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Université du Québec en Outaouais

Département des sciences de l’éducation

Réflexion argumentative analytique 1

Par 

Marianne Séguin

Présenté à 

Nathalie Gagnon

Dans le cadre du cours

EFI2263-Motivation et réussite scolaire

10 mai 2017

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Le décrochage scolaire est un problème omniprésent au Québec. Selon Potvin et
Dimitri (2012), les causes peuvent être classées en cinq grandes catégories : celles liées à
l’élève, à la famille, à l’école, à l’enseignant et à la communauté. Si l’on se concentre sur
celles en lien avec l’enseignant, je dirais que mon rôle, lorsque je serai enseignante, sera
principalement d’aider à l’élève à développer une motivation intrinsèque, à l’école, de
manière à prévenir le décrochage scolaire. Pour y arriver, je crois qu’il sera essentiel de
travailler avec les élèves sur leur perception de l’école, leur perception d’eux-mêmes et
leur perception de l’influence des autres.

Quand je parle de travailler sur la perception que les élèves ont de l’école, je me
base sur les propos de Potvin et Dimitri qui stipulent que le climat de classe, la relation
enseignant-élève, la qualité des pratiques pédagogiques et le climat de l’école sont
étroitement liés au décrochage scolaire (2012). Cela signifie que les enseignants ont un
grand rôle à jouer dans la façon dont les élèves perçoivent le système, les matières
scolaires, les activités pédagogiques proposées en classe, l’école en tant que milieu de
vie, en tant qu’endroit idéal pour évoluer, pour socialiser et pour obtenir le support dont
ils ont besoin pour passer à travers les embûches de la vie. Plus précisément, selon
Chouinard, Plouffe et Roy (2004), les élèves décrocheurs peuvent être regroupés en
différentes catégories, mais ils sont majoritairement des élèves ayant des difficultés
d’adaptation, d’apprentissage et de conduite. Ils viennent souvent de milieu
socioéconomique défavorisés, vivent des difficultés familiales, sociales, ont des parents
peu instruits, peu outillés pour les aider, les encourageant peu, focussant sur les aspects
négatifs de leur personnalité en banalisant inconsciemment leurs points forts ou même en
entretenant une image négative, en général, de tous le système scolaire. Les enfants sont
comme des éponges et ils enregistrent tous les messages que leur transmettent leurs
parents, qu’ils soient positifs ou négatifs. Si les parents perçoivent négativement l’école,
leurs enfants feront de même. Si je me fie à mon expérience personnelle de tutrice, pour
avoir côtoyer des élèves qui étaient à risques de devenir de futurs décrocheurs, j’ai pu
constater qu’en général, les parents ont la même incompréhension vis-à-vis l’école que
leurs enfants et qu’ils sont mal informés en ce qui concerne la réalité des élèves ayant des

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déficiences ou des troubles mentaux. Comme l’explique Chouinard, Plouffe et Roy
(2004), les décrocheurs pensent souvent que l’intelligence est innée et qu’elle n’a aucun
lien avec l’effort et l’ardeur du travail intellectuel. Dans mon travail, j’ai aussi remarqué
que les parents d’enfants ayant des troubles d’apprentissages ont souvent tendance à
croire que leurs enfants sont nécessairement destinés à éprouver de grandes difficultés
scolaires, à vivre des échecs continuellement ou à décrocher, un jour ou l’autre,
simplement à cause qu’ils ont un trouble ou qu’ils semblent en avoir un. Ils ont souvent
de la difficulté à voir leur enfant aller loin dans leurs études et leurs transmettent
inconsciemment une vision négative d’eux-mêmes en ayant des attentes peu élevées par
rapport à eux. Tout cela, simplement à cause que la société est encore mal informée par
rapport aux réalités des EHDAA. C’est inacceptable, surtout en sachant que les
Universités forment aujourd’hui les futurs enseignants pour qu’ils travaillent avec les
élèves en difficultés! Sans chercher à convaincre les élèves d’aller faire telle ou telle
profession et saboter l’éducation qu’ils ont reçu de leurs parents, en donnant l’impression
à ceux-ci d’être incompétents, je crois qu’il est tout de même important d’aider les élèves
à mieux comprendre le sens de l’école… de les aider à comprendre tous ce qu’ils ne
comprennent pas, par rapport à l’école et ce, même si cette confusion leur a été transmise
par leurs parents. D’ailleurs, il est essentiel de travailler sur la perception de l’école de
ces derniers pour améliorer celle des élèves en même temps, puisque les parents sont les
éducateurs principaux des enfants. Il est impossible de changer une vision négative si
profondément ancrée chez les élèves sans passer par leurs parents. C’est la responsabilité
des enseignants de faire comprendre aux parents que leurs enfants seront bien accueillis à
l’école peu importe leur condition et qu’ils seront toujours là pour s’occuper d’eux. Je
sais qu’il y a une partie du problème qui relève plus ou moins de la responsabilité des
enseignants, c’est-à-dire le fait que les parents qui pensent de cette façon le font souvent
en se basant sur leur propre vécu d’élève ou sur ce que leurs propres parents leur ont
appris. Cela fait un lien avec la façon dont l’école était gérée autrefois, alors que les
élèves ayant des troubles de comportements étaient qualifiés de « tannants » et que ceux
qui avaient des difficultés sur le plan académique étaient qualifiés de « pas intelligents ».
L’école n’est plus ce qu’elle était il y a cinquante ans et dans cinquante ans, elle ne sera
plus ce qu’elle aujourd’hui. Il est tout à fait naturel, pour un parent, de transmettre à ses

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enfants ce qu’on lui a transmis. À moins que les parents travaillent dans les écoles, ils ne
peuvent pas savoir que le système s’est amélioré avec le temps si on ne leur dit pas. C’est
précisément le rôle des enseignants de les informer. Ils doivent les rassurer et leur faire
comprendre qu’aujourd’hui, les écoles ont évolués et qu’elles s’adaptent aux élèves en ne
leur demandant plus de s’adapter à elles. Ils doivent leur faire comprendre que les écoles
d’aujourd’hui sont beaucoup mieux outillées pour aider les EHDAA qu’auparavant, que
leurs enfants ont définitivement leur place à l’école, peu importe leur profil d’apprenant
et que nous ne sommes pas là pour les juger ou juger leurs enfant. Les enseignants
doivent le faire à tout prix pour défaire la perception négative de l’école qui a été
transmise de génération en génération et qui provient des problèmes du système scolaire
du passé, sans oublier de combattre l’image négative de l’école que renvoie les médias
(avec les nouvelles concernant le pourcentage de décrocheurs au Québec, l’abandon des
enseignants, les jugements que l’on porte à leur égard, les coupures budgétaires dans les
écoles, les stéréotypes des EHDAA, etc.)

Quand je parle de travailler sur la perception que les élèves ont d’eux-mêmes, je
parle de leur capacité à reconnaitre leur potentiel, à se considérer intelligents et important
aux yeux des autres. Selon Chouinard, Plouffe et Roy (2004), les élèves en difficulté
d’apprentissage ont tendance à montrer ouvertement leur désintérêt envers la matière à
force de vivre constamment des échecs parce que ce désintérêt justifie leurs faibles
résultats scolaires et protège leur estime de soi. Comme l’explique Bouffard (2010-2011),
ce système d’autodéfense provient du fait que ces élèves se retrouvent coincés dans un
cercle vicieux où leur estime de soi est constamment à la baisse: ils se voient échouer en
visualisant des scénarios d’échecs, ils vivent de la honte, du découragement et de la
colère, leur motivation à étudier diminue, ils deviennent passifs, manquent d’attention,
songent à abandonner, vivent de l’échec, développent un sentiment d’efficacité
personnelle faible et cela recommence pour chaque défis qu’ils tentent de relever. Je crois
fortement que mon rôle, en tant que future enseignante, sera d’aider ces élèves à sortir de
ce cercle infernal et à se retrouver dans celui qui mène à un accroissement constant de
l’estime de soi : les élèves se voient réussir, alors ils s’imaginent des scénarios de

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réussites, ils vivent du plaisir, ils ont la satisfaction de relever des défis, ils sont motivés à
étudier, ils démontrent un grand engagement à la tâche, ils font beaucoup d’efforts, ils
persistent, ils réussissent, ils développent un sentiment d’efficacité personnelle élevé et
cela recommence pour chaque défi à relever (Bouffard, 2010-2011). En tant
qu’enseignants, nous avons le pouvoir d’augmenter l’estime de soi de nos élèves en leur
montrant qu’on les aime et qu’on est toujours fiers d’eux, pour qu’ils se voient eux-
mêmes comme tel. Mais, le rôle premier des enseignants est d’éduquer. Alors je crois
fermement que travailler en équipe avec tous les acteurs de la vie des élèves, soit
l’orthopédagogue, l’éducatrice spécialisée, le psychologue… et, évidemment, leurs
parents, est fondamental, pour que les efforts fournis par l’enseignant, pour augmenter
l’estime de soi des enfants, aient un impact encore plus fort sur la vie de ces jeunes.
Chacun pourra aider ces élèves à améliorer leur image de soi à sa façon. Toutefois, pour
aider les parents à savoir comment aider leurs enfants, je crois qu’il sera important, en
tant qu’enseignants, non seulement de les conscientiser à la réalité des EHDAA, mais
aussi de les guider vers les professionnels en dépistage, en soutien scolaire et
communautaire, comme le propose Bouffard (2010-2011). Il y a des organismes, dans la
région, visant à aider les familles vivant des difficultés de toutes sortes, comme Espace
Outaouais, l’APICO, Trait d’Union Outaouais, la Maison de la Famille de Gatineau, le
Centre d’intervention et de prévention de la toxicomanie, le Centre d’aide 24/7… sans
oublier l’AQUETA qui vise à conscientiser la population à la réalité des EHDAA et à
soutenir les familles vivant avec ce genre de troubles. Ces organismes peuvent aider non
seulement les élèves et leurs parents à s’adapter aux situations de la vie difficiles, mais
aussi à prévenir la dépression, à la soigner et même à prévenir le suicide qui est un
phénomène beaucoup trop présent au Québec.

Enfin, quand je parle de travailler sur la perception que les élèves ont de
l’influence des autres, je parle de développer leur esprit critique vis-à-vis le
comportement des autres qui peuvent parfois être nuisibles à leur évolution. Comme
l’explique Chouinard, Plouffe et Roy (2004), la perception de compétence de chaque
élève est non seulement influencée par leurs parents, mais aussi par leurs pairs. Les

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élèves vivant un sentiment d’appartenance en classe ont une meilleure estime d’eux-
mêmes que ceux qui sont rejetés. De plus, j’ai été témoin, au secondaire, de la quantité
d’élèves qui se mettaient en compétition, avant les examens, pour essayer d’avoir la note
la plus basse possible, en disant que plus leurs notes étaient basses, plus ils étaient
« cool ». Cela prouve à quel point certains élèves ne comprennent pas le sens de l’école,
de l’effort, qu’ils ne sont pas intéressés à la matière, qu’ils jalousent le succès des autres
et qu’ils cherchent à justifier leurs mauvaises notes en protégeant leur estime de soi,
comme Chouinard, Plouffe et Roy (2004) le soulèvent. Malheureusement, selon mes
parents, ce genre de croyances, chez les jeunes, ne datent pas d’hier. Au secondaire, tous
les élèves se demandent comment être « cool » et ils sont nombreux à penser que c’est en
n’accordant aucun importance à l’école qu’on est « cool » parce que l’école, selon eux, ce
n’est pas « cool ». Heureusement, avec le temps, j’ai aussi constaté que les élèves
finissent par comprendre l’importance d’avoir de bonnes notes et qu’ils changent leur
fusil d’épaule en se mettant en compétition pour essayer d’avoir les meilleures notes
possible. Mais, ils sont aussi nombreux à rire de ceux qui obtiennent des notes plus
faibles qu’eux en les traitants de tous les noms. (C’est ce qui m’est arrivé au secondaire).
Bref, nous vivons dans un monde très difficile qui peut donner l’impression que tous les
humains essaient de survivre à leurs façons. Beaucoup d’entre eux essaient de la faire en
diminuant les autres pour protéger leur propre estime parce qu’ils ont remarqués qu’en le
faisant, ils obtiennent de l’attention et ils expriment leur colère accumulée. Ils le font
surtout chez les personnes « différentes » parce qu’ils considèrent qu’elles sont des proies
faciles. D’ailleurs, l’intimidation explique peut-être le fait que Barriault (2015) a annoncé
que 30% des décrocheurs sont des immigrants! Je pourrais utiliser des centaines de pages
pour parler de l’intimidation et de ses effets, entre autre, sur l’estime de soi et la
motivation scolaire, puisque c’est ce que j’ai vécu tous mon primaire et mon secondaire.
Laissez-moi vous dire qu’il faut du courage pour ne pas abandonner l’école dans ces
conditions, surtout lorsqu’on n’a aucun ami! Mais je m’arrêterai simplement à dire que le
devoir de tout enseignant, à ce niveau, est de faire réfléchir les élèves, non seulement
pour les aider à comprendre comment être vraiment « cool », mais aussi pour qu’ils
réalisent les conséquences réelles de leurs choix. Il est peut-être vrai qu’ils vont attirer
l’attention des autres en riant eux-mêmes de leurs mauvaises notes et qu’ils auront des

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amis… mais à quel prix?! L’idée n’est pas de laisser tomber leurs amis et de penser qu’en
n’ayant pas de vie sociale, on aura des meilleures notes parce qu’on étudiera plus! Au
contraire, il n’y a rien de pire, à l’école, que d’être toujours seul et de sentir que nous ne
sommes pas à notre place parce que personne ne nous accepte. (J’en sais quelque chose!)
L’idée est de les faire réfléchir sur l’impact que l’imitation de leurs pairs apportera sur
leur avenir. Nous ne sommes pas obligés de toujours faire comme tout le monde. Il n’y a
rien de plus personnel, dans notre vie, que nos études. Que nous choisissions de d’être
avocat, médecin, chimiste, secrétaire, caissière, éboueur… cela ne regarde que nous-
mêmes et personne n’a le droit de nous juger par rapport à cela. Par contre, pour réussir à
obtenir l’emploi qui nous intéresse, il faut travailler, car dans la vie, quand on veut
quelque chose, il faut aller le chercher et c’est la même chose avec les notes! Les amis
sont très importants dans la vie, on ne peut pas dire le contraire, mais les amis ne peuvent
pas bâtir notre avenir à notre place. Il ne faut pas laisser l’influence des autres empiéter
sur nos valeurs personnelles. Il faut continuer de foncer, peu importe ce que les autres en
pensent. Dans la vie, tout le monde juge les autres, peu importe qui l’on est. Que l’on est
de la facilité à l’école ou pas ne fait pas de différence. La seule façon de s’en sortir est
d’être pleinement conscient de ce que l’on fait, d’assumer nos choix et les conséquences
qui vont s’en suivre. Personnellement, c’est ce que j’ai fait et c’est la raison pour laquelle
l’intimidation et le rejet ne m’ont pas convaincu de lâcher l’école. Je voulais faire
réfléchir ceux qui riaient de moi et cela a fonctionné, car avec le temps, j’ai même reçu
des excuses de la part de ceux qui me rabaissaient. Aujourd’hui, je suis rendue à
l’Université, je suis fière de l’être et en devenant enseignante, je pourrai aider les élèves
qui se retrouveront dans la même situation que j’étais à s’en sortir, en faisant réfléchir les
intimidateurs pour qu’ils découvrent comment protéger leur estime de soi sans affecter
les autres, de manière à respecter ceux qui réussissent et à arrêter de les jalouser.

En conclusion, mon rôle, lorsque je serai enseignante, sera de travailler, avec les
élèves, sur leur perception de l’école, d’eux-mêmes et de l’influence des autres parce que
tous les éléments relatifs à la motivation intrinsèque peuvent se classer dans l’une de ces
catégories. Selon moi, ce type de motivation est celle qui permet réellement de prévenir

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le décrochage scolaire et je sais que j’arriverai à empêcher mes élèves d’être de futurs
décrocheurs en travaillant constamment sur ma relation avec eux. Il faut agir avant qu’il
ne soit trop tard et cette prévention doit se faire dès le primaire!

Références

Potvin. P. (2012). Les déterminants de la réussite et du décrochage scolaires et les types


d’élèves à risque. [En ligne]. http://www.ctreq.qc.ca/realisation/ecole-et-strategies/

Chouinard. R., Plouffe. C et Roy. N. (2004). Caractéristiques motivationnelles des


garçons du secondaire en difficulté d’apprentissage ou en trouble de la conduite. [En
ligne]. https://www.erudit.org/fr/revues/rse/2004-v30-n1-rse962/011774ar/

Barriault. L. (2015). Qui sont ces jeunes qui décrochent avant la fin du secondaire? [En
ligne]. http://rire.ctreq.qc.ca/2015/10/decrochage-secondaire/

Bouffard. T. (2010-2011). Motivation et engagement. [En ligne].


https://www.reseaureussitemontreal.ca/wpcontent/uploads/2015/08/Fiche10_Motivation_
engagement.pdf