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FAMILLES DE SCHIZOPHRÈNES ET PERTURBATIONS DE LA

COMMUNICATION
La « communication déviante » : le point de la recherche et son apport à la théorie
familiale systémique
Stéphan Hendrick

Médecine & Hygiène | Thérapie Familiale

2002/4 - Vol. 23
pages 387 à 410

ISSN 0250-4952

Article disponible en ligne à l'adresse:


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Pour citer cet article :
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Hendrick Stéphan, « Familles de schizophrènes et perturbations de la communication » La « communication
déviante » : le point de la recherche et son apport à la théorie familiale systémique,
Thérapie Familiale, 2002/4 Vol. 23, p. 387-410. DOI : 10.3917/tf.024.0387
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Thérapie familiale, Genève, 2002, Vol. 23, No 4, pp. 387-410

FAMILLES DE SCHIZOPHRÈNES
ET PERTURBATIONS DE LA COMMUNICATION
La « communication déviante »
Le point de la recherche et son apport
à la théorie familiale systémique
Stéphan HENDRICK*
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Résumé : Familles de schizophrènes et perturbations de la communication. La « communication

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déviante ». Le point de la recherche et son apport à la théorie familiale systémique. – Après avoir défini le
concept de communication déviante (CD), notion inconnue dans les milieux francophones, l’auteur
explique comment les CD sont mesurées. Il passe ensuite en revue les recherches de ces 35 dernières
années qui mettent en évidence la spécificité de la CD dans les familles de schizophrènes, les relations
entre CD et fonctionnement familial et la nature des communications déviantes. Il discute ensuite le statut
étiologique de ces formes de communication. Le lien entre les CD et les concepts systémiques (et plus
généralement une perspective psychologique) est également envisagé avant de tracer les limites du
concept et des recherches passées.

Summary : Families with schizophrenics and distorted communication. The « communication deviance ».
Review of research and contribution to systemic theory. – Having defined the concept of communication
deviance (CD), which is unknown in french-speaking countries, the author explains how CD are mea-
sured. 35 years of research are reviewed showing the specificity of CD in families with schizophrenics, the
relationships between CD and family functioning and the nature of communication deviance. The etiolo-
gical status of theses patterns of communication is discussed. The link between CD and systemic concepts
(and moreover with a psychological perspective) is considered before tracing the limitation of the concept
in the frame of the past studies.

Resumen : Familias de los esquizofrénicos y perturbaciones de la comunicación. «Comunicación des-


viante ». Estudio de investigación y contribución a sistemica teoría. – Después de haber definido la noción
de comunicación desviante (CD) concepto desconocido en el medio Francofono, el autor explica cómo
medir las CD. Después estudia las investigaciones de los últimos 35 años que evidencian la especificidad
de las CD en las familias de los esquizofrénicos, las relaciones entre las CD y el funcionamiento de la
familia y la naturaleza de las comunicaciones desviantes. Abre, después una discusión sobre el estatuto
etiológico de estas formas de comunicación. Los vínculos entre las CD y los conceptos sistemicos son
también considerados antes de marcar los límites del concepto y de las investigaciones realizadas.

* Psychologue – Psychothérapeute familial – Assistant à l’Université de Mons-Hainaut, Service de


Psychologie Clinique du professeur Richelle.

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Mots-clés : Psychose – Schizophrénie – Fonctionnement familial – Perturbations familiales – Perturba-


tions de la communication – Communication déviante.

Key words : Psychosis – Schizophrenia – Family functioning – Family’s troubles – Distorted communica-
tion – Communication deviance.

Palabras claves : Psicosis- Eschizofrenia – Funcionamiento Familiar – Perturbaciones familiares– Pertur-


baciones de la comunicación – Comunicación desviante.

Introduction

De Clercq et Peuskens (1999) ont récemment dressé les recommandations de la


conférence de consensus sur la schizophrénie. Parmi celle-ci, nous en citerons deux
qui constituent le cadre de nos recherches et la base de la discussion. D’une part, il
est constaté que «(…) ce n’est pas la schizophrénie en tant que telle qui est trans-
mise de manière héréditaire, mais seule la vulnérabilité comme facteur de risque lié
à l’affection serait transmise1». Par ailleurs, les auteurs font observer que « certaines
caractéristiques du milieu peuvent influencer le déclenchement de la schizophrénie
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et son développement ultérieur 2».

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L’étude des communications au sein des familles dont un des membres est schi-
zophrène constitue un des piliers fondateurs des courants systémiques (Lidz, 1949 ;
Bateson, 1958 ; Wynne, 1958). Cette approche a fait l’objet d’élaborations origi-
nales qui constituent actuellement les références les plus souvent citées dans l’étude
de la schizophrénie dans la perspective des théories familiales et systémiques
(Bowen, 1960 ; Haley, 1959 ; Haley, 1984 ; Laing, 1965 ; Selvini, 1988, 1990 ; Watz-
lawick, Helmick Beavin et Don. D. Jackson, 1972). De son côté, Lidz (1986) a
mené une série d’observations cliniques de familles de schizophrènes qui semblait
indiquer une difficulté, voire une impossibilité à partager du sens. Contrairement à
ce qui a été affirmé, les études cliniques ont été confirmées dans une certaine
mesure par des recherches expérimentales. Ainsi, Beavers et coll. (1965) ont montré
que les mères de patients schizophrènes produisaient plus souvent des ensembles de
propositions contradictoires à l’adresse de leur progéniture.
Cependant, un des concepts les mieux validés par la recherche est celui de « com-
munication déviante » (CD). La CD mesure, au cours d’interactions familiales, la
capacité des interlocuteurs à échanger des informations tout en prenant en compte le
point de vue de chacun. Une telle tâche exige que les interlocuteurs se focalisent
simultanément sur un même foyer d’attention (Wynne et Singe, 1963a, 1963b). Les
CD sont mesurées, par exemple, en demandant à plusieurs membres d’une même
famille de se mettre d’accord sur ce qu’ils perçoivent sur des planches du Rorschach.
La communication déviante (CD) se présente sous forme d’une communication
vague, ambiguë, illogique et idiosyncrétique et qui semble être l’apanage des
familles de patients souffrant de troubles psychiatriques graves et, de façon plus

1
Op. cit. 545.
2
Op. cit. 546.

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aiguë, de patients atteints de schizophrénie. Il est, en outre, intéressant de noter que


si on mesure le niveau de CD dans une tâche standardisée soumise aux seuls parents
de patient schizophrène, en dehors de la présence de ce dernier, on observe malgré
tout des troubles de la communication suffisamment importants pour différencier
ces parents de parents de sujets ne souffrant d’aucun trouble psychiatrique ou d’un
autre trouble psychiatrique.
Un très grand nombre d’études ont été menées aux Etats-Unis afin de déterminer
si des hauts niveaux de CD étaient spécifiques aux familles avec schizophrène, afin
d’examiner sa relation avec d’autres variables familiales ainsi qu’avec certains fac-
teurs de vulnérabilité connus pour schizophrénie, afin d’explorer ses liens avec des
facteurs génétiques et environnementaux, etc.
Curieusement, le concept de communication déviante est quasiment inconnu
dans les pays francophones. Par ailleurs, ce concept n’a été que très peu réfléchi
dans une perspective plus psychologique (au sens du développement psychoaffec-
tif) et systémique. Compte tenu de l’importance théorique et pratique de ce concept,
il nous est apparu essentiel de le faire connaître.

La mesure des CD
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Les types de CD
Singer et Wynne (1966) ont d’abord identifié et codifié trois grandes catégories
de communications déviantes : les problèmes de complétion, les comportements
d’interruption et l’usage d’un langage et d’une logique idiosyncrasiques.
Toutefois, cette grille de 1966 était essentiellement conçue pour être administrée
au patient et les interactions observées étaient celles se produisant entre le patient et
l’examinateur.
Par la suite, la grille a fait l’objet de plusieurs révisions afin, d’une part, d’analy-
ser les interactions entre les membres de la famille et, d’autre part, d’affiner le
concept de communication déviante lui-même. La grille de 1986, la dernière ver-
sion en date, et celle que nous utilisons dans nos recherches, comporte 6 catégo-
ries que nous présentons en annexe.
Enfin, il faut signaler que plusieurs procédures d’administration ont été appli-
quées : patient seul, parents sans le patient (Rorschach de Couple ou CCR), parents
et patients (Rorschach familial ou CFR) ou mixte (Rorschach de Couple puis fami-
lial ou CMR). Dans cette dernière configuration, on propose d’abord aux parents de
travailler ensemble sans leur progéniture. A la planche III, le patient participe à la
tâche et l’on observe comment les parents transmettent leur « expérience ».
La procédure de passation individuelle est la plus couramment utilisée. On propose
les 10 planches du Rorschach et les communications observées sont celles qui se pro-
duisent entre le sujet et l’examinateur. Dans certaines procédures, on ne cote que deux
réponses par planche soit la première de la passation et la première de l’enquête (Johns-
ton et Holzman, 1979), soit les deux premières de la passation (Wahlberg et coll.,
2000), soit on enregistre toutes les réponses. Enfin, Velligan et coll. (1990) ont égale-
ment développé un protocole pour évaluer les CD uniquement sur base de conversa-
tions entre les membres de la famille (ICD : Interactional Communication Deviances).
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Spécificité de la CD dans les familles de schizophrènes

Nous n’aurons pas la prétention d’exposer les recherches de manière exhaustive.


Voici toutefois un bref aperçu des types de recherches qui ont été menées sur les CD
jusqu’à nos jours.
Les premières études ont tenté de déterminer si les CD sont des marqueurs spéci-
fiques de la schizophrénie, ou à tout le moins si elles se produisent plus fréquem-
ment dans les désordres schizophréniques.
Wynne et Singer (1965a, 1965b) ont étudié trente-cinq familles : 20 familles de
patients schizophrènes hospitalisés, 9 familles de patients « borderline » hospitali-
sés, et 6 familles de patients sévèrement névrosés. Les diagnostics sont établis par
des psychiatres indépendants de l’équipe de recherche. Les chercheurs sont ensuite
invités à formuler leur propre diagnostic, en aveugle, à partir des niveaux de com-
munication déviante.
Il leur fut possible de prédire correctement (80% des cas alors que la probabilité
théorique de formuler au hasard une telle prédiction était de 41%) le diagnostic de la
progéniture à partir des communications observées lors du Rorschach parental. Il
leur a été également possible de prédire tant le diagnostic que la forme spécifique de
perturbation de la pensée ou que le degré de sévérité de ces perturbations.
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Ce type de transaction familiale fut considéré globalement comme une perturba-
tion de l’attention conjointe et de la production de sens (Singer et Wynne, 1965). On
observa que ces patterns étaient bien plus fréquents chez les parents de sujets schi-
zophrènes. On fit alors l’hypothèse que ces désordres avaient un impact sur le déve-
loppement émotionnel et cognitif des enfants, ceci bien avant le premier épisode
psychotique.
Singer, Wynne et Toohey (1978) ont répliqué et complété leurs recherches sur un
échantillon plus large (N = 114 patients, 141 membres de la fratrie, et 158 parents
biologiques) incluant diverses pathologies. De nouveau, les scores des parents aug-
mentent de manière proportionnelle avec le degré de sévérité des perturbations du
patient (normal, névrotique, états-limites et schizophrène). De plus, le score CD des
parents prédit mieux le diagnostic du patient que le score du patient lui-même. Néan-
moins, les scores des patients schizophrènes sont restés supérieurs aux scores des
patients non schizophrènes. Il faut également noter que si les parents de schizo-
phrènes se distinguent clairement des parents de névrosés et de sujets « normaux »,
les parents de sujets « limites » obtiennent des scores intermédiaires. Selon Wynne,
dans les familles de patient « limite », il a y souvent un parent dont le score CD est
élevé alors que l’autre parent obtient généralement un score plus faible tandis que
dans les familles de patients schizophrènes, les deux parents obtiennent générale-
ment un score élevé.
De nombreuses études ont confirmé les résultats obtenus par Wynne et Singer.
Cependant, les différences observées entre patients et schizophrènes et non schizo-
phrènes n’ont pas toujours été aussi marquées. Par exemple, Hirsch et Leff (1971)
ont comparé 40 paires parentales – 20 avec un patient hospitalisé pour schizophré-
nie et 20 pour trouble névrotique (dépressions non psychotiques, phobies, troubles
obsessionnels). Les résultats montrent que la distribution des scores CD présente
des recouvrements assez importants entre les sous-groupes.
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Les études citées jusqu’à présent portaient sur des populations de parents de
schizophrène. Qu’en est-il des psychoses non schizophréniques ? Est-ce que des
parents de tels patients ont aussi des scores CD élevés ?
Miklowitz et coll. (1991) ont comparé les niveaux de CD de parents de patients
récemment sortis d’hospitalisation, soit schizophrènes (n = 39), soit bipolaires (n = 19).
La mesure des CD a été réalisée à partir du protocole TAT (Jones, 1977 ; Jones et
Doane, 1979) et en observant directement la famille dans une tâche interactionnelle
(ICD : Velligan, Goldstein, Nuechterlein et coll.,1990). cette étude n’a pas permis de
différencier les parents de patients schizophrènes des parents de maniaco-dépressifs
sur base de ces deux mesures. Cependant, certains sous-types de CD, notamment
« usage de mots bizarres » et « constructions syntaxiques bizarres » (exemple : « ça
va être des hauts et des bas tout au long du processus durant tout ce temps de faire
quelque chose avec ça ») étaient plus fréquents chez les parents de patients maniaco-
dépressifs que chez les parents de patients schizophrènes. Parallèlement à ceci, les
scores CD des patients, dans la tâche interactionnelle, n’ont pas non plus permis de
discriminer les deux groupes, à l’exception de la fréquence des « usages de mots
bizarres » qui se sont avérés bien plus fréquents chez les patients maniaco-dépressifs
ainsi que leurs parents. Les patients schizophrènes, par ailleurs, produisent davan-
tage de références ambiguës au cours d’interactions directes (exemple : « Des
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affaires concernant les enfants, ça c’est une chose ; mais autre chose, c’est aussi dif-
férent. »). Ces résultats suggèrent que le niveau de CD intra-familiale, bien que
peut-être plus fréquent dans les familles de schizophrène, ne permet pas, globale-
ment, de discriminer adéquatement ces familles d’avec d’autres familles avec un
patient présentant d’autres types de troubles psychotiques. Toutefois, un examen
minutieux des sous-catégories permet cette discrimination.
Lorsqu’on examine la littérature consacrée à la CD, il apparaît clairement
qu’une partie seulement des schizophrènes ont des parents présentant un score CD
élevé. Cependant, les troubles de la pensée caractéristiques de la psychose sont
généralement associés à des scores CD élevés, ce qui suggère que la CD pourrait
jouer un rôle étiologique essentiel (cf. infra).
Sass, Gunderson, Singer et Wynne (1984), ont examiné le niveau de CD et la
sévérité des perturbations de la pensée. Le niveau des CD suit la même courbe que
le degré de sévérité des troubles de la pensée. De plus, les parents du groupe schizo-
parano (troubles de la pensée légers) ont des niveaux de CD presque identiques que
les parents de non-schizophrènes. Ces résultats ont été confirmés par Rund (1986).
En conclusion, les scores CD sont généralement plus élevés chez les parents de
schizophrènes que chez les parents de patients non psychotiques. Toutefois, des
scores élevés ne constituent pas en soi un facteur spécifique aux transactions de
parents de schizophrènes car ces scores sont également élevés chez certains parents
de patients bipolaires, état-limites, et dépressifs. Bien que des scores CD élevés
apparaissent plus fréquemment chez les parents de patients schizophrènes, ils ne
sont pas spécifiques à ce groupe. En outre, il semble que les niveaux de CD parentale
augmentent avec le degré de sévérité de la maladie et le niveau concomitant des
troubles de la pensée. Ces résultats semblent suggérer que la CD est clairement asso-
ciée au développement d’un trouble psychiatrique sévère, en général. Cependant, les
niveaux de CD sont sensiblement plus élevés dans le cas de la schizophrénie. Cette
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différence est plus nette lorsqu’on examine en détail certaines rubriques. Ainsi, les
problèmes d’incomplétion semblent plus marqués chez les schizophrènes alors que
dans les familles de maniaco-dépressifs, on observe surtout des manifestations de
troubles linguistiques.
En résumé, les CD semblent intervenir dans le déclenchement de la schizophré-
nie, non comme un facteur déclenchant (comme c’est le cas pour les émotions
exprimées (EE)) mais comme un facteur étiologique. Toutefois, bien que les CD
soient plus fréquentes dans les familles de schizophrènes, elles ne sont pas spéci-
fiques de cette pathologie. Comme nous allons le voir par la suite, les CD et des fac-
teurs de vulnérabilités génétiques, pris isolément, constituent une condition néces-
saire mais non suffisante dans le déclenchement de la « maladie ». Ce qui est
déterminant, c’est l’interaction entre ces deux facteurs.

Les niveaux de CD et le fonctionnement familial

CD et fonctionnement familial en général


Si des hauts niveaux de CD indiquent qu’il y a des difficultés dans la famille
pour aboutir à une attention conjointe, on peut alors s’attendre à trouver des rela-
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tions entre la CD et d’autres mesures des perturbations de la communication ou du

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fonctionnement familial.
Ainsi, Herman et Jones (1976) ont étudié les familles de dix adolescents. Dans
les familles présentant un haut niveau de CD, on observe une diminution des com-
portements de reconnaissance mutuelle des perceptions lors du Family Consensus
Rorschach.
Lewis, Rodnick et Goldstein (1981), en étudiant des familles issues de la
recherche UCLA sur les enfants à risque (UCLA High Risk Sample), ont trouvé que
les familles avec une CD élevée étaient plus susceptibles que les familles à faible
CD : a) d’éviter d’échanger les sentiments, b) d’éviter le contact du regard, et c) de
manifester des expressions faciales rigides, figées à l’égard du patient schizophrène
lors de discussions familiales.
Velligan et coll. (1988) ont montré que les niveaux de CD chez les mères, mesu-
rés durant une interaction familiale, sont positivement corrélés avec les niveaux de
dysfonctionnement conjugaux et familiaux, mesurés à partir de questionnaires et
d’observations d’interactions. En particulier, les CD maternelles sont significative-
ment plus élevées dans les familles où l’alliance conjugale est faible et dans les
familles où l’index de dysfonctionnement est élevé.

CD et émotions exprimées
Miklowitz et coll. (1986) ont examiné la relation entre les CD parentales et les
niveaux des émotions exprimées (EE) (Vaughn et Leff, 1976) au sein de trois échan-
tillons de parents de schizophrènes ayant connu un épisode récent (N = 205).
L’hypothèse était que les deux types de dysfonctionnement familiaux étaient
susceptibles d’émerger en réaction au stress consécutif au fait de vivre avec un
patient psychotique récemment décompensé. L’étude prédisait une relation modérée
entre ces deux variables.
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Les parents qui avaient un haut niveau de EE avaient de fait aussi un score CD
plus élevé au TAT (particulièrement les facteurs du TAT qui mesurent les formes lin-
guistiques particulières et bizarres) que les parents qui avaient un bas niveau de EE.
Ces niveaux étaient particulièrement marquants lorsque le score EE était évalué en
termes de surinvestissements émotionnels ou d’une combinaison de comportements
critiques à l’égard du patient et de surinvestissement relationnel. Toutefois, la corré-
lation entre EE et CD était relativement modeste (r point-biséral = 0.27, p < 0.001).
Nutger, Dingemans, Linszen, Van Der Does et Gersons (1996) ont procédé à une
étude qui explore les relations entre les émotions exprimées (EE), le style affectif (AS)
et la communication déviante (CD) pendant l’hospitalisation et après celle-ci. Les
émotions exprimées (EE) ont été mesurées d’une part, avec le Camberwell Family
Interview (CFI) et, d’autre part, le Five Minutes Speech Sample (FMSS). Les sujets
expérimentaux étaient des patients ayant vécu un épisode récent de schizophrénie et
des troubles associés, et qui ont été admis en hospitalisation, ainsi que leurs parents.
Les résultats indiquent que CFI/EE était corrélé de manière significative avec le
score de la rubrique « critique » de l’AS durant l’hospitalisation. Toutefois le
CFI/EE ne prédisait pas le score AS après la sortie de l’hôpital. Le FMSS/EE était
corrélé de manière significative avec AS (critique) lorsque les mesures étaient
effectuées après la sortie. Durant l’hospitalisation, le FMSS/EE n’était pas corrélé
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de manière significative avec l’AS. Aucune relation consistante n’a été trouvée

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entre la CD et les facteurs affectifs (EE et AS).
Les auteurs tirent comme conclusion que les émotions exprimées et le style
affectif sont des variables qui se chevauchent au regard du niveau des critiques
lorsque ces mesures sont administrées peu de temps après la phase de diagnostic. De
plus, ces résultats indiqueraient que ces variables affectives et les facteurs de com-
munication constituent des attributs familiaux indépendants.
Goldstein (1998) a montré qu’un niveau de CD élevé, associé à un indice AS
(Affective Style) négatif chez les parents, était corrélé avec la probabilité d’un
trouble schizophrénique chez la progéniture. En outre, les niveaux de EE (émotions
exprimées) chez les parents constituent un prédicteur médiocre du trouble schizo-
phrénique. Enfin, des antécédents familiaux de schizophrénie, couplés à des
niveaux élevés de CD parentale, augmentent de manière significative le risque de
syndrome appartenant au spectre de la schizophrénie.
En résumé, les niveaux de CD parentaux ne sont pas indépendants d’autres
mesures des dysfonctionnements familiaux. Cependant, les études sont restées lacu-
naires et ont moins cherché à cerner le fonctionnement familial que les effets de la
maladie sur le climat émotionnel de la famille. En effet, les EE semblent bien
davantage constituer une conséquence du fardeau que représente la schizophrénie
pour la famille qu’un facteur étiologique.

La nature des CD

Communications déviantes et troubles de la perception


L’espace nous manque dans le présent article pour faire état de la recherche qui a
été menée autour de cette question. Toutefois, afin de pouvoir discuter les résultats
de notre étude exploratoire ci-dessous, nous devons citer quelques travaux.
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Jones (1977) a utilisé le TAT et, au terme d’une analyse factorielle, a isolé 6 fac-
teurs. Deux d’entre eux, « mauvaise perception » (ex: voir des individus masculins
alors qu’il s’agit d’individus féminins) et « échec d’intégration » (ex: oubli d’un élé-
ment important de la planche) sont davantage représentés dans le groupe des parents
de patients schizophrènes que dans les autres groupes. Une analyse plus approfondie a
mis en évidence deux facteurs primaires: les distorsions perceptives (exemple, erreur
de perception, incomplétion) et les perturbations du langage (langage idiosyncré-
tique). Ceci est consistant avec l’étude de (Miklowitz et coll., 1991) qui révèle que les
sous-types de CD, « usage de mots bizarres » et « constructions syntaxiques bizarres »
(Cf. annexe) sont plus fréquents chez les parents de maniaco-dépressifs que chez les
parents de schizophrènes. À l’inverse, les parents de patients schizophrènes produisent
davantage de références ambiguës au cours d’interactions directes. En outre, Miklo-
witz et Stackman (1992) estiment qu’en ce qui concerne les distorsions perceptives et
troubles de l’attention (facteur 1), la charge génétique serait importante alors qu’en ce
qui concerne les perturbations du langage (facteur 2), les facteurs relationnels sem-
blaient jouer un rôle plus important. Il s’agit toutefois d’une interprétation gratuite,
l’attention étant une compétence déterminée tout autant par des facteurs d’apprentis-
sages que des facteurs génétiques comme nous le verrons dans la discussion.
En outre, les études de Velligan et coll. (1988) et Velligan, Goldstein, Nuechter-
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lein et coll. (1990) (études citées plus haut) montrent que les CD, mesurées à partir
de conversations libres (où la dimension perceptive ne joue plus), conservent les
mêmes propriétés que les CD mesurées avec un média (Rorschach ou TAT). Cepen-
dant, si cette approche permet de différencier les familles avec un sujet psychotique
de familles sans sujet psychotique, elle ne permet plus de différencier les familles
avec un sujet schizophrène de celles avec un sujet maniaco-dépressif.
Il reste à décider si la maniaco-dépression est une forme de psychose ou bien s’il
faut la considérer comme un trouble de l’humeur. Si le DSM IV opte pour cette der-
nière solution, il n’en demeure pas moins que les auteurs font tout même référence à
des troubles bipolaires avec caractéristiques psychotiques. Le statut du trouble schi-
zoaffectif n’est pas non plus très clair.
Néanmoins, ceci suggère que la dimension perceptive ou non de la tâche propo-
sée aux familles semble constituer le paramètre qui engendre la différence entre les
familles de schizophrènes et les autres.

Communications déviantes et troubles de la pensée


Johnston & Holzman (1979) ont examiné les similitudes et les différences entre
les concepts de « Communications déviantes » et « troubles de la pensée » tels que
définis dans le manuel du T.D.I. (Thought Disorder Index).
Ils constatent que Wynne et Singer n’ont pas étudié les troubles de la pensée de
façon spécifique ; ils se sont plutôt centrés sur les perturbations de la communication
et les problèmes de transaction au sein de la famille. Il importait donc de se deman-
der si les TDI et les CD mesuraient des choses différentes. En effet, il n’était, a
priori, pas interdit de penser que la communication déviante (CD) ne constituait que
le versant transactionnel des phénomènes de troubles de la pensée (TDI) et que ces
deux concepts ne constituaient en fait que les deux facettes d’un même problème.
394
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 395

Il existe toutefois un certain nombre d’arguments qui permettent d’écarter cette


hypothèse. Alors que certains troubles de la pensée constituent des symptômes de
schizophrénie, et que leur sévérité est étroitement corrélée avec le degré de sévérité
des éventuelles perturbations psychiatriques observées chez les parents, la commu-
nication déviante des parents n’est, quant à elle, pas corrélée de manière significa-
tive avec le degré de sévérité des perturbations psychiatriques observées chez ces
mêmes parents.
L’analyse des types de catégories de communication déviante fournit un autre
argument en faveur d’une différenciation entre le concept de CD et celui de TDI.
Comme nous allons le voir, un grand nombre des sous-catégories de communica-
tions déviantes ne traduisent en aucune manière d’éventuels troubles de la pensée.
Or, ce sont précisément ces catégories dont les scores se sont révélés être les plus
élevés chez les parents de schizophrènes.
Les processus liés à l’attention et à la concentration sont fondamentaux pour que
les communications soient efficaces, et nous savons enfin qu’il en est de même pour
les troubles de la pensée. Par conséquent, il faut s’attendre à ce que les troubles de la
pensée et les communications déviantes présentent, malgré tout, des zones de recou-
vrement lorsque l’attention et la concentration apparaissent comme défaillantes.
Johnston et Holzman (1979) ont confronté les résultats des CD et les scores des
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TDI et ont calculé les corrélations entre les deux scores (tableau I).

Tableau I : Corrélations entre les troubles de la pensée (TDI: Thought Disorder Index) et les Commu-
nications Déviantes. TDw = TDI obtenu à la WAIS et TDr = TDI obtenu au Rorschach.

Paramètre N TDw/CD TDr/CD


Sujets3 33 .66 (p < .001) .66 (p < .001)
• Schizophrènes 13 .56 (p < .05) .73 (p < .01)
• Groupe de contrôle 16 .38 .47 (p < .05)
Parents 58 .34 (p < .01) .53 (p < .001)
• de patients schizophrènes 23 .30 .27
• de patients non psychotiques 8 - .03 .43 (p < .01)
• de sujets de contrôle 27 .28 .57

On observe que ces scores se recouvrent partiellement. Ceci est en partie dû au


fait que certaines catégories relatives aux troubles du langage se retrouvent dans
l’une et l’autre grille de cotation. Toutefois, malgré ces recouvrements, les niveaux
de corrélation observés reflètent des différences entre les deux systèmes de cotation.
Et effet, lorsqu’on examine les scores pour les CD (tableau II), les parents
obtiennent généralement des scores plus élevés (ou équivalents) que leur progéni-
ture alors que ceci n’est pas vrai en ce qui concerne les scores des parents aux TDI.
En particulier, les patients schizophrènes et les membres de leur famille ont des
scores équivalents pour les CD alors que ces mêmes patients schizophrènes ont des
scores TDI plus élevés que ceux des membres de leur famille.

3
Les auteurs ont inclus 4 patients non psychotiques aux deux autres groupes.

395
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 396

Tableau II : Récapitulation des scores TDI et CD pour chacun des membres de la famille dans les
trois groupes.

SZ non Psych CTR


M P F P.I. M P F P.I. M P F P.I.
TRr Moy 9,08 13,59 10,84 20,8 4,26 7,69 4,27 14,7 4,5 7,99 5,22 7,5
SD 7,27 8,33 11,88 16,17 3,07 3,94 2,31 10,45 3,82 9,11 4,7 6,5
CD Moy 2,12 1,78 1,42 1,99 1,78 1,73 0,95 1,2 1,49 0,63 0,96
SD 1,14 0,58 1,13 1,23 1,33 0,96 0,73 0,8 0,95 0,48 1,08
Niveau
pathologique 3 2 1
Légendes = (SZ : famille de schizophrène, non Psych : famille sans psychotique et CTR : groupe de contrôle).
M : mère, P : père, F : fratrie et P.I. : patient identifié.

Les patients non psychotiques et leurs familles ne présentent pas de différence


avec leur alter ego du groupe de contrôle en ce qui concerne les CD alors que ces
patients non psychotiques ont des scores TDI plus élevés que les sujets du groupe de
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contrôle.

Commentaire
Le fait que les parents obtiennent des scores généralement plus élevés que leur
progéniture pour les CD, alors que ceci n’est pas vrai en ce qui concerne les scores des
parents aux TDI, suggère que les CD constituent un phénomène de nature différente.
On peut en outre estimer qu’en ce qui concerne les CD, les parents sont « por-
teurs » de quelque chose qui les atteint plus que leur progéniture. Or, si ce « quelque
chose de pathogène » était de nature génétique, on s’attendrait à ce que ce soit la
progéniture malade qui soit davantage atteinte puisque que c’est elle qui exprime la
pathologie de manière aiguë. Ce n’est pas le cas.
Par contre, les scores TDI sont conformes aux attentes : la progéniture malade
présente des scores TDI bien plus élevés que les autres membres de la famille.
En d’autres termes, ces résultats signifient que le TDI est sensible à la pathologie
du patient alors que les CD mesurent des perturbations qui sont de même intensité
chez les parents et chez leur progéniture. Si on considère que le patient devient
« malade » parce que la charge génétique a dépassé un seuil critique alors que ce
n’est pas le cas chez les parents, on s’explique bien la différence au niveau des TDI
entre parents et progéniture. Si les CD mesuraient aussi des perturbations d’origine
génétique, on devrait observer des différences similaires. Or, ce n’est pas le cas. Au
contraire, les CD des parents ont tendance à être plus élevées que celles de leur
progéniture.
Enfin, les corrélations entre les variables CD, TDI et Niveau pathologique, indi-
quent que le TDI prédit à coup sûr la pathologie (r = 0,999). Les CD prédisent éga-
lement la pathologie mais dans une moindre mesure (tableau III).
396
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 397

Tableau III.

TDI CD Level TDI/CD r TDI/Niv r CD/Niv


SZ 20,84 1,99 3 0,84 0,999 0,86
Non Psych 14,7 0,95 2
CTR 7,5 0,96 1

Conclusion
L’analyse de la nature des items de chaque grille de cotation ainsi que les résul-
tats de l’étude que nous venons d’évoquer nous permettent de penser que :
1. Certains types de TDI mesurent des troubles cognitifs spécifiques de la schizo-
phrénie.
2. Les CD mesurent davantage des perturbations de la communication qui s’avè-
rent particulièrement marquées dans les familles de schizophrènes.
3. Bien que CD et TDI mesurent des facteurs qui se chevauchent en partie, ces
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deux mesures semblent se référer à des variables distinctes.
4. Les CD traduisent essentiellement une désorganisation dans le style d’échange
des informations.

De l’ensemble de la discussion théorique qui précède et au regard des résultats


de l’étude, on peut donc conclure que les CD reflètent davantage des perturbations
au niveau de la communication alors que les TDI trahissent surtout des perturba-
tions au niveau des processus de pensée.

CD, TDI et enfants « à risques » adoptés


Que se passe-t-il si des enfants à haut risque de schizophrénie sont élevés par des
parents adoptifs, c’est-à-dire non « porteurs » de charges génétiques ? Dans ce cas,
les CD parentales ne devraient pas résulter d’une cause génétique liée à la schizo-
phrénie. De plus, dans le cas où les CD parentales seraient élevées, elles ne
devraient être perturbantes que pour les enfants à haut risque génétique.
L’étude de Wahlberg et coll. (2000) va également dans le sens que les CD ne
sont pas fondamentalement un effet subclinique d’une charge génétique.
Les auteurs ont posé trois hypothèses :
1. Le niveau global de TDI ne permet pas de différencier les enfants adoptés à
hauts risques génétiques (c’est-à-dire dont la mère biologique est schizophrène)
des enfants adoptés du groupe de contrôle (c’est-à-dire dont les parents biolo-
giques ne sont pas schizophrènes).
2. Toutefois, certaines formes de troubles de la pensée plus spécifiques devraient
permettre cette différenciation, en particulier les verbalisations idiosyncrétiques.
397
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 398

3. Ces formes spécifiques de troubles de la pensée résultent d’une interaction signi-


ficative entre des facteurs de risques génétiques et les communications déviantes
(facteurs environnementaux) observées chez les parents adoptifs.

Les sujets du groupe expérimental – enfants à hauts risques génétiques – sont


des enfants qui ont été adoptés parce que leur mère biologique avait été hospitalisée
pour des troubles schizophréniques (ou une psychose paranoïaque). On n’a pas pris
en considération les enfants dont la mère biologique avait souffert d’une lésion
organique au cerveau, d’un retard mental, d’alcoolisme ou de toute autre maladie
physique majeure. Ce groupe comprenait cinquante-six enfants.
Le groupe de contrôle était constitué de nonante-cinq1 enfants placés en famille
adoptive. On a évidemment exclu de cet échantillon les enfants dont un des parents
biologiques avait été diagnostiqué schizophrène ou psychotique paranoïaque.
Aucun des enfants de ces deux groupes ne présentait des signes cliniques apparte-
nant au spectre de la schizophrénie, mais cinquante-six d’entre eux présentaient des
risques génétiques élevés (étant la progéniture d’un parent schizophrène).
On a mesuré les troubles de la pensée chez les enfants avec la grille TDI. Les
communications déviantes (CD) chez les parents adoptifs ont été évaluées avec le
Rorschach à partir du manuel de cotation de 1986. Toutes les évaluations ont été
faites en « aveugle ». Les résultats de l’étude ont été les suivants :
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Première hypothèse
Comme on s’y attendait, on n’observe pas de différence au niveau du score glo-
bal au TDI entre les deux groupes. Ceci s’explique par le fait que l’index global de
TDI n’est pas spécifique aux troubles psychotiques.

Seconde hypothèse
La seconde hypothèse est également confirmée. En effet, lorsqu’on examine les
sous-échelles du TDI, on constate qu’en ce qui concerne la « fluidité de pensée »
(Fluid Thinking) et les « verbalisations idiosyncrétiques » (Idiosyncratic Verbaliza-
tion), les scores du groupe expérimental sont significativement supérieurs aux
scores du groupe de contrôle. Ces sous-échelles permettent donc de différencier les
deux groupes. En d’autres termes, ces formes de TDI constituent un indice du risque
génétique de schizophrénie.

Troisième hypothèse
On n’observe pas de corrélation entre le TDI global des enfants et les CD chez
les parents adoptifs. Par contre, la corrélation des scores entre les CD parentales et
les sous-échelles « fluidité de pensée » (Fluid Thinking) et « verbalisations idiosyn-
crétiques » (Idiosyncratic Verbalization), est significativement plus élevée dans le
groupe expérimental que dans le groupe de contrôle. En d’autres mots, lorsque le
risque génétique existe et que les CD sont élevées, on observe des formes de TDI
spécifiques de la schizophrénie. Lorsqu’un seul de ces facteurs existe (risque géné-
tique important ou CD élevées), on n’observe pas de TDI « schizophrénique ».

1
Quatre-vingt quinze en France (Ndlr).

398
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 399

En outre, les « verbalisations idiosyncrétiques » sont significativement corrélées


avec les CD. Ceci indique que cette échelle ne dépend pas seulement de risques
génétiques mais aussi des patterns de communication des parents adoptifs. Par
contre, la « fluidité de pensée » ne semble pas liée aux CD des parents adoptifs. Ceci
suggère que cette forme spécifique de troubles de la pensée serait davantage liée à
des facteurs génétiques, sans influence de la variable CD.
L’étude de Wahlberg G. et coll. (2000) indique que des enfants, réputés à risque,
ne développent des troubles de la pensée pré-schizophrénique que dans le cas où les
parents adoptifs communiquent avec eux de manière déviante. Le fait que ces parents
ne soient pas « porteurs » de troubles psychotiques indique que les CD ne peuvent
être considérées comme des signes discrets de schizophrénie chez les parents. Elles
traduisent donc des habitudes communicationnelles acquises. Cette étude indique
aussi que les facteurs psychosociaux ne prennent pas uniquement la forme de simple
déclencheur mais peuvent constituer, en eux-mêmes, un facteur étiologique. Toute-
fois, il semble bien que c’est l’interaction entre les facteurs génétiques et les facteurs
psychosociaux qui engendre l’émergence d’un trouble schizophrénique.
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La CD et les programmes thérapeutiques

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Rund et coll. (1995) ont étudié les liens entre émotion exprimée (EE), communi-
cation déviante (CD) et schizophrénie ainsi que les résultats d’un programme de
traitement psycho-éducatif.
L’étude examine les relations entre les émotions exprimées (EE) et la communi-
cation déviante (CD) avec les résultats d’un traitement psycho-éducatif d’une durée
de deux ans, administré à un groupe de schizophrènes présentant un premier épisode
psychotique. On a évalué les parents de ces patients au niveau des EE et de la CD
avant et après la période des deux ans. Les résultats du traitement sont évalués à par-
tir du Global Assessment Scale (GAS) et du taux de rechute. Les résultats indiquent
que, dans la plupart des cas, les patients ont amélioré leur score au GAS durant le
traitement. Les parents sont, quant à eux, passés d’un haut niveau à un niveau faible
de EE. Cependant, les CD s’avèrent plus résistantes à l’intervention psychosociale
que ne le sont les EE.
Velligan, Miller, Ecker, Funderburg, True, Mahurin, Diamond et Hazelton
(1996) ont mené une étude pilote qui examine la valeur prédictive des communica-
tions déviantes chez les parents sur le taux de rechute de patients schizophrènes
dans l’année qui suit la fin de l’hospitalisation. La mesure des communications
déviantes (CD) est obtenue à partir d’une transcription littérale d’une discussion
lors d’une tâche de résolution de problème. Les échantillons étaient constitués de
vingt patients schizophrènes et de leurs parents au moment de l’admission et au
moment de la sortie de l’hôpital. Les rechutes ont été évaluées en utilisant le BPRS
(Brief Psychiatric Rating Scale) à intervalles de trois mois après la sortie. Les don-
nées indiquent que le niveau de communication déviante mesuré chez les parents,
immédiatement avant la sortie de l’hôpital, était modérément corrélé (r = .49, p<.05)
avec le taux de rechute un an plus tard.
399
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 400

Nutger et coll. (1997) ont étudié la stabilité de la communication déviante chez


les parents de schizophrènes et les effets d’un traitement familial sur les niveaux de
CD chez des patients ayant connu un épisode récent de schizophrénie. Les auteurs
ont étudié l’influence d’un traitement familial comportemental ciblant les commu-
nications déviantes chez les parents dans le cadre d’une étude longitudinale. Les
sujets étaient les parents de jeunes patients ayant connu un épisode récent de schizo-
phrénie ou un syndrome du même spectre. Les parents et les patients ont été aléatoi-
rement assignés à l’un des deux traitements suivants : un traitement individuel du
patient ou une combinaison d’un traitement individuel et d’un traitement familial.
Le niveau de CD des parents est mesuré avec le protocole du TAT au début du trai-
tement et en fin de traitement un an plus tard. La plupart des familles avaient un
niveau de CD élevé, ce qui conforte les études précédentes concernant la CD.
Résultats : Les hauts niveaux de CD constatés en début de traitement sont restés
stables tout au long de la période de douze mois. Le traitement familial n’a pas eu
d’effet sur le niveau de CD. Ces résultats suggèrent qu’un haut de niveau CD est un
marqueur stable chez les parents de schizophrènes. Ces données supportent égale-
ment l’hypothèse qu’un haut niveau de CD pourrait précéder le premier épisode
psychotique.
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Discussion

Les études que nous avons relatées ci-avant ont été très peu discutées à la
lumière de certains acquis en psychologie du développement, en psycholinguistique
ou en théories systémiques. Une telle entreprise nous paraît indispensable dans la
mesure où il est intéressant d’établir la cohérence du concept de communication
déviante avec ce que l’on sait aujourd’hui au sujet du développement de l’enfant
dans sa famille d’origine.
Nous avons vu que les CD étaient essentiellement liées à des difficultés à main-
tenir, en famille, une attention conjointe. D’un point de vue psychologique, il
convient donc de s’interroger sur l’ontogenèse de cette aptitude spécifique et plus
généralement sur l’ontogenèse de l’aptitude à communiquer.
Il y a ensuite lieu de réfléchir sur la fonction que ce type de communication peut
prendre dans certaines familles.

Les pré-requis de la communication


Les psycholinguistes ont ainsi montré que c’est précisément la conjonction de
l’attention ou attention conjointe – dont nous avons vu toute l’importance dans le
concept de communication déviante – qui constitue un des « pré-requis » de base de
la communication.
On sait aussi que le nouveau-né de 15 jours tend à fixer les yeux et le visage de
sa mère pendant la tétée. Mère et enfant s’engagent ainsi dans des épisodes de
regards mutuels qui contribuent à ce que la mère perçoive son bébé comme une per-
sonne et non comme un système digestif. Les cris du nourrisson, les contacts corporels
et les premiers échanges langagiers (où la prosodie joue un rôle premier) contribuent
400
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 401

également au fait que la mère et l’enfant installent dès le départ une communication
très étroite (Mazet et Stoleru, 1993).
L’attention conjointe se déroule au cours d’épisodes d’action conjointe entre un
enfant et un adulte, quand l’enfant et l’adulte s’accordent sur un référent extérieur,
objet commun de leur intérêt. Elle se manifeste par une attention simultanée des
deux partenaires, par un va-et-vient des regards entre les deux partenaires. Elle
signale la prise de conscience du partage de leur intérêt sur cet objet. Cette capacité
à attirer et à maintenir l’attention d’autrui pour échanger à propos d’un objet est
considérée comme un prérequis à l’émergence du langage (Bruner, 1983 ; Toma-
sello et Farrar, 1986).
La conjonction de l’attention « est d’abord le fait de la mère dont la ligne du
regard suit quasi en permanence celle de l’enfant (Collis et Schaffer, 1975) ; elle est
rapidement assurée par l’enfant aussi qui, dès 4 mois, est capable d’orienter son
regard dans la même direction que la mère (Scaife et Bruner, 1975)»4.
Les travaux de Bruner (1983) ont mis l’accent sur le rapport unissant l’acquisi-
tion du langage, l’apprentissage de l’action mutuelle et l’attention conjointe en
citant les travaux de McNeill : « L’acquisition du langage ne pourrait être ce qu’elle
est si certains concepts fondamentaux relatifs à l’action et à l’attention n’étaient dis-
ponibles pour les enfants au moment où commence l’apprentissage5».
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L’acquisition du langage et, plus fondamentalement, de la communication prend
donc d’abord appui sur l’aptitude à l’attention conjointe. On sait ainsi qu’un enfant
de 4 mois est déjà capable de suivre la direction du regard d’un observateur. Le
schème, s’il était verbalisable, s’énoncerait comme suit : « Il y a quelque chose
d’intéressant là ou ma mère regarde ».
De son côté, la mère a tendance à suivre le regard de l’enfant et à en faire un
commentaire sur ce que, selon elle, l’enfant est en train de regarder (Bruner, 1983).
Plus tard, lorsque l’enfant aura appris à étiqueter, cette fonction permettra la
conjonction référentielle ou coréférence. La coréférence est l’ensemble des proces-
sus cognitifs qui font que deux ou plusieurs interlocuteurs parviennent à se rappor-
ter à un même « objet ».
C’est sur cette aptitude que s’arc-boute ensuite, un second pré-requis de la com-
munication, l’aptitude à entreprendre des actions conjointes. Ainsi, le jeu de cache-
cache ou les jeux d’échange d’objet, pour ne prendre que ces deux exemples, affir-
ment la présence d’un axe agent-action-objet. Piaget estimait déjà que c’était
l’intériorisation des schèmes d’actions qui inaugurait l’accès au symbolique : les
structures cognitives précèdent les structures linguistiques. Nous ajouterons que ces
structures cognitives s’apprennent dans le cadre d’une interaction avec la mère (ou
son substitut) et que cette interaction dépend également de la qualité affective de la
relation.
Il nous paraît illusoire de faire la part entre les composantes génétiques et
l’apprentissage. En effet, lorsqu’on observe des comportements humains, ceux-ci se
donnent à voir dans un état qui résulte toujours d’une interaction entre les

4
Moreau, 1981, p. 116.
5
Op. cit., p. 217.

401
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 402

contraintes génétiques et environnementales. Les premières se marquent par le fait


qu’un développement ne peut être infléchi dans n’importe quelle direction. Mais les
contraintes génétiques ne se manifestent pas sous forme de structures toutes faites
données dès le départ. Ceci reste vrai en ce qui concerne l’attention conjointe.
Cependant, la complexité des tâches perceptives qui sont proposées dans les proto-
coles de mesure des CD, suggère que ce qui est mesuré résulte davantage de l’effet
d’un apprentissage que de composantes génétiques.

Les pré-requis de la communication et la communication déviante


Or, comme nous l’avons montré, on observe dans les familles des schizophrènes
des perturbations de l’aptitude à focaliser une attention conjointe. Il est donc tentant
de se référer à un pré-requis très précoce du développement de la communication.
Ce que montrent les psycholinguistes, c’est que mère et enfant se façonnent mutuel-
lement : un adulte peut intervenir de façon plus ou moins heureuse dans le dialogue
et, inversement, un adulte sera moins incité à interagir avec un enfant déficitaire.
Par ailleurs, divers travaux en psychopathologie ont montré que la mère,
lorsqu’elle s’écarte trop du nourrisson – parce qu’elle est déprimée, par exemple –
plonge ce dernier dans un désarroi important. Les expériences basées sur le para-
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digme du « Still Face » indiquent combien l’enfant est perturbé dans ce type de
condition et à quel point il lutte pour rétablir le contact avec sa mère et provoquer un
réaccordage (Stern, 1997). On ne peut exclure que certains enfants « moins expres-
sifs » plongent leur mère dans un désarroi tel que celle-ci n’arrive plus à prendre
contact avec son bébé. À ce titre, il est concevable que mère et bébé se façonnent
mutuellement (infra). Dans un tel contexte perturbé, on conçoit que la conjonction
de l’attention, compétence pré-requise à toute forme de communication, ne soit pas
mise en place correctement et hypothèque les échanges futurs entre l’enfant et son
environnement.
Or la tâche qui est proposée pour mesurer les CD – observer ensemble des
planches du Rorschach et se mettre d’accord – mobilise effectivement à la fois
l’aptitude à l’attention conjointe et l’aptitude à l’action conjointe. À ce titre, on peut
alors se demander si le concept de communication déviante est un marqueur des
perturbations précoces de la communication mère-enfant.

Communication déviante et approche systémique de la famille – Psychose,


famille et circularité
Certains auteurs ont pensé qu’un jeune pouvait être exposé à des risques plus
importants si l’un, voire les deux parents étaient eux-mêmes schizophrènes. Ce que
l’on constate en réalité, c’est que les choses sont plus complexes que cela. Les
risques ne dépendent pas seulement des symptômes parentaux mais aussi d’un
ensemble complexe de paramètres tels que les rôles, la structure familiale et les
besoins développementaux.
Le modèle systémique permet de formuler un certain nombre d’hypothèses
quant au lien existant entre les communications déviantes et la structure et le
(dys)fonctionnement familial.
402
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 403

Ainsi, on admet que les processus familiaux sont circulaires au sens où les
parents façonnent les enfants et inversement. Ce façonnement opère donc dans les
deux sens.

Effet des parents sur leurs enfants


Ainsi, les rôles de tous les membres de la famille diffèrent de telle sorte que
l’ensemble fonctionne comme une unité sociale. Ces rôles doivent pouvoir évoluer
dans le temps afin de s’ajuster avec le sexe, l’âge, les caractéristiques biologiques et
les besoins développementaux de chaque membre. Dans les familles ayant un
membre schizophrène, ces rôles sont rigides et stéréotypés. Ces considérations psy-
chosociales font qu’on s’attend à la différenciation des rôles même entre personnes
génétiquement similaires. La charge symbolique attribuée à chaque enfant et sa
fonction dans le système varient d’un enfant à l’autre dans une même famille ainsi
que d’une famille à l’autre. L’étude d’enfants de parents psychotiques a montré qu’il
n’existait pas de corrélation directe entre la gravité de la maladie du parent et les
répercussions pathologiques dans la relation avec l’enfant (Fava Vizziello, Disnan
et Colucci, 2001). Cependant, les enfants sont manifestement perturbés et risquent
de développer des troubles divers (Dayan, Andro et Dugnat ; 1999).
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Effet d’un parent sur l’attitude de l’autre parent à l’égard de la progéniture

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En particulier, qu’arrive-t-il lorsqu’un des parents tente (ou ne tente pas) de
modifier l’impact de l’autre parent sur les perceptions et les significations qui sont
transmises à la progéniture ? Il est raisonnable de penser qu’une telle tentative peut
être correctrice, passivement collusive ou qu’elle amplifie activement ce que l’autre
parent installe (Lidz, 1986).

Effet des enfants sur leurs parents


On peut observer que les enfants contribuent aussi au fonctionnement global de la
communication. On sait aussi que chaque parent est capable de manifester, en dehors
de la famille, des rôles et des attributs positifs qui n’apparaissent pas clairement à
l’intérieur de la famille (Singer, 1963c). La progéniture façonne donc également les
parents, ce qui est attesté par de nombreuses études concernant les interactions mère-
enfant (Mazet et Stoleru, 1993; Dayan, Andro et Dugnat, 1999). Nous avons donné
l’exemple de l’attention conjointe comme l’un de ces processus de façonnement
mutuel. On ne peut donc exclure que les perturbations de la communication, obser-
vées chez les parents, soient le résultat, ne fut-ce qu’en partie, d’une accommodation
des adultes à des particularités comportementales infra-cliniques de l’enfant.

Effet sur/de la fratrie


S’agissant des fratries, Singer, Wynne, et Toohey M.L. (1978) constatent que les
frères et les sœurs « bien portants » des jeunes schizophrènes avaient des scores de
déviance plus élevés que dans des fratries contenant d’autres types de diagnostics.
Ceci suggère, selon eux, que ces fratries partagent certains styles de communication
utilisés dans leur famille. Comme les parents, la fratrie peut « apprendre » et/ou
construire ces styles en réaction à un accordage initial défaillant avec la progéniture
atteinte.
403
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Perturbation de la communication et négociation de sa place par le sujet


dans un système
L’adolescence pose, en outre, au travers de la poussée pubertaire, des questions
d’identité qui ne sont pas sans rapport avec la manière dont on négocie sa place dans
un système humain et donc avec la manière dont on communique.
Lorsqu’on examine les items de la grille d’évaluation des CD, on constate qu’un
certain nombre de critères permettant d’identifier une perturbation spécifique de la
communication présente des corrélations avec des vécus, des ressentis pénibles sou-
vent évoqués par les patients et fréquemment décrits dans la littérature.
Ainsi, le code 213 (« Réponse étrange, tangentielle, inappropriée ») nous en
fournit un excellent exemple. Il s’agit d’énoncés qui sont totalement hors de propos,
à côté du sujet. L’énoncé ne fait pas suite à celui qui le précède. Il se peut même que
ce qui précède n’ait pas été enregistré par le locuteur qui poursuit imperturbable-
ment son idée. L’auditeur se demande si ce qu’il vient de dire a été enregistré par le
locuteur. Dans le cadre de relations vitales (par exemple, entre membres de la
famille), l’auditeur peut avoir l’impression d’être ignoré, voire nié. Ceci peut entraî-
ner tantôt des réactions agressives, tantôt des attitudes de repli.
Or le déni est un paramètre fréquemment rapporté dans la dynamique familiale
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du schizophrène, notamment des stratégies destinées à éviter de définir la relation

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(Watzlawick et coll., 1972 ; Haley, 1959, 1964, 1984, 1993). Cet item rappelle éga-
lement le concept d’imperméabilité, emprunté à Laing, Philippson et Lee (1966),
qui se définit comme une forme d’insensibilité aux perceptions interpersonnelles.
Les formes prises par la communication peuvent donc être corrélées avec des
stratégies de négociation de la place que l’on occupe (ou souhaite occuper) dans un
système et sont consistantes avec l’idée que les systèmes où l’on trouve un patient
psychotique éprouvent des problèmes aigus de différenciation du Soi (Bowen, 1988).
Nous avons vu aussi que l’attention conjointe installe une structure triadique
d’échanges (adulte-objet-enfant) dont on sait par ailleurs qu’elle semble faire défaut
dans les familles avec un patient psychotique.
On constate donc que le concept de communication déviante constitue peut-être
le chaînon manquant qui relie des approches jadis antagonistes – cognitives, psy-
chodynamiques ou familiales. Les CD nous aident aussi à comprendre les interac-
tions entre les variables génétiques et socio-environnementales.

La schizophrénie ne prédispose-t-elle pas à la psychose?


Question un peu provocatrice, il est vrai. Et pourtant, au fil des années, nous en
arrivons à nous demander si schizophrénie et psychose ne sont pas deux choses dis-
tinctes mais qui seraient confondues parce la première constituerait un facteur de
vulnérabilité à la seconde ? Dans cette optique, la schizophrénie serait un trouble
neurologique fonctionnel sur lequel viendraient se greffer, si les conditions environ-
nementales sont défavorables, des troubles psychotiques.
Ce modèle expliquerait bien des énigmes liées à la clinique : la non-spécificité
des symptômes ; l’hétérogénéité des tableaux cliniques, et surtout, des pronostics ;
les épisodes psychotiques bref – si évocateurs de la schizophrénie – et pourtant sans
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lendemain ; l’existence de psychoses non schizophréniques. Enfin la question du


sens. Le psychotique pose (et se pose) en effet des questions existentielles fonda-
mentales qui ne peuvent être tenues, en soi, pour un signe pathologique. Ce modèle
est également consistant avec le fait que des sujets à risque ne développe la schizo-
phrénie que dans des contextes où les CD sont importantes.
Des perturbations de la communication, telles que la communication déviante,
peuvent conduire à une perception du monde « psychotique » via des formes de
transmission de l’irrationalité (Lidz, 1986). Ces constructions s’élaborent dans une
temporalité et des boucles de rétraction circulaires, chacun façonnant l’autre jusqu’à
la perte du réel. Les troubles neurologiques spécifiques de la schizophrénie feraient
ainsi le lit à une manière d’être au monde que l’on appelle psychose et où parents et
progénitures seraient à la fois le dramaturge torturé, le metteur en scène désespéré et
le spectateur inquiet.

Limites du concept de communication déviante


Les perturbations de la communication ne peuvent être cernées par le seul
concept de communication déviante. Il est donc nécessaire de cerner les perturba-
tions de la communication avec d’autres méthodes. D’une part, la tâche qui est pro-
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posée dans le cadre de la mesure des CD est généralement artificielle et, d’autre part,
elle s’appuie sur des processus intellectuels qui mobilisent des compétences percep-
tives et attentionnelles relativement spécifiques. La communication constitue, en soi,
un phénomène probablement plus complexe que ce que les CD mesurent.
Nous nous demandons aussi pourquoi le concept d’Emotion Exprimée (EE) a
connu un tel succès alors que celui de Communication Déviante (CD) est resté dans
l’ombre. Une explication possible est que le premier a trouvé rapidement des appli-
cations cliniques alors que le second reste davantage du domaine de la recherche
fondamentale. Le concept de CD, sans remettre fondamentalement en question les
modèles étiologiques actuels, semble redonner une certaine importance aux facteurs
environnementaux de type relationnel. Or, l’idée même que la famille, en tant que
système, puisse jouer un rôle dans l’émergence de la schizophrénie est devenue une
notion « politiquement incorrecte ». Pourtant, il suffit d’adopter une vision interac-
tionniste – celle-là même qui prévaut actuellement, avec un certain bonheur, en psy-
chologie du développement – c’est-à-dire où les causalités sont envisagées dans une
perspective de circularité et de co-construction, pour comprendre qu’il ne s’agit pas
d’accuser une fois de plus la mère, ou la famille mais de comprendre comment les
différents protagonistes (y compris les soignants), confrontés à certains facteurs
héréditaires, réagissent et se façonnent mutuellement. Pourquoi certains porteurs
« sains » ne développent pas la schizophrénie et pourquoi d’autres la développent,
telle est la question qui nous paraît centrale et au sujet de laquelle il ne faut faire
aucune concession. C’est en tout cas dans cette perspective que nous poursuivons
nos recherches à l’Université de Mons.
On peut enfin déplorer le terme de « déviant » et se demander si le terme de
« communication divergente » ne serait pas moins stigmatisant tout en traduisant
mieux l’idée centrale que la famille rencontre des problèmes dans les tâches où il
s’agit de faire preuve d’une attention conjointe.
405
07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 406

Stéphan Hendrick
67 ch. du Champ de Mars
B-7000 Mons
Belgique

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07.Hendrick 05.10.2006 12:08 Page 409

ANNEXE

Communication deviance scoring manual for Rorschach de 1986

Margaret Thaler Singer, Ph.D. and Lyman C. Wynne, M.D., Ph.D.


Tr. et adaptation : Stéphan Hendrick (Université de Mons-Hainaut Belgique –
Service de Psychologie Clinique)

I. Rupture du cadre
191 Abandon de la tâche ou rupture avec le testeur.
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211 Interruptions du discours de l’examinateur.
212 Questions et remarques externes.
220 Comportements d’interruption non verbaux.
221 Interruption environnementale.
230 Humour incongru.
240 Jurons incongrus.
241 Autre facteurs d’interruption de la conversation.

Il. Désengagement par rapport à la tâche


110 Fragmentation du discours.
150 Réponses sous la forme négative.
160 Réponses conditionnelles « Si ».
170 Réponses sous forme de question.
192 (b) Remarques nihilistes au sujet de la tâche ou de la vie en général.
193 Remarques impliquant l’incapacité ou l’échec à vérifier la validité de ses
propres perceptions.
195 Oubli de réponse.
213 (c) Répondre à des questions qui n’ont pas été posées.
250 Sauter d’une réponse à l’autre.
260 Refus temporaire d’une planche suivi d’une réponse.
270 Réponses concrètes.
280 Référence au « il » (pronom impersonnel) et à l’intention des autres.
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III. Perturbation de la coréférence


120 Réponse et commentaire inintelligibles.
130 Perception instable.
182 Références inconsistantes.
183 Alternatives incompatibles.
191 (a) Disqualifications.
192 (a) Remarques nihilistes ajoutées en commentaire d’une réponse.
196 Autres disqualifications partielles

IV. Perturbations du langage


310 Mots ordinaires utilisés de manière bizarre, incorrecte, ou hors contexte.
311 Constructions syntaxiques bizarres.
312 Néologismes, expressions privées.
318 Jeux de mots, jeux de rythme, jeux avec les sons, calembours.
320 Réitération-persévération.
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autre :
316 Terme étranger utilisé sans raison particulière.

V. Perturbations du raisonnement
181 Informations contradictoires.
194 Restrictions et dénis.
213 (a,b) Réponse étrange, tangentielle, inappropriée aux questions de l’examinateur.
330 Logique particulière, combinaison illogique des perceptions et des catégories.
331 Raisonnement illogique.
332 Attribution de sens sur base d’éléments non essentiels de la planche.
333 Contamination.

VI. Enoncés cryptiques


140 Propositions indéfinies et essais hésitants.
317 Remarques cryptiques.
319 Termes abstraits ou globaux et techniques.

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