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Linguistique II

Miranda Ceballos Scoponi


UNITÉ 1 – PRAGMATIQUE

0. Introduction
« D’une manière tout à fait générale, on définira la pragmatique comme l’étude de l’usage
du langage, par opposition à l’étude du système linguistique, qui concerne à proprement parler la
linguistique. Si l’on parle de l’usage du langage, c’est que cet usage n’est neutre, dans ses effets,
ni sur le processus de communication, ni sur le système linguistique lui-même. Il est banal, en
effet, de noter qu’un certain nombre de mots (les déictiques de temps, de lieu et de personne,
comme maintenant, ici, je, par exemple) ne peuvent s’interpréter que dans le contexte de leur
énonciation. Il est un peu moins banal de rappeler que, dans l’échange verbal, nous
communiquons beaucoup plus que ce que nos mots signifient. Il est encore moins banal de dire
enfin que l’usage des formes linguistiques produit, en retour, une inscription de l’usage dans le
système lui-même : le sens de l’énoncé consiste en un commentaire sur ses conditions d’usage, à
savoir son énonciation »1.

1. Les actes de langage


a) La théorie des actes de langage selon J. Austin et J. Searle. b) La structure des actes de
langage. c) Classification des actes illocutionnaires selon Austin. c.1) Classification des verbes
réalisatifs. d) Règles qui gouvernent les actes de langage. e) Conditions de réussite (félicité) de
certains actes de langage. f) Les actes de langage indirects.

« La pragmatique étudie tout ce qui, dans le sens d’un énoncé, tient à la situation dans
laquelle l’énoncé est employé, et non à la seule structure linguistique de la phrase utilisée  »
(Ducrot et Schaeffer, 1995:111). « On appelle situation de discours l’ensemble des circonstances
au milieu desquelles a lieu une énonciation (écrite ou orale). Il faut entendre par là à la fois
l’entourage physique et social où elle prend place, l’image qu’en ont les interlocuteurs, l’identité de
ceux-ci, l’idée que chacun se fait de l’autre (y compris la représentation que chacun possède de
ce que l’autre pense de lui), les évènements qui ont précédé l’énonciation (notamment les
relations qu’ont eues auparavant les interlocuteurs, et les échanges de parole où s’insère
l’énonciation en question). On définit souvent la pragmatique comme étudiant l’influence de la
situation sur le sens des énoncés » (Ducrot et Schaeffer, 1995:631) 2.
« Le point de départ de la pragmatique peut être situé dans les travaux des philosophes du
langage, et plus particulièrement dans deux séries de conférences données […] en 1955 par John
Austin (c.f. Austin, 1970) et en 1967, par Paul Grice (c.f. Grice, 1967 et 1989). Dans ces séries de
conférences, consacrées à la philosophie, Austin introduit une notion qui sera centrale pour la
pragmatique, la notion d’acte de langage, défendant par-là l’idée selon laquelle le langage dans
1
Jacques Moeschler et Anne Reboul (1994), Dictionnaire Encyclopédique de Pragmatique. Paris: Seuil, p. 19.
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Osvald Ducrot et Jean-Marie Schaeffer (1995). Nouveau Dictionnaire Encyclopédique des Sciences du Langage.
Paris: Seuil.
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la communication n’a pas principalement une fonction descriptive, mais une fonction actionnelle :
en utilisant le langage, nous ne décrivons pas le monde, mais nous réalisons des actes, les actes
de langage » (Moeschler et Reboul, 1994 :19).
Il faut remarquer qu’une application des résultats de la philosophie et de la logique de
l’action à l’analyse des actes de langage n’est pas un thème marginal dans la théorie linguistique.
Affirmer que, quand nous parlons nous faisons quelque chose, c’est-à-dire quelque chose d’autre
que le fait de parler, c’est une simple mais importante trouvaille de la philosophie du langage.
Ajoutons que l’usage de la langue n’est pas seulement un acte spécifique, mais aussi une partie
essentielle de l’interaction sociale. Les systèmes de la langue sont des systèmes conventionnels :
leurs catégories et leurs règles se sont développées sous l’influence de la structure de l’interaction
dans la société. Cette vision fonctionnelle de la langue, aussi bien comme système que comme
produit historique, où l’accent est mis sur le rôle social prédominant de la langue dans l’interaction,
est une correction nécessaire de la vision « psychologiste » de la langue et de son usage, pour
laquelle notre compétence du langage est essentiellement un objet de la philosophie de l’esprit
(c’est notamment la vision de la théorie générative et transformationnelle).
 
a) La théorie des actes de langage selon J. Austin et J. Searle
Le philosophe anglais John Austin 3 a développé, dans le cadre de la philosophie du
langage ordinaire, la théorie des actes de parole ou actes de langage. Dans son œuvre  How to
Do Things with Words (1962, trad. française Quand dire c’est faire, 1970), Austin affirme que les
philosophes et les logiciens ont toujours accordé une importance privilégiée aux énoncés
déclaratifs ou descriptifs, aux assertions et aux propositions, c’est-à-dire aux expressions qui
décrivent un état de choses ou un fait et qui peuvent être jugées comme vraies ou fausses.
Ex : La terre est ronde. Mais qu’est-ce qui se passe avec des expressions du type Je te promets
de te rendre ce livre demain ou Je t’ordonne de te taire ? Selon Austin, ces énoncés ont la
particularité que, en les prononçant, dans certaines circonstances, on réalise une action qu’il ne
faut pas confondre avec l’action de les prononcer. En formulant ces énoncés, nous faisons plus
que dire quelque chose : dans les exemples donnés ci-dessus, ce « plus » est l’action de
promettre et celle d’ordonner. Du point de vue grammatical, ces expressions se caractérisent,
typiquement, par la présence d’un verbe à la première personne du présent de l’indicatif. Les

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La pensée de J-Austin (1911-1960) est sans conteste à l’origine du tournant Pragmatique de la philosophie
analytique. Contre les excès du logicisme et l’analyse « thérapeutique », il réhabilitera l’étude du langage
ordinaire (LO). Le LO (né au sein de la philosophie analytique) désigne le langage vernaculaire ou les formations
idiomatiques considérées au point de vue de leurs usages par des sujets concrets. Le LO (ou encore langue
naturelle) s’oppose à langage formel (symbolisme logique), dans un débat cartésien. Il s’agit de renoncer à tenir le
langage pour un moyen de connaissance afin de le constituer en objet de connaissance. Cette valorisation tardive
de la langue naturelle trace bien les perspectives d’une alternative à l’analyse linguistique. Et il se produit une
ouverture aux disciplines connexes : sémantique, psycholinguistique, sociolinguistique, problématique des
genres… En cela, la philosophie du langage ordinaire assume un projet de refondation de toute réflexion sur le sens.
(Sarfati, 1997).
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expressions de ce type sont, d’après Austin, des expressions réalisatives ou des énoncés
performatifs, qu’il oppose aux énoncés constatifs (descriptifs).
Austin appelle énoncés performatifs les énoncés où « l’exécution de la phrase est
l’exécution d’une action » ; par contre, l’énoncé constatif décrit un fait, un état de choses ou un
processus, mais sans que son énonciation réalise l’évènement qu’il décrit. Exemples :
1) Je vous nomme général. (Énoncé performatif)
2) Il l’a nommé général. (Énoncé constatif)
Dans le premier exemple, le sujet de l’énonciation réalise l’acte en même temps qu’il
l’énonce, alors que dans le deuxième exemple, il ne fait que décrire un acte, cette assertion
pouvant être jugée vraie ou fausse.
Il est évident que les énoncés performatifs n’existent qu’en vertu de la présence de
conventions sociales qui déterminent la valeur de certains actes de langage : ainsi, le fait de dire
« je promets » engage le locuteur, et si cet énoncé ne l’engageait pas, il n’aurait pas de valeur. À
partir de cette idée, Austin spécifie les conditions qui font qu’un énoncé performatif se réalise ou
non (et non qu’il soit vrai ou faux). Le philosophe affirme la nécessité d’une convention attribuant
une certaine valeur à certains mots dans des circonstances données ; il faut que l’énoncé
performatif soit prononcé par celui à qui il correspond de le faire, et dans les circonstances
appropriées, et qu’il soit produit correctement. Par exemple, pour que l’énoncé « Je déclare la
séance ouverte » soit pleinement valable, il faut qu’il soit prononcé par le président d’une
chambre, là où se réunit le corps législatif et au moment de l’ouverture d’une séance. Cela montre
que les actes de parole sont étroitement liés à la situation de discours dans laquelle ils s’insèrent.
D’autres exemples d’énoncés performatifs ou réalisatifs, qu’Austin appelle aussi
actes illocutoires :
- Je baptise ce paquebot « Île de France ». Prononcé par le parrain au moment de briser la
bouteille de champagne contre la coque du bateau.
- Je lègue ma montre à mon ami Paul. Inséré comme clause dans un testament.
 
b) La structure des actes de langage
Austin affirme que, dans un acte de langage, il faut distinguer : a) l’acte locutionnaire ou
bien dimension locutionnaire de l’acte linguistique, en d’autres termes l’acte de dire, c’est-à-dire
l’acte qui consiste à émettre certains sons avec une certaine intonation (plan phonique), sons qui
appartiennent à un vocabulaire, qui ont aussi un certain sens et une certaine référence (plan
sémantique et référentiel) et qui sont émis selon une certaine construction (plan syntaxique) ;
b) l’acte illocutionnaire ou dimension illocutionnaire de l’acte linguistique, c’est-à-dire l’acte que
l’on réalise en disant quelque chose (promettre, avertir, affirmer, féliciter, baptiser, saluer, insulter,
menacer, etc.) l’acte perlocutionnaire ou dimension perlocutionnaire de l’acte, c’est-à-dire l’acte
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que produit le fait de dire quelque chose, l’effet produit par l’illocution, la réaction que l’on
provoque chez le récepteur (être intimidé, convaincu, offensé, etc.).
Quelle est la forme des énoncés réalisatifs ou performatifs, selon Austin ? En général, ils
s’expriment à la première personne du singulier ou du pluriel du présent, mais ils peuvent contenir
aussi des verbes à la deuxième ou troisième personne, des formes impersonnelles et même des
constructions passives. Exemples :
- Par la présente, vous êtes autorisé à réclamer en mon nom.
- Les voyageurs sont priés de s’adresser au bureau d’information.
- Il est interdit de fumer.
- Pelouse interdite.
 
c) Classification des actes illocutionnaires selon Austin
Une première distinction est celle des énoncés constatifs et des énoncés réalisatifs. Les
premiers sont des assertions : leur fonction consiste, nous l’avons vu, à décrire un évènement,
processus ou état de choses, et ils peuvent être vrais ou faux. Les deuxièmes, par contre, n’ont
pas de valeur de vérité et ils s’emploient pour faire quelque chose.
Une seconde distinction : dans les énoncés réalisatifs, Austin distingue entre réalisatifs
primaires (ou implicites) et réalisatifs explicites, selon que l’acte contienne un verbe réalisatif
ou non. Par exemple, pour réaliser l’acte de promettre, on peut employer :
1) Je serai ici à deux heures. (Acte de promettre implicite)
2) Je te promets d’être ici à deux heures. (Acte de promettre explicite)
Il faut quand même faire deux remarques : d’un côté, le fait de pouvoir employer un
réalisatif primaire ou un réalisatif explicite pour réaliser le même acte n’implique pas que les deux
énoncés aient le même sens. L’énoncé réalisatif explicite est typiquement plus explicite du point
de vue du sens. Si dans les circonstances appropriées quelqu’un dit : Je te promets d’être ici à
deux heures, il ne pourra pas nier plus tard qu’il avait fait une promesse. Par contre, s’il dit  : Je
serai ici à deux heures, il pourrait soutenir qu’il a simplement fait une prédiction, mais qu’il n’a pas
promis, la réalisation de la prédiction pouvant être soumise, conditionnée à des facteurs qui
échappent à son contrôle. D’autre côté, nous avons vu que la forme typique des réalisatifs
explicites est celle d’une phrase déclarative dont le sujet est à la première personne et le verbe
réalisatif au présent de l’indicatif. Mais nous avons vu aussi qu’il est possible de construire des
réalisatifs explicites avec une forme impersonnelle (Il est interdit de fumer) ou passive (Les
visiteurs sont priés d’emprunter l’escalier), ce qui est assez fréquent dans le cas des requêtes ou
ordres émis par une autorité impersonnelle ou corporative. Dans ce dernier cas, l’énoncé réalisatif
explicite prend la forme d’une assertion. Alors, quelle serait la différence avec les énoncés
constatifs ?
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Jusque-là, la théorie des actes de langage était fondée sur la base de la distinction entre
dire quelque chose et faire quelque chose au moyen de la langue. Mais Austin s’est rendu compte
que cette distinction était insoutenable : dire (ou affirmer) quelque chose est aussi une manière de
faire. Par conséquent, les énoncés constatifs ne sont qu’un type de réalisatifs pouvant être eux
aussi primaires ou explicites. Ex :
1) Le chat est sur le tapis. (Énoncé constatif primaire)
2) Je dis/j’affirme que le chat est sur le tapis. (Énoncé constatif explicite)
De la même façon, à la question primaire Paul est-il arrivé ?, correspond la question
réalisative explicite Je demande si Paul est arrivé ; et, à l’ordre primaire Ferme la porte !,
correspond l’ordre réalisatif explicite Je t’ordonne de fermer la porte.
 
c.1) Classification des verbes réalisatifs
Austin distingue cinq classes générales de verbes du point de vue de leur force
illocutionnaire ou valeur illocutoire :
1) verbes verdictifs (esp. judicativos)
2) verbes exercitifs (esp. ejercitativos)
3) verbes commissifs (esp. compromisorios)
4) verbes béhavitifs (esp. comportativos)
5) verbes expositifs (esp. expositivos)
1) Les énoncés (et les verbes) verdictifs servent à émettre un verdict : condamner, absoudre,
juger, évaluer, mesurer :
Je condamne J’absous J’établis (que tel fait a eu lieu)
Je juge Je considère J’estime
Je situe J’inclus Je classifie
Je caractérise J’analyse Je mesure, etc.
2) Les énonces (et les verbes) exercitifs consistent à décider que quelque chose doit être ainsi,
comme une chose différente de juger que quelque chose est ainsi. Normalement, les exercitifs
ont trait aux conséquences d’un énoncé verdictif : par la suite d’un jugement ou d’un verdict,
d’autres peuvent être autorisés ou non à faire quelque chose :
Je nomme Je destitue J’accorde une promotion
J’ordonne J’excommunie Je donne
Je choisis Je réclame J’exige
J’avertis Je conseille Je renonce
Je consacre Je déclare ouvert(e) Je sanctionne (une loi), etc.
3) Les énoncés (et les verbes) commissifs ont comme trait typique de promettre quelque chose
ou de s’engager à faire quelque chose. Ils comprennent également les déclarations d’intention
et les adhésions ou prises de parti :
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Je promets Je m’engage à Je donne ma parole
J’ai l’intention Je me propose de J’envisage de
Je jure J’assure que Je parie que
Je garantis Je suis d’accord Je consens à
Je prends parti pour Je défends Je soutiens (une cause)
J’adhère à Je m’oppose à J’appuie, etc.
4) Les énoncés (et les verbes) béhavitifs constituent un groupe très hétérogène ; ils ont trait aux
attitudes et aux comportements sociaux : réactions et attitudes face à la conduite et au destin
des autres :
Je m’excuse Je remercie Je regrette
Je félicite Je me réjouis de Je plains
Je souhaite la bienvenue Je souhaite bonne chance Je salue
Je bénis Je maudis Je trinque à
Je défie J’invite Je fais des vœux pour, etc.
5) Les énoncés (et les verbes) expositifs s’emploient pour exprimer ses opinions, conduire des
débats, faire des exposés, expliquer l’emploi que l’on fait de certains mots, etc. :
J’affirme J’observe J’informe
Je nie Je fais mention à Je dis
J’énonce Je postule J’omets
Je décris Je déduis Je réponds
Je reconnais Je remarque Je demande
Je refuse J’accepte J’entends par là, etc.
Austin résume les cinq catégories dans ces termes : « Employer le verdictif est porter un
jugement ; employer un exercitif est exercer une influence ou une autorité ; employer
le commissif est assumer une obligation ou déclarer une intention ; employer un béhavitif est
adopter une attitude, employer un expositif est expliquer ou éclaircir des raisons, des arguments
ou des communications ».

d) Règles qui gouvernent les actes illocutionnaires selon Searle


Dans son œuvre Speech acts (1969, trad. fr. Les actes de langage, Hermann, 1972), John
Searle tente d’analyser la structure des actes illocutionnaires.
Un acte de langage est « la production ou l’émission d’une réalisation de phrase dans
certaines conditions », les actes de langage étant « les unités minimales de base de la
communication linguistique ». La théorie du langage fait partie, selon Searle, d’une théorie de
l’action, simplement parce que parler est une forme de comportement régie par des règles.
« Réaliser un acte illocutionnaire est adopter une forme de conduite gouvernée par des règles  »,
selon Searle. Pour lui, les actes tels que poser des questions ou s’excuser sont gouvernés par
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des règles, de même que le fait de marquer un but au football ou déplacer un cavalier aux échecs
sont des formes d’actes gouvernés par des règles. Le but de Searle est précisément d’établir un
ensemble de conditions nécessaires et suffisantes pour que ces types d’actes de langage soient
valables, et d’en déduire des règles sémantiques qui gouvernent l’emploi des procédés
linguistiques qui caractérisent l’appartenance des énoncés à tel ou tel type d’acte de langage.
Searle distingue deux types de règles : les normatives et les constitutives. Les premières
régissent des formes de comportement préexistantes, ou existant de façon indépendante ; ainsi,
les règles de courtoisie codifient des rapports ou des comportements sociaux préexistants. Ces
règles ont généralement la forme d’un impératif ; par exemple : À table, essuyez vos lèvres avec
la serviette avant de boire. Les deuxièmes, « créent ou définissent de nouvelles formes de
conduite ». Ainsi, les règles d’un jeu non seulement indiquent comment jouer, mais elles créent
aussi la possibilité même de jouer à ce jeu. Par exemple, dans le jeu des échecs, on fait échec si
le roi se trouve sur une case battue par une pièce de l’adversaire. La forme d’une règle
constitutive est plutôt celle d’une définition totale ou partielle de la conduite en question.
Or, les actes de langage ont précisément pour trait caractéristique le fait qu’ils se réalisent
parce qu’on produit des énoncés qui obéissent à des règles constitutives. Ainsi, promettre
consiste à dire : je promets ; c’est par pure convention que je promets, dans certaines
circonstances, crée l’acte de faire une promesse.
Searle décrit également les propositions contenues dans la structure des actes de parole.
Selon lui, divers actes illocutoires ont souvent des caractéristiques communes. Considérons les
énoncés suivants :
1) Jean sortira-t-il de la chambre ?
2) Jean sortira de la chambre.
3) Jean, sors de la chambre !
4) Pourvu que Jean sorte de la chambre…
5) Si Jean sortait de la chambre, moi aussi j’en sortirai.
Les émissions de chacune de ces phrases dans une situation donnée constitueront des
réalisations de différents actes illocutionnaires. La première serait, d’une manière caractéristique,
une question ; la deuxième, une assertion sur le futur, c’est-à-dire, une prédiction ; la troisième,
une requête ou un ordre ; la quatrième, l’expression d’un souhait ; et la cinquième, une expression
hypothétique d’intention. Dans la réalisation de chacun de ces actes, l’émetteur réalisera certains
actes complémentaires qui sont communs aux cinq actes illocutionnaires : dans tous les cas,
l’émetteur se réfère à une personne déterminée, Jean, dont il prédique l’action de sortir de la
chambre. En aucun cas c’est là tout ce qu’il fait, mais en tout cas, c’est une partie de ce qu’il fait.
Searle affirme, donc, que bien que les actes illocutionnaires en question soient différents, au
moins l’un des actes non-illocutionnaires de référence et de prédication est le même.
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La référence à une personne, Jean, et la prédication de la même chose par rapport à lui
dans chacun des actes illocutionnaires indique qu’il y a un contenu commun, quelque chose qui
pourrait être exprimé au moyen de la clause que Jean sortira de la chambre. On pourrait
reformuler chacune de ces phrases de sorte d’isoler ce trait commun : Je demande si…, je prédis
que…, j’affirme que…, etc.
Searle propose d’appeler ce contenu comme une proposition, et il fait alors la distinction
entre l’acte illocutionnaire et le contenu propositionnel d’un acte illocutionnaire. Il remarque que
tous les actes illocutionnaires n’ont pas de contenu propositionnel, comme c’est le cas
de Bravo ! ou Silence !
Il distingue, au sein de la phrase, du point de vue sémantique, l’indicateur
propositionnel et l’indicateur de force illocutionnaire. Cela veut dire que la phrase comprend
deux parties (non nécessairement séparées) : l’élément indicateur de la proposition et le dispositif
indicateur de la fonction (force illocutionnaire). Ce dernier marque la force illocutoire ou, en
d’autres termes, l’acte illocutionnaire que l’émetteur réalise en énonçant sa phrase. Exemple :
Je te promets que je viendrai demain
(indicateur de force illocutionnaire) (indicateur propositionnel)
Les dispositifs de force illocutionnaire comprennent en français l’ordre des mots, l’emphase,
l’intonation, la ponctuation, le mode du verbe et enfin, un ensemble de verbes performatifs  : je
peux indiquer ce type d’acte illocutionnaire que je réalise si je commence ma phrase par  je
demande si…, je conseille de…, j’affirme que…, etc. Souvent, dans des situations réelles de
langage, le contexte situationnel sert à préciser quelle est la force illocutionnaire de l’émission,
sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours au dispositif indicateur de fonction approprié.
Exemple : La porte !
 
e) Conditions de réussite (félicité) de certains actes de langage
Il a été dit qu’un acte de langage ne peut être jugé vrai ou faux : en réalité il faut dire s’il est
réussi ou non réussi. L’acte réussi (esp. feliz) est celui par lequel l’action que le locuteur a
l’intention de réaliser se réalise effectivement et elle est interprétée comme telle par le
destinataire.
Searle décrit un certain nombre de conditions qu’un acte de langage doit réunir pour qu’il
soit réussi, ces conditions étant les règles constitutives de l’acte de langage en question. Dans le
cas de la promesse, les conditions de réussite sont, décrites d’une manière très simple, les
suivantes (Moeschler et Reboul, 1994:68) :
1) Les conditions normales de départ et d’arrivée sont remplies ;
2) L exprime la proposition p en employant T (je te promets de venir) ;
3) La proposition p concerne un acte futur C de L ;
4) L’acte futur C de L est souhaité par A, et L pense que c’est le cas ;
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5) Il n’est pas évident, ni pour L ni pour A, que L serait conduit de toute façon à effectuer C ;
6) L a l’intention d’effectuer C ;
7) L’intention de L est que l’énoncé de T le mette dans l’obligation d’effectuer C ;
8) L veut que son intention soit reconnue au moyen de la connaissance que A possède de la
signification de T.
La règle 1 correspond aux conditions que nécessite toute communication : la langue
commune, ni le locuteur ni l’interlocuteur ne souffrent d’une infirmité que leur interdirait de
communiquer, ils parlent sérieusement (il ne s’agit pas d’une situation de fiction). La règle 2 isole
la proposition de l’acte illocutionnaire lui-même. La règle 3 caractérise plus précisément la
promesse. Les règles 4 et 5 sont les conditions préliminaires : la règle 4 permet de distinguer la
promesse de la menace ; et la règle 5 correspond à une loi du moindre effort. La règle 6 permet
de distinguer les promesses sincères de celles qui ne le sont pas : Searle l’appelle condition de
sincérité. La règle 7 est la condition essentielle et constitue une nouvelle caractérisation de la
promesse. La règle 8 n’est que la reprise de la notion non naturelle.

f) Les actes de langage indirects


Il est bien évident que certains actes de langage ne se réalisent que lorsqu’ils contiennent
explicitement le verbe performatif qui les exprime : autrement dit, leur force illocutionnaire ne peut
être exprimée qu’au moyen du verbe performatif explicite. Tel est le cas de faire un pari : cet acte
ne peut être fait que si l’on dit explicitement Je te parie que (demain il va pleuvoir). Comme parier,
beaucoup d’autres actes (remercier, s’excuser, féliciter) sont essentiellement performatifs.
Il y a, par contre, des actes de langage dont la réalisation ne dépend pas strictement de la
forme linguistique qu’ils adoptent. En effet, on constate que toutes les phrases interrogatives ne
s’emploient pas pour poser une question, de la même manière que tous les impératifs ne réalisent
pas l’acte illocutionnaire de donner un ordre et que toutes les phrases déclaratives n’ont pas la
même valeur d’assertion. Nombreux sont les usages où le locuteur veut dire autre chose que ce
qu’il dit littéralement : c’est le cas des actes de langage indirects.
1) Tu peux fermer la porte ?
2) J’aimerais qu’on ferme la porte.
3) La porte est ouverte.
4) Il y a des courants d’air.
Quels sont les critères qui permettent de distinguer un acte de langage direct d’un acte de
langage indirect ? Les réponses à cette question varient selon les théories. Ainsi, pour Grice, les
actes de langage indirects sont en rapport avec les implicatures conversationnelles. Searle, par
contre, les explique en fonction de la relation entre l’intention du locuteur et l’interprétation du
récepteur.
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Selon Henk Haverkate (1994:156), « la distinction entre les actes de langage directs et
indirects doit se fonder sur des critères aussi bien linguistiques que pragmatiques, c’est-à-dire,
des critères basés sur la structure propositionnelle, d’une part, et des critères basés sur
l’interprétation de l’acte de langage, de l’autre ».
Haverkate établit une échelle de quatre points dont les pôles sont occupés par des énoncés
ayant une spécification complète de l’acte que doit accomplir le récepteur et des énoncés qui ne
contiennent aucune spécification de l’acte en question. Exemples :
1) Tu peux m’apporter le courrier ?
2) Je voudrais que tu m’aides à résoudre ce
problème.
3) Je voudrais qu’on allume le ventilateur.
4) Il faut allumer le ventilateur.
5) La porte est-elle fermée ?
6) Est-ce qu’il y a du sel sur la table ?
7) On étouffe ici.
8) Ce problème est trop difficile pour moi.
- 1) et 2) sont des actes de langage directs car ils contiennent une spécification complète de
l’acte exhortatif, ainsi qu’une référence explicite à l’interlocuteur ;
- 3) et 4) sont moins directs, car ils décrivent l’acte sollicité, mais sans faire allusion à
l’interlocuteur ;
- 5) et 6) occupent le troisième point de l’échelle : ils ne spécifient pas l’acte, mais seulement
l’objet de celui-ci ;
- 7) et 8) sont tout à fait indirects : il n’y a aucune allusion à l’acte sollicité, ni à son objet, ni à
l’interlocuteur, et l’interprétation correcte de ces énoncés dépend entièrement des
connaissances dont dispose le récepteur sur la situation de communication.
Haverkate justifie empiriquement l’échelle établie au moyen d’un test syntaxique qui
consiste à mettre en rapport anaphorique le prédicat accéder à la demande avec l’énoncé
exhortatif en question. Si la référence anaphorique produit un énoncé grammaticalement bien
formé, l’acte exhortatif en question est direct ; dans le cas contraire, il est indirect. Exemple :
 [1a] Marie dit à une amie : Tu peux m’apporter le courrier ?, et celle-ci accède à sa demande.
 [3a] Marie dit à une amie : Je voudrais qu’on allume le ventilateur, et celle-ci accède à sa
demande.
 [5a] *Marie dit à une amie : La porte est-elle fermée ?, et celle-ci accède à sa demande.
 [7a] *Marie dit à une amie : On étouffe ici, et celle-ci accède à sa demande.

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2. L’implicite
a) Présupposés et sous-entendus: définitions. b) Les présupposés : caractéristiques et supports
linguistiques qui peuvent les véhiculer. c) Les sous-entendus : caractéristiques et supports
linguistiques qui peuvent les véhiculer. d) Le principe de coopération et les maximes de Grice :
les implicatures conventionnelles et les implicatures conversationnelles.

Lorsque le locuteur formule son message, il ne dit pas tout (il n’a d’ailleurs pas besoin de le
faire), ce qui n’empêche pas le récepteur de déduire, par la voie de l’inférence, ce qui n’a pas été
dit. Le schéma suivant, fait sur la base de celui de Kerbrat-Orecchioni (1991:19), présente les
types de contenus d’un énoncé :

explicites
contenus présupposés
implicites
sous-entendus

Ceci nous mène à faire quelques distinctions. Le contenu explicite est ce que l’on dit (sens
littéral). Le contenu implicite est ce qu’on ne dit pas directement, mais qu’on dit quand même
(présupposé) ou ce qu’on veut dire (sous-entendu).
L’inférence4 est toute proposition implicite que l’on peut extraire d’un énoncé, et déduire de
son contenu littéral en combinant des informations de statut variable (internes ou externes).
Le posé est le véritable objet du message à transmettre. Les présupposés sont toutes les
informations qui, sans être ouvertement posées, sont cependant automatiquement entraînées par
la formulation de l’énoncé, dans lequel elles se trouvent intrinsèquement inscrites, quelle que soit
la spécificité du cadre énonciatif. Les présupposés sont en principe indépendants du contexte. La
présupposition est le processus, le présupposé en est le résultat dans un énoncé.
 
a) Présupposés et sous-entendus
Dans son œuvre Le dire et le dit (1984), Oswald Ducrot étudie le problème des
présupposés et des sous-entendus. Il pose l’hypothèse selon laquelle la description sémantique
d’une langue devrait tenir compte de deux composants : 1) le composant linguistique ou ensemble
de connaissances qui attribuerait à chaque énoncé une signification donnée, indépendamment
des divers contextes ; et 2) le composant rhétorique, dont la tâche serait de déterminer la
signification réelle d’un énoncé dans un contexte donné. Ducrot se propose de justifier son
hypothèse en distinguant deux types particuliers d’effets de sens, l’un exigeant l’intervention du

4
Opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d'autres propositions déjà
tenues pour vraies. Déduction, induction. Relation d'inférence (implication). — Par ext. Proposition admise en vertu
d'une inférence. Petit Robert.
11
Linguistique II
Miranda Ceballos Scoponi
composant linguistique, et l’autre, celle du composant rhétorique. Ducrot présente les énoncés
suivants :
1) Si Pierre vient, Jean partira.
2) Le vin ne déplait pas à Jean.
3) Jean fume toujours.
4) Pierre a donné peu de vin à Jean.
Selon Ducrot, dans la plupart des contextes imaginables, celui qui écoute l’énoncé (1)
déduit non seulement que l’arrivée de Pierre donne lieu au départ de Jean, mais aussi que le
départ de Jean est subordonné à l’arrivée de Pierre. En effet, on n’énoncerait pas (1) si l’on ne
pensait pas que (1a) Si Pierre ne vient pas, Jean ne partira pas.
En ce qui concerne l’énoncé (2), il est difficile de ne pas en déduire (2a) Jean aime
beaucoup le vin.
Quant à l’énoncé (3), il est presque inévitable d’en déduire non seulement que Jean fume à
présent, mais aussi qu’il fumait auparavant : (3a) Jean fumait auparavant.
Enfin, l’énoncé (4) indique en même temps que Pierre a donné du vin à Jean, et qu’il n’a
pas été généreux en lui servant du vin. Ducrot se propose de montrer la distinction entre ces deux
interprétations sémantiques, mais pour l’instant il se limite à préciser la première : (4a) Pierre a
donné du vin à Jean. 
Selon Ducrot, il y a une différence de nature entre les indications (1a) et (2a) qu’il
appelle sous-entendu ; et les indications (3a) et (4a), qu’il appelle présupposé.
Un premier critère qui justifie cette distinction, c’est le comportement singulier des
présupposés lorsque l’énoncé qui les véhicule subit certaines modifications syntaxiques comme la
négation ou l’interrogation. En effet, selon Ducrot, les présupposés d’un énoncé continuent d’être
affirmés par la négation de cet énoncé ou par sa transformation en question . Ainsi, dans tous les
contextes imaginables, les énoncés Jean fume-t-il toujours ? et Jean ne fume pas toujours
impliquent tous les deux, pour les mêmes raisons que l’énoncé (3) Jean fume toujours que Jean
fumait auparavant. C’est d’ailleurs ce comportement singulier du présupposé vis-à-vis de la
négation, l’interrogation et la subordination, qui autorise à distinguer, dans le sens total de (4),
l’élément (4a) Pierre a donné du vin à Jean. On constate, en effet, que dans les énoncés : Pierre
a-t-il donné peu de vin à Jean ?, Pierre n’a pas donné peu de vin à Jean et Pierre a donné peu de
vin à Jean bien que Jean lui ait demandé de lui en donner beaucoup le présupposé Pierre a
donné du vin à Jean subsiste.
Par contre, il serait inutile, selon Ducrot, de chercher ces caractéristiques des
présupposés dans les exemples de sous-entendus. Si l’on construit, à partir de (1), la question
Si Pierre vient, Jean partira-t-il ?, le sous-entendu (1a) si Pierre ne vient pas, Jean ne partira pas
est éliminé. En somme, le phénomène de la présupposition paraît garder un rapport étroit avec
12
Linguistique II
Miranda Ceballos Scoponi
des constructions syntaxiques très générales, ce qui fournit une première raison pour le traiter
comme associé au composant linguistique. Au contraire, le rapport des sous-entendus avec la
syntaxe paraît être beaucoup moins évident.
Ducrot caractérise le sous-entendu d’une manière positive en disant qu’un premier trait
remarquable est que l’énoncé ayant des sous-entendus possède toujours un « sens littéral »
dont les sous-entendus sont exclus. Si j’ai affirmé que le vin ne déplaît pas à Jean et que l’on
m’accuse d’avoir proféré une calomnie (tu veux dire que Jean boit beaucoup ?), je peux toujours
me retrancher derrière le sens littéral de mes paroles, en rendant mon interlocuteur responsable
de son interprétation. Le sous-entendu permet d’affirmer quelque chose « sans le dire, tout en le
disant ». Par contre, le présupposé ne peut être interprété que dans son sens littéral.
Le présupposé est présenté, selon Ducrot, comme une évidence, comme un élément de
l’univers du discours. En introduisant une idée sous forme de présupposé, j’agis comme si mon
interlocuteur et moi-même, nous ne puissions faire autrement que de l’accepter. Alors que « le
sous-entendu est ce que je laisse déduire à mon auditeur, le présupposé est ce que je présente
comme s’il était commun aux deux partenaires du dialogue, l’objet d’une complicité fondamentale
qui lie entre eux les participants de l’acte de communication ». Le sous-entendu, au contraire,
apparaît comme postérieur à cet acte, comme ajouté par l’interprétation du récepteur.
Voilà pourquoi Ducrot considère que la recherche des présupposés doit être confiée au
composant linguistique – qui se rattache à l’énoncé lui-même, sans tenir compte de ses
conditions d’occurrence –, alors que les sous-entendus relèveraient d’un composant rhétorique
qui tient compte des circonstances de l’énonciation, ce qui fournirait une deuxième raison pour
distinguer ces deux composantes.
Selon Ducrot, il y a, à l’origine des sous-entendus, un procédé discursif tout à fait
compatible avec les lois de la logique et qui permet d’ailleurs de comprendre que le locuteur
puisse se refuser à être considéré comme responsable des sous-entendus. Il suffit d’analyser le
sous-entendu non seulement dans le cadre de l’énoncé, mais en tenant compte aussi de
l’énonciation et du fait qu’il est utilisé à un moment donné et dans des circonstances précises.
Le raisonnement de l’auditeur pourrait être alors décrit au moyen d’une formule comme la
suivante : si quelqu’un pense qu’il est correct de me dire cela, c’est sans doute parce qu’il le
pense. Reprenons l’énoncé (2) le vin ne déplaît pas à Jean. Bien qu’il soit facile d’y découvrir une
litote5, la présence de cette figure n’autorise pas à y voir, dans tous les cas, un sous-entendu. À
vrai dire, l’auditeur ne cherche une litote que lorsque l’emploi d’un énoncé plus fort a quelque
chose de déplacé, d’inconvenant, de répréhensible. Dans le cas de (2), il y aurait une certaine
médisance6, ou plutôt, il est fréquent de trouver une médisance dans l’énoncé direct  Jean boit

5
Figure de rhétorique qui consiste à atténuer l'expression de sa pensée pour faire entendre le plus en disant le moins.
(op. cit.)
6
Propos malveillant (op. cit.)
13
Linguistique II
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beaucoup. Cela explique notre tendance, lorsque nous écoutons (2), à le prendre comme un
substitut de (2a). Le raisonnement de l’auditeur doit alors être reconstruit de la façon suivante :
mon interlocuteur n’avait pas le droit de dire (2a), donc, s’il dit (2), qui est l’énoncé le plus proche
de (2a), il est fort possible qu’il ait pensé (2a).
Ducrot conclut en affirmant que le présupposé est un fait de langue, alors que le
sous-entendu est un fait de parole.
 
b) Les présupposés : caractéristiques
1) Les présupposés s’opposent aux posés, comme « ce qui est présumé connu » à « ce qui
est présumé ignoré ». Dans la dynamique discursive, les présupposés servent à constituer
pour le discours une sorte de soubassement sur lequel viennent s’échafauder les posés, à
assurer la cohérence et la redondance internes du discours, les posés se chargeant de sa
progression ; et, à un niveau interactionnel plus large, à constituer une zone de consensus
entre les interactants.
Or, cette première caractéristique doit être nuancée : le locuteur donne parfois sous forme
de présupposés des informations qui ne sont connues que de lui ; je peux dire par exemple
J’ai laissé ma voiture à mon frère à quelqu’un qui ignore que j’ai une voiture et un frère.
2) Ils relèvent du plan strictement linguistique de l’énoncé, indépendamment du contexte. Il y
a un ancrage direct du présupposé à un support signifiant spécifique (lexical et/ou
syntaxique et/ou prosodique ou typographique).
3) Ils se maintiennent lorsqu’ils sont soumis à l’épreuve de la négation et de l’interrogation.
4) Selon Ducrot (1991:92) lorsque le récepteur conteste un présupposé du locuteur, son
attitude peut être considérée comme agressive ou polémique. Cette affirmation doit être
nuancée : en revenant sur un présupposé, on ne le conteste pas nécessairement, on peut
tout simplement avouer son ignorance. Par exemple :
 Le mari de Susanne a eu un accident.
 Je ne savais pas que Susanne était mariée.
5) Ducrot soutient aussi que lorsque le récepteur « laisse passer » un présupposé au lieu de
le contester, il souscrit à la vérité du présupposé. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Il
peut se taire pour ne pas interrompre le locuteur (pour des raisons d’infériorité hiérarchique
ou de simple politesse), quitte à marquer son désaccord par un geste (léger balancement
de tête, sourire, etc.), ou à revenir plus tard sur ce qu’il n’accepte pas.

14
Linguistique II
Miranda Ceballos Scoponi
Supports linguistiques qui peuvent véhiculer les présupposés 7
Les supports linguistiques qui peuvent véhiculer des présupposés sont les suivants :
1) Supports lexicaux.
a) Les verbes « aspectuels » (cesser de, continuer à, se mettre à, finir de, etc.) et les
verbes « transformatifs » (se réveiller, se lever, se chausser, guérir, etc.).
Exemple : Pierre continue à travailler. ≡ pp/Pierre travaillait auparavant/
Exemple : Pierre s’est réveillé. ≡ pp/Pierre dormait auparavant/
b) Certains morphèmes (aussi, même, de nouveau, déjà, encore).
Exemple : Pierre aussi est venu. ≡ pp/D’autres sont venus/
Exemple : Pierre croit encore au père Noël. ≡ pp/Il y croyait auparavant/
c) Un grand nombre de présupposés trouvent leur origine dans la structure du lexique :
 relations de contraste : Pierre est célibataire. ≡ pp/Il n’est pas marié/
 relations d’hyperonymie/hyponymie : C’est une chaise. ≡ pp/c’est un siège/
 restriction sélective : X mugit. ≡ pp/X est une vache/.
2) Supports syntaxiques.
a) Les expressions définies et les nominalisations.
Exemple : Le comportement scandaleux de X ≡ pp/X s’est conduit de façon
scandaleuse/
Exemple : L’assassinat de X ≡ pp/X a été assassiné/
b) Les expansions adjectivales ou relatives.
Exemple : Pierre, enrhumé, n’a pas assisté à la réunion ≡ pp/Pierre était enrhumé/
Exemple : Notre ville qui a été gérée huit ans par des incapables, souhaite un nouveau
maire. ≡ pp/ceux qui ont géré huit ans notre ville sont incapables/
c) Les systèmes subordonnants (comparatives, hypothétiques, causales, etc.).
Exemple : Cet exercice est plus difficile que je ne croyais ≡ pp/je le croyais facile/
Exemple : Si j’avais de l’argent, je ne travaillerais pas ≡ pp/je n’ai pas d’argent/ je
travaille/
Exemple : Comme il faisait beau hier, ils sont allés se promener ≡ pp/il faisait beau hier/
Exemple : Comment se fait-il que tu n’aies pas rangé ta chambre ? ≡ pp/tu n’as pas
rangé ta chambre/
d) Les questions portant sur des constituants.
Exemple : Qui a ouvert la porte ? ≡ pp/quelqu’un a ouvert la porte/
Exemple : Pourquoi est-ce que tu ne l’aimes plus ? ≡ pp/tu ne l’aime plus/ tu l’aimais
auparavant/

7
Kerbrat-Orecchioni, 1986:38.
15
Linguistique II
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c) Les sous-entendus
« Ce sont toutes les informations susceptibles d’être véhiculées par un énoncé donné, mais
dont l’actualisation reste tributaire de certaines particularités du contexte énonciatif » (Kerbrat-
Orecchioni, 1986:39). Soit l’énoncé Pierre a cessé de fumer :
Posé : Actuellement, Pierre ne fume pas
Présupposé : /Pierre fumait auparavant/
Sous-entendus (éventuels)/Ce n’est pas comme toi, qui continues à fumer/
/Tu vois bien qu’on peut y arriver/
/Prends-en de la graine/8
Les sous-entendus viennent se greffer sur les posés et les présupposés, mais leur
existence et leur sens dépend de la situation de communication. Un énoncé comme Il est huit
heures, peut sous-entendre, selon les circonstances, /dépêche-toi !/ ou /prends ton temps/.

Caractéristiques des sous-entendus


1) Ils ne relèvent pas seulement du plan linguistique de l’énoncé, car ils dépendent aussi du
contexte. Il y a donc un ancrage indirect des sous-entendus aux supports signifiants.
2) Les indices (extérieurs à la séquence) jouent un rôle important dans l’émergence des sous-
entendus. Ces indices peuvent être :
 cotextuels (environnement verbal). Exemple : Quel joli temps ! Heureusement que
j’ai songé à prendre un parapluie.
 para-textuels (prosodiques ou mimo-gestuels). Exemple : intonation particulière,
moue contrariée, etc.
 contextuels (présence du référent météorologique qui permet d’identifier le décalage
entre le contenu énoncé littéralement et la marque d’ironie). 
3) Les sous-entendus ne subsistent pas lorsqu’ils sont soumis à l’épreuve de la négation et de
l’interrogation.
4) Dans certains cas, ils peuvent renfermer un acte de parole. Exemple : Il fait chaud
ici ≡ /ouvrez la fenêtre/. Dans d’autres situations ils renferment une insinuation ou une
allusion malveillante. Exemple : X n’est pas très éveillé ≡ / X est idiot/. Dans ce dernier cas,
le locuteur emprunte la voie du sous-entendu pour dire implicitement ce qu’il n’a pas le droit
de dire explicitement. Cela lui permettra, en cas de protestation du récepteur, de nier le
sous-entendu et de se retrancher derrière le sens littéral de son énoncé.
5) À la différence des présupposés, les sous-entendus font appel non seulement à la
compétence linguistique du récepteur, mais aussi à ses compétences encyclopédique et/ou
« rhétorico-pragmatiques »9.
8
En prendre de la graine : en tirer un exemple, une leçon (capable de produire les mêmes bons résultats) (op. cit.).
9
« Ensemble des savoirs qu’un sujet parlant possède sur le fonctionnement de ces « principes » discursifs qui sans
être impératifs au même titre que les règles de bonne formation syntactico-sémantique, doivent être observés par qui
veut jouer honnêtement le jeu de l’échange verbal, et que l’on appelle, selon les cas, « maximes » ou « principes
16
Linguistique II
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Supports linguistiques qui peuvent véhiculer les sous-entendus
1) Supports lexicaux (certains sèmes, le plus souvent connotatifs, d’un lexème donné sont
actualisés pour exprimer un sous-entendu) :
Exemple : Elle a encore commis/perpétré un poème ≡ /elle écrit des poèmes très mauvais/
Exemple : Tire tes pattes de là ≡ / tu es un animal /
2) Supports syntaxiques (la négativisation, la mise en relief, l’emphase) :
Exemple : Je ne vais pas vous raconter des mensonges ≡ /comme d’autres le font/
Exemple : C’est toujours moi qui paie ≡ /vous ne le faites jamais, vous êtes radins/
Exemple : Moi, je dis toujours la vérité ≡ /alors que d’autres ne le font pas/
3) Supports rhétoriques ou stylistiques :
a) Litote. Exemple : Il n’est pas très généreux ≡ /il est avare/
b) Euphémisme. Exemple : Il a été critiqué pour ses attitudes excentriques ≡ /Il a été
critiqué pour son homosexualité/
c) Intertexte. Exemple : Sortir avec lui, c’est le voyage au bout de la nuit 10 ≡ /ça tourne au
cauchemar/
4) Supports pragmatiques (ils ont trait à l’expérience personnelle du locuteur ou du récepteur) :
Exemple : Tu sais, les chagrins d’amour, on s’en remet ≡ /moi, je m’en suis remis/ ou /moi,
j’en ai connu/
Exemple : (à un fonctionnaire) Vous dites qu’aucun secteur de l’administration publique
n’échappe à la corruption, et vous êtes bien placé pour le savoir ≡ /vous aussi, vous avez
cédé à la corruption/
Cette liste de procédés est loin d’être exhaustive, car la création des sous-entendus, ainsi
que leur interprétation, dépend en grande mesure de l’habileté et de l’ingéniosité du locuteur d’une
part, et de la perspicacité et des compétences du récepteur, de l’autre.

conversationnel(le)s » (Grice), « lois de discours » (Ducrot), « postulats de conversation » (Gordon et Lakoff),


« postulats de communication normale » (Revzine) » (p.194). Maximes de Grice : maxime de quantité, de qualité, de
relation, de modalité.
10
Voyage au bout de la nuit est le premier roman de Céline, publié en 1932.
17
Linguistique II
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d) Le principe de coopération et les maximes de Grice 11
La théorie de Grice (présentée dans son œuvre Logical and Conversation, 1967, 1975), a
inauguré une manière totalement nouvelle de voir la pragmatique et le problème de la
communication. Au plan théorique, la contribution principale de Grice est d’avoir introduit une
notion, celle d’implicature, permettant d’expliquer la divergence fréquente entre la signification de
l’énoncé et le sens communiqué par cet énoncé. Au plan de la communication, Grice a proposé
un principe général, le principe de coopération, dont il est nécessaire de supposer, pour que
l’auditeur puisse interpréter le vouloir dire du locuteur, qu’il l’a respecté.
 
Les implicatures conventionnelles et les implicatures conversationnelles
Grice a observé que certains énoncés communiquent plus que ce que les mots qui
composent la phrase signifient ensemble. Cette partie de la signification des énoncés qui échappe
aux conditions de vérité de la phrase, Grice l’appelle son implicature. Par-là, il faut comprendre
que le locuteur donne à entendre à son auditeur plus que le sens littéral de la phrase. Selon que
l’implicature est déclenchée par une expression linguistique ou par des principes généraux liés à
la communication et à la rationalité, l’implicature sera dite conventionnelle ou conversationnelle.
Voyons l’exemple suivant : (1) John est anglais ; il est courageux. Ainsi, en (1), si le locuteur dit de
John qu’il est anglais et qu’il est courageux, il ne dit pas littéralement que son courage découle de
sa nationalité, mais il l’implicite. Par contre, en : (2) John est anglais ; il est donc courageux, la
présence de donc déclenche l’implicature (2a), il s’agit d’une implicature conventionnelle :
(2a) Tous les Anglais sont courageux.
  Puis, analysons la réplique B dans l’exemple suivant :
(3) A_ Comment se passe le nouveau travail de Charles ?
B_ Oh, pas mal, je crois. Il s’entend bien avec ses collègues et on ne l’a pas encore mis en
prison. 
(3a)  Charles n’est pas honnête dans son travail.
Le fait de comprendre, à partir de la réplique de B que Charles est généralement soumis à
la tentation et a tendance à se comporter de manière malhonnête ne relève pas de la signification
de quelque mot que ce soit, mais de connaissances d’arrière-plan que B suppose accessibles
pour A ; de là le nom d’implicature conversationnelle.
La différence principale entre les deux types d’implicature tient à ce que les implicatures
conventionnelles sont déclenchées par des mots ou des expressions linguistiques (tels que les
connecteurs), alors que les implicatures conversationnelles sont déclenchées par  une procédure
qui fait intervenir les notions de principe de coopération et de maxime de conversation.

11
Extraits du Dictionnaire Encyclopédique de Pragmatique, MOESCHLER, J. et REBOUL, A. (1994). Paris: Editions
du Seuil.
18
Linguistique II
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Principe de coopération
L’idée de Grice est que les contributions des locuteurs sont gouvernées dans l’échange
conversationnel par un principe général, tacitement accepté par les interlocuteurs, qu’il nomme le
principe de coopération. Coopérer, pour Grice, revient, pour un locuteur participant à un
échange conversationnel, à satisfaire ce qui est exigé de lui en fonction du déroulement de la
conversation et de la direction qu’elle a prise. Grice formule ce principe de la manière suivante :
« Que votre contribution à la conversation soit, au moment où elle intervient, telle que le requiert
l’objectif ou la direction acceptée de l’échange verbal dans lequel vous êtes engagé ».
Plus précisément, l’idée de coopération peut être explicitée par quatre catégories
générales, liées à la quantité d’information fournie,  à son caractère véridique, à sa pertinence et à
la manière dont elle est formulée ; ces catégories sont appelées maximes de conversation :
1) MAXIMES DE QUANTITÉ
 « Que votre contribution contienne autant d’information qu’il est requis ».
 « Que votre contribution ne contienne pas plus d’information qu’il est requis ».
Exemples :
(4) Le drapeau est blanc. (4a) Le drapeau est entièrement blanc.
  (4b) Le drapeau est blanc et noir.
(5) Jacques et Anne ont 4 enfants. (5a) Jacques et Anne ont exactement 4 enfants.
  (5b) Jacques et Anne ont 5 enfants.
Dans (4), la maxime de quantité permet de tirer l’implicature conversationnelle (4a),
implicature qui est bloquée en (4b). L’énoncé (5) implicite (5a) et bloque (5b).
2) MAXIMES DE QUALITÉ (DE VÉRIDICITÉ)
 « Que votre contribution soit véridique : n’affirmez pas ce que vous croyez être faux ;
n’affirmez pas ce pour quoi vous manquez des preuves. Exemples :
(6) Jean a deux doctorats. (6a) Je crois que Jean a deux doctorats, et j’en ai des
preuves.
De toute évidence, (6) implique (6a).
3) MAXIME DE RELATION (DE PERTINENCE)
 « Parlez à propos (soyez pertinent) ».
(7 A_ Je suis en panne d’essence. (7a) Pouvez-vous m’indiquer où je peux trouver de
) l’essence ?
B_ Il y a une station-service au (7b) La station-service est ouverte et il y a de
bout de la rue. l’essence.
Si B est supposé respecter le principe de coopération et les maximes, A pourra inférer que
B a donné une information pertinente, à savoir en relation avec la demande de A (implicitant [7a]).
On pourra dire ainsi que B a implicité [7b].

19
Linguistique II
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4) MAXIMES DE MANIÈRE
 « Soyez clair : évitez de vous exprimer avec obscurité, évitez d’être ambigu, soyez bref
(évitez toute prolixité inutile), soyez ordonné ». 
C’est la maxime d’ordre qui est le meilleur exemple d’utilisation d’une maxime de manière :
(8) Isabelle a traité Marc de salaud et lui a donné une gifle. Comment interpréter la valeur
temporelle de « et » ? Par une implicature produite par la maxime d’ordre : (8a) Isabelle a
traité Marc de salaud et ensuite lui a donné une gifle.
Arrivés à ce stade, nous pourrions penser que la conception qu’a Grice de la
communication est idéaliste et normative, dans la mesure où les comportements effectifs des
locuteurs traduisent fréquemment la violation de ces principes et qu’il serait illusoire de théoriser
un comportement interactionnel comme la conversation à partir des principes normatifs. En fait, la
théorie gricéenne ne doit pas s’interpréter de cette manière : il s’agit d’une théorie de
l’interprétation des énoncés (les maximes sont à la base des inférences que l’on fait pour
interpréter les énoncés).
 
Exploitation (ou violation) des maximes
Il y a tout d’abord le cas de la violation d’une maxime pour ne pas violer une autre maxime,
dont le respect engage davantage le locuteur. C’est l’exemple donné par Grice de la violation
d’une maxime de quantité pour ne pas violer la première maxime de qualité :
(9) A_ Où habite Cristelle ?
B_ Quelque part dans le sud de la France.
(9a B ne sait pas exactement où habite Cristelle.
)
La réponse de B, en n’étant pas assez informative, viole la première maxime de quantité.
Mais cette violation est conditionnée par le fait de ne pas violer la première maxime de qualité.
1) MAXIME DE QUANTITÉ :
Les tautologies constituent de bons exemples de violation de la première maxime de
quantité, car le deuxième membre en contient la même quantité d’information que le premier.
(10)
A_ Pourquoi Marc m’a-t-il fait pareille méchanceté ?
B_ Un homme est un homme.
(10a) Les hommes sont tous pareils (égoïstes, machistes, vaniteux, etc.).
2) MAXIME DE QUALITÉ :
Les cas de violation de la première maxime de qualité appartiennent généralement à des
figures de rhétorique ou tropes (ironie, métaphore, litote) ; dans ces cas, les énoncés sont
manifestement faux.
 (11) Ce que j’admire chez elle, c’est sa sympathie. (Ironie)
 (12) Sophie est un bloc de glace. (Métaphore)

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Linguistique II
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 (13) J’ai bu un tout petit peu au déjeuner. (Litote : dans un barrage routier, A souffle dans
un alcootest et explique aux gendarmes les 2 grammes d’alcool constatés).
3) MAXIME DE RELATION :
A et B parlent d’un certain professeur X. A déclare tout à coup (14) sans se rendre compte
que le professeur X est derrière lui. B essaye de faire diversion avec (14a).
(14) A_ Le professeur X est un vieux crétin.
(14a) B_ À propos, tu pars où en vacances, cet été ?
(14b) Parlons d’autre chose, s’il te plaît. (Implicature)

21
Linguistique II
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 Sous-maxime de clarté (« évitez de vous exprimer avec obscurité ») :
(15) A et B parlent devant leurs enfants :
A_ Si on allait à la plage ?
B_ Oui, mais pas de G-L-A-C-E au retour.
(15a) Les enfants ne doivent pas comprendre ce que nous disons. (Implicature)
 Sous-maxime de clarté (« évitez d’être ambigu ») :
(16) Une mère demande à son fils, qui s’habille pour sortir :
A_ Tu sors ? Avec qui ?
B_ Avec une personne.
(16a) B ne veut pas dire avec qui il va sortir. (Implicature)
 Sous-maxime de brièveté :
(17) Un critique musical fait le compte rendu de la performance d’une chanteuse :
 A_ Mme Bianca Castafiore, le célèbre rossignol milanais, a produit une suite de sons
ressemblant à peu près l’air des Bijoux de Faust de Gounod 12.
(17a) La performance de Mme Castafiore était catastrophique. (Implicature)

12
Opéra en cinq actes de Charles Gounod, qui n’a pas eu beaucoup de succès lors de sa première interprétation.
22

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