d’oeil à la figure montre que f (M )
doit être comme représenté (on ne peut pas avoir M  f (M ) , sinon f  id d’après le th. 18.3).
L’égalité des distances ci-dessus montre que D est la médiatrice du segment Mf ( M ) . Par suite
f (M ) est le symétrique de M par rapport à D . Si M D , alors les égalités de distance ci-dessus
montrent que M  f (M ) . Donc f est la réflexion par rapport à D . u

Nous pouvons, par le choix d’une origine et d’un repère orthonormé, identifier le plan euclidien
avec C (cf. chap. 8). Si les points M , M correspondent aux nombres complexes z, z, leur
distance d(M , M ) est égale au module | z z|Si donc l’on identifie P avec C , une isométrie
est une fonction f : C C telle que

z, zC, | f (z)  f ( z) | | z z|

18.7 Définition

Soient a , b des nombres complexes. Les fonctions f a, b et f a, b de C dans C sont définies par :
fa, b (z)  az b, f a, b  az  b.

On a fa, b fc, d (z)  f a, b(cz d)  a(cz d) b  acz ad  b f ac, adb (z) . D’où

fa, b fc, d  f ac, adb (18.1)

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CHAPITRE 18

De manière tout-à-fait analogue à ci-dessus, on vérifie les formules

fa, b fc, d  f ac, adb


fa, b fc, d  f ac , ad b (18.2)
fa, b fc, d  f ac , ad b

(utiliser le fait que z z est un homomorphisme d’anneau, cf. exercice 8.9).

18.8 Théorème

Si l’on identifie le plan euclidien P à C, alors l’ensemble i des isométries du plan


s’identifie à l’ensemble

 
i  f a,b a, bC,| a| 1  f a,b a, bC, |a |1 , 
qui est un groupe sous la composition.

Démonstration

Montrons d’abord que i est un groupe.


Comme |a | 1  |c |implique |ac| 1 | ac |, les formules (18.1) et (18.2) montrent que la
composée de deux fonctions dans iest encore dans iDe plus, id  f1, 0 , donc i est un monoïde.
La formule (18.1) montre que la fonction réciproque de fa, b est fa1,a1b; de même, la dernière
des formules (18.2) montre que la fonction réciproque de fa, b est fa 1,a 1b . Donc i est un
groupe, car |a | 1 | a1 | 1  |a 1 | On remarquera que si |a | 1alors a  a1 , donc on peut
1 1 1 1
aussi écrire : fa, b  f a , ab et fa, b  f a,  ab (en particulier, f a, 0 = f a ,0 et fa, 0  f a, 0 ).

En conclusion i est un groupe. Montrons maintenant que chaque fonction dans i est une
isométrie. On a en effet f a, b(z)  f a, b( z)  az b (az b)  a(z z)  | a || z z|
| z z|, puisque |a | 1; de plus f a, b(z)  f a, b( z)  az  b  (az b)  a(z  z) 
a(z z)  a  z  z  z  z Donc fa, b et fa, b sont des isométries.

Il reste à vérifier que toute isométrie est dans i. Soit f une isométrie quelconque. Posons
b  f (0) et a ( f1, b f )(1) . On a ( f1, b f )(0)  f1, b (b)  b b  0. Donc f1, b f fixe 0 et
envoie 1 sur a. De plus, c’est une isométrie, comme produit de deux isométries. Donc a est de
module 1 car 1  d(1, 0)  d(a, 0)  | a |. Posons g  f a, 0 f1, b f . D’abord, fa, 0 et f1, b f

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CHAPITRE 18

fixent 0, donc g aussi; ensuite, g(1)  ( f a, 0 f1, b f )(1)  fa, 0 (a)  aa 1 , donc g fixe 1.
Comme g fixe 0 et 1, g est, d’après le th. 18.6, soit l’identité, soit la réflexion par rapport à l’axe
des x; cette réflexion n’est autre que la fonction z z , i.e f1,0 . Donc, dans le premier cas,
fa, 0 f1, b f  id , ce qui implique f  f1, b f a, 0  f a,b ; dans le deuxième cas,
fa, 0 f1, b f  f1, 0 , ce qui implique f  f1, b f a, 0 f1, 0  f a, b .

Dans tous les cas f est dans i, ce qui achève la preuve. u

Nous allons maintenant « classifier » (comme on dit en mathématiques) les isométries du plan;
nous avons déjà vu l’identité, et les réflexions.

18.9 Définition

La rotation d’angle  autour du point A est la fonction P  P décrite dans la figure 18.5.

f(M) M

d(A, M) = d(A, f(M))

A
Rotation d'angle  autour de A

Figure 18.5

Une translation de vecteur v est la fonction décrite dans la figure 18.6.

f(M)
v


M Mf(M)  v

Translation de vecteur v

Figure 18.6

Une transflexion de droite D et vecteur v (où D et v sont parallèles) est la fonction P  P


décrite dans la figure 18.7.

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CHAPITRE 18

f(M)
v D

M


Mf (M)  v
H d ( H, M)  d ( H, M)

M
Transflexion de droite D et vecteur v

Figure 18.7

Une rotation consiste donc à faire tourner le point M autour d’un point A, d’un angle donné; A
est point fixe de la rotation; c’est l’unique point fixe si la rotation n’est pas l’identité.

Une translation revient à déplacer d’un vecteur donné v le point M ; il n’y a pas de point fixe si
v  0 . Et une transflexion est une réflexion suivie d’une translation parallèle à la droite fixe de la
réflexion; il n’y a pas de point fixe si v  0 , mais la droite D est invariante (la définition
d’invariante suit). Lorsque v  0 , la transflexion est une réflexion.

18.10 Définition

Soit f : P  P une fonction. Une partie E de P est invariante sous f si f (E)  E .

Un point fixe est donc une partie invariante réduite à un point. La classification des isométries
sera faite dans les exercices : on y montre que toute isométrie est soit une rotation, soit une
translation, soit une transflexion.

Exercices résolus

*1. a) Montrer que l’ensemble des isométries qui fixent 0, noté i 0 , est un sous-groupe de i .
b) Montrer que : fa, b (resp. fa, b ) i 0  b  0.

2.  
Montrer que d  fa, b |a,b C, |a | 1 est un sous-groupe normal de i . Une isométrie
dans d s’appelle un déplacement (on dit aussi que c’est une isométrie qui préserve
l’orientation).

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CHAPITRE 18

*3. a) Montrer que d 0  d i 0 est un sous-groupe normal de i 0 .


b) Montrer que d 0  f a,0 |a C, | a | 1.
c) Montrer que d 0 est isomorphe au groupe multiplicatif des nombres complexes de
module 1.

4. Montrer que si a= ei  , fa, 0 est la rotation d’angle  autour de 0.

*5. Montrer que si a= e2i  , fa, 0 est la réflexion par rapport à la droite passant par 0, et qui fait
un angle  avec l’axe des x (cf. figure 18.8)

M
D
0M = 0M
  = 2 

M
0 
x

Figure 18.8

6. Montrer que si une isométrie fixe exactement un point, c’est une rotation (on peut choisir
l’origine comme ce point fixe, et appliquer les ex. 1, 4 et 5).

*7. Montrer qu’une rotation est un produit de deux réflexions (utiliser l’ex. 5).

8. Montrer qu’une isométrie est une translation si et seulement si elle est de la forme f1, b . Soit
t l’ensemble des translations. Montrer que t est un sous-groupe normal de i , isomorphe au
groupe C additif.

*9. Montrer qu’un déplacement soit a au moins un point fixe, soit est une translation (résoudre
l’équation z  fa, b (z) ). En déduire que d  {rotations}  {translations}.

10. Montrer que le produit de deux isométries qui ne sont pas des déplacements est un
déplacement.

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CHAPITRE 18

Exercices non résolus

11. Montrer qu’une translation est un produit de deux réflexions (cf. figure 18.9).

M

K
•P 
 

MH  HP

 

v KM  PK
H

 

•M MM  2 HK  2v

Figure 18.9

*12. Soit f une isométrie qui n’est pas un déplacement. Montrer que c’est un produit t r , où t
est une translation et r une réflexion (utiliser la preuve du th. 18.8). Soit v le vecteur de la
translation t, D la droite des points fixes de r , v  w  u , où w (resp. u ) est
perpendiculaire (resp. parallèle) à D , et D la droite décrite dans la figure 18.10

D

u
v D

Figure 18.10

Montrer que t  t  t , où t  (resp. t ) est la translation de vecteur u (resp. w ).

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CHAPITRE 18

Utiliser l’exercice 11 pour montrer que t  r  r , où r  est la symétrie par rapport à D.
En déduire que f est la transflexion de droite D et vecteur u .

  
*13. Le groupe diédral d’ordre n est Dn  f a,0 | an  1  f a,0 | an  1 . Montrer que c’est un
sous-groupe de i 0 , de cardinalité 2n. Montrer que si n 2 , Dn est l’ensemble des
isométries f telles que f E   E , où E est l’ensemble des racines n-èmes de l’unité (montrer
d’abord que f 0  0 ).

14. Montrer que i admet d comme sous-groupe normal d’indice deux et que i / d est
isomorphe à Z /2Z .

*15. Trouver tous les éléments d’ordre fini dans i .

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