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Archives de la catégorie ‘Architecture’

Bibliographie commentée
novembre 3, 2010

Voici une bibliographie commentée intéressant l’architecture du Protectorat à Rabat que j’ai
commencé à rédiger il y a deux ou trois ans, lorsque je me suis lancé – à l’occasion d’un master –
dans le projet d’établir un état des lieux de la ville dans ce domaine, que j’ai poursuivie par la
suite, et que je livre aujourd’hui, encore incomplète :

Bibliographie commentée

1.                      Ouvrages de la période du protectorat

a.                      Publications de la Résidence Générale

 Mission scientifique du Maroc, Rabat et sa région, Résidence Générale

 Renaissance du Maroc, Dix ans de Protectorat, Résidence Générale

b.                      Autobiographies

 LAPRADE Albert, Lyautey urbaniste  : souvenirs d’un témoin

Centre Jacques Berque

Résumé  :  mémoires rédigées pour le  Maroc catholique  suite à la demande d’  « un camarade de
l’Ecole des Beaux Arts, officier de la guerre très grièvement blessé, jadis détaché [au] «  Service
des plans de villes » et devenu franciscain  », qui racontent «  l’historique de [l’]organisation des
villes nouvelles au Maroc, de 1915 à 1920, sous la haute direction [du] Maître Prost ». L’architecte
y raconte des anecdotes concernant sa rencontre avec le général Lyautey et son expérience auprès
de Prost.

Points touchant note sujet d’étude   :  Laprade évoque aux pages 8 et 9 des difficultés d’ordre
juridique rencontrées dans certaines villes, surtout à Rabat et Casablanca (p.10), au moment de
créer un plan d’urbanisme  : « Un Anglais, un Espagnol, un Allemand ou un indigène protégé
allemand ne relevait que de son consul, construisait au beau milieu d’une avenue projetée par un
Français, si tel était son bon plaisir. Ainsi en avait décidé le traité d’Algésiras. Les quelques rues
amorcées essayaient d’éviter un étranger, zigzaguaient et finalement venaient buter contre un
mur ». Il évoque aussi aux pages 13 et 14 les mesures de protection visant l’architecture
traditionnelle marocaine, et l’équipe chargée de l’étudier qui en fit des relevés qui eurent une
influence déterminante sur l’architecture coloniale « arabisante »  : « Tout fut sauvé pour le plus
grand profit de l’art et du tourisme, source de richesse qu’on ne saurait dédaigner. Avec Tranchant
de Lunel, de La Nézière, Galotti, Ricard et toute l’équipe des monuments historiques, il fit une
œuvre admirable, ajoutant même à la beauté existante, comme à Rabat, avec la création de cet
adorable jardin des Oudaïas.  »

 LYAUTEY, Paroles d’action

Jardin des Oudaïas – Rabat

c.                        Etudes sur Rabat et sa région

 BEAURIEUX Rémy, Rabat, guide sentimental

 BORELY Jules, Notes sur Rabat

 CAILLÉ Jacques, La petite histoire de Rabat

Bibliothèque de la Source

Résumé  :  Jacques Caillé raconte l’histoire de Rabat depuis l’antiquité jusqu’au Protectorat, à
travers un certain nombre de « petites histoires » ou anecdotes pittoresques qui l’ont jalonnée.

Points touchant notre sujet d’étude  : Des pages 218 à 221, intitulées « Rabat capitale du Maroc »,
l’auteur évoque les circonstances et précise les considérations qui ont présidé au choix de la ville
de Rabat comme capitale du nouveau Protectorat  préférée à la vile de Fès : «  Ainsi l’éloignement
de Fès [recherché à cause d’un manque de sécurité], la situation de l’ancien port des corsaires, sur
la côte atlantique d’où l’on pouvait facilement communiquer avec l’Europe et toutes les régions du
Maroc, et aussi le souvenir de la grandeur almohade, ont dicté le choix du Maréchal Lyautey, qui
allait orienter la ville de Rabat vers de nouvelles destinées. »
 CAILLÉ Jacques, La Ville  de Rabat jusqu’au protectorat français

 LASVIGNE Maurice, Rabat-Salé. Promenades et simples esquisses

 MAUCLAIR Camille, Rabat et Salé

 NORMAND R., Rabat, les débuts d’une municipalité au Maroc

 PETIT Léon, Hinterland et Port de Rabat-Salé

 RABBE P. F., Sur les rives du Bou Regreg, Rabat, Salé, Chella

 ROUSSEL Lucien, Rabat en 1916

 TERRASSE Henri, À travers Rabat

 THARAUD Jérôme et Jean, Rabat ou les heures marocaines

d.                      Études sur le Maroc

 CHAMPION, Le Maroc et ses villes d’art  : Tanger, Fès, Meknès, Rabat et Marrakech

 GALOTTI Jean, Le jardin et la maison arabes au Maroc

 GUERNIER Eugène, Maroc

 LEROUX E., Villes et tribus du Maroc

 PERIGNY, Comte Maurice de, Au Maroc – Casablanca, Rabat, Meknès

 VAILLAT Léandre, Le Visage français du Maroc

e.                        Ouvrages d’architecture et d’urbanisme

 LAFORGUE Adrien, Travaux d’architecture

 MARRAST Joseph (dir.), L’Oeuvre de H. Prost, architecture et urabnisme, Paris, Académie


d’architecture, 1960

 ROYER Jean, L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux

f.                          Chapitre d’ouvrages collectifs

 PROST Henri, Le développement de l’urbanisme dans le Protectorat au Maroc, in


« L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux »

2.                      Périodiques de la période du protectorat 1912-1956

a.                      Publications officielles


 "Bulletin officiel", Rabat

 "Bulletin officiel de la société de géographie du Maroc", Rabat

 "Annuaire économique et financier du gouvernement chérifien", Rabat

 "Bulletin de la Chambre de Commerce et Industrie", Casablanca

 "Revue juridique et politique de l’union française", Rabat

 "Comptes-rendus du Conseil du Gouvernement", Rabat

b.                      La presse quotidienne

 "La Presse Marocaine", Casablanca

 "La Vigie Marocaine", Casablanca

 "Le Petit Marocain", Casablanca

 "L’Écho du Maroc", Rabat

c.                        La presse hebdomadaire

 "La Gazette Financière Marocaine"

 "Le Petit Casablanca"

 "Le Maroc Socialiste"

 "Le Cri Marocain"

 "L’Étincelle"

 "Le Réveil de Mogador"

d.                      La presse mensuelle

 "France-Maroc", Casablanca

 "L’Afrique Française", Paris

e.                        Revues d’architecture

 L’Afrique du Nord illustrée

 L’Architecture d’aujourd’hui
 L’Architecture française

 L’Architecture marocaine

 Bâtir, Revue marocaine d’architecture, Supplément illustré de « L’entreprise du Maroc »

 Chantiers nords-africains

 La Construction au Maroc

 Construire

 Réalisations

f.                          Articles et numéraux spéciaux

 ARCOS D’, Le Maroc à la recherche d’une formule d’architecture, in « Les Arts et les
Artistes, Revue d’Art de France et de l’Etranger », n°105, mars 1931

 BORY P., Rabat, in « Notre Maroc », mai-juillet 1953

 LUNEL, Tranchant de, Rabat, ville d’art, in « France-Maroc », sept 1917

 Le Maroc en 1932 – 20 années de protectorat français , in « L’Afrique du Nord illustrée »,


mai 1932

 Maroc, in « L’Architecture d’Aujourd’hui », n°35, 1951

3.                      Ouvrages récents

a.                      Ouvrages sur Rabat et sa région

 BURLOT Joseph, Découverte de Rabat, Editions « La Porte », Rabat, 1972

Résumé  : Guide touristique de facture classique présentant l’histoire de Rabat, plusieurs itinéraires
pour découvrir la capitale, Salé et leurs environs, fournissant des renseignements pratiques et des
adresses utiles… L’auteur est né en 1941, agrégé de l’Université, ancien professeur au lycée
Hassan II de Rabat et chargé au moment de la parution de l’ouvrage de cours d’Histoire
musulmane à la Faculté de Lettres de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude   :  le guide aborde «  la ville moderne de Rabat et Bab Rouah  »
p. 71-74 et en retrace de manière synthétique la genèse  : «  La capitale devait présenter un aspect
élégant et coquet. Son objectif fut de tirer le meilleur parti de la topographie et de l’environnement
historique. Comme l’altitude augmente progressivement de la médina au rempart almohade au
Sud, la première idée fut de ménager des points de vue sur la ville ancienne, l’estuaire et l’océan,
en créant trois grands parcs. Ensuite pour diverses raisons, on appliqua le principe de la séparation
de la ville ancienne et de la ville nouvelle en sauvegardant les remparts que beaucoup étaient prêts
à voir disparaître. Il fallait aussi mettre en valeur les monuments historiques  : Tour Hassan, Chella
et remparts en préservant de larges zones « non aedificandi » aux alentours.
L’idée géniale fut de faire traverser la ville par un chemin de fer presque entièrement souterrain :
la gare pouvait devenir alors le centre de la nouvelle ville sans nullement gêner la circulation. On
affecta ensuite une fonction bien précise à certains quartiers : entre la gare et le marché central,
point de contact entre ville nouvelle et médina, devaient s’établir tous les services publics
municipaux, les banques et les maisons de commerce. Plus haut au sud, entre l’enceinte du
méchouar et la résidence, les grands services administratifs. Les quartiers militaires occuperaient
le bord de mer à l’Ouest et un quartier universitaire était prévu dans la zone boisée au S-O des
remparts.

Il fallait ensuite tracer les grands axes de communication ; on garda bien sûr le traditionnel axe
Marrakech-Casablanca-Tanger, mais on le dédoubla : une voie suit les remparts andalous de la
médina, une autre bifurque vers Bab Rouah, c’est l’avenue de la Victoire tracée en 1922. L’autre
axe, Nord-Sud, suit les anciennes pistes conduisant des portes de la muraille de la médina aux
portes de la muraille almohade  : Bab Rouah et porte des Zaërs. Ainsi a-t-on évité la monotonie
des plans à damiers.

D’autres prescriptions concernaient l’aspect et la hauteur des bâtiments. »

Bab Rouah – Rabat

 CHASTEL Robert, Rabat-Salé  : vingt siècles de l’oued Bou-Regreg

 GERLIER H./GUERARD G., Rabat Salé et la région

 LAKHDAR/DUCROT, Rabat, le temps d’une ville

 MALKA Jean-Pierre, Rabat, Hier et aujourd’hui, 2002, édition Marsam

Résumé  :  après une introduction sur « L’évolution architecturale et urbanistique de Rabat », cet
ouvrage bilingue arabe-français s’appuie sur une très riche collection de photos et de cartes
postales datant du Protectorat pour mettre en exergue les modifications du paysage rbati depuis
cette époque jusqu’à une époque récente. On y trouve également l’évocation de personnalités de
première envergure de l’époque (sultans) comme celles d’inconnus (colons ou Juifs du mellah). Le
livre traite successivement de « La muraille des Almohades » (pp. 8 à 52), « La muraille
andalouse » (pp. 53 à 68), « Le mellah  » (pp. 69 à 73), «  Le port de Rabat  » (pp. 74 à 79), «  La
traversée du Bouregreg  » (pp. 80 à 92), de la médina (pp. 93 à 97), de «  La kasba des oudaya »
(pp. 98-109), des «  boulevards et [des] nouveaux quartiers  » (pp. 132 à 157), des « nouvelles
bâtisses  » (pp. 158 à 173).

Points touchant notre sujet d’étude   : les nombreux documents iconographiques permettent de
faire un parallèle entre l’état de la ville sous le Protectorat et l’état actuel, et donc à la fois de
rappeler l’existence de lieux ou bâtiments disparus, de souligner les transformations dont certains
ont pu faire l’objet ou parfois de contextualiser géographiquement ou chronologiquement d’autres
qui subsistent encore.

 MOULINE Saïd, Repères de la mémoire  : Rabat, Ministère de l’Habitat

Bibliothèque La Source

Résumé  :  à travers deux numéros distincts et plusieurs articles, l’auteur recense les principaux
éléments du patrimoine historique rbati, et s’appuie sur une très riche documentation
iconographique. On trouve à la fin du deuxième numéro une longue bibliographie détaillant les
ouvrages marocains et français intéressant le patrimoine historique de la ville de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude   : dans l’article intitulé « La ville nouvelle  », l’auteur développe
la genèse de la ville nouvelle – bâtie au début du Protectorat – de Rabat. Il parle de l’origine – le
Musée Social – de ses acteurs, dont le principal est Henri Prost, Chargé de la Direction des Services
d’Architecture d’Urbanisme du Protectorat, puis des règles qui l’ont guidée, comme la séparation
entre les agglomérations européenne et indigène et d’autres principes d’urbanisme parmi les plus
modernes. Après avoir défini l’ossature générale de la nouvelle agglomération, il s’attarde sur la
construction de la Résidence générale de 1917 à 1922.

b.                      Ouvrages sur le Maroc

 BORGE Jacques/VIASNOFF Nicolas, Archives du Maroc

 KARMAZYN Jean-Claude, Le Maroc en cartes postales, 1900-1920

 RACHIK Abderrahmane, Ville et pouvoirs au Maroc

c.                        Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme de Rabat

 ABU-LUGHOD Janet, Rabat  : Urban Apartheid in Morocco

d.                      Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme au Maroc


 BEGUIN François, Arabisances  : décor architectural et tracé urbain en Afrique du Nord
(1830-1950)

Résumé  : Cet ouvrage d’histoire de l’art décrit l’évolution de 1900 à 1930 d’une tendance de
l’architecture coloniale consistant en «  l’arabisation [de] formes architecturales importées d’Europe
(p. 1).  » Comme le dit l’auteur  page 2 : « Cette tendance avait survécu à tous les
bouleversements politiques et stylistiques advenus dans cette partie du monde [l’Afrique du Nord]
au cours du XXème siècle. Elle se présentait sous des formes très variées, allant du simple détail à
la conception globale d’un bâtiment. Dans nombre de ces développements, elle s’exprimait comme
un style d’Etat, et même comme un style d’Empire : la quasi-totalité des bâtiments publics
construits par la France entre 1900 et 1930 en conservent la trace.  »

Points touchant notre sujet d’étude  : Dans le premier chapitre, intitulé « Les deux visages de la
France  : le style du vainqueur et le style du protecteur  », l’auteur retrace l’évolution de ce qu’il
appelle les «  arabisances  » en Afrique du Nord. Il signale d’abord que la visite de Napoléon III en
Algérie en 1865 est le point de départ d’une politique de conservation des grands centres urbains
de l’Afrique du Nord (p. 14). Au Maroc, cette sauvegarde est initiée dès l’arrivée de Lyautey. Des
inventaires sont établis, comme celui de La Nézière, Les Monuments mauresques du Maroc  (note
10 p.14). Auparavant seuls les vestiges romains retenaient l’attention, alors que les villes arabes
faisaient l’objet de jugements négatifs et sommaires. Cette première manifestation de cette
tendance est suivie par l’épanouissement d’un courant qualifié dans l’ouvrage de «  néo-mauresque
officiel  », correspondant en Algérie au «  style Jonnart » d’après le nom du gouverneur général (p.
20). L’  « arabisance  » s’incarne ensuite dans « l’habitat indigène  », et est nourrie par de grandes
enquêtes, comme celle   de Laprade à Rabat et Salé, qui prépare la construction d’une «  pseudo-
médina »[1]  à Casablanca (p.25). Dans le deuxième chapitre  : «  L’arabisance, de Jonnart à
Lyautey, s’intéresse aux différentes expressions, chronologiquement et géographiquement, de
cette tendance. Lyautey s’est particulièrement impliqué dans les questions d’architecture et
d’urbanisme au Maroc. Il qualifie le résultat de ses efforts d’ « Urbs condita  ». L’expérience
marocaine est restée jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale «  une référence et un
modèle pour tout ce qui pouvait être tenté en matière d’urbanisme colonial (p. 34)   ». «  Les
bâtiments marocains construits avant 1930 « témoignent tous d’une remarquable retenue dans
l’usage des pièces décoratives  (p.61) ». Les architectes du Maroc effectuent inventaires, relevés et
de nombreuses publications voient le jour, comme de luxueuses collections de photos, dans le
cadre d’une « effervescence artistique et politique, et plus précisément, [d’] une circulation
permanente d’idées et de catégories entre l’administrateur, l’architecte, le romancier (p. 67) ». à
ceux qui souhaitaient faire construire «  à la manière arabe »  ». L’auteur poursuit en évoquant « le
domaine de l’architecture domestique, où des jeux de formes, des rapports entre la végétation et
la construction, entre le dedans et le dehors, ont fait l’objet d’analyses souvent très fines  »,
comme dans l’ouvrage de Gallotti et Laprade cité plus haut « destiné (p.68). L’auteur conclut en
faisant remarquer que «  les formes les plus ancestrales de l’art populaire marocain étaient
devenues […] proches des recherches les plus avancées du Mouvement moderne  (p. 72).
Diour Jamâa – Rabat

 BOUMAZA Nadir (Dir.), Villes réelles, villes projetées  : fabrication de la ville au Maghreb

 COHEN Jean-Louis/ELEB Monique, Casablanca, Mythes et Figures d’une aventure urbaine

Résumé  : Comme il est résumé dans l’introduction (p. 15), le projet de l’ouvrage revêt deux
aspects principaux, correspondant  aux formations respectives de leurs auteurs – Jean-Louis Cohen
étant architecte et historien et Monique Eleb étant psychologue et sociologue : «  Plutôt que de
tenter une impossible histoire totale, notre ambition sera d’ajouter à ces enquêtes majeures [sur
Casablanca, citées à la même page] l’histoire d’une ville déchirée mais attachante, saisie autant
dans sa spatialité que dans son épaisseur sociale. »

Points touchant notre sujet d’étude   : L’introduction expose la méthode d’investigation des auteurs
(p. 12) qui est par la suite détaillée dans les annexes. Elle propose par ailleurs un découpage
chronologique intéressant de la période prise en compte par l’ouvrage (pp. 13 et 14), avec comme
« borne initiale du propos […] la renaissance commerciale de Casablanca à la fin du XIXème » et
comme borne ultime « non la coupure politique de 1956, mais […] la transition plus complexe qui
intervient au début des années 1960  ». A l’intérieur de ces bornes se dessinent des
« conjonctures  remarquables  » : «  Entre 1907 et la fin des années 1920, la première
conjoncture correspond à la conquête française et voit les équipes de Lyautey réguler de
lotissements déjà engagés »  ; «  Dans les années 1930, la deuxième conjoncture est caractérisée
par une croissance urbaine régulée et une occupation méthodique du sol »  ; «  Entre le
débarquement allié de 1942 et l’indépendance, la troisième conjoncture n’est qu’une longue
crise.  ». Dans leur conclusion, les auteurs signalent les menaces qui pèsent sur ce
patrimoine[2] «  en crise » en livrant au lecteur leurs sentiments : «  Au cours de la préparation de
ce livre, nous avons eu parfois l’impression d’arriver après la bataille, la mémoire disparaissant
avec les hommes, les constructions et les archives perdues  » (p. 445).

Les annexes sont une mine de renseignements, notamment méthodologiques, pour qui s’intéresse
à l’architecture coloniale marocaine. Les auteurs présentent d’abord la «  méthode utilisée dans la
recherche  » (p. 446 à 448) et précisent que l’ouvrage «  est fondé sur l’utilisation convergente de
plusieurs types de méthodes d’observation et d’interprétation, qui ont permis de croiser les
informations recueillies sur le terrain urbain – et humain – de Casablanca et l’analyse des sources
publiées.  » L’enquête sur le terrain  « s’est déroulée en plusieurs phases »  : « une première
exploration visant à repérer les immeubles remarquables du centre ville  a permis de spécifier les
catégories utilisées par la suite pour le recueil des données d’archives », puis « l’arpentage des
rues à l’aide de plans de ville successifs, les notations photographiques, le repérage de bâtiments
remarqués dans les revues ou les archives ont été suivis de visites d’appartements et de maisons,
des villas de luxe aux cités ouvrières. »  Les entretiens  ont concerné « plusieurs types
d’informateurs et de protagonistes de l’histoire de la ville  : les architectes, leurs collaborateurs et
les membres de leurs familles, les propriétaires, les promoteurs, commanditaires, gérants et
gestionnaires, et les occupants actuels.  » La recherche dans les archives  a nourri l’enquête sur
le terrain, puisant les informations «  dans les fonds parisiens et dans les publications », chez des
architectes et leurs familles, dans « des institutions marocaines, comme la photothèque du
Ministère de l’habitat » pour les photographies d’époque, «  des fonds utiles  pour mesurer l’impact
international des expériences au Maroc» comme «  les archives des CIAM ou celles de Sigfried
Giedion  », «  les archives du Protectorat conservées à Rabat[, qui] ont permis des découvertes
irremplaçables », les archives de « la Wilaya du Grand Casablanca » et de « l’Agence urbaine de
Casablanca  » pour la « recherche des dossiers de permis de construire ». Il est regretté que
« beaucoup des corpus analysés [soient] restés longtemps partiels et discontinus.  »L’enquête
bibliographique a mis au jour la «  richesse insoupçonnée  » du « registre des publications
marocaines »[3]. La recherche s’est poursuivie suivant d’autres biais  : l’étude des plans des
bâtiments(«  fournis par la recherche bibliographique  »),  l’analyse des plans et des
documents d’urbanisme  («  en l’absence de publication signalétique ou de cartothèque
historique exploitable  » : un corpus de plans d’ensemble ou de détail a ainsi été rassemblé,
associant plusieurs ordres de représentations de la ville aux différents moments de sa brève
histoire  »),l’analyse de contenu des discours, l’analyse lexicale. Enfin, les auteurs insistent
sur leur exploitation de la pluralité des sources : «  Les hypothèses ainsi mises à l’épreuve ont
été tenues pour vérifiées quand chaque trait constituant des conceptions de l’espace à un moment
donné se retrouvait de façon convergente sur des plans ou dans des documents textuels.  »

La bibliographie s’organise donc en plusieurs points : en premier lieu les sources manuscrites
(archives privées et publiques, consultées au Maroc, en France, aux Etats Unis et en suisse), puis
les sources orales, sous la forme de « principaux entretiens avec protagonistes et témoins  » (p.
449), suivies des sources imprimées que constituent les bibliographies (p. 450), les ouvrages (p.
450-453), les chapitres d’ouvrages collectifs (p. 453), les numéros monographiques de périodiques
(p. 453-454), les articles de périodiques (p. 454-458).

Les auteurs recensent ensuite les architectes actifs à Casablanca dont ils fournissent une courte
notice  biographique et présentent les principaux bâtiments connus. Dans un préambule à ces
biographies, ils évoquent leur origine sociale, leur formation et leur parcours. Ils précisent leurs
sources – Archives nationales, Société des architectes diplômés par le gouvernement, tableaux de
l’Ordre d’une part, registres de permis de construire de la Wilaya et périodiques d’autre part – qui
ont été complétées par l’enquête sur le terrain et les entretiens. Ils insistent enfin sur le caractère
lacunaire de cette liste et de ses biographies (p. 460). Parmi les architectes énumérés, certains ont
fait carrière ou ont été actifs pendant une période à Rabat : Jean Balois (Im. Pour la duchesse de
Guise et le comte d’Harcourt, Im. Noguéras), Roger Belliot (Maison de la Radio), Jean Chemineau
(Caisse centrale de crédit et de prévoyance, place Piétri), Pierre Coldefy (Lycée René Descartes),
Henri Couette (installé à Rabat, il dirige la revue «  Réalisations »), Edouard Delaporte (grands
projets hospitaliers avec J. Chemineau et J. Forcioli pour la Direction de la Santé Publique), René
(Robert  ?) Deneux (associé à Albert Planque), Michel Ecochard (plan d’extension pour Rabat), J. C.
N. Forestier, Georges Godefroy (dirige jusqu’en 1966 l’inspection interrégionale d’Urbanisme à
Rabat), Adrien Laforgue (actif à Rabat de 1912 jusqu’à sa mort, nombreux bâtiments
administratifs), Albert Laprade (attaché à la Résidence Générale de 1915 à 1919, Résidence
Générale de 1917 à 1923 avec J. C. N. Forestier, J. – H. Laure (chef du Bureau des bâtiments
administratifs de 1954 à 1960), Antoine Marchisio (rejoint en 1915 l’équipe de Prost, auquel il
succède en 1918 pour la Direction des édifices publics, chef des services d’architecture du
Protectorat jusqu’en 1947, Direction de la Santé Publique, Collège des Orangers), Joseph Marrast
(travaille avec Henri Prost de 1919 à 1922), Paul Michaud (actif à Rabat de 1915 à 1962), Paul
Perrotte (associé à Jean Balois jusqu’en 1937), Albert Planque (souvent associé avec Robert
Deneux), Henri Prost (dirige de 1914 à 1922 le Service des plans de villes du Protectorat à Rabat,
construit très peu de bâtimenst au Maroc, plan d’aménagement de Rabat), René Schmitt (associé à
Balois), Henri Tastemain (au Service de l’urbanisme à Rabat en 1948 et 1949, collabore avec
Chemineau en 1949 et 1950, Institut de journalisme en 1980, Centre hospitalier universitaire de
1972 à 1980, Cité universitaire, Institut national agronomique).

 GILLOT Gaëlle, Les jardins publics dans les grandes villes du monde arabe   : ces lieux où
l’on s’arrête  : à Rabat, Casablanca et au Caire

 VACHER Hélène, Projection coloniale et ville rationalisée   : le rôle de l’espace colonial dans


la constitution de l’urbanisme en France 1900-1931

e.                        Chapitres d’ouvrages collectifs

 JELIDI Charlotte : La fabrication des «  villes nouvelles  » sous le Protectorat français au


Maroc  : de l’idéologie aux réalités, ou la place des archives dans le renouvellement de
l’historiographie, in « Villes coloniales aux XIXe-XXe siècles »

f.                          Ouvrages sur l’histoire de la période du protectorat

 DESMAZIERES Bertrand, Pierre de Sorbier de Pougnadoresse, le Colbert de Lyautey

4.                      Revues d’architecture
 JOLE, M./KHATIBI A./MARTENSSON M., Urbanisme, idéologie et ségrégation  : exemple de
Rabat, in « Annales marocaines de sociologie », 1970

 MOULINE Saïd/SANTELLI Serge, Rabat, IFA, Supplément au Bulletin d’informations


architecturales

 MOULINE Saïd, Architecture métissée et patrimoine, in « Cultures anciennes dans les


mondes nouveaux »

 Cent ans d’urbanisme et urbanisation au Maroc , in « Espace géographique et société


marocaine » (Casablanca), 2002, n° 7

[1] Une pseudo-médina, du même type que celle des Habous à Casablanca, existe d’ailleurs à
Rabat, désignée sous le nom de « Diour Jamaa ».

[2]Ce patrimoine en crise est « partagé » car «  L’architecture de Casablanca est le produit d’une
façon de penser, de vivre, qui a, en large partie, échappé au projet colonial, et les différentes
couches de la population peuvent se reconnaître aujourd’hui dans les types architecturaux d’une
ville offrant une ample gamme d’habitations et de modes de vie. » (p. 445)

[3] Cf la présente bibliographie, « Revues d’architecture », « Période du Protectorat »

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Patrimoine en danger : la kasbah de Télouet


juin 28, 2010

Sur le retour, c’est-à-dire sur le chemin du retour, de retour de mon excursion à Ouarzazate, et
puis à Aït Benhaddou et à Skoura, j’ai encore eu l’occasion de faire une halte, à savoir de passer la
nuit, à Télouet, dans le Haut Atlas (octobre 2008).

J’ai pris un grand taxi à Ouarzazate, et nous avons suivi la route habituelle pour Marrakech, par le
Tizi n’Tichka, jusqu’à ce qu’au détour d’un virage… nous prenions une route secondaire qui passait
inaperçue. Et nous avons plongé vers la vallée, une vallée. Nous avons longuement suivi ses lacets,
et longé de magnifiques tableaux de nature. Enfin la voiture s’est arrêtée sur une petite place,
entre deux rangées de petites échoppes et leurs portiques. La lumière s’était déjà bien dorée et ne
cuisait plus que doucement le paysage. Mon premier réflexe fut de chercher des yeux ce pour quoi
j’avais accompli ce chemin : je repérai tout de suite la kasbah du Glaoui, à quelques centaines de
mètres devant moi, absorbant avidement toutes ces dorures tombées du ciel, et surplombant de
toute sa carcasse mal en point la verte plaine qui s’étalait devant elle.
J'aperçois la kasbah

Je me mis en marche. Le ciel cependant rosissait. Et le rose annonçait le bleu profond de la nuit.
Allais-je pouvoir visiter la kasbah ? Le lendemain je devais me lever tôt pour prendre le bus pour
Marrakech, à propos des horaires duquel je m’étais renseigné quelques instants auparavant. En
chemin, je longeai un mur de pisé, et par une brèche, aperçus de jeunes joueurs de foot au clair de
lune.

Sur le chemin

Un seul regard et tout est dit


Les footballers au clair de lune

Aux abords du site, je rencontrai deux hommes à qui j’exprimai mon vif désir de visiter le
monument. Ils eurent une discussion brève et contradictoire, à l’occasion de laquelle l’un sembla
exprimer une forte désapprobation mais à la fin de laquelle l’autre accepta volontiers de me servir
de guide.

Je le suis alors bien heureux de découvrir les lieux en sa compagnie. Il m’explique que le bâtiment
est scindé en trois parties, que l’un, comme je pouvais le voir, était bien abîmé, que le deuxième
était fermé pour des raisons de sécurité, mais qu’il allait me montrer le troisième, qui était plein
d’intérêt. Le dernier occupant des lieux avait été Thami el Glaoui, pacha de Marrakech, qui avait
reçu dans sa demeure nombre d’étrangers de renom, comme le général Patton, et si je ne me
trompe pas, Churchill. Et puis il m’avait aussi cité le nom d’une femme qui complétait cette
prestigieuse galerie, mais dont je ne me rappelle plus ni le nom ni la qualité.

Nous arrivons devant le portail d’entrée, au pied d’une tour crénelée. Derrière nous se trouvent les
écuries. Un peu à droite, le minaret encore debout de la mosquée en ruines. Le lieu était un
passage obligé pour les caravanes, sur les marchandises desquelles le Glaoui prélevait un impôt qui
faisait sa richesse. Le bâtiment est vraiment imposant. Les murailles sont élevées et enserrent un
dédale de constructions dont on aperçoit le faîtage. Une myriade de merlons plantés en file
indienne se découpent sur l’azur bleuissant. L’enduit des murailless est par endroit tombé à terre,
ouvrant la vue sur le mur en pisé.
Aux abords de la kasbah

L'entrée de la kasbah

Bien sûr, le passage d’entrée est en chicane, et il débouche sur une petite esplanade, juste en
contrebas d’un balcon. C’est de cet endroit-là, m’explique mon guide, que le pacha assistait à des
spectacles de danse à l’issue desquels il pouvait choisir, parmi les danseuses, celle(s) qui
rendrai(en)t sa nuit tout à fait agréable !

La petite place en question


A l’intérieur de la kasbah, les plafonds sont hauts. Nous progressons à travers un enchevêtrement
de longs corridors. C’est dans la pénombre que nous pénétrons finalement dans la salle d’apparat.
Sa décoration est tout à fait typique, constituée de zellijs, de stucs sculptés et de bois de cèdre
fumé. Depuis la salle, et encadrée par une grille de fer forgé ouvragée, on jouit d’une vue
époustouflante sur la vallée de Télouet. Cette architecture est à rapprocher du palais de la Bahia, à
Marrakech, qui date de la même époque et qui appartenait également au Glaoui, comme aussi la
Kasbah de Taourirt dont j’ai déjà parlé précédemment.

Echappée depuis un corridor

Généreuse vue depuis la salle d'apparat

Mais la salle d’audience est flanquée d’une intrigante alcôve qui se distingue du reste de la salle par
une particularité qui en fait un bijou de raffinement : les murs, au dessus du lambris de zellijs, sont
tendus de soie brocardée, dont le décor se déroule sous l’aspect d’une longue arcature, à l’intérieur
de cadres de bois peint. Chaque panneau est tendu d’un tissu aux motifs et aux couleurs différents,
ménageant à l’intérieur d’une structure répétitive une décoration variée.
Décor de tissus dans la salle des audiences

N’ayant pu moi-même faire une photo pour cause de manque de luminosité, j’en emprunte une à
un site où vous pouvez vous rendre en cliquant à l’adresse suivante :

http://www.ciao.fr/product_images_view.php?ProduktId=1031190&CurrentImage=30512871

Enfin dernier tour sur les toits de la kasbah. Mon guide s’afflige de la dégradation rapide du lieu.
Les toits en effet ne sont pas étanches, et des infiltrations d’eau causent de graves dégâts. Je lui
demande si une restauration est prévue. Mais malheureusement, des querelles d’héritiers, un
manque de subsides, ainsi que la mauvaise réputation du Glaoui, qui a collaboré avec les
colonisateurs français, seraient de sérieux obstacles à ce projet.

Sur les toits de la Kasbah

J’ai tout de même pu admirer cette très belle kasbah. Mon guide était l’animateur d’une association
ayant pour but de dynamiser les alentours de Télouet, grâce à des excursions ou des
manifestations. Tout comme l’association « Les Amis de Télouet » dont j’ai fait apparaître le lien du
site internet sur mon blog.
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Journée portes ouvertes sur le patrimoine de Casablanca – 18 avril 2009


mai 9, 2010

Je vous ai déjà parlé ici de la journée « d’inauguration » qui m’a amené à découvrir cet
époustouflant bâtiment que sont les anciens Abattoirs de Casablanca, une journée qui à cet endroit
précis a proposé à une foule de visiteurs une foule de manifestations culturelles d’une grande
variété, et qui à mon sens s’est révélée être un événement tout à fait réussi et totalement inédit.

C’est la même association : Casamémoire, association opiniâtre à promouvoir et protéger


l’architecture moderne à Casablanca, qui a organisé, une semaine après, et toujours avec la même
ardeur, la première journée « portes ouvertes » consacrée à ce patrimoine. En plusieurs endroits
clefs du centre ville – mais finalement en assez peu grand nombre quand on réalise la richesse de
Casablanca en constructions de cette période – des bâtiments étaient ouverts aux visiteurs qui
pouvaient en apprécier les originalités et les curiosités sous la conduite d’un guide, spécialiste de la
question. Des cartes souvenirs livraient un certain nombre de vues de ces lieux, en même temps
que d’utiles renseignements sur leur genèse. Certaines parties habituellement fermées de ces
bâtiments étaient aussi exceptionnellement accessibles.

Carte souvenir journée "portes ouvertes" - Parc de la Ligue Arabe - recto


Carte souvenir journée "portes ouvertes" - Parc de la Ligue Arabe - verso

Une plaquette avait été éditée pour l’occasion, et muni de cette précieuse boussole, j’ai suivi un
parcours jalonné d’une poignée de bâtiments. En voici les temps forts, et la récolte de photos qui
s’en est suivie.

En approchant de l'église du Sacré Coeur

La première étape de ce parcours, ce fut l’église du Sacré Cœur, qui même si elle n’en n’a pas le
statut, a tout l’air d’une cathédrale, une cathédrale de béton. J’étais très impatient de la découvrir ;
je n’y avais encore jamais mis les pieds. Qui plus est, en en approchant, j’avais distingué des
visiteurs au sommet des deux clochers. La vue promettait d’être inoubliable. A l’intérieur, la nef est
d’une grande pureté, peinte d’un blanc avec lequel les vitraux et leur luminosité électrique
tranchent. Les piliers parfaitement cylindriques, aussi fins que des tiges florales, lui donne un élan
et une verticalité du plus bel effet.
Vue sur la nef du Sacré Coeur

Vitraux du choeur de l'église du Sacré Coeur

J’ai la confirmation qu’il est possible de gravir un escalier jusqu’au sommet de l’église. Ce qui n’a
pas été tout à fait aisé pour moi qui ai une certaine tendance au vertige  : l’escalier était dépourvu
de rampe de sécurité et se rétrécissait au fur et à mesure qu’on le gravissait (mais en haut, il était
protégé d’une rampe d’escalier, tout de même). J’arrive à une première galerie, entre les deux
clochers. La vue qui se présente devant moi est inoubliable, vers le parc le la Ligue Arabe, la villa
des Tourelles en contrebas, la mer au loin, la mosquée Hassan II juste devant, et l’ensemble du
tissu urbain, sous un ciel limpide, effleuré par une brise très agréable.
Je ne suis pas seul dans l'escalier

Un clocher

Depuis la galerie
Vue sur la villa des Tourelles en contrebas

Au loin, la mosquée Hassan II et la mer

Sur les toits

Je me trouve au niveau du couvrement de l’église : la voûte en berceau de la nef, et celles en


demi-berceau des bas-côtés, sont comme hérissées de pinacles dont les pigeons se servent comme
perchoirs. Plus haut encore, j’arrive au sommet du clocher, autour duquel un balcon est aménagé.
De là, le couvrement est plus visible encore : des arcs doubleaux sont encastrés dans les voûtes et
reliés à des contreforts dont les extrémités se projettent hardiment dans le ciel, comme des
pinacles, peut-être un peu plus émoussés que les traditionnels, donnant au tout une apparence
d’abdomen de coléoptère articulé et bardé de dards, qu’aucun entomologiste n’oserait renier.
Les tours du Maarif entre deux pinacles (et un pigeon)

Le couvrement de l'église en "écorché"

Ensuite, après avoir réussi à nouveau l’épreuve de l’escalier du Sacré Cœur qu’il faut avoir bien
accroché, cette fois du haut vers le bas, je me suis rendu juste un peu plus loin en face, à l’école
supérieure de Beaux Arts. Il s’agit d’une villa de taille moyenne, dont la façade s’entraperçoit au
fond d’un jardin verdoyant planté de palmiers et – aujourd’hui en plus – d’une forêt de sculptures
sans doute réalisées par les élèves de l’école. Les volumes y sont vastes, et au milieu se logent un
escalier et sa belle rampe en fer forgé. Derrière la villa, à l’étage, la terrasse est un lieu à l’abri de
l’agitation de la ville. Dans quelques salles se dressaient des tréteaux et des plans de travail, ainsi
que des œuvres d’art, achevées ou en devenir, qui donnaient à ce lieu de création un cachet
supplémentaire.
Façade de la villa, au fond du jardin

L'escalier de l'école des Beaux Arts

Terrasse au calme et jeux de lumière


Les ateliers de l'école

Nature morte au protome de tigre

L’étape suivante, l’ambassade de France sur la place de l’hôtel de ville, offrit pour moi moins
d’intérêt. Certes le jardin était magnifique, on pouvait voir de près la statue de Lyautey et
examiner les bas-reliefs de son socle, à condition que l’on s’y intéresse, mais la visite se cantonnait
à l’extérieur du bâtiment, l’intérieur n’ayant pas d’intérêt réel pour les amateurs du patrimoine.

Le jardin de l'ambassade
Satue du maréchal Lyautey

J’ai regretté de ne pas être entré à l’intérieur de l’hôtel de ville à ce moment-là. Il a fermé ses
portes rapidement. Mais j’ai parcouru les salles du palais de justice qui se trouve à côté. Il
s’organise autour d’un jardin intérieur bordé d’un portique surélevé qui joue le rôle à la fois de
galerie et d’un balcon, avec une vue dégagée sur la place. Les chapiteaux des colonnes qui
soutiennent ce portique sont de style mauresque. De gros carreaux de céramique vert d’eau, bleu
de cobalt et bruns, à la manière de zellij, forment des lambris qui décorent la majeure partie des
murs.

La galerie vue de face


la galerie vue de l'intérieur

Vue dégagée sur la place depuis la galerie

Chapiteau mauresque de la galerie

La salle des audiences  s’est révélée la plus originale : elle a été imaginée sur le modèle d’une
église, dont on retrouve le toit à double pente, des fenêtres étroites à vitraux, les bancs des
auditeurs… Au plafond pendent en grand nombre des lustres de fer forgé qui évoquent des lampes
de mosquée. Dans le jardin, cette partie du bâtiment se signale par son toit en pente garni de
larges tuiles vertes vernissées.
A l'intérieur de la salle des audiences

Lustres de fer forgé dans la salle des audiences

La salle des audiences depuis la galerie


Enfin, la Poste, construction emblématique de la place et de Casablanca, n’était pas loin. Un saut
de puce, et je me trouvais dans son hall chaleureux décoré de stuc et de boiseries, à la manière
d’une madrasa, mais avec comme lambris du granito à la place des zellij. Le clou de la visite, c’est
bien sûr l’horloge de vitraux, ses carreaux numérotés que l’on change tous les jours pour indiquer
la date. Il paraît que quelques uns sont cassés !

Le hall de la Poste

L'horloge de vitraux

Gros plan sur l'horloge


En surfant sur internet avant d’écrire ce post, j’ai été heureux de constater que cette année encore,
le patrimoine de Casablanca s’est donné à voir au cours de nouvelles journées du patrimoine.
Longue vie à cette initiative pleine d’intérêt !

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