Vous êtes sur la page 1sur 8

Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur


Session : Janvier 2018
Année d’étude : Première année de Licence droit (L1) - équipe 2
Discipline : Introduction au droit
Titulaire du cours : M. H. LÉCUYER


Avertissement : Le présent document n’est pas un corrigé exhaustif des épreuves mais propose
seulement quelques éléments de correction, en attirant les étudiants sur les éventuelles
difficultés soulevées par les exercices proposés et en les reliant aux cours et fiches de TD.


Un choix est laissé à l’étudiant, entre un sujet théorique (une dissertation) et un sujet pratique (un cas
pratique).



Sujet théorique : Le juge et les sources du droit

Observations liminaires :

Ce sujet de dissertation ne soulève pas de difficulté particulière, ni quant à sa compréhension ni quant à
la découverte de la problématique qui lui est sous-jacente. D’une manière générale, il renvoie
principalement aux fiches de TD n° 6 et 7 consacrées aux différentes sources du droit et à la
jurisprudence. On observe qu’il est proche de celui donné dans la fiche de TD n° 7 (« Le juge et la loi »).

Introduction :

L’introduction doit commencer par une phrase d’accroche qui peut être tirée de l’actualité, d’une citation
d’un auteur d’un texte publié dans la fiche de TD ou encore d’un événement juridique important pour le
Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,1
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur

sujet (ex : La motivation des décisions de justice et les sources de droit, F. Zénati-Castaing, 2007 ou
encore l’accroissement des pouvoirs du juge par l’adoption de la réforme du code civil par l’ordonnance
du 10 février 2016).

Les termes du sujet doivent ensuite être définis.

« Le juge » : Au sens strict, le juge (ou magistrat) est une personne de l’ordre judiciaire ou administratif
investi, à titre professionnel, du pouvoir de rendre la justice ou de la requérir au nom de l’Etat. Au sens
large, le juge n’est pas seulement une personne mais toute juridiction, quel que soit son degré dans la
hiérarchie (première instance, Cour d'appel ou Cour de cassation), son pouvoir (juge du fond ou du
droit), l’origine de son investiture (la loi ou les parties), sa composition ou même l’ordre auquel elle
appartient (administratif ou judiciaire). Plus généralement encore, le juge est la personnification de la
justice (ou du pouvoir judiciaire) par rapport au pouvoir exécutif ou législatif.

Le mot est au singulier dans la formulation du sujet mais quand on parle de juge, il faut penser aux juges
internes comme aux juges européens (c'est-à-dire la Cour européenne des droits de l’Homme et la Cour
de justice de l’union européenne).

Il semble toutefois qu’il faille écarter le Conseil constitutionnel qui n’est pas un juge au sens où il ne rend
pas la justice. Il est chargé de vérifier la constitutionnalité des lois mais ne les met pas en œuvre dans le
cadre d’un procès.

« Les sources du droit » : ensemble des normes qui, dans un système juridique, créent du droit. Il y a lieu
d’évoquer ainsi la constitution, les traités, la loi, les règlements, la coutume à titre principal, en les
définissant en quelques mots chacunes.

« Et » : la conjonction de coordination renvoie, de manière habituelle, non à l’addition ni à l’opposition
mais à la recherche du lien entre les deux parties du sujet, à savoir le lien qu’entretient le juge avec les
sources du droit. En somme, il y a lieu de s’interroger sur le point de savoir si le juge est devenu,
progressivement, créateur de droit.
Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,2
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur


S’agissant de l’évolution historique du sujet, on peut reprendre les points historiques importants : ancien
régime ; Révolution ; Code civil. Partez du Code civil et surtout de la Révolution : le juge est soumis à la
loi ; le juge est la « bouche de la loi ». Et démontrez à travers votre dissertation que cette vision est
largement dépassée ; démontrez que le juge n’accepte plus aussi facilement de se soumettre et devint de
plus en plus une véritable source du droit, que ce soit à l’égard de la loi comme à l’égard des autres
sources du droit.

Pour le droit comparé, on peut évoquer les pays de Common law.

Viennent enfin les intérêts du sujet. Il s’agit d’observer que la hiérarchie des normes est progressivement
bousculée par la reconnaissance du rôle créateur de la jurisprudence.

Terminez votre introduction par l’annonce de votre plan.

Recherche du plan :

Le plan s’impose de lui-même : il faut montrer dans une première partie que le juge n’est pas, en principe,
créateur de droit et qu’il est tout au contraire soumis aux sources du droit ; puis relativiser cette
affirmation en montrant que, progressivement, la jurisprudence est devenue une véritable source du
droit, à côté des sources officielles.

Dans la première partie consacrée à la soumission du juge face aux sources du droit, on peut commencer
par rappeler que le juge est un serviteur des sources du droit, dans la mesure où il est censé les appliquer
(droit écrit, syllogisme, motivation obligatoire…). Ce rôle traditionnel du juge trouve son fondement dans
le principe de séparation des pouvoirs (art 5 du code civil).

Ce rôle est toutefois insuffisant et ne reflète pas la réalité. On peut poursuivre en montrant que le juge est
aussi un complément indispensable des sources du droit (interprétation, complément des lacunes du
droit, art. 4 du code civil, modernisation des textes, discours de Portalis…).
Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,3
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur


Puis, dans une seconde partie, on peut montrer que le juge a progressivement acquis un rôle beaucoup
plus actif, voire est devenu créateur de droit, à deux points de vue : tout d’abord, le juge exerce un rôle
particulièrement important dans le contrôle des sources du droit et dans la résolution des conflits entre
elles (contrôle de conventionalité, question prioritaire de constitutionnalité…).

Enfin, on peut pour achever la démonstration se demander si le juge n’est pas devenu aujourd’hui un
véritable créateur de droit (crise de la loi, création de principes généraux du droit, contrôle de
proportionnalité succédant au syllogisme, revirement prospectif…).

En conclusion, on peut alors relever que la question reste entière de déterminer la place de la
jurisprudence parmi les sources du droit…


* * *

Sujet pratique : résolution d’un cas pratique

Le cas pratique soulève plusieurs questions qui peuvent être traitées successivement, après avoir résumé
les faits principaux en quelques lignes.

1°) La conformité d’une loi aux normes supérieures

Une première question porte sur la conformité d’une loi aux normes qui lui sont supérieures. Plus
précisément, il s’agit de savoir si l’art. 311-19 du code civil, qui précise qu’aucun lien de filiation ne peut
être établi entre l’auteur d’un don de gamète et l’enfant issu de la procréation est ou non conforme à la
convention européenne des droits de l’homme, à la convention de New-York sur les droits de l’enfant et à
la constitution (DDHC plus précisément).

Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,4
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur

La question posée est celle de savoir si un requérant peut ou non invoquer la contrariété d’une loi aux
normes qui lui sont supérieures, dans le cadre d’une action en justice en recherche de paternité.

Il faut examiner chaque question séparément.

S’agissant d’abord de la Convention européenne des droits de l’homme, l’art. 55 de la constitution ainsi
que la jurisprudence J. Vabre du 24 mai 1975 (+ CE, Nicolo, 20 octobre 1989) permettent de préciser que
le juge interne ordinaire peut faire un contrôle de conventionalité de l’art. 311-19 du code civil, et qu’au
terme de celui-ci, s’il juge que le texte interne est contraire au traité, il peut écarter le premier et
appliquer le second.

S’agissant de la convention de New-York, le même raisonnement peut être tenu, puisqu’il s’agit
également d’un traité. Il faut simplement ajouter une précision sur l’invocabilité directe de celle-ci par les
justiciables, qui n’a pas été reconnue immédiatement au moment de sa ratification par la France mais
seulement postérieurement, par les juges (arrêts de la cour de cassation du 10 mai 2005 consacrant un
revirement de jurisprudence et s’alignant sur la position retenue par le Conseil d’Etat).

S’agissant enfin de la conformité d’une loi interne à la DDHC de 1789, il faut commencer par préciser que
la DDHC a été intégrée au bloc de constitutionalité par le conseil constitutionnel (CC, 16 juillet 1971,
Liberté d’association), puis présenter la notion de contrôle de constitutionalité.

En l’espèce, la loi étant dores et déjà entrée en vigueur, seul un contrôle a posteriori est possible, via une
question prioritaire de constitutionnalité (réforme du 23 juillet 2008, entrée en vigueur en mars 2010) .

Celle-ci peut être présentée en quelques lignes pour, en conclusion, conseiller en l’espèce à Jacques de
soulever tous ces arguments qui semblent pertinents devant le juge.

2°) L’existence d’une obligation naturelle

La mère d’une petite fille de 7 ans prétend que le père de cette dernière s’est engagé à subvenir au besoin
Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,5
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur

de son enfant, à l’époque de sa naissance. Ayant changé d’avis sur ce point, la mère se demande si elle
pourrait contraindre le père à s’exécuter.

La question évoquée ici est relative à l’obligation naturelle. Il s’agit de savoir si une mère peut se
prévaloir d’une novation en obligation civile d’une obligation naturelle pour contraindre le père de son
enfant à lui apporter une aide financière.

Après avoir défini l’obligation naturelle, on peut rappeler les termes de l’art. 1100 du code civil, pour
caractériser en l’espèce une telle obligation. Relevons que l’absence de commencement d’exécution ne
fait pas obstacle à la caractérisation d’une telle obligation.

Il faut toutefois également rappeler qu’une obligation naturelle ne peut être invoquée que si le
demandeur en rapporte la preuve.

Une seconde question porte ainsi sur la preuve d’une obligation naturelle et doit faire état de trois points,
relatifs respectivement à la charge, l’objet et les modes de preuve.

Quant à la charge, l’art 1353 al. 1er du code civil permet de conclure que la preuve est à la charge de la
mère, demanderesse, puisque c’est elle qui agirait en justice afin de réclamer une aide au père.

Quant à l’objet de la preuve, il s’agit des faits pertinents et contestés, ici l’obligation naturelle, contestée
par le défendeur (« Jacques indique aujourd’hui ne pas du tout se souvenir d’avoir dit cela... »).

Quant aux modes de preuve, l’obligation naturelle, en ce qu’elle est un engagement moral, peut se
prouver par tous moyens, par application de l’art. 1358 du code civil. En l’espèce, observez qu’aucune
indication ne permet d’en relever. Le père aurait écrit une lettre mais celle-ci est entre les mains de la
mère qui en était la destinataire.

En conclusion, il semble difficile de conforter Jacques dans son attitude...

Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,6
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur

3°) L’application d’une loi nouvelle dans le temps



Une troisième et dernière question aborde le thème de l’application d’une loi nouvelle à une situation en
cours.

Une première difficulté relève de l’application dans le temps de cette loi nouvelle. Plus précisément, il
s’agit de savoir si une loi nouvelle régissant l’action en recherche de paternité est applicable à un enfant
né antérieurement.

A titre liminaire, encore fait-il indiquer les conditions d’entrée en vigueur d’une loi nouvelle. En l’absence
de disposition transitoire (non signalées dans l’énoncé), l’art. 1er du code civil conduit à fixer la date
d’entrée en vigueur de la loi nouvelle au lendemain de sa publication au JORF (soit le 30 août 2017).

La question de son application dans le temps doit alors être tranchée à l’aide de l’art. 2 du code civil, en
précisant que le texte pose les deux grands principes du droit transitoire français que sont le principe de
non-rétroactivité des lois nouvelles et celui de l’application immédiate des lois nouvelles.

L’application du second de ces principes, conduit à conclure que la mère pourra se prévaloir devant le
juge, à l’avenir, de l’art. 327-1-1 du code civil, puisque son action en justice sera nécessairement
postérieure à l’entrée en vigueur de la loi nouvelle.

Une seconde difficulté réside dans l’examen des conditions d’application de cette loi. La loi nouvelle
dispose ainsi que la paternité hors mariage peut être déclarée par le juge, sauf si le père prétendu a
manifesté sa volonté, au plus tard au moment de la naissance de l’enfant, de ne pas voir de lien
juridiquement établi avec lui.

Il faut donc s’interroger sur les conditions d’application de la loi, qui prévoit expressément une
exception, lorsque le père a exprimé sa volonté de ne pas établir de lien de filiation avec son enfant. En
l’espèce, on peut relever l’existence d’une lettre dans laquelle il aurait manifesté une telle volonté, qui
remonte à 2010, époque de la naissance de l’enfant.
Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,7
même partielle, est interdite.
Ce document est strictement réservé aux étudiants du Centre de formation juridique.

Etablissement privé d’enseignement supérieur


Toutefois, il faudrait que le père, défendeur à l’action exercée contre lui, prouve cet élément en justice, ce
qui lui sera très délicat, étant donné que la lettre est entre les mains de la mère…



Document imprimé le 12/01/2021 à 03h11 par Rana Almoghazy (identifiant:217570 :: email:ralmoghazy@zohomail.com :: mdp:R@nr00n@)
Document strictement réservé aux étudiants du Centre de Formation Juridique. Toute reproduction,8
même partielle, est interdite.