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Université du Québec en Outaouais

Département des sciences de l’éducation

Réflexion analytique

Par 

Marianne Séguin

Travail présenté à 

Marie-Claude Rodrigue

Dans le cadre du cours

PED 1071- Communication avec les intervenants en milieu scolaire

23 février 2017
Pendant les présentations orales de mes pairs, l’une d’entre elles a
particulièrement attiré mon attention pour le sujet dont elle traitait : l’intimidation entre
les élèves. Dans ce texte, je résumerai la situation présentée par l’équipe, puis je la
critiquerai à partir de ressources bibliographiques et finalement à partir de la théorie du
cours PED 1071.

La situation présentée correspondait à celle d’une élève qui refusait d’écouter son
enseignante parce qu’elle s’était battue dans la cour de récréation et que cela lui a donné
mal au ventre. Lorsque l’enseignante a remarqué son manque d’écoute, l’élève a essayé
de lui donner des explications, mais l’enseignante n’a montré aucune ouverture d’esprit
par rapport aux raisons qui poussaient l’enfant à agir de la sorte. L’élève a quitté la classe
en claquant la porte. Rendue chez elle, l’enfant a expliqué ce qui est arrivé à sa mère.
Celle-ci a téléphoné l’enseignante pour se plaindre, sans lui dire que sa fille était victime
d’intimidation. Alors, l’enseignante n’a pas su quoi faire et la situation était sans fin.

Personnellement, je trouve que cette situation semble être typique de celles que
l’on retrouve dans les écoles pour trois raisons. Premièrement, une quantité incroyable
d’enseignants tombent en épuisement professionnel au Québec : « En 2005, on a révélé
que 50% des enseignants souffraient de d’épuisement, de fatigue et de divers maux
physiques » (Dubois, 2014). La façon dont l’enseignante a agi, dans la situation, reflète
peut-être comment les enseignants agissent lorsqu’elles sont épuisées. Deuxièmement,
l’intimidation est un problème extrêmement présent dans les écoles : « Sur une échelle
évaluant 35 pays, le Canada occupe le neuvième rang en ce qui a trait à l'intimidation
chez les jeunes de 13 ans.» (Gouvernement du Canada, 2012) Troisièmement, les
enseignants sont mal formés pour intervenir par rapport aux situations d’intimidation. La
preuve est que la loi 56 visant à prévenir et combattre l’intimidation et la violence dans
les écoles n’a été instaurée qu’en 2012 (Gouvernement du Québec, 2017). Cela signifie
qu’auparavant, les écoles n’intervenaient pas correctement vis-à-vis cette situation et
qu’il a fallu appliquer une loi spécifique aux écoles pour qu’elles se réveillent et qu’elles
s’attaquent vraiment à cette problématique. Pourtant, des lois comme celles que l’on
retrouve dans la Charte des droits et libertés de la personne interdisaient toutes formes
d’intimidation à l’égard du citoyen depuis longtemps: « Toute personne a droit à la
reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans
distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, l’identité (…)
Nul ne doit harceler une personne en raison de l’un des motifs visés dans l’article 10. »
(art. 10 et 10.1) Probablement que beaucoup d’enseignants banalisent l’intimidation et
que c’est ce qui les pousse à mal réagir lorsque leurs élèves en sont victimes. La preuve
est que la violence est encore très banalisée dans la société (Observatoire régionale de la
santé du Nord, 2015). Les enseignants ne savent peut-être pas exactement ce qu’est
l’intimidation étant donné qu’ils sont mal formés pour y faire face, mais elle est
clairement définie dans la loi sur l’instruction publique : « tout comportement, parole,
acte ou geste, y compris la cyberintimidation, exprimés directement ou indirectement,
notamment par l’intermédiaire de médias sociaux, ayant pour but de léser, blesser,
opprimer ou ostraciser; ». (art.13) Le fait que les enseignants sont fatigués de leur travail
ou mal formés par rapport aux interventions relatives aux actes d’intimidation n’est pas
une excuse pour manquer de respect à un élève et ne rien faire lorsqu’il se fait harceler.
Des ressources documentaires sont disponibles sur le site Internet du Gouvernement du
Québec pour mieux comprendre ce qu’est l’intimidation et le plan d’action que les écoles
doivent maintenant obligatoirement suivre en vertu de la loi 56. Selon moi, l’enseignante,
dans cette situation, a fait vivre de l’intimidation à son élève parce qu’elle l’a placée dans
une situation d’humiliation. Cela va contre l’éthique professionnelle de la profession
enseignante. Selon l’article 25.2 de la loi sur l’instruction publique, un enseignant qui
commet une faute dans l’exercice de ses fonctions (notamment en manquant de respect
envers un élève) peut être gravement puni, allant de poursuites juridiques jusqu’à
l’interdiction légale d’enseigner au Canada. La mauvaise réaction de l’enseignante a
peut-être été involontaire, dû au fait qu’elle avait passé une mauvaise journée, mais ces
mauvaises réactions, aussi banales qu’elles peuvent en avoir l’air, peuvent finir par se
retourner sérieusement contre les enseignants!
Si l’on analyse la situation d’un point de vue un peu plus théorique, on peut dire
qu’il s’agit d’un cas où il y a eu une mauvaise communication du début à la fin, de la part
de tout le monde. Par exemple, l’élève n’a pris le temps de dire à son enseignante ce
qu’elle ressentait, en privée, dès qu’elle a commencé à vivre de l’intimidation. Elle avait
tendance à se confier à sa mère et à son journal intime plutôt qu’à son enseignante. Quant
à l’enseignante, elle n’utilisait pas de bons moyens pour communiquer avec son élève.
Elle utilisait un ton sec et accusateur. Elle n’a pas démontré une bonne écoute, de
l’ouverture d’esprit ou de l’empathie (qui sont des qualités primordiales à avoir lorsqu’on
travaille avec des enfants.) La mère n’a pas dit à l’enseignante les raisons qui ont poussé
sa fille à agir de la sorte lorsqu’elle s’est plainte. La collègue, qui se trouvait à être
l’ancienne enseignante de l’élève, n’a pas expliqué comment l’élève était, l’année passée,
dans sa classe, pour aider la nouvelle enseignante à mieux comprendre l’élève. Ce
manque de communication provenant de tous les acteurs reflétait de nombreux parasites
et principalement celui des préjugés en lien avec les stéréotypes. L’élève jugeait son
enseignante en disant qu’elle était méchante sans chercher à la connaitre. La mère faisait
de même. L’enseignante et sa collègue jugeait l’élève en se disant qu’elle était fatigante
parce qu’elle se cherchait des excuses pour ne pas travailler en ne se fiant qu’au
stéréotype de l’élève qui a un trouble de l’opposition. On peut même dire que cette
situation reflétait un manque d’éthique professionnel parce que l’enseignante n’a pas
respecté le droit de l’enfant de s’exprimer et d’obtenir de l’aide par rapport à son
problème lorsqu’elle celle-ci a essayé de se confier. L’enseignante n’a fait qu’augmenter
le malaise de l’élève jusqu’à ce qu’elle fasse une crise et quitte la classe. L’enseignante a
probablement dit à voix haute ce qu’elle se disait dans sa tête, sans le faire exprès (« Bin
là, qu’est-ce que tu fais? ») Mais, cet échappement témoigne quand même d’un manque
de professionnalisme. Elle aurait pu éviter que la situation ne s’envenime si elle aurait
fait plus attention aux besoins de son élève en ne pensant pas juste aux siens.

En conclusion, cette situation reflète un manque de communication que l’on peut


attribuer à différents facteurs : l’épuisement professionnel, le manque d’ouverture
d’esprit, les préjugés et surtout les relations entre l’enseignante, l’élève et la mère qui
étaient déficitaires. L’intimidation est un peut-être un problème difficile à régler dans les
écoles, mais les enseignants doivent quand même assumer leurs responsabilités, non
seulement en essayant de régler ce problème, mais aussi en s’assurant de toujours essayer
de créer une bonne communication avec leurs élèves et les parents, peu importe comment
ils sont.
Bibliographie

Dubois. R. (octobre 2014). L’épuisement professionnel des enseignants; l’indiscipline


des élèves et le rôle modérateur du sentiment d’autoefficacité. [En ligne]. Tiré de :
https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/12104/Dubois_Robert_201
4_th%C3%A8se.pdf

Gouvernement du Canada. (s.d.). Les statistiques de l’intimidation au Canada. [En


ligne]. Tiré de : http://www.cihr-irsc.gc.ca/f/45838.html

Observatoire Régional de la Santé du Nord. (2011). La violence. [En ligne]. Tiré de :
http://www.orsnpdc.org/wp-content/uploads/2015/02/242384_1violence.pdf

Gouvernement du Québec. (2016). Loi sur l’instruction publique. [En ligne]. Tiré de :
http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/I-13.3

Gouvernement du Québec. (2016). Charte des droits et libertés de la personne. [En


ligne]. Tiré de : http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cs/C-12

Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec. (2017). Projet de loi


n° 56 : Loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école. [En
ligne]. Tiré de : http://www.education.gouv.qc.ca/dossiers-thematiques/intimidation-et-
violence-a-lecole/projet-de-loi/