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Si f (x) est localement sommable on vérifie par changement de variable d’intégration que

  DR  ,  f ( x  a ).(x ).dx   f (x ).(x  a ).dx


R R
c’est à dire
 a f , (x)  f , ( x  a )

Cette égalité est utilisée pour définir la translatée  a T d’une distribution T quelconque
  DR  ,  a T, ( x)  T, ( x  a ) (10.2)

soit , en notation impropre, mais commode

  DR  , T( x  a ), ( x )  T(x ), ( x  a ) (10.2’)

2° Exemple.
Considérons la distribution de Dirac (x) , ,   (0) et appliquons la définition
précédente
  DR  ,  a ,   , ( x  a )  (a )   a ,  ,
ainsi
a  a  , (10.3)
i.e. en notations impropres
 a ( x )  ( x  a ) (10.3’)

3° Distributions périodiques.
La notion de translatée est utilisée pour définir les distributions périodiques. Une
distribution T est dite périodique de période a ou bien a périodique si

 a T  T ou bien T(x  a )  T(x)

ce qui équivaut à :
  DR  ,  a T,   T,   T, (x  a )  T, (x)

 T, ( x  a )  ( x )  0 .

10.1. Symétrisée d’une distribution.


1° Définition.
Si f (x) est une fonction, la fonction f  ( x )  f ( x ) est parfois appelée « la symétrisée »
de la fonction f (x) . Si f est une fonction localement sommable , on vérifie après changement
de variable d’intégration que

  DR  ,  f ( x ).(x ).dx   f ( x ).( x ).dx


R R
c’est à dire
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  DR  , f  ,   f ,  

Cette égalité est souvent utilisée pour définir « la symétrisée » d’une distribution T
quelconque.
La symétrisée T d’une distribution T est définie par :

  DR  , T ,   T,   . (10.4)

On vérifie que T est bien une distribution.

2° Parité d’une distribution.


Une distribution T est dite paire si T  T et elle est dite impaire si T  T , c’est à
dire :
T est paire    DR  , T,    T,  (10.5)

T est impaire    DR  , T,     T,  (10.6)

Par exemple la distribution de Dirac  est paire.

10.2. Changement de variable dans les distributions.

1° La distribution Tax  b
Soit f une fonction localement sommable et x  ay  b , avec a  0 une transformation
linéaire non singulière. Pour toute fonction test   DR  on a :

1 x b
 f (ay  b).( y).dy  a  f (x ). dx
a 
R R

Cette égalité est utilisée pour définir la distribution Tax  b , où T est une distribution
quelconque. On pose par définition :
x b
  DR  , Tax  b , ( x ) 
1
T,   (10.7)
a  a 
En particulier si b  0
x
  DR  , Tax , ( x ) 
1
T,   (10.8)
a a

1 
  DR  , T x , ( x )  a T, ax  (10.8’)
a 

2° La distribution a (x)


Soit a (x) une fonction de classe C1 sur ℝ. On définit la distribution a (x) par la
formule :
a ( x )   lim f  a ( x )  dans D (10.9)
 0 
avec

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1
 si x  
f  ( x )   2   0
 0 si x  

La fonction a (x) est supposée ayant des zéros isolés et simples. Soit x k , k  1,2,  ces
zéros. Dans ces cas a (x) existe dans D et se met sous la forme d’une somme

x  x k 
a ( x )    (10.10)
k a x k 
Par exemple

 
a)  x 2  a 2 
1
2a
( x  a )  ( x  a )  ,

b) sin x    x  k .


kZ

10.3. Produit de deux distributions.


1° Remarque préliminaire.
Soit f et g deux fonctions localement sommables le produit f .g n’est pas forcément
1
localement sommable, par exemple f ( x )  g ( x )  deux fonctions localement sommables,
x
1
la fonction fx ).g ( x )  n’est pas sommable dans tout intervalle contenant le point x  0 . On
x
ne peut donc définir une distribution régulière

1 ( x )
,   dx ,
x R
x

car le second membre n’existe pas toujours pour toute fonction   DR  .
Cependant dans certains cas, où les intégrales  f ( x ).g( x ).( x ).dx existent pour toute
R
fonction   DR  , on peut déterminer le produit de deux distributions régulières f 
. g .

2° Produit d’une distribution par une fonction de classe C.


Soit  ( x ) une fonction de classe C  et T une distribution. On définit .T (plus
précisément .T ) par :
  D(R ) , .T,   T, . (10.11)

La fonction .  D(R ) , car elle est à support borné comme la fonction  et de plus elle
est de classe C  (comme produit de deux fonctions de classe C  ).
Donc quelle que soit la distribution T , le nombre T, . existe et, par suite, le produit
.T a un sens. On notera cependant que, pour certaines distributions, cette définition du produit
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est applicable même si la fonction  ( x ) n’est pas de classe C  . Par exemple il suffit que  ( x )
soit continue pour définir ( x ).( x ) .

  D(R ) , .,   , .  (0).(0)  (0).,  (10.12)

Ceci montre que


.  (0). (10.13)
On établit de même que :

( x ).( x  a )  (a ).( x  a ) (10.14)

§11. Dérivation des distributions


11.1. Définition.
Il faut définir la dérivée au sens des distributions de sorte qu‘elle coïncide avec la
définition usuelle de la dérivée pour une fonction localement sommable f , au cas, où celle-ci
possède une dérivée f  , localement sommable.

f ,    f ( x).( x ).dx ,
R

x 
 f ( x ).( x ) x    f ( x ).( x ).dx
R

  f ,   f ,  

d’où pour toute distribution T , on pose par définition

  DR  , T,    T,  (11.1)

On remarque ainsi que toute distribution possède des dérivées sous forme de distribution .
Par récurrence on démontre que toute distribution est indéfiniment dérivable et l’on a :

  DR  , T ( n ) ,    1n T, ( n ) (11.2)

11.2. Propriétés de la dérivation.


1° Propriété 1.
La dérivation est un opérateur linéaire de D dans D .

.T  .U  .T  .U (11.3)

 En effet pour tout   DR  ,


.T  .U  ,    .T  .U,   . T,    U,     T ,    U,  
 T  U,  .

2° Propriété 2.
Toute distribution est indéfiniment dérivable
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3° Propriété 3.
On peut intervertir l’ordre de dérivation.

 En effet pour tout   DR 

T mn  ,    1m n T,  mn    1m T n  ,  m   T n   m ,  

  1n T m  ,  n   T m   n  ,  .

4° Propriété 4.
Si T  D et x   C  R  la dérivée du produit ( x ).T vérifie la formule de Leibniz
n
n
.T n     k . k  .T n k  (11.5)
k  0 

 Par exemple, .T   .T  .T . En effet , pour tout   DR  on a :

.T  ,    .T,    T, .   T, .  .   T, .  T, . 

 T, .  .T,   .T  .T,  .

5° Propriété 5.
Si la distribution T est nulle sur un domaine G , alors la dérivée T n  est nulle sur G et
l’on a :

 
Supp T n   Supp T  .

 En effet pour tout   DG  ,  n   DG  et, par suite,


T n  ,    1n T, n   0 ce qui veut dire que T n  est nulle sur G .

11.3. Exemples
1° Calculons la dérivée de la distribution de Dirac en un point a . Par définition on a :

  D , a ,     a ,   (a ) (11.6)

La dérivée de  a en a est donc aussi une distribution singulière notée a telle que si on
l’applique à une fonction test   D elle nous donne la valeur  (a ) .

2° Calculons la dérivée au sens des distributions de la fonction échelon unité de Heaviside. On


a:

  D , Y  ,    Y ,     ( x ).dx  (0)  ,  ,
0

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d’où
  D , Y ,   ,  (11.7)

La dérivée de la fonction échelon unité de Heaviside est donc la distribution de Dirac  .

11.4. Dérivée usuelle et dérivée au sens des distributions.


1° Définition.
Si f est une fonction localement sommable, la distribution f  associée admet une
dérivée, la distribution f  définie par :

  D , f  ,     f ( x ).( x ).dx (11.8)


R

On l’appelle « la dérivée au sens des distributions de f ».

2° Fonction absolument continue.

a) Définition 1.

Une fonction F : ℝ  ℂ est dite absolument continue sur [a , b] s’il existe une fonction
f sommable sur [a , b] et telle que
x
F( x )  F(a )   f ( t ).dt , x  [a, b] (11.9)
a
Si f est localement sommable, F est dite absolument continue sur tout intervalle borné, on
dit dans ce cas que F est absolument continue sur  ou tout simplement absolument continue.

b) Propriétés des fonctions absolument continues.

 Propriété 1.
On sait que si f : [a, b]  ℂ est sommable , la fonction I définie sur [a , b] par :
x
I( x )   f ( t ).dt
a

pour tout x  [a, b] est dérivable presque partout et l’on a I( x )  f ( x ) p.p. , donc toute fonction
F absolument continue sur [a , b] est dérivable p.p. .
et vérifie F( x )  f ( x ) p.p. sur [a , b] .

 Propriété 2.
On en déduit que si F est une fonction absolument continue sur [a , b] elle est
continue sur [a , b] , la réciproque n’est pas exacte.

 Propriété 3
Une fonction continûment dérivable est absolument continue mais la réciproque
n’est pas exacte. (prendre par exemple f ( x )  x.Y ( x ) ).
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c) Proposition
Soit f une fonction sommable sur [a , b] . La fonction I définie sur [a , b] par
x
I( x )   f ( t ).dt pour tout x  [a, b] est absolument continue sur [a , b] .
a

d) Définition 2
On dit que F est une primitive de f sur l’intervalle a , b  si F est absolument continue
sur [a , b] et vérifie F  f p.p.
e) Théorème1 : Intégration par parties.

Soient u et v deux fonctions A.C sur [a , b] , alors :

b b
 u (x ).v(x ).dx  u (b).v(b)  u (a ).v(a )   u ( x ).v( x ).dx (11.10)
a a

Démonstration.
 Si u et v sont absolument continues sur [a , b] , on peut écrire :
x x
u ( x )  u (a )   u ( t ).dt , v( x )  v(a )   v ( t ).dt ,
a a
d’où
b b b x 
 u ( t ).dt .dx 
 u ( x ).v ( x ).dx   u ( a ).v ( x ).dx   v ( x )
 
a a a a 
b  x 
 u (a )v(b)  v(a )    v ( x )  u ( t ).dt .dx.
 
a a 
Or
b x  b b 
   1 .dx
 v ( x )

u ( t ).dt

.dx   v ( x )
  [a ,x ]
( t ).u ( t ).dt

a a  a a 
En appliquant le théorème de Fubini il vient

b x  b b  b
 u ( t ).dt .dx  u ( t ) v ( x ).dx dt  u ( t )v(b)  v( t ) dt 
 v ( x )
     
a a  a t  a
b
 u (b).v(b)  u (a ).v(b)   u ( t ).v( t ).dt ,
a
d’où le résultat. 
f) Dérivée au sens des distributions d’une fonction A.C.

Lorsque F est une fonction absolument continue sur ℝ on a par intégration par parties

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  D , F ,     F( x ).( x ).dx   F( x ).( x ).dx  F,  ,


R R
d’où
F   F (11.11)

g) Théorème 2
* - Toute fonction f localement sommable est la dérivée au sens des distributions d’une
fonction absolument continue de la forme
x
F( x )  F(a )   f ( t ).dt , a ℝ, x  ℝ
a
 - Si G est une fonction qui définit une distribution et si da dérivée au sens
distributions G   G  est une fonction localement sommable, alors G est égale
presque partout à une fonction absolument continue.

Démonstration.

 1) La fonction F étant absolument continue sur ℝ, alors elle est continue et définit une
distribution régulière F dérivable au sens des distributions. Par définition on a :

  D , F ,    F,   F(0).  ( x ).dx   F( x )  F(0).( x ).dx


R R
Puisque   D , le premier terme est nul, d’où

 x  0 0   x 
     
F ,      f ( t ).dt .( x ).dx    f ( t ).dt ( x ).dx    f ( t ).dt ( x ).dx
R 0 
  
x 
 0 
0 

Les deux intégrales doubles correspondantes étant absolument convergentes, on peut, en vertu du
théorème de Fubini, intervertir l’ordre d’intégration, d’où

0  t      
   
F ,       ( x ).dx f ( t ).dt     ( x ).dx f ( t ).dt   f ( t ).( t ).dt  f ,  ,
    
 
0  t 
 R


d’où le résultat F  f  .

2) Supposons que la fonction G définisse une distribution et que sa dérivée au sens des
distributions G  soit définie par la fonction localement sommable f , i.e. G   f  .
x
Posons I( x )   f ( t ).dt . Cette fonction est absolument continue et I( x )  f ( x ) p.p. , d’où
a

I  f  , par suite, la dérivée au sens des distributions de G  I est nulle . Or on démontre que

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si T   0 (distribution nulle), alors T  c , où c est une constante. Donc la fonction G(x)  I(x)
est égale presque partout à une constante c .
Posons
x
F( x )  c   f ( t ).dt ,
a
alors c  F(a ) , par suite G est égale presque partout à la fonction absolument continue F .

h) Conséquence.
* - Pour une fonction absolument continue sur , F , sa dérivée au sens des distributions
coïncide presque partout avec la dérivée usuelle.

* - Une fonction G , qui définit une distribution, est égale presque partout à une fonction
absolument continue, si et seulement si, sa dérivée au sens des distributions est une fonction
localement sommable.
3° Dérivée au sens des distributions d’une fonction discontinue.
a) Calculons d’abord la dérivée au sens des distributions d’une fonction discontinue au
point 0 . Soit f une fonction de classe C  sur ]  , 0[]0,  [ tandis que chacune de ses
dérivées d’ordre m , f ( m) , possède un saut au point 0 :
 m  f (m) (0  )  f (m) (0  ) ,

où f ( m) (0  )  lim f ( m) ( x ) et f ( m) (0  )  lim f ( m) ( x ) .
x 0 x 0

Les fonctions f ( m) sont continues partout sauf en 0 , donc elles sont localement
sommables , par suite, elles définiront des distributions régulières que l’on notera f ( m ) pour ne  
pas confondre avec la distribution f 
(m)
qui est la dérivée au sens des distributions d’ordre m de
f  .
Pour m  1 on a : quelle que soit   D
0 
f  ,    f ,     f ( x ).( x ).dx    f ( x ).( x ).dx   f (x ).(x ).dx
R  0

Sur chacun de ces intervalles on peut effectuer une intégration par parties et l’on obtient :
0 
f  ,   f (0  ).(0)  
 f (x).(x).dx  f (0 ).(0)  f (x).(x).dx 
 0
 
  f ( x ).( x ).dx  f (0 )  f (0 ) .(0)  f    0 ., 
 

R
d’où
f   f    0 . .

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Dans le cas, où f est continue en 0 , i.e.  0  0 , f   f  , i.e. la dérivée au sens des


distributions est égale à la distribution associée à la dérivée usuelle si f est continue.
La discontinuité au point 0 d’une fonction f fait apparaître dans la dérivée une distribution
de Dirac. En particulier on retrouve, si Y est la fonction de Heaviside

1, si x  0
Y( x )   , on obtient Y   ( x )  ( x )
0, si x  0

La fonction Y( x ) est appelée « fonction échelon unité » et la « fonction » (x) « l’impulsion


unité ». La fonction « impulsion unité » est donc la dérivée au sens des distributions de la fonction
« échelon unité ».

On généralise aisément, en dérivant de nouveau l’égalité plus haut plusieurs fois


f   f   1.   0 .
et par récurrence sur m

 
m
f (m)  f ( m )    m k . ( k 1) . (11.12)
k 1
b) Si la fonction f possède des points de discontinuité de
première espèce isolés x k  et si f ( x ) est continue par morceaux sur , alors on a :

f   f     x k . x k ,
k
où  x k  f    f  .
x k x k

, pour x  0, 2 , est une fonction périodique de


1 x
En particulier si f 0 ( x )  
2 2
période 2 , alors

f 0     1
   2 k . (11.13)
2 k 

§12 Primitives d’une distribution.

12.1. Définition

Soit T  D , une distribution T ( 1)  D s’appelle primitive de T si l’on a T( 1)


  T ,
i.e.

  D , T (1) ,    T,  (12.1)

Il résulte de cette égalité que la fonctionnelle T ( 1) n’est définie que sur les dérivées des
fonctions-tests de D . Nous voulons prolonger sur D tout entier de manière qu’elle soit linéaire et
continue sur tout D .

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Supposons d’abord que T ( 1) existe et soit   D telle que Supp()  [R, R ] ,
R  0 .
Posons
x 
 

(x )  ( t )    ( t )  ( y ) dy 

(12.2),
  R 

x
 
x
 ( x )  C  .      (voir §5.2, 2°, c).
 x
   dx
R

12.2. Théorème 1
Toute distribution T de D admet une primitive dans D et toutes les primitives sont
de la forme
  D , T ( 1) ,    T,   c  ( t )dt (12.3),
R

où  est la fonction définie par la formule (12.2) et c une constante.

Pour démontrer ce théorème on a besoin des deux lemmes suivants :


1° Lemme 1
La fonction  ( x ) définie par la formule (12.2) appartient à D .

Démonstration
 L fonction  , en effet, est de classe C  sur , car  et   appartiennent à D , de plus
(x)  0 pour x   maxR,  , puisque Supp  [R, R] et Supp   [, ]
  0. Ensuite pour x  maxR ,   on a

 ( x )   ( y).dy     ( y)dy.  ( t )dt   ( y).dy   ( t )dt  0 ,


R R R R R
car   ( y)dy  1 . Ainsi pour x  maxR ,   , (x)  0 , i.e.   D .
R

Faisons agir la distribution T ( 1) , supposé définie, sur la fonction (x) . D’après (12.2)
on peut écrire :
( x )   ( x )    ( x )  ( t ).dt ,
R
d’où
T ( 1) ,  ( x )  T ( 1) ,  ( x )  (t ).dt
R
et, par suite, en tenant compte de (12.1)

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  D , T ( 1) ,    T,   c  ( t )dt , où c  T ( 1) ,  .


R
( 1)
Ainsi, quand T existe, elle s’exprime par (12.3), où la fonction  est définie par la
formule (12.2).
2° Lemme 2.
La constante c étant quelconque, la fonctionnelle T ( 1) , définie par la formule (12.3),
avec ( x ) la fonction définie par (12.2), est une primitive de T dans Supp() .

Démonstration
 La linéarité de T ( 1) découle de la linéarité de T . démontrons qu’elle est continue. Soit
 k  une suite de fonctions tests convergeant vers la fonction nulle dans D , lorsque k tend
 ( m)

vers   , i.e.  k ( x )  0 pour x  R et la suite  k ( x ) converge uniformément vers la
fonction nulle lorsque k   .
En utilisant la démonstration du lemme 1 on trouve que
 
 
x
 
  k  k dt  0 si x  maxR ,   et la suite  k k 0
(m)
 k (x)   ( t )    ( t )  ( y ) dy
  R 

converge uniformément vers la fonction nulle, lorsque k tend vers   , puisque
 
 (km) ( x )   (km1) ( x )  (m1) ( x ).   k ( y).dy , d’où la suite  (km ) k 0 converge vers la
R
fonction nulle dans D . Ainsi en vertu de la continuité de T sur D , on a :
T ( 1) ,  k   T,  k  c   k ( y).dy  0 , k   . Par suite T ( 1)  D .
R
Il nous reste à vérifier que T ( 1) est une primitive de T , i.e. calculons
T (1)  ,    T ( 1) ,  . Faisons dans (12.2)  :  . Puisque  ( t ).dt  0 , alors
R

d’après (12.2), (x)  (x) et, par suite, T (1)  ,   T ( 1) ,    T,  , i.e.

T (1)   T 
12.3. Conséquence

a) La solution générale dans D de l’équation différentielle T   0 est une constante


arbitraire .

b) L’équation différentielle

U   T , T  D (12.4)

a une solution dans D et que sa solution générale est de la forme U  T ( 1)  c , où T ( 1) est
une primitive de T et c une constante arbitraire.
En particulier si T  f  l’équation (12.4) dans D n’a que des solutions classiques.

12.4. Primitive d’ordre n


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On définit la primitive , T (  n ) , d’ordre n d’une distribution T  D par :

T (n) (n)  T (12.5)

A condition d’appliquer à la chaîne des relations de récurrence pour T (  k ) (primitive

d’ordre k de T ) on obtient T 
( 1)
  T , T (2)   T (1) , , T (n)   T (n1) .
On conclut que T (  n ) existe dans D et est unique à un polynôme additif quelconque de
degré n  1 près .

§13 Convergence dans D’


On a vu que l’ensemble des distributions définies sur l’espace des fonctions DR  est un
espace vectoriel noté D appelé espace dual topologique de D .

13.1. Convergence faible dans D’


1° Définitions
a) On dit qu’une suite de distributions Tk  converge vers une distribution T si, pour
toute fonction test   D , la suite numérique Tk ,  converge dans le sens habituel vers T, 
et on note :
lim Tk  T    D ,  lim Tk ,   T,   (13.1)
k   k  

On peut admettre que l’indice k parcourt un ensemble continu de valeurs, la définition du


passage à la limite reste la même.

b) D’une manière analogue on dit que la série des distributions  Tk converge vers une
k 0
 k n 
distribution U si la suite des sommes partielles de cette série,  U n 
  Tk  , converge vers
 k 1  n 0
U dans le sens indiqué dans a).

2° Théorème 1
Si la suite des fonctions localement sommables f k k 0 converge uniformément dans tout
domaine borné vers une fonction localement sommable f , alors la suite des distributions
régulières associées  f k  k 0 converge vers la distribution régulière f  .

Démonstration
 Soit  une certaine fonction test de D et G un domaine contenant le support de  , i.e.
Supp()  G , alors en appliquant le théorème sur le passage la limite sous le signe somme
on obtient :

f k ,    f k ( x ).( x ).dx   f ( x ).( x ).dx , k   . 


G G

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3° Remarques
La condition de convergence uniforme des fonctions f k sur tout domaine borné peut être
affaiblie, le passage à la limite sous le signe somme sous des conditions moins fortes, comme par
exemples :

a) la suite des fonctions f k k 0 converge presque partout vers f et f k ( x )  g( x )


pour tout k  0 , où g est une fonction localement sommable (conséquence du théorème
de Lebesgue).

b) la suite des fonctions f k k 0 converge vers une fonction localement sommable f


d’une manière monotone.

Notons de plus que si f n n 0 est une suite de fonctions localement sommables


convergeant presque partout vers une fonction localement sommable f , il n’y a pas de relation
entre la convergence de f n n 0 vers f et la convergence de  f n  n 0 vers f  dans D .

4° Exemples

a) Soit f n ( t )  1[0,] ( t ). sin nt . Cette suite ne converge pas


presque partout sur ℝ, puisqu’elle diverge en tout point de ]0, [ . Cependant elle converge dans

D vers la distribution nulle, puisque f n ,    sin nt.( t ).dt  0 , n   , d’après le
0
théorème de Riemann Lebesgue.
b) Une suite de distributions régulières peut avoir comme limite une distribution
singulière . Ainsi la distribution singulière

1 ( x )
v.p ,   lim
x  0 
 x dx
x 
1
est identique pour x  0 à la fonction ordinaire f ( x )  , qui n’est sommable dans aucun
x
voisinage de 0 . Mais de par sa construction cette distribution est la limite pour   0  de la suite
1
 si x  
des distributions régulières associées aux fonctions f  ( x )   x .
 0 si x  

c) Soit
 2 1
n si t 
f n (t)   2n .
1
 0 si t 
 2n
La suite de fonctions f n n 0 converge vers la fonction nulle sur * donc elle
converge presque partout vers la fonction nulle sur ℝ. Or on a d’après le théorème de la

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1
2n
moyenne f n ,   n2.  (t ).dt  n.( n ) , avec n 
1
. Quand n  
1
n

2n
( n )  (0) , par suite, si   D et (0)  0 , f n ,  n’a pas de limite, d’où f n n 0
n’a pas de limite en général dans D .

 1
n si t 
d) Soit f n ( t )   2n .
1
0 si t 
 2n

La suite de fonctions f n n 0 converge presque partout vers la fonction nulle sur ℝ.


Trouvons la limite de la suite de distribution f n n 0 . On a
1
2n
f n ,   n.  (t ).dt  ( n ) , avec  n 
1
, d’où lim f n ,   (0)  ,  , i.e.
n n 
1

2n
lim f n    . La distribution de Dirac  modélise l’impulsion unité à l’origine.
n 

5° Proposition 1
Soit f n n 0 une suite de fonctions absolument sommables , f n  L1 (R ) , qui converge
vers une fonction f  L1 (R ) dans L1 (R ) . Alors la suite f n n 0 converge au sens des
distributions vers la même fonction f , i.e. la suite des distributions f n n 0 converge dans D
vers f  .

Démonstration
 C’est une conséquence des inégalités :

 f n  f ..dt   f n (t )  f (t ) . (t ) .dt  fn  f 1


 
.
R R

6° Proposition 2
Si une suite de fonctions f n n 0 de l’espace Lp R  converge vers une fonction f de
Lp R  pour la norme . p , alors f n n 0 converge vers f au sens des distributions.

Démonstration
 D’après l’inégalité de Hölder

 f n  f ..dt   f n (t )  f (t ) . (t ) .dt  fn  f p


 q,
R R

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1 1
où p et q sont conjugués harmoniques, i.e. 1  p, q et   1 .
p q
7° Théorème 2
Toute distribution est limite d'une suite de distributions concentrées dans des ensembles
bornés.
Démonstration.
 Considérons la fonction de classe C  sur ℝ et qui est égale à 1 pour x  a et nulle pour
x  2a  0 . Pour toute fonction test  , la fonction ( x )   a ( x ).( x ) à partir d’un certain
indice a (il suffit pour cela que Supp   [a, a] ). D’où pour tout T  D  , la suite de
distributions a .Ta 0 converge vers T , car à partir d’un certain rang de l’indice a  0 on a :

  D , a .T,   T, a .  T,  ,
d’où lim  a .T  T . De plus la distribution a .T est nulle pour x  2a , donc elle est
a 
concentrée sur l’ensemble borné [2a , 2a ] . Ainsi la distribution T apparaît comme la limite de la
suite de distributions a .Ta 0 concentrées dans des ensembles bornés.

8° Conséquence
Toute distribution singulière est limite d’une suite de distributions régulières.

13.2. Convergence vers .


1° Proposition 5
Soit f  L1 R  telle que  f (x ).dx  1 et f n (x )n 0 la suite de fonctions définies par
R
f n (x)  n.f (n.x) , alors la suite de distributions régulières [f n ]n 0 converge dans D vers la
distribution de Dirac  . Une telle distribution est appelée suite de Dirac associée à la fonction f .
Démonstration.
 Pour toute fonction   D , on a :

x
[f n ],   n.  f (n.x ).( x ).dx   f ( x ). .dx
R R
n

 x 
  f ( x ).    (0) .dx   f ( x ).(0).dx
R  n  R

 x 
  f ( x ).    (0) .dx  (0) .
R  n 
Or pour tout n  ℕ on a :

 x 
f ( x ).    (0)   2. f ( x ) . sup ( y) ,
 n  yR

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i.e. l’intégrant est borné par une fonction sommable, d’où, d’après le théorème dominé de
Lebesgue on peut écrire :

 x   x 
lim
n 
 f (x).  n   (0) .dx   f (x). n
lim     (0) dx  0 ,
  n  
R R

par suite,
  D , lim f n ,   (0)  ,  , i.e. lim f n    .
n  n 

On peut construire des suites de distributions régulières convergeant vers la distribution de


Dirac  . Pour cela il suffit que les fonctions localement sommables f  correspondantes aient,
comme on dit, une « allure » de la « fonction  ».

Ceci s’exprime, plus précisément, par les conditions suivantes :


2° Proposition 6
- Quel que soit M  0 , pour a  M , b  M , les grandeurs
b
 f  (x ).dx  CM 
a

sont bornés par une constante CM ne dépendant pas de a , b,  mais uniquement de M .

- Pour a et b non nuls fixés


b
0 pour a  b  0 ou 0  a  b
lim  f  ( x ).dx  

a  1 pour a  0  b
Alors la suite de fonctions f   converge, au sens des distributions , vers la distribution
de Dirac  .
Démonstration
 Soit f   une telle suite de fonctions, considérons la suite des fonctions primitives
x
F ( x )   f  ( t ).dt
1

Notons que F sont des fonctions absolument continues et F  f  p.p.


Comme il résulte de la définition même de la fonction f  la suite des fonctions F ( x )
tend vers la fonction nulle pour x  0 et vers la fonction constante égale à 1 pour x  0 et, dans
le même temps, elle est bornée uniformément par rapport à  sur tout intervalle fini. D’où au sens
des distributions la suite F ( x ) converge vers la fonction de Heaviside Y( x ) . Alors la suite de
fonctions f   F  converge au sens des distributions vers Y   .

3° Exemples

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1) Considérons la fonction f  ( x ) 
1
  0 . L’égalité
 x 2  2
b
1 b a
 f  (x ).dx   Arctg   Arctg  
a

pour a  b , permet de montrer facilement que pour   0  , les fonctions f  ( x ) forment une suite
de fonctions « engendrant » la distribution  . Donc pour   0  , au sens des distributions,

1  
   (13.2)
 x 2  2 
En dérivant par rapport à x la suite « engendrant  » on obtient des suites convergeant
vers les dérivées de la distribution  . Par exemple de la relation (13.2) il résulte

 
 2 .x   
 
(13.3)
  2 2 
 x  2 

2) Considérons la fonction
 x2 
f  (x) 
1
exp   ,   0 .
2   4 
 
Montrons que, pour   0 , cette suite de fonctions converge vers la distribution de Dirac
 . Remarquons d’abord que f  ( x )  0 , donc pour tout a et b quelconque

b  x2 
1  .dx  1
 f  (x ).dx   exp
 
a
2    4 

x
En effectuant le changement de variables  y , on voit que pour a  0  b .

b
b 
 y2 
lim
0 a
 f  (x).dx  lim    4 .dy  1 .
0 a
exp
 

De plus pour b  0

  x2    x 2  x 2  2
1  .dx  1  . . dx   exp  b 
  4  2    4  2 b
2 . b
exp exp
b   4 
  b    

qui tend vers 0 lorsque  tend vers 0  , de sorte que les intégrales sur b,   , b  0 , convergent
vers 0 . Des résultats analogues sont constatés pour les intervalles  , a  , a  0 , les fonctions
f  ( x ) forment donc une suite « engendrant  » soit :

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 1  x 2 
lim  exp     (13.4)
0  2   4  
 

3) Considérons les fonctions


1 sin.x 
f  (x)  ,  0.
 x
Montrons que pour    , cette suite de fonctions converge vers la distribution de Dirac
 . On sait que
 
1 sin.x 
 f  (x ).dx    x
dx  1
 

De plus pour b  a  0 quelconques


b.
1 sin.x 
b b
1 sin y
 f  (x).dx    x .dx    y
dy  0 pour   
a a a.

le même résultat étant vrai pour 0  a  b . Enfin la grandeur

b.
1 sin.x 
b
1 sin y
  x
dx 
  y
dy
a a.

est bornée uniformément par rapport à a et b , quel que soit  . D’où il résulte bien que pour
   , les fonctions f  ( x ) forment une suite « engendrant  », i.e.

 1 sin.x  
lim   . (13.5)
     x 

1 sin.x 
La fonction peut, à son tour, être représentée comme résultant de l’intégration
 x
expix  , ce qui donne une autre formulation du résultat
1
par rapport à x , de   à  la fonction
2
au sens de la convergence dans D  , on a



 
lim  expix dx  2.() (13.6)


Dans le premier membre apparaît la représentation de Fourier de l’unité. En dérivant par


rapport à x la relation obtenue , on aurait encore de nouvelles égalités

i..x
lim
  
 i.x.e .dx  2 () (13.7)


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
 i.x 
2 i..x
lim .e .dx  2 () (13.8)
 


D’une manière générale , on peut dire que pour toute fonction localement sommable f , ne
croissant pas plus vite , quand x   , qu’une puissance de x , il existe, au sens des
distributions, un représentation de Fourier, limite de l’expression

 f x .e
i..x
.dx

quand    .
 m
En effet mettons f   sous la forme x 2  1 f 0 x  , où f 0 x  est une fonction sommable.
Puisque f 0   possède une représentation de Fourier ordinaire, la limite


 f 0 x .e
i..x
lim .dx  G 0 ()
 


existe. De plus la convergence est uniforme par rapport à  dans tout domaine borné, par
conséquent , la convergence existe aussi au sens des distributions . En faisant agir sur les deux
m
 d2 
membres de l’égalité l’opérateur    1 et en utilisant la continuité de la différentiation,
 d 2 
 
nous concluons qu’existe la limite

 m

 x  m  d2 
lim 2
1 f 0 x .e i..x
.dx     1 G 0 () .
  d 2 
  

13.3. Convergence et dérivation


1° Théorème 3
Soit T  une suite de distributions. Si, quand    0 , la suite des nombres T ,  a
une limite finie pour tout   D , alors la fonctionnelle T définie par :

T,   lim T ,  (13.9)
  0
est une distribution
De même , si T  une suite de distributions tempérées et si, quand    0 , la suite des
nombres T ,  a une limite finie pour tout   SR  , alors la fonctionnelle T par (13.10) est
une distribution tempérée.
2° Théorème 4
Si T  est une suite de distributions qui converge vers la distribution T , quand    0 ,
alors la suite des dérivées T  converge vers la distribution dérivée T  :

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lim T   T  (13.10)


  0
Démonstration.
 Par définition de la dérivée,
  D , T  ,    T , 
et par hypothèse

lim T ,   T,  .
 0
Donc,

lim
0
T  ,   lim  T ,    T,   T ,   l.i.m T   T  .
0   0
 
Ce théorème s’étend à tous les ordres de dérivation.
3° Remarque.
Soit U ( t ) une suite de distributions dépendant d’un paramètre t qui varie continûment sur
un intervalle I et considérons, pour   0 ,   t  I , la suite de distributions

Ut     U( t )
T 

Si, pour chaque   D , la suite numérique T ,  est convergente quand  tend vers 0 , alors,
d’après le théorème 3, la suite T est convergente. On représente sa limite par

dU U ( t   )  U( t )
 l.i.m (13.12)
dt 0 

4° Théorème 5
Si f n  est une suite de fonctions de L2 R  qui converge vers une fonction f  L2 R 
pour la norme . 2 , quand n   , alors la suite f n  converge au sens des distributions
tempérées vers la fonction f .
Démonstration
 On sait, d’après le théorème 3 que toute fonction f de L2 R  définit une distribution régulière
tempérée. Par hypothèse lim f n  f 2  0 , d’où en vertu de l’inégalité de Schwartz :
n 

  SR  , f n   f ,    f n (x)  f (x).(x ).dx   f n (x)  f (x ) . (x) .dx  f 2.  2


R R

Donc l.i.m f n   f ,   0 ,   SR  , ce qui prouve que la suite f n  converge dans S vers
n 
f  .
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13.4. Convergence au sens des distributions des séries trigonométriques


Dans ce paragraphe on étudie la notion de convergence au sens des distributions des
séries trigonométriques

 c n .e inx
n 

1° Définition 1
Soit N un entier positif. Posons
N
S N (x)   c n .e in x (13.13)
n  N

La fonction S N ( x ) est une fonction continue donc localement sommable, qui définit une
distribution régulière S N  .
On dit que la série trigonométrique (13.13) converge au sens des distributions vers S si la suite
des distributions S N  converge vers la distribution S pour N   .

2° Définition 2
Une distribution est dite périodique de période a  0 si T   a T , c’est à dire si T est
invariante par la translation finie a
3° Théorème 6
La somme S d’une série trigonométrique convergente au sens des distributions est
2
périodique de période a  .

Démonstration

 
N
 S,   lim S N ,  , avec S N ,    c n . e in x ,  ,
N 
n  N
2
où, pour a  ,

N N
a SN  a  c n .e in x   c n  a e in x  S N
n  N n  N

Donc

S,   lim  a S N ,   lim S N ,  a   S,  a   S   a S 
N N

On remarquera que

e ,  =  einx .(x).dx  T.F() n.


in x

Donc si la série converge au sens des distributions


N
S,    c n .T.F() n (13.14)
n  N

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4° Théorème 7

La série trigonométrique  c n .e inx converge, au sens des distributions tempérées, s’il
n 
existe un nombre b  0 et une constante positive M tels que

b
c n  M. n , pour n assez grand.

Sa somme est la dérivée d’ordre p  2 d’une fonction continue, (où p est un entier tel que
p  1  b  p ).

Démonstration
 Soit p un entier tel que p  1  b  p . Alors

p
c n  M. n , pour n assez grand.
Considérons la série
~ ~
cn
 p2
e in x , où  signifie  . (13.15)
n   n n 0

Alors, pour n assez grand,

cn M

n p 2 n2

La série (13.15) est donc absolument et uniformément convergente et sa somme est une fonction
f ( x ) continue et bornée qui définit une distribution tempérée f  .

N~
f   l.i.m 
cn
p 2
e in x ,
N n  N n

D’après le théorème de dérivation, on peut dériver terme à terme :


N~
f p2  ip 2 l.i.m  c n .e in x ,
N  n   N

où f p  2 est la distribution tempérée, dérivée d’ordre p+2 de f  .



Donc la série  c n .e inx converge, au sens des distributions, vers
n 
2
c 0  ip2 f p2 , dérivée distribution d’une fonction continue de période T  .

On remarque combien sont nombreuses les séries trigonométriques convergentes dans D .
On peut ainsi représenter des distributions par des séries de fonctions et même des fonctions
indéfiniment dérivables au sens usuel comme dans l’exemple suivant :

5° Exemple : le peigne de Dirac

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Soit la fonction continue de période 1 définie par :


f ( x )  x ( x  1) pour 0  x  1

Elle est dérivable pour x  k et sa dérivée est définie par :


f ( x )  2x  1 pour 0  x  1 , x  k , k  0,  1,  2, 
Le saut de f ( x ) en k est égal à  2 . Donc la dérivée distribution de f   est
 
f    2  2  (x  k)  2  2   k
k  k 
D’autre part, les coefficients de Fourier c n de f ( x ) sont donnés par la formule

1
c n   x ( x  1)e  2inx dx
0

En intégrant deux fois par parties on obtient


1 1
c0   , cn  , n  0,
6 2n 2

e 2inx

1 1
f (x)   
6 2 2 n  0 n 2
série normalement convergente.

La série obtenue en dérivant deux fois terme à terme

 2  e 2inx
n 0
ne converge pas au sens des fonctions mais converge, au sens des distributions vers f   , d’où la
formule
 
 (x  k)   e 2inx (13.16)
k  n 

qui représente une succession périodique de distributions de Dirac localisées en x  k : on


l’appelle le « peigne de Dirac ».
La relation (13.16) est indéfiniment au sens des distributions ; on obtient en dérivant p fois
 
 ( p)
( x  k )  2i p
 n p .e 2inx , (13.17)
k  n 

où la série trigonométrique de droite n’est évidemment pas convergente au sens des fonctions.
5° La formule sommatoire de Poisson.
Soit S la somme de la série (13.16) convergente au sens des distributions, on a

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 
S,    k ,    (k)
k  n 

En utilisant la relation (13.14) on obtient la formule sommatoire de Poisson


 
 (k)   TF ()(n) (13.18)
k  n 

Cette formule présente un intérêt lorsqu’on sait sommer un des deux membres pour évaluer
l’autre.
On sait que les coefficients de Fourier de toute fonction périodique f ( x ) , sommable sur
un intervalle période, sont définis. Cependant, la série de Fourier correspondante n’est pas, en
règle générale, convergente ; pour qu’elle le soit, il faut que f ( x ) satisfasse des conditions de
Dini.
6° Théorème 8
La série de Fourier de toute fonction f ( x ) de période P , sommable sur un intervalle d’une
période, converge au sens des distributions vers f ( x ) , i.e. vers [f ] .

Démonstration
 Les coefficients de Fourier de f ( x ) sont définis par
P
1 in x 2
cn 
P  e .f ( x ).dx , où  
P
0

Puisque f ( x ) est sommable


P
1
c n   f ( x ) .dx  M
P
0

Il résulte alors du théorème 5 que la série de Fourier correspondante



 c n .e inx ,  
2
,
n 
P

est convergente au sens des distributions.


Il reste à prouver que cette série converge vers [f ] .
Posons
g( x )  f ( x )  c 0

Alors g ( x ) est une fonction de période P , localement sommable, et la série de Fourier de g ( x )


est la série *c n .e in x . De plus,
nZ
P
 g(x ).dx  0
0
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et puisque g ( x ) est de période P , son intégrale est nulle sur tout intervalle d’une période.
x
Soit G ( x )   g ( t ).dt
0
x P x P x 0 x
G ( x  P)   g(t ).dt   g(t  P).dt   g(u )du   g(u ).du   g(u ).du  G (x ).
0 0 P P 0

Donc G ( x ) est périodique de période P . De plus, G ( x ) est une fonction continue, donc
localement sommable, dont la dérivée au sens des distributions est [g ] .
Calculons les coefficients de Fourier de G ( x ) pour n  0 :

P P x 
in x in x  
 e G ( x ).dx   e 

g ( t ).dt dx

0 0 0 

L’intégrale double correspondante étant absolument convergente, on peut intervertir l’ordre des
intégrations d’après le théorème de Tonnelli-Fubini :


 in x 
 
P P P P
in x  1 1
 e G ( x ).dx   
g ( t ) e dx dt   g( t ) e in t  1 .dt  .c n
 in in
0 0 t  0
x
Considérons maintenant la fonction H( x )   G ( t )   0 .dt , où  0 est le coefficient de Fourier
0
pour n  0 de G ( x ) . On démontre comme précédemment que H( x ) est une fonction de période
1
P , dont les coefficients de Fourier pour n  0 sont c n et que [G ]  [H] , dérivée au sens
in2
des distributions de H.
Mais la série de Fourier de H( x ) est absolument convergente et converge, au sens des
fonctions, vers H( x ) . En dérivant deux fois terme à terme cette série, on obtient *c n e inx et
nZ
on sait que cette série converge au sens des distributions, vers [ H ] , c’est à dire vers [g ] . Cela

prouve que la série  c n .e in x converge au sens des distributions vers f  .
n 

13.5 Développement du peigne de Dirac


L’idée de base est de considérer le peigne de Dirac comme la dérivée, au sens des
distributions, d’une certaine fonction périodique f . En dérivant terme à terme la série de Fourier
de f , on peut espérer trouver un développement en série de Fourier du peigne de Dirac Ш.
Considérons la fonction de période 1 définie par :

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  1
  t   si t ] 0,1[
f t  1  f (t ) et f ( t )    2 
 0 si t0

Le graphe de cette fonction est constitué d’une infinité de segments parallèles à la seconde
bissectrice des axes équipollents entre eux et privé de leurs extrémités.

La fonction f est paire, périodique de période 1 , de classe C1 par morceaux, donc


développable en série de Fourier et puisque pour tout t on a f ( t )  f t  0  f t  0 , alors la
1
2
série de Fourier de la fonction f converge vers f ( t ) .

Comme f est impaire, alors a n f   0 et un calcul simple donne b n f  


1
, d’où
n

1  sin2nt 
t ℝ, f t    (1.1)
 n 1 n
ou

f   1  sin2nt 

(1.2)
 n 1 n

L’égalité (1.2) est une convergence au sens des distributions. On peut donc la dériver

terme à terme pour exprimer f  . On obtient donc l’égalité dans D '


f    2  cos2nt  (1.3)
n 1
car sin2nt    2ncos2nt  .

D’autre part on peut calculer la dérivée de f  au sens des distributions à l’aide de la


dérivée habituelle de f , dérivée qui, partout où elle existe, est égale à  1 . Les points d ‘abscisses
k  Z sont des points de discontinuité de première espèce avec les sauts tous égaux à 1 et l’égalité
(1.3) devient

 e i 2nt   e i 2nt   f   f    1. k   1  Ш,




n 1 kZ

d’où

Ш =  e i 2nt ,  (1.4)
nZ

où Ш est le peigne de Dirac de période 1 .

Pour le peigne de Dirac de période a , un calcul, à partir d’une fonction analogue à f de


période a :

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1 a
f a ( t  a )  f a ( t ) et f a ( t )    t   si t ] 0, a[ et f a (0)  0
a 2
donne :

  na  a  e i2nt    a
1
Шa = (1. 5)
nZ nZ
(Ш a   a est le peigne de Dirac de période a ou de pas a ).
Le peigne est donc développé en une série de Fourier . Signalons que le terme général de
ces séries (1.4) et (1.5), considéré comme fonction, est de module égal à 1 , ce qui exclut la
convergence au sens habituel . Cette convergence de série est prise au sens des distributions et
c’est pourquoi si on veut écrire en toute rigueur l’égalité ci-dessus le crochet contenant
l’exponentiel doit être conservé.
Cette égalité signifie donc

  D ,    e i 2nt

,    e i2nt .(t).dt , (1.6)
nZ nZR

où la série du second membre, cette fois, est une série numérique convergente au sens habituel.
Pour le peigne de pas a on a :
 t  t
1  i 2n a  1 i 2 n
  D a ,    e ,   e a .( t ).dt .
a   a
nZ   nZR

13.6 Remarques concernant les coefficients de Fourier


Si l’on compare les séries obtenues aux séries de Fourier habituelles, on est conduit à dire
que les coefficients de Fourier des peignes sont constants (en particulier ils ne tendent pas vers
1
0 à l’infini) et valent 1 pour le peigne de pas 1 et pour le peigne de pas a .
a
Lorsque la fonction f est une fonction de période a , développable en série de Fourier au
sens des fonction, les coefficients de Fourier exponentiels de f sont donnés par les intégrales
suivantes
a
1
c n (f )   f ( t ).e in t dt , avec n  Z et  
2
a a
0

Il est intéressant d’interpréter cette égalité en considérant la fonction, appelée motif


générateur de f et notée f * qui est identique à f sur le segment période 0, a  et qui est nulle
partout ailleurs, i.e. f * ( t )  f ( t ).10,a  ( t ) , où 10,a  (t ) est la fonction indicatrice de 0, a  . En effet
la distribution associée à f * est à support borné et on peut écrire c n (f ) sous la forme :

 

1 1 * in t
c n (f )  f
*
( t ).e in t dt  f ,e (1.7)
a a


ce dernier symbole exprimant l’action d’une distribution à support borné sur une fonction
seulement de classe C  .

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Il est facile de montrer que, même au sens des fonctions on a f    ka f * , où  


 ka f *
kZ
désigne une translation d’indice ka de la fonction f *
 
(rappelons que  ka f * (t )  f * t  ka  ).
Dans toute la suite on notera  ka f *   f * ka , d’où l’on peut écrire f   f *  ka , une écriture
kZ
qui est analogue à celle du peigne Ш a =   na , où cette fois, la série est prise au sens des
nZ
distributions. Dans cette formule on voit que  joue le rôle de f * pour le peigne (on dit que le
motif générateur de ce peigne de période a est  ). Appliquons alors la formule écrite
précédemment pour les c n , au peigne lui-même, on vérifie bien que

1 1
c n (Ш a ) = , e in t  (1.8)
a a
Dans le cas général d’une distribution périodique T quelconque de période a , il n’est pas
simple de trouver la distribution T * qui généralise f * . C’est pourquoi on supposera toujours
qu’une telle distribution T est définie sous la forme

T  T * ka    ka T * , (1.9)
kZ kZ

dans laquelle T* ka   ka T*  est la translation d’indice ka . (Rappelons que
  T , ( t )  T, ( t  ) , c’est à dire T  ,   T, ( t  ) ).
Dans la formule (1.9) T * est appelée motif générateur de la distribution périodique
T , c’est une distribution à support borné connue. Dans ces conditions l’action de T * sur la
fonction de classe C  t  e int est bien définie.
1° Définition
Soit T une distribution périodique de période a telle que T   T *  ka , où le
kZ
motif générateur T * est une distribution à support borné. Les coefficients de Fourier de T
sont donnés par la formule
2
c n T   T * , e in t ,  
1
.
a a
13.7Développement d’une distribution périodique
On utilise les notations précédentes . En convolant T par  , on va se ramener au
développement en série de Fourier de Ш a . Dans les calculs qui suivent, on admet qu’on peut
permuter la convolution avec la série d’exponentielles. On utilise aussi les propriétés conjointes
de la translation et de la convolution.


  
 
T  T *     T * ka  *    T * ka *    T * *  ka  T * *   ka ,
 
(1.10)
 kZ  kZ kZ kZ

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d’où

1
T  T * * Ш a  T * *   e in t
a
   1a  T * e  * in t
(1.11)
 kZ  kZ

Cette dernière convolution est celle d’une distribution T * à support borné par une
fonction de classe C  t  e in t .
En notant Tx* la distribution T * lorsqu’elle agit sur une fonction de la variable x , en
l’occurrence sur la fonction x  e in t x  , on obtient

 
T * * e in t  Tx* , e in t  x   e in t T * , e in x  a.c n T .e in t (1.12)

En remplaçant dans la formule (1.11) l’expression (1.12) on arrive au développement


souhaité

T
1

a kZ
 
T * * e in t   a.c n T .e in t   c n T . e in t
1
a nZ
 
nZ

d’où le théorème :
1° Théorème
Toute distribution T de période a est la somme de sa série de Fourier, la
convergence étant, vue au sens des distributions : on a donc

T  c n T .e int  (1.13)


nZ
avec
1 * in t
c n T   T ,e (1.14)
a
et T * un motif générateur connu.

Exercice
1° Soit f une fonction de période 1 d »finie par :
  1
1 si t   0, 2 
f t     .
0 si t  , 1
 1
 2 
 

a) Dessiner le graphe de la fonction f sur R et calculer les coefficients de Fourier c n (f ) de la


fonction f .
b) Déterminer la dérivée, au sens des distributions, de f .
c) En admettant qu’au sens des distributions f    c n .e i 2nt , déterminer le
nZ
développement de Fourier de la combinaison linéaire (infinie) de peignes suivante
  n    n  12
nZ nZ
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