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UNIVERSITE DE LOME REPUBLIQUE TOGOLAISE

Faculté de Droit Travail-Liberté-Patrie

BP : 1515

TOGO

MEMOIRE

Pour l’obtention du Diplôme d’Etudes Approfondies

(DEA)

Option Droit Public Fondamental

THEME :

LE CONTENTIEUX ELECTORAL EN AFRIQUE NOIRE


FRANCOPHONE

Année académique 2007-2008

Présenté publiquement par : Sous la direction de :

Tambalo KARO Dodzi K. KOKOROKO

Agrégé des Facultés de Droit

Directeur du Centre de Droit Public

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La faculté n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans ce
mémoire. Ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur.

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A mon Père,

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REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à
l’achèvement de ce travail.

Ma gratitude va particulièrement au Professeur Komla Dodzi KOKOROKO, dont la rigueur,


l’exceptionnelle disponibilité, et les conseils précieux ont constitué des atouts essentiels dans
l’aboutissement de cette étude.

Mes pensées vont aussi à tout le corps professoral de la Faculté de Droit de l’Université de
Lomé pour l’ensemble des conseils éclairés et les encouragements stimulants.

Mes pensées vont enfin à mes amis ainsi qu’à ma famille pour leur soutien sans faille, leur
aide et leurs encouragements.

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SIGLES ET ABREVIATIONS

Non exhaustive, seules les abréviations essentielles ont été reportées.

AJDA : Actualité juridique, droit administratif


ACCPUF : Association des Cours Constitutionnelles ayant en Partage l’Usage du Français
AJP : Afrique juridique et politique
AIJC : Annuaire international de justice constitutionnelle
AN : Assemblée Nationale
Art. : Article
CC : Conseil/Cour Constitutionnel
CENI : Commission Electorale Nationale Indépendante
CGD : Centre pour la Gouvernance Démocratique
CIJ : Cour Internationale de justice
CODESRIA : Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique
Com : Commission
D: Dalloz
FNUD : Fond des Nations Unies pour la démocratie
HCC : Haut Conseil Constitutionnel
IRIN : Investor Relations Information Network
JCP : Jurisclasseur périodique
JORCI : Journal officiel de la République de Côte d’Ivoire.
LGDJ : Librairie générale de droit et de jurisprudence
MOE : Mission d’Observation Electorale
NDI : National democratic institute
ONU : Organisation des Nations-Unies
ODIHR : Office for democratic institutions and human rights
OSCE : Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
PUF : Presses universitaires de France
Rec. : Recueil
RBSJA : Revue béninoise de sciences juridiques et administratives
RJP : Revue juridique et politique
RDP : Revue de droit public
RFDC : Revue française de droit constitutionnel

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RFSP : Revue française de science politique
RID comp. : Revue internationale de droit comparé
RIP comp. : Revue internationale de politique comparée
RIHP consti. : Revue internationale d’histoire politique et constitutionnelle
RTDH : Revue trimestrielle des droits de l’homme
UE : Union Européenne
CERI : Centre d’Etudes et de recherches Internationales
U IP : Union interparlementaire
RDP : Revue de droit public
REMALD : Revue marocaine d’administration locale et de développement

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SOMMAIRE :

SOMMAIRE...........................................................................................................................vii

INTRODUCTION GENERALE..............................................................................................1

PREMIERE PARTIE : UN CONTENTIEUX ELECTORAL LEGITIMANT………………8

Chapitre 1 : Un contentieux fondamentalement démocratique……………………………...10

Section I : La garantie de la liberté………………………………………………………......11

Section II : L’apologie de l’égalité…………………………………………………………...22

Chapitre 2 : Un contentieux relativement organisé…………………………………..............35

Section I : La juridiction électorale…………………………………………………………..36

Section II : La conduite de la justice électorale…………………………………...................48

DEUXIEME PARTIE : LE CONTENTIEUX ELECTORAL EMASCULE………………61

Chapitre 1 : Une émasculation endogène……………………………………………………63

Section I : Un juge limité dans sa fonction……………………………………….................64

Section II : Des failles procédurales…………………………………………………………76

Chapitre 2 : Une émasculation exogène………………………………………………..........86

Section I : L’observation électorale des élections…………………………………………...87

Section II : La médiation internationale des élections………………………………….......103

CONCLUSION GENERALE..............................................................................................118

BIBLIOGRAPHIE GENERALE....................................................................................... ..123

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INTRODUCTION GENERALE

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Le contentieux est aux élections ce que les Cours primaires sont à la science. Il purge,
en effet, le scrutin de tous les vices susceptibles d’entacher la légitimité interne et
internationale des élus.
Le contentieux électoral prend son essor dans le cadre du « nouveau
constitutionnalisme » 1 issu des transitions démocratiques 2 qui a vu la consécration, en
Afrique, des élections comme seul mode légitime de dévolution du pouvoir. Cette
consécration qui a suscité le gout irrésistible de la conquête du pouvoir par les urnes3 a fait
dire à Patrick Quantin en son temps que« […] les pays où l’on ne vote pas sont devenus aussi
rares que ceux dans lesquels on ne boit pas de Coca-Cola4 ».
L’élection est inséparable de la démocratie en ce qu’elle marque le passage d’un
régime monolithique au pluralisme politique 5 qui fonde l’alternance au pouvoir. Devenue
selon la formule de Philip Ardant, « un rite démocratique 6 », elle fait l’objet d’une
reconnaissance internationale car le droit de prendre part à la direction des affaires publiques
de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis, est
inscrit dans la déclaration universelle des droits de l'homme7 et le pacte international relatif
aux droits civils et politiques8.

1
Le syntagme « nouveau constitutionnalisme » africain doit être appréhendé à l’aune de nouveaux principes
constitutionnels, marqués au double sceau de l’africanisation et du syncrétisme. Voir dans ce sens BRETON (J.-
M.), « Trente ans de constitutionalisme d'importation dans les pays d'Afrique noire francophone entre mimétisme
et réception critique : cohérences et incohérences (1960-1990) ».
2
Pour CONAC (G.), « Les transitions démocratiques sont les périodes au cours desquelles un pays modifie ses
structures politiques pour passer d’un régime autoritaire à un régime démocratique ». In CONAC (G.),
« Quelques réflexions sur les transitions démocratiques en Afrique »,
http://democratie.francophonie.org/article.php3?id_article=1314&id_rubrique=753; Voir aussi Salmon (P.),
« Processus démocratique en Afrique : impact et perspectives », Actes du colloque national, Cotonou,11 avril
1994, p.13 : Salmon Pierre « l'émergence des systèmes politiques fondés sur des nouveaux principes : le
pluralisme, l'alternance, l'Etat de droit ».
3
Pour rendre compte de ce changement, Narcisse Mouelle Combi écrit : « s’il fallait représenter le processus de
démocratisation des Etats africains par un symbole géométrique, l’on pourrait bien ne tracer qu’une droite affine,
avec à une extrémité les crises sociopolitiques et à l’autre les élections pluralistes. Et, pour reprendre à Bertrand
De Jouvenel l’image du chemin de fer, on pourrait penser que sur le grand rail de la démocratie, ces Etats sont
comme des trains qui se succèdent à diverses gares, les uns plus lentement que les autres, brûlant certaines étapes
ou faisant des arrêts incommodes, mais avec une destination incontournable : les consultations électorales ». In
MOUELLE KOMBI (N.), Consultations électorales et respect de l’expression des citoyens, Revue Africaine de
Politique Internationale, n°16, 1994, p.41.
4
QUANTIN (P.), « Pour une analyse comparée des élections africaines », Politique africaine, n ° 69, 1998, p. 16.
5
Le Professeur HOLO définit le pluralisme politique «[…] comme la faculté juridiquement organisée au profit
des partis ayant des projets de société différents de se succéder au pouvoir selon les règles juridiques de
dévolution du pouvoir fondées sur la souveraineté du peuple ». HOLO (Th.), « Quel avenir pour la démocratie
en Afrique ? », in Processus démocratique en Afrique : impact et perspectives, Actes du colloque international de
Cotonou, 11-14 avril 1994, Salmon (P.), sous dir., Bruxelles, ULB/CERI, p. 120.
6
Ardant(P.), Institutions politiques et Droit constitutionnel, LGDJ, 2007, p.153.
7
Art. 21.1 de la déclaration universelle des droits de l'homme.
8
Art. 25 du pacte international relatif aux droits civils et politiques.

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Par conséquent, si, à partir du moment où l’on est passé « […] des pouvoirs
hérités aux pouvoirs élus 9», il s’est avéré indispensable qu’émerge et se développe en
Afrique un corps de règles encadrant l’organisation et le bon déroulement des
élections, c’est-à-dire le droit électoral 10 , plus important encore fût la nécessité
d’élaborer une procédure de contestation des élections des autorités chargées
d’exercer le pouvoir d’Etat c’est-à-dire d’organiser le contentieux électoral, objet de
notre étude.
Ainsi, si le vocabulaire juridique définit le contentieux « comme l’ensemble
susceptibles d’être soumis aux tribunaux, soit globalement soit dans un secteur
le Professeur Jean-Claude Masclet, lorsqu’il définit le contentieux électoral précise
opérations électorales donnent lieu à plusieurs sortes de contentieux. Au sens étroit, le
contentieux électoral est celui qui a pour objet de vérifier l’authenticité ou l’exactitude
résultat de l’élection. Il peut aboutir à la confirmation, à la réformation ou à
l’élection. Au sens large, il englobe aussi le contentieux de la liste électorale, celui des
opérations préparatoires, et le contentieux répressif destiné à sanctionner les actes de
constitutifs d’infractions pénales12 ».
La naissance du contentieux électoral se fonde sur le postulat que l’élection est
processus long qui commence avec l’élaboration des règles du jeu électoral et se
la proclamation des résultats. Entre ces deux moments, l’on peut assister à toute une
conflits entre les antagonistes sur différents enjeux. L’existence de possibilité de
recours constitue une condition sine qua non de toute élection13. Le recours doit être
efficace, rapide et exercé devant un organe juridictionnel 14 . L’aménagement d’un
contentieux électoral constitue donc une nécessité dans la mise en place d’un
processus électoral au-dessus de tout soupçon. Il vise à permettre aux différents
participants à la compétition de saisir une autorité judiciaire afin de sanctionner une

9
COUMBA DIOP (M.), « Les figures du politique en Afrique : des pouvoirs hérités aux pouvoirs élus », Dakar,
Codesria, 1999, 461 p.
10
Selon MASCLET (J.-C.), « le droit électoral est celui qui régit les élections par lesquelles le citoyen désigne
ses représentants », in MASCLET (J-C), Droit électoral, Paris, PUF, 1989, p.11.
11
Cornu (G.), Vocabulaire juridique, PUF, 8e édition, 2007, p.226.
12
MASCLET (J.-C.), «Contentieux électoral », in Perrineau (P.) et Reynié (D.), Dictionnaire du vote, Paris,
PUF, 2001, p. 251.
13
SEELAM (M.J.D.), « Mettre en place un cadre législatif propre à prévenir la violence électorale, a améliorer
le suivi des élections et a assurer une transition politique sans heurt », U.I.P., 124e Assemblée et réunions
connexes, Panama, 15-20 avril 2011, p.2.
14
Il existe des organes non juridictionnels tels les commissions électorales qui connaissent du contentieux
électoral dans sa globalité ou certains aspects uniquement. Le code électoral togolais du 07 février 2003 avait
prévu en son article 23, la mise en place au sein de la CENI d’une sous-commission chargée des réclamations
électorales. Cette disposition n’est plus en vigueur. Aussi, le contentieux de la liste électorale est confié à la
Commission électorale au Burkina Faso.

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violation du droit électoral car comme le disaient les anciens, toute loi sans sanction judiciaire
n’est que « lex imperfecta », déclaration d’intention plutôt que règle de droit15.
Le contrôle de la régularité des élections politiques occupe une place particulière dans
particulière dans un Etat de droit 16 . Ainsi, les Etats démocratiques essaient souvent de
désigner les organes de contrôle, notamment celui des élections politiques nationales17, dans
dans les dispositions constitutionnelles.
En France, avant 1958, le contrôle de la régularité de l'élection des députés et des
des sénateurs était confié à leurs assemblées respectives qui procédaient à une vérification des
vérification des pouvoirs. Ce système se pratiquait déjà sous l’ancien régime18 , lors de la
la réunion des états généraux.
Ce contrôle interne, fondé sur la tradition parlementaire de la souveraineté des
assemblées, ayant donné lieu à maints abus et autres manipulations ou « arrangements »19
entre partis politiques, le constituant de 1958 décida, en réaction contre ces pratiques, d'établir
un contrôle extérieur au Parlement, en attribuant le contentieux des élections au Conseil
constitutionnel.
En Afrique noire francophone, deux phases marquent l’histoire du contentieux
électoral : La première est celle d’avant les indépendances marquée par une quasi inexistence
du contrôle de la régularité des élections. La deuxième phase, caractérisée par l’accession des
Etats à la souveraineté internationale a, dans certains pays, vu une timide consécration du
contentieux électoral.

15
GARRONE (P.), « Le contentieux électoral-questions de fond », Commission européenne pour la démocratie
par le droit, Séminaire UNIDEM, Madrid, Espagne, 23-25 avril 2009.
16
TAGHIZADEH (J.), « Le Conseil gardien et le contrôle de l'éligibilité aux élections nationales en Iran »,
Actes du VIe congrès français de droit constitutionnel, Montpellier, 9-11 juin 2005, p.1.
17
Sous cette appellation, il faut entendre celles des députés, des sénateurs et du président de la République.
Définition proposée par Cornu (G.), Op. cit., p.349.
18
L’expression « Ancien régime » désigne en France, la période de la monarchie absolue, « société
traditionnelle » par opposition à la « société nouvelle » de 1789, selon Taine.
19
Dans l'ancien système de la vérification des pouvoirs, au lendemain des élections, chaque assemblée
examinait la situation de chacun de ses membres et procédait éventuellement à l'invalidation des parlementaires
qui avaient été élus irrégulièrement. Ce contrôle était souvent plus politique que juridique et il avait donné lieu,
notamment sous la IVe République, à de sérieux abus. Ainsi, pour ne prendre que cet exemple, lors des élections
législatives de 1956, 11 députés poujadistes ont été, à la suite d'une décision parfaitement arbitraire, remplacés à
l'Assemblée nationale par des candidats de la majorité arrivés en deuxième position. Cf. ROUX (André), « Une
analyse comparative des organes en charge du contrôle électoral, en particulier les organes judiciaires – le cas
français », Séminaire Unidem sur « Le contrôle du processus électoral », Madrid, Espagne, 23 – 25 avril 2009,
p.2.

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Toutefois, au lendemain des indépendances, le Conseil constitutionnel, très
récemment créé en France20 , n’a pas été transposé exactement en Afrique. Certes, les
lois fondamentales africaines des années 1960 ont peu innové sur le plan fonctionnel,
reproduisant pour l’essentiel les attributions limitées de la haute instance française,
mais, la formule presque généralisée d’une chambre constitutionnelle, composante
parmi d’autres de la Cour Suprême a été adoptée21.
Cependant, depuis le début des années 1990, le processus de démocratisation
engagé en Afrique a entraîné une refondation de la justice constitutionnelle : dans la
plupart des pays, les nouveaux Conseils ou Cours, détachés de l’appareil juridictionnel
ordinaire, ont été dotés d’attributions plus concrètes et plus larges notamment en
matièreAinsi,
de contentieux
le contentieux
électoral. électoral en matière d’élections législatives et
aujourd’hui dans la majorité des pays d’Afrique noire francophone à l’instar de la
confiée à une juridiction constitutionnelle autonome22.
La nouvelle juridiction n’a pas chômé longtemps car, très vite en Afrique, les
élections ont été des lieux de contestations entre les acteurs politiques. Ces
contestations, conséquences des accusations de fraude et de malversations qui
surviennent au lendemain des scrutins, tournent souvent à l’émeute électorale
systématique si bien que l’on assiste à des menaces de rupture de la paix sociale
étroitement liées aux conditions de légitimité et d’acceptation des résultats des
élections et du contentieux électoral.
La crainte du déchainement de la violence postélectorale est devenue une
donnée structurelle tant chez les acteurs politiques que les observateurs de la vie
politique africaine car les controverses sur la fiabilité des opérations électorales, leur
forme juridique, leur gestion et la légitimité des résultats font partie, de façon
régulière, de la vie politique des pays africains23. Cette récurrence des contestations

20
Le Conseil constitutionnel français a été créé par la Constitution du 4 octobre 1958 mais n'a été installé que le
5 mars 1959.
21
Les solutions adoptées ici et là étaient variées. Si par exemple en Côte d’Ivoire c’est une chambre
Constitutionnelle qui a été créée au sein de la Cour suprême, au Sénégal, c’est celle-ci qui, en matière
Constitutionnelle, statue toutes sections réunies, c'est-à-dire dans sa formation plénière.
22
Les juridictions administratives et judiciaires ne sont pas exclues du règlement du contentieux des élections
présidentielles et législatives. Ces juridictions connaissent suivant les pays du contentieux lié à la liste électorale
et même du contentieux lié à la candidature. Au Congo Brazzaville, c’est le Tribunal de Grande Instance qui
connait du contentieux de la liste et du contentieux de la candidature. En Mauritanie, le contentieux de la liste est
confié à la Chambre administrative de la Cour Suprême.
23
POKAM (H.P.), « Les commissions électorales en Afrique subsaharienne : Analyse de leurs enjeux et de leurs
usages par les acteurs politiques au cours du processus d’invention de la neutralité électorale », in séminaire «
Gouverner les sociétés projetées », 31 janvier 2005, p.2. Disponible en ligne sur
http://www.cean.sciencespobordeaux.fr/pokam.pdf

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électorales suscite donc des interrogations par rapport à l’essence du contentieux électoral
dans les pays d’Afrique noire francophone :
Quelle est la place du contentieux électoral dans la marche contemporaine des pays africains à
africains à la démocratie ? Le contentieux électoral participe-t-il à la légitimation des élections
élections comme l’auraient souhaité ses consécrateurs ? Quelles sont les causes des
manquements que l’on connait au contentieux électoral ? Ces questions s’imposent dès lors
lors que le contentieux électoral est devenu aujourd’hui un facteur de conflits. En outre
qu’elle partition joue la Communauté internationale dans ce cafouillage ? Quelles sont les
les incidences des pratiques et solutions initiées par cette Communauté sur le contentieux
contentieux électoral qui est l’un des attributs de la souveraineté des Etats ? Ces interrogations
interrogations posent la problématique générale de notre étude, à savoir l’effectivité du
contentieux électoral en Afrique noire francophone.
La réponse à ces questions n’est pas aisée. Néanmoins, il parait constant que la
consécration du contentieux apportait l’espoir de l’avènement en Afrique d’une nouvelle ère,
mais cet espoir a été déçu. En effet, d’un côté, en y regardant de près, l’on constate que le
contentieux électoral trouve son unité et s’épanouit autour du respect d'un certain nombre de
principes fondamentaux de la démocratie que sont l’égalité et la liberté. Tellement importants,
leur vérification, enfermée dans des procédures spécifiques, a été confiée à une juridiction
indépendante et impartiale. Ces principes ont, en outre, fait l'objet, dans la plupart des Etats
d’Afrique noire francophone, d'une consécration constitutionnelle. Cet arsenal juridique
semble destiné à faire en sorte que le contentieux électoral soit le canal le plus évident de
légitimation des élections.
De l’autre côté, cependant, malgré cette belle architecture, il n’a pas fallu longtemps
aux africains pour déchanter. En effet, très vite, le contentieux électoral hier vénéré,
aujourd’hui est en procès car, au lieu d’être un facteur d’apaisement des conflits par un
règlement impartial des litiges électoraux, il offre l’image d’un champ miné par la corruption
avec une dépendance vis-à-vis du politique et des jurisprudences à « éclipses ». Cet
environnement « indécent » a créé une désaffection du public vis-à-vis du contentieux
électoral ; ce qui explique l’implication de la communauté internationale dont les procédés
mis en place pour garantir la crédibilité électorale et la paix concurrencent rudement le
contentieux électoral et contribuent à sa lente et sûre décadence.

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Le sujet révèle un double intérêt. D’abord, à l’heure où l’Afrique en général et noire
francophone en particulier fait son bilan24, il est de bon ton qu’une réflexion soit menée sur
une institution telle que le contentieux électoral afin d’en faire le diagnostic et déterminer son
impact sur le développement et la paix.
Ensuite, l’étude du contentieux électoral en Afrique noire francophone est intéressante
en ce qu’elle élargit les horizons et ouvre des perspectives sur un sujet au confluent du droit
interne et du droit international en relevant les répercussions tant positives que négatives des
interactions entre ces deux dimensions.
Alors, si dans les années 1990, le constituant a opéré un véritable revirement en
consacrant le contentieux électoral dans les nouvelles constitutions, il faut relever tout de
même que son effectivité est compromise.
A cet effet, le but principal de cette étude est de faire un état des lieux du contentieux
électoral, de procéder à son évaluation. Ce qui permettra de relever les causes de son
immaturité et de sa fragilité.
Pour atteindre ce but, il conviendra d’abord de recenser les différents éléments
qui, en théorie, fondent le contentieux électoral avant de rechercher si dans la pratique,
il remplit le véritable rôle qui lui est assigné. Il s’agira, dans cet esprit et grâce à une
démarche à la fois analytique et comparative, de chercher à démasquer le contentieux
électoral en démontrant que même si à la lecture et à l’analyse du droit électoral des
Etats d’Afrique noire francophone l’on constate une réelle volonté d’instaurer un Etat
de droit par le truchement du contentieux électoral, cette ambition est compromise par
un déficit de légitimité.
Dans cette perspective et tout en ne perdant pas de vue le fait que différentes
juridictions interviennent dans la gestion du contentieux lié aux élections, l’exposé se
limitera, pour les besoins de la démonstration, à la juridiction constitutionnelle dans
ses attributions en matière électorale notamment les élections législatives et
présidentielles25 . Aussi le champ géographique sera circonscrit aux Etats d’Afrique
noire francophone26.

24
En 2010, la quasi-totalité des Etats ont célébré leurs indépendances acquises pour la plupart dans les années
1960. A cette occasion, plusieurs rencontres ont été initiées pour des bilans prenant en compte des domaines liés
au développement. Cependant le contentieux électoral a été ignoré.
25
C’est le champ matériel de notre étude. Celui-ci traduit non seulement l’actualité mais aussi et surtout les
enjeux majeurs que renferment les élections législatives et présidentielles de même que l’ampleur des débats
autour des juridictions constitutionnelles.
26
Il s’agit du champ géographique de notre étude. Afin d’éclairer les analyses qui vont suivre, les exemples cités
seront pris particulièrement au Burkina-Faso, au Cameroun, en Centrafique, au Congo, en Côte-d’Ivoire, au
Gabon, au Mali, au Niger, au Togo et à l’ex-Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). Le nombre

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Ainsi, deux principales articulations sanctionneront notre travail. D’abord, s’agira-il de
montrer la vocation du contentieux à légitimer les élections (Première partie). Ensuite, une
réflexion sur l’affaiblissement du contentieux électoral nous révélera les faiblesses de cette
institution (Deuxième partie).

élevé de ces Etats ne doit pas être trompeur car ils ont tous à la fois des similitudes historiques, culturelles et
politiques. Sur le plan historique, tous ces Etats ont connu la même colonisation française (belge pour l’ex-Zaïre
) et ont les mêmes institutions politiques et juridiques. Sur le plan culturel ou linguistique, ils ont en partage
l’usage du français comme langue officielle, au moins pour une large part. Enfin, ces Etats connaissent le même
processus qui a ébranlé, quasiment à la même époque, les pouvoirs en place et initié les différents processus de
démocratisation. De sorte que, malgré leur nombre et sans doute de leurs particularités, ces Etats connaissent des
convergences qui justifient une étude d’ensemble.

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PREMIERE PARTIE :
UN CONTENTIEUX ELECTORAL LEGITIMANT

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La légitimité est la qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité27 . Dans
une démocratie ou dans un parti fonctionnant démocratiquement, un responsable politique tire
sa légitimité d’élections libres et régulières. Une élection, pour être démocratique se doit
d’être libre et régulière. Le concept d'"élections libres et régulières"28 s'est développé dans le
sillage du processus de la décolonisation. Les Nations Unies semblent en avoir inauguré
l'usage à partir d'un rapport de 1956 sur l'accession du Togo à l'indépendance29.

Quoi qu'il en soit, la tenue d'élections libres et régulières est une question d'intérêt
général qui concerne les démocraties de longue date aussi bien que les Etats qui effectuent
leur transition de l'autoritarisme à la démocratie ou de la guerre à la paix30.

En effet, si la démocratie représentative exige que tous les citoyens jouissent de la


possibilité de participer aux décisions politiques en élisant leurs représentants par le biais d'un
suffrage universel, libre, égal, direct et secret 31 , ces exigences lorsqu’elles sont réunies
constituent le soubassement de la démocratie électorale32.

La démocratie électorale implique l’élection pluraliste qui est aujourd’hui


indispensable pour mesurer la légitimité des gouvernants. A cet effet, l’élection n’est légitime
que lorsque sa conformité aux textes qui l’organisent est avérée dans la mesure où, tout en
relevant de la compétence souveraine des Etats, la conduite des élections est assujettie à
certaines normes incluses dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, et
autres textes tels que la Déclaration Universelle sur la démocratie de l'Union
interparlementaire. Toutes ces dispositions procèdent de la prémisse que les élections libres et
régulières permettent l'expression authentique de la volonté populaire et l'instauration d'un

27
Le Petit Larousse, 2008.
28
Le concept est cependant resté, à ce jour, sans définition internationalement agréée. La raison en est que les
organisations universelles et régionales, ainsi que les ONG, utilisent les adjectifs "libres" et "régulières" de
manière souvent interchangeable avec ceux d'"honnêtes", "authentiques", "impartiales", "sincères", "régulières",
"périodiques", "démocratiques" ou "transparentes".
29
Art. 76, repertoire suppl.2, vol.III, (1955-1959), disponible sur :
Untreaty.un.org/cod/repertory/art.76/french/rep_supp2_vol3_art76_f.pdf.
30
GHEBALI (V.Y.), « Elections libres et régulières » extrait - consolidation de la paix et reconstruction post-
conflit, Le monde des parlements, N° 26, juillet 2007, pp.8-9.
31
D'une perspective négative, la démocratie représentative exclut d'autres formes de gouvernement telles que le
gouvernement direct, qui ne s'avèrerait pas pratique à l'intérieur d'une société très vaste et complexe.
32
Pour QUANTIN (P.), par “démocratie électorale“ on entendra ici un régime dans lequel la compétition pour le
contrôle du gouvernement d’un Etat est réglée d’une manière durable grâce à des élections considérées
suffisamment libres et honnêtes par les principaux groupements intéressés pour que ceux-ci préfèrent s’y
conformer plutôt que de poursuivre la lutte par d’autres moyens. QUANTIN (P.), « Pour une analyse
comparative des élections africaines », Politique africaine, n ° 69, 1998, p. 16.

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gouvernement légitime. Et la régularité des élections ne peut être attestée qu’à l’issue
d’un contentieux électoral.

En effet, parce que, « […] les dysfonctionnements dans l'organisation


scrutin et les interrogations ou les doutes que peuvent susciter les modalités du
peuvent être non seulement préjudiciables à la sincérité du scrutin lui-même mais
manière certes plus subjective, à la perception que les citoyens pourront avoir de la
réelle de leurs élus 33 », le « […]contentieux est incontournable pour assurer la
consultation électorale. L’existence du contentieux et sa fiabilité sont un signe de la
des procédures de désignation des gouvernants 34».

Les élections régulières sont des élections qui sont régies par les procédures
définies dans la constitution ou la loi. Dans ces conditions, la date du scrutin est
connue et toutes les activités électorales se déroulent conformément à la loi. La
législation est conforme aux pratiques électorales universellement acceptables, les
institutions électorales sont crédibles et les règles sont toutes bien comprises et
acceptées. Cette conformité est vérifiée à l’occasion du contentieux électoral qui dans
son fondement (Chapitre I) et dans son organisation (Chapitre II) se doit de respecter
les exigences de la démocratie et conforter sa position d’enjeu majeur de gouvernance,
de paix et de stabilité dans les pays d’Afrique noire francophone.

33
GHEVONTIAN (R), « La sincérité du scrutin », Avant- propos, Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13,
janvier 2003, p.80.
34
DJEDJRO MELEDJE (F.), « Le contentieux électoral en Afrique », Pouvoirs, 129, 2009/2, pp. 139-140.

Mémoire de DEA Page 18


CHAPITRE I :

UN CONTENTIEUX FONDAMENTALEMENT DEMOCRATIQUE

Les élections constituent un des piliers de la démocratie et il est courant de la définir par
certains critères dont la liberté et l’égalité des citoyens.
Ces deux principes posés par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789
sont repris par les différentes constitutions des Etats africains. Ce constat fera dire à Francis Djedjro
Meledje que « La Constitution, par les principes qu’elle pose : de représentation politique,

d’universalité du suffrage, d’égalité des candidats, de sincérité du vote, oriente le cours du


contentieux électoral, le soumet à un certain nombre de contraintes et le légitime tout en lui
donnant une signification démocratique35 ».
Dans ce sens, Jean Claude Masclet précise que les différentes branches du
contentieux électoral sont au service de deux impératifs majeurs qui dominent l’ensemble du
droit applicable et les solutions judiciaires. D’abord l’égalité qui implique l’égalité entre les
électeurs ou universalité du droit de suffrage, l’égalité entre les candidats ou listes en
présence, laquelle suppose la neutralité des autorités intervenant dans l’organisation du scrutin
et une réglementation appropriée de la propagande électorale. Ensuite la liberté qui est celle
du vote, assurée par le secret du vote, et qui est aussi celle de la candidature36.
Par conséquent, le contentieux électoral « trouve son unité autour du respect d'un
certain nombre de principes fondamentaux du droit électoral […] Ces principes sont: l'égalité,
la liberté et le caractère secret du vote. Ils sont d'ailleurs si importants qu'ils font l'objet, dans
la plupart des démocraties respectueuses de l'État de droit d'une consécration
constitutionnelle37 ».
Dans cette perspective, les principes de liberté (Section I) et d’égalité (Section II)
retiendront notre attention.

Section I : La garantie de la liberté

La liberté est la faculté d'agir selon sa volonté en fonction des moyens dont l’on
dispose sans être entravé par le pouvoir d’autrui. Elle sous-tend que les individus possèdent
une sphère d’autonomie. L’idée qu’il convient de protéger une sphère d’autonomie contre les

35
DJEDJRO MELEDJE (F.), op. cit., p. 143.
36
MASCLET (J.C.), Rapport de synthèse, Colloque international sur le contentieux électoral et l’Etat de droit,
Les Cahiers de l’Association Ouest africaine des Hautes Juridictions Francophones, 14-16 mai 2002, p.41.
37
GHEVONTIAN (R.), « La notion de sincérité du scrutin », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13,
2002, P. 82.

Mémoire de DEA Page 19


ingérences de l’Etat ramène nécessairement à la notion de droits subjectifs de
défense38. Le professeur Alexy dans son ouvrage sur la Théorie générale des droits
fondamentaux a montré que ces droits pouvaient être de trois sortes39. Lorsqu’il vise le
cas dans lequel l’Etat ne doit pas empêcher ou entraver certaines actions de l’individu,
il fait référence aux libertés qui renvoient au « pouvoir d’agir, au sein d’une société
organisée, selon sa propre détermination40 ». Ainsi, à la détermination d’une sphère
d’autonomie au profit de l’individu correspond une obligation corrélative d’abstention
à la charge de l’Etat. En matière électorale, l’Etat doit garantir et veiller à ce
qu’aucune entrave ne soit portée à l’exercice de la liberté de vote (Paragraphe I) et à la
mise en œuvre de la liberté de candidature (Paragraphe II) lors d’une élection.

Paragraphe I : la liberté du vote

La liberté du vote postule une neutralité de l’Etat qui passe tout d'abord par la
neutralité et l'objectivité respectées dans l'organisation des élections car s'il appartient
bien à l'État d'édicter les actes préparatoires aux élections, il est absolument
indispensable que ceux-ci puissent être contrôlés par le juge. La neutralité de l'État
doit également se manifester au niveau de la campagne électorale. La tenue d’élections
libres, démocratiques et pluralistes ne peut être envisagée sans la reconnaissance de la
liberté du vote; ce droit est néanmoins encadré par des conditions d’âge ou de
nationalité. Aussi, ce principe, dans son affirmation (A) induit-il le secret du vote(B).

38
Il s’agit des droits fondamentaux définis comme droits subjectifs de défense contre l’État. La fonction
traditionnelle des droits constitutionnels et conventionnels étant, en effet, de constituer une limite à l’action des
pouvoirs publics.
39
Ces droits sont les suivant : Soit l’Etat ne doit pas empêcher ou entraver certaines actions de l’individu, soit il
ne doit pas porter atteinte à un état de l’individu, soit enfin il ne doit pas porter atteinte à certaines positions
juridiques.
40
ALEXY, cité par VERPEAUX (M.), « La liberté », AJDA, 20 juillet/20 août 1998, numéro spécial, p. 144.

Mémoire de DEA Page 20


A- L’affirmation du principe

La liberté de vote postule que chaque électeur soit vraiment en mesure d’exprimer en
d’exprimer en toute liberté son choix sans aucune pression, ni chantage, ni violences, ni
ni contrainte 41 . La reconnaissance constitutionnelle ou statutaire formelle du droit des
citoyens à exprimer leur suffrage est commune à la plupart des Etats. Elle joue un rôle
fonctionnel et favorise la confiance.
Le principe consacré dans les démocraties pratiquant le système des élections
disputées et en particulier dans les Etats d’Afrique noire francophone est la liberté de vote. Ce
principe est consacré dans le code électoral de la République du Mali en ces termes :
«L'élection est le choix librement exercé par le Peuple en vue de désigner les citoyens appelés
à la conduite et à la gestion des affaires publiques selon les principes de la démocratie
pluraliste 42 ». Cette liberté se manifeste non seulement par la préférence accordée à un
candidat parmi ceux qui se présentent, mais aussi par la faculté de mettre un bulletin blanc
dans l’urne ou même de ne pas participer à l’élection. Ainsi, au Congo, l’art. 98 précise que
les bulletins nuls ne sont pas considérés comme suffrages exprimés. Les bulletins nuls
peuvent prendre l’aspect d’une enveloppe sans bulletin ou d’un bulletin sans enveloppe, de
plusieurs bulletins dans l’enveloppe, de bulletins entièrement ou partiellement barrés ou de
bulletins comportant des mentions injurieuses. Tous, loin de traduire un manque de civisme
sont l’expression de la liberté du vote43.

La liberté de l’électeur est assurée lorsque celui-ci peut se déterminer en dehors de


toute pression. Pour cette raison, il est interdit à toute personne présente dans le bureau de
vote d’influencer par quelque moyen que ce soit le choix de l’électeur44. Ceci suppose en
premier lieu que soit écartée du bureau de vote, toute forme de sollicitation ou de menace. A
cet effet, le vote doit se dérouler dans des circonstances paisibles. Pour ce faire, la loi interdit
l’entrée dans l’assemblée électorale avec des armes. Cette interdiction vise aussi bien les
particuliers que la force publique. Les violences ou mouvements aux abords ou à l’intérieur

41
HOLO (Th.), « Les défis de l’alternance démocratique en Afrique », Conférence internationale sur Les défis
de l’alternance démocratique, Cotonou, Benin, 23-25 Février 2009, p.9.
42
Art. 2 al. 1er de la Loi N° 06-044/ Du 4 septembre 2006 portant loi électorale.
43
Loi du 24 novembre 2001 portant loi électorale en République Démocratique du Congo.
44
L’Art. 76 de la Loi n° 09.016 portant code électoral de la République centrafricaine dispose que : « Le choix
de l’électeur est libre. Il est interdit à toute personne présente dans le bureau d’influencer ce choix ».

Mémoire de DEA Page 21


du bureau de vote qui peuvent impressionner les électeurs ou dissuader certains de
venir voter, constituent des irrégularités graves susceptibles d’entrainer l’annulation de
l’élection45.
Aussi, la salle de vote doit être maintenue dans le calme. Toute discussion et
toute délibération des électeurs sont interdites à l’intérieur des bureaux de vote. En
outre, l’électeur doit trouver dans la salle, les moyens d’exprimer son choix. Pour cela,
des bulletins de vote doivent être tenus à sa disposition pour tous les candidats ou
listes en présence en nombre suffisant.
Dans cette optique de protection de la liberté de vote, la Cour Constitutionnelle
du Gabon a, dans une décision relative aux requêtes présentées par plusieurs partis
politiques tendant à l’annulation des résultats du scrutin du 17 décembre 2006 à l’issue
de laquelle Monsieur Pierre Nzenguet Mouele, candidat Indépendant a été proclamé
élu au 2ème siège du Département du Komo Kango dans la Province de l’Estuaire, fait
droit à la requête aux motifs que : « relativement aux violences et voies de fait
dénoncées par les requérants, il ressort des pièces du dossier et de l’instruction que de
nombreux témoins au nombre desquels le président et le vice-président du bureau de
vote n°2 du centre de vote d’Oyane 1-2-3, les assesseurs aussi bien de la majorité que
de l’opposition dans les bureaux de vote d’Ekouk village, de Four Place et d’Oyane
gare ainsi que les secrétaires desdits bureaux de vote, attestent unanimement les
violences et voies de fait vécues par tous ; qu’ils confirment les irruptions, dans ces
bureaux de vote des sympathisants de Monsieur Pierre Nzenguet Mouele susnommés ;
que ces personnes, constituées en milice et armées de gourdins, de machettes et de
fusils ont terrorisé les populations qui, prises de panique n’osaient plus se présenter
pour accomplir leur devoir civique ; que l’une des conséquences de tous ces
agissements a été la destruction des urnes des bureaux de vote de Four Place et celle
n°2 du centre de vote d’Oyane 1-2-3 ; qu’il demeure une constance dans l’existence de
ces violences et voies de fait, à savoir qu’elles ont été perpétrées par des éléments
reconnus comme étant l’entourage du candidat Pierre Nzenguet Mouele ; qu’en outre
ces incidents ont provoqué l’interruption brutale du scrutin, pénalisant ainsi, aussi bien

45
Cette interdiction est matérialisée à l’art. 70 du code électoral de la République de Guinée adopté le 24 mai
2010 en des termes non équivoques: « le président du bureau de vote dispose de pouvoir de police à l’intérieur
du bureau de vote et peut en expulser toute personne qui perturbe le déroulement des opérations de vote.
Nulle force armée ne peut sans son autorisation, être placée dans une salle de vote ni à ses abords immédiats, ni y
intervenir de quelque manière que ce soit.
Nul ne peut pénétrer dans la salle de scrutin porteur d’une arme apparente ou cachée à l’exception des membres
des forces publiques légalement requis ».

Mémoire de DEA Page 22


les électeurs qui n’ont pas pu exprimer leur choix, que les candidats ; qu’en conséquence la
Cour ne peut attester la sincérité des résultats d’un scrutin qui s’est déroulé dans de telles
Conditions46 ».
Par ailleurs, la salle de vote doit être réservée à ce seul usage pendant la durée du
scrutin. Pour cela, la distribution de billets d’argent, de biens de consommation dans la salle
est irrégulière car elle est susceptible d’entrainer une pression sur les électeurs de nature à
orienter leur vote. Il est dans cette optique demandé à l’autorité chargée du bureau de vote de
renouveler les bulletins de vote pour que ceux-ci ne viennent pas à manquer. La liberté du
vote a aussi un aspect collectif : c’est la sincérité des résultats du scrutin.

Le droit électoral comporte de nombreuses dispositions qui tendent, lors du


dépouillement des votes et du calcul des résultats, à s’assurer que le sens des votes a été
scrupuleusement respecté47. En cas de litige, le juge du contentieux électoral n’hésitera pas à
annuler une élection dont le résultat lui paraît entaché d’incertitude. L’obligation est donc
faite aux institutions intervenant dans le processus électoral de proclamer les résultats d’une
manière conforme au vote des électeurs.
Ainsi, la reconnaissance du droit de vote appelle une consécration de la liberté de vote
qui apparait comme l’une des conditions d’épanouissement du suffrage universel dans les
pays d’Afrique noire francophone. Toutefois, cette consécration serait vaine si elle n’est pas
accompagnée par des mesures garantissant à l’électeur un choix éclairé et à l’abri de tout
regard indiscret c’est-à-dire un choix dans le strict secret.

B- Le secret du vote

À titre individuel, l'électeur doit pouvoir exprimer son choix en toute liberté, à l'abri de
toute pression. Mais à partir du moment où ces pressions sont exercées sur les individus, elles
sont très difficiles à déceler. En réalité, ce qui importe est qu'au bout du compte, l'électeur
effectue son vote en toute conscience et en suivant sa seule volonté.
La seule garantie de cette exigence est donc le caractère secret du vote qui permet d'en
assurer la liberté. Ce principe, trop souvent négligé, parce que, sans doute considéré à tort
comme accessoire ou secondaire, est pourtant de toute première importance. S'appliquant en

46
Décision n° 036/CC du 14 mars 2007.
47
Les art.79, 80 et 81 de la Loi n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en République du Bénin
organisent les opérations de dépouillement ainsi que la signature des procès-verbaux. Ils précisent que Le
dépouillement suit immédiatement la clôture du scrutin, qu’il est conduit sans désemparer jusqu’à son
achèvement complet, qu’il est public et qu’il a lieu dans le bureau de vote.

Mémoire de DEA Page 23


bout de chaîne, au moment décisif, c'est finalement sur lui que repose in extremis le
respect de la sincérité du scrutin. Ce n'est donc pas un hasard si la consécration de ce
principe est considérée comme une conquête de la démocratie48.
Le secret du vote est lié à la liberté de vote49. Le principe a été proclamé en
pour la première fois par la Constitution de l’an III en son article 31 en ces termes :
« Toutes les élections se font au scrutin secret ».
Tous les Etats d’Afrique noire francophone prévoient dans leurs textes que le
suffrage peut-être direct ou indirect, dans les conditions prévues par la constitution. Il
est toujours universel, égal et secret. A cet effet, l’art.33 al.2 de la Constitution de la
République du Burkina Faso dispose que : « Le suffrage est direct ou indirect et exercé
dans les conditions prévues par la loi. Le suffrage direct est toujours universel, égal et
secret50 ».
Le principe du secret du vote est repris par les codes électoraux qui le
consacrent en des termes non équivoques51. Le scrutin secret est l’un des aspects du
suffrage qui n’autorise aucune limitation, ou presque. Autrefois considéré comme
l’une des nombreuses procédures assurant la liberté du vote, il est aujourd’hui un
principe unique et absolu. Les situations dans lesquelles ce principe n’est pas appliqué
sont de moins en moins nombreuses.
Par ailleurs, le vote secret effectué dans l’isoloir à l’abri de tout regard indiscret
et l’utilisation du bulletin unique assurent aujourd’hui la meilleure garantie de la
liberté du scrutin dans la plupart des Etats africains. L’utilisation des urnes
transparentes avec des scellés est l’une des constituantes de cette garantie de
sincérité52.
Ainsi, trois exigences assurent la garantie du secret du vote. Le code électoral
togolais détermine à son Art. 95, le matériel électoral par bureau de vote notamment
une urne transparente sur un côté au moins avec deux(02) cadenas, un ou plusieurs
isoloirs ; l’encre indélébile, le bulletin unique de vote, etc.53.

48
GHEVONTIAN (R), op.cit., p.86.
49
GICQUEL (J.), Droit constitutionnel et institutions politiques, Montchrestien, Paris, 1993, p 154.
50
Constitution du Burkina Faso adoptée par le Référendum du 02 Juin 1991 et révisée en 1997, 2000, 2002.
51
La Loi n°92-16 du 07 Février 1992 portant Code Electoral de la République du Sénégal consacre à son Art.
L.72, al. 1er que « Le scrutin est secret. Le vote a lieu sous enveloppe. Avant l’ouverture du scrutin, le bureau
doit constater que le nombre des enveloppes correspond à celui des inscrits.». Cette formule est reprise par la
majorité des Etats d’Afrique noire francophone.
52
HOLO (Th.), « La constitution garante de l’alternance démocratique », Conférence internationale, Les défis de
l’alternance démocratique FNUD ET IDH, Cotonou 23 au 25 février 2009, p.5.
53
La Loi N°2007 - 012 du 14 juin 2007 portant modification de la loi n° 2000-007 du 05 Avril 2000, elle-même
modifiée.

Mémoire de DEA Page 24


D’abord le passage par l’isoloir est exigé. L’isoloir est désigné par l’article L.62 du
code électoral français comme la partie de la salle de vote « aménagée pour soustraire
l’électeur aux regards pendant qu’il met son bulletin dans l’enveloppe ». Dans chaque bureau
de vote, un isoloir doit être prévu. Les isoloirs doivent être visibles du public. L’absence
d’isoloir constitue une grave irrégularité qui entache l’élection. Le passage par l’isoloir est
une obligation pour l’électeur.

Ensuite, l’exigence de l’usage d’une enveloppe qui est facultative. Le bulletin doit être
doit être placé sous une enveloppe afin qu’il soit dissimulé aux regards lors du vote54. L’art.
67 du Code électoral de la République de Guinée dispose en son al. 1er que : « Le vote a lieu
avec des bulletins et des enveloppes fournis par la CENI 55».

Enfin, le dépôt dans l’urne. L’électeur doit glisser lui-même son bulletin dans l’urne,
laquelle a été fermée. L’urne doit n’avoir qu’une ouverture. L’exigence de l’urne est
consacrée par la loi électorale Centrafricaine à son Art. 64 en ces termes: « Il est installé, dans
chaque bureau de vote, un ou plusieurs isoloirs à raison d’un pour un maximum de trois cents
cinquante (350) électeurs. Les isoloirs doivent être placés de manière à ne pas dissimuler au
public les opérations électorales tout en assurant le secret de vote56 ». Elle doit rester en
place. Le déplacement de l’urne constitue une irrégularité susceptible d’être sanctionnée par
l’annulation de l’élection.

Il convient de souligner que la nullité des bulletins ou enveloppes portant un signe de


reconnaissance est aussi une disposition dictée par le souci d’assurer le secret du vote.
Cette précaution s’explique par la reconnaissance que le moyen le plus efficace de
préserver la liberté de l’électeur est bien d’éviter que le sens de son vote ne soit connu : ainsi
il n’est plus tenu par les promesses ou engagements qui lui auraient été indûment extorqués et
il est à l’abri des menaces de ceux à qui son vote déplairait et qui pourraient avoir prise sur
lui. Il s’agit notamment des candidats dont les droits sont aussi garantis par les textes.

Paragraphe II : La liberté de candidature

L’élection suppose un choix et n’a de sens que si elle met réellement en compétition,
non seulement, plusieurs acteurs politiques, mais aussi, des projets de société différents et

54
Tous les Etats ne consacrent pas l’utilisation de l’enveloppe. Celle-ci étant considérée pour des raisons
financières comme superflue.
55
Code électoral de la République de Guinée en vigueur le 22 mai 2010.
56
Loi n° 09.016 portant Code électoral de la République centrafricaine.

Mémoire de DEA Page 25


crédibles pour la réalisation du bien commun tel qu’énoncé dans la Constitution.
Ainsi, chaque citoyen qu’il soit indépendant ou représentant d’un parti politique doit,
lorsqu’il remplit les conditions exigées par les textes en vigueur, se porter candidat à
toutes les élections. Tout individu est donc libre de se porter candidat à une
élection(A) s’il remplit les conditions exigées par la loi(B).

A- La liberté de candidature

La liberté de candidature traduit le pluralisme politique et la reconnaissance de


l’opposition57. Elle repose sur la création et l’existence de plusieurs partis politiques58.
Dans les démocraties représentatives, les candidatures aux élections politiques
constituent l’acte fondamental de la procédure électorale. En effet, « Le suffrage
universel, l’apparition des partis de masses, le développement des divisions
idéologiques, économiques et sociales et les grandes vicissitudes politiques de notre
siècle ont rendu inéluctables le phénomène de candidature dans les lois et parfois
même dans les constitutions 59».
Pour cela, les Etats d’Afrique noire francophone consacrent le multipartisme
dans leurs constitutions à l’instar de celle du Burkina Faso dont l’art. 13 dispose que :
« Les partis et formations politiques se créent librement. Ils concourent à l’animation
de la vie politique, à l’information et à l’éducation du peuple ainsi qu’à l’expression
du suffrage. Ils mènent librement leurs activités dans le respect des lois. Tous les partis
ou formations politiques sont égaux en droits et en devoirs. Toutefois, ne sont pas
autorisés les partis ou formations politiques tribalistes, régionalistes, confessionnels ou
racistes60 ».
Le rôle des partis en matière électorale s’analyse en premier lieu en termes de
présentation des candidats aux élections politiques. Selon la définition proposée par J.
Miranda, « La candidature est l’acte par lequel une personne se propose ou est
proposée comme candidat au suffrage en vue de l’accès à un mandat politique61 ».

57
GUEYE (B.), « La démocratie en Afrique : succès et résistances », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, p. 7 et s.
58
« Les partis politiques forment la pierre angulaire de la société démocratique et assument, plus que toute autre
institution, une fonction représentative dans une démocratie. Le rôle d’un parti politique consiste à rassembler et
à représenter les intérêts sociaux, servant ainsi de structure pour la participation politique ». In « Le rôle des
partis politiques dans une transition démocratique », Rapport de la conférence organisée à Kinshasa par le NDI
du 26 au 28 juin 2001.
59
MIRANDA (J.), « Les candidatures dans les élections politiques », AIJC, 1996, p. 441.
60
Art. 13 de la Constitution Burkina Faso.
61
MIRANDA (J.), op.cit, p. 443.

Mémoire de DEA Page 26


Les candidatures sont abordées de façon différente selon les constitutions. Néanmoins,
toutes assurent aux postulants, la liberté de candidature. Le principe de la liberté de
candidature implique le droit à l’éligibilité qui caractérise la situation de ceux qui remplissent
les conditions légales pour se porter candidats à une élection. Tout électeur trouve dans cette
qualité même, un titre suffisant pour briguer un mandat électif. Pour cela, « l’éligibilité,
aptitude à être élu, d’un candidat doit être vérifiée avant l’élection62 ».
Le droit à l’éligibilité est la faculté reconnue à tout citoyen remplissant les conditions
de se porter candidat afin de se faire choisir par un corps électoral pour un mandat public de
son État. L’éligibilité constitue la face passive du vote portant sur les personnes.
Contrairement à celui-ci, elle n’est jamais une fonction ; elle n’a qu’une nature : celle de droit.
Le droit à l’éligibilité ou à être candidat est reconnu à tout citoyen, sous réserve de restrictions
légales. Au Sénégal, c’est l’art L.55 du Code électoral qui concrétise ce principe en disposant
que : « Tout sénégalais peut faire acte de candidature et être élu sous réserve des conditions
d’âge et des cas d’incapacité ou d’inéligibilité prévus par la loi63 ».
A cet effet, la Cour Constitutionnelle du Mali a affiché un libéralisme de bon aloi,
dans un remarquable arrêt de 1996, déclarant contraires à la Constitution de nombreuses
dispositions de la loi électorale. A cette occasion, la Cour a rejeté le monopole des partis
politiques pour la présentation des candidatures, un monopole contraire à l’exercice de la
souveraineté nationale, considérant que « dans un système de démocratie pluraliste, les
candidatures […] sont libres […] ; […] l’adhésion d’un citoyen à un parti est libre ; […] par
conséquent la mise en œuvre des droits politiques d’un citoyen n’est pas fonction et ne saurait
être fonction de son adhésion à un parti ; […] les partis concourent, c’est-à-dire, participent à
l’expression du suffrage, donc ne peuvent être les seuls à concourir à l’expression du
suffrage». Elle a également opposé au législateur le principe à valeur constitutionnelle de la
liberté de candidature pour annuler l’exigence de « la signature de cinquante élus locaux dans
chaque région [qui] peut revenir dans certaines conditions et dans certaines régions à limiter
le nombre de candidats à la Présidence de la République64 ». Ce principe permet d’éviter que
des lois trop partisanes ne limitent la liberté de candidatures.

62
DE VILLIERS (M.), « Aspects contentieux des élections », Atelier de formation électorale, Commission
européenne pour la démocratie par le droit, Commission de Venise, Erevan, Arménie, 5-8 mai 2003, p. 26.
63
La loi n°2009- 09 du 16 janvier 2009 portant Code électoral sénégalais.
64
Cour Constitutionnelle du Mali, Arrêt CC 96-003 du 25 octobre 1996.

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Ainsi, le droit d’éligibilité ne doit pas être limité aux seuls partis politiques car
ce droit appartient à tous les citoyens sans distinction en vue d'accéder aux emplois et
fonctions publics65.
Cependant, la liberté de candidature peut connaitre des limitations et conduire
au rejet des candidatures irrégulières.

B- Les aménagements à la liberté de candidature :

Le droit positif exige de l’électeur qu’il satisfasse à des exigences


supplémentaires pour briguer un mandat électif. Il n’y a donc pas coïncidence entre
électorat et éligibilité. L’ignorance de ces conditions entraine une inéligibilité du
candidat comme l’illustrent les décisions le juge électoral de Côte d’Ivoire. En effet, le
scrutin de 1990 qui inaugurait la compétition pour l’élection présidentielle a enregistré
deux candidatures66 effectives sur les quatre(4) qui s’étaient présentées. En 1995, sur
six(6) candidatures déclarées, seulement deux(2) avaient été autorisées par le Conseil
constitutionnel67. En 2000, lors de l’élection qui mettait fin à un régime de transition
militaire, cinq candidatures ont été retenues par la Cour suprême 68 parmi les dix-
neuf(19) publiées. Ces élections se sont déroulées dans un climat de tension sociale,
avec, en toile de fond une divergence des forces politiques sur les règles électorales
applicables.
Selon Sophie Lamouroux, « L’inéligibilité est la situation dans laquelle une
personne est empêchée de se présenter à une élection ou encore celle qui s’oppose à la
poursuite d’un mandat électif. On rappellera que, portant atteinte à un droit
fondamental lié à l’exercice de la souveraineté, l’inéligibilité doit résulter d’un texte
d’origine législative dont l’interprétation doit s’apprécier strictement 69 ». Ainsi, la
notion d’inéligibilité obéit à des règles de compétence et d’interprétation.
D’une part, seule la loi peut instituer des restrictions à la candidature. Ensuite,
les inéligibilités ne sauraient se présumer. Il n’y a donc pas d’inéligibilité sans texte.

65
BENDOUROU (O.), « Le conseil constitutionnel et les droits fondamentaux », in «Revue marocaine
d’administration locale et de développement» (REMALD), n° 56, mai-juin 2004, p.29.
66
Arrêt n° 90-2-CC du 12 octobre 1990 de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Côte d’ivoire.
67
Décision n° E 0001/95 du 22 novembre 1995 du Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire.
68
Arrêt n° E 01-2000 du 06 octobre 2000, Cour suprême de Côte d’ivoire, JORCI, n° 40 du jeudi 12 Oct. 2000.
69
LAMOUROUX (S.), « La disparition de la sanction automatique d’inéligibilité pour les comptables de fait :
quel avenir pour la sanction électorale ? », Revue Française de Droit Constitutionnel, n° 55, 2003/3, p. 609.

Mémoire de DEA Page 28


D’autre part, les règles qui établissent des limitations à la candidature doivent être
interprétées strictement. Ce principe a été rappelé de façon significative par le Conseil
constitutionnel français dans sa décision du 19 mai 1969, Ducatel c. Krivine70.

C’est dans ce sens que le Chapitre III du Code électoral togolais71 traite des conditions
conditions d’éligibilité et d’inéligibilité. Ainsi, à l’Art. 83, il est prévu que « Tout Togolais
Togolais peut faire acte de candidature et être élu sous réserve des conditions d’âge et des cas
des cas d’incapacité ou d’inéligibilité prévus par la loi ». Et l’Art. 84 précise que « Ne sont
pas éligibles les militaires de tous grades en activité de service ainsi que les fonctionnaires
auxquels leur statut particulier enlève le droit d’éligibilité ».

A la lecture de ces dispositions, il convient de relever que la candidature est


subordonnée en premier lieu à diverses conditions positives qui sont l’âge, la nationalité, la
capacité, la résidence. Elles sont plus sévères que les conditions de même nature que connaît
l’attribution de la qualité d’électeur. S’agissant de la condition d’âge, elle varie en fonction du
type d’élection, législative ou présidentielle et suivant les pays. Au Togo par exemple, l’âge
est de 25 ans révolus à la date des élections, s’agissant des élections législatives72 et de 35 ans
révolus à la date du dépôt de candidature, s’agissant des élections présidentielles73.
Quant à la condition de nationalité, elle est toujours prévue ainsi que celle relative à la
résidence. Cependant, l’exigence de conditions spécifiques de nationalité est illégale. Le cas
de la Zambie est évocateur. En Zambie, à l'approche des élections nationales de 1996, le
gouvernement sortant du Président Frederick Chiluba avait adopté des amendements à la
constitution imposant de nouvelles conditions aux candidats à l'élection présidentielle. L'une
de ces conditions stipulait que tout candidat aux élections doit être Zambien de deuxième
génération. Cet amendement a empêché l'ancien Président Kenneth Kaunda, dont la
citoyenneté zambienne était contestée, de se porter candidat bien qu'il ait dirigé le pays de
1964 à 199174.
En ce qui concerne la résidence, celle-ci est comprise comme la résidence habituelle.
Une condition de durée de résidence est souvent imposée pour toutes les catégories

70
Rec., p.79.
71
La Loi N°2007 - 012 du 14 juin 2007 portant modification de la loi n° 2000-007 du 05 Avril 2000, elle-même
modifiée.
72
Art. 197 de la Loi N°2007 - 012 du 14 juin 2007 portant modification de la loi n° 2000-007 du 05 Avril 2000,
elle-même modifiée.
73
Art. 35 de la Constitution togolaise du 14 oct. 1992 modifiée par la loi n°2002-029.
74
Zambia: The Reality Amidst Contradictions – Human Rights in Zambia since the 1996 elections”, Human
Rights Watch, 1er juillet 1997, Vol. 9, N° 3.

Mémoire de DEA Page 29


d’élections. Cette exigence a fait l’objet d’une décision du juge électoral Malien qui,
dans son Arrêt n° 12 du 19 Mars 1992, a rejeté la requête de plusieurs partis politiques
tendant à l’annulation de la candidature de M. Youssouf Traoré du parti U.F.D. aux
élections législatives dans la circonscription de Sau. Les requérants arguaient du fait
que le candidat ne remplirait pas l’une des conditions d’éligibilité, celle d’être
domicilié depuis au moins un an sur le territoire. La Cour, après avoir accueilli la
requête l’a rejetée au fond en considérant que « le temps de séjour d’un an sur le
territoire prévu par le Code électoral n’est pas opposable à M. Youssouf Traore en ce
qu’il avait la qualité d’exilé politique avant son retour au Mali ».

Quant à la capacité, elle tient tant à la jouissance des droits civils et politiques
qu’à la santé mentale. Ainsi, l’inéligibilité d’un candidat peut être motivée par une
interdiction pour motifs liés à la santé mentale ou des condamnations pénales pour des
délits graves75.
En second lieu, la liberté de candidature connaît des limitations spécifiques
liées aux professions, activités ou fonctions exercées par le candidat. Ce sont les
inéligibilités au sens propre du terme. Elles ont pour but de préserver la liberté de
l’électeur et l’indépendance de l’élu. Ces cas d’inéligibilité s’appliquent
principalement et dans la majorité des Etats d’Afrique noire francophone aux élections
législatives. Dans cette optique, les corps de l’armée et les magistrats sont exclus des
mandats électifs.
Le contenu de ces deux catégories de restrictions varie suivant les pays et
suivant les types d’élections. Cependant, elles doivent intervenir dans un cadre de
stricte égalité.

Section II : L’apologie de l’égalité

Selon Aristote, l'égalité c'est la distinction juste des parts relativement à un


critère. L'égalité sociale est associée à la démocratie. Elle est juridique et politique.
Pour garantir une égalité sociale, il faut le respect de valeurs fondamentales comme la

75
L’art.47 de la Loi du 24 novembre 2001 portant loi électorale en République du Congo dispose que : « Nul ne
peut être candidat aux fonctions de Président de la République : s’il ne jouit d’un état de bien-être physique et
mental dûment constaté par un collège de trois médecins assermentés désignés par le juge constitutionnel».

Mémoire de DEA Page 30


Liberté ou la Citoyenneté. L'égalité sociale ne nuit pas à la liberté, elle la promeut, et les
sociétés où il y a privation de libertés sont des sociétés inégalitaires.

D'une manière générale, le principe d'égalité joue un rôle majeur dans la conception
conception démocratique de l'État de droit. Il n'est donc pas étonnant que, s'agissant plus
plus spécifiquement du droit électoral fondamental, ce principe occupe une place toute
particulière et conditionne le respect de l'exigence de sincérité. Par essence, ce principe
d'égalité est, d'une manière générale, polymorphe et, naturellement, il se présente, dans le
domaine électoral, sous différentes formes76. Il postule l’universalité du suffrage (Paragraphe
I) et interdit les distorsions territoriales entre les circonscriptions (Paragraphe II).

Paragraphe I : L’universalité du suffrage :

Le principe d'égalité s'applique, en matière électorale, aux électeurs et aux élus. Cela
concerne tant l'exercice du droit de suffrage actif et passif 77 que le principe même de
représentation. Le Conseil constitutionnel français a rappelé dans une décision que la qualité
de citoyen ouvre le droit de vote et l'éligibilité dans des conditions identiques à tous ceux qui
n'en sont pas exclus pour une raison d'âge, d'incapacité ou de nationalité, ou pour une raison
tendant à préserver la liberté de l'électeur ou l'indépendance de l'élu ; que ces principes de
valeur constitutionnelle s'opposent à toute division par catégories des électeurs ou des
éligibles ; qu'il en est ainsi pour tout suffrage politique78». Il en résulte que le suffrage est
universel(A) et égal(B).

A- Le suffrage universel

Le suffrage universel consiste en la reconnaissance du droit de vote à l'ensemble des


citoyens d'une nation, sans distinction de condition sociale, d'origine, de race ou de sexe. Il
apparaît comme le plus conforme au principe démocratique puisqu’il assure la participation
aux affaires publiques du nombre le plus élevé de citoyens.

76
GHEVONTIAN (R.), op. cit., p.83.
77
Le droit de vote actif et passif évoque le droit de vote et d'éligibilité.
78
Rec. p. 66, cons. n° 7. Cette formule sera en partie reprise dans la décision n° 98-407 DC du 14 janvier 1999,
Quotas par sexe II, (Rec. p. 21) dans laquelle le Conseil constitutionnel précisera qu'aucune distinction ne peut
être opérée entre électeurs ou éligibles « en raison de leur sexe ».

Mémoire de DEA Page 31


La tenue d’élections libres, démocratiques et pluralistes ne peut être envisagée
sans la reconnaissance du suffrage universel. Celui-ci signifie que tout homme et toute
femme a le droit de vote et est éligible ; ce droit est néanmoins encadré par des
conditions d’âge ou de nationalité.
Le suffrage a d’abord été restreint. L’universalité du suffrage s’est imposée par
étape progressive selon l’éveil des pays à la démocratie. Ceci explique, en premier
lieu, que le droit de vote ait été limité à certaines catégories de la population, d’après,
notamment, des critères de revenus ou de propriété. Le droit de vote a ensuite été
accordé à tous les hommes puis à partir du début du XXe siècle aux femmes, parfois
de façon restrictive au départ. L’écart qui sépare la reconnaissance du suffrage
masculin de celle du suffrage féminin diffère considérablement d’un État à l’autre.

En Afrique noire francophone, la reconnaissance du droit de vote est le fruit de


la décolonisation et de l’accession à la souveraineté. Ainsi, pour la grande majorité de
ces États le droit de vote a été accordé aux femmes et aux hommes entre 1959 et 1961.
Cependant, cette reconnaissance est intervenue plus récemment en Mauritanie en 1986
et en Guinée-Bissau en 1974 et consacrée dans les textes constitutionnels de ces deux
pays79.
La totalité des États d’Afrique noire francophone, ont aujourd’hui reconnu le
droit de vote à l’ensemble des citoyens. Cette reconnaissance du suffrage universel fait
l’objet d’une disposition constitutionnelle. Ainsi en est-il de la Constitution du Gabon
qui affirme en son Art. 4 que : «Le suffrage est universel, égal et secret. Il peut être
direct ou indirect, dans les conditions prévues par la Constitution ou par la loi 80 ».
Le Suffrage universel, tout en signifiant que le droit de vote est étendu à tous
les citoyens sans restriction de fortune, de capacité ou d'hérédité, n’exclut pas que ce
droit puisse comporter des exclusions tenant à l'âge, à l'insanité d'esprit par opposition
au suffrage restreint. Selon le Doyen Vedel, il n'y a pas de bonne définition du
suffrage universel pour l'excellente raison que celui-ci est indéfinissable dans l'absolu.
Il ne se définit que par opposition au suffrage censitaire, aristocratique ou capacitaire.
Encore que, dans les pays démocratiques, ni les enfants, ni les aliénés, ni certains

79
Art. 3 al. 2 de la Constitution du 20 juillet 1991et Art. 2, 24 et 29 de la Constitution du 27 novembre 1996.
80
Constitution de la République du Gabon Révisé par la Loi n° 13/2003 du 19 août 2003.

Mémoire de DEA Page 32


condamnés ne votent, on considère que ces pays ne connaissent pas moins le suffrage
universel81.
Dans les pays d’Afrique noire francophone, les restrictions à l’universalité du suffrage
suffrage se rejoignent et tiennent à l’âge, à la nationalité et à la capacité. A cet effet, la
Constitution de la République de Côte d’Ivoire précise à l’art. 33 que : « Le suffrage est
est universel, libre, égal et secret. Sont électeurs dans les conditions déterminées par la loi,
tous les nationaux ivoiriens des deux sexes âgés d'au moins dix-huit ans et jouissant de leurs
droits civiques et politiques 82 ».
D’abord, s’agissant de l’âge, il est fixé dans tous les Etats à 18 ans à l’exception du
Cameroun où l’âge est porté à 20 ans83. C’est une restriction naturelle.
Ensuite, pour ce qui est de la nationalité, elle matérialise le lien qui existe entre vote et
citoyenneté. Le principe est que seuls les nationaux peuvent participer à la détermination des
destinées du pays. A cet effet, le droit électoral est étroitement lié aux textes organisant
l’acquisition de la nationalité.

Enfin, la condition de la capacité se traduit doublement. D’un premier point de vue, il


s’agit d’affirmer que le droit de voter ne peut être attribué qu’à ceux qui ont le discernement
nécessaire pour l’exercer. D’un second point de vue la préoccupation est de priver du droit de
vote, les personnes ayant subi certaines condamnations. C’est la réunion de ces conditions
cumulatives qui donne droit à l’inscription sur une liste électorale et à un vote égal.

B- Le suffrage égal

Le suffrage est non seulement universel, mais aussi égal. Il n'a de véritable sens que
dans un système de réelle concurrence électorale, où plusieurs candidats et/ou partis distincts,
avec des programmes alternatifs, sont proposés au choix égal des citoyens. C’est pourquoi, à
l’exigence d’égalité quantitative comme moyen d’approcher l’équité de la représentation
politique, s’ajoute une exigence d’égalité qualitative entre les citoyens. Le principe de
l’égalité des suffrages, implique qu’aucun vote ne peut avoir plus de valeur qu’un autre. C’est
une conséquence de l’universalité du suffrage.

81
VEDEL (G.), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1949, p. 335.
82
Constitution de la République de Côte d'Ivoire du 23 juillet 2000.
83
L’art.2 et 3 de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996 dispose en substance : « Le vote est égal et
secret ; y participent tous les citoyens âgés d'au moins vingt (20) ans ».

Mémoire de DEA Page 33


L’égalité du suffrage revêt une signification fondamentale : elle suppose que
chaque citoyen dispose d’une voix. A cet effet, le vote plural est interdit. Cette
technique autorisait à donner à certaines personnes plusieurs bulletins en raison de leur
qualité. Tel fût le cas des diplômés universitaires qui, en Grande Bretagne au XIXe
siècle étaient admis à voter à la fois à leur lieu de domicile et à celui de leur université
tout comme les chefs d’entreprise qui pouvaient eux aussi voter au lieu de leur
établissement.
En Belgique en 1893, les possesseurs d’immeubles ou de rentes de l’Etat
avaient droit à un vote plural.
La France et d’autres pays ont accordé ce privilège aux pères de familles
nombreuses. Ces cas traduisaient des inégalités qui aboutissent à rendre leurs bulletins
plus décisifs que ceux des autres électeurs. Le suffrage égal condamne donc toutes les
techniques qui, comme le vote plural, établissent une inégalité entre les votants, car, si
le suffrage est égal pour tous, chaque suffrage a la même valeur, quel que soit
l'électeur et tous les votes exprimés se valent.
C’est dans ce sens que des mesures doivent être prises pour prévenir les votes
multiples « en vérifiant scrupuleusement les cartes d’électeurs ou en marquant les
électeurs à l’encre indélébile, ou les deux 84 ». Ainsi, les lois électorales des Etats
francophones d’Afrique noire prévoient l’encre indélébile comme moyen d’éviter les
votes multiples. A cet effet, l’art 69 du code électoral du Benin prévoit que : « Le vote
de chaque électeur est constaté par l’apposition de l’empreinte de son pouce gauche à
l’encre indélébile en face de son nom en présence des membres du bureau de vote85».

Par ailleurs, à la règle de la stricte égalité des électeurs, répond aussi celle de
l’égalité nécessaire des candidats, les deux étant conçues sur le mode
complémentaire : pour que la liberté de choix des électeurs soit préservée, et la
sincérité du scrutin assurée, tous les candidats doivent être traités de façon égale, en
particulier pendant tout le déroulement de la campagne électorale.

L’intervention du contentieux électoral pour assurer ou rétablir l’égalité entre


les candidats peut, cependant très facilement glisser vers des formes subtiles de
discrimination. Dans tous les cas, les principales causes d’inégalités, contre lesquelles

84
GOODWIN-GILL (G.S.), Elections libres et régulières, Nouvelle édition augmentée Première partie : quelques
pas de plus vers la démocratie, Union interparlementaire, Imprimé en France, 2006, p.172.
85
Loi n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en République du Bénin.

Mémoire de DEA Page 34


il s’agit de se prémunir ou, tout au moins de lutter dans les Etats d’Afrique noire francophone,
sont l’argent et les faveurs de l’administration.

Ainsi, dans le souci de préserver l’égalité entre les candidats, le contentieux électoral
donne la possibilité d’annuler les élections en cas d’abus de propagande dans le sens où cet
abus aurait eu une influence déterminante sur le scrutin.

C’est ce même souci qui impose à l’autorité administrative de réserver un traitement


égal à tous les candidats. L’autorité administrative est aussi assujettie à l’obligation de
neutralité dans l’accomplissement de sa tâche qui consiste à contribuer à la bonne
organisation matérielle de la campagne électorale. Cette obligation s’impose rigoureusement
aux agents publics du Gabon conformément au Code électoral86.

En outre, la loyauté de la compétition et l’égalité entre les candidats condamnent


l’usage de la diffamation, de l’injure, des informations mensongères ou des violences car ces
artifices peuvent tromper les électeurs et enlever des voies à un candidat. Dans ce sens, la loi
électorale du Burkina Faso stipule à son art.71 qu’ «Il est formellement interdit à tout candidat
ou militant des partis ou formations politiques d’user de diffamation, d’injures ou de tout acte
de provocation pouvant entacher la moralité et la sérénité de la campagne électorale87 ».

L’égalité des chances porte notamment sur le temps de parole à la radio et à la


télévision, les subventions publiques et les autres formes de soutien. Des dispositions relatives
à l’utilisation des moyens de l’Etat permettent de conforter cette égalité. A cet effet, le code
électoral togolais du 14 juin 2007 prévoit à l’art. 91 que : « Pendant la durée de la campagne
électorale, sont interdites :1 - les pratiques publicitaires à caractère commercial par la voie de
la presse, de la radiodiffusion et de la télévision, les dons et libéralités en argent ou en nature
à des fins de propagande pour influencer ou tenter d’influencer le vote et 2 - l’utilisation des
biens ou moyens d’une personne morale de droit public, d’une institution ou d’un organisme
public aux mêmes fins88 ».

Aussi, dans le respect de la liberté d’expression, la loi prévoit que les médias
audiovisuels privés assurent un accès minimal aux différents participants aux élections, en

86
Selon l’article 129 de la loi n° 018/2005 du 6 octobre 2005, peut entraîner l’annulation de l’élection s'il est
reconnu par la Cour Constitutionnelle qu'elle a faussé le résultat du scrutin, « la participation à la propagande
électorale, par des déclarations publiques écrites ou verbales des autorités administratives ».
87
Loi n°014-2001 /AN portant Code électoral, ensemble ses textes modificatifs.
88
Loi N°2007 - 012 du 14 juin 2007 portant modification de la loi n°2000 portant code électoral au Togo.

Mémoire de DEA Page 35


matière de campagne électorale et de publicité. Cet aspect est garanti par la loi
électorale togolaise précitée qui consacre à son Art. 94 que : «Tout candidat ou liste de
candidats dispose, pour présenter son programme aux électeurs, d’un accès équitable
aux moyens officiels d’information et de communication dans le respect des
procédures et modalités déterminées par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la
Communication ».
La transparence financière est également un élément de l’égalité des chances
des candidats. Cette transparence porte sur la limitation ou le plafonnement des
dépenses, le compte-rendu et le contrôle des dépenses ainsi que le financement public
sur une base égale. La transparence financière postule que le financement des partis,
des candidats et des campagnes électorales soit transparent89.

Ainsi, le contentieux électoral interviendra pour annuler l’élection s’il apparait


que des illégalités y relatives ont altéré les résultats. C’est dans ce sens que les codes
électoraux de nombreux Etats d’Afrique noire francophone prévoient une
réglementation en matière de financement des campagnes électorales qui se traduisent
en termes de plafonnement des dépenses. Afin de rétablir l’égalité des chances des
candidats à un mandat électif et de mettre un terme à l’inflation des dépenses constatée
dans certains pays, il est apparu utile de limiter les frais engagés par les partis
politiques dans la campagne électorale. C’est un procédé de moralisation des
modalités de financement des campagnes électorales.
Au Benin, ce plafonnement est de 150 000 000 de FCFA pour les élections
présidentielles et de 3 000 000 de FCFA pour les élections législatives90. Toutefois, à
cet aspect purement financier des élections, s’ajoute des exigences liées aux
circonscriptions électorales.

Paragraphe II : Le découpage électoral

Le principe d’égalité interdit les distorsions territoriales entre les


circonscriptions. Le découpage électoral vise à éviter le « charcutage » des limites des

89
CASAGRANDE (C.), « Les candidats et les électeurs en période de campagne électorale », Atelier de
formation électorale, Commission européenne pour la démocratie par le droit, Commission de Venise, Erevan,
Arménie, 5-8 mai 2003, p.7.
90
Art 92 de la Loi n° 2010-33 portant règles générales pour les élections en République du Bénin.

Mémoire de DEA Page 36


circonscriptions dans le seul but d’avantager les candidats de la majorité 91 . En France,
l’œuvre du juge dans ce sens s’est soldée par la naissance de deux principes fondamentaux du
fondamentaux du découpage électoral qui ont été repris par les pays francophones d’Afrique
d’Afrique noire dans l’administration des élections. Il s’agit de: la règle des bases
démographiques(A) et celle de la révision périodique (B).

A- La règle des bases démographiques de la représentation

Les bases de la représentation politique sont à la fois démographiques et territoriales.


L’élection des représentants à l’échelon national ou local suppose en effet la prise en compte
d’une population et implique la délimitation territoriale de circonscriptions électorales. Une
population et un territoire correspondent à un ou plusieurs sièges à pourvoir dans chacune des
circonscriptions.
Mais si les bases démographiques et territoriales paraissent indissociables, les
premières priment sur les secondes.
La loi sur la délimitation territoriale en France délimite le territoire national en
circonscriptions, à des fins électorales. La circonscription est donc l’unité dans laquelle se
déroule une élection pour un nombre déterminé de sièges ou de mandats. Elle est basée sur
des considérations d’ordre démographique, géographique ou sociologique et doit respecter le
principe de l’équité de la représentation des électeurs au Parlement et dans les autres
Assemblées représentatives. Cette délimitation est appelée le découpage électoral.

Un découpage électoral équilibré permet d’organiser un scrutin juste et honnête, ce qui


justifie l’intervention d’un contrôle juridictionnel attentif. En effet, si l’arbitraire devait
procéder au découpage des circonscriptions, certains pourraient en profiter pour découper les
circonscriptions de manière déloyale dans le seul but d’aller dans le sens des intérêts de leur
famille politique à l’instar de Elbridge Gerry.

En effet, en 1812, Elbridge Gerry, gouverneur du Massachusetts, avait découpé les


circonscriptions de son État afin d’assurer une victoire aussi large que possible à ses partisans

91
RAHMOUNI (H.), Cours de droit constitutionnel, Hassan II University Mohammedia, Maroc,
http://www.hassanrahmouni.com/Cours/Cours03Chapitre1.pdf.

Mémoire de DEA Page 37


pourtant moins nombreux que ses adversaires. Cette technique purement politicienne,
fait l’objet d’une vigoureuse et quasi-unanime dénonciation et sanction par le juge
électoral92.

Toutefois, le découpage électoral est un mécanisme couramment utilisé,


divisant le territoire en circonscriptions, chacune élisant ses représentants. Parfois, ces
représentants peuvent à leur tour élire des représentants à une échelle plus globale.
Tout compte fait, le découpage est fondé sur des bases essentiellement
démographiques.
La précision du concept des bases « essentiellement démographiques 93» a été
l’œuvre jurisprudentielle du conseil constitutionnel français en 1986.

En effet, le 8 août 1985, la droite saisit le Conseil de la loi relative au


découpage du territoire de la Nouvelle Calédonie en quatre « régions » d’importance
très inégale. Le Conseil, dans sa célèbre décision n° 85-196 DC, censura cette loi au
motif que le Congrès de ce TOM, « doit, pour être représentatif du territoire et de ses
habitants, dans le respect de l’art 5 de la Constitution, être élu sur des bases
essentiellement démographiques ; que, s’il ne s’ensuit pas que cette représentation
doive être nécessairement proportionnelle à la population de chaque région, ni qu’il ne
puisse être tenu compte d’autres impératifs d’intérêt général, ces considérations ne
peuvent intervenir que dans une mesure limitée qui, en l’espèce, a été manifestement
dépassée 94». Après correction, le Conseil estima par sa décision n° 85-197 DC du 23
août, que le nouveau découpage régional proposé n’était pas, lui, manifestement
contraire à la Constitution et au principe d’égalité du suffrage. Cette décision consacra
la règle des bases démographiques de la représentation qui doit guider tout découpage
électoral.

En Afrique noire francophone le découpage électoral sur des bases


démographiques n’est pas ignoré. Il fait l’objet d’une consécration dans les textes
électoraux. C’est le cas de la loi électorale gabonaise qui consacre son Titre II aux

92
En ligne sur le site Wikipedia ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_%C3%A9lectoral.
93
Ce principe signifie que le ou les élus des différentes circonscriptions doivent être également représentatifs des
électeurs ou, plus largement, de la population. La règle posée par le Conseil constitutionnel invite donc à
apprécier, pour chaque circonscription électorale, le ratio population de la circonscription / nombre d’élu(s)
correspondant. Des ratios voisins permettront de conclure au respect du principe « des bases essentiellement
démographiques ». GUISELIN (E.-P.), GELIN-RACINOUX (L.), RENAUD DE LA FAVERIE (B.), III -
jurisprudence constitutionnelle, Joyau (M.), sous dir., Chronique de jurisprudence constitutionnelle, RJP,
Yearbook 8, p.163.
94
C.C. 85-196 D.C., 8 août 1985, Rec. p.63.

Mémoire de DEA Page 38


circonscriptions électorales et précise à l’art. 34 que : « En vue de l'exercice du droit de vote,
pour les élections législatives, sénatoriales et locales, le territoire est divisé en circonscriptions
électorales qui sont la commune et le département 95 ».
Cependant, dans ces mêmes Etats d’Afrique persistent des pratiques du
Gerrymandaring. En effet, certains découpages sont faits exprès de manière à désavantager
l’opposition ; en témoigne le constat fait par une MOE au Togo.

En effet, ayant constaté des distorsions dans le découpage électoral au Togo et dans la
perspective des élections législatives de 2007, les parties signataires de l’APG ont fait des
recommandations au point 1.2.4 relatives au découpage des circonscriptions électorales.
Ainsi, les parties prenantes au Dialogue National tout en convenant de s'en tenir aux
circonscriptions électorales existantes ont reconnu la nécessité d’un redécoupage électoral
basé sur un recensement général de la population96.
La mission de l'Union européenne, qui a observé les législatives du 14 octobre au
Togo a entériné cette recommandation, en demandant, aux autorités de revoir le découpage
électoral qui a défavorisé l'opposition lors des élections législatives de 2007, car, "La
proportion entre le vote populaire à l'échelle nationale et le nombre de sièges attribués n'est
pas équilibrée. Ce déséquilibre est le résultat du système électoral adopté et surtout du
découpage électoral", selon le rapport final de la mission d'observation de l'UE97.

"Il n'est besoin que de 11.469 voix à Assoli (nord) pour l'obtention d'un siège alors que
127.071 voix sont nécessaires dans le golfe (sud)", souligne le rapport. Rappelons que
l’ensemble des partis politiques de la majorité comme de l’opposition au Togo avaient avalisé
ce découpage pour les législatives du 14 octobre 2007.

La délimitation des circonscriptions électorales est donc généralement associée aux


systèmes électoraux. Ces systèmes étant basés sur des circonscriptions, celles-ci doivent faire
l'objet d'une révision périodique pour refléter les changements démographiques.

B- La règle de la révision périodique

En dehors de toute tentative malhonnête de déformation des résultats de la part de


dirigeants politiques peu scrupuleux, il peut arriver qu’un découpage électoral, juste lors de sa

95
Loi n° 07/96 du 12 mars 1996, portant dispositions communes à toutes les élections politiques en République
Gabonaise modifiée par l’ordonnance n° 010/PR/2008 du 28 février 2008.
96
Accord Politique Global togolais, août 2006.
97
Rapport final – MOE UE Togo 2007, pp. 16-17.

Mémoire de DEA Page 39


réalisation, finisse par devenir, au fil du temps, un foyer de surreprésentation ou de
sous-représentation pour certains électeurs ; les mouvements de population sont
généralement à l’origine de pareils phénomènes. Il peut dès lors s’avérer nécessaire de
procéder à un redécoupage des circonscriptions98.

C’est dans cet ordre d’idées qu’en France, l’ordonnance portant répartition des
sièges et délimitation des circonscriptions pour l’élection des députés a été présentée le
29 juillet 2009 par le secrétaire d’État à l’intérieur et aux collectivités territoriales. Ce
texte modifie la carte électorale en vigueur depuis 1986 afin de tenir compte de
l’évolution de la population et de rendre en principe la représentativité des députés
plus homogène : désormais les départements de moins de 125 000 habitants au lieu de
108 000 auparavant ne disposeront plus que d’un seul député. 33 circonscriptions sont
supprimées et sont compensées par la création de 22 circonscriptions en métropole et
dans les collectivités d’Outre-mer et de 11 circonscriptions pour les Français de
l’étranger.
L’ordonnance a reçu l’aval du Conseil d’État, ainsi que de la Commission
consultative du découpage électoral, présidée par l’ancien président du Conseil
constitutionnel, Yves Guéna. Une loi portant ratification de l’ordonnance fût présentée
au Parlement à l’automne 2009. Le nouveau découpage devrait entrer en vigueur lors
des prochaines élections législatives, prévues en 2012 99».
Ainsi, un processus électoral fiable sous-entend au préalable une actualisation
quotidienne des données démographiques en vue d’une bonne maitrise du corps
électoral. A ce niveau, tous les acteurs de la vie du pays sont associés afin d’éviter les
soupçons de mauvaises manipulations des fichiers électoraux dont on accuse souvent à
raison l’administration publique africaine.

La règle de la révision périodique apparaît comme le complément du principe


des bases démographiques dans la mesure où elle tend à garantir que le rapport
d’équité établi au départ ne sera pas rendu obsolète du fait des mouvements de
population.

98
CHAGNOLLAUD (D.), Droit constitutionnel contemporain, Tome 1, Théorie générale, Les régimes
étrangers, 5ème édition, Paris, D., 2007, p.217.
99
Vie publique, Au cœur du débat public, « Découpage électoral : un projet toujours controversé », écrit le 4-08-
2009.

Mémoire de DEA Page 40


La révision périodique des limites électorales s'impose dans tous les systèmes de
représentativité basés sur des circonscriptions. Cette révision vise à éviter les grands écarts de
population d'une circonscription à l'autre.

La modification des limites électorales peut avoir d'importantes répercussions non


non seulement sur les représentants des circonscriptions à la législature, mais aussi sur les
les électeurs et les collectivités. Le découpage électoral peut influer sur les résultats de
l'élection et la composition de la législature. Cependant, l'importance du découpage demeure
méconnue en dehors des cercles politiques.
Dans la décision des 1er et 2 juillet 1986, le Conseil Constitutionnel français a été
amené à poser le principe suivant lequel « le respect du principe de l’égalité de suffrage
implique que la délimitation des circonscription électorales pour la désignation des députés
fasse l’objet d’une révision périodique en fonction de l’évolution démographique ».

Il y était invité par l’insertion dans l’article 125 du code électoral d’un deuxième
alinéa libellé : « il est procédé à la révision des limites des circonscriptions, en fonction de
l’évolution démographique, après le deuxième recensement général de la population suivant
la dernière délimitation ». Devant apprécier la conformité de cette disposition bien
intentionnée, le Conseil constitutionnel y verra un texte inopérant, en ce sens que le
législateur ne peut se lier pour l’avenir et s’obliger par avance à respecter telle ou telle
modalité pour les modifications envisagées. Inopérant, mais non contraire à la Constitution,
de sorte que cette disposition a fait tout de même son entrée dans le code électoral où elle
prend place à l’art L.125, al. 2.

Au Canada, il existe une loi sur la révision des limites des circonscriptions électorales.
Cette loi a créé des commissions de délimitation des circonscriptions électorales
indépendantes ayant pour mandat de faire rapport sur la révision de la représentation des
provinces à la Chambre des communes. Chaque commission est constituée de trois membres,
la présidence étant occupée soit par un juge nommé par le juge en chef de la province en
question, soit par une personne qui réside dans la province alors nommée par le juge en chef
du Canada. Les deux autres membres sont nommés par le président de la Chambre des
communes " parmi les personnalités de la province qui lui semblent compétentes ".
Le directeur général des élections, dès qu'il reçoit du statisticien en chef, après chaque
recensement décennal un état certifié de la population, procède au calcul du nombre de sièges
de députés à attribuer à chacune des provinces et en fait publier les résultats sans délai. Il doit
également adresser un exemplaire de l'état certifié des résultats de recensement au président

Mémoire de DEA Page 41


de chacune des commissions, puis dresser la carte démographique de chaque province
et la transmettre à la commission concernée.
Dans les meilleurs délais suivant la publication du nombre de sièges de députés
à attribuer, chaque commission doit présenter, motifs à l'appui, ses recommandations
quant au partage en circonscriptions électorales de la province pour laquelle elle a été
constituée ainsi que du nombre de sièges et du nom à attribuer à chacune des
circonscriptions100.
Si ailleurs, tout semble évident, le principe de la révision périodique qui a pour
effet de conforter la règle des bases démographiques de la représentation n’a pas
encore été domestiqué en Afrique noire francophone. Ce qui explique les incertitudes
en matière de découpage électorale décriées par les candidats aux différentes élections.
Avant de clore cette rubrique, il convient de préciser un principe qui découle de
l’égalité en matière électorale. En effet, cette égalité n’est réalisée que lorsque les
élections sont périodiques. Des élections démocratiques postulent la périodicité qui
constitue la condition d’exercice du suffrage universel, égal, libre et secret. En effet, si
l’on considère que la démocratie postule que « Les citoyens choisissent lors
d’élections compétitives et répétées des représentants qui font des lois auxquelles ces
mêmes citoyens doivent obéir 101 », il va de soi que la périodicité est un principe
fondamental de l’élection102.
Somme toute, aucune élection ne peut être régulière si elle ne respecte pas les
règles d’égalité et de liberté qui fondent la démocratie et partant, les élections. Ces
règles qui régissent la conduite du contentieux électoral et constituent l’unité de
mesure pour le juge électoral semblent être inspirées de l’affirmation selon laquelle :
« Un scrutin sincère est celui qui se déroule sans trucage. Seuls sont valides les règles,
les procédures et les comportements qui contribuent à refléter de manière fidèle les
opinions du corps des citoyens et à les traduire de façon correcte en voix et en sièges.
Sont, au contraire irréguliers et méritent d'être dénoncés ceux qui en faussent

100
KINGSLEY (J.−P.), « Administration et application du processus électoral: le modèle Canadien », Cahiers du
Conseil constitutionnel, n° 13, janvier 2003, p.10.
101
La périodicité des élections est consacrée par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui
dispose à son art. 25.b. que : «Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées a
l’article 2 et sans restrictions déraisonnables : b) De voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques,
honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des
électeurs; ».
102
COLLIARD (J.-C.), « Les systèmes électoraux dans les Constitutions des pays de l'Union européenne », Les
Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13, 2002, p.93.

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l'expression103 ». Le juge est dès lors interpellé à travers son comportement et les procédures
mis en œuvre dans l’organisation et la conduite du contentieux électoral.

103
DELPEREE (F.), « La sincérité du scrutin », Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13, janvier 2003. P.100.

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CHAPITRE II :

UN CONTENTIEUX RELATIVEMENT ORGANISE

Le contentieux électoral est au cœur du système démocratique. Multiples, sa


mission et ses fonctions doivent normalement faire émerger les composantes du
pouvoir législatif, soit une majorité de gouvernement, un leadership et un programme
politique tous consacrés par le vote dans un pays donné. Ainsi, le contentieux électoral
tout comme l’élection elle-même doit normalement sceller « un pacte de confiance »
entre les citoyens et les gouvernants autour de ce programme politique et pour une
durée convenue.

Depuis deux décennies, le contentieux électoral a connu une extension majeure


dans le monde, en Amérique latine, en Asie et en Europe centrale et orientale en
Afrique notamment dans sa partie noire francophone. Ses composantes que sont la
vérification des actes préparatoires, la conduite des opérations électorales, la
surveillance des élections, le règlement du contentieux et la proclamation des résultats
sont d'une grande diversité. Elles découlent de dispositions constitutionnelles ou de
lois spécifiques. Ces dispositions et ces lois sont dans tous les cas susceptibles
d'interprétation judiciaire104.

Le contentieux électoral suppose aussi une autorité de gestion indépendante et


impartiale. L'indépendance et la neutralité de cette autorité sont déterminantes.

Les applications concrètes des textes constitutionnels et législatifs ainsi que les
interventions du juge électoral appellent un déploiement considérable de ressources
humaines et matérielles. Elles supposent la mise en place et la maîtrise d'un vaste
système où cohabitent justice et équité, indépendance et transparence. Réunies, ces
données permettent l'exercice des droits civils et politiques. Ces droits concourent au
« pacte de confiance » qui définit le système démocratique.

Bref, pour garantir un scrutin sincère, il faut que le contentieux fasse l’objet
d’une bonne organisation. Selon le petit robert, organiser c’est combiner, disposer les
éléments d’un ensemble pour en assurer le bon fonctionnement. Ceci nous conduit à

104
ROY (J.-L.), « Le pacte de confiance, garantie de la démocratie », Perspectives électorales, mars 2006.

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étudier l’organisation du contentieux électoral au regard de la juridiction en charge (Section I)
et de la conduite de la justice électorale(B).

Section I : La juridiction électorale

La délicatesse du contentieux électoral requiert une prudence et une finesse dans le


choix de l’organe en charge. Si en France, le choix du Conseil constitutionnel n’est que la
conséquence d’une longue évolution105, en Afrique noire francophone, bien des constitutions
ont déterminé le Conseil ou la Cour constitutionnelle, selon la terminologie retenue, comme
juge de la régularité des consultations référendaires, des élections présidentielles et
législatives106.

Sur la nature107 de ces juridictions, le débat semble obsolète puisque comme le signale
Dominique Rousseau, « l’important n’est pas de savoir ce qu’est le Conseil constitutionnel
mais ce qu’il fait 108 » et « Étant garant et protecteur de l’Etat de droit et de la démocratie, ses
originalités, peuvent être cyniquement vues comme secondaires109». En dépit des controverses
liées à sa nature, il apparait que le conseil constitutionnel est doté d’un statut qui tout en
assurant l’indépendance de l’organe (Paragraphe I), garantie celle des individus, membres de
ces cours et conseils (Paragraphe II).

Paragraphe I : L’autonomie de l’organe de justice électorale

L’institution des juridictions constitutionnelles sur la base de textes 110 assure leur
indépendance effective par rapport aux divers autres pouvoirs en raison même de la nature des

105
Il s’agit du passage du système de la vérification des pouvoirs à l’attribution du contentieux électoral au
Conseil constitutionnel.
106
A titre illustratif, l’on peut citer l’art. 9 al. 2. de la Constitution Malgache de 1991 qui dispose que « La
Haute- cour Constitutionnelle est le juge en dernier ressort du contentieux électoral et assure la régularité des
opérations électorales ». Dans le même sens, l’art.104. al.2 de la Constitution de la République du Niger
dispose que « la Cour constitutionnelle interprète les dispositions de la Constitution. Elle contrôle la régularité, la
transparence et la sincérité des opérations de vote à l’occasion du référendum, des élections présidentielles,
législatives et locales. Elle est juge du contentieux électoral et proclame les résultats définitifs des élections ».
107
S’agissant de la nature tant controversée de ces Cours ou Conseils, toutes les thèses furent défendues avec une
égale conviction : celle de la nature juridictionnelle fut soutenue avec autorité, celle de la nature politique
également et enfin celle de la nature sui generis, c'est-à-dire à la fois politique et juridictionnelle. Voir dans ce
sens, ROUSSILLON (H), Le Conseil Constitutionnel, Dalloz 2001, p.15 et ROUSSEAU (D.), sur le Conseil
Constitutionnel, la doctrine de Badinter et la démocratie, Descartes et Cie, Paris, 1997, p.59.
108
HAMON (F.), TROPER (M.), Droit constitutionnel, Paris, L.G.D.J., 2005, p. 816.
109
DRAGO (G.), « Réformer le conseil constitutionnel ? », Pouvoirs, 2003/2, n° 105, p. 78.
110
Les cours et tribunaux constitutionnels sont des instances dont la création doit être régie par un texte
constitutionnel, comme toutes les autres instances constitutionnelles, plus spécialement le Parlement, le Sénat et
le Gouvernement, texte qui consacre l’existence des juridictions constitutionnelles en tant qu’institutions

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fonctions dévolues par la Constitution aux cours, conseils et tribunaux
constitutionnels. Ceci, à travers la reconnaissance à ces instances, par un texte
constitutionnel, d’une indépendance organisationnelle, en vertu de laquelle ils
établissent leur règlement intérieur (A), d’une indépendance financière en vertu de
laquelle ils établissent leur budget annuel et ses affectations, et d’une indépendance
administrative qui leur permet de désigner leurs fonctionnaires, déterminer leurs
tâches et veiller à l’exécution de ces tâches (B).

A- La maîtrise des textes normatifs

L’autonomie normative ou réglementaire d’une juridiction s’entend, au sens large, de


l’emprise dont elle dispose sur la réglementation de son organisation et de son
fonctionnement. Aux yeux du Doyen Favoreu, une « juridiction constitutionnelle doit pouvoir
elle-même définir un minimum de règles de fonctionnement et de procédure. Certes, la
Constitution et la loi établissent généralement les grandes lignes du système : mais les règles
de procédure suivies par la juridiction constitutionnelle doivent avoir été assez largement
élaborées par elle-même111 ». Cette exigence est conçue comme une garantie indispensable
pour l’indépendance de la juridiction constitutionnelle.
Pour les juridictions constitutionnelles, l’autonomie normative répond, non seulement
à une habilitation posée par les différents textes relatifs à leur organisation et fonctionnement,
mais également à une nécessité pratique. En effet, la réglementation issue des textes
constitutionnel et organique est singulièrement limitée et les conduit à réglementer,
formellement ou non, leur procédure. Ce sont principalement les actes susceptibles d’être
contrôlés, les autorités habilitées à le saisir et les délais limites de jugement qui sont
mentionnés dans la Constitution.
De leurs côtés, les différentes lois organiques auxquelles renvoient les Constitutions
sont peu détaillées. Elles déterminent plusieurs exigences applicables aux différentes
procédures, et au statut des juges constitutionnels. Malgré tout, de nombreux points restent en
suspens. Ce qui rend indispensable la maîtrise des textes normatifs les concernant par les
Juridictions constitutionnels.

constitutionnelles et donc partie intégrante de l’édifice constitutionnel, de sorte qu’on ne puisse les supprimer,
tout comme pour le Parlement et le Gouvernement.
111
FAVOREU (L.), « Le Conseil constitutionnel régulateur de l’activité normative des pouvoirs publics »,
R.D.P. 1967, pp. 254-255.

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De façon générale, la maîtrise qu’ont les Juridictions constitutionnelles africaines sur
leurs règles de procédure se manifeste sous des formes diverses.

Les juridictions constitutionnelles d’Afrique noire francophone disposent du pouvoir


d’édicter des règles de fonctionnement par le biais d’un règlement intérieur. Cette prérogative
touche au « noyau dur » de l’autonomie normative. Les juridictions constitutionnelles, à la
différence des autres juridictions, jouissent à ce titre d’un véritable pouvoir réglementaire. A
cet effet, la Cour Constitutionnelle togolaise est expressément habilitée par l’article 10 de la
loi organique portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle à élaborer
son règlement intérieur 112 . Ainsi, toutes les juridictions constitutionnelles élaborent leur
propre règlement intérieur. Ce Règlement intérieur, approuvé par elles-mêmes, règle les
questions d’ordre interne, de déontologie, d’administration, de structure.
Par conséquent, toutes les juridictions constitutionnelles définissent elles-mêmes un
minimum de règles de fonctionnement et de procédure. Certes, la constitution et la loi
établissent généralement les grandes lignes du système. Mais les règles de procédure suivies
par la juridiction constitutionnelle sont dans une large mesure élaborées par elle-même. Et
lorsqu’une loi s’intercale entre la constitution et le règlement de procédure, elle doit pouvoir
faire l’objet d’un contrôle par la Cour elle-même.
Parallèlement, le Président de la juridiction constitutionnelle exerce un pouvoir
réglementaire lui permettant l’administration des services de la juridiction. Aussi l’art. 21.a.
de la loi organique de la République du Gabon relative à la cour dit-elle explicitement en ce
qui concerne le Président de la Cour constitutionnelle que : «Le président de la Cour
constitutionnelle exerce les prérogatives que lui confèrent les textes législatifs et
réglementaires. Il assure le fonctionnement général de la Cour. Il rend des ordonnances qui ne
sont susceptibles d'aucun recours. Il préside les audiences et réunions de la Cour et en assure
la police. Pendant les audiences et réunions ou séances de travail de la Cour, il peut, à la
demande de la majorité des membres, requérir la force publique et prendre toutes les mesures
nécessaires, quand il estime que l'ordre public est troublé ou menacé de l'être. Il peut, dans les
mêmes conditions, ordonner le huis clos. Il veille à l'exécution des décisions prises 113».
Au Mali, c’est l’art. 26 de la loi organique déterminant les règles d’organisation et de
fonctionnement de la Cour constitutionnelle ainsi que la procédure suivie devant elle qui

112
Loi organique n° 97-01/PR du 8 janvier 1997 portant organisation et fonctionnement de la Cour
constitutionnelle.
113
Loi organique n° 9/91 du 26 septembre 1991 modifiée par la loi n° 13/94 du 17 septembre 1994 sur la Cour
constitutionnelle.

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dispose que : « Le président de la Cour constitutionnelle est chargé de l’administration
et de la discipline de la Cour. 114 ». Cette disposition traduit par la même occasion
l’autonomie administrative de la juridiction constitutionnelle, une autonomie parfaite
par l’indépendance financière.

B- La gestion des affaires administratives et financières

Dans l’arrêt Valente c. La Reine de 1985, le juge Dain, qui rédigea l’opinion de
la Cour suprême du Canada, notait que « le contrôle judiciaire sur […] l’assignation
des juges aux causes, les séances de la Cour, le rôle de la Cour, ainsi que les domaines
connexes de l’allocation de salles d’audience et de la direction du personnel
administratif qui exerce ces fonctions a généralement été considéré comme essentiel
ou comme une exigence minimale de l’indépendance institutionnelle ou collective115».

En effet, il est particulièrement nécessaire que la juridiction constitutionnelle


ait « une administration interne autonome par rapport à celle qui dépend de l’exécutif
et du législatif 116 ». La plupart des juridictions constitutionnelles bénéficient d’une
autonomie administrative répondant à ce schéma. En général, les juridictions
constitutionnelles exercent un contrôle sur leurs organes d’administration et gèrent
elles-mêmes leurs affaires administratives.

Ainsi que le soulignait le Doyen Favoreu, l’autonomie administrative s’entend de la


nécessité pour une juridiction constitutionnelle de disposer « d’une administration interne
autonome par rapport à celle qui dépend de l’exécutif ou du législatif. Cela suppose donc
l’existence d’un siège de l’institution distinct et séparé (…), d’un ensemble d’experts ou
d’assistants et d’agents administratifs nommés et rémunérés directement par l’institution, de
moyens techniques et bibliographiques adaptés aux missions de la juridiction117 ».

À cet égard, l’organisation interne des juridictions constitutionnelles d’Afrique


noire francophone révèle l’autonomie de l’institution, ainsi qu’un mode de
fonctionnement assez singulier. Certaines ont la possibilité d’être assistés d’un ou

114
Loi n° 97-010 du 11 février 1997 portant loi organique déterminant les règles d’organisation et de
fonctionnement de la Cour constitutionnelle ainsi que la procédure suivie devant elle.
115
Valente v. The Queen, 1985, 2, S.C.R., p.673.
116
FAVOREU (L.), op. cit., p.227.
117
Idem., p. 255.

Mémoire de DEA Page 48


plusieurs assistants, d’autres sont épaulés dans leurs tâches par plusieurs services communs.
Le Secrétaire général supervise les différents services composant l’administration de la
juridiction. Ainsi, l’organisation administrative de l’institution ne dépend ni des services
administratifs du gouvernement, ni de ceux des assemblées parlementaires, ni de ceux d’une
autre juridiction suprême.

De façon générale, le Président de la juridiction constitutionnelle joue un rôle


prépondérant dans l’organisation interne de l’institution. Il recrute librement le personnel
nécessaire et désigne directement le trésorier. Le choix du Secrétaire général lui appartient
même si celui-ci est formellement nommé par décret du Président de la République. En
pratique, le Secrétaire général reçoit une délégation de compétences et accomplit de
nombreuses formalités administratives à la place du Président.
Au Togo, la loi organique sur la cour constitutionnelle consacre le chapitre 2 au
Secrétariat Général de la cour. Aux termes de l’art.21 de ladite loi, le Secrétaire Général
assiste le Président de la Cour constitutionnelle dans le fonctionnement et l’administration de
la Cour118. Et l’art.14 du Règlement de la Cour énonce que le Secrétariat général de la Cour
constitutionnelle comprend « le greffe, le service de la documentation et de la recherche, le
bureau du courrier, le bureau du personnel et le service de la comptabilité et du matériel119 ».
Le Secrétariat général est chargé de l’administration et de la coordination des services
administratifs de la Cour. C’est à cet effet que le Règlement intérieur de la Haute Cour
Constitutionnelle malgache consacre en son art 1er que : « L’autonomie administrative et
financière dont jouit la Haute-Cour constitutionnelle, en vertu des dispositions de
l’ordonnance n° 77-032 du 29 juin 1977, constitue la principale modalité de sauvegarde et de
mise en œuvre de l’indépendance de cette Institution juridictionnelle. A cet effet, tous les
actes de nature réglementaire, hormis ceux qui régissent les principes et règles de comptabilité
publique, ne sont ni opposables ni applicables à la Haute-Cour constitutionnelle dont
l’organisation et la gestion, tant administrative que financière, relèvent exclusivement du
présent Règlement intérieur120».
Dans sa décision du 25 juillet 2001, le Conseil constitutionnel français a affirmé que
l’autonomie financière des pouvoirs constitutionnels, dont il fait partie, « relève du respect de

118
Art.21 de la Loi organique n° 97-01/PR du 8 janvier 1997 portant organisation et fonctionnement de la Cour
constitutionnelle.
119
Art. 14 du Règlement intérieur de la Cour constitutionnelle du 13 mai 1997.
120
Décision n°01-HCC/D.4 du 28 juin 1991 portant Règlement intérieur de la Haute-Cour constitutionnelle
malgache.

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la séparation des pouvoirs121 ». Traditionnellement, cette autonomie financière se définit par
« la maîtrise plus ou moins grande de deux éléments financiers essentiels : la libre
détermination de leur crédit et la libre exécution de leurs dotations budgétaires 122».
En Afrique noire francophone, l’autonomie financière des juridictions
constitutionnelles est particulièrement marquée au regard de ces deux aspects123.
En premier lieu, les juridictions constitutionnelles élaborent leurs budgets en toute
liberté par rapport aux autres pouvoirs constitutionnels124.
En second lieu, les juridictions constitutionnelles décident, en toute liberté, de
l’engagement de leurs dépenses et de leur affectation125.
L’autonomie financière du Conseil constitutionnel est également mise en exergue par
l’absence de contrôle de l’exécution de son budget par une institution extérieure. Ainsi, ni
l’Inspection Générale des Finances, ni la Cour des comptes n’est compétente pour contrôler la
comptabilité générale du Conseil126.
Somme toute, en Afrique noire francophone, la plupart des Etats ont opté pour une
juridiction constitutionnelle autonome car « l'idée de la création d'une juridiction
constitutionnelle indépendante et placée en dehors du pouvoir judiciaire procède de la volonté
de rompre avec un pouvoir judiciaire marqué par son passé. La réputation du pouvoir
empêchait que soit directement confié aux juridictions ordinaires le soin de trancher les
questions de constitutionnalité et d'assurer la primauté des droits inclus dans la Constitution,
le pouvoir judiciaire ayant en effet été marqué depuis l'indépendance par ses liens avec le
pouvoir exécutif et sa faible volonté de promouvoir un système juridictionnel indépendant de

121
CC, déc. n° 2001-448 DC, 25 juillet 2001, Loi organique relative aux lois de finances, Rec., p. 99, cons. 25.
Dans le même sens, voir. la décision CC, déc. n° 2001-456 DC, 27 décembre 2001, Loi de finances pour 2002,
Rec., p. 180, cons. 46 et 47.
122
DI MANNO (T), « L’autonomie financière des cours constitutionnelles en Europe », in Douat(E.), (dir.), Les
budgets de la justice en Europe – Études comparées France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne et
Belgique, Mission de recherche « Droit et Justice », La Documentation française, coll. « Perspectives sur la
justice », 2001, p. 53 et s., p. 60.
123
JACQUELOT (F.), « L’autonomie financière des cours constitutionnelles : l’expérience du Conseil
constitutionnel français », Exposé présenté lors de la conférence organisée par la Commission de Venise à
Sarajevo sur les budgets des Cours constitutionnelles, les 14 et 15 octobre 2004.
124
Concrètement, c’est le Président de la juridiction qui arrête annuellement un projet de budget. Ce projet est
transmis au ministère des Finances qui l’inscrit, sans modification, dans une partie du projet de loi de finances.
Ensuite, il est approuvé sans discussion par le Parlement.
125
Au sein de la juridiction, c’est le Président qui est ordonnateur des dépenses et qui les mandate. Le trésorier
de la juridiction, choisi et nommé par le Président et responsable devant lui, exerce les fonctions de comptable.
Par conséquent, l’organisation de la juridiction constitutionnelle échappe au principe classique de séparation des
ordonnateurs et des comptables qui exige que la décision d’une dépense soit prise par une autorité distincte de
celle qui l’exécute.
126
JACQUELOT (F.), op. cit., non paginé.

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toute pression politique127 ». Ce constat du Professeur Vignon explique à lui seul la volonté de
confier le contentieux électoral à une juridiction spécifique, et en principe indépendante.

C’est cette autonomie organique couplée de l’indépendance des juges constitutionnels


qui a valu à l’institution constitutionnelle de se voir confier la gestion du contentieux
électoral.

Paragraphe II : La garantie de l’indépendance des juges électoraux:

« L'indépendance est la traduction institutionnelle du principe de la séparation des


des pouvoirs: elle exprime l'ensemble des conditions et des conséquences que s'impose à lui-
à lui-même un Etat démocratique pour garantir le juge de toutes pressions extérieures, qu'elles
qu'elles émanent des autres organes de souveraineté ou de n'importe quel groupe d'intérêt.
d'intérêt. Système de sécurité générale, elle constitue le fondement, la racine même de
l'impartialité du juge et légitime à elle seule la force obligatoire des décisions judiciaires, une
fois les délais et voies de recours épuisés, autrement dit l'autorité de la chose jugée128 ». Cette
indépendance, induite dans les pays d’Afrique noire francophone par le mode de nomination
des juges(A) est assurée à travers la consécration d’un statut spécifique aux sages
constitutionnel (B).

A- La désignation des juges

La composition des juridictions constitutionnelles est diversifiée et dépend de chaque


Etats. En général, celle-ci varie de sept (7) à neuf (9) membres 129 parmi lesquels il faut
distinguer dans certains pays, entre les membres nommés et les membres de droit130.

Par ailleurs les juges constitutionnels se distinguent des juges ordinaires par leur
désignation. Il existe cinq (5) modes principaux de désignation des membres constitutionnels

127
VIGNON (Y.B.), cité par Dime Li Nlep (P.), « La garantie des droits fondamentaux au Cameroun », Bénin –
Mémoire pour l’obtention du DEA en Droit international des Droits de l'Homme, Université Abomey-Calavi,
2004, p.87.
128
COMMARET (D.N.), « Une juste distance ou réflexions sur l'impartialité du magistrat », D. 1997,
Chroniques, p. 262.
129
Ce délai est de sept ans au Gabon, six (6) ans au Niger, neuf (9) ans au Cameroun.
130
FERRETTI (R.), « La composition du Conseil Constitutionnel », La Gazette des communes des départements
et des régions, 2004, non paginé.

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qui font tous intervenir un facteur politique. Ces modalités vacillent entre l’élection131,
l’accord entre l’exécutif et le parlement 132 , la nomination 133 , la combinaison entre
nomination134 et le tirage au sort135.

Quel que soit le mode de nomination, les organes politiques interviennent. Les Etats
africains de l’espace francophone n’innovent pas dans ce domaine. Ce mode peut être
considéré comme un facteur de légitimation de la justice constitutionnelle parce ce que les
juges sont amenés à se prononcer sur les lois votées par le Parlement. Le contrôle sera mieux
accepté par les organes politiques.
Néanmoins, le risque d’une politisation de la nomination et de la cour constitutionnelle
demeure. Dans certains Etats ce risque est atténué par l’exigence d’une majorité renforcée
pour élire les juges. Cela signifie qu’un seul parti ne peut pas imposer ses choix et implique
que les partis s’entendent sur les candidatures. En Allemagne, les deux grands partis
politiques s’entendent à l’avance. La répartition des postes se fait à la proportionnelle.
En Afrique noire francophone, les juridictions constitutionnelles ont une composition
diversifiée 136 . Dans beaucoup de pays, les juges constitutionnels doivent être magistrats,

131
En Allemagne, les membres du tribunal de Karlsruhe sont élus par le Parlement. L’élection se fait à la
majorité des 2/3. En Pologne, les 15 membres du tribunal constitutionnel doit être élus par les sénateurs et
députés. Au Pérou, c’est le Congrès qui désigne les juges constitutionnels à la majorité des 2/3. Le système
électif existe au Portugal, en Croatie, en Lettonie, en Azerbaïdjan…
132
Aux Etats-Unis, la nomination des juges à la Cour suprême relève d’une proposition du Président, approuvée
par le Sénat. Le Sénat a un droit de veto. C’est ainsi que des membres proposés par le Président Reagan avait été
refusés par le Sénat. En Belgique, le roi nomme les membres de la Cour constitutionnelle sur une liste établie par
le Parlement. En Russie, les membres sont nommés par le Parlement sur proposition du Président de la
fédération.
133
C’est le système au Canada, en Irlande, en Norvège, en Afrique du Sud, au Congo et dans la plupart des Etats
d’Afrique. En Afrique du sud, les membres sont nommés par le Président sur proposition du Président du conseil
supérieur de la magistrature. Au Congo Brazzaville, les membres de la Cour sont nommés par le Président de la
République en raison de trois (3) sur sa propre initiative et les autres sur proposition des Présidents de chaque
chambre du Parlement et du bureau de la Cour suprême parmi les membres de cette juridiction en raison de deux
membres par autorité (art.144 CC). Jusqu’à la révision du 23 juillet 2008, le Conseil constitutionnel français
était la seule cour constitutionnelle dont le système de nomination était discrétionnaire. Depuis 2008, les
nominations sont soumises à l’avis de la commission permanente compétente du parlement. Si les commissions
parlementaires donnent un avis négatif à la majorité des 3/5, la proposition sera rejetée.
134
C’est le système hybride. Il est pratiqué au Togo où la Cour constitutionnelle est composée de sept (7)
membres dont deux sont élus par l’Assemblée nationale sur proposition du président de l’Assemblée, un (1)
membre nommé par le président de la République, un (1) membre nommé par le Premier ministre, un (1)
magistrat élu par ses pairs, un (1) avocat élu par ses pairs et un (1) enseignant de la faculté de Droit élu par ses
pairs pour un mandat de sept (7) ans non renouvelable.
135
Il s’agit du cas particulier de la Grèce où les juges à la Cour spéciale supérieure sont tirés au sort parmi les
juges de la Cour de cassation et tous les professeurs de droit du pays.
136
Au Bénin, la Cour constitutionnelle comprend trois membres désignés par le Président de la République et
quatre membres désignés par le Bureau de l'Assemblée nationale. Ils sont tous désignés pour cinq ans
renouvelables une fois. Au Mali, la Cour constitutionnelle comprend neuf membres nommés comme suit : trois
par le Président de la République, trois par le Président de l'Assemblée nationale et trois par le Conseil supérieur
de la magistrature. Ils sont nommés pour sept ans renouvelables une fois. Au Mali, comme au Bénin, le Président
de la Cour constitutionnelle est élu par ses pairs pour la durée du mandat. En outre, les autorités de nomination

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avocats ou professeurs de droit. En Autriche, ils doivent être des juristes confirmés137. Dans
ce sens le Bénin exige, en complément, que la personne soit de bonne réputation et d’une
grande moralité. Cependant cette condition n’est pas impérative.
En définitive, les juges constitutionnels sont toujours désignés par des autorités
politiques. En effet, partout ailleurs, le mode de désignation des membres des juridictions
constitutionnelles n’obéit à aucune règle à l’abri des critiques. C’est d’ailleurs, la loi
fondamentale qui détermine les modalités de désignation de ceux-ci. Ils sont souvent désignés
par les autorités politiques selon une procédure de vote ou de nomination ou encore par
d’autres organes.
D’une manière générale, la règle communément admise est la nomination par le
pouvoir exécutif et la nomination ou l’élection par le pouvoir législatif. Dans cette dernière
hypothèse, l’élection se fait à la majorité qualifiée.
Ce mode de nomination créé un système de contrepoids qui confirme la séparation des
séparation des pouvoirs et permet de légitimer le juge constitutionnel car « Les questions
questions soumises aux juridictions constitutionnelles se situent au plus haut niveau : celui où
celui où se rejoignent droit et politique. Il s'agit de problèmes relatifs à l'organisation et au
et au fonctionnement des pouvoirs publics ou bien au système de production de normes ; ou
normes ; ou bien encore de se prononcer sur ce qu'on appelle des choix de société, d'une
d'une importance capitale pour les individus. En outre, les décisions des juridictions
constitutionnelles mettent en cause souvent les actes des autorités les plus élevées de l'État, et
notamment les lois du Parlement, qui sont considérées comme exprimant la volonté générale.
Ces juridictions ne peuvent donc avoir la même composition que les juridictions ordinaires
sous peine de voir leur légitimité contestée, par ceux qu'elles contrôlent, c'est-à-dire
essentiellement les gouvernants. En conséquence, les magistrats professionnels qui composent
normalement les juridictions ordinaires, n'ont pas leur place naturelle au sein des juridictions
constitutionnelles, du moins à titre principal138 ».
Le mode de désignation des juges constitutionnels par les autorités politiques ne
constitue donc pas une tare des juridictions constitutionnelles. Au contraire, c’est une qualité

n'ont pas la même durée de mandat. Ainsi, au Bénin, le président est élu pour cinq ans renouvelables une fois et
les députés pour quatre ans. Les députés sont rééligibles. On constate aussi que les membres des deux Cours
constitutionnelles sont nommés et non élus.
137
En France, aucune condition n’est requise. Cependant, près de 90% des membres nommés sont titulaires de
diplômes juridiques et ½ ont été parlementaire ou ministre. Aux Etats-Unis, il n’y a pas non plus de condition
mais en réalité ils ne proposent que des juristes confirmés, généralement des magistrats.
138
FAVOREU (L.), « La légitimité du juge constitutionnel », In: Revue internationale de droit comparé. Vol. 46
n° 2, Avril-juin 1994, p.571.

Mémoire de DEA Page 53


et même une nécessité car la légitimité de la justice constitutionnelle repose en grande
partie sur cette technique de désignation ; ainsi qu’il est admis aujourd’hui de manière
générale.

Par ailleurs, pour une meilleure indépendance, la nomination doit être


accompagnée d’un statut garantissant l’impartialité et l’indépendance des juges.

B- La qualité juridique des juges

Le juge, comme le dit Montesquieu, incarne la « puissance de juger ». Cette


puissance demeurerait théorique sans l'indépendance et l'impartialité qui constituent
une exigence permanente pour tout juge, constitutionnel ou non 139 . Pour Claude
Colliard et Roseline Leteron, « L’indépendance des juridictions se mesure à l’aune de
ses membres140 ».
L’indépendance est la liberté de juger à l’abri de toute pression. C’est un
moyen d’atteindre l’objectif premier qui est de conserver la confiance du public à
l’égard du système juridictionnel. En d’autres termes, l’indépendance est un moyen
qui permet non seulement d’assurer l’impartialité du juge mais aussi d’assurer la
perception d’impartialité que le public doit avoir du pouvoir judiciaire. Etre impartial
pour le juge c’est être juste. C’est assurer, pour citer Aristote, que « le juge maintient
la balance égale entre les deux parties 141».
Cependant, l’impartialité est une qualité subjective et il n’est jamais possible
d’être certain de l’impartialité d’un juge avant que celui-ci ne statue. Charles
Eisenmann en déduisait que « ce n’est donc pas l’impartialité des juges que doit
chercher à garantir le droit positif : sur cette qualité intellectuelle et d’ailleurs
difficilement définissable […] le droit n’a pas d’action directe, les moyens juridiques
n’ont pas de prise. Ce qu’il faut à tout prix garantir, c’est l’indépendance des juges, qui
est la condition, sinon suffisante, du moins nécessaire de l’impartialité, celle qui fera,

139
SCOFFONI (G.), « La légitimité du juge constitutionnel en droit comparé : les enseignements de l'expérience
américaine », in: Revue internationale de droit comparé. Vol. 51, n°2, Avril-juin 1999, p.254.
140
COLLIARD (C.-A) et LETTERON (R.), Libertés publiques, 8e édition, Paris, D., 2005, p.177. 569 p.
141
Voir « Ethique à Nicomaque » (IVème siècle av. J.C.). L’éthique à Nicomaque, principal ouvrage d’Aristote
traitant de la philosophie morale, est un exposé des différentes questions relatives à l’action humaine, en vue
d’apprendre à l’homme non seulement à connaitre la vérité mais à vivre selon la vérité.

Mémoire de DEA Page 54


non pas que les juges soient impartiaux, mais qu’ils ne soient pas empêchés de l’être, s’il est
en eux de l’être142 ».
Cette indépendance se dégage des dispositions constitutionnelles fixant le régime et
les conditions de création des juridictions constitutionnelles.

Le principe d’« indépendance » est affirmé d’une manière ou d’une autre dans les
textes d’une large majorité des États d’Afrique noire francophone143. On le retrouve soit dans
la Constitution, soit dans les textes régissant la profession tels que le statut de la magistrature
ou la loi organique sur la Cour constitutionnelle.
Ainsi, les dispositions juridiques qui régissent les juridictions constitutionnelles jouent
un rôle fondamental dans la réalisation de l’indépendance du juge constitutionnel. On peut
dans cette perspective s’arrêter sur quelques considérations.
D’abord l’exigence de conditions rigoureuses pour l’accession à la magistrature
constitutionnelle constitue un élément favorable à l’indépendance, du fait qu’elle circonscrit
les opportunités de désignation en les limitant à une élite restreinte, avec la réduction des
risques de désignation parmi des magistrats agissant sur les directives de ceux auxquels ils
doivent leur élection ou nomination. Au Mali, « Outre les critères d’expérience et de
compétence, le choix des membres de la Cour constitutionnelle tient également compte de
l’intégrité morale et professionnelle des intéressés144 ».
Dans le même sens, l’exigence d’un âge avancé pour la désignation contribue à
l’indépendance, du fait qu’elle circonscrit les ambitions de promotion du juge constitutionnel,
promotion à laquelle il risque d’aspirer à travers l’exploitation de sa position.
En outre, la prohibition pour l’autorité qui a élu ou nommé le juge constitutionnel de le
démettre en dehors de dispositions limitatives constitue aussi une garantie d’indépendance.
Ensuite, la prohibition du renouvellement du mandat du juge constitutionnel lui assure
l’autonomie de décision et le libère de l’obsession de satisfaire l’autorité en vue d’un
renouvellement de mandat. Au Niger, les membres de la Cour sont nommés pour six(6) ans.

142
EISENMANN (C.), Cité par TAWIL (E.), in « L’organe de justice constitutionnelle – aspects statutaires »,
VIème congres de l’association française des constitutionnalistes, Montpellier, Juin 2005, p.1.
143
Selon l’Article 88 de la Constitution de la République du Sénégal, projet du 13 décembre 2000, texte adopté
par référendum du 7 janvier 2001, « Le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir
exécutif. Il est exercé par le Conseil constitutionnel, le Conseil d'Etat, la Cour de Cassation, la Cour des Comptes
et les Cours et Tribunaux ». En RDC, l’Article 149 de la Constitution précise que « Le pouvoir judiciaire est
indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Il est dévolu aux Cours et Tribunaux qui sont : la Cour
constitutionnelle, la Cour de cassation, le Conseil d’Etat, la Haute Cour militaire, les cours et tribunaux civils et
militaires ainsi que les parquets rattachés à ces juridictions ».
144
Loi n° 97-010 du 11 février 1997 portant loi organique déterminant les règles d’organisation et de
fonctionnement de la Cour constitutionnelle ainsi que la procédure suivie devant elle.

Mémoire de DEA Page 55


145
Leur mandat n’est pas renouvelable . Cette même précaution est prise au
Cameroun146 et au Tchad147.
Aussi, les juges constitutionnels doivent s’abstenir selon le Décret du 13
1959 en France, « de tout ce qui pourrait compromettre l’indépendance et la dignité de
fonction148 ». Et l’interdiction faite au juge constitutionnel d’exercer d’autres fonctions
les secteurs public et privé et au sein des partis contribue également à mettre son
indépendance à l’abri des situations compromettantes 149 . En contrepartie, le juge
constitutionnel bénéficie d’une indemnité raisonnable de charge qui le dispense de la
recherche d’autres sources de subsistance pour une qualité de vie digne. Cette
indemnité le prémunit et contribue à un bon exercice des fonctions. Une autre
contrepartie consiste à garantir une immunité au juge constitutionnel 150 et prévoir
l’éventualité de la levée de cette immunité que par les pairs constitue un pilier
fondamental de l’autonomie. Dans cette même optique de protection du juge,
l’obligation de réserve, dans le sens du devoir de protection du secret des délibérations
et non-diffusion des avis en rapport avec les problèmes litigieux devant la justice
constitutionnelle, contribue à l’indépendance du juge constitutionnel et lui évite des
polémiques qui l’exposent à des pressions préjudiciables à son autonomie. Les
immunités, les avantages et les privilèges accordés au Juge constitutionnel contribuent
à protéger sa dignité et à le rendre davantage indépendant151.

145
L’art 105 al.4 de la Constitution de la VIe République dispose que : « Les membres de la Cour
constitutionnelle sont nommés pour six (6) ans par décret du Président de la République. Leur mandat n’est pas
renouvelable ». Cette interdiction est réitérée à l’Art.3 de la Loi n° 2000-11 du 14 août 2000 déterminant
l’organisation, le fonctionnement et la procédure à suivre devant la Cour constitutionnelle.
146
L’art.51, al. 1er de la constitution du Cameroun du 18 janvier 1996, dispose que « le conseil constitutionnel
comprend onze (11) membres, désignés pour un mandat de neuf (9) ans non renouvelable ».
147
Voir art 165 de la Constitution du Tchad du 31 mars 1996 (Révisée par l’Assemblée Nationale en mai 2004 et
amendements en attente d’adoption par référendum à la fin de l’année 2004).
148
PORTELLI (H.), Droit constitutionnel, 7e édition, Paris, D., 2007, p.289.
149
Aux termes de l’art 51.5. de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996, « Les fonctions de membre du
Conseil constitutionnel sont incompatibles avec celles de membre du Gouvernement, du Parlement ou de la Cour
suprême. Les autres éléments du statut tels les incompatibilités, les obligations, les immunités et les privilèges,
sont fixés par la loi ».
150
Voir dans ce sens la Loi n° 97-010 du 11 février 1997 portant loi organique déterminant les règles
d’organisation et de fonctionnement de la Cour constitutionnelle ainsi que la procédure suivie devant elle au
Mali. Selon l’Article 7 de cette loi, « Sauf le cas de flagrant délit, les membres de la Cour constitutionnelle ne
peuvent être poursuivis, arrêtés, détenus ou jugés en matière pénale qu’après avis de la Cour constitutionnelle ».
151
NGUELE ABADA (M.), « L’indépendance des juridictions constitutionnelles dans le constitutionnalisme des
Etats francophone post guerre froide : l’exemple du Conseil constitutionnel Camerounais », disponible en ligne
sur www.droitconstitutionnel.org/congresmtp/textes5/ABADA.pdf.

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Enfin, convient-il de mentionner l’exigence d’un mandat en principe non
renouvelable152. Comme le remarque le professeur Rousseau, « le caractère non renouvelable
renouvelable du mandat est encore un gage d’indépendance dans la mesure où les autorités
autorités nommantes sont ainsi privées d’un moyen d’échanger une « bonne » décision contre
contre re-nomination, et où les juges eux-mêmes n’ont aucun intérêt à chercher les faveurs de
faveurs de ces autorités153 ».
Tout ce dispositif est déployé dans l’unique but de dégager le juge constitutionnel de
toute contrainte lors de la conduite de la justice électorale.

Section II : La conduite de la justice électorale :

Il est dès lors acquis, dans les Etats de droit, que les élections sont fondées sur des
des grands principes relatifs au suffrage à savoir, l’universalité, l’égalité, la liberté et encore
encore les caractères direct et secret154. Ce corpus de règles a donné naissance à ce qui a été
a été appelé “ droit électoral ”155, Il apparaît que ce droit électoral répond au caractère matériel
matériel traditionnel du droit, à savoir la prescription de comportements assortis de
sanctions156. Ainsi, la validité et l’effectivité de la règle électorale, c’est le contrôle qu’exerce
le juge et les sanctions qu’il peut prononcer 157 . C’est pourquoi, « Largement sollicité, le
Conseil constitutionnel est devenu […] le juge de l'application de la loi
électorale 158 ». L’originalité du droit électoral se manifeste de manière relative dans le
caractère des règles applicables mais beaucoup plus nettement dans la notion de juge
électoral. La qualification de juge électoral est attachée exclusivement à l’objet du recours et à
la mission confiée au juge, celle d’examiner le recours électoral (Paragraphe I) afin de
sanctionner les éventuelles irrégularités en usant de ses pouvoirs (Paragraphe II).

152
Seulement faut-il préciser que la majorité des Etats d’Afrique noire francophone consacrent un mandat
renouvelable. Ce qui ne met pas les juges à l’abri des sollicitations politico-partisanes diverses.
153
ROUSSEAU (D.), Cité par TAWIL (E.), op.cit., p.12.
154
GARONNE (P.), « Les principes constitutionnels du droit électoral », in Les nouvelles tendances du droit
électoral dans la Grande Europe, Commission européenne pour la démocratie par le droit, colloque Science et
technique de la démocratie, actes des 17 et 18 avril 1999, n°25, p.11.
155
Le droit électoral a fait l’objet en France d’une codification en 1964. Il est à remarquer que le code électoral
actuel comprend le texte de la codification officielle de 1964, évidemment mis à jour, mais aussi divers textes
extérieurs (utiles à sa compréhension) ainsi que des annexes consacrées aux élections que le code électoral
n’aborde pas (à savoir les élections présidentielles et européennes). Ainsi, il apparaît déjà que le droit électoral
n’est pas d’un accès le plus aisé pour les personnes non spécialisées.
156
HaMON (F.), TROPER (M.), BURDEAU (G.), Droit constitutionnel, Manuel, Paris, L.G.D.J., 2001, p. 13.
157
DELPEREE (F.), « Le contentieux électoral en Europe », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13 /
2002, p.100.
158
CAMBY (J.-P.), « Le contentieux des élections des députés : éléments pour un bilan », Les Cahiers du
Conseil constitutionnel, n°5, 1998, p.92.

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Paragraphe I : Le recours électoral

D'une manière générale un recours est le fait d'en appeler à une tierce personne
une institution, pour obtenir la reconnaissance d'un droit qui a été méconnu. Encore
« saisine », le recours peut être amiable ou contentieux, et selon l'objet du différend, il
être civil, ou administratif ou électoral. Le procès institué soit devant une juridiction,
devant des arbitres constitue un recours159. En matière électorale, le recours se fait à
d’une requête portée devant une juridiction notamment le Conseil ou la Cour
constitutionnelle. Pour que la requête soit accueillie, il faut d’abord que le recours soit
fondé(A) et qu’il présente en outre certains caractères(B).

A- Le litige électoral :

La complexité du processus électoral appelle une variété de contentieux, à


laquelle les États ont apporté des réponses diverses.
Cependant, les contestations soulevées après les opérations de vote relèvent
généralement d’une juridiction unique. Le contentieux postélectoral concerne, en
premier lieu, la vérification de la régularité de l’élection et le contrôle des résultats. En
effet, tant pour les élections présidentielles que pour les élections parlementaires, le
recours doit être dirigé contre les opérations électorales et la proclamation de l’élu ou
des élus.

En amont de l’élection, des contestations peuvent surgir à propos de


l’organisation du scrutin, des listes électorales, des candidatures ou de la campagne
électorale. Si ces litiges sont résolus avant l’élection, le contentieux sera qualifié de
préélectoral ce qui signifie que le domaine du juge électoral s’étend des opérations
préliminaires à la proclamation des résultats.
Ainsi, le recours électoral peut porter sur un litige relatif à l’une ou l’autre des
principales phases de l’élection. Ces litiges sont de deux ordres et concernent soit les
actes préparatoires ou préliminaires à l’élection soit les opérations électorales qui vont
du déroulement du scrutin à la proclamation des résultats.

159
BRAUDO (S), Dictionnaire de droit privé, en ligne sur http://www.dictionnaire
juridique.com/définition/recours.php

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S’agissant du Contentieux des actes préparatoires ou des opérations préalables qualifié
de préélectoral, il concerne les opérations préliminaires du scrutin englobant l’ensemble des
opérations et des actes administratifs qui concourent à l’organisation de l’élection160.

Par actes préparatoires, on entend donc les décisions prises par les autorités
compétentes qui sont autant de préalables à la tenue des opérations électorales : convocation
du corps électoral, durée de la campagne électorale, répartition du temps de parole sur les
chaînes de radiodiffusion et télévision, découpage électoral, enregistrement des
candidatures… La contestation de la légalité de ces décisions relève du contentieux ordinaire
des actes administratifs. Ce qui justifie la compétence des Tribunaux ordinaires dans certains
cas surtout en matière du contentieux de la liste électorale161.
Toutefois la grande majorité des Juridictions constitutionnelles africaines à l’instar de
leur homologue française admettent leur compétence pour statuer sur de tels actes, soit dans le
cadre d’une requête dirigée contre l’élection d’un parlementaire, soit, mais à titre
exceptionnel, avant le déroulement des opérations électorales si les griefs invoqués mettent en
cause la régularité de l’ensemble des opérations 162 . Cette jurisprudence a été étendue à
l’élection présidentielle en France163.
En définitive, et comme le souligne M. Jean Louis Debré, le conseil intervient avant le
scrutin en qualité de juge pour par exemple « examiner la légalité des décrets convoquant les
électeurs […]164». Plusieurs décisions ont été rendues dans ce sens165.
En ce qui concerne le contentieux de l’opération électorale proprement dite, son objet
est de contester les résultats de l’élection. Sont ici susceptibles d’être sanctionnées toutes les
irrégularités capables d’affecter la sincérité des élections mais encore faut-il qu’un recours en
contestation soit introduit.

160
CAMBY (J-P), cité par KESSOUGBO (K.), « La Cour constitutionnelle et la régulation de la démocratie au
Togo », RJP, Vol.59, 2005, p.64.
161
Le Benin, la Guinée-Bissau et le Niger font exception puisque la Juridiction constitutionnelle y est
compétente en matière de contentieux de la liste électorale.
162
Voir Conseil constitutionnel, décision Delmas du 11 juin 1980.
163
VILLIERS (M.), « Aspects contentieux des élections », Atelier de formation électorale, Erevan, Commission
de Venise, 7 mai 2003, p. 25.
164
DEBRE (J.-L.), « Le rôle du Conseil constitutionnel français dans les scrutins nationaux », Intervention de
M. Jean-Louis Debré, Président du Conseil constitutionnel, à l’occasion de la visite des Juges de la Cour
suprême des Etats-Unis, 16 juin 2007.
165
Voir dans ce sens la Décision DCC 09-068 du 15 juin 2009 de la Cour Constitutionnelle du Benin qui décida
que « Le Décret n° 2009-094 du 23 mars 2009 portant convocation du corps électoral et nomination des
membres du Comité National de Supervision au Conseil Economique et Social n’est pas contraire à la
Constitution » à la suite d’un recours en inconstitutionnalité de ce décret introduit par M. Bonaventure Hetchili.

Mémoire de DEA Page 59


B- Les caractères du recours électoral et les règles de procédure:

L’étude de cette rubrique se fera à la lumière des principes généraux que sont : la
saisine, les délais, l’instruction et les voies de recours.
La saisine du juge constitutionnel statuant en matière électorale est soumise au respect
de prescriptions formelles. A cet effet, la requête adressée à la juridiction doit être écrite. Elle
se présente sous la forme d’une lettre et doit explicitement mentionner l’objet de la saisine qui
doit impérativement tendre à la proclamation d’un candidat166.
Cette requête doit comporter le nom, le prénom, l’adresse, la signature ou l’empreinte
digitale de son ou de ses auteurs. Les requêtes sont déposées ou adressées à la Juridiction.
Elles sont généralement déposées au siège de la Juridiction contre récépissé, constituant la
preuve du dépôt de la requête et ce en toute matière167.
Les personnes autorisées à saisir le juge électoral ne sont pas les mêmes que
celles autorisées à saisir le juge constitutionnel. Les autorités étatiques168 ont un rôle
secondaire et doivent faire preuve de neutralité169. En revanche, les premiers concernés
sont les candidats eux-mêmes et les partis politiques qui participent au scrutin. Dans
certains cas, les électeurs ont également la possibilité de saisir le juge170.
Dans les États francophones d’Afrique noire, pour les deux scrutins nationaux,
les candidats ou leurs représentants peuvent saisir le juge constitutionnel d’une requête
électorale. Ils sont, en effet, les premières victimes des éventuelles irrégularités
électorales. La saisine des partis et formations politiques est moins répandue mais il ne
faut pas négliger le fait que les partis politiques accompagnent les candidats qu’ils
désignent durant tout le processus électoral et la saisine du candidat équivaut à une
saisine du parti, qui investit tous ses moyens financiers et juridiques dans la bataille171.

166
MASCLET (J.-C.), Droit électoral, PUF, 1989, p.336.
167
ROUSSEAU (D.), « Le contrôle des élections politiques nationales », Troisième séminaire international
d'Erevan sur « Le contentieux électoral devant la cour constitutionnelle » organisé par la Commission de Venise
en coopération avec la Cour constitutionnelle d’Arménie, Erevan, Arménie, 15-16 octobre 1998, non paginé.
168
Entendre par là le Président de la République, le Premier ministre, les parlementaires.
169
Les autorités étatiques ne sont pas exclues du contentieux, par le biais des représentants locaux de l’État en
France et au Mali ou d’agents du Gouvernement au Cameroun et au Gabon. Mais ce recours doit être exercé
dans les délais.
170
La saisine est ouverte aux électeurs, au Gabon, à Madagascar, au Niger et au Rwanda pour l’élection
présidentielle ; au Burkina Faso, au Cambodge, en France, au Gabon, à Madagascar, en Mauritanie, au Niger et
au Rwanda pour les élections parlementaires.
171
L’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, Madagascar, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal
n’autorisent pas les groupes politiques à saisir le juge constitutionnel d’une réclamation portant sur l’élection du
président de la République. Le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée-Bissau, le Liban, Madagascar, le Maroc, la
Mauritanie et le Sénégal ont adopté la même solution pour l’élection des parlementaires. L’Algérie, le Bénin et
le Mali permettent, en revanche, aux partis de saisir la Cour pour ce deuxième scrutin.

Mémoire de DEA Page 60


Madagascar et le Rwanda semblent avoir retenu un système plus ouvert. Le premier
permet aux observateurs et aux organisations non gouvernementales de saisir la Haute Cour
constitutionnelle et le second autorise toute personne intéressée à exercer un recours. Cela
reflète une vision objective du contentieux électoral.
En cas de contentieux, il importe que le résultat réel de l’élection soit fixé sans tarder
tarder pour que le doute ne subsiste pas sur la qualité de ceux qui ont été légitimement élus,
élus, ou pour que ceux qui ont acquis leur élection de manière irrégulière n’exercent pas plus
pas plus longtemps un mandat usurpé. Le respect du suffrage, qui se confond avec le respect
respect de la démocratie, exige donc le redressement rapide des situations anormales. C’est
C’est pourquoi les délais en matière électorale sont particulièrement brefs, qu’il s’agisse des
s’agisse des délais de recours ou des délais impartis au juge électoral pour rendre sa
décision172.
Les délais de recours ne dépassent pas trente (30) jours mais ils sont inférieurs à cinq
(5) jours dans la majorité des États173.
Le point de départ du délai importe dans la prise en considération du délai de recours.
Le point de départ qui semble le moins favorable aux requérants est celui de la clôture du
scrutin. Cependant, c’est lui qui est retenu à Madagascar, au Mali et en Mauritanie pour les
élections présidentielles, au Burkina Faso, au Cameroun, à Madagascar, au Mali et en
Mauritanie pour les élections législatives. La majorité des autres pays préfère prendre comme
point de départ du recours, la proclamation des résultats174 puisque les contestations peuvent
autant porter sur les opérations de vote que sur les résultats du scrutin175.
L’office du juge électoral implique par voie de conséquence une instruction menée par
le juge quel qu’il soit, qui va tenter d’évaluer la véracité et l’importance des faits qui lui sont
dénoncés. Cette véracité est établie grâce à un échange de mémoires garantissant ainsi le
respect du principe du contradictoire.
Toutefois, pendant l’instruction, le juge exerce un rôle prépondérant dans la conduite
de l'instance et dans la recherche des preuves.

172
MASCLET(J.C), op.cit., p. 343.
173
En Algérie, au Bénin, au Burkina Faso, au Congo, en France, en Guinée-Bissau, au Mali, en Mauritanie, au
Rwanda, au Sénégal, au Tchad et au Togo pour les élections présidentielles, en Algérie, au Burkina Faso, au
Cambodge, au Cameroun, en Guinée-Bissau, au Mali, en Mauritanie, au Rwanda, au Sénégal et au Togo pour les
élections parlementaires. Toutefois, l’on observe une tendance à accorder un délai plus long pour les élections
parlementaires. Ainsi, par exemple, au Togo, le délai est de 48 heures pour l’élection du président de la
République et de 72 heures pour l’élection des députés.
174
En général, il s’agit de la proclamation provisoire lorsqu’elle est prévue dans les textes.
175
ACCPUF, Bulletin, n° 5, MAI 2005, « La proclamation des résultats et le contentieux électoral », pp. 53-54.

Mémoire de DEA Page 61


Dans ce sens, la solution retenue par la majorité des Cours est de confier
l’instruction des affaires électorales à un juge de l’institution désigné comme
rapporteur176. La désignation est, de manière générale, effectuée par le président. La
France et le Gabon désignent également un juge rapporteur mais celui-ci peut être un
magistrat ad hoc nommé pour les élections177. Au Tchad, le conseiller rapporteur peut
être assisté d’une commission ad hoc composée de deux (2) ou trois (3) conseillers.
Aussi, des moyens d’instruction sont mis à la disposition des rapporteurs désignés. Il
s’agit principalement des procès-verbaux des opérations de vote qui constituent une
photographie du déroulement du scrutin. Ils sont utilisés par toutes les Cours.
La consultation des observations des délégués de la Cour lorsqu’ils sont
prévus, et des autres observateurs est également un outil approprié au règlement des
litiges électoraux.
Plus étonnante pour une juridiction constitutionnelle, est la possibilité
d’entendre les parties ou leurs représentants. Des auditions sont effectuées au Bénin,
au Burkina Faso, au Gabon, à Madagascar, au Maroc, en Mauritanie, au Niger, et au
Rwanda.
De même, de nombreuses Cours entreprennent des déplacements sur place. Il
s’agit des cours du Bénin, du Congo, du Gabon, de Madagascar, du Mali, de la
Mauritanie, du Niger et du Rwanda.
Les Cours disposent, par conséquent, de moyens d’instruction variés et
importants. C’est dans ce sens qu’au Bénin, au Burkina Faso, au Gabon, en Guinée-
Bissau, à Madagascar, en Mauritanie, au Rwanda, et au Tchad, le rapporteur peut
ordonner des mesures d’instruction complémentaires ayant pour effet d’allonger les
délais.
Tous ces moyens permettent au Rapporteur d’éclairer sa lanterne et de fournir
un rapport sur la base duquel la Cour statue en formation plénière et en audience
secrète 178 ou publique 179 . La décision de la Cour est alors communiquée aux
intéressés et publiée. Elle est revêtue de l’autorité de la chose jugée et n’est susceptible

176
C’est le cas en Algérie, au Bénin, au Burkina Faso, au Congo, en Guinée-Bissau, à Madagascar, au Mali, au
Maroc, en Mauritanie, au Niger, au Sénégal, et au Togo.
177
Le président du Conseil constitutionnel français désigne 10 rapporteurs adjoints parmi les magistrats du
Conseil d’État et de la Cour des comptes.
178 Au Benin, au Togo et au Sénégal, la Cour ou le conseil statue en audiences secrètes.
179
Au Gabon, au Mali et au Rwanda, la Cour statue en audiences publiques

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d’aucun recours sauf en cas de rectification d’erreur matérielle et ceci, devant la même
juridiction180.
La procédure est donc, pour la plupart des Etat concernés, écrite, inquisitoire, secrète
et même contradictoire.

Tout ceci se déroule dans un délai assez bref 181 même si pour d’autres pays,
minoritaires d’ailleurs, cette affirmation est inexacte182. Le juge aura donc pour obligation,
obligation, après saisine, d’user de ses pouvoirs pour trancher le litige.

Paragraphe II : Les pouvoirs du juge électoral

Le pluralisme politique a ouvert une nouvelle ère en mettant un terme au système de la


candidature unique connu sous les régimes à parti unique et celui de plébiscite qui lui est
inhérent et en rendant possible « un contentieux électoral à la suite des élections
présidentielles et parlementaires qui sont maintenant disputées183 ». De ce fait, la sanction de
l’élection présidentielle ou parlementaire par le juge constitutionnel est devenue un sujet
d’intérêt depuis la réinstauration du multipartisme. Cette sanction qui est la conséquence(B)
de l’appréciation des irrégularités (A) constatées par le juge demeure le « baromètre » de la
sincérité du scrutin.

A- L’appréciation des irrégularités

En matière électorale, le juge intervient dans un domaine dit de « plein contentieux


spécialisé », où il est moins juge de la légalité que de la sincérité du scrutin. Par conséquent,
le constat d’une irrégularité n’entraine pas ipso facto l’annulation du scrutin. Ceci est induit
par la liberté dont jouit le juge dans la formation de sa conviction.
Qu’il statue en premier ressort ou en appel, le juge électoral apprécie souverainement
les faits et les preuves. Il demeure libre des moyens de former sa conviction. Il lui appartient
d’apprécier la force probante des documents portés à sa connaissance184.

180
C’est un recours qui permet au juge de rectifier une erreur non juridique qui serait intervenue dans la décision.
181
Ce délai est de Huit(8) jours au Burkina Faso, au Benin et au Togo.
182
Au Gabon, délai moyen de six(6) mois à Madagascar ce délai est de deux(2) mois.
183
WODIE (F.), Institutions politiques et droit constitutionnel en côte d’ivoire, Presses Universitaire de Côte
d’Ivoire, 1998, p.317.
184
MASCLET (J.-C.), op. cit., p. 356.

Mémoire de DEA Page 63


Ainsi, le juge bénéficie d’une grande liberté dans l’appréciation des conséquences à
tirer des irrégularités qu’il constate. Cependant les critères d’appréciation sont particuliers et
diffèrent du contentieux constitutionnel. En règle générale, après avoir déterminé si les faits
allégués sont constitutifs d’irrégularité, le juge recherche quelles ont été les incidences de
l’irrégularité sur les résultats du scrutin et se demande si ceux-ci auraient été différents dans
l’hypothèse où une telle irrégularité n’aurait pas été commise.
Bruno Genevois relève que : « L'office du juge de l'élection est de vérifier si telle ou
telle irrégularité a été ou non de nature à altérer la liberté ou la sincérité du scrutin [...] Le
Juge dispose d'une marge d'appréciation. Il prend en compte l'ampleur des irrégularités, les
comportements respectifs des candidats en lice et l'importance des écarts de voix les
séparant185 ».
De ce fait, le Juge de l'élection dispose d'une grande latitude d'appréciation des
conséquences qu'il doit tirer des anomalies relevées. Il est conduit principalement à
rechercher quelles ont été les incidences effectives de l'irrégularité sur les résultats du
scrutin, car, dans ce domaine spécifique, la simple constatation d'une violation ou
méconnaissance formelle des textes légaux ne saurait suffire pour justifier
nécessairement le prononcé d'une annulation de l'élection ou du jugement y afférent.
En tout état de cause, la jurisprudence en matière de contentieux électoral a
toujours été dominée par le principe dit de l'influence déterminante ou de l’effet utile.
Pour Richard Ghevontian : « La théorie de l'influence déterminante est au contentieux
électoral ce que celle des formalités substantielles 186 est au contentieux de la
légalité187 ».
En vertu de ce critérium fondamental, le juge de l'élection ne prononce
l'annulation d'une élection que si les faits invoqués par le requérant ont eu une
incidence directe certaine, une influence suffisante pour fausser le résultat du scrutin.
En matière de contentieux électoral, le juge ne doit pas confondre le jugement à
porter sur des actes illicites, immoraux, délictueux, avec le jugement même de
l'élection. En cas de fraude, le scrutin n'est annulé que si celle-ci a eu une influence sur
le résultat, le juge électoral n'étant pas juge de la moralité du scrutin mais de sa

185
GENEVOIS (B.), « Le nouveau rôle du juge de l'élection », Pouvoirs, n° 70, 1994, p. 77.
186
Pour décider si une formalité est substantielle ou non, le juge se pose une question précise : l’omission de
cette formalité ou les irrégularités commises lors de son accomplissement ont-elles eu une influence
déterminante sur le sens de la décision administrative attaquée ? En cas de réponse positive, la formalité est
considérée comme substantielle.
187
GHEVONTIAN (R.), « La notion de sincérité du scrutin », Les Cahiers du Conseil Constitutionnel, n° 13,
2002, p. 89.

Mémoire de DEA Page 64


sincérité et donc de l'adéquation entre le résultat proclamé et la volonté majoritaire librement
exprimée des électeurs.
Ainsi, ne suffit-il pas que le processus des opérations électorales soit, par endroits,
émaillé d'irrégularités formelles ou de dysfonctionnements pour faire annuler les résultats des
élections. Il faut que ces irrégularités formelles ou de dysfonctionnements aient pu exercer
une incidence déterminante sur l'issue des élections, de nature à altérer les scrutins ou à en
fausser les résultats.

C’est pourquoi, l’élection peut-être valable quoiqu'on y relève des cas isolés de
corruption ou d'abus d'influence, lorsqu'il est avéré qu'ils n'ont pu agir que sur un nombre
restreint d'électeurs, et que l'annulation de leurs suffrages, en les supposant acquis à l'élu, ne
l'empêche pas de conserver une majorité appréciable. C'est la raison pour laquelle l'écart de
voix joue souvent un rôle décisif dans le contentieux électoral.
Cependant, en cas de manœuvres frauduleuses massives, l'atteinte à la sincérité du
scrutin est présumée. Une telle atteinte à la sincérité du scrutin conduit le juge à tirer des
conséquences.

B- Les conséquences des irrégularités

L'effet des décisions en matière de contentieux électoral varie, allant de l'annulation de


bulletins à celle des opérations électorales elles-mêmes, et peut comporter la déclaration
d'inéligibilité d'un candidat et/ou la démission d'office d'un élu.

Ainsi, en Afrique noire francophone, le juge de l’élection n’est pas, comme celui de
l’excès de pouvoir, emprisonné dans l’alternative annulation-rejet. Il peut aussi rectifier les
résultats, avec les conséquences que cela comporte pour les candidats élus188. Le contenu de
la décision varie tant en fonction des conclusions des parties que de l’appréciation
qu’appellent les circonstances de l’affaire. Le juge électoral dispose de pouvoirs spécifiques
qui apparaissent à l’examen des diverses décisions qu’il prend.

Le juge électoral peut reformer les résultats s’il apparaît que des erreurs ou des
illégalités ont affecté le décompte des voix. Cette modification des résultats arithmétiques du
suffrage comporte naturellement des conséquences pour les candidats. Elle peut conduire à
proclamer un candidat élu à la place d’un autre ou à modifier l’ordre de classement attribué à

188
MASCLET(J.-C.), op. cit., pp. 357 et s.

Mémoire de DEA Page 65


des candidats. Toutefois, il n’est fait usage de ce pouvoir que si le dossier permet de
reconstituer avec exactitude le nombre de voix obtenues par les candidats189.

Le juge électoral peut en premier lieu confirmer l’élection s’il estime que les
faits allégués ne sont pas établis ou qu’ils ne sont pas de nature à modifier le résultat,
nonobstant l’existence d’une illégalité dans le déroulement de la campagne électorale
ou des opérations électorales.

Il peut en second lieu annuler l’élection s’il estime que les faits constatés ont eu
sur le résultat une incidence telle que celui-ci ne traduit plus la volonté du corps
électoral. Si pour l’élection présidentielle, une annulation totale semble peu probable,
il n’en va pas de même pour les annulations partielles étant donné que ces annulations
partielles dans certains bureaux de vote n’affectent pas le résultat final. Cependant, la
juridiction constitutionnelle électorale dispose, en matière d’élections parlementaires
de pouvoirs très étendus.

Toutefois, il convient de relativiser cette observation car le juge électoral,


confronté à l’expression directe de la souveraineté nationale, fait preuve de réalisme et
de prudence. Avant d’annuler une élection, il doit s’assurer que les irrégularités
constatées ont eu une incidence réelle sur le résultat du scrutin.
Quant à la réformation, elle pose un problème encore plus complexe. Il s’agit,
ici, non pas seulement d’annuler le scrutin mais de substituer au candidat proclamé élu
un autre candidat sans retourner devant les électeurs. Lorsque la fraude est grave ou
massive, la tentation peut être forte de procéder ainsi190.
Pour synthétiser on peut dire que le juge électoral est un juge de la sincérité du
scrutin mais pas de sa moralité.

189
GHEVONTIAN(R.) ; « Les pouvoirs du Conseil constitutionnel français en matière électorale », Séminaire
UNIDEM sur « Les standards européens du droit électoral dans le constitutionnalisme contemporain, Sofia, 28 -
29 mai 2004, p.9.
190
En fait, le juge électoral se trouve confronté ici à une difficulté matérielle majeure : la réformation le
transforme en bureau de recensement et il doit donc pouvoir donner un résultat précis en termes de voix avant de
proclamer le nouvel élu. Très souvent, cela est impossible faute de pouvoir quantifier à l’unité près l’impact réel
de la fraude. Du coup, et parfois à regret, il doit se contenter de la simple annulation ce qui ouvre la perspective
d’une nouvelle élection à laquelle tous les candidats peuvent se présenter, y compris l’auteur ou le bénéficiaire
de la fraude. Et la sociologie électorale nous montre clairement que dans la plupart des cas l’électeur ne tient
guère compte de considérations morales au moment d’effectuer de nouveau son choix. Le risque est d’autant
plus grand que la sanction d’inéligibilité, qui pourrait éventuellement frapper l’auteur ou l’instigateur de la
fraude ne peut être prononcée que par le juge pénal qui n’intervient que très tard après l’élection et parfois même
après l’expiration du mandat.

Mémoire de DEA Page 66


Ainsi donc, Etant le juge électoral de « plein contentieux », le Conseil constitutionnel
peut rectifier les erreurs matérielles, corriger le décompte des voix, réformer la liste des élus
ou tout simplement annuler l’élection.
Même si en Afrique noire francophone les annulations restent encore rares, elles
reflètent la prise en compte des conditions de fond nécessaires pour « la formation libre de la
volonté », la possibilité d’un « choix réel » des électeurs et aussi l’existence de l’égalité de
chances entre les candidats.

Les juridictions constitutionnelles mettent désormais en corrélation la formation libre


formation libre d’une volonté avec l’exercice démocratique de cette liberté: l’existence d’un
d’un choix réel de la concurrence crédible191.
Le contrôle de la validé des élections et la vérification de leur régularité, conduit
inéluctablement le juge électoral à proclamer les résultats192.Cette proclamation qui fait partie
des attributions des Cours constitutionnelles dans la quasi-totalité des pays d’Afrique noire
francophone est destinée à sceller définitivement le sort de l’opération électorale en
proclamant élu le ou les candidat(s) qui disposent de plus de voix193 . Cependant, le juge
électoral, malgré toutes les garanties, parait ne pas être à la hauteur de sa tâche.

191
MILACIC (S.), « Le juge face à la norme électorale », Strasbourg, 30 octobre 2008, CDL-UD, France, 2008,
005, pp. 6-7.
192
En dehors de la Guinée-Bissau et du Rwanda qui confient cette compétence respectivement à la commission
électorale indépendante et à la Cour suprême, les autres Etats laissent la charge à la juridiction constitutionnelle.
Cette affirmation n’est valable que pour les élections présidentielles. Pour les législatives, hormis les deux pays
précités, le Congo et la Maurétanie reconnaissent cette compétence au Ministre de l’intérieur.
193
Il convient de nuancer pour dire que La proclamation des résultats définitifs ne conclut pas forcément le
processus électoral et le juge électoral peut toujours être saisi d’une requête électorale. C’est le cas au Gabon, en
Guinée-Bissau, en Mauritanie, au Niger. Au Bénin, et Congo, cela n’est possible que pour contester l’élection
d’un parlementaire. Source : ACCPUF, op.cit., bulletin N° 5.

Mémoire de DEA Page 67


DEUXIEME PARTIE :
LE CONTENTIEUX ELECTORAL EMASCULE

Mémoire de DEA Page 68


Le contentieux électoral est l’une des institutions issues du constitutionnalisme dont
l’effectivité est critiquée en Afrique noire francophone.

Selon Assane Mbaye « Depuis quelques années, l’euphorie consécutive aux conquêtes
démocratiques et l’épanouissement corrélatif du constitutionnalisme ont laissé place à une
réalité plus mitigée, une sorte de « reflux », suscitant perplexité et interrogation face à des
systèmes démocratiques et institutionnels jugés ineffectifs au sens où ils n’ont pas
globalement produit les résultats escomptés; ces systèmes sont devenus instables, et,
paradoxalement, alimentent les crises et les conflits, parfois violents, plutôt que de les
réguler194».

Evoquant la conduite des elections, Thoko Mpumlwana affirme:“An election that is


acceptable to all players and their supporters should ensure that the winner wins with integrity
and the loser accepts the result graciously195”. Mais ce n’est pas toujours le cas dans les pays
d’Afrique noire francophone.
Ces pays recensent très peu d’expériences d’élections qui ne souffriraient d’aucune
contestation de la part de l'opposition et de l'autre côté beaucoup d'élections font l’objet de
contestations conduisant parfois à des violences ou des intimidations de la part de ceux qui
détiennent le pouvoir.

Une autre caractéristique de ces élections est cette impression que l'issue est connue
d’avance du fait même du peu de renouvellement qu’elles devraient normalement opérer.
A travers ces malheureuses situations, c’est le contentieux électoral qui est mis en
cause pour les décisions orientées qu’il sert aux candidats à la suite des élections. Le juge ne
se comporte donc pas en homme juste qui, d’après la définition d’Aristote est : “ celui qui est
capable, lorsqu’il doit partager entre deux personnes, de donner à chacun une part
proportionnellement égale à ce qui lui revient”196.

194
MBAYE (A), « Alternatives pour l’effectivité des constitutions en Afrique de l’ouest », in Alternatives
constitutionnelles et institutionnelles en Afrique de l’ouest, Atelier de Lomé pour le colloque de Polokwane, 28-
30 mai 2008, p.2.
195
THOKO (M.), “The Electoral Process and the Democratic Changeover of Political Power between Parties”,
International Conference organized by the Institute of Human Rights and Promotion of Democracy on the topic
of Challenges of democratic succession in Africa, Cotonou, Benin, 23-25 February 2009, p.7.
196
ARISTOTE, Ethique a Nicomaque, Livre, Vol. 2.

Mémoire de DEA Page 69


En effet, comme son office le demande, le juge électoral se doit de garantir que
le vainqueur a gagné avec intégrité afin que le perdant accepte les résultats.
Cependant, tel n’est pas le cas dans les pays d’Afrique noire francophone.

Après plusieurs années de pratique, le contentieux électoral en Afrique noire


francophone présente encore des insuffisances. Les critiques de plus en plus acerbes
relatives à la manière dont il est réglé par les juges électoraux confirment cette thèse.

Cette situation qui discrédite les Cours et Conseils constitutionnels et créé un


déficit de légitimité du contentieux électoral a constitué une préoccupation majeure
pour la communauté internationale qui, dans le but de rendre effectif le
« gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple197 » c’est-à-dire permettre le
respect de l’expression du suffrage au nom de la démocratie, a développé des procédés
de surveillance des élections et de règlement des différends électoraux.

Ces procédés affirment la volonté de la communauté internationale de


promouvoir la démocratie par l’organisation d’élections libres et régulières ainsi que la
préservation de la paix par le dialogue. Mais en même temps, ils discréditent le juge
électoral car, lorsque pour diverses raisons le contentieux électoral n’est pas en mesure
de surveiller les élections, de trancher les litiges et de proclamer les résultats
conformément aux résultats des urnes à cause des facteurs endogènes qui entravent
son impartialité et son indépendance (Chapitre I), l’action de la communauté
international dans le but de pallier ces insuffisances en mettant en œuvre des
mécanismes internationaux constitue un facteur endogène de fragilisation de l’office
du juge (Chapitre II).

197
Définition de la démocratie donnée le 19 Novembre 1863 par Abraham Lincoln, Président américain sur le
champ de bataille de Gettysburg.

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CHAPITRE I :

UNE EMASCULATION ENDOGENE :

A l’appui des propos d’Omar Sakho selon lesquels, « s’il est vrai que les discours
officiels sur la finalité assignée à la justice – l’ordonnancement harmonieux des droits et
libertés à pied d’œuvre dans la société – sont truffés de belles formules propres à élever la
conscience collective au niveau des valeurs de dignité et de respect de l’autre, quels que
soient les aspects considérés de son droit ou sa liberté, on aurait tort toutefois de croire que
l’application des décisions du suffrage universel va de soi dans ce domaine particulièrement
complexe198».

Pour Simone Gaboriau, présidente de Chambre à la Cour d’Appel de Paris, il


«[…] s’est progressivement retirée l’approche exclusivement institutionnelle de la Justice,
qui, entre temps, avait conquis de l’indépendance. L’on a vu apparaître la femme ou l’homme
dans l’ombre du juge qui tient le glaive de la loi et équilibre les plateaux de la balance. Tantôt
l’opinion publique héroïse cette femme, cet homme, tantôt elle le conspue ! Quand la décision
déplait, on recherche les engagements du juge pour détecter, derrière le résultat judiciaire, le
ressort profond selon les détracteurs, de la décision […] Chaque pays connaît, d’une façon ou
d’une autre, cette remise en cause de l’impartialité des juges 199 ».

En effet, des suspicions sérieuses subsistent quant à l’impartialité des décisions


rendues par les juges en général et les juges constitutionnels électoraux en particulier. Ces
suspicions qui se nourrissent des nombreuses limitations imposées au juge dans l’exercice de
ses fonctions (Section I) et des failles procédurales (Section II) contribuent à discréditer le
contentieux électoral.

198
OUMAR SAKHO (P.), « Quelle justice pour la démocratie en Afrique », Pouvoirs 2009/2, n° 129, p.59.
199
GABORIAU (S.), « L’impartialité du juge n’est pas la neutralité. Pour une conception engagée de la fonction
judiciaire », p.10. Disponible en ligne sur http://medel.bugiweb.com/usr/4Gaboriau.pdf.

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Section I : Un juge limité dans sa fonction :

Après chaque règlement du contentieux électoral, le Conseil est accusé de s'être


comporté en juge politique. Tel parti, de la majorité ou de l'opposition, juge
scandaleuse l'invalidation d'un de ses élus; tel autre estime incompréhensible la
confirmation de l'élection de son adversaire; mais tous sont d'accord pour considérer
que le Conseil s'est prononcé davantage en fonction de raisons politiques qu'en
fonction de considérations juridiques. Et le relatif équilibre des annulations dans tous
les camps, loin de diminuer les critiques, les alimente. Pour apprécier la valeur de ces
attaques, il faut sans doute faire leur part à la logique des prises de position partisanes,
et plus simplement, au « droit », pour un candidat victime de la décision, de maudire
ses juges. Mais il faut aussi reconnaître que la manière dont le Conseil exerce son
contrôle n'est pas entièrement satisfaisante car faisant face à des limites législatives
(Paragraphe I), il manque aussi d’audace (Paragraphe II).

Paragraphe I : Des limites législatives:

Le juge électoral dispose en vertu des textes tant nationaux qu’internationaux,


de moyens et de pouvoirs très étendus afin d’accomplir son office dans les conditions
d’indépendance conformément aux dispositions constitutionnelles et aux exigences
démocratiques liées à la conduite des élections. Cependant, les décisions rendues par
les juges électoraux en Afrique noire francophone révèlent les imperfections de la
législation électorale (A) en même temps qu’une interprétation trop restrictive de ses
attributions par le juge électoral (A).

A- Les imperfections de la législation

Pour Michel Rosenfeld, « rendre la justice exige que […] l'on applique les lois;
or les lois sont loin d'être toujours bonnes, claires et complètes200 ». Il existe des
lacunes dans la couverture législative de l’élection. En effet, la Constitution et le code
électoral qui lient le juge peuvent le priver de son pouvoir d’infléchir la norme par

200
ROSENFELD (M), « Bush contre Gore: trois mauvais coups portés à la Constitution, à la Cour et à la
Démocratie », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13, 2002, p.113.

Mémoire de DEA Page 72


l’interprétation. Ces lacunes privent le juge des instruments juridiques nécessaires pour
assurer sa mission au regard des principes de liberté et d’égalité.

Même si l’examen des textes montre des efforts fournis pour élaborer de nouveaux
dispositifs et règles inédits dans la perspective de gérer effectivement les relations politiques
et d’assurer le développement démocratique, l’on doit reconnaitre avec le Professeur Jean Du
Bois De Gaudusson que l’un des reproches faits aux réformes entreprises en Afrique serait de
manquer d’imagination et de réalisme. Bien des œuvres constituantes se bornent à reprendre
des dispositions et modèles élaborés en d’autres lieux et en d’autres temps sans toujours tenir
compte de la situation sociale et politique201. Ce qui aboutit à consacrer un droit électoral
souvent incomplet, inadapté, inopérant voire muet sur certains points aussi importants que le
financement des élections.
Dans cette matière en effet, les modalités financières des élections, recouvrant tout à la
fois leur coût pour les budgets nationaux et l’apport des bailleurs de fonds internationaux, leur
impact sur le bon déroulement de la campagne et des opérations de vote proprement dites sont
susceptibles de favoriser ou non une libre expression du suffrage et donc d’apaiser ou non la
vie politique. Cette affirmation pose le problème du dépassement du plafond des dépenses
électorales et de la corruption électorale.
Selon Loada et Ibriga, la corruption électorale peut se définir au sens large comme des
manipulations illégitimes des préférences des électeurs par les partis politiques et les
candidats, et au sens étroit, comme l'achat c’est-à-dire corruption active et ou la vente des
voix des électeurs, corruption passive202. Le suffrage des électeurs n'est plus, dans ce cas,
sollicité sur la base d'un programme politique que les partis ont l'obligation de concevoir dans
la perspective de la conquête du pouvoir, mais en fonction de considérations purement
matérielles.

201
DE GAUDUSSON (J.), « Défense et illustration du constitutionnalisme en Afrique après quinze ans de
pratique du pouvoir », Mélanges en l’honneur de Louis Favoreu, Le renouveau du droit constitutionnel, Dalloz,
2007, p. 620. Mais l’éminent professeur revient à la charge pour soutenir qu’ « […] au-delà des similitudes
textuelles, la convocation systématique du mimétisme devient plus encore caduque pour rendre compte d’une
Afrique déjà en elle-même multiple, mais qui apparaît de plus en plus diverse ».In DU BOIS DE GAUDUSSON
(J.), « Le mimétisme postcolonial, et après ? », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, p.55.
202
LOADA (A.) et IBRIGA (L.M.), Droit constitutionnel et institutions politiques, collection Précis de droit
burkinabè, Université de Ouagadougou, PADEG, mars 2007, pp. 464-465.

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Selon le Centre pour la Gouvernance Démocratique: « la corruption électorale
constitue un véritable virus qui menace tout processus démocratique et plus
les démocraties naissantes203 ».

En Afrique noire francophone, la corruption électorale consiste pour les


politiques à remettre à des électeurs qui promettent de leur accorder leur suffrage, des
de banque ou autre objet matériel dans le cadre d'une campagne électorale. Pratique
favorise les partis riches, elle s'installe et s'amplifie à la faveur de l'extrême pauvreté
laquelle vivent les populations204. La corruption électorale entraine inéluctablement un
dépassement du plafond des dépenses fixé par la loi.
Des exemples de recours en annulation des élections pour dépassement du
plafonnement des dépenses sont légions. Néanmoins, l’on n’exposera ici que le cas
togolais. En effet, se prévalant d’un défaut de preuve, la Cour constitutionnelle du
Togo refusa d’analyser au fond la requête de M. Agbeyomé Gabriel Kodjo, du parti
OBUTS, qui, par une requête du O8 mars 2010, demandait à la Cour de prononcer
l’annulation pure et simple du scrutin conformément aux dispositions du Code
électoral. En appui à sa requête, M. Agbeyomé Gabriel Kodjo évoquait entre autres
motifs que la précampagne et la campagne officielle ont été massivement dominés par
la machine électorale du Candidat du RPT Faure Gnassingbé qui disposait de moyens
logistiques les plus importants et la distribution de riz à des prix 3 à 4 fois inférieur
aux prix du marché par les militants du RPT205.
Par cette disposition, il est aisé de comprendre que la décision du juge est
davantage motivée par l’absence de dispositions législatives adéquates lui permettant
d’évaluer les comptes de campagnes des candidats et autres documents comptables
qu’autres raisons.
Or, au nom du principe d’égalité, le contrôle du juge électoral devrait pouvoir
s’exercer plus largement.
Par conséquent, le mutisme des législations électorales des Etats d’Afrique
noire francophone sur la corruption électorale empêche le juge électoral de censurer
cette pratique.

203
Voir Rapport du séminaire international sur « la corruption électorale en Afrique de l'Ouest », CGD,
Ouagadougou les 27 et 28 novembre 2003, p 1.
204
SOCPA (A.), « Les dons dans le jeu électoral au Cameroun », Cahiers d'études africaines, n° 157, 2000, p.97.
205
Décision N° E-10/10 du 17 Mars 2010.

Mémoire de DEA Page 74


Cette jurisprudence malheureuse prouve à suffisance que le silence de la loi électorale
peut constituer une entrave à l’office du juge.
En outre, grâce à sa majorité parlementaire, le parti au pouvoir fait adopter un code
code électoral taillé sur mesure, qui lui est largement favorable et dissuasif pour ses
adversaires, ce qui donne l’impression, comme le souligne Dominique ROUSSEAU que «le
que «le représentant exprime davantage la volonté de son parti que celle de la nation, que la
loi répond davantage aux impératifs électoraux qu'à ceux de la nation206 ».

Le code électoral reste aujourd’hui une arme redoutable aux mains des autorités
politiques, leur servant à éliminer les adversaires les plus sérieux de la compétition électorale
par des moyens législatifs tels que l’obligation de résidence continue, la nationalité des
parents, l’âge d’éligibilité, le parrainage par des élus, le cautionnement extravagant au regard
du niveau de vie207.
L’Assemblée Nationale béninoise a voté toutes tendances confondues le 22 septembre
1995, par 72 voix pour, 1 contre et six abstentions, l’amendement Tévoédjro-Ladikpo
obligeant chaque candidat à l’élection présidentielle à fournir la preuve de sa renonciation à
toute nationalité autre que celle du Benin. A quelques mois de l’élection présidentielle de
1996, le texte visait en particulier à disqualifier Nicéphore Soglo, le Président en exercice,
détenteur de la nationalité française. La Cour constitutionnelle a invalidé la clause
d’élimination qui modifiait en fait l’article 44 de la Constitution208.
Par ailleurs, le juge se trouve parfois en présence de dispositions constitutionnelles ou
législatives qui fixent en matière de cautionnement un montant dont le seul but est de
dissuader certains candidats. Le cas du Sénégal l’atteste209.
Ces différentes situations déplorables et fatales pour la démocratie sont toutes dues à
l’imperfection des textes qui organisent les élections.

206
ROUSSEAU (D.), Droit du contentieux constitutionnel, 8ème Edition, Paris, Montchrestien, 2008, p.504.
207
HOLO (Th.), « Démocratie revitalisée ou démocratie émasculée ? Les Constitutions du renouveau
Démocratique dans les Etats de l’espace francophone africain : régimes juridiques et systèmes politiques »,
Revue Danoise des Sciences Juridiques et Administratives, n° 16, 2006, p.34.
208
BOLLE (S.), « La paix par la Constitution en Afrique ? La part du juge constitutionnel », Colloque
international de Cotonou de l’Académie Alioune Blondin Beye pour la paix, Cotonou, 19, 20 et 21 juillet 2004,
p. 7.
209
La caution pour être candidat à l'élection présidentielle de 2012 au Sénégal a été fixée à 65 millions de FCFA
(plus de 99.000 euros) soit plus de deux fois et demie le montant exigé des prétendants pour le scrutin de 2007,
Le directeur général des Elections, Tanor Thiendella Fall, a précisé que la hausse du montant a été décidée pour
"décourager ceux qui viennent surtout pour faire leur marketing politique personnel". Source : Article disponible
dans l’hebdo Afreeknews, écrit le Mardi, 30 Août 2011.

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Ce silence du juge reste souvent incompréhensible compte tenu des différentes
solutions qu’il dispose pour remédier à cette situation notamment l’interprétation qui
d’ailleurs est faite de façon restrictive.

B- L’interprétation trop restrictive des attributions :

Il reste évident qu’au-delà des textes, l’avancée de la justice électorale repose,


dans une certaine mesure, sur « l’audace » interprétative des compétences et de la
mission des juges constitutionnels électoraux. Les lacunes des textes devraient en
principe être palliées grâce à l’action interprétative du juge.

Or selon Babacar Guèye, « Dans de nombreux pays africains, on observe une


faiblesse qualitative et quantitative de la jurisprudence constitutionnelle. Le droit y
éprouve de réelles difficultés pour saisir la politique et pour garantir les libertés
fondamentales en dépit de leur proclamation en abondance par les constitutions. Cette
faiblesse de la jurisprudence est d’abord due au fait que les pays en cause ont
délibérément choisi de confiner la justice constitutionnelle dans un champ de
compétence restreint. Ensuite, les juridictions constitutionnelles elles-mêmes ont une
conception minimaliste de leurs prérogatives et manquent de hardiesse dans leur
interprétation du droit210 ». La justice électorale n’échappe pas à ce constat.

En effet, c’est la manière dont le juge conçoit et accomplit sa mission qui est
en cause. Le juge a tendance à s’autolimiter, à interpréter littéralement et
restrictivement ses compétences et à se prononcer quasi systématiquement sur des
questions de régularité formelle et non de fond.
L’un des exemples révélateurs de cet état de fait est celui de la Cour suprême
du Cameroun qui, en 1992, a proclamé la réélection très serrée du Président sortant,
après avoir considéré qu’en l’absence de contestation en bonne et due forme par un
éligible, un parti politique ou un candidat, il ne lui appartenait ni « [d’]apprécier », ni
de « sanctionner le cas échéant » les irrégularités relevées par la Commission
Nationale de Recensement Général des Votes. Cette interprétation très littérale de la
loi ne pouvait convaincre et rassurer car elle confinait malencontreusement la Cour

210
GUEYE (B.), « La démocratie en Afrique : succès et résistances », Pouvoirs, 2009/2, N° 129, pp.8.

Mémoire de DEA Page 76


dans une fonction d’homologation « aveugle » de résultats jugés douteux par l’opposition ; et
elle donnait donc à croire qu’il était « complice » du pouvoir.
Aussi, par ses décisions, le juge donne le sentiment qu’il n’est pas le recours indiqué
indiqué contre les atteintes à la Constitution et surtout il ne nourrit pas le débat nécessaire à
l’enrichissement de la constitution par voie électorale211 car le juge électoral est en principe
appelé à exercer une activité interprétative et créatrice de normes qui s’intègre dans la
définition donnée par Charles Eisenmann selon laquelle « est auteur ou co-auteur d’un acte,
toute autorité qui participe de manière décisionnelle au processus d’édiction de l’acte,
autrement dit toute autorité dont le consentement est indispensable à la formation de l’acte212
».

En effet, la thèse du syllogisme judiciaire est aujourd’hui dépassée ; le jugement n’est


plus un syllogisme, dont la prémisse majeure est la loi, la mineure, le fait et la conclusion la
sentence213. Le juge électoral dispose donc d’un pouvoir interprétatif parce qu’il dégage des
principes qui s’insèrent dans le bloc de constitutionnalité et incite parfois à des révisions
constitutionnelles. Il consacre, en effet, les évolutions de la société par la
constitutionnalisation de nouveaux droits politiques et incite aux réformes.
Dès lors, la légitimité fonctionnelle du juge électoral lui impose d’exercer sa liberté
d’interprétation de la Constitution en harmonie avec les finalités et évolutions de l’ordre
social, voire de l’idée de droit dominante dans l’État car les constitutions et les lois qui ne
sont ni figées ni immuables ne sont pas, selon Royer-Collard, des « tentes dressées pour le
sommeil ». Elles constituent plutôt « un cadre de significations au sein duquel les interprètes,
principalement les juges, opèrent des choix et construisent des énoncés implicites qu’aucun
texte n’exprime par nature214 ». Ce qui fait du juge, un véritable créateur de la loi et non plus
seulement la « bouche de la loi ».

211
MBAYE (A.), op. cit. p.4.
212
On peut remarquer à ce propos que cette formule signifie que le professeur Eisenmann renonce, à juste titre, à
une distinction qu’il avait proposée dans sa thèse sur la Justice constitutionnelle en Autriche entre les pouvoirs
du juge dans le cas d’une interprétation donnée in abstracto et dans le cas une interprétation in concreto. Il
écrivait alors que le juge n’est constituant que s’il a le pouvoir de donner une interprétation « dans l’abstrait, en
dehors de tout procès sur un acte ». En réalité, le Pouvoir du juge est le même dans les deux cas. Voir dans le
même sens BRUNET (P.), « Le juge constitutionnel est-il un juge comme les autres ? Réflexions
méthodologiques sur la justice constitutionnelle », in : La notion de justice constitutionnelle, sous. dir. de O.
Jouanjan, C. Grewe, E. Maulin et P. Wachsmann, Paris, D., 2005, pp. 115-135.
213
TROPER (M.), op.cit., « Le pouvoir des juges constitutionnels », Publié dans laviedesidees.fr, 7 avril 2010,
p.1.
214
GUASTINI (R.) cité par MERCIER (J.), in « Le droit constitutionnel réinterprété », Publié dans
laviedesidees.fr, le 14 mai 2010, p.2.

Mémoire de DEA Page 77


Le Haut Conseil de la République du Sénégal, siégeant en qualité de Cour
Constitutionnelle a affirmé, dans sa décision 14 DC du 16 février1993 en parlant de la
Constitutionnelle que, « parmi les moyens dont elle dispose pour vérifier la
figurent les techniques d’interprétation qui sont le principal moyen de contrôle » et
pour se prononcer sur la conformité des dispositions de la Constitution, la Cour
instrument obligé et nécessaire à l’exercice de sa mission qui est l’interprétation » 215
faut le dire, la déontologie de l’interprète conduit, avec la modestie que ce travail de
impose, à découvrir le sens que le texte, fût-il ancien, de la Constitution peut
recevoir 216 . Mais cette timidité du juge ne peut s’expliquer que par son manque

Paragraphe II : Un manque d’audace :

S’il y a une institution qui ne bénéficie pas de la séparation des pouvoirs en


Afrique, c’est bien l’institution judiciaire tant son inféodation au pouvoir exécutif et à
son chef n’a pas son pareil dans le monde. Dans ces Etats, la justice a toujours été
impliquée dans la défense des slogans et des mots d’ordre idéologique du pouvoir. Les
décisions orientées rendues par les juges constitutionnels électoraux en matière de
contentieux électoral révèlent à la fois l’absence du devoir d’ingratitude du juge vis-à-
vis du politique(A) et la défiance du politique qui délibérément refuse de se soumettre
à l’autorité des décisions rendues (B).

A- L’absence du devoir d’ingratitude :

Il paraîtrait raisonnable de convenir avec Georges Vedel, membre du Conseil


constitutionnel français de 1980 à 1989, qui déclarait dans un article récent que: " La couleur
politique du Conseil est une invention journalistique : ses membres ne renient pas leurs
opinions politiques mais ils appliquent les textes217 ". Cependant, la tentation reste forte de tancer
les modes de nomination des juges constitutionnels en Afrique noire francophone, nomination qui
oriente le sens du contentieux électoral.
En effet, en Afrique noire francophone, la composition des juridictions
constitutionnelles a conforté le jugement politique qu’on peut avoir du mode de composition
de l’organe constitutionnel. La critique majeure se rapporte à la liberté des autorités politiques

215
Décision 14 DC du 16 février 1993, Recueil des décisions et avis, 1991-1992-1993, P. 71.
216
DELPEREE (F.), « Le Conseil constitutionnel : état des lieux », Pouvoirs, n° 105, p.11.
217
Journal « Le Point », n° 1328, février 1998.

Mémoire de DEA Page 78


impliquées dans la nomination des juges constitutionnels, la plupart des personnalités
désignées étant membres de partis politiques ou en sont tout au moins sympathisants. Ce
procédé de recrutement a été dénoncé et qualifié par Benoît Jeanneau de compérage ou par
Dominique Rousseau de « compagnonnage218 ».

La marge de manœuvre des autorités politiques « accentue le caractère politique de


l’institution qui se manifeste par la nomination des proches collaborateurs à la fidélité établie
avec en toile de fond, des jurisprudences dénuées de tout intérêt juridique219 ».
Comme le relève le Professeur Adama Kpodar : « Le vrai problème ne vient pas de la
détermination de la nature de ces institutions, mais bien de l’influence que les modalités de
désignation des membres des juridictions constitutionnelles peuvent avoir sur le sort des
décisions qu’elles sont amenées à rendre220 ».

La tendance systématique des politiques africains à placer dans l’enceinte des Cours et
Conseils un des leurs pour en avoir théoriquement et formellement le contrôle, a éveillé le
soupçon du citoyen sur la mauvaise foi du politique.

Cette intuition est d’autant fondée que l’Afrique donne l’impression d’être infectée par
le « virus du tout politique » qui renvoie la compréhension et le fonctionnement de la société à la seule
221
entrée politique .
La preuve d’une telle affirmation est fournie par le Sénégal. Au Sénégal, la composition du
Conseil constitutionnel est totalement maîtrisée par le Président de la République qui nomme
222
discrétionnairement tous les juges . Cette situation qui crée un déséquilibre vis-à-vis du pouvoir
législatif est fatale pour le principe d’indépendance des juges. Il s’agit de façon caricaturale d’une
prise en otage du Conseil par le Président de la République.

218
JEANNEAU (B.) ET ROUSSEAU (D.) Cités par Gicquel Jean, Droit constitutionnel et Institutions
Politiques, 12e édition, Paris, Montchrestien, 1993, p.717.
219
KOKOROKO (D.), « L’apport de la jurisprudence constitutionnelle africaine à la consolidation des acquis
démocratiques : Les cas du Benin, du Mali, du Sénégal et du Togo », Revue Béninoise des Sciences Juridiques et
Administratives, n°18, 2007, p. 35 et s.
220
KPODAR (A.), « Réflexion sur la justice constitutionnelle à travers le contrôle de constitutionnalité de la loi
dans le nouveau constitutionnalisme : Les cas du Benin, du Mali, du Sénégal et du Togo » , Revue Béninoise des
Sciences Juridiques et Administratives, n°16, 2006, p.140.
221
AIVO (F.J.), Le juge constitutionnel et l’état de droit en Afrique, l’exemple du modèle béninois, l’Harmattan,
Etudes africaine, Paris, 2006, p.129. Dans le même sens Demba Sy démontre que malgré son statut protecteur,
le juge en général et le juge constitutionnel en particulier reste marqué par des influences politiques et la
corruption. Voir : SY (D.), « la condition du juge en Afrique : l’exemple du Sénégal », Afrilex, Archives, N°3,
Juin 2003, p.13.
222
Art. 89 al. 3 de Constitution de la République du Sénégal, projet du 13 décembre 2000, texte adopté par
référendum du 7 janvier 2001.

Mémoire de DEA Page 79


La politisation de la Cour peut être aussi accentuée par la concordance d’orientation politique
entre le Président de la République et l’Assemblée Nationale. Dans cette situation, qui est aujourd’hui
celle de la plupart des Juridictions Constitutionnelles africaines, l’inquiétude d’une coloration
politique reste aussi bien une éventualité qu’un vrai prétexte de contestation de l’impartialité et de
l’indépendance de l’organe.

Poussant loin la réflexion, l’on peut affirmer que la pression politique exercée par le politique
sur la cour est accentuée par la possibilité de renouvellement du mandat des juges que prévoient les
223
législations de certains Etats africains . En effet, le juge constitutionnel qui a vocation à voir son
mandat renouvelé a intérêt à répondre favorablement aux sollicitations du politique et à user de son
pouvoir pour ne pas le mécontenter.
Une autre disposition figurant dans les textes des Etats africains et qui crée un malaise est celle
qui accorde au Président de la Juridiction constitutionnelle une voie prépondérante en cas de partage
des voies pendant la prise de décisions au sein de l’institution. En effet, selon l’article 32 alinéa 3 du
Règlement intérieur de la Cour constitutionnelle Congolaise : « Le Président de la Cour a la voix
prépondérante en cas de partage égal des voix ».
De même, l’article 51 de la Constitution du 18 janvier 1996 organisant la
nomination des membres du Conseil constitutionnel du Cameroun s’inscrit dans cette
logique en attribuant une voie prépondérante au Président du Conseil en cas de partage
des voies.

L’on s’interrogerait sur l’opportunité de ces dispositions sinon qu’elles visent


purement et simplement à consacrer la mainmise du politique sur la juridiction et par
là, à réduire considérablement son indépendance.

Le contrôle de la Cour constitutionnelle, gardienne de la régularité du scrutin, assure le


Président sortant de la conservation du pouvoir, car le plus important dans ce système, ce
n’est plus celui qui met le bulletin dans l’urne, mais celui qui compte les bulletins et proclame
les résultats. Le peuple peut désavouer dans les urnes le candidat du parti au pouvoir, celui-ci
sera toujours proclamé vainqueur224.
Robert Badinter, ancien président du Conseil constitutionnel français a tracé pour ses
pairs la voie du salut en écrivant : « nous avons un devoir d’ingratitude envers ceux qui nous

223
Au Mali, selon l’art.1 al. 1 de la Constitution : « La Cour constitutionnelle comprend neuf membres qui
portent le titre de Conseillers. Ils sont désignés pour un mandat de sept (7) ans renouvelable une fois ».
224
HOLO (Th.), « Démocratie revitalisée ou démocratie émasculée ? Les Constitutions du renouveau
Démocratique dans les Etats de l’espace francophone africain : régimes juridiques et systèmes politiques »,
Revue Danoise des Sciences Juridiques et Administratives, n° 16, 2006, p.34.

Mémoire de DEA Page 80


ont nommés 225 ». Cependant, ce devoir d’ingratitude ne peut se concevoir que dans un
environnement où les politiques sont dociles, or tel n’est pas le cas en Afrique noire
francophone.

B- La défiance du politique :

« Les autorités politiques tentent constamment de manipuler les cours


constitutionnelles afin qu’elles rendent des décisions conformes à leur volonté226 » portant
ainsi atteinte aux principes d’indépendance et d’impartialité attendus du juge.

Dans cette optique, certaines attitudes et dispositions textuelles sont fatales à


l’indépendance de la juridiction constitutionnelle en Afrique noire francophone et partant, au
contentieux électoral. Elles contiennent, elles aussi, « certaines bizarreries » qui « proviennent
de la rédaction même de la Constitution car son texte n’est pas exempt d’erreurs, de
contradictions et de lacunes227 ».
Concernant les dispositions, il convient de dénoncer l’art. 152, al 2 de la constitution
du Burkina Faso qui dispose que : « sauf pour son président, les membres du Conseil
constitutionnel sont nommés pour un mandat unique de neuf ans ». Tirant les conséquences
de cette disposition, le président de la République démis le président de ses fonctions par
décret du 5 septembre 2007 pour le remplacer par un autre magistrat. La mesure peut sembler
étonnante, s’agissant d’une juridiction d’un type particulier, impliquant de fortes garanties
d’indépendance et d’inamovibilité.
Pour s’attaquer aux attitudes, c’est surtout l’inobservation du principe de l’autorité de
la chose jugée qui s’attache aux décisions du juge constitutionnel que l’on doit relever. En
effet, principe général du droit, la notion d'autorité de chose jugée des décisions du Conseil
constitutionnel est reprise par les différentes Constitutions d’Afrique noire francophone.
D'ailleurs, même si elle ne l'avait pas été, elle n'aurait pas moins existé; mais, y étant
mentionnée, elle a une valeur constitutionnelle228.

225
BANDINTER (R.), Cité par Kokoroko (D.), op. cit. 117.
226
KESSOUGBO (K.), « La Cour constitutionnelle et la régulation de la démocratie au Togo », Revue Juridique
et Politique (R.J.P.), indépendance et coopération, volume 59, 2005, p.353-392, 392 p.
227
LUCHAIRE (F.), « Douze bizarreries constitutionnelles – bien françaises », in Mélanges CONAC (G.), Paris,
Economica, 2001, p. 151.
228
BENABDALLAH (M. A.), « L’autorité de chose jugée des décisions du Conseil constitutionnel », note sous
C.C. 29 août 2000, Autorité de chose jugée, p.5.

Mémoire de DEA Page 81


Les décisions ressortissant au contentieux constitutionnel ne sont susceptibles
d’aucun recours et s’imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités civiles,
militaires et juridictionnelles. C’est en ces termes que la plupart des constitutions
africaines consacrent l’autorité de la chose jugée attachée aux décisions du Juge
Constitutionnel. Sur ce fondement les juridictions constitutionnelles déduisent qu’elles
exercent une juridiction pleine et entière et que leurs décisions sont revêtues de
l’autorité de chose jugée.

Guillaume Delvolvé fait une synthèse du principe de l’autorité de chose jugée


en trois propositions : « Ce qui a été jugé ne peut l’être de nouveau ; ce qui a été jugé
ne peut être contredit ; ce qui a été jugé doit être exécuté229 ».
Cependant, certains comportements des politiques vis-à-vis des décisions de
ces juridictions surtout en matière de contentieux électoral constituent un déni
catégorique de ces propositions.
Les exemples sont prolifiques ; nous n’en évoquerons que deux :
En 2001, au Sénégal, à la veille des législatives anticipées, le Conseil
constitutionnel avait refusé que l’effigie du président de la République, par ailleurs
Secrétaire général d’un parti, pût figurer sur les affiches de ce parti qui allait aux
élections. Le Conseil s’est fondé, pour cela, sur des dispositions du code électoral et
sur un principe assez général, l’égalité des candidats devant la loi. Le Président de la
République ne s’est pas incliné de bonne grâce devant ce verdict ; il a, en vertu de sa
qualité de « gardien de la Constitution », écrit au président de la juridiction pour
exprimer son désaccord.
L’évènement le plus marquant est celui du Niger. En effet, le président Tandja,
alors âgé de 71 ans, achevait le 22 décembre 2009 un second mandat de cinq ans, sans
possibilité de briguer sa réélection aux termes de la constitution en vigueur depuis
1999 et révisée en 2004. Cette Loi interdit également toute modification de la durée du
mandat230. Mais le chef de l'Etat a convoqué les électeurs aux urnes le 4 août pour
qu'ils se prononcent par référendum sur une nouvelle constitution devant légaliser son
maintien au pouvoir, alors même que la Cour constitutionnelle a jugé un tel scrutin
contraire à la constitution, à deux reprises.

229
DELVOLVE (G.), Rép.cont.adm, D., V° chose jugée, p.366.
230
Art 36 de la Constitution de la République du Niger révisée par la loi n°2004-15 du 13 Mai 2004

Mémoire de DEA Page 82


D’abord le 25 mai 2009 La Cour Constitutionnelle rend l'Avis n°2/CC par lequel elle
estime inconstitutionnelle la tenue du référendum projeté ; elle indique même qu’un pouvoir
constituant originaire ne pourrait apparaître dans la situation qui prévalait. Autrement dit, le
Président Mamadou Tandja ne pourra donner la parole au peuple qu’en passant outre l’avis de
la Cour Constitutionnelle, lequel n’a pas l’autorité d’un arrêt ; le chef de l’Etat choisit alors
d’ignorer cet avis.
Ensuite le 12 juin 2009, la Cour rend l’arrêt n°04/CC/ME du 12 juin 2009 par lequel
elle invalide le décret du 5 juin portant convocation du corps électoral. Cet arrêt qui en
principe a autorité de chose jugée fut à son tour ignoré par le chef de l’Etat qui ne se limitera
pas à cet acte de défiance vis-à-vis de la Cour. Sa sublime action fût la dissolution pure et
simple de la Cour constitutionnelle le 29 juin 2009, trois jours après s’être octroyé des
pouvoirs exceptionnels, au titre de l’article 53 de la Constitution.
Le président Mamadou Tandja a ainsi dissous la Cour constitutionnelle, qui, par deux
fois s’est opposée à son projet de référendum pour un changement de Constitution et dans le
but de rester au pouvoir à la fin de son second et dernier quinquennat.
Ces événements qui ont touché les juridictions constitutionnelles révèlent que celles-ci
ne font pas toujours consensus, qu’il règne, à leur sujet, et à intervalles réguliers, une sorte de
défiance. Il va de soi qu’un tel climat ne soit pas favorable à une saine perception de leur rôle,
et ne conforte pas les juges eux-mêmes dans l’accomplissement de leur mission. Une mission
qui est aussi compromise par les différentes failles procédurales dont regorge le contentieux
électoral.

Section II : Des failles procédurales :

Malgré l’existence d’un dispositif constitutionnel relativement satisfaisant en Afrique


noire francophone, la gestion du contentieux électoral par « L’intervention d’une cour ou d’un
conseil constitutionnel, que ce soit par le règlement approprié de conflits préélectoraux ou par
une judicieuse régulation des premières étapes du processus électoral, peut éviter la
survenance d’une crise. Mais si, selon l’adage, « il vaut mieux prévenir que guérir », la
correction à la source des anomalies exige que les décisions, contentieuses ou administratives,
de la juridiction soient respectables et respectées. Cette double condition est difficile à
remplir, avant une élection qui déchaîne les passions – topiquement, celle du Président de la

Mémoire de DEA Page 83


République -, lorsque le consensus minimal sur les règles du jeu et leur mise en œuvre
fait défaut, alors que sont mal intériorisés par les différents231 ».

Paragraphe I : Un requérant boudeur :

L'élection est un choix réalisé au moyen d'un suffrage auquel toutes les
personnes disposant du droit de vote, le corps électoral, est appelé à participer dans le
but de désigner une ou plusieurs personnes pour exercer un mandat électoral. Ainsi, le
juge doit veiller à ce que le choix des électeurs ne soit pas vicié. A ce titre, « Le ou les
électeurs ainsi que l’un ou l’autre des candidats sont protagonistes du contentieux
électoral classique232 ». Cependant, l’on constate dans la procédure contentieuse que
l’intérêt de l’électeur est ignoré (A) et que même lorsque cet intérêt est pris en compte,
il rencontre des difficultés dans l’administration de la preuve (B).

A- L’intérêt de l’électeur ignoré:

Une nette impression selon laquelle le contentieux électoral n’est pas organisé dans
l’intérêt des électeurs se dégage de la jurisprudence du juge électoral. Abordant dans ce sens,
François LUCHAIRE affirme que le juge électoral « donne trop l’impression de ne voir dans
le contentieux électoral que des conflits entre deux personnes, l’élu et son concurrent le plus
immédiat233 ». Cette assertion se vérifie à travers deux constats.
D’abord, s’agissant de la saisine, peu de pays africains ouvrent le droit de recours
électoral aux électeurs. Le recours de l’électeur est prévu à de rares exceptions. Mais on peut
se demander si l’électeur connait bien l’existence des recours qui lui sont ouverts. Le
contentieux électoral est avant tout aujourd’hui une affaire entre les candidats et les
formations politiques, un contentieux dans lequel, pour l’opinion, le juge apparaît comme un
arbitre entre les forces politiques en présence. Ce qui fait du contentieux électoral un
contentieux sans électeurs pour reprendre les termes de Jean Claude MASCLET234.

231
BOLLE (S.), «Les juridictions constitutionnelles africaines et les crises électorales », Les cours
constitutionnelles et les crises, 5ème Congrès, ACCPUF, Cotonou, 22-28 juin 2009, p.4.
232
GENEVOIS (B.), « Le nouveau rôle du juge de l’élection », Pouvoirs, n° 70, 1994, p.69.
233
LUCHAIRE (F.), cité par Rousseau (D.), Droit du contentieux constitutionnel, Paris, Montchrestien, p.307.
234
MASCLET (J.C.), Rapport de synthèse, Colloque international sur le contentieux électoral et l’état de droit,
Les Cahiers de l’Association Ouest-Africaine des Hautes Juridictions Francophone, p.45.

Mémoire de DEA Page 84


Si cette conception devait l’emporter dans l’esprit public, on voit quel danger cela
pourrait représenter pour le juge et pour la démocratie. En effet, l’argument de risque
d’encombrement des juridictions ne semble pas assez pertinent pour limiter la saisine aux
seuls candidats et partis politiques.
La possibilité pour les juridictions de mettre en œuvre une procédure de filtrage des
requêtes est un remède qui permettrait d’éviter un quelconque encombrement.
En effet, la majorité des juridictions constitutionnelles subissent un afflux
exceptionnel de recours, auquel elles ne sont pas forcément préparées. Pour cela, les requêtes
doivent faire l’objet d’une analyse préliminaire afin d’éviter une surcharge de travail
difficilement supportable.

Cependant, peu de Cours ont institué une procédure de filtrage des recours électoraux.
Il s’agit du Burkina Faso où, conformément au code électoral de 2001, l’organe compétent en
la matière est le président du Conseil constitutionnel, à qui sont adressées les requêtes.
L’exemple de la France est édifiant. En France, un filtrage s’opère par le biais des
commissions départementales de recensement pour l’élection du président de la République
qui centralisent un nombre important de réclamations électorales.
Les procédures de filtrage donnent lieu à des résultats satisfaisants dans l’ensemble de
ces pays. C’est là un mécanisme qui non seulement permettrait de soulager le juge électoral
mais aussi et surtout d’associer l’électeur au contentieux afin de respecter son droit légitime
qu’est celui de choisir librement ses dirigeants. Il faut donc que l’électeur s’approprie le
contentieux électoral et que celui-ci devienne un contentieux populaire235.
Ensuite, sont particulièrement choquantes les décisions par lesquelles le juge électoral,
constatant que des irrégularités ont été commises par les deux candidats, décide qu’elles
s’annulent mais ne constituent pas une cause d’annulation de l’élection. Evidemment, l’intérêt
de l’électeur aurait voulu que le juge électoral annule le scrutin aux motifs que le choix des
électeurs a été vicié par ces irrégularités. Le juge électoral sénégalais donne l’illustration de
ces « forfaits » dans sa décision n° 10/93 portant proclamation des résultats des législatives de
1993. Saisi d’une demande d’annulation des élections législatives, le Conseil constitutionnel
sénégalais énumère les actes frauduleux constituant à l’évidence des manquements à la
législation électorale mais ne tire pas les conséquences juridiques de ces violations.

235
A ce propos, COLLIARD (J.-C.) considère que « La démocratie étant l’affaire de tous, le contrôle de
l’opération démocratique peut être ouvert à tous », COLLIARD (J.-C.), « Le contentieux électoral », Séminaire
UNIDEM sur l’“Organisation des élections par un organe impartial”, Commission de Venise, Belgrade, 24-25
juin 2005, p.3.

Mémoire de DEA Page 85


Cette illustration montre que le juge électoral, au centre d’enjeux très importants
relatifs à la dévolution du pouvoir, peut offrir à la classe politique et particulièrement à
l’opposition les moyens de remettre en cause son impartialité et du coup se discréditer236
surtout lorsque sa démarche en matière d’administration de la preuve reste décevante.

B- La difficulté de la preuve

L’administration de la preuve dans le procès électoral n’est pas convaincante.


Le juge électoral fait d'abord peser sur le requérant la charge de la preuve des
irrégularités, alors qu'il lui est souvent difficile sinon impossible de les établir avec
précision. Comment, par exemple, prouver les manœuvres ou pressions exercées sur
les pensionnaires d'une maison de retraite, l'ampleur de la distribution d'un tract
diffamatoire? Dans la plupart des cas, le requérant ne peut faire état que de
présomptions de fraude ou d'éléments d'information partiels, et le Conseil rejette alors
le recours pour défaut de preuve, ou manque de précision.

Ainsi, en 1993,avant la mise en place de la Cour constitutionnelle prévue par la


Constitution, la Cour suprême du Togo faisant office de juge électoral a rejeté au fond
la contestation introduite par un candidat à l’élection présidentielle crédité de 1,67 %
des voix, en quelques phrases sèches : « […] eu égard aux éléments du dossier, il
apparaît que dans son ensemble, la présente requête est vague et fondée sur des
suppositions, faute de précision et de preuve ; […] d’ailleurs, certains griefs même
établis, ne sont pas de nature à influencer l’ensemble des résultats237 ».

Plus fréquemment, le juge analyse les moyens mais la lecture des motifs de sa
décision de rejet donne à penser qu’il opte délibérément pour une solution défavorable
à l’opposition. La proclamation au Tchad des résultats des élections présidentielles de
2001 et législatives de 2002 illustre cette dénaturation : le Conseil constitutionnel s’est
borné pour l’essentiel à constater que les plaignants n’avaient pas rapporté la preuve

236
DIOP (O.), Partis politiques et processus de transition démocratique en Afrique noire francophone :
recherches sur les enjeux juridiques et sociologiques du multipartisme dans quelques pays de l'espace
francophone, Publibook, 2007, p. 671.
237
Cour Suprême du Togo, Chambre Constitutionnelle, Arrêt n°03 du 20 septembre 1993.

Mémoire de DEA Page 86


de leurs allégations, avec comme conséquence la certification péremptoire de la réélection du
Président sortant et de la victoire de son parti238.

Des candidats « mal élus » ont ainsi pu échapper par cet artifice du juge électoral à
toute sanction mettant en cause la sincérité du suffrage se trouve mise en cause puisque le
peuple qui s’est exprimé d’une façon donnée peut se voir imposer un élu ou des élus qui ne
sont pas issus de son choix réel.

Cette dureté de procédure est encore renforcée par le refus de certaines juridictions de
considérer des irrégularités établies, lorsque leurs preuves ne sont apportées que par les
assesseurs ou les délégués du candidat auteur de la requête alors qu’elle n’a aucun pouvoir
d’investigation à mieux et davantage utiliser son pouvoir d'ordonner des mesures d'instruction
en confiant à ses rapporteurs le soin de mener les enquêtes locales et en exigeant des
administrations qu'elles fournissent tous les documents et informations dont elles disposent,
dès lors que le requérant aurait apporté un commencement de preuve, des éléments de faits ou
des allégations. Ainsi ce dernier ne supporterait plus la lourde charge de la preuve.

En outre, pour éclairer sa lanterne dans la résolution des litiges électoraux, le juge doit
être à même de « rentrer en contact avec les réalités électorales ». Il s’agit pour le juge
électoral d’observer les élections. Les cours pourront ainsi déployer des délégués dans les
bureaux de vote afin d’observer le déroulement du scrutin et faire des rapports en relevant les
éventuelles fraudes et irrégularités. Ce procédé qui s’inscrit dans la mission générale de
surveillance des élections du juge électoral, lui permet d’obtenir des informations sur le
déroulement des élections et de ne pas se tromper pendant l’instruction notamment en ce qui
concerne la preuve des irrégularités ou d’adopter une attitude « paresseuse » en déboutant les
requérants pour défaut de preuve239. Seulement quelques cours jouissent de cette prérogative
et l’exercent240. Mais la majorité n’a pas encore trouvé l’opportunité de ce procédé.

Au Togo, une solution avait été ébauchée en 1992. En effet, le principe de la


désignation des délégués par la Cour constitutionnelle pour superviser les élections avait été

238
Conseil Constitutionnel du Tchad, Décisions n°s PCC/SG/01 du 12 juin 2001 et 004/PCC/SG/02 du 18 mai
2002.
239
Trop souvent le juge électoral déboute les requérants pour défaut de preuve. La récurrence de ce motif de rejet
a fini par convaincre l’opinion que le juge électoral ne prend pas son rôle au sérieux. L’observation électorale
pallierait cette insuffisance.
240
Seules les institutions béninoise, burkinabé, gabonaise, malienne, nigérienne et tchadienne observent les
opérations de vote.

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prévu par la loi N° 92-003/PM du 8 juillet 1992 modifiée par l’ordonnance N° 93-
1302/PR du 16 avril 1993 portant code électoral. Pour les élections de 1998, la Cour
s’y est conformée. Malheureusement, les lois ultérieures, notamment celle N° 2000-
007 du 05 avril 2000 modifiée par la loi N° 2002-001 du 12 mars 2002 et la loi N°
2003-01 du 17 février 2003, ont supprimé ce principe. L’on voit là une volonté
manifeste du pouvoir de limiter les moyens d’investigation de la Cour
constitutionnelle dont les juges tiennent déjà un langage incompréhensible241.

Paragraphe II : Un juge incompréhensible :

La manière de rendre ses décisions conduit à assimiler le juge électoral


d’Afrique noire francophone à un charlatan dont l’office exige un certain ésotérisme
qui laisse le citoyen lambda perplexe. Cet ésotérisme qui conduit à un déficit de
légitimité du contentieux électoral se manifeste à travers le manque de transparence
dans le processus décisionnel(A) et le langage incompréhensible qu’il emploi pour
débouter un requérant (B).

A- Le manque de transparence :

Au nombre des critiques formulées contre les juridictions constitutionnelles


africaines, figure le manque de transparence de la procédure suivie et l’on pense
qu’une amélioration décisive serait acquise si l’on introduisait dans les procédures en
matière de contentieux électoral, la possibilité pour les juges de rédiger des opinions
dissidentes ou séparées.
Cependant, l’introduction des opinions dissidentes vient heurter de plein fouet
le secret du délibéré. En matière de contentieux électoral, l’obligation de motiver est
générale et les jugements sont rendus dans un seul et même document qui est le
jugement de la cour. Il n’y a qu’une seule motivation ; Personne ne sait qui l’a écrite,
ni qui a voté pour, ni qui a voté contre. La justice est rendue d’une seule voix d’une
manière qui est tout à la fois collective, anonyme et secrète.
Le doyen Vedel, particulièrement opposé aux opinions séparées, admettait lui-
même ceci: « Notre tradition judiciaire ne va pas dans le sens de la publicité du

241
Voir l’intervention de M. Aboudou-Salami (M.-S.) lors du Séminaire sur le thème : « le contentieux électoral
dans la perspective du perfectionnement des scrutins ultérieurs », Lomé, Togo, 02 au 07 mars 2009.

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dissentiment et l’on ne peut pas savoir quels dégâts produirait le changement, le temps qu’il
prendrait à s’acclimater et les effets inattendus qu’il entraînerait242 ».
Ce sont principalement les fondements juridiques du secret du délibéré qui sont
invoqués pour faire obstacle à la consécration des opinions dissidentes. Pour exemple,
François Luchaire fonde sa critique sur trois points : l’affaiblissement de l’autorité de chose
jugée, la crédibilité et l’indépendance des juges, l’efficacité des juridictions243. Néanmoins,
certains auteurs dont Dominique Rousseau regrettent ce pli adopté par les juridictions
constitutionnelles et s’insurge en des termes non équivoques: « La procédure ensuite, elle est
aujourd’hui écrite, secrète et, si elle est contradictoire, ce n’est pas par obligation des textes
mais parce que le doyen Vedel a profité de leur silence pour l’imposer progressivement. Là
encore, ce qui pouvait être acceptable en 1958 ne l’est plus aujourd’hui (...). Il faut organiser
le contradictoire et, si l’écrit ne doit pas être abandonné, il faut introduire l’oralité et la
publicité des audiences, faire connaître le nom du rapporteur et le contenu de son rapport et
permettre les opinions dissidentes244 ».
En effet, Née aux Etats-Unis, l’opinion dissidente consiste dans la possibilité donnée à
chaque juge de se prononcer, par écrit, à titre personnel, sur l’arrêt rendu dans une affaire au
délibéré de laquelle il a participé soit pour approuver la décision prise, mais pour d’autres
motifs ; on parle d’opinion individuelle, soit pour désapprouver ladite décision et la
motivation qui la sous-tend, on parle alors d’opinion dissidente au sens strict245. Sa pratique a
été adoptée dans les juridictions internationales 246 , dans l’une au moins des juridictions
européennes247 et dans certaines juridictions constitutionnelles européennes comme la Cour
constitutionnelle de la République fédérale d’Allemagne248.
Les partisans des opinions dissidentes font valoir qu’elles contribuent à une justice
plus ouverte et plus transparente. Ils expliquent qu’elles permettent un débat démocratique sur
les grandes questions d’intérêt général en alimentant la « libre communication des pensées et
des opinions » comme l’on disait au XVIIIe siècle, ou le « marché des idées » comme l’on dit

242
VEDEL (G.), « Neuf ans au Conseil constitutionnel », Le débat, n° 55, mars-août 1989.
243
LUCHAIRE (F.), « Contribution au débat sur les opinions dissidentes dans les juridictions constitutionnelles
», Cahiers du Conseil constitutionnel, 2000, n° 8, p. 111.
244
ROUSSEAU (D.), cité par Yannick LECUYER, « le secret du délibéré, les opinions séparées et la
transparence », RTDH, n°57, 2004, p.198
245
Ce qui est entendu en France par « opinions dissidentes » est rendu aux Etats-Unis par le terme d’ « opinions
séparées » (separate opinions), terme général qui englobe à la fois les opinions individuelles (concurring
opinions) et les opinions dissidentes (dissenting opinions) étant ici précisé que ce dernier terme s’applique
uniquement aux opinions qui désapprouvent le dispositif du jugement rendu.
246
Cour permanente de justice internationale, devenue après la guerre Cour internationale de justice.
247
Cour européenne des droits de l’homme, mais non Cour de justice des Communautés.
248
ZOLLER (E.), « La pratique de l’opinion dissidente aux Etats-Unis », en ligne sur http://cda.u
paris2.fr/Zoller%20Opinion%20dissidente.pdf.

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aujourd’hui. Par ce fait, tout juge a la faculté de joindre à la décision prise à la
majorité, l’exposé des raisons pour lesquelles il n’a pas voté dans le même sens que
ses collègues. Ceci va dans le sens de la démocratie qui implique d’ailleurs deux
devoirs : Il s’agit d’un côté d’exprimer son opinion, ou s'informer si l'on manque
d'éléments pour en avoir une et de l’autre, de respecter l'expression des autres
opinions. La démocratie ne peut donc se concevoir comme simple « dictature de la
majorité » et, exclut par conséquent toute idée de suppression d'une opinion même
minoritaire, sauf dans le cas très spécifique où celle-ci prône explicitement le recours à
la violence et à des actions anti-démocratiques. Alors l’interdiction des opinions
dissidentes parait anti démocratique.

Par ailleurs, la pratique de l’opinion dissidente répond à une autre nécessité que
le simple besoin de transparence, il s’agit de rendre les juges responsables de leurs
décisions.
Ainsi, l’introduction des opinions séparées, bien loin d’affaiblir cette
respectabilité, la renforcerait de plusieurs façons : elle contraindrait la majorité à
rédiger les décisions avec plus de précision et de rigueur de manière à se prémunir
contre les arguments contraires ; elle permettrait aux conseillers minoritaires de
préparer les évolutions futures ; elle inciterait les autorités de nomination à choisir des
personnalités assez qualifiées pour participer à un débat de ce type249. Parce que le
juge dissident adresse deux messages à l’endroit de ses collègues : l’un consiste à
évoquer prophétiquement un changement qui s’annonce et à le rapprocher du droit.
L’autre consiste à révéler une réalité, une vérité qui existe mais qui demeure
invisible au droit et qui est niée par le droit.
Certes, l’on pourrait objecter en soutenant à la suite de François Luchaire que
l’introduction des opinions dissidente affaiblirait l’autorité de la chose jugée attachée
aux décisions rendues en matière de contentieux électoral. Cependant, ce risque serait
écarté si l’on prenait soin de n’autoriser l’expression de ces opinions qu’après la
prestation de serment du Président proclamé élu ou l’entrée en fonction de la nouvelle
Assemblée.
Si les opinions dissidentes ne constituent pas le droit, elles ont par contre une
certaine autorité de persuasion. De plus, ces opinions peuvent devenir le droit dans la

249
TROPER (M.), op.cit., p.8

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mesure où des décisions majoritaires subséquentes reprendront l’argumentation qu’elles
contenaient. Les arguments soutenus dans les opinions séparées peuvent dès lors nourrir
l’évolution de la jurisprudence lors de procès ultérieurs et écarter le langage parfois exagéré
du juge électoral.

B- Un langage exagéré

Le sentiment de malaise et les critiques à l'égard de la jurisprudence électorale se


nourrissent surtout du nombre important de décisions par lesquelles le juge électoral confirme
une élection, tout en reconnaissant expressément que les irrégularités sont « regrettables »,
«critiquables » « condamnables « répréhensibles » ou « appellent une particulière
réprobation ». C’est justement la résultante de la théorie dite de l’influence déterminante
fondée sur l’écart des voies, caractéristique de la technique du juge électoral. La démarche du
juge s’appuie conjointement ou alternativement sur le caractère déloyal, violent ou massif de
l’irrégularité et sur l’écart de voix.

Précisément, ce dernier élément, l’écart de voix, est ce qui motive in fine la décision
du juge électoral. Ce critère essentiel implique qu’un faible écart de voix entraînera
l’annulation alors qu’un écart de voix significatif justifiera le maintien des résultats malgré la
méconnaissance avérée de dispositions du Code électoral250.

Mais, que l'ampleur d'une victoire « blanchisse » de telles irrégularités conduit très
vite l'opinion et les candidats à considérer que plus la fraude est importante, plus elle est
productive de voix, et plus l'élu se met à l'abri d'une annulation de son élection. Comment ne
pas être tenté de qualifier de subjectives voire d'arbitraires ces affirmations du Conseil ?

Dominique Rousseau, dans son manuel de contentieux constitutionnel, exhorte le


Conseil Constitutionnel français, et ceci vaut pour les juridictions africaines, à exercer un
« […] contrôle plus ferme des irrégularités électorales » afin de maintenir « […] la croyance
en la vertu de la légitimité démocratique251 ».

250
DESMOULIN (G.), « Le contentieux des élections législatives : vers une application de la Convention
européenne des droits de l'homme ? », Revue du droit public et de la science politique, n°1, L.G.D.J, 1997, 37 p.
251
ROUSSEAU (D.), Droit du contentieux constitutionnel, Montchrestien, 6e éd., 2001, p.364.

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L’argumentaire le plus pertinent contre cette jurisprudence de l’effet utile est
sans aucun doute à mettre au crédit de Jacques Robert, ancien membre du Conseil
constitutionnel. Dans l’ouvrage récemment paru, La Garde de la République, où il
livre une vue de l’intérieur du Conseil Constitutionnel, il écrit « […] de toutes les
missions confiées au Conseil Constitutionnel, celle qui m’a laissé, après neuf années
de mandat, une curieuse impression de malaise, pour ne pas dire un sentiment
désagréable d’insatisfaction est, à n’en point douter, le contrôle de la régularité des
élections législatives et présidentielles 252 ». Pour Jacques Robert, le débat doit être
placé sur le terrain de la morale et non seulement du droit strict. Il considère ainsi
comme contraire à la morale la plus élémentaire que le juge électoral n’invalide pas
des élections manifestement frauduleuses. C’est donc la politique jurisprudentielle du
juge électoral qui est discutée par ces auteurs qui estiment que la fraude corrompt tout.

Face à tout ce qui précède, il « se pose donc la question de savoir si, dans un tel
contexte, les élections concurrentielles ne sont pas un mécanisme de recyclage
d’anciens partis uniques en partis hyper dominants bénéficiant de surcroît de la
légitimité conférée par le suffrage universel253 ».
Il ne fait donc plus de doute qu’en Afrique, comme l’exprime Alioune Badara
Fall, « Le juge, ou de manière générale l'appareil judiciaire, est décrié, spolié et accusé
de tous les maux : lui dont la haute mission est de trancher les conflits et protéger les
citoyens contre les violations de leurs droits et libertés et contre tout arbitraire de la
part des pouvoirs publics, se trouve quotidiennement et violemment pris à partie et
soupçonné de partialité, de corruption, de négligence et même très souvent
d'incompétence254 ».
Toutes ces lacunes relevées dans la conduite du contentieux électoral ont créé
un déficit de confiance des citoyens et de la Communauté internationale vis-à-vis de
cette institution et de son organe. La conséquence de ce déficit de confiance est la
multiplication de procédés internationaux de surveillance des élections et de règlement
des conflits électoraux qui, loin de renforcer le contentieux électoral, le ruinent
davantage.

252
ROBERT (J.) cité par Ferdinand MELIN-SOUCRAMANIEN, « Le Conseil Constitutionnel, juge électoral »,
Pouvoirs, n° 105, 2003, p.125.
253
OTAYEK (R.), « Les élections en Afrique sont-elles un objet scientifique pertinent ? », in Des élections
comme les autres, Politique Africaine, N° 69, 1998, p.4.
254
BADARA FALL (a.) « Le juge, le justiciable et les pouvoirs publics : pour une appréciation concrète de la
place du juge dans les systèmes politiques en Afrique », Afrilex, N°3, Juin 2003, p.2.

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CHAPITRE II :

UNE EMASCULATION EXOGENE :

Le contentieux électoral subi une concurrence qui se retrouve à deux niveau : d’abord
au niveau de la surveillance des élections pour déterminer leur crédibilité et ensuite au niveau
du règlement des conflits électoraux. Il s’agit de pratiques qui doivent leur existence à la
coopération internationale à la suite de l’internationalisation des élections.
En effet,« De nos jours, la coopération électorale comprend les activités réalisées par
des organismes électoraux ou des gouvernements nationaux, des organisations internationales,
des organisations non gouvernementales, des associations régionales d'organismes électoraux
ainsi que des universités ou des centres de recherche dans le but de renforcer la démocratie,
les élections et toutes les institutions et procédures qui s'y rattachent255 ».Cette forme récente
de coopération est apparue à la fin de la guerre froide parallèlement à la revalorisation de la
démocratie à l'échelle tant nationale qu'internationale. Elle a donné naissance d’une part à la
surveillance internationale des élections notamment l’observation internationale des élections
et d’autre part à la médiation internationale des élections.
Comme l’exprime Francis Djedjro, « Aujourd’hui, l’élection est devenue, dans les
pays en transition démocratique ou tout simplement en crise, une affaire internationale, ne
serait-ce qu’à travers les opérations de supervision et d’observation des processus électoraux ;
elle n’est plus la seule affaire de l’État. Les actions qui sont menées dans ce cadre par les
acteurs internationaux visent à améliorer l’organisation des scrutins, soit par l’allocation de
ressources nécessaires à la bonne organisation pratique de l’élection ou à l’indication des
principes directeurs du suffrage, soit par la dénonciation des irrégularités, soit enfin par leur
implication dans le règlement des contentieux256 ».
Cependant, il convient de préciser que ces procédés nobles sont souvent fatals pour le
contentieux électoral. Une réflexion qui prend en compte l’observation internationale (Section
1) et la médiation internationale (Section 2) des élections rendra compte de cette affirmation.

255
CARILLO (M.), « Perspectives électorales internationale : le point de vue du Mexique », Perspectives
électorales, mars 2006.
256
DJEDJRO (F.), op.cit., p.51.

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Section I : L’observation internationale des élections :

L'observation internationale des consultations électorales remonte à 1857, date


laquelle une Commission composée de puissances européennes observa le plébiscite
en Moldavie et Valachie 257 . La pratique ne se généralisa réellement qu'après la
Seconde Guerre mondiale, sous l'égide de l'ONU et dans le contexte de la
décolonisation, de la transition démocratique et des opérations de maintien de la paix.
Toutefois, depuis la fin des années 90, l'ONU se concentre surtout sur l'assistance
électorale qui peut recouvrir à la fois l’observation des élections et leur certification.

Ces deux procédés qui complètent l'assistance électorale sur le plan politique258
accompagnent les « jeunes démocraties » et sont perçus aujourd’hui comme une
nécessité (Paragraphe I) au service de la légitimité démocratique (Paragraphe II).

Paragraphe I : Une institution indispensable :

L’observation électorale hormis le fait d’être indispensable est l’une des


approches les plus transparentes et les plus méthodiques visant à promouvoir et à
encourager la démocratie et les droits de l’homme. En cela, elle est une institution
indispensable. L’observation internationale est la conséquence de consécration du
principe de légitimité démocratique qui en principe traduit la volonté de l’Etat de
s’autolimiter259. Cette autolimitation tout en se justifiant par l’universalité des valeurs
démocratiques (A) traduit dans sa mise en œuvre la souveraineté des Etats (B).

A- Une naissance justifiée:

La genèse de l’observation internationale électorale se justifie par


l’internationalisation ou « la mondialisation de la démocratie260 ».

257
BEIGBEDER (Y.), cité par GHEBALI (V.-Y.), "Elections libres et régulières", Revue trimestrielle de l’union
interpalementaire, Le Monde des Parlements, N° 26, Juillet 2007, p.8.
258
Communication de la Commission de l’Union Européenne sur les missions d'assistance et d'observation
électorales de l'UE, Commission des Communautés Européennes, Bruxelles, le 11.4.2000, com(2000) 191 final,
p.6.
259
La souveraineté c’est la compétence qu’un Etat possède; elle est par suite soumise aux limitations que l’Etat a
acceptées par conventions et à celles qui résultent des règles du droit international.
260
Cette expression est employée par ARCHIBUGI (D.) qui milite en faveur d’une démocratisation mondialisée,
ou d’une mondialisation démocratisée. Réfractaire au dogme de la souveraineté, il se fie au constitutionalisme, à

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En effet, la fin de la guerre froide et l’effondrement du bloc soviétique font apparaître
la démocratie pluraliste comme le seul type de régime légitime et encouragent la diffusion
d’une nouvelle conception de la sécurité internationale261.
Dans sa Déclaration universelle sur la démocratie262, le conseil interparlementaire n’a
interparlementaire n’a pas hésité à consacrer une partie à la dimension internationale de la
de la démocratie où il affirme au point 24 que : « La démocratie doit aussi être reconnue
reconnue comme un principe international, applicable aux organisations internationales et aux
internationales et aux Etats dans leurs relations internationales. Le principe de la démocratie
internationale ne signifie pas seulement représentation égale ou équitable des Etats; il s'étend
aussi à leurs droits et devoirs économiques».
Cette internationalisation se situe dans le mouvement global du «passage à la
démocratie 263 » et d’occidentalisation du monde 264 . Ici, l’hypothèse de Francis Fukuyama
relative au triomphe de l’idéologie libérale consécutive à l’effondrement du communisme265
est à prendre au sérieux. La fin de l’empire soviétique a en effet privé les États africains et
ceux des autres régions du monde qui adoptèrent la référence communiste comme modèle
d’énonciation politique, d’un contrepoids nécessaire à leur résistance face à la diffusion
libérale. Il en a résulté, en Afrique plus particulièrement, une expansion aisée du modèle
occidental de l’État de droit.
Ainsi, le modèle démocratique qui prend corps en Afrique est celui qui repose sur la
représentation qui s’obtient par l’onction du suffrage universel, la participation c’est-à-dire la
capacité des citoyens à participer et à influencer les processus de prise de décision, la
compétition qui postule une pluralité des formations politiques qui concourent à l’expression
du suffrage, la réglementation qui suppose l’aménagement d’un corpus de règles qui organise
les rapports entre les principaux pouvoirs d’une part et d’autre part entre les pouvoirs et les
individus et la limitation qui s’entend d’une limitation temporelle et séparation spatiale et
fonctionnelle des pouvoirs266.

mi-chemin des politiques dites réalistes et des utopies, et prend au sérieux l’hypothèse d’un parlement mondial.
ARCHIBUGI (D.) cité par REMAUD (O.), « Vers une mondialisation démocratique », texte Publié dans
laviedesidees.fr, le 24 mars 2009.
261
Selon cette nouvelle conception, la démocratie est une garantie de paix et de stabilité au niveau international
(les démocraties auraient moins tendance à se faire la guerre).
262
Déclaration adoptée sans vote par le Conseil interparlementaire lors de sa 161e session au Caire le 16
septembre 1997.
263
HERMET (G.), Le passage a la démocratie, Paris, Presses de la Fondation nationale de science politique
(PFNSP), 1996,129 p.
264
BADIE (B.), l’état importe : l’occidentalisation de l’ordre politique, Paris, Fayard, 1992, p. 326.
265
FUKUYAMA (F.), La fin de l’histoire et le premier homme, Flammarion, Champs, 1993, 448 p.
266
CHEVALLIER (J.), L’état de droit, Paris, Montchrestien, 6e éd., 2003, 160 p.

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C’est ce modèle libéral qui sera fermement conseillé aux États africains à partir
années 1990. Les États francophones d’Afrique considèrent le sommet Afrique–France
La Baule en juin 1990 comme le moment symbolique de l’appel contraignant à la
libéralisation démocratique267.
C’est en effet au cours de ce sommet que François Mitterrand assimile
fondé sur le parti unique à une incivilité politique. Les États africains sont ainsi
presque tous sommés de s’engager dans la voie de la civilisation libérale triomphante
et cet engagement est érigé en conditionnalité de l’aide et de l’appui multiforme de la
communauté occidentale268. C’est ainsi, « la conformité à la démocratie comme norme
d’organisation et de fonctionnement de la vie publique des États269 » est devenue alors
le critère de légitimité des Etats.
Le principe de légitimité démocratique de l’État traduirait alors l’obligation
pour l’État de garantir la saine détermination de l’ensemble du peuple dont il constitue
l’émanation en respectant la participation de tous les citoyens, notamment le choix
qu’ils expriment au travers des suffrages et de l’ensemble des composantes de la
population à la gestion des affaires publiques et sur un plan plus global, de respecter
les droits de l’homme et des minorités sur son territoire270.
Avec une particulière clarté, la Charte Africaine de la Démocratie, des
Élections et de la Gouvernance, réaffirmant la volonté collective des États membres
d’œuvrer sans relâche pour l’approfondissement et la consolidation de la démocratie,
se donne pour objectifs de « promouvoir la tenue régulière d’élections transparentes,
libres et justes afin d’institutionnaliser une autorité et un gouvernement légitimes ainsi
que les changements démocratiques de gouvernement271 ». À cette fin, elle engage les
États parties à « interdire, rejeter et condamner tout changement anticonstitutionnel de
gouvernement dans tout État membre comme étant une menace grave à la stabilité, à
la paix, à la sécurité et au développement 272».

267
BAYART (J.-F.), « La problématique de la démocratie en Afrique noire : La Baule et puis après ?», Politique
africaine, n° 43, 1991, p. 6.
268
CONAC (G.) cité par CHOUALA (Y.A.) « Éthique et politique internationale africaine du XXIe siècle : les
normes de civilité à l’épreuve du jeu réaliste des États », Politique et Sociétés, vol. 25, n° 2-3, 2006, p.192.
269
SINDJOUN (L.), « La loyauté démocratique dans les relations internationales africaines. Sociologie des
normes de la civilité internationale », Études internationales, vol. XXXII, no 1, 2001, p.31.
270
L’Etat qui ne satisfait pas à ces critères s’expose à son démembrement au nom du droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, dans la mesure où il y aurait manifestement ici déconnexion entre l’appareil d’Etat et le peuple,
véritable détenteur de la souveraineté dans l’Etat et de l’autodétermination.
271
Art. 2, paragraphe 3 de la Charte africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance.
272
Art. 2, paragraphe 4 de la Charte susvisée.

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L’observation internationale d’élections est donc l’expression de l’intérêt que la
communauté internationale porte à la tenue d’élections démocratiques s’insérant dans le cadre
du développement démocratique, notamment le respect des droits de l’homme et de la
primauté du droit. Visant à garantir le respect des droits civils et politiques, l’observation
internationale des élections est un élément de la surveillance internationale qui sert à évaluer
les processus électoraux conformément à sa définition.
En effet, la Déclaration de 2005 273 définit l'observation électorale internationale
comme: "la collecte systématique, exacte, et exhaustive d'informations relatives à la
législation, aux institutions et aux mécanismes régissant la tenue d'élections et autres facteurs
relatifs au processus électoral en général; l'analyse professionnelle et impartiale de ces
informations et l'élaboration de conclusions concernant la nature du mécanisme électoral
répondant aux plus hautes exigences d'exactitude de l'information et d'impartialité de
l'analyse274".

Par mission d’observation électorale internationale, on entend l’action concertée des


associations et organisations intergouvernementales et non gouvernementales internationales
chargées de l’observation internationale d’élections.
Depuis près d’une dizaine d’années, les missions d’observation internationale des
élections se sont multipliées en Afrique. Très souvent, des organisations
intergouvernementales et des ONG déploient des observateurs pour « couvrir » de manière
satisfaisante la plupart des élections275 . Cet aménagement répond à un souci fondamental,
celui de l’impartialité des missions et du respect de la souveraineté des Etats.

B- Une souveraineté conservée :

Deux règles notamment ont survécu au traité de Westphalie 276 : l’égalité et la


souveraineté des Etats277. Le droit positif de la Charte des Nations Unies affirme dans son

273
Il faut préciser que la Déclaration de 2005 sur les principes pour l'observation internationale des élections est
la première du genre au plan universel et c’est donc elle qui fait autorité.
274
VASAK (K.), « Réflexion sur l’observation internationale des élections », Actes de la 3e réunion préparatoire
au Symposium de Bamako : Les élections, avril 2000. Disponible sur le site : www.democratie.francophonie.org
275
BOURGI (A.), « L'observation internationale des élections en question », 1999, en ligne sur :
reims.fr/Labos/CERI/L_observation_internationale_des_élections.htm.
276
Le 24 octobre 1648, le congrès de Westphalie met fin à la guerre de Trente Ans et rétablit la paix entre la
France, la Suède et l'empereur Ferdinand II. Les traités de Westphalie annoncent l'Europe territoriale moderne. À
l'idée d'unité du monde chrétien se substitue celle d'un système d'États indépendants.

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article 2, paragraphe 4 : « Les membres de l’organisation s’abstiennent dans leurs
relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre
l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de tout autre
manière incompatible avec les buts des Nations Unies278». La résolution 2625 du 24
octobre 1970 de l’Assemblée générale des Nations Unies est encore plus explicite : «
Aucun Etat ni groupe d’Etats n’a le droit d’intervenir, directement ou indirectement
pour quelque raison que ce soit dans les affaires intérieures ou extérieures d’un autre
Etat. En conséquence, non seulement l’intervention armée, mais aussi toute autre
forme d’ingérence ou toute menace, dirigées contre la personnalité d’un Etat ou contre
ses éléments politiques, économiques et culturels, sont contraires au droit
international279 ».

Le principe de la souveraineté des Etats est l’une des préoccupations majeures


de l’observation internationale des élections. Dans sa mise en œuvre, elle garantit
l’indépendance du pays hôte et s’efforce à faire preuve d’impartialité. Ces qualités
conduisent les citoyens et la Communauté internationale à la préférer au contentieux
électoral.

En effet, l’une des caractéristiques fondamentales de cette institution est la


liberté laissée au pays hôte de solliciter ou non l’observation du processus. C’est le
corollaire du droit de saisine en matière de contentieux électoral. En outre,
l’observation internationale des élections offre des garanties d’impartialité et
d’indépendance qui, même si elles sont consacrées dans les textes, ne se retrouvent pas
forcement dans la conduite du contentieux électoral.

En effet, les conditions préalables à l'observation internationale d'une élection


sont au nombre de quatre. D’abord, le pays prévoyant une élection doit exprimer sa
volonté expresse d'accueillir des observateurs internationaux, et ce suffisamment à
l'avance pour permettre une planification adéquate de l'observation. Si non prévue par
un accord de paix ou le mandat d'une opération onusienne de maintien de la paix,

277
Selon BODIN (J.), « La souveraineté est le pouvoir de commander et de contraindre sans être commandé ni
contraint par qui que ce soit sur la terre ». Bodin (J.), Les Six Livres de la République, Paris, 1576.
278
De son côté la doctrine Monroe — du nom du Président américain de l’époque — affirme « notre politique
consiste à ne jamais nous interposer dans les affaires intérieures d’aucune puissance de l’ancien monde »
Déclaration du 2 décembre 1823.
279
La résolution 36/103 de l’Assemblée du 9 décembre 1981 abonde dans le même sens : « Déclaration sur
l’inadmissibilité de l’intervention et de l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats ».

Mémoire de DEA Page 98


l'observation découle normalement d'une invitation facultative sauf dans la région de l'OSCE
dont les membres sont tenus en vertu du § 8 du Document de Copenhague280 d'inviter des
observateurs internationaux.

Ensuite, le pays hôte doit fournir à la mission d'observation, toutes les garanties
nécessaires en matière de sécurité et de liberté aux divers stades du processus électoral surtout
en ce qui concerne l’accréditation officielle, l’accès aux technologies et aux responsables
électoraux, la liberté de mouvement sur l'ensemble du territoire, la publication sans entrave de
conclusions et recommandations 281.

Aussi, les principaux candidats à l'élection doivent-ils approuver par avance la


présence d'observateurs internationaux.

Enfin, les exigences minimales d'un scrutin libre et régulier doivent exister a priori, à
défaut de quoi l'observation internationale n'aura pas lieu afin de ne pas servir à légitimer un
processus électoral non démocratique282. L’exemple de la Guinée en est une illustration. En
effet, les tergiversations du gouvernement guinéen à mettre en place une commission
électorale digne avait motivé les refus de certaines ONG, notamment la Commission
Internationale des Juristes de déployer des observateurs lors de l’élection présidentielle du 19
décembre 1993283.

Les missions d’observation électorale internationales doivent publier sans retard des
déclarations précises et impartiales et y présenter leurs constatations et leurs conclusions ainsi
que toute recommandation jugée utile pour l’amélioration du processus électoral général284.

280
Les Etats participants estiment que la présence d’observateurs, étrangers et nationaux, est de nature à
améliorer le déroulement des élections dans les Etats où elles ont lieu. En conséquence, ils invitent des
observateurs de tout autre Etat participant à la CSCE, ainsi que de toute institution et organisation privée
compétente qui le souhaiterait, à suivre le déroulement des opérations de leurs élections nationales, dans la
mesure prévue par la loi. Ils s’appliqueront également à faciliter un accès analogue pour les élections organisées
à un niveau inférieur au niveau national. Ces observateurs s’engageront à ne pas s'immiscer dans les opérations
électorales. Source : Document de la réunion de Copenhague de la conférence sur la dimension humaine de la
CSCE, Copenhague, 29 juin 1990.
281
Ces garantie doivent figurer si possible dans un mémorandum d'accord entre les observateurs et le pays hôte.
282
GHEBALI (V.-Y.), p.9.
283
BOURGI (A.), op.cit., non paginé.
284
Des copies de ces déclarations sont fournies aux autorités électorales et à toute autre entité nationale
compétente qui sont les premières concernées.

Mémoire de DEA Page 99


Elles doivent rendre publiques leurs premières conclusions à l’issue du scrutin et
publier un rapport final au terme du processus électoral285.

L’observation internationale des élections est menée dans l’intérêt des citoyens
du pays où se déroulent les élections et de la communauté internationale. Elle porte sur
le processus proprement dit et non sur un résultat électoral particulier, si ce n’est pour
s’assurer que les résultats ont été comptabilisés de façon honnête et exacte, dans la
transparence et le respect des délais.
Les missions d’observation électorale internationales doivent obtenir, voire
exiger, de tous les principaux candidats politiques qu’ils acceptent leur présence.
Elles doivent, en outre, faire preuve d’une stricte impartialité politique en
toutes circonstances. Les observateurs doivent en permanence faire montre d’une
stricte impartialité politique, y compris pendant leurs loisirs dans le pays hôte.
Toutes ces exigences sont reprises par l’Union Africaine dans les Directives
pour les missions d’observation et de suivi des élections de l’union africaine et visent à
rendre crédibles leurs rapports et servir la démocratie.

Paragraphe II : Le baromètre de la démocratie :

En Afrique, comme dans d’autres régions l’observation internationale des


élections est devenue au fil des dernières années une activité habituelle. Le recours à
des observateurs internationaux est souvent souhaité par les bailleurs de fonds afin de
s’assurer que les critères de la « conditionnalité démocratique » sont réellement
satisfaits par les gouvernements. Ces derniers pour leur part se tournent vers les
observateurs internationaux pour faire admettre à leur opinion publique et aux
bailleurs de fonds le caractère légitime des élections 286 . Ainsi, l’observation
internationale des élections est un facteur de crédibilité nationale et internationale des
élections (A). Elle peut être accompagnée d’une mission de certification internationale
des élections (B).

285
Selon le document portant « Principes directeurs devant guider l’envoi d’une mission d’observation
d’élections » adopté par la l’Organisation internationale de la francophonie à Marrakech en décembre 1996, dans
les 15 jours suivant son retour, la mission fait rapport au Président du CPF, par l’intermédiaire du Secrétaire
général de l’ACCT. Ce rapport doit contenir notamment : les objectifs de la mission, la liste des observateurs, les
termes de référence, le contexte global et l’importance des élections, l’itinéraire des observateurs dans le pays
demandeur, les méthodes d’observation utilisées, le résultat des élections, les modalités de la coopération avec
les autres missions internationales sur place, les conclusions de la mission et ses communiqués.
286
BOURGI (A.), op. cit., non paginé

Mémoire de DEA Page 100


A- Un facteur de crédibilité des élections:

Cette crédibilité s’observe sur le plan national par le degré de confiance accordé au
processus électoral par les citoyens (1) et sur le plan international par la reconnaissance (2).

1- Une source de crédibilité au plan national :

Un jugement éclairé sur une élection ou une consultation populaire ne peut être basé
uniquement sur ce qui est observé le jour du scrutin287. Dans ce contexte, l’observation de la
période pré-électorale et de la campagne électorale proprement dite sont essentielles. Selon les
termes de l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, il ne s’agit pas
seulement de prendre la photo du jour du scrutin, mais de voir se dérouler le film de
l’événement288.
L’observation internationale jouit aujourd’hui d’une acceptation quasi-universelle et
contribue à augmenter la confiance des électeurs et à évaluer la légitimité d’un processus
électoral et de ses résultats289.
Dans cette optique, il apparait qu’au plan national, la simple présence d’observateurs
internationaux constitue, a priori, une garantie de confiance dans l’acte électoral 290 . La
présence des observateurs génère dans l’opinion publique nationale que les élections seront
authentiques et qu’elles ne seront pas entachées de fraudes ni de corruption renforçant ainsi la
conviction des électeurs et réduisant le taux d’abstention. Concrètement, une observation

287
VASAK (K.), op. cit.
288
Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, The OSCE/ ODIHR Election Observation
Handbook, p. 8.
289
Déclaration de principes pour l'observation internationale d'élections et Le code de conduite à l'usage des
observateurs électoraux internationaux, Washington, National Democratic Institute for International Affairs,
2005, p. 10. Ce document, adopté en même temps que le code de bonne conduite des observateurs, par plus de
20 organisations internationales, énonce des normes précises à respecter en matière d'observation électorale
internationale, définissent le rôle des observateurs et rappellent le droit de tout citoyen de participer au
gouvernement. Il précise que : « L’observation internationale d’élections peut renforcer l’intégrité des processus
électoraux, soit par la dissuasion et la dénonciation des fraudes et des irrégularités, soit par des recommandations
visant l’amélioration de ces processus. Elle peut également renforcer la confiance des citoyens, s’il y a lieu,
encourager la participation aux scrutins et réduire le risque de conflits autour des élections. Elle contribue par
ailleurs à renforcer la compréhension internationale par le partage de données d’expérience et d’informations
relatives au développement démocratique ». Ces documents sont destinés aux missions d'observation, mais ils
peuvent aussi éclairer les journalistes étrangers affectés à la couverture d'un scrutin.
290
Le degré de préparation de l’administration électorale, de même que les conditions du déroulement des étapes
préparatoires à un scrutin sont des éléments cruciaux au succès d’un événement électoral.

Mémoire de DEA Page 101


internationale sérieuse et professionnelle peut contribuer à maintenir l’intégrité du
processus électoral291 en permettant la dissémination de bonnes pratiques292.

En outre l’observation permet la prévention des problèmes d’intégrité. La


d’observateurs internationaux qui surveillent le processus électoral peut décourager
ont l’intention de manipuler ou de perturber le processus. Il existe une présomption
plupart des pays que les observateurs internationaux peuvent déceler la fraude le jour
l’élection293 . Le dépistage précoce permet d’apporter des solutions avant qu’il ne soit
tard. Par ailleurs, l’observation est un moyen de consolidation d’un processus

Somme toute, et comme l’estiment Ali Illiassou et Tidjani Alou Mahamane,


seconde forme de validation doit être retenue du fait de son caractère spécial aux pays
monde. I1 s’agit de la caution qu’apporte les observateurs internationaux invités en
pompe et présents massivement sur le terrain. Loin d’être une simple mise en scène,
les opinions qu’ils émettent sur les résultats en particulier et sur le vote en général
donnent un cachet de légitimation qui résorbe les possibilités de contestation en
augmentant le capital de crédibilité des résultats295 ».
La participation d’observateurs internationaux est devenue l’un des facteurs
importants qui contribue à l’organisation d’élections démocratiques et rompt avec le
traditionnel « huit clos électoral ». L’observation électorale internationale est devenue
un instrument de mesure de la maturité démocratique pour la communauté
internationale.

2- Un facteur de reconnaissance internationale :

291
Surveillance de l'intégrité électorale, En ligne sur http://aceproject.org/ace-fr/topics/ei/eid
292
Les administrateurs électoraux, les politiciens et les observateurs nationaux apprennent à mieux connaître les
normes internationales pour la tenue d’élections libres et équitables en coopérant avec les observateurs étrangers
et en étudiant leurs rapports. Les missions d’observation électorale fournissent aux administrateurs électoraux
l’occasion d’échanger des connaissances professionnelles avec d’autres experts, en particulier sur les
mécanismes d’intégrité utilisés dans d’autres régimes.
293
CAROTHERS (T.), « The Observers Observed », Journal of Democracy, 8(3), 1997, p. 19.
294
Dans les situations conflictuelles ou dans les pays en voie de transition, la présence d’observateurs
internationaux peut, jusqu’à un certain point, décourager le recours à la violence et à l’intimidation. Leur
présence continue rassure les candidats, les surveillants et les électeurs qu’ils peuvent participer en toute sécurité.
Elle peut aussi convaincre les politiciens de l’opposition qu’il est préférable de se faire concurrence aux élections
que de s’engager dans des actes de désobéissance ou de violence.
295
ILLIASSOU (A.), TIDJANI ALOU(M.), « Processus électoral et démocratisation au Niger», Politique
Africaine, n° 53, 1994, p.132.

Mémoire de DEA Page 102


Dans une dimension internationale, l’observation internationale, permet une
légitimation des élections dans la perspective d’une reconnaissance internationale du
gouvernement issu du processus électoral concerné. En effet, « reconnaitre un gouvernement
gouvernement nouveau, c’est déclarer le tenir pour l’appareil institutionnel ayant qualité pour
qualité pour représenter l’Etat dont il prétend être devenu l’organe, dans les relations qu’on
qu’on aura désormais avec cet Etat296 ». « La reconnaissance de gouvernement se pose en cas
en cas de survenance d’une solution de continuité constitutionnelle dans un Etat donné :
donné : changement de régime politique ou d’autorité au pouvoir297 ».
La reconnaissance ou non d’un gouvernement dépend donc aujourd’hui, du moins dans les
298
dans les discours officiels, de sa légitimité démocratique en termes d’élections libres et
honnêtes.
Par conséquent, la nature démocratique d’un gouvernement implique automatiquement
sa reconnaissance internationale.
Ainsi, l’action des organisations internationales permet à l’opinion internationale de se
forger une idée globale sur la crédibilité et la légitimité des autorités élues. Le mécanisme
d’Observation internationale est un indicateur du sort à réserver aux autorités élues dans leurs
rapports avec la communauté internationale. Les rapports des observateurs internationaux sur
la mission d’observation jouent donc un rôle majeur dans la reconnaissance des autorités
élues. Généralement, un rapport positif d’observation emporte systématiquement
reconnaissance internationale. Cette reconnaissance s’exprime de plusieurs manières.
D’abord la présence des dirigeants des grandes puissances et des responsables
d’Organisations Internationales à des cérémonies d’investiture de ces nouveaux présidents
démocratiquement élus est une preuve de reconnaissance. Ainsi, la présence du Président de
la République française Nicolas Sarkozy et du Secrétaire General de l’ONU Ban Ki-moon à la
cérémonie d’investiture le 21 mai 2011 de M. Alassane OUATTARA, Président élu de la
Côte d’Ivoire illustre ce fait299.

296
COMBACAU (J.) et Sur (S.), Droit international public, 7e éd., Paris, Montchrestien, LGDJ, 2006, p. 297.
297
RANJEVA (R.) ET CADOUX (C.), Droit international public, EDICEF, Cedex, 1992, p.91.
298
LE MANACH (C.), « La crise politique hondurienne, ou la communauté internationale face à ses
contradictions. Analyse d’une levée de boucliers contre une atteinte au credo démocratique en Amérique
Latine », Mémoire de recherche, Institut d’études politiques de Toulouse, 2010, p.19.
299
Seul chef d'Etat occidental à participer à cette cérémonie autour d'une vingtaine de ses pairs africains et du
secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, Nicolas Sarkozy a été accueilli à l'aéroport de la capitale
politique ivoirienne, dans la matinée, par Alassane Ouattara. Source :
http://www.liberation.fr/monde/01012338712-sarokzy-en-cote-d-ivoire-pour-l-investiture-de-ouattara.

Mémoire de DEA Page 103


Ensuite le choix des Etats pour abriter des rencontres internationales. Dans ce
sens, en avril 1995, après la victoire de l'opposition aux élections législatives jugée
transparentes au Benin300 , Cotonou a été choisi pour abriter le VIe sommet de la
Francophonie301.
Aussi, l’invitation des Chefs d’Etats démocratiquement élus par leurs
grandes puissances traduit cette reconnaissance. L’invitation de quatre chefs d’Etats
récemment élus à la Maison blanche est évocatrice302.
Dans le même ordre d’idées, l’invitation des chefs d’Etats d’Afrique
sommets internationaux témoigne de cette reconnaissance. En effet, au Sommet du G8
s’est tenu du 26 au 27 mai 2011 le président de la République française a invité les
Présidents nouvellement élus en Afrique : M. Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire,
M. Alpha Condé de la Guinée et M. Mahmadou Issoufou du Niger, pour soutenir
l’évolution démocratique dans ces pays 303.
Enfin, cette reconnaissance s’exprime par la sympathie que manifestent
certaines puissances de tradition démocratique aux chefs d’Etats démocratiquement
élus304.

300
Aux législatives du 28 mars 1995, la Renaissance du Bénin, parti de Nicéphore Soglo, arrive en tête avec 21
députés sur les 83 sièges à pourvoir à l’Assemblée nationale. Le PRD (parti du renouveau démocratique) de Me
Adrien Houngbedji a suivi (19 députés). Le FARD-ALAFIA obtient 10 députés, le parti social-démocrate .
301
Ce sommet qui s’est tenu du 1er au 4 décembre 1996 a connu la participation de 19 Chefs d’Etats et 28 Chefs
de gouvernement et a donné lieu à une série de travaux d’embellissement spectaculaires de la ville de Cotonou.
302
Le président américain, Barack Obama, a reçu vendredi 29 juillet 2011 à la Maison Blanche, quatre de ses
homologues africains nouvellement élus à l’issu de scrutins jugés démocratiques. Il s’agit du Béninois Boni
Yayi, l'Ivoirien Alassane Ouattara, le Guinéen Alpha Condé et le Nigérien Mahamadou Issoufou. Une rencontre
destinée, selon Washington, à soutenir “les démocraties en développement”. Expliquant les raisons de cette
visite, M. Bruce Wharton, sous-secrétaire d’État adjoint chargé de la diplomatie publique au Bureau des affaires
africaines, a souligné qu’en invitant ces quatre présidents à Washington, le gouvernement Obama mettait en
relief l’importance qu’il y a «de tenir des élections crédibles, de bâtir des institutions démocratiques robustes et
d’encourager le développement économique en Afrique». Il a ajouté que « ces dirigeants ont été récemment élus
ou réélus à l’issue d’un processus démocratique, et dans certains cas après être venus à bout d’une longue
période de conflit ou de contestation de leur autorité ». Ce que le Président Américain Barak Obama n’a
d’ailleurs pas manqué de confirmer en commentant que « ces quatre chefs d’État peuvent servir de modèle au
progrès démocratique du continent, composante essentielle d’une Afrique stable, prospère et juste ». Source :
Afrique / Etats-Unis - Quatre chefs d’Etat africains invités à la Maison Blanche Article publié le : vendredi 29
juillet 2011 - Dernière modification le : vendredi 29 juillet 2011.
303
Voir G8 France 2011, Sommet de Deauville, p.5. En ligne sur www.g20-g8.com.
304
A titre illustratif, l’on peut évoquer la visite du Président américain au Ghana. Le 10 juillet 2009, Barack
Obama est arrivé à Accra pour une visite très attendue sur le continent africain304. Pour sa première visite en
Afrique depuis son arrivée à la Maison Blanche, Barack Obama accompagné de son épouse, a choisi de se rendre
au Ghana. Le président américain a entendu par cette visite soutenir la progression de la démocratie dans ce pays
anglophone d’Afrique de l’Ouest car le Ghana dont le président a été démocratiquement réélu en janvier 2009 est
en effet l’un des très rares pays africains à jouer le jeu de l’alternance démocratique. Source : Voir l’article de
Presse : « Pour Obama, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains », France 24, L’actualité internationale
24/24, 12/07/2009.

Mémoire de DEA Page 104


En revanche, un rapport négatif des observateurs internationaux sur l’élection d’une
autorité entame sérieusement la reconnaissance de celle-ci avec des conséquences qui
s’inscrivent dans la logique de la conditionnalité démocratique.
La conditionnalité démocratique est une politique de linkage qui «consiste à lier305 la
lier 305 la politique économique d’un État avec un autre État à l’octroi par ce pays de
concessions politiques ou économiques306». La politique de conditionnalité démocratique se
démocratique se veut à la fois un incitant et une menace de sanction307.

Lorsque les démarches positives, préventives et constructives n’ont pas abouti à faire
à faire cesser les violations, les sanctions, ultima ratio, interviennent 308 . L'éventail de ces
ces mesures est suffisamment large pour permettre des réactions graduées en fonction de la gravité des
309
gravité des cas d'espèce . Ces sanctions ont été prises à l’encontre de certains Etats d’Afrique
d’Afrique noire francophone dont les élections ont été jugées « irrégulières » par la
Communauté internationale à la suite des rapports des missions d’observation électorale310.
électorale 310 . Même si la pratique des sanctions liées à la conditionnalité démocratiques
démocratiques suscite des critiques311, l’on doit reconnaitre qu’elles sont d’un grand intérêt
intérêt pour la promotion de la démocratie en Afrique.

305
Linkage vient de « to link » en anglais qui signifie « lier ».
306
OTIS (G.), op.cit., p. 152.
307
DE WILDE D’ESTMAEL (T.), La dimension politique des relations économiques extérieures de la
communauté européenne. Sanctions et incitants économiques comme moyens de politique étrangère, Bruxelles,
Bruylant, 1998, p.359.
308
AUVRET-FINCK (J.), « Les procédures de sanction internationale en vigueur dans l’ordre interne de l’Union
et la défense des droits de l’homme dans le monde », In Revue trimestrielle de droit européen, p.1.
309
Elles vont, par ordre croissant, des démarches confidentielles ou publiques, à la modification du contenu des
programmes de coopération ou des canaux utilisés, au report des signatures ou de décisions nécessaires à la mise
en œuvre de la coopération, à la réduction des programmes de coopération culturelle, scientifique et technique,
au report de la tenue d’une commission mixte, à la suspension de contacts bilatéraux à haut niveau, à
l’ajournement de nouveaux projets, au refus de donner suite à des initiatives du partenaire, à des embargos
commerciaux, à la suspension des ventes d’armes et de la coopération militaire et à suspension de la coopération
avec les Etats concernés. Source : COM(95)216, annexe 2.
310
Les premières consultations sur la base de l’article 366 bis de l’Accord de Lomé ont été ouvertes en 1998
avec le Togo. Ainsi en juillet, suite aux manques de transparence des élections présidentielles, le Conseil, à
l’initiative de la Commission, décida d’ouvrir des consultations. Aucune solution n’ayant été trouvée à la fin des
entretiens et vu l’absence de mesures concrètes de la part des autorités togolaises, le Conseil décida le 14
décembre de mettre fin aux consultations et de ne pas reprendre la coopération avec le pays, sans toutefois
pénaliser la population. Candela Soriano (M.), « L’Union européenne et la protection des Droits de l’Homme
dans la coopération au développement : le rôle de la conditionnalité politique », pp. 19-20 et MANKOU (M.), «
Droits de l’homme, Démocratie et Etat de droit dans la Convention de Lomé IV », Revue Juridique et politique,
Indépendance et coopération, p.328.
311
Les répercussions des mesures négatives sur les populations ne sont pas exemptes de critiques. Beaucoup
étudiées, ces répercutions s’avèrent essentiellement humanitaires. La population, déjà victime des agissements
d’un régime non démocratique et irrespectueux des droits de la personne, est souvent la première victime des
sanctions. En outre, ces mesures peuvent amener une situation humanitaire pire que précédemment et rallier la
population à son gouvernement. Enfin, les mesures négatives ne favorisent habituellement que les droits civils et

Mémoire de DEA Page 105


Il convient à la suite de ces développements de conclure au caractère superflu
du contentieux électoral dont la tenue ne sert qu’à maintenir un semblant d’autonomie
des Etats alors même que ni les acteurs politiques au sein de l’Etat ni la communauté
internationale ne le considèrent comme une source de validation ou de certification des
élections. Car l’envoi d’une mission d’observation traduit la méfiance de la
communauté internationale vis-à-vis des institutions électorales nationales. Aussi
s’agit-il de pallier l’incompétence et l’incapacité de ces institutions. Ainsi, à un niveau
plus élevé, la communauté internationale peut, en dehors de l’existence de missions
d’observation, certifier les élections.

B- La certification internationale des élections :

Si dans ses effets la certification internationale des élections se confond à


l’observation internationale en ce sens que sa mise en œuvre entraine la
reconnaissance et conditionne l’aide au développement, son émergence récente trouve
sa justification dans les missions d’assistance internationale (1) et dans la volonté de
faire de la Communauté internationale, l’arbitre du processus électoral(2).

1- Une émanation de l’assistance électorale :

La presque totalité des démocraties établies ont, dès les années 1960, inclus la
notion d'assistance électorale dans le cadre de leurs initiatives d'assistance à la
démocratie en faveur des pays en voie de développement. Si elle a d’abord pris la
forme d’une aide aux partis politiques puis d’une aide en vue de referendums
constitutionnels que ces démocraties établies apportaient aux Etats, l’assistance
électorale a très vite fait de s’étendre à l’organisation des élections.
Cependant, la participation des Nations Unies aux activités électorales a
véritablement commencé au cours des années 1960 et 1970312. À la fin des années

politiques, et les sanctions, telles que le retrait de l’aide ou la suspension d’accords commerciaux, exercent des
pressions non négligeables sur les droits sociaux et économiques.
312
Le premier engagement des Nations Unies dans les processus électoraux remonte aux années 1940 par
l'observation des premières élections dans la Péninsule koréenne. Ensuite le Trusteeship Council a assuré
l'observation ou la supervision de 30 plébiscites, référendums ou élections dans diverses parties du monde. Vers
la fin des années 1980, le PNUD a financé plusieurs petits projets visant à apporter une assistance technique

Mémoire de DEA Page 106


1980 et au commencement des années 1990, l'ONU était engagée dans des missions
électorales de plus grande envergure, de trois types – l'organisation et le déroulement des
des élections à travers l'Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge en 1993; la
la supervision et le suivi des élections en Namibie en 1989 et la vérification du processus
processus électoral au Salvador à travers en 1994 313 et aujourd’hui, la certification des
élections.
En effet, pour évoquer les buts et objectifs de l’assistance des Nations-Unies dans un
pays post conflit, Ali-Diabacté Tadjoudine démontre que « Dans la plupart des documents et
Résolutions du Conseil de Sécurité ou de l’Assemblée Générale, les Missions de Maintien de
la Paix et les Missions Politiques Spéciales ont des mandats électoraux dont les objectifs
s’articulent fréquemment autour des trois (3) points suivants : Contribuer à l’instauration d’un
climat politique apaisé, contribuer à créer les conditions sécuritaires propices à l’organisation
des élections et renforcer les capacités de l’administration électorale. A ces objectifs réguliers
s’ajoutent quelques fois deux autres : Appuyer ou coordonner l’observation électorale
nationale et internationale et procéder à la certification du processus électoral314 ».
En effet, « la certification » qui a « pour objet la validation de l’élection, par rapport
aux critères de transparence, justice, et crédibilité 315», est une activité récente des Nations
Unies qui intervient lorsque l’ONU est le principal organisateur de l’élection316. Elle a été
mise en œuvre en Côte d’Ivoire lors des élections de 2010317.
La certification semble être une nécessité surtout dans les pays d’Afrique noire
francophone où les institutions électorales en l’occurrence les juridictions électorales n’offrent
aucune garantie d’indépendance. Il s’agit d’une novation remarquable introduite dans le
dispositif électoral international dans le but de mieux renforcer la légitimité électorale et qui
consiste en quelque sorte à opérer un arbitrage des élections.

2- Un arbitrage des élections :

spécifique à différents processus électoraux ainsi qu'à la création des infrastructures nécessaires au déroulement
des élections.
313
Disponible en ligne sur http://aceproject.org/ace-fr/focus/rendre-efficace-lassistance-electorale/onePage.
314
TADJOUDINE (A.-D.), « La problématique des élections après un conflit et de la certification », Séminaire
de l’Organisation Internationale de la Francophonie, New York, USA, 11 décembre 2008.
315
Assi (E.), « Le Conseil Constitutionnel entre certification et souveraineté du peuple », disponible en ligne :
http://www.ado.ci/images/Entre_certification_souverainete_peuple_Lt_ASSI.pdf
316
10 Questions sur la certification des élections en Côte d’ivoire, Cellule de certification des élections/ONUCI ;
en ligne sur : http://www.onuci.org/leaflet/Depliant%20certification.pdf.
317
Le cas de la Côte d’Ivoire constitue une exception dans le sens où l’ONU n’a pas véritablement conduit
l’ensemble du processus électoral. Le Secrétaire général des Nations Unies a certifié des élections dont il n’est
pas l’organisateur, c’est un défi.

Mémoire de DEA Page 107


La certification des élections est un procédé qui sert à « certifier », c’est-à-dire,
attester » que les étapes fondamentales du processus électoral se sont déroulées selon
normes et principes internationaux d’équité, de liberté, d’exclusivité et de
Le mandat de certifier est accordé par le Conseil de sécurité des Nations unies après
d’une demande émanant du pays hôte. Ce type de mandat est très rare. Dans l’histoire
Nations Unies, cela n’a été exécuté que dans deux (2) pays319. Pour décrire le procédé
certification, il convient de se référer au cas de la Côte d’Ivoire.
La certification des élections de sortie de crise en Côte d’Ivoire, qui est une
première en Afrique, répond à une demande des parties ivoiriennes signataires de
l’Accord de Pretoria de voir les Nations Unies accompagner le processus électoral de
sortie de crise. A cette invite, le Conseil de sécurité devait répondre par la Résolution
1765 adoptée le 16 juillet 2007 qui, en son paragraphe 6, confie au Représentant
spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire, Son Excellence Choi
Young-Jin, un mandat de certification de ces élections de sortie de crise320.

En Côte d’Ivoire, l’ONU devait certifier des élections qu’elle accompagne sans
les organiser, car l’organisation des élections est une compétence exclusive de la
Commission électorale indépendante. Il s’est alors agit pour le Représentant spécial du
Secrétaire général des Nations Unies de certifier que tous les stades du processus
fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections ouvertes, libres,
justes et transparentes conformes aux standards internationaux pour aider la Côte
d’Ivoire à sortir des crises multiformes auxquelles elle est confrontée depuis plus
d’une décennie.

Une autre Résolution 321 du Conseil de sécurité circonscrit les étapes du


processus devant faire l’objet d’une certification explicite. Il s’agit essentiellement de
la publication de la liste électorale et des résultats des élections. La certification est

318
TADJOUDINE (A.-D.), op.cit, p.3.
319
Le Timor-Est en 2007 et le Népal en 2008. Le troisième mandat de certification concerne le processus
électoral en Côte d’Ivoire.
320
Le Certificateur est mandaté par le Conseil de Sécurité pour certifier que tous les stades du processus électoral
fourniront toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législatives ouvertes, libres,
justes et transparentes, conformément aux normes internationales.
321
Il s’agit de la résolution 1826 adoptée le 29 juillet 2008 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Mémoire de DEA Page 108


implicite pour les autres aspects du processus électoral322. Cinq (5) critères cadres323 de la
certification, en concertation avec les acteurs politiques ivoiriens et le Facilitateur, ont été
retenus par le Certificateur.

La certification attache l’idée selon laquelle les Etats africains qui la sollicitent sont
sont incapables de conduire et certifier eux-mêmes leurs élections car la certification des
des élections ajoute une nouvelle exigence institutionnelle et fonctionnelle au processus
processus électoral. Le contrôle de la régularité des élections reconnu aux juridictions
constitutionnelles n’est plus l’ultime opération en la matière. En clair, avec la certification, le
juge électoral n’a plus « le pouvoir du dernier mot », ce qui contribue à affaiblir son
autorité324. La certification apparait comme une opération qui est au-dessus des opérateurs du
contentieux ; en d’autres termes, elle assure le règlement du contentieux des contentieux.

Par ailleurs, l’observation et la certification ne sont pas sans poser des questions
d’ingérence car là où l’ordre juridique interne d’un État rencontre des éléments du système
international, il y a nécessairement des risques d’interférences.

L’opposition des Etats-Unis à la certification des élections au Congo Kinshasa traduit


non seulement la volonté d’éviter un scénario à l’ivoirienne mais témoigne d’une confiance
vis-à-vis du juge du contentieux électoral325.

En effet, comme le dit James Entwi, Ambassadeur des Etats unis en RDC, la
souveraineté en matière d’organisation des élections ne faisant plus l’objet des contestations
de partenaires, les Congolais doivent savoir en user avec responsabilité d’autant plus que ces

322
La certification implicite a porté sur 3 aspects qui sont : un environnement paisible et sécurisé, un processus
inclusif, c’est-à-dire sans exclusion et des médias libres et équitables.
323
Les 5 critères cadres sont la paix, l’inclusion de tous les citoyens qui ont le droit de figurer sur la liste
électorale ou qui sont éligibles, les médias d’Etat qui doivent être impartiaux et accessibles équitablement et
également aux candidats, la liste électorale et les résultats qui ne devront plus être remis en cause une fois
certifiés.
324
DJEDJRO (F.), op.cit., p. 153.
325
James Entwi, ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa s’est insurgé contre ceux qui réclament l’implication de
la communauté internationale dans le processus électoral à travers une certification. Pour le diplomate américain,
les Congolais ont les capacités de s’assumer en matière d’organisation des élections. L’ambassadeur a déclaré
que : «les Congolais ont et continuent de développer les capacités de gérer eux-mêmes leurs propres élections».
Le processus électoral en RDC connaît quelques ratés, mais cela n’induit pas que les Congolais étaient
incapables de se prendre en charge en cette matière. James Entwi estime qu’il faut enlever l’idée que «les
Congolais sont incapables de conduire et certifier eux-mêmes leurs élections » « Congo élections : les USA
opposés à la certification des élections », Le Congo, Hebdomadaire d’actualités congolaises, Dossier élections,
publié le 24 août 2011. Disponible sur www.lecongo.info.

Mémoire de DEA Page 109


élections concernent les Congolais et non la communauté internationale. Même si
celle-ci pourra revenir à la charge dans le cadre d’une médiation.

Section II : La médiation électorale

Les nouveaux conflits en Afrique « appellent de nouvelles approches et de


méthodes dosant avec subtilité et selon des proportions variables, la légalité, le recours
droit et la négociation politique avec toutes les forces politiques, armées et civiles, en
présence le plus souvent des tiers jouant le rôle de médiateur, de facilitateur ou de
pression 326 ». Les nouveaux défis induits par les conflits et la violence liés aux
mettent en relief l’importance que revêt la mise en place d’institutions qui garantissent
l’équilibre entre la compétition et l’ordre, la participation et la stabilité, la contestation
consensus. Cette nécessité a conduit la communauté internationale à envisager le
des conflits électoraux par la médiation. En effet, la plupart des conflits récents ont en
effet été résolus par la médiation qui est en fait un règlement politique des conflits
(Paragraphe I) qui corrige les carences du contentieux électoral (Paragraphe II).

Paragraphe I : le règlement politique du contentieux électoral :

La médiation a acquis une grande importance comme moyen de règlement


pacifique des différends. Le nombre d'organisations internationales,
intergouvernementales et non gouvernementales impliquées dans des activités de
médiation a considérablement augmenté. Les problèmes sans solution tels que les
élections contestées abondent dans le monde en général et en Afrique noire
francophone en particulier et l'on peut même considérer que leur nombre s'accroît plus
vite que les solutions disponibles. Ainsi, la résolution des conflits électoraux par la
médiation constitue une incursion de la politique dans le droit(A) pour assurer la
paix(B).

A- Le droit saisi par la politique327 :

326
DE GAUDUSSON (J.), op.cit., p.622.
327
DE GAUDUSSON (J.) pose cette question : «Instrumentalisé par les acteurs politiques, le droit n’en vient-il
pas à être saisi par la politique […] ? ». Cité par Bolle (S.), « Des Constitutions « made in » Afrique »,
Communication au VIe congrès de droit constitutionnel français, 9, 10, 11 Juin 2005, p.12. Cependant, ce terme

Mémoire de DEA Page 110


Cette affirmation est illustrée par Schawrz-Liebermann qui utilise la métaphore
suivante : “la politique est appelée à être la sage-femme du droit, catalyseur du droit potentiel
potentiel et même d’une certaine manière, droit in statu nascendi328 ».

Dans son essai sur saint Augustin, Reinhold Niebuhr essaie, pour commencer, de
définir le réalisme en politique. Selon lui, dans le domaine de la politique le réalisme dénote
une disposition à prendre en considérant tous les facteurs et particulièrement les facteurs
d’intérêt personnel et de pouvoir qui, dans une situation politique et sociale donnée, opposent
une résistance aux normes établies. Cette résistance se répercute sur le droit électoral où les
principaux acteurs en considération d’intérêt partisans violent les dispositions
constitutionnelles, légales et règlementaires.

Dans ces conditions, l’incapacité de certains États à définir des mécanismes de


négociation et de régulation pacifique de l’ordre politique329 rend impératif le recours à la
médiation internationale électorale afin de régler politiquement les conflits suscités par
l’organisation des élections.

La genèse de la médiation internationale des élections traduit cette affirmation.


Comme le dit Mme Christine Desouches, Conseiller spécial du Secrétaire général de la
Francophonie chargé des Affaires politiques et Diplomatiques, « […] confrontée aux
soubresauts qui ont très vite émaillé les processus démocratiques ainsi engagés, liés
notamment aux graves dysfonctionnements constatés dans le déroulement des élections ou
dans le fonctionnement des régimes et des Institutions, avec des déficits notables de la culture
démocratique, la Francophonie, devenue un partenaire significatif de la construction de
l’espace démocratique francophone et bénéficiant de la confiance des protagonistes, s’est
attachée à mettre au point de nouveaux mécanismes, au service du règlement des crises ou des
conflits, essentiellement d’ordre interne, résultant de ces difficultés d’enracinement, trait
constant jusqu’à ce jour 330».

n’est pas utilisé aussi dans le sens de l’instrumentalisation mais plutôt dans un sens positif où cette incursion de
la politique dans le droit permet la recherche du compromis et l’évitement des conflits.
328
SCHAWRZ-LIEBERMANN VON WAHLENDORF (H.A.), cité par LISSOUCK (F.F.), « Pluralisme
politique et droit en Afrique noire francophone: essai sur les dimensions institutionnelles et administratives de la
démocratisation en Afrique noire francophone », in Thèse à la carte, Atelier national de reproduction des thèses,
2003, p.11.
329
TSAKADI (K.), « Quel avenir pour la médiation électorale en Afrique ? », Multipol, août 2006, p.2.
330
DESOUCHES (C.), « Exposé de problématique : la pratique de l’Organisation Internationale de la
Francophonie en matière de médiation », Retraite sur la médiation de la francophonie, Genève, 15-17 Février
2007, p 22.

Mémoire de DEA Page 111


La pratique de la médiation électorale consacre ainsi l’invasion du droit par la
politique qui est selon Smith « l’art du compromis sous sa forme institutionnelle » car
politique, c’est la pratique du compromis 331».

En effet, la médiation est consacrée soit implicitement soit explicitement par


textes. Le programme d’action annexé à la Déclaration de Bamako du 3 novembre
adopté dans le cadre de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) affirme
que la francophonie attend « Faciliter le dialogue interne, avant, pendant et après les
élections332 ». Aussi, les Directives pour les missions d’observation et de suivi des
élections de l’Union africaine prévoient cette médiation électorale au point 4.3333 ».

Dans le cadre des Nations-Unies, par une déclaration faite lors d’une réunion
du Conseil de sécurité consacrée à la prévention des conflits en Afrique, le 28 août
2007334, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-monn, a proposé de renforcer
les capacités de son institution dans le domaine de la médiation. A cet effet, une
équipe permanente d’experts en médiation a été mise en place au niveau du
Département des affaires politiques des Nations unies, le 5 mars 2008335.

En principe, la médiation telle que conçue en Droit international et transposée


en droit interne est un procédé politique de règlement des différends, les solutions
pouvant être recherchées hors du droit. C’est justement pour cette raison qu’elle n’est
pas contraignante336.

Ainsi, lorsque la résolution des conflits politiques en général et électoraux en


particulier prend une connotation politique par le truchement de la médiation, le
contentieux électoral au sens propre devient superflu et le juge électoral est renvoyé au
chômage car la pratique de la médiation s’explique par la prépondérance du souci de
ménager la susceptibilité des parties au conflit et conduit inéluctablement à la
331
NOEL (F.), « Myriam première », 1987.
332
Selon le Programme d’Action de Bamako adopté par la IXème Conférence des chefs d’État et de
gouvernement des pays ayant le français en partage, Beyrouth, les 18, 19 et 20 octobre 2002, « La mission
d’évaluation doit d’abord décider de la portée ou du mandat de la mission électorale. Les différents types de
mandat sont, entre autres, les suivants : ... la médiation, c’est-à-dire l’intervention d’une tierce partie dans le
contentieux électoral afin d’aider les parties en litige à trouver des issues ou solutions mutuellement acceptables
à leur contentieux électoral ».
333
Directives pour les missions d’observation et de suivi des élections de l’union africaine, point 4.3.iii.
334
Conseil de sécurité CS/9105.
335
Centre d’information des Nations-Unies, Réunion du Conseil de sécurité consacrée à la prévention des conflits
en Afrique, 28 août 2007, Dépêches du service d’information des Nations-Unies. En ligne sur www.un.org.
336
DECAUX (E.), Droit international public, 5e édition, Paris, Dalloz, 2006, p.241.

Mémoire de DEA Page 112


rechercher des compromis par le dialogue. Ainsi les solutions juridiques, tranchées,
obligatoires et frustrantes sont écartées au profit d’issues librement consenties. L’office du
L’office du juge fait alors place à celui des compromis politiques qui étant inévitables sont de
sont de ce fait souhaitables.

Par la justice, c’est la sanction qui est envisagée. Tout crime appelle une sanction, il
s’agit de répondre à la demande de sanctions pour les crimes les plus graves. Par contre, en
dehors de la justice, il faut trouver les moyens de discuter, de se comprendre, de transiger et
de pardonner. Le pardon échappe au droit, c’est une valeur supra-juridique et supra-éthique.
C’est pourquoi, la communauté opte pour un règlement des conflits électoraux en dehors de la
justice.

Les conflits naissent généralement en raison du déficit démocratique ou de


communication entre acteurs politiques. Certains pays comme le Sénégal337 sont passés par
cette phase difficile, mais ont pu s’en sortir grâce aux vertus de la médiation, du compromis.

La médiation est donc un des moyens de sortir de l’impasse dans l’intérêt de la nation
et pour y parvenir, il faut trouver un médiateur dont le rôle est de créer les conditions de
dialogue entre les parties au conflit. Pour ce faire, le médiateur se fixe une méthode, une
approche avec des procédures susceptibles de garantir le succès de son action dont le but
ultime est l’instauration de la paix.

B- La médiation électorale au service de la paix

La médiation est une composante intégrale du rétablissement de la paix et elle a le


potentiel pour jouer un rôle prépondérant dans la prévention, la gestion et la fin de conflits338.
En effet, au-delà des principaux conflits en cours en Afrique portant sur l’intégrité
territoriale des Etats, tels que le Soudan et la Somalie, le continent est confronté à plusieurs
conflits récents qui sont le fruit de doléances liées à la mauvaise gouvernance et à des
politiques d'exclusion. Dans beaucoup de cas, des élections injustes ou non réussies ont
précipité les conflits politiques ou aggravé les tensions latentes, entrainant ainsi une explosion

337
KA (D.), « Processus de négociation et consensus », in rapport de la conférence organisée par le NDI sur Le
rôle des partis politiques dans une transition démocratique, Kinshasa, République Démocratique du Congo, du
26 au 28 juin 2001, p.9.
338
GOVENDER (K.) et GANDU (Y.), r a p p o r t e u r, « Vers le renforcement des capacités de médiation de
l’Union Africaine », rapport basé sur un séminaire organisé par la commission de l’union africaine (U.A.) Addis-
Abeba, Ethiopie, 15 – 16 octobre 2009.

Mémoire de DEA Page 113


de conflits. Au cours des cinq dernières années par exemple, de violents conflits sont
nés de la lutte pour la conquête du pouvoir politique en Afrique, comme l’ont
démontré les nombreuses crises électorales dramatiques.
Au Benin, Après l’élection présidentielle du 13 mars 2011, la situation
paralysée. Adrien Houngbédji, l’opposant historique au président Boni Yayi a refusé
reconnaitre sa défaite optant pour la rue. « Nous avons gagné cette élection », a-t-il
déclaré à la presse. D’après lui si Boni Yayi l’a emporté, c’est grâce à des fraudes339. «
Il s’agit bel et bien d’une attaque en règle contre notre démocratie et l’État de droit »,
précise-t-il. Un scenario semblable s’est produit au Gabon340.

Au Kenya et au Zimbabwe des scènes semblables ont été enregistrées341. Bien


que dans la majorité des cas, l'ampleur des hostilités n'atteigne pas le niveau de conflit
armé ou de guerre civile, invariablement, l’on assiste à des pertes en vies humaines,
des destructions de biens, une polarisation sociale, ainsi qu'à un blocage ou un échec
des efforts de démocratisation. Dans la région des Grands lacs, une ère de conflits
semble avoir été ouverte par le génocide rwandais en 1994, dont la conséquence
directe aura été le bouleversement géopolitique dans la région. A la suite de ce
génocide, la conflictualité qui a repris ses droits a entraîné toute la région dans une
spirale de violence et de déflagration totale342.

Il est donc incontestable que par le phénomène de mondialisation343, un conflit


interne peut menacer la sécurité internationale. D’ailleurs la réflexion de Zygmunt
Bauman, sociologue et professeur émérite des universités de Varsovie permet cette
affirmation. Pour lui: « La mondialisation est inéluctable et irréversible. Nous vivons
déjà dans un monde d’interconnexion et d’interdépendance à l’échelle de la planète.
Tout ce qui peut se passer quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout
ailleurs. Lorsque l’on évalue les mesures à adopter dans un endroit donné, il faut

339
Lire l'article sur Jeuneafrique.com : « Une crise postélectorale s'installe au Bénin », paru le 01 avril 2011 ».
340
Après avoir pris malgré lui acte de la victoire du fils de l’ancien président de la République gabonaise, Ali
Bongo, à la présidentielle d’août 2009 dans son pays, l’opposant André Mba Obame, suite aux révélations d’un
documentaire de la chaîne française France 2, s’est autoproclamé président de la République du Gabon. Cette
autoproclamation suivie de la formation d’un gouvernement parallèle s’est soldée par une vague de violences.
341
NOUGTARA (E.), « Analyse de la stratégie d’internationalisation des entreprises en Afrique par la méthode
de l’adaptation : Cas de Télétel Faso », Mémoire de Master of science in management, Option Marketing et
Commerce International, Ecole supérieur de commerce de Dakar, 2008.
342
NGODI (E.), « les conflits et la reconstruction en Afrique, cas de la région des Grands lacs », 10e assemblée
générale du CODESRIA, Kampala en Ouganda, du 3 au 12 décembre 2002, p.3.
343
La mondialisation désigne l'expansion et l'harmonisation des liens d'interdépendance entre les nations, les
activités humaines et les systèmes politiques à l'échelle du monde.

Mémoire de DEA Page 114


prendre en compte les réactions dans le reste du monde. Aucun territoire souverain, si vaste, si
peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa
prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Notre dépendance
mutuelle s’exerce à l’échelle mondiale344 ».
Le besoin s’est alors imposé de prendre des mesures dans le cadre de la coopération
internationale en vue de sauvegarder la paix et promouvoir le développement durable. La
médiation électorale est l’une de ces mesures les plus fréquemment utilisés et dont l’un des
buts est la sauvegarde de la paix.
La paix renferme deux éléments fondamentaux selon Alain Fogue Tedom qui sont la
sécurité et la stabilité 345 . L’intérêt accordé à la paix et la reconnaissance de la médiation
électorale comme un moyen d’y parvenir est exprimé par les Etats à travers divers textes et
sous diverses formes.
C’est le cas de l’article 2.4 de la Charte africaine de la démocratie, des élections, et de
la gouvernance346 par lequel les Etats parties s’engagent à « Interdire, rejeter et condamner
tout changement anticonstitutionnel de gouvernement dans tout Etat membre comme étant
une menace grave à la stabilité, à la paix, à la sécurité et au développement ». Dans cette
optique, l’article 13 dispose que : « Les Etats parties prennent des mesures pour établir et
maintenir un dialogue politique et social, ainsi que la transparence et la confiance entre les
dirigeants politiques et les populations en vue de consolider la démocratie et la paix ».
Une autre illustration de cet intérêt est donnée par la Francophonie à travers la
Déclaration de Bamako347 et la Déclaration de Saint Boniface348. Il ressort de ces textes que,
par la facilitation ou la médiation électorale, la Francophonie vise la promotion de la paix à

344
BAUMAN (Z.), Le Nouvel Observateur, 24/30.05.07.
345
Pour TEDOM, dans un premier temps, la paix suppose la sécurité. Politiquement, la sécurité repose sur la
confiance entre gouvernants et gouvernés ; elle renvoie à la nécessité pour les responsables politiques et
administratifs de garantir aux citoyens l’exercice de leurs libertés publiques, tout en assurant l’ordre, et de
maîtriser les différents conflits sociaux. Dans un second temps, la paix traduit la stabilité. Un Etat stable renvoie
à un Etat moderne, un Etat où le droit est au quotidien une réalité et où l’accès au pouvoir est subordonné au
respect de la sincérité des scrutins et l’économie libérale de règle. Autrement dit, la stabilité d’un Etat suppose la
solidité de ses institutions politiques mais également sa capacité à apporter des solutions politiques
démocratiques aux problèmes de la société. TEDOM (A.F.), Enjeux géostratégiques et conflits politiques en
Afrique noire, l’Harmattan, Paris, 2008, p.85.
346
Cette charte a été adoptée par la huitième session ordinaire de la conférence tenue le 30 janvier 2007 a Addis
Abeba en Ethiopie en vue, entre autre, d’enraciner dans le continent une culture d’alternance politique fondée sur
la tenue régulière d’élections transparentes, libres et justes, conduites par des organes électoraux nationaux,
indépendants, compétents et impartiaux.
347
Elle a été adoptée le 3 Novembre 2000 par les Ministres et Chefs de délégation des Etats et gouvernements
des pays ayant le français en partage à Bamako lors du Symposium International sur le bilan des pratiques de la
démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone.
348
Cette déclaration porte sur la prévention des conflits et la sécurité humaine. Elle a été adoptée à Saint
Boniface le 14 mai 2006 dans le cadre de la Conférence ministérielle de la Francophonie sur la prévention des
conflits et la sécurité humaine.

Mémoire de DEA Page 115


travers une vie politique apaisée et concerne à des degrés variables, tous les Etats et
gouvernements.
La médiation électorale en permettant le règlement des conflits électoraux sert
fait l’instauration de la démocratie tout en contribuant au développement349 qui n’est
que dans la paix350.
Selon le philosophe néerlandais Spinoza, la paix n’est pas, seulement, une
guerre. C’est, également, une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de
confiance, de justice. A cela l’on doit ajouter que la paix est, également, une condition
préalable au développement351.
En effet, les paramètres qui consolident la démocratie en l’occurrence la
médiation confèrent une finalité qui est celle d’engager une dynamique de paix et de
développement.
D’ailleurs, est édifiante la réflexion de Martin Kalulambi Pongo par laquelle il
que de par les espoirs placés en eux, la démocratie et le développement ne sont autre
que deux objectifs hautement désirables, deux projets dont la finalité principale est la
recherche et l’amélioration du bien-être de tous. Leurs défis sont divers, complexes et
inter-reliés 352 , à tel point que la poursuite de l’un ne peut signifier l’abandon de
l’autre353. L’UNESCO a soutenu cette idée dans un rapport récent354.
Cette argumentation traduit donc le fait que la médiation électorale est surtout
le résultat d’un effort constant des gouvernants en vue d’éradiquer les facteurs
349
Pour définir le développement, il s’impose une appropriation de la conception de la Banque mondiale. Selon
cette conception, « le développement est bien plus complexe qu'une simple situation de croissance économique
ou d'accumulation de capital au plan national, même dans son acception la plus large. Le développement, c'est
aussi la transformation qualitative de toute une société, un passage à de nouveaux modes de pensée et, par
extension, de nouvelles relations et de nouveaux modes de production...Une transformation de ce type n'a de
valeur de développement que si elle profite à la majorité de la population, si elle en améliore la qualité de la vie
et lui permet davantage de prendre en main sa propre destinée. Ce processus complexe de changement doit
impliquer le plus grand nombre et ne peut pas se limiter à une modernisation du pays aux échelons supérieurs ou
au seul niveau de la capitale ». Source : http://www.worldbank.org/depweb/french/beyond/global/chapter mai
2004 dans DEPweb: Beyond Economie Growth.
350
La paix n’est pas un acte ponctuel. C’est plutôt tout un processus pouvant procéder au-delà de la signature des
accords militaires et politiques pour intégrer des approches de promotion de la sécurité humaine, notamment par
le biais de l’implantation de la démocratie et de la création des conditions socioéconomiques propices à la
requalification des conditions de vie des populations par la production des richesses.
351
KALULAMBI PONGO (M.), « Démocratie et développement durable en Afrique francophone : éléments
pour un débat », in : Le développement durable : leçons et perspectives, vol. 1, Ouagadougou, AUF-AIF-
UO, 2004, p. 638.
352
Cette lecture nous éloigne donc du discours stérile qui disait « développez-vous d’abord et vous vous
démocratiserez après » ou bien « démocratisez-vous d’abord et vous vous développerez après » et qui a été
dénoncé dans certaines analyses.
353
KALULAMBI PONGO (M.), op. cit., p.637
354
Dans ce rapport l’UNESCO a affirmé que: « Pour se consolider, la démocratie politique doit trouver son
prolongement dans des mesures économiques et sociales qui favorisent le développement, de même que toute
stratégie de développement a besoin, pour être mise en œuvre, d’être validée et renforcée par la participation
démocratique». Source : Boutros Boutros-Ghali, « L’interaction démocratie et le développement », Rapport de
synthèse, Paris, Unesco, 2003, p.4.

Mémoire de DEA Page 116


originels des crises, de la violence et des conflits armés notamment par la promotion de la
réconciliation nationale et la culture de la paix. Sa finalité est la restauration de la sécurité
humaine et la reprise du processus de développement. La médiation électorale est l’entame la
plus cruciale de tout processus de paix en Afrique.
Parallèlement à la médiation, l’on constate que le pouvoir d’appréciation laissé au juge
au juge conduit à une différence de traitement préjudiciable à la paix sociale et le prononcé de
prononcé de sa décision, loin de mettre fin au conflit personnel des parties, en génère d’autres
d’autres plus graves355. La médiation est ainsi préférée pour les avantages dont sa pratique
pratique regorge pour le règlement des conflits électoraux.

Paragraphe II : La pratique de la médiation

La médiation électorale vient pallier l’échec du contentieux électoral dans la résolution


des conflits. Tout en palliant les insuffisances, la médiation finit par prendre du terrain en
Afrique en général et en Afrique noire francophone en particulier au point de devenir
aujourd’hui le mode privilégié de règlement des conflits électoraux tant en amont qu’en aval
et ceci pour deux raisons qui se rapportent d’une part à la culture du compromis dans sa mise
en œuvre (A) et d’autre part parce qu’elle permet de dégager sur cette base consensuelle de
nouvelles règles susceptibles de substituer les règles qui sont à l’origine des crises (B).

A- Le primat du compromis:

La mise en œuvre de la médiation électorale traduit la recherche du compromis. En


cela même, la médiation internationale affaiblit le contentieux électoral. Dans un sens
politique et juridique, « La médiation se définit comme l’action de mettre en relation, par un
tiers appelé « médiateur », deux personnes physiques ou morales, appelées « médiées », sur la
base de règles et de moyens librement acceptés par elles, en vue soit de la prévention d’un
différend ou de sa résolution, soit de l’établissement ou du rétablissement d’une relation
sociale356 ».

355
DAUDET (V.) et NAVARRE-BRAGER (J.), « Le droit, source de conflits », Jurisdoctoria, n° 2, 2009, p.23.
356
BRIANT ET PALAU, « La médiation. Définitions, pratique et symbolique », Nathan, Université, 128,
1999, p.12.

Mémoire de DEA Page 117


En effet, les parties en conflit recherchent la médiation lorsqu'elles sont prêtes
à discuter de leur différend de manière ouverte et honnête. En général, un litige met en
jeu plusieurs types d'intérêts et de préoccupations; par conséquent il est courant de
réaliser un compromis en utilisant une manière créative qu'un tribunal peut ne pas
considérer dans le règlement du contentieux. Le facteur qui sous-tend la médiation est
que les parties en question ont une position dans les négociations et qu'une relation
soutenue est essentielle pour permettre d'éviter le procès après que le différend soit
survenu.
Compte tenu des facteurs suscités, une partie neutre, le médiateur, est appelée à
aider les parties à trouver une solution à leur différend. Le médiateur contrôle le
processus alors que les parties contrôlent l'aboutissement. C’est dans ce sens que
Stimec estime que « La médiation est une procédure de négociation, facilitée par un
tiers n’exerçant pas de pouvoir de décision, ayant pour finalité de permettre aux parties
concernées de réaliser un projet, de résoudre une situation conflictuelle ou de
rétablir/établir une relation 357».
Un médiateur qui bénéficie de la confiance de toutes les parties en négociation
s’avère nécessaire. Pour être crédible, il doit être neutre, indépendant et ne pas
s’attendre à un profit personnel quelconque, tenir compte de la personnalité et de
l’intérêt politique de l’adversaire en négociation et faire en sorte que le consensus se
concrétise par un cadre juridique pour assurer le suivi des décisions adoptées sont des
éléments importants. Le médiateur ne propose pas des solutions à la crise, mais
encourage, accompagne les parties, aplanit les divergences, planifie l’établissement de
rapports de confiance réciproque. A cet effet, les contacts peuvent être directs ou
indirects selon le choix des parties. Mais généralement les contacts directs constituent
la modalité la plus courante dans les négociations.
Un médiateur ne peut imposer une décision aux parties en conflit. Dans une
session type de médiation, le médiateur ouvre la session en déclarant comment celle-ci
va se dérouler, qui aura droit à la parole, quand et pour combien de temps, et la durée
de la session. Les parties sont invitées à confirmer leur bonne foi et leur confiance en
ce processus et conviennent que tout ce qui sera dit sera confidentiel et par conséquent
inadmissible dans tout débat subséquent. Ensuite les parties prennent la parole à tour

357
STIMEC (A.), « De la négociation à la médiation : Jalons conceptuels et historiques », Agir, n° 24, Janvier
2006, p.3.

Mémoire de DEA Page 118


de rôle et expriment leurs points de vue. Si nécessaire, le médiateur peut rencontrer les parties
séparément dans un cadre confidentiel pour évaluer leur position, identifier leurs intérêts
réels, considérer des solutions de remplacement ou aider à trouver toute éventuelle solution:
c'est faire la navette entre deux parties lors de la médiation. C’est là une affirmation
incontestable du principe du contradictoire que ne garantit pas forcément le contentieux
électoral. Le processus peut nécessiter plusieurs sessions pour aboutir à une solution.
Une médiation heureuse offre aux parties l'occasion de trouver une solution à leur
litige en mettant l'accent sur le futur plutôt que sur le passé. Ses principaux avantages
consistent en ce que les parties contrôlent le processus, choisissent leur médiateur et évitent le
procès.

Ce qui est fondamental au moment de négocier c’est l’opportunité et le souci


communément partagé de trouver une solution à la crise. Ainsi, la tâche la plus importante
pour chaque négociateur à chaque étape de ce dialogue est de penser à la prochaine
négociation, au nom de l’intérêt général.
Une médiation réussie, aboutissant à un véritable consensus est celle au cours de
laquelle sont traités sous tous leurs aspects les problèmes liés au conflit, au regard des intérêts
de toutes les parties concernées en vue d’un consensus réel et durable. Ce que n’admet pas le
contentieux électoral qui n’a vocation qu’à trancher. Et pour être effectif et durable, ce
consensus doit être global au lieu de reposer sur des concessions partielles.

Il y a en effet une série de facteurs nécessaires à la réussite d’une négociation devant


aboutir à un compromis ou si possible à un consensus. Parmi ces facteurs, l’identité des
objectifs pour éviter toute confusion ou le quiproquo lors des discussions, la volonté politique
comme l’engagement de chaque partie de privilégier l’intérêt supérieur du pays et une
disposition à faire des concessions en vue d’un consensus profitable à tous, le privilège
accordé aux négociations sur le fond au lieu de maintenir des positions figées émises dès le
départ, la bonne foi à travers le respect de la parole donnée et l’honnêteté. Cette bonne foi
évite la remise en cause des concessions faites auparavant.
Il convient de citer ici les démarches qui se déploieront au Togo, après les élections
contestées de juin 1998, ayant amené l’OIF à nommer un Envoyé spécial en la personne de
Monsieur Moustapha Niasse, chargé d’une mission de bonne volonté auprès des différents
acteurs, rapidement transformée, dès décembre 1998, en une mission de facilitation au sein
d’un collège quadripartite de facilitateurs, dûment installé et dont l’action permettra la

Mémoire de DEA Page 119


signature, à la fin du mois de juillet 1999, des Accords intertogolais. Cette facilitation,
confiée par la suite, successivement, à M. Idé Oumarou, ancien Secrétaire général de
l’OUA, à partir de mars 2000 jusqu’à son décès en février 2002, puis à M. Lansana
Kouyate, s’éteindra formellement en mai 2002.
Traditionnellement, bien que les efforts soient en grande partie axés sur la
médiation préventive c’est-à-dire la résolution des désaccords avant l'explosion de
violents conflits, dans certains cas, une médiation impliquant une "solution de crise"
est nécessaire 358 avec toutes les conséquences qu’elle peut avoir comme source du
droit électoral.

B- Une « source » du droit électoral:

Le règlement des conflits électoraux au moyen de la médiation se traduit dans


les faits par certains actes qui consacrent et matérialisent le consensus de toutes les
parties. L’histoire récente des conflits électoraux offre plusieurs exemples de ces
mécanismes alternatifs de règlement des conflits. L’action du Président du Burkina
359
Faso, Blaise Compaoré en matière de médiation dans la crise ivoirienne et le
dialogue intertogolais360 est évocatrice.

Cette médiation internationale électorale abouti souvent à des accords


consensuels appelés « accords politiques» qui donnent lieu à des montages ingénieux
en vue de régler une crise. Ce fut le cas en République du Congo361 et en République
Centrafricaine362.
Ainsi, en Côte d’Ivoire, les divers arrangements politiques que sont les accords
politiques et résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ont, sur plusieurs

358
FOMUNYOH (C.), « Médiation des conflits électoraux », Centre for Humanitarian Dialogue, p.6. en ligne sur
http://3w.ndi.org/files/Mediation_des_Conflits_Electoraux_FRE.pdf
359
Un accord de paix entre les deux partis a été signé à Ouagadougou, le 4 mars 2007. Source : Cote d'Ivoire,
New peace agreement [archive], IRIN. Mis en ligne le 5 mars 2007, consulté le 16 juin 2009.
360
Le 26 juillet 2006, Le Président du Faso a été désigné comme le médiateur du Dialogue intertogolais, qui s'est
tenu à Ouagadougou en août 2006 et qui a abouti sur un accord entre le gouvernement et les partis de
l'opposition.Voir BASSOT (E.), « The situation in Togo on the eve of the 2007 parliamentary
elections [archive] », European Parliament. Consulté le 16 juin 2009.
361
Accord global et inclusif sur la transition en République Démocratique du Congo signé le 17.12.2002.
362
1e 22 janvier 2005, s'est tenue à Libreville sous la présidence de El Hadj Omar Bongo Ondimba, Président de
la République Gabonaise, Chef de 1’Etat et Médiateur dans 1a crise centrafricaine, une réunion relative à
l'organisation des élections en République Centrafricaine et à laquelle ont pris part le Président François Bozizé
et les candidats à l'élection présidentielle ou leurs représentants.

Mémoire de DEA Page 120


points relatifs au processus électoral, posé de nouveaux critères et formulé des procédures
nouvelles dont la détermination du collège électoral, les conditions d’éligibilité à la
présidence de la République et la présentation des candidatures, la composition et les pouvoirs
de la commission électorale indépendante, l’organisation de la propagande électorale, le
règlement du contentieux électoral. Il faut même préciser que la Table ronde de Linas
Marcoussis363 tenue en janvier 2003, et l’accord de Pretoria du 6 avril 2005364 ont réussi à
imposer de nouvelles conditions d’éligibilité à la présidence de la République et à les rendre
immédiatement applicables aux prochaines élections, alors même que celles en vigueur en
application de l’article 35 de la Constitution d’août 2000 n’ont pas été formellement révisées.
Plusieurs autres expériences d’accords politiques ailleurs en Afrique ont permis de
surmonter les obstacles liés à la présentation de certaines candidatures aux élections
présidentielle et législatives auxquelles n’auraient pu prendre part certaines personnalités si
l’on s’en était tenu au code électoral précédemment en vigueur. L’Accord Politique Global au
Togo en est un exemple365.
Ces accords permettent d’écarter les dispositions iniques taillées sur mesure dans les
textes nationaux et semblent s’inspirer de la prémisse selon laquelle « le droit électoral
notamment dans les pays qui émergent à un ordre démocratique pluraliste, doit faire l'objet
d'un accord minimal entre les différents protagonistes de la vie politique366 ».

363
Cet accord prévoyait à son point III relatif à l’Eligibilité à la Présidence de la République ce qui suit :
« 1) La Table Ronde considère que l’article 35 de la Constitution relatif à l’élection du Président de la
République doit éviter de se référer à des concepts dépourvus de valeur juridique ou relevant de textes législatifs.
Le gouvernement de réconciliation nationale proposera donc que les conditions d’éligibilité du Président de la
République soient ainsi fixées : Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct.
Il n ‘est rééligible qu’une fois. Le candidat doit jouir de ses droits civils et politiques et être âgé de trente-cinq
ans au moins. Il doit être exclusivement de nationalité ivoirienne né de père ou de mère Ivoirien d’origine. 2) Le
Code de la nationalité sera amendé par l’adjonction aux conditions de perte de la nationalité ivoirienne édictées
par son article 53, des mots suivants : exerçant des fonctions électives ou gouvernementales dans un pays
étranger ». Source : Accord de Linas-Marcoussis, Afrique Express, N° 263 du 29/01/2003.
364
Au point 9 relatif à l’éligibilité à la Présidence de la République, « Les parties ont rappelé que la question de
l’amendement à l’Article 35 de la Constitution avait été un obstacle majeur à l’avancée du processus de paix.
Elles ont reconnu que l’annonce faite par le Président de la République le 26 avril 2005 avait marqué un jalon
significatif dans la création d’une atmosphère favorable à la tenue des élections. Les parties se sont engagées à
tirer parti de cette réussite ». Elles ont en outre prévu en cas de nécessité d’avoir « de nouveau recours aux
dispositions de l’Article 48 de la Constitution, il faudrait en discuter avec la Médiation et les autres
signataires. ».
365
Cet accord a été signé le 20 août 2006 et s’inscrit dans la continuité des efforts engagés depuis 2004 en vue de
trouver un compromis politique.
366
OLINGA (A.-D.), « Politique et droit électoral au Cameroun : Analyse juridique de la politique électorale »,
Polis/R.C.S.P./C.P.S.R., Vol.6, n°2, 1998, p.37.

Mémoire de DEA Page 121


Ainsi conclus, les accords politiques finissent par être matérialisées dans la
constitution à travers des réformes constitutionnelles sans perdre pour autant leur
politique et consensuel367.
Ces modifications de la Constitution par des accords politiques ponctuels, si
elles présentent l’avantage d’être expédientes ou commodes, n’en sont pas moins
susceptibles de poser des problèmes juridiques. La relative indétermination de leur
nature juridique, l’impasse qui est faite sur leur contradiction au moins potentielle
avec certaines autres dispositions de la Constitution font planer une certaine
incertitude
Les sur
difficultés
leur sort.
se situent surtout dans le cadre de leur appropriation par le juge
électoral qui dans ce cas de figure se retrouvera « hors-jeu ». Ainsi, tout porte à croire
que la perpétuité est dans le vœu de la médiation car même en cas de modification de
la constitution conformément aux compromis, les difficultés issues d’un accord ne
feront pas l’objet d’une saisine du juge électoral mais plutôt d’un recours à une autre
médiation.
Par ailleurs, dans le cadre de la médiation postélectorale, lorsque le principe de
majorité est insusceptible d’être appliqué, on recourt au partage du pouvoir, comme au
et au Zimbabwe afin de mettre fin au conflit électoral368.
Beaucoup moins contraignants que les arrangements ou accords politiques, les
codes de bonne conduite conclus entre les acteurs politiques, quelquefois à
l’instigation des acteurs internationaux, viennent compléter l’arsenal de ces solutions
politiques. Une vingtaine des 44 partis politiques agréés au Burundi avait signé, en
février 2010 le nouveau code de bonne conduite en période électorale, qui
recommande aux parties prenantes de "faire preuve de la culture démocratique et
garder à l'esprit leurs propres droits et ceux d'autrui"369. Ces mêmes codes de conduite
ont été signés au Niger370 et en Centrafrique371.

En Centrafrique, la majorité présidentielle, l’opposition démocratique, les


groupes politico-militaires, se sont mis d’accord pour signer ce Code de Bonne

367
Au Togo, en vue de traduire en actes juridiques le contenu de l’A.P.G., et dans la perspective de
l’organisation des élections législatives du 14 octobre 2007, l’Assemblée nationale a modifié la Constitution en
son article 52 pour y introduire un mode de scrutin proportionnel à la plus forte moyenne en lieu et place du
mode de scrutin uninominal à un tour.
368
Cependant cette pratique pose le problème de la responsabilité des gouvernants et de l’essence même de
l’élection.
369
Code de bonne conduite des partis politiques, des medias et de l’administration en période électorale au
Burundi, Février 2010.
370
Code de bonne conduite des partis politiques et candidats indépendants en période électorale au Niger, le 25
Janvier 2011 avec l’appui technique du bureau de NDI au Niger sur financement du NED.
371
Code de bonne conduite des acteurs politiques, sociaux et des medias à l’occasion des élections présidentielle
et législative de 2010 en Centrafrique.

Mémoire de DEA Page 122


Conduite. Les acteurs politiques centrafricains s’engagent ainsi à respecter la constitution du
27 décembre 2004, et à se respecter mutuellement pendant les campagnes électorales. Ce
Code de Bonne Conduite exige aussi des hommes politiques centrafricains, le respect du
verdict des urnes.

Ces codes de bonne conduite électorale paraissent salutaires et interviennent sur des
points sensibles mais ignorés du contentieux électoral. En effet, les conditions d’organisation
des élections sont déterminantes pour la fiabilité du scrutin. Il suffit d’un petit
dysfonctionnement pour que les différentes opérations préélectorales, électorales et
postélectorales, leur forme juridique, leur gestion et leur légitimité soient violemment
critiquées et que les résultats du scrutin soient contestés. C’est pour conjurer ce sort et mettre
les parties prenantes aux élections en confiance que les Organisations internationales et des
Organisations non gouvernementales encouragent et parrainent l’élaboration et la signature
par toutes les parties d’un code de bonne conduite par lequel elles s’engagent à respecter
certains principes démocratiques et à ne pas entraver le bon déroulement des opérations
électorales avant, pendant et après le scrutin.
Dans les situations de tension potentielle, les codes de conduite acceptés par toutes les
parties sont de plus en plus considérés comme un moyen pratique de contribuer à une élection
pacifique; dans le long terme, ces codes peuvent aussi renforcer la confiance dans le processus
démocratique en tant que mécanisme permettant d’instaurer un gouvernement représentatif et
d’effectuer un changement pacifique372.
En toute hypothèse, il revient aux juristes et au droit, quand ils ont épuisé leur capacité
de réflexion, d’interprétation et d’imagination, de reconnaitre leurs limites ; il est des épisodes
de la vie politique, souvent les plus tragiques, qui échappent au droit et ne sauraient se régler
en pure logique du droit et sur le seul terrain des arguments juridiques et des lectures de la
Constitution. On n’ignore pas que la force du droit constitutionnel réside d’abord dans la
volonté politique et le consensus des acteurs373.

En tout état de cause, lorsque l’on considère la médiation dans tous ses aspects et les
chances d’apaisement des processus électoraux qu’elle engendre, il est aisé de comprendre
qu’elle soit préférée au contentieux électoral qui est contraint de se ranger dans la zone
relégable.

372
GOODWIN-GILL (G. S.), op. cit., p.169.
373
DE GAUDUSSON (J.), op. cit., p.124.

Mémoire de DEA Page 123


CONCLUSION GENERALE

Mémoire de DEA Page 124


Le contentieux électoral est le baromètre de la démocratie électorale. Il permet par le
contrôle des élections de prendre la mesure de la régularité des élections. Avec comme « unité
de mesure » la démocratie en ses éléments fondamentaux que sont la liberté et l’égalité, le
contentieux participe à l’édification d’un Etat de droit. Ce rôle majeur serait dépourvu
d’intérêt et de pragmatisme si le contentieux électoral ne reposait sur aucune procédure374.
C’est en cela que l’organisation du contentieux tant en ce qui concerne l’organe en charge que
la procédure de règlement des litiges, loin d’alourdir le contentieux, le renforce en le faisant
reposer sur des principes constitutionnels, législatifs et réglementaires qui constituent le droit
électoral.

Cependant, s’il est nécessaire que le contentieux électoral repose sur le droit électoral
pour qu’il soit présumé démocratique, force est de reconnaitre que cette présomption n’est pas
irréfragable. En effet, rien ne sert de proclamer des principes si ceux-ci ne sont pas appliqués.
Or, c’est dans la mise en œuvre du contentieux électoral que les Etats d’Afrique noire
francophone pêchent. Ce péché, s’il peut s’expliquer par l’incohérence et l’incomplétude des
textes qui sont pour la plupart importés, demeure particulièrement fondé sur la dépendance et
la partialité du contentieux électoral qui reste un outil de manipulation aux mains des hommes
politiques.

Cet environnement qui a pour conséquence d’affadir le contentieux électoral, de le


décrédibiliser est accompagné dans cette œuvre destructrice par l’émergence de nouveaux
modes de surveillance électorale et de règlement des différends électoraux initiés par la
communauté internationale. L’émergence de l’observation internationale électorale et de la
médiation internationale électorale témoigne de l’intérêt que la communauté internationale
porte non seulement à la tenue d’élections démocratiques mais aussi à la promotion de la paix
en Afrique car la quasi-totalité des États de ce continent reste encore très fragile ; les cycles de
violences observés avant, pendant et après les élections, la forte abstention des populations à

374
En droit, une procédure est soit l'ensemble des formalités nécessaire à la validité d'un acte soit l'ensemble des
démarches à suivre pour mener à bien une action en justice. La procédure est aujourd’hui dans le cadre du droit
processuel qui est envisagé comme le droit comparé de l’ensemble des procédures. Voir : CIAUDO (A.), « La
maîtrise du temps en droit processuel », Jurisdoctoria, n° 3, 2009, p.21.

Mémoire de DEA Page 125


adhérer au processus et de nombreuses contestations ou remises en cause des
résultats ont l’apparence d’une crise congénitale à l’Afrique375.

Même si leur but n’est pas d’occulter le contentieux électoral mais l’apport de
solutions aux crises nées du déficit démocratique des Etats africains notamment en
électorale, force est de reconnaitre que l’observation internationale électorale et la
internationale des élections contribuent à son affaiblissement. Dans cette perspective,
une question purement existentielle se pose à l’endroit du contentieux électoral : « Etre
ou ne pas être? Telle est la question 376 ». La prétention ici n’est pas de prôner la
suppression du contentieux électoral mais plutôt son renforcement.
La justice en général et celle électorale en particulier constitue l’un des
attributs de la souveraineté. L’on comprend donc combien un affaiblissement, une
désaffection de la population vis-à-vis de cette institution ainsi que son abandon aux
mains de la communauté internationale est préjudiciable aux Etats africains. Des
actions urgentes en vue de la renaissance du contentieux électoral sont donc
nécessaires. Convaincu qu’il serait superflu de proposer des solutions en vue du
renforcement de l’indépendance et de l’impartialité de l’institution tant en ce qui
concerne l’organe en charge que la conduite du contentieux, notre approche de
solutions se résumera en deux points. Cette approche se fonde sur la considération
qu'il y a trois justifications essentielles de l’existence d’une juridiction électorale :
« apaisement des conflits politiques, facilitation et authentification des alternances et
des changements de majorité, protection des minorités contre les abus des majorités,
adaptation progressive de la constitution aux changements électoraux377 ».
D’abord il y a une nécessité pour le juge constitutionnel électoral d’œuvrer
pour un renforcement de la législation électorale. Cette proposition repose sur deux
constats : D’une part, il est difficile à l’autorité auteure d’un texte de mesurer son
applicabilité. Seul le juge électoral est susceptible de desceller à travers le règlement
des litiges qui lui sont soumis, les travers des textes constitutionnels, législatifs et
règlementaires pris en matière électorale.

375
TCHUISSEU NJOUEMEN (R. De D.), « Communauté internationale: Entre diplomatie et stratégie à
géométrie variable », Le Dossier, N° 31, 12 mars 2011, p.4.
376
SHAKESPEARE (W.), Hamlet, trad. fr. F.-V. Hugo, Paris, Librio, 2004, p.58.
377
FAVOREU (L.), « Brèves réflexions sur la justice constitutionnelle en Afrique », in Conac Gérard (dir.), LES
Cours suprêmes en Afrique, T. II, La jurisprudence, Paris, Economica, 1989, p.43.

Mémoire de DEA Page 126


D’autre part, les autorités auteures du droit électoral en Afrique noire francophone font
souvent preuve d’une mauvaise foi en adoptant des textes qui les assurent de remporter la
compétition électorale. Selon le doyen Hauriou, « on se doit de tenir compte de la nécessité de
contrôler les Parlements parce que leur législation, mue par les passions électorales, est
devenue une dangereuse menace pour l'avenir 378». Ainsi, rencontre-t-on dans les textes des
« bizarreries » dont le but est de servir les ambitions de leurs auteurs.

En définitive, le droit électoral n’assure pas souvent l’égalité et la liberté des candidats
à la compétition électorale. Il revient donc au juge électoral, en sa qualité d’arbitre du jeu
politique379, d’œuvrer à l’amélioration de la législation dans le sens d’une plus grande égalité.
Mais dans cette optique, une œuvre jurisprudentielle quelque courageuse qu’elle soit demeure
insuffisante si elle n’aboutit pas à un perfectionnement des textes. C’est dans ce sens que les
Cours, Conseils ou Tribunaux constitutionnels chargées du contentieux électoral feraient
œuvre bonne en établissant après la clôture du scrutin des rapports présentant leurs
recommandations. Ces rapports faisant le diagnostic du processus électoral comporteraient
des propositions d’amélioration de la législation électorale. La publication380 de ces rapports
dans leur exhaustivité au Journal officiel, sur les médias ainsi que leur envoi aux autorités et
aux partis politiques leur conféreraient une autorité et une certaine force exécutoire. Cette
solution s’inscrit dans la mission générale de surveillance du scrutin assignée aux Cours381.

Cette procédure salutaire pour la résolution des incohérences de la législation en


matière électorale doit être renforcée et étendue à tous les Etats d’Afrique noire
francophone382.

378
HAURIOU (M.), Précis de droit constitutionnel, Paris, Recueil Sirey, 2e éd., 1929, (rééditions du CNRS),
1965, p.636.
379
MEUNIER (J.), « Les décisions du Conseil constitutionnel et le jeu politique », Pouvoirs, n°105, 2003, pp.29
et ss.
380
La publication est importante car, tout comme cela se fait pour les rapports du Médiateur de la République en
France, elle donne demeure un moyen de pression aux mains des juges et confèrent une magistrature d’influence
à la Cour.
381
Certaines Cours béninoise, gabonaise, malgache, malienne et tchadienne font, jusqu’à maintenant, part de
leurs observations. La Cour constitutionnelle du Mali a exposé les raisons qui l’ont poussée à s’exprimer dans
ses observations et recommandations sur les élections générales de 2002: « La Cour constitutionnelle après avoir
accompli sa mission constitutionnelle relative à l’élection du président de la République et des députés à
l’Assemblée nationale, bien qu’aucun texte ni constitutionnel, ni législatif ne le lui prescrive, a cru devoir
produire un rapport général sur les élections politiques de 2002. Ce rapport […] évoque certaines des difficultés
que posent ou peuvent poser les dispositions de la Constitution et des lois de la République en matière
d’élections du président de la République et des députés à l’Assemblée nationale. Évoquer les contraintes liées à
l’application de nos textes fondamentaux en matière électorale permettra, certainement, aux décideurs d’analyser
lesdites contraintes afin de les juguler ».
382
Cette pratique des Cours est récente et a été mise en place dans le tournant des années 2000, notamment au
Bénin, au Mali et au Tchad. Une meilleure acceptation des résultats électoraux nécessite certainement une large
diffusion des rapports. Elle réduit également les risques d’accusation de partialité des Cours constitutionnelles et

Mémoire de DEA Page 127


Ensuite, il est incontestable qu’au-delà de la garantie de la démocratie, le
contentieux électoral vise à établir la paix. Ce but ultime ne peut être atteint si les
protagonistes à l’élection ne sont pas satisfaits de la résolution du litige et des
solutions proposées par le juge.
Ainsi, dans la perspective d’un apaisement des tensions électorales, les cours
gagneraient à introduire dans le contentieux électoral, les modes alternatifs de
conflits383 qui constituent aujourd’hui un ensemble de dispositifs et de pratiques qui,
fois, se distinguent des procédures judiciaires classiques et les complètent. Ces modes
compte de la diversité des « voies nouvelles d’une autre justice384 ».
Le mode le plus approprié dans le cas du contentieux électoral est la médiation
l’on accorde du crédit au proverbe africain selon lequel « il n’y a pas deux hommes
s’entendent pas, il y a seulement deux hommes qui n’ont pas discuté385 », l’on serait
tenté de dire que les africains sont plus enclins à la négociation qu’au jugement
diabolise les uns et sanctifie les autres. D’ailleurs, le procédé de l’arbre à palabre
Afrique en est la preuve.
Les avantages liés à l’appropriation de la médiation par le juge électoral sont
multiples : D’abord, la place de l'oralité dans la médiation est essentielle. De
nombreux conflits électoraux nécessitent effectivement qu'un espace de parole soit
laissé aux parties ; la médiation permet d'aménager la communication entre les
individus, avec l'aide du ou des médiateurs. Ensuite, la médiation laisse également une
grande place à l'équité, grâce à laquelle les parties concourent à l'élaboration de la règle
utilisée dans le règlement de leur conflit. L'accord des deux parties, même s'il demeure
oral, est caractérisé par une plus grande efficience. Enfin, il a été souligné par les
professions judiciaires que le procès est toujours un mal, et que les modes alternatifs de
règlement des litiges notamment la médiation, en contribuant à la pacification sociale, sont

finalement permet une meilleure appréhension de leur travail et de la réglementation électorale. L’objectif
premier de ces rapports demeure, néanmoins, le perfectionnement du système électoral. Aussi, les Cours et
Conseils concernés remarquent que leurs observations et recommandations ont débouché sur des amendements à
la législation électorale. Source : « La proclamation des résultats et le contentieux électoral », ACCPUF, Bulletin
n° 5, op. cit, p.175.
383
On considère généralement que l’expression « modes alternatifs de règlement des différends » recouvre tout
mécanisme permettant de trouver des solutions acceptables par des parties en différend en dehors des procédures
judiciaires traditionnelles (d’où le terme « alternatif »). Ils ne se substituent pas à celles-ci mais doivent
permettre de « vider les conflits » de leur substance à la satisfaction des parties.
384
CHEVALIER (P.), DESDEVISES (Y.), MILBURN (P.), Les modes alternatifs de règlement des litiges : les
voies nouvelles d'une autre justice, Perspectives sur la justice, Mission de recherche Droit et Justice, 2003,
p.288.
385
Proverbe africain faisant l’apologie de l’arbre à palabre.

Mémoire de DEA Page 128


préférables à la fois du point de vue des parties et de celui du corps social dans son ensemble386.

Ainsi, en lieu et place d’une médiation internationale initiée par une communauté
internationale aux intérêts multiformes le juge électoral serait capable avant, pendant et après les
élections en sa qualité d’arbitre de la compétition électorale, d’aplanir les divergences et les
différends entre les parties en recherchant des solutions de compromis.
Ce mode de résolution des conflits devrait susciter un grand intérêt chez les chercheurs
africains car l’affirmation de Montesquieu selon laquelle les mœurs font toujours meilleurs
citoyens que les lois, est toujours d’actualité. D’ailleurs, le précepte populaire est sage qui
préfère l’arrangement au procès387. Les Etats de la SADC semblent l’avoir compris388.
Il s’agit d’un plaidoyer en faveur d’une gestion plus souple mais plus efficace du
contentieux électoral. C’est par ce canal que la juridiction électorale deviendra « une
juridiction au service du droit 389 » et que l’on pourra clamer en paraphrasant Dominique
Rousseau qu’aux gouvernants, les organes exécutifs et parlementaires ; aux citoyens, le
Contentieux électoral390.

Par ailleurs, une piste relative à la création d’une juridiction autonome, spécialisée
dans le contentieux électoral mérite d’être explorée.

386
Douze équipes de recherche ont travaillé sur ce thème dans le cadre d'un appel d'offres lancé en 1998 par la
Mission de recherche Droit et Justice. Selon une approche pluridisciplinaire, à partir d'un large éventail de litiges
(voisinage, famille, logement, consommation, travail, droit des affaires...) et en retenant les formes les plus
variées de la justice alternative (conciliation, médiation, procédures alternatives aux poursuites pénales...) en
œuvre dans les domaines tant judiciaire qu'administratif. Ces recherches se sont finalisées par une journée
d'étude le 18 juin 2001 organisée par la Mission au Conservatoire national des arts et métiers. Voir, « Les modes
alternatifs de règlement des litiges », Mission de Recherche Justice & Droit, 2001.
387
OUMAR SAKHO (P.), « Quelle justice pour la démocratie en Afrique ? », Pouvoirs, 2009/2, n° 129, p.61.
388
Ces pays affirmant que : « Les conflits liés aux élections sont l’un des facteurs principaux qui menacent la
démocratie et la stabilité politique dans la SADC. Historiquement, les institutions judiciaires conventionnelles
telles que les tribunaux, et plus particulièrement les tribunaux électoraux, ont traité les conflits et les
contestations liés aux élections. Des processus alternatifs de gestion et de résolution des conflits, tels que la
médiation, l’arbitrage et la conciliation, sont potentiellement une autre façon plus accessible, moins coûteuse et
plus rapide par lesquels les différends électoraux peuvent être traités ». Seuls quelques pays sont parvenus à
instituer ces processus au niveau de la SADC. Source : Principes de Gestion, de Surveillance et d’Observation
des Elections dans les Pays de la SADC tels qu’adoptés le 06 Novembre 2003, Traduit du texte original paru en
anglais sous le titre de ‘Principles for Election Management, Monitoring and Observation in the SADC
Region’(PEMMO), Publié par l’Institut Électoral d’Afrique Australe (EISA), Auckland Park Johannesburg,
Afrique du Sud, 2006, p.14.
389
FAVOREU (L.), La politique saisie par le droit. Alternances, cohabitation et conseil constitutionnel, Paris,
Economica, 1988, p. 7.
390
ROUSSEAU (D.), op. cit., p. 392.

Mémoire de DEA Page 129


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 DIOP (Omar), Partis politiques et processus de transition démocratique en Afrique


noire francophone : recherches sur les enjeux juridiques et sociologiques du
multipartisme dans quelques pays de l'espace francophone, Publibook, 2007,755 p. ;

Mémoire de DEA Page 130


 FAVOREU (Louis), La politique saisie par le droit. Alternances, cohabitation et
Conseil constitutionnel, Paris, Economica, 1988, 153 p. ;

 CARCASSONNE (Guy), La Constitution, 8e Edition, Paris, Le Seuil, 2007, 453 p. ;

 HAMON (Francis), TROPER (Michel.), Droit constitutionnel, Paris, L.G.D.J., 2005,


816 p. ;

 HAURIOU (Maurice), Précis de droit constitutionnel, Paris, Recueil Sirey, 2e éd.,


1929, (rééditions du CNRS), 1965, 636 p. ;

 MASCLET (Jean Claude), Droit électoral, Paris, PUF, 1989, 445 p. ;

 PORTELLI (Hugues), Droit constitutionnel, 7e édition, Paris, Dalloz, 2007, 370 p. ;

 RANJEVA (Raymond.) et CADOUX (Charles), Droit international public, EDICEF,


Cedex, 1992, 263 p. ;

 ROUSSEAU (Dominique.), Droit du contentieux constitutionnel, 8ème Edition, Paris,


Montchrestien, 2008, 544 p. ;

 RUZIE (David.), Droit international public, 19e édition, Paris, Dalloz, 2008, 299 p. ;

 SY (Mouhamadou Mounirou), La protection constitutionnelle des droits


fondamentaux en Afrique : l'exemple du Sénégal, Paris, l’Harmattan, Etudes
africaines, 2007, 564 p. ;

 TEDOM (Alain Fogué), Enjeux géostratégiques et conflits politiques en Afrique noire,


l’Harmattan, 2008, Paris, 418 p. ;

 TURPIN (Dominique), Contentieux constitutionnel, Paris, PUF, 1994, 543 p. ;

 VEDEL (Georges), Manuel élémentaire de droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1949,


616 p.

Mémoire de DEA Page 131


II- THESES ET MEMOIRES :
Thèses :
 LANGENIEUX-TRIBALAT (Anne), Les opinions séparées des juges de l’ordre
judiciaire français, Thèse pour l’obtention du grade de Docteur en Droit, Université de
Limoges, 2007, 392 p. ;

 KPEDU (Yawovi), Essai sur le principe de légitimité démocratique en Droit


international et sa mise en œuvre dans les accords d’aide au développement, Thèse
soutenue en 2007, 538 p. ;

 MONNEY MOUANDJO (Stéphane), La démocratie au Sud et les Organisations


Internationales : analyse comparée des missions internationales d'observation des
élections des pays membres du Commonwealth et des pays membres de l'organisation
Internationale de la Francophonie, Thèse de Doctorat en Droit public, nouveau régime,
Faculté de Droit et de Science Politique, Université de Reims, Champagne-Ardenne,
Tome 1, 2007-2008, 537 p. ;

 SOMALI (Kossi), Le parlement dans le nouveau constitutionnalisme en Afrique :


Essai d’analyse comparée à partir des exemples du Bénin, du Burkina Faso et du
Togo, Thèse en vue de l’obtention du doctorat en Droit public, spécialité : droit
constitutionnel, Université Lille 2, Droit et Santé, 2008, 491 p.

Mémoires :

 DIME LI NLEP (Paul), La garantie des droits fondamentaux au Cameroun , Mémoire


pour l’obtention du DEA en Droit international des Droits de l'Homme, Université
Abomey-Calavi, Bénin , 2004, 87 p. ;

 LE MANACH (Catherine), La crise politique hondurienne, ou la communauté


internationale face à ses contradictions. Analyse d’une levée de boucliers contre une
atteinte au credo démocratique en Amérique Latine », Mémoire de Recherche Institut
d’Etudes Politiques de Toulouse, 2010, 146 p. ;

 MBACK WARA (Abel Hubert), La prévention des conflits dans la dynamique de


l'intégration sous-régionale en Afrique centrale, Mémoire pour l'obtention du
DEA/Master II en Science Politique, Université de Yaoundé II-Soa, 2006, 117 p.

Mémoire de DEA Page 132


III- ARTICLES :

 BAGALWA MALABI (Jossart), « Transition démocratique et évolution


constitutionnelle en République Démocratique du Congo », Chaire Unesco des Droits
de la Personne et de la Démocratie/Université d'Abomey-Calavi/ République du
Bénin - DEA en Droits de l'Homme et Démocratie, 2003, 15 p. ;

 BAYART (Jean François), « La problématique de la démocratie en Afrique noire : La


Baule et puis après ?», Politique africaine, n° 43, 1991, pp. 5-20 ;

 BENDOUROU (Omar), « Le Conseil constitutionnel et les droits fondamentaux », in


«Revue marocaine d’administration locale et de développement» (REMALD), n° 56,
mai-juin 2004, pp. 23-38 ;

 BOLLE (Stéphane), « Des Constitutions « made in » Afrique », Communication


au VIe congrès de droit constitutionnel français, 9, 10, 11 Juin 2005, 24p. ;

 BRUNET (Pierre), « Le juge constitutionnel est-il un juge comme les autres ?


Réflexions méthodologiques sur la justice constitutionnelle », in : La notion de justice
constitutionnelle, sous. dir. O. Jouanjan, C. Grewe, E. Maulin et P. Wachsmann, Paris,
Dalloz, 2005, pp. 115-135 ;

 CASAGRANDE (Claude), « Les candidats et les électeurs en période de campagne


électorale », Atelier de formation électorale, Commission européenne pour la
démocratie par le droit, Commission De Venise, Erevan, Arménie, 5-8 mai 2003, p.7
pp.4-8 ;

 CHOUALA (Yves Alexandre) « Éthique et politique internationale africaine du


XXIe siècle : Les normes de civilité à l’épreuve du jeu réaliste des États », Politique et
Sociétés, vol. 25, n° 2-3, 2006, pp.183-217 ;

 COMMARET (Dominique Noëlle), « Une juste distance ou réflexions sur


l'impartialité du magistrat », Dalloz 1997, Chroniques, pp.262-269 ;

 COLLIARD (Jean-Claude), « Les systèmes électoraux dans les Constitutions des pays
de l'Union européenne », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13, 2002, pp. 92-
99 ;

 COLLIARD (Jean-Claude), « Le contentieux électoral », Séminaire UNIDEM sur


l’“Organisation des élections par un organe impartial”, COMMISSION DE VENISE,
Belgrade, 24-25 juin 2005, 6 p. ;

Mémoire de DEA Page 133


 DAUDET (Victor) ET NAVARRE-BRAGER (Jeanne), « Le droit, source de
conflits », Jurisdoctoria, n° 2, 2009, p.23.p.21-45 ;

 DELPEREE (Francis), « Le contentieux électoral en Europe », Les Cahiers du Conseil


constitutionnel, n° 13, 2002, pp.100-110 ;

 DESMOULIN (Gil), « Le contentieux des élections législatives : vers une application


de la Convention européenne des droits de l'homme ? », Revue du droit public et de la
science politique, n°1, L.G.D.J, 1997, 37 p. ;

 DE WILDE d’ESTMAEL (Tanguy), « La dimension politique des relations


économiques extérieures de la Communauté européenne. Sanctions et incitants
économiques comme moyens de politique étrangère », Études internationales, vol. 31,
n° 2, 2000, p. 388-390 ;

 DJEDJRO MELEDJE (Francis), « Le contentieux électoral en Afrique », Pouvoirs


2009/2, n° 129, pp.139-155 ;

 DU BOIS DE GAUDUSSON (Jean.), « Défense et illustration du constitutionnalisme


en Afrique après quinze ans de pratique du pouvoir », Mélanges en l’honneur de Louis
Favoreu, Le renouveau du droit constitutionnel, D., 2007, pp. 609-627 ;

 DU BOIS DE GAUDUSSON (Jean), « Les élections à l’épreuve de l’Afrique », Les


Cahiers du Conseil constitutionnel, n°13, janvier 2003, pp. 39-45 ;

 DRAGO (Guillaume), « Réformer le conseil constitutionnel ? », Pouvoirs, 2003/2, n°


105, pp. 73-87 ;

 FALL (Alioune Badara), « Le juge, le justiciable et les pouvoirs publics : pour une
appréciation concrète de la place du juge dans les systèmes politiques en Afrique »,
Afrilex, n°3, Juin 2003, pp. 2-27 ;

 FAVOREU (Louis), « La légitimité du juge constitutionnel », in: Revue Internationale


de Droit Comparé, Vol. 46, n°2, Avril-juin 1994. pp.557-581 ;

 HOLO (Théodore), « Démocraties revitalisées ou démocraties émasculées ? Les


constitutions du renouveau démocratique dans les Etats de l’espace francophone
africain : régimes juridiques et systèmes politiques », in Revue béninoise des sciences
juridiques et administratives, n°16, 2006, pp. 17 -41 ;

 HOLO (Théodore), « Émergence de la justice constitutionnelle », Pouvoirs 2009/2, N°


129, pp. 101-114 ;

Mémoire de DEA Page 134


 ILLIASSOU (Ali.), TIDJANI ALOU SANOUSSI (Mahaman.), « Processus électoral
et démocratisation au Niger», Politique africaine, n° 53, 1994, pp. 128-132 ;

 KALULAMBI PONGO (Martin), « Démocratie et développement durable en Afrique


francophone : éléments pour un débat », in Le développement durable, Leçons et
perspectives, vol. 1, Ouagadougou, AUF-AIF-UO, 2004, pp. 635-641 ;

 KINGSLEY (Jean−Pierre), « Administration et application du processus électoral: le


modèle Canadien », Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 13, janvier 2003, 12 p. ;

 KOKOROKO (Komla Dodzi), « Les élections disputées : réussites et échecs »,


Pouvoirs, n°129, 2009, pp. 115-129 ;

 KOKOROKO (Komla Dodzi), « L’apport de la jurisprudence constitutionnelle


africaine à la consolidation des acquis démocratiques : les cas du Bénin, du Mali, du
Sénégal et du Togo », Revue béninoise des sciences juridiques et administratives,
n°18, 2007, 177 p.

 KPODAR (Adama), « Réflexion sur la justice constitutionnelle à travers le contrôle de


constitutionnalité la loi dans le nouveau constitutionnalisme : le cas du Benin, du Mali,
du Sénégal et du Togo », Revue béninoise des sciences juridiques et administratives,
n°16, 2006, pp. 104-146 ;

 MERCIER (Jérémy), « Le droit constitutionnel réinterprété », Publié dans


laviedesidees.fr, le 14 mai 2010, 5 p. ;

 MEUNIER (Jacques), « Les décisions du Conseil constitutionnel et le jeu politique »,


Pouvoirs, n°105, 2003, pp.29 – 40 ;

 OLINGA (Alain Didier), « Politique et droit électoral au Cameroun : Analyse


juridique de la politique électorale », Revue Polis, Vol.6, n°2, 1998, p.37. pp.31-53 ;

 OTAYEK (René.), « Les élections en Afrique sont-elles un objet scientifique


pertinent ? », in Des élections comme les autres, Politique africaine, N° 69, 1998,
pp.3-11 ;

 QUANTIN (Patrick), « Pour une analyse comparative des élections africaines »,


Politique africaine, 1998, n ° 69, pp. 12-28 ;

 ROUSSEAU (Dominique), « Le contrôle des élections politiques nationales »,


Troisième séminaire international d'Erevan sur « Le contentieux électoral devant la
cour constitutionnelle » organisé par la Commission de Venise en coopération avec la
Cour constitutionnelle d’Arménie, Erevan, Arménie, 15-16 octobre 1998, non paginé ;

Mémoire de DEA Page 135


 SAKHO (Papa Oumar), « Quelle justice pour la démocratie en Afrique ? »,
Pouvoirs 2009 ; N° 129, pp. 57 à 64 ;

 SCOFFONI (Guy), « La légitimité du juge constitutionnel en droit comparé : les


enseignements de l'expérience américaine », Revue Internationale de Droit Comparé,
Vol. 51 N°2, Avril-juin 1999, pp. 243-280 ;

 SINDJOUN (Luc), « La loyauté démocratique dans les relations internationales


africaines. Sociologie des normes de la civilité internationale », Études internationales,
vol. XXXII, no 1, 2001, pp. 31-50 ;

 SOCPA (Antoine), « Les dons dans le jeu électoral au Cameroun », Cahiers d'études
africaines, n° 157, 2000, pp.91-108 ;

 SY (Demba), « la condition du juge en Afrique : l’exemple du Sénégal », Afrilex,


Archives, n°3, Juin 2003, pp. 1-17 ;

 TROPER (Michel), « Le pouvoir des juges constitutionnels », Publié dans


laviedesidees.fr, 7 avril 2010, 8 p ;

 VAN ROUVEROY VAN NIEUWAAL (Emile Adriaan Benvenuto), « Esquisse du


parlementarisme et du monopartisme en Afrique: le cas du Togo », Afrika Focus, Vol.
5, n° 3-4, 1989, pp. 107-131 ;

 VASAK (Karel), « Réflexion sur l’observation internationale des élections », Actes du


symposium international de Bamako, 3e réunion préparatoire au Symposium de
Bamako : Les élections, avril 2000.

Mémoire de DEA Page 136


IV- TEXTES JURIDIQUES :
 Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance ;
 Code de conduite à l'usage des observateurs électoraux internationaux ;
 Codes électoraux des pays d’Afrique noire francophone (Togo, Benin, Burkina Faso,
Mali, Centrafrique, Sénégal, Sénégal, Cameroun, Rwanda, Niger, Côte d’Ivoire,
Gabon) ;

 Constitutions des pays d’Afrique noire francophone (Togo, Benin, Burkina Faso,
Mali, Centrafrique, Sénégal, Sénégal, Cameroun, Rwanda, Niger, Côte d’Ivoire,
Gabon) ;

 Directives pour les missions d’observation et de suivi des élections de l’Union


africaine ;

 Déclaration Universelle des droits de l’homme ;


 Déclaration universelle sur la démocratie de l’Union interparlementaire ;
 Loi organiques portant organisation et fonctionnement des juridictions
constitutionnelles des pays d’Afrique noire francophone (Togo, Benin, Burkina Faso,
Mali, Centrafrique, Sénégal, Sénégal, Cameroun, Rwanda, Niger, Côte d’Ivoire,
Gabon) ;

 Pacte international relatif aux droits civils et politiques ;


 Principes pour l'observation internationale des élections ;
 Principles for Election Management, Monitoring and Observation in the SADC
Region’(PEMMO), Publié par l’Institut Électoral d’Afrique Australe (EISA),
Auckland Park Johannesburg, Afrique du Sud, 2006 ;

 Règlements intérieurs des Juridictions constitutionnelles des pays d’Afrique noire


francophone (Togo, Benin, Burkina Faso, Mali, Centrafrique, Sénégal, Sénégal,
Cameroun, Rwanda, Niger, Côte d’Ivoire, Gabon).

V- DOCUMENTS OFFICIELS :
 Accord Politique Global togolais, 20 août 2006 ;
 Accord de Linas-Marcoussis de janvier 2003 ;
 Code de bonne conduite des partis politiques, des medias et de l’administration en
période électorale au Burundi, Février 2010 ;

 Code de bonne conduite des partis politiques et candidats indépendants en période


électorale au Niger, le 25 Janvier 2011 ;

 Code de bonne conduite des acteurs politiques, sociaux et des medias à l’occasion des
élections présidentielle et législative de 2010 en Centrafrique.

Mémoire de DEA Page 137


 Document de la réunion de Copenhague de la conférence sur la dimension humaine de
la CSCE, 29 juin 1990 ;
VI- RAPPORTS DE COLLOQUES, DE SEMINAIRES ET AUTRES
DOCUMENTS :
 Communication de la Commission de l’Union Européenne sur les missions
d'assistance et d'observation électorales de l'UE, Commission des Communautés
Européennes, Bruxelles, 2000 ;

 Principales recommandations émises par les missions électorales dépêchées par


l’Organisation internationale de la Francophonie depuis l’adoption de la déclaration de
Bamako de 2001 à 2006, Délégation à la paix, à la démocratie et aux droits de
l’homme;

 Principes directeurs devant guider l’envoi d’une mission d’observation d’élections


adoptés par l’Organisation internationale de la francophonie ;

 Programme d’Action de Bamako adopté par la IXème Conférence des chefs d’État et
de gouvernement des pays ayant le français en partage, Beyrouth, les 18, 19 et 20
octobre 2002;

 Rapport de la conférence internationale organisée par le FNUD sur « Les défis de


l’alternance démocratique », Cotonou 23 au 25 février 2009 ;

 Rapport final – MOE UE Togo, 2007;


 Rapport du séminaire international sur « la corruption électorale en Afrique de
l'Ouest », CGD, Ouagadougou les 27 et 28 novembre 2003 ;

 Rapport de synthèse du Colloque international sur le contentieux électoral et l’état de


droit, Les Cahiers de l’Association Ouest-Africaine des Hautes Juridictions
Francophone, 2002 ;

 Rapport de synthèse de Boutros Boutros-Ghali sur « L’interaction démocratie et le


développement », Paris, Unesco, 2003, 47 ;

 Rapport de la Mission de Recherche Droit et Justice, dirigéé par CHEVALIER


(Pierre), DESDEVISES (Yvon), MILBURN (Philip), « Les modes alternatifs de
règlement des litiges : les voies nouvelles d’une autre justice », La documentation
Française, Mission de Recherche Droit et Justice, 2003, 287p.

Mémoire de DEA Page 138


VII- SITES ET MOTEURS DE RECHERCHE :

http://democratie.francophonie.org
http://www.accpuf.org/
http://www.cour-constitutionnelle-benin.org/
http://www.conseil-constitutionnel.gov.bf
http://www.coursupreme.cm/
http://www.hcc.gov.mg
http://www.cc.insti.ml/
http://www.cour-constitutionnelle-niger.org
http://www.courconstitutionnelle.tg/
http://www.conseil-constitutionnel.fr
http://www.eisa.org

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TABLE DES MATIERES :

Dédicace………………………………………………………………………………………ii
REMERCIEMENTS………………………………………………………………………….iii
SIGLES ET ABREVIATIONS…………………………………………………………….....iv
SOMMAIRE………………………………………………………………………………….vii
INTRODUCTION GENERALE………..…………………………………………………….1
PREMIERE PARTIE : UN CONTENTIEUX ELECTORAL LEGITIMANT………………8
CHAPITRE I : UN CONTENTIEUX FONDAMENTALEMENT DEMOCRATIQUE……10
Section I : La garantie de la liberté……………………………………………………….......10
Paragraphe I : La liberté du vote……………………………………………………………..11
A- L’affirmation du principe……………………………………………………………........12
B- Le secret du vote…………………………………………………………… …………....14
Paragraphe II : La liberté de candidature…………………………………………………….16
A- Le contenu de la liberté de candidature……………………………………………..........17
B- Les aménagements à la liberté de candidature…………………………………………...19
Section II : L’apologie de l’égalité…………………………………………………………...21
Paragraphe I : L’universalité du suffrage…………………………………………………….22
A- Le suffrage universel……………………………………………………………………...22
B- Le suffrage égal…………………………………………………………………………...24
Paragraphe II : Le découpage électoral……………………………………………………….27
A- La règle des bases démographiques de la représentation………………………………....27
B- La règle de la révision périodique………………………………………………………...30
CHAPITRE II : UN CONTENTIEUX RELATIVEMENT ORGANISE……………...........34
Section I : La juridiction électorale……………………………………………………….......35
Paragraphe I : L’autonomie de l’organe de justice électorale………………………………...35
A- La maîtrise des textes normatifs…………………………………………………………..36
B- La gestion des affaires administratives et financières…………………………………….38
Paragraphe II : La garantie de l’indépendance des juges électoraux…………………………41
A- La désignation des juges……………………………………………………………….....41
B- La qualité juridique des juges …………………………………………………………....44
Section II : La conduite de la justice électorale………………………………………………47

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Paragraphe I : Le recours électoral…………………………………………………………...48
A- Le litige électoral…………………………………………………………………............48
B- Les caractères du recours électoral et les règles de procédure…………………………...50
Paragraphe II : Les pouvoirs du juge électoral……………………………………………….53
A- L’appréciation des irrégularités…………………………………………………..............53
B- Les conséquences des irrégularités……………………………………………………….55
DEUXIEME PARTIE : LE CONTENTIEUX ELECTORAL
EMASCULE ………………………………………………………………………………..58
CHAPITRE I : UNE EMASCULATION ENDOGENE……………………………………60
Section I : Un juge limité dans sa fonction…………………………………………………...61
Paragraphe I : Des limites législatives………………………………………………………..61
A- Les imperfections de la législation………………………………………………………..61
B- L’interprétation trop restrictive des attributions……………………………….................64
Paragraphe II : Un manque d’audace…………………………………………………………67
A- L’absence du devoir d’ingratitude……………………………………………………….67
B- La défiance du politique…………………………………………………………………..70
Section II : Des failles procédurales………………………………………………………….72
Paragraphe I : Un requérant boudeur……………………………………………….……......72
A- L’intérêt de l’électeur ignoré………………………………………………………….......73
B- La difficulté de la preuve…………………………………………………………………75
Paragraphe II : Un juge incompréhensible…………………………………………………...77
A- Le manque de transparence……………………………………………………………....77
B- Un langage exagéré…………………………………………………………………….....79
CHAPITRE II : UNE EMASCULATION EXOGENE……………………………………..82
Section I : L’observation internationale des élections………………………………………..83
Paragraphe I : Une institution indispensable………………………………………….............83
A- Une naissance justifiée……………………………………………………………………83
B- Une souveraineté conservée…………………………………………………....................86
Paragraphe II : Le baromètre de la démocratie…………………………………………….....89
A- Un facteur de crédibilité des élections………………………………………………........89
1- Une source de crédibilité au plan national………………………………………………..90
2- Un facteur de reconnaissance internationale……………………………………...............91
A- La certification internationale des élections………………………………………………95
1- Une émanation de l’assistance électorale…………………………………………………95

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2- L’arbitrage des élections……………………………………………………………….....96
Section II : La médiation internationale des élections………………………………….........98
Paragraphe I : le règlement politique du contentieux électoral……………………...............99
A- Le droit saisi par la politique……………………………………………………………..99
B- La médiation électorale au service de la paix…………………………………………...102
Paragraphe II : La pratique de la médiation………………………………………………...105
A- Le primat du compromis………………………………………………………………...106
B- Une « source » du droit électoral………………………………………………………..108
CONCLUSION GENERALE……………………………………………………………...113
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………....118
TABLE DES MATIERES……………………………………………………………….....127

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