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Sa Majesté le Roi Mohammed VI inaugure l'Hôpital de la Santé Mentale et des Maladies Psychiatriques,

l’un des quatre Hôpitaux du Centre Hospitalo-Universitaire Mohammed VI d’Oujda, mercredi 29 juin 2013

« ... Si importantes qu’elles soient, ces réalisations restent en deçà


de nos ambitions dans ce domaine. Nous saisissons donc l’occasion
de cette conférence pour réaffirmer Notre volonté constante d’inscrire la promotion
du secteur de la santé parmi les grands chantiers essentiels du pays. Ceci tient
à Notre conviction que le droit d’accès aux services de santé, qui a été consacré
par la nouvelle Constitution du Royaume, constitue un des piliers majeurs
pour la consolidation de la citoyenneté dans la dignité et pour la réalisation
du développement humain global et intégré que Nous souhaitons pour Notre pays.
(…) Tout ceci doit s’inscrire dans une approche globale et novatrice
et avoir pour dessein ultime de mettre à la disposition
des citoyennes et des citoyens des prestations de haute qualité
dans le cadre d’une démarche efficiente, juste et équitable. »

Extraits du message de Sa Majesté le Roi Mohammed VI


aux participants à la 2ème Conférence Nationale sur la Santé ;
Marrakech, du 1au 3 juillet 2013
SOMMAIRE
Le Point Dans l'Oriental International
AMO L’0RIENTAL MAROCAIN L’ASSISTANCE
FAIT SON BILAN PUBLIQUE –

49 62
12 ANNÉES DE SANTÉ HÔPITAUX DE PARIS
RICHES EN par Dr Mohamed AMARA par Dr Florence VEBER
Ambassadeur de Belgique au Maroc
RÉALISATIONS,
Y COMPRIS

13
DANS L’ORIENTAL
par Saïd AHMIDOUCH

ÉDITORIAL REPÈRES La formation paramédicale


un investissement pour l’évolution
et les défis du système de santé 44
De Oujda à Abidjan, Une opportunité historique Mme Fatima Zahra MBARKI
la santé sans frontières 4 pour transformer le système
de santé au Maroc 25
Directrice de l’Institut Supérieur
M. Mohamed MBARKI des Professions Infirmières
Directeur Général de l’Agence de l’Oriental M. Hicham BELKASSEM TEMSAMANI et Techniques de Santé d’Oujda
Fondateur & dirigeant de HBT Groupe Africa
Consultant Télémédecine & e-Santé / Expert
Interview
FOCUS
habilité près la BERD
Dr. Karim BOURA
Chirurgien plasticien 48
La Région Sanitaire de l’Oriental : Interview
contexte, état des lieux et perspectives 5 Docteur Loïc Etienne
Pr. El Houssaine LOUARDI Président Directeur Général Dépenses de soins des patients
Ministre de la Santé du Royaume du Maroc Medical Intelligence Service 27 bénéficiaires du RAMED au
Centre Hospitalier Régional d’Oujda 52

SOCIÉTÉ CIVILE
Lutte contre le cancer au Maroc : Mme Fatima Zahra MBARKI
l’apport de la Fondation Lalla Salma 9 Directrice de l’Institut Supérieur
Dr. Rachid BEKKALI des Professions Infirmières
Directeur Général de la Fondation Lalla Salma et Techniques de Santé d’Oujda
ASSOCIATIONS ET DÉVELOPPEMENT
Le Réseau des Compétences

LE POINT Médicales des MRE


Pr. Abderrahman MACHRAOUI
29
INTERNATIONAL
Cardiologue, Professeur à la Faculté
La carte sanitaire : de Médecine de Kiel / Allemagne Prospective de l’hôpital
les enjeux d’une mise en œuvre 16 du futur en Afrique 55
DANS L’ORIENTAL
Pr. Jaâfar HEIKEL M. Alain ACHARD
Professeur de Médecine Vice-Président Santé Edeis / France
Expert en Management sanitaire
Faculté de médecine - Économie de la santé
Le médecin généraliste - médecin de CHU, un couple acteur majeur en Centrafrique,
famille, acteur-clef du système de soins 18 du développement de l’Oriental 37 entre crises et réformes 56
Dr. Rachid CHOUKRI Pr. Abderrahim AZZOUZI Mme Fernande NDJENGBOT
Président du Syndicat National de Médecine Doyen de la Faculté de Médecine Ministre de la Santé, de l’Hygiène Publique
Générale - Président de la Société Marocaine et de Pharmacie d’Oujda et de la Population République Centrafricaine
de Médecine Générale et de Famille
Un équipement à fort impact Le financement de la santé
L’industrie pharmaceutique contribue sur le développement régional 41 au Ghana : une économie portée
au développement socio-économique 21 Pr. Abdelkrim DAOUDI par l’assurance 66
M. Ali SEDRATI Directeur du Centre Hospitalier Dr. Samuel OPOKU GYAMFI
Vice-Président de l’Association Marocaine Universitaire Mohammed VI ONG Yenda
de l’Industrie Pharmaceutique d’Oujda Healthrope International - Ghana

Oriental.ma
Directeur de Publication : Mohamed MBARKI
Secrétaire de Rédaction : Saïda MAHIR et Sanae ZEROUALI • Conception : TOPIC
Traduction vers l’arabe : Abadr EL MRINI • Supervision en langue arabe : El Kébir HANNOU
Dépôt légal : 24/07 • ISSN en cours • Agence de l'Oriental : 13, rue Mohamed Abdou, 60 000 - Oujda
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Les opinions exprimées dans les articles n’engagent que leurs auteurs.
Éditorial Focus

De Oujda à Abidjan,
la santé sans frontières
La Région Sanitaire de l’Oriental :
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le préserve, vient d’inaugurer un Centre de
Médecine d’Urgence au CHU d’Abidjan en Côte d’Ivoire, le 08 mars dernier. Bel exemple contexte, état des lieux
de coopération Sud-Sud.
Il y a près de trois ans, Sa Majesté inaugurait le CHU d’Oujda, qui s’honore de porter Son
et perspectives
nom, le fruit d’une action entamée près d’une décennie plus tôt, au lendemain même du fa-
meux et historique Discours portant l’Initiative Royale pour le Développement de l’Oriental. Pr. El Houssaine LOUARDI
Ce trait d’union est riche de sens. D’abord, on mesure le patient travail de programmation, Ministre de la Santé du Royaume du Maroc
de conception, puis de réalisation des grandes infrastructures de santé, qui ne vont donner
le meilleur de leur service aux populations que si tout un environnement propice est créé
autour d’elles. Ensuite, on voit bien que la cruciale question de la santé est à la fois une
problématique commune aux États du continent, mais aussi et conséquemment un enjeu
d’échanges et de partenariats pour tenter de faire au mieux dans un contexte difficile, dont L’auteur est Ministre depuis plus de cinq ans. Professeur, il s’est spécialisé
bien des facteurs sont partagés.
Ainsi, l’Afrique compte près du quart des malades de la planète, aux ressources souvent en anesthésie-réanimation et dans la médecine d’urgence. Les rouages
faibles, et ne réunit qu’environ 3% des professionnels de santé ; la fuite des cerveaux fait de la machine lui sont donc connus et même l’enseignement puisqu’il fut
des ravages. Le continent est également aux premières loges des pandémies comme des
catastrophes. Enfin, toutes nos populations voient grandir leur espérance de vie… et donc
Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Casablanca. Sa
se développer les maladies chroniques, les pathologies lourdes, la dépendance…Il faut notoriété est aussi grande que sa charge : une préoccupation pour tous
donc prendre déjà ce virage nouveau sans avoir même totalement négocié le précédent.
Faire beaucoup et vite paraît nécessaire ; avec des solutions classiques, lourdes et lentes
les marocains. Il fait ici le point de son action et en trace ses perspectives.

D
par essence, cela signifierait d’inaccessibles ressources financières à mobiliser.
C’est pourquoi l’Afrique ne pourra qu’être le continent des innovations, celui qui tirera le
e nos jours, les tendances Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que • améliorer l’accès à des produits médi-
meilleur profit des nouvelles technologies et des pratiques qui vont avec, celui qui valorisera profondes de la santé à Dieu L’assiste, appuie la mise en œuvre caux de qualité, efficaces, sans risque
au maximum l’ambulatoire, celui qui optimisera au final l’affectation des ressources avec le travers le monde sont par- du chantier structurant de la Régiona- et abordables ;
couple coût/bénéfice le plus avantageux, etc. ticulièrement marquées lisation avancée, contribuant progres- • agir sur les déterminants sociaux,
Par spiritualité souvent, et plus largement par culture, nos pays partagent une éthique de par la souscription de la communauté sivement à améliorer la gouvernance économiques et environnementaux de
la vie. Au confluent des impératifs culturels, moraux, mais aussi économiques et techno- internationale aux Objectifs de Déve- du système national de santé grâce à la santé.
logiques, nous travaillons tous à dégager et expérimenter ces solutions d’avenir, à trouver loppement Durable (ODD) à l’horizon une nouvelle organisation des services
pour nos différents contextes territoriaux le mix idéal des investissements et les process 2030, surtout le troisième qui stipule : déconcentrés du Département et aux Pour la CSU, il est question de garan-
les mieux à même de bonifier la santé publique. Il est donc évidemment logique de le faire «Permettre à tous de vivre en bonne nouveaux rôles dévolus à la Région. tir l’accès équitable à des services de
ensemble, tant ce qui nous est commun est vaste. santé et promouvoir le bien-être de tous santé de qualité tout en assurant la pro-
à tout âge». Pour sa part, le système de Contexte sanitaire international tection financière des usagers. Pour ce
Le Maroc n’est pas en reste. Terre de dialogue, il accueille nombre de manifestations thé-
santé marocain a été façonné par une faire, la mise en place de systèmes de
matiques, de spécialités, mais aussi des forums globaux approchant la problématique de
succession de réformes engagées pro- En plus des ODD évoqués ci-avant, plu- financement est nécessaire, moyennant
la santé publique selon différents axes de réflexion. gressivement depuis l’Indépendance, sieurs initiatives et stratégies mondiales des ressources suffisantes pour la san-
Toutes ces événements sont internationaux et prioritairement africains. Les experts de autour de programmes prioritaires de méritent d’être mentionnées comme té, l’élimination des risques financiers
toutes nationalités s’y expriment, les hommes de l’art également ; les institutions dédiées santé publique. Il a touj ours été au cœur éléments du contexte actuel. En effet, et des barrières à l’accès aux services
tout autant ; et les politiques s’en inspirent. Des expérimentations et coopérations naissent, des politiques publiques du pays et a l’Organisation Mondiale de la Santé de santé, la promotion de l’efficience, et
souvent conçues à l’échelle de territoires partageant des contextes proches. régulièrement fait l’objet d’une atten- (OMS) a récemment priorisé plusieurs la réduction des inégalités dans la cou-
Dans ce numéro dédié, nous avons sollicité indifféremment toutes ces personnalités d’hori- tion particulière, bénéficiant des Hautes domaines d’action pour la période verture. Pour cela, l’une des approches
zons, nationalités, cultures et métiers différents, autour de la place de la réflexion écono- Orientations Royales, notamment celles 2014-2019. Elle a particulièrement ex- les plus prônées par l’OMS vise à inté-
mique dans les décisions touchant la santé publique. L’Oriental Marocain en a fait une prio- adressées à la 2ème Conférence Natio- horté les Etats membres à : grer la santé dans toutes les politiques.
rité, avec des hôpitaux tous hissés aux standards internationaux. C’est un pas de franchi ; nale sur la Santé en 2013 et celles ayant C’est l’une des façons de répondre à la
récemment interpelé le secteur de la • faire progresser la Couverture Sani- nécessité de mener des actions multi-
bien d’autres devront l’être et les décideurs comme les professionnels sont à l’écoute des
santé - au même titre que l’ensemble taire Universelle (CSU) ; sectorielles coordonnées, notamment
meilleures idées comme des best practices.
des secteurs publics - pour adopter • relever le défi des Maladies Non Trans- pour agir sur les déterminants sociaux
A eux la parole donc, en les remerciant de la pertinence de leurs contributions. largement une approche basée sur «le missibles (MNT), notamment la santé et environnementaux de la santé et du
service au citoyen». Le programme de mentale ; développement durable, lutter contre la
M. Mohamed MBARKI réduction des disparités territoriales et • appliquer les dispositions du Règle- malnutrition, la pollution atmosphérique,
Directeur Général de l’Agence de l’Oriental sociales dans le monde rural, lancé par ment Sanitaire International (RSI) ; la mauvaise qualité de l’eau, les pro-

4 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 5


Focus

blèmes d’assainissement et d’hygiène, • la mortalité infanto-juvénile (enfants de Le pays accroît sa maîtrise des mala- mentaires du secteur (plus de 90), ainsi fectorales ou provinciales». En 1998, les Il comprend aussi :
la violence et les pratiques néfastes et moins de 5 ans) a poursuivi sa baisse dies transmissibles et des affections de que par le lancement des projets de 4 Délégués des Préfectures ou Provinces
discriminatoires. pour se stabiliser autour de 30,5 décès la périnatalité, dont le taux de morbidité nouveaux Centres Hospitaliers Univer- chefs-lieux des Régions sont deve- • un Centre hospitalier régional compo-
pour 1 000 naissances vivantes en spécifique est passé de 33% à 18%. sitaires et l’acquisition des prestations nus «coordonnateurs régionaux», avec sé de l’Hôpital régional Al-Farabi et de la
Par ailleurs, de nouvelles stratégies 2011, contre 47 décès pour 1 000 nais- Le trachome est éradiqué du Maroc de transport héliporté pour 6 Régions création des Commissions paritaires ré- Clinique du jour d’Oujda ;
mondiales ont été adoptées dans le sances vivantes en 2004 (l’actualisation depuis novembre 2016 (2ème pays de la (4 Héli-SMUR), et bien d’autres réali- gionales, mise en place du PROGRESS • un Centre Hospitalier Universitaire -
programme de développement durable de cet indicateur est en cours et promet zone EMRO à y parvenir) et l’incidence sations. Mais la hausse des attentes (Projet de gestion régionale des services le CHU Mohammed VI - composé de
à l’horizon 2030 : la «Stratégie mon- déjà une bonne amélioration). de l’infection par le VIH a été inversée. des citoyens est parallèle aux défis des de santé) et du Projet PAGSS MEDA 4 hôpitaux (l’Hôpital des Spécialités,
diale pour la santé de la femme, de Par ailleurs, plus de 60% de la popula- réformes et aux besoins du système de (Projet d’Appui de Gestion des Services l’Hôpital Mère-Enfant, l’Hôpital Hassan
l’enfant et de l’adolescent 2016-2030», Dans le secteur public, une nette amé- tion marocaine bénéficie de la couver- santé. Le Ministère, pour crédibiliser da- de Santé). La Direction Régionale de la II d’Oncologie et l’Hôpital de santé men-
la «Stratégie mondiale pour mettre fin à lioration de l’accès aux soins a été en- ture médicale, au moment où les prix vantage la politique sanitaire, s’impose Santé (DRS) de l’Oriental a été créée tale et des maladies psychiatriques).
la tuberculose d’ici 2035», la «Stratégie registrée, notamment pour la prise en de plus de 3 600 médicaments ont été donc de consolider les acquis des ré- par décision du Ministre de la Santé n°1
mondiale du secteur de la santé contre charge des affections de longue durée revus à la baisse, avec encouragement formes structurelles et d’aller de l’avant du 25 janvier 2005, comme première Ce CHU, inauguré le 23 juillet 2014
l’hépatite virale 2016-2021», le «Plan (ALD) dans les structures publiques : de la production locale de certains mé- pour améliorer le service au citoyen et la Région Sanitaire du Royaume. par Sa Majesté le Roi Mohammed VI,
d’action mondial pour la santé mentale dicaments onéreux (anti-viraux anti-hé- gouvernance du secteur. que Dieu L’assiste, est le 5ème du genre
2013-2020», la «Stratégie mondiale sur • augmentation de 40% des prises en patite C, anti-cancéreux…) grâce une Très soucieux de la qualité des soins et En 2011, les DRS furent créées dans les au Maroc ; il appartient à la génération
les ressources humaines pour la santé à charge des diabétiques (650 000 cas en ambitieuse Politique Pharmaceutique services, le Ministère de la santé réorga- 16 Régions du Royaume. Une redéfini- moderne des CHU. Par son plateau
l’horizon 2030», et j’en passe. 2016 vs 460 000 cas en 2011) ; Nationale. Ceci s’inscrit dans le cadre, nisera son administration, œuvrant pour tion de l’organisation et des attributions technique à la pointe de la technolo-
Les pays de l’OCDE, dans un rapport • multiplication par 3 des effectifs des plus global, du cheminement progressif la moraliser davantage et la diriger vers des services déconcentrés du Minis- gie et ses prestations de 3ème niveau
intitulé «La prochaine génération des ré- hypertendus suivis (750 000 en 2016 vs du Maroc vers la CSU, où la généralisa- le service du citoyen. En ce sens, le Mi- tère de la Santé, notamment celle en couvrant toutes les spécialités médico-
formes de la santé» publié début 2017, 264 800 en 2011) ; tion du Régime d’Assistance Médicale nistère s’inscrit dans l’ère de l’informati- 12 nouvelles DRS, a été publiée le 04 chirurgicales et de biologie médicale, il
ont reconnu que les systèmes de santé • hausse de 50% des effectifs hémodia- (RAMED) constitue une avancée ma- sation et la digitalisation pour réduire les janvier 2016 par arrêté du Ministre de est une fierté nationale. Il a aussi béné-
doivent actuellement donner la prio- lysés (9 300 en 2016 vs 6 000 en 2011). jeure par l’inclusion progressive des po- délais et faciliter l’accès aux prestations. la Santé n°003.16. A l’instar des autres ficié récemment d’une importante mise
rité aux déterminants sociaux et écono- pulations pauvres et vulnérables depuis Notre nouvelle stratégie s’appuiera aus- DRS, celle de l’Oriental assure la coordi- à niveau grâce au lancement, par Son
miques de la santé et aux facteurs de Pour les Affections Lourdes et Coû- le 13 mars 2013. Plus de 8,5 millions si sur la Régionalisation avancée pour nation entre les établissements de santé Altesse Royale la Princesse Lalla Salma,
risques environnementaux, placer le ci- teuses (ALC), de grandes avancées de citoyens sont éligibles à ce régime faire valoir la relation des professionnels publics et privés implantés dans son des travaux du Centre Régional d’On-
toyen au cœur de leurs préoccupations, ont été réalisées en matière de greffe et nous allons vers l’Assurance Mala- de la santé avec les citoyens et privilé- ressort territorial, et ce notamment dans cologie qui lui sera rattaché.
étudier les utilisations les plus efficaces d’organes et transplantation : première die des Indépendants (AMI) qui ciblera gier la démocratie sanitaire. le cadre du partenariat public-privé. La Région dispose aussi de 11 Centres
des nouvelles technologies de santé. Ils greffe cardiaque nationale chez l’en- le tiers restant de la population maro- En termes de couverture sanitaire, une d’hémodialyse (2 à Oujda, 2 à Nador, 2
ont souligné l’urgence de lutter contre fant, 13 greffes hépatiques au Maroc, caine (un peu plus de 11 millions de La Région Sanitaire de l’Oriental ? amélioration notable caractérise l’évolu- à Berkane et 1 pour chacune des autres
les résistances aux anti-microbiens 63 greffes cochléaires, 250 greffes de citoyens). Chemin faisant, nous avons tion récente de l’offre de soins de cette Provinces) et de : 1 Centre Régional de
et de reconnaître les nouveaux enjeux moelle osseuse et cellules souches, couvert d’autres catégories, comme les La Région de l’Oriental, Région Sanitaire Région. En effet, le nombre des Etablis- Transfusion Sanguine (CRTS d’Oujda),
émergents, notamment l’augmentation 1 425 greffes de cornée, 165 greffes étudiants (AME, 288 000 bénéficiaires), pilote à l’échelle du Royaume, a connu sements de Soins de Santé Primaires 2 Banques de sang (à Nador et Bouar-
de la prévalence des maladies chro- rénales et 90 transplantations à par- des ascendants des affiliés à l’Assu- une grande dynamique dans le cadre (ESSP) est passé de 161 en 2010 à 199 fa) et 3 Antennes de sang (à Berkane,
niques et des co-morbidités multiples tir de donneurs en état de mort encé- rance Maladie Obligatoire (AMO), et les du chantier de Régionalisation avancée en 2015, soit une couverture par ESSP Taourirt et Guercif).
dans une population vieillissante. phalique… Pour la prise en charge du migrants (20 000 bénéficiaires). mené par Sa Majesté le Roi. Le chan- qui passe de 12 093 hab/ESSP en 2010 Cette offre de soins hospitalière pu-
cancer, de grandes réalisations ont été gement a beaucoup impacté le volet à 11 630 hab/ESSP en 2015 ; la capa- blique est en forte extension grâce aux
Contexte sanitaire national possibles grâce au partenariat avec la D’autre part, le dernier mandat a été règlementaire, surtout depuis le Décret cité litière a évolué de 2 040 en 2010 à multiples chantiers en cours qui aug-
«Fondation Lalla Salma - Prévention et marqué par une importante publication n°2-14-562 du 7 chaoual 1436 (24 juil- 2 984 en 2015, soit une couverture par menteront subséquemment la capacité
Ces dernières années, le secteur de la traitement des cancers». de nouveaux textes législatifs et régle- let 2015) pris en application de la Loi- lit passée de 962 hab/lit en 2010 à 776 litière régionale moyennant d’importants
santé au Maroc a pu réaliser des pro- cadre n°34-09 relative au système de hab/lit en 2015. Mais les difficultés d’ac- investissements. Je cite à ce titre :
grès indéniables et un saut qualitatif santé et à l’offre de soins, qui concerne cès aux soins persistent, sachant que
dans toutes les composantes de son l’organisation de l’offre de soins, la carte la Région de l’Oriental, comme d’autres, • le Centre de Pneumologie et de Sili-
système national, comme en témoigne sanitaire et les schémas régionaux de est caractérisée par des inégalités de cose, unique en son genre au Maroc,
l’amélioration notable des principaux in- l’offre de soins. la couverture sanitaire et des déficits qui a ouvert son activité le 03 juillet 2017 ;
dicateurs de mortalité et de morbidité : Les Régions Sanitaires au Maroc ont patents dans l’offre de soins. Le réseau • l’Hôpital de proximité d’El-Aioun Sidi
été créées sous le Protectorat français, hospitalier public de l’Oriental est com- Mellouk en instance d’ouverture, qui
• l’espérance de vie à la naissance, por- sous forme de «services publics décon- posé de 8 Centres hospitaliers, dont 6 sera suivi par la mise en service pro-
tée à 74,8 ans, contre 71,1 en 2004 ; centrés». Après l’Indépendance, des Centres Hospitaliers Provinciaux (CHP) : gressive du CHP de Driouch et de l’Hô-
• le ratio de la mortalité maternelle, ré- «Préfectures et Provinces médicales» pital de proximité de Zaïo ;
duit de 35%, passé de 112 décès pour calquées sur le découpage administratif • Berkane (l’Hôpital Edderak de Ber- • les travaux de 4 autres nouveaux hô-
100 000 naissances vivantes en 2010 du pays ont été créées par le «Ministère kane et l’Hôpital de proximité de Saïdia) ; pitaux de proximité lancés début 2017,
à 72,6 décès pour 100 000 naissances de la Santé Publique» ; ce n’est qu’en • Nador (l’Hôpital El-Hassani à Nador et à Talsinnt, Figuig, Midar et Ahfir ;
vivantes en 2016 selon la dernière en- 1994 que les services déconcentrés l’Hôpital Mohammed VI de El-Aroui) ; • l’ouverture des plis pour le concours
quête nationale sur la santé de la popu- L’Institut de Recherche sur le Cancer, réalisé grâce du Ministère ont pris la dénomination, • Taourirt, Guercif, Figuig (l’Hôpital Has- architectural du nouveau CHP de Na-
lation et des familles ; à la «Fondation Lalla Salma - Prévention et Traitement des Cancers» toujours en usage, de «Délégations pré- san II de Bouarfa), et Jerada. dor, prévue le 12 juillet 2017 ;

6 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 7


Focus

• en perspective, le projet de construc- CHU et d’un large éventail d’hôpitaux de Pour faire face, la déclinaison de la nou-
tion du nouveau CHP de Guercif. proximité et d’Instituts de formation de velle stratégie sectorielle 2017-2021

Le plateau technique public régional


base en soins infirmiers (ISPITS / IFTA),
et affiche de bonnes performances
dans l’Oriental, avec les recommanda-
tions du Schéma Régional de l’Offre de
Lutte contre le cancer
sera étoffé par l’acquisition d’une nou-
velle IRM qui sera installée au CHR
des programmes de santé publique
prioritaires, elle souffre cependant de
Soins, ciblera en priorité les populations
à besoins spécifiques, les urgences mé-
au Maroc : l’apport de
d’Oujda fin de 2017 ou début 2018.
L’offre privée comporte 468 Cabinets de
disparités intra-régionales et inter-pro-
vinciales, d’iniquité dans l’accès de la
dicales, la réorganisation de la filière de
soins, les femmes enceintes et la réduc-
la Fondation Lalla Salma
consultation médicale, 37 Laboratoires population rurale aux soins de santé tion de la mortalité maternelle et infan-
d’analyses médicales, 14 Cabinets de de base. A l’instar des autres Régions tile, la veille sanitaire aux frontières et la Dr. Rachid BEKKALI
radiologie, 7 Centres d’hémodialyse, du Royaume, il y a une insuffisance en lutte contre les maladies, tout cela sur Directeur Général de la Fondation Lalla Salma
237 Cabinets de chirurgie dentaire, 52 ressources humaines, notamment en un fond de consolidation des réformes
Centres de kinésithérapie, 849 Officines médecins généralistes et en infirmiers et des programmes essentiels, d’amé-
de pharmacie, 19 Cliniques privées à polyvalents, aggravée par le vieillisse- lioration du service rendu au citoyen et
but lucratif et 2 à but non lucratif. ment du personnel et un flux de départs de valorisation des professionnels.
en retraite très important.
Plus de 300 000 patients fréquentent Mais les opportunités n’y manquent En conclusion Développement du Plan National de Prévention et de Contrôle du Cancer
annuellement les services des ur-
gences, soit 69% des consultations
pas, particulièrement l’Initiative Royale
pour le Développement de l’Oriental, La complexité du système de santé
2010-2019 : une stratégie à la hauteur des défis, où, sous l’impulsion de
ambulatoires ; sur les 20 654 inter- avec une importante convention signée et les besoins de coordination qui en Son Altesse Royale la Princesse Lalla Salma, le Maroc s’est inscrit dans
ventions chirurgicales réalisées par le devant Sa Majesté en ce sens, l’appui découlent incitent à accorder un inté-
réseau hospitalier de l’Oriental, 53% ont de l’Agence de l’Oriental et de l’Initiative rêt particulier à la bonne gouvernance,
l’élan international, en faisant du cancer une priorité nationale, et s’est
un caractère urgent, dont 83% sont des Nationale pour le Développement Hu- enjeu majeur du développement har- mobilisé pour élaborer et mettre en œuvre un Plan cancer, préparé et coor-
interventions chirurgicales majeures. main, une collaboration intersectorielle monieux du système, afin de garantir un
Les patients victimes d’accidents sur la développée et un partenariat internatio- pilotage efficace des actions de santé, donné par la FLSC en étroite collaboration avec le Ministère de la Santé.
voie publique représentent 3% (6 454 nal, national et régional conséquent. impliquant les différents acteurs.

C
AVP) de l’ensemble des patients reçus
dans les services des urgences de la Ré- omme il fallait d’abord bien et de leur famille. Le PNPCC 2010-2019 roc ; en quelques années, de grandes
gion : 78% sont des blessés légers et comprendre pour mieux finalisé a été ratifié par le Gouvernement avancées ont été accomplies dans tous
23% des blessés graves. 8% des acci- agir, la FLSC a mené une lors d’une journée présidée par SAR la les domaines du contrôle du cancer.
dents enregistrés sur la voie publique analyse exhaustive de la si- Princesse Lalla Salma, Présidente de la
ont été pris en charge par les Urgences tuation au Maroc en réalisant une quin- FLSC et Ambassadrice de bonne vo- Communication et prévention
Médicales de Proximité. Le réseau inté- zaine d’études sur tous les domaines en lonté de l’OMS pour la promotion de la
gré des soins d’urgences médicales (RI- relation avec le cancer. Partant de cette prévention et des soins du cancer. La première campagne menée par la
SUM) compte 62 lits de réanimation (40 analyse de la situation, la FLSC a orga- Depuis le lancement du PNPCC, la si- FLSC en 2006, «Tous contre le cancer»,
au CHU Mohammed VI d’Oujda), 53 lits nisé 6 ateliers thématiques, impliquant tuation a radicalement changé au Ma- avait pour but de démystifier le cancer et
d’observation et 15 lits de déchoquage, toutes les parties prenantes, pour déve-
avec des moyens de mobilité compor- lopper la stratégie et les actions spéci-
tant 48 ambulances et 1 Héli-SMUR. fiques aux différents domaines du Plan :
prévention, détection précoce, prise en
L’autre volet particulièrement ratta- charge diagnostique et thérapeutique,
ché à la Région de l’Oriental est celui Le Centre Hospitalier Universitaire d’Oujda soins palliatifs, communication et légis-
de la santé mentale. En effet, le 26 juin lation. La synthèse des travaux des ate-
2013, à Oujda, j’ai eu le grand privilège Gardons à l’esprit le caractère frontalier En s’inscrivant dans les orientations de la liers a permis d’établir un Plan national
de présenter devant Sa Majesté le Roi de la Région, qui l’expose à la contre- nouvelle stratégie sectorielle 2017-2021 multisectoriel de lutte contre le cancer
Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, le bande des médicaments et des dro- et pour améliorer sa gouvernance, la pour de 10 ans.
Plan National de Prise en Charge de la gues, avec un flux migratoire important. DRS de l’Oriental devra développer son Doté d’un cadre conceptuel (ci-contre),
Santé Mentale, doté d’un budget de D’autres menaces sont matérialisées rôle managérial et de leadership dans le PNPCC entend améliorer l’état de
747 millions de Dh sur une durée de 6 par un taux de chômage et un indice le cadre de la Régionalisation avancée, santé de la population en dotant le
ans. Nous projetons durant ce mandat de pauvreté élevés, exacerbées par consolider les partenariats, rechercher pays d’une stratégie touchant tous les
de concrétiser davantage la réalisation l’enclavement de certaines localités et de nouvelles perspectives, et contribuer domaines d’intervention. Le Plan se veut
des objectifs de ce Plan. l’occurrence non-négligeable de sérieux à la moralisation du secteur, en veillant porteur de valeurs : équité, solidarité,
problèmes environnementaux, comme au développement et à l’amélioration du qualité et excellence. Il a pour objectif
S’il est vrai que l’Oriental est une Région les acridiens, le saturnisme, la pollution service au citoyen, sans omettre le per- de réduire l’incidence, la mortalité et les
pilote en matière de régionalisation de de la nappe phréatique… ainsi que des fectionnement des conditions de travail facteurs de risque du cancer, ainsi que Cadre conceptuel du développement du Plan National de Prévention
et de Contrôle du Cancer, Maroc, 2009
la santé, qu’elle dispose de son propre risques sanitaires liés aux catastrophes. de ses professionnels de santé. d’améliorer la qualité de vie des patients

8 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 9


Focus

sensibiliser la population sur le fait que Détection précoce Ainsi, en partenariat avec le Ministère Support social de la FLSC. Dès sa création en 2005,
le cancer n’est pas une fatalité ; encou- de la Santé et les collectivités locales, la Fondation a mis en place un pro-
rageant la population à s’informer sur le La charge du cancer pourrait être ré- la Fondation a construit 9 nouveaux La solidarité sociale est une composante gramme de formation et de stages en
cancer et à prendre conscience que la duite d’environ un tiers par la détection Centres d’oncologie et 2 pôles des can- essentielle des actions de la FLSC. Par partenariat avec des institutions natio-
maladie pouvait être guérie si elle était précoce et le traitement des cas au tout cers gynéco-mammaires, tout en réno- le biais d’initiatives innovantes, l’effort nales, européennes et américaines. Il
détectée tôt et correctement traitée. début de la maladie. Le Plan marocain a vant les Centres existants et en moder- est dirigé vers l’accès des personnes bénéficie chaque année à des centaines
Après cette campagne, qui a préparé débuté par les deux cancers constituant nisant leurs équipements. Par ailleurs, 6 les plus démunies à des soins de qua- de médecins, d’infirmiers, de cadres
le terrain, la FLSC a conçu des cam- un problème de santé publique et pour autres Centres d’oncologie et d’héma- lité, dans les meilleures conditions. La administratifs, de bénévoles, d’aides-
pagnes plus spécifiques et plus ciblées. lesquels les activités de détection ont to-oncologie pédiatrique sont en cours FLSC anime plusieurs programmes vi- soignants, etc. Elles profitent aussi aux
Depuis, la FLSC mène régulièrement 2 déjà fait leurs preuves : le cancer du sein de construction. sant à humaniser la prise en charge et praticiens de plusieurs pays d’Afrique
campagnes annuelles sur la prévention et celui du col utérin. Un projet pilote accompagner au quotidien les patients subsaharienne. Pour coordonner les
de la maladie (tabac et mode de vie pour la détection du cancer colorectal Aujourd’hui, des structures perfor- et leurs familles fragilisés par la maladie. formations qu’elle offre, la FLSC a créé
sain) et la détection précoce du cancer est en cours. La FLSC a construit et mantes et des pôles d’excellence «l’Ecole Africaine d’Oncologie» (EAO).
du sein. Aujourd’hui, les affiches, spots équipé des Centres spécialisés de dé- accueillent, tous les jours, des milliers «Maisons de vie» : un espace pour la
et messages de sensibilisation aux dan- tection des cancers du sein et du col de patients partout au Maroc, en leur dignité des patients et de leurs familles Recherche en oncologie SAR la Princesse Lalla Salma avec
gers du tabagisme et à l’importance du utérin (mammographie, échographie, offrant des services dans les meilleures Bâtis près de chaque Centre d’oncolo- l’épouse du Président de Côte
dépistage précoce du cancer du sein colposcopie, biopsie, etc.) ; l’objectif conditions et des soins répondant aux gie, ces lieux accueillants et chaleureux Partant des résultats d’un état des lieux d’Ivoire, Madame Quattera, auprès
font partie intégrante du paysage de la est de réaliser un Centre par Province et normes internationales. sont destinés à héberger les patients objectif, la FLSC a initié un programme d’enfants en cours de traitement
communication au Maroc (télévisions, Préfecture. Par ailleurs, la FLSC a fourni Un impératif d’humanisation guide et leurs familles durant la période du de «Structuration de la recherche en
radios, affichage, presse écrite, etc.). des unités mobiles de mammographie. toutes ces opérations de construc- traitement ambulatoire, afin d’améliorer cancérologie» afin de créer les struc- dans la mise en place de stratégies na-
Toutes les prestations du programme tion, dans l’objectif d’avoir des Centres les conditions de la prise en charge et tures et de réunir les conditions néces- tionales de lutte contre le cancer.
Le 22 novembre a été proclamée “Jour- de détection sont gratuites, de la pre- accueillants, préservant la dignité des de réduire les abandons du traitement, saires à une recherche efficace, centrée Ainsi, la FLSC a conclu un partenariat
née nationale de lutte contre le cancer”. mière consultation jusqu’à la prise en patients et permettant aux profession- souvent long et difficile à supporter pour sur le bien-être des patients et de la so- avec 14 pays du continent pour les aider
La célébration de cette Journée est un charge diagnostique et thérapeutique nels d’évoluer dans un environnement les patients et leurs familles. ciété, tout en restant en phase avec les à construire des Centres d’oncologie et
moment privilégié de débat et de ré- d’une éventuelle lésion cancéreuse. adéquat et pratique. orientations stratégiques du PNPCC. des Maisons de vie, mettre en place des
flexion qui marque l’engagement indé- Sur l’initiative de la FLSC, un programme Programme de «Socio-esthétique» : programmes de détection précoce du
fectible du Maroc dans la lutte contre Prise en charge diagnostique de soins palliatifs est en cours implan- Bien dans sa peau - Bien dans sa tête L’Institut de Recherche sur le Cancer a cancer du sein et du col utérin, prendre
le cancer. Cette Journée est aussi une et thérapeutique tation dans tous les Centres d’oncolo- En avril 2014, la Fondation a lancé un été créé en groupement d’intérêt public en charge leurs patients et former leurs
occasion pour faire le bilan des actions gie, avec des équipes mobiles pour la programme socio-esthétique innovant entre la FLSC, le Ministère de la Santé professionnels de santé dans les struc-
engagées par l’ensemble des interve- En matière de prise en charge théra- prise en charge à domicile des patients. en collaboration avec L’Oréal Maroc. Un et le Ministère de l’Enseignement Supé- tures universitaires marocaines, etc.
nants, de rappeler les objectifs straté- peutique, la stratégie de la Fondation L’objectif est de soulager la souffrance espace de soins de bien-être, d’écoute rieur. La FLSC a financé la construction
giques du Royaume en matière de lutte s’appuie sur trois piliers majeurs : la des patients et d’accompagner ceux et de détachement de l’environnement du siège de cet Institut au CHU de Fès. La lutte contre le cancer est un défi
contre le cancer et d’en faire un sujet mise à niveau des structures existantes, qui vivent avec le cancer médical est mis à disposition des pa- Ce nouvel Institut ambitionne d’être un mondial. Consciente de cette réalité, la
de débat public national. Lors de cette la construction de nouveaux Centres tients. L’impact sur les femmes béné- centre académique d’excellence mutua- FLSC a conclu des partenariats avec di-
Journée, la FLSC attribue le prix national d’oncologie et l’amélioration de l’accès Accès aux médicaments ficiant du programme est impressionnant ; lisant les compétences et les expertises vers agences onusiennes et organismes
et le prix international à des personnali- aux médicaments. elles retrouvent le sourire, reprennent au service de la recherche en cancéro- internationaux, institutionnels, scienti-
tés, des centres de recherche ou des la- L’ère de l’édification dans le domaine C’est l’un des objectifs majeurs de la confiance en elles et abordent leurs logie. Des appels à projets de recherche fiques ou associatifs. Participant active-
boratoires qui font preuve d’un engage- du cancer a été lancée par Sa Majesté FLSC : permettre à tous les patients séances de traitement et l’avenir avec sont régulièrement lancés, en plus des ment à l’effort mondial contre le cancer,
ment et d’une implication exceptionnels le Roi Mohammed VI, le 13 avril 2006, d’accéder aux médicaments néces- plus de détermination et d’optimisme. études financées par la FLSC pour ré- la FLSC reste active sur tous les fronts
dans la lutte contre le cancer au Maroc par la pose de la première pierre du saires au traitement des différentes pondre à des besoins spécifiques. de la lutte à l’international et participe
et dans le monde. Centre d’oncologie Ibn Rochd à Casa- formes de cancer. Ainsi, la Fondation Programme «Orphelins du cancer» : Grâce aux extraordinaires avancées réa- annuellement à diverses manifestations
blanca. Depuis, c’est une transforma- s’est dotée d’un «Programme médica- pour la scolarité des enfants lisées dans le domaine de la lutte contre scientifiques ou associatives dans plu-
Sachant que la prévention est l’ap- tion radicale qu’a vécu l’infrastructure ments» qui garantit la disponibilité et Malgré les avancées réelles, le can- le cancer, à la visibilité des actions du sieurs régions du monde. L’objectif est
proche la plus efficace en santé publique du cancer au Maroc. En 2005, il y avait l’utilisation rationnelle des médicaments cer fauche encore chaque année des PNPCC, et particulièrement à son volet d’inscrire le Maroc dans la dynamique
et la plus efficiente pour une lutte à long deux Centres publics d’oncologie et anticancéreux. milliers de vies, plongeant autant de de restructuration de la recherche sur le mondiale de recherche et d’innovation
terme, pouvant éviter jusqu’à 40% des un Centre d’hémato-oncologie ; ces De plus, la FLSC a mis en place le familles dans la peine et le désarroi. cancer, le Maroc est devenu, en 2015, en matière de lutte contre le cancer.
cancers, la FLSC en a fait un axe d’in- Centres étaient délabrés, sous-équipés, Programme «Accès aux médicaments Consciente de cela, la FLSC a mis en le 25ème Etat membre du «Centre In-
tervention stratégique et a mis en œuvre et disposaient de ressources insuffi- pour les patients à revenus modestes» place le programme «Orphelins du can- ternational de Recherche sur le Cancer» Conclusion
des programmes s’attaquant aux fac- santes selon les normes internationales. (ACCES). Ainsi, les molécules de base cer» pour rester aux côtés des familles (CIRC), le premier du continent africain.
teurs de risque et prônant un mode Un ambitieux projet de développement et les molécules innovantes sont désor- les plus démunies et offrir à leurs enfants C’est avec beaucoup de ténacité, mais
de vie sain. Un ambitieux programme de l’infrastructure a été mis en place. On mais utilisées pour tous les patients, un maximum de chances de réussite. Au-delà des frontières sans précipitation, que la FLSC, avec
anti-tabac est mis en place : «Collèges, est passé de 2 Centres publics d’onco- sans considération de revenu ou de l’appui de ses partenaires, a pu :
Lycées et Entreprises sans Tabac». Ce logie avec deux accélérateurs en 2005, couverture sociale. Environ 18 000 pa- Formation Le rayonnement et les apports de la
programme s’adresse aux élèves et à 11 Centres publics en 2016, avec 17 tients démunis sont pris en charge gra- FLSC s’étendent au-delà des frontières • construire des Centres aux normes
aux enseignants en milieu scolaire, ainsi accélérateurs linéaires. Trois unités de tuitement chaque année dans le cadre La formation et la motivation des pro- du Maroc. Plusieurs pays africains ont internationales ;
qu’au personnel des entreprises. greffes de moelle sont opérationnelles. de ce programme novateur. fessionnels sont au cœur de la stratégie sollicité la FLSC pour les accompagner • concevoir et développer un modèle

10 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 11


Focus Le Point

d’offre de soins novateur, donnant à enfants de l’Oriental sont (avec environ


« Avec enthousiasme et ténacité,
tous les patients, même les plus dému- 10 cas de chaque) : le Lymphome non
ASSURANCE MALADIE OBLIGATOIRE
nous avons élaboré une stratégie de
nis, l’accès aux traitements les plus hodgkinien, les tumeurs osseuses, les
long terme, détaillée et multidimen-
innovants ; tumeurs du système nerveux central,
• lancer des campagnes de démysti-
fication et de sensibilisation, ainsi que
sionnelle, véritable feuille de route que
nous nous employons à suivre patiem-
la maladie de Hodgkin et les leucémies
lymphoïdes.
12 années riches en réalisations,
des programmes de prévention et de
détection précoce de la maladie ;
ment, avec rigueur et méthodologie.
Un plan stratégique construit autour
Constructions et équipements
y compris dans l’Oriental
d’une conviction : ne jamais oublier
• développer des programmes sociaux Une convention a été signée en mai
que derrière les chiffres et les statis-
facilitant la vie aux patients et à leurs 2017 entre le Ministère de la Santé, la Saïd AHMIDOUCH
tiques égrenées au sujet du cancer,
proches. Fondation Lalla Salma, la Région de Directeur Général de la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale
se cachent des histoires humaines,
toutes singulières, toutes différentes. l’Oriental, l’Agence de l’Oriental et la
De grandes avancées sont réalisées Wilaya de la Région de l’Oriental pour :
Ce sont ces parcours individuels qu’il
grâce au dévouement d’une équipe de
faut accompagner et mettre au cœur
citoyens militants : médecins, infirmiers, • construire un Centre Régional d’On-
de nos préoccupations. Ce sont des
biologistes, psychologues, enseignants,
animateurs, étudiants, retraités, la plu-
malades à traiter, mais surtout des cologie aux normes internationales pour Composante essentielle de la Sécurité Sociale, l’Assurance Maladie
vies à réparer, des espoirs à res- un budget de 200 MDh, d’une capacité
part engagés volontairement et bénévo-
susciter. C’est uniquement de cette de 60 lits d’hospitalisation et 20 fauteuils Obligatoire (AMO) joue un rôle important dans la protection des individus
lement dans cette aventure humaine.
De l’avis de tous, l’apport de la FLSC
manière que les patients peuvent re- pour l’hôpital de jour, qui sera doté d’un
équipement de pointe pour la prise en
contre les conséquences financières d’éventuelles dégradations de leur
prendre goût à la vie et retrouver leur
est inestimable dans la lutte contre le
dignité et l’énergie de lutter contre la charge diagnostique et thérapeutique santé. Depuis son lancement en 2002, l’AMO a enregistré une évolution
cancer au Maroc. des cancers ;
Cette réussite collective n’a pu être
maladie. C’est le droit de chaque être
humain, et c’est la mission que nous • construire et équiper 8 Centres de notable, en matière de soins couverts comme de qualités de services.
possible que grâce au partenariat avec
les pouvoirs publics, les collectivités
nous sommes donnée. détection précoce des cancers du sein En charge de la CNSS depuis 2005, l’auteur mesure le chemin parcouru,
Guidés par cette vision, portés par et du col utérin, dans les Provinces de
locales, le secteur privé, la société civile
l’engagement collectif et les efforts la région, pour un budget de 50 MDh ; dont il a piloté la progression ; éthique et redistribution financière massive.
et particulièrement au leadership excep-

P
conjugués des équipes de la Fonda- • financer le Programme d’accès aux
tionnel de SAR la Princesse Lalla Salma, médicaments, avec un budget de 105
tion, des donateurs, du Ministère de C’est ainsi que la couverture médicale
Présidente de la FLSC et Ambassadrice MDh pour trois ans. artout dans le monde,
la Santé, des médecins, infirmiers, est devenue un droit fondamental pour
de bonne volonté de l’OMS pour la pro- l’assurance maladie est
des collectivités locales, des médias tout citoyen, jouissant d’une reconnais-
motion de la prévention et des soins du Par ailleurs, la Fondation assurera au cœur des systèmes de
et des bénévoles, nous avons réussi sance sur le plan international à travers
cancer. la construction d’une Maison de vie couverture sociale. Son rôle
à relever le défi et enregistrer des réa- divers textes internationaux, notam-
proche du Centre d’oncologie et four- principal est de protéger les individus
lisations impressionnantes qui m’em- ment l’Article 22 de la Déclaration uni-
Dans la Région de l’Oriental nira une unité mobile avec l’équipement contre les conséquences financières en-
plissent de fierté et d’émotion ». verselle des droits de l’homme du 10
nécessaire pour la détection précoce du traînées par une éventuelle dégradation
Epidémiologie des cancers SAR Princesse Lalla Salma de leur santé, un risque qui peut surve- décembre 1948, la Convention n°102
cancer du sein et du col utérin.
En 2017, dans la Région de l’Oriental le nir à n’importe quel moment et s’avérer de l’Organisation Internationale du Tra-
nombre total de nouveaux cas de can- très coûteux pour une personne qui, vail concernant la norme minimale de la
cers est estimé à environ 3 200, dont disposant d’un modeste revenu (ou pas sécurité sociale du 28 juin 1952, et plu-
1 700 femmes et 1 500 hommes. Les d’ailleurs), se retrouve dans l’incapacité sieurs autres textes formant les normes
projections pour les années 2020 et d’y faire face et, par conséquent, de se internationales de la sécurité sociale.
2025 seraient respectivement de 3 600 soigner.
et 4 150 nouveaux cas. C’est la réalité d’une large partie de la Comme toutes les assurances, l’assu-
population mondiale dont les dépenses risques liés aux maladies, accidents de rance maladie est basée sur la mutua-
Actuellement, chez les femmes, le can- de santé atteignent en moyenne 8% travail ou vieillesse, ce sont les ouvriers, lisation du risque, qui peut être gérée
cer du sein est le plus fréquent (35% du PIB dans les pays européens et 3% stimulés par un sentiment de solidarité, par un organisme public ou par une
des cas), suivi du cancer du col utérin dans les pays arabes. Au Maroc, celles- qui ont fondé des groupements de se- entreprise privée. C’est pourquoi cer-
(13%) et du cancer colorectal (7,5%). ci ne dépassent pas les 2% du PIB na- cours mutuel. tains systèmes sont dotés d’une caisse
Chez les hommes, le cancer du pou- tional. Mais cela n’a pas duré longtemps au étatique unique, alors que d’autres
mon est le plus fréquent (26%), suivi du vu des révolutions politiques et écono- connaissent une concurrence entre les
cancer de la prostate (16%) et du can- Pour dresser un tableau exhaustif du miques à travers le monde, ainsi que assureurs. Aux Etats-Unis par exemple,
cer colorectal (9%). cas de l’Assurance Maladie au Maroc, de l’évolution considérable des coûts l’assurance maladie dépend surtout
Chez les enfants, en 2017, il y aurait en- il est inéluctable d’en rappeler les lettres de soins médicaux, qui vont inciter les des assureurs privés, tandis que les
viron 100 nouveaux cas de cancer, dont de noblesse. La première forme de pro- gouvernements, y compris dans les pouvoirs publics garantissent les soins
60 chez les garçons et 40 chez les filles. tection sociale est une création ouvrière. pays libéraux, à instaurer des systèmes aux personnes âgées ou démunies. En
Les cancers les plus fréquents chez les Le futur Centre Régional d’Oncologie d’Oujda Face à la prise de conscience des d’assurance maladie. France coexistent plusieurs systèmes,

12 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 13


Le Point
Dépense de santé en pourcentage du PIB – Année 2014

comme le régime général, le régime Dépenses de santé / PIB en 2014 Qu’en est-il de la Région de l’Oriental ?
agricole, le régime social des indépen-
dants, ainsi que d’autres régimes plus • Population couverte : plus de 280 000 individus, soit 5% de la population totale ;
spéciaux. A l’inverse, d’autres pays, • Montant remboursé : 140 millions de Dh, soit 4% du montant global national ;
comme le Danemark, sont dotés depuis • Taux de sinistralité : de l’ordre de 24% vs 22% pour l’ensemble des assurés
longtemps d’une caisse maladie éta- de la CNSS ;

10,6%

10,0%
9,5%
• Nombre de bénéficiaires porteurs de maladies coûteuses : 8 165 individus, soit

9,2%

9,0%
tique et unique.

8,7%

8,6%

8,3%

8,3%

8,0%
7,7%

7,7%
7,6%

7,0%
5% de l’ensemble des porteurs d’ALD ouvrant droit à l’AMO ;

6,4%
5,2%

5,2%
Au Maroc, tout commence en 2002… • Nombre d’agences de la CNSS doublé durant les 10 dernières années : de 3

4,2%
4,0%
3,9%

3,5%

3,2%
3,1%

3,0%

3,0%
2,4%
en 2005 à 6 actuellement, grâce à la création de 3 nouvelles agences à Taourirt,

2,3%
2,2%

2,0%
1,6%
1,4%
Instituée comme régime obligatoire en Bouarfa et Jerada, en plus de celles pré-existantes à Oujda, Nador et Berkane ;
Les origines de la CNOPS remontent à

Turquie
Tunisie
Algérie
Égypte

France

Inde
Chine

Jordanie

États-Unis
Suisse
Chili

Cuba

Espagne

Italie

Maroc

Norvège

Suède

OCDE
Allemagne

Kenya

Malaisie

Zone euro
Japon

Liban

Le monde arabe
Danemark

Mali

Zone MENA
Royaume-Uni

Pays-Bas

Sénégal
2002 dans le cadre de la Loi portant • Une Polyclinique de la CNSS ouverte à Oujda depuis 1983, assurant diverses
1919, soit près d’un siècle. Elle résulte
Code de la couverture médicale de spécialités médicales et offrant 46 lits d’hospitalisation, 9 lits de réanimation,
de l’union de 8 sociétés mutualistes
base, l’Assurance Maladie Obligatoire Source : Banque Mondiale 8 générateurs de dialyse et 2 salles de bloc. En 2016, 31 365 patients ont été
fédérées pour la couverture sociale
est venue étendre la couverture médi- admis à la Polyclinique d’Oujda, dont 1 064 malades opérés, 322 malades dia-
des agents actifs et retraités de la
cale, qui ne concernait à l’époque que février 2010, au profit des salariés et ti-
Source Banque mondiale
Ainsi, le taux de remboursement peut lysés et 335 accouchements.
fonction publique, de leurs conjoints et
les fonctionnaires de l’Etat, les salariés tulaires de pensions servies par la CNSS passer de 70% à 100% selon la patho- de leurs enfants.
des établissements publics et 15% des - et aux prestations dentaires pour les logie. L’AMO n’a pas de plafond, ce qui Pour une gestion plus maîtrisée à offrir un service adapté aux évolutions
L’État, les collectivités, des établisse-
salariés du secteur privé assurés par les adultes, à partir de janvier 2015. en fait un abri pour les gens souffrant de l’environnement social.
ments publics et les personnes mo-
compagnies d’assurance privées. Elle En ce sens, l’AMO de base rembourse de maladies graves ou longues au trai- Afin d’améliorer l’efficience du régime Elle a ainsi développé des services en
rales de droit public sont concernés.
garantit aujourd’hui, pour les assurés et une partie des frais de soins préalable- tement, se trouvant dans l’incapacité de et d’être à la hauteur des aspirations de ligne en vue d’interagir de manière ins-
Ces entités règlent des contributions
les membres de leurs familles à charge, ment engagés par l’assuré sur présen- payer des soins onéreux ou des hospita- ses clients, la CNSS a procédé à l’opti- tantanée avec ses clients, tout en leur
patronales ; les agents et pensionnés
la couverture des risques et des frais de tation du dossier de remboursement - lisations à l’étranger en cas d’absences misation des processus de gestion afin garantissant un accès facile à l’informa-
paient des cotisations, complétées par
soins inhérents à la maladie ou l’acci- soit 70% de la Tarification Nationale de des prestations nécessaires au Maroc. d’absorber les flux en augmentation tion. L’assuré a désormais le choix entre
les produits des placements, les majo-
dent, à la maternité et à la réhabilitation Référence - ou bien prend en charge Globalement, le taux de remboursement continue et de maîtriser les délais de une palette d’e-services lui permettant la
rations et pénalités, et les dons, etc.
fonctionnelle. cette partie des frais directement au- atteint 61%. Toutefois, plus le montant liquidation des dossiers de soins, qui consultation et le suivi à distance de ses
Le tout constitue les ressources de la
Ainsi, elle donne droit au rembourse- près des prestataires de soins. L’assuré engagé par le bénéficiaire est élevé, plus atteignent désormais une moyenne de dossiers.
CNOPS, qui atteignaient 5,1 milliards
ment et éventuellement à la prise en ne paie alors que la part restant à sa le taux de remboursement l’est aussi : 6 jours, contre 22 jours en 2016 et 23
de Dh en 2016, année où les dépenses
charge directe des frais de soins cura- charge, soit 30% du montant global, ce dernier passe de 50% pour les mon- jours en 2015. Par exemple, de janvier D’autre part, afin de relever brillamment
de santé atteignaient 4,7 milliards de
tifs, préventifs et de réhabilitation médi- ceci dans l’objectif de le responsabiliser tants inférieurs à 5 000 Dh, à 92% pour à avril 2017, 71% des dossiers reçus au ce challenge, la CNSS a renforcé ses
Dh, dont :
calement requise par l’état de santé du et de rationaliser ses dépenses lorsqu’il les montants dépassant 100 000 Dh. cours de cette période ont été liquidés effectifs par le recrutement de jeunes
bénéficiaire. s’agit des petits soins. C’est ce qu’on C’est grâce à ces réalisations que la en moins de 5 jours et presque 92% profils, à même de contribuer à l’amé-
• 1,56 milliard de Dh en médicaments ;
Entrée en vigueur le 18 août 2005, cette appelle le ticket modérateur. CNSS peut se féliciter d’avoir franchi un l’ont été en moins de 10 jours. lioration des services prodigués par le
• 548 MDh pour les hospitalisations ;
Loi repose sur deux organismes ges- Cependant, en cas de maladie grave cap important vers l’équité et la géné- Par ailleurs, la Caisse a mis en place régime.
• 587 MDh pour les soins dentaires ;
tionnaires, la Caisse Nationale de Sé- nécessitant des soins de longue durée ralisation de l’accessibilité aux soins, en des dispositifs de contrôle, notamment Consciente de l’importance de la com-
• 416 MDh en analyses biologiques ;
curité Sociale (CNSS) pour les salariés ou particulièrement onéreux, la part res- permettant aux assurés de jouir de leurs de l’accès au régime AMO, le contrôle munication à chaque phase de l’évolu-
• 403 MDh pour la dialyse.
du secteur privé et la Caisse Nationale tant à la charge de l’assuré fait l’objet droits et de bénéficier d’une palette de médical des assurés dans le cadre de tion de l’AMO, la CNSS veille au lance-
des Organismes de Prévoyance Sociale d’une exonération partielle ou totale. soins encore plus large. la déclaration des Affections Longues ment de campagnes de communication
La CNOPS est donc un acteur majeur
(CNOPS) pour le secteur public, en plus Durée (ALD) / Affections Longues et multi-support, notamment par le marke-
du financement de la santé au Maroc.
d’un organisme de régulation : l’Agence Évolution de l’activité de l’AMO en chiffres Coûteuses (ALC) et le contrôle de la ting direct à travers les caravanes d’in-
Plus de 3 millions de personnes béné-
Nationale d’Assurance Maladie (ANAM). consommation. En outre, afin de déve- formation sur les droits des individus en
• Croissance de la population couverte (assurés et ayants droits) : de 1,2 à 6,1 ficient de ses prestations, pour plus de
lopper sa proximité avec ses clients, matière d’AMO.
millions de personnes en 11 ans ; 1,25 million d’assurés.
Une approche progressive la CNSS a étendu le réseau de ses
• Augmentation du nombre de dossiers déposés chaque jour : de 800 en 2006 Le challenge majeur est sans doute
de développement agences à 90, vs 61 en 2005, et mis en AMO : quelles perspectives d’avenir ?
à 15 400 dossiers en 2016 ; dans la hausse nettement plus rapide
place de nouveaux concepts d’accueil
• Augmentation du nombre des dossiers déposés par an : de 282 000 à 3,83 des paiements effectués comparés
Pour garantir la solvabilité et la péren- et de service, notamment 10 agences La réussite de l’Assurance Maladie Obli-
millions en 2016 ; aux cotisations encaissées, ce qui est
nité du régime, le législateur et les par- mobiles, 3 kiosques, et 12 antennes gatoire des salariés du secteur privé a
• Sur la même période, le taux de sinistralité est passé de 4% à 22% en 2016 ; dû à la fois à l’extension des presta-
tenaires sociaux ont adopté, au démar- au niveau des collectivités locales ou conduit les autorités publiques à confier
• Montant total remboursé depuis le démarrage : 16 milliards de Dh, avec un tions mais aussi au vieillissement de la
rage, le principe de progressivité. C’est Préfectures des villes où elle n’est pas la gestion de l’AMO des Travailleurs Non
remboursement de 3,47 milliards de Dh en 2016 vs 79 millions de Dh en 2006 ; population, avec son cortège d’affec-
pourquoi, le régime AMO géré par la encore présente par une agence. Salariés (TNS) à la CNSS.
• Nombre de bénéficiaires : 1,3 million en 2016 vs 1,04 million un an auparavant, tions de longue durée particulièrement
CNSS assurait la couverture d’un pa- Ce projet vise la couverture médicale
soit une progression de 27% ; coûteuses : 4,6% de la population
nier de soins limité et ne couvrait qu’une Vers une dématérialisation d’au moins 6 millions de travailleurs
• 11% des bénéficiaires des prestations AMO sont atteints d’affections lourdes assurée consommaient 46% des dé-
partie de la population concernée. de la relation client non salariés, actuellement exclus des
et coûteuses et consomment plus de 56% des prestations AMO servies en 2016 ; penses en 2014.
Plusieurs améliorations ont été appor- régimes de protection sociale, soit 11
• Les prises en charge accordées représentent 4% du total des dossiers liquidés Depuis quelques années, la CNSS millions avec leurs ayants droits. Article de la rédaction
tées depuis, notamment l’extension de
en 2016, mais 53% en termes de montants remboursés. conduit une stratégie «multicanal» visant Un challenge ambitieux…
ce panier aux soins ambulatoires - dès

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Le Point

Optimiser une offre de soins et permettre Je pense aussi qu’il faut approfondir da- tion formation / emploi (en coordination
une meilleure accessibilité du citoyen vantage la notion de rôle de la formation avec les Facultés de médecine) doit être
La carte sanitaire : aux prestations de service en imposant
des règles de planification sanitaire est
figurant dans le projet de Loi et y inclure
le privé comme acteur fondamental au
une priorité pour la mise en place d’une
carte sanitaire et il semble que les Dé-
les enjeux d’une mise un objectif louable mais, pour être effi-
cient, il faut en même temps s’imposer
même titre que le secteur public.
De même qu’il faut que cette Loi soit
partements concernés y travaillent.

en œuvre des règles d’évaluation, aussi


bien du secteur public que du
Carte sanitaire : la bonne
idée… sous réserve
secteur privé. d’en assumer la logique
Pr. Jaâfar HEIKEL La création d’une ‘‘agence
Professeur de Médecine nationale d’évaluation et d’ac- Concernant les besoins de
Expert en Management sanitaire créditation en santé’’, indépen- santé, je pense qu’il est du
dante, est plus qu’une nécessi- ressort des professionnels de
té : c’est un outil indispensable santé de les définir. Il faut des
à l’amélioration d’un système conférences nationales de
de santé. A ce sujet, il faut es- consensus ou une détermina-
L’auteur croise avec bonheur ses compétences de médecin avec les pérer que les projets en cours tion consensuelle scientifique
sciences économiques, discipline dont il est doctorant. Ce parcours relatifs à ces aspects seront
concrétisés sur le terrain, car
des besoins par rapport à la
situation épidémiologique au
atypique reflète une double préoccupation : soigner sans ruiner le système un système de soins efficient Maroc. Il reste enfin l’aspect
et qui satisfait la population (le relatif à la demande, car, pour
de santé ; donc en assurant la pérennité du dispositif. La réflexion sur un Maroc est malheureusement mal classé davantage complémentaire avec la Loi mener à bien ce projet, il faut connaître
Schéma Régional offre l’opportunité du débat autour des objectifs difficiles par les instances internationales sur ce 131-13 de l’exercice de la médecine. La avec précision ce que les citoyens ma-
point) est un vrai indicateur de dévelop- situation contraire aggraverait les défi- rocains demandent rationnellement en
à concilier. Le bon moment pour que tous les acteurs s’expriment. pement. cits d’offre de soins inter et intra-régio- termes de prestations sanitaires (pré-
naux. Par ailleurs, une carte sanitaire né- vention I, II et III). Il nous faut dire aussi

D
L’ère des déséquilibres cessite de bien connaître trois éléments que la mise en place d’une carte sani-
ans toutes les politiques pertinentes, il est indispensable qu’il - en l’occurrence une offre de soins - et le levier des ressources humaines importants, en l’occurrence : l’offre, les taire sous-entend que les passerelles
de santé, la répartition intègre plusieurs concepts et outils. Je sur les données épidémiologiques entre le secteur public et le
équitable des ressources ne pense pas qu’il suffise de dire : «nous actuelles, ne pourra pas être efficient. Je pense que la décision de secteur privé sont parfaitement
est un enjeu en matière allons démocratiser l’accès aux soins Il faut donc disposer d’un système de mettre en place une carte sa- huilées et extrêmement bien
d’accessibilité aux services de santé et et pour cela nous allons mieux répartir surveillance épidémiologique permet- nitaire a été prise parce que faites pour que le secteur privé
d’optimisation du niveau de santé de la l’offre». tant de réunir des données venues de l’on s’aperçoit que l’adéqua- puisse exprimer son expertise
population. Ce projet ne pourra réussir que par différents secteurs et permettant ainsi tion demande-besoin-offre et contribuer de manière effi-
l’intégration de deux concepts : celui de d’avoir une meilleure image de l’épidé- sanitaire n’est pas optimale. ciente à l’atteinte des objectifs
Carte sanitaire : la «demande» et celui du «besoin». Par miologie des maladies au Maroc. Les Aujourd’hui, on assiste à des en fonction des moyens qu’on
les conditions de l’efficience «demande», on sous-entend les problé- méthodes pour y arriver existent et il déséquilibres flagrants à l’inté- va lui permettre de mettre en
matiques de santé auxquelles les maro- suffit que les responsables y travaillent rieur d’une même Région et place.
La Loi 34-09 - connue sous le nom de cains font face. Par «besoin», on sous- avec l’ensemble des partenaires. entre les différentes Régions
«Schéma Régional de l’Offre de Soins» entend les prestations sanitaires définies du pays. C’est la raison pour In fine, l’idée d’une carte sani-
(SROS) - souhaiterait définir une carte par les professionnels de santé et dont L’ardente obligation de l’évaluation laquelle l’idée d’une carte sani- taire est bonne, comme est
sanitaire marocaine et introduire la no- auraient besoin une population. Ainsi, il taire est très bonne et mérite juste l’intention, mais j’invite le
tion d’optimisation de l’offre de soins. faudrait que le Ministère de la Santé ait Par ailleurs, le partenariat public pri- d’être applaudie et encoura- Ministère de la Santé à travail-
Elle va avoir un impact important sur la une idée précise et complète de l’épi- vé dont parle le projet de Loi est une gée. Il convient cependant de ler sur les outils, mécanismes
régulation de l’offre de soins et sur les démiologie des maladies existantes au bonne initiative mais, encore une fois, il se poser des questions sur la méthode besoins et la demande. Le Ministère de et stratégies de sa mise en œuvre opti-
médecins dès lors que tous les décrets Maroc, ce qui n’est pas le cas car les est important que les bonnes questions qui sera adoptée pour réaliser ce projet. la Santé maîtrise l’offre et dispose des male opérationnelle pour que soient
d’application seront adoptés et mis en données sanitaires n’intègrent absolu- soient posées. Ce partenariat concerne De même, il est tout aussi important de informations exactes sur les indicateurs atteints des objectifs fixés, réalistes et
œuvre sur le plan opérationnel. ment pas plusieurs secteurs importants particulièrement le «numerus clausus», se demander si le texte de Loi répondra de production hospitalière publique, réalisables. Les professionnels de santé
Conceptuellement, ce type de Loi est du système, à savoir : à savoir l’implantation de structures ou aux objectifs d’accessibilité et de ré- les infrastructures et équipements (ra- doivent également comprendre la por-
important dans toute politique de san- d’équipements selon des ratios régio- ponse aux besoins de santé de la popu- diographies, échographies, scanners, tée et les enjeux d’une telle Loi. Il leur
té car son objectif ultime est d’assurer • le secteur privé ; naux. Un numerus clausus n’a d’inté- lation. A mon sens, cet aspect est le plus IRM…) et les ressources humaines pro- faudra intégrer que le devoir de presta-
des prestations de santé préventives • le secteur sanitaire militaire ; rêt que lorsqu’un outil d’évaluation est préoccupant. Je n’ai pas la conviction fessionnelles de santé. On ne peut pla- tions de service public leur imposera de
et curatives à la population, qui en a • le secteur semi-public ; mis en place. Qui évalue aujourd’hui les que les médecins aient suffisamment nifier une offre de soins sans planifier le nouvelles considérations en termes de
grand besoin. Néanmoins, pour que ce • le secteur «informel». structures de soins en termes de qualité d’informations pour évaluer les enjeux et nombre et le profil de professionnels de choix d’exercice et d’installation géo-
projet puisse prendre tout son sens et de la prestation, de performance médi- pouvoir apporter leur contribution dans santé dont nous aurons besoin pour les graphique et, finalement, de décisions
avoir des implications opérationnelles Ainsi, baser une planification sanitaire cale et de sécurité des patients ? les nouvelles conditions du projet de Loi. 20 prochaines années. Cette adéqua- de carrière.

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Le Point

Au Canada, les années 1940 furent dé- En 20 ans, le pays a formé près de ment et le suivi des maladies, ainsi que
courageantes pour les omnipraticiens, 30 000 médecins de famille qui pro- l’éducation pour la santé. Il oriente éga-
Le médecin généraliste - alors considérés comme des médecins
n’ayant pas terminé leur formation, avec
posent des soins de proximité, des
programmes proactifs et des soins à
lement ses patients dans le dédale d’un
système de soins non «balisé», avec un
médecin de famille, acteur-clef une disparité flagrante de rémunération
entre eux et les spécialistes, que les pa-
domicile, à 11 200 000 habitants, à rai-
son d’un médecin de famille pour 500
secteur médico-social encore embryon-
naire, mais il les perd en général de vue,
du système de soins tients consultaient davantage car sup-
posés avoir une formation plus com-
personnes ! Elles ont accès à l’un des
meilleurs systèmes de santé au monde.
car retenus dans les «filets» de la méde-
cine spécialisée. Les autres missions
plète. La profession commença donc à qu’il devrait normalement remplir, à l’ins-
Dr. Rachid CHOUKRI être désertée. Aujourd’hui, la médecine Qu’en est- il au Maroc ? tar de ses collègues européens, anglo-
Président du Syndicat National de Médecine Générale de famille représente un modèle d’orga- saxons ou sud-américains, seraient :
Président de la Société Marocaine de Médecine Générale et de Famille nisation de santé communautaire : la Si la plupart des pays ont compris l’im-
médecine générale canadienne, prati- portance de cet acteur-clef du système • assurer la coordination des soins ;
quée essentiellement en groupe. C’est de soins qu’est le médecin généraliste- • veiller à l’application individualisée des
une discipline universitaire, enseignée médecin de famille et l’on repositionné protocoles et recommandations pour
par des médecins de famille, reconnue comme tel, ce n’est pas le cas de notre les soins prolongés ;
Médecin généraliste engagé, l’auteur défend depuis près de 30 ans la mé- comme spécialité à part entière par un pays, où l’exercice de la profession mé- • contribuer au suivi des maladies chro-
decine en général et la médecine générale libérale en particulier. Son par- gouvernement soucieux de soutenir
cette branche face à la désaffection des
dicale reste centré sur l’organe plutôt
que sur l’individu et où le rôle de ce mé-
niques avec les autres professionnels
liés à la prise en charge du patient ;
cours professionnel atypique lui a permis de pratiquer la médecine sous étudiants en médecine, et ceci grâce decin de première ligne n’est pas valori- • synthétiser les informations venues
à la Fédération des Omnipraticiens du sé, favorisant le recours à une médecine des différents professionnels de santé.
divers cieux : en hôpital en France, à Benslimane, aux Charbonnages du Québec, puissant syndicat gèrant éga- spécialisée, pas toujours indispensable
Maroc à Jerada, à Zaïo, et enfin à Rabat où il consacre depuis 1995, une lement la formation médicale continue et onéreuse ! Au Maroc, l’activité des Ces missions lui échappent totalement.
de ses membres. quelques 5 000 médecins généralistes Il serait donc temps pour les autorités
grande partie de son temps à l’associatif médical. Sa recherche du modèle libéraux, répartis de manière quasi-har- sanitaires, le public et les professionnels
dont pourrait s’inspirer le Maroc pour restructurer son paysage sanitaire, En Europe, le but premier du dévelop- monieuse sur tout le territoire national, de la santé eux-mêmes, de reconnaitre
pement de la médecine de famille après est méconnue, tant par les autorités de le rôle et l’effort de ce «fantassin» de la
l’a conduit aux Amériques, en Europe, puis en Algérie, Tunisie et Egypte. la crise de 1980, était économique. Il tutelle que par la patientèle, voire mé- médecine qu’est le médecin généra-
devint politique dans une Europe unie, sestimée, et leurs compétences sont liste, qui fournit des soins globaux, de

L
aspirant à unifier les systèmes de santé mal utilisées. proximité, tout en assurant permanence
es premiers médecins spé- rement envisager. Partout donc, sauf et la pratique de la médecine de famille Le Maroc n’a pas échappé aux grands et disponibilité (visites à domicile), en
cialistes du siècle dernier chez nous, l’explosion des coûts de la sur tout son territoire. changements mondiaux : vieillissement le repositionnant comme régulateur et
étaient tous des généra- santé et le développement d’une méde- Le Népal a été, dès 1982, le premier des populations, émergence de mala- ordonnateur à l’entrée d’un parcours de
listes qui, au cours de leur cine de pointe, perçue comme indiffé- état d’Asie Centrale à développer un dies nouvelles et résurgence de mala- soins coordonnés, seul garant de la via-
pratique, acquéraient une compétence rente aux véritables besoins des gens, programme universitaire de spécialité dies anciennes, comme la tuberculose bilité des Caisses d’assurance maladie
spécifique. vont vite imposer une réappréciation de en médecine générale, afin de proposer (36 000 nouveaux cas par an). Pour et partant d’un système de santé, véri-
Nous avons tous en mémoire la fa- la situation. Les pouvoirs publics des une médecine de proximité et de qualité y faire face et protéger la santé d’une table hôpital en vue éclatée, évoluant
meuse image du médecin des westerns pays industrialisés prirent, les premiers, aux habitants ruraux pauvres. population de plus en plus exigeante, «en roue libre» !
américains, qui connaissait les familles Personnage emblématique de conscience du rôle crucial du médecin En 1984, Cuba a réformé son système notre pays a plus que jamais besoin de Ce médecin de première ligne ne pourra
et se déplaçait à domicile en buggy. western, le médecin visite les fermes de premier niveau, capable à la fois de de santé spécialisé, hospitalo-centré, renforcer ses soins de santé de base. être performant si les patients ne dis-
satisfaire et de tempérer cette demande. vers des cabinets de médecine de fa- Pour ce faire, la réingénierie de notre posent pas d’un dossier médical per-
Après la seconde guerre mondiale, la produite que tardivement (années 1980) Ainsi, aux USA, une série d’événements mille appuyés par une polyclinique. système de santé, où l’anarchie règne, sonnel, véritable fil d’Ariane de l’histoire
médecine générale connut une véritable par rapport à l’Amérique du Nord et à sociaux ouvrira la voie à la vision d’une notamment via le renforcement et la de leur santé et sésame indispensable
traversée du désert avec la tendance l’Europe. Le médecin généraliste, qui médecine «holistique», globale, autant réorganisation de cette première ligne pour pénétrer dans le parcours de soins
à la spécialisation, favorisée par de régnait jusqu’alors sans partage sur médicale que psychologique et sociale : qu’est la médecine générale, ne consti- coordonné. Cet outil faciliterait grande-
nouvelles technologies médicales. On le paysage sanitaire national, a vu son la médecine familiale, qui deviendra une tue pas un luxe, mais un «must». ment la tâche aussi bien des prestataires
assista alors au développement d’une statut basculer brutalement, devenant spécialité à part entière. des soins que des Caisses d’assurance
médecine «restrictive» qui, si elle a favo- acteur purement «virtuel» du système Le vieillissement de la population et Parcours de soins coordonnés maladie, du CNOM et du Ministère de
risé des progrès scientifiques considé- de soins, dont personne ne semble l’accroissement des maladies dégéné- et dossier médical personnel tutelle. Il permettrait d’éviter les redon-
rables, eut aussi pour effet négatif une connaître ni la mission ni l’utilité. A ce ratives qui y sont liées, l’apparition de dances de traitements et examens, un
dissociation croissante entre la maladie jour, sa recherche d’identité continue... nouvelles pathologies et de nouveaux Le médecin généraliste libéral marocain meilleur contrôle de la dépense, un re-
et l’homme. Partout dans le monde, la véritable exercice existentiel ! traitements, ainsi que la sensibilité ac- n’assure qu’une partie des missions qui gard sur l’éthique et la déontologie et,
profession commença d’être désertée, crue de la population face à la santé, lui sont légalement dévolues. Il contri- enfin, de suivre l’évolution de l’épidé-
car considérée comme peu gratifiante. Partout les patients exigèrent des soins vont alors soutenir la demande d’omni- bue à l’offre de soins ambulatoires, en miologie nationale.
Le Maroc n’y a pas échappé, même médicaux personnalisés, à une échelle praticiens et de spécialistes en méde- assurant pour ses patients la préven- Mais le vrai bénéficiaire ce cette com-
si l’«éclosion» des spécialités ne s’est que peu de pays pouvaient financiè- cine familiale. tion, le dépistage, le diagnostic, le traite- binaison «Médecin de famille-Parcours

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Le Point

de Soins Coordonnés-Dossier Médical de groupe libéraux, dans divers milieux, Le médecin généraliste-médecin de
Standardisé», sera le patient, que cette notamment les petites villes, les Com- famille est essentiel à sa communauté
indispensable réingénierie de notre sys-
tème de santé doit à tout prix mettre au
munes rurales ou les régions éloignées.
L’hôpital devrait assurer le socle de la
pour les soins de santé personnalisés et
continus qu’il prodigue, mais aussi pour
L’industrie pharmaceutique
centre des préoccupations ! formation des futurs spécialistes en mé- son action en prévention des maladies
contribue au développement
socio-économique du pays
En France, aussitôt amorcé le «virage decine générale-médecine de famille. et en promotion de la santé. La relation
ambulatoire» (Loi du 13 août 2004) axé Cette spécialité n’est pas la somme de confiance avec ses patients est un
sur le libre choix d’un médecin traitant des spécialités que l’étudiant peut ren- atout précieux supplémentaire qui peut
et le «duo» médecin consultant-méde- contrer à l’hôpital, ni même la méde- impacter positivement leur comporte-
cin traitant (ou réfèrent), le déficit de la cine interne hospitalière, ni la médecine ment et celui de la communauté dans Ali SEDRATI
Caisse d’Assurance Maladie a chuté des urgences. Son originalité tient aux laquelle ils vivent, surtout face aux ma- Vice-Président de l’Association Marocaine de l’Industrie Pharmaceutique
de 11 à 3 milliards d’euros ; même le conditions pratiques de l’exercice libéral : ladies chroniques intimement liées aux
contrôle (arrêts de maladie), effectué au la médecine familiale est une spécialité mauvaises habitudes et à la nécessité
niveau des médecins de première ligne, avant tout clinique, basée sur l’observa- d’adoption d’une hygiène de vie saine.
s’en est trouvé nettement simplifié ! tion et l’expérience de terrain. Tous les
pays qui ont développé cette branche
La spécialité «médecine de la médecine l’ont fait initialement L’AMIP a désormais dépassé la trentaine… en âge comme en nombre de
générale-médecine de famille» avec l’aide de vieux médecins géné-
ralistes formateurs-maîtres de stages
Laboratoires produisant sur le sol du Royaume, en une quarantaine de
Une réflexion a été lancée depuis la et bien entendu les spécialistes et les sites industriels. Deux tiers des médicaments consommés au Maroc sont
création de la Société Marocaine de enseignants universitaires.
Médecine Générale et de Famille il y a C’est une formation pratique par com-
désormais produits sur le territoire national. Le secteur est dynamique,
un an, en collaboration avec l’OMS et pagnonnage. Il est donc essentiel de mais ne garantit pas encore l’accès au médicaments pour tous.
les services compétents (Ministère de l’organiser, dès le début des études, au-
la santé, Facultés de médecine), pour près de médecins généralistes-maîtres De là à se penser en Ecosystème…
créer la spécialité «médecine générale- de stage agréés. Pour offrir aux étu-

D
médecine de famille». Il s’agit de renfor- diants cette possibilité, le législateur de- En conclusion
cer les capacités des praticiens de pre- vra prévoir des textes d’encadrement. ès l’indépendance, l’enca- nationalement reconnues (certifié par Un demi-siècle de progrès cumulés
mière ligne et d’offrir ainsi une prise en L’interrelation des facteurs organiques drement de l’exercice de la l’OMS et la Direction Européenne de la
charge de proximité, holistique, tenant C’est le cas en France, qui vient d’avoir entre eux, leur intrication avec des fac- médecine et de la pharmacie Qualité du Médicament). Les acquis et atouts dont a bénéficié
compte de l’état socio-économique et son premier professeur en médecine teurs socio-économiques, culturels et dans notre pays a constitué Ceci me permet au nom de tous les ac- notre pays depuis ces 50 dernières an-
culturel ainsi que des spécificités et be- générale, alors que la Belgique en «pro- psychologiques, ne peuvent trouver de l’une des premières priorités pour nos teurs de la santé d’hier et d’aujourd’hui nées méritent d’être soulignés :
soins de chaque communauté. duit» 5 par an et les Pays-Bas plus de solutions rationnelles dans une méde- autorités. En effet, vu l’incidence capi- de rendre un grand hommage à tous
50 professeurs enseignants de méde- cine de plus en plus technique, ultra- tale de ces activités sur le bien-être de les intervenants publics ou privés qui y • un corps médical et paramédical dont
cine de famille par promotion ! spécialisée et toujours plus coûteuse. nos citoyens, une réglementation rigou- ont contribué avec la sollicitude perma- la compétence n’a rien à envier à celui
Mais la mise en place en France du di- Soigner mieux tout en dépensant mieux reuse et précise s’est avérée néces- nente de nos plus hautes instances. des pays les plus développés ;
plôme d’études spécialisées en méde- ne sera possible qu’au prix d’une réin- saire. C’est ainsi qu’a été promulgué • un secteur pharmaceutique qui, de-
cine générale en 2004 n’a pas eu que génierie du système de santé, couplée le Dahir Royal du 19 Février 1960 par puis la fabrication ou l’importation du
des retombées heureuses. Elle a créé à un changement profond des compor- lequel les droits, devoirs et responsabili- médicament, en passant par sa distri-
deux populations de médecins géné- tements. Des passerelles, dans le cadre tés des acteurs de la santé on été défi- bution en gros et jusqu’à sa délivrance
ralistes : les anciens et les jeunes bar- d’un partenariat win-win, devront être nis et délimités du mieux possible. par le pharmacien d’officine, fonctionne
Une relation de confiance entre dés de leurs diplômes de spécialiste en mises en place entre praticiens «de ville» D’autres réglementations des prix, de aujourd’hui aux normes internationales
le médecin traitant et son patient médecine générale, avec une disparité et hôpital, après mise à niveau de ce l’inspection et de l’enregistrement des les plus rigoureuses ;
des activités. Les autorités de tutelle dernier et régulation du secteur libéral. médicaments par le Ministère de la San- • l’acquisition d’une haute technologie
Plusieurs Facultés de Médecine étu- ont alors offert aux médecins généra- On pourra alors espérer la fin de l’actuel té ont été mises en place. par des cadres et employés marocains
dient la création prochaine de Dépar- listes, après plusieurs années d’activité, système de santé à deux vitesses. (plus de 95% du personnel travaillant
tements de Médecine Générale-Méde- les moyens d’une évolution de carrière, L’adoption d’un modèle de santé bio- Tout ceci faisait du Maroc, dès 1960, l’un dans ce domaine) ;
cine de Famille avec recours aux seuls avec reconnaissance officielle de leurs psycho-social axé sur une première ligne des rares - si ce n’est le premier - pays • la maîtrise nationale de l’approvision-
enseignants universitaires, spécialistes acquis professionnels. peu consommatrice de moyens, où les parmi ceux de l’Afrique et du monde nement en médicaments, atout capital
d’organes, pour former et encadrer : Cette migration des actuels acteurs des ressources humaines regarderont avec arabe, à assurer le meilleur niveau de du fait de l’importance stratégique de
grave erreur et perte de temps et de soins de santé de base de la Médecine bon sens et dans sa totalité le patient, protection à ses citoyens malades. ces produits, dont la disponibilité ne
moyens en perspective ! Générale vers la Médecine de Famille, aidera l’Etat à économiser ressources Un autre choix judicieux de notre ad- doit nullement souffrir des aléas que le
Le nouveau cursus a pour but principal est l’un des projets actuellement propo- financières et humaines. Elle l’aidera ministration a été de mettre en place, monde vit et peut être amené à vivre à
de former des médecins de première sés par la Société Marocaine de Méde- également beaucoup à régler la série dès 1969, un Laboratoire National de tout moment (conflits, guerres, épidé-
ligne polyvalents, aptes à pratiquer au cine Générale et de Famille aux déci- de problèmes sociaux que connaissent Contrôle des Médicaments, dont la mies, catastrophes de toutes natures,
sein de dispensaires publics ou cabinets deurs, avec l’appui de l’OMS. malheureusement certaines Régions. compétence et la rigueur sont inter- etc.) ;

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Le Point

• un rôle important dans le développe- • parti de 8 sites de production en Un accès insuffisant aux médicaments
ment du pays par la mise à disposition 1965, le Maroc dispose aujourd’hui
des investisseurs internationaux et na- d’une quarantaine d’usines, propriétés Cependant, l’accès aux soins de nos
tionaux d’une plateforme technologique de groupes internationaux, ou bien de citoyens reste loin de l’idéal auquel nous
de qualité, que ce soit par l’élargisse- sociétés mixtes avec des partenaires aspirons tous pour le pays, en raison de
ment de l’accès aux soins ou par le marocains, ou encore d’opérateurs pu- handicaps majeurs dont les principaux
développement à l’export ; rement nationaux ; sont :
• une contribution du secteur au déve- • cette industrie assure aujourd’hui près
loppement de la recherche dans notre de 40 000 emplois directs et indirects ; • un faible budget pour le Ministère de
pays, maillon complémentaire et indis- • initialement à hauteur de 15% de nos la Santé autour de 6% du PIB (alors que
pensable de la chaîne de la recherche, besoins nationaux fabriqués locale- l’OMS recommande au moins 10%) ;
impliquant différents acteurs du monde ment, l’industrie marocaine en produit • une faible couverture sociale, en cours
universitaire, médical et scientifique ; aujourd’hui près de 65%, pour un chiffre de généralisation mais qui laisse encore
• une contribution majeure à la forma- d’affaire annuel de près de 14 milliards aujourd’hui plus de 60% des dépenses
tion, la spécialisation et à l’emploi pour de Dirhams ; à la charge des ménages.
nos nombreux diplômés des Universités • le nombre des grossistes répartiteurs
internationales et nationales ; est passé de 4 en 1979 à plus de 50 de Malheureusement, la situation de notre
• la mise à disposition du citoyen ma- nos jours, qui assurent efficacement la pays est similaire à celle des 2/3 de la
rocain des médicaments, qu’ils soient distribution quotidienne à travers tout le population mondiale. Sur une consom-
fruits de l’innovation ou bien génériques. Royaume. mation annuelle mondiale de médica-
ments de 1 000 milliards de Dollars US :
Le secteur économique Le nombre des pharmaciens d’officine
est passé de 500 en 1976 à 12 000 • près de 47% sont consommés en
Les données qui caractérisent le sec- aujourd’hui. Amérique du Nord ;
teur économique du médicament, en Les grossistes répartiteurs et les phar- • environ 24% en Asie ;
matière de production comme de distri- maciens d’officine assurent désormais • près de 22% en Europe ;
bution, se résument ainsi : près de 40 000 emplois. • seulement 1,3% par toute l’Afrique.

Chaîne de remplissage de bouteilles de sirop installée au Maroc

22 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 23


Le Point Repères

Une opportunité historique


pour transformer le système
de santé au Maroc
Hicham BELKASSEM TEMSAMANI
Fondateur & dirigeant de HBT Groupe Africa
Consultant Télémédecine & e-Santé / Expert habilité près la BERD

L’auteur et un expert marocain reconnu. Les nouvelles technologies offrent


l’opportunité d’un basculement direct dans la médecine de demain :
un saut d’étape semblable à celui du téléphone où le Royaume fit en
quelque sorte l’économie du fixe. L’enjeu : devenir un «pays-référence»
sur le continent et au delà… ni plus, ni moins.

L
Distribution des médicaments au Maroc : 12 000 pharmacies d’officine et 40 000 emplois

Il est un fait que le prix du médica- nistration et la création d’un Ecosys- • l’augmentation du chiffre d’affaires ac- e Royaume chérifien ren- plus de 75 ans en moyenne aujourd’hui. Déséquilibre demande / soins accru
ment en général - celui de l’innovation tème du Médicament : tuel de près de 11 milliards de Dirhams contre sensiblement les Le Royaume doit relever le double défi
en particulier - reste aussi un handicap • la création de 5 000 emplois directs et supplémentaires ; mêmes défis que ceux que des soins [avec une population jeune] Parmi les causes de ce déséquilibre :
majeur pour l’accessibilité de la majorité 8 300 emplois indirects ; • l’amélioration de la balance commer- doivent relever les systèmes et de la santé [avec une population
de nos citoyens. Non seulement ciale de près de 8 milliards de de santé des pays développés, confron- âgée], en renforçant notamment la pré- • la persistance de maladies infec-
ce prix doit être régulé du mieux Dirhams ; tés aux transitions démographique et vention et la lutte contre les maladies tieuses, comme la tuberculose (30 000
possible, mais en plus, il doit • une valeur ajoutée additionnelle épidémiologique. Paradoxalement, le transmissibles, le tout en faisant face à nouveaux cas par an) ;
être adapté aux capacités éco- de 4 milliards de Dirhams. retard pris dans l’adoption des techno- l’émergence de nouvelles pathologies • le vieillissement de la population (en
nomiques des populations des logies de l’information et de la commu- lourdes (comme le cancer) ou chro- 2020, plus de 11% de la population
pays en voie de développement Il ne faut pas oublier cependant nication appliquées à la santé au Maroc niques (comme le diabète) sans oublier sera âgée de plus de 60 ans) ;
ou moins avancés, et ce dans un que la santé de nos citoyens ne constitue un atout formidable. En effet, une véritable «épidémie» de maladies • le développement de pathologies
contexte international de concer- dépend pas que de l’accès aux le déploiement digital est un saut quan- cardiovasculaires et d’accidents vascu- lourdes ou chroniques :
tation et compréhension avec les soins et aux médicaments. Il est tique qui permet de rattraper un retard laires cérébraux [AVC]. - cancers (plus de 50 000 cas par an) ;
pays nantis. certain que l’amélioration des structurel tout en faisant l’économie des - AVC (plus de 100 000 cas par an) ;
Conscient de la nécessité autres conditions de vie aura lourds investissements d’innovation et L’accès aux soins reste difficile dans - Diabète, HTA… ;
d’améliorer l’accès aux médica- aussi un rôle important pour leur d’expérimentation dépensés par les un cadre économique contraignant - cardiopathies, épilepsies… ;
ments aux citoyens marocains bien-être (conditions d’hygiène, pays précurseurs. • de nouvelles menaces sanitaires ou
et soucieux de la faire participer éducation, infrastructures sani- La crise économique mondiale crée climatiques dans un monde globalisé :
au développement socio-écono- taires et autres, etc.). Une mutation et des perspectives de nouvelles formes de dépendance, - pandémies (H1N1, Ebola, MERS Co-
mique, l’administration a intégré d’isolement et de difficultés d’accès aux ronavirus, Zika1…) ;
l’Industrie Pharmaceutique Ma- Mais, notre propos revient tout Comme la plupart des pays d’Afrique, soins. Celles-ci exacerbent les manques - canicules, inondations.
rocaine dans le Plan d’Accéléra- de même à soutenir que seule la le Maroc achève sa mutation démogra- structurels du système de santé maro-
tion Industrielle par la signature collaboration de l’ensemble des phique et il doit faire face dans le même cain que sont : Transformation du système de santé
d’un contrat de performance acteurs concernés, publics et temps à une transition épidémiologique.
2016-2020 avec les Ministères privés, peut apporter la synergie Depuis la fin des années 1980, un grand • la pénurie de ressources humaines ; Elle est aussi nécessaire qu’inéluctable.
de l’Economie et des Finances, nécessaire à relever le défi d’un nombre d’indicateurs établissent claire- • le manque d’équipements ; Face au vieillissement et au dévelop-
de la Santé, et de l’Industrie, du très large accès aux médica- ment ces deux mutations. Les mortali- • les problèmes d’accessibilité géogra- pement des maladies chroniques, les
Commerce, de l’Investissement ments, composante essentielle tés juvéniles et maternelles ont signifi- phique ; modes d’accompagnement et de prise
et de l’Economie Numérique. d’un bien-être pour le maximum cativement chuté tout comme les taux • la faible capacité financière de la majo- en charge des patients vont se transfor-
Ce contrat a pour objectifs d’ici Chaînes de fabrication d’en collire (haut) de nos citoyens dans les meil- de mortalité et de natalité. L’espérance rité des patients ; mer pour permettre un meilleur service
2020, avec le support de l’admi- et d’ampoules d’insuline (bas) au Maroc leurs délais. de vie est passée de 47 ans en 1962 à • la qualité des services. médical rendu dans un souci constant

24 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 25


Repères Interview

d’éthique, de sécurité et de réalisme comment ces procédures médicales @-santé : les start-up attaquent
économique. Ceci n’est possible que peuvent être améliorées par l’usage des
par l’adoption éclairée et raisonnée des
technologies de l’information et de la
TIC. La solution de télémédecine issue
de ce travail collégial sera toujours ba-
«Mes docteurs», «Doctolib», «Mon- SYSTÈMES EXPERTS
L’économie réelle
docteur»… ces trois start-up sont au-
communication, qui doivent permettre sée sur les fondamentaux suivants : jourd’hui les plus actives sur le «mar-

de la médecine virtuelle
de nouveaux usages adaptés, tant ché» des services de la e-santé en
pour la population et les patients, que • solutions d’interopérabilité avec les France.
pour les professionnels de santé et les Systèmes d’Information Médicale ; Les deux dernières proposent surtout
acteurs industriels. Ces nouvelles tech- • solutions d’interfaçage avec les appa- la prise de rendez-vous en ligne chez
nologies appliquées à la santé modifient reils biomédicaux ; un médecin, chose devenue parfois Docteur Loïc ETIENNE
la pratique médicale et médico-sociale, • services d’identité et d’authentification ; difficile dans l’hexagone où la déser- Président Directeur Général
permettant ainsi l’accès à l’information • outils collaboratifs légers ; tification médicale gagne en touchant Medical Intelligence Service
et à la prévention des populations, à la • workflow ou process de télémédecine, des zones de plus en plus vastes et
consultation et au suivi à distance des où prendre un rendez-vous auprès de
patients, à la formation et à l’échange Une trajectoire nationale à construire certains spécialistes peut renvoyer la
d’expertise à distance pour les profes- consultation à plusieurs mois.
sionnels [e-Santé & Télémédecine]. Pour parvenir à l’avènement d’un nou- Le patient lui n’est pas virtuel. Le médecin, dans un premier temps
veau système de santé au Maroc, il ap-
Télémédecine : c’est de la médecine ! partient aujourd’hui aux autorités de tu-
du moins - celui du diagnostic initial et de l’orientation du malade -
telle et aux acteurs de la santé d’évaluer semble pouvoir l’être. Quand les professionnels de santé sont rares,
Des prérequis humains & techniques les réalisations effectuées par les pays
sont toutefois indispensables. précurseurs, de les mettre en perspec- ou éloignés, certaines solutions de haute technologie pourraient optimiser
L’e-Santé regroupe l’ensemble des acti- tive par rapport aux stratégies et ré- leurs interventions. Optimisée aussi la dépense du patient consécutive
vités liées à la Santé et faisant appel aux centes réformes de santé du Royaume
Nouvelles Technologies de l’Information destinées à mener à bien la transforma- à un éventuel déplacement et une consultation. Une piste à suivre.
et de la communication [TIC Santé], que tion de son système de santé.
ce soit in situ ou à distance. Le Maroc a aujourd’hui une opportunité
La télémédecine est le mode d’exercice historique de bâtir un plan de e-Santé «Mes docteurs» déclare pouvoir mobi- Que peuvent attendre les pays sont du moins déjà à 87%. Même si comme le montrent les chiffres publiés
de la médecine qui utilise la transmis- contribuant à l’amélioration de l’offre de liser plus de 270 médecins pour une du continent des systèmes experts ? elles ne conduisent pas forcément au par l’OMS qui utilisent parfois des don-
sion d’informations médicales [images, soins pour l’ensemble de la population, réponse écrite ou un entretien en visio- diagnostic que donnerait un médecin, nées de 15 ans d’âge. Si nos systèmes
compte-rendus, enregistrements…] afin ouvrant de véritables opportunités éco- conférence, avec la possibilité d’en- Un système expert ne remplace pas le il est certain que toute la symptomato- recueillent des données auprès des dis-
d’établir un diagnostic à distance. nomiques et industrielles, positionnant voyer des photos. Ici, on vend de la médecin ; il réfléchit comme le ferait un logie sera juste et que l’on pourra, en pensaires dans les zones où des gens
C’est aussi le moyen d’étendre la cou- le Royaume comme un partenaire pri- compétence et le temps est l’unité de médecin. En situation de désert médical relisant ces symptômes, parvenir éven- ne sont jamais vus par des médecins,
verture territoriale des structures sani- vilégié pour l’Europe et constituant un compte : - c’est-à-dire en manque de médecins tuellement à d’autres diagnostics. ils vont pouvoir apporter aux gouver-
taires, du Centre de santé au Centre leadership dans le domaine de la santé • 1,90 euro la minute pour échanger - et sans pouvoir déléguer l’interroga- Le système recueille des données mais nements qui s’en seront dotés des in-
Hospitalier Universitaire, en passant par sur tout le continent africain. en direct avec le médecin ; toire du patient à un non-médecin (in- aussi les structure. Les pays africains formations considérables sur l’état de
le cabinet médical en ville ou encore les • 5,90 euros pour une réponse à une firmière kinésithérapeute, pharmacien, manquent d’informations actualisées, santé de leur population.
cliniques privées. Développer la pra- question en moins de 15 minutes ; professionnel de santé, ou quelqu’un
tique de la télémédecine c’est offrir une • 3,90 euros pour une réponse en qui a été délégué ou formé pour faire un
plus grande accessibilité aux services moins de 48 heures. interrogatoire médical), on va utiliser ce
de Santé pour la population, tout en Vu les difficultés d’accès aux spécia- système pour recueillir de l’information.
optimisant le nombre d’établissements. listes, 90% des questions effective- Le système, grâce à cet interrogatoire,
ment posées s’adressent à eux. Un va fonctionner comme le cerveau d’un
La mise en œuvre de projets de télémé- premier avantage est sans doute un médecin, mais également collecter des
decine nécessite d’avoir des personnels accès facile, assez immédiat et peu données et dégager des hypothèses de
de santé formés à cette pratique et à coûteux à la santé, avec la possibilité diagnostics.
la gestion de projets pouvant ainsi col- de mettre le patient très vite (donc très Aujourd’hui, les diagnostics s’appuient
laborer avec les services informatiques, tôt) dans le parcours de santé. sur des machines ou des scanners, mais
biomédicaux et techniques concernés. A partir de cette première activité de on ne dispose pas de scanners ou des
Les différentes expérimentations à tra- télé-conseil médical, la télé-consulta- moyens de la biologie médicale partout.
vers le monde ont démontré que les tion permet depuis peu de délivrer des Par contre, on peut toujours interroger
projets de télémédecine réussis sont ordonnances, suite à un partenariat les gens - c’est même assez facile - et,
ceux qui privilégient une approche-mé- conclu avec 15 assureurs et mutuelles comme le système est pertinent dans
tier consistant à objectiver le besoin pour la prise en charge financière. 87% des cas, on peut considérer que
clinique ciblé, analyser les procédures les informations que nous avons, même
Article de la rédaction
correspondantes, et déterminer ensuite si elles ne sont pas fiables à 100%, le

26 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 27


Interview Société civile

En fait, si le virtuel est en «front Qui finance ces systèmes-experts cœur lent, avec des sueurs froides, une
office», quelles contraintes doit et leur fonctionnement ? grande fatigue, avec 12 de tension et 52
satisfaire le «back office» ?
Tout le développement du système a
de pouls, il faut tout de suite qu’elle soit
vue par un centre de cardiologie : c’est
ASSOCIATIONS ET DÉVELOPPEMENT
Le «front office», ce sont des questions
posées, exactement comme le ferait un
été mené à bien : que ce soit la mallette
de télémédecine, le système expert,
bien le contexte d’une donnée qui lui
donne sa valeur et c’est sans doute ce
Le Réseau des Compétences
médecin réel. Quand vous consultez
un médecin en direct, il vous demande
etc. Tout cela n’a plus besoin de finan-
cement : cela marche. Il est évident qu’il
que les systèmes experts ne vont ces-
ser d’améliorer.
Médicales des MRE
par exemple si vous avez mal à la tête, y a un coût. Nous disons que le prix
si vous avez vomi, si vous avez de la d’une mallette est le coût de l’aller-re- Quels développements sont en cours ?
Pr. Abderrahman MACHRAOUI
fièvre, etc. Ce sont des questions que tour d’une ambulance. On peut donc en Cardiologue, Professeur à la Faculté de Médecine de Kiel / Allemagne
vous vous re-posez en tant que patient attendre des économies gigantesques. Nous avons déjà réalisé le système de
et vous êtes capable de répondre en Il y a donc le coût d’achat de la mallette gestion des urgences, celui pour la mé-
disant «non je n’ai pas de fièvre», «j’ai par les dispensaires ou les hôpitaux, ou decine générale, capable de 700 dia-
mal ici, ou là», etc. Toutes les questions encore par des personnels de santé, et gnostics, et celui pour la prévention, qui
posées en «front office» sont les mêmes pour cela il faut l’aide d’un gouverne- gère 60 maladies potentielles pour les-
que poserait un médecin - exactement ment puisqu’il s’agit de santé publique. quelles une personne peut présenter un Pour le natif de Figuig, également connu comme animateur d’un réseau
les mêmes - et le rôle du «back office»
est donc d’avoir prévu par avance tous
Par exemple, pour les 20 mallettes
qu’il est envisagé de mettre en place
risque. Nous travaillons maintenant sur
16 zones de bien-être : forme physique,
de compétences germano-marocaines (DMK), la société civile, notamment
les diagnostics, tous les symptômes, au Sénégal et au Maroc, il est évident forme psychique, sensation, beauté, exprimée par sa représentation associative, prend toute sa place dans la
et toutes les questions possibles qui qu’il faut la participation d’une instance intelligence, mémoire, stress… tout ce
peuvent être utiles à l’établissement du financière, que ce soit un gouverne- qu’on appelle le bien-être.
résolution des grands problèmes de l’humanité. En matière de santé aussi.
diagnostic. ment ou une banque avec la caution Notre prochain projet portera sur le suivi Là où le dispositif de santé publique atteint ses limites, les structures
Le «back office» est au service du «front d’un gouvernement. Ensuite, il faut un thérapeutique d’une personne ayant
office» d’une manière qui est en perpé- budget de fonctionnement parce que une maladie chronique ou bien qui institutionnelles et le monde associatif doivent articuler leurs actions.
tuelle amélioration et en accroissement le système doit être mis à jour : il faut sort de l’hôpital après une intervention.

D
permanent. Le système est actuelle- l’améliorer, l’enrichir, donc il y a forcé- Elle aura un logiciel de suivi dans une
ment capable de faire 700 diagnostics ment de petits coûts de mise à jour, qui mallette, ou sur internet, pour qu’elle ans le cadre de la mobi- Les médecins soutiennent le développement régional ; au travail aussi !
et nous savons que, si nous allons dans sont ridicules puisque tout est mutua- puisse rentrer plus vite chez elle mais, lisation des Marocains
d’autres pays, il va falloir prendre en lisé. Cela ne coûte vraiment pas cher. à la moindre alerte, elle sera incitée à Résidant à l’Étranger Association des médecins du
compte des pathologies spécifiques à retourner à l’hôpital. Nous proposons pour la promotion du travail de la Région de l’Oriental :
ces pays, que nous n’avions pas obli- Y a-t-il des dispositifs déjà installés ? aussi une chose essentielle : l’évalua- développement au Maroc, les réseaux tel est l’intitulé de la nouvelle entité
gatoirement envisagées dans d’autres. Quelles sont les difficultés ? tion de l’observance, c’est-à-dire le suivi des Compétences Germano-Marocain récemment constituée.
Nous sommes donc sans cesse obligés du patient pour savoir s’il observe bien (DMK e.V.) et des Compétences Médi- Au dernier pointage, ces profession-
d’installer de nouveaux diagnostics dans Nous finalisons l’expérimentation dans le traitement donné par son médecin, cales des Marocains du Monde (C3M) nels seraient au nombre de 27 : un
le système et d’y ajouter de nouvelles 5 dispensaires. Nous sommes déjà sans quoi sa guérison est aléatoire. organisent depuis 2010 des actions effectif de fait assez réduit pour une
langues d’utilisation. Actuellement, le convenus des régions et les profession- Enfin, dans beaucoup de pays, le médicales dans la Région de l’Oriental, Région de près de 2,4 millions d’ha-
système existe en 4 langues mais il en nels de santé qui vont pouvoir utiliser ce handicap et la dépendance prennent en particulier dans la Province de Figuig, bitants où de nouvelles entreprises
faudra beaucoup plus. Le «back office» système dans des zones très reculées beaucoup d’importance avec le vieillis- mais aussi dans les Régions du Gharb s’implantent, accroissant d’autant
est bien au service du «front office». du Maroc et du Sénégal sont identifiés. sement de la population. C’est pour le (Kénitra) et du Tansift-El Haouz (Mar- l’effectif des salariés.
Il n’y a pas de difficultés particulières moment moins prégnant au Maroc car rakech). Ces actions s’inscrivent dans le L’exposé des motifs est à la fois clas-
Ces solutions sont-elles adaptées mais des précautions à prendre dans la population est jeune et la cellule fami- cadre des conventions de coopération sique et novateur :
aux personnes analphabètes ? l’interprétation, donc l’utilisation. Par liale encore assez présente, mais la ten- entre le réseau DMK et la Municipalité • les médecins soulignent la problématique de la santé au travail, rappellent leurs
exemple : vous avez 25 ans, 12 de ten- dance est la même et s’accentue avec de Figuig de 2009 et des conventions missions auprès des salariés, des entrepreneurs, des comités d’entreprise, des
Absolument oui ! Car si c’est une infir- sion et 50 de pulsation cardiaque. C’est l’allongement de l’espérance de vie et du réseau C3M avec le Ministère de délégués du personnel et des pouvoirs publics, qui sont les fondamentaux de
mière qui pose la question, pas besoin bien, on vous dit bravo car vous êtes d’autres évolutions sociétales. Face à Santé, le Ministère chargé des Maro- leur profession ;
de savoir lire ni même écrire. L’infirmière sportive. Cependant, si vous avez 87 cela, nous proposons un dossier médi- cains Résidant à l’Étranger et le Minis- • plus innovant et franchement en prise directe avec la réalité régionale, ils posi-
va poser les questions et le patient com- ans, que vous portez un pacemaker ré- cal intelligent : toutes ces données col- tère de l’Enseignement Supérieur, si- tionnent leurs objectifs (santé au travail, sécurité et coût de l’insécurité, préven-
prendra et répondra, avec ses mots à glé à 60, et 12 de tension, alors vos 50 lectées par les différents questionnaires gnées en 2013. tion) comme des intrants importants de l’attractivité territoriale et valorisent leur
lui, en disant oui ou non, c’est vrai ou pulsations disent que votre tension est au fil de la vie seront stockées dans un magistère comme une composante-clé de la promotion territoriale.
ce n’est pas vrai, etc. Tout est simple en panne et que votre vie est en dan- dossier et nous serons capables de Le Réseau DMK Le marketing territorial régional s’est encore peu emparé de cette dimension
puisque ce sont toujours des cases à ger. On voit donc qu’une donnée n’a réfléchir sur ces éléments pour évaluer moderne de l’économie réelle pour laquelle la Région de l’Oriental n’est pas en
cocher, donc le patient peut répondre de valeur que si elle est contextualisée, l’état de la santé globale de la personne, Le Réseau des Compétences Germa- reste. Dont acte. Les médecins du travail revendiquent ainsi leur part dans le pro-
par oui ou par non finalement. Donc, le que si l’on comprend quelle symptoma- dans la continuité, depuis sa naissance. no-Marocain est une structure multi- cessus de développement à l’œuvre dans la Région. On ne peut que s’en réjouir.
système est accessible à 100% de la tologie est autour. Si cette personne de Propos recueillis par disciplinaire des Marocains résidant en Article de la rédaction
population. 87 ans a des malaises, sent qu’elle a le Armande Marie Ayite pour TOPIC Allemagne créée en 2009 d’après la

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Société civile

L’Association Handisport et Développement promeut l’intégration des personnes handicapées par le sport Fédération des Associations des insuffisants rénaux de l’Oriental : une dynamique au profit des patients

un stage de plongée pour personnes ration Royale Marocaine de plongée et Le rôle des Associations en matière de épidémiologique et démographique, grand public, des médecins généra-
en situation de handicap ; ce fut une d’activités sub-aquatiques, et l’Acadé- santé grandit sans cesse : contribution l’allongement de l’espérance de vie et listes et des médecins néphrologues ;
première. Les deuxièmes journées mie africaine de sauvetage sportif, ins- aux soins curatifs et préventifs, pro- l’émergence des maladies dégénéra- elle organise des sessions de formation
porteront sur le thème «Sauvetage et tances auxquelles elle est affiliée. motion de la santé et recherche médi- tives, comme le diabète et l’hyperten- continue pour le personnel paramédi-
secourisme sportif». L’Association vise Nous pronons l’ouverture des struc- cale. La «maladie rénale chronique» sion artérielle. L’IRCT est associée à cal, axées sur l’hygiène, la sécurité et la
ici à former plus de 500 personnes tures sportives (piscines, salles, ter- (MRC), par sa fréquence, sa gravité et une mortalité cardiovasculaire élevée, à qualité des soins en hémodialyse.
au sauvetage, pour tenter de réduire rains…) aux personnes en situation son coût, en offre un modèle concret. une altération de la qualité de vie et à
le nombre de décès liés à la pratique de handicap afin de leur assurer une L’Oriental s’est inscrite dans cette un coût de soin élevé : un véritable pro- Le quatrième axe d’intervention vise à
sportive ou à la noyade. Cet évènement pratique sportive régulière, sous cou- dynamique, bien engagée par la pre- blème de santé publique. Pour y faire prévenir la MRC et sensibiliser la popu-
L’Association Handisport et Dévelop- sera organisé sous l’égide de l’Acadé- verture spécialisée, avec une prise en mière Association de soutien aux insuf- face, le Ministère de la Santé a : lation sur la santé rénale. La Fédération
pement a vu le jour en décembre 2015, mie africaine de sauvetage et accueil- charge médico-sportive adéquate, par fisants rénaux créée à Oujda en 1998. • multiplié les Centres d’hémodialyse ; organise régulièrement des journées de
à Oujda, afin de promouvoir l’accès aux lera plus de 20 pays du continent. L’As- l’intégration de cette vision dans tout D’autres Associations sont nées depuis • augmenté le nombre des médecins dépistage de la MRC, qui ciblent sur-
activités sportives pour toute personne sociation a aussi, entre autres actions, projet à vocation sportive ou médicale dans différentes villes de la Région (Na- néphrologues ; tout les personnes à haut risque rénal,
en situation de handicap. L’objectif : organisé des Caravanes Médicales au dans la Région. dor, Driouch, Berkane, Guercif, Taourirt, • créé un partenariat public et privé. comme les diabétiques et les hyper-
l’intégration sociale des personnes en profit des personnes en situation de Jerada et Figuig). Pour renforcer leurs Néanmoins, le coût très élevé du traite- tendus. Elle œuvre également dans
situation de handicap par l’activité phy- handicap, avec plus de 1 000 bénéfi- A long terme, l’idéal est de doter actions, elles se sont unies en 2007 ment et celui de l’entretien des équipe- d’autres domaines de la néphrologie,
sique et sportive. Plus de 1 200 per- ciaires dans l’Oriental. l’Oriental d’un centre médico-sportif dans la «Fédération des Associations ments des Centres d’hémodialyse ont comme la transplantation rénale et la
sonnes ont déjà bénéficié des services handisport pouvant accueillir des spor- des insuffisants rénaux de l’Oriental». rendu inévitable et précieuse l’implica- dialyse péritonéale. Elle promeut le
de l’Association, dont des athlètes qui tifs avec différents types de handicaps, La MRC est une pathologie fréquente, tion des Associations. Depuis sa créa- don de rein, vient en aide aux patients
ont brillé au Championnat du monde pratiquant différentes activités spor- qui touche environ 10% de la popu- tion, la Fédération œuvre dans tous les transplantés de la Région par l’achat
de plongée sportive en octobre 2016 à tives sous une surveillance médicale et lation mondiale. Les premières de médicaments immunosup-
Marrakech, obtenant 4 médailles : une technique appropriée. données épidémiologiques sont presseurs antirejet et collabore
en or, deux d’argent et une de bronze. Le handisport ne doit pas être consi- issues de l’enquête MAREMAR avec le service de néphrologie
déré comme facultatif ou comme un (Maladies Rénales au Maroc) réa- du CHU Mohammed VI d’Oujda.
luxe chez les personnes en situation de lisée en 2010 à grande échelle au Ces actions requièrent des
handicap ; il s’inscrit dans les mesures Maroc, qui a révélé : moyens financiers importants.
et les droits prônés pour intégrer les • une prévalence de la MRC esti- Les principales ressources finan-
La formation est notre priorité : pour personnes handicapées dans la société mée à 5,1% dans la population cières de la Fédération sont les
promouvoir le handisport dans l’Orien- et vise à leur permettre une vie normale adulte âgée de 26 à 70 ans (elle dons, précieux mais irréguliers.
tal, il faut d’abord former les enca- avec un véritable épanouissement. atteint 12% dans la tranche d’âge La Fédération a donc développé
drants, moniteurs, administrateurs de 56 à 70 ans) ; un partenariat fructueux avec le
sportifs, juges et le staff médical, pour Pr Ahmed Amine El OUMRI : Président de • une prévalence de l’insuffisance Conseil Régional de l’Oriental et
garantir une activité adaptée et sécu- l’Association / Professeur de Médecine du Sport rénale chronique (IRC) à 1,6%, elle cherche d’autres partenaires
Les premières journées Handisport de risée. L’Association opte pour un sys- au CHU Mohammed VI d’Oujda avec la même tendance à la hausse secteurs de prise en charge de l’IRCT pour une meilleure prise en charge des
la Région de l’Oriental ont été organi- tème de formation sur le moyen et le Association Handisport et Développement pour les tranches d’âge plus élevé. et selon plusieurs axes. Le premier vise patients insuffisants rénaux.
sées les 2 et 3 septembre 2016. Au long termes, en partenariat avec la Tél : +212 662 162 233 Le diabète, l’hypertension artérielle et les Centres d’hémodialyse : la Fédéra- Les Associations sont devenues incon-
programme figuraient notamment une Fédération Royale Marocaine de sport Mail : hsd.morocco@gmail.com la lithiase urinaire étaient les principales tion participe, autant que de besoin, à tournables dans la prise en charge de
conférence dédiée au grand public et pour personnes handicapées, la Fédé- Site : www.hsd.co.ma étiologies de la MRC dans cette en- les aménager aux normes nationales l’insuffisance rénale chronique, surtout
quête, avec des pourcentages respec- de sécurité et d’hygiène. Pour leur bon au stade terminal dialysé. Leur apport
tifs de 32,7%, 28,2% et 9,1% des cas. fonctionnement, elle recrute des aides- en matière de prévention est primor-
phase «géographique» d’une stratégie Tableau 1. Groupes de Travail : Les objectifs de DMK La complication la plus redoutable de soignants, des techniciens d’hémodia- dial. Leur action est un complément
de regroupement du Ministère chargé la MRC est sa progression vers le stade lyse et des agents de nettoyage. indispensable au travail des profes-
des Marocains Résidant à l’Étranger et 1. Automobile et aéronautique L’objectif principal de DMK est de pro- de l’IRC terminale (IRCT), nécessitant Le deuxième axe a pour objectif d’éle- sionnels de santé. Au-delà du sou-
des Affaires de la Migration. Le premier 2. Communication et services publics mouvoir la coopération maroco-al- l’épuration extra-rénale (hémodialyse et ver la qualité des soins. La Fédération tien, les Associations agissent comme
congrès - l’Université d’Automne - a eu 3. Énergie renouvelable/environnement lemande par la réalisation de projets dialyse péritonéale) ou la transplanta- déploie tous les moyens indispensables un trait d’union renforçant le lien entre
lieu en novembre 2009 à Fès. 4. Enseignement/recherche scientifique multidisciplinaires, aussi bien au Maroc tion rénale. L’incidence de l’IRCT selon pour une dialyse de qualité, notamment soignants et soignés ; la Région de
La structure de ce réseau est composée 5. Finances et économie qu’en Allemagne pour viser : le registre MAGREDIAL (Maroc Greffe par l’achat de médicaments onéreux, l’Oriental en témoigne pleinement.
d’un Conseil, d’un Conseil Elargi avec 6. Jeunesse/éducation/services sociaux Dialyse) était de 42.3 pour 1 000 habi- de cathéters veineux centraux et du
12 Chefs de Groupe de travail (Tableau 7. Médecine et santé • la formation des compétences maro- tants (pmh) dans la Région de l’Orien- matériel biocompatible. Pr Yassamine BENTATA
1) et d’un Conseil Associé. Son bureau 8. Migration et intégration caines ; tal en 2009 et sa prévalence de 162 Le troisième axe concerne la forma- Professeur de la Faculté de Médecine d’Oujda
se trouve à Munich. Il compte environ 9. Musique et culture • les échanges scientifiques et inter- pmh en 2005 vs 335 pmh en 2010 ; tion continue. La Fédération célèbre Chef du Service de Néphrologie, CHU d’Oujda
800 membres sur le réseau et 150 ad- 10. Service des adhérents culturels ; elle devrait atteindre 500 pmh en 2030. annuellement la journée mondiale des Membre de l’Association de soutien
hérents. Les Newsletters sont publiées 11. Service des évènements • le monitoring des étudiants marocains Cette explosion résulte de la transition reins avec des conférences au profit du des insuffisants rénaux d’Oujda
sur le site www.dmk-online.org. 12. Technologie de l‘information. en Allemagne ;

30 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 31


Société civile

Le don de sang dans la Région de l’Oriental Maroc. Le Tableau cite quelques acti-
vités menées au Maroc et/ou avec les
• créer d’autres Associations pour cou- 2017 : Publication du Guide national du partenaires marocains résidant au Ma-
vrir toute la Région de l’Oriental ; don de sang au Maroc roc, surtout dans la Région de l’Oriental.
• constituer une base de données Actions diverses et projets coopératifs
des donneurs réguliers en vue de les Dans la Région de l’Oriental en cours avec DMK et C3M :
convier et éviter ainsi le transport du • 134 campagnes de don en 2016 ;
personnel et des équipements lors des • 31,3% de donneurs réguliers, le taux • Projet de recherche agricole : Univer-
campagnes, tout en garantissant la le plus élevé au Maroc ; sités de Bruxelles et d’Oujda ;
qualité et la sécurité, et mettre fin aux • 47% des donneurs de sang sont des • Projet de prévention du diabète : avec
situations d’urgence et de détresse, femmes, taux le plus élevé au Maroc ; l’entreprise allemande PhamACT ;
Une Association des donneurs de sang notamment pour les rhésus négatifs ; • 1% de donneurs dans la Région. • Télémédecine : Université de Flens-
s’est constituée en 1996 à Oujda grâce • augmenter le pourcentage de don- burg et Centre de Santé de Figuig ;
à une initiative du Centre de Transfusion neurs de sang parmi les jeunes ; • Psychiatrie : CHU d’Ottawa au Cana-
Sanguine (CTS). Parmi ses objectifs : ré- • couvrir tous les besoins de l’Oriental ; da et CHU d’Oujda ;
pandre la culture du don de sang et as- • élever la part des donneurs réguliers. • Soins ambulatoires des personnes
sister le CTS dans sa mission de four- âgées : Centre des handicapés de
nir des produits sanguins de qualité en Principaux événements La mission germano-marocaine auprès des cardiologues du CHU d’Oujda Flensburg et Association Janah Arrah-
quantités suffisantes. Après ce premier 2001 : 1ère caravane dans l’Oriental ma de Figuig ;
2002 : Constitution de la Ligue maro- • GT Energie renouvelable : DMK et
succès, des Associations filiales ont été Les objectifs de C3M • échanges scientifiques ;
GIZ, avec deux installations près d‘Es-
créées à Taourirt (en 2002), Jerada et caine des Associations des donneurs • promotion des projets médicaux ;
Perspectives d’avenir saouira ;
Berkane (en 2011), Nador (en 2012), de sang à Oujda à partir de l’expé- L’axe principal est la promotion de la • prévention et sensibilisation médicales.
• Partenariat avec le Conseil Régional • Culture : promotion de la musique
Laâyoune (en 2014), Driouch (en 2016) rience pionnière de l’Oriental et réunion coopération médicale, qui comporte
pour une subvention annuelle perma- locale en coopération avec l’entreprise
et d’autres le seront bientôt. du premier Bureau National de la Ligue principalement les activités suivantes : Coopération médicale de DMK et C3M
nente, en vue d’atteindre l’autosuffi- The.project de Quern en Allemagne ;
Vu les besoins croissants des unités 2003 : Première caravane nationale de
sance régionale et la création de filiales • Perspective : vers un projet modèle
hospitalières et sachant que l’unique don de sang à travers les associations • formation continue, formation dans Depuis la création des deux réseaux,
dans toutes les Provinces de l’Oriental ; d’une clinique multidisciplinaire
source d’approvisionnement demeure régionales affiliées à la Ligue marocaine les expertises médicales et transfert du DMK et C3M, de multiples actions mé-
le don de sang, afin d’éviter les aléas et 2003 : Etude des motivations du don • Présentation de la Coordination au savoir-faire technique ; dicales ont été réalisées par le person-
Les contraintes et les besoins
les situations d’urgence, a été instituée de sang (enquête nationale) sein de rencontres régionales annuelles ; • monitoring des étudiants et des mé- nel médical MRE et étranger en coopé-
en 2016 une Coordination régionale 2004 : Diffusion du guide national de la • Organisation d’une caravane régio- decins en spécialisation ; ration avec leurs partenaires résidant au Aucun développement régional ne peut
des Associations de donneurs de sang Ligue et appel au don de sang dans les nale annuelle pour le don de sang ; être durable si le dispositif médical reste
de la Région de l’Oriental sous le nom centres de transfusion sanguine pour • Partenariats pour assurer la pérennité Années Actions médicales
défaillant. Une stratégie pour assurer les
de : Coordination de la vie. les victimes de séisme d’Al Hoceima avec des associations non spécialisées ; 2009
• Premier congrès de DMK à Fès (UCMA)
soins d’urgence à Figuig s’impose. Le
• Conventions de coopération avec les Universités de Rabat et Casablanca et la Municipalité de Figuig
2005 - 2014 : Trois Rencontres inter- • Partenariat avec le Centre National de projet d’un nouveau Centre de Santé
Alors que la demande ne cesse de nationales sur le don de sang à Oujda Transfusion Sanguine en vue de réaliser 2010 Séminaires de dialyse à Bouarfa et Oujda
public se heurtera forcément au problème
croître (notamment après l’ouverture 2010 : Oujda devient le siège perma- le projet de don de sérum ; 2010-2016
Consultations médicales à Bouarfa et Figuig, en partie, en coopération avec l’Association des Médecins de la pénurie de médecins (Tableau 3),
de Figuig et autres médecins marocains
du CHU), la Coordination a adopté le nent de la Ligue • Construction d’un siège régional pour aggravé par l’absence de conditions at-
«Projet de Région pilote en matière de 2015 : Rencontre nationale des repré- la Coordination à Oujda ; 2011
Actions médicales et socio-culturelles à Nador, Figuig et Bouarfa dans le cadre de la mobilisation des MRE
dans l’Oriental tractives de travail dans les oasis.
sécurité sanitaire dans le domaine du sentants de toutes les associations • Généraliser l’expérience à l’ensemble Les médecins n´ont ni facilités de loge-
Symposium conjoint des Sociétés Marocaine (SMC) et Allemande (DGK) de Cardiologie lors du congrès annuel
don de sang». Ses objectifs globaux : autour de la stratégie nationale des Régions (rencontres nationales). 2012
de DGK à Mannheim, avec la participation de spécialistes du CHU d’Oujda ment ni moyen de déplacement entre
2012 Premier congrès médical de C3M à Casablanca les sept Ksours et les campagnes avoi-
• l’intégration des MRE en Allemagne ; • l’Agence de l’Oriental ; personnel de santé par le Ministère Accueil de cardiologues des CHU d’Oujda et de Casablanca pour des stages de Cardiologie Interventionnelle
sinantes (pas de voiture de service).
• des projets médicaux et socio-culturels. • l’Université Al Akhawayn ; chargé des MRE et des Affaires de la 2012-2016
à Flensburg et Lüdenscheid en Allemagne Puisqu’il n’y a aucun médecin du privé,
• la GIZ et la Banque Populaire ; Migration. Son premier congrès a eu 2013-2016 Workshops multidisciplinaires I à Flensburg et II-V à Figuig toute la responsabilité des soins se
Les partenaires de DMK • l’École Mohammedia d’Ingénieurs ; lieu en juin 2012 à Casablanca. Son bu- • Séminaire sur les urgences en Cardiologie à Essaouira et au CHU de Marrakech
concentre sur les 2 ou 3 médecins du
• des organismes institutionnels publics reau se trouve à Bruxelles. Les Newslet- 2013
• Participation aux Journées de Cardiologie au CHU de Casablanca Centre de Santé public.
Ce sont des institutions étatiques maro- et des entreprises privées. ters sont publiées sur le site www.c3m. • Séminaire d‘Oncologie Gynécologique au CHU de Marrakech en coopération avec le CHU Charité de Berlin D´après nos informations, l´indemnisation
2014
caines et allemandes, des entreprises ou ma. Les pays d’accueil des adhérents • Forum multidisciplinaire de Développement de Figuig et Workshops III
des gardes serait négligeable et les
des Associations/ONG, associées par Le Réseau des Compétences actuels : 2015-2016 Soutien C3M à des travaux scientifiques en coopération avec l’Université Libre de Bruxelles et le CHU d’Oujda heures supplémentaires ne seraient pas
convention ou sur des projets précis : Médicales des Marocains du Monde • Monitoring des médecins marocains en formation de spécialisation en Allemagne honorées alors que les conditions de
2009-2017
1. Allemagne 6. États Unis • Consultations pour patients marocains (non structurées)
l´exercice médical sont insupportables.
• le Ministère chargé de la communauté Le réseau C3M est une structure inter- 2. Angleterre 7. France • Cours d’échographie de C3M à Casablanca en collaboration avec le CHU de Tours et la Société Marocaine Parmi les six postes de médecins pré-
2017 de Médecine d’urgence
marocaine résidant à l’étranger ; nationale du domaine médical, fondée 3. Australie 8. Italie • Participation de C3M au 25ème congrès de la Société Marocaine de Cancérologie à Marrakech vus pour Figuig, seuls 2 à 3 postes sont
• le Conseil de la Communauté Maro- en 2012 d‘après la phase «thématique» 4. Belgique 9. Sénégal occupés. Rares sont les médecins qui
caine à l’Étranger ; d’une stratégie de regroupement du 5. Canada 10. Suisse Actions médicales de DMK et C3M acceptent d’exercer dans cette région

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Société civile

réactifs pour les analyses biologiques. 6. Équipement technique insuffisant nuité de l’exercice médical dans cette - programme minimal d’analyse de la-
Les médecins auraient besoin de for- 7. Ambulances non équipées région difficile. Pour cette conception, boratoire au nombre des priorités d’un
mations sur les techniques d´examen 8. Formation continue rare les réseaux DMK et C3M proposent un Centre de Santé qui se veut fonctionnel
diagnostic, afin d´identifier les malades 9. Pénurie universelle de médecins par- plan de projet déjà établi et bien détaillé. (des tests bed-side rapides - comme la
nécessitant un transfert à Bouarfa ou à tout dans le monde. troponine pour le diagnostic de l’infarc-
Oujda pour des explorations plus pous- Obstacles de la coopération tus du myocarde - doivent être pos-
sées ou pour les interventions. Il n’y a Les caravanes médicales, irrégulières sibles) ;
pas d’unité de réanimation. et ponctuelles, ne garantissent pas la D’après les expériences des dernières - l’Hôpital de Flensburg et les autres hô-
protection durable de la santé dans les années en matière de projets de coopé- pitaux allemands invitent les médecins
Les problèmes de la santé ont été iden- régions démunies. Ceci suggère que le ration, les facteurs suivants constituent et infirmiers des Centres de Santé de
tifiés dès 1956 et resteront chroniques modèle alternatif d’une clinique multidis- des contraintes majeures ralentissant l’Oriental à un stage de 2 à 4 semaines
tant que ce secteur ne bénéficiera pas ciplinaire avec un médecin généraliste ou même empêchant leurs réalisations : au Centre des Urgences ;
d’une stratégie à long terme favorisant le permanent et des spécialistes alternant - remplacement du personnel médical
travail dans cette région frontalière. Des à tour de rôle, tous les 2 à 3 mois selon • l’absence ou le retard de communica- pendant les stages et les formations
initiatives privées s’imposent pour assu- les spécialités, serait une stratégie réali- tion et le manque de feedback ; continues qui doit être assuré par l’ad-
rer les soins prioritaires d’urgence et, en sable. Dans ce modèle, au lieu de laisser • l’absence d’un interlocuteur pour les ministration régionale des hôpitaux ;
même temps, collaborer avec le Centre tout ce monde de patients se déplacer projets communs ; • Maintenance
de Santé. Or, il se trouve qu’existait déjà à Bouarfa et, le plus souvent, à Oujda, • l’absence de compétence de décision ; - l’inventaire des médicaments et du Échographie à l’appareil de poche
à Figuig une unité privée confiée au Fès, Rabat ou Casablanca, ce serait • le ralentissement des procédures par matériel médical devrait être effectué à Figuig en 2016
Croissant Rouge. Grâce au Dr. Hamou- plutôt les spécialistes qui se déplace- une hiérarchie classique dépassée ; selon un planning standard et la com-
Doudou rahimahou Allah, elle a rendu raient vers les patients, dans des condi- • les problèmes de gestion. mande des besoins suivra à temps ; les femmes et les nomades des cam-
service pendant une trentaine d’années tions où le diagnostic et les soins de - le contrôle régulier et standardisé des pagnes, sont encore très nombreux. Ce
à la population de Figuig, jusqu’au dé- base seront assurés. Pour les patients, Quelques recommandations appareils de soin et des équipements déficit d’éducation scolaire s’avère un
cès du médecin en 2012. Cette unité voyager sur 400 à 1 000 km, avec des doit être assuré (un système de docu- obstacle majeur à l’éducation en ma-
est restée depuis hors service. Des ef- frais de transports et d’hébergement, • Pour une coopération réussie mentation de tout défaut détecté devrait tière de santé : on se heurte à des pro-
forts de DMK et C3M, en collaboration pour un simple examen diagnostic qui Il est essentiel d’appliquer des standards être établi afin de procéder à leur répa- blèmes d’explications les plus simples
avec des sponsors potentiels pour la s’avérera peut-être sans conséquence dans le développement des plans de ration ou substitution à temps) ; des maladies courantes, de la struc-
réouverture et la mise à niveau de cette thérapeutique interventionnelle, est sou- projets et dans la réalisation des plans - la disponibilité du matériel d’hygiène ture du corps humain ou de son fonc-
unité, se sont heurtés à un déplorable vent inadéquat et n’est pas à la portée d’actions. Le respect des éléments de comme des autres articles consom- tionnement, aussi bien en Tamazight,
blocage administratif incompréhensible. financière de tout le monde. base suivants augmenterait le taux de mables est à contrôler quotidiennement ; qu’en arabe dialectal ou classique, ou
La gestion d’une unité de ce modèle de réussite des projets coopératifs : - la solution de désinfection des mains en utilisant des expressions françaises
Quelques dons de l’Hôpital allemand Tableau 3. Causes de la pénurie structure diagnostique et thérapeutique - communication et feedback fluides ; doit être disponible dans toutes les ca- du langage quotidien. Prescriptions et
Flensburg au Centre de Santé de Figuig médicale à Figuig sur place pourrait être confiée à une As- - toute action est structurée par un plan bines de soins et les chambres ; plans de médicaments ne se laissent
sociation de Santé, avec un conseil de de projet ; - la formation continue du personnel alors expliquer qu’avec l’intermédiaire
lointaine (400 km au Sud d´Oujda et 1. Zone frontalière défavorisée supervision mixte formé de personnel - contacts réguliers et échanges conti- assure sa compétence et sa mise au des jeunes accompagnants.
110 km de Bouarfa). Le climat est peu 2. Dures conditions climatiques médical et non médical, alliant MRE et nus d‘expérience avec les partenaires ; point sur les standards en médecine, Or, les instructions de santé doivent
accueillant et les possibilités culturelles 3. Faibles ressources économiques marocains du Maroc. Les conditions de - workshops réguliers accompagnant bénéficie à la motivation du personnel, passer par une base minimale d’éduca-
ou de distraction sont rares alors que 4. Conditions de travail défavorables travail du personnel médical devraient chaque projet ; l’ambiance de travail et la gestion de tion ou d’alphabétisation. Elle devrait fa-
le service dans cette zone assoiffée de 5. Gestion inappropriée être attractives afin d’assurer la conti- - continuité des partenaires ; chaque domaine de responsabilité ; ciliter les activités quotidiennes, l’accès
soins médicaux est pratiquement sans - encouragement des initiatives de pro- • Pour une meilleure éducation de santé à l’information écrite et l’autogestion
arrêt. jets de tous les partenaires ; La prévention primaire et secondaire de la santé. Ce serait une tâche aisé-
Les ambulances ne sont pas munies - application des règles de gestion de doit prendre une place prioritaire pour ment réalisable par les nombreux ensei-
d´appareillage de réanimation alors que qualité ; lutter contre les maladies les plus fré- gnants retraités. Moins approprié serait
les distances sont tellement grandes • Diagnostic et formation quentes. Les informations et instruc- le recours aux «semi-analphabètes»
que les malades risquent leur vie s’ils se - introduction d’un entraînement régu- tions sur la santé nécessitent un certain qui parfois se chargent de cette fonc-
trouvent dans une situation d´urgence. lier en médecine d’urgence du person- niveau d’éducation scolaire des patients tion sans avoir les bases des sciences
La Province ne dispose ni d´un hélicop- nel médical par le médecin du Centre de avec un minimum de connaissances de modernes et de la pédagogie. La scola-
tère de secours, ni d’un aéroport public Santé, au moins 1 fois tous les 3 mois ; l’anatomie et de la physiologie humaine. risation obligatoire, concernant aussi les
pour les transports à grande distance. - introduction du diagnostic électrocar- campagnes, nécessite le contrôle par
Le seul appareil d´échographie existant diographique (ECG), l’interprétation des L’alphabétisation faciliterait les autorités locales. La promotion de
ne sert qu´aux examens obstétriques. ECG pouvant être demandée par voie l’éducation de la santé l’éducation des populations nomades
Aucune sonde abdominale ou car- électronique à l’un des cardiologues par exemple, devrait inclure des cam-
diaque n´est disponible. régionaux ou MRE ; Bien que le taux de scolarisation dans pagnes de sensibilisation, le contrôle
Le laboratoire récemment créé n´est pas - introduction du diagnostic échogra- les villes marocaines semble élevé, il faut de la scolarisation des enfants, l’alpha-
assez performant pour les exigences phique, également indispensable dans bien constater que les analphabètes bétisation des adultes et l’organisation
quotidiennes ; il manque d’ailleurs de Les participants au séminaire de dialyse de Bouarfa les Centres de Santé ; ou semi-analphabètes, surtout parmi de moyens de transport vers les écoles

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Société civile Dans l’Oriental

maison aux femmes qu’aux hommes.


La création d’Associations féminines de
sport serait une bonne option à encou-
rager, tout en convaincant hommes et
Faculté de médecine - CHU,
femmes de l’avantage préventif de ces
un couple acteur majeur
du développement de l’Oriental
activités physiques.

Pour la cuisine méditerranéenne

La cuisine de l’Oriental est riche en spé- Pr. Abderrahim AZZOUZI


cialités délicieuses, mais séduisantes à Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie d’Oujda
l’excès. Les repas, souvent somptueux,
ne devraient pas s’enrichir de casse-
croûtes matinaux et dans l’après-midi,
avec des pains et gâteaux saturés de
matières grasses et accompagnés de
boissons sucrées. Un retour à la cuisine Les propos de l’auteur sont d’une précision… chirurgicale ! On perçoit
traditionnelle de type méditerranéen
serait plus bénéfique avec des repas :
l’homme de science et le médecin ; l’acteur économique aussi. Formidable
institution, le couple Faculté-CHU produit des soins, des ressources hu-
• plus riches en légumes et réduits en
viandes ;
maines, des recherches, etc. Ainsi, il rayonne loin. Machine économique,
• sans viande 2 ou 3 jours par semaine ; l’entreprise consomme, paie des salaires, génère autour d’elle les offres
• au pain complet plutôt qu’au pain blanc ;
• en utilisant aussi le couscous d’orge de ses besoins. Le vaisseau est étrange, multiple, mais il avance, portant
au lieu du couscous blanc ; avec lui une part de développement régional ; non sans risques.
• en renonçant au «grand» petit déjeu-

T
ner et aux pains gras du soir.
out d’abord, si je parle de • le CHU est d’abord un pôle sanitaire
Heureusement, on constate une adap- couple Faculté de Médecine d’envergure régionale, voire nationale,
tation culinaire chez les hypertendus et et de Pharmacie d’Oujda un pôle d’excellence qui dispense des
les insuffisants cardiaques suivant les (FMPO) - Centre Hospitalier soins sophistiqués et rares (appelés
recommandations de leurs médecins, Universitaire (CHU), c’est parce que l’un communément soins tertiaires) et des-
traduite par la réduction de la prise du ne peut exister sans l’autre. Objective- sine ainsi des aires de recrutement qui
sel dans leur régime. Ainsi, ce ne sont ment, et de par leur mission principale dépassent souvent les limites du bassin
pas les eaux minérales les plus com- commune qui est la formation de méde- de vie dans lequel il se situe, en l’occur-
mercialisées au Maroc qui devraient cins généralistes et spécialistes, ils for- rence ici la Région de l’Oriental ;
être recommandées, vue leur quantité ment une seule et même entité, même • le CHU est un agent économique
élevée - voir excessive - de Sodium ! si leurs tutelles administratives respec- consommateur à la fois de produits mé-
On note aussi que la graisse, jadis utili- tives sont distinctes. La formation est dicaux et de biens de consommation
sée dans les pains, est substituées de en effet assurée pour l’essentiel par des courante liée à sa fonction hôtelière ;
plus en plus par des légumes, le plus enseignants médecins, pharmaciens • son implantation génère par ailleurs
Séminaire de dialyse de Bouarfa : les participants en action souvent par des carottes comme dans et scientifiques, qui dispensent simul- alentour toutes sortes de commerces
la spécialité dite «Mihmih». Louables tanément l’enseignement facultaire et souvent au passage de dire le rôle social et, par conséquent, moult emplois
très dispersées. Ce projet de scolarisa- que le sport est explicitement recom- sont les salades et fruits de diverses l’encadrement pratique hospitalier des primordial de ces acteurs de la santé, qu’on peut qualifier d’indirects ;
tion généralisée reviendrait aussi bien mandé dans notre culture. Ainsi, trop natures servis aux repas, qui devraient différents apprenants. ainsi que la valeur ajoutée économique • le CHU est également un agent éco-
aux Conseils municipaux qu’aux res- de femmes se plaignent d’une fatigue servir d’exemple pour d’autres pays. qu’ils génèrent. nomique producteur et l’activité de l’éta-
ponsables de l’enseignement primaire. précoce alors qu’aucune anomalie phy- Les questions de santé font actuelle- Parmi les différents types de prestataires blissement génère des emplois directs
Les Associations pourraient contribuer sique n’apparaît évidente à leur exa- Vu la situation économique générale ment partie des principaux débats de de soins, l’un retient particulièrement qui font souvent d’un CHU l’un des pre-
aux moyens de transport des écoliers. men. Le ménage moderne ne demande dans l’Oriental Marocain, on pourrait société. Les problèmes posés par la l’attention : le CHU. Son intérêt réside miers - sinon le premier - employeur de
plus autant d’effort physique qu’il en faire d’importantes économies et obte- maîtrise des dépenses de santé consti- dans ses multiples fonctions, chacune la Région ;
Pour l’entraînement sportif exigeait chez leurs grand-mères pour nir une amélioration sensible de la santé tuent notamment un enjeu politique de ayant des conséquences en matière • le CHU, enfin, et c’est sa principale
compenser le déficit musculaire. Appa- en menant davantage d’efforts pour la première importance. Les médecins et d’organisation de l’espace. Qui plus est, raison d’être, est un pôle d’excellence
Un autre handicap est l’absence remment, le mode de vie traditionnel promotion d’une éducation généralisée établissements sanitaires sont ainsi ré- tout en engageant des coûts certains, il intellectuelle, par les formations situées
d’une culture du sport, surtout chez et le rôle des genres, plutôt patriarcal, et par la sensibilisation de la population gulièrement montrés du doigt pour les constitue un levier économique de tout en son sein et par son activité de re-
les femmes au-delà de 40 ans, alors ne permet pas autant de sorties de la aux méthodes de prévention. coûts qu’ils engendrent et l’on oublie premier ordre : cherche liée à son statut universitaire, et

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Dans l’Oriental

ce dans une relation quasi-consubstan- desquels se dessinent une hiérarchie cialisés et au mieux répondant aux meil- L’offre de soins d’un CHU comme Région et participent ainsi à l’offre
tielle le reliant à la Faculté de Médecine. et des complémentarités entre les diffé- leurs standards internationaux. celui d’Oujda couvre donc l’en- de soins, en particulier dans
Il y a donc un intérêt évident à repérer, rents établissements de soins, visant au A titre d’exemples, s’agissant du CHU semble des interventions sani- des contrées très déficitaires en
puis à dessiner, les différents espaces final à déterminer la meilleure répartition d’Oujda : taires qui, aux échelons inférieurs personnel de santé. Il s’agit en
d’un CHU, d’autant que la répartition géographique de l’offre de soins, hospi- de la hiérarchie régionale, sont moyenne de 200 étudiants par
de l’offre hospitalière constitue un enjeu taliers ou ambulatoires. • le CHU est d’ores et déjà, 2 ans après réparties sur plusieurs établisse- an, opérationnels pour assurer
majeur dans l’aménagement du terri- Quatre niveaux sont ainsi définis : son démarrage, l’un des tout premiers ments. des soins de première ligne, d’ur-
toire. Les déterminants des aires d’un centres de cathétérisme cardiaque et gence et de médecine de famille,
CHU peuvent ainsi être déclinés selon • le CHU, pôle régional, pôle de réfé- d’angioplastie coronaire au Maroc, per- Un indicateur économique tout en complétant leur formation
quatre angles d’approches : rence et d’appel en raison de sa mission mettant de prendre en charge les syn- du CHU : les consommations dans les domaines sus-cités, au
universitaire ; dromes coronaires aigus qui, jusqu’à un hospitalières contact de médecins de la santé
• Prestation de services : • le Centre Hospitalier Régional Al Fara- passé récent, étaient référés à plus de publique.
- offre de service public ; bi, pôle de référence du secteur sanitaire 300 km, avec tout ce que cela engen- Si une partie des patients d’un
- aires de recrutement. proposant aux populations l’ensemble drait comme coûts et surtout comme CHU vient en consultation ex- Au plus haut niveau de spéciali-
• Consommation de produits divers. des spécialités principales, certaines perte de chances de guérison, voire de terne, ne consomme que des sation, nous trouvons les internes
• Emplois : étant cependant réservées au CHU survie ; services de soin et utilise les du CHU et les résidants, recrutés
- diffusion de salaires et donc d’un pou- (chirurgie cardiaque, greffe d’organes et • toute la pathologie vasculaire, y com- équipements médicaux pérennes par concours, et qui sont affectés
voir d’achat ; de tissus, certaines techniques d’ima- pris lourde, est prise en charge, que ce et consommables, un grand au CHU jusqu’à la fin de leur cur-
- diffusion d’un certain niveau de vie. gerie médicale, grands brulés, etc.) ; soit en chirurgie conventionnelle ou en nombre est hospitalisé et génère sus de spécialisation, soit pour
• Formation universitaire : • les hôpitaux provinciaux, pôles de procédures endo-vasculaires les plus une consommation dite hôte- une durée de 6 à 7 ans pour les
- attraction d’étudiants ; proximité assurant les spécialités cou- récentes ; lière (literie, alimentation et frais premiers et de 4 à 5 ans pour les
- activité de recherche. rantes de MCO ; • l’endoscopie interventionnelle est divers). seconds.
très performante, qu’elle soit digestive, A ces frais directement liés aux Actuellement, internes et rési-
urologique, thoracique, ou oto-rhino-la- activités de soin, il convient dants totalisent, tous niveaux
ryngologique, et ce grâce à un plateau d’ajouter le coût de fonctionne- confondus, 400 médecins, un
technique des plus modernes ; ment et de développement, dont effectif appelé à augmenter régu-
• la neuro-navigation, dernière-née des les ramifications sont diverses et lièrement au fil des années.
techniques neurochirurgicales, est de- les montants disparates. Citons La FMPO qui a démarré en Oc-
puis peu opérationnelle ; par exemple : les travaux de ré- tobre 2008 a sorti à ce jour 310
• dans un futur imminent démarreront fection, le traitement des déchets lauréats du diplôme de Docteur
la chirurgie cardiaque à cœur ouvert et hospitaliers, etc. en médecine et 20 lauréats du
une activité de greffe rénale, préludes - La dimension universitaire : diplôme national de spécialité.
nous l’espérons - à un programme de Un pôle d’emploi à l’échelle un pôle de formation et recherche
greffes tous azimuts ; régionale Ces effectifs ne feront qu’augmenter,
• le centre des grands brulés, deuxième Dans ces deux domaines - formation puisque le nombre d’étudiants inscrits
en son genre au Maroc, inclus dans Le CHU d’Oujda, qui a un statut d’éta- et recherche - le CHU est intimement en première année de médecine est
le bâtiment de base, est toujours en blissement public, génère actuellement lié à la Faculté de Médecine et donc à passé de 150 au démarrage à 300 ac-
attente d’équipements pour entrer en plus de 1 000 emplois directs. A terme, l’Université, ne serait-ce que par l’inter- tuellement. Et, comme il y a moins de
fonction ; quand toute les activités prévues seront médiaire des personnels hospitalo-uni- 10% de déperdition d’effectif entre l’en-
L’entrée principale de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’UMP d’Oujda • le nouveau centre d’oncologie, dont pourvues, ils seront plus de 1 500. Il versitaires qui exercent leurs fonctions à trée et la sortie, ce sont donc presque
les travaux pour la construction de- s’agit de personnel paramédical, tech- cheval sur les deux institutions. 300 médecins formés à prévoir chaque
Un pôle sanitaire d’excellence • les hôpitaux locaux et services sani- vraient démarrer incessamment, comp- nique et administratif directement recru- année, ce qui contribuera à combler le
taires et sociaux de base, urbains et tera, en plus des services convention- té par le CHU. C’est donc une diffusion Bassin de formation : du niveau déficit aigu que connaît notre pays. No-
La réglementation en matière de santé ruraux (appelés communément centres nels, une unité d’onco-hématologie de salaires et de pouvoir d’achat et, ain- infra-régional au niveau national tons à cet égard que le Maroc compte 7
se traduit au niveau régional par la carte de santé et dispensaires), pôles locaux pédiatrique. si, la diffusion d’un certain niveau de vie. médecins pour 10 000 habitants, ce qui
sanitaire et le SROS (Schéma Régional de services de santé. Ces effectifs n’incluent ni les médecins Les 1 770 étudiants en médecine, le place loin par rapport aux standards
d’Organisation Sanitaire) dont nous at- Mais tout cela ne dispense pas le CHU enseignants qui officient au CHU (ils après 2 années de formation, dite «pré- établis par l’Organisation Mondiale de la
tendons toujours la véritable concrétisa- Le CHU se trouve donc inscrit au des tâches moins spécialisées qui in- sont actuellement au nombre de 80), clinique», dispensée exclusivement à la Santé.
tion. Ces deux documents déterminent sommet d’une hiérarchie d’établisse- combent aux établissements de rang in- ni les médecins internes et résidents en Faculté, sont partie prenante de l’activi- Tous ces chiffres n’incluent pas les étu-
les régions et secteurs sanitaires, ments dont la place dépend du degré férieur, et ce jusqu’à ce que l’on nomme cours de spécialisation (ils atteignent té hospitalière à partir de la 3ème année : diants étrangers et il est à noter que la
c’est-à-dire les zones d’intervention de de spécialisation des soins qu’ils dis- vulgairement «bobologie» ; ne serait-ce désormais l’effectif de 400), ni les étu- à mi-temps en 3ème, 4ème et 5ème années, FMPO accueille en moyenne :
chaque établissement de soins en fonc- pensent. Sa situation est particulière, en partie que pour les besoins de for- diants en stage de formation, ni les dif- puis à plein temps en 6ème année.
tion de l’indicateur «lits/population» et car il cumule les fonctions. Il est pôle de mation, aussi bien des médecins géné- férents bénéficiaires de formations issus Les étudiants de 7ème et dernière année, • 20 étudiants étrangers par an (ils sont
de l’activité de court séjour en Méde- référence régional, doté à ce titre d’un ralistes et spécialistes que des différents des Instituts de formation aux carrières appelés communément «faisant fonc- actuellement 130 au total), en majorité
cine–Chirurgie–Obstétrique (MCO). Ils plateau technique et de compétences profils de professionnels de santé, dits de santé de la Région, qu’ils soient pu- tion d’internes», sont injectés dans les africains subsahariens, mais aussi tuni-
définissent ainsi des secteurs au sein humaines très variés, hautement spé- paramédicaux. blics ou privés. différents établissements de soins de la siens, jordaniens, palestiniens et autres ;

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Dans l’Oriental

hospitalo-universitaire dans le dévelop-


pement économique régional, au-delà

Un équipement à fort impact


de la dimension sanitaire, et ne mé-
nagent pas leurs efforts pour l’accom-
pagner et le soutenir.
Les faiblesses et les menaces sont lé- sur le développement régional
gions. J’en citerais quatre, de taille :

• un déficit criant en ressources hu-


maines, difficile à combler en l’état Pr. Abdelkrim DAOUDI
actuel (déficit en enseignants, sachant Directeur du Centre Hospitalier Universitaire Mohammed VI d’Oujda
qu’une Faculté de médecine et le CHU
dispensent une formation et un ensei-
gnement dans 50 spécialités médicales
et fondamentales et qu’au moins 3 en-
seignants en moyenne par spécialité est
Le CHU d’Oujda en maquette inséreé dans sont environnement exigible pour une autonomie minimale) ; La réalisation est d’envergure. L’inauguration par Sa Majesté le Roi,
• des médecins étrangers, en majorité Forces et opportunités,
• un déficit en personnel paramédical et
technique face auquel une vraie régio-
dès juillet 2014, marque le début d’une longue série de mises en service
africains, pour une formation de spécia- faiblesses et menaces nalisation pourrait s’avérer cruciale ; étalées sur plusieurs années. L’auteur, agrégé en traumatologie, connaît
liste (actuellement au nombre de 11). • le retard à la mise en application réelle
La FMPO et le CHU d’Oujda n’ont guère et effective de la carte sanitaire, car le
parfaitement son partenaire universitaire : avant de diriger le CHU, il fut
La dimension régionale, nationale et respectivement que 9 et 2 ans d’âge. CHU n’a pas pour vocation première Vice-Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie. Conscient de
même internationale se trouve ainsi plei- Les forces qu’ils recèlent et les oppor- de dispenser des soins primaires et
nement concrétisée. tunités qui leur sont offertes sont nom- secondaires, lesquels échoient aux éta- l’obligation d’excellence et dirigeant expérimenté, il trace l’avenir avec
La recherche
breuses. Voici les plus importantes : blissements d’ordre inférieur… qui ne
sont pas mis à niveau, reléguant ainsi le
la volonté de conforter la nouvelle institution et des ambitions affirmées.

L
• la jeunesse des équipes - ensei- CHU - et par conséquent ses missions
Le potentiel de recherche que recèle le gnante, administrative, paramédicale premières - souvent au second plan et e Centre Hospitalier Universi- Le CHU, d’une capacité d’accueil de
couple FMPO-CHU est inestimable. La et technique - gage d’enthousiasme, épuisant rapidement ses moyens ; taire Mohammed VI d’Oujda 673 lits répartis sur 35 services hospita-
recherche clinique est déjà foisonnante, de dynamisme et de volonté de relever • la grande majorité (environ 80%) des inauguré le 23 juillet 2014 par liers, est constitué en fait de 4 hôpitaux :
permise par un plateau technique mo- tous les défis ; patients pris en charge par le CHU ne Sa Majesté le Roi, que Dieu Le
derne et varié, et un système informa- • la mobilisation de tous les acteurs so- sont couverts que par le régime d’assis- glorifie, est un monument d’architecture • l’Hôpital des Spécialités ;
tique hospitalier intégré qui permet de cio-économiques de la Région (Wilaya, tance médicale (RAMED), ce qui limite moderne appartenant à la nouvelle gé- • l’Hôpital Mère-Enfant,
faire ce qu’on peut appeler du pros- Conseil Régional, Agence de l’Oriental, de façon drastique ses recettes propres nération des hôpitaux et un édifice sani- • l’Hôpital de Santé Mentale et de Mala-
pectif permanent. La recherche fonda- société civile, etc.), qui sont conscients et grève fortement ses capacités de taire essentiel appelé à renforcer l’offre dies Psychiatriques ;
mentale est pour le moment centrée du rôle capital que peut jouer le pôle fonctionnement et d’investissement. médicale et à faciliter l’accès aux soins • l’Hôpital Hassan II d’Oncologie.
sur le laboratoire de génétique et de dans la Région de l’Oriental au profit
biologie moléculaire installé à la Faculté Le sourire rendu aux enfants de l’Oriental d’une population de près de 2 400 000 En parallèle existent les services à
de médecine, auquel sera intégrée très habitants répartis sur 1 Préfecture et 7 caractère technique, tels le Service
prochainement une bio-banque, la pre- Une première au Maroc ! Elle concerne les enfants et sera dédiée à la chirurgie Provinces. de radiologie et le Laboratoire central,
mière en son genre au Maroc. des fentes palatines - communément appelées «becs de lièvre» - et prodiguera Ce Centre contribuera également à Comme il a été créé sous statut d’éta- ainsi qu’une Pharmacie centrale qui dis-
Ce laboratoire est déjà très productif également des soins dentaires et chirurgicaux liés à cette malformation faciale améliorer les conditions de la formation blissement public à caractère social, le posent d’appareils et d’instruments de
sur la thématique des maladies géné- qui touche environ 1 enfant sur 1 000. Cette nouvelle clinique est un investisse- et de la recherche scientifique pour les CHU Mohammed VI jouit de l’autono- haute technicité comparables à ceux
tiques et aussi sur celle, prioritaire dans ment de 15 MDh soutenu par deux acteurs européens de l’immobilier. étudiants de la Faculté de Médecine et mie financière et administrative. des grands hôpitaux internationaux
la Région de l’Oriental, du cancer. A cet Le projet était porté par 2 ONG (la britannique Article 25 et l’américaine Ope- de Pharmacie d’Oujda, de même qu’il Il est piloté par un Conseil d’Administra- (pharmacie automatisée, cathétérisme,
égard, quelques travaux récemment ration Smile Morocco active au Maroc depuis 1999). Article 25 fait référence à constitue déjà (et continuera de consti- tion qui définit ses orientations de base IRM…).
publiés dans des revues internationales l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, qui proclame tuer) un levier important pour le déve- et ses priorités dans le cadre des mis-
prestigieuses ont contribué à la recon- dans son deuxième alinéa : «La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à loppement économique et social de sions principales qui lui sont dévolues, Une mise en œuvre progressive
naissance de la FMPO et de l’Université une assistance particulière». Cette ONG a déjà soutenu près de 90 projets dans l’Oriental Marocain, eu égard au volume à savoir :
Mohammed Premier d’Oujda à l’échelle 34 pays, tous ciblés sur la facilitation de l’accès aux soins. des investissements qui ont été enga- Etant donné la spécificité des centres
internationale (medicinal chemistry L’installation de cet établissement spécialisé unique au Maroc dans la Région de gés pour sa construction et son équi- • les soins médicaux ; hospitaliers et pour sauvegarder la sé-
2015, antimicrobial agents and che- l’Oriental confirme que l’initiative et l’innovation, en santé aussi, peuvent venir dé- pement, ainsi qu’à l’emploi direct de • la formation ; curité des malades, le CHU a adopté
motherapy 2015, BMC cancer 2016, sormais des Régions et même commencer par elles. La Régionalisation avance ! centaines de cadres de formation supé- • la recherche scientifique ; une stratégie de mise en service gra-
journal of hématology and transfusion Article de la rédaction rieure et d’une abondante main d’œuvre • le soutien de l’action du Ministère de duelle de ses unités, en commençant
2016, BMC womens health 2017). qualifiée. la Santé en matière de santé publique. d’abord par le service de radiologie.

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Dans l’Oriental

• la création d’un centre complet pour le


traitement des fractures et contusions,
ainsi que pour la rééducation ;
• la création d’un centre régional de
transfusion sanguine, en partenariat
avec le Ministère de la Santé ;
• le développement de la recherche
scientifique en partenariat avec la Fa-
culté de Médecine et de Pharmacie
d’Oujda, l’Université Mohammed 1er
d’Oujda, ainsi qu’à travers des partena-
riats internationaux.

Le Centre Hospitalier Universitaire


d’Oujda demeure, grâce à la vision éclai-
rée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI,
que Dieu Le glorifie, et conjointement
Un monument d’architecture moderne au service de la santé aux autres priorités de développement
Parmi les premières réalisations : le Centre de Radiologie et IRM énoncées dans le Discours Royal du
Les autres services hospitaliers ont suivi : zones difficiles d’accès dans l’Oriental entre les intervenants du secteur public 18 mars 2003, un facteur important du
Lalla Salma a procédé à la pose de la • le Projet de développement durable (le rayonnement de la Région de l’Oriental.
le centre d’examens, le laboratoire, puis et les Régions avoisinantes a constitué (CHU, Hôpitaux régionaux, Centres de
première pierre de cet édifice le 18 mai Centre ambitionne d’adopter les éner-
le complexe chirurgical et les services une évolution significative dans ce do- santé de la Région) et le secteur privé.
2017) ; gies renouvelables et de devenir «un En 2016, le CHU d’Oujda en chiffres
hospitaliers de l’Hôpital Mère-Enfant, maine puisque 46 interventions hélipor- Depuis son inauguration, l’adminis-
• la construction d’un centre de consul- centre écologiquement responsable»,
les Urgences de cet Hôpital, puis le tées ont été enregistrées en 2016. tration du CHU a œuvré pour assurer
tations indépendant du bâtiment de de même qu’il a adopté la gestion délé- • 1,2 milliard de Dh investis pour la
reste des services. Le Centre Hospitalier Universitaire fait une ouverture sur les autres acteurs
l’Hôpital des Spécialités afin d’humani- guée pour les déchets médicaux et pa- construction et l’équipement ;
Au sein de l’Hôpital de la Santé Mentale face à quelques contraintes, dont les régionaux notamment les collectivités
ser les prestations fournies aux citoyens ramédicaux pour une meilleure gestion • 673 lits ;
et des Maladies Psychiatriques ont été plus importantes sont l’absence de res- locales, les établissements privés et la
(en partenariat avec le Conseil Régional de ces déchets) ; • 947 agents, dont 124 médecins,
d’abord ouverts le service Femmes et le pect des protocoles thérapeutiques et société civile. Elle a même engagé le
de l’Oriental) ; • l’adoption du suivi médical à dis- 654 infirmiers, 137 techniciens et 32
service des Urgences et ensuite le ser- la confusion chez les citoyens à propos Centre dans des partenariats remar-
• le Projet de transplantation des tance pour assurer la coordination et agents administratifs.
vice Hommes, puis deux cliniques : une de la mission d’un CHU qui se limite en quables, pour la plupart couronnés de
membres et tissus (un comité de dons la coopération entre les différentes uni-
pour les femmes et la seconde pour les principe essentiellement à dispenser succès, parmi lesquels notamment :
d’organes et de tissus a été créé et le tés sanitaires de la Région de l’Oriental Activités
hommes. des soins de troisième niveau, parallè- l’acquisition d’un scanner pour l’Hôpital
CHU a été agréé depuis le 8 février 2016 dans le domaine médical et chirurgical, • 15 658 admissions ;
Le CHU Mohammed VI d’Oujda dispose lement à la recherche scientifique et à d’Oncologie (dans le cadre de l’INDH),
par décision ministérielle n° 377.16 pour et un échange d’expériences avec des • 124 459 journées d’hospitalisation.
également de ressources humaines im- la formation. l’acquisition d’un programme informa-
réaliser des opérations de transplanta- centres hospitaliers nationaux et inter- • 9 922 hospitalisations via les ur-
portantes composées de professeurs L’offre médicale dans la Région de tique pour l’accueil et l’orientation (avec
tion d’organes et de tissus) ; nationaux ; gences et 56 900 passages ;
de médecine, de médecins résidents l’Oriental est censée se construire dans l’Agence de l’Oriental) et la réalisation
internes, de cadres paramédicaux et le cadre d’une certaine complémentarité d’un espace de repos pour les visiteurs. • 309 461 appels reçus au SAMU,
de cadres administratifs et Soucieuse d’améliorer la qua- donnant lieu à 3 062 transferts régu-
techniques, en plus des agents lité des services prodigués lés et 46 interventions HéliSMUR ;
des sociétés privées sous-trai- et d’encourager la recherche • 88 159 consultations ;
tantes. Ainsi, le CHU assure un scientifique, l’administration du • 15 967 séances de radiothérapie ;
emploi direct à environ 1 000 Centre a tracé un programme • 3 576 IRM ;
personnes. ambitieux qui comporte plu- • 2 622 échographies ;
sieurs projets structurants, en • 387 611 examens biologiques ;
Des moyens d’exception particulier : • 7 389 interventions effectuées au
pour prendre en charge bloc opératoire ;
les urgences • l’édification d’un Centre ré- • 1 236 séances d’hémodialyse ;
gional de traitement du cancer • 5 892 explorations fonctionnelles.
Dans le cadre de la prise en selon des normes de qualité
charge des cas d’urgence, le internationales (à proximité de Ressources
Service d’Assistance Médicale l’Hôpital des Spécialités et de 126,5 millions de Dh, dont :
d’Urgence (SAMU 05) a été l’Hôpital Mère-Enfant) en par- • 95,7 millions de Dh du Ramed
intégré au CHU en janvier 2015. tenariat avec la Fondation Lalla (76%) ;
L’introduction d’un hélicoptère Salma pour la prévention et • 30,8 millions de Dh apportés par les
médicalisé pour intervenir dans le traitement du cancer (Son paiements directs et l’AMO (24%).
L’hélicoptère médicalisé : 46 interventions en 2016 Des salles aux meilleurs standards d’équipement
les cas d’urgence et dans les Altesse Royale la princesse

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Dans l’Oriental

iniquité inter- et intra-régionale dans la grands défis de la santé mondiale : les la réforme de 2013, dont le processus
répartition de ces ressources. En 2016 : systèmes de santé doivent investir dans était engagé depuis déjà une décen-
LA FORMATION PARAMÉDICALE • le ratio habitants / infirmier variait de
l’expertise infirmière vu la complexité
des besoins de santé des populations,
nie. Il s’est concrétisé, suite à l’enga-
gement politique, institutionnel, et à la
un investissement pour l’évolution 546 à 1 494 (1 089 pour l’Oriental vs un l’expansion rapide des savoirs et des mobilisation des instances syndicales

et les défis du système de santé


ratio moyen national de 1 173) ; technologies qui sollicitent désormais et associatives, par «l’universitarisation»
• le ratio habitants / médecin, était de la réorganisation de ces systèmes et des études paramédicales et la trans-
1 684 en moyenne nationale, avec une l’élargissement des rôles profession- formation du statut des IFCS (forma-
meilleure couverture dans les Régions nels. Déjà, la pratique infirmière avancée tion des cadres supérieurs) en Instituts
Fatima Zahra MBARKI Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Ké- illustre cette redéfinition des rôles. Elle Supérieurs des Professions Infirmières
Directrice de l’Institut Supérieur des Professions nitra (respectivement 1 089 et 1 117), indique qu’un ratio optimal de personnel et Techniques de Santé (ISPITS), éta-
Infirmières et Techniques de Santé d’Oujda infirmier formé à des niveaux supérieurs blissements d’enseignement supérieur.
l’Oriental se situant au 7ème rang avec
2 169 habitants/médecin. réduit les coûts associés aux accidents Conformément à la Loi 01-00 portant
et événements indésirables, estimés à organisation de l’enseignement supé-
La formation paramédicale face 10 % des dépenses de santé par pays, rieur, ces Instituts préparent et délivrent
aux défis du système de santé selon l’OMS. Dès lors, le réhaussement désormais des diplômes nationaux or-
L’auteure le rappelle : il s’agit ici du personnel en «première ligne», surtout de la formation paramédicale au niveau ganisés selon le dispositif Licence-Mas-
dans les territoires encore trop enclavés. Sans eux, pas d’élévation de La Constitution de 2011 installe le Droit universitaire constitue un choix éclairé,
porteur d’une véritable transformation
ter-Doctorat,
Cette réforme a introduit des change-
à la santé. Cela nécessite de moderni-
la qualité des soins ni du volume des prestations délivrées. ser le secteur, qui a toujours fonctionné des soins qui marquerait ce siècle, ce ments à tous les niveaux, que l’on peut
qui a convaincu de nombreux pays du résumer ainsi :
La création des ISPITS répond aux nouveaux besoins : ils sont à jour des dans un environnement en mutation et
en perpétuel défi. Le fardeau des chan- monde - y compris arabes - à adopter
attentes et des nouveaux contextes. Celui d’Oujda en est une illustration. gements démographiques et épidé- le niveau supérieur de la formation para- • renforcement du cadrage juridique et
miologiques continue de façonner de médicale. réglementaire des ISPITS ;

L
nouvelles demandes sur le système de • cartographie des ISPITS d’après le
soins. Le citoyen revendique de plus en Le SIDIIEF, en Assemblée Générale découpage administratif du Royaume
es ressources humaines Commission de haut niveau sur l’Emploi des infirmières et soutiennent une meil- le 9 juin 2009 à Marrakech pour le IVe (23 Instituts, dont 10 Instituts-sièges
plus le droit à des réponses adaptées à
(RH) constituent une force en Santé et la Croissance économique leure utilisation de leurs compétences. Congrès mondial, a réuni 1 400 infir- auxquels sont rattachés les 13 autres) ;
ses besoins. Parallèlement, la complexi-
vive et un véritable vecteur recommande d’investir dans les per- mières de 25 pays de la francophonie, • mise à niveau des ISPITS par des réa-
té de la santé et des soins, les progrès
de réforme pour le système sonnels de santé, notamment dans des Au Maroc, malgré les efforts en matière et adopté une position officielle sur ménagements ou des constructions ;
scientifiques et technologiques, couplés
de santé marocain. Les connaissances, filières de professionnels destinés aux de formation du personnel, qui ont per- les enjeux de la formation universitaire • renforcement des organes de gestion
aux attentes des prestataires de soins,
compétences, valeurs et comporte- territoires mal desservis. Elle précise mis la hausse sensible des effectifs, la dans une filière complète en sciences des ISPITS par la nomination du Direc-
incitent les structures de formation à
ments des professionnels conditionnent que l’emploi en santé est une approche- situation des RH demeure en déficit infirmières. Conscient de cet enjeu, le teur en Conseil de gouvernement et ins-
évoluer, innover et s’adapter en continu,
quasi-totalement l’aboutissement des clé pour atteindre les Objectifs du Déve- quantitatif et qualitatif significatif, ce qui Ministère de la Santé a accordé plus titutionnalisation d’un Conseil d’établis-
voire à s’inscrire dans un esprit proactif,
actions entreprises dans ce secteur. loppement Durable (ODD) : les RH de a classé le Royaume parmi les 57 pays d’attention à l’amélioration quantitative sement et des commissions de gestion ;
de veille et d’anticipation, pour pouvoir
Ainsi, la performance et la réactivité la santé sont le moteur des avancées du monde souffrant d’une pénurie aigüe produire des professionnels capables et qualitative des études paramédicales • renforcement des missions des ISPITS
du système sont liées à la disponibi- en matière de santé (ODD 3), pour des en personnel soignant. Si les postes d’honorer ces défis. et à la valorisation de la profession dans qui doivent aussi développer la forma-
lité des personnels en quantité et qua- emplois décents, de sécurité mondiale budgétaires accordés au Ministère de A ses débuts, la formation du person-
lité satisfaisantes. La couverture par les et de croissance économique inclusive la Santé sont en hausse ces dernières nel paramédical au Maroc évoluait très
services de soins dépend du person- (ODD 8), de même qu’une opportunité années, leur nombre reste très en deçà Institut Filière Options
lentement, manquant de clarté, de posi-
nel de ‟première ligne” : médecins pour atteindre la Couverture Universelle des besoins. L’extension de l’offre de tionnement et de perspective. Sous le Oujda SAGE-FEMME Sage-femme
généralistes, mais surtout infirmiers en Santé et progresser vers plusieurs soins, notamment hospitalière, aggrave Protectorat, la formation était non struc-
et sages-femmes, qui sont la che- autres ODD, particulière- encore ce déficit, estimé en 2016 à plus TECHNIQUES DE SANTE Technicien de Radiologie
turée et insuffisante. Par conséquent,
ville ouvrière du Département de la ment les de 6 000 médecins et 9 000 infirmiers. l’héritage en matière de formation et Technicien de Laboratoire
Santé, le premier contact avec la «déterminants La densité des médecins, secteurs d’effectif des professionnels de santé Préparateur en Pharmacie
population rurale des zones sociaux de la public et privé confondus, est passée était faible et inadapté aux besoins de la
enclavées. santé». Aussi, de 0,43 à 0,62 pour 1 000 habitants population marocaine ; la majorité des SOINS INFIRMIERS Infirmier Polyvalent
En ce sens, la le Conseil inter- entre 1999 et 2016, tandis que celle cadres étaient étrangers et donc sus- Infirmier en Anesthésie-Réanimation
national des infir- du personnel infirmier a cru de 0,89 à ceptibles de quitter le Royaume.
mières, l’Organisa- 0,97. Ces chiffres demeurent faibles Infirmier en Soins d’Urgences et soins Intensifs
tion de coopération par rapport aux pays économiquement Désormais, les instances internatio- Infirmier en Santé Mentale
et de développement similaires et aux normes de l’OMS pour nales plaident vigoureusement pour une REEDUCATION ET RÉHABILITATION Kinésithérapie
économiques et l’Organisa- la Région Méditerranée : respectivement meilleure promotion et valorisation du
tion Mondiale de la Santé, 1,14 et 1,61. savoir infirmier et conseillent de miser Nador SAGE-FEMME Sage-femme
ont appelé les pays à investir Le problème ne se limite pas aux effec- sur les compétences des profession- SOINS INFIRMIERS Infirmier Polyvalent
davantage dans la formation tifs insuffisants ; il comporte aussi une nels paramédicaux pour répondre aux

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Dans l’Oriental

personnel infirmier qualifié en diverses Échanger… pour plus d’efficacité :


disciplines des soins infirmiers, obstétri- le crédo du Forum annuel AFRISANTÉ
caux et techniques de santé.
Il fut créé en 1951 et nommé «École Plusieurs rendez-vous devenus an-
des infirmières». Il a entamé la formation nuels au Maroc permettent désormais
des Adjoints de Santé Diplômés d’État aux professionnels de santé du conti-
en 1974. A partir de 1993, l’École est nent de se rencontrer et d’échanger.
devient «Institut de formation aux car- Le plus connu - dont la 4ème édition
rières de santé (IFCS) d’Oujda». Il abrite s’est tenue à Marrakech en mars 2017
à l’époque deux sections : Infirmiers - est sans doute le Forum AFRISANTÉ,
polyvalents et Sages-femmes. sous l’égide du Ministère marocain de
En 2002, l’IFCS d’Oujda connaît sa prin- la Santé. Sur deux journées denses,
cipale reconstruction / extension qui a 25 intervenants délivrent des contribu-
permis l’ouverture de plusieurs options tions qui offrent des regards croisés,
relevant du 1er cycle : souvent interpellateurs, aux 200 parti-
cipants venus de plus de 20 pays. La
• Infirmier en anesthésie & réanimation plupart sont originaires d’Afrique, mais
en 2005 ; la force des partenariats établis, sou-
• Kinésithérapeute en 2007 ; formation en cycle de Licence en 9 op- est à 100% pour les lauréats infirmiers vent historiques, la recherche de dé-
• Technicien de radiologie en 2008 ; tions relevant de 3 filières. L’implantation polyvalents de l’ISPITS d’Oujda, pour bouchés commerciaux nouveaux ou
• Technicien de laboratoire et Infirmier du cycle Master est prévue pour l’année l’essentiel dans la Région de l’Oriental. la volonté de partager des «best prac-
tion continue, la recherche scientifique le corps des IDE après une formation de en Santé Mentale en 2010. universitaire 2017-2018. Il est plus ou moins prononcé pour les tices» éprouvées ailleurs, conduisent
et technologique favorisant le dévelop- 3 ans dans les IFCS. Les effectifs des étudiants et lauréats autres options. Néanmoins, nombre de également d’autres nationalités à re-
pement de la profession d’infirmière Les options ouvertes en 2ème cycle : de l’SPITS d’Oujda ont nettement aug- lauréats travaillent de manière informelle joindre l’événement.
et des techniques de santé, le renou- Présentation de l’ISPITS d’Oujda menté depuis 2004 suite au renforce- dans le privé, en attendant d’être admis
vellement des pratiques infirmières et • Surveillant des Services de Santé en ment de la capacité d’accueil et surtout dans le public. De la programmation stratégique à une
techniques de santé, l’organisation des L’ISPITS d’Oujda est un Institut-siège 2010 ; après l’introduction d’autres spécialités réalisation effective, voire à son fonc-
services et des soins infirmiers et la réa- auquel est annexé l’ISPITS de Nador. • Enseignement Paramédical en 2012. qui ont mieux attiré les jeunes bache- En conclusion tionnement, bien des experts et des
lisation d’expertises ; Son évolution traduit celle de la forma- liers de la Région. Pour l’année univer- professionnels vont intervenir, interagir
• réingénierie pédagogique (adoption tion paramédicale, notamment depuis Avec le décret du 30 septembre 2013, sitaire 2016-2017, 711 étudiants sont La formation des prestataires de soins, parfois… ou se succéder sans jamais
du système modulaire, recrutement de 2005 suite aux travaux de construction l’IFCS devient l’Institut Supérieur des inscrits, dont 73,4% de filles. Cet effectif dont le personnel paramédical, a sus- se rencontrer. Les décideurs institu-
professeurs assistants, révision des ap- et de réaménagement dont il a bénéficié. Professions Infirmières et Techniques de va certainement s’accroître vu : cité la plus grande attention des déci- tionnels et politiques jouent aussi leur
proches, accréditation des filières, etc.) ; Il souligne également l’engagement des Santé d’Oujda. Il accueille 2 sections : deurs du Département de la Santé, qui rôle, souvent décisif. Toutes ces com-
• mobilisation de partenariats avec les responsables à répondre favorablement «Soins d’urgences et soins intensifs» et • la stratégie ministérielle en faveur de sont conscients de la mission indispen- pétences et ces volontés, dialoguent
institutions de l’enseignement supérieur aux exigences de la politique nationale «Préparateur en pharmacie», respecti- l’accroissement de la capacité d’accueil ; sable que doivent remplir les structures au sein du Forum AFRISANTÉ.
nationales et internationales pour, entre et aux besoins de la population dans la vement en février et septembre 2014. • l’extension des locaux de l’ISPITS de formation pour doter le système de Les lectures, parfois contradictoires,
autres, développer la recherche. Région, entre autres par la dotation en L’ISPITSO dispense actuellement une d’Oujda qui est en phase finale ; santé en RH qualifiées, compétentes, des problématiques posées à tous
• le marché de l’emploi devenu très pro- dévouées et soucieuses de concréti- ou presque, bien souvent dans des
Les établissements de formation : metteur ; ser la politique sanitaire du Royaume. termes voisins, s’expriment ici avec la
grands pourvoyeurs d’emplois • surtout, la valorisation du diplôme et Le renforcement des établissements de volonté de dégager des solutions opé-
les perspectives très attrayantes (Mas- formation a constitué une priorité de la rationnelles synonymes de progrès et
De 1956 à 2015, les écoles/instituts de ter, Doctorat, développement de la re- stratégie sectorielle 2012-2016. de partager des réflexions pour l’ave-
formation paramédicale ont formé plus cherche, progression vers le statut de Par ailleurs, la réforme des ISPITS s’ins- nir qui fassent avancer la noble cause
de 78 000 étudiants. Ce chiffre sera professeur de l’enseignement supérieur crit dans un chantier plus global de de la santé publique dans les pays du
revu à la hausse car le Ministère de la pour les enseignants des ISPITS, etc.). modernisation du système de santé continent. Contraints par les logiques
Santé s’est engagé à former 3 000 étu- marocain. Elle constitue un véritable financières, affaiblis par la fuite des
diants par an dans les ISPITS. L’élévation du niveau de la formation défi pour les ISPITS et un grand chan- cerveaux, limités par les difficultés
Les principales catégories formées et des effectifs de lauréats de l’ISPITS tier de changement qui doit impacter économiques des populations, les res-
jusqu’à 1993 sont les adjoints de santé d’Oujda dote la Région en ressources positivement la qualité de la formation ponsables des systèmes de santé et
brevetés (ASB), les adjoints de santé paramédicales qualifiées en diverses dispensée et, subséquemment, favori- les professionnels affrontent partout
diplômés d’Etat (ASDE), les adjoints spécialités, habilitées à prodiguer des ser le positionnement de la profession. des contextes compliqués.
de santé diplômés d’Etat spécialisés soins de santé de qualité. Jusqu’à pré- D’autres actions sont en cours afin de Chaque nouveau Forum AFRISANTÉ
(ASDES), puis les infirmiers diplômés sent, la totalité des lauréats choisissent revaloriser la profession paramédicale : marque les progrès accomplis et ouvre
d’Etat (IDE) de 2ème et du 1er Grade de travailler dans le secteur public éta- révision du statut du corps infirmier du des perspectives nouvelles.
depuis 1994. Cependant, nombre des tique et, en second lieu, au CHU. Le Ministère de la Santé et création d’un
Article de la rédaction
professionnels ASB et ASDE ont intégré taux de recrutement dans le public ordre des professions paramédicales.

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Dr. Karim BOURA

Interview
Une offre de soins nouvelle se construit dans l’Oriental, pour les brûlés et
le rajeunissement, deux sujets liés. Le Dr Boura, chirurgien plasticien, y
travaille et pense au «tourisme médical» comme un facteur de la faisabilité.

Quelles types de prestations sont La prise en charge de patient brûlés en Oui, j’y crois, puisque l’un ne gène pas
actuellement de votre ressort à Oujda ? phase aiguë nécessite des soins médi- l’autre… Le «tourisme médical» va se
développer car il apporte des solutions. L’0riental Marocain
fait son bilan de santé
caux spécifiques et des pansements ré-
Nous traitons la question du rajeunisse- alisés selon des savoir-faire particuliers : Il faut s’inspirer des techniques du mar-
ment d’une manière globale. Cela va du d’où l’intérêt de regrouper les compé- keting (les «offres packagées», les offres
régime alimentaire à visée rajeunissante, tences et moyens nécessaires en un en «menus», etc.) pour faciliter l’accès à
à l’ablation des excès graisseux, ou à la même lieu, donc un centre spécialisé. des disciplines autrefois inaccessibles.
lipoaspiration, en passant par les soins Un résultat satisfaisant, rapide et une Docteur Mohamed AMARA
esthétiques, les massages, ou encore prise en charge efficace va de pair avec 50 milliards de dollars ! Président d’Ordre Régional des Médecins de l’Oriental
l’exercice physique. Les techniques, un personnel très qualifié et formé aux
Tel serait selon les experts le poids
nombreuses, peuvent être exercées à spécificités de ces problèmes.
économique actuel du marché mon-
l’hôpital aussi bien qu’en clinique. A Oujda, de demande s’accroît logique-
dial du «tourisme médical», avec une
ment avec la démographie mais aussi
croissance estimée à 10% l’an. C’est
Y a-t-il aussi une logique écono- avec les dangers liés à l’usage de pro-
mique dans le développement à duits chimiques nouveaux dont l’effet
beaucoup.
Les Salons Africa Medical Tourism
Le Président de l’Ordre a une vision 360° du dispositif médical dans sa
Oujda des offres de soins en matière
esthétique et de réparation des préju-
sur la peau n’est pas toujours connu.
Donc, pour l’Oriental, le développement
Expo sont dédiés au développement Région. Expérimenté, il bénéficie de la profondeur du temps et documente
et à la promotion de l’offre continen-
dices dus aux brûlures ? d‘un centre spécialisé est nécessaire.
tale en la matière. Ils rassemblent les
sa réflexion aux meilleures sources. Ses conclusions laissent songeur :
Les deux offres sont liées car les deux Irez-vous jusqu’à promouvoir cette
experts et les acteurs majeurs du sec- non seulement le Maroc n’est pas des mieux placés pour la couverture
teur. Marrakech, qui combine la qualité
sont rares, demandent un haut niveau offre dans le cadre d’une action stimulant
du plateau médical (équipements et médicale, mais le contexte ne lui paraît pas favorable à l’investissement ;
de qualification et, dans la prise en ce qu’on appelle le «tourisme médical» ?
charge des préjudices consécutifs aux
personnels) et l’attrait touristique (avec en tous cas dans l’Oriental. L’accès aux soins est en question.
la capacité d’accueil hôtelière idoine),
brûlures, elles sont complémentaires. Nous allons proposer une offre adaptée

L
accueillait l’édition 2017 du Salon, du
Ainsi, le traitement des brûlures débute à la Région de l’Oriental pour combler
22 au 24 mars dernier, avec un thème
par la réparation des problèmes fonc- le vide existant avec toutes les solutions ’Ordre des médecins est un sident du Conseil National de l’Ordre et prises en charge dans notre Région,
en forme d’accroche :
tionnels - ce traitement est en majeure possibles pour traiter correctement ces organisme de droit privé, char- les Présidents des Conseils Régionaux. du fait du développement de l’offre
«Pour la création d’écosystèmes du
partie chirurgical - et se poursuit par la pathologies. Le «tourisme médical» est gé d’une mission de service Depuis toujours, les médecins du sanitaire aux différents niveaux : privé,
tourisme médical en Afrique».
prise en charge des problèmes esthé- une offre médicale spéciale, organisée public. Il défend l’honneur et Conseil ont été cooptés ou nommés, public et universitaire.
L’event a atteint son objectif : l’offre
tiques. Là encore, les techniques chirur- pour joindre l’utile à l’agréable et tra- l’indépendance de la profession médi- mais, depuis la nouvelle Loi 131-13, A titre d’exemple, dans le domaine de
africaine a désormais sa vitrine. Pour
gicales ont beaucoup progressé, avec vailler dans des conditions de bien-être cale, qu’il représente auprès de l’en- tous les membres sont élus au suffrage l’Oncologie, outre le projet colossal de
la Région de Marrakech-Safi, c’est
des procédés nouveaux d’expansion et absolument sans stress. Pour une semble de la société. universel par les confrères. la Fondation Lalla Salma, deux projets
une aubaine ; en fait, un créneau de
cutanée permettant de traiter les larges offre nouvelle de «tourisme médical» à C’est la seule institution qui rassemble Les dernières élections ont eu lieu le privés sont en cours de réalisation à
développement que le C.R.I. local
zones brûlées. Oujda, il faut trouver des formules pou- et fédère l’ensemble des médecins 22 juin 2014 ; elles sont considérées Oujda, qui faciliteront beaucoup le par-
accompagne. L’Oriental conserve ses
Cet apport cutané, ce sont des greffes vant intéresser nos malades marocains quels que soient leur statut, leur âge, comme un grand succès. Dans l’Orien- cours du patient.
chances à condition de s’organiser en
obtenues par des transferts à partir de et des solutions économiques bonnes leur mode d’exercice ou leur spécialité. tal Marocain, la participation s’est éle-
pôle(s), de s’affirmer incontestable par
zones non brûlées. Mais le maquillage pour le tourisme local tout en faisant L’Ordre est chargé, par la Loi 131-13, vée à 58% des 1 074 inscrits, qui ont Notre Région, compte tenu de ses res-
la qualité des soins (le haut niveau des
est aussi extrêmement utile dans la bénéficier nos malades des prestations de veiller au maintien et au respect par élu les membres du Conseil Régional sources économiques et de son niveau
équipements et des acteurs) et de de-
prise en charge des séquelles ; il doit nécessaires à leur guérison. Ceci est tous les médecins des principes du ainsi que ceux du Conseil National. de développement, est de moins en
venir une destination médicale connue
être pratiqué par des personnes spé- à développer dans l’Oriental, compte Code de déontologie médicale. moins attrayante pour les médecins,
comme telle. Éthique, responsabilité,
cialisées, très qualifiées, formées pour tenu de ses potentialités touristiques, et Fin de l’enclavement médical qui préfèrent s’installer dans de grandes
qualité et marketing seront les compo-
appliquer des techniques bien précises. cela peut se faire de manière intelligente L’Ordre est le garant de la qualité des et questions d’attractivité villes ou parfois restent à l’étranger et
santes à mettre en synergie.
Il s’agit donc de domaines qui sont de pour que tout le monde en bénéficie. soins offerts à la population ; il œuvre choisissent de ne pas rentrer au pays
Comme sur tout marché nouveau
véritables niches professionnelles. Le développement du «tourisme médi- et veille au quotidien pour préserver la La problématique de la santé dans notre tant les conditions qui leurs sont propo-
en forte expansion, une normalisa-
cal» favoriserait l’accès aux traitements qualité et la singularité de la relation pa- Région, vu l’éloignement géographique sées ailleurs sont attrayantes.
tion, des standards et une régulation
Allez-vous attirer des patients d’autres spécialisés des personnes brûlées et tient-médecin qui est l’un des éléments des grands centres médicaux nationaux
incontestable fondée sur un contrôle
Régions du Maroc ou de l’étranger ? permettrait de développer la prise en fondateurs de notre programme. que sont Rabat et Casablanca, a tou- Nos responsables doivent tenir compte
exigeant, seront des gages néces-
charge du rajeunissement cutané de L’Ordre des Médecins du Maroc trouve jours suscité de grands débats au sein de cet élément pour essayer, comme
saires pour installer une image et une
Les centres spécialisés dans le trai- manière plus globale. son origine dans un Dahir remontant au de la population. cela se fait pour les investisseurs indus-
notoriété appropriées. Pour la dimen-
tement des brûlures ne sont pas très 01 juillet 1941 et dans un autre Dahir du Il n’y a pas si longtemps encore, nous triels, d’améliorer l’attractivité de notre
sion touristique, sa variété comme ses
répandus actuellement. Ces traitements Plus généralement, croyez-vous au mo- 07 mai 1949 modifiant la Loi institution- adressions nos malades à Rabat afin de Région en valorisant en particulier la
centres d’intérêts, l’Oriental Marocain
demandent toute une panoplie de dèle économique du développement de nelle de 1941. se faire opérer pour une simple vésicule, qualité de vie et par la facilitation des
a de quoi répondre présente.
moyens qui ne sont pas très connus, ni l’offre de soins dans l’Oriental appuyé Le 05 septembre 1985, feu Sa Majesté mais actuellement, grâce à Dieu, plus procédures d’installation et d’investis-
encore regroupés en centre spécialisé. pour partie sur ce «tourisme médical» ? Article de la rédaction Hassan II nommait par Dahir le Pré- de 95% des pathologies peuvent être sement dans nos professions.

48 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 49


Dans l’Oriental

Indicateurs des ressources humaines / personnel médical en 2016


Les cliniques de l’Oriental Marocain
Nom de la clinique Directeur Nombre de lits
Effectif des médecins généralistes du secteur public 293
La Région de l’Oriental compte ainsi Clinique Ibn Rochd (ORL) Dr. Mohamed AMARA 6
Effectif des médecins spécialistes du secteur public 281 au total 610 lits d’hospitalisation (voir Clinique Achchark Dr. Mohamed TAIBI 30
(dont effectif des médecins spécialités d’ESSP) (3)
données détaillées dans les tableaux ci-
après) dans le secteur privé. Clinique Isly Dr. Jamal OUADFEL 27
Effectif des médecins généralistes secteur privé 196
Polyclinique de la CNSS Dr. Aziz MOSLEH 49
Effectif des médecins spécialistes secteur privé 319
Clinique d’Ophtalmologie Iris Dr. Chakib MOUMNI 6
Effectif des pharmaciens du secteur public 22
Clinique Le Maroc Dr. Jamal SAYAH 40
Effectif des pharmaciens du secteur privé 849
Clinique Ibn Sina Dr. Oukacha ZAHRAOUI 34
Effectif des chirurgiens-dentistes du secteur public 19
Clinique Chifaa Dr. Mouâd NOURI 20
Effectif des chirurgiens-dentistes du secteur privé 237
Clinique Al Irfane Dr. Chelqi EL HABRI 30
Habitants par médecin (toutes spécialités) des deux secteurs (public et privé) 2 165
Clinique Badr Dr. Abdelhafid ZOHIR 15
Habitants par médecin (toutes spécialités) des deux secteurs et des Centres Hospitaliers 2 096
Total - Oujda 257
Effectifs et densité médicale dans l’Oriental Marocain

Densité médicale et santé publique une meilleure prise en charge régionale Nom de la clinique Directeur Nombre de lits
de la santé. Polyclinique Beni Snassen Dr. Aziz KANTARI. 30
Le tableau ci-après établit un comparatif Le RAMED a suscité de grands espoirs
Clinique Hatim Dr. Mohamed LAZAAR 26
simplifié (Revue Actualités Marocaines mais il s’avère que le nombre de bénéfi- En conclusion
- mars 2013) entre des indicateurs de ciaires est trop important pour le budget Total - Berkane 56
l’état actuel des ressources humaines qui lui est alloué, ce qui tend à gripper La médecine dans l’Oriental Marocain
et la consommation médicale du Maroc la machine. a connu ces dix dernières années de
eu égard aux mêmes indicateurs éla- La couverture médicale est bien un Nom de la clinique Directeur Nombre de lits grandes mutations par la création de
borés dans plusieurs pays d’Europe et chantier qui progresse, mais elle reste nouvelles structures publiques et pri-
Polyclinique du Nord Dr. Mustapha AYAON 95
quelques pays du continent, dont trois encore en deçà des aspirations des vées et surtout par l’ouverture du CHU,
citoyens. L’année 2016 n’a vu l’installation que
du Maghreb : Clinique Al Wahda Dr. Benamar BOUJIDA 30 dont l’impact sur la santé de la popula-
d’une seule clinique privée dans l’Orien-
Polyclinique Al Hakim Dr. Maria Téresa CALVO GARRIDO 92 tion ne fera que grandir.
tal, ce qui souligne la difficulté de créer
Pays Nb médecin Dépenses de santé Dépenses de santé Les médecins souffrent d’un manque
Indicateurs de nouvelles structures répondant aux Polyclinique Rif Dr. Omar BENBOUCHTA 16
/1 000 hab / hab (en US$) / PIB d’incitations de nature à les aider à
normes exigées par le Ministère de la
France 3,06 4 691 3,5%
Clinique El Fellah Dr. Saliha OUTMANI 30 investir dans un environnement médi-
Santé.
cal international devenu très technique,
Allemagne 4,08 4 668 12,1% Il serait bon de réfléchir à un Code des Total - Nador 263 très onéreux, et cela dans le contexte
Investissements pour les établissements
Pays-Bas 2,92 5 593 9,5% d’une couverture médicale encore très
médicaux privés, qui prenne en consi-
insuffisante.
Maroc 0,6 148 5,5% dération l’éloignement géographique, la Nom de la clinique Directeur Nombre de lits
qualité de vie du personnel soignant, et Clinique Arrahma Dr. Helalia BENBOUCHTA 34
Algérie 1,2 178 5,8%
le niveau social des citoyens, sans pour
Tunisie 1,19 238 1,2% autant négliger la sécurité des patients, Total - Taourirt 34
Afrique du Sud 0,77 649 8,2% qui doit rester bien sûr un impératif in-
discutable.
Le Maroc doit cesser de trop regarder Le niveau du dispositif de santé doit être
La situation médicale au Maroc apparaît l’Europe pour y prendre modèle et es- à même d’inciter à l’investissement tout
donc comme très préoccupante, même Provinces sayer d’adapter ses structures et ses court, en général, dans notre Région.
eu égard à ses voisins situés à des ni- Oujda Nador Berkane Taourirt Driouch Jerada Figuig Total législations à la réalité marocaine ; un
veaux de développement comparables. médecin qui veut s’installer (j’allais dire L’existence de polycliniques privées
Ces dernières années, un grand effort a Secteur privé 238 155 78 23 16 6 8 524 qui voudrait bien) dans les oasis de Ich pluridisciplinaires conventionnées,
été fait au sein du Ministère de la Santé Secteur public 357 115 82 54 48 55 60 771 ou de Figuig doit avoir toutes les facilités le rayonnement du CHU, une santé
pour aboutir à la construction de nou- et toutes les aides morales, matérielles publique performante, ce sont autant
C.H.U. 80 - - 80
veaux hôpitaux dans l’Oriental Marocain et fiscales, car son installation va rap- d’éléments incitatifs non négligeables
(Taourirt, Jerada, Ahfir), mais la rareté F.A.R. 7 2 1 - - 1 2 13 procher la médecine au plus près d’une pour le développement de notre Région
des ressources humaines et le carac- Total 682 272 161 77 64 62 70 1 388 population qui est aujourd’hui souvent et cela ajoute un atout d’attractivité et
tère dispersé de l’habitat limitent beau- en difficulté pour accéder aux soins via de sécurité pour un potentiel investis-
coup leur impact et donc leur apport à Les médecins par Provinces et secteurs (CRONMO 2017) la rencontre avec un médecin. seur, en particulier s’il est étranger.

50 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 51


Dans l’Oriental

Ces chiffres sont plus élevés que ceux Mai 2014 : 254 patients démunis, d’âge moyen 46 ans Effectif %
de l’expérience de Tadla-Azilal, où 60%
Dépenses de soins des patients
Féminin 146 57,48
des patients hospitalisés ont engagé Genre
Masculin 108 42,52
moins de 500 Dh. Une grande dispari-
bénéficiaires du RAMED au Centre té marque les sommes engagées d’un
patient à l’autre et d’un Département à
Sans 87 34,25

Hospitalier Régional d’Oujda


Alphabétisation 38 14,96
l’autre : l’écart-type est de 3 900 Dh, Niveau scolaire Primaire 72 28,35
les valeurs extrêmes oscillant de 50 à Secondaire 43 16,93
35 200 Dh.
Fatima Zahra MBARKI Universitaire 14 5,51
Le «out of pocket» était important pour
Directrice de l’Institut Supérieur des Professions les bénéficiaires souffrant d’une affec- Région de l’Oriental 250 98,42
Infirmières et Techniques de Santé d’Oujda tion de longue durée (ALD). Leur hos- Provenance Urbain 203 79,92
pitalisation a nécessité en moyenne Rural 51 20,08
1 640 Dh ; la moitié ont payé plus de Secteur formel 9 3,54
1 100 Dh, y compris les patients ayant Occupation / PEC par
Secteur informel 98 38,58
une insuffisance rénale chronique
L’application du Ramed dans la Région de Tadla-Azilal fit office de test terminale (moyenne de 1 300 Dh ;
Journalier 27 10,63

et de prélude à son lancement ; les leçons qui en furent tirées ont en valeur médiane de 1 025 Dh), ce qui
concorde avec les résultats de Tadla-
Chômage
Sans et PEC par la famille
22
92
8,66
36,22
quelque sorte validé le modèle de départ. Celui-ci n’est pas une prise en Azilal en soulignant que 70% des inter-
(PEC = prise en charge)
Sans et PEC par des bienfaiteurs 6 2,36
viewés atteints d’une ALD paient de
charge totale, comme le montre l’auteure par les données recueillies, leurs propres moyens l’achat du médi-
Avec reçu 41 16,14
Avec carte 213 83,86
sa réflexion et ses analyses, mais il marque bien des avancées : faire cament de façon récurrente. Profil du patient
Pauvres 149 69,95
Les patients hospitalisés du Départe-
échapper le patient démuni au statut public d’indigent en est une. ment de Chirurgie étaient les plus trau- Vulnérables 30 14,08
matisés par ces dépenses vu le coût Ne sait pas 34 15,96

L
onéreux des dispositifs médicaux, par- ALD 135 53,15
’amélioration et l’extension RAMED, nous avons choisi d’en faire le ticulièrement pour les interventions de Pathologie avant Aigüe 49 19,29
souscription au RAMED
de la couverture médicale thème d’un mémoire sur la satisfaction traumato-orthopédie et de neurochi-
Rien 70 27,56
constituent l’un des piliers des bénéficiaires hospitalisés au CHR Al rurgie. Ils ont engagé près de 4 300 Dh
Département Médical 140 55,12
du développement humain Farabi vis-à-vis de ce régime. en moyenne par patient ; 50% d’entre
et social. Pour cela, le Maroc a institué Cet article expose les résultats inhérents eux ont déboursé plus de 1 650 Dh. Répartition par discipline Département Chirurgical 79 31,11
en 2002 l’Assurance Maladie Obliga- à l’une des dimensions mesurées : la Malgré ces frais, 56% de l’ensemble Département Mère-Enfant 35 13,78
toire (AMO) et le Régime d’Assistance des pays à revenu élevé : Brésil, Chili, perception des bénéficiaires quant à «la des consultés et 57% du groupe avec
Médicale (RAMED), avec pour horizon la Chine, Mexique, Rwanda et Thaïlande contribution du RAMED dans la réduc- une ALD ont jugé que le RAMED a Caractéristiques des patients RAMEDistes hospitalisés au CHR Al Farabi
mise en place progressive de la Couver- ont récemment fait des progrès impor- tion des dépenses de soins engendrées réduit leurs dépenses de soins, contre eux. D’après nos questionnaires, a précisé que les dépenses directes des
ture Santé Universelle (CUS). En effet, tants vers cette couverture . par leur hospitalisation» et l’estimation 39% qui n’étaient pas d’accord (en 70% sont classés pauvres, 58% n’ont ménages dissuadent les personnes d’uti-
l’Organisation Mondiale de la Santé Le Maroc a généralisé le RAMED à l’en- du montant supporté par ces patients. général des patients avec une ALD pas de revenu ou un revenu faible et liser les services de santé et les poussent
(OMS) et la communauté internationale semble du Royaume depuis le 13 mars récente, ayant bénéficié de la prise en instable, 39% sont totalement pris à reporter des examens médicaux. On
font de la CUS un objectif-clé pour ren- 2012. Bénéficiant de toute l’attention et Une part notable à prendre en charge en charge par des tiers, notamment estime qu’une majorité des 1,3 milliard
forcer les systèmes de santé et faciliter du soutien Royal, la mise en œuvre de la famille (36%). En conséquence, les de pauvres du monde n’ont aucun accès
l’accès de tous à des services de qua- ce régime traduit les efforts du Royaume Cette investigation a dévoilé que seul prestations recommandées étaient aux services de santé, faute de pouvoir
lité, sans appauvrissement. pour honorer son engagement inter- 10% de la population étudiée a bénéfi- achetées moyennant de l’aide pour les payer.
Selon l’OMS, le coût des prestations national relatif à la CUS et concrétiser cié de la prise en charge complètement 52% des consultés (vs 66% du Les prestations les plus prescrites étaient
limite l’accès des pauvres aux soins et les droits de l’Homme : ici, le droit aux gratuite. Autrement dit, 90% des béné- groupe avec une ALD). Le recours à les médicaments (74% des RAMEDistes
fait basculer des millions de personnes soins de santé stipulé par l’article 31 de ficiaires hospitalisés pendant la période l’emprunt était cité par 7%. ont dû en acheter durant l’étude), suivi par
dans la pauvreté : 150 millions de per- la Constitution de 2011. de l’étude ont payé de leurs propres 3 patients (sous hémodialyse) ont dé- les examens de laboratoire, la radiologie
sonnes par an (44 millions de ménages) moyens une somme plus ou moins im- claré avoir renoncé depuis plus d’un et les dispositifs médicaux, chez respec-
font face à des coûts de soins catas- Le RAMED entend donc répondre au portante en fonction de la morbidité et an à l’achat des médicaments et des tivement 54%, 24% et 16% des patients
trophiques et 100 millions de personnes souci d’équité et de justice sociale dans des prestations offertes : analyses biologiques. Le renonce- concernés. Le test de Tadla-Azilal a ré-
par an (29 millions de ménages) passent l’accès aux soins pour les populations ment aux soins faute de moyens est vélé que le médicament est indisponible
sous le seuil de pauvreté en raison de démunies, en réduisant la stigmatisation • en moyenne, chaque patient concer- charge gratuite depuis le début de leur constaté partout dans le monde, y dans les structures de soin pour 76%
dépenses de ce type. Depuis une dé- et les barrières liées à l’ancien système né a mobilisé 2 350 Dh pour acquérir du maladie, ou des patients dont les frais compris dans des pays riches, mais des prestations ; l’achat des médica-
cennie, de nombreux pays à revenu d’exemption de paiement fondé sur le privé les prestations en rupture ou dont étaient importants). plus fréquemment dans les pays ments et des explorations fonctionnelles
faible et moyen ont montré que se rap- certificat d’indigence. l’hôpital n’a jamais disposé ; Bien sûr, les dépenses à la charge de pauvres. L’OMS, dans son rapport était affirmé par 42% des interviewés ;
procher de la CUS n’est pas le privilège Vu l’importance politique et sociétale du • 50% ont versé plus de 1 040 Dh. patients démunis sont lourdes pour sur la santé dans le monde de 2010, 39% ont procuré des médicaments de

52 oriental.ma - N°18 - Août 2017 oriental.ma - N°18 - Août 2017 53


Alain ACHARD
Prospective de l’hôpital du futur en Afrique
Dans l’Oriental
Vice-Président Santé Edeis / France

Edeis commercialise son ingénierie, des services et la gestion d’infrastructures complexes.


L’Hôpital en est une. Il y faut anticiper les tendances à court et moyen termes, s’inscrire
surconsommation et valoriser les soins. dans les orientations du développement durable, des smart buildings, etc.
Mai 2014 Somme totale Moyenne Ecart-type Médiane
Par ailleurs, créer une mutuelle, une
Dép. Chirurgical 262 692 4 306 6 024 1 650 assurance ou toute autre forme de prise
Dép. Médical 170 962 1 598 1 813 1 100 en charge financière des malades n’a L’hôpital du futur en Afrique sera plus per un éventuel afflux massif de patients • le calage des études avec le Maître
guère de sens lorsque la population petit, plus spécialisé, plus concentré (catastrophes, grandes pandémies, d’Ouvrage et les futurs exploitants ;
Dép. Mère-Enfant 14 860 646 831 250 n’a plus confiance dans le système de et surtout plus ambulatoire. Il sera plus etc.). Dans ces perspectives, comment • une délégation, à imaginer, de tout
ALD 168 512 1 638 1 831 1 100 soins. Subséquemment, il est crucial petit par l’effet combiné du développe- capitaliser sur l’existant ? Tendre vers ou partie de l’exploitation au privé sur
de réhausser la qualité des services de ment ambulatoire médecine/chirurgie un modèle plus ouvert et plus souple, contrat de performance.
Non ALD 198 882 3 180 5 303 910
santé, de renforcer l’offre de soins pour et de l’arrivée des innovations tech- c’est utiliser tous les leviers :
Médicaments 60 345 420 875 260 pouvoir ensuite relancer la demande et nologiques. Il sera plus spécialisé et Quelles caractéristiques pour les PPP ?
Dispositifs médicaux 130 150 3 828 6 475 635
vice versa. De ce fait, le CHR Al Farabi plus concentré, car sa morphologie
doit proposer les prestations indispen- sera adaptée à sa destination. Un bon D’après l’expérience de plusieurs pays
Imagerie 168 210 2 588 2 411 1 900 sables à la prise en charge des morbidi- exemple en est fourni par le modèle (France-Canada-Espagne-Chili) :
Examens laboratoire 89 809 781 567 650 tés les plus fréquentes et/ou prioritaires économique dit «Life Cycle Hospital»
qu’il est censé prodiguer de par sa vo- (Cycles de Vie) ; ce modèle, d’origine • réserver la procédure aux bâtiments
Ensemble 448 514 2 348 3 908 1 041
cation régionale. néerlandaise, est reconnu. Il permet : neufs et simples et la proscrire pour
Dépenses supportées par les RAMEDistes hospitalisés au CHR Al Farabi une réhabilitation, notamment vu le pro-
Un CHR peut solvabiliser les démunis • d’harmoniser la durée de vie des bâti- blème particulier de la durée de vie d’un
leurs propres moyens. Les médica- Malgré les dépenses dues à leur hos- ments avec la durée d’hospitalisation Plateau Technique Médical (l’utilisateur
ments, prescription la plus fréquente, pitalisation, 66% des RAMEDistes ont À ce niveau, le Ministère de la Santé doit (PTM/Hospitalisation/Logistique) ; perd la Maîtrise d’Ouvrage, toutes les
sont néanmoins les moins pesants : les exprimé leur satisfaction à propos du accompagner les hôpitaux, affecter les • d’anticiper les travaux de rénovation, modifications coûtent très cher) ;
RAMEDistes en ont payé en moyenne RAMED ; 25% se disant très satisfaits. ressources et équipements nécessaires transformation et extension du bâtiment ; • la Maîtrise d’Ouvrage doit s’entou-
pour 420 Dh et 50% moins de 260 Dh. Respectivement 69% et 73% des pa- et procéder au recouvrement des re- • de prendre en compte le processus rer de conseils (techniques, juridiques,
Les autres prestations ont nécessité : tients ayant déjà fait usage du certificat cettes afférentes aux dossiers RAMED. de travail. Demain, l’incontournable @ santé financiers, voire stratégiques) ;
781 Dh en moyenne (médiane à 650 d’indigence ont approuvé les formules : Le CHR Al Farabi peut : • adopter une programmation très pré-
Dh) pour les examens de laboratoire, 2 ‟le RAMED permet de demander les Cette réflexion sur la séparation et la • d’abord, celui du territoire pour cibler cise, de type performantielle ;
588 Dh (médiane à 1 900 Dh) pour les soins avec dignité” et ‟facilite l’utilisation • établir des partenariats public-pri- spécialisation des volumes conduit à au mieux les futures populations rurales • s’attendre à un dialogue compétitif
explorations d’imagerie et en moyenne des services hospitaliers”. vé pour les prestations très deman- concevoir et construire en fonction de (sur les 2,5 milliards d’habitants du très long (pour le demandeur, mais aus-
3 828 Dh pour les dispositifs médicaux Le RAMED est un chantier de société. dées dont l’hôpital ne dispose pas, à couples coûts/obsolescence. continent envisagés en 2050, les villes si pour l’offreur) ;
(médiane à 635 Dh). Le Maroc doit réussir ce chantier et l’exemple de l’IRM et de certaines ana- En Afrique, on prendra le «virage ambu- en accueilleront 60% à 70%) ; • savoir que le type de groupement choisi
trouver, en plus, des approches adap- lyses de laboratoire ; latoire», qui impactera fortement les in- • l’innovation (télémédecine/téléchirurgie) ; est stratégique pour la réussite du PPP.
Des dépenses pour partie évitables tées pour garantir une couverture ma- • commander des médicaments selon frastructures de santé de demain, par : • les futurs technologies comme :
ladie à toute sa population. Les expé- les morbidités et des besoins réels des - l’IRM low cost du MIT (50 000 US$) ; Sur 25 ans, les coûts d’un bâtiment
Les entretiens avec des médecins et riences dans le monde sont riches, qu’il unités de soins et services techniques ; • son intérêt pour le patient (accessibi- - l’endoscope jetable, qui supprimera la hospitalier se ventilent en 25% pour l’in-
des gestionnaires sur les raisons pour faut documenter et partager pour s’ap- • officialiser, via la cellule de l’assistance lité/sécurité/qualité) ; stérilisation délicate de ces équipements ; vestissement et 75% pour l’exploitation.
lesquelles les RAMEDistes doivent proprier les modèles les plus proches sociale, l’intervention de la société civile • son intérêt pour le personnel soignant - le Doppler à énergie solaire, etc. ;
acheter ces prescriptions dans le privé du contexte marocain, parallèlement à par des actes de bienfaisance concer- (sécurité/confort) ; • @ Santé (abolition des frontières pour Faut-il donc inventer un PPP Africain ?
ont dévoilé les facteurs suivants : une juste compréhension de la couver- nant les équipements et les malades • la rationalisation et la maîtrise des dé- les données).
ture médicale existante par des études démunis, pratique connue dans la Ré- penses de santé (le patient est au bon C’est possible. Ce PPP s’adapterait aux
• rien ne mentionne sur le dossier du en ce sens. gion et nécessaire pour soulager le reste endroit au bon moment) ; Quel cadre légal et contractuel ? situations sanitaires de chaque pays…
malade qu’il est RAMEDiste ; D’autre part, la réussite du RAMED à charge lourd pour les RAMEDistes ; • le décloisonnement de l’offre de soins voire de chaque région. Il permettrait :
• l’hôpital connaît de fréquentes pannes passe par la disponibilité d’une offre de • améliorer le système d’information et au profit des parcours de soins. Les besoins de financement sont très
du scanner, des ruptures des réactifs soins accessible, notamment financiè- la communication entre le service d’ad- importants (estimés à 170 milliards de • la remise à niveau des infrastructures
pour examens de laboratoire et des rement. Ceci ne prétend pas à l’adop- mission et les services de soins pour Contraintes, exigences et vision US$ pour la santé en Afrique sur la de santé de tous niveaux d’une région ;
pannes de certains automates ; tion de la gratuité totale mais à des assurer une traçabilité du passage du période 2015-2030, dont 68 pour les • pour les études, un modèle proche de
• certains médecins prescrivent les approches étudiées et adaptées. En patient dans l’hôpital et la qualité des Quelle que soit la procédure, la réalisa- infrastructures de santé). Les partena- ce que font les Chiliens (du Centre Hos-
princeps et critiquent les génériques ; ce sens, le mécanisme et les critères informations médicales et administra- tion d’un espace hospitalier demande riats public-privé (PPP) sont l’une des pitalier Universitaire et jusqu’aux dispen-
• protocoles de soins non standardisés ; d’éligibilité au RAMED doivent être très tives portées sur le dossier du malade ; un délai de conception, de construction solutions : c’est un outil mis en œuvre saires), développer les études jusqu’au
• la commande des médicaments par rigoureux pour ne pas inclure ou ex- • rationaliser les prescriptions et pour et d’équipement de 10 à 20 ans. Donc, à travers un bail de longue durée pour stade de l’avant-projet et consulter pour
le service dédié est une reconduite de clure à tort des citoyens. De même, les cela sensibiliser le personnel en matière l’Hôpital africain de demain aura une ar- déléguer une mission de service public. le PPP sur cette base (donc, suppres-
commandes précédentes ou basée sur études ont montré que les populations de santé publique et d’économie de la chitecture, mais surtout des process qui Les PPP sont probables, mais avec sion du dialogue compétitif technique) ;
la consommation du mois précédent ; seraient prêtes à assumer les frais des santé (l’engagement du facteur humain devront être plus flexibles et adaptables quelques conditions, dont : • une exploitation ajustée en fonction de
• rupture de stock des médicaments et soins à condition de bénéficier d’une est une exigence pour la réussite du («flexi-adaptatibilité»). Le montant de la situation, qui peut même être parta-
consommables par retard de livraison, prestation de qualité. Certains auteurs RAMED) via la formation continue, mais l’investissement doit être cohérent avec • la bonne définition des besoins ; gée entre les acteurs publics et privés.
mauvaise commande ou mauvaise ges- préconisent de maintenir une partie des aussi en intégrant ces modules dans la la notion de coût global, car il est lié au • la définition des projets au niveau d’un Synthèse de la rédaction d’après
tion par certains services. frais à la charge du patient pour éviter la formation de base des professionnels. coût d’exploitation. Il faudra aussi antici- «territoire de santé» ; une communication au Forum Afrisanté 2016

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International

2- Les principales maladies


menaçant la survie de l’enfant Indicateur Situation du pays Commentaire

Économie de la santé 2.1. Maladies diarrhéiques Mortalité infantile 116‰


97‰ en 1995, puis 132‰
en 2003 et 116‰ en 2010

en Centrafrique,
Leur prévalence est plus élevée chez les
enfants de 1 à 3 ans (23,7%), avec un Taux d’accouchements assistés 53,8%

entre crises et réformes


pic entre 12 et 23 mois (33,3%). Prévalence contraceptive 9,3%
La prise en charge des cas de diarrhée
Bseoins non satisfaits en PF 27%
chez l’enfant par le SRO, qui avait connu
un essor entre 2000 et 2006 avec une Mortalité maternelle 890 pour 100 000 NV La 3ème plus élevée au monde
Fernande NDJENGBOT couverture passée de 17,2% à 34,3%, Indice synthétique de fécondité 5,1
Ministre de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Population a rechuté en 2010, à 15,6%.
République Centrafricaine Taux de fécondité chez Induit en partie la hausse des taux de
22,9%
les adolescentes (15-19 ans) mortalité et de morbidité maternelle
2.2. Infections Respiratoires Aigües (IRA)
Elles sont la seconde pathologie chez Taux de mortalité 8ème rang parmi les pays les plus
179%
infanto-juvénile affectés au monde.
les moins de 5 ans. Au plan national,
la prévalence de la pneumonie est esti- Principaux indicateurs de la santé de la mère et de l’enfant
Elle-même médecin, Madame la Ministre livre un diagnostic rigoureux et mée à 6,9%, proportion stable compa-
sans concession sur l’état du dispositif de santé publique dans la RCA rée à 2006. 2.6. Maladies évitables par vaccination dence de 367 cas/100 000 habitants en
La couverture de la prise en charge En 2013, seules 365 des 758 FOSA 2012, toutes formes cumulées, et une
d’après-crise, où l’essentiel est à rebâtir et même ré-inventer. L’urgence des IRA est restée stable pendant une accessibles mènent les activités du prévalence de 520 cas/100 000 habi-
est telle que la pensée économique peine à trouver sa place dans l’action, décennie (39% en 2006) ; elle est des- Programme Elargi de Vaccination (PEV), tants. Les cas notifiés de tuberculose
cendue à 31,3% en 2010. soit une couverture géographique de atteignent 8 623, avec 4 199 nouveaux
mais elle éclaire la réflexion. Toute une économie de la santé à repenser. 48%. Le pillage des équipements de la cas TPM+.
2.3. Paludisme chaîne de froid et des moyens de trans- Le taux de létalité de la tuberculose est

L
C’est l’une des principales causes de port a limité les centres PEV fonction- passé de 2% à 5% de 2008 à 2011.
a RCA est un pays enclavé lence, exacerbées par les événements peuvent être utilisés par les structures décès des moins de 5 ans. Il cause aus- nels à 290. Selon l’Institut Pasteur de Bangui en
de 623 000 km², niché au de 2013, ont abouti à une aggravation de santé. La téléphonie mobile facilite si l’anémie des enfants et l’absentéisme Seuls 13% des enfants sont complète- 2009, le niveau de résistance primaire
cœur de l’Afrique. sans précédent de la vulnérabilité de la la communication entre les principales scolaire. Des mesures préventives, dont ment vaccinés à l’âge de 1 an. à au moins une molécule est de 14,7%.
Selon les projections du majeure partie de la population, à par- villes du pays ; Internet génère une télé- les moustiquaires imprégnées d’insecti-
Recensement Général de la Population tir d’un niveau pré-existant d’extrême phonie très limitée. cide (MII), peuvent réduire fortement la 3- Situation de la triade Paludisme, 3-4- Maladies Non Transmissibles
et de l’Habitat (RGPH 2003), la popula- pauvreté, car, avant la crise, la Répu- mortalité du paludisme chez les enfants. Tuberculose et VIH SIDA Les maladies cardiovasculaires, selon
tion centrafricaine était estimée en 2015 blique Centrafricaine était déjà classée L’état de santé et la situation 3-1- Paludisme les données hospitalières 2008-2010
à 4 953 000 habitants, avec un croît au 179ème rang(1) sur 187 pays selon sanitaire de la population 2.4. Malnutrition C’est l’une des premières causes de concernent 197 cas, dont 16 décès,
annuel naturel de 2,5%, 49% de jeunes l’Indice de Développement Humain. La malnutrition aiguë demeure l’une morbidité et de mortalité chez les moins pour les AVC et 85 cas pour les cardio-
âgés de moins de 18 ans et 50,2% de Fin 2013, le PIB par habitant était de Le taux de mortalité avait connu une des 5 premières causes de mortalité de 5 ans. Il serait responsable de 58% pathies rhumatismales.
femmes. Le Nord-Est du pays demeure 333,20 USD, en baisse de 33% par rap- baisse progressive sensible, de 26‰ en des moins de 5 ans. L’enquête SMART des consultations externes (vs 40% en L’hypertension artérielle affiche une pré-
sous-peuplé, avec une densité de 0,9 port à 2010(2). 1959, à 18‰ en 1975, pour atteindre 2012 (Unicef) montre que les immenses 2001) et de 54% des décès hospitaliers valence de 34,5%. 90,7% des hyper-
habitants/km2 dans la Préfecture de la Hormis 835 km de routes bitumées, le 17‰ en 1988. A partir des années potentialités du pays ne sont pas mises (vs 23% en 2005). tendus ne sont pas sous traitement.
Bamingui-Bangoran. La Préfecture la réseau routier interne (24 000 km) est 1990, la situation sanitaire a commen- à profit pour leur bonne alimentation. Le diabète touche 19,6% des adultes.
plus dense est celle de la Basse-Kotto, constitué de routes nationales, régio- cé à se dégrader. L’épidémie du VIH/ Le taux global de malnutrition aiguë 3-2- VIH/SIDA Le pourcentage des personnes sous
avec 17,5 habitants/km2. La capitale, nales, et de pistes rurales, presque SIDA combinée à la profonde dégrada- sévère est de 7,8%, tandis que le taux La prévalence de l’infection au VIH chez traitement contre l’hyperglycémie
Bangui, atteignait une densité de 12 toutes à ce jour impraticables. Dans tion des conditions de vie de la popu- de malnutrition chronique a augmenté les adultes de 15 à 49 ans était de 4,9% connue est de 0,8%.
218 habitants/km2 en 2014. 37,9% de certaines localités, les routes sont inter- lation sont les principaux facteurs de au cours des 4 dernières années pour en 2010, contre 6,2% en 2006. Les cancers rapportés de 2008 à 2010
la population vit en zone urbaine. Au rompues par des cours d’eau, ce qui l’aggravation de la mortalité globale(3), atteindre 40% en 2012. Une grande disparité existe entre Pré- comptent 245 cas, pour 153 décès. Les
plus fort de la crise de décembre 2013, oblige à utiliser des bacs ou pirogues. passée à 20,06‰. L’espérance de vie La carte des niveaux de vulnérabilité fectures : de 1% dans l’Ouham à 11,9% plus fréquents sont ceux du sein (66%),
on notait un mouvement de populations Le réseau aérien domestique compte 4 est passée de 49 ans en 1988 à 43 ans montre que, avant la crise, la situation dans le Haut Mbomou. L’épidémie est du col de l’utérus (64%), de la pros-
vers les villes qui semblaient plus en aérodromes bitumés, dont l’utilisation en 2003 nutritionnelle était déjà préoccupante. donc de type généralisé. La séropré- tate (34%), du foie (28%), du colon et
sécurité. est limitée par les inondations pendant valence est plus élevée en milieu ur- du rectum (26%) et les lymphomes non
Des milliers de personnes ont été vic- la saison des pluies, voire par le manque 1- La santé de la mère et de l’enfant 2.5. Infection au VIH bain (7,9%) qu’en milieu rural (2,9%), Hodgkiniens (14%).
times des combats et d’agressions d’entretien. La fécondité est précoce et se poursuit La mortalité due au SIDA n’est pas très tendance observée pour les femmes Les maladies respiratoires chroniques,
ciblées, certaines perdant la vie ou des Pour les télécommunications, les Direc- durant toute la vie génésique. La fécon- bien documentée, bien que l’infection (10,3% vs 3,7%), les hommes (4,8% vs de 2008 à 2010, ont concerné 4 258
biens, d’autres sont handicapées, et les tions Régionales et Préfectorales ainsi dité des adolescentes pose d’énormes au VIH fasse partie des 10 premières 1,9%) et les jeunes (4,4% vs 1,6%). cas de broncho-pneumopathies obs-
déplacés sont près d’un million. A ce que certains Centres de santé qui étaient défis de santé compte tenu des risques causes de mortalité infantile. Le taux de tructives rapportés, ainsi que 132 cas
jour, plus de la moitié de la population équipés en radio VHF, ont tous été pil- de complications de la grossesse et de transmission mère/enfant est de 9,83%, 3-3- Tuberculose d’asthme, sans aucun décès.
dépend de l’aide humanitaire. Les pé- lés. Les émetteurs de la gendarmerie, l’accouchement, dont les fistules obsté- loin de l’objectif de l’élimination fixé à Le Programme National de Lutte contre Le tabagisme est la principale cause
riodes récurrentes d’instabilité et de vio- de la police et des entreprises privées, tricales. moins de 5%. la Tuberculose (PNLT) donne une inci- des maladies non transmissibles. Sa

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International

aucun cas de Ver de Guinée n’a été no- L’offre de services de santé
tifié en RCA. Ceci peut éventuellement
être dû à une défaillance du système de Sur 814 FOSA en 2014, seules 55,3%
surveillance consécutive à la crise. sont fonctionnelles au niveau national ; la
Un cas d’Ulcère de Buruli a été confirmé part non fonctionnelle variant de 51,7%
en octobre 2006 pour la première fois à 17,9% selon la Région.
en RCA, mais l’ampleur de la maladie
n’est pas encore bien connue. Infrastructures
Le Pian est endémique dans 2 Préfec- 96,1% des FOSA sont des Centres de
tures avec une nette prédominance en Santé ou Postes de Santé. Au niveau
milieu pygmée. national, 27,5% des FOSA ont été par-
tiellement ou totalement détruites, avec
La gouvernance et le leadership une grande disparité selon la Région :
de 6,5% à 46,1%. Il faut une analyse
L’organisation du système de santé est plus approfondie pour arriver à une pla-
pyramidale à 3 niveaux : central, inter- nification rationnelle des reconstructions
médiaire et périphérique. Elle est régie et mobiliser les ressources nécessaires.
par le Décret n° 05.121 du 06 juin 2005, L’analyse montre aussi une inégale ré-
portant organisation et fonctionnement partition selon les régions : une seule a
du Ministère de la Santé Publique, de la plus de 2 structures pour 1 000 km2.
Situation nutritionnelle par Région en 2012 Population et de la Lutte contre le SIDA.
Le niveau central est responsable de Equipements biomédicaux
prévalence en milieu scolaire atteint 9% 4- Maladies Tropicales Négligées (MTN) la conception, la coordination et l’en- Urgences et catastrophes • une insuffisance ou une faible capacité Au niveau des FOSA périphériques, la
et 14,1% chez les 25 - 64 ans (hommes Une enquête de 2008 dans 8 Préfec- cadrement de la politique générale du des salles de réanimation ; liste des équipements prévus est assez
22,8%, femmes 5,5%). tures sur les 16 que compte le pays secteur, ainsi que des actions d’enver- Les principales crises humanitaires, en • l’insuffisance des moyens roulants, exhaustive, par nature et qualité. Mais
La consommation abusive d’alcool montre qu’elles sont toutes endémiques gure nationale. Il comprend le Cabinet dehors des crises politico-militaires : 8 des réactifs de laboratoire, du matériel elles restent sous-équipées en dépit d’im-
sévit : 36,3% des hommes consom- de la Filariose lymphatique. Depuis du Ministre, la Direction de Cabinet, crashs d’avion ces 20 dernières années de réanimation, d’oxygène, de radiolo- portants apports extérieurs (logistiques,
ment par jour 5 verres standards ou 1998, l’Onchocercose est endémique 3 Directions générales, 12 Directions (120 morts et plus de 300 blessés), les gie, des films et cartes pour l’imagerie matériels de froid et matériels biomédi-
plus d’alcool et 20,3% des femmes 4 dans 10 Préfectures (6 042 villages) où centrales subdivisées en services et inondations et pluies diluviennes, les médicale, en dehors du Complexe Pé- caux), souvent mal gérés, mal entretenus
verres standards ou plus. vit près de la moitié de la population. sections. A ce niveau se trouvent les accidents de la voie publique, les nau- diatrique de Bangui ; et parfois inadaptés. Les amortissements
L’inactivité physique concerne 24,7% La cartographie des autres MTN - Etablissements de diagnostic et de trai- frages à répétition des baleinières, les • l’insuffisance en quantité et qualité et remplacements du matériel ne sont
de la population (20,4% des hommes, telles la Schistosomiase, les Géo-hel- tement de référence nationale appuyant feux de brousse et incendies de citernes des Services des Urgences et leur faible pas planifiés. Tout ceci a généré la fai-
29% des femmes). minthiases et le trachome - n’est pas la formation universitaire, médicale et d’essence, des épidémies de méningite capacité d’accueil ; blesse des plateaux techniques et donc
La consommation insuffisante de fruits encore complète. Depuis fin 2005, la paramédicale. à méningocoque, grippe, hépatite virale • l’absence de plan hospitalier face aux des prestations de faible qualité. Cette
et légumes (moins de 5 portions par RCA a atteint le seuil de l’élimination de Au niveau intermédiaire, 7 Directions ré- et rougeole. urgences et catastrophes ; situation a été aggravée par la crise, avec
jour) touche 66,1% des sujets (70,8% la lèpre en tant que problème de santé gionales assurent l’appui technique et le Face à cela, le Gouvernement a mis en • l’absence de préparation et de forma- la destruction massive des infrastructures
des hommes, 61,5% des femmes). publique national (moins de 1 cas pour suivi de la mise en œuvre des politiques place par un Arrêté de 2005 un Comité tion au management d’un afflux massif et le pillage des matériels et mobiliers de
10 000 habitants). En fait, la maladie est définies au niveau des Districts sani- Interministériel chargé de la coordina- de victimes multiples ; bureau, matériels biomédicaux et autres
3-5- Troubles mentaux confinée à des régions précises, où ce taires. Les Directions régionales relèvent tion en cas de calamités et de catas- • l’absence de Service de Réanima- équipements, dont l’essentiel a été fourni
1 959 cas de problèmes mentaux sont seuil n’est pas atteint. Depuis 2008, ce de la Direction de Cabinet. Le niveau trophes naturelles. Un autre Arrêté a tion et Soins intensifs de grandes par les partenaires du développement.
rapportés de 2008 à 2010, dont 314 programme manque de financement. périphérique comporte 12 Préfectures fixé les modalités de prise en charge capacités ; Des 81 véhicules ne restent que 56 dis-
épilepsies, 1 261 psychoses et 300 ma- La situation est aggravée par les crises, sanitaires, 10 districts sanitaires et les des urgences dans les FOSA. Mais • le dysfonctionnement du système de ponibles ; les actes de vandalisme ont
lades errants. qui ont favorisé la promiscuité liée aux 8 circonscriptions sanitaires de Bangui. ces textes ne sont pas mis en œuvre et référence et contre-référence ; concerné 80% des moyens roulants des
regroupements des personnes sur des La crise a entraîné le désengagement des faiblesses structurelles, logistiques, • l’insuffisance du nombre de morgues FOSA de l’arrière-pays.
3-6- Autres maladies chroniques sites sans organisation adéquate de de certains des principaux bailleurs de opérationnelles et financières retardent et leur faible capacité d’accueil. La destruction et le pillage des infras-
599 cas de drépanocytose sont rappor- l’hygiène et de la salubrité. fonds appuyant le secteur et le système le développement de la capacité de tructures sanitaires ont dégradé cer-
tés de 2008 à 2010. Pour les affections La Trypanosomiase Humaine Africaine de santé, dégradé à l’extrême, ne peut réponse aux urgences. L’absence de De même, on note une absence totale taines sources d’énergie indispensables
oculaires, 5 193 cas ont été notifiés, sévit dans 5 foyers endémiques). La assurer l’accessibilité à des soins de mécanismes de gouvernance de la des mécanismes de prise en charge aux activités sanitaires, notamment les
dont 135 cas de cataracte. RCA en est un pays à forte endémicité qualité pour la majorité de la population. prise en charge des urgences en milieu des urgences en milieu extra-hospitalier. kits solaires et groupes électrogènes ;
Pour les affections auditives, 867 cas (plus de 1 cas / 1 000 habitants). La faible performance de l’adminis- hospitalier reste patente. Dans les 5 hô- Les kits d’urgence sécurisés dans des par manque d’approvisionnement en
ont été rapportés, dont 330 patients Le Ver de Guinée ou Dracunculos est tration sanitaire résulte principalement pitaux de référence de Bangui, on note : salles de stockage au sein des FOSA carburant et kit de remplacement, la
avec handicap. L’émergence des vio- éradiqué en RCA depuis 2002 : la cer- d’une organisation peu adaptée, d’une manquent pour la précocité de la prise plupart des groupes électrogènes et
lences et des traumatismes en fait éga- tification en a été faite en 2006. L’enjeu insuffisance de liens fonctionnels, pro- • l’insuffisance fonctionnelle des struc- en charge d’éventuelles urgences sani- panneaux solaires sont inutilisés.
lement un problème de santé publique. réside dans les pays frontaliers encore cédures et outils, et de l’insuffisance et tures de prise en charge des urgences, taires. Ces kits d’urgence sont souvent L’accès à l’eau potable reste un pro-
Les données statistiques ne sont pas fortement endémiques (Tchad, Soudan l’instabilité des ressources humaines avec un transport pré-hospitalier pré- rendus difficilement disponibles par les blème : les 561 approvisionnements en
disponibles. et Soudan du Sud). De 2006 à 2012, formées. caire des victimes ; partenaires techniques et financiers. eau mobilisés comportent notamment

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International

70 raccords à l’eau courante, 116 puits paramédicaux (TS), 70 infirmiers et 618 • l’irrégularité dans la production et la Le recouvrement des coûts, instauré en
(dont 90 non protégés), 234 forages, infirmières. En personnels administratifs diffusion des informations sanitaires ; 1994, s’effectue par l’achat des médi-
mais 116 structures de santé n’ont pas d’appui manquent 17 gestionnaires- • le retard dans la production du bulletin caments, les consultations, les actes
ou plus d’accès à l’eau ; une répartition comptables, 4 ingénieurs en génie civil, annuel des statistiques sanitaires ; et hospitalisations. Il n’existe aucune
très inégale d’une région à l’autre. 3 ingénieurs/techniciens en informa- • l’insuffisance du système de contrôle mutualisation des risques ou des res-
tique et 23 techniciens de maintenance. de qualité à différents niveaux de col- sources hors le Budget de l’État : au-
Médicaments, dispositifs médico- Cette situation est aggravée par des lecte et de transcription des données. cune protection ou subvention croisée.
chirurgicaux et réactifs de laboratoire sorties en masse de la fonction pu- Ceci pose un problème d’accès équi-
La RCA a défini une Politique Pharma- blique - non compensées ces dernières Un manuel de procédures a été élabo- table aux soins de santé de qualité pour
ceutique Nationale adoptée en 1995, années - des agents du Ministère de la ré et diffusé pour les Postes de santé, tous. L’approche participative se me-
partie intégrante du PNDS, qui n’est pas Santé partis en retraite et des mises en les Centres de Santé et les Hôpitaux ; sure par la contribution de la commu-
suffisamment mise en œuvre. Pourtant, disponibilité. Les troubles et l’insécurité il encadre la collecte, la transmission et nauté sous forme de travaux manuels,
elle couvre tous les aspects du secteur rendent l’environnement de travail non l’archivage des données. apports de matériaux et contribution
pharmaceutique et a pour objectif de propice dans certaines régions : les dé- financière directe pour la construction
rendre accessibles des médicaments placements du personnel de santé ne La promotion de la santé des postes, cases de santé et pharma-
essentiels, de qualité, et à moindre permettant pas à la Direction des Res- cies villageoises.
coût. Dans ce cadre stratégique exis- sources de maîtriser la situation réelle. Depuis 2012, la crise a provoqué la des- Les directives ministérielles de 2013
tant, il s’agit d’améliorer la législation et Le secteur privé recrute également : truction des structures et matériels de préconisent la gratuité ciblée des soins
la réglementation permettant à la fois communication dans tout le pays, avec le tabagisme, l’alcoolisme, la mauvaise cement étaient l’Etat, les ménages, les en faveur des enfants de moins de 5
de renforcer un marché de libre concur- • les structures confessionnelles et pri- de véritables freins à la promotion de la alimentation et l’inactivité physique. communautés, les collectivités terri- ans, des femmes enceintes et allai-
rence et de protéger la population. La vées à but non lucratif ; santé. Sur 11 radios communautaires avec toriales et le secteur privé. Sur le plan tantes, ainsi que pour des cas d’ur-
liste nationale des médicaments essen- • les agences humanitaires qui déploient En plus des maladies infectieuses, le lesquelles la Direction de la Communi- externe, le financement provient des gence vitale, sur tout le territoire, pour
tiels génériques était révisée tous les des agents pour leurs interventions ; pays connaît une augmentation de la cation en matière de Santé collabore dons et prêts, principalement à travers une durée d’une année.
ans, mais, en l’état actuel du finance- • les ONG privées à but lucratif qui em- prévalence des maladies non transmis- dans le cadre de la mobilisation sociale, les coopérations. Les allocations bud-
ment de la santé, cette liste n’a pas été bauchent des professionnels de santé sibles, surtout les maladies chroniques, seules 6 sont opérationnelles. Toutes gétaires de l’Etat pour la santé repré- Principaux problèmes et défis
revue depuis 2012. souvent en attente d’intégration dans la les maladies cardiovasculaires, les trau- les radios de communication au niveau sentent en moyenne 9% du Budget
La lutte contre les médicaments de rue fonction publique ou des retraités. matismes qui sont aussi responsables des FOSA périphériques sont soit en général de l’Etat, en deçà du seuil prôné Les principaux problèmes et défis aux-
relève de la volonté du Gouvernement, de la mortalité élevée sur le continent. panne, soit pillées. par la Déclaration d’Abuja : 15%. Par quels la RCA doit faire face dans le
avec comme leader le Ministère de la Le système d’information sanitaire Plusieurs autres facteurs contribuent ailleurs, compte tenu des tensions de contexte particulier de crise actuelle,
Sécurité Publique qui a créé en son sein à cette situation, parmi lesquels l’anal- Le financement du secteur trésorerie, beaucoup de décaissements où coexistent programmes d’urgence
l’Office Centrafricain de Lutte contre les Principaux problèmes rencontrés : phabétisme (surtout chez les femmes), ne sont pas effectués. et volonté de relance du système de
Drogues (OCLAD) dont la mission est le manque d’hygiène, l’insécurité et les En 2013, environ 5% des dépenses Dans le cadre de l’Initiative de Bamako, santé, obligent à réussir le passage des
de lutter contre les drogues et les mé- • l’absence des données socio-écono- carences alimentaires, les conflits ar- des soins de santé étaient assurés par la participation communautaire était le interventions d’urgence aux interven-
dicaments de la rue avec le concours miques et démographiques ; més et les comportements à risque, tels le Gouvernement. Le pays restant for- moyen de financement approprié pour tions de développement.
des autres Départements impliqués. tement dépendant de l’aide extérieure, atteindre les bénéficiaires sous deux Le contexte est celui d’un système
Cette lutte se heurte à des difficultés le secteur de la santé a besoin d’autres formes : le recouvrement des coûts et dévasté par les belligérants des conflits
matérielles et financières, laissant pro- ressources et de méthodes alternatives l’approche participative pour certains armés, presque totalement à recons-
liférer dans les rues de Bangui et des de financement. Au plan interne, avant investissements, comme les construc- truire, donc dépourvu de beaucoup des
Provinces des mini-pharmacies et mini- la crise de 2012, les sources de finan- tions ou réhabilitation d’infrastructures. moyens matériels nécessaires, même
laboratoires, ainsi que des cliniques et parmi les plus cruciaux.
cabinets médicaux non autorisés. S’y greffe l’insuffisance en nombre et
qualité des ressources humaines et
Les ressources humaines de la santé divers problèmes hérités de la période
précédente, comme les questions non
Il n’existe pas encore de politique et résolues d’approvisionnement en médi-
de plan de développement de ces res- caments et l’absence de moyens de
sources : l’élaboration des textes est l’Etat pour les contrôler.
en cours. Les ressources humaines, en Enfin, le million de personnes déplacées
nombre insuffisant et réparties de façon crée une situation d’urgence sanitaire
inéquitable au regard des standards et de fragilité extrême, aggravée par
internationaux, souffrent d’une faiblesse les catastrophes récurrentes pour les-
des qualifications en techniques des quelles le pays ne parvient pas à s’or-
soins mais aussi pour la gestion du sys- ganiser.
tème. Le personnel médical présente un
1- Rapport Développement Humain 2013 PNUD
déficit national de 218 médecins, phar- 2- Rapport OMD RCA 2010
maciens et chirurgiens, 887 spécialistes Cartographie des FOSA totalement détruites en RCA (HeRAMS, avril 2014) 3- RGPH 2003

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International

L’Assistance Publique –
Hôpitaux de Paris dans
le contexte contraint des
dépenses de santé en France
Dr. Florence VEBER
Directrice de la Délégation aux relations internationales
Assistance Publique – Hôpitaux de Paris

L’auteur est médecin et anime des partenariats et coopérations que


l’AP-HP, énorme entreprise de santé publique, noue avec de nombreux
pays. Premier facteur partagé : la contrainte financière. La diète
économique a généré des solutions ; sont-elles appropriables ailleurs ?

L
L’Assistance Publique – de couvrir le risque de la maladie par la sa bonne accessibilité aux soins que
Hôpitaux de Paris (AP-HP) solidarité nationale, qui s’est étendue le système de santé français avait été
est une structure hospita- progressivement pour devenir, à partir classé numéro 1 en 2000 par l’OMS.
lière unique en France et de 1999, la CMU (Couverture Maladie
en Europe par sa taille : une seule entité Universelle). La structure du finance- Le service public français face
juridique gère 39 hôpitaux regroupés en ment des dépenses de santé est restée aux contraintes économiques
12 groupes hospitaliers. relativement stable au fil du temps :
Elle est forte de 95 000 salariés, dont En fait, le rythme de croissance annuelle L’hôpital européen Georges Pompidou, issu du regroupement de trois hôpitaux anciens pour optimiser de nombreuses
20 000 médecins et 275 directeurs • 76% pour la part publique (Etat et As- des dépenses de santé est proche de- fonctions et maximiser la capacité d’investissement
d’hôpitaux. surance Maladie) ; puis 20 ans de 3%, ce qui n’est plus
• 13% par les mutuelles et assurances compatible avec le taux de croissance la CMU (inégalités territoriales - avec Les modes de tarification • sur le plan budgétaire, comment par-
Depuis sa constitution en 1848, elle n’a privées ; économique en France, ni avec le taux des déserts médicaux - et inégalités et les stratégies d’optimisation venir à dégager des marges de ma-
cessé de s’adapter à l’évolution des pa- • 9% représentent le reste à charge de chômage puisque la moitié des res- sociales). nœuvres pour investir dans le renouvel-
thologies et au contexte réglementaire pour les ménages. sources de la Sécurité Sociale provient L’hôpital a longtemps été financé sur la lement du matériel, condition majeure
et financier dans lequel elle évolue. des cotisations liées au travail. D’ail- L’hôpital public reste cependant en base du prix de journée, ce qui n’en- de l’innovation et de l’attractivité ?
Pour mémoire, rappelons que les dé- Mais, à l’hôpital, la part publique est leurs, le parlement français vote tous les France un service public majeur, qui courageait pas à réduire la durée de • pour les ressources humaines, com-
penses de santé croissent régulière- plus importante, avec une prise en ans, depuis 1995, un Objectif National soigne, sans distinction aucune, tous l’hospitalisation. ment rendre attractives les carrières hos-
ment en France et ce plus rapidement charge de l’ordre de 90%. S’ajoutent pour les Dépenses de l’Assurance Ma- ceux qui s’adressent à lui. Il bénéficie En 1983, le concept de budget global pitalières, surtout dans les disciplines à
que l’économie générale du pays. Ainsi, à cela les cas pour lesquels la prise en ladie, dont le taux de croissance dans d’une excellente, image dans la popu- est institué, auquel on a reproché l’ab- garde (chirurgie, anesthésie, réanimation)
elles représentaient 7,1% du PIB en charge s’effectue à 100% : les dernières années est proche de 2 à lation et il est source d’une grande fierté sence d’incitation à produire de l’acti- ou dans celles qui sont mieux rémunérées
1985, 8,7% en 2008, pour atteindre en 2,5%. La réduction des dépenses de pour le personnel qui y travaille. Cet vité. La tarification à l’activité entendait dans le privé (radiologie) ?
2016 un peu moins de 12%. La struc- • une liste d’affections de longue durée santé est donc un sujet majeur d’actua- hôpital public s’est construit au fil du corriger ce défaut. Elle a été rapidement • comment faire évoluer la gouvernance
ture de ces dépenses s’établit ainsi : comprenant 30 pathologies sévères et lité et, dans ce contexte extrêmement temps avec une vocation d‘excellence, étendue, en 2008, à l’ensemble de la administrative et médicale tout en pré-
chroniques ; contraint, la France est confrontée à un notamment pour les Centres Hospita- médecine dite «aiguë» et a conduit à di- servant les cohésions d’équipes indis-
• 44% pour les dépenses hospitalières, • les examens obligatoires pendant la triple défi : liers Universitaires (CHU). En 1958, une minuer les durées de séjour à l’hôpital et pensables à la sécurité des soins et en
qui représentent donc une part très im- grossesse et les frais à partir du sixième réforme a imposé le plein temps hospi- à développer les activités ambulatoires, améliorant l’organisation des soins ?
portante ; mois de grossesse et jusqu’à 12 jours • vieillissement de sa population ; talier, autorisant les médecins à temps mais elle n’est pas adaptée à certains • comment insérer l’hôpital dans un pro-
• 27% pour les dépenses de la méde- après l’accouchement ; • hausse des dépenses liées aux affec- plein à avoir une activité privée à l’hô- types de soins (soins palliatifs, gériatrie, jet territorial de santé avec l’ensemble
cine de ville ; • les soins résultant des accidents du tions de longue durée (le nombre de bé- pital pour 20% de leur temps, sachant etc.). des acteurs de l’offre de soins ?
• 20% pour les médicaments. travail. néficiaires devrait passer de 10 millions qu’ils ne peuvent travailler en même Dans ce contexte financier, l’AP-HP est • comment maîtriser le partage du sys-
en 2016 à 15 millions en 2020) ; temps à l’hôpital public et dans une cli- confrontée à un certain nombre d’en- tème d’information ?
Depuis 1945, la France a fait le choix C’est d’ailleurs surtout en raison de • inégalité d’accès aux soins, malgré nique privée. jeux majeurs :

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International

Pour répondre à ces diffé- Leçons à tirer ; pathologies chroniques, en forte crois- de taches encadrée. Elle suppose une dans le cadre d’accords institutionnels ;
rents enjeux, l’AP-HP a mis en expériences à partager sance. réflexion sur le rôle des structures de • d’autre part, une filiale dénommée AP-
œuvre plusieurs stratégies : proximité et des systèmes d’informa- HP International (société de droit privé)
Ces enjeux peuvent se re- La France est très attachée à la notion tion partagés. Surtout, elle suppose une dont l’AP-HP est seule actionnaire, pour
• la mutualisation d’un cer- trouver à divers degrés et de service public, dont fait partie l’hô- véritable autonomie des structures de proposer des services à l’international
tain nombre de fonctions avec certaines spécificités pital public, témoin et conséquence soins avec des budgets propres et une issus de l’expérience de l’institution et
(les achats d’équipements dans beaucoup de pays. d’un Etat garant d’une certaine égalité autorité hiérarchique sur le personnel de de son savoir-faire (conseil et exper-
et de produits de santé au La pénurie de ressources entre les citoyens face à la maladie et soins, avec des procédures de contrôle tise en stratégie médicale, élaboration
sein d’une agence unique, la humaines en santé et l’exis- à l’accès aux soins. Ce concept est-il réelles mais souples. et suivi de programmes complets de
lingerie sous la forme d’une tence de déserts médicaux transférable en Afrique ? Cette question formation, accompagnement adapté à
lingerie unique de type indus- sont des réalités de la plu- complexe pourrait favoriser des expé- Deux outils chaque structure pour améliorer la qua-
trielle quasiment automati- part des pays africains. L’in- rimentations - notamment de gestion pour travailler ensemble lité et la sécurité des soins en vue d’une
sée, certaines fonctions liées suffisance des ressources déléguée - tout en gardant un esprit de accréditation ou labellisation, assistance
aux repas, externalisées avec pour financer les budgets service public ; en France, les hôpitaux L’AP-HP a formé de nombreux méde- à la maîtrise d’ouvrage pour moderniser
d’ailleurs un succès modéré) de fonctionnement adéquats privés participant au service public sont cins africains et continue d’accueillir, des infrastructures hospitalière).
et une réflexion pour évoluer aux objectifs poursuivis et une illustration de ce concept. selon différents statuts, environ 450 AP-HP International partage et diffuse
vers des pôles de biologie aux soins à prodiguer se Enfin, la vision territoriale suppose de médecins étrangers par an. Elle a créé par son action les valeurs d’excellence,
regroupés ; conjugue souvent avec des développer des offres de proximité de deux entités afin de participer au déve- d’intégrité et de solidarité qui caracté-
• la mutualisation des comportements de gestion qualité avec de réels plateaux tech- loppement des structures hospitalières risent l’AP-HP. Elle axe son dévelop-
équipes de direction, en re- inappropriés entraînant un niques fonctionnels et connectés aux de référence : pement tout particulièrement sur la ré-
groupant ses 39 hôpitaux en cercle vicieux que seule peut quelques hôpitaux de surspécialités ponse aux besoins importants des pays
12 groupes hospitaliers ; rompre une volonté politique aujourd’hui incontournables. Cette no- • d’une part, une Délégation aux rela- d’Afrique francophone.
• la rénovation du parc hospi- très forte, associée à des tion de planification territoriale pourrait tions internationales, pour structurer AP-HP Internationa travaille déjà au
talier en diminuant le nombre rémunérations correctes et à aller jusqu’à la constitution d’une seule divers types de coopérations et propo- Congo et au Bénin et développe plu-
de lits (en 2000, elle a ouvert des conditions de travail mo- équipe soignante de territoire pour ser des accueils individualisés pour des sieurs projets à mener au Gabon et en
l’hôpital européen Georges tivantes. Les pays d’Afrique renforcer l’attractivité et la délégation formations de professionnels de santé Côte d’Ivoire.
Pompidou, qui a rassemblé 3 francophone ont hérité d’une
hôpitaux, et 2 autres grands organisation de santé cal-
hôpitaux - Bichat et Beaujon quée sur le modèle fran-
- seront bientôt réunis pour çais, mais qui a peu évoluée
constituer un nouvel hôpital, depuis les indépendances,
avec 25% de lits en moins), alors que les budgets d’Etat
ce qui conduit à réduire les Deux enjeux majeurs : les moyens matériels se sont fortement dégra-
surfaces et l’effectif du per- et les ressources humaines dés, que le secteur informel
sonnel et permet à la fois domine et que l’Assurance
la réalisation d’économies organisations de soins pour les rendre Maladie commence tout
et l’adaptation des prises en charge à plus performantes, sujet qui reste un juste à se mettre en place. Dépendant
certaines évolutions de la médecine enjeu majeur face à une concurrence de nombreux programmes de finan-
moderne (davantage de séjours en am- liée à la modalité de financement par cements extérieurs, quelle est la réelle
bulatoire, prise en charge globale non l’activité. liberté pour un Ministère de la Santé,
exclusivement à l’hôpital mais avec le traditionnellement faible, de mener une
relais de l’hospitalisation à domicile) ; L’AP-HP s’est également dotée d’une véritable politique de santé sur le long
• la valorisation d’une partie du patri- feuille de route sous la forme d’un plan terme ?
moine immobilier en se recentrant sur stratégique qui vise avant tout à amé-
son cœur de métier - le soin - alors que liorer le service aux patients avec des L’offre de soins, comme le rappelle
l’AP-HP avait fini par développer de objectifs très précis et des indicateurs l’OMS, n’est que l’un des 6 piliers d’une
nombreux lits de long séjour pour les mesurés régulièrement (par exemple politique de santé qui doit aussi s’inté-
personnes âgées (certains de ces lits en termes de temps d’attente aux ur- resser au recueil de données de santé
sont passés dans le domaine médico- gences ou de délai de prise en charge fiables, à la formation des ressources
social, car ne relevant pas du domaine des cancers). Cela suppose souvent de humaines, à l’approvisionnement en
médical ) ; changer des comportements, de réfor- produits de santé sûrs, à la solvabilité
• enfin, au niveau de chaque hôpital, mer le management, et de placer le pa- du système et à une gouvernance de
l’AP-HP a initié, avant même l’inscription tient au cœur de nombreuses réflexions qualité. La question hospitalière est au-
dans la loi, des regroupements de ser- et décisions. En effet, c’est souvent lui jourd’hui d’une acuité particulière face
vices par pôles d’activités et elle pour- qui va, au final, être une force d’évolu- au défi de la transition épidémiologique,
suit en permanence un travail sur les tion non discutable. avec notamment la prise en charge des Implantation des actions de coopération de l’AP-HP et de conseil et d’expertises d’AP-HP International à l’étranger

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est doté d’une démocratie stable et Ce nouveau système ne favorisait pas La priorité était de faciliter l’accès aux
exceptionnelle : depuis 1992, quatre les pauvres, soit presque la moitié de soins aux femmes, aux enfants et aux
Le financement de la santé changements de gouvernement se sont la population. Le gouvernement, déter- pauvres. Le gouvernement est passé

au Ghana : une économie


effectués de façon paisible. miné à aider sa population, cherchait à l’action, dépassant les simples pro-
Après toutes ces bonnes nouvelles, d’autres remèdes pour la santé, ce qui messes et les politiques de santé, en

portée par l’assurance


qu’en est-il en ce qui concerne la santé ? a provoqué l’avènement de l’assurance investissant plusieurs centaines de mil-
Peut-on en conséquence constater des santé communautaire - Community lions de dollars US dans le domaine
développements positifs aussi satisfai- Based Health Insurance Schemes (CB- de la santé ces dernières années. Des
sants dans le domaine de la santé que HIS) - en 1990. Malheureusement, le exemples tangibles sont les construc-
Dr. Samuel OPOKU GYAMFI pour l’économie ? taux de couverture par cette assurance tions de plusieurs hôpitaux ultramo-
ONG Yenda n’atteignait que 1% au niveau national. dernes à travers le pays, dont le fameux
Healthrope International - Ghana Priorités, arbitrages Treize ans plus tard, en 2003, le Ghana «Legon Hospital» qui aurait coûté envi-
et moyens mobilisés lance à nouveau une assurance santé ron 217 millions de dollars US.
nationale sous «l’acte 650 du Gouver- Des anciens hôpitaux - tels le «Ridge
Lors de l’Assemblée Hospital», l’Hôpi-
Générale des Nations tal Komfo Anokye
Médecin et militant du monde associatif, l’auteur relève la corrélation entre Unies de septembre et plusieurs autres
2015, les Objectifs du - ont connu des pro-
l’économie générale - nationale et même mondiale - et l’économie de la Développement Du- grammes spectacu-
santé dans son pays, le Ghana. Les volontés politiques et les cadres rable (ODD) ont été dé- laires d’expansion et de
finis : l’ODD 3 était pré- modernisation. La ré-
institutionnels ont créé un contexte ; les premières ont fait les décisions, cisément «Accès à la novation et l’expansion
les seconds les ont rendues possibles. La traduction est simple : des santé». Cet objectif vise du «Ridge Hospital»,
à diminuer les inégalités opération complétée
investissements et le financement d’un système d’assurance maladie. d’accès aux soins et à fin 2016, aurait coûté
répondre de façon prio- 250 millions de dollars
ritaire aux besoins des US, portant sa capa-
«La santé n’a pas de prix, mais elle a de l’Angola, du Gabon, du Nigeria et de femmes, des enfants et cité de 200 à 400 lits. Il
un coût», comme on le dit souvent. mon propre pays, le Ghana (avec des des personnes les plus est désormais doté des

S
dépenses respectives à 3,3%, 3,4%, pauvres, les plus défa- équipements hospita-
elon le Mahatma Gandhi, la 3,7% et 3,6% de leur PIB). Par cette vorisées. liers les plus récents et
santé est la vraie richesse et simple approche de la problématique les plus performants.
non les pièces d’or et d’argent. de l’économie de la santé, nous pou- Selon l’OMS, la mortali-
Tout à fait vrai aussi. Néan- vons vite conclure qu’il faudra fournir un té maternelle aurait pra- En 2005, le gouverne-
moins, les tendances économiques et grand effort pour atteindre les objectifs tiquement diminué de ment a aussi lancé le
financières mondiales d’aujourd’hui font fixés en matière de santé en Afrique. 44% à l’échelle mon- Programme National
de l’argent un facteur incontournable diale. Pour le Ghana, d’Alimentation Sco-
dans la poursuite de nos objectifs : une Nous allons nous focaliser ici spéci- la recherche d’un meil- laire - «School Feeding
meilleure santé et une meilleure qualité fiquement sur le Ghana, un pays de leur accès aux soins Program» - qui est en
de vie pour nos populations. Ceci veut l’Afrique de l’Ouest d’environ 238 540 remonte à la fin des charge de nourrir les
dire qu’un bon niveau de financement kilomètres carrés, peuplé de près de années 1950, où exis- écoliers gratuitement à
en matière de santé pourrait influencer 26 millions d’habitants. Le Ghana est le tait une assurance san- l’école. Ce programme
de façon significative, sinon absolue, la deuxième pays producteur mondial de té nationale pour toute reste toujours opé-
qualité de la vie, ainsi que l’espérance cacao après la Côte d’Ivoire ; il est éga- la population qui était rationnel à ce jour et
de vie, de nos populations. lement doté d’autres ressources natu- encore loin d’atteindre Des installations modernes et des capacités d’accueil décentes couvre au plan national
relles comme l’or, le diamant, le bois et dix millions d’habitants. grâce à des investissements massifs environ 3 000 écoles et
Selon les dernières statistiques de - découverte toute récente - le pétrole, Cette assurance était 1,3 million d’écoliers.
l’OMS en 2014, les dépenses de santé pays africains, comme l’Afrique du Sud, sachant que l’économie de ce pays financée par les impôts. La stagnation nement Ghanéen». Celle-ci serait l’une Il vise à concerner plus de 2 millions
exprimées en pourcentages des Pro- l’Algérie et la Namibie (avec respective- repose principalement sur l’exportation économique des années 1970, cou- des très rares tentatives faites par un d’écoliers en cette année 2017. L’ob-
duits Intérieurs Bruts (PIB) nationaux en ment des dépenses de santé à 8,8%, de ces ressources. Il faut noter que le plée aux autres problèmes, tels que la pays de l’Afrique sub-saharienne d’im- jectif de ce programme est de bannir la
Afrique représentaient en moyenne à 7,2% et 8,9% de leur PIB), mais il nous Ghana fait partie des pays africains sub- croissance exponentielle de la popu- plémenter une assurance santé univer- malnutrition des enfants, qui continue
peine plus de 10%, comparées à celles faut admettre qu’à part ces pays qui sahariens dont le taux de croissance lation, l’instabilité politique, le manque selle à l’échelle nationale, cette fois-ci de poser un véritable problème de santé
de l’Europe et des États-Unis d’Amé- essaient de faire exception sur ce conti- économique est élevé et le développe- de médicaments et de ressources pour financée avec les impôts, les dons cari- publique et, en même temps, d’encou-
rique qui atteignaient respectivement nent extrêmement riche, la plupart des ment exponentiel, avec une hausse an- construire des infrastructures adé- tatifs nationaux et internationaux, et des rager les enfants à suivre l’école dans
13% et 17,1%. Il serait bien de recon- autres pays ont des dépenses de santé nuelle moyenne du PIB d’environ 6,92% quates, on conduit le pays à adopter le contributions annuelles basiques faites ce pays où le taux d’analphabétisme est
naître les efforts fournis par certains inférieures à 5% de leur PIB, à l’exemple sur les seize dernières années. Le pays système payant, «Cash and Carry». par les citoyens. d’environ 10%.

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International

Le programme est piloté en collabora- des pathologies les plus rencontrées au


tion avec différents partenaires : Banque Ghana et exclut plusieurs procédures La Poste française, soucieuse de la Le «business» de la santé : les français s’organisent et chassent en meutes
Mondiale, USAID, CIDA, UNICEF, World lourdes, telles que certaines chirurgies, santé… et de diversifier ses services
French Healthcare va porter les couleurs du «made in France» en matière de
Food Programme, Partnership For Child des transplantations d’organes, la dia- La Poste française n’en finit pas de santé. Mardi 15 mars 2017, rien moins que trois Ministres ont lancé en grandes
Development et Ambassade des Pays- lyse et la prise en charge des cancers diversifier ses offres pour enrayer la pompes la nouvelle marque sous les ors du Quai d’Orsay, siège du Ministère
Bas. (à l’exception des cancers du sein et du chute inexorable du courrier tradition- français des Affaires Étrangères, devant un parterre de journalistes en particulier
Le Programme National contre le SIDA col utérin). nel et la concurrence privée. issus de la presse économique.
est mis en place pour le dépistage des Selon la revue du Forum Mondial de Déjà présente dans le portage de tout Du vrai marketing ; un label conquérant ; une stratégie voulue gagnante.
nouveaux cas porteurs du VIH ainsi l’Économie, dans son édition publiée ou presque ce qui peut être livré à
que pour le suivi et la distribution des le 2 mars 2016, le prix de référence du domicile, mais aussi dans la
médicaments antirétroviraux qui sont baril de pétrole aurait diminué de 115 banque-assurance et le téléphone, La
largement subventionnés par le gouver- dollars US à moins de 35 dollars US Poste tricolore se voudrait «leader des
nement. entre juin 2014 et février 2016. Selon services de la proximité humaine au La santé est le troisième secteur exportateur hexagonal - ce qui se sait peu - avec
Le bout du tunnel est peut-être encore les plus récentes anticipations faites par domicile» et s’apprête à entrer au
26 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016 et 4 milliards d’excédent. Tous
loin, mais les résultats de tous ces ef- des revues renommées, comme «Mar- capital du leader des services de
les acteurs français de la filière, au sens le plus large, pourront solliciter et obtenir
forts fournis depuis 60 ans restent très ket Watch», les prix d’autres matières santé à domicile, Asten Santé, avec
le nouveau label. Mieux, une sorte de «fellowship» à la française va permettre
positifs et prometteurs. Selon les der- premières - tels que l’or et le diamant - une participation majoritaire.
Asten Santé réalisait 100 millions dorénavant aux médecins étrangers confirmés (et non plus les seuls étudiants) de
nières statistiques de l’UNICEF mises à connaîtront à leur tour des chutes signi- venir soigner effectivement des patients dans les hôpitaux français pendant
jour en février 2017, la mortalité mater- ficatives en cette année 2017. Comme d’euros de chiffre d’affaires en 2016
auprès de 62 000 patients, en quelques mois de stage. Il s’agit donc aussi d’exporter du savoir-faire, de tisser
nelle par 100 000 naissances vivantes l’économie du Ghana est largement des liens et constituer des réseaux.
installant chez eux des dispositifs
aurait été réduite de presque la moitié et les défis déjà connus lors de ce long soutenue par l’exportation de ces res- Enfin, des «Clubs Santé» sont créés afin de répondre aux appels d’offres interna-
médicaux que leur état justifie dans
(de 634 morts à 319 morts) entre les cheminement et y trouver des solutions sources, il en résulte parfois des retards tionaux. Ils seront coordonnés par Business France et par l’un des gros acteurs
les domaines de l’insuffisance respira-
années 2000 et 2015. durables. dans le paiement des personnels de toire, la perfusion, la nutrition l’insulino- français privés de la santé, dans l’objectif de «chasser en meute» en associant
santé et des fournisseurs des thérapie. Autant de séjours et déplace- des PME performantes et complémentaires à de grosses structures.
La mortalité infantile du pays au- services de santé. ments coûteux à l’hôpital qui n’auront Clairement, la santé est désormais, à l’égal d’autres grands secteurs industriels
rait diminué pour sa part de 125 pas lieu. et de services, considérée comme un secteur exportateur à promouvoir active-
à 43 morts par mille naissances La corruption reste aussi le can- Avec cette opération de croissance ment. Une façon aussi de voir, avec ambition, «l’économie de la santé».
entre 1950 et 2016 selon les der- cer métastatique de ce pays et externe, la plus grosse de son Une illustration de l’appétit des grands tricolores du secteur peut être fournie par
nières statistiques de la Banque cela concerne une grande partie histoire, La Poste accentue la diversifi- l’installation récente à Casablanca du Groupe Elsan, avec une première clinique
Mondiale. des fonds dédiés à la santé dé- cation de ses services avec un objec- de 136 lits qui mobilise 50 spécialistes. Le Groupe a inauguré ici son premier
A travers les actions menées par tournés chaque année, ce qui a tif à l’horizon 2020 : avoir intégrale- établissement hors de France, où il compte déjà 83 cliniques, 4 000 médecins
le Programme National contre le tendance à rendre le système de ment compensé l’effondrement du spécialistes, 14 000 salariés, avec une part de marché de 12% de l’hospitalisa-
SIDA, la prévalence du VIH/SIDA santé parfois inefficace. courrier traditionnel dont le volume tion privée de l’hexagone, soit 1,2 million de patients chaque année ; un poids
aurait largement baissé au fil des Une autre difficulté s’avère très tend progressivement vers son étiage économique qui a visiblement rendu Elsan gourmand !
années : elle est chiffrée à 1,08% explicative de la situation : celle et peux susceptible de repartir à la Le Maroc et sa capitale économique y gagneront-ils également ?
selon les statistiques de l’UNAIDS de la transition épidémiologique. hausse : sur un chiffre d’affaires
en 2015. Une classe moyenne émergente annuel de 23,3 milliards d’euros, le Article de la rédaction
Pour pouvoir mieux évaluer l’effi- entraîne un changement dras- courrier ne représente déjà plus que
cacité de l’assurance santé, il tique dans les modes de vie des 40% de l’activité.
L’offre en matière de santé complète- 50 milliards de dollars ! (bis)
paraît opportun de noter que citoyens du Ghana. Selon l’OMS,
ra celles de la filiale Axeo Services Le même marché, le même chiffre, vu Insupportable ! Eh oui, vu de Paris, le
l’espérance de vie globale au la prévalence des maladies chro-
(maintien à domicile, bricolage, «tourisme médical» peut contribuer à
Ghana est passée de 58 à 62,4 niques, comme le diabète et les d’Oujda et de Paris… ou New Delhi,
jardinage, propreté et maintenance sauver les systèmes de santé occiden-
ans entre les années 2000 et pathologies cardiovasculaires, a donne des visions complémentaires
pour les PME), ainsi que le service taux, du moins leur équilibre financier. En
2012 selon l’Organisation Moni- Le Komfo Anokye Teaching Hospital (à Kumasi) augmenté entre 2000 et 2015. que seule une mondialisation réussie
Cohesio de visite aux seniors (pour le
dale de la Santé. Ceci pour- et le Ridge Hospital (à Accra) : des établissements Le contrôle de ces pathologies peut concilier et articuler. Depuis Oujda, Inde, le milliard d’euros de revenu est
compte des collectivités locales) et,
rait être attribué notamment au modernes à jour des meilleures technologies coûte cher. la chirurgie plastique est éventuellement dépassé : déjà, en 2005, le sous-conti-
depuis le 22 mai dernier, la prestation
meilleur accès aux soins pour la et des pratiques aux standards internationaux une offre de tourisme médical. Vu de nent avait reçu 120 000 patients
«Veiller sur mes parents» commerciali-
population depuis la relance de L’approche économique de la sée auprès des familles éloignées de Paris, un indicateur (parmi d’autres, étrangers. Un revenu pour le pays, certes
l’assurance santé en 2000. Mais, au vu Difficultés et défis rencontrés santé reste déterminante au Ghana. Les leurs anciens. Juin 2017 a vu démar- d’ailleurs convergents) inquiète et doit ; une incontestable contribution à l’accès
de l’espérance de vie, qui reste donc politiques et méthodes adoptées par le rer le portage de repas à domicile, être infléchi : celui du poids des au soin pour de nombreux patients
toujours basse, il y a encore du travail Malgré tous les efforts fournis, nous ren- gouvernement s’avèrent très volonta- fourni aux collectivités, qui pourrait dépenses de santé rapporté au PIB venus de loin et en difficulté pour se
à faire pour espérer pouvoir atteindre le controns néanmoins encore beaucoup ristes et rendent optimistes pour le futur : rapidement être proposé aux particu- annuel. Son évolution préoccupe : soigner, aussi ! La même opération chirur-
plein développement et mieux exploiter de défis à surmonter. La première diffi- un bon entretien et une amélioration des liers. • 7% en 1980 ; gicale coûte en moyenne 10 fois moins
le potentiel sanitaire et économique du culté reste celle du financement. Actuel- programmes déjà existants devraient Ne manquait donc que la santé. • 11% en 2007 ; cher à New Delhi qu’à New York…
pays. Dans ce sens précisément, il fau- lement, l’Assurance Santé Nationale produire les résultats souhaités dans les • 18% en 2040 ;
Article de la rédaction Article de la rédaction
dra probablement affronter les difficultés propose une couverture d’environ 95% années à venir. • sans doute quasiment 20% en 2050.

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