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Université Sidi Mohammed Ben Abdellah

Faculté des Sciences Juridiques, Economiques et Sociales, Fès.

6ème semestre : 2020 – 2021


Parcours : Economie & Gestion
Matière : Relations Economiques Internationales
Enseignante : Mme. Nada Moufdi

Chapitre 2: Les analyses récentes de l’échange international

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INTRODUCTION

La théorie traditionnelle de l’échange s’est longtemps appuyée sur la théorie des avantages
comparatifs de D. Ricardo (1817) et dans le prolongement de cette dernière, sur d’autres
travaux, qui se sont succédés pendant la première moitié du XXème siècle, avec les économistes
Suédois Hecksher et Ohlin d’une part, et l’Américain Samuelson d’autre part.

Selon l’approche classique, l’échange international est un jeu à somme positive, la


spécialisation des pays s’explique par l’existence de différentiels naturels de productivité.
Echange et spécialisation garantissent une allocation optimale des ressources.

Dès les années 1970, des études inspirées de la thèse de « l’échange inégal » mettent en
évidence les limites de la théorie traditionnelle : le « jeu à somme positive » l’est davantage
pour certains pays que pour d’autres ; certaines spécialisations créent des avantages tels que les
pays favorisés connaissent des rythmes de croissance durablement plus élevés ; le différentiel
de productivité peut être construit grâce à des économies d’échelle et des innovations dans le
cadre d’une concurrence imparfaite.

En effet, les échanges internationaux contemporains sont réalisés essentiellement entre les
nations les plus développées et plus de la moitié du commerce entre les pays industrialisés
relève de l’intra-branche (biens appartenant à la même branche de production). Pourquoi les
nations les plus développées dont les techniques de production et les dotations factorielles sont
proches échangent-elles ? Comment expliquer l’importance du commerce international intra
branche qui constitue l’essentiel de l’échange international ?

A partir de là, les nouvelles théories partent d’un nouveau cadre de référence basé sur une
situation de concurrence imparfaite : celle-ci se caractérise notamment par l’existence de
rendements d’échelle croissants et la différenciation des produits.

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Section 1 : L’innovation technologique et le cycle de produit

Au début des années soixante, plusieurs théoriciens du commerce international montrent que
l’écart technologique et l’innovation constituent des facteurs notables des échanges
commerciaux internationaux.

Michael Posner (1961) et Raymond Vernon (1966) ont été les premiers à explorer cette piste.
Une nation peut disposer temporairement d’un avantage comparatif quand elle est la première
à exploiter une innovation et les produits nouveaux qu’elle engendre. Dans l’intervalle de temps
nécessaire pour que les autres pays puissent l’imiter, elle est en position de monopole.

1.1. L’écart technologique et l’innovation

La spécialisation des nations ne dépend plus de la plus ou moins grande abondance de tel ou
tel facteur de production mais du processus d’innovation qui permet d’asseoir un avantage
relatif temporaire (monopole temporaire d’innovation). Par conséquent, cette analyse montre
que les avantages comparatifs, au lieu d’être initialement et naturellement donné une fois pour
toute, sont au contraire construits et créés pour une période déterminée.

La technologie considérée comme un facteur de production, a deux effets principaux : elle


permet de créer de nouveaux produits et de nouvelles méthodes de production (innovation de
produits et innovation des procédés). L’innovation devient ainsi un moyen de maintenir dans
le temps ou de renouveler continuellement l’avantage comparatif.

M. Posner (1961) considère que l’investissement et les dépenses de recherche et


développement peuvent être à l’origine d’un écart technologique, générateur pour le pays
innovateur d’un avantage certain. En effet, les pays coéchangistes n’ont pas les mêmes
capacités d’innovation puisque ne consacrant pas les mêmes fonds à la recherche et
développement. Le pays innovateur acquiert une avance technologique qui lui confère un
monopole d’exportation pour le produit nouveau – dans le cas où les consommateurs des pays
étrangers expriment une demande pour ce produit-. A ce niveau, Hufbauer1 distingue deux
types d’échange : le commerce d’écart technologique et le commerce de bas salaires.

En effet, dans un premier temps, le pays innovateur bénéficie de l’absence d’imitation de son
innovation par les pays étrangers qui sont obligés d’importer le produit nouveau. Il se
développe ainsi un commerce d’écart technologique. Une fois la nouvelle technologie connue
à l’étranger, le pays innovateur perd son avantage technologique et son monopole ne peut se
maintenir que si son avantage coût est suffisamment net. (Dès lors, la concurrence se fait par
les coûts, donc par la rareté des facteurs, conformément au modèle H.O.S). Ce dernier avantage

1
Hufbauer G.C : « The impact of national characteristics and technology on the commodity composition of
trade in manufactured goods”, in : Vernon R: The technology factor in international trade, NY, cub, 1970.

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peut être lié, en particulier, aux économies d’échelle nées d’un vaste marché puisque le pays
répond seul à la demande interne et externe.

Dans cette phase de banalisation de la technologie ayant donné lieu à un produit, le pays
innovateur préfère souvent reconstituer un nouvel avantage par la mise au point d’autres
produits nouveaux et transférer progressivement les procédés de fabrication de l’ancien produit
nouveau dans les pays imitateurs capables d’appliquer ces procédés à meilleur coût. Il se
développe par conséquent un commerce dit « de bas salaires » et l’ancien produit nouveau
peut même être importé par le pays qui l’a innové.

1.2. La théorie du cycle international du produit de Vernon

R. Vernon reprend l’idée de monopole technologique lié à l’innovation et met l’accent sur le
nouveau produit en tant que tel et sur son cycle de vie. Il combine l’évolution de la nature du
produit, tout au long de son cycle, avec les évolutions de son commerce international.

Le produit peut connaître quatre phases : l’émergence, la croissance, la maturité et le déclin.


Dans sa première phase, le produit est intensif en technologie ; puis son développement et sa
production de masse nécessitent une forte intensité en capital (investissement) ; enfin, les
phases de maturité et de déclin correspondent à un produit banalisé, intensif en main-d’œuvre
peu qualifiée et devenant peu à peu obsolète.

Chaque phase de la vie du produit est associée à une phase d’échange international :

1.2.1. Phase de lancement

La première phase du cycle n’engendre pas de commerce international : le produit est fabriqué
et consommé dans le pays d’origine de l’innovation. Seul le pays innovateur a une population
possédant des revenus assez élevés pour acheter le nouveau produit.

1.2.2. Phase de croissance

Lors de la deuxième phase du cycle, le procédé de fabrication devient de plus en plus connu
et la demande du bien se généralise. Les exportations du pays innovateur vers ses partenaires
développés apparaissent et se multiplient. Le prix diminuant, le producteur va chercher à
étendre son marché dans les autres pays développés où les consommateurs à haut niveau de
revenu commencent à pouvoir acheter le produit (baisse du prix) ; la firme innovatrice tente
de prolonger son monopole temporaire en exploitant la première les marchés étrangers, car
sur son territoire national les imitations apparaissent et son marché intérieur est attaqué.

1.2.3. Phase de maturité

Le produit est fabriqué et consommé sur de vastes échelles tant dans le pays innovateur que
dans les pays étrangers puisque des concurrents locaux apparaissent. Ces derniers imitent
l’innovateur ; ils fabriquent et vendent, dans leur pays d’origine, des produits semblables à ceux
que le pays innovateur exporte sur leur territoire. Le monopole de l’innovateur disparaît et le
marché devient plus concurrentiel. Les considérations des coûts de production deviennent
primordiales. Pour demeurer concurrentielles et préserver leurs marchés d’exportation, les

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entreprises innovatrices auront intérêt à transférer la production dans les pays à bas salaires et
sur les marchés d’exportations où la demande a atteint un niveau suffisant.

1.2.4. Phase de déclin

C’est une phase de standardisation du produit ; où le flux des échanges s’inverse. Le pays
innovateur devient importateur et les pays développés imitateurs deviennent exportateurs. Ce
renversement tient aux phénomènes suivants : le produit s’est banalisé, la firme innovatrice
l’abandonne progressivement pour se consacrer à de nouveaux produits ; la demande nationale
devient saturée et la demande résiduelle est satisfaite par des importations, tandis qu’une
nouvelle demande pour des produits d’une nouvelle génération apparaît ; le produit banalisé
devient intensif en main-d’œuvre peu qualifiée et les coûts de production sont primordiaux dans
un marché où la concurrence peut être vive. Progressivement, la fabrication de ces produits va
se délocaliser vers des pays en voie de développement répondant à ces caractéristiques de coûts.

En général, les nouveaux produits émergent d’un pays industrialisé, notamment des Etats-Unis,
et sont d’abord dirigés vers d’autres pays industrialisés et, ensuite, vers les pays en
développement. Ainsi, dans le cadre de ce modèle du cycle de produit, on aboutit à une division
internationale du travail où le nord se spécialise dans la production de nouveaux produits (entre
autres, la haute technologie) et le sud, dans d’anciens produits. Par ailleurs, le cycle de produit
explique assez bien le paradoxe le Leontiev où les Etats-Unis, considérés comme abondants en
capital, importent des biens intensifs en capital. En effet, les Etats-Unis détiennent un avantage
dans l’exportation de nouveaux produits intensifs en MOD qualifiée et importent les biens qui
se situent dans la phase de maturité et de déclin.

L’industrie de l’automobile, des appareils radio, des téléviseurs et du textile, parmi tant
d’autres, sont des exemples frappants de la pertinence du modèle du cycle de produit. Vers les
années 1920, les fabricants américains de voitures ont été les premiers à introduire la production
de masse et ont bénéficié de l’économie d’échelle, ce qui leur a permis de dominer le marché
mondial jusqu’aux années 1960. Dès le début de 1970, le procédé de fabrication de l’automobile
devient standardisé. Le Japon émerge comme nouveau producteur, et il faut le dire, grâce à une
politique protectionniste d’industrie naissante. Les exportations japonaises envahissent le
marché américain et européen à la faveur des deux chocs pétroliers. Dès 1980, de nouveaux
pays producteurs émergent du sud, comme la Corée du Sud, le Brésil et le Mexique. La
compagnie allemande Volkswagen, attirée par de faibles coûts de main-d’œuvre, produit de
plus en plus sa voiture de marque Golf au Brésil. Mais il est encore trop tôt pour émettre des
commentaires conclusifs sur le déplacement de la production de l’automobile vers d’autres
régions en raison de l’effet dissuasif de l’économie d’échelle et des dépenses énormes qu’exige
une mise en marché.

Dans l’industrie du Textile, des pays leaders à l’exportation se sont détrônés l’un après l’autre.
Les anglais qui dominaient cette industrie à l’époque de la révolution industrielle, ont été
supplantés par les Américains avec la mécanisation poussée de leur industrie du coton. Vers
1950, le Japon est parvenu à éclipser les Américains pour être, à son tour, devancé par les

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nouveaux pays industrialisés à faibles coûts de main-d’œuvre : Taïwan, Hong Kong et la Corée
du Sud. Ces derniers font face actuellement à une vive concurrence livrée par d’autres pays :
Inde, Chine, Malaisie…etc.

Les innovations technologiques dans le procédé de fabrication ont pour effet de prolonger le
temps pendant lequel un pays occupe une position avantageuse par rapport aux autres. Plus les
salaires sont élevés, plus il y a intérêt à augmenter la productivité.

L’exemple du commerce de la radio est parlant. A l’origine, comme l’explique Pomfret (1991,
p.69), ce sont les Américains qui ont introduit la radio sur leur marché pour l’exporter vers
l’Europe et le Japon. La radio, dans sa phase de croissance et de maturité, était surtout produite
par les japonais. Les Américains voyant leur perte de compétitivité ont réagi en introduisant la
technologie des transistors, ce qui leur a permis de reprendre le marché mondial avant que les
japonais les rattrapent. Une autre innovation technologique introduite par les américains a été
celle des microprocesseurs.

Le processus d’innovation de procédé a cependant ses limites. Les producteurs américains de


radio, ne voyant plus d’autres alternatives de production, ont délaissé ce marché pour
développer les téléviseurs qui ont connu le même sort au profit des fabricants japonais. Après
le téléviseur, ce sont les jeux vidéo que les américains ont mis en marche.

Section 2 : Economies d’échelle et échange international

La théorie traditionnelle pose l’hypothèse de rendements constants. La spécialisation


internationale n’est déterminée que par leurs différences les uns des autres : différence de
productivité chez Ricardo, différence de dotations factorielles chez les suédois. Dans cette
théorie, la taille des nations n’a aucun impact sur la spécialisation internationale. Que se passe-
t-il, au contraire, si les coûts de production diminuent avec les quantités produites ?

Les modèles d’avantages comparatifs que nous avons présentés précédemment sont basés sur
l’hypothèse de constance des rendements d’échelle. Ces modèles supposent que si dans une
industrie on double les facteurs utilisés, la production de cette industrie doublerait également.
En pratique cependant, beaucoup d’industries sont caractérisées par des rendements croissants
ou des économies d’échelle.

Les économies d’échelle (ou rendements croissants) expriment une réduction du coût moyen
du produit lorsque la quantité produite augmente ; autrement dit, la quantité de travail
incorporée par unité de production est d’autant plus petite que la quantité produite est grande.

Il y a économies d’échelle dans une industrie lorsque l’accroissement du volume des facteurs
utilisés engendre une augmentation plus élevée, en pourcentage, de la production. Le fait de
doubler les intrants dans une industrie augmente la production de cette industrie de plus du
double.

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A ce niveau, deux questions se posent : Comment les économies d’échelle donnent naissance à
un échange international ? Et comment un gain à l’échange est garanti pour les deux
partenaires ?

La concentration de la production d’un bien K - auparavant fabriqué dans deux pays A et B -


dans le pays A, permet à celui-ci de produire plus avec la même quantité de facteurs que celle
nécessaire dans les deux pays.
Les facteurs supplémentaires nécessaires pour accroître la production du bien K dans le pays A
exige la contraction voire l’abandon de la production d’autres biens, qui seront produits dans le
pays B, grâce aux facteurs précédemment employés dans les industries qui se développent
maintenant dans le pays B.

En général, si chaque pays se spécialise dans la production de certain biens seulement, chacun
de ces biens pourra être produit sur une échelle plus grande que ce ne serait le cas si chaque
pays tendait à produire tous les types de biens. L’économie mondiale pourra en conséquence
avoir une quantité plus grande de chaque bien.

Deux types d’économie d’échelle se distinguent : l’un interne, l’autre externe.

2.1. Les économies d’échelle internes

C’est l’augmentation de la taille de l’entreprise, et elle seule qui conduit à ces économies
d’échelle. En effet, les rendements d’échelle internes sont directement liés à la taille de l’unité
de production (c’est une situation incompatible avec la concurrence pure et parfaite puisque les
entreprises sont incitées à être de plus en plus grosses).

Les raisons de l’existence des économies d’échelle sont à rechercher dans trois principales
sources : le principe d’indivisibilité des facteurs, la division du travail et les coûts fixes.

Par la première cause (le principe d’indivisibilité), on soutient qu’en ne peut augmenter les
facteurs de production que par unités entières, ce qui place la production à un niveau plus élevé.
Alors, si on double les facteurs, la production fait plus que doubler.

Par la division du travail, les grandes firmes ont beaucoup plus de liberté à spécialiser les
travailleurs dans des tâches où ils performent mieux, d’où une meilleure productivité et un
accroissement substantiel de la production.

Enfin, les coûts fixes s’amortissent avec la quantité de production. Certaines industries
présentent un coût fixe d’exploitation fort élevé (chemin de fer, hydroélectricité, hôpitaux,
école, aéronautique), de sorte que le coût unitaire de production diminue avec la hausse du
niveau de production.

2.2. Les économies d’échelle externes

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Il existe des économies d’échelle externes lorsque l’efficacité d’une firme quelconque est
influencée positivement par la taille du secteur ou du pays. Dans ce cas, les unités de production
peuvent être de taille réduite, mais la taille du secteur d’activité influe sur les coûts de
production. L’exemple classique est celui de l’industrie horlogère (Suisse). Les entreprises sont
de petite taille, mais plus le secteur horloger d’un pays est important, plus les entreprises de ce
pays sont productrices en raison de l’externalité. L’existence d’un marché du travail sur lequel
se déplacent des techniciens et des ingénieurs, des groupements professionnels qui peuvent
créer des coopérations en matière de formation, de recherche , de commercialisation. Dès lors,
la concentration dans un pays ou dans une région d’un type d’activité économique est
génératrice d’avantage au profit de celui-ci. Les économies d’échelle externes peuvent
expliquer des spécialisations et des gains de l’échange international entre pays semblables.

En effet, lorsque de telles économies existent, toutes les entreprises du secteur, alors qu’elles
gardent la même taille, voient leurs coûts de production diminuer suite à une augmentation de
la production globale. Le coût unitaire de production dépend alors de la taille du secteur, mais
pas de celle de la firme spécifiquement. C’est le cas par exemple, lorsque les industries sont
concentrées dans un lieu donné (exemple : Silicon Valley), ce qui leur permet de bénéficier
d’infrastructures plus développées, d’une offre de service plus appropriée ou encore d’une offre
de travail spécialisée, plus compétente et plus productive ainsi que de « retombées en
connaissances » plus importantes (diffusion du savoir et amélioration des connaissances par
l’imitation ou la collaboration).

Section 3 : La demande représentative et la différenciation des produits

Le fort développement des échanges de produits similaires entre les pays pose aussi un
problème à la théorie des avantages comparatifs. En effet, la spécialisation devrait conduire
chaque pays à être soit exportateur, soit importateur d’un produit donné. Or, la part croissante
du commerce « intra-branche » (exemple des échanges d’automobiles entre les pays européens)
ne peut s’expliquer par la théorie des dotations en facteurs de production puisque les pays qui
s’échangent des flux simultanés d’exportation et d’importation pour les mêmes produits ont des
caractéristiques très voisines.

Similaires, ces produits ne sont jamais identiques et c’est précisément la différenciation des
produits qui explique l’échange. On rencontre ainsi une limite de la théorie des avantages
comparatifs qui s’intéresse aux seules conditions de l’offre de produits, alors que les
caractéristiques de la demande sont bien souvent déterminantes. Ainsi, B. Lassurdrie- Duchêne
explique-t-il l’échange par la « demande de différences ». Le développement du commerce
intra-branche entre des pays qui n’ont pas de différences structurelles (dotation de facteurs,

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technologie) appelle donc un approfondissement des réflexions théoriques sur les fondements
de l’échange international.

3.1. La théorie de la « demande domestique représentative » de Linder

Linder part bien de l’affirmation selon laquelle le commerce international est lié à l’existence
d’avantages comparatifs, mais l’origine de ceux-ci, ne saurait se trouver dans la différence entre
les dotations initiales en facteurs. Le commerce des produits industriels se développe entre des
pays qui n’ont pas entre eux de différences significatives dans leurs dotations de facteurs.

L’avantage comparatif qui ne peut provenir d’une différenciation inexistante des dotations en
facteurs est lié à l’importance de la demande interne du produit exporté. Un bien n’est
susceptible d’être exporté que s’il est d’abord l’objet d’une forte demande interne : le grand
marché produit l’avantage comparatif parce que l’incitation à l’innovation y sera plus forte,
parce que le volume de la production entraînera des économies d’échelle, surtout si
l’environnement industriel est suffisamment développé, parce que les informations nécessaires
à l’extension du marché deviennent moins coûteuses. Le pays exportera donc plus facilement
le produit pour lequel il a une demande intérieure relativement forte.

Il ne l’exportera cependant que vers un pays susceptible de le consommer. Or, la qualité, et la


nature des produits consommés dépendent du niveau de vie et donc très largement du niveau
des salaires. Le produit ne pourra donc être exporté que dans des pays à niveau de salaires, à
niveau de revenu par tête, donc à dotation en facteurs comparables. L’identité des dotations en
facteur facilite le commerce qu’entravent au contraire leurs différences. Il n’est plus question
de spécialisation des productions mais de différenciation des produits, ce qui tend à nous
éloigner de la concurrence complète.

L’un des reproches adressés à la théorie de Linder est son incapacité d’expliquer les causes de
l’importation comme elle l’a fait pour celles de l’exportation. En effet, « si la théorie de Linder
permet de mieux comprendre pourquoi un pays industrialisé peut exporter des biens fortement
demandés sur son territoire, elle n’explique qu’imparfaitement que le même pays importe des
produits comparables »2.

C’est la théorie de la demande de différence développé par B. Lassudrie-Duchêne qui permet


de combler cette insuffisance.

3.2. La différenciation des produits et le commerce international

La différenciation des produits permet d’expliquer le commerce intra-branche par une demande
de différence de la part des consommateurs.

La théorie de la demande de différence développée par B. Lassudrie-Duchêne3 complète


l’interprétation de Linder en montrant que les consommateurs d’un pays exportateur d’un bien

2
Henri-F. Henner : commerce international, 2ème édition. Editions Montchrestien, paris, 1992. P.142.
3
B. Lassudrie-Duchêne : « La demande de différence et l’échange international », cahiers de l’ISCAE, Série P, n°
19, Juin 1971.

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peuvent demander et consommer un produit substituable importé. Le rapport qualité-prix
intrinsèque n’est pas le seul déterminant de la demande. Pour certains consommateurs, la
demande est également influencée par un désir de se particulariser. En effet, face à la
banalisation des produits fabriqués localement, certains consommateurs ont tendance à
demander des biens étrangers fortement substituables, mais bénéficiant d’une qualité
supplémentaire de non banalisation.

Selon B. Lassudrie-Duchêne, la consommation de masse qui prévaut aujourd’hui dans les pays
industrialisés est une consommation différentielle de masse. En effet, un bien dont la demande
intérieure est importante sera exportable car il bénéficie d’une fonction de production favorable.
La forte expansion de la consommation de ce bien à l’intérieur le rend fortement banalisé et une
demande d’importation de biens différents de la même catégorie se développe. Il peut apparaître
ainsi et se développer un échange croisé entre pays industrialisés.

La différenciation des produits peut être horizontale comme elle peut être verticale.

Dans la différenciation verticale, la différenciation peut porter sur la qualité du produit (voiture
plus puissante, plus rapide, plus économe en carburant). L’entreprise cherche à couvrir par sa
production une gamme plus complète par des produits de haute gamme, de gamme moyenne et
de bas de gamme. L’objectif est d’exploiter la disparité de la demande, non pas en termes de
goûts, mais de revenus.

La différenciation horizontale : Concerne la variété des caractéristiques d’un produit à qualité


identique (emballage, couleur, proximité,…..). L’entreprise s’efforce pour lancer sur le marché
des variétés différentes des variétés déjà existantes. L’objectif est d’exploiter la disparité de la
demande due à la diversification des goûts des consommateurs.

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