Vous êtes sur la page 1sur 41

INSTITUT DE FORMATION EN MASSO KINESITHERAPIE

- BERCK-SUR-MER -

PRISE EN CHARGE D’UN PATIENT


ATTEINT DU SYNDROME DE
GUILLAIN-BARRÉ EN PHASE DE
RÉCUPÉRATION
Rehabilitation of a patient with a Barré-Guillain syndrome in recovering phase

Etude d’un cas clinique effectuée dans le service du Docteur CAVÉ au centre de
rééducation fonctionnelle de Plémet

Période de stage : du 31 août au 9 octobre 2009

Encadrement masso-kinésithérapique : M. MERDRIGNAC

Directeur mémoire : M. BERNARD

Julie ROBERT
D.E. Session 2010
SOMMAIRE
I BILAN ET DIAGNOSTIC KINESITHERAPIQUE ................................................. 1

I.1 BILAN .............................................................................................................................................................1


I.1.1 Présentation du patient ........................................................................................................................1
I.1.2 Histoire de la maladie ..........................................................................................................................1
I.1.3 Projet du patient ...................................................................................................................................2
I.1.4 Bilan algique .........................................................................................................................................2
I.1.5 Bilan cutané, trophique et vasculaire..................................................................................................2
I.1.6 Bilan morphostatique ...........................................................................................................................2
I.1.7 Bilan orthopédique ...............................................................................................................................2
I.1.8 Bilan moteur..........................................................................................................................................3
I.1.9 Bilan sensitif..........................................................................................................................................3
I.1.10 Bilan des grandes fonctions .................................................................................................................3
I.1.11 Bilan fonctionnel...................................................................................................................................3
I.1.12 Profil psychologique.............................................................................................................................4
I.2 DIAGNOSTIC KINÉSITHÉRAPIQUE .......................................................................................................4
I.3 OBJECTIFS THÉRAPEUTIQUES...............................................................................................................4

II DESCRIPTION DES TECHNIQUES........................................................................ 5

II.1 LUTTER CONTRE LES RÉTRACTIONS MUSCULO- TENDINEUSES .....................................................................7


II.2 AUGMENTER LES AMPLITUDES ARTICULAIRES ............................................................................................. 7
II.3 RENFORCER LES MUSCLES DÉFICITAIRES .......................................................................................................8
II.4 STIMULER LA SENSIBILITÉ PROFONDE ET SUPERFICIELLE DES MEMBRES INFRIEURS ................................10
II.5 AMÉLIORER L’ÉQUILIBRE ET LA MARCHE ...................................................................................................11
II.6 BALNÉOTHÉRAPIE ........................................................................................................................................13

III DISCUSSION............................................................................................................ 15

III.1 RÉSUMÉS ....................................................................................................................................................15


III.2 RÉFLEXION PERSONNELLE ..................................................................................................................18

CONCLUSION ................................................................................................................. 20

BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES
RÉSUMÉ

M. P est âgé de 47 ans. Le 5 mai il consulte son médecin traitant pour un syndrome pseudo
grippal classique. Devant l’apparition d’une fatigue intense et d’un déficit moteur diffus, M. P
retourne 2 jours plus tard chez son médecin. Ce dernier l’adresse aux urgences de Ploërmel.
Puis, devant l’aggravation des symptômes, il est conduit dans le service de réanimation du
C.H.U. de Rennes où un syndrome de Guillain barré est diagnostiqué. Une fois l’état
respiratoire, rénal et hépatique stabilisé, M. P est adressé le 4 juin au centre de rééducation
fonctionnel de Plémet pour la prise en charge de ses troubles sensitivo-moteurs.
Trois mois plus tard, le bilan de M. P met en évidence des troubles de la sensibilité aux
extrémités distales des membres inférieurs, des limitations d’amplitudes d’origines
articulaires et musculo-tendineuses, une faiblesse musculaire des membres supérieurs au
niveau proximal et des membres inférieurs au niveau distal. Comme dysfonctions, il présente
une altération de l’équilibre debout, un équilibre unipodal précaire et des anomalies de
marche. Tous ces éléments entraînent un arrêt des loisirs ainsi qu’un éloignement du cadre
familial avec hospitalisation.
Les objectifs thérapeutiques sont à ce jour :
- d’augmenter les amplitudes articulaires grâce à des mobilisations passives et accessoires ;
- de lutter contre les rétractions musculo-tendineuses par les étirements, la méthode de
contracté-relâché et la mise en place de posture prolongée ;
- de renforcer les muscles par du travail analytique et du travail actif d’équilibration ainsi que
par la méthode de Kabat;
- d’améliorer l’équilibre et la proprioception au travers d’exercice dans les différents niveaux
d’évolution motrice ;
- d’améliorer la sensibilité des membres inférieurs en distal, par la stimulation des différents
capteurs sensitifs (distinction d’une position et entre chaud et froid, massage) ;
- de travailler la marche dans le but de diminuer le polygone de sustentation (marche sur une
ligne) et de donner confiance à M. P dans la vie de tous les jours (marche sur terrains variés).
Lors de notre prise en charge il faut tenir compte de la fatigabilité relative à ce syndrome, de
la règle de la non-douleur et de l’aspect psychologique du patient. Face au déficit sensitif de
M. P, il est également important de vérifier quotidiennement l’état cutané plantaire.

Mots clés : Guillain- Barré - releveurs du pied- sensibilité - fonctionnel - kinésithérapie


Key words: Barré-Guillain – dorsiflexion muscles - sensitivity - functional – physiothérapy
I BILAN ET DIAGNOSTIC KINÉSITHÉRAPIQUE

I.1 BILAN

I.1.1 Présentation du patient


M. P est âgé de 47 ans. Il est agriculteur. Il mesure 1m72 et pèse actuellement 57 kg. Il est
droitier.
Il vit avec sa femme dans une maison avec un étage dont l’accès au rez-de-chaussée nécessite
le passage d’une marche. Sa chambre est au rez-de-chaussée. Il a trois enfants âgés de 11, 14
et 17 ans. Ses loisirs sont la lecture, la télévision, le cinéma, la natation et le vélo.
M. P bénéficie d’une prise en charge multidisciplinaire quotidienne comprenant deux séances
de kinésithérapie d’une heure, deux séances d’ergothérapie d’une demi-heure et une séance de
balnéothérapie de ! d’heure.
- Antécédents médicaux :
Appendicectomie (1974) ; occlusion intestinale (1989) ; hémochromatose (dernière saignée en
avril 2009, une saignée environ tous les trois mois).
- Traitement médicamenteux actuel :
Vitamines B1 B6 ; DiffuK® 600 mg; Imovane® 7,5 mg.

I.1.2 Histoire de la maladie


Le 01/05/09 le patient présente un syndrome pseudo grippal associant frissons, myalgies,
céphalées et fièvre (39°). Le lendemain, il consulte son médecin traitant qui lui prescrit un
traitement antibiotique par Amoxicilline®, associé à la prise d’Efferalgan® et d’Aspirine®.
Cette thérapeutique n’entraîne pas d’amélioration clinique probante du syndrome infectieux.
M. P consulte cinq jours plus tard en raison d’un déficit moteur diffus l’empêchant de lever
les bras et de se mettre debout.
Il est adressé aux urgences de Ploërmel le 07/05/09 où l’examen initial montre la persistance
d’un état fébrile avec une importante asthénie et un déficit sensitivo-moteur étendu.
Le diagnostic d’une polyradiculonévrite est rapidement évoqué (syndrome de Guillain-Barré).
Ce dernier est confirmé par une amyotrophie musculaire globale et une atteinte des fonctions
respiratoires et rénales. Il est diagnostiqué en plus une hépatite ainsi qu’une méningite à
polynucléaires neutrophiles.
Il est alors transféré en réanimation au CHU de Rennes où le bilan d’entrée retrouve un déficit
musculaire global, une aréflexie ostéotendineuse, une paralysie faciale gauche et la
persévérance des troubles rénaux, respiratoires et hépatiques. A l’issue de cette
hospitalisation, seuls les déficits moteurs et sensitifs persistent.
1
Pour cette raison, M. P est admis le 04/06/09 dans le service de rééducation de Plémet.

I.1.3 Projet du patient

A ce jour, M. P désire retrouver une marche normale sans appareillage dans un but de pouvoir
reprendre son activité. Il désire aussi ne plus avoir de fourmillements distaux (dysesthésies) et
retrouver sa sensibilité plantaire.

I.1.4 Bilan algique


M. P se plaint de dysesthésies présentes surtout la nuit, et majorées avec le port des releveurs
rigides.
Aucune autre douleur n’est décrite.

I.1.5 Bilan cutané, trophique et vasculaire

M. P ne présente pas de trouble circulatoire.


Au niveau cutané, nous observons une rougeur au talon droit et une cicatrice abdominale.
On retrouve une amyotrophie musculaire globale. Les périmètries des membres inférieurs et
supérieurs droits sont globalement diminuées d’un cm par rapport au côté gauche ( annexe 1).
L’amyotrophie est non quantifiable car l’atteinte est bilatérale.
Il n’y a pas de signe d’algoneurodystrophie ou de phlébite.

I.1.6 Bilan morphostatique


M. P est longiligne et amaigri (perte de 15 kg en cinq mois).
En position allongée, le pied droit est en attitude de varus équin prononcé. Le pied gauche est
en équin.
Debout avec les releveurs, M. P a tendance à déporter son centre de gravité vers l’avant. Cette
attitude est probablement liée à la faiblesse des releveurs qui entraîne un appui plus important
sur l’avant pied (annexe 2).

I.1.7 Bilan orthopédique

- Aux membres supérieurs (annexe 3): nous retrouvons une diminution globale des amplitudes
des épaules surtout à gauche. L’abduction et la rotation latérale d’épaules sont les
mouvements les plus limités. Les scapulas sont mobiles des deux côtés.
- Aux membres inférieurs (annexe 4): l’amplitude articulaire de la flexion dorsale des
chevilles est diminuée bilatéralement. Lorsque l’on déverrouille le genou, la flexion dorsale
augmente, ce qui démontre l’origine musculaire de la perte d’amplitude. Genoux
déverrouillés, la flexion dorsale reste néanmoins limitée, il existe aussi un facteur capsulo-
ligamentaire dans le manque d’amplitude. L’amplitude de flexion plantaire est diminuée à
2
droite par une rétraction du muscle tibial antérieur. L’extension de genou est diminuée lorsque
la hanche est placée à 90° de flexion prouvant l’hypoextensibilité importante des ischio-
jambiers. Lorsque nous augmentons l’extension de hanche, la flexion de genou diminue ce
qui met en évidence une hypoextensibilité des droits fémoraux.

I.1.8 Bilan moteur

La force musculaire est évaluée selon le testing manuel de Daniels et Worthingham [1]. Aux
membres supérieurs (annexe 5) la force est diminuée en proximal.

L’inverse s’observe aux membres inférieurs (annexe 6) où les muscles distaux sont les plus
faibles.

Les réflexes ostéotendineux sont abolis. Les réflexes cutanéo- plantaires et abdominaux sont
normaux.

I.1.9 Bilan sensitif


Aucune anomalie de sensibilité n’est retrouvée aux membres supérieurs.
Aux membres inférieurs, la sensibilité profonde (pallesthésie, kinesthésie, statesthésie) est
totalement altérée au niveau de l’hallux. La sensibilité superficielle (pic ou touche, chaud
froid) est perturbée sur le segment jambier et absente au niveau du pied (annexe 7).

I.1.10 Bilan des grandes fonctions

Il ne présente pas de troubles vésico-sphinctériens, intestinaux, cardiaques, rénaux et


respiratoires.

I.1.11 Bilan fonctionnel

- Autonomie dans la vie quotidienne : M. P est à ce jour autonome dans les activités de la vie
quotidienne. Une aide est néanmoins nécessaire pour le chaussage avec releveurs. A ce jour, il
se déplace en fauteuil roulant jusqu'à la salle de rééducation où ses releveurs lui sont mis en
fin de séance (12H). Il les porte jusqu’au soir (19H).
- Equilibre : l’équilibre assis est acquis. Debout, la stabilité est perturbée en bipodal lors de
déséquilibres provoqués ainsi qu’a la fermeture des yeux (annexe 8, test Tinetti). La station
unipodale est à ce jour irréalisable.
- Marche [2, 3] : la marche sans releveurs nécessite l’aide de deux cannes anglaises. Avec
celles ci, il a une hauteur de pas anormalement élevée due à la faiblesse de ses releveurs. La
hauteur du pas droit est moins importante car la rétraction du muscle tibial antérieur limite la
chute du pied pendant le passage du pas. La marche est fortement ralentie sans déroulement
du pas et avec une attaque digitigrade du pied au sol.

3
Avec ses releveurs, M. P attaque le sol par l’ensemble du pied, il n’y a pas de déroulement du
pas. La dissociation des ceintures pelviennes et scapulaires est absente. Lors de la marche
M.P a tendance à figer ses membres supérieurs en élévation d’épaules et flexion de coudes.
La longueur du pas est réduite. Le polygone de sustentation est légèrement augmenté. La
vitesse de la marche est normale et le périmètre de marche n’est pas limité.

- Transferts : Les retournements en décubitus sont acquis. Le passage assis debout est
réalisable seulement avec l’aide d’un appui manuel.

- Niveaux d’évolution motrice : Le passage de genoux dressés à chevalier servant est réalisé
avec des hésitations à l’initiation du mouvement. Une fois la station acquise, nous remarquons
quelques oscillations du tronc avant de trouver l’équilibre, celles-ci sont majorées les yeux
fermés. Le passage genoux dressés à debout n’est pas réalisable seul à ce jour.

I.1.12 Profil psychologique

M. P est motivé, il participe activement aux séances de rééducation. Cependant, le moral est
en ce moment légèrement affaibli. Il constate à juste titre que la progression est ralentie par
rapport aux premières semaines dans le centre. Il est donc important de le motiver davantage
en quantifiant les progressions (mesure d’amplitude…) mais aussi de le préparer
psychologiquement à une éventuelle non-récupération.

I.2 DIAGNOSTIC KINÉSITHÉRAPIQUE

A ce jour M.P présente comme anomalies de structures une amyotrophie globale des muscles,
une rougeur sur le talon droit, des dysesthésies, une force diminuée surtout en proximal aux
membres supérieurs et en distal aux membres inférieurs, une sensibilité profonde et
superficielle modifiées aux segments jambiers et aux pieds et des limitations articulaires
globales aux épaules et en flexion dorsale de chevilles.

Nous retrouvons comme dysfonctions un équilibre debout perturbé, une station unipodale
précaire et des défauts de marche observés avec et sans le port des releveurs.
Ces observations entraînent comme perturbations situationnelles un arrêt des activités (travail
et loisirs) et une sortie du cadre familial habituel.

I.3 OBJECTIFS THÉRAPEUTIQUES

- lutter contre les rétractions musculo-tendineuses


- augmenter les amplitudes articulaires
- renforcer les muscles déficitaires
- stimuler la sensibilité profonde et superficielle des segments jambiers et des pieds
- travailler l’équilibre et la marche
4
II DESCRIPTION DES TECHNIQUES

La prise en charge décrite ci-dessous se situe quatre mois après l’apparition du début des
symptômes.

II.1 Lutter contre les rétractions musculo-tendineuses [4]

II.1.1 Etirements passifs

- Triceps suraux :
L’objectif est de lutter contre l’hypoextensibilité des triceps suraux. M. P est installé en
décubitus dorsal. La prise distale empaume le talon avec la main, l’avant-bras étant situé le
long de la voûte plantaire. La contre-prise proximale se situe sur le tiers supérieur de la jambe.
Avec l’aide de son avant-bras le kinésithérapeute entraîne une flexion dorsale maximum en
veillant, à l’aide de la contre-prise jambière, à ce que le genou reste en extension. La position
est maintenue 20 secondes, l’exercice est répété cinq fois.
- Ischio-jambiers :
L’objectif est d’augmenter l’extensibilité des ischio-jambiers (figure 1). M. P est en décubitus
dorsal, la hanche est fléchie, le genou est déverrouillé. Le talon est posé sur l’épaule du
kinésithérapeute. Les mains du praticien sont croisées au niveau du tiers inférieur du fémur.
Lors de l’expiration, le thérapeute emmène le genou en extension. L’opérateur veille à ce que
le bassin ne décolle pas de la table.

Figure 1 - Etirement des ischio-jambiers

- Droits fémoraux :
L’exercice vise à diminuer l’hypoextensibilité du quadriceps. Le patient est en décubitus
ventral. L’avant-bras du praticien est placé transversalement sur le bassin. Il constitue la

5
contre-prise et sert à empêcher l’antéversion du bassin. La prise est placée au niveau du cou
de pied et emmène le genou en flexion maximale sur un temps expiratoire.
- Grands pectoraux :
Le but est de lutter contre les rétractions musculo-tendineuses du grand pectoral et ainsi
d’augmenter l’abduction d’épaule. M. P est en décubitus dorsal. Le bras est placé en
abduction maximale. La prise se situe au niveau du tiers inférieur de l’humérus. L’autre main,
située sur le corps musculaire du grand pectoral, constitue la contre prise. Lors de
l’expiration, la main située sur l’humérus exerce une poussée verticale vers le sol.

II.1.2 Contracté-relâché

- Triceps suraux :
La position et les prises sont les mêmes que pour l’étirement (figure 2). Le kinésithérapeute
demande une contraction du triceps sural « poussez sur la pointe du pied ». L’avant-bras du
praticien résiste au mouvement de flexion plantaire durant six secondes, suivi de six secondes
de relâchement puis l’opérateur emmène le pied en flexion dorsale maximum sur un temps
expiratoire. L’étirement dure également six secondes. La manœuvre est répétée cinq fois.

Figure 2 - Contracté-relâché sur le triceps

- Ischio-jambiers :
Nous réalisons la même position et les mêmes prises que pour l’étirement. Le
kinésithérapeute demande une flexion de genou : « écrasez mon épaule ». Il résiste durant six
secondes puis, après un temps de repos de six secondes, amène passivement le genou en
extension pendant l’expiration. L’exercice est répété cinq fois.
- Droits fémoraux :
La position et les prises utilisées pour l’étirement de ces muscles sont inchangées. La prise
située sur le cou de pied résiste à l’extension du genou « tendez le genou, poussez sur ma
main ». Après une contraction statique de six secondes, l’opérateur emmène le genou en
flexion maximale sur un temps expiratoire tout en maintenant le bassin en position neutre.
6
- Grands pectoraux :
Nous demandons au patient, installé en décubitus dorsal, de mettre les mains derrière la tête.
Le kinésithérapeute place ses mains au niveau du tiers inférieur de chaque humérus
(l’étirement est bilatéral). Ces deux prises résistent à la flexion horizontale d’épaule.
Consigne : « rapprochez vos deux coudes ». La contraction dure six secondes. Après un temps
de relâchement, le praticien exerce une poussée verticale vers le sol lors de la phase
expiratoire afin d’étirer les grands pectoraux.

II.1.3 Auto-étirement

M.P est assis sur un tapis de sol, genoux en extension. Dans chaque main il tient l’extrémité
d’une même sangle qu’il fait passer sous ses pieds. L’auto étirement consiste à tirer vers lui la
sangle afin d’emmener les chevilles en flexion dorsale et ainsi d’étirer la chaîne postérieure
des membres inférieurs [5]. Le dos reste bien droit.

II.2 Augmenter les amplitudes articulaires

II.2.1 Mobilisations passives


- Mobilisations globales de la cheville et du pied :
Le patient est en décubitus dorsal. Un coussin est placé sous le creux poplité pour
déverrouiller le genou afin que l’extensibilité des gastrocnémiens n’intervienne pas dans la
limitation du mouvement lors de la mobilisation vers la flexion dorsale. Le kinésithérapeute
empaume le calcanéus, son avant-bras est situé le long de la voûte plantaire. La contre prise
est tibiale. L’exercice consiste à emmener le pied et la cheville en flexion dorsale maximale. Il
faut répéter plusieurs fois la manœuvre afin de détendre les éléments capsulo-ligamentaires.
Dans la même position, le praticien exerce des mobilisations passives des orteils vers la
flexion et vers l’extension afin de prévenir des rétractions capsulo-ligamentaires à ce niveau.
- Mobilisations des articulations de l’épaule :
Le thérapeute mobilise les articulations de l’épaule en circumduction en prenant soin
d’explorer toutes les amplitudes articulaires disponibles.
Le praticien mobilise ensuite l’épaule en abduction puisqu’il s’agit du mouvement le plus
restreint chez M. P. Pour cela le patient est en décubitus dorsal. L’avant-bras du
kinésithérapeute est situé le long du bord externe de la scapula, il passe en dessous du
moignon de l’épaule. Les doigts longs se replient sur la face antérieure de l’épaule et abaisse
le moignon. De son autre main située au niveau du tiers inférieur de l’humérus, le praticien
réalise une abduction maximale d’épaule. Son avant-bras empêche la sonnette latérale de la

7
scapula afin d’épuiser au maximum le mouvement d’abduction dans l’articulation scapulo-
humérale et ainsi d’étirer au mieux les structures capsulo-ligamentaires.

II.2.2 Mobilisations accessoires selon Maitland


- Au niveau de la cheville et du pied :
Au niveau de la cheville et du pied, nous mobilisons le talus vers l’arrière afin d’augmenter la
flexion dorsale (figure 3). M. P est en décubitus dorsal, les genoux sont déverrouillés grâce à
un coussin placé en dessous. Les doigts longs des mains du thérapeute empaument le
calcanéus. Les pouces viennent se rejoindre au niveau du col du talus et exercent une poussée
postérieure.

Figure 3 - mobilisation accessoire du talus

Nous réalisons également des mobilisations accessoires de chaque os du tarse afin d’éviter
l’aggravation de l’équin et l’apparition de raideurs articulaires. Les métatarsiens sont
mobilisés en « touche de piano » les un par rapport aux autres.
- Dans la scapulo-humérale :
L’objectif des mobilisations accessoires dans la scapulo-humérale est d’augmenter
l’amplitude d’abduction d’épaule. Le patient est installé en position assise. L’épaule est en
abduction maximale, le coude est fléchi et repose sur l’épaule de l’opérateur. Les doigts longs
du kinésithérapeute viennent se croiser sur la tête humérale. Celui-ci réalise un glissement
inférieur de l’humérus par rapport à la glène dans le but de détendre la partie inférieure de la
capsule et d’augmenter l’abduction.

II.3 Renforcer les muscles déficitaires

II.3.1 Diagonales de Kabat


Le but de ces diagonales de Kabat [6] est de renforcer les muscles faibles en utilisant la
contraction et l’irradiation des muscles forts.
8
- Aux membres inférieurs :
La position de départ de la diagonale consiste à placer la hanche en adduction-extension-
rotation médiale, le genou en extension et le pied en inversion. L’opérateur stimule le
mouvement d’abduction-flexion-rotation latérale de hanche grâce à sa main proximale placée
sur la face latérale de la cuisse. Cette main s’oppose fortement au mouvement. La main
distale est placée au niveau du cinquième métatarsien et stimule l’éversion. La résistance
exercée par cette main est moindre étant donné la faiblesse des muscles fibulaires, elle sert de
guidance au mouvement.
- Aux membres supérieurs :
L’épaule est positionnée en adduction-rotation médiale-extension, le coude est en extension,
le poignet et les doigts sont en flexion. La main proximale placée sur la face latérale de
l’épaule stimule l’abduction-rotation latérale-flexion. La main distale est placée sur la face
dorsale et le bord ulnaire de la main. Elle stimule l’extension radiale du poignet et l’ouverture
des doigts. La résistance exercée par cette main est plus importante que celle induite par la
main proximale.

II.3.2 Travail musculaire analytique

Le patient est en position semi-allongée pour avoir un feedback visuel, un gros coussin
triangulaire est placé sous ces genoux. Le thérapeute demande au patient dix contractions des
fibulaires : « emmenez le pied vers le haut et l’extérieur ». La contraction est tenue dix
secondes, chaque contraction est suivie d’un temps égal de repos. Ensuite, on demande dix
contractions du tibial antérieur : « emmenez le pied vers le haut et l’intérieur ». Puis, M. P
réalise une flexion dorsale simple : « relevez le pied dans l’axe de votre jambe ». Au fur et à
mesure des séances ces exercices sont réalisés assis ce qui rajoute l’effet de la pesanteur.
Pour renforcer analytiquement les deltoïdes, le patient est debout. Un haltère de 500g est
placé dans chaque main, il réalise alternativement le mouvement d’abduction. Au fil des
séances le patient pourra augmenter la charge.

II.3.3 Travail actif d’équilibration

Le patient est en position genoux dressés, les pieds débordent de la table laissant libre
l’articulation de la cheville (figure 4). Le kinésithérapeute exerce une poussée déséquilibrante
vers l’arrière. Pour empêcher la chute et se stabiliser le patient va, entre autre, contracter les
releveurs des pieds et effectuer une légère flexion dorsale.

9
Figure 4- Stimulation des releveurs du pied en position chevalier servant

En progression, cet exercice est réalisé debout. Le thérapeute applique une légère poussée
sternale sur le patient et induit un appui talonnier plus important. Pour s’équilibrer le patient
va devoir contracter ses releveurs du pied.

II.4 Stimuler la sensibilité profonde et superficielle des membres inférieurs

En plus des techniques de rééducation de la sensibilité décrites par la suite, la prise en charge
consiste également à une éducation thérapeutique du patient en vue de ces problèmes
sensitifs. Dans un premier temps, il faut faire prendre conscience au patient du déficit puis lui
expliquer les répercussions d’un problème cutané plantaire sur la rééducation. Enfin, il est
important de donner des conseils à M.P pour la surveillance de l’état cutané comme par
exemple s’aider d’un miroir pour l’observation.

II.4.1 Massage

Le massage est ciblé sur les membres inférieurs et surtout sur les pieds. Il est constitué
d’effleurages, de pressions glissées et de pétrissages légers pour stimuler les récepteurs
sensitifs cutanés. Des manœuvres de pressions glissées sont réalisées sur les points d’appui
pour redonner les sensations de la marche.

II.4.2 Rééducation de la sensibilité épicritique et discriminative


L’exercice consiste à frotter la voûte plantaire dix fois par jour pendant deux minutes [7].
Ensuite, l’opérateur demande au patient d’enfoncer ses pieds dans des mousses de résistances
différentes. Cet exercice permet d’associer le travail sensitif au travail musculaire. Il vise
aussi à stimuler les cellules de Merkel et les corpuscules de Ruffini afin d’améliorer la
perception de la pression s’exerçant sur la peau.
10
II.4.3 Rééducation de la statesthésie

Le premier exercice consiste à percevoir la position des articulations de l’hallux. Les


récepteurs intra-capsulaires, intra-ligamentaires et les organes tendineux de Golgi entrent en
jeu. Le patient est en décubitus dorsal, les yeux sont fermés. Le kinésithérapeute place
l’hallux dans une certaine position et demande au patient d’identifier cette position (la flexion
correspond à « en bas », l’extension à « en haut »). M. P commet beaucoup d’erreurs lors de
cet exercice, l’opérateur lui demande d’ouvrir les yeux et d’observer la position. Cet exercice
est répété dix fois par jour dans le but de stimuler les récepteurs de la sensibilité profonde. Au
cours des séances, nous ne notons pas de progression dans la réalisation de cet exercice.

II.4.4 Rééducation de la sensibilité thermique

Elle fait intervenir les corpuscules de Pacini présents dans le derme responsables de la
perception du froid et du chaud. L’exercice consiste à alterner l’application de chaud et de
froid au niveau du pied. Après avoir réalisé plusieurs fois l’application, le même exercice est
effectué en aveugle et M.P doit faire la distinction de ce qui lui est appliqué.

II.5 Améliorer l’équilibre et la marche

II.5.1 Evolution de l’appareillage de marche

Durant les six semaines, l’appareillage de marche de M. P a évolué. Les deux premières
semaines M. P porte des releveurs rigides. Il se plaint de dysesthésies majorées avec le port de
ces releveurs. De plus, nous remarquons au cours d’une séance de rééducation l’apparition
d’une phlyctène au niveau du talon droit. Le patient est insensible à ce niveau ce qui demande
un contrôle quotidien de l’état cutané plantaire par les thérapeutes et par M. P. Au bout de
deux semaines, face à ces problèmes, l’équipe de rééducation décide d’essayer le port de
releveurs de pieds de type liberté. M. P n’a pas une stabilité de cheville droite suffisante pour
porter ce type de releveur. Le releveur liberté droit est donc suppléé par une chevillière pour
assurer un maintien de la cheville et prévenir le risque d’entorse. A partir de la quatrième
semaine, nous commençons le sevrage progressif de la chevillière lors des séances.

II.5.2 En chevalier servant

- Déséquilibres intrinsèques :
En position chevalier servant, le patient effectue une abduction bilatérale des membres
supérieurs. Lors du mouvement des bras, l’équilibre est perturbé.
- Déséquilibres extrinsèques :
Dès que M. P maîtrise l’exercice précédent, un autre peut être envisagé pour augmenter la
difficulté. Il reste en chevalier servant, le kinésithérapeute se place dans la même position face
11
au patient. L’exercice consiste à réaliser des échanges avec une balle en mousse. En
progression, le poids de la balle est augmenté.
- Déséquilibres induits par le kinésithérapeute :
Ensuite l’opérateur applique des déséquilibres sur le tronc du patient afin de travailler
l’équilibre dans toutes les directions. La consigne est de rester stable.
Pour améliorer la proprioception de la cheville et les réactions posturales, le kinésithérapeute
applique la poussée au niveau de la jambe. Dans la même position, un coussin mou est placé
sous le pied en appui afin d’entraîner un déséquilibre extrinsèque plus important (figure 5).

Figure 5 - Travail de l’équilibre sur plan instable

Dans cette position, nous pouvons également demander au patient d’enfoncer le pied dans la
mousse afin de travailler le transfert vers la station debout.

II.5.3 En position debout


- Auto déséquilibres :
Le patient est debout, l’opérateur se tient face à lui. L’exercice consiste à reproduire les gestes
du kinésithérapeute (taper dans les mains, mettre une main sur la tête…).
- Déséquilibres extrinsèques :
Le patient et le kinésithérapeute réalisent des échanges avec une balle de plus en plus lourde.
Au fur et à mesure des séances les exercices sont réalisés sur une planche à bascule antéro-
postérieure. Dans un premier temps l’exercice consiste à rester debout en équilibre sur le plan
instable. Ensuite, M.P doit d’abord trouver l’équilibre puis renvoyer la balle (figure 6).

12
Figure 6- Travail de l’équilibre sur plan instable

Il est possible de réaliser cet exercice sur de la mousse dont le but est également d’induire un
déséquilibre.
- Déséquilibres induits par le kinésithérapeute :
Le patient est debout, l’opérateur induit des poussées déséquilibrantes. Le but de l’exercice
est de résister à ces poussées en évitant la chute.

II.5.4 Marche sur une ligne

Cet exercice a pour but de travailler l’équilibre et dans une seconde intention de diminuer le
polygone de sustentation du patient. M.P doit marcher sur une ligne le plus harmonieusement
possible. L’exercice est de mieux en mieux réalisé au cours des séances, et lors de la marche
M. P semble avoir diminué son polygone de sustentation.

II.5.5 Marche sur tous terrains

Cet exercice est réalisé dans le but de donner confiance au patient qui appréhende la marche
sur terrains divers. Une marche est réalisée dehors en essayant de diversifier au maximum les
sols (pelouse, bitume, pente, côte, gravillons…).

II.6 Balnéothérapie
M. P. a des séances de balnéothérapie quotidiennes [9]. Le but de ces séances est de :
- favoriser la détente et le bien être du patient ;
- stimuler la sensibilité par le contact avec l’eau et des massages au jet sur la voûte plantaire ;
- travailler le gain d’amplitude articulaire à travers des mobilisations passives et des auto-
mobilisations (exercices avec bâton, planches…) ;
- augmenter la force des muscles déficitaires. Pour stimuler les releveurs, nous réalisons des
exercices tels que la marche avant et arrière entre les barres parallèles. Un autre exercice
consiste à stimuler la chaîne antérieure du membre inférieur. M. P est assis, un poids est

13
installé au niveau de la jambe et M. P doit réaliser une extension de genou en essayant de
relever la pointe du pied.

14
III DISCUSSION

III.1 RÉSUMÉS
EL MOSTAPHA L. La marche normale première partie (KS mars 2008, n°486, 5-12)
Le cycle de marche débute par le contact initial du talon et se termine par définition
lors du nouveau contact de ce même pied au sol. Il se divise en trois phases : la phase de mise
en charge du membre inférieur, la phase d’appui et la phase oscillante. L’étude se penche sur
la cinématique, la cinétique et l’interprétation fonctionnelle du cycle de la marche.
La première phase de mise en charge du membre inférieur est la période de double
appui initial. Elle correspond au contact initial du pied au sol et à la réponse à l’appui. Le but
est l’absorption du choc et la stabilisation du membre inférieur qui prend l’appui. La cheville
est en position neutre. L’attaque se fait par le talon. Le tibial antérieur, par son action
excentrique, empêche la chute de l’avant-pied et permet la progression du tibia vers l’avant.
Pendant la seconde phase, la phase d’appui, le membre inférieur en appui doit
supporter le poids du corps et assurer la stabilité pendant que le membre inférieur
controlatéral progresse. Cette phase se divise en trois sous parties.
D’abord la phase de milieu d’appui. Elle débute quand le membre controlatéral quitte le sol et
se poursuit jusqu’au décollement du talon. Cette phase est donc caractérisée par l’appui de
l’ensemble de la face plantaire au sol. La cheville passe progressivement de la flexion
plantaire vers la flexion dorsale grâce à l’avancée du tibia, pied fixé au sol. Le soléaire
empêche l’avancée trop rapide du tibia par une action excentrique.
La seconde sous partie est la phase de fin d’appui. Cette phase d’appui monopodal débute dès
que le talon commence à décoller du sol et se termine au contact initial du pied controlatéral.
La cheville accentue sa flexion dorsale pour permettre l’avancée du corps. L’activité du
triceps est de plus en plus importante et empêche la chute en avant.
Enfin la dernière sous partie est la phase pré-oscillante. Elle débute au contact initial
controlatéral et se termine lors de la perte de contact du pied avec le sol. Le poids du corps
passe entièrement sur l’autre membre inférieur. La cheville passe rapidement d’une flexion
dorsale vers une flexion plantaire. Le triceps agit sur un mode concentrique, son activité est
diminuée par rapport à la phase précédente.
La phase oscillante correspond à l’avancée du membre inférieur sans contact avec le
sol. En début de phase, la cheville précédemment en flexion plantaire passe en flexion dorsale
grâce à l’activité du tibial antérieur. En milieu de phase, un mouvement vers la position neutre
de cheville se poursuit. En fin de phase, le tibial antérieur garde une activité et l’augmente à la
toute fin, anticipant ainsi la chute du pied lors du contact initial au sol.

15
ROULLET V., GOURDON C., LEIRE S. : Exercices thérapeutiques en vue de la reprise
à la marche du paraplégique incomplet (Kinésithérapie la revue 2008 ; 80-81)
L’objectif de l’article est de présenter différents exercices de rééducation sensitivo-motrices
chez le paraplégique incomplet. Le but de ces exercices est d’acquérir une marche
fonctionnelle et autonome.

Il est d’abord évoqué l’importance des étirements, des mobilisations passives, du


renforcement musculaire (maintien de l’équilibre agoniste-antagoniste) et de la surveillance
de l’état cutané pour prévenir l’apparition de troubles orthopédiques pouvant être un réel frein
à la rééducation fonctionnelle.
Ensuite, les auteurs expliquent la nécessité de solliciter une sensibilité perturbée. L’éveil
sensitif par le biais de massage des zones d’appui, de tractions compressions des différentes
articulations, de reconnaissance de différentes matières favorise la reprise à la marche.
Après avoir préparé les muscles et les récepteurs sensitifs, l’objectif est alors de développer la
vigilance musculaire par du travail proprioceptif (travail en charge dans des situations de
déséquilibres).
Par la suite, des exercices visant à travailler l’équilibre sont décrits. Le but est de multiplier
les expériences de vécu du corps dans l’espace. Il se réalise dans le maximum de positions.
Les auteurs poursuivent en s’intéressant au travail de l’harmonie du mouvement. Le but des
exercices proposés est d’obtenir des séquences motrices dont la vitesse, l’amplitude et la
direction sont maîtrisées par le patient.
Les exercices qui suivent ont pour but de se rapprocher d’une marche physiologique. Pour
cela, le cycle de marche est décomposé en plusieurs ateliers (déroulement du pas, transfert
d’appui…) qui sont travaillés individuellement. Il s’agit d’une méthode répétitive.
L’article présente ensuite la nécessité d’appareiller pour pallier les déficiences (orthèses
cruro-pédieuses, releveurs…). Le port de ces orthèses est recommandé dans un souci de
récupération fonctionnelle et d’automatisation d’un schéma de marche propre au patient.
Les auteurs nous présentent aussi les différents concepts pour rééduquer la marche tels que la
marche en suspension, le Lokomat® ou encore l’isocinétisme.
Les bienfaits de la balnéothérapie sont également exposés dans l’article. La poussée
d’Archimède permet une sensation de légèreté et une reprise de marche facilitée et précoce
dans l’eau. La pression hydrostatique exercée sur tout le corps offre la possibilité d’une
station verticale sans appareillage. La résistance de l’eau lors des mouvements permet
également le renforcement musculaire.
Pour terminer, l’article évoque les douleurs neurologiques, les douleurs d’épaule et la
fatigabilité que l’on peut retrouver lors d’une prise en charge séquellaire.

16
COLLOT S., GRIVEAUX H. : Principes physiques en balnéothérapie (Kinésithérapie la
revue 2007, 21-7)
Avant de commencer la balnéothérapie, il est nécessaire de réaliser un bilan de l’autonomie
dans l’eau. Ce bilan comporte un interrogatoire (relation de la personne avec l’eau), un temps
de familiarisation avec l’eau (pour les personnes qui ont une appréhension), des exercices
d’immersion et l’analyse de la flottabilité.
La balnéothérapie est utilisée en rééducation pour plusieurs raisons :
- le milieu aquatique facilite la position verticale ;
- la diminution apparente du poids du corps permet une remise en charge progressive
et précoce ;
- l’eau facilite le mouvement ;
- la pression hydrostatique permet une stimulation sensorielle extéroceptive
permanente ;
- la diminution du tonus musculaire favorise la détente et la mobilisation ;
- le seuil de la douleur est augmenté dans l’eau ;
- le milieu aquatique a un effet euphorisant, améliore le moral et favorise
l’établissement de relations sociales.
Le milieu aquatique permet une progression de la difficulté des exercices par :
- l’augmentation de la vitesse : plus la vitesse est rapide, plus les mouvements sont
difficiles à réaliser ;
- l’augmentation de la surface : la difficulté de l’exercice augmente également avec la
surface mise en jeu (utilisation de planche…).
Il existe des contre indications à la prescription de séances de balnéothérapie :
- contre-indications absolues : infection, plaie ouverte, escarre, mycose cutanée,
incontinence fécale et urinaire, pathologies cardio-vasculaires et respiratoires (insuffisance
respiratoire sévère, coronaropathie instable…) ;
- contre-indications relatives : hypersensibilité aux produits d’entretien, hydrophobie.

17
III.2 RÉFLEXION PERSONNELLE

Les déficits les plus gênants pour M.P sont les troubles distaux des membres inférieurs. Pour
cela ma discussion porte sur les répercussions des anomalies sensitives et motrices de la
cheville et du pied pendant la marche, et dans un second temps sur leurs rééducations.

Le premier article décrit le cycle de la marche. Je l’ai choisi dans le but de cibler les phases
anormales chez M.P et de les mettre en relation avec ces déficits. Lors de la première phase de
mise en charge, l’attaque du pied au sol est digitigrade. Le tibial antérieur ne réalise pas
correctement son action de frein. Ce défaut de marche entraîne un déroulement inversé du
pied au sol (des orteils vers le talon). Le déficit sensitif est une difficulté supplémentaire pour
normaliser cette phase puisque M.P ne perçoit pas le contact plantaire. L’attaque du pied au
sol nécessite un contrôle visuel systématique. La seconde phase, la phase d’appui, est altérée
par le manque de flexion dorsale du patient. En effet, les amplitudes articulaires de M.P en
flexion dorsale sont de –10° à droite et –5° à gauche, la marche normale sollicite 15° de
flexion dorsale. Cette anomalie ne permet pas une avancée tibiale suffisante et entraîne une
diminution de la longueur du pas. Lors du passage du pas, nous pouvons nous interroger sur la
qualité de la propulsion de l’hallux, la sensibilité profonde étant absente sur ce segment. La
dernière phase, la phase oscillante, est modifiée par le manque de force des releveurs. Ce
déficit moteur est compensé par une flexion exagérée de genou. L’entrave à la marche de M.P
a donc plusieurs origines : le défaut de sensibilité plantaire, le manque de force des releveurs
du pied et le déficit en flexion dorsale de la cheville (rétraction capsulo-ligamentaire et
hypoextensibilité du triceps).
Le deuxième article propose une série d’exercices thérapeutiques en vue de la reprise à la
marche du paraplégique incomplet. Malgré l’origine neurologique périphérique du syndrome
de M.P, ces exercices lui sont très bien adaptés. Le bilan d’un paraplégique incomplet met en
évidence à l’exception de la spasticité (peu évoquée dans l’article) les mêmes déficits que
ceux de M.P. Cette prise en charge sensitivo-motrice a pour but de retrouver une marche la
plus physiologique possible. L’éveil sensitif se fait par le biais de massages sur les zones
d’appui, de reconnaissance de différentes matières et de différentes positions. Chez M.P, ces
exercices de stathéstésie et de kinesthésie sont uniquement réalisés au niveau des articulations
de l’hallux, la talo-crurale n’étant pas déficitaire. Le travail proprioceptif est également
primordial pour retrouver une marche normale, ce travail est ciblé sur la cheville. En effet, la
stabilité latérale est déficitaire chez M.P et le risque d’entorse est majeur. Pour cela M.P porte
une chevillière. Des exercices sur plateau de Freeman®, comme ceux évoqués dans l’article,
sont donc réalisés dans le but de retrouver un bon contrôle de cheville et de pouvoir se séparer
progressivement de la chevillière. La décomposition de marche sous forme « d’ateliers de

18
rééducation » me paraît très intéressante. J’ai réalisé ces ateliers uniquement avec le port des
releveurs libertés. Sans ces derniers, ces exercices se révèlent un peu précoces c’est à dire
encore trop mal réalisés et donc décourageants pour M.P. La durée de ces exercices n’est pas
décrite dans l’article. Par conséquent, nous l’avons limitée à une à deux minutes par exercice
pour M.P. Je crains que le fait de réaliser ce type d’exercices trop longtemps puisse rendre
une marche décomposée et saccadée. L’excès de concentration sur chaque phase
indépendamment l’une de l’autre peut compromettre la fluidité de la marche.
Mon choix du dernier article s’est porté sur la balnéothérapie. M.P aime le milieu aquatique et
est très motivé lors de la réalisation des exercices dans l’eau. L’objectif est toujours de
travailler les éléments qui entravent la marche normale. Il bénéficie d’une séance de
balnéothérapie quotidienne de 3/4heures. D’abord, les effets sur son moral sont bénéfiques.
La diminution du tonus musculaire facilite l’allongement des fibres musculaires et donc
l’efficacité des étirements. Ces derniers sont ciblés sur la chaîne postérieure des membres
inférieurs. La pression hydrostatique exercée sur l’ensemble du corps de M.P permet une
stimulation permanente des récepteurs cutanés. Des massages au jet sur les appuis plantaires
m’ont permis de renforcer le travail sensitif dans l’eau. La proprioception de cheville est
travaillée en diminuant progressivement le niveau d’immersion et en exerçant des poussées
déséquilibrantes. M.P est beaucoup plus confiant pour ce genre d’exercices lorsqu’ils sont
réalisés dans l’eau. Les muscles releveurs sont travaillés lors de la marche aquatique, la
consigne est de respecter le bon déroulement du pied. M.P ne déroule pas correctement le
pied même dans l’eau, mais le fait de se concentrer sur cette action entretient le schéma
moteur.
Le choix de ces trois articles me paraît intéressant pour la rééducation de M.P. Avant de
réaliser ce mémoire, je pensais que l’absence de sensibilité plantaire ne permettait pas la
marche. M.P m’a montré qu’elle était possible avec certaines compensations visuelles,
auditives et probablement par la transmission de la pression aux récepteurs sensitifs du
genou et de la hanche qui réajustent leurs actions pendant la marche. Ce déficit complique
néanmoins la reprise à la marche et nécessite un contrôle rigoureux de l’état cutané plantaire.
La prise en charge consiste également à faire prendre conscience au patient de son absence de
sensibilité, et la répercussion sur la rééducation fonctionnelle que pourraient entrainer une
complication cutanée (phlyctènes, escarres…)

19
CONCLUSION
Durant ces six semaines de stage, M.P a progressé sur le plan musculaire et articulaire au
niveau des membres supérieurs. L’augmentation de la force et de l’amplitude articulaire est
notable à ce niveau.
Au niveau des membres inférieurs, les amplitudes articulaires ont également augmenté mais
la raideur de cheville en flexion dorsale persiste. L’extensibilité des ischio-jambiers et des
triceps suraux est améliorée. M.P est consciencieux dans la réalisation des auto-étirements
qu’il réalise bi quotidiennement.
La force musculaire en distal reste faible (2+) même s’il y a eu une évolution positive au
cours des six semaines. Les muscles stabilisateurs de la cheville dans le plan frontal ont bien
évolué, le travail de renforcement musculaire et de proprioception est à poursuivre pour
pouvoir réaliser un sevrage complet de la chevillière. Les muscles releveurs sont encore
faibles et nécessitent la poursuite du port des releveurs liberté.
La rééducation sensitive s’est faite par le biais de massages et par la stimulation des différents
récepteurs sensitifs. Malheureusement, je n’ai vu aucune évolution favorable de la sensibilité
pendant mon stage. La sensibilité superficielle est encore absente au niveau de la voûte
plantaire et la sensibilité profonde est totalement altérée au niveau des articulations de
l’hallux.
Sur le plan fonctionnel M.P, ne se dit plus gêné dans les activités de la vie quotidienne par ses
membres supérieurs. Les déplacements sur longue distance s’effectuent à l’aide de deux
cannes anglaises, le fauteuil roulant n’est plus du tout utilisé. Pour les petits trajets M.P,
marche sans canne.
Une date de sortie du centre a été fixée, il reste encore à M.P trois semaines au centre de
rééducation fonctionnelle de Plémet. Des séances de rééducation libérale hebdomadaires sont
ensuite programmées afin de continuer la rééducation sensitivo-motrice commencée au centre
et de préparer la reprise de l’activité.

20
BIBLIOGRAPHIE
1. HISLOP H., MONTGOMERY J. Le bilan musculaire de Daniels et Worthingham.
Paris, 7ème édition. 2006, 470.

2. GRASP. P., CASSILLA S J.M , DULIEU V. ,DIDIER J.P... La marche. E.M.C.,1996 .

3. EL MOSTAPHA L. La marche normale. KS, mars 2008, n°486, 5-12

4. GEOFFROY C. Guide d’étirement du sportif. Collection sport +, Paris, 3ème édition,


64.

5. BUSQUET L Les chaînes musculaires : tome 4, Membres inférieurs Paris, Editions


Frison-Roche, 3e édition,2003,240

6. . FRAUDET J. Apprentissage d’une diagonale de Kabat. KS, février 2007, n° 474 ;

7. ZERBIB O. Le syndrome de Guillain-Barré (2ème partie). KS, janvier 2003,


n°429, 21-29

8. ROULLET V., GOURDON C., LEIRE S. Exercices thérapeutiques en vue de la


reprise de la marche du paraplégique incomplet. Kinésithérapie la revue, 2008, 80-81,
53-62.

9. COLLOT S., GRIVEAUX H. Principes physiques en balnéothérapie.


Kinésithérapie la revue, 2007, 70, 21-7.

21
22
ANNEXES

23
24
ANNEXE 1
Périmétrie des 4 membres

Repères GAUCHE DROITE


MEMBRE SUPERIEUR
+20 cm 27 cm 27 cm
+15 cm 26 cm 26 cm
+10 cm 23 cm 23 cm
+5 cm 22 cm 22 cm
Pli de flexion du coude 26 cm 26 cm
-5 cm 26 cm 25 cm
-10 cm 24 cm 23 cm
-15 cm 19 cm 19 cm
Stylo-radiale 18 cm 18 cm
MEMBRE INFERIEUR :
+20 cm 39 cm 39 cm
+15 cm 35 cm 35 cm
+10 cm 33 cm 32 cm
+5 cm 35 cm 35 cm
Base de la rotule 36 cm 35 cm
-5 cm 33 cm 32 cm
-10 cm 31 cm 30 cm
-15 cm 31 cm 30 cm
-20 cm 30 cm 28 cm

25
ANNEXE 2
Plate forme posturographique

26
ANNEXE 3
Amplitudes articulaires des membres supérieurs
Membre supérieur gauche Membre supérieur droit
03/03/09 01/10/03 03/03/09 01/10/03
Epaule :
Flexion 140° 155° 150° 160°
Extension 50° 50° 50° 50°
Abduction 110° 120° 90° 100°
Adduction N N N N
Rot. médiale N N N N
Rot. latérale 40° 55° N N
Coude :
Flexion N N N N
Extension N N N N
Supination N N N N
Pronation N N N N
Poignet :
Flexion 80° 80° 100° 100°
Extension 70° 70° 80° 80°
Incli. ulnaire 30° 30° 35° 35°
Incli. radiale 20° 20° 25° 25°
Doigt :
Métacarpo-phalangiennes
Flexion N N N N
Extension : N N N N
Interphalangiennes proximales
Flexion N N N N
Extension N N N N
Interphalangiennes distales
Flexion N N N N
Extension N N N N

27
ANNEXE 4
Amplitude articulaire des membres inférieurs
Membre inférieur gauche Membre inférieur droit
03/09/09 01/10/09 03/09/09 01/10/09
Hanche :
Flexion 120° 120° 120° 130°
Extension N N N N
Abduction 40° 50° 50° 50°
Adduction N N N N
R° médiale 40° 40° 40° 40°
R° latérale 30° 35° 35° 35°
Genou :
Flexion (1) 115° 125° 110° 120°
Flexion (2) 135° 140° 135° 140°
Patelle N N N N
Extension 0° 0° 0° 0°

Extension - 40° -30° -50° - 30°

Cheville :
F° dorsale -15° 0° -20° - 5°
(3)
F° plantaire -5° 5° -10° 5°
(4)
F° plantaire N N N N
Orteils :
Flexion N N N N
Extension N N N N

(1) hanche en rectitude


(2) hanche fléchie à 90°
(3) genou tendu
(4) genou fléchi

28
ANNEXE 5
Bilan musculaire des membres supérieurs
GAUCHE DROIT
03/09/09 01/10/09 03/09/09 01/10/09
5 5 COU Extenseurs 5 5
5 5 Fléchisseurs 5 5

4 5 CEINTURE Trapèze 5 5
4 5 Rhomboïde 5 5
4 5 SCAPULAIRE Dentelé antérieur 5 5
3+ 5 Grand dorsal 4 5
5 5 ET Grand pectoral 5 5
5 5 Petit pectoral 5 5
3+ 4 EPAULE Deltoïde 3+ 4
3+ 4 Grand rond 3+ 4
3+ 4 Supra épineux 3+ 4
3+ 4 Infra épineux, petit rond 3+ 4
3+ 4 Subscapulaire 3+ 4

4 5 Biceps brachial 5 5
4 5 Brachial antérieur 5 5
5 5 Triceps brachial 5 5
5 5 COUDE Brachio radial 5 5
5 5 Supinateur 5 5
5 5 Pronateur 5 5

5 5 Fléchisseur radial du carpe 5 5


5 5 Long palmaire 5 5
5 5 POIGNET Fléchisseur ulnaire du carpe 5 5
5 5 Long extenseur radial du carpe 5 5
5 5 Court extenseur radial du carpe 5 5
5 5 Extenseur ulnaire du carpe 5 5

29
5 5 Long abducteur du 1 5 5
5 5 Court extenseur du 1 5 5
5 5 Long extenseur du 1 5 5
5 5 Long fléchisseur du 1 5 5
5 5 Court abducteur du 1 5 5
5 5 Opposant du 1 5 5
5 5 Court fléchisseur du 1 5 5
5 5 Adducteur du 1 5 5
5 5 MAIN Fléchisseur profond des doigts 5 5
5 5 Fléchisseur superficiel des doigts 5 5
5 5 Extenseur des doigts 5 5
5 5 Interosseux dorsaux 5 5
5 5 Interosseux palmaires 5 5
5 5 Lombricaux 5 5
5 5 Adducteur du V 5 5
5 5 Opposant du V 5 5
5 5 Court fléchisseur du V 5 5

30
ANNEXE 6
Bilan musculaire des membres inférieurs
GAUCHE DROIT
03/09/09 01/10/09 03/09/09 01/10/09
5 5 Grands droits 5 5
5 5 Obliques internes 5 5
5 5 Obliques externes 5 5
TRONC
5 5 Transverses 5 5
5 5 Carré des lombes 5 5
5 5 Extenseurs du tronc 5 5

5 5 Psoas 5 5
5 5 Grand fessier 5 5
4+ 5 Moyen fessier 4+ 5
4+ 5 Adducteurs 4+ 5
4+ 5 Gracile 4+ 5
4+ 5 HANCHE Pelvi trochanteriens 4+ 5
4+ 5 Petit fessier 4+ 5
4+ 5 Sartorius 4+ 5
4+ 5 Tenseur du fascia lata 4+ 5

5 5 Quadriceps 5 5
5 5 Biceps fémoral 5 5
5 5 Semi-tendineux 5 5
GENOU
5 5 Semi-membraneux 5 5

5 5 Triceps sural 5 5
2 2+ Tibial antérieur 1 2+
0 2 Long extenseur du 1 0 0
0 2 Long extenseur des orteils 0 2
0 2 Court extenseur des orteils 0 2
2 3 CHEVILLE Tibial postérieur 1 2
2 3 ET Long fibulaire 1 2+
2 3 PIED Court fibulaire 1 2+
0 2 Long fléchisseur du 1 0 1
0 2 Court fléchisseur du 1 0 1
1 2 Long fléchisseur des orteils 0 2
1 2 Court fléchisseur des orteils 0 2

31
0 0 Interosseux et lombricaux 0 0

ANNEXE 7
Sensibilité superficielle

32
ANNEXE 8
33
Tinetti

34
35