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Ali BOUAFIA

Département de Génie Civil


Faculté de Technologie
Université Saâd Dahleb de Blida

INTRODUCTION A LA RÉGLEMENTATION
GÉOTECHNIQUE

Tome 2 : - Murs et écrans de soutènement


- Calcul parasismique

OFFICE DES PUBLICATIONS UNIVERSITAIRES


1, Place centrale Ben-Aknoun (Alger)
1
Ouvrages du même auteur publiés par l’OPU :

 Mécanique des sols appliquée-Problèmes résolus


ISBN 978.9961.0.0464.7, 3e édition année 2012, 165 p.

 Essais in-situ dans les projets de fondations


ISBN 978.9961.0.0612.4, 3e édition année 2011, 300 p.

 Calcul pratique des fondations et des soutènements


ISBN 978.9961.0.0849.2, 2e édition année 2009, 246 p.

 Introduction à la dynamique des sols

Tome 1: Principes de base


ISBN 978.9961.0.1338.0, 1e édition année 2010, 336 p.

Tome 2: Calcul dynamique des ouvrages géotechniques


ISBN 978.9961.0.1347.2, 1e édition année 2010, 406 p.

 Introduction à la géotechnique (ouvrage collectif)

Tome 1: ISBN 978.9961.0.1515.6, 1e édition année 2011, 260 p

Tome 2: ISBN 978.9961.0.1519.3, 1e édition année 2011, 231 p.

 Aide-Mémoire de mécanique des sols


ISBN 978.9961.0.1611.4, 1e édition année 2013, 416 p.

 Applications de la dynamique des sols -Problèmes résolus


ISBN 978.9961.0.1762.3, 1e édition année 2014, 280 p.

Office des Publications Univeritaires :


Edition :
I.S.B.N :
Dépôt légal :
2
TABLE DE MATIERES DU TOME 1

Avant-Propos

CHAPITRE 1. Aperçu sur la réglementation géotechnique

CHAPITRE 2. Reconnaissance géotechnique et caractérisation


des sols

CHAPITRE 3. Fondations superficielles

CHAPITRE 4. Fondations sur pieux

Références bibliographiques

Liste des abbréviations

3
4
TABLE DE MATIERES DU TOME 2

Avant-Propos

CHAPITRE 5. Murs de soutènement

5.1. Introduction 9
5.2. Conception des murs rigides de soutènement 9
5.3. Dimensionnement des murs de soutènement 13
5.4. Réalisation des murs de soutènement 40
5.5. Choix du matériau du remblai 44
5.6. Exemple de calcul d’un mur de soutènement 45
5.7. Conclusions 52
5.8. Liste des symboles 53

CHAPITRE 6. Ecrans de soutènement

6.1. Introduction 67
6.2. Conception des écrans de soutènement 69
6.3. Dimensionnement des écrans de soutènement 74
6.4. Réalisation des écrans de soutènement 110
6.5. Exemple de calcul d’un écran de soutènement 110
6.6. Conclusions 117
6.7. Liste des symboles 117

CHAPITRE 7. Murs en remblais renforcés

7.1. Introduction 127


7.2. Conception des murs en remblai renforcé 128
7.3. Dimensionnement des murs en remblai renforcé 132
7.4. Réalisation des murs en remblai renforcé 151
7.5. Conclusions 152
7.6. Liste des symboles 152

CHAPITRE 8. Calcul parasismique des fondations


et soutènements

8.1. Introduction 157


8.2. Analyse du potentiel de liquéfaction 158
8.3. Capacité portante sismique des fondations 171
5
8.4. Comportement sismique d’un mur de soutènement 175
8.5. Conclusions 189
8.6. Liste des symboles 189

Références bibliographiques 199

Liste des abbréviations 212

6
AVANT-PROPOS

En dépit de la richesse du patrimoine mondial en matière de


méthodes d’analyse du comportement des ouvrages géotechniques,
la conception et le calcul de ces derniers, dans le cadre d’un projet de
construction, impliquent le recours à un référentiel réglementaire
codifiant de telles méthodes.
Un code réglementaire en géotechnique regroupe des directives
basées sur des principes scientifiquement établis ou des
recommandations ayant acquis l’approbation de la pratique de
l’ingénierie géotechnique.
Or, la diversité des écoles de pensée en géotechnique a fait qu’il
n’existe pas de code universel pour la conception, le
dimensionnement et la réalisation des ouvrages géotechniques, mais
plutôt des règlements nationaux ou régionaux, chacun reflétant un
niveau technologique dans le domaine de la construction, un
contexte géotechnique et géologique qui lui est propre, et enfin un
état de l’art en matière d’étude du comportement du sol.
Ce livre traite de ce sujet complexe qu’est l’apport de la
normalisation à la conception, le dimensionnement et la réalisation
des ouvrages géotechniques. Son objectif n’est pas de comparer entre
les différents règlements géotechniques modernes, mais plutôt de
dégager des recommandations pratiques intéressant tous les acteurs
de la construction en Algérie, et contribuer ainsi à combler le vide
réglementaire en matière d’ingénierie géotechnique.
Force est de dire que la difficulté d’accès à un bon nombre de
règlements pour des raisons linguistiques tels que ceux de la chine,
du japon et de la russie, a fait que la présentation de la matière
réglementaire ne prétend pas être exhaustive. Néanmois, l’étude a
principalement porté sur les normes internationales (ISO), le
règlement européen Eurocode 7, les normes américaines (AASHTO,
ASCE, IBC, FHWA), les recommandations canadiennes (CFEM), et
australiennes (AS).
Par souci de mieux concrétiser l’application des méthodes de
calcul présecrites dans les règlements étudiés, les différents
chapitres jalonnent d’exercices résolus relatives à des cas
géotechniques pratiques.
En outre, la liste des références bibliographiques en fin du livre
7
invite le lecteur à une recherche plus approfondie sur les
prescriptions et les recommandations réglementaires. Enfin,
l’attention du lecteur est attirée sur le fait que certains passages jugés
importants dans les références ont été reproduits tels qu’il sont sous
forme de paragraphes en italique.
L’auteur est reconnaissant à l’équipe du laboratoire NAVIER à
l’Ecole des Ponts Paris Tech (France), particulièrement le Professeur
Jean Sulem, pour l’avoir acueilli à maintes reprises et mettre à sa
disposition une riche documentation relative à ce thème, et aux
organismes l’ayant prise en charge sous forme de bourse, en
l’occurrence l’AUF (Agence Universitaire pour la Francophonie) et la
faculté de Technologie de l’Université de Blida-1.
Puisse ce livre être un stimulus à d’autres collègues pour enrichir
l’étude de ce thème stratégique en vue d’entamer le projet de
règlement Algérien de géotechnique.

Ali Bouafia

Alger, 16/07/2015

8
5 MURS DE SOUTENEMENT

_______________________________________________________________________________

5.1. INTRODUCTION

Le mur de soutènement est un parement reposant sur une


fondation, conçu pour soutenir un massif de sol et lui assurer la
stabilité, ainsi que celle d’un éventuel ouvrage sus-jacent à ce sol. On
distingue le mur en déblai, qui soutient un sol excavé, d’un mur en
remblai soutenant un sol artificiel construit par couches compactées.
Le dimensionnement d’un mur de soutènement nécessite une
évaluation des pressions des terres sur le mur, ainsi que l’analyse de
la résistance du système sol/mur vis-à-vis des différents modes
d’instabilité.
Les accidents de murs ont souvent des conséquences néfastes sur
les ouvrages, et il importe de mener sérieusement l’étude d’un projet
de mur de soutènement en mettant l’accent sur les interactions
mutuelles entre le mur, le sol soutenu et éventuellement un ouvrage
sus-jacent.
Ce chapitre présente en premier les différentes classifications du
mur de soutènement et focalise ensuite sur les exigences ou les
recommandations réglementaires quant à la conception,
dimensionnement et réalisation des murs rigides de soutènement.
On traitera par la suite à titre comparatif des applications
numériques des différentes méthodes de calcul des pressions des
terres et de vérification de la stabilité du système mur/sol.

5.2. CONCEPTION DES MURS DE SOUTENEMENT

Ouvrage largement rencontré en génie civil, un mur de


soutènement prend des formes, dimensions et matériaux très
variées. Outre les solutions traditionnelles de soutènement, la
9
géotechnologie est riche d’une variété de techniques récentes de
soutènement dont le recensement sort du cadre de cet ouvrage.
Il existe plusieurs classifications des murs, les plus courantes sont
basées sur le mode de fonctionnement du mur, la rigidité du système
mur/sol, le matériau du mur, et enfin la durée de fonctionnement du
mur.
La reprise des forces de poussée ou de butée exercées par le sol
peut s’assurer selon différents modes de fonctionnement. On
distingue en fait trois modes principaux de fonctionnement :

 Fonctionnement par le poids. Le poids du mur contribue


essentiellement à la stabilité et à la reprise des poussées, sans subir
des déplacements pouvant rompre le sol en amont. On cite à ce titre,
les murs-poids en béton ou en maçonnerie, les murs en gabions, les
murs en terre armée et les ouvrages cellulaires ou caissons utilisés
couramment dans les quais portuaires.
Les murs en gabion, en terre armée ou en caissons ont la possibilité
de s’adapter à des déformations importantes résultant des
tassements différentiels du sol de fondation ou d’un séisme,
 Fonctionnement par encastrement. La semelle du mur doit avoir une
largeur suffisante pour résister aux différentes formes d’instabilité
(glissement de la semelle, renversement, etc). On cite à titre
d’exemple dans cette catégorie les murs console (ou cantilever) en
béton armé et les parois moulées. Les rideaux de palplanches et
parois moulées auto-stables fonctionnent par encastrement mais en
faisant intervenir la partie fichée du rideau dans le sol.
 Fonctionnement par ancrage ou clouage. Le mur est soit ancré dans
le sol par des tirants d’ancrage, soit cloué par des clous, permettant la
reprise des forces de poussées. On distingue le cas où la plaque
d’ancrage travaille en butée, de celui où elle travaille en frottement.

Un autre critère de classification des murs est la rigidité du


système mur/sol. On distingue ainsi :

 Mur rigide. Un écran soutenant un volume de sol est dit rigide si la


surface de contact sol/mur reste plane après chargement. Les murs
courants en béton armé (cantilever, contrefort,…) sont considérés
pratiquement comme rigides.
10
Un mur rigide est dit fixe s'il n'effectue ni translation ni rotation.
On cite à titre d’exemple, le passage supérieur à cadre fermé (PSCF),
le voile du sous-sol d’un bâtiment, le bajoyer d’une écluse (canal en
U). Le remblai derrière le mur se trouve en état de repos, dit état K0.
En cas de déplacement et/ou de rotation, le mur rigide est dit non
fixe et les pressions agissant sur le mur dépendent du sens et de
l'amplitude des déplacements du mur. A cette catégorie,
appartiennent entre autres les murs supportant les voies
ferroviaires, les murs de déblais routiers et les culées de ponts,
 Mur flexible. Un mur est dit flexible si la surface de contact sol/mur
est déformable. On cite à ce titre les rideaux de palplanches, les
parois moulées et les fouilles blindées.

Vis-à-vis du matériau constitutif du mur, on distingue :

 Les murs en maçonnerie ordinaire (moellons, béton armé ou non),


 Les murs à enrochement. Ils regroupent les murs à gabions et les
murs massifs à enrochement,
 Les murs en terre armée. Le corps du mur est constitué de la terre
compactée par couches et le parement du mur est souvent formé
d’écailles en béton ancrées dans des tiges métalliques,
 Les murs en béton armé. Ce sont souvent les murs consoles ou
cantilevers, ainsi que les parois moulées,
 Les murs métalliques. On retrouve dans cette catégorie les rideaux
de palplanches et les batardeaux.

Vis-à-vis de la durée de fonctionnement d’un mur, on distingue :

 Les murs provisoires. Ils sont réalisés pendant une phase limitée des
travaux, en vue du blindage d’une fouille, étaiement d’une paroi
instable, ou le soutènement des parois d’une fouille par des rideaux
de palplanches récupérables en fin des travaux,
 Les murs définitifs. Ces murs sont réalisés pour une fonction de
soutènement illimitée dans le temps, tels que les murs cantilevers, les
gabions, les murs de quai, et les parois moulées.

L’Eurocode 7 adopte une classification des murs combinant la


rigidité relative mur/poids et le mode de fonctionnement du mur, en
11
subdivisant les murs en trois catégories, à savoir (CEN, 2004) :

 Les murs-poids comprenant à titre d’exemple les murs en pierre, en


béton ou en béton armé ayant une semelle à la base ou non (voir
figures 5A.1 à 5A.7 en annexe 5A de ce chapitre),
 Les écrans de soutènement comprenant entre autres les rideaux de
palplanches auto-stables ou non et les parois moulées,
 Les ouvrages composites résultant de la combinaison des deux
catégories précédentes, et comportent par exemple les murs en terre
armée, les murs cloués ou ancrés et les batardeaux constitués de
deux rideaux de palplanches.

Les recommandations CFEM adoptent une autre classification en


distinguant (CGS, 2006) :

 Les murs rigides,


 Les murs (ou écrans) flexibles, tels que les rideaux, les parois
moulées en panneaux coulés sur place ou préfabriqués, le parois
berlinoises, et les parois en pieux sécants ou tangents,
 Les murs en remblai renforcés par des armatures ou des géotextiles
(terre armée), appelés souvent MSEW (Mechanically Stabilized Earth
Wall).

Le règlement AASHTO propose plutôt de distinguer :

 "Les murs-poids rigides ou murs semi-gravitaires", tels que les murs


en béton armé ou non, avec ou sans contrefort,
 les murs en console (cantilever) "non gravitaires",
 Les murs ancrés,
 Les murs en remblai renforcés par des armatures ou des géotextiles.

Hormis la catégorie des murs en remblai renforcé et celle des


écrans ou murs flexibles adoptées par les trois règlements, il est à
noter que la correspondance entre un mur-poids et un mur rigide
n’est pas évidente. En fait, un mur rigide peut ne pas fonctionner par
son poids mais plutôt par encastrement, comme c’est le cas d’un mur
console en béton armé. En outre, un mur-poids n’est pas forcément
rigide mais plutôt flexible comme c’est le cas d’un mur en gabion.
12
En matière de conception des murs rigides, L’Eurocode 7 attire
l’attention sur la définition des paramètres géotechniques de calcul.
Ainsi, le poids volumique du matériau du remblai, adopté dans les
calculs, doit être sujet à un contrôle au cours de la réalisation du
remblai. En outre, la valeur du poids volumique de l’eau doit tenir
compte "du fait que l'eau est douce, salée ou chargée de produits
chimiques ou de polluants à tel point qu'il est nécessaire de modifier la
valeur normale".
Enfin, l’Eurocode 7 met l’accent sur une bonne conception du
système de drainage, ce qui assure un fonctionnement normal du
mur sans excès d’efforts générés par la pression interstitielle, et exige
de montrer en phase de calcul que le système de drainage retenu
peut fonctionner correctement sans entretien ou de spécifier un
programme d’entretien (CEN, 2004). Le CFEM recommande d’ailleurs
des variantes pratiques du système de drainage, illustrées en figure
5.1.
L’AASHTO exige de tenir compte de la pression hydrostatique lors
de la détermination des efforts sur le mur en cas où la conception
d’un système de drainage n’est pas possible (AASHTO, 2012).

5.3. DIMENSIONNEMENT DES MURS RIGIDES DE SOUTENEMENT

5.3.1. Etats limites pour les murs de soutènement

5.3.1.1. Etats limites ultimes

a) Eurocode 7

Les onze états limites suivants doivent être pris en compte lors du
dimensionnement d’un mur-poids de soutènement (CEN, 2004) :

"1. Instabilité d'ensemble (voir figure 5.2),


2. Rupture d'un élément de la structure tel qu'un mur ou un écran, un
ancrage, un étai ou un buton, ou rupture de la liaison entre de tels
éléments (voir figure 5.3),
3. Défaut de portance du sol sous l'ouvrage (voir figure 5.5),
4. Rupture par glissement sur la base du mur (voir figure 5.5),

13
5. Rupture par renversement (voir figure 5.5),
6. Rupture combinée dans le terrain et dans les éléments de structure,
7. Rupture par soulèvement hydraulique et érosion régressive (voir
figure 5.4),
8. Mouvements de l'ouvrage de soutènement susceptibles de
provoquer la ruine ou d'affecter l'aspect ou l'efficacité de l'utilisation
de l'ouvrage, des ouvrages voisins ou des services qui en dépendent,
9. Fuites inacceptables à travers ou par-dessous le mur ou l'écran,
10. Transport inacceptable de particules de sol à travers ou par-
dessous le mur ou l’écran,
11. Modifications inacceptables de l'écoulement de l'eau souterraine".

Figure 5.1. Quelques variantes du système de drainage selon le CFEM


(traduite du CGS (2006))

14
Figure 5.2. Schémas de quelques modes d’instabilité d’ensemble (CEN, 2004)

Figure 5.3. Schémas de quelques modes de rupture des éléments de structure (CEN, 2004)

b) Recommandations CFEM

Les recommandations canadiennes fixent les 6 états limites


ultimes suivants (CGS, 2006) :

15
1) Instabilité d'ensemble,
2) Rupture de la structure suite au mouvement du sol de fondation,
3) Perte de capacité portante du sol,
4) Rupture par glissement,
5) Renversement de la fondation,
6) Soulèvement excessif de la fondation.

c) AASHTO

Le règlement AASHTO définit six états limites ultimes relatifs au


comportement d’un mur-poids, en l’occurrence :

1. Rupture due à une instabilité d’ensemble en cas de séisme,


2. Rupture des éléments de structure,

Figure 5.4. Exemples de modes de rupture par soulèvement hydraulique (CEN, 2004)

Figure 5.5. Schéma de mécanismes de ruine pour les murs de soutènement (AFNOR, 2014)
16
3. Rupture par perte de capacité portante du sol,
4. Glissement latéral du mur,
5. Rupture par arrachement des ancrages ou des éléments de
renforcement du sol (par exemple armatures ou géotextiles dans
un mur en remblai renforcé),
6. Perte de contact à la base suite à une charge excentrée.

Les quatre premiers états limites ultimes, à savoir l’instabilité


d’ensemble, la rupture des éléments de la structure du mur, la perte
de capacité portante du sol et la rupture par glissement, présentent
les mécanismes de ruine communs entre les trois règlements étudiés.
A noter que l’Eurocode 7 et le CFEM s’accordent pour définir la
rupture par renversement comme un état limite ultime.

5.3.1.2. Etats limites de service

a) Eurocode 7

L’Eurocode 7 ne définit pas des états limites de service précis pour


ce type de murs, mais il met l’accent sur la nécessité d’une estimation
prudente de la distorsion et des déplacements du mur en vue de
vérifier qu’ils ne dépassent pas les valeurs limites. En cas de
dépassement, un calcul détaillé des déplacements est alors
nécessaire.
Dans les situations suivantes, il est exigé de mener un calcul
détaillé des déplacements du mur (CEN, 2004) :

 "lorsque les ouvrages et équipements avoisinants sont sensibles aux


déplacements de façon inhabituelle,
 lorsque l'on ne dispose pas d'expériences comparables concluantes".

Il est toutefois recommandé de calculer les déplacements dans les


cas suivants :

 "lorsque le mur ou écran soutient plus de 6 m de sol cohérent de faible


plasticité,
 lorsque le mur ou écran soutient plus de 3 m de sols de forte

17
plasticité,
 lorsque le mur ou écran repose sur de l'argile molle ou est en contact
avec de l'argile molle".

b) Recommandations CFEM

Les états limites de service pour les murs rigides n’ont pas été
précisés.

c) Règlement AASHTO

Le règlement définit deux états limites de service pour les murs-


poids, en l’occurrence (AASHTO, 2012) :

1. Déplacement excessif du mur (déplacements vertical et


horizontal),
2. Instabilité d’ensemble en absence d’un séisme.

Le seul état limite de service commun entre les deux règlements


est relatif aux déplacements excessifs, pouvant d’ailleurs perturber le
fonctionnement normal de l’ouvrage pour lequel il a été conçu.

5.3.2. Détermination des pressions des terres sur un mur

5.3.2.1. Considération générales

La figure 5.6 schématise différents modes de déplacement d’un


mur de soutènement rigide. Le cas (a) correspond à un mur fixe
n’effectuant aucun déplacement et supportant ainsi un sol en état K0.
Les cas (b) à (d) correspondent à un mur en poussée où l’interface
mur/sol est en état passif, alors que les cas (e) à (g) correspondent à
la butée du mur, l’interface mur/sol étant en état actif.
En cas d’une translation du mur, telle que schématisée en figure
5.7, en admettant que le déplacement du mur ne modifie pas les
contraintes verticales v, la poussée est caractérisée par une chute
des contraintes horizontales, et la butée par une augmentation de
celles-ci. La pression ultime de butée Pp est très grande devant la
pression ultime de la poussée Pa.
18
Figure 5.6. Différents modes de déplacement du mur (Das, 1987)

Dans le cas d’une poussée du sol sur le mur, la surface AB est


active et AC est passive. En cas d'une butée du sol, AB devient
passive et AC est active.
Selon la figure 5.8, le sol se comporte en compression en cas de
poussée et en extension en cas de butée.
En mode de translation horizontale, la figure 5.7 montre que l’état
limite de poussée est atteint pour un déplacement horizontal du mur
de l'ordre du millième de sa hauteur, et en mode de rotation autour
du pied du mur, il suffit d’une rotation d’environ 0.1°.
En cas de butée, en mode de translation horizontale, il faut un
déplacement égal au centième de la hauteur pour mobiliser l’état
d’équilibre limite. En modes de rotation par rapport au pied et par
rapport à la tête du mur, il faut des rotations de 5.7° et 1.1°
respectivement (Schlosser, 1995).

19
Figure 5.7. Mobilisation des pressions en fonction du déplacement

Figure 5.8. Evolution des cercles de Mohr en cas de poussée et de butée

Les pressions agissant sur le mur dépendent sensiblement de la


rugosité de la surface de contact mur/sol. La résistance au
cisaillement τl de l’interface mur/sol est caractérisée par deux
paramètres mécaniques : l’adhérence mur/sol et l’angle de
frottement mur/sol, notés respectivement par a et δ, telle que :

τl= a+σtg(δ) (5.1)

En état d’équilibre limite de poussée ou de butée, l’obliquité δ


20
représente l’inclinaison du vecteur de pression par rapport à l’axe
normal à la surface de contact mur/sol. Cet angle dépend entre
autres de la nature des matériaux du mur et du sol et de la rugosité
de la surface de contact.
En pratique, on adopte conventionnellement la relation suivante
liant l’adhérence a, l’angle de frottement mur/sol δ, l’angle de
frottement interne φ et la cohésion C du sol (Philiponnat et Hubert,
1998) :

a tg ( )
 (5.2)
C tg ( )

Une surface de contact mur/sol est dite lisse si elle est caractérisée
par l'absence des contraintes de cisaillement et donc par une obliquité
nulle du vecteur pression (=0).
Une surface de contact mur/sol est dite parfaitement rugueuse si
le mur et le sol se comportent au niveau de cette surface comme un
seul corps. On dit qu’ils sont parfaitement adhérents. Vu la rugosité
de la surface, le frottement se fait sol/sol, l’angle de frottement
mur/sol est par conséquent égal à l’angle de frottement interne du
sol ( = ) et l’adhérence est elle-même la cohésion du sol.
Pour les massifs de sable ou gravier soutenus par des murs en
béton ou des rideaux en palplanches, l’Eurocode 7 recommande de
considérer =2cv/3 pour les murs en béton préfabriqué et les
rideaux de palplanches, et =cv pour les murs en béton coulé sur
place. cv est l’angle de frottement interne à l’état critique.
Le tableau 5D.1 en annexe 5D, recommandé par aussi bien par le
CFEM et l’AASHTO, regroupe des valeurs pratiques intéressantes
pour l’estimation de δ et a pour les murs en béton, en maçonnerie ou
les rideaux de palplanches.
L’Eurocode 7 stipule aussi que "pour un rideau de palplanches
métalliques dans l'argile en conditions non drainées immédiatement
après le battage, il convient d'admettre qu'il n'y pas d'adhérence ni de
résistance par frottement. Ces valeurs peuvent augmenter pendant une
certaine période de temps".
"La valeur de la pression des terres à l'état limite ultime diffère
généralement de sa valeur à l'état limite de service. Ces deux valeurs
sont déterminées par deux calculs fondamentalement différents. Par
21
conséquent, lorsqu'elle est choisie comme action, la pression des terres
peut ne pas avoir une seule valeur caractéristique" (CEN, 2004).

5.3.2.2. Méthodes de calcul des pressions des terres

a) Pression des terres en état K0

Le mur fixe n'effectuant aucun déplacement, sa présence ne


modifie pas les contraintes initiales dans un massif semi-infini en
état K0. Sur la surface de contact sol/mur, les pressions sont
horizontales et égales, à une profondeur z donnée, à :

p0= h =K0v (5.3)

Le diagramme de pression des terres au repos étant linéaire, la


force résultante F0 par unité de longueur du mur est telle que :

H H
F0   p 0 dz   K 0 v 0 dz (5.4)
0 0

En cas d’un sol homogène ayant un poids volumique γ:

H H 2
F0  K 0  zdz K 0 (5.5)
0 2

La force F0 est horizontale et appliquée à H/3 de la base du mur.


Le coefficient K0 dépend de la loi de comportement du matériau
sol. Si on considère que le matériau de ce massif est élastique
linéaire, la loi de Hooke donne, en notant par  le coefficient de
Poisson (0   0.5) :


K0  (5.6)
1 

Jaky (1944) a proposé une formulation de K0 pour les sables et


argiles normalement consolidés, en fonction de l'angle de frottement
effectif φ’. L’équation simplifiée de Jaky s'écrit:
22
K0 = 1-sin’ (5.7)

Pour les sols fins surconsolidés ou pulvérulents surcomprimés, le


coefficient K0 dépend du degré de surconsolidation OCR, tel que :

K0= (1-sin’).OCRn (5.8)

Le coefficient n est en général pris égal à 0.50.

a1. Eurocode 7

Dans les sols normalement consolidés (OCR=1), l’Eurocode 7


recommande d’admettre qu’un sol est en état de repos derrière le
mur si le déplacement de ce dernier est inférieur à 0.05% de H, H
étant la hauteur du mur, sans préciser la nature de ce déplacement.
En cas d’un sol horizontal, le coefficient de pression des terres au
repos se calcule par l’équation (5.8), et en cas d’un sol incliné d’un
angle β vers le haut à partir du mur (avec β≤ φ), il se calcule par :

K0 = (1-sinφ’)(1+sinβ).OCRn (5.9)

Il est recommandé dans ce cas de considérer la direction de la force


parallèle à la surface du terrain.

a2. Recommandations CFEM

Il est recommandé d’estimer l’exposant n par la valeur (1-sinφ’), ce


qui aboutit à :

K0 = (1-sin’).OCR(1-sinφ’) (5.10)

a3. Règlement AASHTO

Le coefficient K0 est calculé comme suit (AASHTO, 2012) :

K0 = (1-sin’).OCRsinφ’ (5.11)

23
b) Pression des terres à l’état d’équilibre limite

b1. Eurocode 7

En cas d’un mur de soutènement vertical soutenant un massif de


sol non cohérent à surface horizontale, le règlement recommande des
seuils de mobilisation de la pression limite de poussée Pa et de butée
Pp, en termes de déplacements du mur, notés respectivement par va
et vp. Ces valeurs seuils dépendent du type de mouvement et de la
densité du sol. Les tableaux 5.1 et 5.2 regroupent respectivement les
valeurs recommandées de va/H et vp/H, H étant la hauteur du mur de
soutènement.
Comme le montrent les tableaux 5.1 et 5.2, le déplacement seuil en
cas d’un sol lâche est environ trois fois plus grand que celui en sol
dense en cas de poussée, quel que soit le mode de déplacement du
mur. En cas de butée, le rapport varie entre 1 à 2.5 selon le mode de
déplacement. En outre, ce seuil est plus grand en mode de
renversement qu’en mode de translation. A titre illustratif, en cas de
mode de renversement par poussée, il faut un déplacement en tête
du mur de (0.4-0.5)% de H en cas d’un sol lâche et (0.1-0.2)% de H en
cas d’un sol dense.
En cas de mobilisation de la butée dans de tels sols sous la nappe,
Il est recommandé de multiplier les déplacements seuils du tableau
5.2 par 1.5 à 2.
On attire l’attention que le rapport vp/va prend des valeurs élevées
variant entre 10 à 60 selon le mode de déplacement du mur et la
densité du sol soutenu, ce qui permet de conclure que l’état limite de
butée est mobilisable pour des grands déplacements du mur, alors
que celui de la poussée nécessite seulement des petites amplitudes
de déplacement.
A titre illustratif, pour mobiliser l’état limite de poussée d’un
massif sableux lâche à surface horizontale derrière un mur de
soutènement vertical ayant une hauteur de 3 m, il faut un
déplacement en tête de 12-15 mm en mode de renversement, et 6
mm en mode de translation horizontale.
En cas de butée, il faut respectivement des déplacements de 210-
750 mm et 150-300 mm.

24
Tableau 5.1. Valeurs de va/H recommandées par l’Eurocode 7 (CEN, 2004)

Tableau 5.2. Valeurs de vp/H recommandées par l’Eurocode 7 (CEN, 2004)

25
Enfin, les valeurs seuils en mode de translation horizontale selon
l’Eurocode 7 sont de 2H/1000 en cas de poussée d’un sol lâche et
(0.5-1)H/1000 en cas de sol dense. En cas de butée, elles sont de (5-
10)% de H en cas d’un sol lâche et de (3-6)% de H en sol dense.
L’Eurocode 7 recommande de calculer une pression globale P(z)
exercée à la profondeur z sur un mur vertical par un sol cohérent
ayant une surface inclinée de  par rapport à l’horizontale (voir
figure 5.9-a). Cette pression a pour composantes normale
(horizontale) σ et tangentielle τ (verticale), telles que (CEN, 2004) :

 a , p  K a , p  v 0  q   2C K a , p (5.12)

 a , p   a , ptg  a (5.13)

Le signe + et l’indice p correspondent à la butée, et le signe - et


l’indice a à la poussée.
v0 est la contrainte verticale due au poids des terres et q est une
pression verticale uniforme appliquée à la surface du remblai,
conformément à la figure 5.9-a.
Ka et Kp sont respectivement les coefficients de poussée et de butée,
dépendant de la rugosité de l’interface mur/sol (δ/φ’), de
l’inclinaison β et de l’angle de frottement interne drainé φ’ à la
profondeur z. Des abaques donnant Ka ou Kp en fonction de δ/φ’, β et
φ’ sont regroupés en annexe 5B de ce chapitre.
On remarque, comme le schématise la figure 5.9-b, qu’en cas de
poussée la contrainte σa(z) devient négative sur une hauteur z0 égale
selon l’équation (5.12) à :

2C q
z0   (5.14)
 Ka 

Cette zone de traction est à éliminer lors du calcul des pressions


agissant sur le mur, du fait que le sol résiste mal à la traction. En cas
de butée, on montre à partir de l’équation (5.12) que z0 est égal à 0, et
le sol le long du mur est ainsi sollicitée en compression.
L’Eurocode 7 précise que les équations (5.12) et (5.13) peuvent
26
être appliquées aussi bien en termes de contraintes totales
(comportement à court terme ou non drainé) qu’en contraintes
effectives (comportement à long terme ou drainé). En outre, il stipule
que :

 "Dans les sols stratifiés, il convient normalement de déterminer le


coefficient Ka ou Kp en fonction des paramètres de résistance au
cisaillement à la profondeur z seulement, indépendamment des valeurs
aux autres profondeurs",
 Les valeurs intermédiaires de la poussée des terres entre l'état au
repos et l'état limite peuvent être obtenues par interpolation linéaire",
 Les valeurs intermédiaires de la butée des terres entre l'état au repos
et l'état limite peuvent être obtenues par interpolation parabolique",
comme indiqué sur la figure 5B.6 en annexe B.

Figure 5.9. Schéma de calcul de la pression des terres

L’annexe française (norme NF P94-281) relative aux murs de


soutènements recommande, outre la méthode de l’Eurocode 7, celle
de Boussinesq basée sur les tables de Caquot, Kérisel et Absi (1990),
ainsi que d’autres méthodes comme celle de Coulomb, Poncelet et
Culmann. Enfin, il est aussi possible d’utiliser l’approche cinématique
du calcul à la rupture (analyse limite) pour déterminer les pressions
de poussée ou de butée (AFNOR, 2014).
Notons que cette norme traite en détails, par le biais des théories
d’élasticité ou de plasticité, de la détermination des pressions dues à
27
des charges surfaciques ou linéaires, selon une variété de
configurations géométriques des charges en surface du sol.

b2. Recommandations CFEM

Deux méthodes traditionnelles de détermination des pressions


limites de poussée et de butée sont recommandées, à savoir la
méthode de Coulomb (1776) et celle de Rankine (1856).

b2.1. Méthode de Coulomb

Selon le schéma de la figure 5.10-a, dans le cadre d’un


comportement rigide plastique, l’état d’équilibre limite du sol en
butée derrière le mur se traduit par la mobilisation d’une surface de
rupture plane limitant un coin triangulaire AEM solidaire au mur.
L’équilibre de ce coin sous son poids W, la force F interne inclinée de
φ par rapport à la normale de la ligne de rupture, et la force de butée
Fpγ permet de déduire cette dernière :

1  2
Fp  K p H (5.15)
2

Le coefficient Kpγ de butée des terres est donné par l’expression


suivante (Kramer, 1996) :

cos 2 (   )
K p  2
(5.16)
 sin(   ) sin(   ) 
cos 2  cos(   ) 1  
 cos(   ) cos(   ) 

L’équation (5.15) est équivalente à celle de la résultante d’une


distribution triangulaire des pressions Ppγ de butée en fonction de la
profondeur, telle que :

Ppγ =Kpγ.γ.Z (5.17)

28
(a) cas de la butée

(b) cas de la poussée

Figure 5.10. Schéma des pressions des terres dans la méthode de Coulomb

La force Fpγ agit à H/3 à partir de la base du mur, et l’inclinaison αp


de la ligne AM par rapport à l’horizontale est donnée comme suit
(Ebeling et Morisson, 1992):

 tg (   )  c1 
 p    tg 1   (5.18)
 c2 
 1  tg (   ) 
c1  tg (   ) tg (   )  1   (5.19)
 tg (   )  tg (   ) 
 1 
c 2  1  tg (   ) tg (   )   (5.20)
 tg (   ) 

29
D’une manière analogue, Coulomb a montré que la force de
poussée Faγ s’applique à H/3 et s’obtient comme suit :

1  2
Fa  K a H (5.21)
2

Le coefficient de poussée des terres Kaγ est tel que :

cos 2 (   )
K a  2
(5.22)
 sin(   ) sin(   ) 
cos 2  cos(   ) 1  
 cos(   ) cos(   ) 

L’inclinaison αA de la ligne AM par rapport à l’horizontale est :

  tg (   )  c3 
 a    tg 1   (5.23)
 c4 
 1  tg (   ) 
c3  tg (   ) tg (   )  1   (5.24)
 tg (   )  tg (   ) 
 1 
c 4  1  tg (   ) tg (   )   (5.25)
 tg (   ) 

b2.2. Méthode de Rankine

La pression P exercée sur un mur vertical (=0) par un sol


pulvérulent dont la surface est inclinée de  par rapport à
l’horizontale, est donnée par :

cos   cos2   cos2 


P ( z )  K a , p v ( z )  z cos  (5.26)
cos   cos2   cos2 

La contrainte verticale σv est égale à γzcosβ, et les signes supérieur


et inférieur correspondent respectivement à la butée et la poussée.
30
Au cas particulier d’un sol horizontal (=0) et un mur vertical
(λ=0) correspond la pression latérale à la profondeur z :

1  sin    
P ( z )  K   v ( z )   v ( z )  tg 2    v ( z ) (5.27)
1  sin  4 2

Aux signes supérieur et inférieur correspondent respectivement le


coefficient de butée (Kpγ) et le coefficient de poussée (Kaγ) dus au poids
des terres.
Notons qu’en cas de sol purement cohérent (φu=0), avec λ=β=δ=0,
la pression des terres est donnée en fonction de la contrainte
verticale totale σv comme suit (CGS, 2006) :

P ( z )   v  2Cu (5.28)

Enfin, dans cette même configuration particulière (λ=β=δ=0), en


cas d’un sol cohérent (Cǂ0 et φǂ0), la pression effective due au poids
déjaugé des terres s’écrit :

P  ( z )  K a , p v '  2C ' K a , p (5.29)

Le signe + et l’indice p correspondent à la butée, et le signe - et


l’indice a à la poussée.
En cas d’un sol multicouche, les recommandations Canadiennes
stipulent d’adopter les mêmes formules de la pression Pγ(z) et
calculer les coefficients Ka et Kp pour chaque couche.
Notons enfin qu’il est précisé que les déplacements seuils pour
mobiliser la pression limite de butée sont de 2% (sable dense) à 15%
(sable lâche), ceux correspondant à la poussée n’ont pas été chiffrés.
La méthode de Rankine présente deux inconvénients majeurs : Elle
suppose implicitement que l’obliquité  du vecteur de la pression est
égale à l’inclinaison  de la surface du sol, et ignore de ce fait l’effet de
la rugosité de l’interface mur/sol sur l’inclinaison des pressions. En
outre, elle considère un mécanisme de rupture du sol composé d’un
réseau de droites faisant des angles de (/4+/2) de part et d’autre
des facettes majeures qui sont horizontales en cas de poussée et
31
verticales en cas de butée. Le mécanisme de rupture, comme l’a
montré Boussinesq, est plutôt curviligne (Bouafia, 2011c).
Le CFEM recommande une méthode pratique d’origine empirique,
suggérée par Terzaghi et Peck (1967), en vue d’estimer la pression
des terres agissant sur des murs dont la hauteur ne dépasse pas 6 m
et lorsque le type, l’installation et le contrôle de la mise en place du
remblai ne sont pas clairement spécifiés. Les différentes géométries
du système mur/sol sont regroupées à la figure 5.11 et les abaques
permettant de déterminant les forces dues aux pressions des terres
sont regroupées en annexe 5C.
Outre le poids des terres, une surcharge sous forme d’une
pression, d’une surcharge linéaire ou une force ponctuelle appliquée
sur le sol derrière le mur induit des pressions latérales pq(z) sur le
mur. Le CFEM recommande de calculer la pression horizontale de
poussée Phq(z) due à une pression verticale uniforme q comme suit :

Phq(z) =qKa (5.30)

Une telle écriture est valable si la force Fq résultant du diagramme


de pressions Pq(z) ne dépasse pas 30% de la valeur de la force de
poussée globale Fa.
En cas d’une surcharge linéaire ou ponctuelle, le CFEM
recommande l’usage des abaques donnant le profil de la pression
horizontale de poussée phq(z) en fonction de la distance de la
surcharge à la tête du mur (CGS, 2006).
Le compactage des couches de remblai induit des pressions
supplémentaires dont il faut tenir compte lors de la détermination
des pressions sur le mur. L’Eurocode 7 précise que "lorsque le
remblaiement est terminé, la surpression n’agit normalement que sur
la partie supérieure du mur ou de l’écran", et exige que "des
procédures de compactage appropriées doivent être spécifiées afin
d'éviter des pressions des terres excessives qui pourraient provoquer
des mouvements inacceptables de l'ouvrage" (CEN, 2004).
Le diagramme de la figure 5.12, proposé par le CFEM, illustre un
aspect intéressant et pratique de l’effet du compactage sur les
pressions exercées sur le mur de soutènement.
En deçà d’une profondeur d par rapport à la surface du remblai, la
pression horizontale σh de poussée suit une distribution trapézoïdale
32
Figure 5.11. Différents schémas de calcul des pressions des terres (CGS, 2006)

montrant un excès de pression sur le mur dans cette zone, et au-delà,


le diagramme de pressions est celui de la poussée due au poids des
terres. La profondeur d, quantifiant l’épaisseur de la zone de sol
subissant une augmentation des pressions due au compactage,
augmente comme le montre la formule de la figure 5.12 avec
l’intensité de la charge linéaire P, cette dernière représente l’effet du
rouleau de compactage se trouvant à une distance a de la tête du mur
(CGS, 2006).

b3. Règlement AASHTO

En cas de poussée du sol sur le mur, la pression limite Paγ de


poussée est donnée en fonction de la profondeur, comme suit :

Paγ=Kaγ. γ.z (5.31)

z est la profondeur du point étudié par rapport à la surface du sol en


amont du mur.
La force Faγ agit à H/3 par rapport à la base de la fondation, H
correspondant d’ailleurs à la hauteur totale du mur incluant la
fondation.
33
Figure 5.12. Diagramme de pression horizontale de poussée due au compactage

Le coefficient de poussée Kaγ est donné par l’équation (5.22) à la


base de la théorie de coulomb.
La pression limite de butée Ppγ d’un sol pulvérulent derrière un
mur est donnée par l’équation suivante (AASHTO, 2012) :

Ppγ=Kpγ. γ.z (5.32)

Le coefficient de butée Kpγ est donné par la figure 5E.1 en cas d’un sol
de surface horizontale (β=0), et par la figure 5E.2 dans le cas
contraire, les deux figures se trouvant en annexe 5E de ce chapitre.
En cas d’un sol cohérent (Cǂ0 et φǂ0), la pression de butée due au
poids des terres s’écrit :


Pp ( z )  K p z  2C K p (5.33)

Les figures 5E.1 et 5E.2 sont à utiliser pour déterminer le coefficient


de butée.

5.3.3. Vérification de la capacité portante

a. Eurocode 7

Pour les sols fins, l’Eurocode 7 exige de vérifier les différents états
34
limites ultimes qui seront étudiés ci-après en tenant compte aussi
bien du comportement à court terme qu’à long terme.
Pour les murs-poids, les exigences spécifiées au chapitre 3 pour le
dimensionnement des fondations superficielles doivent être toutes
respectées en vue de démontrer que l’on est loin de la rupture du sol
de fondation et que les déplacements de la fondation sont
admissibles (CEN, 2004).
La condition de capacité portante est formulée par l’inégalité
suivante (AFNOR, 2014) :

Rk* A' ql*


Vd  Rd*  Aq0   Aq0   Aq0 (5.34)
R  R Rd

Rd*, ql*, A et A’ désignent respectivement la résistance nette du sol, la


capacité portante nette du sol (ql*=ql-q0), l’aire de la section
horizontale de la fondation, et l’aire réduite de la fondation due à
l’excentricité de la charge.
Rk* et γR correspondent respectivement à la résistance nette
caractéristique du sol et au facteur partiel de calcul à l’ELU pour les
situations durable et transitoires, égal à 1.4.
γRd est un coefficient partiel relatif au modèle de calcul utilisé pour
calculer ql* Il prend la valeur 1.0 lorsque ql* est calculée à partir des
méthodes pressiométrique, pénétrostatique, ou des essais de
laboratoire pour un comportement non drainé, et il est égal à 1.7
pour un comportement drainé à partir des essais de laboratoire
(AFNOR, 2013a).
L’annexe Française met l’accent sur l’effet défavorable de
l’excentricité de la charge transmise à la fondation en exigeant de
limiter l’excentricité e dans les situations durables et transitoires
comme suit :

e 7
  0.46 (5.35)
B 15

b. Recommandations CFEM

Les méthodes recommandées par le CFEM au chapitre 3 doivent


35
être appliquées en tenant compte de l’inclinaison et l’excentricité de
la charge transmise au sol de fondation. Il est recommandé que les
dimensions de la fondation doivent être choisies telles que la charge
résultante agisse au tiers central de la base de la fondation afin
d’éviter des pressions importantes concentrées au coin de la base de
la fondation. Le règlement CHBDC (2000) exige que la résultante
agisse à une distance par rapport au milieu de la base de la fondation
égale au plus à 0.3 fois la dimension parallèle à la charge excentrée
considérée.

c. Règlement AASHTO

La composante verticale Fv de la résultante des efforts transmis à la


fondation se traduit par un diagramme de pressions uniformes q
agissant sur une surface effective A’ de la base de la fondation. Cette
pression doit être inférieure à la contrainte de calcul qld, telle
que (voir figure 5.13) :

Fv Fv
q   qld  qlN (5.36)
A' B  2e

qlN est la capacité portante nominale du sol de fondation, et ϕ est le


facteur de résistance variant entre 0.45 et 0.55 pour les fondations
sous des murs cantilevers. La valeur de 0.5 est attribué aux méthodes
"théoriques" et celles basées sur l’essai CPT, et 0.55 pour la méthode
basée sur l’interprétation de l’essai à la plaque. Pour les murs-poids
et les murs semi-gravitaires, ϕ est égal à 0.55 (AASHTO, 2012).
Identiquement à l’Eurocode 7, l’AASHTO exige de tenir compte de
l’excentricité e de la charge transmise à la fondation aux états limites
ultimes, telle que la résultante des efforts transmis agisse à l’intérieur
du deux tiers central de la base de la fondation, c'est-à-dire que :

e 12 1
     0.33 (5.37)
B 2 3 3

36
Figure 5.13. Schéma de calcul de l’excentricité de charge (AASHTO, 2012)

5.3.4. Vérification de la stabilité au glissement à la base

a. Eurocode 7

La valeur de calcul Hd de la composante horizontale d’une force


inclinée doit vérifier la condition suivante de glissement à la base :

Hd ≤ Rd + Rpd (5.38)

Rd et Rpd désignent respectivement les valeurs de calcul de la


résistance au glissement du sol à la base de la fondation et de la butée
du sol sur les faces de la fondation. L’annexe française précise que Rpd
n’est en général pas prise en compte du fait de l’incertitude liée à
l’épaisseur du terrain le long de laquelle elle est mobilisée.
37
Cette inégalité est détaillée à travers les équations (3.69) à (3.77)
du chapitre 3 selon des éventuels cas de charge.
Rappelons que pour les sols fins, l’Eurocode 7 exige de tenir
compte aussi bien du comportement à court terme qu’à long terme.

b. Recommandations CFEM

Le CFEM ne précise pas une méthode de vérification vis-à-vis de


cet état limite, mais exige que la fiche de la fondation du mur soit
fichée au moins à 1 m de profondeur afin d’éviter les risques
d’affouillement, de variations saisonnières du volume de sol, ou du
gel. En outre, il est exigé que l’interface base/sol mobilise une
résistance au glissement suffisante sans faire intervenir la butée du
sol sur les faces de la fondation.
Enfin, le CFEM met l’accent sur l’effet déstabilisant de l’écoulement
de l’eau sous la base du mur, ce qui tend à réduire la résistance au
glissement ainsi que la butée sur les faces de la fondation.

c. Règlement AASHTO

Les exigences réglementaires formulées par les équations (3.78) à


(3.80) au chapitre 3 sont à satisfaire lors de cette vérification.

5.3.5. Vérification de la stabilité d’ensemble

a. Eurocode 7

L’Eurocode 7 exige de "de démontrer qu'il ne se produira pas


d'instabilité d'ensemble et que les déformations correspondantes sont
suffisamment petites", et précise "qu’au minimum, Il convient de tenir
compte des modes limites représentés sur la figure 5.2, en tenant
compte des risques de rupture progressive et de liquéfaction".
Aux états limites ultimes, il est procédé par une analyse de la
stabilité au glissement général englobant le terrain, le mur et
éventuellement l’ouvrage, ainsi qu’une analyse du mouvement du
terrain dû à des tassements, des vibrations, ou des soulèvements tout
en vérifiant qu’il n’aurait pas des dommages affectant les ouvrages
voisins (routes, structures, réseaux voisins,…) (CEN, 2004).
38
Dans une analyse de stabilité au glissement général, il s’agit de
vérifier, pour tous les cas de charge et toutes les combinaisons de
charge, l’inégalité suivante (AFNOR, 2014):

Rstd
Tdstd  (5.39)
 Rd

Tdstd et Rstd sont respectivement les valeurs de calcul de l’action


déstabilisante et la résistance stabilisante agissant sur le terrain
limité par une surface de rupture fixée.
γRd est le facteur partiel du modèle, égal par exemple à 1 lorsqu’on
utilise la méthode des tranches pour une surface de rupture
circulaire.
A titre de rappel, l’Eurocode 7 exige de vérifier la stabilité pour les
sols fins en tenant compte aussi bien du comportement à court terme
qu’à long terme.
La norme Française recommande l’utilisation des méthodes de
Bishop ou des perturbations appartenant à la catégorie des méthodes
des tranches pour les ouvrages courants. Pour des ouvrages plus
complexes ou appartenant à la catégorie géotechnique 3 (voir
tableau 1.2 au chapitre 1), il est recommandé le recours à la
modélisation numérique en utilisant par exemple la méthode des
éléments finis ou des différences finies ou l’analyse limite.

b. Recommandations CFEM

Le CFEM met l’accent sur le risque d’instabilité d’ensemble du


terrain, du mur et éventuellement de l’ouvrage sus-jacent dans les
terrains cohérents, selon un mécanisme de glissement profond (sous
le mur et derrière le remblai). Il exige un coefficient de sécurité
minimal de 1.5 pour vérifier la non occurrence de cet état limite
ultime.

c. Règlement AASHTO

Contrairement aux autres règlements, la perte de stabilité


d’ensemble en absence d’un séisme est considérée comme un état
limite de service. Ce règlement exige l’utilisation les méthodes
39
d’équilibre limite pour l’analyse de la stabilité d’ensemble, en
recommandant les méthodes de Bishop, de Janbu (simplifiée) ou de
Spencer.
Selon le schéma de la figure 5.14, un mécanisme probable de
glissement général peut se manifester le long d’un cercle profond
passant en dessous du mur et coupant l’arrière du sol soutenu.
L’AASHTO stipule de prendre un coefficient de résistance ϕ égal à
0.75 si les paramètres géotechniques sont bien définis et il n’existe
pas d’ouvrage contenu dans la pente, et 0.65 dans le cas contraire
(AASHTO, 2012).

5.3.6. Vérification de la résistance de la structure

a. Eurocode 7

Les éléments de la structure du mur sont à dimensionner vis-à-vis


de la résistance du matériau constitutif du mur, en ayant recours à
l’Eurocode correspondant : Eurocode 2 (béton armé), Eurocode 3
(acier), Eurocode 5 (bois) et Eurocode 6 (maçonnerie).

b. AASHTO

D’une manière identique, l’AASHTO exige le dimensionnement des


éléments structuraux du mur vis-à-vis de la résistance de leurs
matériaux constitutifs en renvoyant à des spécifications de
dimensionnement relatives au béton armé, acier, aluminium, et bois.

5.3.7. Vérification de stabilité au renversement du mur

L’état limite relatif à la rupture par renversement du mur n’a pas


fait l’objet de spécifications dans le texte de l’Eurocode 7 et les
recommandations CFEM.

5.4. RÉALISATION DES MURS DE SOUTENEMENT

Le code Américain du bâtiment IBC comporte des spécifications


intéressantes relatives aux travaux de terrassement qui seront
passées en revue ci-après.
40
Figure 5.14. Schéma de glissement général profond (AASHTO, 2012)

L’IBC-2009 recommande de prendre les précautions nécessaires


pour assurer la stabilité des fondations des bâtiments adjacents lors
de l’ouverture des fouilles et la réalisation des fondations. En fait, la
réalisation d’une excavation d’une manière non étudiée peut se
traduire par une diminution des forces latérales dans le sol et par
conséquent une diminution de la capacité portante du sol sous les
fondations adjacentes à l’excavation, un éventuel tassement excessif
du sol de fondation, ainsi qu’une instabilité globale du bâtiment
adjacent. Le règlement stipule de soutenir les parois de la fouille ou
éventuellement une reprise en sous-oeuvre des fondations
adjacentes, comme le schématise la figure 5.15.
Afin d’éviter une accumulation des eaux superficielles à l’amont du
mur, ce qui se traduit par d’éventuelles poussées hydrostatiques sur
la paroi du mur, l’IBC-2009 recommande de concevoir un système de
drainage des eaux superficielles selon la figure 5.16.
La création de la surface du remblai en pente sur une certaine
distance de la fondation du mur permet d’éviter la stagnation des
eaux. En cas de bâtiments implantés dans les talus, il est possible de
concevoir des drains afin d’évacuer les eaux.
En outre, une attention particulière est donnée à la réalisation des
couches de remblai. Un bon compactage des couches permet d’éviter
le risque de tassement du sol ou le déplacement du mur.
En présence des ouvrages en sous-sol près d’une nappe d’eau,
L’IBC-2009 recommande de procéder à une imperméabilisation des
murs et du dallage si cette nappe est sous pression hydrostatique
(voir figure 5.17), et à une isolation contre l’humidité dans le cas
contraire, comme le montrent les figures 5.18 et 5.19.
41
Figure 5.15. Travaux de fondations à proximité d’une fouille
(traduit de Francis et Winkel, 2009)

Figure 5.16. Dispositions constructives relatives à l’évacuation des eaux à


l’amont d’un mur (traduite de Francis et Winkel, 2009)

42
Figure 5.17. Imperméabilisation des murs et du dallage en cas d’une nappe
sous pression hydrostatique (Francis et Winkel, 2009)

Figure 5.18. Isolation contre l’humidité des ouvrages en sous-sol


(traduit de Francis et Winkel, 2009)

43
Figure 5.19. Isolation de la paroi du mur et du dallage (Francis et Winkel, 2009)

Notons que la hauteur seuil du fond du dallage par rapport au


niveau de la nappe d’eau pour exiger une isolation vis-à-vis de
l’humidité ou une imperméabilisation est de 0.15 m.
On procède ainsi à l’étanchéité des parois des murs et du dallage si
l’étude géotechnique préalable a précisé la présence d’une nappe
d’eau sous pression hydrostatique.
Notons enfin que les murs et le dallage, étant en général en béton
ou en maçonnerie, doivent être conçus pour résister entre autres à
une éventuelle poussée hydrostatique provenant de la nappe d’eau.

5.5. CHOIX DU MATÉRIAU DU REMBLAI

Selon le CFEM, les sols pulvérulents appartenant aux classes GW,


GP, SW ou SP du système USCS présentent de très bons matériaux de
remblai de soutènement et les méthodes théoriques recommandées
par le CFEM pour l’estimation des pressions des terres sont valides
pour l’usage de dimensionnement.
Les sables argileux et argiles sableuses appartenant aux classes SC,
44
SM, GC ou GM de l’USCS peuvent former un matériau convenable
pour le remblai à condition qu’ils soient secs. Ils risquent de subir
l’effet défavorable du gel s’ils sont humides. Les méthodes
recommandées pour le calcul des pressions des terres sont valides en
présence d’un système de drainage dans le mur. A l’état humide, de
tels sols sont difficiles à compacter.
Les limons et limons argileux, classés comme étant CH, CL, MH, ML
ou OL, ne sont pas adaptés en tant que matériau de remblai car ils
peuvent subir l’effet du gel ou du gonflement et peuvent en outre
engendrer des déplacements excessifs du mur (CGS, 2006).

5.6. EXEMPLE DE CALCUL D’UN MUR DE SOUTENEMENT

5.6.1. Données du problème

Comme le schématise la figure 5.20, un mur de soutènement à


paroi en béton armé inclinée de 10° par rapport à la verticale,
supporte un remblai sableux homogène et saturé caractérisé par
φk=35° et un poids volumique saturé γk=21 kN/m3, et classé comme
étant un sable bien gradué Sw. La nappe d’eau est supposée
infiniment distante de la base du mur. On considère par souci de
simplicité que l’angle de frottement à l’état critique φcv est égal à φk.
On considère que la surface de contact est très rugueuse (béton
coulé sur place) et qu’elle est équipée d’un système de drainage
annulant les pressions interstitielles à l’interface mur/sol. Un
ouvrage est bâti sur un radier à la surface du remblai et transmet une
pression verticale uniforme qk égale à 70 kPa. On néglige les forces de
poussée et de butée sur la semelle du mur et on adopte une valeur
caractéristique du poids volumique du béton γbk égale à 25 kN/m3.
On demande de faire un bilan des efforts sur le mur et de vérifier
la capacité portante de la fondation et la résistance au glissement à la
base du mur.
Dans le cadre de calcul selon l’Eurocode 7, on adoptera l’approche
de calcul 2 qui consiste à appliquer les facteurs partiels aux actions
ou les effets des actions sur les ouvrages (facteurs γG et γQ), et à la
résistance du terrain (γRv pour la résistance verticale ou capacité
portante du sol et γRh pour le glissement), les facteurs partiels sur les
propriétés géotechniques étant égaux à 1.
45
Figure 5.20. Schéma d’un mur de soutènement remblai sableux saturé

On adoptera dans les calculs de capacité portante un facteur


partiel γRv égal à 1.4, un coefficient du modèle γRd égal à 1.7, et dans le
calcul de la résistance au glissement à la base γRh égal à 1.1, et un
coefficient du modèle γRd égal à 0.9.

5.6.2. Calcul selon l’Eurocode 7

a) Définition des actions

Du fait que le mur est incliné, la méthode recommandée pour le


calcul de la pression limite de poussée n’est pas applicable
(équations 5.12 et 5.13). On applique par contre la méthode de
Boussinesq, recommandée par l’annexe française, pour calculer les
valeurs caractéristiques des forces de poussée. Les tables de Caquot
et Kérisel donnent pour λ=+10, β=0, δ/φ=1 et φ=35° : Ka=0.333, et
puisque λ-β=+10° : Kaq=0.340.
La force de poussée des terres est Fak=Ka.’.H2/2cos2(λ)= 43.51
kN/m, inclinée de 45° par rapport à l’horizontale et appliquée à 1.6 m
par rapport à la base du parement du mur.
La force de poussée due à la surcharge est Faqk=Kaq.q.H/cos(λ)=116
kN/m, inclinée de 45° par rapport à l’horizontale et appliquée à 2.4 m
par rapport à la base du parement du mur.
La valeur caractéristique du poids du mur Wk=217 kN/m. Dans le
46
repère indiqué à la figure 5.20, son point d’application est tel que :

3.7 x0.5 x1.85  4.8 x1x1  0.5 x0.846 x4.8 x(0.846 / 3  1.5)
XG   1.36 m
3.7 x0.5  4.8 x1  0.5 x0.846 x4.8

La valeur de calcul de la composante verticale de la résultante des


forces est :
Vd= Faqk.sin(45)γQ + (Fak.sin(45) + Wk).γG
La valeur de calcul de la composante horizontale de la résultante
des forces est :
Hd= Faqk.cos(45)γQ + Fak.cos(45).γG
A partir de la colonne A1 du tableau 1.6, on considère deux
combinaisons possibles des forces en tenant compte de leur effets
défavorable ou favorable par rapport à la stabilité du mur. En fait, le
poids W du mur est d’une part une action défavorable supportée par
la fondation, et d’autre part il s’agit d’une action favorable à la
stabilité au renversement par rapport au point O (voir figure 5.20).
La combinaison défavorable des forces donne :
Vd=1.35(217+43.51xsin(45)+1.5(116xsin(45))=457.5 kN/m.
La combinaison favorable donne :
Vd=1x217+1.35x43.51xsin(45)=258.5 kN/m.
La force horizontale de calcul sollicitant la fondation est :
Hd= 1.5x116xcos(45)+1.35x43.51xcos(45)=164.6 kN/m.
En cas de la combinaison défavorable, l'équilibre des moments par
rapport au point O montre que la résultante des efforts est appliquée
à 0.607 m par rapport au point O, soit une excentricité e égale à 1.24
m par rapport au milieu de la base de la fondation. La largeur réduite
B’ est dans ce cas égale à B-2e=1.22 m et l’aire réduite de la section
horizontale de la fondation est A’=B’xL=1.22x1=1.22 m2/m.
Enfin, la combinaison favorable donne une résultante des efforts
appliquée à 1.14 m par rapport au point O, soit une excentricité e
égale à 0.71 m par rapport au milieu de la base de la fondation, une
largeur réduite B’ de 2.28 m et une aire réduite A’=2.28 m2/m.
Dans l’approche de calcul 2 de l’Eurocode 7, les paramètres
mécaniques et physiques du sol ne sont pas pondérés, ce qui fait que
les valeurs de calcul sont elles mêmes les valeurs caractéristiques :
φd=φk=35° et γ’d=γ’k=11 kN/m3.

47
b) Vérification de la capacité portante

La valeur de calcul de la capacité portante se calcule comme suit :

ql  q0 N qbqiq sq  0.5B' N b i s

Pour φd=35° : Nq=33.3 et Nγ=2(Nq-1)tgφ=45.23.


B' B'
s  1  0.3 = 1, sq  1  sin  =1.
L' L'
La composante horizontale H agissant dans la direction de B, on
B'
2  Hd 
m1

aura m  mB  L ' =2, ce qui donne : i  1   =0.262 et


B'  Vd 
1
L'
m
 H 
iq  1  d  = 0.409.
 Vd 

La base étant horizontale, le facteur b est égal à 1.


En cas de combinaison défavorable, la capacité portante est :
ql =0.5x11x1.22x45.23x0.262+11x0.5x33.3x0.409=154.4 kPa.
La capacité portante nette est ql*=ql-q0=154.4-11x0.5=148.9 kPa. En
termes de forces, elle s’écrit comme suit :

Rk * A' ql * 1.22 x148.9


Rd   Aq0   Aq0   3.7 x1x11x0.5  96.7 kN / m
R  R Rd 1.4 x1.7

Ainsi, on a : Vd=457.5 kN/m >Rd=96.7 kN/m.


En outre, en cas de combinaison favorable, la capacité portante est
donnée par :
ql =0.5x11x2.28x45.23x0.132+11x0.5x33.3x0.048=83.6 kPa.
La capacité portante nette est ql*=ql-q0=83.6-11x0.5=78.2 kPa, ce qui
est l’équivalent d’une résistance Rd=95.2 kN/m. On constate que
Vd=258.5 kN/m> Rd= 95.2 kN/m.
On conclut que la condition de capacité portante en comportement
drainé n’est pas vérifiée pour toutes les combinaisons de charges.
48
c) Vérification au glissement à la base

On doit vérifier que : Hd ≤ Rd + Rpd, Rpd due à la butée sur les faces
de la fondation étant négligée par souci de sécurité.
La fondation étant coulée sur place est considérée comme étant de
surface rugueuse, soit δd=φcvd=35°.
- Combinaison défavorable :

Vd tg ( k ) 457.5tg (35)
H d  164.6 kN / m  Rd    323.6 kN / m
 Rh  Rd 1.1x0.9

- Combinaison favorable :

Vd tg ( k ) 258.5tg (35)
H d  164.6 kN / m  Rd    182.8 kN / m
 Rh Rd 1.1x0.9

d) Vérification de l’excentricité de charge

L’excentricité la plus grande se manifeste en combinaison


défavorable, telle que e=1.24 m, ce qui donne e/B=0.33< 0.46.

5.6.3. Calcul selon le CFEM

a) Définition des actions

a1) Méthode de Coulomb

L’équation 5.22 donne Kaγ=Kaq=0.339, donc Fak=Ka.’.H2/2=42.9


kN/m.
A partir de l’équation 5.30, Kaq=0.339 et la force de poussée est
H
donnée par Faq  K qa q =163.6 kN/m.
cos(   ) cos 

a2) Méthode de Rankine

La méthode, telle que formulée dans le CFEM, est valable pour le


cas d’un mur vertical, donc elle n’est pas applicable dans ce cas.
49
a3) Méthode empirique pour les murs de faible hauteur

A partir de la figure 5C.1 en annexe 5, du fait que β=0, Kv=0


(Composante verticale de la poussée nulle), on obtient seulement une
composante horizontale de la force de poussée due au poids des
terres. A partir de l’abaque (1), KH=4.5 kPa/m, ce qui donne :
KH 2
Fa  H =4.5x5.32/2=63.2 kN/m, appliquée à 5.3/3=1.76 m par
2
rapport à la base de la fondation du mur, et donc à 1.26 m par
rapport à la base du parement du mur.
A titre de comparaison des résultats des différents règlements, on
adopte les mêmes valeurs de calcul des actions (Vd, Hd) sur le mur
définies précédemment, soient Vd=457.5 kN/m et Hd=164.6 kN/m.

b) Vérification de la capacité portante

La capacité portante nominale (ou caractéristique) est telle que :

qlN = 0.5’dB’N.λ + (γ’dD)Nqλq

1  sin 
Nq  exp(tg ) =33.3 et N  2(Nq + 1)tg =48
1  sin 
B' B'
f  1  0.4 =1, f q  1 tg =1.0.
L' L'
B m
2  
m1
 Hd 
 =0.262 et iq  1  V  = 0.409
L =2 et i  1  d H
m  
1
B  Vd   d 
L
La base étant horizontale, le facteur b est égal à 1.
dγ=1, d q  1  2k 1  sin   tg avec k=D/B=0.135, donc : dq=1.03.
2

  f i d t b =1x0.262x1x1x1=0.262.
q  f qiq dqtqbq =1x0.409x1.03x1x1=0.421.
qlN = 0.5x11x1.22x48x0.262 + (11x0.5)x33.3x0.421=161.5 kPa.

50
La capacité portante de calcul est qld=ϕqlN=0.5x161.5=80.7 kPa,
ce qui donne : Rd=qld.A’=80.7x1.22=98.5 kN/m< Vd=457.5 kN/m.

5.6.4. Calcul selon l’AASHTO

a) Définition des actions

L’AASHTO adopte la méthode de Coulomb pour le calcul des


pressions de poussée sur le mur, déjà vue ci-dessus.
Identiquement à l’Eurocode 7 et au CFEM, on considère les mêmes
valeurs de calcul des actions sur le mur de soutènement (Vd et Hd).

b) Vérification de la capacité portante

qlN = 0.5’B’N.λ.cwγ + γ’DNqλqcwq

1  sin 
Nq  exp(tg ) =33.3, N  2(Nq + 1)tg =48.
1  sin 

B B
f   1 0.4 =1 et f q  1  tg =1.
L L
B m1 m
2  Hd   Hd 
m L =2 et i  1   =0.262 et iq  1  V  = 0.409.
1
B  Vd   d 
L

Du fait que le facteur de profondeur augmente avec la fiche de la


fondation (d’après le tableau 3E.2) et qu’il traduit un effet favorable
sur la capacité portante, on lui adopte pour des raisons de sécurité sa
valeur minimale, soit dq=1.
La nappe étant supposée infiniment distante de la base de la
fondation, on aura cwq=cwγ=1.
  f i =1x0.262=0.262 et q  f q iq d q =1x0.409x1=0.409
qlN = 0.5x11x1.22x48x0.262x1+(11x0.5)x33.3x0.409=159.3 kPa.
qld=ϕqlN=0.5x159.3=79.7 kPa, ce qui aboutit à :
Rd=qld.A’=79.7x1.22=97.2 kN/m< Vd=457.5 kN/m.

51
c) Vérification au glissement à la base

On doit vérifier que : Hd ≤Rd + Rpd. Le calcul de Rpd n’est pas précisé
dans le règlement, ce qui nous pousse pour des raisons de sécurité à
le négliger. La résistance au glissement à la base est donnée par :
Rd= ΦτVdtg(δ)
Le facteur de résistance Φτ=0.8, et δ=φ’=35° pour une fondation en
béton coulé sur place.
Rd= ΦτVdtg(δ)=0.8x457.5xtg(35)=256.3 kN > Hd=164.6 kN.

d) Vérification de l’excentricité de charge

Aux états limites ultimes, on doit avoir : e ≤B/3, ce qui est n’est pas
vérifié, car e=1.24 m> 3.7/3=1.23 m.
Il se dégage des résultats de l’application des différents réglements
que la largeur du mur est insuffisante pour assurer une capacité
portante du sol de fondation, alors que la résistance au glissement à
la base du mur est bien vérifiée. Enfin, il faut noter que la procédure
de vérification de la stabilité au renversement du mur n’as pas été
précisée dans les règlements définissant ce mode d’instabilité comme
un état limite ultime, à savoir l’Eurocode 7 et le CFEM.

5.7. CONCLUSIONS

Ce chapitre a focalisé sur la présentation des méthodes


réglementaires de conception et de dimensionnement des murs
rigides de soutènement. Outre la classification des ouvrages de
soutènement, les différents états limites relatifs au comportement du
système mur/sol ont été listés et les méthodes de calcul des
pressions des terres sur ont été passées en revue. Le dimension-
nement des murs se fait à la base de vérification des différents états
limites.
Enfin, quelques recommandations pratiques de réalisation de
murs, dans le cadre des projets de bâtiments, ont été présentées et
un exercice d’application des méthodes de calcul a été traité en
détails.

52
5.8. LISTE DES SYMBOLES

Lettres latines

A surface totale de la base de la fondation d'un mur de soutènement


A' surface effective de la base de la fondation d'un mur de soutènement
B largeur de la semelle d'un mur de soutènement
B' largeur effective de la semelle du mur (Annexe Q de la norme NF P 94-261)
C' cohésion effective
Cu cohésion non drainée
D profondeur d'encastrement d'un mur
e excentricité du chargement par rapport au centre géométrique de la base
du mur
Fa force de poussée
Fp force de butée
G action permanente
g accélération de la pesanteur
H hauteur vue d'un mur de soutènement
Hv hauteur du voile du mur de soutènement
Ka coefficient de poussée des terres (oblique d'inclinaison δ )
Kp coefficient de butée des terres (oblique d'inclinaison δ )
M moment, par rapport au centre géométrique de la base du mur, de l'action
totale appliquée normalement à celle-ci
q charge de surface en arrière du soutènement
q0 pression due au poids des terres
Rv résistance verticale du terrain sous la base du mur
s tassement du sol de fondation du mur de soutènement
Tdst Action déstabilisatrice qui agit sur un massif de terrain limité par une
surface de glissement
Rst Résistance stabilisatrice qui agit sur un massif de terrain limité par une
surface de glissement

Lettres grecques

β angle d'inclinaison d'un talus par rapport à l'horizontale


δ angle d'inclinaison de la poussée des terres par rapport à la normale au
plan de poussée
γ poids volumique du terrain
γw poids volumique de l'eau
λ inclinaison par rapport à la verticale (fruit en degré) de la face arrière d'un
mur-poids
φ' angle de frottement interne du sol en contraintes effectives
ρ masse volumique du terrain
σ contrainte dans le terrain, verticale (σv), horizontale (σh), normale à l'écran
de calcul (σn)
τ contrainte de cisaillement

53
54
ANNEXE 5A. Schémas des murs de soutènement
objet de l’annexe Française de
l’Eurocode 7 (Norme NF P94-281)

Figure 5A.1. Murs en béton armé en L ou T renversé

Figure 5A.2. Murs en béton armé à contrefort

Figure 5A.3. Murs en béton armé à dispositions spéciales


55
Figure 5A.4. Exemple de murs en béton armé avec bêches

Figure 5A.5. Exemple de mur-poids en béton armé ou en maçonnerie

Figure 5A.6. Exemple de mur cellulaire avec remplissage en matériau du remblai

56
Figure 5A.7. Exemple de mur en gabions

57
ANNEXE 5B. Coefficients de poussée et de butée sur un mur
vertical selon l’Eurocode 7

Figure 5B.1. Coefficient de poussée pour β=0

Figure 5B.2. Coefficient de poussée pour δ=0


58
Figure 5B.3. Coefficient de poussée pour δ/φ=2/3

Figure 5B.4. Coefficient de poussée pour δ=φ


59
Figure 5B.5. Coefficient de butée pour β=0

Figure 5B.6. Courbe d’interpolation parabolique pour des pressions intermédiaires de butée

60
ANNEXE 5C. Abaques d’estimation des pressions des terres
selon le CFEM pour les murs de faible hauteur

Figure 5C.1. Abaques de calcul des pressions de terres en cas de remblai à


surface simple (CGS, 2006)

61
Figure 5C.2. Abaques de calcul des pressions de terres en cas de remblai à
surface accidentée (CGS, 2006)

N B : 1. Les différents types de sol sont décrits en figure 5C.1


2. Pour le matériau 5 réduire H de 1.2 et la résultante s’applique à
(H-1.2)/3 au dessus de la base du mur.

62
ANNEXE 5D. Valeurs recommandées de δ et a selon le CFEM
et l’AASHTO

Tableau 5.D.1. Valeurs recommandées de l’angle δ et l’adhérence a


(Source: US Department of the Navy, 1982)

Type du mur Type du sol δ°


Roche propre 35
Gravier GW, GP 29-31
Gravier ou Sable GM, GC, SW, 24-29
Béton massif ou SP
maçonnerie Sable SM, SC 19-24
Limon non plastique ML 17-19
Argile peu plastique (ferme à 22-26
très ferme) CL, Sol résiduel
Remblai rocheux bien gradué 22
Remblai rocheux de taille 17
uniforme
Rideaux de Gravier GW, GP 22
palplanches Gravier ou Sable GM, GC, SW, 14
SP
Sable SM, SC 14
Limon non plastique ML 11
Remblai rocheux bien gradué 22-26
Remblai rocheux de taille 17-22
uniforme
Béton coulé ou Gravier GW, GP 22-26
préfabriqué Gravier ou Sable GM, GC, SW, 17
SP
Sable SM, SC 14
Limon non plastique ML 14
Adhérence dans les sols cohérents
Consistance Cohésion non drainée Adhérance
(kPa) (kPa)
Très molle 0-12 0-12
Molle 12-25 12-25
Consistance moyenne 25-50 25-38
Ferme 50-100 38-48
Très ferme 100-200 48-65

63
ANNEXE 5E. Valeurs du ceofficient de butée exigées par
l’AASHTO (Source: US Department of the
Navy, 1982)

Figure 5E.1. Abaque du coefficient de butée pour un sol de surface horizontale

64
Figure 5E.2. Abaque du coefficient de butée pour un sol de surface inclinée

65

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