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MICHEL FOUCAULT ET LA QUESTION DU POUVOIR

Author(s): Jacques ROLLET


Source: Archives de Philosophie , OCTOBRE-DÉCEMBRE 1988, Vol. 51, No. 4 (OCTOBRE-
DÉCEMBRE 1988), pp. 647-663
Published by: Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris

Stable URL: https://www.jstor.org/stable/43035403

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Archives de Philosophie 51, 1988, 647-663

MICHEL FOUCAULT
ET LA QUESTION DU POUVOIR
par Jacques ROLLET

RÉSUMÉ : La réflexion sur le pouvoir est un des aspects les plus significatifs de l'œuvre
de Michel Foucault. Depuis l'Histoire de la folie jusqu'aux études sur le pouvoir
pastoral, il montre par l'analyse généalogique que l'histoire est un jeu de rituels,
passant d'une domination à l'autre. Celle-ci ne s'effectue pas par la répression et
l'interdit, mais par la production de vérité, par les sciences humaines par le
classement et la discipline. Le pouvoir assujettit en déterminant des conduites.
Une telle approche négative néglige cependant la légitimité, le droit, la démocratie,
objets d'étude de la philosophie politique et de la science politique contemporaines.

SUMMARY : The thinking about power is one of the most significant, features of the
Michel Foucault' s work. Since «History of the madness» to the studies on the
« shepherding power », he shows by means of genealogical study that history is a
rituals s game, going from a domination to another. This is not produced by
repression and interdict, but by the production of truth, by human sciences, by
classification and discipline. Power makes subjects by leading behaviours. Such a
negative approach neglects legitimacy, law and democracy. These are now studied
in a positive meaning by political philosophy and political science.

Michel Foucault mort en 1984 a connu la célébrité en 1967 avec Les mots
et les choses. Il restera probablement pour le grand public un auteur
structuraliste, faisant partie de la « bande des quatre » avec Althusser, Lacan,
Lévi-Strauss. Même si cet ouvrage est important, notamment par l'apport
que constitue la notion d'épistème1, il n'est pas le plus représentatif des
préoccupations essentielles de Foucault. Les œuvres des années 70 le
montrent attaché à scruter le fonctionnement multiforme du pouvoir et du
besoin de vérité. C'est dans cette étude que son apport est sans doute le plus
original et le moins connu. Nous voudrions dans cet article, en livrer

1. Foucault ne s'attendait pas à un tel succès. D estime d'ailleurs avoir été mal compris ; c'est
ainsi qu'il récuse l'expression : philosophe de la discontinuité, employée à son égard.

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l'essentiel en nous attachant à la


n'a pas en effet accordé suffisam
le problème du pouvoir autremen
Après avoir présenté la démarch
ment l'origine du pouvoir modern
tant qu'objet, en tant que sujet, l'
nous pourrons mesurer l'intérêt

I. - La démarche de Foucault

L'itinéraire de Foucault a été marqué par une évolution perceptible à


l'examen de ses œuvres ; dans les années 60 il porte avant tout son attentio
sur les énoncés comme tels, sur le discours. En témoigne l'analyse des
différentes épistémés, développée dans Les mots et les choses en 1966
(sous-titre : Une archéologie des sciences humaines). Dans la même ligne
l'archéologie du savoir en 1969, s'efforce de définir les règles auxquelle
obéit la production des énoncés. Dans la même configuration, on trouve
encore : « L'ordre du discours » qui annonce malgré tout l'évolution de
l'archéologie vers la généalogie. C'est dans l'essai : Nietzsche, la généalogie
l'histoire, que la méthode généalogique est présentée comme telle (on sait
que Nietzsche est l'auteur de La généalogie de la morale). Elle s'oppose,
c'est une façon de la définir, à la démarche historique traditionnelle ; ell
s'efforce de « repérer la singularité des événements, hors de toute finalit
monotone » (« Nietzsche, la généalogie et l'histoire », in : Hommage
J. Hyppolite, P.U.F., p. 145). Foucault généalogiste recuse l'existence de loi
de base et de finalités métaphysiques. Il travaille plus sur les discontinuit
que sur les régularités. Il ne s'intéresse pas au repérage du progrès ni à l'étud
des profondeurs ; il adopte une attitude de surplomb pour mieux surprendre
tel ou tel détail de la scène.
L'argument de Foucault est qu'il y a une visibilité en chaque chose pourvu
qu'elle soit observée à la bonne distance, ce qui le conduit à récuser les idées
de signification profonde et cachée, d'intériorité de la conscience. Comme
le disent Dreyfus et Rabinow : « Le blason de la généaologie pourrait porter
l'inscription suivante : « luttons contre la profondeur, la finalité, l'intério-
rité »3. Il appartient au généalogiste de révéler le secret que (les choses) sont
sans essence ou que leur essence (a été) construite pièce à pièce à partir de
figures qui lui étaient étrangères ( Nietzsche , la généalogie et l'histoire
p. 148). Le rôle du généalogiste apparaît donc plus clairement ; détruisant
la primauté des origines et des vérités immuables, il perçoit, partout où il
porte son investigation, la soumission, la domination, les luttes ; en d'autres

2. Voir à ce sujet le début de l'article de J.F. Bayart : « L'énonciation du politique », Revue


Française de Science Politique, juin 1985, p. 344.
3. M. Foucault, Un parcours philosophique, Gallimard 1984, p. 159.

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termes, quand il entend : sens ou : valeurs, i


domination à l'œuvre, visibles en fait à la surf
de l'histoire. Pour le généalogiste, ce sont les
humains ; ceux-ci apparaissent sur un champ
jouent leur rôle. L'histoire à cet égard, n'est p
lieu du progrès de la raison : elle est jeu des r
d'une domination à l'autre. En eux-mêmes, les
non finalisés. Certains se les approprient et im
On a pu croire il y a quinze ans, que M. Fouc
en intellectuel pur ; il a révélé récemment qu
Rabinow publient en effet à la fin de leur ouvr
quoi étudier le pouvoir : la question du sujet »
but de son travail, ces vingt dernières année
phénomènes de pouvoir que l'élaboration d'un
modes de subjectivation de l'être humain dans n
Il a traité dans cette orientation des trois modes
ment les êtres humains en sujets. Il y a d'abor
acquérir le statut de science : il y a à cet égard,
en grammaire générale, celle du sujet product
en biologie.
On trouve ensuite l'objectivation du sujet dans les pratiques divisantes : le
sujet est divisé à l'intérieur de lui-même ou séparé des autres : fou-non-fou,
malade-en bonne santé, criminel-gentil garçon. Enfin l'étude de la façon
dont l'être humain se transforme en sujet : la sexualité par exemple. Ceci
étant posé, Foucault a été très vite conduit à retrouver la question du
pouvoir : « il est vrai que j'ai été amené à m'intéresser de près à la question
du pouvoir. Il m'est vite apparu que, si le sujet humain est pris dans des
rapports de production et des relations de sens, il est également pris dans
des relations de pouvoir d'une grande complexité » (p. 298). Pour étudier
ce problème, il n'y avait aucun outil défini ; le pouvoir est toujours pensé à
partir de modèles juridiques (qu'est-ce qui légitime le pouvoir ?) ou institu-
tionnels (qu'est-ce que l'État ?) ; le pouvoir n'est pas une pure question
théorique mais une réalité qui fait partie de notre expérience. Foucault
rappelle l'existence du fascisme et du stalinisme, deux maladies du pouvoir ;
selon lui ces deux perversions ont « utilisé et étendu des mécanismes déjà
présents dans la plupart des autres sociétés... ils ont dans une large mesure
utilisé les idées et les procédés de notre rationalité politique » (p. 299).
Pour aboutir à une nouvelle économie des relations de pouvoir, il faut un
nouveau mode d'investigation qui consiste à partir des formes de résistance
aux différents types de pouvoir. Il s'agit donc d'analyser les relations de
pouvoir à travers l'affrontement des stratégies. Ce disant, Foucault prend
comme exemples actuels, les oppositions récentes au pouvoir des hommes
sur les femmes, des parents sur les enfants, de la psychiatrie sur les malades
mentaux, de la médecine sur la population, de l'administration sur la

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manière dont les gens vivent. C


pays particulier. Elles portent
(exemple : le pouvoir de la méd
leur vie et leur mort). Elles s'o
tion ; elles résistent aux effet
Elles s'opposent donc à tout ce q
soumis à l'autre par le contrôle
identité par la conscience ou l
Ces données inédites perme
antérieurs que nous allons prés

II. L'origine du pouvoir moderne

Il est impossible de présenter les études de Foucault sur le pouvoir dans


les sociétés modernes sans les situer d'emblée par rapport à la question,
centrale pour lui, de la production du savoir et de la volonté de vérité.
Foucault a défini ainsi sa recherche : « Je ne veux pas faire la sociologie
historique d'un interdit, mais l'histoire politique d'une production de vé-
rité »4.
Le pouvoir est à étudier dans l'horizon de la volonté de vérité qui est une
des caractéristiques de l'Occident. La vérité en ce sens n'est pas hors pouvoir
ni sans pouvoir ; chaque société a son régime de vérité, sa « politique
générale » de la vérité. Elle accueille et fait fonctionner comme vrais certains
types de discours. Foucault met cela en valeur dans l'entretien qu'il a accordé
à M. Montana5, quand il caractérise par cinq traits, l'économie politique de
la vérité dans nos sociétés.
Cette économie telle que nous la connaissons, se développe à partir du
18e siècle quand le savoir et le pouvoir commencent à s'articuler en des
procédures analysées dans un ouvrage auquel nous allons revenir : Surveiller
et punir. Foucault explicite les bases théoriques de son étude en montrant
qu'il serait illusoire de disjoindre ces deux instances dont le fonctionnement
est lié : « Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir ; que
pouvoir et savoir s'impliquent directement l'un l'autre ; qu'il n'y a pas de
relation de pouvoir sans constitution corrélative d'un champ de savoir, ni de
savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de
pouvoir... En bref, ce n'est pas l'activité de connaissance qui produirait un
savoir utile ou rétif au pouvoir, mais le pouvoir-savoir, les processus et les
luttes qui le traversent et dont il est constitué qui déterminent les formes et
les domaines possibles de la connaissance. »6

4. In : Une pratique de la vérité pai F. Ewald, A. Farges, M. Perrot, (album Foucault), Syros
1985.
5. « Vérité et pouvoir », in : L'Arc, n° 70, p. 25.
6. Surveiller et punir, p. 32.

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Ce lien tenu entre savoir et pouvoir expliq


sciences humaines soient nées dans un cont
classique pour se développer au 18e et 19e sièc
puissent devenir l'objet d'observations scientifi
des hommes soit devenu à partir d'un certain
analyser et à résoudre, tout cela est lié, je c
pouvoir »7.
L'âge classique est l'époque où se développe une nouvelle rationalité
technique et politique. Les sciences sociales modernes se constituent à partir
d'une double différenciation : elles se distinguent de la théorie politique
traditionnelle qui visait la sagesse pratique et de la démarche de Hobbes qui
voulait élaborer une théorie générale de la société. Ce que Foucault appelle
le bio-pouvoir, s'est constitué à l'âge classique autour de deux pôles
principaux : le premier centré sur l'espèce humaine (natalité, croissance et
santé de la population), le second centré sur le corps comme objet à
décrypter et à manipuler : le corps docile devant être corps producteur. Selon
lui, le développement de cette technologie politique a précédé celui de
l'économie capitaliste et l'a rendu possible. Ceci passe souvent inaperçu
parce qu'on commence à parler, au 18e siècle, de fraternité et d'égalité alors
même que s'institue une société de surveillance comme nous le verrons dans
le chapitre suivant. Cette nouvelle technologie politique est à distinguer des
théories précédemment édifiées. Dans la culture occidentale, la réflexion
politique s'est traditionnellement intéressée à la justice et au bonheur des
citoyens : c'est la ligne d'Aristote reprise par Thomas d'Aquin : la politique
est alors au service d'un objectif supérieur. La renaissance voit apparaître un
second modèle incarné par l'œuvre de Machiavel : les questions de stratégie
deviennent essentielles ; il s'agit de maintenir et d'accroître le pouvoir du
prince. Foucault pense qu'un troisième modèle se développe avec le bio-
pouvoir. Nous sommes là en présence du développement de la raison d'État
telle qu'elle apparaît avec les manuels de police : l'État constituant désormais
une finalité en soi, l'appareil administratif a besoin d'un savoir précis que
vont lui fournir peu à peu les sciences humaines. L'individu devient objet de
préoccupation politique et scientifique.
Dans le texte inédit publié par Dreyfus et Rabinow à la fin de leur étude :
« Pourquoi étudier le pouvoir : la question du sujet », Foucault décrit cet État
comme celui qui a intégré sous une forme politique nouvelle, « une vieille
technique de pouvoir qui était née dans les institutions chrétiennes. Cette
technique de pouvoir, appelons la le pouvoir pastoral. »8
Le christianisme est la seule religion à s'être organisée en Église. En tant
qu'Église donc, il postule que certaines personnes ont pour tâche d'en servir
d'autres en tant que pasteurs : c'est une forme de pouvoir dont l'objectif final

7. L 'Express du 6 juillet 1984.


8. In : Dreyfus et Rabinow, p. 304.

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est d'assurer le salut des indivi


seulement ; il doit être prêt à s
chaque individu. Il implique enf
aptitude à la diriger. Cette form
vérité de l'individu. Or il s'es
distribution de ce type de pou
« une matrice de l'individuali
pastoral. »9 On observe évidemm
on passe du souci de mener au
santé, bien-être ; on assiste d'aut
tration du pouvoir pastoral. Cela
du savoir sur l'homme autour de
concernant la population, l'autre

III. La constitution de l'individu comme objet

La constitution du savoir concernant l'individu moderne est étudiée par


Foucault dans l'ensemble de son œuvre. Nous nous attachons ici aux travaux
qui montrent comment il devient un objet de connaissance et de pouvoir :
Histoire de la folie à l'âge classique (1961), Surveiller et punir, (1975). Dans
le premier, il retient comme fondamentale, la date de 1656 : elle est en
quelque sorte le symbole du passage de la Renaissance à l'Age classique ; les
léproseries se vident de leurs occupants pour devenir maisons d'internement
pour les pauvres. En 1656, donc, est fondé à Paris l'hôpital général. En
quelques mois à cause de cette fondation royale, un parisien sur cent va se
trouver interné : c'est un pauvre, un fou, un sans-abri. Ces hommes et ces
femmes ont droit à être nourris, vêtus et logés par l'hôpital. Un corps
d'administrateurs généraux est créé à cet effet. Ils ont tout pouvoir sur les
pauvres, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'hôpital. Foucault considère
cette fondation comme l'expression directe du pouvoir royal. Il voit en elle
« une instance de l'ordre, de l'ordre monarchique et bourgeois qui s'organise
en France à cette même époque » ( Histoire de la folie , p. 61). A travers ce
« grand renfermement », c'est une éthique du travail qui se fait jour : celui-ci
en effet y est obligatoire. Cette apparition d'une raison qui veut la producti-
vité, classifie et ordonne, va se développer au 18e siècle de façon beaucoup
plus affirmée et donner lieu aux études que nous trouvons dans Surveiller et
punir en 1975.
L'ouvrage est divisé en quatre parties : supplice, punition, discipline,
prison. Il parcourt le changement qui, en un siècle, nous conduit de l'éclat
des supplices au traitement de la délinquance. Foucault, pour mieux faire
percevoir ce qui s'est mis en place dans nos sociétés depuis la fin du 18e

9. Idem, p. 306.
10. Idem, p. 307.

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siècle, commence par nous décrire « l'éclat de


années, avant l'abolition de la peine de mort, l'
secrète alors que le procès était public. Il n'en
Régime : Foucault commence son ouvrage par
sionnante du supplice et de la mise à mort de D
et le procès étaient alors secrets et la peine pub
est en effet une pièce essentielle du cérémonia
l'acte de justice soit visible par tous dans la mesu
politique manifestant le pouvoir du roi qui a ét
donc, déployé là, tout un cérémonial de triom
du roi réduit à rien, anéantit le corps du condam
dyssimétrie des forces.
Cette logique du pouvoir va peu à peu disparaî
de la punition. Un tel processus a été rendu po
d'une problématique de la discipline dont l'étu
partie de Surveiller et punir : le fait marquant e
qu'il s'agit de modeler, de dresser. A l'armée co
voit les multitudes confuses se transformer
Différents moyens sont employés qui révèlent c
pouvoir.
La surveillance hiérarchique se développe, l'architecture disposant les
bâtiments dans un espace accessible au regard ; le camp militaire est un
modèle presque idéal d'observatoire ; le regard n'y porte plus sur l'extérieur
comme dans la forteresse mais sur l'intérieur. La disposition de l'hôpital en
fait également un opérateur thérapeutique, enfin l'école-bâtiment doit être un
opérateur de dressage. On aboutit à un système intégré dans lequel les
surveillants sont eux-mêmes surveillés ; c'est l'appareil tout entier qui produit
du pouvoir à la fois indiscret puisqu'il est partout et toujours en éveil et
absolument discret puisqu'il fonctionne en permanence et en silence. On
aboutit sans recours habituel à la force ou à la violence à un pouvoir qui est
« d'autant moins corporel » qu'il est plus savamment « physique » ( Surveiller
et punir, p. 179). A l'intérieur de ces dispositifs on normalise, par la sanction
éventuellement et surtout par ce que Foucault appelle l'examen.
L'hôpital devient au 18e siècle, un lieu où l'on examine chaque jour les
malades. Les compositions régulières à l'école permettent le développement
d'une pédagogie fonctionnant comme science. La connaissance porte donc
désormais sur les sujets et non sur le souverain : jusque là c'était le pouvoir
du roi qui se manifestait avec éclat, les sujets importaient peu. A présent ce
sont eux qui sont objet d'attention. On voit apparaître divers codes : code
physique du signalement, code médical des symptômes, code scolaire ou
militaire des conduites et des performances. L'individu devient donc bien un
objet descriptible et analysable : il entre dans le champ du savoir avec cette
naissance des sciences humaines. L'enfant, le malade, le fou et le condamné
sont objet d'étude. Alors que l'individualisation dans le régime féodal était

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ascendante, par la généalogie, l'ins


dante : à mesure que le pouvoir d
sur qui il s'exerce, deviennent plus
anatomie politique du corps, l
Foucault conclut ainsi cette étude
fictif d'une représentation ' idéol
réalité fabriquée par cette techno
discipline. Il faut cesser de toujou
négatifs : il 4 exclut ', il 4 réprim
il 4 masque ', il 4 cache '. En fait
produit des domaines d'objets e
connaissance qu'on peut en prendre
ler et punir, p. 195-196).
Le développement le plus célè
présentation du Panopticon de J.
prisons. A la périphérie, un bâtim
de fenêtres qui ouvrent sur la fac
composent ont deux fenêtres, l'
l'extérieur. La lumière les travers
placer un surveillant dans la tour
un fou, un malade, un condamn
L'effet de contre-jour permet u
L'inversion du dispositif du cachot
pour Foucault la preuve d'une mu
se rendant lui-même invisible, am
constamment visible et en le mett
ne sait jamais s'il est regardé ou
panopticon est donc le paradigm
politique où les relations de discipl
Cette discipline fait croître l'ut
l'école, à l'armée. Foucault relati
qu'on fait généralement du 18e si
res qui ont découvert les libertés
C'est, selon lui, au 18e qu'elles on
partir de là qu'on voit se former
psychologie de l'enfant, la psycho
prison dans cette même ligne d'
échoué ; elle a réussi à produir
politique ou économique moins da
lisme » (282). Contrôle social et co
de pair.

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IV. La constitution de lîndividu comme sujet

Poursuivant sa recherche sur le lien entre pouvoir, société et sciences


humaines, Foucault entame un vaste projet portant sur l'histoire de la
sexualité. Le premier tome paraît en 1976 sous le titre : La volonté de savoir.
Mais à travers cette étude sur la sexualité en occident ces deux derniers
siècles, c'est à nouveau la question du pouvoir qui est abordée ; Foucault se
demande : pourquoi disons-nous, à propos de la sexualité que nous sommes
réprimés ? Par rapport à ce qu'il appelle l'hypothèse répressive sur laquelle
nous allons revenir, il élève trois doutes : Io La répression du sexe est-elle
une évidence historique ? 2° La mécanique du pouvoir est-elle de l'ordre de
la répression ? L'interdit, la censure, la dénégation sont-ils les formes dans
lesquelles le pouvoir s'exerce dans notre société ? Le discours critique qui
s'adresse à la répression, ne fait-il pas partie du même réseau historique que
ce qu'il dénonce ?
En fait dit Foucault on constate qu'il y a eu ces trois derniers siècles autour
du sexe une formidable explosion discursive. Il y a eu une incitation
institutionnelle à parler du sexe dont l'extension de l'aveu concernant ce
domaine, dans la pratique de la confession, est un indice majeur. Le sexe à
partir du 1 8e siècle relève de la puissance publique ; c'est alors qu'apparaît
l'idée de population avec l'étude de la natalité, du mariage, du célibat. La
sexualité des enfants est également contrôlée. Il y a donc eu volonté de dire
la vérité du sexe : Foucault en voit la preuve dans le fait que notre civilisation
n'a pas ď ars erotica mais possède une scientia sexualis, basée sur l'obtention
d'aveux. « L'homme en occident est devenu une bête d'aveu » ( La volonté
de savoir, p. 80). Il faut donc revoir les idées reçues : l'aveu affranchit, alors
que le pouvoir réduit au silence ; la vérité n'appartient pas à l'ordre du
pouvoir. Ces thèmes traditionnels de la philosophie doivent être retournés
par une histoire politique de la vérité montrant que celle-ci est toute entière
dans sa production et qu'elle est donc traversée de rapports de pouvoir. La
science a pris, au 19e siècle, le relais de la confession : la psychiatrie codifie
le « faux-parler ». L'écoutant est doté d'un pouvoir herméneutique : produire
un discours de vérité, ce qui lui permet de définir pour la première fois une
morbidité propre au sexuel.
Pour faire l'histoire de cette volonté de vérité portant sur le sexe, Foucault
pense qu'il est nécessaire de s'affranchir d'une conception juridico-discursive
du pouvoir au profit d'une analytique du pouvoir sur laquelle nous revien-
drons. Cette conception juridico-discursive appliquée au rapport : pouvoir-
sexe, comporte certains traits majeurs : la relation négative : entre pouvoir
et sexe, il ne peut jamais s'établir de rapport que sur le mode négatif : rejet,
exclusion, refus, barrage.
- L'instance de la règle : le pouvoir serait essentiellement ce qui au sexe
dicte sa loi. Le sexe est alors licite ou illicite, permis ou défendu. On
trouverait donc la « forme pure du pouvoir » dans la fonction du législateur.

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- Le cycle de l'interdit : sur le


de prohibition.
- La logique de la censure : cet
formes : « affirmer que çà n'est
çà existe ». (p. 111)
- L'unité du dispositif : ce pou
façon à tous les niveaux, de la f
Ce modèle oppose donc le pouv
de l'autre. Pourquoi cette conce
que manifestement il fonctionn
une explication historique : la
depuis le Moyen-Age, l'ont emp
tuant comme ensemble unitair
mettant en œuvre des mécanisme
donc été pour le système mona
forme de son acceptabilité. D
pouvoir se formule dans le droi
au 18e siècle contre la monarch
différences d'époque, la pensée
coupé la tête du roi. La problém
dominante. Or des mécanismes
formé cette monarchie juridique.
du 18e siècle, la vie des homme
la technique, non à la loi mais à
contrôle, et ce en débordant l'É
analytique du pouvoir qui ne pre
Il faut donc, dit Foucault, en c
mécanismes du pouvoir à parti
rapports de force : entre techn
pouvoir, il n'y a pas extériorité ma
locaux de pouvoir savoir : le con
tiques. Il y a, de plus, double c
stratégie d'ensemble : ainsi le pè
de l'État ou du souverain et ceu
autre échelle, mais le dispositif
vres » pour le contrôle de la nata
la population par la médicalisat
formes non-génitales. Nous ne
sexualité qui n'est pas notre ob
cault, la cellule familiale telle q
a permis que par le double axe : m
les éléments principaux du di

1 1. B. Barret-Kriegel développe ce thè

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MICHEL FOUCA ULT 657

féminin, précocité infantile, régulation des n


pervers.

L'attention portée au sexe au 19e siècle par la


volonté d'expansion indéfinie de la force, de l
tion du dispositif de sexualité dans la classe e
seconde partie du siècle, dans la volonté de m
(école, habitat, hygiène publique, institutions
Pour un pouvoir qui s'est organisé autour d
pouvoir), le sexe est donc un enjeu politiqu
disciplines du corps, de l'autre, de la régulatio

V. L'analyse théorique du pouvoir

Dans les travaux que nous avons présentés jusqu'alors, M. Foucault traite
du pouvoir à partir de l'examen de données historiques : enfermement,
naissance de la prison, développement du sexuel, etc. On ne trouve guère que
deux textes où il étudie le pouvoir en lui-même : un passage de La volonté
de savoir et un texte publié par Dreyfus et Rabinow : « Le pouvoir, comment
s'exerce-t-il ? ». Ces élaborations plus réfiexives, nous apportent de nou-
veaux éléments pour une meilleure compréhension de la problématique de
Foucault.
Dans La volonté de savoir, il tente de préciser ce qu'on peut entendre par :
pouvoir : « La multiplicité des rapports de force qui sont immanents au
domaine où ils s'exercent » (122). Le pouvoir est partout parce qu'il vient
de partout. Le pouvoir dans ce qu'il a de permanent, de répétitif et d'inerte,
n'est que « l'effet d'ensemble » de ce processus de dissémination. Foucault
avoue là une position philosophique : « Il faut sans doute être nominaliste :
le pouvoir, ce n'est pas une institution et ce n'est pas une structure, ce n'est
pas une certaine puissance dont certains seraient dotés : c'est le nom qu'on
prète à une situation stratégique complexe dans une société donnée. » (123)
Foucault formule dans cette ligne, cinq propositions : Le pouvoir n'est pas
quelque chose qui s'acquiert ou se partage, qu'on garde ou qu'on laisse
échapper. Il s'exerce à partir de points innombrables et dans le jeu de
relations inégalitaires et mobiles. Les relations de pouvoir ne sont pas
extérieures aux processus économiques, aux rapports de connaissance, aux
relations sexuelles. Elles ne sont donc pas en position de superstructure avec
un rôle d'interdit ou de reconduction. Elles ont un rôle directement
producteur. Le pouvoir vient d'en-bas : les rapports de force, multiples,
disséminés servent de support « à de larges effets de clivage qui parcourent
l'ensemble du corps social ». En d'autres termes, « les grandes dominations
sont les effets hégémoniques que soutient continûment l'intensité de tous ces
affrontements ». (124) Les relations de pouvoir sont à la fois intentionnelles
et non subjectives ; Foucault s'explique : il n'y a pas de pouvoir qui s'exerce
sans une série de visées et d'objectifs. La rationalité du pouvoir est celle de

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658 J ROLLET

tactiques souvent explicites au


du dispositif d'ensemble, même
n'y ait plus personne pour les
grandes stratégies anonymes »
problématique, Foucault pense
mais, des résistances. Ces poin
de pouvoir ; leur essaimage tra
individuelles. Il conclut en disa
le pouvoir du prince en termes
un pas de plus en se passant d
rapports de pouvoir à partir d
force ». (128)
Foucault a poursuivi cette étu
Rabinow : Le pouvoir, comment
distinguant relations de pouvo
objectives (travail et transfor
s'apportent un appui réciproqu
ces blocs ou se trouvent mis en
exemples, l'école, l'armée, l'hôp
spécificité des relations de p
d'action de certains sur d'autr
consentement, n'est pas la ma
pouvoir est un mode d'action q
sur leur action propre. L'exe
violence ; il consiste à conduire
nement » (au sens du 16e siècle
Ceci étant, le pouvoir ne s'exe
plusieurs comportements poss
voir, la contrainte, la coercitio
de pouvoir est d'être un mode d
la base même de la vie en socié
de pouvoir fait appel à plusieur
différences juridiques, de statu
tion des biens, différences cult
tifs poursuivi par ceux qui y as
de projets, exercice de fonct
lesquelles le pouvoir s'exerce :
d'institutionnalisation qui peuv
la famille, l'institution scolaire
complexe comme dans le cas d
l'enveloppe générale, l'instance
et dans une certaine mesure aus
pouvoir dans un ensemble soc
5° Les degrés de rationalisation

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MICHEL FOUCA ULT 659

nise en se dotant de procédures, de technolog


terminant cette présentation, que l'État, dans les
est l'instance à laquelle tous les autres types de
référés. Mais ce n'est pas parce que chaque autre
lui : il s'est produit en fait une étatisation continue
elles ont été progressivement gouvernementalisé
fois de gouvernement), c'est-à-dire élaborées sou

VI. Limites et apports de cette problématique

La problématique de Foucault sur la question du pouvoir constitue un


apport incontestablement important pour plusieurs disciplines : l'histoire, la
sociologie, la science politique. Il est regrettable pour celle-ci que nous ne
disposions pas du contenu des cours qu'il a fait ces dernières années au
Collège de France sur la gouvernementalité dans les sociétés occidentales (il
a étudié à cet égard l'État providence).
Remarquons tout d'abord, sur la base des textes dont nous disposons, que
l'approche de Foucault ne semble pas totalement unifiée. Les textes présen-
tés ci-dessus, postulent dans le jeu des relations de pouvoir, l'existence de
sujets libres : pas de relation de pouvoir, dit Foucault, là où s'exerce la
contrainte, la coercition pure et simple. Il nous dit en même temps que la
relation de pouvoir n'est pas de l'ordre du consentement. Mais quelle est
donc cette liberté qui obéit sans consentir ni sans être contrainte ? Il y a là
une lecture du pouvoir qui laisse perplexe quant aux données anthropologi-
ques mises en œuvre pour en rendre compte. De plus, cette analyse du
fonctionnement des rapports de pouvoir s'applique difficilement à certaines
parties de Surveiller et punir : la discipline à l'armée peut entrer à la rigueur
dans le cadre de la conception présente dans la prison où s'exerce la
contrainte physique et l'enfermement. La problématique de Foucault telle
qu'elle apparaît dans les articles évoqués ci-dessus (p. 297-321 in : Dreyfus
et Rabino w), est marquée en fait par la contestation dont le pouvoir est
l'objet dans les luttes auxquelles il prête attention dans les années 70 : « Je
proposerais comme point de départ, de prendre une série d'oppositions qui
se sont développées ces quelques dernières années : l'opposition au pouvoir
des hommes sur les femmes, des parents sur leurs enfants, de la psychiatrie
sur les malades mentaux, de la médecine sur la population, de l'administra-
tion sur la manière dont les gens vivent » (p. 301). Ce que Foucault repère
de commun dans ces luttes, le situe nettement dans la perspective anti-
institutionnelle et « immédiate » que certains appellent autogestionnaire,
d'autres : gauchiste. Il les présente en effet comme des luttes transversales,
non restreintes à un pays, ni à un type particulier de gouvernement. Ces
luttes portent sur les « effets de pouvoir en tant que tels » ; ce sont des « luttes
immédiates » parce que les gens critiquent les instances de pouvoir les plus
proches d'eux et n'envisagent pas la solution à leurs problèmes dans l'avenir

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660 J. ROLLET

(par exemple dans la fin du c


aujourd'hui. Ces luttes, dit-il
l'individualisation : elles offren
qu'elles s'attaquent à tout ce qui
On comprend que G. Deleuze av
écrits ait pu reconnaître en Fouc
en question la problématique mar
est centrée sur la lutte des classe
totalement sienne l'analyse de
négation des cinq postulats telle
et punir (inutile de les reprendre
article).
Foucault a incontestablement une vision négative du pouvoir ; c'est ce
contre quoi il faut lutter, quoi qu'il arrive et en toute circonstance. Les limites
sociologiques de sa problématique ont été mises en lumière dans des travaux
allemands récents. C'est ainsi que Axel Honneth dans Kritik der Macht
(critique du pouvoir)12, tout en soulignant l'intérêt des analyses de Foucault
dans la mesure où sa conception du pouvoir décentré permet même de tenir
compte des structures de la société moderne, formule des critiques sévères :
Comment penser, dit-il, l'institutionnalisation du pouvoir tel qu'on peut la
constater dans la vie politique, à partir de simples succès stratégiques qui
peuvent être constamment remis en question ?
La stabilité du pouvoir n'est en fait pensable que sur la base d'un
consensus établi entre, par exemple, les groupes sociaux en conflit. N'ayant
pas pensé le consensus, Foucault ne conçoit le droit et la morale qu'en
termes d'illusion stratégique, sans y reconnaître d'éléments normatifs. C'est
ainsi que les normes sont pour lui de simples contraintes exercées à l'égard
des corps et les sciences humaines des moyens pour normaliser et contrôler
les comportements. Négligeant l'étude du processus de légitimation du
pouvoir, Foucault ne se donne pas les moyens de distinguer une société
totalitaire d'une société démocratique. Honneth lui reproche une analyse
objectiviste et cruelle.
Dans un ouvrage aussi récent, J. Habermas13, prolonge l'étude critique de
Honneth en s'attachant à repérer la fonction jouée par le concept de pouvoir
dans la pensée de Foucault. Son omniprésence s'explique par le passage de
l'archéologie à la généaologie : l'échec méthodologique de L'archéologie du
savoir (noté également par Dreyfus et Rabinow) a conduit Foucault à
privilégier la généalogie ; l'histoire du sujet y devient en fait celle de
l'assujettissement. Le pouvoir est à ce titre, la seule continuité dans son

12. Suhrkamp, Verlag 1985.


13. Der philosophische Diskurs des Moderne, Suhrkamp 1985 (remarquons lmteret des
Allemands pour la pensée française contemporaine).

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MICHEL FOUCA ULT 661

œuvre telle qu'elle se développe après 1970. Il


principe d'analyse, domaine à investiguer et pr
Habermas objecte à Foucault qu'il ne peut ma
refusant de l'appliquer à son propre travail ; il d
principes de sa science, mais serait alors oblig
de vérité qui soit exempt de toute volonté de
concept de pouvoir tel qu'il est employé ne s
ambiguïté : il est à la fois empirique, dans le cad
naliste, et implicitement transcendantal puis
critique de la raison et du pouvoir. C'est ce qui c
leur aspect polémique au nom de valeurs qui
(Foucault est-il par exemple, anti-humaniste
remarque finement que l'historiographie de F
écarte en fait le problème de la signification e
68, L. Ferry et A. Renaut vont plus loin ; ils
approche totalement négative de l'institution as
avec Gauchet et Swain : La pratique de l'esprit
autre lecture) elle se présente de facto, comme l
être : elle est crypto-normative et centrée su
actuelle est l'horizon de toutes les recherches
punirà. La volonté de savoir ), Les 17e et 18e sièc
actuels.
Du point de vue sociologique, et là Habermas
ne peut expliquer à partir du seul concept de
pouvoir) occasionne, la possibilité d'un ordre s
la légitimité politique aurait pu répondre à cela
dû admettre que le droit actuel offre davantage
du pouvoir que dans le passé. La science politiq
d'État, peut montrer également les failles de l'an
qu'on ne trouve jamais chez lui une étude de l
tion du droit, une étude de la légitimité du p
idéologies, qui permettraient de rendre comp
systèmes politiques, qui ne génèrent pas que de
la norme, la discipline et le classement.
On peut estimer également que Foucault nég
écrits consacrés au pouvoir, l'étude du pouvo
louanges que lui adressait G. Deleuze en 1975,
la proximité de leurs problématiques et leur in
spécificité du politique, du pouvoir régulant l
l'article de J. Leca et BJobert consacré à L'act

14. J. Baudrillard dans : Oublier Foucault, Galilée 1977


l'œuvre de Foucault et y détecte une volonté de pouvo
permanente de celui-ci.

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662 J ROLLET

et Friedberg, constitue un bon


bien que Crozier et Friedberg f
dans les sociétés complexes, de
de ressources qu'ailleurs »15. Ils
de leur étude que la théorie pol
intérêts idéologiques qui dépas
lutte pour l'intérêt général et a
intérêt général favorise le pouv
De même, dans le Traité de sc
contribution de Ph. Braud16 m
irréductible du pouvoir politiqu
la légitimité, le droit en étant l
d'opérer « la structuration glob
sociale croissante, par l'institu
d'un centre).

C'est cet ensemble de données


ignorer délibérément. S'en pre
déclarait : « Oui je fais, je veux
de l'État comme on peut et doi
ajoute que le problème de l'éta
posées, mais qu'il a voulu faire
celui-ci n'a pas d'essence ; « L'É
autonome de pouvoir ;... l'État
régime de gouvernementalité m
la majeure partie de l'œuvre, n
analysé précédemment : « Pou
sujet ». La mise en valeur du
développée par Foucault, est d
concevoir l'État comme source
implique un projet, une finalit
Cette contradiction entre le re
d'une étatisation continue des r
l'apport de M. Foucault. En fa
étude du pouvoir moderne qui
Weber (avec des intentions to
administrative bureaucratique,
rationnelle, caractéristique de
cadre de règles impersonnelles o

15. J. Leca et B. Jobert: «Le dépér


Politique, novembre-décembre 1980, p
16. In : Traite de science politique, PU
17. Publie dans Libération du 30 juin

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MICHEL FOUCA ULT 663

règlements prédéterminés : on a là quelque chose


foucaldienne de la discipline, du règlement et de
Ce développement de la bureaucratie comme tec
par Foucault comme une atteinte au sujet ; il est
éminemment positif par M. Gauchet dans son ouv
du mondé*. Il est très suggestif en effet de compar
ouvrage de référence aux travaux de Foucault. Gau
la fin de l'histoire proprement chrétienne ; l'État n
toute sa place ; l'espace social n'est plus command
moderne, dit Gauchet, s'est constituée dans ses
« par métabolisation de la fonction religieuse » :
pastoral » de Foucault. Gauchet en tire, lui, une
pouvoir dans l'État moderne est l'instance spécial
la collectivité accède à la subjectivité. Cette dila
constitution du social incarné dans l'État ne s'acco
neutralisation doctrinale croissante et l'impersonn
de ses opérations » (p. 286). Gauchet montre b
l'État à la société civile croît avec sa transcendan
symbolique de producteur de cohésion passe par
dissimule. On rejoint ici Foucault quand il insiste
produit du réel. Gauchet en tire une conclusion p
description rejoint celle de Foucault : l'État, dit-il,
la coïncidence entre l'expansion du bureaucratism
formes autoritaires de pouvoir vient du fait que l
des moyens de connaissance est ordonnée à la re
savoir sur ce qu'elle est. De l'État représentat
bureaucratiquement à ses mandants pour rendr
assujettis. » (289).
La vision éminemment positive livrée par cette ph
tion négative de Foucault, nous apportent en tout
que l'État n'est pas près de finir19 ou de dépérir. Il
un auteur qui nous a longuement acompagné, une
fin est prochaine.

18. Gallimard 1985, p. 232-289.


19. P. Birbaum s'interroge lui, sur « La fin de l'État ? », Revue
novembre-décembre 1985.

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