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Oeuvres complètes de saint

Augustin. Tome 5 / traduites


en français et annotées par
MM. Péronne,... Vincent,...
[...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Augustin (0354-0430 ; saint). Auteur du texte. Oeuvres complètes
de saint Augustin. Tome 5 / traduites en français et annotées par
MM. Péronne,... Vincent,... Écalle,... Charpentier,... H. Barreau,...
renfermant le texte latin et les notes de l'édition des
Bénédictins.... 1869-1878.
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ŒUVRES COMPLÈTES

DE SAINT AUGUSTIN
ÉVÊQUE D'HIPPONE
TABLE DES OUVRAGES COMPRIS DANS LE TOME V

SUITE DES LETTRES DE LA SECONDE CLASSE (Depuis la CVle jusqu'à la CXXIIIe) 1

LETTRES DE LA TROISIÈME CLASSE (Depuis la CXXIVe jusqu'à la CLXXXIXe). 99

Traduites par M. H. BARREAU, docteur ès-lettres.


OEIJVRES COMPLÈTES

SAINT AUGUSTIN
DE

ÉVÊQUE D'HIPPONE

TRADUITES EN FRANÇAIS ET ANNOTÉES

PAR MM.
PÉRONNE ÉCALLE
Chanoine titulaire de Soissons, ancien professeur Professeur au grand séminaire de Troyes, traducteur
d'Ecriture sainte et d'éloquencesacrée. de la Somme contre les Gentils.

VINCENT CHARPENTIER
Archiprêtre de Vervins. Doct. en théol., trad. des Œuvres de S. Bernard.

H. BARREAU
Docteur ès-lettres et en philosophie, chevalier de plusieurs ordres.

CONTENANT LA SUITE DES LETTRES

PARIS
LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES, ÉDITEUR
RUE DELAMBRE, 3

4870
LETTRES DE SAINT AUGUSTIN
ÉVÊQUE D'HIPPONE (SUITE)

évêque de Carthage, qui le condamna à son

LETTRE GVI.(1) sacrilège de Maximien ,


tour. Félicien resta longtemps dans le schisme
et a baptisé beaucoup
degensdans les églises de son parti. Maintenant
Saint Augustin conjure Macrobe, évêque donatiste il est au nombre de vos évêques avec Primien,
à Hippone, comme on le voit par la lettre 108e, et vous n'avez rebaptisé aucun de ceux aux-
de ne pas rebaptiser un sous-diacre qui avait quels il avait donne son baptême schismatique.
abandonné la religion catholique. Pourquoi donc croyez-vous qu'il vous soit per-
mis de baptiser ceux qui l'ont déjà été par nous?
AUGUSTIN A SON FRÈRE BIEN-AIMÉ, LE SEIGNEUR Si vous pouvez résoudre cette question, je con-
MACROBE. sens à ce que vous me rebaptisiez moi-même.
Mais si vous ne pouvez pas la résoudre épar-
1. J'ai appris que vous vous disposiez à re- gnez l'âme des autres, épargnez la vôtre. Si vous
,
baptiser un de nos sous-diacres. Ne le faites pas. croyez que je ne vous dis par la vérité au su-
C'est ainsi que vous vivrez avec Dieu, c'est ainsi jet de Félicien, exigez que je vous le prouve, et
que vous lui plairez, c'est ainsi que vous n'au- si je ne parviens pas à vous le prouver dela

c'est ainsi que vous ne serez pas éternellement voudrez. Je dis plus :
rez pas reçu en vain les sacrements du Christ, manière laplus certaine, faites alors ce que vous
si je ne vous en donne
,
, ,
séparé du corps de Jésus-Christ. Ne le faites pas, pas des preuves convaincantes que je ne sois
je vous en conjure frère je vous en conjure plus évêque de ma communion; mais si je vous
encore une fois pour vous - même. Prêtez du le prouve, ne soyez pas ennemi de votre salut.
moins un peu d'attention à ce que je vais vous Je souhaite,seigneur, mon frère, que vous
dire. Félicien de Musti (2) condamna Primien, soyez en paix avec nous.

(1) Écrite l'an 409. Cette lettre était la 265e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la

106e se trouve maintenant la186e.
(2) Voyez dans le volume précédent la lettre 51e, dans laquelle cette histoire est racontée.

lulum adtende quod dico. Felicianus Mustitanus Pri-


mianum Carthaginensem damnavit, et vicissim ab
EPISTOLA CVI.
illo etiam ipse damnauis est. Diu Felicianus in sacri-
lego Maximiani schismate fuit, multos ibi per suas
ugustinus Macrobio Donatiance partis apud Hippo- ecclesias baptizavit, modo cum Primiano vester epis-
nem, uti ex epist. 108. intelligitur episcopo, agens copus, sed et neminem post eum baptizans. Qua ergo
ne subdiaconum quemdam rebaptizet. licentia post nos adhuc rebaptizandum putatis Hanc ?
mihi solve quæstionem, et me baptiza : si hanc autem
DOMINO FRATRI DILECTO MACROBIO AUGUSTINUS. solvere non potes, parce alienæ animæ, parce tuæ.
Aut si me de Feliciano falsum dixisse arguis, exige
1.
:
Audivi quod quemdam subdiaconum nostrum
rebaptizare disponis. Noli sic Deo vivas, sic Deo
placeas, sic Christi sacramenta noninaniterhabeas,
ut probem, certe si non probavero, tunc fac quod
putas. Addo etiam, si non probavero, non simepis-
copus communionis meæ : si autem probavero, noli
sic non in æternum a Christi corpore separeris. Noli esse inímicus salutis tuæ. Opto te domine frater in
rogo te, frater, pro teipso te magis rogo, certe pau- pace esse nobiscum.
cette lettre à votre sainteté. Que Dieu nous con-
serve votre béatitude, seigneur notre père.
LETTRE CVII. (1)

LETTRE CVIII.(2)
Maxime et Théodore rapportent à saint Augustin
la réponse que Macrobe avait faite à sa lettre. Saint Augustin traite longuement la question d'un
nouveau baptême, et prouve qu'en cela l'opiniâ-
A LEUR BIENHEUREUX SEIGNEUR, LEUR VÉNÉRABLE
PÈRE AUGUSTIN, MAXIME ET
DANS LE SEIGNEUR.
THÉODORE , SALUT
treté des Donatistes est inexcusable, puisqu'ils
regardaient comme bon et réelle baptême con-
féré par les Maximianistes. Il leur fait voir
ensuite qu'ils n'ont eu aucun motifplausible d'é-
1. D'après l'ordre de votre sainteté nous nous tablir leur schisme.
sommes rendus auprès de l'évêque Macrobe,
AUGUSTIN A SON FRÈRE BIEN-AIMÉ, LE SEIGNEUR
pour lui porter la lettre de votre béatitude. Il
MACROBE.
a d'abord refusé de la lire. Quelque temps après,
touché de nos instances il a consenti à en en- CHAPITRE Ier.—1. je chéris, et
Des fils que
tendre la lecture, et après l'avoir relue, il nous qui sont des hommes honorables, que j'avais
:
a dit « Je ne puis pas refuser de recevoir ceux chargés de porter à votre bienveillance, une
qui viennent à moi, ni m'empêcher de donner lettre, dans laquelle je vous conjurais de ne pas
la foi à ceux qui me la demandent. » Lorsque
nous lui demandâmesce qu'il pensait du fait de
Primien, il nous répondit, qu'ordonné depuis
que vous leur aviez répondu :
rebaptiser un de nos sous-diacres, m'ont écrit
« Je ne puis pas
refuser de recevoir ceux qui viennent à moi, ni
peu, il ne pouvait pas se constituer le juge de m'enpêcher de donner la foi à ceux qui me la de-
son père, mais qu'il s'en tenait à ce qu'il avait mandent. » Cependant lorsqu'un homme bapti-
reçu de ses prédécesseurs. Voilà ce que nous
avons cru nécessaire de faire connaître dans temps séparé, se présente à vous ,
sé dans votre communion, et qui en a été long-
et demande

(1) Écrite l'an 409. — Cettelettre était la 266e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et cellequi étaitla
170e se trouve maintenant la 216e.
(2) Ecrite l'an 409. — Cette lettre était la 255e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
108e se trouve maintenant la 265e.

his litteris sanctitati tuæ significare. Beatitudinem


EPISTOLA CVII. tuam nobis Dominus custodiat, domine pater.

Maximus et Theodorus Augustino renuntiantes quid EPISTOLA CVIII.


ipsis coram respondent Macrobius ad ipsius litte-
ras. Agit de non iterando baptismo coarguens Donatista-
rum hac in re contumaciarn; quippe qui Maximia-
DOMINO BEATISSIMO ET VENERABTLI MULTUMQUE DESI- nensium baptisma ratum habuerunt. Evincit sub-
DERABILI PATRI AUGUSTINO MAXIMUS ET THEODORUS inde nullam eos schismatisedendijustamcausamha-
IN DOMINO SALUTEM. buisse.
1. « Ex prsecepto sanctitatis tuse ad episcopum
Macrobium perreximus, ad quem cum litteras beati- DOMINO DILECTO FRATRI MACROBIO AUGUSTINU3.
tudinis tuæ perferremus, primo negavit se ne eidem
legerentur. Deinde aliquando ex nostra suggestione CAPUT I. — 1. Carissimi filii mei honorabiles vÍI'];
commotus, easdem sibi voluit recitari, quibus relec- cum ad tuam benevolentiam adtulissentlitteras meas,

pere,
tis, ait : « Non possum nisi ad me venientes susci-
et iisdem fidem, quam postulaverintdare. »
Cum autem a nobis eidem diceretur, quid de facto
quibus admonui rogavique te, ne subdiaconumnostrum
rebaptizares,rescripserunt mihi terespondisse, « Non
possum nisi ad me venientes suscipere, et eis fidem
Primiani diceret, dixit se nuper ordinatumpatris sui »
quam postulaverint dare : et tamen si ad te vene-
judicem esse non posse, sed in id quod a prioribus rit in vestra communione baptizatus, qui diu a vobis
suis acceperit permanere. Quod necesse habuimus separatus fuit, et per ignorantiamse putaverit denuo
par ignorance à recevoir un nouveau baptême, concile (2), appelé déserteur de la vérité, per-
vous vous informez du lieu où il a reçu ce sa-
crement, et vous le recevez parmi vous
cependant vous ne lui donnez pas la foi qu'il
mais ; , ,
fide et sacrilège? S'il avait emporté avec lui
votre fontaine
quelle
quelle était donc celle dans la-
après la séparation de Félicien vous ,
demande; vousvous contentez de lui apprendre avez baptisé ceux de votre communion? Car
qu'il a déjà ce qu'il sollicite. Vous ne faites au-
cune attention aux paroles de cet homme qui
se trompe, et vous cherchez à l'instruire et à
Il
avec Primien qu'il avait condamné
condamna à son tour (3).
,
Félicien fait aujourd'hui partie de vos évêques
et qui le

l'éclairer surson erreur. estdonc mal dedon- 2. Ceux que je vous ai envoyés au sujet de
ner ce qui ne peut plus être donné, et quand on l'affaire qui nous occupe, nous ont mandé dans
viole un sacrement qui est déjà donné, on est cou- leur lettre, que lorsqu'ils vous ont demandé ce
pable, et on ne peut être excusé par l'ignoranee que vous aviez à dire sur la question de Pri-
de celui qui le demande. C'est pourquoi je vous mien, vous aviez répondu que nouvellement (4)
conjure de me dire comment quelqu'un peut ordonné, vous ne pouviez pas vous constituer
vous demander, comme ne l'ayant pas, ce qu'il juge de votre père, et que vous vous en teniez

gère et de la fontaine étrangère» ,


a reçu de moi? «Si c'est à cause de l'eau étran-
comme ont
à ce que vous avez reçu de vos prédécesseurs.
Je n'ai pu m'empêcher de gémir sur la posi-
,
coutume de dire ceux qui ne comprennent pas
:
le sens de ce passage de l'Ecriture «Abstenez-
vous de l'eau étrangère, et ne buvez pas de l'eau
tion critique où vous vous trouvez
d'ailleurs que vous êtes un jeune homme d'un
excellent naturel. Il n'y a qu'une mauvaise
sachant

étrangère (Prov. selon les Sept. 9-18) (1), expli-


quez-nous pourquoi Félicien, lorsqu'il s'est sé-
cause qui ait pu vous forcer à faire une telle ré-
ponse. Songez cependant, mon frère si vous ,
ximien ,
paré de vous pour passer dans le parti de Ma-
a été, selon les termes même de votre
jugez sainement, si vous craignez Dieu, que
rien ne peut vous forcer, à rester et à persévé-

(1) Ce passage ne se trouve pas dans la Vulgate, mais on le trouve dans la traduction des Septante. Proverbe IX, v. 18, et
saint Cyprien a eu. comme les Donatistes. recours à ces naroles. nour appuyer l'oninion Il\I'il fallait rebaptiser les hp.rMinllP!,;
- , - - - - --- - --- -, - -- --
(2) Concile donatiste de Bagaie.-- ---

(3) Ce passage un peu obscur est expliqué au commencementdu nombre 4 de cette lettre. Le sens de ce passage serait
Vous avez reconnu et ratifié le baptême que Félicien avait donné dans le parti de Maximien, puisqu'en le recevant au
:
nombre de vos évêques, vous avez reçu avec lui ceux qu'il avait baptisés dans le schisme.
(4) Cette lettre et le concile de Carthage montre evidemment que Macrobe a été évèque donatiste à Hipponc, et qu'il a été
ordonné à la place de Proculéien, qui vivait encore après le concile de Carthage, tenu le 25 aout103, comme on peut le voir
aussi dans la lettre 88°,n° 8.

baptizandum, idque poposcerit, cum qusesieris et concilii vestri verba indicant, trahebatur. Si secum
cognoveris ubi fuerit baptizatus, suscipis quidem ad abstulerat fontem vestrum, quis erat fons in quo illo
te venientem, nee tamen ei das quam postulat fidem, separato vestros baptizastis ? Simul enim nunc vester
sed doees hominem habere quod petit, nec verba er- episcopus sedet cum Primiano a se damnato, et dam-
rantis adtendis, sed studium adhibes corrigentis. natore suo.
Male ergo dantem, quod jam dandum non est, et 2. Sed sicut mihi suis (Epist. eVIl.) litteris inti-
Sacramentum quod datum est violantem suus error marunt nostri, qui in hac causa te viderunt, cum
accusat, non petentis excnsat. Die itaque mihi obse- qusererent quid hinc diceres, respondisti te nuper (b)
cro te, quomodo non habeat qui petivit abs te, quod ordinatum, factorum patris tui judicem esse non
?
jam acceperat per me Si propter alienam aquam, posse, sed in eo, quod a prioribus tuis acceperis.
et alienum fontem, quod solent dicere qui non intel- permanere. Hinc sane dolui necessitatem tuam, cum
ligunt, quia scriptum est, (a) «Ab aqua aliena abstine
te, et de fonte alieno ne biberis (Prov. ix, 18.) Fe-
licianus quando separatus est a vobis in parte Maxi-
; te existimem, sicut audio, bonse indolis juvenem.
Quid enim te ad hanc responsionem, nisi malæ cau-
sæ necessitas cogit ?Sed si adtendas, mi frater, si
miani, « veritatis adulter, catena sacrilegii, sicut recte cogites, si Deum timeas, in mala causa perse-
(a) Frustra htec quscras in Vulgata : sed apud UíX reperies Prov. 9, v. 18, quæ quidem verba hac in rc baptismi post lucrc-
ticos repetendi producta sunt olim non modo a Donatistis, verum etiam a Cvpriano.
:
(b) Macrobium Donatistarum apud Hipponem episcopum fuisse, cum ex hac epistola, tum exCarlhaginensi collationc con-
stat ordinatum haud duhie in locum Proculeiani, qui post concilium Carthaginense die 25. Aug. 403, celebratum adhuc
superstes erat, uti intelligitur ex epist. 88, n. 8.
rer dans une mauvaise cause. Votre réponse ne propres actions, pourquoi jugez-vous vos frères
résout pas la question que je vous ai proposée, sur les faits et les actions d'autrui?
mais elle absout notre cause de toutes vos accu- 3. Peut-être vous nous reniez comme vos

,
sations et de vos calomnies. S'il est vrai comme
vous le dites que nouvellement ordonné vous
frères? Pour nous, nous aimons mieux nous en

:
tenir à ce que le Saint-Esprit nous dit par la

,
ne pouvez pas vous constituer juge de votre
père et que vous vous en tenez à ce que vous
bouche du prophète « Ecoutez, vous qui crai-
gnez la parole du Seigneur, dites à ceux qui
avez reçu de vos prédécesseurs, combien plus
justement devons-nousnous mêmes nous tenir à
cette Eglise, que l'Ecriture nous montre commen-
;
vous haïssent et vous détestent, vous êtes nos
frères afinque le nom du Seigneursoit honoré,
qu'il leur apparaissedans sa douceur, et qu'eux-
çant à Jérusalem (Act. I , 8.), répandant ses »
mêmes soient couverts de confusion. (Isaïe66-5
fruits au milieu de toutes les nations, à cette selon les Sept.) En effet, si le nom du Seigneur
Eglise, grandissant sans cesse, et que nous avons était plus respecté que celui des hommes, le
!
reçue de Jésus-Christ par les apôtres Combien Christ qui nous a dit: «Je vous donne ma paix»
,
moins devons-nous être jugés pour des faits,
que quelques-uns de nos pères ont pu commet-
!
tre il y a près de cent ans Si vous n'osez pas
qui disent :
(JeanXIV 27.), serait-il divisé dans ses membres
« Moi je suis à Paul, moi je suis à
Apollo, moi je suis à Céphas, (I Corinth.III, 4.)
juger votre père qui vit encore et que vous pou- et à qui le nom des hommes sert ainsi de pré-
vez interroger, pourquoi veut-on que je me rende
juge d'un homme mort, longtemps avant que
je fusse au monde? Pourquoi veut-on que les : ,»
texte pour se diviser? Le Christ serait-il ja-
mais effacé dans son baptême lui dont il a été
dit « Voilà celui-ci qui baptise? (Jean I,33.)
nations chrétiennes se rendent juges de quelques Lui dont l'Apôtre disait aux Ephésiens : «II a
Africains traditeurs, morts il y a déjà tant d'an- aimé son Eglise et s'est livré lui-même pour
,.
nées qui n'ont pu être ni connus ni entendus
,
elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée
d'une infinité de chrétiens de leur temps, sépa- dans le baptême de l'eau par la parole de vie?»
rés d'eux par de grandes distances. Vous n'o- (Eph. v, 25.) Serait-il effacé dans l'eau régéne-
sez pas juger Primien qui est encore vivant, ratrice, si le nom du Seigneur, à qui appartient
que vous connaissez, etvous voulez que je juge le baptême même, était plus respecté que le nom
Cécilien, qui n'est plus et que je n'aijamais con-
nu! Si vous ne jugez pas vos pères sur leurs
:
des hommes dont vous osez dire ce que donne
celui-ciest saint,etnonpas ce que donne celui-là.

verare nulla necessitas cogit. Hæc enim responsio judicas de factis suis, quare fratres tuos judicas de
tua non quæstionem tibi a me propositam solvit, sed factis alienis ?
causam nostram ab omni calumnia vestræ causatio- 3. An forte fratres nos negas ? Sed melius audi-
nis absolvit. Dicis enim te nuper ordinatum factorum mus sanctum SpiritumperProphetampraecipienterr.,
patris tui judicem esse non posse, sed in eo quod a « Audite qui pavetis verbum Domini. Dicite, fratres
prioribus tuis acceperis permanere. Cur ergonon nostri estis, his qui vos oderunt, et qui vos detestan-
potius inEcclesia, quam Scripturateste incipientem tur, ut nomen Domini honorificetur, et appareat
illis in jocunditate, ipsi autem erubescant. » (Isai

;
ab Jerusalem (Act. 1, 8.), atque per omnes gentes
fructificantem atque crescentem a Domino Christo, LXVI, 5. secundum LXX.) Revera enim si hominibus
per Apostolos accepimus, permanemus et de factis
nescio quorum patrum, quæ ante pene centum annos
admissadicuntur, modo judicamur? Si enim tu de
num :
nomen Domini jocundius esset, quam nomina homi-
numquid Christus clamans, « Pacem meam do
»
vobis, (Johan. XIV, 27.) divideretur in membris suis

;
patre tuo, adhuc in hac vita constituto, non audes
judicare, quem potes interrogare mihi quare dici-
tur utjudicem de mortuo longe antequam natus sum ?
per eos qui dicunt, « Ego quidem sum Pauli, ego
autem Apollo, ego vero Cephæ, (I. Cor. III, 4.) » et
?
per hominum nomina dilaniantur Numquid Christus
et Christianis gentibus quare dicitur ut judicent de exsufflaretur in haptismo suo, de quo dictum est,
factis Afrorum traditorum ante tot annos mortuo- « Hic est qui baptizat (Johan. I, 33.) ;» de quo dic-
rum, quos nec vivos tot Christiani, qui tunc vivebant, tum est, « Christus dilexit Ecclesiam suam, et tra-
in terris remotissimis constituti audire vel nosse po- didit seipsum pro ea, ut eam sanctificaret, mundans
tuerunt ? Qui manentem notum non audes judicare eam lavacro aquæ in verbo (Eph. v, 25.)? » Num-
Primianum, cur mihi antiquum et ignotum judican- quid ergo in ipso suo lavacro exsufflaretur, si nomen
dum vis imponere Cæcilianum ? Si patres tuos non Domini esset jocundius, cujus est ipse baptismua.
CHAPITRE. II. — 4. Cependant vos collègues,
quand ils l'ont voulu, ont respecté la vérité.
Non-seulementpour honorer le Seigneur ils ont
, ,
apportez toute la sagesse et la bonté de votre
esprit pour voir s'il est juste que ne jugeant
pas Primien sur les faits de Primien même,
regardé comme saint le baptême, que Primien a vous jugiez le monde chrétien sur les faits de
donné dans votre communion, mais aussi celui Cécilien.Vous craignez d'être souillé parla con-
que Félicien a conféré dans le schisme sacrilège naissance de ce que vous n'oseriez punir. Recon-
de Maximien. Et lorsque ce même Félicien s'est naissez donc aussi l'innocence de toutes les na-
de nouveau converti à vous, ils n'ont pas osé tou- tions, qui n'ont pu savoir ce dont vous les ac-
cher au caractère que ce déserteur avait imprimé cusez.
aux autres hors de votre communion, non plus 5. Et cependant Primien n'est pas le seul qui
qu'à celui qui l'avait reçu lui-même parmi vous, ait agi ainsi. Vous savez, je le pense, aussi bien
parce qu'ils ont reconnu que c'était le caractère que moi, que presque cent de vos évêques s'é-
de notre Roi. Vous ne voulez pas les juger dans tant réunis par une coupable faction avecMaxi-
le bien qu'ils ont fait, et que vous seriez louable mien, ont osé condamner Primien, et que con-
d'imiter, tandis que vous suivez leur conduite tre cette faction fut assemblévotre concile de
et leur exemple dans les choses qui méritent la Bagaie composé de trois cent-dix évêques, qui
haioe de tous les hommes. Vous n'osez pas ju- condamna «Maximien comme ennemi delà foi,
ger Primien de peur d'être obligé de le con-
damner. Ne craignez rien; jugez-le, et vous y
trouverez beaucoup à louer. En effet, nous ne
,
violateur de la vérité, rebelle à l'Eglise, secta-
teur et ministre de Coré Dathan et Abiron, et
comme telle rejeta hors du sein de la paix par
voulons pas vous rappeler ce qu'il a fait de mal, la foudre de son décret. » Ce sont les propres
mais ce qu'il a fait de bien. En recevant ceux termes 'de votre concile. Il condamna encore im-

,
que l'évêque qui l'avait condamné avait baptisé médiatement douze autres évêques, qui avaient
dans un schisme criminel, il a redressé l'erreur assisté à l'ordination de Maximien, quand il fut
des hommes et n'a pas détruit les sacrements élevé contre Primien. A l'égard des autres, pour
ne pas en retrancher un trop grand nombre, on

,
de Dieu. Il a reconnu même dans les méchants
y
le bien que Jésus-Christ avait mis, et il a cor- leur assigna une époque dans le délai de la-
rigé le mal des hommes tout en respectant le quelle ils pouvaient revenir, enconservant leur

,
bien de Jésus-Christ. Si sa conduite vous dé-
plaît prêtez du moins toute votre attention et
dignité. Ces trois cent dix évêques ne crai-
gnirent pas de rappeler parmi eux, ceux qui

quam nomen hominum, de quibus dicitis, Sanctum bono, emendavit. Aut si hoc factum displicet tibi,
est quod ille dat, non quod ille ? illud saltem adtende, illud pro bono tuo ingenio pru-
CAPUT II.
— 4. Et tamen collegse tui ubi volue- denter adverte, quia unum Primianum non judicas
runt, veritatem potius adtenderunt, et non solum de factis ipsius Primiani, et orbem Christianum ju-
baptismum, quem Primianus in vestra communione, dicas de factis Cseciliani. Times ne te polluat, si no-
sed et quem dedit Felicianus in Maximiani sacrilego verisquodvindicare non audeas. Absolve ergo gentes,
;
schismate, propterhonoris Domini jocunditatem san-
ctum esse senserunt et caracterem, non solum
quem ipse apud vos acceperat, sed et quem aliis extra
quæ nec nosse poterant quod accusas.
5. Nec tamen illud unius Primiani factum est
scis in quantum opinor et tu, centum ferme episcopi
:
vos desertor infixerat, ipso correcto violare non ausi vestri factione damnabili cum Maximiano conspiran-
sunt, quia regium cognoverunt. De hoc eorum facto
tam bono judicare non vis, ubi eos deberes laudabili-
terimitari,etsequerisjudicium eorum, inquo meren-
tur ab omnibus detestari. Times de Primiano judicare,
,
tes, ausi sunt damnare Primianum; et trecentorum
decem Vagaiensi concilio, sicut decreti ejus verba
personant, « Maximianum fidei semulum veritatis
adulterum, Ecclesise matris inimicum, Dathan, Cho-
ne cogaris audire quod culpes : imo vero judica, et re, et Abiron ministrum, de pacis gremio sententise
illic magis poteris invenire quodjaudes. Non enim fulmen excussit.» Hinc alii duodecim, qui ejus or-

:
quod male fecit Primianus, te volumus memorare,
sed quod optime fecit qui in suscipiendis, quos ejus
damnator in separatione sceleratissimabaptizaverat,
dinationi, quando contra Primianum levatus est,
interfuerant, non dilata damnatione conjuncti sunt :
cseteris autem, ne nimia prsecisio fieret, prsestituto
errorem hominum correxit, non Dei sacramenta de- die, redeundi est concessa dilatio, salvis suis honori-
atruxit. Bonum Christi et in hominibus malignis bus, si intra terminum temporis nmeassent. Nec
agnovit:malum autem hominum, nonviolato Christi timuerunt trecenti et decern ad suum collegium re-
étaient accusés et convaincus d'avoir participé veau baptême. Si on n'admet pas ce que j'a-
au sacrilège de Maximien, en considération
sans doute de ces paroles de l'Ecriture « La
charité couvre la multitude des péchés. (I. Saint
: vance, ou si on en rejette quelque chose, je
consens à être forcé de prouver ce que je dis au
risque de perdre mon évêché.
Pierreiv, 8.) Ceux auxquels on avait accordé
un délai en profitèrent, pour baptiser hors de
6. Voilà le procès fini, mon frère Macrobe.
C'est Dieu qui a ainsi dirigé les choses c'est,
votre communion, tous ceux qu'ils purent bap-
tiser. S'ils n'avaient pas été hors de votre com- sa providence ,
Dieu qui l'a voulu, c'est un des effets cachés de
pour que la cause de Maximien
munion, on ne leur eût pas fixé un temps pour
y revenir. Avant et après l'expiration de ce dé-
lai, ces douze évêques condamnés avec Maxi-
voir les moyens de vous corriger ,
fût comme un miroir, dans lequel vous pourriez
et afin que
cette cause mît également un terme à toutes les
mien furent accusés devant trois et même plu- accusations, et aux calomnies lancées je ne dis
sieurs proconsuls, pour être, en vertu d'un juge- pas par vous, car je ne veux pas vous offenser,
ment, chassés de leurs sièges. Parmi eux figu- mais par les vôtres contre nous et contre l'E-
raient Félicien de Musti dont il s'agit présente- glise du Christ, qui s'étend et grandit dans tout

ment,
ment, et Prétextât, évêque d'Assuri, mort récem-
et en place duquel un autre avait déjà
été ordonné. Ces deux évêques, après avoir été
l'univers. Cela seul vous ôte les moyens d'invo-
quer les témoignages des saintes Ecritures, que
ceux qui ne les comprennent pas ont coutume
condamnés immédiatement, et après l'expira-
tion du délai qui avait été accordé aux autres, cesse dans la bouche ces paroles :
d'alléguer contre nous. En effet, ils ont sans
« Abstenez-
après une accusation portée devant tant de con-
suls et divulgée avec tant debruitetd'éclat, ont
été réintégrés dans leur dignité, non point par
on leur répond :
vous de l'eau étrangère. » (Prov. ix, 18.) Mais
Ce n'est pas une eau étran-
gère, bien qu'elle se trouve parmi des étrangers,
Primien seul, mais par un grand nombre de vos et ce n'est pas ainsi que vous avez jugé vous-
évêques réunis pour célébrer l'anniversaire de même l'eau de Maximien, puisque vous ne vous
l'ordination d'Optat, comme évêque de Thamu-
gade. Aucun de ceux qui avaient été baptisés par
ces évêques ainsi condamnés, n'a reçu un nou-
ces paroles du prophète :
en êtes pas abstenus. On nous objecte encore
« Ils sont devenus
pour moi comme une eau trompeuse et sans foi.

vocare tanto Maximiani sacrilegio accusatos, intuen- bus integris susceperunt, et post eos nullum bapti-
tes forte quod scriptum est, « Caritas cooperit mul- zaverunt. Si huic assertioni resistitur, vel horum
litudinempeccatorum. (I.Pet. iv, 8.))) Quibus autem aliquidsinegatur;periculoepiscopatusmeiexigar
est permissum tempus dilationis, foris a vestra com-
munione baptizaverunt, quoscumque baptizare po-
tuerunt. Neque enim nisi foris fuissent, dilatione
probare quod loquor.
6. Finita est causa, frater Macrobi : Deus hoc egit,
Deus hoc voluit : occultae illius providentise fuit, ut
concessa invitari poterant ut redirent. Deinde et an- in causa Maximiani speculum vobis correctionis pro-
tequam dilatio finiretur, et posteaquam finita est, poneretur, ut omnis adversum nos, imo adversus
illi duodecim cum Maximiano damnati, apud tres Christi Ecclesiam toto orbe crescentem, non dico
aut amplius proconsules accusati sunt, ut e sedibus vestra, ne in te videar contumeliosus, sed certe ves-
trorum criminosa calumnia finiretur. Nihil enim re-
,
suis judiciario vigore pellerentur, inter quos erat
Felicianus Mustitanus, de quo non (forte nunc) ago, mansit omnino eorum, quae contra nos, tamquam de
et Prætextatus Assuritanus nuper defunctus in Scripturis ab hominibus non intelligentibus proferri
cujus damnati loco alter jam fuerat ordinatus. Quos solent. Nam hsec habere in ore consueverunt « Ab
duos non unus Primianus, sed multi coëpiscopi vestri, aqua aliena abstine te. (Prov. ix, 18.) » Sed respon-
:
cum frequentissima numerositate Thamugadensis (a) detur, Non est aqua aliena, quamvis sit in alienis :
Optati natalitia celebrarent, post eorum sine dilatio- sicut nec aqua ilia Maximiani fuit, unde vos nonabs-
ne damnationem, postterminatam, quse cæterisdata. tinuistis. Item proponitur nobis, « Facti sunt mihi
fuerat, dilationem, post divulgatam forensi etiam sicut aqua mendax, non habens fidem. » (Fer. xv,
strepitu ap'ud tot consules accusationem, in honori- 18.) Sed respondetur, Hoc dictum est de fictis homi-
(a) Apud Lov. optata natalitia, nec aliter legitur in Ms. Yaticano, quod unum hactenus epistolæ hujus exemplar potuit
repetiri Emendari oportuit hunc et alios quosdam locos ut sensus constaret, servata tamen ad marginem antiqua lectione.
Isthuc vero pertinet quod legitur in lib. II, cont. litt. Petiliani c. 23 : Illum commemoro, qui vobiscum vixit, cujus natalitia
tanta celebratione frequentabatis, cui pads osculum inter sacramenta copulabatis, etc. ubi natalitia sedis, id est diem
ordinati in episcopum Optati subintelligimus.
-
(Jerem. xv, 18.) Mais on leur répond encore
Cela a été dit des hommes faux qui n'appar-
tiennent pas aux sacrements de Dieu sacre- ,
: communion
termes (1) :
, lorsqu'il parle d'eux en ces
«Les corps de quelques-uns, ont
été dans un naufrage jetéscontre les rochers par

;
ments qui n'ont rien de trompeur même dans les vagues de la vérité. Les rivages sont cou-

, car quoiqu'on puisse accu-


ceux qui trompent verts de cadavres, comme les bords de la mer
ser de mensonge, ceux qui, commevous le dites Rouge le furent autrefois de ceux des Egyptiens,
vous-même ont condamné Primien sur de et leur mort a été d'autant plus terrible, qu'a-
fausses accusations, vous n'avez pas regardé près avoir perdu la vie dans ces ondes venge-
comme une eau de mensonge, celle avec laquelle »
resses, ils demeurent sans sépulture. Vous avez
ils ont conféré le baptême hors de votre com- retiré de cette troupe de morts, pour lés rendre
munion, puisqu'en recevant cette eau dans ceux à la vie et à leur dignité, Félicien et Prétextat,
que Félicien et Prétextat avaient baptisés hors et vous n'avez pas donné un nouveau baptême

,
de vos rangs, vous avez reconnu quelle était à ceux qu'ils avaient baptisés dans cette mort ;
une eau de vérité quoiqu'elle eût été donnée
par des trompeurs. On nous dit aussi « Ce- : ,
parce que vous avez reconnu que le baptême
de Jésus-Christ donné par des morts hors de
lui qui est baptisé par un mort, quel profit en
tire-t-il? (Ecclî.XXXIV,30.) Nous répondons Si : l'Eglise, ne sert de rien aux morts, maisleur de-
vient utile lorsqu'ils retrouvent la vie dans le
cela a été écrit sur le baptême que donnent

,
ceux que l'Eglise a rejetés de son corps, comme
des membres morts l'Ecriture ne dit pas que
ces paroles du psalmiste :
sein de l'Eglise. Enfin, on nous objectait encore
« Que l'huile du pé-
cheur ne se répande pas sur ma tête.» (Psaume
ce baptême n'en est pas un, mais seulement CXL, 5.) Nous répondons qu'il s'agit ici des flat-
qu'il ne sert de rien, et c'est ce que nous disons teries et des complaisances trompeuses, que les
également. Cependant quand on rentre dans flatteurs répandent comme l'huile dont parle
l'Eglise avec ce baptême, ce qui était inutile et David sur la tête du pécheur, et par lesquelles
;
nuisible d'abord, devient utile car on y corrige
et redresse le baptisé, sans lui conférer un nou-
ils enflent son orgueil, lorsqu'ils le louent dans
les désirs de son âme, et le bénissent du mal
veau baptême. C'est ainsi que le concile de Ba-
gaïe regarde comme des morts Maximien et ses
compagnons que vous aviez rejetés de votre
cédent verset ,
qu'il fait. C'est ce qui ressort clairement du pré-
car le passage tout entier est
ainsi conçu: «Le juste me reprendra avec cha-
(1) Voyez les chap. 16 et 31 duIVe, livre contre Cresconius,

nibus, non pertinentibus ad Dei sacramenta, quæ tiorum quodammodo exemplo pereuntium funeribus

que mendaces fuerunt, qui Primianum, sicut ipsi


:
nec in mendacibus possunt esse mendacia. Nam uti-
perhibetis, falsis criminibus damnaverunt nec ta-
men aqua mendax fuit, in qua separati avobis, quos
potuerunt, baptizaverunt. Nam quando eam in his
plena sunt littora, quibus in ipsa morte major est
pœna, quod post extortam aquis ultricibus animam,
nec ipsam inveniunt sepulturam. Ex hac turba
mortuorum, quasi reviviscentes Felicianum et Præ-
textatum in suis honoribus suscepistis, et ab eis in
quos Felicianus et Prætextatus foris baptizaverunt, illa morte baptizatos non rebaptizastis ; quia baptis-
~susceptsus, et in mendacibus veracem fuisse sensi- mum Christi foris datum per mortuos, mortuis non
stis. Proponitur nobis, « Qui baptizatur a mortuo,
Respondetur :
quid prodest lavacrum ejus (Eccli, XXXIV, 30.) ? »
Si hoc de baptismo scriptum est, quo
baptizant illi, quos tamquam mortuos ejecit Eccle-
prodesse, eumdem tamen ipsum prodesse intus revi-
viscentibus agnovistis. Proponitur nobis, « Oleum
peccatoris non impinguet caput meum. »(Psal. CXL,
5.) Respondetur, hoc scriptum de assentatione leni
sia, non dixit hoc lavacrum non esse, sed nihil pro- atque fallaci blandi adulatoris intelligi, qua ungitur
desse ; quod et nos dicimus. Verumtamen quando et crescit eis caput, cum laudantur peccatores in
:
cum illo ad Ecclesiam venerit, quod foris oberat,
intus proderit non cum ipse repetitur baptismus,
sed cum corrigiturbaptizatus. Sicut Maximianum et
;
desideriis animæ suæ, et qui iniqua egerint, bene-
dicuntur. Quod ex priore versu satis apparet sic
enim posita est tota sententia : « Emendabit me ju-
socios ejus, tamquam mortuos a vestra congregatio- stus in misericordia, et arguet me : oleum autem
:
ne, communionis ejectos loquitur Vagaiense conci-
lium « Veridica, inquit, unda, in asperos scopulos
nonnullornm naufraga projecta sunt membra. Ægyp-
peccatoris non impinguabit caput meum. » Malle se
dixit veraci misericordis austeritate conteri, quam
deceptoria laude fallentis extolli. Sed quomodolibet
rité et me corrigera; mais l'huile du pécheur qui touche à ce qui est souillé se souille lui-
»
n'engraissera pas ma tête. Le prophète nous même. « (Isa. LIT, 11.) Mais par là l'Ecriture en- •

,
dit qu'il aime mieux être abaissé par l'austère
vérité d'un homme charitable, que d'être élevé
par les louanges trompeuses d'un flatteur. Mais
chûte du premier homme ,
tend le consentement de la volonté, cause de la
mais non pas cette
communication extérieure, comme celle où Ju-
de quelque manière que vous compreniez ce das donna un baiser à Jésus-Christ. Ces bons et
passage, ou vous avez reçu l'huile des pécheurs
dans ceux que Félicien et Prétextat ont baptisés
dans le schisme sacrilège de Maximien, ou vous
,
ces mauvais poisscns dont le Christ parle dans
l'Evangile et qui sont enfermés dans le même
filet, (Matth. XIII, 18.) c'est-à-dire dans l'unité
avez reconnu que c'est toujours l'huile du Christ
qui a été administrée même par la main des
pécheurs. En effet, ils étaient pécheurs lorsque
,
de la même Eglise, jusqu'à la fin des siècles dé-
signée par le mot de rivage nagent bien il est
vrai mêlés ensemble quant au corps, mais ils en
le concile deBagaie parlait d'eux en ces termes:
« Sachez qu'ils ont été condamnés comme cou-
« pables d'un crimeinfâme, ces hommes qui
:
sont séparés par les mœurs. En effet, il est
écrit « Un peu de levain corrompt toute la

masse. « (I. Corinth. v, 6.) Mais ces paroles s'ap-


« dans une œuvre funeste de perdition ont ra- pliquent à ceux qui consentent aux mauvaises
« massé la fange de toute part pour en remplir actions des autres, et non pas à ceux qui, se-
« un vase d'ignominie. » lon le prophète Ezéchiel, gémissent et s'affligent
CHAPITRE III.
— 7. Je pense en avoir assez des péchés que le peuple de Dieu commet au
dit sur la question dubaptême. Quant à votre milieu d'eux. (Ezéch. IX, 4.)
séparation, voici par quelles paroles de l'Ecri- 8. Daniel et les trois jeunes gens condamnés

colorer. Il a été écrit :


ture mal comprises vous avez coutume de la
« Ne participez pas
aux péchés d'autrui. » (I.Timot. v, 22.) Nous
par Nabuchodonosor gémissaient aussi de se
voir mêlés à des méchants, comme cela paraît
par la prière du premier, et par les paroles des
répondons que celui-là seulement participe autres dans la fournaise, (DanielIX, 5. et III, 29.)
aux péchés des autres, qui consent au mal et cependant ils ne se séparèrent pas pour cela
qu'ils font, mais non pas celui qui demeure avec extérieurement de l'unité du peuple dont ils dé-
les méchants dans la communion des mêmes sa- ploraient les péchés. Que n'ont pas dit tous les
crements, parce qu'il est comme le froment qui prophètes contre le peuple au milieu duquel
reste mêlé avec la paille, jusqu'à ce que l'aire ils vivaient? Ils n'en ont pourtant pas cherché
:
soit nettoyée. En effet, il est écrit « Sortez de
là et ne touchez pas à ce qui est impur. Celui
un autre, et n'ont pas voulu s'en séparer corpo-
rellement. Les Apôtres eux-mêmes n'ont-ils pas
intelligatis, certe in eis quos in sacrilegio Maximiani Christum. Pisces quippe illi, de quibus in Evangelio
Felicianus et Prætextatus baptizaverunt, aut pecca- Dominus loquitur, boni et mali intra eadem retia,
torum oleum suscepistis, aut etiam peccatoribus (Matt, XIII, 48.) quibus congregationis coaptat uni-
ministrantibus datum Christi esse oleum cognovistis. tatem, usque ad finem sæculi, quod littoris nomine
Neque enim non erant peccatores, quando de illis in præfiguratur, pariter natant corporibus mixti, sed
Vagaiensi consilio dicebatur, « famosi criminis reos, moribus separati. Scriptum est enim, « Modicum
qui funesto opere perditionis, vas sordidum collecta fermentum totam massam corrumpit. (I. Cor. v, 6.)»
fœculentia glutinarunt, damnatos esse cognoscite. » sed eorum qui consentiunt mala facientibus, noneo-
CAPUT III. — 7. Istade baptismodixisse suffecerit. rum qui secundum prophetam Ezechielem gemunt,
Causa veroseparationis vestræ hissoletnonintellects (Ezech. IX, 4.) et mærent ob iniquitates populi Dei,
testimoniis colorari. Scriptum est, « Ne communices quæ fiunt in medio eorum.
»
peccatis alienis. (I. Tim. v, 22.) Sed respondetur, 8. Istam malorum permixtionem gemit et Daniel.

;
eum communicare peccatis alienis, quiconsentitmalis
factis non eum, qui cum ipse sit triticum, simul ta-
men cum palea, quamdiu area retrituratur, divinis
(Dan. IX, 5.) Tres quoque viri gemuerunt ; -ille hoc
in oratione, illi in fornace testantur (Dan. ni, 29.) :
nec tamen se ab unitate populi, cujus peccata confi-
communicat sacramentis. Scriptum est enim, «Exite tebantur. corporali disjunctione separaverunt. Pro-
inde, et immundum ne tetigeritis : et, qui tetigerit phetæ omnes in eumdem populum, in quoerant, quæ
pollutum,pollutusest. (Isa. LII, 11.) » sed consen- et quanta dixerunt? nec sibi tamen alterum populum,
sione voluntatis, qua deceptus est homo primus, non in quo essent, discessione corporali vel segregatione
conversatione corporis, qua et Judas oscu atus est quæsirunt. Ipsi Apostoli permixtum sibi diabolum
toléré aux milieu d'eux Judas ,
ce nouveau dé-
mon, (Matth. XXVII, 5.) jusqu'au moment où
l'envie (Philip. 1, 18.), qui cependant est le vice
du démon.
lui-même se rendit justice par un lacet. Ils ne
furent point pour cela souillés par le contact de époque,
9. Enfinl'évêqueCyprien ,plus voisin de notre
et quand l'Eglise était déjà répandue

:
celui, dont la présenceau milieu d'eux faisait
dire au Seigneur « Vous êtes purs,mais vous
ne l'êtes pas tous. » (Jean XIII, 10.) Cependant
appuyez pour conférer un second baptême
aimé par dessus tout l'unité. Nous en avons la
,
au loin, Cyprien, sur l'autorité duquel vous vous
a

l'impureté de Judas n'a pas été pour les Apô- preuve dans ce concile (1), que vous citez en
tres, comme un levain qui ait corrompu toute la votre faveur et dans les écrits même de ce mar-

,
masse. Quoiqu'on ne puisse pas direqu'ils aient
ignoré la méchanceté du traître à l'exception
peut-être du crime par lequel il devait livrer le
tyr, si toutefois ils sont de lui et non supposés,
comme quelques-uns lecroient. Voyez néan-
il
moins avec quelle ardeur exhorte à tolérer dans
Seigneur. En effet, eux-mêmes ont écrit que l'union ceux mêmes dont il combattait le senti-
c'était un voleur, et qu'il dérobait l'argent qu'on ment, afin de ne pas rompre le lien de la paix.
déposait dans la bourse du Seigneur. (Jean XII, Aussi au milieu des erreurs mêmes auxquelles
6.) Cependant personne n'a cherché à tourner est sujette l'humanité, il a toujours pris le plus
en calomnies contre eux cette parole du psal- grand soin de conserver l'union fraternelle, par-
miste : Vous connaissiez le voleur, et vous étiez
;
en société avec lui (Psaume XLIX, 18.) parce que
c'est le consentement que l'on donne aux ac- , ,
ce que la charité couvre la multitude des pé-
chés. Cette charité ill'a tant observée et tant
aimée que s'il a eu sur le sacrement du bap-
tions des méchants, et non la communion des tême une opinion contraire à la vérité, Dieu lui
sacrements avec eux, qui nous fait participer à aura fait connaître en quoi il se trompait, selon
leurs péchés et à leurs crimes. Combien l'apôtre
S- Paul lui-même, ne s'est-il pas plaint des faux
frères au milieu desquels il vivait,. (II. Cor.
dans la charité :
les paroles de l'apôtre, aux frères qui marchent
« Nous qui voulons être par-
faits, soyons dans ce sentiment, et si vous pen-

tact,
XI, 26.) sans en être toutefois souillé par le con-
parce qu'il en était séparépar la pureté
du cœur? Il se réjouit en effet de voir le Christ
sez autrement,Dieu vous éclairera surcela même.
Cependant par rapport aux choses que nous
connaissons ayons les mêmes sentiments, et te-
annoncé parlabouchede ceux dont il connaissait nons-nous en à la même règle. (Philip, III, 15.)
(1) Concile de Carthe tenu en 256, touchant la réiteration du baptême des hérétiques.

Judam'usque in finem, (Matt. XXVII, 5.) quo se ipse 9. Postremo episcopus Cyprianus, jam Ecclesia
etiam laqueo perdidit, sine ulla sui contaminatione copiosius dilatata, viciniortemporibus nostris, cujus
tolerarunt,ita ut diceret eis Dominus, propter illius auctoritate aliquando repetitionem baptismi confir-
inter eos præsentiam. « Et vos mundi estis, sed non mare conanimi, cum illud concilium, vel illa scripta,
omnes. (Johan. xin, 10.) » Nec ob illius immundi-
tiam, tamquam fermento in eis dissimilium morum
massa corrupta est. Nec recte affirmari potest. quod
,
si vere ipsius sunt, et non sicut aliqui putant sub
ejus nomine conscripta atque conficta contineant
quantum dilexerit unitatem,quomodo in ea toleran-
eos illius latebat nequitia, nisi forte qua fuerat etiam dos, etiam contra quos ipse sentiebat, apertissima
Dominum traditurus. Nam ipsi de illo scripserunt, exhortatione consuluerit, ne pacis vinculum rumpe-
quod far erat, et omnia quæ mittebantur, de domi- retur : id potissimum adtendens, quia si quis alter-
nicis loculis auferebat. (Johan. xii, 6.) Non eis quis- utris, quibus aliud videtur, quam veritas habet, hu-
quam calumniabatur illo testimonio, « Videbatis fu- manus error irrepserit, fraterna concordia custodita
rem, et concurrebatis cum eo (Psal.XLIX, 18.) : » et caritas etiam cooperit multitudinem peccatorum.
factis enim malorum, non sacramentorum commu- Hancille sic tenuit, sic amavit, ut si quid aliter quam
nione,sed eorumdem factorum consensione concur- res est, de baptismi sacramento sapuerat, id quoque
ritur. Apostolus Paulus quantum de falsis fratribus Deus illi revelaret, sicut Apostolus fratribus in cari-
conqueritur, (II..Cor.XI;26.) quorum tamen corpo- tate ambulantibus dicit, « Quotquot ergo perfecti,
rali permixtione non maculabatur,cordis puri diver- hoc sapiamus, et si quid aliter sapitis, id quoque
sitate sejunctus? Nam a quibusdam quos invidos no- vobis Deus revelabit ; verumtamen in quod perveni-
verat, gaudetChristum pariter prædicari, (Phil. mus, in eo ambulemus. (Phil. III, 15.) » Huc accedit,
18.)et utique invidia diabolicum vitium est.
1,
quoniam fructuosum sarmentum, si aliquid habebat
Cyprien a été comme une branche fertile et char- ne se soit jamais séparé d'eux extérieurement,
gée de fruits, et s'il y a eu dans cette branche mais seulement par la différence de la vie et des

;
quelque chose à élaguer, le fer glorieux du mar-
tyr l'en a retranché non pas parce qu'il est
mœurs. Il s'est approché avec eux du même au-
,
tel mais il s'est éloigné de leur dépravation,
mort pour le Christ, mais parce qn'il est
mort pour le Christ dans le sein de l'unité. Il a cipe en effet à des actions criminelles,
qu'il blâme et qu'il accuse avec force. On parti-
quand

,
écrit et assuré lui - même (1), que ceux qui
meurent hors de l'unité quand bien même ce
elles nous plaisent, mais on n'y participe nulle-
ment quand elles déplaisent, et qu'on les con-

bien mourir ,;
serait pour la gloire de Jésus-Christ, peuvent
mais ne peuvent recevoir la cou-
ronne du martyre tant l'observation ou la vio-
damne. Ainsi ce saint évêque n'a jamais man-
qué au devoir de censurer lés péchés pour les
réprimer, ni à celui de conserver le lien de l'u-
lation de l'unité et de la charité ont de force nité par la douceur et la prudence. On peut
pour effacerles péchés,ou nousen laisserchargés. voir à cet égard ce qu'il écrit au prêtre Maxime
10. Lorsque Cyprien déplore la chûte de ceux dans une lettre (3), où suivant les règles de la
qui sont tombés pendant l'impie persécution conduite des prophètes, il déclare ouvertement
des païens, et les maux qui accablaient l'Eglise, qu'on ne doit jamais abandonner l'unité de l'E-
il en attribue la cause à la corruption des mœurs glise, à cause des méchants qui peuvent s'y trou-
de ceux qui, dans le sein de l'Eglise même, vi- ver. « Car, dit-il, quoiqu'il y ait de l'ivraie
vaient d'une manière condamnable (2). Il ne se « dans l'Eglise, notre foi et notre charité ne
contente pas de gémir en secret sur les mœurs « doivent pas pour cela en être altérées, et
de ses collègues, mais il déôlare hautement que « cette ivraie que nous voyons dans l'Eglise, ne
leur cupidité en était venue à un tel point,qu'ils a doit pas nous la faire abandonner. Travaillons
voulaient avoir de l'argent en abondance, ac- « seulement à être du bon grain. »
quérir des biens par des moyens frauduleux, et 11. Cette loi de charité, c'est Notre-Seigneur
augmenter leur revenu par l'usure, pendant que Jésus-Christ lui-même quil'a donnée. (Car de lui
leurs frères avaientfaim. On ne dira pas,je pense, sont ces comparaisons de l'ivraie, qui doit de-
que Cyprien a été souillé par l'avarice, les biens meurer dans le champ du Seigneur, c'est-à-dire
mal acquis et l'usure de ses collègues, quoiqu'il dans le monde jusqu'au temps de la moisson, ain-

(1) Dans son livre De l'unité de l'Eglise.


(2) Voyez le commencement du Traité De lapsis.
(3) Lettre LI.

adhuc purgandum, gloriosa martyrii falce purgatum similitudine fuisse disjunctum. Cum eis altare teti-
:
est non quia pro Christi nomine occisus est, sed ;
git sed immundam illorum vitam ille non tetigit,
quia pro Christi nomine in gremio unitatis occisus quando sic culpavit atque redarguit. Placentiaquippe
est. Nam ipse scripsit, et fidentissime asserit, eos qui ista adtinguntur, displicentia repelluntur. Ideoque
extra unitatem, etiamsi pro illo nomine moriantur, illi optimo episcopo, nec censura, qua peccata coër-
occidi posse, non posse coronari. Tantum valet sive cet, nec cautela defuit, qua unitatis vinculum custo-
ad delenda, sive ad confirmanda peccata, vel custo- diret. Legitur ejus in quadam epistola, quam scripsit
dita, vel violata caritas unitatis. ad presbyterum Maximum, de hac re clara et aperta
10. Ipse ergo ille Cyprianus, cum per impiorum sententia, qua omnino præcepit, propheticam regu-
gentilium persecutionem vastata Ecclesia multos lam tenens, nullo modo Ecclesiæ deseri debere uni-
plangeret lapsos, malis hoc moribus tribuens eorum, tatem, propter malorum permixtionem. « Nam etsi
qui in ipsa Ecclesia damnabili conversatione vivebant, videntur, inquit, in Ecclesia esse zizania, non tamen

;
de collegarum suorum moribus gemit, nec suum ge- impediri debet fides aut caritas nostra, ut quoniam
mitum silentio tegit sed dicit eos in tantam cupi- esse zizania in Ecclesia cernimus, nos de Ecclesia
ditatem fuisse progressos, ut esurientibus etiam in recedamus. Tantummodo nobis laborandum est, ut
Ecclesia fratribus habere argentum largiter vellent, frumentum esse possimus.
fundos insidiosis fraudibus raperent, usuris multipli- 11. Istam caritatis legem ex ore Christi Domini
cantibus fœnus augerent. Puto istorum avaritia, fun- promulgatam, (ipsius enim sunt istæ similitudines,
dis, et fœnore Cyprianum non fuisse maculatum ; nec et de zizaniis usque ad tempus messis in unitate
tamen ab eis se corporali segregatione, sed vitæ dis- agri per mundum. et de malis piscibus usque ad
si que celle des mauvais poissons qu'il faut tolérer vions le fruit et la récompense de notre travail
avec les bons dans les mêmes filets, jusqu'au mo- et de notre œuvre. «Dans une grande maison,
ment de leur séparation sur le rivage) ; cette loi dit l'Apôtre, ilya non-seulement des vases d'or
de charité, dis-je, si vos ancêtres l'avaient con- et d'argent, mais des vases de bois et de terre ;
servée dans leur cœur, s'ils y avaient pensé avec les uns servent à des usages honorables, les
quelque sentiment de la crainte de Dieu, ils ne autres à des usages plus vils.» (II. Timot. 11,20.)
se seraient jamais séparés de l'Eglise, à cause Apportons tous nos soins et toutes nos peines
de Cécilien et de quelques Africains que vous pour être des vases d'or ou d'argent. Quant aux
supposez criminels, mais qui, selon plus de vrai- vases de terre, il appartient au Seigneur de les

,
semblance, sont calomniés par vous. Ils ne se
seraient jamais séparés je le répète, de cette
Eglise, que Cyprienlui-même nous représente ré-
briser avec cette verge de fer qui lui a été don-
née. Le serviteur ne peut être plus grand que son
maître. Nul ne doit s'attribuer ce que le Père
pandant surtous les peuples l'éclat de ses rayons, n'a accordé qu'à son Fils, et se croire capable
et étendant sur la terre entière l'abondance de de porter la pelle et le van pour vanner et net-
ses rameaux. Ils ne se seraient jamais séparés, toyer l'aire, ni séparer par un jugement humain
par une scission criminelle de tant de peuples
chrétiens, qui n'ont jamais entendu parler, ni
le froment de l'ivraie. C'est là une présomption
orgueilleuse, une obstination sacrilège ,
et l'ef-

accusés;
de ce prétenducrime, ni des accusateurs, ni des
car de pareilles séparations ne se font
fet d'une fureur criminelle. Tandis que dans
leurs prétentions ces hommes dépassent de plus
pas en vue de l'utilité de tous, mais sont plutôt
le résultat des animosités particulières et de
ce vice que Cyprien nous signale, et nous re-
, , ;
en plus les bornes de la justice, ils se retranchent
eux-mêmes de l'Eglise l'orgueil avec lequel ils
cherchent à s'élever les aveugle, et leur dé-
commande d'éviter. En effet, après nous avoir robe la lumière de la vérité.»

cause de l'ivraie qu'on y trouve ,


dit qu'il ne faut pas abandonner l'Eglise, à
il ajoute :
« Travaillons seulement à être du bon grain,
12. Quoi de plus clair et de plus vrai que ce
?
témoignage de saint Cyprien N'est-ce pas la lu-
mière même de l'Evangile et des Apôtres qui
afin que, quand on commencera à serrer le fro- brille dans ces paroles? ne nous font-elles pas
ment dans les greniers du Seigneur, nous rece- voir que ceux qui se séparent de l'unité de l'E-

tempus littoris intra eadem retia tolerandis) : hanc lum sunt vasa aurea et argentea, sed et lignea et
ergo caritatis legem si majores vestri mente retine- fictilia, et quædam quidem honorata, quædam inho-
rent, si cum Dei timore cogitarent; non propter norata, » (II. Tim. 11, 20.) : nos operam demus, et
Cæcilianum, et nescio quos Afros, sive ut putatis, quantum possumus laboremus, utvas aureumvel ar-
revera criminosos, sive quod magis credendum est, genteum simus. Cæterum fictilia vasa confringere
calumniis appetitos, se ab Ecclesia, quam descripsit
ipse Cyprianus, per omnes gentes radios suos porri-
Domino soli concessum est, cui et virga ferrea data
est. Esse non potest major domino suo servus nec ;
;
gente, et ramos suos per omnem terram copia uber-
tatis extendente non, inquam, se a tot gentibus
Christianis, quæ omnino nescierunt qui, vel quid, vel
quisquam sibi, quod soh Filio Pater tribuit, vindi-
carit, ut se putet, aut ad aream ventilandam et pur-
gandam (a), palam et ventilabrum jam ferre posse,
quibus objiciebant, nefaria separatione discinderent; aut a frumento universa zizania humano judicio se-
quod non fit, nisi aut simultate privata potius quam parare. (Matt, III, 12.) Superba est ista præsumptio,
utilitate communi, aut illo vitio quod consequenter etsacrilegaobstinatio quam sibi furor pravus assu-
Cyprianus ipse connumerat, vitandumque comme- mit, et dum (b) sibi semper amplius aliquid, quam
morat. Nam cum præcepisset propter zizania, quse mitisjustitiadeposcit, assumunt, deEcclesiapereunt;
in Ecclesia cernuntur, non esse Ecclesiam deseren- et dum se insolenter extollunt, ipso suo tumore
dam, sequitur et adjungit : « Nobis tantummodo la- cæcati, veritatis lumen amittunt. »
borandum est, ut frumentum esse possimus, ut cum 12. Quid hac Cypriani adtestatione clarius? quid
cœperit frumentum dominicis horreis condi, fructum
pro opere et labore nostro capiamus. Apostolus in
veracius? Vides quanta evangelica et apostolica luce
præfulgeat; vides eos, qui velut offensi pro sua ju-
epistola sua dicit, « In domo autem magna non so- stitia iniquitatibus alienis, Ecclesiæ deserunt unita-
(a) Lov.« et et
purgandam paleam ventilabrum, » etc. Atapud Cyprianum legitur, palam ferre se jam posse.
« » Sic etiam
apud Augustmum in lib. 11, cont. Crescon. c. 34, et in lib. 11, cont. Gaudent. c. 13. nisi auod omittitur, « se »..
to) Apud Cyprianum habetur sic « et dum dominium sibi semper quidam plus quam, » etc.
:
,
glise
l'iniquité des autres,
comme si leur justice était blessée par
sont eux-mêmes les plus
vous. Mettez devant vos yeux ce miroir que Dieu,
dans sa miséricorde,vous présente pour quevous
iniques et lesplus coupables? Hors de l'unité de
l'Eglise, ils sont eux-mêmes l'ivraie dans l'uni-
, :
y voyiez, si vous êtes sage, ses conseils et ses
avertissements je veux parler de l'affaire de

l'Eglise,
té du champ du Seigneur. Hors de l'unité de
ils sont eux-même la paille, ceux qui
n'ont pas voulu tolérer la paille dans l'unité de
Félicien que vos ancêtres ont condamné
« comme ennemi de la foi, violateur de la vé-
rité, adversaire de l'Eglise notre mère, ministre

:
la grande maison. Vous voyez donc la vérité de
cette parole de l'Ecriture « Le fils méchant se
donne pour juste, mais il ne se lave pas de sa sor-
et serviteur de Dathan, de Coré et d'Abiron. »

:
Ce sont là, en effet, les termes de votre concile de
Bagaïe, qui ajoute même « que si la terre
tie. (Prov. XXIV, selon les Septante) C'est-à-dire
,
qu'il ne se lave pas ne s'excuse pas,ne se dé-
fend pas de sa sortie de l'Eglise, et ne peut se puri-
ne s'est pas ouverte pour l'engloutir, c'est pour
le réserver à un supplice plus grand encore.
Car s'il eut été englouti subitement» dit encore
fier d'un tel crime, car c'est là ce que l'Ecriture
»
,
entend par «ne pas se laver. En effet, s'il était
véritablement et légitimement juste comme il
,
votre concile, « la promptitude de sa mort eut
été un allègement à sa peine mais maintenant
étant comme mort au milieu des vivants, il ac-

séparer des bons à cause des méchants ;


le prétend, il ne commettrait pas l'impiété de se
mais
cumule sur sa tête les intérêts terribles de cette
»
mort qu'il devra subir un jour. Or, je vous
il supporterait avec patience les méchants à
cause des bons, jusqu'à ce que le Seigneur lui-
même soit par lui, soit par ses Anges, sépare
,
le demande, n'ont-ils pas touché à Félicien,qui
était un mort, et un mort impur ceux qui ont
conspiré avec lui pour condamner l'innocence
à la fin des siècles le bongrain d'avec l'ivraie, la ?
de Primien S'ils l'ont touché, ils se sont souil-
paille d'avec le froment, les vases de miséricorde lés eux-mêmes par un contact impur. Pourquoi

,
d'avec les vases de la colère, les boucs d'avec
les brebis les bons poissons d'avec les mau-
vais.
,,
donc ceux qui étaient dans sa communion et
séparés de vous ont-ils obtenu un délai pour
revenir parmi vous avec l'assurance que par
CHAPITRE IV. —13. Si vous vous efforcez d'ex- leur retour ils conserveraient leur dignité, et
pliquer d'unemanière contraire au sens deslivres seraient regardés comme des innocents, dont la
divins, ces passages des Ecritures, que vos an- ?
foi n'avait souffert aucune atteinte Quoi, par
cêtres ont voulu comprendre et produire dans
l'intention dediviser le peuple de Dieu, arrêtez- de Maximien ,
cela seul qu'ils n'ont pas assisté à l'ordination
ils ont mérité que l'on pût dire

tem, ipsos esse potius iniquissimos. Vides foris esse mini, jam desinite : adtendite illud speculum quod ad
zizania eos, qui noluerunt in unitate agri Domini vos admonendos, Deus misericordissima, si sapitis,
zizania tolerare. Vides foris esse paleam eos, qui provisione constituit. Causam dico Feliciani, quem
noluerint in unitate domus magnæ talia tolerare. damnarunt « fidei æmulum, veritatis adulterum, Ec.
Vides quam veraciter scriptum est, « Filius malus clesiæ matris,»sicut in Yagaiensi concilio concla-
ipse se justum dicit, exitum autem suum non abluit matum est, « inimicum, Dathan, Chore et Abiron
»
(Prov. XXIV, sec. LXX.) : exitum scilicet, quo exit de ministrum, » de quo amplius addiderunt, quod eum
Ecclesia, non purgat, non excusat, nondefendit, non aperta terra non absorbuit, sed ad majussupplicium
purum et sine crimine ostendit, hoc est enim, « non superis reservasse. « Raptus enim, inquiunt, poenam
abluit » : quia si non seipsum justum diceret, sed suam compendio lucraverat funeris; usuras nunc
vere ac legitime justus esset; non bonos propter graviores colligit funeris, cum mortuis interest vi-
malosimpiissime desereret. sed malos propterbonos vus. Quæro enim utrum istum tunc immundum
patientissime sustineret, donee ipse Dominus, sive mortuum tetigerunt illi, qui cum eo conspirantes,
per se, sive per Angelos suos, a tritico zizania, a Primiani innocentiam damnaverunt. Si enim tetige-
frumentis paleas, a vasis misericordiæ vasa iræ, et runt, utique pollutum tangendo polluti sunt. Cur
hædos ab ovibus, pisces malos a bonis in fine sæculi a
ergo in ejusdemcommunione, atque vestrasepa-
separaret. ratis, tamquam innocentibus dilatio redeundi conce-
CAPUT IV.
— 13. Sed sitestimoniailla Scripturarum,
ditur, ut integri honoris ac fidei regressi habeant
quæ majoresvestriad dividendumpopulumDei, vel in- fundamenta, et qui tamquam ordinationi Maximiani
telligenda,velproferenda crediderunt, aliter quam di- non interfuerint, mereantur audire, quod
«eossacri-
vinorum eloquiorum sensus postulat. accipere cona- legi surculi non polluerunt plantaria.» in eadem
d'eux, que la souche de l'arbre sacrilège ne les à
pale?» Quoi, ilsneparticipaientpas l'adultère,
ceuxqui étaient en communication avec le viola-
avait pas souillés, eux qui étaient dans le parti
de Maximien, attachés au même schisme, sépa- ?
teur adultère de la vérité Leur masse n'a pas été
rés de vous, unis avec vos adversaires, établis corrompue parla petite quantité de levain qui s'y
avec eux dans l'Afrique, très-connus, très amis, était mêlé, quand ils le favorisaient, quand ils res-
,
très-liés entre eux et qui, bien que non pré-
sents à l'ordination de Maximien, n'en ont pas
taient dans son parti sciemment non-seulement
séparés de vous, mais encore cherchant à aug-
moins condamné Primien pendant son absence! menter ce parti et à l'éloigner de plus en plus
Et vous osez dire après cela que la prétendue de vous? Quoi, vous-mêmes qui avez invité à
a
souche impure deCécilien souillé cette infinité
de peuples chrétiens répandus sur toute la terre, Maximien ,
revenir parmi vous ces schismatiques unis à

;
qui les avez déclarés exempts de la

,
dans les régions les plus éloignées, et dont beau-
coup d'entre eux n'ont connu ni l'affaire ni le
nom même de Cécilien! Quoi, ils ne
participent
souillure de l'arbrisseau sacrilège vous qui

;
avez reçu et conservé dans leur société Prétex-
tat et Félicien vous qui vivez en parfait accord
pas aux péchés des autres, ceux qui non-seule- avec eux, car Félicien siége aujourd'hui parmi

;
ment ont connu le crime de Maximien, mais qui
l'ont élevé contre Primien et ils auraient par-
vous, vous prétendez n'avoir pas été souillés
par les péchés d'autrui, et n'avoir pas été in-

,
ticipé aux crimes d'autrui, ceux qui habitant
des pays lointains n'ont jamais su que Céci-
fectés par le levain de l'iniquité? Etvoilà les té-
moignages que vous invoquez, pour reprocher

,
lien ait été consacré évêque, ou ceux qui, éta-
blis plus près de l'Afrique en ont seulement
à l'univers chrétien un crime qui lui est étran-
ger! Voilà les témoignages par lesquels vous
entendu parler, ou ceux encore qui vivant dans
l'Afrique ou à Carthage même, ont appris sim-
plement et pacifiquement ce fait, sans avoir
;
voulez justifier votre criminelle séparation de
l'unité tandis que vous, qui n'êtes qu'un ra-
meau retranché, vous traitez de rameau impur
cherché à élever Cécilien contre un autre évê- celui qui est resté fidèlement attaché à la ra-
que! Quoi, ils n'étaient pas d'accord, selon vous, cine mère.
avec le voleur, ceux qui étaient en communi- CHAPITRE V.—14. Vous parlerai-je de ces per-
cation avec celui dont Nummasius, l'avocat, sécutions que vous vous glorifiez d'avoir éprou-

:
plaidant pour Restitut votre évêque présent au
plaidoyer, disait que « par un larcin secret et
sacrilège il s'était emparé de la dignité épisco-
vées? Si ce n'était pas la cause, mais le supplice
qui fait le martyre, lorsque le Seigneura dit
«Bien-heureuxceuxquisontpersécutés,» iln'au-
:
parte positos, in eodem schismate colligatos, a vobis
divisos, illis sociatos, simul in Africa constitutos, ;
suam ponebant, qui communicabant veritatis adul-
tero nec modico fermento tota eorum massa cor-

:
notissimos, amicissimos, conjunctissimos, qui etsi rumpebatur, cum ei faverent, cum in ejus parte, non
non præsentes eum ordinaverunt, proptereumtamen
et absentem Primianum damnaverunt et inquinasse
dicitur surculus Cæciliani orbis terrarum populos
quasi nescientes, a vobis præcisi, remanerent, sed a
vobis contra præcidendam erigendamque curarent ;
deinde vos ipsi, qui eos ad redeundum sic invitastis,
Christianos numerosissimos, remotissimos.ignotissi- utMaximiano tanta societate conjunctos. impollutos
mos, cujus non dico causam, sed multi nec nomen a sacrilegii surculo diceretis, quod Prætextatum
nosse potuerunt. Non commnnicantpeccatis alienis, quoque et Felicianum salvis eorum honoribus susce-
:
qui peccatum Maximiani non solum scierunt, sed et
contra Primianum levando erexerunt et communi-
cant peccatis alienis, qui Cæcilianum episcopum
factum, aut in longinquis gentibusnescierunt, aut in
pistis, quod cum eis pacifice concordetis (quod ho-
diequeFelicianum vobiscum consedentem viJetis)
nulla communione peccatorum alienorum maculati,
nullo contactu immunditiæ coinquinati, nullius estis
propinquioribus tantummodo audierunt, aut in ipsa malignitatis fermento corrupti : et orbi Christiano
Africa faetum simpliciter. et pacifice cognoverunt, per hæc testimonia alienum crimen objicitur, unita-
aut in ipsa Carthagine contra neminem levaverunt. tis divisio a separatione funesta defenditur, a præciso
Nec cum fure concurrebant, qui communicabant ei, ramo, tamquam immundus ramus, qui in veræ matris
de quo dicit Nummasiusadvocatus, loquens pro præ- radice manserit. accusatur.
sente Restituto episcopo vestro, quod «per occultum CAPUTV.— 14. Quidillud, quod soletisde sustenta-
sacrilegii propemodum furtum, episcopalis nominis tis persecutionibusgloriari? Si martyres non facit cau-
»
invaserit príncipatum; nec cum adultero portionem sa; sed pœna, cum diceretur, « Beati qui persecutionem
rait pas ajouté, «à cause de la justice. (Matth.
v, 10.) Mais sous ce rapport les Maximianistes ont
un titre de plus que vous à la gloire, car ils ont
»
,
et il résulte de la conduite de vos clercs et de
vos circoncellions que c'est vous qui avez été
persécutés, et nous qui avons été martyrs. Mais,
souffert la persécution non-seulementavec vous,
mais encore par vous. J'ai rappelé plus haut
, -
comme je vous l'ai dit disputez vous cette
gloire avec les Maximianistes, qui prouvent par
les paroles de l'avocat plaidant contre Maxi- les actes publics les persécutions que vous leur
mien, en présence de votre collègue Restitutqui, avez fait souffrir parles jugements obtenus con-
avant même l'expiration du jour fixé pour son tre eux. Mais, puisque quelques uns d'entre eux,
retour, avait été ordonné à la place de Salvius corrigés par de tels châtiments, sont rentrés en
de Membres, et condamné avec les onze autres grâce et en accord avec vous, nous ne désespé-
évêques, auxquels on n'avait accordé aucun ront pas d'y rentrer également, si Dieu daigne
délai (1). Vous parlerai-je aussi des sanglants vous aider et vous inspirer un esprit de paix.
reproches que Titien, après l'expiration de son Les gens de votre parti se plaisent à répéter
délai, adressa à Félicien et à Prétextat, au su-
jet de leur conspirationcontre Primien? Le con- rité :
contre nous, plutôt avec médisance qu'avec vé-
, ces paroles du psalmiste « Leurs pieds
cile de Bagaïe n'a-t-il pas été souvent allégué
contre eux devant les proconsuls et ensuite de
vant les juges municipaux? Que de jugements,
le sang. ,
sont légers quand il faut courir pour répandre
» Mais n'est-ce pas nous plutôt qui
avons fait l'expérience de la vérité de ces pa-

criptions,
que d'ordonnances, que de menaces, quedepres-
que de moyens de coercition pour , roles? Nous, qui avons vu tant de lieux inondés
du sang, et jonchés des corps horriblement mu-
s'opposer à toute résistance de leur part, n'a-
vez-vous pas demandés et obtenus? On vous a ,
tilés et déchirés de nos catholiques? Lorsque
vous êtes entrés dans cette patrie les chefs de
même accordé l'aide et le secours des villes,
pour mettre à exécution les jugements rendus
contre eux. Pourquoi donc après celavenir nous
reprocher de vous avoir fait persécuter, vous
nus vous accompagner ,
ces brigands, à la tête de leurs troupes, sont ve-
en chantant des can-
tiques à la louange de Dieu, se servant de leur
voix pour exciter leurs soldats aux dévastations
qui n'êtes pas à cet égard dans les mêmes con- et aux violences, comme d'une trompette pour
ditions que nous; car ce n'estpastoujours celui les animer au combat. Un jour, qu'indigné plu-
qui souffre persécution qui arrive au martyre, tôt que charmé de leur conduite et des pré-
(1) Voyez sur ces détails le 3e livre contre Cresconius, ch. 53.

;
patiuntur (Matt, v, 10.) frustra est additum, « prop-
ter justitiam. Nonne vos etiam in hujus tituli glo-
persecutionemsustinet, perveniat ad ;
passionem
inter nos composuerunt clerici et circumcelliones
sic

ria Maximianistæ facillime vincunt, qui persecutio- vestri, ut vos persecutionem, nos passionem sustine-
nem non solum postea vobiscum, sed prius etavobis remus. Sed, ut dixi, cum Maximianistis deistalaude
pertulerunt? Advocati accusantis Maximianum, vestro certate, qui contra vos recitant Gesta forensia, ubi
collega præsente Restituto, qui in locum Salvii Mem- eos per judices persecutionibusagitastis : sed plane
bressitani, cum cæteris illis undecim sine dilatione cum quibusdam eorum tali coërcitione correctis pos-
damnati, antequam ipse dies dilationis transiret; tea concordastis, unde nec nostra est desperanda
jam fuerat ordinatus, verba sunt quæ jam paulo ante concordia, si Deus adjuvare, et vobis pacificam men-
commemoravi. Titianus etiam die ipso dilationis tem inspirare dignetur. Nam et illud, quod contra
transacto, Felicianum et Prætextatum. de tota ipsa nos a vestra parte magis ore maledico, quam veri-
contra Primianum conspiratione verbis gravissimis dico solet dici, « Veloces pedes eorum ad effunden-
accusavit. Concilium etiam Vagaiense non semel dum sanguinem, » nos potius ista in tantis latroci-
Gestis proconsularibus, ac deinde municipalibus alle- niis circumcellionum, clericorumque vestrorum ex-
gatum est, excitata judicia, impetratæ minacissimæ perti sumus, qui corporibus humanis cæde atrocissima
jussiones, postulatum atque præceptum est, ad coër- laniatis, tot loca nostrorum sanguine cruentarunt :
te
citionem resistentesperducerentur, impertitum offi- quorum duces, quando ingredienteinhancpatriam,
cium,concessaauxiliacivitatum, per quæ id
quod cum suis cuneis deduxerunt, Deo laudes inter cantica
judicatum est, impleretur. Quid ergo nobiscum de conclamantes, quasi voces, velut tuba prœliorum in
imperata persecutione confligitis, qui vobiscum ista suis omnibus latrociniis habuerunt. Alio tamen die
stimulati aculeis verborum tubrum, quæ
non æquo jure divisimus? Cum enim non semper qui concussi ac
tendus honneurs qu'ils vous rendaient, vous
leur aviez adressé en langue punique ,,
par un
aspics. Leur bouche est pleine de malédictions
et d'amertume, et ils ont les pieds légers, quand
»
interprête, des paroles un peu vives avec la
,
il s'agit de courir à l'effusion du sang. En-

,,
liberté d'un homme d'honneur et de bonne nais-
ils furent tellement irrités de vos re-
suite pour faire voir quels étaient ceux que
cette chaîne de sacrilèges entraînaità lapartici-
sance
proches que selon le témoignage de ceux qui
étaient présents, ils sortirent comme des furieux
pation du crime, et pour les envelopper dans la

:
même condamnation sévère de Maximien ils ,
de l'assemblée. Mais après leur départ (1), vous
n'avez pas fait purifier avec de l'eau salée la
place qu'ils avaient foulée avec leurs pieds,
, cane, »
,
ajoutèrent encore « Nous déclarons coupables
d'un crime infâme, Victorien évêque de Car-
ainsi que onze autres évêques, parmi
-
«prompts à courir pour répandre le sang, » ces derniers se trouvaient Félicien, évêque de
comme vos clercs l'ont fait après la sortie de nos Musti, etPrétextat, évêque d'Assuri. Malgré tout
catholiques.
15. Mais comme j'avais commencé à vous le
dire, ce passage de l'Ecriture, que vous avez , ,
cela ils sont si bien rentrés en grâce et en ac-
cord avec vous qu'ils n'ont rien perdu de leur
dignité et qu'aucun de ceux qui avaient été

,
coutume de répéter contre nous, pour nous in-
jurier sans rien prouver pour cela :
«Leurs
pieds sont prompts pour courir à l'effusion du
baptisés par ces hommes, « dont les pieds sont
légers pour courir à l'effusion du sang, n'a été
rebaptisé par vous. Pourquoi donc devrions-
»
sang, » (Ps. XIII, 3.) votre Concile de Bagaïe,
dans une pompeuse sentence, l'a appliqué avec
nous désespérer de voir la concorde se rétablir
?
entre vous et nous Pourvu que Dieu écarte la
force contre Félicien etPrétextat. En effet, après haine et la malignité du démon, « et que la paix
avoir dit sur Maximien ce qu'ils avaient àdire,
vos évêques ont ajouté : «Celui-là n'est pas le
seul à qui. son crime ait donné justement la
de Jésus-Christ l'emporte dans nos cœurs. »
(Coloss. lIT, 15.) « Pardonnons-nous mutuelle-
ment, » comme dit le même Apôtre, « si nous
mort: il attire, comme parune chaîne de sacri- avons quelque sujet de plainte à former les uns
lèges, beaucoup d'autres avec lui dans la parti- contre les autres, comme Dieu nous a pardonné
»
est écrit :
cipation de son crime,» et c'est de ceux-là qu'il
« Ils ont sur les lèvres le venin des
en Jésus-Christ (Ibid. 13.) afin que, je l'ai
déjà dit, et je ne saurais trop le répéter, a la
(1) Les Donatistes croyaient devoir nettoyer les lieux où les catholiques avaient passé et les choses auxquelles ils avaient
touché. Ils allaientjusqu'à ratisser leurs autels, rompre leurs calices, laver les robes et tremper dans de l'eau salée les cheveux

: :in
des vierges consacrées à Dieu, comme l'attestesaint Optat, livre 6°, où il dit entre autres choses multis locisparietes lavare
voluistis et inclusa spatia salsa aqua spargi prœcepistis, c'est-à-dire dans beaucoup de lieux, vous avez ordonné de laver
les murs, et de répandre de l'eau salée dans des enceintes réservées.

in eos per punicum interpretem honesta et ingenua maledictione, et amaritudine plenum est. Veloces
libertatis indignatione jaculatus es, factis eorum ir- pedes eorum ad effundendum sanguinem, etc. » Qui-
ritatus potius quam delectatus obsequiis, se de media bus dictis; ut deinde ostenderent qui essent; quos
congregatione, sicut ab eis qui aderant narrantibus
audire potuimus, furibundis raotibus rapuerunt, nec
post eorum pedesvelocesadeffundendumsanguinem,
traheret ad consortium criminis catena sacrilegii,
eosque cum Maximiano simili severitate damnarent
« Famosi ergo, inquiunt, criminis reos Victorianum
:
ulla aqua pavimenta salsavistis : quod post nostros Carcavianensem, ad quem adjungunt alios undecim,
clerici tui putaverunt esse faciendum. inter quos Felicianum Mustitanum, et Prætextatum
15. Sed ut dicere cœperam hoc de Scripturis tes- Assuritanum. Post hæc in eos dicta, facta est cum
timonium, quod in nos soletis magis conviciando, eis tanta concordia, ut nihil eorum minueretur ho-
quam probando jactare, « Veloces pedes eorum ad noribus; nullus ab eis ablutus, post abluentium
effundendum sanguinem, (Psal. XIII, 3.) » etiam in pedes veloces ad effundendum sanguinem, rursus
Felicianum, et Præteztatum impetuvehementi, gran- abluendus judicaretur. Cur ergo de nostra concordia
diloqua illa sententia concilii Vagaiensis evomuit. desperandum est? Deus diaboli averterit invidiam,
Nam cum de Maximiano, quæ visa sunt dicenda, « Et pax Christi vincat in cordibus nostris. » (Coloss.
dixissent, « Nec solum hunc, inquiunt, sceleris sui Ill, 15.) Ac, sicut idem Apostolus dicit, « Donemus
mors justa condemnat; trahit et ad consortium cri- nobismetipsis, si quis adversus aliquem habet que-
relam, sicut etDeus in Christo donavit nobis, » (Ibid.
:
minis plurimos catena sacrilegii; de quibus scriptum
est Venenum aspidum sub labiis eorum, quorum os XIII.) ut quod jam dixi, et sæpe dicendum est,
caritas
charité couvre la multitudedes péchés. » (I.Pier. seul que l'on redresse, sans porter la moindre at-
IV, 8.) teinte aux sacrements; puisque quand ilssontren-
CHAPITRE VI. — 16. Quant à vous, mon frère, trés dans l'unité, le sacrement leur est utile, tan-
avec qui je discute présentement, et que j'aurais dis qu'il leur était nuisible, lorsqu'ils en étaient
tant de joie à voir dans l'unité du Christ, comme
le Christ le sait lui-même, si vous voulez, dans
cette cause de Maximien, prendre la défense de
l'affaire de Maximien ,
séparés. Pour ne pas vous embarrasser dans
sans pouvoir en sortir,
vous devrez aussi renoncer à l'interprétation
Donat, avec l'éloquence et les talents qui vous dis- que vous avez coutume de donner sur la parti-
tinguent, il vous sera difficile de déguiser la véri-
té. En effet, la chose encore récente est dans la
; des bons d'avec les méchants ,
cipation aux péchés d'autrui, sur la séparation
sur le soin qu'il
;
mémoire de tous les hommes qui ont figuré dans

,
cette affaire sont encore vivants tous les actes
des proconsuls et des municipalités par les-
faut prendre de ne pas toucher celui qui est im-

,
pur et souillé, sur la corruption de la masse par
une petite quantité de levain et sur d'autres
quelles l'Eglisecatholique a été protégée contre choses semblables; mais vous serez assez sage
vos excès, peuvent être produits. Vous ne pou- pour affirmer et pour observer ce que la saine

sages « sur l'eau étrangère ,


vez vous empêcher d'avouer que tous ces pas-
sur l'eau du men-
songe et sur le baptême des morts » et autres
doctrine recommande, ce que la vraie règle

;
prouve par les exemples des prophètes et des
apôtres c'est-à-dire, qu'il faut tolérer les mé-

pris,
paroles de ce genre, ne peuvent plus être com-
comme vous aviez coutume de les inter-
prêter. Vous devrez au contraire convenir que
chants, de peur que les bons ne soient aban-
donnés, plutôt que d'abandonner les bons, sous
prétexte de se séparer des méchants, dont il ne
le baptême de Jésus-Christ, confié aux mains de faut s'éloigner par la différence de la conduite
l'Eglise, pour faire participer au salut ceux qui et des mœurs, et en évitant de les imiter ou de

gère,
le reçoivent, n'est pas un baptême d'eau étran-

,
même quand il est conféré hors de l'E-
mais qu'il garde sa
consentir à leurs mauvaises actions. Alors vous

,
reconnaîtrez que les uns et les autres doivent
glise et par des étrangers

,
vertu et sa valeur dans les uns et les autres,
dans ceux qui sont hors de l'Eglise pour les
croître ensemble

, ,
soumis aux mêmes tribula-
lations, réunis dans les mêmes filets jusqu'au
temps de la moisson jusqu'à ce que l'aire soit
conduire àleurperte, dansles enfants del'Eglise, vannée, jusqu'à ce que les filets soient tirés sur
pour les conduire au salut; de sorte que quand le rivage. Quant à la persécution, comment jus-
ceux-là mêmes qui étaient dans l'erreur, re- tifierez-vous tout ce que les vôtres ont fait près
viennentàlapaix de l'Eglise,c'estleur égarement des juges, pour chasser les Maximianistes de

cooperiat multitudinem peccatorum. (I. Pet. IV, 8.)


CAPUTVI.
— 16. Verum tu frater, cum quo nunc ago,
tum errorem puniendo destruatur ; utque id quud
oberat foris perverso, intus incipiat prodesse correc-
et de quo in Christo, sicutipse novit, gaudere desidero, to. Nec illa rursus de non communicando peccatis
si partis Donati defensionem in hac Maximiani cau- alienis, de separatione a malis, de non tangendo im-
sa velis per ingenii tui et eloquii facultatem sus- mundo atque polluto, de cavenda modici fermenti

memoria ipsius ,
cipere, nec mendaciter agere, quoniam recens est
hominibus in quos hæc gesta
sunt, adhuc in corpore constitutis, tot etiam pro-
corruptione, et cætera talia, sicut soletis accepturus
es, ne vos in Maximiani causa inexplicabiliter impli-
cetis. Sed ita sapiens hoc asseres, hoc tenebis, quod
consularibus et municipalibus Gestis,. ubi adver- sana doctrinacommendat, quod vera regulaexemplis
sus vos semper catholica Ecclesia commonita est ut: ,
propheticis atque apostolicis probat, malos esse po-
tiùs tolerandos, ne deserantur boni
nec illud de aqua aliena, et de aqua mendacii, et la- quam bonos
vacro mortui, et si qua alia sunt hujusmodi, sicut deserendos, ut separentur mali. Tantum ut ab
soletis, intelligenda fatearis; sed eo potius modo, ut imitatione a consensione, a vitæ ac mornm
baptismus Christi adparticipationem salutis æternæ similitudine, reprobi sejungantur, simul crescentes,
datus Ecclesiæ, nec extra Ecclesiam judiceturextra- si nul in tribulatione permixti, simul intra retia con-

;
neus, nee in alienis deputetur alienus, sed extraneis
et alienis valeat ad perniciem suis autem, et pro-
priis ad salutem : atque in illis, cum ad pacem Ec-
gregati usque ad tempus messis, ventilationis, et
littoris. De persecutione autem, quidquid ad expel-
a
lendos et sedibus perturbandos Maximianistas ves-
clesiæ convertuntur, erroremendetur,nonsacramen- tris per judices actum est, quomodo defensurus es,
dans un esprit de prudence ,
leurs sièges, si ce n'est en disant qu'ils l'ont fait
et dans la pensée
XXI, 17.)
a ::
et non pas Paissez vos brebis. C'est
d'elles qu'il été dit «Afin qu'il n'y ait plus
»
,
de reprendre et de corriger, mais non dans l'in-
tention de nuire; et.que si, en cela quelques-
uns ont dépassé les bornes de la douceur et de
qu'un seul troupeau et un seul pasteur, (Jean

:
x. 16), c'est-à-dire Jésus-Christ, qui nous crie
dans l'Evangile « Ce sera en vous aimant véri-
l'humanité, comme dans les violences exercées tablement les uns les autres, que le monde
envers Salvius,évêque de Membres, etdonttoute connaîtra que vous êtes mes disciples. »(Jean
la ville a été témoin, vous ne les imputez pas à XIII, 35.)Et ailleurs: « Laissez croître ensemble
ceuxquin'y ontpris aucune part, vous dites qu'ils l'ivraie et le bon grain jusqu'au temps de la
sont les uns et les autres comme la paille et le moisson, de peur qu'en voulant arracher l'ivraie
bon grain, unis dans la communion des mêmes vous n'arrachiez aussi le froment. » (Math. XIII,
sacrements, et seulement, séparés par la diffé- 30.) On s'éloigne de l'unité, pour que le mari
rence de la vie et des mœurs. se rende dans une réunion, et la femme dans une
:
17. Si vous défendez ainsi la cause de Maxi-
mien, j'embrasse cette défense devenue la vôtre,
car ce sera réellement une défense, si vous res-
autre, et que si l'un dit Soyez dans l'unité avec
moi, car je suis votre mari, l'autre réponde Je
veux mourir dans la communion de mon père
:;
tez dans la vérité; mais si vous vous en écartez, et qu'ainsi ceux qui seraient pour nous un sujet

,
la vérité triomphera contre vous. J'embrasse,
dis-je, cette défense parce que c'est aussi la
mienne. Pourquoi donc ne cherchons-nous pas
de blâme et de réprobation, s'ils n'avaient pas un
même lit, soient divisés entre eux au sujet du
même Christ. On s'éloigne de l'unité, pour que
à être ensemble le froment dans l'unité de l'aire des parents, des concitoyens, des amis, des hôtes,
du Seigneur? Pourquoi ensemble également ne
supportons-nous pas la paille? Qui nous en em-
pêche? Dans le but de quel bien, pour quelle
mains ,
tous ceux qui sont unis par des rapports hu-
tous attachés à la religion chrétienne,
tous d'accord quand il s'agit d'aller à des fes-

,
utilité, dites-le moi, agir ainsi? On s'éloigne de
l'unité pour que les peuples rachetés par le
sang de l'agneau unique, soient animés les uns
cheter, de faire des conventions ,
tins, de conclure des mariages, de vendre, d'a-
de se rendre
des visites, de s'entretenir ensemble, en un mot
contre les autres par des passions etdes intérêts de s'entendre en tout et pour tout, soient en
contraires, pour diviser, comme si elles étaient désunion et séparés à l'autel de Dieu. Cependant

à son serviteur :
à nous, les brebis du père de famille, qui a dit
« Paissez mes brebis, (Jean
ce serait là que devrait finir toute discorde,
quelle qu'en fut l'origine. C'est là que ceux qui

nisi hoc prudentiores vestros corrigendi animo, non


nocendi moderato terrore fecisse : si qui autem hu-
:
grex, et unus pastor (Joan, x. 16) qui clamat
in Evangelio, « In hoc scient omnes, quia discipuli
manummodum excesserunt, sicutinhis,quæSalvium
Membressitanum esse perpessum civitas ipsa testa-
mei estis, si veram dilectionem habueritis in vobis
(Joan, XIII. 3.) et : Sinite crescere utraque usque ad
;
tur, non præscribere cœteris, tamquam palea cum messem, ne forte cum vultis colligere zizania, eradi-
framentis in una sacramentorum communione con- cetis simul et triticum. (Matt. XIII. 30.))) Fugitur
stitutis, vitæ autem dissimilitudine separatis ?
17. Quæcum itasint, amplectoristamdefensionem
tuam. Ista quippe erit, si verax erit, et veritate vin-
:
unitas, ut huc maritus, illuc uxor conveniat : dicat
ille Mecum tene unitatem, quia ego sum vir
tuus ; respondeatilla: Ibi morior, ubi estpater meus :
cetur, si ista non erit. Amplector, inquam, defensio- ut in uno lecto dividant Christum, quos detestamur,
nem tuam, sed hanc esse cernis et meam. Cur non si dividantlectum. Fugitur unitas, utpropinqui, et
ergo in unitate areæ dominicæ simul frumentum cives, et amici, et hospites, et quicumque sibi hu-
esse laboremus, simul paleam toleramus ? Cur non
obsecro te. quæ causa, cui bono, ob quam utilita-
mana necessitudine colligati, utrique Christiani, in
conviviis ineundis, in matrimoniis tradendis et acci-
?
tem, dic mihi Fugitur unitas, ut Agni unici san- piendis, in emendo ac vendendo, in pactis etplacitis,
guine populi comparati, adversus invicem studiis in salutationibus, in consensionibus, in collocutioni-
contrariis inflammentur, et dividantur oves, quasi bus, in omnibus suis rebus negotiisque concorpes
nostras inter nos, patris familias illius, qui servo sint, et ad Dei altare discordes.Qui enim quantamli-
dixit, «Pasce oves meas (Joan, XXI. 17.) non: Pa-
:
sce oves tuas et de quibus dictum est, « ut sit unus
bet aliunde conceptam, illic deberent finire discordiam,
et secundùm præceptum Domini, prius reconciliari
sont d'accord partout ailleurs, se trouvent divi- vous avez fait rechercher, parmi les vôtres, ce
sés, quoique selon le précepte du Seigneur on qui avait été pillé, en promettant de le rendre
doive se réconcilier avec ses frères, avant d'of- à ceux auxquels on l'avait dérobé. Cependant,
frir ses dons à l'autel. quand bien même telle serait votre volonté,
18. On s'éloigne de l'unité, pour que nous vous n'auriez pas le pouvoir de l'accomplir,
soyons réduits à implorer contre la méchanceté dans la crainte de blesser l'audace de ces bri-
de vos gens, (je ne veux pas dire la vôtre) l'au- gands, qui est regardée par vos prêtres comme
torité des lois publiques, contre lesquelles s'ar- vous étant nécessaire, car ils vantent bien haut
ment vos Circoncellioris, et qu'ils violent avec les services que ces gens vous ont rendus pré-
cette même fureur, qui avait fait porter ces lois cédemment; ils font l'énumération des lieux,
contre vous, pour réprimer leurs violences. On des églises, dont ces pillards les ont dotés après
s'éloigne de l'unité, pour que les paysans se ré- en avoir expulsé nos prêtres, et cela longtemps
voltent audacieusement contre leurs maîtres, avant d'avoir obtenu cette loi(1), qui vous a fait
pour que des esclaves fugitifs, non-seulements'é- triompher et vous a rendu, comme vous le pré-
loignent des leurs, contre les préceptes de l'A- tendez, votre pleine et entière liberté de sorte
pôtre, mais encore les menaçent, et qu'aux me- que si vous vouliez vous montrer sévère en-
;
naces ils ajoutentles agressionsles plusviolentes, vers eux, vous paraîtriez payer leurs bienfaits
le vol et le pillage; et dans ces entreprises crimi- d'ingratitude.
nelles ils sont excités et conduits par ceux que 19. On s'éloigne de l'unité, pour que tout
vous appelez vos confesseurs, par ceux qui, pour ceux qui ont refusé de porter parmi nous le
vous faire honneur, vous accompagnent en joug de la discipline, aillent chercher un asile
chantant les louanges de Dieu, et qui en célé- parmi ces gens-là, qui vous les présentent en-
brant ces louanges, répandent le sang de nos suite pour les faire rebaptiser. C'est ce qui
catholiques. Pour éviter la haine des hommes, vient d'arriver pour le sous-diacre Rusticien, au

(1) Il y avait déjà longtemps que Julien l'Apostat, voulant favoriser les troubles parmi les chrétiens, avait rendu la liberté
auxDonatistes, par cette loi dont saint Augustin parle dans la lettre 105, chapitre 2, nombre 9. Avant lui, Optat en avait
également parlé livre 2, et presque dans les mêmes termes : Eadem voce, inquit, vobis libertas est reddila, qua voce idolo-
rum patefierijussa sunt templa. C'est-à-dire celui, dit-il, qui vous a rendu la liberté est le même qui a fait ouvrir les tem-
ples des idoles. On peut voir dans le livre 2, chapitre 97, contre les lettres de Petilien, plusieurs renseignementssur ce res-
crit de l'empereur Julien. Honorius fit depuis un autre édit en faveur des Donatistes, vers la fin de l'an 409 : Quo scilicet
indulsit, ut libera voluntate quis cultum Christianilatis acciperet, c'est-à-dire par lequel il permettait à chacun d'embrasser
à sa volonté, un culte quelconque du christianisme, comme on le voit dans le concile de Carthage du 14 juin de l'an 410, qui
députa par un décret, vers l'Empereur, les évêques Florence, Possidius, Présidius et Bénénat, pour le prier de révoquer cet
édit, ce qu'il fit peu de temps après, comme on le voit par la loi envoyée à Héraclien, comte en Afrique, le 25 août de la
même année 410.

fratribus suis, et tune offere munus altaris, alibi collectis vestris, atque discursis promittatis pfse-*
concordes, ibi discordant. das eis, a quibus ablatæ sunt, reddituros. Nec
18. Fugitur unitas, ut nos adversus vestrorum tamen et hoc velitis, ut valeatis implere, ne illorum
(nolo enim vestras dicere) improbitates quæramus audaciam, quam sibi putaverunt vestri presbyteri
publicas leges, et adversus ipsas leges armentur Cir- necessariam, nimium cogamini offendere. Jactant
cumcelliones, quas eo ipso furore contemnant, quo enim prsecedentia circa vos merita sua, demonstran-
in vos eas cum furerent excitarunt. Fugitur unitas, tes, et enumerantesante istam legem, qua gaude-
ut contra possessores suos rusticana erigatur auda- tis vobis redditam libertatem, quod loca et basilicas
cia, et fugitivi servi contra apostolicam disciplinam, per eos presbyteri vestri, vastatis nostris fugatisque
;
non solum a dominis alienentur, verum etiam domi- tenuerunt, ut si in eos
;
nis comminentur nec solum comminentur, sed et eorum appareatis ingrati.
violentissimis aggressionibus deprsedentur auctori-
volueritis esse severi, beneficiis

19. Fugitur unitas, ut quicumque apud nos ferre


bus et ducibus, et in ipso scelere principibus agonis- detrectaverint disciplinam, ad illos fugiant defen-
ticis confessoribus vestris, qui ad Dei laudes ornant dendi, ut vobis offerantur rebaptizandi. Sicut iste de
honorem vestrum, qui ad Dei laudes fundunt sangui- agro subdiaconus (a) Rusticianus, cujus causa hæc
nem alienum, ut vos propter hominum invidiam ai te scribere magno sum dolore ac timore compul-

(a) in Vaticano codice, Rusticanus.


sujet duquel la douleur et la crainte m'ont en- servons ensemble la paix de Jésus-Christ, et au-
gagé à vous écrire. Le déréglement et la per- tant que Dieu nous en donne la grâce, effor-
versité de ses mœurs ontforcé le prêtre sous le- çons-nous d'être bons ensemble. Corrigeons et
quel il était, à l'excommunier. Il a contracté
beaucoup de dettes dans tout ce pays, et afin
d'échapper à la rigueur des lois ecclésiastiques
;
ramenons les méchants à la saine discipline,
sans rompre l'unité mais, par amour de cette
même unité, sachons les tolérer avec patience,
et aux poursuites de ses créanciers, il n'a de peur qu'en voulant, comme nous le ditJésus-
trouvé d'autres moyens, que de faire une nou- Christ, (Math. XIII-29) arracher avant le temps de
velle blessure à son âme, en vous demandant la moisson, l'ivraie que le bienheureux Cy-
un second baptême, afin de se faire aimer de prien ne voit pas hors de l'Église, mais dans
vos gens, comme un homme pur et sans l'Église même, nous n'arrachions en même
taches. En écrivant à son sujet à Marcellin, temps le froment. Vous avez vraiment de sin-
vous dites que c'est un paysan faisant valoir le guliers privilèges de sainteté, vous qui n'êtes
fonds d'une Église. Déjà votre prédécesseur (1) pas souillés par les méchants qui sont au mi-
avait rebaptisé un de nos diacres de la même lieu de vous, tandis que nous le sommes parles
espèce excommunié par son prêtre, et lui méchants au milieu desquels nous vivons ?
avait conféré le diaconat dans votre commu- Vous qui n'êtes pas souillés par l'audace des
nion. Peu de jours après, ce diacre s'étant misérables qui sont sous vos yeux, tandis que
réuni, comme il le désirait, aux bandits dont il nous le sommes, par je ne sais quelle timidité
s'était fait le compagnon, fut tué par une troupe de ceux que vous accusez d'avoir livré les
d'hommes accourus au secours de ceux qu'il saintes Écritures, et que nous ne connaissons
avait attaqués pendant la nuit, et dont il pillait pas ! Reconnaissons cette arche qui est une fi-
et incendiait les maisons. Tels sont les fruits de gure de l'Église. Soyons-y ensemble, comme
cette malheureuse division que vous entretenez, des animaux purs, mais ne refusons pas d'y
en fuyant l'unité, tandis que vous devriez fuir souffrir avec nous des animaux impurs, jusqu'à
la division, qui serait déjà par elle-même hor- la fin du déluge (Gen. VII-8).Lesuns et les
rible et abominable aux yeux de Dieu, quand autres y furent enfermés, mais ce n'est point
bien même elle n'entraînerait pas avec elle tant avec des animaux immondes que Noë offrit un
d'horreurs et de crimes. sacrifice au Seigneur. Cependant les purs n'a-
20. Reconnaissons donc, mon frère, et ob- bandonnèrent pas l'arche avant le temps, à

Proculéien, dont il a été question dans plusieurs des lettres précédentes. Voir la lettre 35e, qui lui est adressée, et le
(1)
nombre 6 de la lettre 88e.

sus, propterreprobos et perversos mores excommu- 20. Agnoscamus ergo, frater, pacem Christs,
nicatus à presbytero suo, multorum etiam in ilia pariterque teneamus, et quantum Deus donat, simul
regione debitor factus, et contra ecclesiasticum vigo- boni esse studeamus, et simul malos salva unitate,
rem, et contra creditores suos, aliud præsidium non quanta possumus disciplina emendemus, et propter
quæsivit, nisi ut abs te iterum plagaretur, et ab ipsis ipsam unitatem, quanta possumus patientia tolere-
quasi mundissimus amaretur. De isto Marcellino mus : ne, sicut Christus admonuit, oum volumus
scribens, ecclesiæ colonum dicis. Jam talem diaco- antetempus colligere zizania (Matt. XIII, 29.), quæ
num nostrum, et ipsum a suo presbytero excommu- beatus Cyprianus non extra, sed in Ecclesia videri
nicatum, decessor tuus rebaptizavit, et vestrum dia- cernique testatus est, eradicemus simul et triticum.
conum fecit, qui non post multos dies, eorumdem Neque enim revera vos habetis propria quædam
perditorum sicut desideravit commixtus audaciæ, privilegia sanctitatis, ut nos polluant mali nostri,
et in nocturna aggressione, in medio latrocinio et vos non polluant mali vestri; ut nos antiqua con-
atque incendio sub, subvenientis multitudinis con- taminet, quam nescimus, timiditas traditorum, et
cursu, peremptus est. Hi sunt fructus divisionis vos non contaminet præsens, quam videtis, audacia
tem, quemadmodum fuerat ipsa divisio fugienda ;
hujus, quam sanare non vultis, sic fugiendo unita- perditorum. Agnoscamus arcam illam, quæ præfigu-
ravit Ecclesiam, simul illic munda animalia simus,
quæperseipsam fœda est,etdamnabilisDeo, etsiprop- nec in ea nobiscum etiam immunda portari usque in
ter ipsam hæc et alia tam horrenda nefanda non finem diluvii recusemus. (Gen. VII. 8), Simul in area
fierent. fuerunt, sed non simul Domino in odorem sacrificii
cause des impurs parmi lesquels ils se trou-
vaient. Il n'y eut que le corbeau qui la quitta, LETTRE CIX.(1)
et se sépara avant le temps de la communion
de cette arche, mais il ne faisait point partie de Sévère, évêque de Milève (2), avoue qu'il trouve
ces animaux purs, qui étaient dans l'arche au
nombre de sept de chaque espèce ;
il apparte-
nait à ces animaux immondes, dont il n'y avait
beaucoup de plaisir et de profit dans la lectur e
des ouvrages de saint Augustin, quil comble d'é-
loges, et qu'il invite à lui répondre.
que deux paires de chaque sorte. Ayons donc
en horreur l'impureté de sa séparation. On a SÉVÈRE AU VÉNÉRABLE ET BIEN CHER ET BIEN-
beau être recommandable par la pureté de AIMÉ ÉVÊQUE AUGUSTIN.
ses mœurs, on devient condamnable par le seul
fait de la séparation. Le mauvais fils a beau se 1. Mon frère Augustin, je rends grâces à
dire juste, il ne se lave pas pour cela de sa sor- Dieu de qui nous viennent toutes les joies que
tie, quoique dans l'orgueil qui l'aveugle, il ose
dire ces paroles réprouvées par le prophète : nous éprouvons. Il m'est bon d'être avec vous
je vous en fais l'aveu. Je vous lis beaucoup. Ce
;
Lxv-5.) Quiconque donc ,
« Ne me touchez pas, car je suis pur. (Isaie
avant le temps
cause de l'impureté de quelques-uns, aban-
à , qu'il y a de surprenant, mais c'est pourtant la
vérité, je suis plus avec vous, quand vous êtes
absent, que quand vous êtes présent car alors ;
donne l'unité comme l'arche du déluge, qui le tumulte des affaires du monde, ne vient ni
portait dans son sein les animaux purs et les nous troubler, ni s'interposer'entre nous. Je
impurs, montre qu'il estlui-même ce qu'il fuit. jouis donc de vous, autant que je le peux, mais
Voilà ce que Dieu a voulu, afin que dans cette non autant que je le veux. Que dis-je, autant
ville, votre peuple, par la bouche de quelqu'un. que je le veux ?
Vous savez combien je suis
avide de vous. Cependant je ne me plains
(Il manqueenvironvingt-sept lignes dans le pas de n'en pas jouir autant que je le voudrais,
manuscrit du Vatican, d'où cette lettre a été brée.) puisque je fais pour cela tout ce que je suis
capable de faire. Je rends donc grâces à Dieu,

(1) Ecrite l'an 409. — Cette lettre était la 37e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
loge se trouve maintenantla 211e.
(2) Voir dans le volume précédent la note sur le titre de la lettre 62e.

de immundis aliquibus area ante tempus propter EPISTOLA CIX.


immundo deserta est. Corvus tantum deseruit, et se
ante tempus ab illius arcæ communione separavit : Severus Milevitanus antistes maximam delectalionem
sed de binis immundis, non de septenis mundis fuit, fructumque ex Augustini lectione capere se profite-
hujus separationis immunditiam detestemur. Nam tur, summis laudibus ipsum efferens, ac demum
quicumque talibus moribus laudabiles sunt, facit provocans ad rescribendum.
eos sola separatio ista damnabiles : quiafilius malus
ipse se justum dicit, exitum autem suumnon abluit; VENERABILI AC DESIDERABLI ET TOTO SINU CARITATIS
quamvis insolenter elatus et ipse suo tumore cæcatus AMPLECTENDO EPISCOPO AUGUSTINO SEVERUS.
audeat dicere, quod Propheta prævidens detestatus
est, « Noli me tangere, quoniam mundus sum. (Isa. Deo gratias, frater Augustine, cujus donum est
LXV, 5.) Quisquis ergo ante tempus, velut propter quidquid in nobis bonorum gaudiorum est. Fateor,
quorumdam immunditiam, congregationem hujus bene mihi tecum est; multum te lego : mirum dicam
deserit unitatis, tamquam arcam in diluvio, munda sed verum plane, quam mihi absens solet esse præ-
atque immunda portantem, ostendit se potius hoc sentia, tam presens facta est absentia tui. Nullæ se
esse, quod fugit. Hoc voluit Dominus, ut et in hac nobis interpununt turbulentæ actiones temporalium
civitate plebs tua per os cujusdam. rerum. Ago quantum possum, etsi non tantum pos-
sum quantum volo : quid ego dicam, quantum volo ?
(Vacat spatium XXVII. versuum in Ms. exemplari Nosti optimè quàm avarus sim tui : nec tamen mur-
Vaticano unde eruta, est epistola.) muro, quia non tantum ago quantum volo, quoniam
rursus non minus ago quantum possum. Deo ergo
gratias, frater dulcissime, bene mihi tecum est, gau-
ô frère si doux à mon cœur, de me trouver si votre fidèle ministère. Vous savez si bien ré-
bien et si heureux avec vous. Je me réjouis de pondre à ce que le Seigneur vous dit et vous
vous être étroitement uni et attaché, pour ainsi inspire, que tout ce qui se répand sur nous de
dire, aux mamelles de votre charité où je puise sa plénitude, devient plus doux et plus agré-
constamment de nouvelles forces. Que ne able, en passant par l'élégance de votre lan-
puis-je en faire couler tous les trésors qu'elles gage, par la netteté rapide de votre parole, par
renferment et qu'elles tiennent cachés. Que ne votre fidèle, chaste et simple ministère. Vous
puis-je en écarter les obstacles, qui empêchent savez si bien en faire ressortir l'éclat par vos
d'abord le nourrisson d'en sucer le lait qui doit soins et la finesse de vos pensées, que nos yeux en
le nourrir? Que ne puis-je en exprimer ce sont éblouis, et se porteraient sur vous seul, si
qu'elles ont de plus intime, et ouvrir entière- vous-même ne nous montriez le Seigneur, pour
ment à mon avidité ces mamelles remplies nous faire rapporter à lui tout ce qui brille en

:
d'une nourriture céleste et d'une douceur spi-
rituelle mamelles de pureté et de simplicité,
vous ; car vous nous montrez que vous n'êtes
bon, simple et beau, que par un reflet de su
quoiqu'elles soient ornées de la double cou- bonté. Nous espérons qu'en lui rendant grâces
ronne de la charité de Dieu et du prochain
mamelles de lumière et de vérité, auxquelles
; du bien qu'il a mis en vous, il daignera nous
unir à vous-même, ou du moins nous soumettre
je m'attache et me suspends, pour ainsi dire, à vous, pour que nous soyons soumis à celui qui
afin qu'elles répandent sur moi les rayons de vous conduit et vous gouverne, pour vous faire
votre lumière, qui doivent éclairer la nuit où tel que vous êtes, c'est-à-dire, celui dans lequel
je suis plongé, et me permettre de marcher avec nous trouvons notre joie, et afin que vous puis-
vous à la clarté du jour céleste. 0 industrieuse siez à votre tour trouver en nous votre conten-
abeille de Dieu, habile à construire des ruches tement. Je ne désespère pas d'y parvenir, si
remplies de nectar divin, et d'où il découle vous m'y aidez par vos prières, vous dont
que miséricorde vérité. C'est là ne âme l'exemple m'a déjà permis de faire quelques
et que mon
trouve ses plus pures délices, et la nourriture pas vers ce but où j'aspire. Vous voyez ce que
qui répare ses forces et soutient sa faiblesse. vous pouvez faire par votre bonté, si grande
2. Le Seigneur est béni par votre bouche et qu'elle nous entraîne à l'amour du prochain,

deotecum artius conjunctus; et ut ita clicam, unis-


sime quantum potest adhærens tibi, redundantiam
uberum tuorum suscipiens vires comparo, si possim
:
2. Benedicitur Dominus per præconium oris tui,
et fidele ministerium quod sic concinere et respon-
dere facis canenti tibi Domino, ut quidquid de ejus
idoneus effici ad ea concutienda et exprimenda, ut plenitudine ad nosusque redundat, jocundius efficia-
quidquid secretius et interius clausum custodiunt, tur et gratius per tuum elegantem famulatum, et
remotis pellibus quas adhuc lactenti sugendas inse- succinctam munditiam, et fidele ac castum simplex-
runt, ipsa mihi viscera si possibile est, dignentur que ministerium: quod ita resplendere facis per ar-
:
effundere. Viscera, inquam, mihi ut refundantur

:
cupio viscera tua, viscera pinguia sagina cœlesti,
et condita omni dulcedine spirituali viscera tua,
gutias tuas et vigilantiam tuam, ut perstringat ocu-
los, et in se rapiat : nisi tu idem innuas Dominum,
ut quidquid in te delectabile lucet, referentes nos
viscera pura, viscerasimplicia, nisiquodduplicisunt ad illum, ipsius esse agnoscamus, de cujus bonitate
vinculo redimita gemmae caritatis : viscera tua, vis- tam bonus es, et de cujus puritate et simplicitate et
cera perfusa lumine veritatis, et refulgentia verita- pulchritudine, purus, simplex et pulcher es : et illi
tem. Horum me manationi vel resultationi subjicio, agentes gratias de bono tuo (b) dono suo dignetur nos
quo nox mea in lumine tuo deficiat,ut in (a) diei cla- tibi adjungere, vel quoquo modo subjungere, ut
ritate simul ambulare possimus. 0 vere artificiosa plenius subjiciamur illi, cujus te ductu ac modera-
apis Dei, construens favos divini nectaris plenos,
manantes misericordiam et veritatem, per quos dis-
currens deliciatur anima mea, et vitali pastu quid-
:
tione talem gaudemus, ut et tibi contingat gaudere
de nobis quod non diffido fore, si tuis me orationi-
bus adjuves, cujus imitatione nonnihil jam profeci,
quid in se minus invenit, aut imbecillum sentit, re- ut talis esse desiderem. Vides quid facias, quod sic
sarcire et suffulcire molitur. bonus es, quam nos rapias in amorem proximi, qui

(a) Mss. Vaticani quatuor, in Dei claritate,


(b) Sic Mss. sexdecim. At editi habent, Et illi agentes gratias de bono tuo Domino, qui dono suo dignatus est nos etc.
cet amour qui est le premier et le dernier degré autant que nous le permettra, à cause de nos
pour arriver à l'amour de Dieu, et qui est péchés, cette partie matérielle à laquelle nous
comme la limite où viennent se rencontrer ces sommes unis, et qui est une partie de nous-
deux amours, c'est-à-dire l'amour de Dieu et mêmes. Voici une longue lettre, non en rap-
celui du prochain. Quand nous sommes sur port avec votre grandeur, mais avec ma pe-
cette limite, nous ressentons déjà la chaleur de titesse. Puisse-t-elle m'en attirer une de vous
ces deux amours, qui bientôt nous embrassent proportionnée non à ma petitesse, mais à votre
de leurs feux. Et plus l'amour du prochain a grandeur. Quelle qu'elle soit cependant, elle ne
été ardent et a purifié nos cœurs, plus il nous sera jamais assez longue pour moi, qui trouve
excite et nous pousse au pur amour de Dieu. toujours le temps trop court, quand il s'agit de
C'est là que notre amour n'a plus de bornes, vous lire. Écrivez-moi, quand et où je dois me
parce que la mesure d'un tel amour est de n'en trouver pour Taffaire au sujet de laquelle vous
connaître aucune. Nous ne devons donc pas m'avez invité à me rendre près de vous. Je
craindre de trop aimer Notre-Seigneur, mais de m'empresserai de vous obéir, si cette affaireest
ne pas l'aimer assez. encore dans le même état, et que vous n'ayez
3. Ce que je viens de vous écrire, vous fait point changé d'avis. Mais quandles choses au-
voir que ma tristesse a été dissipée par le plai- raient changé, ne changez rien à mon voyage
sir et le bonheur de m'occuper de vous, dans la vers vous, car c'est la chose que je préférerais
douce retraite de l'asile champêtre où je me à toutes les autres.Je salue et désire ardem-
trouve. Ma lettre était achevée, quand un digne ment revoir tous les frères qui servent le Sei-
évêque a daigné me faire une visite, et son ar- gneur avec nous.
rivée a mis fin à ma lettre et à mes joies. Dites-
moi donc, ô mon âme, pourquoi de telles joies
?
se dissipent si vite Sans doute, parce que la
cause, quelque honnête qu'elle en soit, n'est pas
d'une utilité assez étendue, et qu'elle s'arrête à
une partie du tout, c'est-à-dire à moi seul. Tra-
vaillons donc à rendre cette partie, c'est-à-dire
nous-mêmes, plus en rapport avec le bien uni-
versel. Travaillons à la rendre plus pure, plus
parfaite, plus capable de s'unir au bien de tous,

nobis primus ad dilectionem Dei, et ultimus gradus cedit materia, id est nos ipsos cedimus nobis elima-
est, et quasi limes, quo sibi uterque annectitur tiores et compaginabiliores, (si tamen admittis hoc
Dei et proximi : in quo nos, ut dixi, quasi limite verbum) aptare moliamur. Habes epistolam non pro
stantes amborum calore tangimur, et amborum fla- tua magnitudine, sed pro mea parvitate longiorem,
gramus amore. Sed quantum nos iste ignis exusserit qua te provocaverim, ut jam non pro mea parvitate,
et purgaverit proximi, tantum nos in illum puriorem sed pro tua magnitudine mihi epistola mittatur. Quae
Dei ire compellit. In quo jam nullus nobis amandi tamen quantacumque erit, mihi longa non erit, cui
modus imponitur, quando ipse ibi modus est sine totum tempus breve est ad te legendum. Rescribe
modo amare. Non ergo verendum est ne plus ame- mihi quando, aut ubi occurrere debeam, propter
mus Dominum nostrum, sed ne minus, timendum. illam causam qua me jussisti occurrere. Quod si est
Hsec epistola superior, quæ tibi me quasi ab-
stersa tristitia^felicitateactionum, de liberaliotio quod
tecum mihi agere licuit in hoc rure posito (nam ita
ram:
integra, et non forte aliud melius placuit,tunc occur-
sin minus, rogo te, nolo me a cursu revoces
meo. Illa enimsola visa est, quam prseponerem mihi.
licere potuit) laetiorem offert, antequam' sane vene- Fratres omnes qui nobis in Domino conservi sunt, et
rabilis episcopus nos visitare dignaretur, quasi desidero multum, et saluto. »
meta illorum gaudiorum scripta est, et quod vere
mirer, eodem die venit quo scripta est. Quid hoe est,
quseso anima mea, nisi forte quod nos delectat tamen
etsi honestum est, non tamen satis utile, quia in
parte est? Interim licet universo hanc ipsampartem,
id est nos ipsos, quantum pro peccatis nostris nobis
soin pour nous en acquitter, puisqu'à l'égard de
LETTRE ex.(1)

Saint Augustin reproche avec douceur à l'évêque


la charité nous sommes des débiteurs perpé-
tuels, selon les paroles de l'Apôtre ((Ne de-
meurez redevables de rien à personne, si ce
:
Sévère, les louanges que ce prélat lui avait
données dans la lettre précédente. ;
n'est de l'amour qu'on se doit les uns aux
autres (Rom. xin-8) mais c'est à l'égard de
votre lettre que je reste encore redevable en-
A SON BIENHEUREUX ET TRÈS-DOUX SEIGNEUR SÉ- vers vous. Comment en effet répondre à cette
VÈRE, SON VÉNÉRABLE FRÈRE ET SON COLLÈGUE
bienveillance, à cette avidité que vous avez
DANS LE SACERDOCE, AINSI QU'AUX FRÈRES QUI
pour tout ce qui vient de moi La lecture de?
SONT AVEC LUI, AUGUSTIN ET SES FRÈRES, SALUT
votre lettre me l'a fait voir, sans cependant
m'apprendre rien de nouveau à cet égard, mais
DANS LE SEIGNEUR.
elle exige de moi une nouvelle réponse.
1. La lettre que vous a remise de ma part 2. Peut-être êtes-vous surpris, que je me dise
notre très-cher fils et collègue dans le diaconat hors d'état de vous payer cette dette, à vous
était déjà prête, au moment de son départ, lors- qui avez une si haute opinion de moi, et qui
que nos bien-aimés fils, Quodvultdeus et Gau- me connaissez comme je me connais moi-
dens, sont arrivés avec votre lettre. Cela fut même. Mais ce qui rend ma réponse si difficile,
cause que Timothée(2), toujours sur le point de c'est que plus vous me paraissez digne de
partir, ne vous a pas porté ma réponse, parce touanges,plus jecrains de blesser votremodestie,
qu'après l'arrivée des autres, il n'est resté que et que d'un autre côté si je reste au-dessous de
peu de temps avec nous, et comme devant nous ce que je pense de vous, après avoir été com-
quitter de moment en moment. Quand bien blé d'éloges par vous-même, je serai toujours
même je vous aurais répondu par lui, je serais votre débiteur. Je ne m'en inquiéterais pas, si
encore votre débiteur, car maintenant que je je n'étais pas convaincu que tout ce que vous
parais vous avoir répondu, je vous dois encore, m'avez dit vient d'une pure et sincère charité,
je ne dis pas une dette de charité, toujours d'au- et non d'une flatterie ennemie de l'amitié. En
tant plus grande que nous avons mis plus de sffet, si vous aviez voulu me flatter, je ne serais

(1) Ecrite l'an 409.


— Cette lettre était la 135e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
110* se trouve maintenant la 213e.
(2) Probablement celui dont il est question dans les lettres 62e et 63e.

pondissem, adhuc debitor forem. Nam et nunc quod


EPISTOLA CX. videor respondisse debitor sum non dico caritatis,
quam tanto magis debemus, quanto amplius impen-
derimus, cujus perpetuos debitores ostendit
Augustinus Severo episcopo blandissime expostulans Apostolus dicens nos Nemini quidquam debeatis, nisi
: «
et querens se ab ipso tantopere laudatwm in supe- ut invicem diligatis (Rom. XIII 8.) sed ipsius episto-
rioreepistola. lae tuse, quando enim sufficiam tuae suavitati, tantse-
que aviditati animi tui; quam mihi lecta nuntiavit ?
DOMINO BEATISSIMOATQUE DULCISSIMO, VENERABILI NI- Rem quidem mihi in te notissimam insinuavit; verum-
MIUMQUE DESIDERABILE FRATRI ET CONSACERDOTI SE- tamen etsi non mihi rei novae insinuatrix, nova ta-
VERO, ET QUI TECUM SUNT FRATRIBUS, AUGUSTINUS men rescriptorum exactrix fuit.
ET QUI MECUM SUNT FRARES IN DOMINO SALUTEM. 2. Miraris fortasse cur me hujus debiti persoluto-
rem imparem dicam, cùm tu de me tain multum
Epistola mea, quam pervexit carissimus filius et sentias, qui me tamquam anima mea noveris : sed
condiaconus noster Timotheus, jam parata erat pro- hoc ipsum est, quod mihi magnam difficultatem fecit
fecturo, quando filii nostri Quodvultdeus et Gauden- respondendi litteris tuis, quia et quantus mihi videa-
tius ad nos venerunt cum litteris tuis. Inde factum ris parco dicere propter verecundiam tuam, et uti-
est ut continuo proficiscens. non afferret responsio- que minus dicendo, cum tu in me tantam laudem
nem meam, quoniam post illorum adventum quantu- contuleris, quid nisi debitor remanebo
lumcumque apud nos immoratus est, et profecturus curarem, si ea quae de me ad me locutus es, non
Quod non ?
per horas singulas videbatur. Sed etsi per eum res- ex caritate sincerissima dicta scirem, sed adulatione
;
pas votre débiteur, parce qu'on n'est redevable
de rien à la flatterie mais plus je suis convaincu
de la sincérité de vos sentiments à mon égard,
vous égare à ce sujet, vous, à la bienveillance
duquel je dois beaucoup. En effet, le même
sentiment de sincérité et de bienveillance pour-
plus je me sens accablé de la dette que j'ai con- rait me faire dire tout ce que je pense de vrai
tractée envers vous.
:
o. Mais voyez ce qui m'arrive en disant que
;
sur vous si, comme je l'ai dit plus haut, je ne
craignais pas d'offenser votre modestie. Pour
vous avez été sincère en me louant, je fais moi- moi, quand je suis loué par un ami intime et
même mon éloge. Cependant que puis-je dire cher à mon âme, il me semble que je me loue
de vous, sinon ce que j'en ai dit à la personne moi-même. Vous voyez par là, combien notre
que vous savez. Or voilà que je me suis fait position devient difficile, même quand nous di-
à moi-même une nouvelle question que vous ne sons la pure vérité. Or, précisément parce que
m'aviez pas proposée, et dont vous attendez vous êtes un autre moi-même, ou plutôt parce
sans doute de moi la solution, et comme si c'é- que votre âme et la mienne n'en font qu'une,
tait trop peu pour moi de vous devoir déjà tant, vous pouvez vous tromper, en pensant que j'ai
j'augmente encore ma dette envers vous. Mais
il me sera facile de vous montrer, et vous le
verriez bien vous-même si je ne le vous montrais
:
ce que réellement je n'ai pas, comme un homme
peut se tromper sur lui-même or, je veux évi-
ter cela, non-seulementpour ne pas laisser dans
pas, que l'on peut dire la vérité en ne parlant l'erreur quelqu'un que je chéris, mais encore
pas sincèrement, et qu'on peutparler avecsincé- dans la crainte que vos prières ne soient moins
rité en ne disant pas ce qui est vrai. En effet, ce- vives, pour demander à Dieu que je sois tel que
lui qui parle comme il pense, parle sincèrement vous me croyez. Si je suis votre débiteur, ce
quand bien même il n'est pas dans Ja vérité, n'est pas pour croire et dire de vous, par un
mais celui qui ne pense pas ce qu'il dit ne parle retour d'affection et de bienveillance, le bien
pas sincèrement, quoique ce qu'il dise soit vrai. que vous-même reconnaissez vous manquer
Ai-je le soupçon que vous ne pensez pas ce encore, mais seulement les qualités que je suis
?
que m'avez écrit Nullement. Mais comme jene certain de trouver en vous, et qui sont un don
reconnais pas en moi ce que vous en avez dit, de Dieu. Si j'agis ainsi, ce n'est pas par crainte
vous avez pu, tout en parlant sincèrement, ne de me tromper à votre égard, mais parce que
pas dire la vérité sur mon compte. loué par moi, vous sembleriez vous louer vous-
4. Je ne veux pas toutefois que votre amitié même. Je veux garder envers vous cette règle

inimica amicitiae. Hoc quippe modo nec debitor fie- 4. Sed nolo te vel benevolentiâ sic falli; cui bene-
rem, quia talia rependere non deberem : sed quanto volentiae debitor sum, quia et tam fideliter, et tam
magis novi quam fideli animo loqueris, tanto magis benevole ea, quae vera sunt, possum de te dicere,
video quanto debito graver. nisi, ut supra dixi, verecundise tuæ parcerem. Ego
3. Vide autem quid mihi contigit, ut me quodam- autem quando laudor à germanissimo et familiaris-
modo ipse laudaverim, qui me ate fideliter laudatum simo animæ meæ, velut a meipso lauder, sic habeo.
dixerim. Sed quid aliud dicerem, quam id quod de te Quod cernis quam molestum sit, etiam vera si
admonui (a) quem nosti. Ecce mihi novam feci quæs dicantur. Quanto potiùs quia etiam cum sis altera

:
tionem, quam tu non proposuisti, et eam fortassis
exspectas ut solvam ita mihi parum erat quod debi-
tor eram, nisi etiam me ampliore debito ipse cumu-
anima mea, imo una sit anima tua et mea, sic in
me falleris putando mihi adesse quæ desunt, quomo-
do et de se ipse unus homo falli potest ? Quod non
larem : quamquam hoc facile sit ostendere, et tantum ideo nolo, ne quem diligo, tu fallaris; verum
si non ostendam facile tibi videre, et vera in- etiam ne minus ores, ut sim quod jam me esse cre-
fideliter dici posse, et non vera fideliter. Qui enim :
dis nec in eo sum tibi debitor, ut eadem progressu

:
sic credit ut loquitur, etsi non vera loquitur, fideliter
loquitur qui autem non credit quae loquitur, etsi
vera loquitur, infideliter loquitur. Numquid ergo
benevolentiae credam et loquar de te bona, quæ ad-
huc et tu tibi deesse cognoscis, sed ut animo tam
quidem benevolo ea tantum dicam bona tua, dona
dubito, quod ea de me credas, quae scripsisti ? Quae Dei, de quibus in te certus sum. Quod non ideo non
cum in me non agnosco, potuisti fideliter de me non facio ne fallar in eis, sed ne tu a me laudatus, ipse
vera dicere. te laudasse videaris : et propter illam justitiae regu-
(a) Mss. decem, quam nosti.
de justice, que je désire voir observer envers bien d'ouvrages j'ai sur les bras et de com-
moi-même. Si on pense que je doive faire en bien de soins m'accable le ministère dont je
cela ce qui est contre ma conviction, j'aime suis chargé. C'est à peine s'il me reste quelques

;
mieux demeurer votre débiteur, jusqu'à ce que
l'onm'ait convaincu du contraire mais sije suis
dans la vérité et dans la raison, en croyant que
instants de loisir, que je ne puis, sans manquer
à mon devoir, consacrer à des affaires étran-
gères.
cela ne doit pas être fait, je ne suis plus votre 6. Vous me priez de vous écrire une longue
lettre, je vous le dois, il est vrai, je le dois à
débiteur.
-5. Je sais ce que vous pouvez me
répondre
Vous parlez ainsi, me direz-vous, comme si
: votre volonté si douce, si sincère et si pure.
Mais comme vous êtes un fidèle ami de la jus-
j'avais désiré une longue lettre d'éloges. Loin
de moi une telle pensée, mais votre lettre rem-
plie de mes louanges vraies ou fausses, exige
que vous chérissez tant ,
tice, je vous prie, aunom de cette justice même,
d'écouter favo-
rablement mes paroles. Vous avouerez sans
que je vous adresse quelque réprimande. Car doute que mes dettes envers vous et d'au-
vouloir que je vous écrive autre chose, ce serait tres doivent passer avant ce que je ne dois qu'à
désirer que je vous paie au-delà de ce que je :
vous seul or, le temps ne. me suffit pas pour
vous dois. Or, il est dans l'ordre de la justice répondre à tout, puisqu'il me manque même
que l'on paie d'abord ses dettes, et qu'ensuite pour les devoirs que j'ai à remplir avant tout.
si l'on veut, on fasse quelque libéralités à celui C'est pourquoi mes amis les plus intimes et les
envers lequel on s'est acquitté. Cependant quand plus chers, au premier rang desquels j'aime à
il s'agit de choses comme celles que vous sou- vous placer au nom de Jésus-Christ, me ren-
haiteriez que je vous écrivisse, si on réfléchit dront un véritable service, non-seulement en
plus attentivement aux préceptes du Seigneur,
ce n'est pas donner mais simplement s'acquit-
ter, puisque selon l'Apôtre, «il ne faut demeu-
;
ne m'imposant pas l'obligation d'écrire des cho-
ses étrangères à mes fonctions mais encore en
employant leur autorité et leur sainte bienveil-
rer redevable envers personne, sinon de l'amour lance, pour détourner les autres de s'adresser
que l'on se doit les uns aux autres. » Or la cha- à moi àce sujet. Autrement, je paraîtrais dur
rité exige que, selon les droits de la charité en ne répondant pas au désir de chacun en par-
fraternelle, nous aidions autant qu'il est en ticulier, lorsque je veux etdois répondreau dé-
nous celui qui implore notre secours pour arri- sir et au besoin de tous. Enfin, lorsque selon
ver au bien. Mais vous savez, mon frère, com- mon espérance et votre promesse vous viendrez

lam, qua mihi fieri nolo. Quod si fieridebet, eligo


esse debitor, quamdiu puto non esse faciendum
si autem fieri non debet, nec debitor sum.
: sas curas, quas nostrre servitutis necessitas habct,
vix mihi paucissirrife guttse temporis stillantur, quas
aliis rebus si impendero, contra officium meum mihi
5. Sed mvi quod mihi ad hæc respondere possis, facere videor.
Ita ista loqueris quasi prolixam epistolam tuam de 6. Quod enim vis, ut ad te prolixam epistolam

dam:
laudibus meis desideraverim. Absit ut hoc de te cre-
sed epistola tua, nolo dicere quam veris, vel
quam non veris, plena tamen laudibus meis, hoc de
scribam, ethocquidemdebeo, fateor, debeoprorsus
hoc tam dulci, tam sincerte, tam merae voluntati
tuæ. Sed quia bonus es amator justitiae, inde te ad-
me ut Teprehenderem, etiam te nolente, flagitavit. moneo, ut de illa, quam diligis, hoc a me libentins
Nam si quid aliud volebas ut scriberem, largitorem audias. Cernis prius esse quod et tibi et aliis, quàm
me desiderabas, non redditorem. Porro justitise ordo quod tibi tantummodo debeo; et tempus ad omnia
sic habet, ut debitum prius reddamus; tum deinde mihi non sufficit, quando nec ad illa quæ priora
cui reddimus, si hoc placet, aliquid et donemus. sunt. Unde omnes carissimi et familiarissimi mei,
Quamquam etiam talia qualia desiderasti ut scribe- quorum in nomine Christi inter primos mihi es,
rem, si diligentius præcepta dominica cogitemus, rem facient, officii sui, si non solum alia mihi scri-
reddimus potius quam donamus, si nemini quidquam benda ipsi non imponant, verum etiam ceteros
debendum est, nisi ut invicem diligamus. Ipsa quippe quanta possnnt auctoritateet sancta benignitate pro-
dilectio exigit debitum, ut fraternæ caritati servien- hibeant : ne videar ergo durus cum a singulis petita
tes, eum, qui se adjuvari recte velit, in quo possu- non dedero, dum ea volo magis reddere, quæ omni-
mus, adjuvemus. Sed mifrater, et tu credo quodno- bus debeo. Denique cum sicut speramus et promis-
veris quanta sint in manibus meis, quibus ob diver- sum tenemus, ad nos venerit venerabilitas tua, scies
ici, vous verrez de combien d'ouvrages et de sements prolongés que de longs écrits. En effet,
soins de toute espèce je suis occupé, et vous le monde entier est tellement affligé, par de
insisterez alors davantage, comme je vous en telles calamités qu'il n'est presqu'aucune partie
ai prié, pour empêcher les autres dem'imposer de la terre, où l'on n'ait à déplorer des excès
des devoirs que je ne pourrais remplir. Que le
semblables à ceux que vous me racontez. Na-
Seigneur notre Dieu remplisse votre cœur qu'il guère encore, nos frères ont été massacrés par
a fait si grand et si saint. les barbares dans ces solitudes d'Egypte, qu'ils
avaient choisies comme des lieux sûrs, pour y
établir leurs monastères loin du bruit et du tu-
LETTRE eXI.(1) multe du monde. Je pense que vous n'ignorez
pas non plus tous les crimes qui ont été commis
Saint Augustin écrit au prêtre Victorien pour le dans les différentes régions des Gaules et de
consoler et l'exhorter à supporter avec résigna- l'Italie. Nous venons même d'en apprendre de
tion les maux que les barbares, dans leurs excur- pareils dans toutes les provinces d'Espagne,
sions en Italie et en Espagne, faisaient souffrir qui jusqu'à ce jour paraissaient en être à l'abri.
Mais pourquoi chercher si loin, voilà que dans
aux vierges et aux hommes consacrés au ser-
vice de Dieu (2). notre contrée d'Hippone, non encore envahie
par les barbares, les clercs et les circoncellions
A SON BIEN-AIMÉSEIGNEUR VICTORIEN, SON FRÈRE des donatistes exercent leurs brigandages et
dévastent tellement les églises, que les violen-
ET SON COLLÈGUE DANS LESACERDOCE, AUGUS-
TIN, SALUT DANS LE SEIGNEUR. ces des barbares nous paraîtraient peut-être
plus douces.
1. Votre lettre a' rempli mon âme d'une En effet, quelle atrocité plus grande un bar-
grande douleur. Vous désirez que j'y réponde bare pourrait-il inventer que celle de ces im-
par quelque écrit étendu. De tels maux deman- pies, qui brûlent les yeux de nos clercs avec de
dent plutôt des pleurs abondantes et des gémis- la chaux et du vinaigre, et dont ils mutilent et

(1) Ecrite au mois de novembre 409. — Cette lettre était la 122e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et
celle qui était la IIIe se trouve maintenant la 148e.
(2) L'Espagne, qui jusqu'alors avait échappé aux invasions des Barbares, avait vu tout à coup fondre sur elle les Vandales,
les Alains, les Suêves, etc. Saint Augustin parle dans cette lettre des maux que causaient ces invasions des Barbares.

quibus operibus litterarum et quantum occupatus cum talibus malis magis prolixi gemitus et fletus,
sim, et instantius facies quod rogavi, ut et alios, quam prolixi libri debeantur. Totus quippe mundus
quos potueris, mihi aliquid aliud scribendum volen- tantis affligitur cladibus, ut pene pars nulla terra-
tes injungere, à me demoliaris. Dominus Deus nos- rum sit, ubi non talia, qualia scripsisti, committan-
ter impleat cordis tui tam grandem, et tam sanc- tur atque plangantur. Nam ante pgrvum tempus,
tum sinum, quem ipse fecit, Domine beatis- etiam in illis solitudinibus Ægypti, ubi monasteria
sime. separata ab omni strepitu, quasisecura (a) delegerant,
a barbaris interfecti sunt fratres. Jam vero quæ
EPISTOLA CXI. modo in regionibus Italiae, quae in Galliis nefaria
perpetrata sint, etiam vos latere non arbitror : de
Augustinus Victoriano presbytero, consolans eum ad Hispanis quoque tot provinciis, quæ ab his malis
toleranter accipienda mala quoe barbari in Italiam diu videbantur intactæ. cæperunt jam talia nun-
et Hispaniam incursionem facientes. inferebant tiari. Sed qui longe imus ? Luce in regione nostra
sanctis viris et sacris virginibus. Hipponensi, quoniam earn barbari non adtigerunt,
DOMINO DILECTISSIMO ET DESIDERATISSIMO FRATRI ET
clericorum Donatistarum et Circumcellionum latro-
cinia sic vastant ecclesias, ut barbarorum fortasse
COMPRESBYTEROVICTORIANO, AUGUSTINUS IN DOMI- facta mitiora sint. Quis enim barbarus excogitare
NO SALUTEM.
potuit quod isti, ut in oculos clericorum nostrorum
Litterae tuae impleveruntgrandi dolore cor nostrum, calcem et acetum mitterent, quorum membra etiam
quibus petdsti ut prolixo opere aliqua responderem; coetera plagis horrendis vulneribusque aauciarunt ?

(ø) Lov. degebant. At editi alii et Mss. delegerant.


;
déchirent lés membres par d'horribles blessures?
Ils pillent les maisons et les incendient ils en-
lèvent les grains, répandent sur le sol les vins
fidèles. A ceux qui ne cessent de lancer leurs
plaintes impies contre la foi chrétienne en di-
sant, qu'avant la prédication de cette doctrine
et les huiles, et à force de menaces ils obligent dans le monde, le genre humain n'avait pas à
beaucoup de chrétiens à se faire rebaptiser.
Hier même, j'ai appris qu'en un seul endroit,
ils avaient inspiré tant de terreur, que quarante-
pondre par ces paroles du Seigneur :
souffrir d'aussi grands maux, il est facile de ré-
« Le ser-
viteur qui, ne connaissant pas la volonté de son
huit personnes avaient été contraintes de rece- maître, aura fait des choses qui méritent un
voir un second baptême. châtiment, sera peu châtié, mais celui qui con-
2. Toutes ces calamités sont déplorables. naissant la volonté de son maître aura fait des
sans doute, mais ne doivent pas nous étonner. choses dignes de châtimentsera beaucoup pu-
Élevons nos cris vers Dieu, pour qu'il nous dé- ni. (Luc. XII, 47.)
livre de si grands maux, non selon nos mérites, Faut-il donc s'étonner si, dans ces temps
mais selon l'étendue de sa miséricorde. Que chrétiens, le monde estgravement puni, comme
devons-nous en effet espérer pour le genre hu- ce serviteur qui, connaisssnt la volonté de son
main, puisque depuis si longtemps toutes ces maître, fait des choses dignes de châtiments?
choses nous ont été prédites par les prophètes On remarque la promptitude avec laquelle la
et fÉvangile? Nous ne devons donc pas être en parole de l'Evangile est répandu, sur la terre,
contradiction avec nous-mêmes, c'est-à-dire de mais on ne remarque pas avec quelle perversité
croire aux choses quand nous les lisons, et de on la méprise. Les serviteurs de Dieu, humbles
nous plaindre quand elles sont accomplies. Ce et saints, qui souffrent doublement les maux
sont plutôt ceux qui avaient été incrédules, de ce siècle, et de la part des impies et avec
lorsqu'ils lisaient ces maux prédits dans les li- lesimpies mêmes, trouventleur consolationdans
vres saints, qui doivent présentemeut y ajouter
foi, lorsqu'ils en voient l'accomplissement. Au
milieu de ces tribulations qui nous accablent,
:
l'espoir du siècle à venir. C'estce qui a fait dire
à l'Apôtre « Les souffrances de ce temps ne
sont pas proportionnées à la gloire future qui
comme dans le pressoir du Seigneur, de même éclatera en nous. (Rom. vin, 48.)
qu'on en voit sortir le marc, c'est-à-dire les 3. C'est pourquoi, mon très-cher frère, à ces
murmures et les blasphèmes des infidèles, de
même aussi on en voit couler et distiller l'huile
pure, c'est-à-dire les prières et le repentir des
mêmes hommes, dont vous dites ne pas pouvoir
:
supporter les paroles, quand ils répètent « Si
nous pécheurs nous avons mérité de tels maux,
Deprsedantur etiam domos aliquas et incendunt, cesset. Illis enim qui contra Christianam fidem que-
fructus aridos diripiunt, humidos fundunt, et talia relas impias jactare non quiescunt, dicentes, quod
coeteris comminando, multos etiam rebaptizari com- antequam ista doctrina per mundum prædicaretur,
pellunt. Pridie quam ista ad te dictavi, ex uno loco tanta mala non patiebatur genus humanum, facile
per hujusmodi terrores quadraginta et octo animae est ex Evangelio respondere. Dominus enim dicit,
mihi rebaptizatsenuntiatæ sunt. « Servus nesciens voluntatem Domini sui, et faciens
2. Plangenda sunt hsee, non miranda, et excla- digna plagis, vapulabit paucas : servus autem
mandum ad Deum, ut non secundum merita nostra, sciens voluntatem domini sui, et faciens digna pla-
sed secundùm misericordiam suam a tantis malis gis, vapulabit multas. (Luc. XII, 47-48.) » Quid ergo

humano:
liberet nos. Nam quid utique sperandum fuit generi mirum, si Christianis temporibus iste mundus, tam-
cum haec et in Prophetis et in Evangelio quam servus jam sciens voluntatem Domini sui, et
tanto ante praedicta sint ? Non itaque debemus tam faciens digna plagis, vapulat multas ? Adtendllnt,
nobisipsis esse contrarii, ut credamus quando legun-' quanta celeritate Evangelium prsedicatur, et non
tur, et queramur quando complentur : sed potius et adtendunt quanta perversitate contemnitur. Servi
illi qui increduli fuerant, cum hsec in sanctis libris autem Dei humiles et sancti, qui dupliciter mala
conscripta legerent vel audirent, nunc saltem crede- temporalia patiuntur, quia et ab ipsis impiis, et cum
re debent cum compleri jam vident : ut de his tam ipsis patiuntur, habent consolationes suas, et spem
magnis pressuris tamquam in torculari Domini Dei futuri sæeuli. Unde dicit Apostolus, «Non suntcondi-
nostri, sicut amurca infidelium murmurantium et gnse passiones hujus temporis ad futuram gloriam,
blasphamantium fluit, ita oleum quoque fidelium quæ revelabitur in nobis. (Rom. VIII, 18.) »
confitentium et orantium exprimi et liquari 3. Proinde carissime, etiam illis quornm verba
non
pourquoi les serviteurs de Dieu sont-ils mas- mes devenus un objet de confusion et d'opprobre
sacrés par le fer des barbares? Pourquoi les pour ceux qui vous servent et qui vous adorent.
servantes du Seigneur sont-elles conduites en Mais, Seigneur, ne nous abandonnezpas à ja-
captivité? »
:
Répondez pieusement avec un
esprit d'humilité et de vérité Quelque soin
que nous mettions pour obtenir la justice et
mais, nous vous le demandons à cause de votre
nom. Ne rejetez pas votre alliance, et ne dé-
tournez pas votre miséricorde de dessus nous.
pour obéir au Seigneur, pouvons-nous être meil- Souvenez-vous d'Abraham qui a été aimé de
leurs que ces trois hommes, qui, pour le main- vous, d'Isaac votre serviteur, et d'Israël qui a
tien de la loi, ont été jetés dans la fournaise été saint devant nos yeux. Car vous leur avez
? Et cependant lisez ce que l'un des promis de multiplier leur postérité comme les
ardente
trois, Azarias disait au milieu des flammes : étoiles du ciel et comme le sable de la mer, et
« Soyez béni, Seigneur, Dieu de nos pères, et aujourd'hui nous sommes devenus le moindre
que votre nom soit loué et glorifié dans tous de tous les peuples, et toute la terre est aujour-
les sièclesj parce que vous êtes juste dans tout d'hui témoin de l'humiliation où nos péchés
ce que vous avez fait pour nous; parce que nous ont jetés. (Daniel, lIT, 26 etsuiv.)»
toutes vos œuvres sont vraies, que toutes vos Vous voyez, mon frère, combien ils étaient
voies sont droites, et que tous vos jugements saints et courageux ces hommes qui, au milieu
sont la vérité même dans ce qu'il vous a plu de leurs tribulations, où cependant la main de
d'amasser sur nous et sur Jérusalem, la sainte Dieu les protégeait même au milieu des flammes
cité de nos pères. Tout ce que vous avez fait qui semblaient les respecter, avouaient leurs
contre nous, vous l'avez fait avec vérité et jus- fautes, et confessaient hautement la justice de
tice. Nous avons péché, et n'avons point gardé leur humiliation.
votre loi; nous n'avons pas gardé vos comman- 4. Pouvons-nous être meilleurs que Daniel
dements pour mériter d'être bien traités. C'est
:
lui-même dont Dieu a dit par la bouche du

;
donc par un juste châtiment que vous nous en-
voyez tous ces maux que vous nous avez livré
aux mains de nos ennemis, qui sont injustes et
prophète Ezéchiel au prince de Tyr « Êtes-vous
plus sage que Daniel?» (Ezéchiel. XXVIII. 3.) Il
est un de ces trois justes que Dieu promet de
méchants, ainsi qu'à un roi inique, qui nous a délivrer, montrant ainsi en eux comme trois
transporté hors de notre terre. Nous n'avons modèles de justes, dont il annonce la délivrance
donc rien à dire pour nous plaindre. Nous som- qui n'ira pas cependant jusqu'à leurs enfants.

dicis te ferre non posse, quoniam dicunt, Si nos pec- inimicissimorum transfugarum, et regi injusto et
catores ista meruimus, quare et servi Dei barbaro- pessimo ultra universam terrain Et nunc non est,
rumferroperemptisunt, et ancillae Dei captivse duc-
tæ sunt? humiliter et veraciter et pie responde
Quantamlibet enim justitiamservemus, quantamlibet
: ut possimus aperireos. Vere confusio et opprobrium
facti sumus servis tuis, et eis qui te colunt. Ne tra-
dideris nos in perpetuum propter nomen tuum Do-
Domino obedientiam exhibeamus, numqnid meliores mine, et ne despexeris Testamentum tuum, et ne
esse possumus illis tribus viris, qui in caminum abstuleris misericordiam tuam a nobis, propter
ignis ardentis pro conservanda Lege Dei projecti Abraham qui a te dilectus est, et propter Isaac ser-
sunt 1 Et tamen lege quid illic dicat Azarias, unus vum tuum, et Israël sanctum tuum, quibus locutus
ex tribus, qui aperiens ossuumin medio ignis, dixit: es multiplicaturum te semen eorum ut astra cseli et
« Benedictus es Domine Deus patrum nostrorum et arenam maris : quoniam, Domine, minimi facti su-
laudabilis, et gloriosum nomen tuum in ssecula
quoniam justus es in omnibus, quse fecisti nobis, et
: mus prae omnibus nationibus, et sumus humiles ho-
die in terra propter peccata nostra. (Dan. III, 25,) »
omnia opera tua vera, et rectse vise tuse, et omnia "Vides certe frater, quales viri, quam sancti quam
judicia tua veritas, et judicia veritatis fecisti per fortes in medio tribulationis, ubi tamen eis parceba-
:
omnia, quse intulisti nobis, et civitati sanctse pa-
trum nostrorum Jérusalem quoniam in veritate et
judicio intulisti nobis omnia hsec, propter peccata
tur, et eos urere ipsa flamma verebatur, peccata sua
confitebantur, pro quibus se digne et juste humiliari
noverant, nec tacebant.
nostra; quoniam peccavimus, et Legi tuæ non 4. Numquid etiam meliores esse possumus ipso
et
paruimus, mandatistuisnonobaudivimus, utbene Daniele, de quo per Ezechielem prophetam dicit
«
nobis esset : et omnia quse intulisti nobis, in judicio Deus ad principem Tyri, Numquid tu sapientior
vero intulisti. Et tradidisti nos in manus iniquorum ?
quam Daniel (Ezech. XXVIII, 3.) » Et qui
ponitur
Ces trois justes sont Noé, Daniel et Job. (1). pour nous que honte et confusion. La honte est
Lisez pourtant la prière de Daniel, et voyez aujourd'hui sur ceux de Juda, sur les habitants
comment dans la captivité, il confesse non-seu- de Jérusalem et sur tout le peuple d'Israël, tant
lement les péchés de. son peuple, mais encore sur ceux qui sont proches que sur ceux qui sont
les siens, et avoue que ses fautes et celles de dispersés dans les diverses parties de cette terre
son peuple ont mérité la juste punition de Dieu, où vous les avez relégués en punition de leur

:
ainsi que la peine et l'opprobre de cette capti- opiniâtreté, parce qu'ils ont été contre vous, ô
vité. Voici comment il en parle « J'ai tourné Seigneur. Mais la honte et la confusion sont
ma face vers le Seigneur Dieu, et j'ai cherché dues [à nous, à nos rois, à nos chefs, à nos
à le fléchir par des paroles, dans les jeûnes, le pères, à nous tous qui avons péché. Mais à vous
sac et la cendre. J'ai donc prié le Seigneur mon Seigneur notre Dieu, appartiennent la miséri-
Dieu. Je lui ai confessé mes fautes et lui ai dit: corde et le pardon, car nous nous sommes reti-
Mon Seigneur et mon Dieu, vous êtes grand et rés de vous et n'avons pas entendu la voix du
admirable, vous observez les promesses de Seigneur notre Dieu et nous ne sommes pas
votre alliance et vous conservez des sentiments demeurés fidèles aux préceptes de cette loi qu'il
de miséricorde pour ceux qui vous aiment et nous avait donnée et mise sous nos yeux par
qui gardent vos commandements. Mais nous les mains de ses serviteurs les prophètes. Tout
avons péché contre votre loi, nous sommes tom- Israël a péché contre votre loi, et a refusé d'en-
bés dans l'impiété, nous nous sommes écartés tendre votre voix, et c'est pour cela que sont
et retirés de vos préceptes et de vos jugements. tombées sur nous la malédiction et l'impréca-
Nous n'avons pas écouté vos serviteurs les pro- tion écrites dans le livre de Moïse, serviteur de
phètes, qui parlaient en votre nom à nos rois Dieu. Car nous avons péché, et le Seigneur a
et à tous les peuples de la terre. Ainsi, ô Sei- accompli les menaces qu'il a prononcées contre
gneur, il n'y a pour vous que justice, il n'y a nous et nos juges pour nous accabler de gran-
(lj Voyez dans le XXIIe volume de cette édition, page 329, le sermon sur le pillage de la ville, chapitre l01', Saint Augustin
y parle plus longuement de ces trois justes. Il y a, du reste, plus d'un rapprochement curieux à faire entre cette lettre et ce
sermon.

unus in tribus justis quos dicit Deus solos se libera- nomine tuo ad reges nostros, et ad omnem populum
turum; ostendens utique in illis tres quasdam for- terrae. Tibi Domine justitia, nobisautem confusio fa-
mas justorum, quos ita se liberaturum dicit, ut nec ciei, sicut dieshie viro Juda, et habitantibus Jerusa-
filios suos secum liberent, sed ipsisoli liberentur (a), lem, et omni Israël, qui proximi sunt. et qui longe
Noë, Daniel, et Job ?Lege tamen etiam precem sunt in omni terra, in qua eos disseminasti ibi, prop-
Danielis, et, vide quemadmodum in captivitate posi- ter contumaciam eorum, quia improbaverunt te
tus peccata non tantum populi sui, verum etiam sua Domine. Nobis autem confusio faciei, regibusnostris
confiteatur, et pro his dicat per justitiam Dei se ad et principibus nostris, etpatribus nostris (b), qui pec-
illam captivitatispoenam et opprobriapervenisse, Sic cavimus. Tibi Domino Deo nostro miserationes et
:
enim scriptum est «Et dedi faciem meam ad Domi- propitiationes, quoniam recessimus, et non audivi-
num Deum, ut cjusererem preces et obsecrationes in mus vocem Domini Dei nostri, ut essemus inpros-
jejunationibus et sacco, et precatus sum Dominum
Deum meum, et confessus sum, et dixi :
Domine
ceptis Legis hujus, quam dedit in conspectu nostro
in manu servorum ejus Prophetarum. Et omnis
Deus magne et mirabilis, et qui servas Testamentum
tuum, et misericordiam diligentibus te et servanti- :
Israël peccaverunt adversus Legem tuam, et declina-
verunt ne audirent vocem tuam et supervenit nobis
bus prsecepta tua peecavimus, adversus Legem feci-
mus, impie egimus, et recessimus, et declinavimus
a prseceptis tuis, et ajudiciis tuis, et non exaudivi-
:
maledictio et jusjurandum, quod scriptum est in
Lege Moysi servi Dei quoniam peccavimus, et sta-
tuit sermones suos, quos locutus est ad nos et ad
mus servos tuos Prophetas, qui loquebantur in judices nostros, qui judicabaut (c) nos, super-

(a) [n Noë utait in Tract, de Urbis excidio cap. I. significantur boni præposit-i, qui regunt et gubernant Ecclesiam, quomodo
Noein diluvio gubernavit arcam. In Danielesignificantur omnes sancti continentes. In Job significantur omnes conjugati
et
juste beneviventes. Consule Bernard, ser. 6. in Via-il. Nativ. nom. et ser. 3. in Assumnt. B. M.

manus servorum ejus


:
(b) Sic in Mss prope omnibus, nec non apudLxx. Atapud Bad.Am.Er. et Lov. habetur, quiapeccavimus tibi Domine
Deo nostro miserationis etpropitiationis. Quse etiameditiones paulo post ferunt quam dedit in conspectu nostro per
Prophetarum omnium Israël. Peccaverunt enim etc. quem rursus locum restituimus ad Mss. fidem.
(e) Ita in Mss. At in excusis, quijudicabant in nos superducere mala etc.
des calamités, comme il n'yen a jamais eu serviteur, et tournez vers nous votre visage,
sous le ciel, selon ce qui est arrivé dans Jéru- pour que votre loi qui a été abandonnée soit
salem. Tous ces maux sont donc venus sur nous, de nouveau sanctifiée. 0 Seigneur, mon Dieu,
comme il est écrit dans le livre de Moïse, et pour vous même, inclinez vers nous votre
nous n'avons pas prié le Seigneur notre Dieu oreille, et exaucez-nous. Ouvrez vos yeux et
de détourner nos iniquités de dessus nous, et voyez notre anéantissement et celui de votre
de nous faire comprendre sa vérité toute en- ville de Jérusalem, qui a eu la gloire deporter
tière. Et le Seigneur qui veille sur tous ses votre nom. Ce n'est point par confiance en notre

;
saints, nous a plongés dans des maux qui sont
l'effet de sa justice car le Seigneur notre Dieu
répand sa justice dans tout le monde qu'il a
justice, mais en votre miséricorde seule, que
nous élevons nos prières vers vous. Ecoutez-
nous, Seigneur, soyez - nous favorable ;
Sei-
créé, et nous n'avons pas entendu sa voix. Main- gneur, tournez-vous vers nous, Seigneur, et ne
tenant donc, ô Seigneur notre Dieu, qui avez tardez pas à cause de vous, mon Dieu, parce
tiré votre peuple de la terre d'Egypte par la que cette ville et ce peuple ont eu la gloire de
force de votre bras, et qui avait fait éclater la
gloire de votre nom, nous reconnaissons que
nous avons violé votre loi. Seigneur, que votre
:
porter votre nom. » Après quoi ce saint pro-
phète ajoute « Comme je parlais encore, et
continuais ma prière en confessant mes péchés
miséricorde éloigne de nous votre impétuosité, et ceux de mon peuple, etc. (Daniel, IX, 3 et
qu'elle détourne votre colère de votre cité de »
suiv.) Voyez comme Daniel confesse d'abord
Jérusalem et de votre montagne sainte. C'est à ses péchés et ensuite ceux de son peuple. Voyez
cause de nos péchés et des iniquités de nos aussi comme il loue la justice de Dieu et lui
pères, que Jérusalem et votre peuple sont un rend cet hommage, que ce n'est pas injustement,
objetde honte et d'opprobre pour toutes les mais à cause de leurs péchés qu'il punit même
nations qui nous entourent. Etmaintenant, ô ses saints. Si tel est le langage de ceux à qui
Dieu, exaucez les vœux et les prières de votre l'excellence de leur sainteté a mérité d'être res-

ducere in nos mala magna, quæ numquam facta nem ejus, et ostende nobis faciem tuam ad sanctifi-
sunt sub omni cœlo secundum ea, quæ facta sunt in cationem tuam, quæ deserta est. Propter te inclina
Jerusalem. Sicut scriptum est in Lege Moysi, omnia Domine Deus meus aurem tuam, et exaudi; aperi
mala hæc venerunt ad nos, et non rogavimus oculos tuos, et vide interitum nostrum et civitatis
Dominum Deumnostrum, utaverteret a nobis delicta tuæ Jerusalem, super quam invocatum est nomen
nostra, et ut intelligeremus omnem veritatem tuam. tuum (b) super earn, quoniam non in nostra jus-
Et vigilavit Dominus Deus ad omnem sanctum suum, titia jactavimus precem nostram in conspectu tuo,
et perduxit ea, quæ fecit ad nos, quoniam justus sed ad misericordiam tuam, quæ magna est. Exaudi

,
Dominus Deus noster in omni mundo suo quem
fecit et non audivimus vocem ejus. Et nunc
Domine, propitiare Domine, intende Domine, et ne
(c) tardaveris propter te Deus meus; quoniam nomen
Domine Deus Noster, qui eduxisti populum tuum de
terra Ægypti in manu forti, et fecisti tibi nomen
sicut dies hic, delicta adversus Legemtuam fecimus.
:
tuum invocatum est in civitate tua super civitatem
tuam et populum tuum.)) Et adhuc (one loquente et
orante et enumerante peccata mea et peccata popu-
Domine in (a) omni misericordia tua avertatur impe- li mei. (Dan VIIII 3.) » (d). Vide quemadmodum sua
a
tus tuus, et ira tua civitate tuaJerusalem, et monte peccata prius dixit, et postea populi sui. Et hanc
sancto tuo. Propter peccata enim nostra et iniquita- Dei commendat justitiam, et hanc Dei laudem dicit;
tes patrum nostrorum, Jerusalem et populus tuus in quia non injuste, sed pro peccatis eorum flagellat
confusionem venit omnibus, qui circum nos sunt. Et etiam ipsos sanctos suos. Si ergo ista dicunt qui
nunc exaudi Deus noster preces servi tui et oratio- excellentissima sanctitate ignes et leones circa se

(a) Er. et Lov. in omnibus misericordia tua. Avertatur itaque impetus etc. Antiquiores vero editiones habent, in omni
misericordia tua; justa LXX. et omnes Mss. quorum optimi postea carent particula, atque.
(b) In prius editis deest, super eam, habetur autem in Mss. et apud LXX.
(c) Editi, etne tradideris.Sed melius plerique Mss et ne tardaveris, juxta LXX. uM ypovicr/is. etVulcratam, ne moreris.

-
(d) Apud Lov. additur hoc laco, audivi vocem dicentem mihi, Daniel iutellige verba,quæ loquor tibi, quia ego missus

:
sum ad te, etc. tum sequitur, Vide quemadmodum etc. At in Mss. novem post, missus sum ad te, hæc insuper adjiciuntur
verba et
Nam Michael UnitS de summis Angelorum principibus venit in adjutorium mihi, et confortavit me, ac retituit
mihi salutem de mœrore à quo nimium tenebar, quod additamentum non satis consonat sacro textui; et revera abest pror-
sus à Mss. melioris notæ et ab editione Er.
pectée par les flammes et les lions, que devons- Dieu et sa loi.» Vous voyez également avec
nous dire dans notre misère, nous qui sommes quelle humilité et quelle véritable sagesse, ces
si loin de leur ressembler, quelque apparence grands saints reconnaissent que c'est à cause
de leurs péchés que le Seigneur les châtiait.
de justice que nous ayons.
5. Peut-être quelques uns penseront-ils que
les serviteurs de Dieu tués, comme vous le dites,
:
C'est pourquoi il écrit « Dieu châtie celui qu'il
:
aime. (Prov. III-12.) »Et ailleurs «Dieu frappe
par les barbares, auraient dû échapper à la
mort, comme ces trois jeunes gens échappèrent
à la fournaise, et Daniel aux lions. Mais qu'ils
:
ceux qu'il reçoit comme ses enfants. (Heb.XII-5.»
L'Apôtre dit aussi « Si nous nous jugions nous-
mêmes, le Seigneur ne nous jugerait pas. Lors-
sachent que ces miracles ont eu lieu pour faire que c'est lui qui nous juge, nous sommes châ-
voir à ces rois persécuteurs, que ceux qui avaient tiés par lui pour que nous ne soyons pas
été livrés au supplice par leurs ordres, étaient condamnés avec le monde. (I. Corint. XI-3.) »
des adorateurs du vrai Dieu. Cela était dans les 6. Lisez, annoncez fidèlement ces saintes
décrets cachés et dans la miséricorde du Sei- paroles, et autant que vous le pouvez, gardez-
gneur, pour opérer ainsi le salut de ces rois et vous et recommandez aux autres de ne pas
les amener à son culte. Il n'agit pas de même murmurer dans les épreuves et les tribulations
envers Antiochus qui fit mourir les Machabées que Dieu nous envoie. Ce sont, dites-vous, de
dans les supplices les plus cruels (II.Mach. vII-l,)
mais par le martyre glorieux des sept frères, il
punit bien plus sévèrement le cœur endurci de
;
saints et fidèles serviteurs de Dieu qui ont péri
sous le fer des barbares mais qu'importe que
ce soit la fièvre ou le fer qui les aient délivrés
ce prince. Lisez ce que lui déclara celui qui fut
mis à mort le sixième. Voici ce qu'en dit l'Écri-
de la prison du corps ; Dieu ne regarde pas
dans ces serviteurs la cause et la circonstance
ture : « Après celui-ci, ils s'emparèrent du de leur mort, mais ce qu'ils étaient quand ils
sixième, et comme il était près d'expirer dans les ;
sont retournés à lui et peut-être même une
tourments, il dit à Antiochus: Ne vous trompez mort prompte est-elle préférable à-une longue
pas à cause de nous, nous souffrons, parce que maladie. Cependant l'Écriture nous montre
nous avons péché contre notre Dieu, et nous re- combien furent longues et horribles les souf-
cevons ce que nous avons mérité. Mais pour frances qu'enduraJob, à la justice duquel un
vous, ne croyez pas rester impuni, vous qui, si éclatant témoignage a été donné par Dieu,
par vos décrets, avez voulu combattre contre qui ne saurait se tromper.

innoxios habuerunt, quid nos opportet dicere in voluisti. Vides etiam isti quam humiliter et veraci-
humilitate nostra, qui tam longe illis impares ter sapiant, qui pro peccatis suis se flagellari a Do-
sumus, quantamcumquejustitiamservare videamur ?
5. Sed ne aliquis existimet illos Dei servos, quos
dicis a barbaris interfectos, sic illam mortem evadere
diligit Dominus corripit;
mino confitentur. De quo scriptum est, « Quem enim
flagellat autem omnem
filium quem recipit. (Prov. III, 12.) « Unde et Apos-
debuisse, quomodo tres illi viri ab ignibus, et Daniel tolus, Si enim nosmetipsos judicaremus, à Domino
a leonibus liberatus est, sciat illa propterea facta non utique judicaremur. Cum judicamur autem, a
miracula, ut eosverumDeum colere crederent reges, Domino corripimur, ne cum hoc mundo damnemur.
a quibus in illa supplicia tradebantur. Hoc enim (Hebr. XII, 5. Cor. XI, 31).
erat in occulto judicio et misericordia Dei, ut illis 6. Hæc fideliter lege, fideliter prædica, et quan-
regibus eo modo consuleret ad salutem. Antiocho tum potes cave, et cavendum doce, ne adversus
autem regi, qui Machabæos pœnis crudelibus inte- Deum in his tentationibus et tribulationibus mur-
remit (Mach. VII-I.) noluit ita consulere, sed eorum muretur. Bonos dicis Dei servos et fideles et sanctos,
gloriosissimis passionibus cor duri regis acriori gladio barbarorum peremptos; Quid autem interest,
severitate punivit. Lege tamen, etiam unus illorum, utrum eos febris an ferrum de corpore solverit ?
qui sexto loco patiebatur, quid dicat. Ita enim scrip- Non qua occasione exeant, sed quales ad se exeant
tum est: « Etposthunc sextum applicuerunt, Cum- Dominus attendit in servis tuis, nisi quod majorem
que hic tormentis excruciatus moreretur, dixit : :
habet pœnam languor diuturnus quam citissimus
;
Noli te seducere propter nos hæc patimur peccan-
tes in Deum nostrum, et facta sunt hæc digna nobis.
exitus et tamen etiam ipsum languorem diutur-
num et horrendum legimus, qualem passus est Jcib
Tu autem noli te putare impunitum futurum, qui ille, cujus certe jstitiæ Deus ipse qui falli non po-
adversus Deum et Legem ejus legibus tuis pugnare test, tale perhibet testimonium.
7. 11 est sans doute déplorable de voir de trois frères oii/un plus grand nombre, si je ne
sainteset chastesfemmes réduites à la captivité ; trompe, étaientengrand danger.Leur mère avait
me
mais leur Dieu n'est point captif et il ne les remarqué la dévotion de cette jeune fille, et crut
abandonnera pas, s'il les reconnaît pour être à que par son intercession près de Dieu, elle pour-
lui. En effet, ses saints dont les Écritures nous rait sauver ses fils de la mort qui les menaçait.
ont rapporté le martyre et la franchise de leurs Ellelui demanda donc de prierpour eux, lui pro-
aveux,et qui ont été réduits en captivité parleurs mettant, s'ils étaient sauvés, de la rendre à ses
ennemis, ont dit ce que nous lisons afin de nous parents. Lajeune fille jeûna, pria, et fut aussitôt
apprendre que Dieu n'abandonne jamais ses exaucée. L'issue de cette chose ne nous montre-
serviteurs, même dans la captivité. Que savons- t-elle pas que tout avait été ainsi réglé, et prévu
nous si Dieu, dans sa toute-puissance et sa mi- ?
dans les desseins secrets de Dieu Les barbares
séricorde, ne veut pas se servir de ces femmes., rendus à la santé par ce bienfait subit de Dieu,
pour faire éclater ses merveilles sur la terre et remplis d'admiration et de respect pour leur
?
même des barbares Pour vous, votre devoir esclave, remplirent la promesse de leur mère.
est d'élever sans cesse vers Dieu, pour elles,vos 8. Priez donc pour celles qui sont présente-
prières et vos gémissements. Informez-vous ment captives. Implorez Dieu, pour qu'il mette
avec tous les soins possibles, et autant que dans leurs bouches des paroles semblables à
Dieu, les occasions et les moyens vous le per- celles, que saint Azarias adressa à Dieu dans sa
mettront, de ce qui leur est advenu, et procu- prière et la confession de ses fautes. Car elles
rez-leur toutes les consolations, dont elles sont sur la terre de leur captivité, comme ces
peuvent avoir besoin. Il y a peu d'années en- trois jeunes hommes sur la terre, où ils ne pou-
core, à Sétif, une religieuse, nièce de l'évêque vaient pas plus que ces femmes apporter leurs
Sévère, fut emmenée par les barbares, et, par dons à l'autel du Seigneur, ni trouver un prêtre
un admirable effet de la miséricorde de Dieu, par le ministère duquel ils pussent les offrir à
elle fut rendue avec de grands honneurs à ses Dieu. Que Dieu leur fasse donc la grâce de
parents. La maison de ces barbares, où elle dire, comme Azarias dans la suite de sa prière :
était entrée captive, fut tout-à-coup envahie « Nous n'avons plus ni prince, ni prophète, ni
par la maladie. Les maîtres de cette maison, chef, ni holocauste, ni offrandes, ni prières, ni

7. Gravissima sane et multum dolenda est illa cap- vel amplius fratres, periculosissima infirmitate
tivitas feminarum castarum atque sanctarum, sed laborarent. Quorum mater animadvertit puellam Deo
non est captivus earum Deus, nec captivas deserit dditam, et credidit quod ejus orationibus sui filii
suas, si novit suas. Nam et illi sancti quorum pas- possent ab imminentis jam mortis periculo liberari;
siones et confessiones de Scripturis sanctis comme- petivit ut oraret pro eis, pollicens quod, si salvi
moravi, ab hostibus ducti atque in captivitate positi, facti essent, eam suis parentibus redderent. Jejuna-
illa dixerunt, quæ conscripta legerentur a nobis, ut vit illa et oravit, et exaudita continuo est. Ad hoc
disceremus captivos Dei servos non deseri a Domino enim factum erat, quantum exitus docuit. Ita illi
suo. Unde autem scimus quid etiam per istas omni- tam repentino Dei beneficio salute percepta, miran-
potens et misericovs Deus in ipsa terra barbarica tes eam et honorantes, quodeorum mater promiserat
fieri velit mirabilium suorum. Tantum non cessetis im pleverunt.
pro illis ingemiscere ad Deum, et quserere quantum 8. Ora ergo Deum pro eis, et roga ut etiam ipsas
potestis, et quantum ipse permittit, cum tempus et doceat talia dicere, qualia supra memoratus sanctus
facultatem dederit, quid de illis factum sit, vel quæ Azarias, inter cœtera in oratione et confessione sua
vestra possint habere solatia. Nam (a) de Sitifensi fudit ad Deum. Sic enim sunt illæ in terra captivita-
antepaucos annos Severi episcopi neptis sanctimo- tis suæ, quomodo erant illi in ea terra, ubi nei- sa-
nialis a barbaris ducta est, et per mirabilem Dei crificare more suo poterant Domino, sicut nec istæ
misericordiam cum honore magno suis parentibus possunt, vel ferre oblationem ad altare Dei, vel in-
restituta est. Domus enim illa barbarorum, ubi cap- venireibi sacerdotem per quem offerant Deo. Donet
tiva ingressa est, subita cœpit dominorum infirmitate ergo eis Dominus uteidicant, quod Azarias dixit
jactari, ita ut omnes ipsi barbari, tres ni si fallor, in consequentibus precum suarum; « Non est in hoc
(a) Lov. Nam Sitifensis. Bad.Am. c: Er. Nam Sitisensli.At Mss. omnes habent, Nam de Sitifensi; supple, regions,
vel quid simile, uti in proximo scquenli cpistola, ubi legitur, quos in Sinitensi vel Hipponensihabes.
aucun lieu où nous puissions vous faire des sa- leur en imputera pas la faute. Quand l'âme de-
crifices, pour attirer votre miséricorde sur meure pure et ne donne pas son assentiment à
nous, mais recevez-nous, Seigneur, dans un l'impureté, le corps est exempt de toute action
cœur contrit et un esprit d'humilité. Que ce criminelle. Ce n'est pas la victime d'un acte im-
sacrifice que nous vous offrons tienne lieu des pur accompli sans son consentement, qui en
holocaustes de béliers, de taureaux et d'une est responsable, mais celui seul qui a commis
multitude d'agneaux gras, et qu'il puisse per- le crime, çt la violence que cette victime a souf-
fectionner ceux qui suivent votre loi, car ceux ferte, n'imprime pas sur elle la honte de la cor-
qui se confient en vous ne tomberont pas dans ruption, mais la blessure et la marque du mar-
la confusion. Et maintenant nous vous suivons tyre. (Cité de Dieu liv.1. ch. XVI et XVIII.) En
de tout notre cœur,nous vous craignons et nous effet, la pureté du cœur est d'une si grande
cherchons, ô mon Dieu, la lumière de votre vi- vertu, que tant qu'elle est intacte, l'innocence
sage. Ne permettez pas que nous soyons con- et la pudeur ne sont point atteintes, quand bien
fondus, mais traitez-nous selon la grandeur de
votre miséricorde et selon votre douceur déli-
vrez-nous, par un effet miraculeux de votre-
; même la violence aurait triomphé du corps.
Vous trouverez sans doute quecette lettre est
bien courte, mais elle est fort longue par rap-

;
puissance, donnez la gloire à votre nom, ô Sei-
gneur inspirez votre crainte à tous ceux qui
préparent des maux à vos serviteurs qu'ils ;
port à mes occupations, et surtout au peu de
temps que m'a accordé celui qui devait vous la
à
porter. Qu'elle suffise pourtant votre charité.
soient confondus par votretoute-puissance ; que Le Seigneur vous donnera des consolations bien
leurs forces soient brisées, et qu'ils sachent que plus abondantes, si vous lisez attentivement ses
vous êtes le seul Seigneur dont la gloire éclate saintes Écritures.
sur toute la terre. (Dan. III-38.)»
9. Si ces malheureuses captives parlent et
gémissent ainsi devant Dieu, il les protégera,
car il a coutume de secourir les siens. Il ne per-
mettra pas que la passion des barbares souille
leurs chastes membres, ou, s'il le permet, il ne

tempore Princeps et Propheta et Dux, non holocaus- tili perpetrari permittet; aut si (a) permittet, non
ta, neque oblatio, neque supplicationes, nec locus ad imputabit. Cum enim animus nulla consensionis tur-
sacrificandum in conspectu tuo, et invenire miseri- pidine maculatur, etiam carnem suam defendit a
cordiam; sed in anima contrita et spiritu humilitatis crimine : et quidquid in ea nec commisit, nec per-
accipiamur. Sicut in holocaustomatibus arietum et misit libido patientis, solius erit culpa facientis;
taurorum, et in multitudine agnorum pinguium, sic (Dc civit. Dei, CAP. I, 18. trom, 16, etc.) omnisque illa
fiat sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie per- violentianonpro corruptionisturpitudine, sed propas-
ficere subsequentes te ; quoniam non erit confusio sionis vulnere deputabitur. Tantum enim in mente va-
iis, qui in te confidunt. Et nunc sequimur toto corde let integritas castitatis, ut illa inviolata, nec in
et timemus te, et quserimus faciem tuam Domine; corpore possit pudicitia violari, cujus membra po-
ne confundas nos, sed fac nobiscum secundum man- tnerint superari. Hæc epitola pro tuo desiderio bre-
suetudinem tuam, et secundum multitudinem mise- vis, pro meis tamen occupationibusmultum prolixa,
ricordise tuæ, et libera nos secundum mirabilia tua, et propter perlatoris festinationem nimis accelerata
et da gloriam nomini tuo Domine, et revereantur sufficiat caritati tuæ. Multo uberius vos Dominus
omnes, qui ostendunt servis tuis mala, et confun- consolabitur, si Scripturas ejus intentissime le-
dandur ab omnipotentia, et virtus eorum conteratur, geritis.
et sciant quoniam tu es Dominus Deus solus et glo-
riosus in universo orbe terræ. (Dan. III, 38 et seq.)»
9. Hæc illis dicentibus, et ad Deum ingemiscenti-
bus omnino suis aderit, qui suis adesse consuevit, et
aut nihil in earum castissimis membris libidine hos-

(a) Sic Corbeiensis codex optimae notæ. Editi vero et plures Mss. habent,
consensionis turpitudine maculatur, etiam carnem suam defendet a crimine.
aut sipermittat, cum earum animus nulla
pour recueillir dans la gloire céleste et éter-
nelle des fruits bien supérieurs aux louanges
LETTRE CXII.">
passagères de ce monde.
2. Beaucoup de personnes, ou plutôt tous
Saint Augustin exhorte Donat, ex-proconsul, à re- ceux que j'ai pu interroger, ou que j'ai entendu
noncer à toute espèce de faste pour suivre Jésus- parler de vous, ont été d'accord pour louer et
Christ, et à ramener à la communion de l'Église porter bien haut la pureté et la vigueur de
catholique ceux qui dépendaient de lui. votre administration. J'ai été d'autant plus con-

A SON EXCELLENT SEIGNEUR ,


TRÈS-CHER ET HO-
NORABLE FRÈRE DONAT, AUGUSTIN, SALUT DANS
vaincu de la vérité et de la sincérité de ces
louanges, que ceux qui vous les donnaient, igno-
raient l'amitié qui nous unit si étroitement, et
LE SEIGNEUR. ne savaient pas même que je vous connusse
le moins du monde. Ils parlaient donc ainsi,
1. Lorsque vous étiez encore dans votre pour dire la vérité sur votre compte, plutôt
charge, et même quand vous êtes venu à Tibi- que pour plaire à mes oreilles. En effet, on doit
lis, je n'ai pu vous voir. Je crois que Dieu l'a croire à la sincérité des louanges, là ou le blâme
permis, afin que je pusse mieux jouir de votre n'aurait rien à redouter. Cependant mon très-
esprit quand il serait délivré du soin des af- cher et très-honoré frère, je n'ai pas à vous ap-
faires publiques. Lorsque je voulais vous faire prendre, mais peut-être à vous rappeler, que
cette visite, j'avais, il est vrai, assez de loisir, ce n'est pas dans cette renommée populaire que
mais vous étiez si occupé que nous n'aurions nous devons chercher notre joie, mais dans la
pu satisfaire pleinement au désir que nous gloire qui provient des actions mêmes. Lors
avions de nous trouver ensemble. En repas- même que ces actions déplairaient au vulgaire,
sant dans ma mémoire les qualités dont votre elles n'en n'auraient pas pour cela moins d'éclat
esprit a donné des preuves dès votre plus et moins de prix, et si, à cet égard, quelqu'un
tendre jeunesse, je suis convaincu que votre doit-être regardé comme malheureux, c'est ce-
cœur est propre et destiné à recevoir abon- lui qui les blâme, et non celui qui à cause
damment l'effusion de l'esprit de Jésus-Christ, d'elles est blâmé. Mais lorsque ces actions
(1) Ecrite sur la fin de l'année 409 ou sur le commencement de la suivante. — Cette lettre était la 128e dans les éditions
antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la 112e se trouve maintenant la 147e.

Christus largissime infundat, ut fructus ei afferas


EPISTOLA CXII. eeterna et coelesti gloria quam temporali et terreno
prseconio digniores.
2. A multis enim, imo prorsus ab omnibus,
Donatum exproconsulem hortatur, ut abjecto omni
fastu sectetur Christum,atque ad Ecclesice catho- quos vel percontari, vel ultro etiam praedicantes au-
dire potui, castitatem virtutemque administrationis
lics communionem suos alliciat. tuse constanter omnino laudantibus atque præferen-
tibus, et sine ullo scrupulo díssonæ varietatis acce-
DOMINO EXIMIO, ET SINCERISSIMA DILECTIONE HONORA- pi, et eo certius, quo ignorabant necessitudinem
BILI FRATRI DONATO AUGUSTINUS IN DOMINO nostram, et utrum te vel tenuiter nossem penitus
SALUTEM. nesciebant praedicatores tui, ne magis eos auribus
Quod te administrantem multum desiderans, etiam meis se dedisse, quam vera de te spargere crederem
cum (a) Tibilim venisses, videre non potui, credo Ibi enim est a vanitate remota laudatio, ubi etiam
propterea factum esse, ut animo tuo curis publicis vituperatio ab offensione secura est. Verumtamem,
expedito potius fruerer, quam ut illa salutatio me o frater eximie, et sincerissima dilectione honorabi-
apud te otioso, et te negotioso, neutri nostrum,
quantum satis esset, desiderium temperaret :
reco-
lis, non nunc docendus es, sed fortasse admonendus,
omnem istam gloriam famamque popularem non in
ore vulgi esse lætabilem, sed in rebus ipsis : quæ
I
lens quippe honestatem ab ineunte ætate indolis tuæ,
abundanter idoneum tuum pectus existimo cui se etiamsi vulgo displiceant, proprio tamen fulgore ac

(a) Apud Bad. Am. et Er. Cibilim.


plaisent aux hommes et obtiennent dû peuple rituellement. Je vous prie de le saluer selon
les louanges qu'elles méritent, elles n'en sont ni tous ses mérites et avec le respect que je lui
plus grandes, ni meilleures d'après le jugement dois. Pour vous, mon frère, daignez nous visi-
d'autrui, parce qu'elles reposent uniquement ter. Je vous le demande avec confiance, pour
sur la vérité, et sur le témoignage d'une bonne rendre meilleure, auprès de Dieu, l'affaire que
conscience. Ainsi quand les hommes jugent vous avez ici. Que la miséricorde de Dieu s'é-
bien, leur jugement tourne à leur profit même, tende sur vous et vous préserve de toute ini-
bien plus qu'au profit de celui qui est jugé par quité.
eux.
3. Comme vous connaissez parfaitementtout
cela, mon digne et honoré frère, tournez de
toute la force de votre cœur vos regards vers LETTRE CXIII.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez
déjà commencé à le faire. Renoncez à tout ce Saint Augustin prie Cresconius d'êtrepropice à la
vain faste de la terre pour vous élever vers ce demande qu'il a adressée en faveur de Faven-
divin Sauveur, qui porte ceux qui se conver- tius.
tissent à lui, non à une grandeur trompeuse,
mais qui place au faîte de la gloire céleste des A SON TRÈS-CHER SEIGNEUR ET HONORABLE (2)
anges, ceux qui s'appuient sur lui, et qui FRÈRE CRESCONIUS, AUGUSTIN, SALUT DANS LE
marchent d'un pas ferme dans le chemin de la SEIGNEUR.
foi. Je vous conjure en son nom de me répondre
et d'exhorter avec douceur et bienveillance à la 1. Si je gardais le silence dans la cause pour
communion de l'Église catholique, tous ceux qui laquelle je me suis déjà adressé deux fois à
dépendent de vous dans les contrées de Sinit et votre religion, non-seulement vous auriez rai-
d'Hippone. J'ai appris avec bonheur que vous son de me blâmer, mais celui-là, quel qu'il soit,
aviez ramené dans le sein de la foi, votre il- pour la cause duquel Faventius a été enlevé,
lustre père, que vous avez ainsi engendré spi- aurait aussi le droit de me faire des reproches.
(1) Ecrite environ l'an 410. — Cette lettre était la 229e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui
était la 113e se trouve maintenant la 15e.
(2) Il est probable que ce Cresconius, à qui Saint Augustin atteste avoir écrit plusieurs fois au sujet de Faventius, était ce
même tribun préposé à la garde des côtes, auquel il avait envoyé un prêtre dès qu'il eut appris l'enlèvement de Faventius,
comme il le dit plus loin dans la lettre 115e.

:
pondere, non imperitorum commendatione pretiosæ
sunt magisque miserandus est, qui talia improbat,
quam ille qui de talibus improbatur judicandus
teris. In cujus gremio etiam patrem tuum laudabi-
lem et egregium virum abs te genitum esse cognovi;
quem ut debito meritis ejus a me officio salutes
miser. Cumvero placent, et sibi debita laude popula- peto, et nos visere non graveris. Quod etiam propter
riter quoque prædicantur, nec sic quidem ípsæ ma- rem tuam, quam hie habes, meliorem apud Deum
jores melioresque fiunt alieno judicio; quoniam inte- faciendam, non impudenter exposco. Dei miseri-
grantur intima veritate, et solius conscientise robore cordia te circumplectatur, et ab omni iniquitate
solidantur, Unde magis hominibus recte existiman- conservet.
tibus, quam ei, de quo vulgus bene existimat, ali-
quid ex eo felicitatis accidit. EPISTOLA CXIII.
3. Quse cum optime noveris, vir bone, intuere ut
cœpisti fortissima cordis acie Dominum nostrum Cresconium rogat Augustinus ut sua; pro Faventio
Jesum Christum, et ab omni inani fastu omnino petitionis adjutor sit.
detumescens, assurge in ilium, qui non ventose
DOMINO DILECTISSIMO, MERITOQUE HONORABILI ET SUS-
allevat conversos ad se, sed certis fidei passibus
innitentes atque adscendentes collocat in sempiterno CIPIENDO FRATRI CRESCONIO, AUGUSTINUS IN DOMI-
fastigio ccelestis atque angelicæ dignitatis. Per NO SALUTEM.

quem te obsecro ut rescribas mihi, tuosque omnes Si ab ista causa dissimulavero, de qua tuæ reli-
quos in Sinitensi vel Hipponensi habes, ad catholícæ gioni ecce iterum scribo, non solum eximietas tua,
Ecclesiæ communionem comiter et benigne adhor- sed etiam ipse, quisquis ille est, in cujus causa
En effet, il pourrait croire, que si, après avoir sa caùse à l'amiable, nous nous en féliciterons.
imploré le secours de l'Église, il lui était arrivé Si nous ne le pouvons pas, les choses tourne-
quelque chose de semblable, je l'aurais aban- ront comme il plaira à Dieu selon le mérite de
donné dans son malheur et dans ses tribula- l'affaire elle-même et la volonté du Seigneur
tions. Mais quand bien même je ne ferais aucun tout-puissant.
cas du jugement des hommes, que dirais-je au
Seigneur notre Dieu, et comment pourrais-je
m'excuser près de lui, si je ne faisais pas tout
ce qui est en mon pouvoir pour le salut d'un LETTRE CXIV.(1)
homme, qui s'est mis sous la sauvegarde de
l'Église que je sers, ô très-cher seigneur et Saint Augustin écrit à Florentin au sujet de ce
vénérable fils. Comme il est peu croyable que même Faventius.
vous n'ayez point par vous-même eu connais-
sance, ou que vous n'ayez pas entendu parler A SON TRÈS-CHER FILS FLORENTIN, AUGUSTIN, SALUT
de la cause pour laquelle Faventius est détenu, DANS LE SEIGNEUR.
je vous prie de daigner appuyer ma demande
auprès de l'appariteur qui le garde, qu'il fasse 1. C'est à vous à voir par l'ordre de quelle
observer dans cette circonstance les prescrip- puissance vous avez enlevé Faventius. Ce que
tions de la loi impériale. Il doit faire interroger je sais, c'est que toute autorité constituée dans
le détenu devant l'autorité municipale, pour l'empire doit obéir aux lois de l'Empereur. Je
savoir s'il veut qu'on lui lui accorde un délai de vous avais déjà envoyé parCélestin, mon frère
trente jours, pendant lesquels, sous une sur- et mon collègue dans le sacerdoce, une loi que
veillance modérée, il puisse faire les démarches vous ne deviez certainement pas ignorer, même
nécessaires dans la ville où il est détenu, à l'ef- avant que je vous l'eusse envoyée. Cette loi
fet de mettre ordre à ses affaires, et régler ses permet à tous ceux qu'une autorité quelconque
comptes. Si dans cet espace de temps, à l'aide fait comparaître en justice, de demander un
de votre bienveillance, nous pouvons arranger interrogatoire devant l'autorité municipale, à
(1) Ecrite après la précédente. — Cette lettre était la 228e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle
qui était la 114e se trouve maintenant la 5e.

Faventius sic raptus est merito me culpabit, et recte arnica disceptatione finire potuerimus, gratulabimur :
reprehendet : judicans utique, si etiam ipse ad au- si autem non potuerimus, inveniet eum exitus judi-
xilium ecclesiæ confugisset, si ei simile aliquid acci- ciorum, qui placuerit Deo, secundum causæ ipsius
disset, ita me fuisse ab ejus necessitateet tribulatione meritum vel Domini omnipotentissimi voluntatem.
dissimulaturum. Deinde, si hominum existimatio
contemnenda est, ipsi Domino Deo nostro quid dicam,
et quam rationem reddam; si quantum possum non EPISTOLA CXIV.
egero, pro ej us salute, qui se ecclesiæ, cui servio,
tuendum adjuvandumque commisit, Domine dilectis- Ad Florentinum super eadem causa Faventii.
sime et venerabilis fili? Rogo itaque benignitatem
tuam, quoniam difficile et incredibile est, ut non DOMINO DILECTISSIMOFILIO FLORENTINO AUGUSTINUS
jam vel noveris vel nosse possis, in qua causa de- IN DOMINO SALUTEM.
tentus sit, hoc interim apud apparitorem qui eum
tenet, petitionem meamadjuvare digneris, ut faciat
quod Imperatoris (a) lege prsecipitur : ut eum apud
Acta municipalia interrogari faciat, utrum sibi velit
videris:
Cujus potestatis jussione Faventium rapueris, ipse
hoc autem scio, quod omnis potestas sub
imperio constituta, Imperatoris sui legibus servit.
dies triginta concedi, quibus agat sub moderata Quamvis ergo jam per fratrem et compresbyterum
custodia in ea civitate, in qua detentus est, ut sua meum Cœlestinum miserim legem, quam quidem et
ordinet, sumptusque provideat. Quorumdierum spa- antequammitterem, ignorare utique non deberes,
-tio, tuanobis annuente benevolentia, si ejus causam præcipiuntur ab aliqua
qua concessum est eis, qui

(a) Exstat super hac re lex a Theodosio data 30. Decemb. an. 880. Verum Augustinus hic verba fere ipsissima refert
alte-
rius legis, quam tulitHonorius an. 409. die 21. Januarii in cod. Theod. lib. 9 tit.2.
l'effet de savoir s'ils veulent qu'on leur accorde
un délai de trente jours dans la ville où ils sont LETVRE CXV.(1)
détenus, afin de pouvoir, sous une surveillance
modérée, agir pour leurs intérêts, et se pour-
voir des fonds et des ressources nécessaires A Fortunat, évêque de Cirte (2), sur la même
affaire.
pour régler leurs affaires. Cette loi, comme me
l'a rapporté le prêtre que je viens de nommer,
vous a été lue; cependant je vous en envoie de A SON BIENHEUREUX SEIGNEUR, TRÈS-VÉNÉRABLE

nouveau le texte dans cette lettre. Ce n'est pas ET TRÈS-CHER FRÈRE FORTUNAT, SON COLLÈGUE
une menace que je vous adresse, mais une DANS L'ÉPISCOPAT, ET A TOUS LES FRÈRES QUI
prière dictée par l'humanité en faveur d'un SONT AVEC LUI, AUGUSTIN, SALUT DANS LE SEI-
homme, et par la miséricorde imposée aux GNEUR.
évêques. Je viens donc, seigneur, monfils, au-
tant que me le permet l'humanité et la piété, 1. Votre sainteté connaît bien Faventius, qui
intercéder près de vous, et vous prier d'avoir avait pris à ferme la forêt de Parati comme
égard à ma demande et à votre réputation. il craignait quelque chose de la part du pro-
;
Puissent ma prière et mon intervention, vous priétaire de ce domaine, il se réfugia dans l'é-
décider à faire ce qu'ordonne la loi de l'Empe- glise d'Hippone. Il était là, comme ceux qui ont
reur que vous servez. coutume d'invoquer le droit d'asile, attendant
que par notre intercession, il pût terminer ses
affaires. Comme cela arrive ordinairement, il
fut de jour en jour moins inquiet, croyant n'a-
voir plus rien à redouter de son adversaire, qui
de son côté avait cessé toute poursuite. Un jour,
qu'il sortait de la maison d'un de ses amis, où
il avait soupé, il fut tout-à-coup enlevé par un
certain Florentin, officier du comte, (3) assisté

(1) Ecrite peu de temps après la précédente. — Cette lettre était la 23e dans les éditions antérieures à l'édition des Béné-
dictins, et celle qui était la 115° forme maintenant la 9e et 14°.
(2) Successeur de Profuturus, qui n'avait vécu que peu de temps après sa promotion à l'épiscopat.
(3) Ce compte d'Afrique n'était pas proprementle gouverneur, mais le général des troupes de la province. Héraclien, qui
avait tué Stilicon, avait cette charge en 410. C'est cet Héraclien qui, s'étant révolté, fut battu et pris par le comte Marin.

Voyez la note sur la lettre 200e.

potestatejudiciis exhiberi, ut ad Gesta municipalia


perducantur, atque illic interrogentur, utrum velint EPISTOLA CXV.
triginta dies in ea civitate, ubi tenentur, agere sub
moderata custodia, ad parandos sibi fructus, vel Ad Fortunatum Cirtensem episcopum de eadem re.
rem suam, sicut necesse fuerit, ordinandam; quæ
lex, sicut mihi memoratus presbyter renuntiavit, DOMINO BEATISSIMO ET VENERABILITER CARISSIMO FRA-
tuæ religioni recitata est : tamen etiam nunc eam
TRI ET CONSACERDOTI FORTUNATO ET QUI TECUM
cum his litteris identidem misi; non terrens, sed SUNT FRATRIBUS AUGUSTINUS IN DOMINO SALUTEM.
rogans, et pro homine humane, et episcopali mise-
ricordia, quantum ipsa permittit humanitas et pietas Faventium bene novit sanctitas tua, qui Paratia-
intercedens, domine fili, ut et hoc existimationi tuæ nensis saltus conductor fuit. Is, cum ab ejusdem pos-
et petitioni meæ præstare digneris, et quod lex Im- sessionis domino nescio quid sibi metueret, ad Hip-
peratoris jubet, cujus reipublicse militas, meo quo- ponensem confugit ecclesiam; et ibi erat, ut confu-
que interventu et deprecatione accedente facere non gientes solent, expectans quomodo per intercessio-
graveris. nem nostram sua negotia terminaret. Qui, ut sæpe
fit, per dies singulos minus minusque sollicitus: et
quasi adversario cessante securus, cum ab amico suo
de cœna egrederetur, subito raptus est à Florentino
quodam, ut dicunt, Comitis Officiali, per armatorum
d'une troupe de gens armés, en nombre suffi- est parti de là, avec cet officier du comte. Je
sant pour cette arrestation. Dès que j'en eus crains donc qu'il n'arrive malheur au prison-
connaissance, et ignorant encore par qui ce niers conduit devant l'autorité consulaire. Le
coup de main avait été fait, mes soupçons tom- juge est, dit-on, d'une grande intégrité, mais
bèrent sur celui, par crainte duquel Faventius Faventius a affaire à un homme très-riche, et
avait eu recours à la protection de l'Église. Je pour que l'argent n'ait pas le dessus dans cette
dépêchai aussitôt quelqu'un vers le tribun pré- affaire, je prie votre sainteté, très-cher sei-
posé à la garde des côtes. Il envoya des soldats, gneur et vénérable frère, de transmettre la
dont les recherches furent vaines. Le lende- lettre ci-jointe à notre honorable et très-cher
main matin, nous apprîmes dans quelle maison magistrat consulaire, et de lui donner lecture
était Faventius, et que celui qui le détenait de celle-ci, car je n'ai pas cru nécessaire de lui
était parti avec lui après le chant du coq. J'en- répéter deux fois la même chose. Priez-le donc
voyai aussitôt là où l'on me disait que le pri- de différer l'audience de la cause de Faventius,
sonnier avait été conduit. On trouva bien l'of- parce que je ne sais pas encore s'il est innocent
ficier en question, mais il ne voulut pas même ou coupable. Dans tous les cas, on n'a observé
donner au prêtre que j'avais envoyé la per- envers lui, aucune légalité; et selon les pres-
mission de voir Faventius. Le jour suivant, j'é- criptions de loi impériale, il n'a subi aucun in-
crivis à Florentin, lui demandant d'accorder à terrogatoire devant les juges du lieu de la ville
celui dont il s'était emparé, le bénéfice de laloi où il était, à l'effet de savoir s'il voulait jouir du
impériale, dans des causes de cette espèce, bénéfice du délai donné en pareille circons-
c'est-à-dire qu'on lui fît subir un interrogatoire tance, et pendant lequel nous aurions pu arran-
devant l'autorité du lieu, droit acquis à qui- ger l'affaire avec la partie adverse.
conque doit se présenter en justice, à l'effet de
savoir s'ils veulent, sous une surveillance mo-
dérée, rester pendant trente jours dans la ville
où ils se trouvent, afin de mettre ordre à leurs
affaires et se procurer les fonds nécessaires à
leur acquittement. Je pensais que pendant ce
laps de temps, nous pourrions peut-être arran-
ger sa cause à l'amiable. Mais j'apprends qu'il

manum, quanta eis ad hoc factum sufifcere visa est. patiatur. Habet enim causam cum homine pecunio-
Quod cum mihi nuntiatum, et adhuc quo vel a qui- sissimo. quamvis judicis integritas fama clarissima
bus raptus fuerit ignoraretur, suspicio tamen esse prædicetur. Ne quid tamen apud Officium pecunia
de illo, quem metuens se per ecclesiam tuebatur; prævaleat, peto sanctitatem tuam, domine dilectis-
continuo misi ad Tribunum, qui custodiendo littori sime et venerabilis frater, ut honorabili nobisque
constitutus est. Misit militares : nemo potuit repe-
riri. Sed mane cognovimus et in qua domo fuerit,
et quod post galli cantum cum illo abscesserit, qui
;
carissimo Consulari digneris tradere litteras meas,

:
et has ei legere quia bis eamdem causam insinuare
necessarium non esse arbitratussum et ejus causæ
eum tenuerat. Etiam illuc misi quo dicebatur abduc- differat audientiam, quoniam nescio utrum in ea no-
tus : ubi memoratus Officialis inventus, concedere cens an innocens sit. Et quod circa eumdem leges
presbytero, quem miseram, noluit nt eum saltern vi- non servatæ sunt, ut sic raperetur ; neque ut ab Im-
deret Alio misi die litteras, petens ut ei concederetur peratore prseceptum est, ad Acta municipalia per-
quod jussit in causis talibus Imperator, id est ut duceretur interrogandus, utrum beneficium dilationis
Actis municipalibus interrogarentur, qui præcepti vellet accipere, non contemnat : ut per hoc possimus
fuerint exhibendi, utrum velint in ea civitate sub cus- cum ejus aversario rem finire.
:
todia moderata triginta dies agere, ut rem suam
ordinent velpræparent sumptus idutique existimans
quod per dies i psos possemus fortasse causam ejus
arnica disceptatione finire. Jam vero cum illo
:
Officiali profectus ductus est sed metus est, ne
forte ad Consularis perductus officium, mali aliquid
n'en doutons nullement, ce qui convient à un
LETTRE CXVI.(1) juge intègre et véritablement chrétien. C'est
une conviction que nous donnent les intentions
dont vous êtes animé, pour nous et pour le nom
Saint Augustin recommande dans cette lettre la de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
cause de Faventius à Générosus, gouverneur de
Numidie.

A SON EXCELLENT SEIGNEUR ET TRÈS-CHER FILS


GÉNÉROSUS, AUGUSTIN, SALUT DANS LE SEI- LETTRE CXVII.(2)
GNEUR.

1. Quoique sincèrement attaché à vous, au- Dioscore (3) envoie à saint Augustin plusieurs
tant par vos mérites et votre bienveillance à questions tirées des livres de Cicéron, en le priant
mon égard, que par la joie que j'aitoujours d'y répondre le plus promptementpossible.
éprouvé en entandant louer votre personne et
votre administration, je n:ai pourtant pas voulu
jusqu'à ce jour vous demander aucun bienfait,
ni vous importuner par mon intercession. Mais
ment inutile mais portun; ;
Tout préliminaire avec vous est non-seule-
ce ne sont pas
des paroles mais des choses qu'il vous faut.
lorsque vous aurez appris par la lettre que j'ai Veuillez donc m'écouter simplement. J'avais
adressée à Fortunat, mon vénérable frère et prié le saint vieillard Alype de se joindre à
mon collègue dansl'épiscopat, ce qui s'est passé
dans la ville où je sers l'Église de Jésus-Christ,
vous verrez que j'ai été forcé d'ajouter à vos
vous, pour répondre à quelques questions
tirées des dialogues de Cicéron ;
il me l'avait
souvent promis. Ayant appris qu'il est pré-
nombreuses occupations, le soin de prendre sentement en Mauritanie, je vous prie, de
connaissance de ma requête. Vous ferez, nous toutes mes forces, d'y répondre seul, ce que

(1) Ecrite avec la précédente. — Cette lettre était la 231e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle
qui était la 116e se trouve maintenant la 10e.
(2) Ecrite au commencement de l'année 410. — Cette lettre était la 55e dans les éditions antérieures à l'édition des Béné -
dictins, et celle qui était la 117e se trouve maintenant la 4e.
(3) Dioscore était un jeune homme grec de naissance. Il avait voyagé en Italie et en Afrique pour y apprendre les langues et
les sciences, et il avait connu Saint Augustin par l'intermédiaire de son frère Zénobe. Quoiqn'il fùt convaincu de la supério-
rité de la religion chrétienne sur toutes les autres, il resta pourtant fort longtemps dans le paganisme. Il n'en sortit qu'après
plusieurs miracles que Dieu fit en sa faveur, et qui sont racontés dans la lettre 227e.

qua fuerim necessitate compulsus ut petitionem


EPISTOLA CXVI. meam ingererem occupationibustuis, tua benignitas
pervidebit. Et profecto facies quod non solum inte-
Generoso Numidice ConsulariAugustinus commendans grum, verum etiam Christianum judicem decet, eo
causam Faventii. circa nos animo, de quo in nomine Christi utique
fuerat præsumendum.
DOMINO EXIMIO ET MERITO INSIGNI, HONORABILITER-
QUE CARISSIMO FILIO GENEROSO, AUGUSTINUS IN EPISTOLA CXVII.
DOMINO SALUTEM.

Dioscotus ad Augustinum mittit multas quœstiones

benevolentiæque debemus ,
Laus et prsedicatio administrationis tuæ et fama
præclara cum me pro dilectione, quam tuis meritis
plurimum delectaret;
numquam adhuc in aliquo beneficio postulando exi-
mietati tuae mea intercessio exstitit onerosa, domine
ex libris Ciceronis, rogans ut mature ad eas res-
pondeat.
« Proœmiari apud te non solum superfluum est,
sed etiam molestum, qui rem, non verba desideras.
dilectissime et venerabilis fili. Sed nunc quid in civi-
tate, in qua ecclesiæ Dei servio, factum ait, cum ex

Ideoque simpliciter audi. Senex Alypius rogatus a
me, sæpius pollicitus erat, tecum respondere dialo-
litteris, quas ad venerabilem fratrem et coepiscopum gorum pauculis interrogatiunculis : et quoniam in
meum Fortunatum dedi, cognoverit præstantia tua, Mauritania dicitur hodieque esse, peto viribus omni-
vous auriez fait, je n'en doute pas, même si envoyé Cerdon, et je n'attends que son retour
votre frère eût été présent. Ce n'est ni or, ni pour m'embarquer. Mon frère Zénabe, nommé
argent que je vous demande, bien que je sois maître de mémoire, m'a envoyé l'autorisation
assuré que si vous en aviez, vous en donneriez et les vivres nécessaires pour mon embarque-
volontiers. Ce que j'implore ne vous coûtera ment. Si je ne mérite pas que vous répondiez
que des paroles si faciles pour vous. Je pour- promptement à mes questions, craignez au
rais recourir à plusieurs de vos amis, pour me
;
recommander près de vous mais je connais
votre cœur qui na pas besoin de prières, qui se
moins que mes provisions ne se gâtent. Je prie
Dieu de vous conserver sain et sauf pendant de
longues années. Papas vous salue avec empres-
donne à tous, pourvu qu'on n'exige de vous sement et respect.
rien d'inconvenant, et c'est le cas où je me
trouve présentement. Quoi qu'il en soit, accor-
dez-moi ce que je vous demande, car je suis sur LETTRE CXVIII.("
le point de m'embarquer. Vous savez du reste
Saint Augustin fait voir à Dioscore que des ques-
combien il me serait pénible d'être à charge à
tions semblables ne sont pas dignes d'être traitées
vous comme à tout autre. Mais Dieu seul sait
par un évêque et qu'elles ne sont d'aucune utilité
par quelle nécessité je suis forcé de vous faire
cefte prière. Puisse Dieu vous conserver en pour un chrétien. Il traite ensuite du but qu'on
doit se proposer dans ses études et du souverain
bonne santé et bénir mon voyage. Vous con-
bien. Il exhorte Dioscore à s'adonner à la philo-
naissez l'esprit des hommes, et leur penchant à
sophie chrétienne, la seule qui, par l'exemple
blâmer. Si on est interrogé, et qu'on tarde à ré-
d'un Dieu humilié, ait pu apprendre la vérité
pondre, on est à leurs yeux un ignorant et un
esprit borné. Je vous conjure donc de répondre aux hommes. Il explique quelques endroits de
Cicéron, blâmant les sentiments de quelques phi-
sans délai à toutes mes questions, et de ne losophes sur la nature de Dieu.
point, par votre silence, attrister mon départ.
Ainsi puissè-je avoir le bonheur de revoir mes CHAPITRE I. -1. Vous m'avez assiégé, ou plu-
1
parents C'est pour cela uniquement que j'ai tôt accablé tout à coup d'une infinité de ques-
(1) Ecrite fort peu de temps après la précédente. — Cette lettre était la 56e dans les éditions antérieures à l'édition des
Bénédictins, et celle qui était la 118° se trouve maintenant la 54e.

bus et rogo, ut tu solus respondere digneris, quod propter hoc solum misi, etipsum exspecto
Cerdonem
etiam præsente ipso fratre tuo, sine dubio facturus solum. Frater Zenobius, (a) magister memoriæ fac-
eras. Non est pecunia, non est aurum, quod pro
quovis daturas eras proculdubio, si haberes ;
nunc
vero sine labore loqueris, quod requiro. Possem te
tus est, et misit nobis evectionem cum annonis. Si
ego dignus non sum, ut respondeas interrogatiuncu-
lis meis, saltem timeantur annonæ. Incolumem te
plus et per multos caros tuos exorare; sed novi ani- summa divinitas, longa nobis tueatur ætate. Papas
mum tuum, qui non rogari desiderat, sed omnibus plurimum dignationem tuam salutat. »

re penitus nihil est dedecoris :


præstare, si tantum absit quod dedecet, quod in hac
tamen quodcumque
est, peto præstes navigaturo. Nosti quam mihi mo-
EPISTOLA CXVIII.
Augustinus Dioscoro respondet ejusmodi quœtiones
lestissimum est oneri esse, non dico sinceritati tuæ,
sed cuipiam. Solus autem Deus novit, quomodo nec decore tractari ab episcopo, nec utiliter disci a
Christiano. Disputat de studiorum fine ac de sum-
:
nimia necessitate impulsus hoc feci. Vobis enim.sal-
vis, et favente Deo navigaturus sum et mores ho-
minum non ignoratis, qui proclives sunt ad vitupe-
mo bono, exhortans Dioscorum at Christianam
secteturphilosophiarn, quæsola divinœ humilitatis
exemplo proposito veritatem persuadere potuit. ll-
randum, et quam, si interrogatus quis non respon-
derit, indoctus et hebes putabitur vides. Ergo, obse- lustrat demum locos quosdam Ciceronis Philoso-
phorum de Deo sentenlias reprehendentis.
cro te ad omnia sine cunctatione responde, ne me
tristem dimittas. Sic videam parentes meos; quia CAPUT I. 1. Tu me innumerabilium quæstionum

(a) Magistermemoriœ, ut fert Notitia dignitatum imperii, annotationes omnes dictal, et emittit, etprecibus
respondet: id
est quæ Princeps verbo respondebat, Magister dictabat breviter et annotabat : emittebat diplomata ad usurpandum cursuIII
publicum;unde
supplicibus.
hie dicitur evectionem misisse cum annonis : denique dictabat responsa, quæ a
Principe dabantur libeHis
tions,comme si vous m'aviez cru exempt detoute plutôt que de me rendre le ministre, et en quel-
affaire, et libre de mon temps. Mais quand bien que sorte l'appui de ces goûts qui vous domi-
même j'aurais tout le loisir possible, comment nent, et qui pèsent sur votre esprit si bon et si
pourrai-je résoudre tant de questions en si peu distingué.
de temps, puisque, comme vous me récrivez, 2. A quoi vous a servi, dites-le moi, la lecture
vous êtes sur le point de partir? Fussent-elles detant de dialogues, si elle ne vous a été utile en

empêcherait ;
faciles à résoudre, que leur nombre même m'en
mais elles sont si difficiles et si
embarrassantes, que quand même elles seraient
rien pour vous faire voir et comprendre le but
où doivent tendre toutes vos actions. Votre lettre
me montre assez quelle fin vous vous proposez
peu nombreuses elles suffiraient pour m'occu- dans ces études où vous vous jetez avec tant d'ar-
per, quand je serais l'homme le plus oisif du deur, et qui sont aussi infructueuses pour vous
monde, et pour fatiguer mon esprit et mes
doigts. Quant à moi, je voudrais vous arracher
à toutes ces recherches qui ont pour vous tant de
:
qu'importunes pour nous-mêmes. En effet, vous
m'écrivez « Je pourrais recourir à plusieurs de
vos amis, pour me recommander près de vous ;
délices, et vous mettre un moment au milieu de mais je connais votre cœur qui n'a pas besoin
mes occupations, afin de vous apprendre à re-
noncer à toutes ces vaines recherches
du moins à ne pas charger du soin d'entretenir
ou , de prières et qui se donne à tous, pourvu qu'on
exige de vous rien d'inconvenant, et c'est le cas
où je me trouve présentement. Quoi qu'il en
et de repaître votre curiosité ceux dont le soit, accordez-moi ce que je vous demande, car
soin principal est d'éteindre, et de réprimer la
curiosité même. Combien il vaudrait mieux,
je suis sur le point de m'embarquer. » Ces pa-
roles témoignent, il est vrai, de votre bonne
combien il serait plus profitable d'employer le opinion pour moi, puisque vous croyez que je
temps que je mettrais à vous écrire, à faire désire donner à tous, pourvu qu'on n'exige de
mourir en vous ces vaines et trompeuses aspira- moi rien d'inconvenant. Mais votre demande
tions, qui sont d'autant plus à craindre qu'elles ne me paraît pas convenable. Convient-il en
nous trompent plus facilement, en se couvrant effet à un évêque accablé de soins ecclésiastiques
par je ne sais quelle apparence d'honnêteté et sans cesse renaissants, forcé par son ministère
d'études libérales. C'est à quoi je dois m'arrêter de fermer, pour ainsi dire, tout à coup l'oreille

turba repente circumvallandum, vel potius obruen- velatæ atque palliatæ: quam ut nostro ministerio,
dum putasti, etiamsi vacantem otiosumque credidis- atque, ut ita dixerim, satellitio, in dominatum, quo
:
ti quando enim ego in quolibet otio, tot rerum
nodos tam festinanti, et, ut scribis jam pene
tam bonam tuam mentem premant, vehementius
excitentur.
proficiscenti possem dissolvere? Numero enim verum 2. Ecce enim tot dialogi lecti, si ad videndum fi-
ipsarum impedirer, etiamsi (a) nodi faciles ad solven- nem et capessendum omnium actionum tuarum nihil
dum forent. Tanta sunt autem perplexitate involuti, te adjuverunt, quid prosunt, die mihi ? Nam ubi
et tenacitate constricti, ut etiamsi pauci essent, finem constitueris totius hujus flagrantissimi studii
otiosissimum me occupantes, magna mora temporis tui, et tibi infructuosi, et nobis molesti, espistola tua
fatigarent intentionem, atque adtererent ungues satis' indicas. Cum enim de solvendis quæstionibus,
meos. Ego autem vellem te abripere de medio deli- quas misisti, apud me per litteras satageres, ita

curas meas, ut vel disceres non esse inaniter curio- tuos exorare :
ciosarum inquisitionum tuarum, et constipare inter scripsiti: Possem te, inquis plus et per multos caros
sed novi animum tuum, qui non
sus, vel curiositatem tuam cibandam atque nutrien- rogaridesiderat, sedomnibuspræstare, sitantumabsit
;
dam imponere non auderes eis, quorum inter curas quod dedecet, quod in hac re penitus nihil est dede-
vel maxima cura est reprimere ac refrenare curiosos. coris tamen quodcumque est, peto præstes naviga-
Quanto enim melius, quantoque fructuosius, si in turo.» Inhis verbis epistolæ tuæ recte quidem de me
dandis adte ullis litteris tempus atque opera impen- existimas, quod omnibus præstare, desiderem, si
ditur, ad hoc potius impenditur. ut resecentur vanæ absit quod dedecet : sed in hac re nihil esse dedeco-
atque fallaces cupiditates tuæ, quæ tanto magis ris, non mihi videtur. Non enim decora facies rerum
cavendæ sunt, quanto facilius decipiunt, nescio qua adtingit sensum meum, cum cogito episcopum ec-
umbra honestatis et liberalium studiorum nomine clesiasticis curis circumstrepentibus districtum at-

(a) Bad. Er. et aliquot Mss etiamsi non difficiles ad etc.


aux voix de toutes ces obligations, pour expli-
quer à un homme de lettres certaines difficul-
:
que vous me dîtes a Vous connaissez l'esprit
des hommes et leur penchant à blâmer si on ;
tés des dialogues de Cicéron. Bien que l'ardeur est interrogé et qu'on tarde à répondre, on està
qui vous entraîne pour vos études, ne vous per- leurs yeux un ignorant et un esprit borné. » En
mette pas de voir combien cela est peu conve- lisant cela, je n'ai pu résister au désir de vous
nable, vous ne laissez pas cependant de le sentir répondre. En effet, l'état de votre âme m'a pé-
vous-même. En effet, après m'avoir dit qu'il n'y nétré de douleur. Vous êtes devenu l'objet de

vous ajoutez aussitôt:


avait rien qui ne convienne dans votre prière,
« Quoi qu'il en soit ac-
cordez-moi tout ce que je vous demande, car
toutes mes occupations, et je ne pouvais plus
balancer à venir à votre secours autant que
Dieu me le permettra, non pour vous expliquer
je suis sur le point de m'embarquer. » Cela les questions que vous me proposez, mais pour
veut dire que votre demande ne vous paraît pas vous apprendre à ne pas faire dépendre votre
inconvenante, mais que, le fût-elle d'ailleurs, bonheur des discours des hommes, à briser le
vous désirez que j'y souscrive, parce que vous malheureux lien qui vous attache à quelque
êtes sur le point de vous embarquer. Qu'enten- chose d'aussi fragile, et vous engager à baser
dez-vous par ces mots: « Je suis sur le point votre bonheur sur ce qui est solide et inébran-
de m'embarquer. » Est-ce que si vous n'étiez !
lable. Quoi mon cher Dioscore, ne voyez-vous
pas sur le point de vous embarquer, je ne de- pas votre Perse vous insulter, par ce vers lancé
vrais point faire pour vous quelque chose qui contre vous, et vous donner un soufflet capable
ne convînt pas? Croyez-vous par hasard que de redresser, et de corriger une tête où il y a
l'eau de la mer ait la vertu d'effacer toute in- quelque sens.
convenance? Quand cela serait, ellt ne l'eflace-
Savoir n'est donc rien pour vous, si un au-
rait pas en moi qui ne dois pas m'embarquer. «
tre ne sait pas que vous savez quelque chose.»
3. Vous m'écrivez que je sais du reste com-
(Perse. Saty. I, v. 27.)
bien il vous serait pénible d'être à charge à
quelqu'un, et vous attestez que Dieu seul sait Vous avez lu, comme je vous l'ai dit plus
par quelle nécessité vous êtes forcé de m'adres- haut, tant de dialogues; vous avez remplivotre
ser cette prière. J'ai donné toute mon attention esprit de tant de discussions de philosophes;
à ce passage de votre lettre, pour voir quelle hé bien, dites-moi quel est celui d'entre eux qui
était cette nécessité, et voici à quoi se réduit ce s'est proposé comme fin de ses actions, l'opi-

que distentum, repente quasi obsurdescentem cohi- Cum ecce mihi affers et dicis, « Mores hominum non
bere se ab his omnibus, et dialogorum Tullianorum ignoratis, qui proclives sunt ad vituperandum, et
quæstiunculas uni scholastico exponere. Quod quan- quam, si interrogatus quisnon responderit, indoctus
tum dedeceat, quamquam tuorum studiorum raptus »
et hebes putabitur. Hoc loco vero exarsi ad rescri-
ardore prorsus nolis attendere, tu etiam sentis bendum tibi: hoc enim languore animi tui penetrasti

in hac re penitus nihil esse dedecoris ,


tamen. Quid enim aliud indicat, quod cum dixisses,
statim
adjunxisti, « tamen quodcumque est, peto præstes
mihi pectus, etirrupistiin curas meas, ut dissimulare
non possem, quantum me Deus adjuvaret, mederi
tibi; non ut de tuis quæstionibus enodandis explican-
»
navigaturo. Hoc enim sonat, videri tibi quidem disque cogitarem, sed ut felicitatem tuam pendentem
nihil in hac re esse dedecoris, tamen quodcumque ex linguis hominum atque nutantem à tam infelici
est dedecoris, petere te ut præstem navigaturo. Sed retinaculo abrumperem, et cuidam sedi omnino in-
quid est, quæso te, quod addidisti, « navigaturo ? > concussæ stabilique religarem. Tunc, o Dioscore, nec
An ego, nisi navigaturus esses, præstare tibi aliquid Persium tuum respicis insultantem tibi contorto ver-
dedecoris non deberem ? Nimirum putas, quod aqua siculo, sed plane puerile caput, si sensus adsit, ido-
marina dedecus abluatur. Quod si ita esset, meum neo colapho contundentem atque coercentem;

neret.
certe qui navigaturus non sum, inexpiatum rema-
3. Scribis etiam.nosse me, quam tibi molestissi-
« Scire tuum nihil est, nisi te scire hoc sciat alter?
Persius, Satyra 1.

Tot, ut superius dixi, legisti dialogos tot philoso-


II

mum sit oneri esse cuipiam, et adtestaris solum


Deum nosse, quod nimia necessitate impulsus hoc phorum altercationibus cor inseruisti. Dic mihi, quis
feceris. Hic sane cum epistolam tuam legerem, sa- eorum finem actionum suarum constituerit in fama
tis adverti animum cognoscere necessitatem tuam. vulgi, aut in lingua hominum vel bonorum atque sa-
nion du vulgaire, ou même les jugements des trompeuse des louanges humaines, en vous
hommes bons et sages? Mais vous, et ce qu'il montrant que votre prière ne m'a inspiré d'au-
y a de plus déplorable, vous sur le point de vous tre désir, que celui de vous tirer de votre éga-
embarquer, vous pensez avoir assez profité en rement. «Les hommes, dites-vous sont enclins
Afrique, lorsque vous assurez que si vous êtes à à blâmer. » Qu'arrive-t-il de là? «C'est, ajou-
charge à des évêques accablés d'affaires et de tez-vous, que si on est interrogé et qu'on tarde
soins diflérents, pour qu'ils vous expliquent Ci- à répondre, on passe pour un ignorant et un
céron, c'est uniquement par crainte des hom- »
esprit borné. Hé bien, je vous interroge à
mes toujours disposés à blâmer, et qui, si vous mon tour, non sur quelques points des livres de
ne répondiez pas quand ils vous interrogent, Cicéron, que beaucoup de ceux qui les lisent
vous regarderaient comme un ignorant et un ont peut-être de la peine à comprendre, mais
esprit borné. 0 le digne sujet des soins et des sur votre lettre elle-même et sur le sens de vos
veilles d'un évêque ! paroles. Je vous demande donc pourquoi vous
4. Il me paraît donc que, dans vos occupa- :
n'avez pas dit Celui qui ne répond pas, prou-
tions du jour et de la nuit, vous ne cherchez à vera qu'il est un ignorant et un esprit borné,
retirer de vos études et de votre science d'autres
fruits que la louange des hommes. J'ai toujours
:
au lieu de dire « Passera pour un ignorant et
un esprit borné. » C'est sans doute parce que
regardé une telle manière de voir comme un vous comprenez vous-même qu'en ne répondant
danger pour ceux qui aspiraient aux biens réels pas sur de pareilles choses, on peut passer aux
et véritables, mais votre exemple me l'a prouvé yeux des hommes pour un ignorant et un es-
plus que jamais. C'est ce pernicieux sentiment prit borné sans l'être réellement. Or, je vous dis
qui vous a empêché de voir quel motif pourrait que quand on craint la médisance des hommes
m'engager à vous accorder ce que vous me de- comme le tranchant de la faux, on est un bois
mandez. Ce même sentiment, si contraire à la aride, et qu'on ne passe pas seulement pour un
raison, qui vous pousse à l'étude uniquement iguorant et un esprit borné, mais qu'on l'est vé-
pour mériter les louanges, ou pour éviter le
blâme des hommes, vous fait croire qu'une pa-
reille raison pourra me déterminer à répondre
ritablement.
5. Peut-être direz vous :N'étant pas un es-
prit borné, et m'appliquant surtout à ne pas
à votre demande. Plût à Dieu que je pusse
éteindre en vous cette avidité si vaine et si ;
l'être, je ne veux point passer pour tel. Fort
bien mais dans quel but ne le voulez-vous pas,

pientium ? Tu autem, et quod magis pudendum est cum tibi nos indicaremus, non ad præstandum tibi
jam navigaturus, satis præclare te in Africa profe- quod petis, quoniam hæc de te scribis, sed ad te
cissejtestaris, cum aliam ob causam te non oneri esse corrigendum moveri. « Mores hominum, inquis,
adseris negotiosissmis. et in alia longe distantia in- proclives sunt ad vituperandum. Quid deinde ?
tentis episcopis, ut tibi exponant Ciceronem, nisi « Si interrogatus quis non responderit, inquis,
quia times homines proclives ad vituperandum, ne
interrogatus ab eis, si non responderis, indoctus et
»
indoctus et hebes putabitur. Ecce ego te interro-
go non de Ciceronis libris aliquid, cujus sensum
hebes puteris. 0 rem dignam vigiliis et lucubratio- fortasse legentes indagare noa. possunt; sed de epis-
nibus episcoporum !
4. Non mihi videris aliunde dies noctesque'cogitare
tola ipsatua, et de sententia verborum tuorum. Quæ-
ro enim cur non dixeris, qui non responderit, indoc-
nisi ut in studiis tuis atque doctrina lauderis ab ho- tus et hebes manifestabitur; sed potius dixeris,
et
minibus. Quodetsi semper ad certa recta tendenti-
bus periculosum esse judicavi, nunc tamen in te ma-
« indoctus et hebes putabitur ;» nisi quia satis
etiam ipse intelligis, eum, qui talia non respondere-
xime experior. Non enim aliunde quam ex eadem et
rit, non esseindoctnm hebetem, sedputari. At
pernicie non vidisti, qua tandem re possemus move- ego te admoneo, eum qui talium putatorum lin-
ri, ut tibi quod petebas daremus. Quam enim per- guis tamquam falcibus concidi timet, lignum esse
verse tu ipse non ob aliud ad ea discenda, quæ aridum; et ideo non putari tantum indoctum et he-
interrogas, raperis, nisi ut lauderis, aut non vitupe- betem, sed vere esse atque convinci.
reris ad hominibus : tam perverse etiam nos putas in 5. Fortasse dixeris, Sed cum hebes animo non
tua petitione talibus causis allegatis moveri. Et uti- sim, et præcipue non esse studeam, nolo hebes ani-
nam possemus efficere, ut tu quoque tam inani mo vel putari. Recte; sed quo fine nolis, id quæro.
atque fallaci humanæ laudis bono minime movereris, Quod enim in illis quæstionibus aperiendis tibi et
je vous le demande. Dans les questions que splendeur. Croyez-moi, il en est ainsi, mon cher
vous m'avez prié de vous expliquer, vous n'avez Dioscore. Puissions-nous jouir l'un de l'autre,
pas balancé à m'être à charge, et vous m'avez dans la recherche et l'amour de cette vérité,
m'avez dit que la cause et le but qui vous ont dont l'ombre et la ressemblance LVOUS éloignent
déterminé à me faire cette demande, but et et vousséduisent. Je ne trouve pas d'autre moyen
cause que vous avez qualifiés de nécessité ab-
solue, était la crainte d'être considéré comme
un ignorant et un esprit borné, par les hommes
;
de vous faire ajouter foi à ce que je vous dis,
sinon de vous prier de m'en croire car vous
ne voyez pas et vous ne pouvez pas voir la vé-
enclins au blâme, si, interrogé par eux sur ces rité, tant que vous chercherez dans les vaines
questions vous balanciez à y répondre. Je vous louanges des hommes, des joies qui n'ont rien
demande si la crainte de passer pour un igno- de durable.
rant, est le seul motif qui vous ait porté à m'a- 6. Si tel n'est pas le but de vos actions et de
dresser votre demande, ou s'il n'y a pas encore votre intention, et si c'est pour un autre motif
quelque autre raison. Si c'est là votre seul mo- que vous craignez de passer pour un ignorant
tif, vous voyez quel est le but de ce violent et un esprit borné, veuillez me le dire. Est-ce
désir, qui va jusqu'à ne pas vous faire craindre parce que dans votre idée, il vous serait plus
de m'être à charge comme vous l'avouez vous- facile, par ce moyen, d'acquérir des richesses,
même. Mais ce qui vient de Dioscore peut-il d'obtenir une épouse, de parvenir aux honneurs
m'être à charge. Sinon ce qui est pour Dioscore et à d'autres choses semblables, que le torrent
même une charge et un fardeau qui l'accablent du siècle emporte avec précipitation, et qui en-
sans qu'il s'en doute, et qu'il ne sentira que traînent avec elles ceux qui se laissent tomber
quand il voudra se lever. Plaise à Dieu que ce dans l'abîme, alors il ne nous convient pas de
fardeau ne s'attache pas à lui au point de rie chercher à vous être utile pour un tel but, bien
pouvoir plus, dans la suite, en décharger ses
!
épaules Je ne dis pas cela au sujet de pareilles
difficultés qu'on cherche à résoudre, mais au
plus, il est de notre devoir de vous en détourner.
En vous empêchant de prendre, pour fin de vos
actions, l'opinion des hommes si fragile et si
sujet du but pour lequel on s'y applique, car changeante, ce n'est pas pour que vous passiez
vous sentez vous-même combien il est vain et du Mincius à l'Eridan, où peut-être même le
frivole. Il finit par former, pour ainsi dire, sur Mincius ne pourrait pas vous jeter avec lui. En
l'œil de l'esprit, une taie qui ne lui permet plus effet, lorsque la vanité des louanges humaines
de voir la vérité dans toute sa richesse et sa n'a pas rassasié un esprit qui en est avide,

explicandis, nec nobis oneri esse dubitasti, hanc Dioscore, ita te fruar in ipsa voluntate, et in ipsa,
causam et hunc finem esse dixisti, et tam necessa- cujus umbra averteris, dignitate veritatis. Unde
rium, ut eam nimiam necessitatem appellares, ne enim tibi, nisi vel hoc modo, de hac re fidem faciam,
scilicet de his interrogatus neque respondens, ab non invenio. Non enim vides earn, aut ullo modo
hominibus ad vituperandum proclivibus, hebes in- quamdiu linguis humanis ruinosa gaudia construis,
doctusque puteris. Ego autem quæro, hoccine to- potes eam videre.
tum sit, cur a nobis ista desideres, an etiam indo- 6. Si autem ibi non finis est harum actionum, at-
ctus et hebes putari propter aliud aliquid nolis. Si que intentionis tuæ, sed propter aliud aliquid indoc-
hoc totum est, cernis, ut arbitror, hunc esse finem tus et hebes non vis putari; quasrO quid illud sit. Si
tam vehementis intentionis tuæ, qua nobis quo- propterea ne angustior tibi aditus ad adquirendas
que oneri es, ut fateris. Quid autem a Dioscoro temporales divitias, uxorem impetrandam, honores
potest nobis esse oneri, nisi quod ipsum Dioscorum capessendos, et cetera hujusmodi, prœcipiti fluxu
etiam nescientem onerat? quod non sentiet, nisi transcurrentia, atque in se lapsos in imum rapien-
cum surgere voluerit, atque utinam non sic alli-
gentur hæc onera, ut frustra etiam humeros cone-
:
tia neque ad hunc finem tibi servire nos decet,
imo decet etiam hinc te amovere. Non enim sic te
tur excutere. Quod non ideo dico, quia istæ discun- prohibemus in incerto famæ finem pcnere, ut tan-
tur quæstiones, sed quia tali fine discuntur. Hunc quam de Mincio in Eridanum emigres; quo te ipse
enim finem jam certe sentis esse nugatorium, ina- fortasse Mincius etiam non emigrantem impingeret,
nem, ventosum. Habet et tumorem, sub quo etiam Cum enim non satiaverit avidum spiritum vanitas
tabes gignitur, et pupula mentis ad non videndam laudis humanæ, quia nihil ad cibandum affert, nisi
opulentiam veritatis offunditur. Crede, sic est, mi inane et inflatum; cogit eam ipsa aviditas referre
parce qu'il n'y trouve qu'une nourriture qui n'a au bien, soit à vos réprimandes contre la
rien de substantiel, cette avidité même cherche malice et l'iniquité des pécheurs? Si tel a été
à se reporter sur autre chose qui soit plus abon- votre but, tout de justice et de bienveillance,
dant et plus fructueux. Que si néanmoins l'objet m'adressant vos questions, vous avez dû me
nouveau de son appétit est encore quelque chose trouver bien peu obligeant. Mais alors pour-
que le torrent du siècle emporte rapidement, quoi, dans votre lettre, ne m'avez-vous pas
c'est comme si l'on passait d'un fleuve dans un expliqué votre intention, qui m'aurait porté ou
autre, et l'on ne trouve pas de fin à sa misère, à vous accorder volontiers ce que vous me de-
tant qu'on s'appuie sur l'instabilité. C'est donc mandiez, ou qui, si quelque obstacle m'avait
vers le bien immuable que je voudrais diriger empêché de le faire, ne m'aurait pas du moins
votre esprit, et l'y fixer comme dans un séjour arrêté par la honte de servir de vains désirs,
où il trouvera en toute sécurité le repos d'une que je ne puis me dispenser de combattre. Mais
bonne et honorable vie. Peut-être votre dessein n'est-il pas meilleur et plus salutaire, je vous le
est-il, après être parvenu à cette félicité ter- demande, de vous pénétrer avant tout des rè-
restre, en ouvrant vos voiles au souffle favo- gles mêmes de la vérité, au moyen desquelles
rablede la renommée, de vous servir de cette vous pouvez réfuter toute espèce de fausseté; et
félicité pour arriver plus facilement à ce bien n'est-ce pas un moyen bien plus sûr et bien
réel, qui ne laisse rien à désirer; mais la vérité plus court pour y parvenir, que d'appliquer
ne demande pas tant de détours, parce qu'elle votre esprit à ces rêveries surannées des an-
;
est près de nous elle ne demande pas tant de
frais, parce qu'elle se donne gratuitement à
ciens, dont l'étude plus vaine que sage, vous
ferait croire que vous êtes habile et savant. Je
tous. ne pense pas que maintenant vous vous regar-
7. Croyez-vous pouvoir vous servir de la ;
diez comme tel car ce n'est pas en vain que
louange humaine comme d'un moyen pour vous depuis le commencement de cettre j'ai dit tant
donner un accès plus facile dans le cœur des de vérités à Dioscore.
hommes, afin de leur persuader ce qui est vrai CHAPITRE II.— 8. Convenons donc dès ce mo-
?
et salutaire Tandis qu'en passant à leurs yeux ment que ce n'est pas l'ignorance de toutes ces
pour un ignorant et un esprit borné, ils ne vous futilités anciennes, mais l'ignorance seule de la
croiraient pas digne qu'on prêtât une oreille vérité,. qui doit vous faire croire que vous êtes
attentive et patiente, soit à vos exhortations un homme sans connaissance et un esprit borné.

in aliud, quasi uberius atque fructuosius : quod ad recte facta quemquam exhorteris, sive malitiam
nihilominus si temporali lapsu præterfluit, ita est atque nequitiam peccantis objurges ? Hunc tu
quasi fluvius ducat in fluvium, ut non sit finis mise- finem justitiæ ac beneficentiæ, si in illis interrogan-
riæ, quamdiu finis officiorum nostrorum in re insta- dis quæstionibus cogitasti, nos de te male meruimus,
bili collocatur. In aliquo igitur firmo atque incom- quibus in epistola tua, non idpotius, quo moveremur,
mutabili bono te figere volumus constantissimæ posuisti, ut aut libenter daremus quod petebas, aut
intentionis domum, et securissimam requiem omnis ideo non daremus, quia causa quælibet alia fortasse
bonæ atque honestæ actionis tuæ. An forte istam prohiberet; non tamen quia tuæ vanæ cupidati, non
ipsam terrenam felicitatem, quam commemoravi, si solum servire, verum etiam non resistere puderet.
prosperi rumoris aura, aut etiam flatibus vela pan- Quanto enim melius atque salubrius quæso te ipsas
dendo ad eam potueris pervenire, hanc etiam cogi- veritatis regulas, multo certius et brevius per seip-
tas referre in aliud certum, et verum et plenum sas accipis, quibus falsa omnia possis ipse refeliere,
bonum? At mihi non videtur. atque omnino ipsa ve- ne quod falsum et pudendum est, si multornm anno-
ritas negat, vel tantis ad se anfractibus, quæ tam sas et decrepitas falsitates, studio jactantiori quam
proxima est, vel tantis sumptibus, quæ tam gratuita prudentiori didiceris, doctum atque intelligentem
est, perveniri te esse arbitreris; quod jam non existimo tibi videri.
7. An ipsa humana laude, tamquam instrumento Non enim frustra tam diu tam vera Dioscoro dixi-
utendum existimas, ut aditum per hanc præpares mus, ex quo in hac epistola gradimur.
ad animos hominum, persuadendi vera atque salu- CAPUT II.
— 8. Quapropter jam illud
videamus,
bria; et caves ne te cum indoctum aque hebetem cum te istarum rerum ignorantia nequaquam indoc-
putaverint, indignum arbitrentur, cui aurem vel tum atque hebetem judices, sed ipsius potius verita-
intentissimam vel patientissimam præbeant, sive tis, ut quisquis de his rebus scripsit vel scripserit,
En effet, quand on est instruit de la vérité, on ni enseignées ni étudiées. Dans toute l'Afrique
sait et l'on possède ce que ces auteurs ont même, vous ne trouverez personne qui vous
;
écrit de vrai et si ce qu'ils ont dit est faux, on
peut l'ignorer en toute sécurité, et la crainte de
interroge ou que vous puissiez interroger à ce
sujet. Or, c'est précisément ce manque de res-
passer pour un homme manquant de science et source quivous a forcé de recourir à des évêques,
un esprit borné, ne doit pas vous tourmenter
du vain désir de connaître les diverses opinions
d'autrui. Cela étant, voyons, je vous prie, si le
rez. Mais croyez-vous que ces évêques ,
pour vous donner les explications quevous dési-
quand
bien même dans leur jeunesse, ils auraient été
faux jugement des hommes qui sont enclins au entraînés par la même ardeur ou plutôt par la
blâme, comme vous me l'écrivez, et qui peuvent, même erreur que vous, et qui se sont appliqués
à tort, il est vrai, mais cependant vous regarder à de pareilles études, comme à quelque chose
comme un ignorant et un esprit borné, doit de grand et d'important, aient conservé les
vous toucher jusqu'au point de demander mêmes goûts sous des cheveux blanchis par les
contre toute convenance à des évêques de vous travaux de l'épiscopat, et les aient portés jus-
expliquer ces sortes d'obscurités, quand bien que dans les chaires des églises? Croyez-vous
même ce qui vous le fait désirer serait d'être qu'ils en aient conservé la mémoire, ou que,
utile aux hommes pour leur enseigner la vérité même s'ils l'avaient voulu, une foule d'occupa-
et les rendre meilleurs, et qui, s'ils vous trou-
vaient ignorant au sujet des livres de Cicéron , tions plus grandes et plus graves les unes que
les autres, n'auraient pas effacé tous ces souve-
vous croiraient également incapable de leur nirs de leur cœur? Si l'habitude avait laissé
donner d'utiles et salutaires enseignements. Si quelqu'empreinte dans leur esprit, ils aime-
c'est là votre crainte, croyez-moi, vous vous mieux l'ensevelir dans un profond oubli, plutôt
trompez. que de répondre à des questions aussi vaines,
9. D'abord je ne vois pas dans cette contrée, sur lesquelles vous avez trouvé muettes et in-
où vous craignez d'être considéré comme un différentes les chaires des écoles et des rhé-
homme peu instruit et peu pénétrant, qui pour- teurs, au point d'être réduit de nous adresser,
rait vous interroger sur de pareilles questions. de Carthage à Hippone, une demande pour ob-
Vous avez dû voir à Rome, comme ici même, tenir l'explication des difficultés qui vous em-
où vous êtes venu pour apprendre ces choses, barrassent. Mais ici même toutes ces choses
combien peu on s'en occupe, et qu'elles n'y sont sont tellement insolites et étrangères,que même,

aut ea sint, quæ jam certus tenes, aut si falsa sunt,habeantur, et ob hoo neque doceantur neque dis-
securus ignores, neque de diversitate cognoscenda cantur : et in Africa usque adeo de his interrogato-
sententiarum alienarum, ne quasi indoctus et hebes rem pateris neminem, ut nec te ipsum qui patiatur

hæc ita sint, etiam illud si placet, videamus, utrum mittere cogaris :
remaneas, inani sollicitudine macereris. Cum ergo invenias; eaque inopia episcopis exponenda ea
quasi vero episcopi isti, etiamsi
aliorum falsa existimatio, qui sunt ut scribis, ad adolescentes, eodem quotu raperis animi ardore,vel
vituperandum proclives, ita ut si te ista ignorare potius errore, quasi aliquid magnum hæc discere
persenserint, indoctum atque hebetem, falso quidem, curarunt, usque ad canos episcopales, et usque ad
sed tamen putent, sic te movere debeat, ut etiam ab cathedras ecclesiastiscas, ea sibi in memoria durare
episcopis tibi hæc exponi non incongruenter petas : paterentur : aut si ipsi vellent, non illa, etiam de
quandoquidem eo fine jam te ista cup ere credimus, invitorum cordibus, curæ majores gravioresque se-
quo illis consulas ad persuadendam veritatem vi- cluderent : aut si aliqua ex eis in animiseorum
tamque eorum corrigendam, qui te, si in illis Cice- nimia consuetudine remanerent, non etiam ipsa obli-
ronis libris indoctum hebetemque putaverint, indi- vione sepeliri mallent recordata, quam ad inepta
gnum habebunt, a quo aliquid utilis salubrisque respondere quæsita : cum in ipsa etiam scholari le-
scientiæ sibi accipiendum essse arbitrentur. Quod vitate et rhetoricis cathedris, ita obmutuisse atque
non ita est, mihi crede. obtorpuisse videantur, ut a Carthagine Hipponem,
9. Primum quia esse aliquos in illis terris, ubi quo exponi possint, mittenda existimentur : ubi tam
imperitus minimeque acutus videri times, qui te de insolita, atque omnino peregrina sunt, ut si vellem

non video:
istis quæstionibus quidquam interrogent, omnino respondendi cura inspicere aliquid, volens videre
quandoquidem hic, quo ad ea discenda quomodo ad sententiam, quæ mihi exponenda esset,
venisti, et Romæ expertus es, quam negligenter desuper veniatur, aut ab ea deincejjs quae contexe-
si pour vous répondre, je voulais examiner ce sujets, des questions qui l'embarrasseraient. En
qui précède ou ce qui suit les passages sur les- effet, entendre parler de Cicéron dans ces pays
quels vous me consultez, et comment ils se rap- là, serait plus difficile que d'entendre des cor-
portent et s'enchaînent à l'ensemble du dis- neilles en Afrique.
cours, je ne trouverais pas un seul exemplaire 10. Cependant, si je me trompe, et que par
des œuvres de Cicéron. Quand je dis que les hasard il se trouve dans ces contrées quelqu'un
rhéteurs de Carthage ont fait défaut à vos dé-
sirs et à votre appel, je ne les en blâme pas
pour cela, au contraire je les en félicite, si par
questionner là-dessus ,
d'assez ridicule et d'assez importun pour vous
ne craignez-vous pas
plutôt d'y rencontrer des Grecs qui, vous voyant
hasard leur silence vient de ce qu'ils se sont en Grèce, et qui, sachant que le grec est la
souvenus que toutes les discussions de cette es- langue de votre enfance, vous interrogerontsur
pèce sont abandonnées à Rome, et ne sont plus les livres même de leurs philosophes, dont Cicé-
en vigueur que dans les gymnases de la Grèce. ron n'a rien mis dans les siens. Si cela arrive,
Mais vous, sans doute après vous être adressé répondrez-vous que vous avez voulu apprendre
aux écoles de Garthage, et n'y avoir trouvé à ces choses dans les ouvrages des latins plutôt
ce sujet qu'indifférence et un silence absolu, ?
que dans ceux des Grecs Par cette réponse,
vous avez eu recours à l'Église chrétienne vous offenseriez d'abord les Grecs dont vous
d'Hippone, parce que là siège un évêque qui connaissez la susceptibilité, et ensuite mécon-
autrefois a vendu ces choses à des enfants.Mais tents et blessés, ils vous regarderont, ce que
je ne veux pasque.vous soyez encore un enfant, vous voulez éviter à tout prix, comme un homme
et il ne me convient pas ni de vendre, ni même
de donner gratuitement des choses qui ne sont
bonnes que pour des enfants. Or, puisque dans
morceaux détachés ,
bien borné, d'avoir mieux aimé apprendre des
des lambeaux de dogmes
grecs dispersés dans des dialogues latins, plu-
deux grandes cités, Rome et Carthage, ces tôt que d'en étudier la suite et l'ensemble dans
deux célèbres écoles des lettres latines, vous les ouvrages mêmes de leurs auteurs. De plus,
n'avez trouvé personne qui vous importunât ils vous traiteront d'ignorant, pour avoir cher-
par de pareilles questions, ni qui pût répondre ché à recueillir, dans une langue étrangère, des
aux vôtres, je m'étonne qu'un jeune homme fragments de choses que vous auriez dû savoir
d'un aussi bon esprit que vous, puisse craindre dans votre propre langue. Direz-vous peut-être
de rencontrer en Orient et dans les villes de la que vous n'avez pas méprisé pour cela les ou-
Grèce, quelqu'un qui lui ferait sur de pareils vrages grecs sur de pareils sujets, mais que
retur oratio, codicem prorsus invenire non possem. ca audieris, quam in illis partibus hoc genus vo-
Illi autem Carthaginenses rhetores, si huic tuo stu- cis.
dio defuerunt, non modo a me non reprehenduntur, 10. Deinde si fallor, et quisquam ibi forte hujus-
sed etiam approbantur, si forte jam recolunt, non modi questionum tanto utique odiosior, quanto in
Romanorum fororum, sed Grsecorum gymnasiorism illis locis ineptior percontator exstiterit, nonne ma-
ista solere esse certamina. Tu vero cum et in gym- gis caves ne multo facilius exsistant, qui te græci
nasia cogitationem injecisti, et ea quoque ipsa inve- homines in Græcia constitutum, et grceca imbutum
nisti talibus rebus nuda atque frigida, ubi has curas primitus lingua, de ipsis philosophorum libris aliqua
tuas deponeres, Christianorum tibi basilica Hippo- interrogent, quae Cicero in suis litteris non posuit ?
nensis occurrit; quia in ea nunc sedet episcopus, qui Quod si acciderit, quid responsurus es, potius te
aliquando ista pueris vendidit. Sed nec te volo esse ista in latinorum auctorum libris, quam in græcorum
adhuc puerum ; et me jam esse puerilium rerum, nosse voluisse? Qua responsione primo Græciæ facies
sicut non venditorem, ita nec largitorem decet. injuriam, et nosti quam illi homines hoc non ferant.
Quae cum ita sint, id est, cum duæ tantæ urbes, lati- Deinde jam exulcerati et irati, quam cito te, quod
narum litterarum artifices, Roma atque Carthago, nimis non vis, et hebetem judicabunt, qui graeco-
nec tsedio tibi sint, ut a te ista perquirant, nec rum philosophorum dogmata, vel potius dogmatum
tædia tua curent utate ista perquirentem exaudiant; particulas quasdam disceptas atque dispersas in la-
miror tantum quantum dici non potest, vereri te tam tinis dialogis, quam in ipsorum auctorum libris
boniingenii juvenem, ne ingraecis atque orientalibus græcis tota atque contexta discere maluisti ; et in-
urbibus quemquam de his rebus molestum interro- doctum, qui cum tam multa in tua lingua nescias,
gatorem feras. Facilius quippe corniculas in Afri- earum rerum frusta in aliena colligere ambisti. An
vous avez voulu d'abord étudier les auteurs la- les hommes à entendre de vous les choses né-
tins, et que, les connaissant maintenant, vous cessaires, il serait ridicule d'ignorer celles qui
voulez vous appliquer, aux auteurs grecs. Mais faut insinuer après toutes ces préparations préa-
si un grec comme vous, n'a pas honte d'avoir lables, et il ne faudrait pas, qu'entièrement oc-
étudié les œuvres des latins, quand il était en- cupé à apprendre ce qui peut vous concilier
core enfant, et de vouloir étudier celles des l'attention des autres, négliger ce qu'il faudra
Grecs, maintenant qu'il est dans un âge plus leur dire quand vous les aurez rendus attentifs.
avancé, pouvez-vous avoir honte d'ignorer dans Si vous dites que vous le savez déjà, et que
les auteurs latins, des choses que beaucoup de cette grande chose c'est la doctrine chrétienne,
savants latins ignorent comme vous ? Vous le objet, je le sais, de toutes vos prédilections, et
sentez bien vous-même, puisque de Carthage, dans laquelle seule vous mettez l'espérance du
où vous êtes environné d'une multitude salut éternel, vous n'avez pas besoin, pour
d'hommes versés dans les lettres latines, vous vous concilier l'attention des auditeurs, de con-
êtes obligé, comme vous le dites, de venir naître les dialogues de Cicéron, et de débiter
m'importuner à Hippone. un amas de pensées étrangères, empruntées de
H. Supposons que vous ayez pu répondre à tous côtés et se contredisant les unes les autres.
toutes les choses sur lesquelles vous m'avez in- Que la pureté de vos mœurs soit le seul moyen
terrogé. Voilà que vous passez pour un homme de rendre attentifs ceux qui doivent apprendre
très-savant et d'un esprit très-subtil. Voilà que de vous cette sainte doctrine. Car je ne veux
les éloges des Grecs vous élèvent jusqu'au Ciel. pas que pour enseigner la vérité, vous commen-
N'oubliez pas pourtant la grandeur et l'impor- ciez par apprendre aux autres ce qu'ils devront
tance du but pour lequel vous souhaitiez tant désapprendre ensuite.
de louanges. C'était pour donner un grand et 12.Si la
connaissance de toutes ces pensées
salutaire enseignement, à des hommes qui n'a- étrangères qui se combattent et se détruisent
vaient d'admiration que pour des choses fri- mutuellement, est de quelque utilité à l'ensei-
voles, et qui, maintenant suspendus à vos gnement de la vérité chrétienne, c'est pour lui
lèvres, vous écouteront avec avidité et bien- donner les moyens de détruire toutes les
veillance. Voyons donc si vous possédez vous- faussetés alléguées par ses adversaires, et pour
même, et si vous êtes capable de donner ce empêcher celui qui discute contre vous, d'avoir
grand et salutaire enseignement. Car après avoir en quelque sorte l'œil fixé sur vos raisonne-
appris tant de choses superflues pour préparer ments qu'il veut réfuter, et de cacher soigneuse-

forte illud respondebis, non te grsecos de his rebus cum propterea superfllla multa didiceris, ut tibi
libros contempsisse, sed prius latinos curasse cognos- aures hominum ad necessaria præparentur, ipsa
cere nunc autem velle te in latinis doctum, jam græ- necessaria non tenere, quibus excipiendis eas per
ca quaerere ? Si hoc non pudet hominem grsecum superflua præparaveris; et dum occuparis ut discas
latina puerum didicisse, nunc velle discere grseca unde facias intentos, nolle discere quod infundatur
barbatum, pudebitne tandem in ipsis latinis ignora- intentis. Sed si hoc te scire jam dicis, idque ipsum
re aliqua, quae quam multi latini docti lecum nes- Christianam doctrinam esse respondes, quam om-
ciant, vel hoc ipso sentis, quod te nobis magna ne- nibus preeponere novimus, etinea solaesseprsesu-
cessitate dicis onerosum, in tanta doctorum multitu- merespem salutis æternæ, non opus est ei cogni-
dine apud Carthaginem constitutus ? tione dialogorum Ciceronis,' et collectione emen-
11. Postremo fac te de omnibus quae a nobis dicatarum discordantium sententiarum alienarum
quseris interrogatum, respondere potuisse. Ecce procurari auditores. Moribus tuis intenti fiant,
jam doctissimus atque acutissimus diceris, ecce jam qui abs te aliquid tale accepturi sunt. Nolo prius
te laudibus in cælum græculus flatus adtollit, tu aliquid doceas, quod dediscendum est, ut vera
tantum memento gravitatis tuæ, et illam mereri doceas.
laudem quo fine volueris, ut scilicet eos leviter levia 12. Nam si alienarum sententiarum dissidentium,
ista miratos, et benevoientissime atque avidissime et repugnantium cognitio aliquid adjuvat insinuato-
jam in tua ora suspensos, gravissimum aliquid et rem Christianae veritatis, ut noverit quomodo adver-
saluberrimum doceas : idipsum quidquid est gravissi- santes destruat falsitates, ad hoc dumtaxat, ne quia
mum et saluberrimum, utrum teneas, et recte tra- contra disserens, nonnisi in refellendis tuis figat
dere noveris, vellem cognoscere. Ridiculum est enim oculum, sua vero sedulo occultet. Nam cognitio veri-
mènt ces moyens de défense. La connaissance tienne ? En effet, ce qui bourdonne encore au-
de la vérité suffit pour démêler et renverser tour de nous, ce qui cherche à se cacher ou à
toutes les faussetés qu'on avance, même celles marcher audacieusement tête levée, ce sont ces
la
qu'on produirait pour première fois. Si pour sectes si nombreuses, les Donatistes, les Maxi-
frapper sûrement et détruire non-seulement mianistes, les Manichéens (3), au troupeau et à
celles qui sont connues et dévoilées, mais en- lafoule desquels viennent s'ajouter les Ariens (4),
core celles qu'on cherche à cacher, il est néces- les Eunomiens (5), les Macédoniens (6), les
saire de connaître les erreurs des autres, levez Cataphryges (7) etmille autres fléaux de cette es-
les yeux, ouvrez les oreilles, jevousprie; voyez pèce. Si donc nous ne prenons pas la peine de
et écoutez si quelqu'un ne s'arme pas contre nous instruire des erreurs de tous ces héré-
vous de la doctrine d'Anaximènes (1) et d'Ana- tiques, qu'avons-nous besoin, pour défendre la
xagore (2)?Maisquedis-je, celle des philosophes religion chrétienne, de rechercher quelle a été
beaucoup plus récents et qui ont fait beaucoup autrefois l'opinion d'Anaximène, et de réveiller,
plus de bruit, Stoïciens ou Epicuriens, n'est-elle par une vaine curiosité, des disputes depuis
déjà pas comme une cendre éteinte d'où il ne longtemps assoupies, lorsque déjà sont tombées
sort plus la moindre étincelle contre la foi chré- dans le plus profond oubli les vaines dissensions

(1) Anaximènes, philosophe de Milet, vécut dans le sixième siècle arant Jésus-Christ; il prétendait que l'air est le principe
de tous les êtres. Il mourut en 504 avant J.-C.
(2) Anaxagore, philosophe de l'école ionienne et disciple d'Anaximènes, voyagea en Egyplepour s'instruire, et se fixa vers
l'an 475 avant Jésus-Christ, à Athènes où il ouvrit une école célèbre. Entre autres disciples, il eutrPériclès et Euripides.
Quoiqu'il eût le premier donné des preuves de l'existence de Dieu, il fut cependant accusé d'impiété et condamné à mort
par les Athéniens.
Périclès parvint à faire commuer sa peine en exil. Il se retira à Lampsaque où il mourut à 72 ans, l'an 428 avant Jésus-
Christ.
(3) Les Manichéens ont été les plus impies et les plus extravagants de tous les hérétiques. Ils disaient que Manès, leur
patriarche était le Saint-Esprit promis par Jésus-Christ,et que Jésus-Christn'avait eu qu'un corps fantastique, qu'il y avait un
bon et un mauvais dieu perpétuellement en guerre. Voyez sur cette secte, qui commença dès le IIIe siècle les lettres 55e
nombre 6, 236 nombre et 237 nombre 2. Saint Augustin en parle aussi dans le livre de Moribus manicheorum, dans celui
des hérésies, et dans plusieurs endroits de ses confessions.
(4) Les Ariens tirent leur nom et leur doctrine d'Arius, prêtre d'Alexandrie, qui commença à répandre ses erreurs dès
le commencement du quatrième siècle Cette secte niait la divinité du Fils de Dieu. Protégée par les empereurs dont ils
avaient surpris la religion, elle fit tant de progrès que presque toute la terre en fut infectée. Elle se divisa ensuite en plu-
sieurs sectes différentes dont la principaleétait celle des semi-ariens, qui reconnaitune sorte d'égalité entre le Fils et le Fère,
mais une égalité de grâce et non pas de nature.
(5) Les Eunomiens eurent pour patriarche Eunomius, fils d'un hboureur de laCappadoce. Il portales armes quelque temps
et devint évêque de Cizique. Il était tellement ennemi de la Trinité qu'il rebaptisait ceux qui l'avaient été au nom du Père,
du Fils, et du Saint-Esprit. Il défendit par la même raison la triple immersion du baptême. D'abord arien, il finit par tomber
dans toutes sortes d'erreurs. Il fut combattu par saint Basile, les deux Grégoire de Naziance et de Nysse. On peut voir aussi
au sujet de cet hérétique la vie de saint Athanase.
^6) Les Macédoniens eurent pour patriache Macédonius, premier de ce nom, évêque de Constantinople. Cette secte parut
dans le quatrième siècle, et s'éteignit complètement vers la fin du cinquième. Les macédoniens appelés aussi pneumatoma-
ques étaient ennemis du Saint-Esprit et soutenaient que ce n'était qu'une créature à peu près de la nature que les anges,
Ils furent condamnés au concile général de Constantinople en 381.
(7) Les Cataphryges sont les mêmes que les montanistes. Leur secte commença sous Marc-Aurèle, environ l'an 171. Mon-
tan, leur patriarche, se disait le Saint-Esprit. Le nom de Cataphryges avait été donné à ces hérétiques, parce que leur secte
avait pris naissance en Phrygie ou elle se maintint assez longtemps.

tatis, omnia falsa, si modo proferahtur, etiam quae partim fugacia, partim etiam audacter prompta, vel
prius inaudita erant, et dijudicare et subvertere Donatistarum, vel Maximianensium, vel Manichæo-
idonea est. Sed ut non solum aperta feriantur, sed rum, vel etiam ad quorum greges turbamque ventu-
etiamabsconditaeruantur, si alienos opus estcogno- rus es Arianorum,Eunomianorum, Macedonianorum,
Cataphrygarum, cseterarumque pestiuminnumerabi-
scere errores, erige oculos auresque, oro te, et vide

mene et de Anaxagora proferat aliquid quando


jam n6 ipsorum quidem multo recentiorum, mnl-
:
atque ausculta, utrum aliquis adversus nosde Anaxi-liter perstrepant : quorum omnium errores si cog-
noscere piget, quid nobis est, propter defensionem
Christianae religionis, quserere quid senserit Anaxi-
tumque loquacium Stoicorum aut Epicureorum cine- menes, et olim sopitas lites inani curiositate reco-

-
:
res caleant, unde aliqua contra fidem Christianam quere, cum quorumdam etiam hsereticorum, qui
scintilla excitetur sed circuli atque conventicula nomine Christiano gloriari voluerunt, ut Marcionis-
de quelques hérétiques qui se sont parés du rer à toute autre et sans aucun délai, surtout à
nom de chrétiens, comme les Sabelliens CI),les l'âge où vous êtes. Voyez combien vous pour-
Marcionistes et beaucoup d'autres encore. Ce- riez apprendre cela aisément, si vous le vouliez.
pendant s'il est besoin, comme je l'ai dit, de En effet, celui qui cherche les moyens de par-
connaître d'avance et d'approfondir les opinions venir à la vie heureuse, cherche uniquement à
et les doctrines contraires à la vérité, occupons- savoir où-est la fin du bien, c'est-à-dire en quoi
nous des hérétiques qui se disent chrétiens,
plutôt que d'Anaxagore et de Démocrite.
CHAPITRE III.
— 13. Si quelqu'un vous inter-
nion fausse et téméraire ,
consiste le souverain bien, non d'après une opi-
mais en s'appuyant
sur la certitude immuable de la vérité. Tous

dées,
rogeait sur les choses que vous m'avez deman-
répondez-lui que vous êtes trop sage et
ceux qui le cherchent, ne peuvent le placer que
dans le corps, ou dans l'âme, ou en Dieu, ou en
trop prudent pour les savoir. Thémistocle ayant
été prié dans un festin, de chanter en s'accom-
pagnant de quelque instrument, ne craignit pas
deux de ces trois choses, ou en toutes à la fois.
Si vous réconnaissez que le souverain bien
même une partie du souverain bien ne peut
ni ,
ne savait pas chanter ,
de passer pour un ignorant en déclarant qu'il
et comme on lui disait :
Quesavez-vous donc?—Je sais, répondit-il, faire
être dans le corps, il vous restera deux choses,
l'âme et Dieu, dans l'une desquelles ou dans les
deux ensemble, vous pouvez le faire consister.
une grande république d'une petite. Après cela,
balanceriez-vous à déclarer que vous ignorez de
telles choses, lorsqu'à ceux qui vous demande-
, ,
Mais si vous comprenez qu'il n'est pasplusdans

,
l'âme que dans le corps où pourrons-nous le
trouver si ce n'est pas en Dieu dans lequel
raient ce que vous savez, vous pourriez répon- vous reconnaîtrez qu'ilréside. Ce n'est pas que
dre : Je sais comment un homme peut être heu- les deux autres choses ne soient aussi des biens,
reux sans le savoir. Si vous n'avez pas encore

,
acquis cette connaissance, votre égarement, en
cherchant ces choses inutiles n'est pas moins
mais parce qu'il n'y a de souverain bien, que

,
celui auquel tous les autres se rapportent
ce qui nous rend heureux
car
c'est la jouissance
;
grand que, si atteint d'une maladiedangereuse,

,
vous recherchiez des plaisirs et des vêtements
fins et délicats plutôt que des remèdes et des
autres;
de la chose pour laquelle on désire toutes les
c'est-à-dire celles que nous aimons pour
elles-mêmes et non pour une autre. C'est pour-
médecins car c'est une étude qu'il faut préfé- quoi on appelle ce bien suprême, fin, parce

(1) Les Sabelliens eurent pour patriarche Sabellius, de Ptolémaïde, ville de Lydie. Il commença à semer ses erreurs vers
l'an deux cent soixante. L'erreur des Sabelliens consistait à ne mettre aucune distinction entre les trois personnes
divines.

tarum et Sabellianorum, multorumque præterea, ullo modo differenda est ista cognitio, aut ulla liuic
jam dissensiones quaestionesque sileantur. Tamen si ate, praesertim jam in liacaetate,vel discendi ordine
opus est, ut dixi, veritati adversantes praenoscere prseferenda est. Vide autem quam facile posses hoc
aliquas, et pertractatas habere sententias, de hære- scire, si velles. Qui enim quaerit quomodo ad bea-
ticis potius, qui se Christianos vocant, quam de tam vitam perveniat, nihil aliud profecto quserit,
Anaxagora et Democrito nobis cogitandum fuit. nisi ubi sit finis boni, hoc est ubi constitutum sit,
CAPUT III. — 13. Ille autem quisquisabstequse-
siverit, quse tu a nobis quæris, audiat quod ea doc-
tius etprudentius nescias. Si enim Themistocles non
non prava opinione atque temeraria, sed certa atque
inconcussa veritate, summum hominis bonum quod :
a quolibet ubi constituatur non invenitur, nisi aut in
curavit, quod est habitus indoctior, cum canere ner- corpore, aut in animo, aut in Deo, aut in duobus
vis in epulis recusasset, ubi cum se nescire illa aliquibus horum, aut certe in omnibus. Quod si
dixisset, atque ei dictum esset, quid igitur nosti? didiceris, neque summum bonum, nec aliquam par-
respondit, Rempublicam ex parva magnam facere : tem summi boni omnino esse in corpore; duo resta-
dubitandum est tibi dicere, te ista nescire, cum ei bunt, animus et Deus, quorum vel in uno vel in
qui rogarit quid noveris, respondere possis, Nosse ambobus sit. Si autem adjeceris et didiceris hoc
te quomodo etiam sine istis homo essepossitbeatus? idem de animo, quod de corpore; quid aliud jam
si
Quod adhucnon tenes, tam perverse ista conquiris, nisi Deus occurret, in quo summum hominis bonum
quam perverse si aliquo corporis periculoso morbo constitutum sit; non quo alia bona non sint, sed
gravareris, delicias et tenerrimas vestes potius quam summum id dicitur, quo cuncta referuntur. Eo enim
medicamenta medicosque conquireres; Non enim fruendo quisque beatus est, propter quod cetera vult
,
qu'on ne trouve rien au-delà rien à quoi l'on telligence comprenant le bien dont elle jouit,

,
puisse rapporter autre chose. Là, en effet, nous
trouvons notre repos là, s'arrêtent toutes nos
aspirations, là, notre jouissance n'a rien à re-
mais la plénitude de la santé, c'est-à-dire la vi-
gueur de l'incorruptibilité. Ceux qui ne com-
prennent pas cela se font, comme je l'ai dit, une
douter, là, nous trouvons les joies tranquilles guerre acharnée, plaçant chacun à sa manière,
réservées à une pure et droite volonté. dans le corps seul, le souverain bien de l'homme,
14. Donnez-moi quelqu'un qui voie tout d'un
coup que le corps n'est pas le bien de l'âme,
mais que l'âme est plutôt le bien du corps, à
séditieux et charnels,
et déchaînent ainsi cette multitude d'hommes
parmi lesquels sont les
Épicuriens qui ont exercé la plus grande auto-
l'instant même il cessera de rechercher si le rité sur le vulgaire ignorant.
souverain bien, ou une partie du souverain bien 15. Donnez-moi également quelqu'un qui
est dans le corps; car il faudrait être insensé croie aussitôt, que l'âme elle-même n'est pas
pour nier que l'âme fut meilleure que le corps. heureuse de son propre fond, puisque si cela
Il y aurait même folie à nier que ce qui donne était, elle ne serait jamais malheureuse. Alors
la vie bienheureuse ou une partie de cette heu-
reuse vie, ne fût meilleur que ce qui la reçoit. , ,
il ne s'occupera plus de rechercher si le souve-
rain bien ce bien qui béatifie réside dans
Ce n'est donc pas du corps que o~ l'âme reçoit
le souverain bien, ou quelque partie de ce sou- sa joie en elle-même ,,
l'âme en tout ou en partie. Lorsque l'âme trouve
comme si elle était elle-
verain bien. Ceux qui ne comprennent pas cela,
sont aveuglés par la douceur des plaisirs char- ;
même son propre bien elle tombe dans l'or-
gueil mais lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle est su-
nels, et ne s'aperçoivent pas que cette douceur

,
est le résultat de la faiblesse de notre nature et
de notre santé ici-bas car la santé parfaite du
passer de l'erreur à la vérité,
jette au changement, par cela seul qu'elle peut
elle voit que la
sagesse est quelque chose d'immuable, et se voit
corps, sera la suprême immortalité de l'homme forcée de reconnaître une nature bien supé-

,
tout entier. Dieu a créé l'âme avec une nature
si puissante que de la plénitude du bonheur
dont elle jouira à la fin des temps, et qui a été
,
rieure à la sienne qui, en se communiquant à
elle et en l'éclairant de sa lumière lui procure
une joie dont l'abondance et la certitude sont
promise par Dieu à ses saints, il rejaillira au-dessus de ce qu'elle peut trouver en elle-
sur notre nature inférieure, c'est-à-dire le même. Alors, renonçant à l'orgueil dont elle était
corps, non la béatitude qui est le propre de l'in- enflée, elle cherche à s'attacher à Dieu, pour se

habere, cum illud jam non propter aliud, sed prop- tudo, quse fruentis et intelligentis est propria, sed
ter seipsum diligatur. Et ideo finis ibi dicitur, quia plenitudosanitatis, id est incorruptionisvigor. Quod
jam quo excurrat, et quo referatur, non invenitur. qui non vident, ut dixi, bellant inquietis altercatio-
Ibi requies appetendi, ibi fruendi securitas, ibi tran- nibus, varie pro suo quisque captu, in corpore cons-
quillissimum gaudium optimse voluntatis. et
tituentes summum hominisbonum, carnaliumsedi-
14. Da igitur qui cito videat, non corpus esse tiosorum turbas concitant : inter quos Epicurei apud

;
animi bonum, sed animum potius esse corporis bo- indoctam multitudinem excellentiore auctoritate vi-
num recedetur jam ab inquirendo utrum summum guerunt.
illud bonum, vel aliqua ejus pars sit in corpore. 15. Da item qui cito videat animum quoque ip-

;
Quod enim stultissime negatur, melior est animus sum. non suo bono beatum esse, cum beatus est,
corpore. Item stultissime negatur meliorem esse alioquin numquam esset miser et recedetur a quae-
eum, qui dat beatam vitam vel partem aliquam rendo, utrum in animo sit summum illud, atque, ut
beatse vitæ, quam eum qui accipit. Non igitur accipit ita dixerim, beatificum bonum, vel aliqua pars ejus.
animus a corpore vel summum bonum, vel partem Nam cum seipso sibi quasi suo bono animus gaudet,
aliquam summi boni. Hoc qui nonvident, csecati superbus est. Cum vero perspicit se esse mutabilem,
sunt dulcedine carnaliumvoluptatum, quam ex in di- vel hoc uno saltern quod de stulto sapiens efficitur,
gentia sanitatis venire non intuentur. Sanitas autem sapientiamque esse incommutabilem cernit, simul
perfecta corporis, illa extrema totius hominis im- oportet cernat esse illam supra suam naturam, ejus-
mortalitas erit. Tam potenti enim natura Deus fecit que participatione atque illustratione se uberius et
animam, ut ex ejus plenissima beatitudine, quae in certius gaudere, quam seipsonta cessans atque de-
fine temporum sanctia promittitur, redundet etiam tumescens a jactatione atque infiatione propria,
in inferiorem naturam, quod est corpus, non beati- inhasrere Deo; atque ab illo incommutabili refici, et
immuable ,
rétablir et se renouveler dans le sein de l'être
d'où elle comprend que dérivent
toutes les espèces de choses, tant celles qui sont
que chose de grand. L'homme voit et conclut
encore de là que le premier péché, cest-à-dire
que la première défaillance volontaire de la
perçues par les sens, que celles qui ne peuvent créature, a été de chercher sa joie dans sa pro-
l'être que par l'intelligence. Elle voit aussi que pre puissance, parce qu'elle s'est complue dans
de Dieu vient toute possibilité de former et de une chose bien inférieure à lapuissancedeDieu.
perfectionner ces choses,même avant leur forma- Faute d'avoir compris cela, et considérant seule-
tion, c'est-à-dire les choses qui n'ont pas encore ment la puissance de l'esprit humain, la gran-
de forme, mais qui peuvent en recevoir une. deur et la beauté de tout ce qu'il peut dire et
L'âme conçoit ainsi quelle a d'autant moins de peut faire, quelques philosophes n'ayant point
force, qu'elle s'attache moins à ce qui est souve- osé placer le souverain bien dans le corps, l'ont
rainement, c'est-à-dire à Dieu. Or, Dieu est sou- mis dans l'esprit, ce qui est mieux; mais ce qui
verainement parce qu'il ne peut rien gagner ni est cependant encore bien au-dessous de ce que
perdre par aucun changement, tandis que demandait une raison pure et éclairée. Parmi
l'homme est soumis au changement, soit en les philosophes grecs qui ont été de cet avis, on
bien, ce qui lui est avantageux, parce qu'il s'at- compte les Stoïciens, qui l'ont emporté sur tous
tache plus intimement à Dieu, soit en mal, ce les autres par leur nombre et la subtilité de leur
qui est en lui une altération qui l'éloigné de Dieu raisonnement. Mais comme ils n'ont vu que des
même. 11 conçoit aussi que tout changement en choses corporelles dans la nature, ils ont plutôt
mal tend à la destruction, et que, même si l'on élevé leur esprit au-dessus de la chair qu'au-
ne voit pas comment une chose y arrive, il est dessus du corps.
clair cependant que ce qu'on appelle destruction, 16. D'autres philosophes ont dit que l'unique
réduit les choses à neplusêtre ce qu'elles étaient. et souverain bien de l'homme était de jouir de
De là il conclut que les choses décroissent ou Dieu notre créateur et celui de toutes choses.
peuvent décroître parce qu'elles sont tirées du Ceux qui se sont le plus distingués dans cette
néant, de sorte que si elles sont, si elles sub- doctrine, sont les Platoniciens qui ont cru, avec
sistent, si leur défaillance même tient à l'ordre
de l'univers, c'est par un effet de la bonté et de Stoicïens et principalement les Épicuriens ;
raison, que leur devoir était de combattre les
car

ment,
la toute-puissance de Celui qui est souveraine-
qui les crée et qui peut tirer du néant
non-seulement quelque chose, mais encore quel-
les Académiciens et les Platoniciens ne sont
qu'une seule et même secte, ce qu'il est facile
de voir par la successionmême de ceux qui ont

reformari nititur, a quo esse jam capit non solum magnum aliquid facere : primum autem peccatum,
omnem speciem rerum omnium, sive quae sensu cor-
poris, sive quae intelligentia mentis udtinguntur, sed
etiam ipsam capacitatem formationis ante formatio-
ad propriam potestatem ;
hoc est primum voluntarium defectum, esse gaudere
ad minus enim gaudet,
quam si ad potestatem Dei gaudeat, quae utique ma-
nem, cum vel informe aliquid dicitur, quod formari jor est. Hoc non videntes, et potentias intuentes
potest. Itaque tanto minus se esse stabilem sentit, animihumani, magnamque pulchritudinemfactorum
:
quanto minus hseret Deo, qui summe est et ideo atque dictorum, etiamsi in corpore puduit ponere
:
illum summe esse, quia nulla mutabilitate proficit
seu deficit sibi autem illam commutationem expe-
dire, qua proficit, ut perfecteilli cohaereat; eam vero
summum bonum, in ipso tamen animo ponentes, in-
fra utique posuerunt, quam ubi sincerissima ratione
ponendum est. Inter hos qui ita sentiunt apud grse-

omnem autem defectum ad interitum vergere quo ;


commutationem, quæ in defectu est, esse vitiosam :

utrum aliqua res perveniat, tametsi non appareat,


cos philosophos, et numero et disputandi subtilitate
Stoici praevaluerunt, qui tamen in naturalibus cor-
porea omnia esse arbitrantes, magis- a carne quam a
- tamenapparere omnibus eo ducere interitum, ut corpore animum avertere potuerilnt.
non sit quod erat. Unde colligit non ob aliud res 16. Inter eos autem qui fruendum Deo, a quo et
deficere, vel posse deficëre, nisi quod ex nihilo factæ nos et omnia facta sunt, unum atque summum bo-
sunt : ut quod in eis est quod sunt et manent, etpro num nostrum esse dicunt, apud illos eminuerunt
defectibus etiam suis ad universitatis complexum Platonici, qui non immerito ad officium suum perti-
ordinantur, ad ejus bonitatem omnipotentiamque nere arbitrati sunt, Stoicis, et Epicureis maxime et
pertineat, qui summe est et conditor, qui potens est prope solisomninoresistere. IidemquippeAcademici
etiam ex nihilo, non tantum aliquid, sed etiam qui Platonici, quod docet auditorum ipsa successio.
suivi cette école. En effet, Arcésilas le premier, manquait à tous d'avoir à proposer aux hom-
s'attache uniquement, tout en cachant sa doc- mes l'exemple d'un Dieu humilié. C'est No-
trine. à réfuter les Épicuriens. Il avait succédé tre-Seigneur Jésus-Christ,qui, au temps marqué,
à Polémon, Polémon à Xénocrate, disciple et devait le donner au monde. Exemple divin de-
successeur de Platon qui lui laissa son école, vant lequel toute fierté, toute arrogance, tout
c'est-à-dire l'Académie. Laissons de côté les orgueil, cède, se brise, et s'évanouit. Que pou-
personnes pour nous occuper seulement de la vaient faire les Platoniciens, sans l'appui d'une
question concernant le souverain biende l'hom- autorité, pour élever à la foi des choses invisi-
me Sous ce rapport, nous trouvons deux erreurs bles des multitudes aveuglées par l'amour des
directement opposées, l'une plaçant le souve- choses terrestres. D'un côté ils voyaient ces
rain bien dans le corps, l'autre dans l'âme. multitudes entraînées par la doctrine des Épi-
Mais la raison et la vérité qui nous font voir que curiens, non-seulement à épuiser la coupe des
Dieu est notre souverain bien, sont contraires plaisirs charnels, auxquelselles étaientdéjà assez
à ces deux erreurs, et nous apprennent aussi portés par elles-mêmes, mais encore à en pren-
qu'il faut commencer par démontrer et détrui- dre la défense et à faire consister dans ces plai-
re ce qui est faux, avant d'enseigner ce qui est sirs le souverain bien de l'homme. D'un autre
vrai. Mettons de nouveau les personnes en jeu, côté, ils voyaient que ceux mêmes, qui, touchés
pour examiner cette question. Nous trouvons de la beauté de la vertu, la défendaient contre
d'un côtéles Épicuriens et les Stoicïens se livrant le plaisir, l'envisageaient dans l'âme humaine,
un combat acharné, de l'autre, les Platoniciens source des bonnes actions dont ils jugeaient
s'efforçant de juger le débat, mais qui, sans comme ils pouvaient. Les Platoniciens voyaient
s'ouvrir au sujetde ce qu'ils pensent sur lavérité, donc tout à la fois, que s'ils cherchaient à in-
se contentent de reprendre et de confondre la sinuer dans l'esprit de ceux même qui défen-
vaine confiance avec laquelle les autres soute- daient la vertu, quelque chose de divin, d'im-
naient leurs erreurs et leurs faussetés. muable, que les sens du corps ne peuvent at-
17. Mais il n'était pas aussi facile aux Plato- teindre, qui ne peut être perçu que par l'esprit
niciens de prendre le parti de la vérité, qu'aux
autres de soutenir le parti de l'erreur, et il leur même;
seul, quoique placés bien au-dessus de l'esprit
que s'ils voulaient leur proposer Dieu

Archesilas enim qui primus occultata sententia sua, nibus enim defuit (a) divinse humilitatis exemplum,
nihil aliud istos quam refellere statuit, quære cui
successerit, Polemonem invenies ; quaere cui Pole-
mon, Xenocratem. Xenocrati autem discipulo Aca-
:
quod opportunissimo tempore per Dominum Nostrum
Jesum Christum illustratum est cui uni exemplo
in cujusvis animo ferociter arrogantis, omnis super-
demiam scholam suam reliquit Plato. Quantum igi- et
bia cedit et frangitur emoritur. Ideoquenonvalen-
tur pertinet ad quæstionem de summo hominis bono, tes illi auctoritate turbas terrenarum rerum (b) di-
remove personas hominum, atque ipsam disceptatio- lectione caecatas ad invisibilium fidem ducere, cum
nem constitue, profecto reperies duos errores inter eas viderent Epicureis maxime contentionibus com-
se adversa fronte collidi : unum constituentem in moveri, non solum ad hauriendam, quo ultro fere-
corpore, alium constituentem in animo summum bo- bantur, sed etiam ad defensitandam corporis volup-
num. Rationem autem veritatis, qua summum bonum tatem, ut in ea summum bonum hominis constitue-
nostrum Deus esse intelligitur, utrique resistere, retur; eos autem qui adversus hanc voluptatem
sed non prius docentem vera quam prava dedocen- virtutis laude moverentur, minus difficulter eam
tem. Idipsum rursum adjunctis personis constitue, contemplari in animis hominum, unde facta bona, de
reperies Epicureos et Stoicos inter se acerrime dimi- quibus utcumque poterant judicare, procederent :
cantes : eorum vero litem conantes dijudicare Pla- simul videbant si eis conarentur insinuare aliquam
tonicos, occultantes sententiam veritatis, et illorum rem divinam, et super omnia incommutabilem, quæ
vanam in falsitate fiduciam convincentes et redar- nullo adtingeretur corporis sensu, sed sola mente
guentes. intelligeretur, quae tamen etiam naturam ipsius men-
17. Sed non sicut illi errorum suorum, ita Plato- tis excederet, eumque esse Deum propositufD. animo
nici verse rationis personam implere potuerunt. Om- humano ad fruendum, purgato ab omni labe huma-
(a) Mss quinque, verce humilitatis
(b) Bad. Am. etEr. delectatione ræcatas.
comme la seule jouissance de l'esprit humain, se trompent jamais, que les Stoïciens accordent
mais de l'esprit purifié de toute souillure des que les sens se trompent quelques fois, et
que
passions humaines, et vers lequel seul devaient ces deux écoles plaçaient dans les sens la règle

;
tendre toute nos aspirations pour arriver au nécessaire pour comprendre la vérité, qui aurait
bonheur et au but de tous les biens réunis ils je vous le demande, écouté les Platoniciens con-
?
voyaient, dis-je, que leur voix ne serait pas tre tant de-contraedicteurs Qui les aurait placés,
entendue, et que la victoire resterait aux Épicu- je ne dis pas au nombre des sages, mais au
riens ou aux Stoïciens bien plus facilement qu'à rang des hommes, s'ils avaient enseigné ouverte-
eux-mêmes ; et qu'ainsi la véritable et salutaire ment, que non-seulement il existe quelque chose
doctrine avilie par les railleries des populations qui ne peut être perçu, ni par le toucher, nipar
ignorantes, tomberait dans le mépris, ce qui l'odorat, ni par le goût, ni par l'ouïe, ni par la
serait le plus grand malheur qui pût arriver au vue, ni même que nous puissions nous repré-
genre humain.Voilà pour la morale. senter, par les images des choses
; que nous avons
18. Quant aux questions qui concernent la connues par les sens mais encore s'ils avaient
nature, si les Platoniciens avaient dit que la avancé que cette chose-là, c'est-à-dire que cette
sagesse incorporelle a été le principe et la chose invisible, est la seule que l'on puisse
cause efficiente de toutes choses, tandis que les comprendre, parce qu'elle est immuable et éter-
autres quine voyaient rien que corps et matiè- nelle, et qu'on ne peut la concevoir que par
res auraient enseigné pour causes premières les l'intelligence qui seul atteint la vérité, autant

,
uns les atômes, les autres les quatre éléments que l'homme en est capable.
entre lesquels le feu, selon leur opinion avait 20. Les Platoniciens se trouvant donc dans la
le plus de pouvoir pour produire, la multitude position de ne pouvoir enseigner une telle doc-
ignorante qui ne conçoit rien que de corporel, trine à des hommes livrés à la chair, et n'ayant
n'aurait jamais reconnu une puissance spirituelle pas d'ailleurs l'autorité nécessaire pour la per-
comme créatrice des choses, et se serait plutôt suader au peuple, en attendant que l'esprit hu-
rangée du côté des Épicuriens. main fût en état de la comprendre, aimèrent
19. Restait la partie qui touche au raisonne- mieux cacher leurs propres sentiments, et com-
ment. Vous savez, en effet, que les moyens par battre ceux qui se vantaient d'avoir trouvé la
lesquels on acquiert la sagesse, roulent sur les vérité, en plaçant cette découverte dansles sens.
mœurs, sur la nature et le raisonnement. Or, Quelle qu'ait été l'opinion des Platoniciens à cet
comme les Épicuriens disaient que les sens ne égard, à quoi bon nous en occuper, puisqu'elle

narum cupiditatum, in quo uno adquiesceret omnis quam sensus corporis falli dicerent, Stoici autem
beatitudinis appetitus, et in quo nobis uno bonorum falli aliquando concederent, utrique tamen regulam
omnium finis esset, non eos intellecturos, et repu- comprehendendæveritatis in sensibus ponerent; quis
gnantibus vel Epicureis vel Stoicis multo quam sibi istis contradicentibus audiret Platonicos ? Quis non
faciliuS palmam daturos, ita ut vera salubrisque modo in sapientium, sed omnino in hominum nume-
sententia, quod perniciosissimum estgenerihumano, ro habendos putaret, siabeisprompte diceretur, non
imperitorum populorum irrisione sordesceret. Et solum esse aliquid, quod nequetactu corporis, neque
hoc in moralibus. olfactu vel gustatu, neque his auribus aut oculis
18. In naturalibus autem quæstionibus, si isti di- percipi possit, neque omnino talium rerum, quæ ita
cerent effectricem omnium naturarum esse incorpo- sentirentur, aliqua imaginatione cogitari; sed in
ream Sapientiam, illi autem a corpore nusquam solum vere esse, atque id solum posse percipi, quia
diseederent, cum alii atomis, alii quatuor elementis, incommutabile et sempiternum est; percipi autem

cipia rerum darent ;


in quibus ad efficienda omnia ignis prævaleret, prin-
quis non videret stultorum
abundantiam corpori deditam, cum incorpoream po-
sola intelligentia, qua una veritas quomodo adtingi
potest, adtingitur?
20. Cum ergo talia sentirent Platonici, quæ neque
tentiam conditricem rerum nequaquam valeret in- docerent carni deditos homines, neque tanta essent
tueri, in. quorum potius suffragium raperetur ? auctoritate apud populos, ut credenda persuaderent,
19. Restabat pars rationalium quæstionum. Nosti donee ad eum habitum perduceretur animus, quo
enim quidquid propter adipiscendam sapientiam ista capiuntur, elegerunt occultare sententiam suam,
quseritur, aut demoribus, aut de natura, aut de ra- et contra eos disserere, qui verum se invenisfe jac-
tione qusestionem habere, Cum ergo Epicurei nun- tarent, cum inventionem ipsam veri in carnis sensi-
n'a été ni divine, ni appuyée sur aucune auto- soit sur les mœurs, soit sur la nature des
rité venant de Dieu? Faites seulement attention choses, soit sur le moyen de chercher la vérité,
que Gîcéronnous montre et prouve évidemment quelque multipliées qu'elles aient été, roulaient
que Platon établissait la fin du souverain bien principalement sur la doctrine de ces deux
de l'homme, le principe des choses, et la certi- sectes, et que malgré la science et la subtilité
de raisonnement non dans la sagesse humaine, dont les Platoniciens firent preuve pour les
mais dans une sagesse divine, au flambeau de combattre, elles subsistèrent cependant jusqu'au
laquelle celle des hommes vient s'allumer, c'est- temps du christianisme. De nos jours elles sont
à-dire dans la sagesse immuable, et dans la tellement éteintes, que c'est à peine si, dans les
véritépermanente et toujours égale à elle-même. écoles des rhéteurs, il est fait mention de ces
Cicéron nous montre encore que les Platoni- dogmes qui ont eu tant d'éclat. Toutes ces dis-
ciens ont combattu, sous le nom d'Épicuriens et cussions, tous ces combats de paroles, ont même
de Stoïciens, ceux qui plaçaient dans la nature cessé dans les gymnases des Grecs, de sorte que
du corps ou de l'âme, la findu bien, le principe s'il s'élève encore quelque secte en faveur de
des choses et la certitude du raisonnement. l'erreur contre la vérité, c'est-à-dire contre
Cet état se prolongea ainsi, dans la suite des l'Eglise de Jésus-Christ, elle n'ose s'avancer au
temps, jusqu'au commencement de l'ère chré- combat qu'en se couvrant du nom chrétien.
tienne où, par des miracles visibles, la foi salu- D'où il faut conclure que les philosophes de la
taire dans les choses invisibles et éternelles, famille platonicienne, après avoir changé dans
put être annoncée aux hommes, qui ne pouvaient leur dogme certaines choses que la doctrine
rien voir ni comprendre en dehors des corps; et chrétienne n'approuve pas, doivent religieuse-
lorsque le bienheureux apôtre saint Paul répan- ment incliner la tête devant le Christ, comme
dait, parmi les gentils, les divines semences de devant le seul et unique roi qui est resté victo-
cette foi, il trouva encore pour contradicteurs, rieux, et reconnaître que celui-là est le Verbe
les Épicuriens et les Stoïciens, comme nous le de Dieu qui, revêtu d'une chair mortelle, n'a eu
voyons dans les Actes des Apôtres. qu'à commander pour faire croire ce qu'ils n'o-
21. Ce que j'ai dit à ce suj et suffit, je le pense, saient pas même proposer.
pour démontrer que les erreurs des gentils, 22. C'est à ce roi, mon cherDioscore, que je

bus ponerent. Et eorum quidem consilium quale esse, errores gentium, sive de moribus, sive de na-
fuerit quid adtinet queerere? divinum certe vel divina tura rerum, sive de ratione investigandee veritatis,
aliqua auctoritate prasditum non fuit. Tantum illud qui quamvis essent multi atque multiplices, in his
adtende, quoniam Plato a Cicerone multis modis tamen maxime duabus sectis eminebant, expugnan-
apertissime ostenditur in sapientia non humana, tibus doctis et tanta disserendi subtilitate atque
sed plane divina, unde humana quodammodo accen- copia subvertentibus, durasse tamen usque in tem-
deretur, in illa utique sapientia prorsus immutabili, pora Christiana. Quos jam certe nostra setate sic
atque eodem modo semper se habente (a) veritate, obmutuisse conspicimus, ut vix jam in scholis rhe-
constituisse et finem boni, et causas rerum, et ratio- torum commemoretur tantum quæ fuerint illorum
cinandi fiduciam : oppugnatos autem esse nomine sententiee : certamina tamen .etiam de loquacissimis
Epicureorum et Stoicorum a Platonicis eos, qui in Grsecorum gymnasiis eradicata atque compressa
corporis vel in animi natura ponerent et finem boni, sunt, ita ut si qua nunc erroris secta contra verita-
et causas rerum, et ratiocinandi fiduciam, eo rem tem, hoc est, contra Ecclesiam Christi emerserit,
successione temporum esse devolutam, ut Christianse nisi nomine cooperta Christiano, ad pugnandum
jam setatis exordio, cum rerum invisibilium atque prosilire non audeat. Ex quo intelligitur ipsos quo-
geternarum fides per visibilia miracula salubriter que Platonicae gentis philosophos, paucis mutatis,
prsedicaretur hominibus, qui nec videre nec cogitare quæ Christiana improbat disciplina, invictissimo uni
aliquid præter corpora poterant, beato apostolo regi Christo, pias cervices oportere submittere, et
Paulo, qui eamdem fidem gentibus prseseminabat, intelligere Yerbum Dei homine indutum, qui jussit,
iidem ipsi Epicurei et Stoici, in Actibus Apostolo- et creditum est, quod illi vel proferre metuebant.
rum contradixisse inveniantur. 22. Huic te, mi Dinscore, ut tota pietate subdas
21. Qua in re satis mihi videtur demonstratum velim, nec aliam tibi ad capessendam, etobtinendam

a) Lov. veritatem constituisse At editiones aliæ et Mss. prope omnes habent, veritate.
voudrais vous voir soumis avec toute la piété giez sur les préceptes de la religion chrétienne,
à
possible, sans songer suivre d'autre voie, pour je répondrais chaque fois à vos demandes,
comprendre et posséder la vérité, que celle qui qu'il n'yen pas d'autres que l'humilité, quand
a été ouverte par celui qui, comme Dieu, a vu même j'aurais encore d'autres préceptes à vous
la faiblesse et l'incertitude de nos pas. La pre- indiquer.

;
mière de ces voies, c'estl'humilité; la seconde, CHAPITRE IV.
— 23. Ce qu'il ya de plus con-
c'est l'humilité la troisième, c'est encore l'hu- traire à cette salutaire humilité pour l'enseigne-
milité^etje vous ferais toujours la même réponse ment de laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ
si vous m'interrogiez. Ce n'est pas qu'il n'y s'est humilié, c'est cette science ignorante par
ait aussi d'autres préceptes à donner à ce laquelle nous nous plaisons à savoir ce qu'ont
sujet, mais si l'humilité ne précède, n'ac- pensé Anaximènes, Anaxagoras, Pythagore,
compagne, et ne suit pas tout ce que nous fai- Démocrite afin de paraître savants et érudits,
sons de bien; si elle ne préside pas à nos pro- quoique de pareilles connaissances soient éloi-

;
jets, si nous n'y restons pas attachés dans nos gnées de la pure doctrine et de la véritable éru-
actions si elle cesse d'être pour nous comme dition. En effet, celui qui a appris que Dieu
un joug salutaire pour réprimer la joie que n'est point une substance ni étendue, ni répan-
nous inspire toujours une bonne œuvre, l'orgueil due dans des espaces finisouinfinis, de manière
nous en fait perdre le fruit. Les autres vices à être plus ou moins grand dans une place que
sont nuisibles en concourant à nos fautes, mais dans une autre, mais qu'il est toujours présent
l'orgueil est à craindre dans le bien même, car et tout entier partout, parce qu'il est la vérité
le désir des louanges humaines détruit ce que dont personne ne peut dire raisonnablement
nous avons fait de louable. Un des plus grands qu'il s'en trouve une partie dans un lieu, une
orateurs de la Grèce (i), à qui on demandait partie dans un autre; celui-là, dis-je, qui sait ce
quel était le premier précepte à observer dans que Dieu est, ne s'embarrasse pas de connaître
l'éloquence, répondit, dit-on, que c'était la pro- l'opinion du philosophe qui a cru que Dieu était
nonciation ; interrogé sur le second précepte, il l'air dans l'espace infini. Que lui importera en-
répondit encore: la prononciation, Et comme core de savoir ce que ces philosophes pensent
on lui demandait quelle était le troisième; il sur la beauté du corps qui consiste, selon eux,
n'yen a pas d'autres, répondit-il encore, que la dans les lignes qui terminent toutes les parties;
prononciation. De même que si vous m'interro- de savoir si c'est simplement pour railler cette

(1) Démosthène.

veritatem viam munias, quam quae munita est ab interrogares de prseceptis Christianse religionis,
illo qui gressuum nostrorum tanquam Deus vidit nihil me aliud respondere nisi humilitatem liberet,
innrmitatem. Ea est autem prima humilitas, secunda etsi forte alia dicere necessitas cogeret.
humilitas, tertia humilitas, et quoties interrogares 23. Huic humilitati saluberrimfe, quam Dominus
hoc dicerem, non quo alia non sint prsecepta, quæ Noster Jesus Christus, ut doceret humiliatus est :
dicantur, sed nisi humilitas omnia qusecumque bene huic, inquam, maxime adversatur qusedam, ut ita
facimus et prsecesserit et comitetur et consecuta dicam, imperitissima scientia, dum nos scire gaude-
fuerit, et proposita quam intueamur, et apposita cui mus, quid Anaximenes, quid Anaxagoras, quid Py-
adhsereamus, et imposita qua reprimamur, jam no- thagoras, quid Democritus senserint, et cetera hujus-
bis de aliquo bono facto gaudentibus totum extor. modi, ut docti eruditique videamur, cum hoc a vera
quet de manu superbia. Vitia quippe cetera in pec- doctrina et eruditione longe absit. Qui enim didice-
catis, superbia vero etiam in recte factis timenda rit Deum non distendi aut diffundi per locos, neque
est, ne ilia quæ laudabiliter facta sunt, ipsius laudis nnitos neque infinitos, quasi in aliqua parte major
cupiditate amittantur. Itaque sicut rhetor (Demos- sit, in aliqua minor, sed totum ubique esse prsesen-
thenes.) ille nobilissimus cum interrogatus esset, tem, sicut veritatem cujus nemo sobrie dicit partem
quid ei primum videretur in eloquentiee prseceptis esse in isto loco, et partem in illo, quoniam veritas
observari oportere, Pronuntiationem dicitur respon- utique Deus est; nequaquam eum movebit quod de

;:
disse: cum qusereretur quid secundo, eamdem pro-
nuntiationem quid tertio, nihil aliud quam pronun-
tiationem dixisse ita si interrogares, et quoties
infinito aëre sensit, quicumque sensit quod ipse

:
Deus esset. Quid ad illum si nesciat quam dicant
isti corporis formam earn quippe dicunt quse undi-
opinion d'Anaximènes, que Cicéron(1), se posant de le révéler. Qui ne voit aussi la folie de ce
en Académicien, lui objectait que Dieu devait même philosophe par rapport aux choses cor-
avoir forme et beauté, mais une beauté corpo-
relle, parce que Anaximènesprétendait que Dieu ;
porelles. Il dit, en effet, que l'air est engendré,
et veut que l'air soit Dieu mais il n'appelle pas
Dieu ce qui engendre l'air, quoique cependant
était quelque chose de corporel, puisque selon
lui l'air est un Dieu et que l'air est un corps ou
si, au contraire, dans ses obj ections Cicéron, avait
; l'air doive être engendré par quelque chose.
Quand il dit encore que l'air est toujours en
en vue la beauté incorporelle de la vérité, qui mouvement, et que par cela même l'air est Dieu ;
fait la beauté de notre âme elle-même, et dont il ne fera pas croire cela à un homme qui sait
le type nous permet de reconnaître et de juger que le mouvement d'un corps quelconque est
ce qu'il y a de beau dans les actions des sages
de sorte que ce n'aurait pas été pour le seul
; d'un ordre bien inférieur au mouvement de l'es-
prit, et combien, d'un autre côté, le mouve-
plaisir de réfuter Anaximènes, mais en cons- ment de l'esprit est plus lent, et plus pesant que
cience et en toute vérité, que Cicéron aurait dit celui de la souveraine et immuable sagesse.
que Dieu devait avoir une beauté parfaite, 24. De même si Anaxagore ou tout autre dit
parce que rien n'est plus beau que l'immuable que la vérité et la sagesse ne sont autre chose
vérité, telle que l'intelligence humaine peut la que l'intelligence, qu'ai-je besoin de disputer
comprendre. Lorsqu'Anaximènes dit que l'air ?
de mot avec lui Puisqu'il est clair que c'est
est engendré, l'air
que cependant il croyait être cette vérité, cette sagesse qui a établi l'ordre et
Dieu, quelle impression peut-il faire sur l'esprit le mode de toute chose, et que c'est avec raison
d'un homme qui sait que la génération de l'air, qu'elle est appelée inonie, nonpar rapport à l'es-
c'est-à-dire une conséquence qui n'est que le pace qu'elle occupe, mais en raison de sa puis-
résultat d'une cause, qui la produit, et qui par sance, qui ne peut être comprise par l'esprit hu-
cela même ne peut être Dieu, n'a rien de com- main. Il est clair également que cette sagesseéter-
parable à la génération duVerbe de Dieu, Dieu nelle ne doit point avoir quelque chose d'informe,
en Dieu, mystère qui ne peut être compris que car c'est le propre des corps qui, par cela même
de Dieu même, ou que de celui à qui il luiplaît qu'ils seraient infinis, n'auraient ni forme, ni
(1) Voici les paroles de Cicéron qui ont :
trait à ce passage Anaximenes aera Deum statuit, eumque gigni, esseque immen-
aliqua, sed pulcherrima specie esse deceat, aut non
omne quod ortum sit, mortalitas consequatur; :
sum, et infinitum, et semper in motu : quasi aut aer sine ulla forma Deus esse possit, cum prœsertirn Deum non modo
c'est-à-dire Anaxi-
mènes prétend que l'air est Dieu, qu'il est engendre, immense, infini et toujours en mouvement, comme si l'air, sans aucune
forme, pouvait être Dieu, puisque Dieu doit avoir une souveraine beauté, où, comme si tout ce qui naît ne devait pas mourir.

:
que finita sit et utrum
refellendi
causa tanquam
Academicus Anaximeni Cicero (Lib. I. de Nat. Deo-
Illum autem etiam in ipsis corporalibus desipere
quis non videat, cum aërem gigni dicat, et Deum
rum.) objecerit, formam et pulchritudinem Deum velit; eum autem a quo aer gignitur, non enim a
habere oportere, quasi corpoream speciem cogitans,
quia ille corporeum Deum esse dixerat, aër enim
nullo gigni potest, non dicat Deum ? Cum autem di-
citur aër esse semper in motu, nequaquam contur-
corpus est; anipse sentiebat esse formam, et pulchri- babit hominem, ut propterea illum Deum putet, qui
tudinem incorpoream veritati, qua ipse animus in- novit omnis corporis motum inferiorum esse, quam
formatur, et per quam omnia sapientis facta pulchra est motus animi; motum autem animi longe pigrio-
esse judicamus, ut non tantum refellendi gratia, sed rem, quam est motus summse atque incommutabilis
etiam verissime dixerit, quod Deum pulcherrima Sapientiæ.
specie deceat esse, quia nihilestpulchrius ipsa intel- 24. Item Anaxagoras, sive quilibet, si mentem
ligibili atque incommutabili veritate. Quod autem ait dicit ipsam veritatem atque sapientiam, quid mihi
ille gigni aërem, quem tamen Deum esse censebat, est de verbo cum homine contendere ? Manifestum
nullo modo movet hunc virum, qui intelligit est enim omnium rerum descriptionem et modum ab
non
sicut aër gignitur, id est aliqua causa, ut sit efficitur, illa fieri, eamque non incongrue dici infinitam, non
cum omnino Deus non sit, ita genitum esse Verbum per spatia locorum, sed per potentiam, quæ cogita-
Dei, Deum apud Deum, sed longe alio modo, tione humana comprehendi non potest ; neque quod
quem
nemo, nisi (b), cui ipse Deus inspirarit, intelligit. informe aliquid sit ipsa sapientia, hoc enim corporum
(b) Mss Yalicani duo, nisi Deus et cui ipse inspiravit.
beauté. Cicéron, pour réfuter ses adversaires qui infinie, puisque dans le corps la sensation com-
ne concevaient rien hors des corps, nie qu'on mence par un endroit, et ne parcourt le tout
puisse ajouter quelque chose à l'infini, parce que jusqu'à ce qu'elle soit parvenue jusqu'au
que, en matière de corps, il faut pour ajouter bout. Or, l'infini n'a pas de bout, mais Anaxa-
qu'il y ait une fin, une extrémité à laquelle on gore n'avait rien dit du sentiment corporel. Il
ajoute. C'est pourquoi il dit qu'Anaxagore n'a en est autrement, quand on parle de la totalité
pas vu qu'il est impossible que dans l'infini il de ce qui est incorporel, parce qu'on le com-
s'opère un mouvement qui puisse être ressenti prend sans bornes, pour qu'on puisse l'appeler
sans interruption dans toute l'étendue de cette tout et infini; tout, parce qu'on ne peut le divi-
chose infinie, par suite de la continuité et de la ser; infini, parce qu'il n'y a ni espace, ni limite,
cohérence des parties. Cicéron ne parle ici que qui le circonscrive.
des choses corporelles auxquelles on ne peut 25. « Ensuite,» continue Cicéron, «si Anaxa.
rien ajouter, si ce n'est à la limite des espaces gore veut que l'intelligence soit un animal, il
qu'elles occupent. Mais il ajoute qu'il est égale- faut nécessairement qu'elle ait en elle-même
ment impossible « qu'une portion quelconque quelque chose par quoi elle puisse être appelée
de la nature éprouve du sentiment, sans que animal. » C'est-à-dire qu'il faut que cette intel-
l'impression et le contre-coup s'en fassent res- ligence, soit comme un corps, qu'elle ait inté-
sentir à la nature tout entière»(Liv.IdelaNat. rieurement une âme, pour qu'on puisse lui don-
des Dieux.) En parlant ainsi, Cicéron se place ner le nom d'animal. Vous voyez que Cicéron
dans la manière de voir d'Anaxagore, qui pré- parle toujours ici d'après les impressions que
tend que l'intelligence qui ordonne et gouverne les corps produisent sur nous, et selon l'idée
toutes choses, a du sentiment de la même ma-
nière que l'âme en reçoit par l'entremise du
corps. Car il est clair que toute l'âme sent ce
;
que la vue des animaux fait naître dans notre
esprit or le langage de Cicéron tend unique-
ment, je le pense, à combattre l'opinion gros-
qu'elle sent par le corps, où il ne se passe rien sière et matérielle de ceux contre lesquels il
de sensible que toute l'âme n'éprouve et ne discute. Cependant il leur dit une chose qui,
ressente également. Lorsque Cicéron a dit toute s'ils étaient capables d'ouvrir les yeux à la lu-
la nature sent, c'était pour renverser l'opinion mière, suffirait pour leur démontrer que tout ce
de ce philosophe qui prétend que l'intelligence que l'esprit se représente comme un corps vi-
est infinie et tout à la fois corporelle. En effet, vant, doit avoir intérieurement quelque chose
comment sentirait-elle tout entière, si elle est qui l'anime, .c'est-à-dire être animal plutôt que

est, ut qusecumque infinita fuerint, sint et informia. currit totum, nisi ad cujus finem pervenerit; quod
Cicero autem studio refellendi, quantum videtur, in infinito dici non potest. Sed neque ille de sensu
(Lib. I. de Nat. Deorum.) propter adversarios corpo- corporis aliquid dixerat. Et aliter dicitur totum,
raliter sentientes negat infinito aliquid jungi posse, quod incorporeum est, quia sine finibus locorum in-
quia ex ea parte qua quidquam adjungitur, necesse telligitur, ut et totum et infinitum dici possit :
esse in corporibus aliquem finem. Ideo ait « non totum propter integritatem ; infinitum, quia locorum
eum vidisse, neque motum sensui iunctum et conti- finibus non ambitur.
nentem, » id est continua copulatione adhserentem, 25. « Deinde, inquit, si mentem ipsam quasi ani-
»
a infinito, id est infinitæ rei, « ullum esse posse, »
quasi de corporibus ageret, quibus nihil jungi, nisi
per fines locorum potest. Sic autem addidit: « neque
illud animal nominetur;
mal aliquod esse voluit, erit aliquid interius ex quo
» (Cicero. Ibid.) ut mens
ista quasi corpus sit, et habeat intus animam unde
sensum omnino, quo non totanaturapulsasentiret, » animal appelletur. Vide quemadmodum corporali
quasi ille dixisset mentem illam ordinatricem et consuetudine loquitur, quomodo solent videri ani-
moderatricem rerum omnium habere sensum, qua- malia, propter sensum crassum, ut opinor, eorum
lem habet anima per corpus. Nam manifestum est contra quos disserit : et tamen dixit rem, quæ illos,
totam sentire animam, cum per corpus aliquid sen- si evigilare possent, satis admoneret, omne quod
tit, Nam totam utique non latet, quidquid illud est sicut corpus vivum animo occurrit, magis animam
quod sentitur. Ad hoc autem dixit totam naturam habere et esse animal, quam animam esse cogitare
sentire, ut illi quasi auferret, quod ait mentem infi- oportere. Hoc est enim quod ait, « erit aliquid inte-
nitam. Quomodo enim tota sentit, si infinita est ? rius, ex quo illud animal nominetur. » Sed adjungit,
Sensus enim corporis ab aliquo loco incipit, nec per- « Quid autem interius mente ? » Non ergo potest
d'être réellement âme. C'est pourquoi Cicéron notre intelligence. »
dit, « que si l'intelligence est un animal, il faut 26. Il est très-vrai, en effet, que cette notion
qu'elle ait intérieurement quelque chose qui est au-dessus de la portée, et de la pénétration
permette de l'appeler ainsi.» Mais il ajoute :
de l'intelligence des Épicuriens et des Stoïciens
« Qu'ya-t-il de plus intérieur que
l'intelli-
qui ne concevaient rien que de corporel. Quand
gence? » L'intelligence ne peut donc pas avoir
intérieurement, quelque principe qui l'anime,
et être par conséquent animal, puisqu'elle-même
il dit, « notre intelligence,
l'intelligence ordinaire des hommes
»
il veut parler de
aussi ne
dit-il pas que cette notion échappe, mais paraît
;
est ce qu'il y a de plus intérieur. Si vous voulezéchapper. Il semble, en effet, à ces philosophes
en faire un animal, donnez-lui donc un corps que personne ne saurait comprendre une telle
extérieur, dont elle serait l'âme intérieure, et chose, et par conséquent ils croient qu'elle
c'est ce que Cicéron veut faire entendre, quand n'existe pas. Il y a pourtant des hommes dont
:
il dit «Revêtez-la donc d'un corps extérieur.» l'intelligence conçoit, autant toutefois qu'il est
donné à l'esprit humain de s'élever jusque-là,
Comme si Anaxagore avait dit qu'il ne peut y
avoir d'intelligence qui ne soit celle de quelque qu'il y a une sagesse et une vérité pure et sim-
animal. Or si, d'après Anaxagore, l'intelligence ple, qui n'est pas le propre d'un animal particu-
est la souveraine sagesse elle-même, c'est-à-dire lier, mais qui est au contraire, pour toutes les
la vérité qui se donne, et se communiqueà tous âmes, le principe commun et la source de la
les esprits qui sont capables de la comprendre sagesse et de la vérité. Anaxagore peut avoir
et d'en jouir, elle ne peut être l'intelligence

:
d'un animal particulier. Mais voyez la finesse
des conclusions de Cicéron « Comme on
compris ce principe, avoir vu que ce principe
est Dieu, l'avoir appelé intelligence mais ni le
nom d'Anaxagore que tous les pédants font
;
n'admet pas,» c'est-à-dire comme Anaxagore sonner bien haut, pour paraître savoir la litté-
ne veut pas admettre que cette intelligence qu'il rature ancienne, ni la connaissance même des
appelle Dieu, soit revêtue d'un corps extérieur, moyens par lesquels il est parvenu à s'élever
en vertu duquel elle soit animal, il en résulte jusqu'à cette vérité, ne nous rendent pour cela
« qu'une pure et simple intelligence, sans union plus savants et plus sages. Car ce n'est pas par-
à quelque chose qui lui communique le senti- ce qu'Anaxagore a connu la vérité, qu'elle doit
ment, » c'est-à-dire sans l'adjonction à un corps m'être chère, mais parce qu'elle est la vérité,
par lequel elle puisse sentir, «c'est une idée quand bien même aucun de ces philosophes ne
qui échappera portée et à la pénétration de l'auraient connue.
menshabereinteriorem
ipsa est interior. Ergo corpus habeat extrinsecus,
;
animam ut sit animal quia corporalia cogitare non possunt. Quod autem ait,
«nostrse,)) humanæ intelligi voluit : etbene non ait,
cui sit interior, ut sit animal. Hoc est enim quod fugit, sed « fugere videtur. » Hoc enim illis videtur,
ait, « Cingitur igitur corpore externo : > quasi neminem hoc posse intelligere, et ideo nihil tale esse
Anaxagoras dixerit, nisi animalis alicujus esset, arbitrantur : sed quorumdam intelligentiam, quan-
mentem esse non posse. Si mentem ipsam summam tum homini datum est, non fugit esse apertam sim-
sapientiam esse sentiebat, quæ nullius quasi ani- plicemque sapientiam atque veritatem, quæ nullius
mantis propria est, quia omnibus animis se frui valen- animantis sit propria, sed qua communiter omnis,
tibus veritas communiter præsto est. Et ideo vide quæ id potest anima, sapiens etverax efficitur. Quam
quam urbane concludat : a Quod quoniam non pla- si sensit esse Anaxagoras, eamque Deum esse vidit,
cet, » inquit, hoc est non placet Anaxagoræ, ut illa mentemque appellavit,non solumnomenAnaxagoræ,
mens, quam dicit Deum, cingatur corpore externo, quod propter litteratam vetustatem, omnes, ut mili-
quo animal esse possit, « aperta simplexque mens tariter loquar, (a) litteriones libenter suffiant, nos
nulla re adjuncta qua sentire possit, »
id est nullo doctos etsapientes non facit, sed ne ipsa quidemejus
corpore adjuncto per quod sentire possit, « fugere cognitio, qua id verum esse cognovit. Non enim
intelligentiae nostrse vim et notionem videtur. » mihi propterea veritas cara esse debet, quia non la-
26. Nihil verius quam fugere hoc vim et notionem tuit Anaxagoram, sed quia veritas est, etiamsi nul-
intelligentise Stoïcorum et Epicureorum, qui nisi lus earn cognovissetillorum.
(a) Editi, litteriores; Mss. quatuor, litterationes. Alii plures et melioris notæ codices habent, litteriones,
urammaticos contemptim appellat Augustinus in lib. I. cont. AdversariumLegis 24. quo nomine
c.
27. Si nous ne devons pas nous enorgueillir

;
parce que nous savons les noms de ceux qui ont
pu connaître la vérité si la connaissance de la
;
doctrine de Démocrite, d'après ce qu'on dit, a
toujours été incertaine et chancelante car par-
fois il a dit que Dieu était une certaine nature
vérité elle même, ne doit pasnous inspirer d'or- d'où les images s'échappaient, mais dont on ne
gueil, combien moins devons-nous tirer vanité pouvait concevoir l'idée que par les images
de savoir les noms et les idées de ceux qui qui sortent de cette nature, qu'il regarde comme
n'ont eu, sur la vérité, que de fausses opinions, quelque chose de corporel, d'éternel, et-par
qui ne peuvent nous éclairer en rien, pour nous cela même de divin. Semblables à des fluides
faire découvrir ce qu'il y a d'obscur et de caché? qui s'écoulent et émanent sans cesse de cette
Si nous avons quelque sentiment d'humanité, source, les images, selon lui, étaientportées de
ne devons-nous pas plutôt nous affliger des er- toutes parts, et entraient dans nos esprits ou
reurs de tant d'hommes illustres, lorsqu'on elles y formaient l'idée de Dieu ou des dieux.
nous en parle, que d'en faire le but de nos re- Les disciples de cette école n'assignent pas à
cherches et de nos études, pour nous vanter nos pensées, quelles qu'elles soient, d'autres
ensuite de ces vaines connaissancesdevant ceux causes que les émanations de ces corps, c'est-à-
qui les ignorent? Il eut bien mieuxvalu, pour
moi, de n'avoir jamais entendu prononcer le
nom de Démocrite, que de penser avec douleur
;
dire ces images qui vont et viennent et pénètrent
dans nos âmes comme s'il n'y avait pas beau-
coup de choses, et des choses presqu'innombra-
à l'aveuglement de ce philosophe,dont ses con- bles dont les hommes d'un esprit élevé, conçoi-
temporains ont fait je ne sais quel grand homme vent l'idée sans le secours de la matière et par
Il croyait que les dieux étaient des images s'é- la seule puissance de l'intelligence, telles que la
chappant de corps solides, sans être solides sagesse et la vérité. Si les philosophes n'ont pas
elles-mêmes, et que ces images allant çà et là l'idée de la sagesse et de la vérité, je suis éton-
par un mouvement qui leur était propre, et en né qu'ils veuillent en faire le sujet de leurs dis-
s'insinuant dans l'esprit des hommes, leur don- cussions, ou s'ils en ont l'idée,je voudrais qu'ils
naient l'idée d'une puissance divine. Comment m'apprissent quelle est l'image qui leur en a
n'a-t-il pas vu que plus les corps,d'où émanaient donné la conception, et de quel corps elle s'est
ces images, avaient de solidité, plus ils l'empor- échappée.
taient sur les images mêmes. C'est pourquoi la 28. On dit cependant que, dans les questions

27. Si igitur nec ejus hominis, qui verum forsitan iluctuavit ejus, sicutisti dicunt, nutavitquesententia,
vidit, cognitio nos inflare debet, ut ea quasi docti ut aliquando naturam quamdam de qua fluerent ima-
esse videamur, sed (a) nec ipsius veri solida res, qua gines Deum esse diceret, qui tamen cogitari non
vere docti esse possumus, quanto minus eorum posset, nisi per eas imagines quas fundit ac emittit,
hominum, qui falsa senserunt, nomina et dogmata id est quæ de illa natura, quam nescio quam corpo-
nostram possunt adjuvare doctrinam, et latentia ream et sempiternam, ac etiam per hoc divinam
cognita facere ? cum si homines simus, magis nos putat, quasi vaporis (b) similitudine continua velut
contristari deceat tot et tam nobilitatorum hominum emanatione ferrentur, et venirent atque intrarent in
erroribus, si eos audire contigerit, quam hæc prop- animos nostros, ut deum vel deoscogitarepossemus.
terea studiose quserere, ut inter eos, qui illa nes- Nullam enim aliam causam cujuslibet cogitationis
ciunt, jactatione inanissima ventilemur. Quanto nostrae opinantur isti, nisi cum ab his corporibus,
enim melius ne audissem quidem nomen Democriti, quae cogitamus, veniunt atque intrant imagines in
quam cum dolore cogitarem, nescio quem suis tem- animos nostros : quasi non multa ac prope innume-
poribus magnum putatum, qui deos esse arbitraretur rabilia cogitentur incorporaliter atque intelligibiliter
imagines, quae de solidis corporibus fluerent, soli- ab eis, qui talia cogitare noverunt, sicut ipsa sa-
dseque ipsse non essent, easque hac atque hac motu pientia et veritas. Quam si isti non cogitant, miror
proprio circumeundo atque illabendo in animos ho- quomodo de illa utcumque disputent : si autem
minum facere ut vis divina cogitetur; cum profecto cogitant, vellem mihi dicerent, vel de quo cor-
illud corpus, unde imago flueret, quanto solidius est, pore, vel qualis in eorum animos veniat imago veri-
tanto prsestantius quoque esse judicetur? Ideoque tatis.

(a) Abest nartir.nla. n(L a fhmdpfim Mss. pt ab ndilisBad. Am. et Er.


(b)Mss.duodecim.vaporissimilitudinem. - ---
concernant la nature, Démocrite diffère de la monde entier. Vous devez comprendre main-
doctrine d'Epicure. Il croit que, dans le con- tenant, je le pense, le système philosophique
cours des atomes, il y a une certaine vertu vi- concernant les images.
tale et animée. Il ne l'attribue pas, je pense, à 29. Je suis étonné que Démocrite n'ait pas
toutes les images des choses, mais seulement à fait remarquer àEpicure, la fausseté de son
;
celles des dieux et dans toutes celles où il ad- opinion par un seul mot. En effet, si comme le
met quelque chose de divin, il y admet aussi veulent les Epicuriens, notre esprit est corpo-
des principes d'intelligence, et prétend que ce rel et a par conséquent si peu d'étendue, com-
sont là les images animées, qui ont coutume de ment, enfermé dans un si petit espace que ce-
nous être utiles ou nuisibles. Epicure, au con- lui du corps, peut-il atteindre de grandes ima-
traire, n'admet que les atômes comme principes ges qui se présentent à lui, et les embrasser
des choses, c'est-à-dire des corpuscules si me- tout entières. Car il est impossible qu'un petit
nus, qu'ils ne peuvent être divisés et qui échap- corps puisse en atteindre un plus grand, dans
pent à la vue et au toucher. Selon lui, c'est au toutes ses parties à la fois. Comment peut-on
concours fortuit de ces atômes qu'il faut attri- comprendrel'ensemble de toutes ces images, s'il
buer la formation d'une quantité innombrable est vrai qu'on ne puisse les concevoir qu'à me-
de mondes, des animaux, des âmes, et même sure qu'elles se présentent, et qu'elles pénètrent
des dieux, auxquels il donne une forme hu- dans l'esprit. Elles ne sauraient, en effet, entrer
maine et qu'il place, non dans quelque monde, toutes ensemble dans un aussi petit corps, ni
mais hors des mondes, et dans les espaces qui être toutes à la fois atteintes par un aussi petit
les séparent. Il ne veut rien concevoir que des esprit. N'oubliez pas que je parle ici selon l'o-
corps, mais dont on ne peut avoir la conception pinion de ces philosophes; car, pour moi, je ne

qu'il prétend formées par les atomes ;


que par les images émanant des choses mêmes reconnais pas un tel esprit. Si Démocrite croit
et les que l'esprit est incorporel, c'est à Epicure seul
images, selon lui, plus déliées que celles qui que s'adresse mon raisonnement. Mais pour-
frappent les yeux, s'insinuent par leur subtilité quoi Démocrite n'a-t-il pas vu qu'un esprit in-
jusque dans l'esprit. Il prétend encore que le corporel, pour penser, n'a pas besoin de la pré-
principe même de la vue, est dû à certaines sence et du contact des images corporelles, et
grandes images qui embrassent l'extérieur du que même la pensée ne peut lui venir par ces

28. Quamquam Democritus etiam hoc distare in esse dicit, ingentes quasdam imagines ita ut uni-
naturalibus quaestionibus ab Epicuro dicitur, quod versum mundum complectantur extrinsecus. Intel-
iste sentit inesse concursioni atomorum vim quam- ligis autem jam, ut arbitror, quas isti opinentur
dam animalem et (a) spirabilem : qua vi eum credo imagines.
et imagines ipsas divinitate praeditas dicere, non 29. Miror non admonuisse Democritum vel hoc
omnes omnium rerum, sed deorum, et principia ipso falsa esse quæ dicit, quia venientes tam magnæ
mentis esse in universis, quibus divinitatem tribuit, imagines in tam brevem animum nostrum, si corpo-
et animantes imagines, quæ vel prodesse nobis so- reus, ut illi volunt, tam parvo corpore includitur,
leant vel nocere. Epicurus vero neque aliquid in totæ ilium tangere non possunt. A magno enim cor-
principiis rerum ponit praeter atomos, id est cor- pore cum parvum corpus adtingitur, a toto simul
puscula quaedam tam minuta, ut
jam dividinequeant, adtingi nullo pacto potest : quomodo igitur totæ si-
neque sentiri, aut visu, aut tactu possint : quorum mul cogitantur, si in tantum cogitantur, in quantum
corpusculorum concursu fortuito, et mundos innu- venientes atque intrantes animum adtingunt, quae
merabiles, et animantia, et ipsas animas fieri dicit, nec totse intrare possunt per tam parvum corpus,
et deos quos humana forma non in aliquo mundo,
sed extra mundos, atque inter mundos constituit
et non vult omnino aliquid prseter corpora cogitare :
: :
nec totæ tam parvum animum adtingere ? Memento
me secundum illos haec dicere non enim ego talem
animum sentio : aut si incorporeum Democritus ani-
quoo tamen ut cogitet, imagines dicit ab ipsis rebus, mum existimat, Epicurus quidem solus ista ratione
quas atomis formari putat, defluere, atque in ani- urgeri potest : sed etiam ille quare non vidit, non
mum introire subtiliores quam sunt illoo imagines, opus esse nec fieri posse, ut incorporeus animus
quae ad oculos veniunt. Nam et videndi causam hanc adventu atque contactu corporearum imaginum (b)
(a) Editi, spiritalem. Al Mss. Dleriaue. sDirabilem.
(b) Lov. cojritetur. Sed melius edili alii et Mss. èogitet.
moyens. Quant à la vision, ce que j'ai dit à ce En effet, dit-il, ce corps est battu par les atômes
sujet suffit pour les réfuter l'un et l'autre, car quand ils l'envahissent, et il est agité par ces
il est impossible à la petitesse de nos yeux, d'at- mêmes atomes, quand ils le pénètrent. Ensuite,
teindre toutes à la fois et dans toute leur éten- puisque de leur dieu naissent perpétuellement
due, d'aussi grandes images corporelles. de ces images dont il a été suffisamment parlé,
30. Lorsqu'on leur demande pourquoi on ne comment peut-il compter sur son immorta-
voit qu'une seule image d'un corps d'où éma- lité?
nent d'innombrables images, ils répondent que 31. Ce qu'il y a de plus déplorable au milieu
la transition et l'écoulement perpétuels des ima- de ces délires d'opinions, c'est qu'on ne se con-
ges, font qu'elles s'amassent, se condensent en tente pas de les exposer, et qu'au lieu de les
un seul point, de manière à n'en faire qu'une rejeter, comme ne méritant aucune discussion,
seule pour l'œil. Cicéron a réfuté la vanité de des hommes doués d'un esprit distingué et pé-
cette doctrine, et démontre que leur dieu ne nétrant, n'ont pas craint d'entrer dans de
peut être éternel, si on le conçoit par les in- grands développements pour réfuter des sys-
nombrables images qui coulent et passent con- tèmes qui,au premier coup d'œil, méritent uni-
tinuellement, et comme, selon ces philosophes, quement le mépris et la dérision des intelli-
c'est l'abondance de ces innombrables atomes, gences, même les moins éclairées. En effet,
qui fait et produit les formes éternelles des quand vous accorderiez qu'il y ait des atômes,
dieux, de manière que, quand les uns s'échap- que ces atômes par une rencontre fortuite se
pent de la substance divine, d'autres viennent poussent et s'agitent, vous sera t-il permis pour
les remplacer, et empêchent par cette succes- cela, d'admettre que ces atômes, en se rencon-
sion continuelle, la destruction de cette nature trant fortuitement, puissent produire une chose
divine, Cicéron en conclut que « toutes les cho- quelconque, lui donner une forme particulière,
ses doivent être éternelles,» (Cicéron, livre cité) en déterminer la figure, la polir, l'égaliser, la
puisqu'il n'en est aucune qui ne retrouve dans revêtir de couleurs et lui communiquer la vie?
l'affluence d'atomes nouveaux, ce qu'elle peut Tout cela ne peut être que l'ouvrage de la di-
perdre de sa puissance. Ensuite, ajoute Cicé- vine Providence, et c'est ce que reconnaîtra qui-
ron, n'est-il pas à craindre qu'un tel Dieu ne fi- conque aime mieux voir avec les yeux de l'es-
nisse par périr, battu et agité sans cesse comme prit, qu'avec ceux du corps, et qui implore l'as-
il l'est, par cette éternelle invasion d'atomes. sistance de celui qui l'a créé. Mais il est inutile

cogitet De visu certe oculorum, ambo pariter re- non vereatur iste Deus ne intereat, « cum sine ulla
darguuntur : tam enim breves oculos, tum grandia intermissione pulsetur, agiteturque atomorum incur-
imaginum corpora tota adtingere nullo modo pos- sione sempiterna? » Pulsari enim dicit illud corpus
sunt. quod irruentibus atomis feriatur, et agitari quod
30. Cum autem quæritur ab eis, quare una imago penetretur : deinde « cum ex ipso imagines, de
quibus jam satis dictum est, « semper affluant, »
»
videatur corporis alicujus, a quo innumerabiliter
imagines fluunt : respondent, eo ipso quo frequenter quomodo potest de immortalitate confidere ?
fluunt et transeunt imagines, quasi quadam earum 31. In quibus omnibus deliramentis hæc opinan-
constipatione et densitate fieri, ut ex multis una tium, illud præcipue dolendum est, quod non suffi-
videatur. Quamvanitatem Cicero ita refellit, (Lib. I. cit ea narrari, ut nulla cujusquam disputatione
de Nat. deorum.) ut eo ipso neget æternum Deum adversante respuantur : sed acutissimorum hominum
eorum posse cogitari, quo innumerabiliter fluentibus ingenia id etiam negotium susceperunt, ut copiose
et labentibus imaginibus cogitatur. Et quoniam in- ista refellerent, quae statim dicta etiam a tardissimis
iiumerabilitate atomorum suppeditante, dicunt fieri derideri abjicique debuerunt. Si enim concesseris
formas deorum sempiternas, cum ita discedant quæ- esse atomos, si concesseris etiam concursu fortuito
dam corpuscula de divino corpore ut alia succedant, seipsas pellere et agitare; num et illud eis fas est
-
et dissolvi illam naturam eadem successionenon concedere, ut inter se atomi fortuito concurrentes,
sinant : « Omnia ergo, inquit, seterna essent, » rem aliquam ita conficiant, ut earn forma (a) modifi-
quia nùlli deest ista innumerabilitas atomorum, quae cent, figura determinent, sequalitate poliant, colore
rpetuas ruinassubirJde suppleat. Deinde quomodo illustrent, anima vegetent? quae omnia nullo modo

r.
(b) Sic Bad Am.£ Mss. At Lov. habet, Oidificent.
même d'accorder qu'il y ait des atômes, car ne sauraient en avoir l'idée sans l'assistance des
voyez combien il est facile d'en nier l'existence images. Mais j'ai honte vraiement de réfuter de
d'après l'opinion de ces philosophes, et cela telles absurdités, quoiqu'ils n'aient pas eu honte
sans s'occuper de ce que disent les savants sur de les penser et de les émettre. Mais, puisqu'ils
la divisibilité des corps. Ils prétendent que,dans ont osé les soutenir, ce ne sont plus eux qui
la nature, il n'y a que des corps et du vide, et m'inspirent de la honte, mais le genre humain,
ce qui peut y arriver d'accidentel, c'est-à-dire, qui a pu prêter l'oreille à de telles extrava-
je crois, le mouvement et le choc des atômes gances.
dans le vide, et les formes qui en sont la con- CHAPITRE Y. — 32. Puisque la souillure du
séquence. Qu'ils nous disent donc de quelle es- péché et l'attachement à la terre, ont tellement
pèce sont ces images, qu'ils prétendent s'échap- aveuglé les esprits, que des savants ont pu em-
per des corps solides, sans que pour cela elles ployer leur loisir à discuter ces opinions mons-
aient la moindre solidité/de sorte qu'elles ne trueuses, ne reconnaîtrez-vous pas, mon cher
peuvent être perçues que par leur contact avec Dioscore, vous, comme tout homme doué d'un
l'œil, ce qui produit la vision,ou par leur con- esprit attentif, ne reconnaîtrez-vous pas, dis-je,
tact avec l'esprit, ce qui produit la pensée. Il que pour insinuer la vérité au monde, il ne pou-
faut donc que ce soient des corps, ces images vait pas y avoir une plus grande autorité que
qui, selon eux, émanent des corps pour arriver celle de l'homme qui, conçu d'une manière
à l'œil ou à l'esprit, que néanmoins ils suppo- ineffable et miraculeuse par la vérité même, la
sent corporel. Je leur demande également s'il représentant sur la terre, enseignant le bien et
s'échappe des images, des atômes mêmes? S'il accomplissant des choses divines, pouvait
s'en échappe, les atômes ne sont plus atomes, seul persuader aux hommes par une foi salu-
puisqu'ils sont indivisibles, et que cependant il taire, ce que leur intelligence n'était pas encore
s'en détache d'autres corps. Si ces images ne capable de comprendre. Voilà celui à la gloire
viennent pas des atômes, ou l'on peut concevoir duquel nous travaillons. Voilà celui en qui nous
quelque chose sans le secours des images, ce vous exhortons d'avoir une foi constante et iné-
qu'ils ne veulent nullement admettre, ou ils ne i
branlable.C'estlu quiasufaire, quenon pas quel-
savent pas même s'il y a des atômes, puisqu'ils ques hommes, mais des peuples entiers crussent

nisi arte divinae providentiae fieri videt, quisquis atomos, quas nec cogitare potuerunt? Sed jampudet
magis mente quam oculis amat videre, idque ab eo me ista refellere, cum eos non puduerit ista sentire.
expetit a quo factusest. Nam nec ipsas atomos esse Cumvero ausi sintetiam defendere, non jam eorum,
ullo modo concedendum est, quod, omissa subtilitate, sed ipsius generis humani me pudet, cujus aures
quæ de divisione corporum a doctis traditur, vide hæc ferre potuerunt.
quam facile secundum ipsorum opinionem possit os- CAPUT V. — 32. Cum igitur tanta sit csecitas men-
tendi. Certe enim ipsi dicunt omnia quse sint natu- tium per illuviem peccatorum amoremque carnis, ut
ræ, nihil esse aliud quam corpora et inane quæque etiam ista sententiarum portenta, otia doctorum
his accidantj quod credo motum et pulsum dicere et conterere disputando potuerint, dubitabis tu Dios-
consequentes formas. Dicant ergo in quo genere po- core, vel quisquam vigilanti ingenio præditus, ullo
nant imagines, quas de corporibus solidioribus modo ad sequendam veritatem melius consuli po-
affluere putant, ipsas minime solidas, ita ut tactu tuisse generi bumano, quam uthomo abipsaveritate
nisi oculorum cum videmus, et animi cum cogita- susceptus ineffabiliter atque mirabiliter, et ipsius
mus, sentiri non possint, si et ipsa corpora sunt. in terris personam gerens, recta praecipiendOj et
Nam ita censent, ut exire a corpore et venire ad divina faciendo, salubriter credi persuaderet, quod
oculos, vel ad animum possint, quem nihilominus nondum prudenter possetintelligi? Huj usnos gloriae
dicunt esse corporeum. Quæro utrum etiam ab ipsis servimus, huic te immobiliter atque constanter cre-
atomis affluant imagines ? Si affiuunt, quomodo jam dere hortamur, per quem factum est, ut non pauci;
sunt atomi, a quibus aliqua corpora separantur ? Si sed populi etiam, qui non possunt ista dijudicare
non affiuunt, aut potest aliquid sine imaginibus ratione, fide (a) credant, donee salutaribus praeceptis
cogitari; quod vehementer nolunt; aut undenorunt adminiculati evadant ab his perplexitatibus in auras

(a) Mss. Valicani quatuor, aliique e nostris duodecim habent, fide irrideant; non inepte, si referas ad pliilosophorum
placita superiusexplicala. Sed etiam apta estlectio Lov. et aliarum editionum, fide credant, scilicet id referendo adea qute
Christus praecepit et fecit.
;
par la foi, ce qu'ils ne pouvaient pas encore ju-
ger par la raison jusqu'à ce que, appuyés sur
les préceptes salutaires deJésus-Christ, ils pus-
naissance de la vérité. Cette témérité est la
règle ordinaire des hérétiques. Mais Jésus-
Christ, ce doux et clément chef de la foi, non-
sent sortir des perplexités et des ténèbres qui seulement a donné, comme rempart d'autorité à
les environnaient, pour arriver au jour et à la son Eglise, le concours et l'assentiment des
lumière de la pure et sincère vérité. Il faut se nations les plus célèbres et même des sièges
soumettre à son autorité avec d'autant plus de apostoliques, mais encore il l'a muniepar le
ferveur, que nous ne voyons plus aujourd'hui dévouement de quelques hommes pieusement
une seule erreur oser se produire pour gagner instruits et véritablement spirituels, d'armes
la foule des ignorants, sans se couvrir du nom nécessaires pour faire triompher l'invincible
de chrétien. De toutes les anciennes sectes qui raison. Cependant, la règle la meilleure à sui-
ne portent pas ce nom, il n'y a plus que les Juifs vre, est de mettre les faibles à l'abri de toute
qui subsistent encore, et qui, bien qu'ayant en- attaque - sous le boulevard de la foi, et, après
tre les mains les Ecritures, annonçant notre les avoir mis en sûreté, de combattre pour eux
Seigneur Jésus-Christ, feignent de ne pas le avec toutes les forces de la raison.
voir et de ne pas le comprendre. Pour ceux qui, 33. Les Platoniciens qui, au milieu des er-
sans être dans l'unité et la communion catho- reurs et du bruit des faux philosophes qui les
lique, se glorifient du nom de chrétien, ils sont harcelaient de leurs clameurs, n'avaient pas
forcés d'attaquer ceux qui croient, et osent pro- une autorité divine pour commander la foi,
poser aux ignorants la raison comme règle de aimèrent mieux cacher leur doctrine que de
conduite,tandis que celle que Jésus-Christ nous l'exposer au mépris de la foule. Mais lorsque le
propose, c'est la foi, ce remède souverain ap- nom de Jésus-Christ retentit au sein des
porté par lui du ciel sur la terre. Mais ils sont royaumes de la terre émerveillée et troublée,
forcés d'agir ainsi, comme je l'ai dit, parce les Platoniciens commençèrent aussi à se pro-
qu'ils sentent combien ils tomberaient dans le duire et à développerla doctrine de Platon. On
plus souverain mépris, si leur autorité était vit alors fleurir à Rome l'école de Plotin, qui
comparée avec celle de l'Eglise catholique. Ils eut pour condisciples beaucoup d'hommes ha-
s'efforcent donc de balancer et de vaincre même biles et pénétrants. Mais quelques-uns d'entre
l'autorité si forte et si puissante de l'Eglise iné-
branlablement établie, en promettant aux hom-
mes de les faire arriver par la raison à la con-
sité des arts magiques ;
eux se laissèrent corrompre par la vaine curio-
quelques autres au
contraire, reconnaissant que Notre-Seigneur

purissimæ atque sincerissimee veritatis. Cujus aucto- ille fidei imperator clementissimus, et per conventus
ritati tanto devotius obtemperari oportet, quanto celeberrimos populorum atque gentium, sedesque
videmus nullum jam errorem se audere extollere, ad ipsas Apostolorum arce auctoritatis munivit Eccle-

:
congregandas sibi turbas imperitorum, qui non
Christiani nominis velamenta conquirat eos autem
solos (Judæos) ex veteribus prater Christianum no-
siam, et per pauciores pie doctos et vere spiritales
viros copiosissimis apparatibus etiam invictissimae
rationis armavit. Verum illa rectissima disciplina
men in conventiculis suis aliquanto frequentius per- est, in arcem fidei quam maxime recipi infirmos, ut
durare qui Scripturas eas tenent, per quas annun- pro eis jam tutissime positis, fortissima ratione
tiatum esse ipsum Dominum JesumChristum, se pugnetur.
intelligere et videre dissimulant. Porro illi qui cum 33. Platonici vero, qui falsorum philosophorum
in unitate atque communione catholica non sint,
Christiano tamennomine gloriantur, coguntur ad-
versari credentibus, et audent imperitos quasi
erroribus illo tempore circumlatrantibus, non ha-
bentes divinam personam qua imperarent fidem
sententiam suam tegere quserendam, quam polluen-
,
rationetraducere, quando maxime cum ista medicina dam proferre maluerunt, cum jam Christi nomen
Dominus venerit, ut fidem populis imperaret. Sed terrenis regnisadmirantibusperturbatisque cerbres-
hoc facere coguntur, ut dixi, quia jacere se abjec- ceret, emergere coeperant, ad proferendum atque
tissime sentiunt, si eorum auctoritas cum auctoritate aperiendum quid Plato sensisset. Tunc Plotini scho-
catholica conferatur. Conantur ergo auctoritatem la Romse floruit, habuitque condiscipulos multos
stabilissimam fundatissimae Ecclesiæ quasi rationis acutissimos et solertissimos viros. Sed aliqui eorum
nomine et pollicitatione superare. Omnium enim magicarum artium curiositate depravati sunt, aliqui
heereticorum quasi regularis est ista temeritas. Sed Dominum Jesum Christum ipsius veritatis atque sa-
Jésus-Christ représentait, sur la terre, la vérité tions de l'Orateur et du livre de Cicéron sur
même et l'immuable sagesse qu'ils s'efforçaient l'Orateur, car c'eût été, me semblait-il, une
d'atteindre, passèrent sous ses drapeaux. Ainsi espèce de badinage de ma part, de m'arrêter
le plus haut degré de toute autorité et la lu- à les développer. Quant aux autres questions,
mière la plus vive de la raison se trouvaient on pourrait décemment m'interroger, si on me
réunis dans le seul nom salutaire de Jésus- proposait de résoudre ces choses en elles-
Christ. et dans le sein de son Église, pour la mêmes, mais non comme tirées des livres de
réforme et la régénération du genre humain. Cicéron, car celles qui se trouvent dans ses livres,
34. Je vous ai longuement entretenu dans ne conviennent plus maintenant à mon état et
cette lettre, de tout ce qui précède, quoique à mon ministère. Je n'aurais même rien fait de
peut-être vous auriez préféré que je vous par- tout ce que je vous envoie, si aprè& la maladie
lasse d'autres choses, mais je ne m'en repens ou votre homme m'a trouvé, je ne m'étais pas
pas. Plus vous ferez de progrès dans la vérité, un peu éloigné d'Hippone. Encore pendant ce
plus vous approuverez ce que je vous ai dit, et peu de jours, ai-je été de nouveau troublé par
peut-être ne serez-vous pas fâché que mes con- la maladie et repris par la fièvre. Voilà pour-
seils ne répondent pas entièrement à ce que quoi je n'ai pu vous envoyer cette lettre aussi
vous croyez utile à vos études. J'ai pourtant vite que j'aurais voulu; dans tous les cas, ré-
répondu à vos questions elles-mêmes, non- pondez-moi, je vous prie, comment vous l'aurez
seulement en en développant quelques-unes reçue.
dans cette lettre, mais en annotant brièvement,
autant que je l'ai pu, presque toutes les autres, LETTRE CXIX. (1)
sur les parchemins mêmes où vous les aviez Consentius propose à saint Augustin diverses ques-
écrites. Si vous croyez que je n'y ai pas ré-
tions sur la Trinité.
pondu suffisamment, et que je ne sois pas entré
dans ce que vous attendiez de moi, vous ne Au VÉNÉRABLE SEIGNEUR ET BIENHEUREUX PÈRE
AUGUSTIN, CONSENTIUS (2).
savez pas, mon cher Dioscore, à qui vous vous
êtes adressé. J'ai laissé de côté toutes les ques- 1. J'avais déjà confié en peu de mots à votre

(1) Ecrite vers l'an 410. — Cette lettre était la 221e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui
était la 119e se trouve maintenant la S5e.
(2) Ce Consentius à qui la leitre 205e est adressée et auquel saint Augustin a dédié le livre contre le Mensonge, qui se
trouve au XXIIe volume de cette édition, était un laïque qui s'appliquait à l'étude dans la retraite. On doit supposer,
d'après ce qu'il dit lui-même dans cette lettre, qu'il habitait une des îles Baléares.

pientise incommutabilis, quam conabantur adtingere, nendas persequerer. Nam de ceteris possem etiam
cognoscentes gestare personam, in ejus militiam decenter interrogari, si mihi quisquam res ipsas,
transierunt. Itaque totum cuLmen auctoritatis lu- non de libris Ciceronis, sed per seipsas tractandas
menque rationis in illo uno salutari nomine atque in dissolvendasque proferret. In illis autem res ipsse
una ejus Ecclesia, recreando atque reformando hu- nunc nostrse professioni minus congruunt. Hæc au-
mano generi constitutum est. tem omnia non facerem, nisi me post ægritudinem,
34. Hæc me tibi diutissime in hac epistola locu- in qua eram cum homo tuus venisset, aliquantum ab
tum, etsi alia forte tu malles, omnino non pænitet. Hippone removissem. Quibus item diebus perturba-
Probabis enim hæc magis, quanto magis in veritate tione valetudinis febribusque repetitus sum. Inde
proficies; et tunc probabis consilium meum, quod factum est ut tardius quam possent tibi hsec mitte
nunc utilitati studiorum tuorum minus obsecutum rentur. Quæ quomodo acceperis, rescripta flagito
putas. Quamquam etiam illis ipsis qusestionibus tuis,
non solum quibusdam in hac epistola, sed etiam ce- EPISTOLA CXIX.
teris pene omnibus in ipsis membranis, in quibus
eas misisti, ut potui breyiter annotando responde- Consentius Augustino proponit quæstiones de
rim. In quibus si me parum, aut aliud quam volebas Trinitate.
egisse arbitraris, non recte cogitas, mi Dioscore, a
quo nunc ista quæsieris. Oratoris autem librorum- DOMINO SANCTO AC BEATISSIMO PAPÆ AUGUSTINO
CONSENTIUS.
que de oratore omnes qusestiones prsetermisi. Nescio
quis enim nugator mihi esse visus sum, si eas expo- 1. Jam quidem sancto, mihique cunctis animi vir-
saint frère l'évêque Alype, dont les vertusm'ins- le peuvent, à chasser le Saint-Esprit du sanc-
pirent tant d'admiration, ce que je désire de tuaire de la divinité, si les uns et les autres
vous, espérant qu'il daignerait appuyer ma de- aimaient mieux appuyer leur foi sur les saintes
mande. Mais mon départ forcé pour la cam- Écritures que sur leurs raisonnements.
pagne, m'ayant privé de votre présence, j'ai 2. Cependant, ô homme admirable, si notre
préféré vous faire part de ma prière dans une père céleste, qui seul a la conscience des mys-

l'attente et l'incertitude;
lettre, plutôt que de rester plus longtemps dans
d'autant plus que si
vous jugez à propos d'accéder à ma prière, la
tères, et qui tient en main la clef de David
(Apocal. III,7), vous a fait la grâce de pénétrer
avec l'œil d'un cœur pur jusque dans l'inté-
solitude où vous êtes présentement, pourra rieur des cieux, et de contempler, comme dit
vous aider à pénétrer les profonds mystères sur l'Écriture, face à face le Seigneur dans toute sa
lesquels je désire que vous m'éclairiez. J'ai tou- gloire (II. Corint.111, 18), expliquez-nous, autant
jours pensé en moi-même, que la vérité des

;
choses divines devait être perçue par la foi,
plus que par la raison car si la foi en la sainte
;
que celui qui vous en a donné la pensée, vous a
donné le pouvoir de l'exprimer expliquez-nous,
si c'est possible par des paroles, quelque partie
Église dépendait des discussions et du raisonne- de cette substance ineffable, et donnez-nous
ment, et non d'une croyance inspirée par la quelqu'idée de l'image de sa ressemblance.Car,
piété, il n'y aurait que les philosophes et les vous qui pouvez nous guider et nous instruire
orateurs qui pourraient arriver au bonheur éter- dans la connaissance de ces grandes choses, si
nel. Mais comme il a plu à Dieu, qui a choisi vous ne venez à notre secours, notre esprit
les faibles de ce monde pour confondre les forts craint de s'y arrêter, et nos yeux sont trop
(Corinth. 1-27), de sauver les croyants parla fo- faibles pour soutenir l'éclat d'une si vive et si
lie de la prédication, ce n'est pas tant la raison grande lumière. Entrez donc dans cette nuée
qu'il faut suivre dans la recherche des choses obscure des mystères divins, où notre vue ne
divines que l'autorité des saints. En effet, les peut pénétrer. Sachant que je me suis trompé
Ariens qui veulent que le Fils soit moindre que dans la solution des questions que je vous pro-
le Père de qui nous croyons qu'il est engendré, pose, et aimant mieux suivre l'autorité de votre
ne persisteraient pas dans cette impiété, et les sainteté, que les fausses images de ma raison,
Macédoniens ne chercheraientpas, autant qu'ils je vous prie de redresser mes erreurs d'abord

tutibus admirando, fratri tuo Alypio episcopo genus ingenitum credimus, quantum in ipsis est a divini-
petitionis meæ brevi sermone suggesseram, sperans tatis arce detruderent, si Scripturis sanctis magis
precum mearum ut apud te esse adjutor dignaretur. quam suis ratiocinationibus accommodare fidem mal-
Sedquia præsentiammihi tuamea, quæ advillam lent.
ire compulit, causa fraudavit, malui litteris precem 2. Tamen tu vir admirabilis, si tibi ille Pater
inserere, quam exspectationem animi fluctuare; ma- noster, solus conscius secretorum, qui habet clavem
xime cum id quod postulo, si mihi concedi oportere David (Apoc. III, 7), serenissimi cordis obtutu cœlo-
perspexeris, adjuvare sensum tuum altissima myste- rum machinam penetrare concessit, et revelata, ut
ria perscrutantem, loci ipsius, ut arbitror, in quo scriptum est (II. Cor. III, 18), facie gloriam Domini
nunc consistis, valeat solitudo. Ego igitur cum apud speculari, in quantum tibi ille, qui hujusmodi cogi-
memetipsum prorsus definierim, veritatem rei di- tationem dedit, promendi dederit facultatem, enun-
vinæ ex fide magis quam ex rationepercipi oportere; tia nobis aliquam ineffabilis substantiæ portionem,
:
si enim fides sanctæ Ecclesiæ ex disputationis ra- et imaginem similitudinis ejus ipso adjuvante expri-
tione, non ex credulitatis pietate apprehenderetur, mere, in quantum potes, verbis enitere quoniam nisi
nemo præter philosophos atque oratores beatitudi- tu tantæ rei dux ac magister adfueris, velut lippien-
nem possideret. Sed quia placuit Deo, qui infirma tibus oculis prospicere in eam tanti luminis reper-
mundi hujus elegit ut confundat fortia (1. Cor. I, 27), cussa fulgore cogitatio nostra formidat. Intra ergo

tam ratio requirenda de Deo, quam auctoritas est Dei obscurissimam nubem ;
per stultitiam prædicationis salvare credentes, non in illam, quæ nostros arcet intuitus, mysteriorum
quæstiunculasin quibus
sequenda sanctorum. Nam profecto neque Ariani, absolvendis me errare cognosco, qui auctoritatem
qui Filium, quem genitum confitemur, minorem pu- sanctitatis tuæ fide magis sequi volo, quam rationis
tant, in hac impietate persisterent, neque Macedo- corde conceptæ falsa imagine depravari, primum in
niani Spiritum-sanctum, quem neque genitum neque memetipso, dehinc in libris corrige.
en moi-même, et ensuite dans mes écrits. il ne devait plus avoir rien de local, c'est-à-dire
3. J'ai toujours entendu dire et cru avec qu'aucun lieu ne pouvait le contenir plus qu'un
toute la circonspection d'un cœur simple, que autre. Pourquoi donc après sa résurrection
:
Notre-Seigneur Jésus-Christ est «lumière de lu- a-t-il dit « Ne me touchez pas, car je ne suis
:
mière, » comme il a été écrit « Annoncez celui pas encore monté vers mon Père (Jean, xx-17).
qui est comme un jour produit par un autre 4. Cherchant donc à prouver que le Christ

jour, etpar lequelDieu nous sauve
;
(Ps. XCXIV, était partout par sa puissance et non par ses
12.)EtdanslelivredelaSagesse : «Il estlasplen- œuvres par sa divinité et non par son corps,
»
:
deur de la lumière éternelle (VII-26). D'après voici comme je me suis exprimé sur l'unité de
cela, je croyais, sans pouvoir toutefois élever Dieu et la trinité des personnes « Il n'y a qu'un
m'a croyance à la hauteur d'un sujet si divin, seul Dieu, mais il y a trois personnes divines.
que Dieu était une lumière incompréhensible Dieu est indivisible, mais les trois personnes
d'une grandeur infinie, dont il est impossible sont distinctes. Dieu est en tout, au delà de
d'apprécier l'excellence, de mesurer l'étendue, tout. Il enferme, remplit et dépasse tout. Il est
de se figurer la forme, quelque type de subli- répandu partout et au delà de tout. Mais les
mité que puisse concevoir l'esprit humain, mais trois personnes quoique égales entre elles, ont
que cependant quel qu'il fût, il avait une forme des propriétés distinctes et ne se confondent
incomparable, une beauté au-dessus de toute pas. Dieu est donc un, et il est présent partout.
appréciation, et que le Christ du moins peut la Il ne peut pas en exister d'autre que lui, et il
voir avec les yeux de la chair. Vers la fin de n'y a ni lieu ni place qui puissent être occupés
mon premier livre, comme vous vous en sou- par un autre que par lui. Tout est plein de
venez peut-être, je voulais prouverque Notre- Dieu, et il n'y a rien au-delà de Dieu. Le même

;
Seigneur Jésus-Christ, c'est-à-dire l'homme Dieu est dans le Père, dans le Fils et dans le
uni à Dieu, quoique possédant par sa résurrec- Saint-Esprit et par cela même le Père, le Fils
tion la puissance divine, conservait encore ce et le Saint-Esprit ne sont pas plusieurs dieux,
qu'il avait reçu de corporel par son incarna- mais ne sont qu'un seul et même Dieu, quoique
tion, et que dans le sein du tombeau, il n'en le Père ne soit pas le Fils, et que le Fils ne soit
avait perdu que ce qui était infirme et mortel ;
pas le Saint-Esprit. Le Père est dans le Fils, le
mais on m'a fait cette objection: Si cet homme Fils dans le Père, et le Saint-Esprit dans tous
auquel le Christ s'est uni, a été chargé enDieu, les deux. Car il n'y a qu'un seul et même Dieu

3. Ego siquidem in circumspecta admodum sim- localis esse non debuit. Cur ergo post resurrectio-
plicitate audiens credensque Dominum Jesum Chris- nem dixit, « Noli me tangere, non dum enim ascendi
tum lumen esse de lumine, sicut scriptum est, « Bene
»
nuntiate diem de die salutare ejus (Psal. xcv, 2);
ad Patrem meum ? (Joan, xx.)
4. Ego igitur elaborans approbare ubique esse
et in Sapientia Salomonis, « Candor est enim lucis Christum virtute non opere, divinitate non carne;
æternæ (Sap. VII, 26); credebam Deum, quod licet de unitate Dei et personarum trinitate hujusmodi
credere ut dignum est non valebam, tamen esse verba conscripsi : Deus, inquam, unus est, et per-
inæstimabilis cujusdam lucis infinitam magnitudi- sonæ tres sunt. Deus indiscretus est, personæ dis-
nem, cujus nec qualitatem æstimare, nec quantita- cretæ sunt. Deus intra omnia, trans omnia est, ulti-
tem metiri, nec. speciem fingere, quamquam sublime ma includit, media implet, summa transcendit, ultra
cogitans mens humana sufficeret, tamen esse illud universa et per universa diffunditur: personæ autem
quiddam quidquid est, cui adsit incomparabilis for- sunt constantes, proprietate secernuntur, non con-
ma, inæstimabilispulchritudo, quametiamcarnalibus fusione miscentur. Deus ergo unus est, et ubique
oculis saltern Christus adspiciat. Cum ergo circa
finem primi libri, sicut procul dubio meminisse di-
;
est quia et alius præter illum non est, et locus non
est vacuus ubi esse alius possit. Plena sunt Deo
gnaris, cupiens comprobare Dominum Jesum Chris- omnia, et præter Deum nihil est. Ipse est in Patre,
tum, id est hominem assumptum, ita divinam possi- ipse in Filio, ipse in Spiritu sancto : ac per hoc.
dere potentiam, ut materia carnis humanæ, quam
susceperat, permaneret, quam in illis visceribus nisi
aliud quam infirmitatem perisse dicimus, illius mihi
nodus quæstionis objectus est. Si, inquit, homo ille
sed ipse unus est Deus:
Pater, et Filius, et Spiritus sanctus non plures dii,
et non est ipse Pater qui
est Filius, nec Filius qui est Spiritus sanctus. Pater
in Filio est, Filius in Patre, in utroque Spiritus-
quem assumpsit Christus, in Deum versus est, ergo sanctus : quia in tribus numero non ordine, id est
résidant indivisiblementdans lestrois personnes, fers, mais qui est toujours une et toujours la
qui sont égales entre elles parle rang et la même, et que cet homme, auquel le Christ s'est
puissance, mais distinctes seulement par le uni, quoiqu'effectivement changé en Dieu, n'a
nombre et la différence des personnes. Tout ce pas perdu sa nature, et ne doit pas être pour
qui est au Père est au Fils, et tout ce qui est au cela considéré comme une quatrième personne.
Fils est au Père, et tout ce qui est aux deux est 5. Mais vous, homme, à qui il a été donné, je
au Saint-Esprit, parce que tous les trois le pense, de pénétrer dans le ciel par le cœur et
possèdent la même substance divine également
identiquement et indivisiblement. Ainsi l'un ne
la pensée, car la parole de l'Ecriture est vraie :
« Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils
l'emporte passur l'autre par l'âge ou la ma- verront Dieu! (Matt.v.8.) ; cette pureté de cœur
jesté, car ce qui est plein ne peut pas se divi- vous permet d'élever votre pensée jusqu'au de-
ser, et il n'y a pas dans la plénitude quelque là des astres pour contempler les choses divines,
chose qui puisse réparer ce qui manquerait à et vous dites qu'il ne faut pas se représenter
une autre plénitude, et faire une part plus Dieu comme quelque chose de corporel. En ef-
grande à l'un, plus petite à l'autre. Il n'en est fet, on aurait beau se figurer une lumière mille
pas de même pour les personnes, parce que la fois plus éclatante et plus vive que celle du so-
personne du Père n'est pas celle du Fils, et la leil, elle ne pourrait pas nous donner une idée
personne du Fils n'est pas la même que celle du de Dieu, parce qu'on nepeutvoir que ce qui est
Saint-Esprit. Ces trois puissances ne possèdent corporel. Mais de même que nous ne pouvons
qu'une seule et même puissance, et il n'y a nous figurer la justice et la piété, comme quel-
qu'une seule et même substance dans les trois que chose ayant un corps, à moins de nous les
personnes. Ainsi le Père, le Fils et le Saint- représenter sous la figure d'une femme, à la
Esprit sont partout sous le rapport de la ma- manière des payens; de même nous devons
jesté, parce qu'ils ne sont qu'un; quant aux autant que possible songer à Dieu sans recourir
personnes, chacune n'est qu'en soi, c'est-à-dire à ces vaines images produites par l'imagination.
chacune est distincte parce qu'elles sont trois. » Pour moi, comme la tiédeur de mon cœur ne
En poursuivant ainsi mon raisonnement, j'en me permet pas de comprendre les raisonne-
ai conclu que les trois personnes sont présentes ments trop subtils, je ne conçois pas comment
partout, présentespar cette majesté qui est au-
dessus des cieux, au delà des mers et des en-
la justice pourrait être une substance vivante
c'est pourquoi je ne puis encore concevoir Dieu
;
personis non virtute discretis, unus atque indivisibi- debere monstrabam, hominem, quem Christus as-
lis habitat Deus. Omnia quaa Patris sunt, Filii sunt; sumpsit, in Deumquidemversumsusceptam nonami-

Spiritus sancti sunt:


et quæ Filii sunt, Patris sunt; et quæ utriusque sunt,
quia æqualem, sed eamdem,
id est unicam, non separatam possident substantiam
sisse naturam, non tamen quasi quartam credi per-
sonam.
5. Sed tu vir cui cœlum, ut arbitror, ipsum subti-
Deitatis; et ideo vel majestate vel ætate alter alte- ;
litate cogitationum intrare concessum est verax
rum non præcedit, quia dividi quod plenum est non etenim est qui ait, « Beati mundo corde, quoniam
potest; nec est in plenitudine aliquid, quod possit ;
ipsi Deum videbunt (Matth. v, 8) super omnia si-
dera ad ipsam contemplationem altitudinem mundi
plenitudinem reparare, et majorem uni, minorem
alteri facere portionem. In personis autem non ita cordis adtollis, ais non tamquam aliquod corpus de-
:
est quia Patris persona non est Filii, nec Filii per-
sona eadem est Spiritus sancti. Una virtus est, quam
bere cogitari Deum. Nam etiamsi quispiam animo
lucem millies quam hujus solis clariorem intensio-
trina possidet virtus; una substantia est, in qua tria remque confingat, nullam illic Dei similitudinem
sunt quæ subsistunt. Pater ergo, et Filius, et Spiri-
tus sanctus majestateubique sunt, quia unum sunt :
personis tantum apud se sunt, quia tres sunt. Et re-
:
comprehendi posse, quia .corpus est omne quod cerni
potest sed sicut justitiam vel pietatem corpoream
cogitare non possumus, nisi aliqua forte nobis femi-
liqua hujusmodi texens, rem eo usque deduxi, ut nea corpora gentili vanitate fingamus; ita et Deum
præsentes quidem et ubique essepersonas, sed illam, sine aliqua phantasiæ simulatione in quantum possu-
quæ supra coelos, trans maria, ultra inferos, una at- mus cogitandum. Mihi autem, qui subtilitatem dis-
que eadem est majestate, firmarem. Ex quo intelligi putationis tepido percipere admodum corde vix pos-

(a) Mss. omnes, id est unitam.


qui est une nature vivante, comme je conçois sonne, je le pense, ne sera jamais assez injuste
la justice; parce que la justice n'a pas de vie pour me taxer de folie, parce qu'ayant été pen-
;
en elle-même, mais vit en nous ou plutôt c'est
nous qui vivons selon la justice, mais la justice
dant quelque temps dans l'erreur, j'ai eu la sa-
gesse de choisir le chemin de la vérité. On ne
n'a pas de vie par elle-même, à moins de dire peut pas, en effet, accuser de folie ceux que l'a-
que l'équité de l'homme n'est pas proprement pôtre saint Paul exhortait à ne pas courir en vain,
la justice, etqu'il n'yen a pas d'autre que Dieu, en leur disant: « Courez de façon à remporter
qui est la véritable justice. le prix. » (Corinth. IX, 25.) C'est pourquoi nous
6. Ce n'est pas seulement dans un entretien devons, non seulement abandonner cette voie
avec vous que je voudrais être éclairé sur tou- d'erreur où nous courons, mais il faut aussi
tes ces choses, mais encoredans une lettre où qu'elle nous soit fermée et coupée par vos salu-
vous les traiteriez pleinement. Car je ne dois pas taires avertissements, de peur que les autres ne
être le seul que vos conseils ramènent de la soient privés de la vérité par un faux sentiment
voie de l'erreur, où beaucoup d'autres sont en- d'affection. Aussi nevousai-jepaschoisicomme
gagés avec moi. Dans lesîles quenous habitons, un simple lecteur de mes ouvrages, mais comme
il s'en trouve beaucoup qui cherchent le bon un censeur à l'examen duquel je les soumettais.
chemin, mais s'il s'égarent dans quelque sentier En effet, danslalettre que j'ai mise comme une
de l'erreur, où trouveront-ils un Augustin qui préface en tête de mes lignes, j'ai dit: « Mon
les soumette à son autorité, les instruise par désir est d'affermir la nacelle flottante de ma foi
?
sa science, et en triomphe par son génie Peut- par le sentiment du bienheureux évêque Augus-
être par suite de votre affection paternelle en- tin. » Pourquoi donc, ô homme qui avez atteint
vers moi, aimez-vous mieux m'avertir secrète- le faîte de la doctrine qui est en Jésus-Christ, ba-
mentque de me reprendre publiquement, comme à
lanceriez-vous reprendre publiquement unfils

pagne;
un mauvais guide qui égare ceux qu'il accom-
mais comme dans ma course je cherche
avant tout l'utilité de mon âme et non la vaine
qu'il faut corriger, puisque votre jugement sera
comme une ancre qui nous affirmera d'autant
plus solidement, qu'elle aura mordu avec plus de
gloire du siècle, vos réprimandes ne me feront force laterre sur laquelle vousl'aurez jetée. Ilne
aucune peine parce qu'elles me seront profita- s'agit pas ici d'une question légère, dans laquelle
bles, d'autant plus qu'elle seront pour moi et le seul danger est de ne pas avancer, mais
les autres, une source de vie et de gloire. Per- d'une question où, comme vous le dites avec tant

sum, videbatur nihil vivum secundum substantiam cum et mihi et ceteris vitam simul laudemque pari-
inesse justitiæ, ideoque non possum adhuc Deum, id tura sit. Nemo siquidem tam injustus esse, ut arbi-
est, viventem naturam, justitiæ similem cogitare; tror, potest, qui me ex eo quod aliquando devia sum
quiajustitia non in se, sed in nobis vivit; imo po- secutus, stultitiæ denotare malit, quam ex eo quod
tius nos secundum justitiam vivimus, ipsa vero justi- delegerimprudenter judicare cunctetur. Nequeenim
tia per se nequaquam vivit, nisi forte non hujus hu- stulti æstimandi sunt, quos Paulus apostolus, ne in
manæ æquitatis, sed illa quæ Deus est, sola assera- incertum currerent admonebat dicens, « Sic currite
tur esse justitia.
6. Unde confirmari me ex omnibus non solum
ut comprehendatis » (1. Cor. IX, 24); quia via ista,
quam currimus, nonsolum relinquenda nobis, verum
præsens tibi, sed etiam pleniori epistola velim. Ne- etiam intercludenda atque præcidenda est, ne forte
que enim fas est, ut nostri tantum pedes ab ista, in etiam eos fallaci dilectionis simulatione frustrentur.
qua multi ingredimur, erroris via, te monente revo- Tu enim non editorum jam a me librorum lector, sed
centur. Cum enim multi in illis in quibus habitamus probandorum emendator, ni fallor, electus es. Nam
insulis, dum recto ad viam pergunt aggere, in tra- in illa epistola, quam in illis meis libellis velut præ-
mitem tortuosi hujus erroris incurrerint, eritne ali-
quia illic Augustinus, cujus auctoritati cedant, cujus
doctrinæ credant, cujus ingenio superentur? An forte
:
fatiunculam prætuli, hujusmodi verba conscripta
sunt « Placuit, inquam, fluctuantem fidei nostræ
cymbam, beati Augustini episcopi stabilire senten-
ex illo paternitatis affectu mavis me occulta commo- tia. » Cur ergo vir doctrinæ hujus, quæ in Christo
nitione dirigere, quam \elut comitem pravi itineris est, culmen, arguere palam corrigendum de cetero
increpare? Sedmihiproutilitate animæ, magisquam filiumdubitas, cum sententiæ tuæ anchora nisi mor-
pro sæculi laude currere cupienti, non est inutilis, sum altius presserit, nos certius stabilire non possit?
ac proinde etiam non amara coargutio tua : maxime Non enim levis aut culpata quæstio, in qua non so-
de force, l'aveuglement de notre esprit nous nous, mais plutôt en notre présence, quelques-
conduit droit au crime de l'idolâtrie. Veuillez uns de nos ouvrages, que je pense vous être
donc discuter cette grande question avec votre nécessaires. Vous auriez pu, étant présent, m'in-
sagesse ordinaire, pour que la lumière de votre terroger aisément sur les passages que vous n'au-
savoir et de votre esprit, dissipe le nuage qui riez peut-être pas suffisamment compris. Dans
obscurcit notre intelligence, et pour que éclairés nos entretiens mutuels, autant que Dieu m'eût
par le flambeau de votre génie, les yeux de no- permis de vous l'expliquer et à vous de le com-
tre cœur puissent voir ce qu'ils n'ont pu distin- prendre, il vous eût été facile de reconnaître
guer jusqu'à ce jour. Soyez sain et sauf et éter- vous-même ce qu'il y aurait à corriger dans vos
nellement heureux: souvenez-vous de moi, et livres. En effet, vous avez une grande facilité
puissiez-vous jouir du royaume des cieux, ô pour bien expliquer votre pensée, et assez de
vénérable seigneur et bienheureux père ! foi et d'humilité pour mériter de connaître et de
sentir la vérité. Maintenant, et cela ne doit pas
vous déplaire, je vous conseille toujours delire
chez vous, les ouvrages que j'ai écrits sur ces
LETTRE CXX. (1) matières, de marquer tousles passages quipeu-
vent vous inspirer des doutes, et de me les ap-
Saint Augustin répond aux questions que Consen- porter pour m'interroger sur chacun d'eux. Si
tius lui a adressées sur la Trinité. vous ne l'avez pas encore fait, je vous invite à
le faire, vous auriez peut-être, avec droit, quel-
A CONSENTIUS SON BIEN-AIMÉ ET HONORABLE FRÈRE que répugnance à vous rendre à mon exhorta-
DANS LES ENTRAILLES DE JÉSUS-CHRIST, AUGUSTIN
tion, si vous m'avieztrouvé, même une seul fois
SALUT DANS LE SEIGNEUR. peu disposé à vous obliger. Je vous avais dit
aussi en vous entendant vous plaindre des fautes
Chap. Ier — 1. Je vous avais prié de venir nombreuses que vous rencontriez dans les co-
nous visiter, parce que j'avais été charmé de pies de mes ouvrages, que vous en trouveriez
l'esprit qui règne dans vos livres. Ensuite j'au- chez moi des exemplaires plus corrects.
rais voulu que vous puissiez lire, non loin de 2. Vous me demandez de traiter la question de

(1) Ecrite peu après la précédente. — Cette lettre était la 222e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et
celle qui était la 120e se trouve maintenant la 140e.

lum nihil profecit, verum etiam post, ut a te fortis- bitratus sum tibi esse necessaria, nonprocul a nobis
sime dictum est, idololatriæ crimen cæcitas nostræ positus, sed potius apud nos legeres; ut ea quae
cogitationis incurrit. Hanc a te caute prudenterque forte minus intellexisses, non difficulter præsens in-
discuti vellem, ut doctrinæ tuæ ingeniique sereni- terrogares, atque ex nostra sermocinatione mutuo-
tas ita nebulam nostræ mentis abstergat, ut quod que colloquio, quantum Dominus et nobis promere,
nunc cogitare non possumus, intelligentiæ a te lu- et tibi capere tribuisset. quid in libris tuis emendan-
mine declaratum, oculis cordis videre valeamus. In- dum esset, ipse cognosceres, ipse emendares. Ejus
columis ac beatus in æternum mei memor cœlestia quippe es facultatis, ut possis ea quæ senseris ex-
regna possideas, Domine sancte ac beatissime papa. plicare : ejus porro probitatis et humilitatis, ut me-
rearis vera sentire. Et nunc in eadem sum, quæ nec
tibi debet displicere,sententia; unde te nuperad-
EPISTOLA CXX. monui, ut in his quæ a nobis elaborata apud te le-
gis, signa facias ad ea loca, quæ te movent, et cum
Consentio ad quœstiones de Trinitate sibi propositas. his ad me venias, et de singulis quæras. Nondum
quæ fecisti. exhortor ut facias. Recte quippe vere-
FRATRI DILECTISSIMO ET IN CHRISTI VISCERIBUSHONO-
RANDO CONSENTIO AUGUSTINUS, IN DOMINO SALU-
cundareris, ac te pigeret id
agere, si vel semel vo-
luisses, et me difficilem reperisses. Illud quoque di-
TEM.
xeram, cum a te audissem, quod mendosissimis fa-
1.Ego propterea ut ad nos venires rogavi, quo- tigareris codicibus, ut in nostrislegeres, quos emen-
niam in libris tuis valde sum tuo delectatus ingenio. datiores posses ceteris invenire.
Proinde volui ut quædam nostra opuscula, quæ ar- 2. Quod autem petis. ut quæstionem Trinitatis,
la Trinité, c'est-à-dire de l'unité delà divinité et la raison ce qu'on doit chercher par la foi. Que
de la distinction des personnes, avecprudence et si vous vous adressez à moi ou à un docteur
sagesse, pour que la lumière de mon savoir et de quelconque, pour avoir l'intelligence de ce que
mon esprit, dites-vous, dissipe le nuage qui obs- vous croyez déjà, alors formulez autrement
curcit votre intelligence, et pour qu'éclairés par le principe que vous avez émis plus haut
dites que sans rejeter la foi, vous désirez con-
;
le flambeau de mon génie, les yeux de votre cœur
puissent voir ce qu'ils n'ont pu distinguer jus- naître par la lumière de la raison les choses
;
qu'à ce jour mais voyez avant tout si votre de-
mande s'accorde avec le passage où, dans cette
auxquelles vous croyez déjà fermement.
3. Loin de nous, en effet, la pensée de croire
même lettre, vous dites qu'il faut plutôt com- que Dieu haïsse en nous cettefaculté, par la-
prendre la vérité par la foi que par la raison. quelle il nous a donné la prééminence sur tous
« En effet, dites-vous, si la foi en la sainte les autres êtres vivants. Loin de nous, dis-je, la
Église dépendait des discussions et du raison- pensée de croire que la foi nous défend de
nement, et non d'une croyance inspirée par la chercher et de demander raison de ce que nous
piété, il n'y aurait que les philosophes et les croyons, puisque nous ne pourrions pamême
orateurs qui pourraient arriver au bonheur
éternel. Mais comme il a plu à Dieu, qui a choisi
les faibles de ce monde pour confondre les forts,
nables;
croire, si nous n'avions pas des âmes raison-
mais dans les choses qui appartiennent
à la doctrine du salut, et que nous ne sommes
de sauver les croyants par la folie de la prédi- pas capables de concevoir par la raison, quoi-
cation, ce n'est pas tant la raison qu'il faut suivre que nous puissions le devenir un jour, il faut
dans la recherche des choses divines, que l'auto- que la raison soit précédée de la foi qui purifie
rité des saints. » Considérez donc, d'après vos le cœur et lui permet desoutenir le grand jour
paroles, si, dans une chose où la foi est tout, de la raison. C'est la raison même qui nous
vous ne devez pas suivre l'autorité des saints,
plutôt que de me prier de vous l'expliquer par
la raison. En effet, en cherchant à vous donner
:
l'apprend, voilà pourquoi il a été dit avec jus-
tesse par le prophète « Si vous ne croyez pas,
vous ne comprendrez pas (Isa. VII, 9, selon les
l'intelligence d'un si grand mystère, ce que je Septante). Par ces paroles, le prophète a distin-
ne pourrais faire toutefois qu'avec l'aide de gué ces deux choses, la foi etla raison, et il nous
Dieu, que ferai-je sinon de vous expliquer par a donné le conseil de croire d'abord pour pou-

hoc est de unitate divinitatis et discretione persona- rere rationem. Neque enim cum cœpero te in tanti
rum, caute prudenterque discutiam, ut doctrinæ hujus secreti intelligentiam utcumque introducere
meæ, sicut dicis, ingeniique serenitas, ita nebulam (quod nisi Deus intus adjuverit, omnino non potero)
vestræ mentis abstergat, ut quod nunc cogitare non
potestis, intelligentiæ a me lumine declaratum quo-
dammodo videre possitis : vide prius utrum ista pe-
:
aliud disserendo facturus sum, quam rationem ut po-
tero redditurus quam si a me, vel a quolibet doc-
tore non irrationabiliter flagitas, ut quod credis in-
titio cum tua snperiori definitione concordet. Supe- telligas; corrige definitionem tuam, nonutfidem
rius quippe in eadem ipsa epistola, in qua hoc petis, respuas, sed ut ea quæ fidei firmitate jam tenes,
apud temetipsum definisse te dicis, ex fide veritatem etiam rationis luce conspicias.
magis quam ex ratione percipi oportere. « Si enim 3. Absit namque ut hoc in nobis Deus oderit, in
fides, inquis, sanctæ Ecclesiæ ex disputationis ra- quo nos reliquis animantibus excellentiores creavit.
tione, et non ex credulitatispietate apprehenderetur, Absit, inquam, ut ideo credamus, ne rationem acci-
nemo præter philosophesatque oratores beatitudi- piamus sive quæramus; cum etiam credere non pos-
nem possideret. Sed quia placuit, inquis, Deo, qui semus, nisi rationales animas haberemus. Ut ergo
infirma hujus mundi elegit, ut confunderet fortia, in quibusdam rebus ad doctrinam salutarem perti-
per stultitiamprædicationis salvos facere credentes, nentibus, quas ratione nondum percipere valemus,
non tam ratio requirenda, quam auctoritas est se- sed aliquando valebimus, fides præcedat rationem,
quenda sanctorum. Vide ergo secundum hæc verba
tua, ne potius debeas, maxime de hac re, in qua
præcipue fides nostra consistit, solam sanctorum
auctoritatem sequi, nec ejus intelligentiæ a me quæ-
;
qua cor mundetur, ut magnæ rationis capiat et per-
ferat lucem, hoc utique rationis est. Et ideo ratio-
nabiliter dictum est per Prophetam « Nisi credide-
»
ritis non intelligetis (Isa.VII, £ sec.LXX). Ubi pro-

ut
(a) Sic emendavimus ad Ms. unumVaticanum; legebatur enim in aliis codicibus, Absit inquam ne ideo credamus
rationem, etc.
voir comprendre ensuite ce que nous croyons. perfection delà connaissance, il ne doit pass'é-
Ainsi donc il a paru raisonnable que la foi pré- carter du chemin de la foi. C'est pour cela que
cédât la raison. Et si ce qu'a dit le prophète n'est :
l'Apôtre dit « Si vous pensez autrement qu'il

;
pas raisonnable, il faudrait que cela fût contre
la raison que Dieu nous préserve d'avoir de
ne faut, Dieu vous éclairera. Cependant tenons-
nous fermes dans la vérité à laquelle nous
telles pensées! Si donc il est raisonnable que,
pour arriver à l'intelligence de certaines grandes
sommes déjà parvenus. » (Philip. III, 15). Or si
nous sommes fidèles, nous sommes déjà par
vérités que nous ne pouvons pas encore conce- cela même entrés dans le chemin de la foi, et
voir, la foi précède la raison, il est logique de si nous y persistons sans nous en écarter, nous
croire que quelque petite que soit la raison qui parviendrons non-seulement à l'intelligence des
nous le persuade, cette raison précède la foi. choses incorporelles et immuables, autant qu'il
4. C'est pourquoi l'Apôtre S. Pierre nous re- est possible d'y arriver dans cette vie, ce qui
commande d'être toujours prêts à répondre à n'est pas donné à tous, mais encore au bonheur
ceux qui nous demandent raison de notre foi et suprême deles contempler «face à face,» comme
de notre espérance (I. Pierr. III, 15). Si un in- le dit l'Apôtre. Car les plus petits même, pourvu
fidèle me demande la raison de ma foi et de qu'ils marchent avec persévérance dans le che-
mon espérance, et que je voie qu'il ne peut pas min de la foi, parviennent à cette bienheureuse
comprendre avant de croire, je lui en rendrai contemplation. D'autres, au contraire, quoique
raison de manière à lui faire voir qu'il agit à sachant déjà ce que c'est que cette nature invi-
contre-temps en demandant, avant d'avoir la sible, immuable, incorporelle, mais refusant de
foi, la raison des choses qu'il ne peut pas com- suivre le chemin qui mène àcette éternellebéa-
prendre. Si, au contraire, c'est un fidèle qui de- titude, parce que Jésus-Christ crucifié qui en
mande la raison de ce qu'il croit déjà, afin de est la voie,leur paraît une folie, nepeuvent
bien le comprendre, il faut examiner la capa- parvenir au sanctuaire de la paix et du repos
cité de son esprit, afin que selon les raisons dont la lumière arrive, il est vrai, jusqu'à leur
qu'on lui donne, il puisse comprendre, autant esprit, mais comme par un reflet lointain.
qu'il en est capable, l'objet de sa foi, et ces rai- 5. Il y a certaines choses auxquelles nous n'a-
sons doivent être plus ou moins développées joutons pas foi lorsqu'on nous les dit, et dont
selon les degrés de son intelligence. Cependant nous reconnaissons la vérité, quand on nous en
jusqu'à ce qu'ilparvienne à la plénitude et à la a donné la raison, quoique nous ne pouvions

culdubiodiscrevithæc duo, deditque consilium, quo tudinem cognitionis perfectionemque perveniat, ab


prius credamus, ut id quod credimus intelligere itinere fidei non recedat. Hinc est quod dicit Apos-
valeamus. Proinde ut fides præcedat rationem, ra- tolus, « Et tamen si quid aliter scitis, id quoque
tionabiliter visum est. Nam si hoc præceptum ratio- vobis Deus revelabit : verumtamen in quod perveni-
nabile non est, ergo irrationabile est. absit. Si mus, ineoambulemus.»(Phil. III,15 et 16.) Jam ergo
igitur rationabile est, ut ad magna quædam, quæ si fideles sumus, ad fidei viam pervenimus, quam si
capi nondum possunt, fides præcedat rationem, pro- non dimiserimus, non solum ad tantam intelligentiam
cul dubio quantulacumque ratio quæ hoc persuadet, rerum incorporearum et incommutabilium, quantain
etiam ipsa antecedit fidem. hac vita capi non ab omnibus potest, verum etiam
4. Propterea monet apostolus Petrus, paratos nos ad summitatem contemplationis, quam dicit Apos-

:
esse debere ad responsionem omni poscenti nos
rationem, de fide et spe nostra (I. Pet. III, 15.)
quoniam si a me infidelis rationem poscit fidéi et
tolus, «facie ad faciem, » (I. Cor. XIII, 12.) sine
dubitatione perveniemus. Nam quidam etiam minimi,
et tamen in via fidei perseverantissimegradientes, ad
spei meæ, et video quod antequam credat capere illam beatissimam contemplationem perveniunt :
non potest, hanc ipsam ei reddo rationem, in qua si quidam vero quid sit natura invisibilis, incommuta-
fieri potest, videat quam præpostere ante fidem bilis, incorporea, utcumque jam scientes, et viam
poscat rationem earum rerum, quas capere non quæ ducit ad tantæbeatitudinis mansionem, quoniam
potest. Si autem jam fidelis rationem poscat, ut quod stulta illis videtur, quod est Christus crucifixus,
credit intelligat, capacitas ejus intuenda est, ut tenere recusantes ad quietis ipsius penetrale, cujus
secundum rationem redditam sumat fidei suæ quan- jam luce mens eorum velut in longinqua radiante
:
tam potest intelligentiam; majorem, si plus capit;
minorem, si minus dum tamen quousque ad pleni-
perstringitur, pervenire non possunt.
5. Sunt autem quædam, quæ cum audierimus, non
pas les croire auparavant. Ainsi les infidèles et la foi prépare notre cœur. Car il y a une rai-
refusent de croire aux miracles de Dieu, parce son par laquelle on a voulu persuader quedans
qu'ils n'en voient pas la cause et la raison. Et la Trinité qui est Dieu, le Fils n'est pas co-éter-
cependant il y a des choses dont on ne pourrait nel au Père, ou que le Saint-Esprit est d'une
rendre raison, et qui ont cependant leur rai- autre substance et dissemblable en quelque
son d'être. En effet, est-il dans la nature quel-
que chose que Dieu ait fait sans raison? Mais il
est nécessaire et même utile que la raison de
personnes ;
partie, et par cela même inférieur aux deux
comme il est aussi une autre raison
qui prétend que le Père et le Fils sont de même
quelques-unes de ses œuvres merveilleuses, substance, mais non le Saint-Esprit. Cette pre-
reste cachée, de peur que la connaissance n'en mière comme cette deuxième raison ont pu
avilisse la grandeur dans l'esprit des hommes, être alléguées, mais comme elles sont fausses il
qui finiraient par ne plus y trouver de charme. faut s'en garder et les détester, car si c'était la
Car il y a des gens et même un grand nombre, vraie raison, elle ne serait pas tombée dans un
sur lesquels l'admiration des choses qu'ils ne tel égarement. C'est pourquoi de même qu'il ne
connaissent pas, fait plus d'effet que la con- faut pas rejeter toute espèce de discours, parce
naissance même des causes, qui, une fois dé- qu'il s'en trouve de faux, de même il ne faut
couvertes, cessent d'être merveilleuses pour pas rejeter la raison, parce qu'on en rencontre
eux. Il est donc nécessaire qu'ils soient conduits quelquefois une fausse. J'en dirai autant de la
à la foi des choses invisibles par des miracles sagesse. Il ne faut pas abandonner la sa-
visibles afin que purifiés par la charité et fa- gesse, parce que il y a une fausse sagesse,
miliarisés avec la vérité, ils cessent d'admirer qui regarde comme une folie, Jésus-Christ cru-
ce qui leur paraissait d'abord digne d'admira- cifié, Jésus-Christ qui est la vertu de Dieu et la
tion. Il en est de même au théâtre, un dan- sagesse de Dieu. C'est pour cela qu'il a plu à

;
seur de corde nous émerveille, les musiciens Dieu d'opposer à cette fausse sagesse la folie
nous font seulement plaisir les tours de force de la prédication, pour sauver les croyants
du funambule nous frappent d'étonnement, la (Corinth. I, 24) ; car ce qui vient de Dieu et
;
musique nous cause un plaisir qui nous charme qui paraît une folie, est plus sage que la sa-
et nous attache. gesse des hommes (Ibid, 25).Voilà ce quin'apu
6. Ce que jeviens de vous dire est pour vous être persuadé à quelques-uns des philosophes
faire arriver, par la foi, à l'amour etau désir de et des orateurs, qui ne suivaient pas la véritable
l'intelligence, à laquelle la vraie raison conduit, voie, mais celle qui n'avait que l'apparence de

eis accommodamusfidem, et ratione nobis reddita in ea Trinitate quæ est Deus, Filium Patri non esse
vera esse cognoscimus, quæ credere non valemus. coæternum, vel alterius esse substantiæ, atque ali-
Et universa Dei miracula ideo ab infidelibus non
creduntur, quia eorum ratio non videtur. Et re-
vera sunt, de quibus ratio reddi non potest,
;
qua parte dissimilem, et eo modo inferiorem Spiri-
tum sanctum itemque illa quæ persuasit, Patrem et
Filium unius ejusdemque, Spiritum vero sanctum
non tamen non est. Quid enim est in rerum natura, alterius esse substantiæ, non ideo quia ratio est, sed
quod irrationabiliter fecerit Deus? Sed quorumdam quia falsa ratio est, cavenda et detestanda dicenda
mirabilium operum ejus, etiam expedit tantisper est. Nam si ratio vera esset, non utique errasset.
occultam esse rationem, ne apud animos fastidio Quapropter sicut non ideo debes omnem vitare ser-
languidos, ejusdem rationis cognitione vilescant. monem, quia est et sermo falsus; ita non debes om-
Sunt enim, et multi sunt, qui plus tenentur admira- nem vitare rationem, quia est et falsa ratio. Hoc et
tionererum quam cognitione causarum,ubimiracula de sapientia dixerim. Neque enim propterea sapien-
mira esse desistunt, et opus est eos ad invisibilium tia vitanda est, quia est et falsa sapientia, cui stul-
fidem visibilibus miraculis excitari, ut caritate pur- titia est Christus crucifìxus, qui est Dei Virtus, et
gati, eo perveniant, ubi familiaritate veritatis mirari Dei Sapientia : et ideo per hanc stultitiam prædica-
desistant. Nam et in theatris homines funambulum tionis placuit Deo salvos facere credentes; (I. Cor.
mirantur, musicis delectantur : in illo stupet diffi- 1, 24.) quoniam quod stultum est Dei, sapientius
cultas; in his retinet pascitque jocunditas. est hominibus. (Ibid. 25.) Hoc quibusdam philosa-
6. Hæc dixerim, ut fidem tuam ad amorem intel- phorum et oratorum, non veram viam, sed veri
ligentiæ cohorter, ad quam ratio vera perducit, et similem sectantibus, et in ea seipsos aliosque fallen-
cui fides animum præparat. Nam illa quæ persuasit, tibus, persuaderi non potuit, quibusdam vero eorum
la vérité et dans laquelle ils égaraient les autres nous ne balançons pas à rejeter comme ido-
en s'égarant eux-mêmes. Quelques autres au lâtrie, toutes ces vaines images, que par suite
contraire, en ont été convaincus. Pour ceux-là, de l'habitude des choses visibles, la faiblesse de
Jésus-Christ crucifié n'a été ni une folie ni un la pensée humaine créait dans notre esprit?
scandale. Parmi eux sont les Juifs et les Grecs N'est-ce pas alors que nous n'osons plus croire
qui, appelés à la foi, vénèrent le Christ comme que la Trinité, que nous adorons comme un
étant la vertu et la sagesse de Dieu. Ceux qui principe invisible, incorporel, et immuable,
ont marché dans cette voie, c'est-à-dire dans la forme comme trois masses vivantes qui, quel-
foi de Jésus-Christ crucifié, et qui, par la grâce que grandeur et quelque beauté que nous leur
de Dieu, ont compris la droiture et l'excellence supposions, seraient toujours bornées à un cer-
de sa doctrine, orateurs ou philosophes, n'im- tain espace particulier pour chacune, malgré
porte, tous ont avoué que les pauvres pêcheurs leur voisinage et leur contiguité; soit qu'on se
qui les avaient précédés dans cette voie, leur les figure placées, l'une au milieu, les deux
ont été bien supérieurs, non-seulement par la autres à ses côtés; soit qu'on se les représente
fermeté inébranlable de leur foi, mais encore en forme de triangle, de manière que toutes les
par la parfaite intelligence de la vérité. En trois se touchent, et ainsi ne soient pas séparées
effet, après avoir appris que ce qui était folie et ?
l'une de l'autre N'est-ce pas cette raison qui
faiblesse aux yeux du monde, avait été choisi ne nous permet pas d'admettre, qu'indépen-
pour en confondre la force et la sagesse, après damment de ces trois personnes circonscrites
avoir reconnu la fausseté de leur propre sagesse de tous côtés dans des limites déterminées,
et la faiblesse de leur supériorité, couverts quelque grandes que nous puissions nous les
d'une salutaire confusion, ils se sont faits eux- figurer, il y a une quatrième divinité qui ne res-
mêmes faibles et insensés, afin que par ce qui semble pas aux trois autres, mais qui pourtant
paraît folie et faiblesse de la part de Dieu, et leur est commune, étant comme leur principe
qui pourtant est bien supérieur à la force et à la de vie, résidant toute entière dans les trois en-
sagesse des hommes, ils pussent au milieu de semble et dans chacune séparément, de ma-
ces faibles et insensés élus de Dieu, acquérir la nière qu'on puisse dire que par ce principe
vraie sagesse et la force réelle. divin qui anime ces trois personnes, elles ne
CHAPITRE II.
— 7. N'est-ce pas seulement font qu'un seul et même Dieu? N'est-ce pas en-
quand la lumière de la véritable raison com- core cette même raison, qui ne nous permet pas
mence à éclairer notre foi et notre piété, que de croire que ces trois personnes ne sont nulle

potuit. Et quibus potuit, neque scandalum est quam in corde nostro ex consuetudine visibilium
Christus crucifixus, neque stultitia: in iis enim sunt,
quibus vocatis Judæis et Græcis, Dei Virtus est et
Dei Sapientia. In qua via, id est in cujus Chirsti
;
constituere conatur humanæ cogitationis infirmitas,
non dubitemus evertere nec audeamus credere, ita
esse Trinitatem, quam invisibilem et incorpoream
crucifixi fide, qui ejus rectitudinem per Dei gratiam atque incommutabilem colimus, quasi tres quasdam
comprehendere potuerunt, etsi philosophi appellati viventes moles; licet maximas et pulcherrimas, suo-
sunt sive oratores, profecto humili pietate confessi rum tamen spatiis propriis terminatas, et sibimet in
sunt, sibi longe excellentius in ea fuisse prævios suis locis contigua propinquitate cohærentes, sive
piscatores, non solum credendi firmissimo robore, una earum sit in medio constituta, ut duas dirimat
verum etiam intelligendi certissima veritate. Cum sibi ex lateribus singulis junctas, sive in modum
enim didicissent, ad hoc electa stulta esse mundi et trigoni duas ceteras unaquæque contingat, ut nulla
infirma, ut fortia et sapientia confunderentur, seque ab aliqua separetur; earumque trium tantarum ac
cognovissentfallaciter sapere, et imbecilliter præva- talium personarum, licet in grandi valde, molibus
lere; confusi salubriter, facti sunt stulti et infirmi, tamen a summo et imo et circumquaque terminata-
ut per stultum et infirmum Dei, quod sapientius et rum, unam esse divinitatem aliquam quartam, nec
fortius est hominibus, inter electa stulta et infirma talem qualis est una ex illis, sed communem omni-
fierent veraciter sapientes, et efficaciter fortes. - bus tanquam (a) numen omnium, et in omnibus etin
CAPUT IL — 7. Cui autem nisi verissimæ rationi singulis totum, per quam unam divinitatem dicatur
fidelis pietas erubescit, ut quamdam idololatriam, eadem Trinitas unus Deus; ejus tres personas nus-

(a) Lov. tamquam unum omnium. At Mss. habent hie, numen.


part ailleurs que dans le Ciel, comme personnes, choses quelle cherchait. Il faut donc préférer à
tandis que leur divinité ne serait absente d'au- la fausse raison, non-seulement la vraie raison
cun lieu mais serait présente partout. Cette qui nous fait comprendre ce que nous croyons,
même raison éclairée par la foi affirme avec mais encore la foi même des choses que nous

divinité commune aux trois personnes ;


vérité que Dieu est au ciel et sur la terre par la ne comprenons pas encore. En effet, il vaut
elle ne mieux croire ce qui est vrai, quoique nous ne
se permet pas de dire que le Père, le Fils ou l'ayons pas encore vu, que de prendre pour la
le Saint-Esprit sont sur la terre seulement vérité, ce qui est faux. Car la foi a des yeux
puisque le ciel est le trône de la Trinité (1). par lesquels elle reconnaît, en quelque sorte, la
C'est donc lorsque la vraie raison commence à vérité de ce qu'elle ne voit pas encore, et qui
détruire en nous toutes ces vaines fictions en- lui permettent de reconnaître d'une manière
fantées par une pensée charnelle, que parle se- certaine, qu'elle ne voit pas encore ce qu'elle
cours de Celui qui nous éclaire intérieurement, croit déjà. C'est pourquoi celui qui, éclairé par
et qui ne peut pas habiter dans nos cœurs avec la vraie raison, comprend ce qu'il croyait seu-
de telles images, que nous nous empressons de lement, est dans une condition meilleure que
les rejeter de notre foi, et de les briser en quel- celui qui en est encore à désirer de comprendre
que sorte, pour qu'il ne reste pas la moindre ce qu'il croit. Mais s'il ne le désire pas, et pense
trace et la moindre poussière de ces fantas- qu'il faille se borner à croire ce que l'on doit
tiques imaginations. comprendre, il ignore quelle est la fin et l'uti-
8. C'est pourquoi si la foi qui nous donne la lité de la foi. Carde même que la foi qui a pour
piété, n'avait pas précédé dans notre cœur la base la piété, ne peut exister sans l'espérance
raison dont les avertissements extérieurs aidés et la charité, de même l'homme fidèle doit
par la lumière de la vérité dont Dieu nous croire ce qu'il ne voit pas encore, de manière à
éclaire intérieurement, nous font voirla fausseté espérer et à aimer le voir.
de ces opinions, c'est en vain qu'on nous pré- 9. Il y a des choses visibles que le temps a
senterait la vérité quelque évidente quelle fût en emportées dans son cours, et qui ne peuvent
elle-même. La foi ayant fait son office, la raison être atteintes que par la foi, parce qu'on n'es-
qui vient après découvre quelques-unes des père plus les voir, mais on y croit comme à

(1) Ici commence dans les anciennes éditions la lettre 85e.

quam esse nisi in cœlis, illam vero divinitatem nus- subsequens ratio aliquid eorum quæ inquirebat inve-
quam non esse, sed ubique præsentem : ac per hoc nit. Falsæ itaque rationi, non solum ratio vera, qua
recte quidem dici, Deum et in coslo esse et in terra, id quod credimus intelligimus, verum etiam fides
propter illam divinitatem quæ ubique est, tribusque ipsa rerum nondum intellectarum sine dubio præfe-
communis; non autem recte dici, Patrem esse in renda est. Melius est enim quamvis nondum visum,
terra vel Filium vel Spiritum sanctum, cum huic credere quod verum est, quam putare te verum
Trinitati sedes nonnisi in cœlo sit. Istam (Alias epis- videre quod falsum est. Habet namque fides oculos
tola LXXXV. ab hoc verbo incipiebat : Cogitationis suos, quibus quodammodo videt verum esse, quod
etc.) cogitationis carnalis compositionem vanumque nondum videt, et quibus certissime videt, nondum se
figmentum ubi vera ratio labefactare incipit, conti- videre quod credit. Porro autem qui vera ratione
nuo illo intus adjuvante atque illuminante, qui cum jam quod tantummodo credebat intelligit, profecto
talibus idolis in cordibus nostris habitare non vult,
ita ista confringere, atque a fide nostra quodam-
modo excutere festinamus, ut ne pulverem quidem
:
præponendus est ei, quicupit adhucintelligere quod
credit si autem nec cupit, et ea, quæ intelligenda
sunt, credenda tantummodo existimat, cui rei fides
ullum taliurn phantasmatum illic remanere patia- prosit ignorat. Nam pia fides sine spe et sine cari-
mur. tate esse non vult. Sic igitur homo fidelis debet cre-
8. Quamobrem nisi rationem disputationis, qua dere quod nondum videt, ut visionem et speret et
forinsecus admoniti, ipsa intrinsecusveritate lucente, amet.
hæc falsa esse perspicimus, fides in corde nostro 9. Et visibilium quidem rerum præteritarum, quae
antecessisset, quæ nos indueret pietate, nonne in- temporaliter transierunt, sola fides est; quoniam
cassum quæ vera sunt audiremus? Ac per hoc quo- non adhuc videnda sperantur, sed facta et transacta
niam id quod ad eam pertinebat fides egit, ideo creduntur; (I. Pet. III, 18.) sicut est illud, quod
des faits passés et accomplis (Pierr. III, 18.) 10. A l'égard des choses visibles et qui
C'est ainsi que nous croyons que Jésus-Christ doivent subsister éternellement, nous y croyons,
est mort une fois pour nos péchés, qu'il est res- et nous espérons les voir un jour quoiqu'elles
suscité,qu'il ne mourra plus, etquedésormais ne nous soient pas démontrées. Nous n'avons
la mort n'aura plus d'empire sur lui. (Rom. XIV, pas besoin, pour les comprendre, du moindre
9 et VI, 9.) Il y a aussi des choses qui ne sont effort de notre raison ou de notre intelligence,
point encore, mais qui arriveront, comme la si ce n'est pour distinguer plus facilement les
résurrection de nos corps spirituels. Nous choses visibles de celles qui ne le sontpas et
croyons à ces faits, sans toutefois qu'il soit pos- lorsque par la pensée nous cherchons à nous fi-
;
sible de les montrer. Enfin, il y a des choses qui gurer ce qu'elles sont, nous voyons assez
ne passent pas, qui ne seront pas, mais qui de- qu'elles ne nous sont pas encoreconnues comme
meurent éternelles. Parmi ces dernières, les elles doivent l'être. En effet, quand je pense à
unes sont invisibles, comme la justice et la sa- Antioche que je ne connais pas, je n'y pense
à
gesse, les autres visibles, comme le corps im- pas comme Carthage que je connais. Antioche
mortel de Jésus-Christ. Pour les choses invi- n'est qu'une vision de ma pensée, Carthage est
sibles, c'est les voir que de les comprendre, et pour moi un souvenir. Cependant je ne doute
par cela même on les voit conformément à leur pas plus de l'une que de l'autre. Je crois àl'une
nature, et quand on les voit, elles sont beau- d'après de nombreux témoignages, je crois à
coup plus certaines que celles qu'on atteint par l'autre d'après mes propres yeux. Mais la jus-
les sens corporels. On les appelle invisibles par tice et la sagesse et toutes les choses de cette
ce qu'on ne peut pas les voir par les yeux du nature, nous ne nous les imaginons pas autre-
corps. Pour les choses visibles qui sont éter- ment que notre esprit les voit. L'esprit et la
nelles, les yeux mortels peuvent les apercevoir raison suffisent pour nous faire voir et com-
quand elles sont présentes.C'est ainsi queNotre- prendre les choses invisibles. Elles nous appa-
Seigneur se montra à ses disciples après sa ré- raissent sans figures, sans formes corporelles,
surrection, comme après son ascension à l'a- sans linéaments, ni configuration de membres,
pôtresaint Paul et au diacre saint Etienne. (Actes sans lieux qui les contiennent, sans limites, sans
I. — Mathieu XVI. — Marc XVI. — Luc XXIV. espaces finis ou infinis.Cette lumière elle-même
— Jean XX et XXI. — Actes Ix-4. — Actes VII, par
laquelle nous distinguonstoutes ces choses,
55.) à la faveur de laquelle nous croyons ce qui

Christus semel pro peccatis nostris mortuus est et 10. Proinde ista visibilia permanentia ita credi-
resurrexit, nec jam moritur, et mors ei ultra non mus, ut etiamsi nondemonstrentur, speremus ea nos
dominabitur. (Rom. XIV, 9; VI, 9.) Ea veroquænon- quandoque visuros; nec ea conemur ratione vel
dum sunt, sed futura sunt, sicut nostrorum spirita- intellectu comprehendere, nisi ut ea, quia visibilia
lium corporum resurrectio, ita creduntur ut etiam sunt, ab invisibilibus distinctius cogitemus : et cum
videnda sperentur : sed ostendi modo, nullo possunt cogitatione qualia sint imaginamur, satis utique
modo. Quæ vero ita sunt ut neque prætereant, nequc novimus ea nobis nota non esse. Nam et Antiochiam
futura sint, sed æterna permaneant, partim sunt cogito incognitam, sed non sicut Carthaginem co-

visibilia, sicut Christi immortale jam corpus :


invisibilia, sicut justitia, sicut sapientia; partim
sed
gnitam. Illam quippe visionem cogitatio mea fingit,
hanc recolit; nequaquam tamen dubito, sive quod

:
invisibilia intellecta conspiciuntur, ac per hoc et de illa testibus multis, sive quod de ista meis ad-
ipsa modo quodam sibi congruo videntur et cum

;
videntur, multo certiora sunt quam ea, quæ corpo-
ris sensus adtingit sed. ideo dicuntur invisibilia, , ,
et quidquid ejusmodi est
mur aliter contuemur
,
spectibus credidi. Justitiam vero et sapientiam
non aliter imagina-
sed hæc invisibilia sim-
plici mentis atque rationis intentione intellecta con-
quia oculis istis mortalibus videri omnino non pos-
sunt. At illa quæ visibilia sunt permanentia, possunt,
si ostendantur, etiam his mortalibus oculis conspici,
sicut se Discipulis post resurrectionem Dominus
sine ullis liniamentis figurisque membrorum
sine ullis localibus sive finibus sive spatiis in-
,
spicimus, sine ullis formis et molibus corporalibus,

ostendit, sicut etiam post ascensionem apostolo finitis. Ipsumque lumen, quo cuncta ista discerni-
Paulo et Stephano diacono. (Act. r, Matt, XXVIII; mus, in quo nobis satis apparet quid credamus
Mar. XVI; Lucæ. XXIV; Joan. XX; et cap. xxi; Act. incognitum, quid cognitum teneamus, quam formam
IX, 4. Act. VII, 55. corporis recordemur. quam cogitatione fingamsu.
là certitude de ce que nous connaissons cette
lumière parlaquelle nous nous rappelonsla forme
;
nous est inconnu, et qui nous donne et confirme les visions que nous avons dans les songes ou
dans quelque extase de l'âme, toutes choses
qui nous apparaissent avec une idée de lieux

;
des corps que nous avons vus, ainsi que celle
des corps que crée notre imagination cette lu-
mière qui nous permet de distinguer ce que les
et d'étendue. La troisième espèce, différente
des deux autres, comprend non-seulement
ce qui n'est point corps, mais même ce qui
sens peuvent atteindre, de ce que l'esprit peut n'a rien de semblable au corps, comme la
se figurer de semblable aux corps, qui nous sagesse qui ne peut être perçue que par l'intel-
montre ce que l'intelligence peut atteindre avec ligence, et dont la lumière seule nous permet

;
certitude, quoique sans aucune ressemblance
avec lu natures corporelles cette lumière enfin
au moyen de laquelle nous pouvons juger et
de juger sainement de tout le reste. Dans la-
quelle de ces trois espèces faut-il placer ce que
nous voulons connaître, la Trinité ? Certaine-
distinguer toutes ces choses, n'est pas, comme ment dans l'une d'elles, ou bien dans aucune.
l'éclat du soleil ou de tout autre corps lumi- Si c'est dans l'une d'elles, ce doit être nécessai-
neux, répandue dans tous les lieux, dans tous rement dans celle qui l'emporte sur les deux
les espaces. Ce n'est pas par une clarté visible autres, c'est-à-dire dans la sagesse. Que si la
qu'elle illumine notre âme, mais c'est par les sagesse est en nous comme un don de Dieu,
rayons invisibles et ineffables de l'intelli- elle est nécessairement bien moindre que la
gence. Elle est pour nous aussi certaine que les suprême et immuable sagesse de Dieu même,
choses dont elle nous donne la certitude, et car celui qui donne ne peut pas être inférieur
quellenous fait voir à sa clarté. à ce qu'il donne.Mais si notre sagesse n'est
11. Il y a donc trois espèces de choses visi- qu'un rayon et un reflet de la sienne, autant
bles. La première comprend, tout ce qui est que nous pouvons la concevoir dans un miroir
corporel, comme le ciel et la terre et tout ce et en énigme, nous devons la distinguer de
qu'ils renferment, et que nos sens peuvent voir toute espèce de corps, et de tout ce qui peut
et atteindre. La seconde comprend les images même ressembler à des corps.
des corps, comme les choses qui sont produites 12. Si nous croyons que la Trinité ne puisse
par la pensée et l'imagination, soit que nous être placée dans aucune de ces trois choses, et
nous les rappelions, soit que nous cherchions à qu'elle soit tellement invisible qu'elle ne puisse
les retracer à notre souvenir. Telles sont aussi être perçue même par l'intelligence, combien
1
quid corporis sensus adtingat, quid imaginetur ani- sit corpus, neque ullam habeat similitudinem corpo-
mus simile corpori, quid certum et omnium corpo-
rum dissimilimum intelligentia contempletur hoc
ergo lumen ubi hæc cuncta dijudicantur, non uti-
: ris, sicut est sapientia, quæ mente intellecta conspi-
citur, et in cujus luce de his omnibus veraciterjudi-
catur ; in quo istorum genere credendum est esse
que, sicut hujus solis et cujusque corporei luminis istam, quam nosse volumus, Trinitatem? Profecto
fulgor, per localia spatia circumquaque diffunditur, aut in aliquo, aut in aliquo, aut in nullo. Si in ali-
mentemque nostram quasi visibili candore illustrat, quo, eo utique quod est aliis duobus præstantius,
sed invisibiliter et ineffabiliter, et tamen intelligibi- sicut est sapientia; quod si donum ejus in nobis est,
liter lucet, tamque nobis certum est, quam nobis et minus est quam illa summa et incommutabilis,
efficit certa, quæ secundum ipsum cuncta conspici- quæ Dei Sapientia dicitur, puto quod non debemus
mus. dono suo inferius cogitare donantem : si autem ali-
11. Cum igitur tria sint rerum genera quæ vi- quis splendor ejus in nobis est, quæ nostra sapientia
dentur, unum corporalium, sicut hoc cœlum et hæc dicitur, quantumcumque ejus per speculum et in
terra, et quidquid in eis corporeus sensus cernit ænigmate capere possumus, oportet eam et ab om-
et tangit; alterum simile corporalibus, sicut sunt nibus corporibus, et ab omnibus corporum similitu-
ea quæ spiritu cogitata imaginamur, sive recordata dinibus secernamus.
vel (a) oblita quasi corpora contuemur, unde sunt 12. Si autem in nullo istorum genere putanda est
etiam visiones quæ vel in somnis, vel in aliquo men- ista Trinitas,etsicestinvisibilis, ut nec mente videa-
tis excessu, his quasi localibus quantitatibus inge-
runtur; tertium ab utroque discretum, quod neque
;
tur multo minus de illa hujusmodi opinionem ha-
bere debemus, ut eam rebus corporalibus vel corpo-
(a) Lov. oblata. At Mss. oblita
moins devons-nouscroire qu'elle ressemble aux et que nous puissions la comprendre par la pé-
choses corporelles ou à leurs images. Ce n'est nétration de notre intelligence même, il n'est
pas, en effet, parla beauté et la grandeur de peut-être pas déraisonnable d'essayer,
avec
la masse qu'elle est au-dessus des corps, mais l'aide de Dieu, de l'élever jusqu'à la conception
par la différence totale de sa nature. Et si elle de son créateur. Si elle se manque à elle-même
est au-dessus de toute comparaison avec les et succombe dans cet effort, qu'elle se contente
:
biens de notre âme tels que la sagesse, lajusti- alors d'une foi humble et pieuse, tant qu'elle
ce, la charité, la chasteté, et les autres biens est dans ce pélérinage, qui l'éloigne du Seigneur
que nous n'estimons pas d'après la masse et jusqu'à ce que la promesse faite à l'homme,
l'étendue, et que notre esprit ne se représente s'accomplisse par celui « qui peut, » comme
pas sous une forme corporelle, mais que notre in- dit l'Apôtre, «faire plus que nous ne pouvons
telligence dégage de toute espèce de corps et de demander ni comprendre. » (Ephes, 111. 20.)
ressemblance corporelle, quand nous voulons CHAPITRE III.—13. Cela étant, je désire que
nous en former une juste idée; combien moins vous lisiez d'abord tous les nombreux ouvrages
cette Trinité peut-elle être comparée à toute que j'ai déjà écrits, concernant cette question.
espèce d'étendue et de qualité corporelle ? Je voudrais même que vous pussiez lire ceux
Nous ne devons pas cependant la regarder en- que j'ai entre les mains, et que la grandeur d'un
tièrement comme au-dessus de la portée de sujet si difficilenem'a pas encore permis d'ache-

:
notre intelligence. L'Apôtre lui-même le témoi- ver. Présentement croyez avec une foi inébran-
gne en ces termes «Par la création du monde, lable, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit

;
les perfections invisibles de Dieu et même sa sont la Trinité, et ne forment cependant qu'un
puissance éternelle et sa divinité, sont devenues seul et même Dieu qu'il n'y a pas une qua-
comme visibles à l'intelligence. » (Rom. 1, 20.) trième divinité qui leur soit commune, et que
Or, la Trinité ayant fait l'âme et le corps, est cette Trinité que nous adorons est l'indivisible
certainement bien supérieure à l'un et à l'autre. et ineffable Trinité. Croyez que le Père seul
C'est pourquoi si, par la pensée et l'intelligence, a engendré le Fils, que le Fils seul a été engen-
nous pouvons connaître l'âme, et surtout l'âme dré par le Père, et que le Saint-Esprit est

;
humaine raisonnable, intellectuelle, faite à l'esprit du Père et du Fils. Si lorsque vous pen-
l'image de la Trinité si ce que notre âme a de sez à ce mystère, quelqu'image corporelle se
plus grand, c'est-à-dire l'intelligence elle-même, présente à votre esprit, chassez-la bien loin de
n'est pas au-dessus de la portée de notre esprit, vous, désavouez-la, méprisez-la, rejetez-la,

ralium rerum imaginibus similem esse credamus. non evicerit, sed ejus quod habet præcipuum, id est
Non enim corpora pulchritudine molis aut magnitu- ipsam mentem atque intelligentiam mente atque in-
dine superat, sed dissimilitudine ac disparilitate telligentia potuerimus apprehendere, non erit for-
naturæ : et si discreta est a comparatione bonorum tassis absurdum, ut eam ad suum quoque Creatorem
animi nostri, qualia sunt sapientia, justitia, caritas, intelligendum, ipso adjuvante meditemur adtollere.
castitas, et cetera talia, quæ profecto mole corporis Si autem in seipsa deficit, sibique succumbit, pia
non pendimus, nec eorum quasi corporeas formas fide contenta sit quamdiu peregrinatur a Domino,
cogitatione figuramus, sed ea quando recte intelli- donec fiat in homine quod promissum est, faciente
gimus, sine aliqua corpulentia vel similitudine cor- illo « qui potens est, sicut ait Apostolus, « facere
pulentiæ in luce mentis adspicimus; quanto est ab supra quam petimus aut intelligimus.» (Eph. ni,20 )
omnium qualitatum et quantitatum corporalium CAPUT III.
— 13. Quæ cum
ita sint, interim volo
;
comparatione discretior? Non eam tamen a nostro ut legas ea, quæ ad istam quæstionem pertinentia
intellectu omnino abhorrere Apostolus testis est, ubi jam multa conscripsimus illa etiam, quæ in mani-
ait, a Invisibilia enim a constitutione mundi, per ea bus habemus, et propter magnitudinem tam diffici-
quæ facta sunt intellecta conspiciuntur, sempiterna lis quæstionis, nondum possumus explicare. Nunc
quoque ejus virtus ac divinitas.» (Rom. 1,20.) Ac per vero tene inconcussa fide, Patrem et Filium et Spiri-
et
hoc cum eadem Trinitas fecerit et corpus et ani- tum sanctum esseTrinitatem, tamenunumDeum;
mam, sine dubitatione est utroque præstantior. non quod sit eorum communis quasi quarta divinitas,
Anima itaque considerata, maxime humana et ratio- sed quod sit ipsa ineffabilis et inseparabilis Trinitas.
nalis atque intellectualis, quæ ad ejus imaginem Patremque solum genuisse Filium, Filiumquesolum
facta est, si cogitationes nostras et intelligentias a Patre genitum, Spiritum vero Sanctum et Patris
fuyez-la, car avant de pouvoir connaître ce que versons, si c'est avec vérité que dans la célé-

n'est pas. Aimez beaucoup à comprendre ;


Dieu est, c'est déjà beaucoup de savoir ce qu'il
car
bration des mystères, notre bouche répond que
notre cœur est en haut. Quand bien même
les Saintes-Ecritures elles-mêmes qui nous con-
seillent la foi avant l'intelligence des grandes
choses, ne vous seraient d'aucune utilité, si
sage de l'Ecriture :
nous entendrions dans un sens charnel, ce pas-
« Le Ciel est mon trône et
»
la terre l'escabeau de mes pieds (Isaïe LXVI, 1)
vous ne compreniez pas parfaitement. En effet, nous devrions cependant croire que Dieu est
tous les hérétiques qui admettent l'autorité des ici et là, bien que, selon ces paroles, il ne soit
Ecritures, croient les suivre, tandis qu'ils ne ni tout entier sur la terre, puisqu'il n'y aurait
suivent que leurs propres erreurs, et ce qui les que ses pieds, ni tout entier au ciel, puisqu'il n'y
fait hérétiques, ce n'est pas parce qu'ils les aurait que la partie supérieure de son corps.
méprisent, mais parce qu'ils ne les compren- Nous devons également repousser toute pensée
nent pas.
14, Pour vous, mon cher fils, priez Dieu for-
charnelle pour comprendre cet autre passage
«C'est lui qui a mesuré le ciel avec sa main,
:
tement et fidèlement de vous donner la grâce ?
et la terre entre ses doigts » (Isaïe XL, 12) Qui
de comprendre, afin que les enseignements qui pourrait, en effet, s'asseoir sur sa main et poser
vous seront donnés par la bouche d'un maître ses pieds dans un espace aussi petit que celui
et d'un docteur, puissent vous être profitables. ?
qui peut tenir entre ses doigts A moins que
« Car celui qui plante, n'est rien, ni celui notre imagination charnelle n'aille non-seule-
qui nous arrose, mais c'est Dieu seul qui donne mentjusqu'à donner à Dieu des membres hu-

:
l'accroissement. » (Corinth. III, 7.) Quand nous
lui disons « Notre Père qui êtes aux cieux»
(Matt. VI, 9.) ce n'est pas parce qu'il est ici
mains, mais encore à lui supposer une forme
monstrueuse, dans laquelle la paume de sa
main serait plus large que ses reins, et ses

;
et non là, lui qui est tout entier partout, et qui
remplit tout de sa présence incorporelle mais
ce que nous voulons dire par ces paroles, c'est
doigts plus étendus que le creux de ses deux
mains ensemble ? La contradiction qui règne
dans ces paroles, à les prendre dans un sens
qu'il habite en ceux dont il soutient la piété, et charnel, nous avertit de comprendre les choses
ceux-là surtout sont dans les cieux. C'est, en spirituelles autrement que la bouche ne sau-
effet, déjà là que nous habitons, et que nous con- rait les exprimer.

et Filii esse Spiritum. Et quidquid tibi, cum ista rea ubique est totus, sedquia ineis habitare dicitur,
cogitas, corporeæ similitudinis occurrerit, (a) abige,
abnue,nega,respue, abjice, fuge.Non enimparva
quorum pietati adest, et hi maxime in cœlis sunt
ubi etiam nostra conversatio est, si nos os nostrum
;
est inchoatio cognitionis Dei, si antequam possimus veraciter sursum cor habere respondeat. Nam et si
nosse quid sit, incipiamus jam nosse quid non sit. carnaliter acceperimus quod scriptum est, « Cœlum
Intellectum vero valde ama; quia et ipsæ Scripturæ mihi sedes est, terra autem scabellum pedum meo-
sanctæ, quæ magnarum rerum ante intelligentiam rum; » (Isa LXVI, 1.) etibiethiceumesse credere de-
suadent fidem, nisi eas recte intelligas, utiles tibi bemus:quamvis non totum ibi, quiahic essentpedes;
esse non possunt. Omnes enim hæretici, qui eas in nec totum hie, quia ibi essent superiores corporis

suos potius sectentur errores;


auctoritate recipiunt, ipsas sibi videntursectari, cum
ac per hoc non quod
eas contemnant, sed quod eas non intelligant, hære-
partes. Quam cogitationem carnalem, rursum illud
nobis excutere, quod de illo scriptum est, potest,
« Qui cœlum mensus est palmo, etterram pugillo. »
tici sunt. (Isa. XL, 12.) Quis enim sedeat in spatio palmi sui,
14. Tu autem carissime, ora fortiter et fideliter, aut in tanto loco pedes ponat, quantum ejus pugnus
ut det tibi Dominus intellectum, ac sic ea, quae apprehendit? Nisi forte in tantum caro vana progre-
ris, possint esse fructuosa :
forinsecus adhibet diligentia præceptoris sive docto-
Quoniam (l neque qui
ditur, ut ei parum sit humana membra substantiæ
Dei tribuere, si ea non etiam monstruosa confingat,

:
plantat est aliquid, neque qui rigat, sed qui incre-

;
mentum dat Deus •» (I. Cor. III, 7.) cui dicimus,
« Pater noster qui es in cœlis » (Matt. VI, 9.) non
ubi palmus lumbis, et pugillus ambabus palmis con-
junctis, sit latior. Sed hæc dicuntur, ut cum sibi non
conveniunt quæ carnaliter audimus, eis ipsis admo-
quia ibi est, et hic non est, qui præsentia incorpo- niti, ineffabiliter spiritualia cogitemus.
(a) In Mss deest; abige.
15. Quoique nous ne puissions nous repré- 16. Et si on peut interprêter ces paroles du
senter que, sous une forme humaine, le corps Seigneur dans un sens meilleur et plus conve-
du Seigneur s'élevant du sépulcre vers le ciel, nable, toujours est-il certain qu'il ne faut pas
nous ne devons pas croire pour cela qu'il est balancer à rejeter, comme fausse et dangereuse,

;
assis à la droite du Père, de manière que le
Père paraisse assis à sa gauche car dans cette
béatitude qui surpasse toute penséehumaine, la
l'opinion qui prétend que la substance du Père
est dans le ciel, parce qu'il est une des personnes
de la Trinité, tandis que sa divinité serait non
droite seule existe, et c'est une même droite, seulement dans le ciel, mais partout; comme
c'est-à-dire le nom de la même béatitude. De s'il y avait une différence entre le Père et sa
même lorsque le Christ, après la résurrection, divinité, qui lui est commune avec le Fils et le
dit à Marie «Ne me touchez pas, car je ne suis Saint-Esprit. Il faut également rejeter l'opinion
pas encore monté vers mon Père» (1) (Jean xx, de ceux qui pensent que la Trinité même est
17), il ne faut pas prendre ces paroles dans concentrée dans des espaces limités comme quel-
le sens absurde, qu'après son ascension le Sei-
gneur ait voulu être touché par des femmes, et
qu'avant de monter au ciel, il se soit laissé tou-
des trois personnes ,
que chose de corporel, et que la divinité seule
est présente partout,
parce que seule étant incorporelle, elle peut
cherpar des hommes. Quand il parla ainsi à être tout entière en tous lieux. Si en effet, cette
Marie, qui est la figure de l'Eglise, il a voulu divinitéétait une qualité des personnes, (et Dieu
faire comprendre qu'il ne serait véritablement nous garde de croire qu'il y ait une qualité et
monté vers son Père, que lorsqu'elle l'aurait une substance différentes entre le Père, le Fils
reconnu égal au Père. C'est dans un tel senti- et le Saint-Esprit) ; si, dis-je, il était possible que
ment de foi, qu'on peut le toucher d'une manière cette divinité fût une qualité des personnes,
profitable à son salut; mais non en croyant
qu'il est seulement ce qu'il a paru sous une for-
me charnelle. C'est ainsi que l'a touché l'héré-
;
elle ne pourrait être ailleurs que dans sa pro-
pre substance mais si elle est une substance,
et qu'elle soit autre que les trois personnes elles-
tique Photin (1), qui n'a vu qu'un homme en mêmes, c'est donc une substance différente, ce
Jésus-Christ. qu'on ne peut admettre sans se tromper gros-
(1) Photin,évêquedeSirmich,niait la divinité de Jésus-Christ et soutenait qu'il n'avait commencé d'être le Christque
lorsque le Saint-Espritétait descendu sur lui après son baptême. Quoique les Ariens rejetassent la divinité et la consubstan-
tialité du Verbe, la doctrine de Photin leur inspirait tant d'horreur, qu'ils le condamnèrent dans un synode, tenu à Sirmich
l'an 357.

15. Unde etiam si corpus Domini, quod de sepul- ticus tetigit, qui hominem tantummodo credidit.

humana membrisque cogitamus ;


chro excitatum levavit in cœlum, nonnisi specie
non tamen ita
putandum est sedere ad dexteram Patris, ut ei Pater
16. Et si forte aliud in his verbis Domini aptius
meliusque intelligi potest, opinio tamen qua putatur
substantia Patris esse in cœlo, secundum quod Pa-
ad sinistram sedere videatur. In illa quippe beatitu- ter una in Trinitate persona est, divinitas vero non
dine, quæ omnem superat humanum intellectum, :
in cœlo tantum, sed ubique est quasi aliud sit
soladexteraest;eteadem dextera, ejusdem beati-
tudinis nomen est. Proinde nec illud quod post
resurrectionem suam dixit Mariæ, (( Noli me tan-
:
Pater, aliud divinitas ejus, quæ illi communis est
cum Filio et cum Spiritu sancto ut ipsa Trinitas,
tanquam locis corporalibus et tanquam corporeasit,
gere, nondum enim ascendi ad Patrem meum, » divinitas vero una trium personarum ubique sit præ-
(Joan. xx.) tam absurde accipiendum est, ut exis- sens, et ipsa sola tanquam incorporea ubique sit
timemus eum, cum ascendisset, voluisse a feminis tota, sine dubitatione respuenda. Si enim qualitas
tangi, qui se tangendum virisantequam ascenderet eorum esset, (quod absit, ut in Patre aut Filio aut
præbuit. Sed Mariæ profecto, in qua figurata Ec- Spiritu sancto aliud sit qualitas, aliud substantia,)
clesia est, quando illud dixit, intelligi voluit tunc tamen si eorum qualitas esse posset, utique amplius
ascendisse ad Patrem, cum illum Patri cognovit alicubi quam (a) in sua substantia esse non posset :
æqualem; et tali fide illum salubriter tetigit, ne si
hoc solum eum esse crederet quod in carne appa-
ruerat, non bene tangeret. Sic eum Photinus hære-
:
si autem substantia est, et alia est quam sunt ipsi ;
alia substantia est quod nihilominus falsissime
creditur.
(a) Lov. quam sua esse non posset. At Mss. habent, quam in sua esse substantia non posset; præter aliquot in quibus
omittitur vox, substantia.
sièrement. sont qu'un seul et même Dieu, parce qu'ils sont
17. Si vous ne comprenez pas bien la diffé- d'une même et indivisible substance ou essenco
rence qu'il y a entre la substance et la qualité,
vous concevrez du moins aisément que la divi-
nité de la Trinité, que l'on suppose différente de
,
si vous aimez mieux. Vous savez, en effet, que
quelques-uns d'entre nous et principalement
les Grecs, ont dit que la Trinité qui est Dieu,
la Trinité elle-même, mais commune aux trois étaitplutôtune essencequ'une substance,croyant
personnes, et n'en faisant point par conséquent qu'ily avait unedifférence entre cesdeux termes;
trois dieux, vous comprendrez, dis-je, que cette mais à quoi bon maintenant disputer sur ces
divinité de la Trinité doit être une substance,
ou n'en être pas une. Si elle est une substance,
et qu'elle soit différente du Père ou du Fils ou
mots? Que nous donnions à cette divinité, que
l'on croit autre que la Trinité elle-même ,
nom d'essence plutôt que de substance, l'erreur
le

du Saint-Esprit ou de l'ensemble de la Trinité,


elle est nécessairement une autre substance or
c'est une chose que la vérité rejette et con-
; n'en est pas moins la même. En effet, si cette

,
divinité est autre que la Trinité et qu'elle soit
une essence ce sera une essence différente de
damne. Si, au contraire, cette divinité n'est pas la Trinité, ce qu'un catholique doit bien se gar-
une substance et qu'elle soit elle-même Dieu, par der de penser. Il nous reste donc à croire que
cela qu'elle est tout entière partout, et non pas la Trinité est tellement d'une seule et même
la Trinité, Dieu n'est donc pas une substance ; substance, que son essence n'est autre chose
or un catholique oserait-il parler ainsi De ? que la Trinité elle-même. Quelques progrès que
même si cette divinité n'est pas une substance, nous puissions faire dans cette vie, pour la voir
et que ce soit par elle que la Trinité ne fasse et la contempler, ce ne sera toujours que dans
qu'un seul et même Dieu, parce qu'elle est com- un miroir ou en énigme, que nous en verrons
mune aux trois personnes, on ne peut pas dire quelque chose. Mais lorsque, selon les promesses
que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, aient une qui nous ont été faites, notre chair, il la résur-
seule et même substance, mais qu'ils ont seule- rection, deviendra spirituelle, et que nous ver-
ment une seule et même divinité qui n'est pas rons cette sainte Trinité, soit par l'intelligence,
une substance. Mais vous savez que c'est une soit avec les yeux du corps, par suite de la grâce
vérité constante, et généralement confirmée dans merveilleuse, ineffable, d'une immortalité dont
la foi catholique, que le Père, le Fils et le Saint- son corps seront revêtus, toujours est-il que nous
Esprit, par cela même qu'ils sont la Trinité, ne ne la verrons pas dans un espace limité, ni plus

17. Sed si forte minus intelligis inter substantiam Trinitas, unus est Deus, qui inseparabiliter sun t
et qualitatem quid intersit; hoc certe facilius ad- unius ej usdemque substantiæ, vel (si hoc melius
vertis, quod et divinitas Trinitatis (quæ putatur alia dicitur) essentiæ. Nam nonnulli nostri, et maxime
esse quam est ipsa Trinitas, et propter hanc dici Græci, Trinitatem quæ Deus est, magis (oiio-tav)
non tres deos, sed unum Deum, quoniam ipsa est essentiam, quam unam substantiam esse dixerunt;
tribus una communis) aut substantia est, aut non aliquid inter hæc duo nomina interesse arbitrantes,
est substantia. Si substantia est, et alia est quam vel intelligentes : unde nunc disputare non est opus;
Pater, aut Filius, aut Spiritus sanctus, aut eadem quod etsi divinitatem istam, quæ aliud existimatur
:
simulTrinitas;procul dubio alia substantia est hoc
autem veritas refellit et respuit. Si autem non est
esse quam ipsa Trinitas, non substantiam sed essen-
tiam dixerimus, eadem falsitasconsequetur. Si enim
substantia ista divinitas, et ipsa est Deus, quia ipsa alia est quam ipsa Trinitas, altera erit essentia :
est ubique tota, non illa Trinitas : ergo Deus non quod absit ut catholicus sentiat. Restat itaque ut ita
est substantia, quis hoc catholicus dixerit ? Item si credamus unius esse substantiæ Trinitatem, ut ipsa
non est substantia ista divinitas, et secundum hanc essentia non aliud sit quam ipsa Trinitas. At quam
est Trinitas unus Deus, quod hæc una est in tribus; videndam quantumlibet in hac vita proficiamus, per
non debuit dici Pater et Filius et Spiritus sanctus speculum erit et in ænigmate quod videbimus. Cum
unius substantiæ, sed unius divinitatis quse non est vero, quod in resurrectione promittitur, spiritale
substantia. Agnoscis autem in fide catholica, quo- corpus habere cœperimus, sive illam mente, sive (a)
niam hoc est verum, hoc est confirmatum, quod mirabili modo, quoniam ineffabilis est spiritalis cor-
Pater et Filius et Spiritus sanctus, ideo cum sit poris gratia, etiam corpore videamus ; non tameu per

(a) In Mss. pluribus, irrationabili modo.


grande d'un côté que de l'autre, parce qu'elle qu'on les dit immortelles. On les appelle mortes
est incorporelle et qu'elle est tout entière partout. quand la justice est morte en elles, la justice
CHAPITRE IV.
— 18. Vous dites dans votre qui est la véritable et principale vie, la vie de
lettre, «qu'il vous semble, ou plutôt qu'il vous la vie des âmes qui, quoique immortelles, doi-
semblait, que la justice pouvait être une subs- vent cependant vivre d'une vie quelconque,
tance vivante, et que par cela vous ne pouviez qu'elles communiquent aux corps qui ne peu-
pas concevoir Dieu, qui est une nature vivante, vent vivre par eux-mêmes. C'est pourquoi si les
comme vous concevez la justice, parce que la âmes qui communiquent la vie aux corps, dans
justice comme vous le dites, n'a pas de vie en lesquels la vie s'éteint quand les âmes les aban-
elle-même mais vit en nous, ou que plutôt c'est donnent, ne sauraient être sans avoir en elles-
nous qui vivons selon la justice, mais que la mêmes quelque sorte de vie, combien plus doit-
justice n'a pas de vie par elle-même. » Vous on reconnaître pour vie véritable, la justice qui
pouvez vous répondre à vous-même, en exami- est tellement la vie des âmes, qu'on les appelle
nant si on peut dire avec vérité, qu'il n'y a pas la
mortes quand justice les abandonne, quoique
de vie dans la vie même, qui fait vivre tout ce cependant, elles conservent encore un principe
qu'on peut raisonnablement dire vivant. Il vous de vie quelque faible qu'il soif.
paraîtra alors insensé de dire que ce qui nous 19. Or cette justice qui vit en elle-même, et
fait vivre ne vit pas. Or, s'il n'y a rien de plus d'une vie immuable, c'est Dieu. Mais de même
vivant que ce qui donne la vie à tout, voyez un que cette justice, qui est la vie par elle-même,
peu, je vous en prie, quelles sont les âmes que
la Sainte-Ecriture appelle des âmes mortes
vous trouverez certainement que ce sont les
; pons d'une manière quelconque ;
devient aussi notre vie, lorsque nous y partici-
de même la
justice qui est la justice par elle-même, devient
âmes des injustes, des impies et des infidèles. aussi la nôtre lorsque nous nous attachons à
Or, puisque c'est par elles que vivent les corps elle en vivant justement; et nous sommes plus
:
dont il est dit « Que les morts ensevelissent ou moins justes, selon le plus ou moins de force
il
leurs morts,»(Matth. VIII, 22) faut en conclure avec laquelle nous nous unissons à elle. Voilà
que même les âmes impies, sont aussi douées pourquoi il est dit du Fils unique de Dieu, qui
de quelque principe de vie. Car les corps ne
peuvent exister que par une vie quelconque,
inhérente aux âmes mêmes, et c'est pour cela
:
est la justice et la sagesse du Père toujours
subsistante en elle-même « Qu'il nous a été
donné par Dieu pour être notre justice, notre

locorum intervalla, nec in parte minorem, in parte enim aliter ex eis possent corpora vivere, nisi quali-
majorem, quoniam non est corpus, et ubique tota
est, pro nostra capacitate videbimus.
CAPUT IV. — 18. Quod vero posuisti in epistola
unde immortales merito vocantur :
cumque vita, qua omnino animæ carere non possunt,
non tamen ob
aliud amissa justitia dicuntur mortuæ, nisi quia et
tua, videri tibi, vel potius quod « videbatur tibi, animarum, licet immortaliter qualicumque vita vi-
nihil vivum secundum substantiam inesse justitiæ, ventium, verior et major vita justitia est, tanquam
ideoque te non posse adhuc Deum, id est viventem vita vitarum, quæ cum sint in corporibus, etiam
naturam, justitiæ similem cogitare : quiajustitia, » ipsa corpora viva sunt, quæ per seipsa vivere ne-
sicut dicis, « non in se, sed in nobis vivit; immo queunt. Quapropter si animæ non possunt, nisi
nos potius secundum illam vivimus, ipsa vero per se etiam in seipsis utcumque vivere, quia ex eis vivunt
justitia nequaquam vivit. » Ad hoc ut tibi ipse res- et corpora, a quibus deserta moriuntur : quanto
pondeas, illud intuere, utrum recte dici possit, vi- magis vera justitia etiam in seipsa vivere intelligen-
tam ipsam non vivere, qua sit ut vivat quidquid non da est, ex qua sic vivunt animæ, ut hac amissamor-
falso dicimus vivere. Puto enim absurdum tibi vide- tuæ nuncupentur, quamvis quantulacumque vita non
ri, ut per vitam vivatur, et vita non vivat. Porro si desinant vivere.
vita ipsa præcipue vivit, qua vivit omne quod vivit, 19. Ea porro justitia quæ vivit in seipsa, procul
recole obsecro quas dicat Scriptura divina animas dubio Deus est, atque incommutabiliter vivit. Sicut
mortuas; profecto invenies injustas, impias, infide- autem hæc cum sit in seipsa vita, etiam nobis sit
les. Nam licet per illas vivant corpora impiorum, de vita, cum ejus efficimur utcumque participes : ita
quibus dictum est, quod « mortui sepeliant mortuos cumin seipsa sit justitia, etiam nobis sit justitia,
»
suos; (Matt. VIII, 22.) et ibi intelligantur etiam
iniquæ animæ non esse sine aliqua vita; neque
cum ei cohærendo juste vivimus, et tanto magis mi-
nusve justi sumus, quanto magis illi minusve cohæ-
sagesse, notre sanctification et notre rédemp-
tion, afin que, selon qu'il est écrit, celui qui se
glorifie ne se glorifie que dans le Seigneur. » : ;
l'âme, et non celle du corps, que nous avons été
faits à l'image de Dieu voilà pourquoi l'Apôtre
nous dit « Ne vous conformez pas à ce siècle,

même, quand vous ajoutez :


(I.Corinth. I, 30) C'est ce que vous avez vu vous-
« A moins qu'on

ne dise que l'équité de l'homme n'est pas pro-


mais qu'il se fasse en vous une transformation
par le renouvellement de votre esprit, afin que
vous reconnaissiez quelle est la volonté de
prement la justice, et qu'il n'en est point d'au- Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait à ses
tre que Dieu, qui est la véritable justice.» Oui, yeux. » (Rom. XII, 2.) Si donc ce n'est pas dans
sans doute, c'est ce Dieu souverainqui est la des masses, ni dans des parties séparées par
et
vraie justice, c'est ce vrai Dieu qui est la jus- des espaces les unes des autres, comme on voit
tice souveraine. En avoir en quelque sorte faim et comme on se figure les corps, mais dans
et soif, telle est notre justice pendant ce péléri- quelque chose de supérieur, et que l'intelligence
nage sur la terre; en être rassasié ce sera la seule peut atteindre, comme la justice, que
plénitude et le couronnement de notre justice nous cherchons et reconnaissons la beauté de
dans l'éternité. N'assimilons donc pas Dieu à l'âme, et si c'est selon cette beauté que nous
notre justice, mais pensons plutôt que nous se- nous transformons et nous nous renouvelons à
rons d'autant plus semblables à Dieu, que nous l'image de Dieu, à plus forte raison devons-nous
aurons plus participé à la justice souveraine. croire que la beauté de Dieu qui nous a formés
20. Si nous devons donc nous garder de et refaits à son image, ne doit pas être cherchée
croire que Dieu est semblable à notre justice, dans des masses corporelles. Nous devons lui
parce que la lumière qui éclaire est incompara- supposer une beauté d'autant plus supérieure à
blement plus excellente que ce qui est éclairé, celle de l'âme des justes, qu'il est plus incom-
combien plus devons-nous prendre garde de parablementjuste lui-même. (1) Voici une ré-
croire Dieu moins grand, et moins excellent que ponse qui dépasse l'étendue ordinaire d'une
notre justice. Mais qu'est-ce que lajustice quand ;
lettre et qui est peut-être plus longue que
elle est en nous, ou toute autre vertu qui nous vous ne l'attendiez. Malgré la grandeur et l'im-
fait vivre selon la loi de l'équité et de la sagesse, portance d'une pareille question, les courts
si ce n'est la beauté de l'homme intérieur? Or, avertissements que je vous ai donnés suffiront
c'est incontestablement selon cette beauté de peut-être, je ne dis pas pour vous instruire,
(1) Ici se terminait la lettre 85e dont nous avons parlé plus haut.

remus. Unde scriptum est de unigenito Filio Dei, damus, quam est nostra justitia. Quid est autem
cum sit utique Patris Sapientia atque Justitia, et aliud justitia, cum in nobis est, vel quælibet virtus
semper in seipsa sit, quod « factus sit nobis a Deo qua recte sapienterque vivitur, quam interioris ho-
Sapientia et Justitia, et Sanctificatio et Redemptio : minis pulchritudo ? Et certe secundum hanc pulchri-
ut quemadmodum scriptum est, Qui gloriatur, in Do- tudinem magis quam secundum corpus, facti sumus
mino glorietur. » (I.Cor. 1,30.) Quod quidem etipse ad imaginem Dei. Unde nobis dicitur, « Nolite con-
vidisti, addendo atque dicendo, « nisi forte non hæc formari huic sæculo, sed reformamini in novitate
humanæ æquitatis, sed illa quæ Deus est, sola esse mentis vestræ, ad probandum vos quee sit voluntas
asseratur justitia. » Est plane ille summus Deus Dei, quod bonum et beneplacitum et perfectum. »
vera justitia, vel ille verus Deus summa justitia, (Rom. XII, 2.) Si ergo non in mole neque in distanti-
quam profecto esurire et sitire, ea nostra est in hac
peregrinatione justitia, et qua postea saturari, ea
nostra est in æternitate plena justitia. Non ergo
nuntur sive cogitantur;
bus per loca sua partibus, sicut corpora sive cer-
sed in virtute intelligibili,
qualis est justitia, mentem dicimus seu novimus seu
et
Deum nostræ justitiæ similem cogitemus, sed cogi-
temus nos potius tanto similiores Deo, quanto esse
poterimus ejus participatione justiores.
volumus pulehram,
:
secundumhanc pulchritudinem
reformamur ad imaginem Dei profecto ipsius Dei,
qui nos formavit et reformat ad imaginem suam.
20. Si ergo cavendum est ne justitiæ nostræ simi-
lem putemus Deum, quoniam lumen quod illuminat,
incomparabiliter excellentius est illo quod illumina-
tudo ;
non in aliqua mole corporea suspicanda est pulchri-
coque justorum mentibus credendus est in-
comparabiliter pulchrior, quo est incomparabiliter
tur : quanto magis caveri oportet, ne aliquid justior. Hæc dilectionem tuam, quantum ad usitatum
infcrius et quodammodo decoloratius eum esse cre- epistolarum modum adtinet, prolixius forsitan quam
mais pour qu'en y joignant ce que vouslirez des voyants dont l'esprit, illuminé par votre doc-
ou
entendrez d'autre part, vous puissiez corriger trine, contemple les merveilles de la loi du
plus facilement
1
ce que vous avez - avancé dans Seigneur.
vos écrits.Vous y parviendrez d'autant mieux, 2. Questions sur les psaumes.
— Dites-moi
que vous le ferez avec plus de foi et d'humilité.
ces paroles dûXVC psaume :
donc, docteur béni d'Israël, ce que signifient
« C'est à
ses saints
qui sont sur laterre, qu'il a rendu toutesses
volontés admirables. Leurs infirmités se sont
LETTRE CXXI.(1) multipliées, et après cela ils ont couru. » (Ps.
xv,3,) Quels sont ces saints qui sont sur la terre?
Seraient-ce les juifs nés d'Abraham selon la
SaintPaulin, évêque de Nole, propose à saint Au- chair, mais qui, n'étant pas enfants de la pro-
gustin quelques questions sur les Psaumes, les messe, n'appartiennent pas à la race qui a été
Epîtres de saint Paul et l'Evangile. appelée en Isaac. (Rom. IX, 7) Le psalmiste dit-il
qu'ils sont saints sur la terre, parce qu'ils le
CHAPITRE Ier.
- 1. Lorsque le
porteur de
cette lettre était sur le point de s'embarquer et
sont par la race dont ils descendent selon la
chair, mais que d'ailleurs ils appartiennent à la
me pressait de la lui remettre, il s'est présenté terre par leur vie et leurs sentiments, parce
à mon esprit beaucoup de questions. Je vous qu'ils ont du goût pour les choses de la terre,
ensoumettrai quelques-unes, dont j'attends la et que restant toujours dans la vieillesse de la
la solution, ce qui donnera plus d'intérêt à votre lettre par l'observation charnelle de la loi, ils
réponse. Si ces questions sont claires pour vous, ne renaissent pas comme de nouvelles créatu-
quoiqu'obscures pour moi, qu'aucun de'ces sa- res, n'ayant pas reçu celui qui est venu chan-
ges disciples qui vous entoureront peut-être au ger et renouveler tout ce qui était ancien Peut- ?
mon ignorance ;
moment où vous lirez ma lettre, ne se moque de
mais qu'il cherche plutôt à
m'éclairer avec la bienveillance d'une charité
être David, dans ce psaume, les appelle-t-il
saints, comme Jésus-Christ dans son Evangile
les appelle justes, lorsqu'il dit :
« Je suis venu
fraternelle, afin que je sois admis au nombre pour appeler des pécheurs et non des justes, »

Écrite l'an 410. — Cette lettre était la 58e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
(1)
121esetrouvemaintenant 130e. la
exspectabas; quantum autem ad tam magnæ rei veat instruendo, ut efticiar videntium particeps et ex
quæstionem, breviter admonuisse suffecerit : non doctrina tua illuminatis mentibus considerantium mi-
ut satis sit eruditioni tuæ, sed ut aliis quoque lec- rabilia de Lege Domini.
tis vel auditis diligenter instructus, ipse uberius tua 2. Dic ergo mihi benedicte doctor Israël, quid sit
secus dicta redarguas : quod est utique tanto melius, quod dicitur in Psalmo deimo-quinto, « Sanctis.qui
quanto fit humilius et fidelius. in terra sunt ejus, mirificavit omnes voluntates suas

EPlSTOLA CXXI. rum ;


inter illos. Multiplicatæ sunt enim infirmitates eo-
postea acceleraverunt. » (Psal. xv, 3.) Quos ait
sanctos, qui in terra sunt sancti? Num illos Judæos.
qui filii carnis Abrahæ, et non filii repromissionis
Paulinus Nolensis episcopus Augustino proponit
qucestionesaliquot primum de psalmis tum dc excluduntur a semine, quod in Isaac vocatum est
(Rom.IX, 8. 7.) ideosanctos in terra, quia sancti ge-
;
Apostolo, et ad extremum de Evangelio.
nere carnali, vita autem sensuque terreni sunt, qui

CAPUT I. - paucis quae nunc jam ad navem
1. De
currente litterarum perlatore, et mihiinipsius festi-
natione properanti in mentem venerunt, ne sine co-
litteræ consenescunt ;
terrena sapiunt, et carnali observantia in vetustate
,
non renascentes in novam
creaturam, quia non receperunt eum per quem ve-
rollario mihi rescribas, aliqua proponam : quæ si tera transierunt, et facta sunt nova ? Sic enim forte
forte lucidasunt, et mihividentar obscura,nemo eos in hoc Psalmo sanctos appellat, quomodo et in
prudentum filiorum, qui forte de nostris in hora lec- Evangelio justos, ubi dicit, Non veni vocare justos,
tiunculæ hujus circa te steterint, de insipientia mea sed peccatores (Matt, IX, 13.) : id est illos justos, qui
rideat,sed potius benevolentia fraternæ caritatis fa- in sanctitate generis et littera legis gloriantur. Qui-
(Matt. IX, 13) c'est-à-dire des justes qui trou- temple bien plus justifié par l'aveu de ses fautes
ventleur gloire dans la sainteté de leur origine que le pharisien par l'orgueil avec lequel il
et dans la lettre de la loi, et auxquels il est dit :
s'imputait ses œuvres de justice. C'est donc
« Ne vous glorifiez pas d'avoir
Abraham pour avec raison que cet homme qui se louait lui-
père, car Dieu peut de ces pierres faire naître même, se retira de la face de Dieu, et fut répu-
des enfants à Abraham. » (Id. III,9) Nousvoyons diépar lui. En qualité de pharisien, il mettait
un juste de cette espèce dans le pharisien qui en avant sa science de la loi, mais il oubliait ce
énuméraittout ce qu'il avait fait selon la justice ;
que le Seigneur dit par son prophète Sur
(Luc XVIII, 11) comme si Dieu ne le savait pas, et qui se reposera mon esprit? sinon sur celui qui

qui s'en vantait hautement dans le temple. Il ne est humble et paisible, et qui tremble de respect
priait paspourêtre exaucé, mais comme pour âmes discours. » (Isai. LXVI, 2.) L'autre au con-

;
exiger ce qui était dû à sesœuvres bonnes en traire qui, dans la contrition de son cœur, s'est
elles-mêmes, mais désagréables à Dieu car, il accusé lui-même, est reçu de Dieu, et son humi-
détruisaitainsipar son orgueil, l'édifice de sa lité lui fait obtenir le pardon des fautes dont il
justice. Il ne priait pas en silence, mais il éle- a faitl'aveu ; tandis que le pharisien, tout saint
vaitlavoix,demanière à paraître s'adresser, qu'il était, mais de cette sainteté judaïque, s'est
à
non auxoreilles divines, - mais celles des retiré chargé du fardeau de ses fautes,pour
hommes, dont il voulait être entendu. S'il ne avoir orgueilleusement vanté sa sainteté. Il est

; .-
plût pas à Dieu, c'est parce qu'il se plaisait trop le portrait de ces juifs dontl'Apôtre dit:« Vou-
à lui-même « car Dieu brise les os de ceux qui lant établir leur propre justice, c'est-à-dire
se plaisent à eux-mêmes. » (Ps. LII, 6.) « Ils sont cellequi vient de la loi, ils ne sont pas soumis
tombés dans la confusion, » ajoute l'Ecriture, à la justice deDieu qui vient de la foi, et qui a
« parce qu'ils ont été mépriséspar Celui qui ne été comptée comme justice à notre père Abra-
méprise pas un cœur humble et contrit. » ham, non en considération de ses œuvres, mais
3. Dans cette même parabole de l'Evangile, parce qu'il crut en Dieu, et se confia à sa toute-
où paraissent le pharisien et le publicain, (Luc puissance.» (Rom. x, 3 et IV, 2.) Il n'y a de juste

;
XVIII, 10) le Seigneurmontreévidemment ce qu'il auprès de Dieu, que celui qui vit de la foi, et
aime et ce qu'il repousse dans l'homme et de plus ce juste n'est pas saint sur la terre, mais dans
:
il est écrit « Que Dieu résiste aux superbes et le ciel, parce qu'il ne marche pas selon la chair
donne sa grâce aux humbles.» (Jacq. IV, 6) C'est mais selon l'esprit. Son séjour, en effet, est dans
Il
pourquoi il déclare que le publicain sortit du le ciel. ne met pas sa gloire dans la circonci-

bus dicitur, Nolite gloriari in patre Abraham :


potens est Deus de lapidibus istis excitare filios
quia

Abrahæ. (Matt. III, 9.) Quorum forma in illo Phari-


iisse e templo Publicanum de confessione peccato-
rumsuorum, quam Pharisæumdeimputationejusti-
tiarum suarum. Merito autem ille laudator sui, re-
sæo proponitur, qui justitias suas tamquam nescienti pudiatus abscessit a facie Dei, qui cum ipso nomine
Domino recolens, prædicabat in templo; (Luc. XVIII, peritiam Legis præferret, oblitus fuerat in Propheta
11.) non orans ut exaudiretur, sed exigens quasi de- dicentem Dominum, Super quem habitabonisi super
bitum meriti pro operibus bonis quidem, sed ingra- humilem et quietum, et trementem sermones meos ?
tis Deo : quia quod justitia ædificaverat, superbia (Isa. LXVI, 2.) Ille autem in corde contrito sui accu-
destruebat : nec idipsum silentio, sed voce clamabat, sator accipitur, et obtinet veniam de confessispecca-
ut appareret eum non divinis auribus loqui, qui et ab tis propter gratiam humilitatis, sancto illo Pharisæo
hominibus vellet audiri. Atque ideo non placuit Deo, (quales Judæi sancti sunt) reportante sarcinam pec-
quia placebat sibi : quoniam dissipavit Dominus ossa catorum de jactantiasanctitatis. Ipsius nimirumsunt
,
hominum sibi placentium. (Psal. LII,6,) Confusisunt,
inquit, quia sprevit illos qui cor humile et contri-
bulatum non spernit.
forma Judæi illi, de quibus - Apostolus ait, quod
suam justitiam statuere cupientes, quæ ex Lege est,
justitiæ Dei non sunt subjecti (Rom. x, 3.) quæ est
3. Denique etin ipsa Evangelii parabola, quaPha- ex fide, quæ reputata est patri nostro Abraham ad
risæi et Publicani persona confertur, (Luc. XVIII, 10.) justitiam, non ex operibus, quia secundum omnipo-
evidenter ostendit ipse Dominus quid in homine sus- tentiam Dei credidit Deo : apud quem ille vere justus
:
cipiat, quid repellat, sicut scriptum est « Quia Deus est qui ex fide vivit (Rom. IV, 2.) : nec sanctus in
superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. »
(Jacobi IV, 6.) Ideoprotestaturmagisjustificatum ab- :
terra est, sed in cœlo, quia non carne, sed spiritu
ambulat cujus conversatio in cœlis est; non glo-
sion de la chair, mais dans la circoncision du cela ils se sont mis à courir? »
Est-ce vers la
cœur qui s'accomplit, non visiblement par la pénitence comme ceux dont parlent les Actes
lettre, mais invisiblementpar l'esprit. Aussi sa des Apôtres, et qui,touchés de componction par
gloire ne vient-elle point des hommes, mais de la prédication de saint Pierre (Act. II, 37),
Dieu. crurent en celui qu'ils avaient crucifié, et qui,

:
4. Lorsque, dans le même verset, le Psalmiste se hâtant d'expier un si grand crime, coururent
ajoute « Il a rendu ses volontés admirables ?
vers le don de la grâce Ou bien, ne serait-ce
parmi eux, » il veut dire sans doute que c'est pas parce que les vertus de l'âme, puisant leur
parmi eux les premiers, qu'il a allumé le flam- force dans la foi et la charité, et que ces im-
beau de la loi, et que c'est à eux les premiers pies étant dépourvus de l'une et de l'autre, les
qu'il a tracé les règles de la vie. « Car, dit le infirmités se sont multipliées dans leur âme,
prophète dans un autre psaume, il a fait con- remplie de faiblesses et de langueurs mortelles
naître ses voies à Moïse, et ses volontés aux par l'impiété de leurs crimes ?
;
enfants d'Israël. » (Psaume. CII, 7.) Ensuite «il a En effet, le Christ est la lumière et la vie des
accompli en eux le mystère de sa miséricorde » croyants, et la santé est sous ses ailes. Il n'est
car c'est dans leur nation qu'un Dieu revêtu donc pas étonnant que les ténèbres et les infir-

;
d'une chair humaine est né parmi eux du sein mités se soient multipliées pour la perte de ceux
d'une vierge et c'est avec leur chair qu'il s'est qui n'ont voulu recevoir nilavie, ni la lumière,
fait homme, puisqu'il sort de la race de David ;
ni se tenir sous les ailes du Seigneur. Jésus-
enfin, c'est en leur présence et sur eux-mêmes Christ lui-même versant des larmes divines, dé-
qu'il a opéré des guérisonsmiraculeuses. Ce- clare dans son Évangile «qu'il a souvent voulu
pendant malgré tout cela, non-seulement ils les réunir sous ses ailes, comme la poule y ras-

:
n'ont pas cru en lui, mais encore ils l'ont blas- semble ses petits, et qu'ils s'y sont refusés.»
phémé en disant « Si cet homme était fils de (Math, XXIII, 37.) Mais où donc se sont-ils hâtés
?
Dieu,ilne guérirait pas pendantlesjours de sabbat de courir était-ce pour réclamer la croix où le
il
(Jean.IX,16);et ne chasseles démons qu'au nom Seigneur devait être attaché, et arracher, par
de Belzébub prince des démons.» (Math,XII,24.) leurs clameurs impies à Pilate qui s'y refusait,
L'endurcissement de leur cœur aveuglé parl'im- la condamnation de Jésus-Christ, comblant
piété est la cause des infirmités et des ténèbres, ainsi la mesure des iniquités de leurs pères, en
qui se sont multipliées parmi eux.
5. Mais que veulent dire ces mots :« Après
faisant mourir le Seigneur de ces mêmes pro-
phètes que leurs pères avaient mis à mort, et

riantis in circumcisione carnis, sed in circumcisione runt? » Utrum in poenitentiam, sicut illi in Actibus
cordis, quæ non littera, sed spiritu agitur invisi- Apostolorum,quibeati Petri prsedicatione compuncti,

Deo.
4. Deinde quod jungit in eodem versiculo, « Miras
,
biliter ; unde laus ejus non ex hominibus est, sed ex (Act. II, 37.) crediderunt in eum quem crucifixerant,
et fcstinantes tanto expiari peccato ad donum gra-
tiæ cucurrerunt? An vero quia virtutes animæ ex fide
fecit voluntates suas inter illos, » credo ex eo dicit, et caritate Dei roborantur,illisimpiisutroquevacuis
quod ipsis primum lucernam Legis accendit, et præ- multiplicatæ sunt infirmitates animæ ex impietate
ceptavivendi dedit. Notas enim, inquit, fecit vias scelerum mortiferis languoribus occupatæ? Christus
suas Moysi, et filiis Israël voluntates suas. (Ps. CII, etenim lumen et vita credentium est, et sanitas sub
7.) Deinde ipsum pietatis suæ sacramentum in ipsis pennis ejus : unde non mirum si et tenebræ et infir-
operatus est, natus in carne ex virgine Deus in gente mitates eorum multiplicatæ sunt in interitum, qui
ipsorum, et de carne ipsorum factus ex semine Da- vitam et lucem non receperunt, neque sub pennis
vid homo. Deinde virtutes sanitatum, quas in ipsis et ejus manere voluerunt : quos, ut ipse flens in Evan-
coram ipsis perfecit. Qui per hæc non modo creditus gelio suo protestatur, sæpe voluit congregare sub
non est, sed et blasphematus est ab eis, cum dice- alas suas, sicut gallina congregat pullos suos, et no-
rent, Hic homo si a Deo esset, non curaret sabba-
tis (Joan. IX, 16.) : et, Non ejicit dæmonia nisi in
Beelzebub principe dæmoniorum. (Matt, XII, 24.)
Propter hanc mentem obdurata impietate cæcatam,
multiplicatæ sunt infirmitates et tenebræ eorum.
conclamandam ,
luerunt. (Matt, XXIII, 37.) Multiplicatis ergo infirmi-
tatibus quo acceleraverunt? forte in crucem Domini
et invito Pilato nefariis vocibus ex-
torquendam, ut adimplerent mensuram patrum suo-
rum, ut isti Dominum Prophetarum occiderent, quo-
5. Sed quid est quod ait, a postea accelerave- rum patres ipsos Prophetas interfecerunt, a quibus
qui avaient annoncé la venue du Sauveur du ni sacrifices, ni prophètes, et vivent dispersés
?
monde
que, comme le dit un autre psaume (c Ils ont
les pieds légers quand il s'agit de répandre le
:
S'ils se sont donc hâtés de courir, c'est sur toute la terre. Mais faut-il nous étonner
que le Christ, par la bouche du prophète, ait
prié son père de ne pas exterminer ceux pour
sang. La destruction et le malheur sont dans lesquels, au moment même de sa passion, et
leurs voies, mais ils n'ont pas connu la voie de quand ils le conduisaient au pied de la croix, il
la paix» (Psaurru;. XIII, 3), c'est-à-dire le Christ, priait son père en disant:«Mon Père, par-
:
qui a dit «Je suis la voie.» (Jean. XIV, 6.)

:;
6. Je vous prie de m'expliquer le sens de co
passage du psaume suivant « Leur ventre est »,
n'oublie votre loi
:
donnez-leur car ils ne savent ce qu'ils font.»
(Luc. XXIII, 34). Mais ces mots « Depeurqu'on
me paraissent obscurs. Ils
rempli de vos biens cachés ils ont été rassa- sembleraient indiquer la nécessité qu'il y eût

dans quelques autres psautiers :


siés de la chair de porc, » ou, comme je le vois
« Ils ont été
rassasiés par le nombre de leurs enfants, et ils
des juifs vivant sans croire à l'Évangile. A quoi
peut leur servir la science et la méditation de
la loi, pour le salut qu'on obtient seulement par
ont laissé ce qui leur est resté, à leurs petits- la foi? Serait-ce par hasard qu'en l'honneur de
enfants. » (Ps. xvi, 14.) la loi elle-même et de la race d'Abraham, il est

un passage qui m'embarrasse :


7. Il se trouve aussi dans un autre psaume,
C'estlorsque le
Fils, me semble-t-il, parle à son Père des Juifs,
nécessaire que la lettre de l'ancienne loi, se
conserve dans la portion terrestre de cette race
charnelle, qu'on a coutume de regarder comme

ment :
ses ennemis, dont après avoir dit précédem-
« Voilà qu'ils murmurent ensemble, ils
aussi nombreuse que le sable de la mer, parce
qu'il pourrait se trouver dans cette race, quel-
ont des épées sur les lèvres, » il ajoute un peu ques hommes qui, éclairés par la lecture de la
plus bas: « Ne les exterminez pas de peur loi, marcheraient à la foi de Jésus-Christ, qui
;
!
qu'on oublie votre loi dispersez-les par votre est la fin de la loi et des prophètes, et qui est
puissance, détruisez-les, ô Seigneur » (Ps. LVIII, figuré et clairement prophétisé dans tous les
12) Paroles dont nous voyons tous les jours livres de l'ancienne alliance? Ou bien est-ce que

;
l'accomplissement. Il sont en effet, déchus de de cette race d'impies doit sortir une génération
leur ancienne gloire ils n'ont plus ni temples, d'élus choisis dans chaque tribu, et représentés

(1) ~iitwv,filiorum, parlenombre de leurs enfants,ûwv, suum, de la chair de porc. Saint Jérome a traduit de l'hébreu et
adopté ÛIMV, fillorum, rassasiés de l'abondance de leurs enfants. Selon Bellarmin, cette dernière leçon est manifestement
celle du texte hébreu. (Voyez ses commentaires sur les Psaumes.)

hic mundi Salvator esse venturus nuntiabatur. « Pos- mus impleri. Destrncti sunt enim a veteri sua gloria
»
tea acceleraverunt : Veloces enim pedes eorum ad
effundendum sanguinem. Contritio et infelicitas in
sine templo et sine sacrificiis, ac sine prophetis in
omnium gentium dispersione viventes. Sed quid mi-
viis eorum, et viam pacis non cognoverunt, (Psalm. ramur quod jam per Prophetam pro eisnon occiden-
XIII, 3.) id est Christum qui dicit, Ego sum via. (Joa. dis rogabat, pro quibus et suo ipso tempore passio-
XIV, 6.) nis jam ad crucem eum ducentibus precabatur, di-
6. In conséquent! Psalmo illud mihi exponi desi- cens : Pater dimitteeis, non enim sciunt quidfaciunt?
dero, qui dicat, « De absconditis tuis adimpletus est
venter eorum. Saturati sunt porcina, » vel, sicutin
quibusdam psalteriis scriptum audio, « Saturati sunt
,
(Luc. XXIII, 34.) Verum quod adjecit, « Ne umquam
obliviscantur legis tuæ » tamquam propter hoc ne-
cessaria esset etiam sine fide Evangelii vita eorum,
filiis,et reliqueruntquæsuperfuerunt parvulissuis. » obscurum mihi fateor. Quid enim his ad salutem,
Psal. XVI, 14.) quæ sola fide quseritur, prodest in Legis memoria et
7. Rursus inalio Psalmo admirari soleo, Filium ?
meditatione versari nisi forte propter honorem Le-
,
ad Patrem loqui intelligens, in Psalmo quinquagesi-
mo octavo, ubi de Judseis inimicis de quibus supra
dixerat, « Ecce ipsi loquentur in ore suo, et gladius
gis ipsius, vel generis Abraham, ut etiam in parte
terrena carnalis seminis ejus, quæ videtur secundum
arenam maris computari, Legis antiquse littera per-
in labiis eorum » Psal. LVIII, 12.) : paulo infra dicit, severet, ne forte aliqui legendo Legem illuminentur
« Ne occideris eos, ne quando obliviscantur legis ad fidem Christi, qui et Legis et Prophetarum finis
tuse. Disperge illos in virtute tua, et destrue eos Do- est, et in omnibus eorum librispræfiguratus ac pro-
mine. » Quod in his usque in hodiernum diem vide- phetatus elucet : aut quia ex ipsis impiis eorum ge-
?
par les douze mille (Apocal. VII, 5) Génération ainsi, ne seraient-ce pas ceux qui, sous un nom

saint Jean qui leur rend ce témoignage :


révélée par la voie de l'ange au bienheureux chrétien, vivent comme les gentils, et auxquels
Sans est réservé le
partage des infidèles, parce qu'ils
taches et exempts de toute souillure humaine, renient par leurs actions, le Dieu qu'ils adorent
ils se mêleront plus entièrement et plus fami- en paroles?

:
lièrement au cortège du roi éternel. C'est de CHAPITRE II.
— Questions sur lesEpitres de
ceux-là qu'il est dit spécialement Ils suivront saint Paul. — 9. Voilà en résumé ce que je
l'Agneau partout où il ira, parce qu'ils ne se voulais vous demander sur les psaumes main- ;
sont pas souillés avec des femmes, car ils sont tenant je vous poserai quelques questions sur
vierges. (Apoc, XIV,4.) l'apôtre saint Paul. Il répète aux Ephésiens ce

:
8. Entreautres passages du LXVIIe psaume, celui qu'il avait déjà dit dans une autre épître, tou-
qui suit me paraît très-obscur « Dieu brisera
les têtes de ses ennemis, qui promènent dans
chant les degrés et les ordres que Dieu a établis
selon la diversité des grâces opérées dans cha-
leurs péchés le sommet de leur cheveux. » cun par le Saint-Esprit. « Le Seigneur a établi,
(Ps. LXVII, 22.) Que signifiaient ces mots, pro- dit saint Paul, les uns comme apôtres, les
mener dans ses péchés le sommet de ses che- autres comme prophètes, ceux-ci comme évan-
veux? Car le psalmiste n'a pas dit « le sommet gélistes, ceux-là comme pasteurs ou docteurs,
de la tête, mais le sommet des cheveux, » or, pour qu'ils travaillentà la perfectiondes saints.»
les cheveux n'ont pas de sentiment. Le pro- (Ephes. IV, 11 et Corint. XII, 28.) Je vous prie
phète veut-il désigner par là un homme rempli a
de m'expliquer la différence qu'il y entre ces
de péchés, car l'Écriture dit: « Tout cœur est noms, la qualité de ces offices et la grâce par-
dans la douleur depuis les pieds jusqu'à la tête» ticulière qui répond à chacun d'eux: quel est le

:
(Isaie 1, 6) ; et un peu plus bas, le psalmiste
ajoute «Afin que la langue de vos chiens se
trempe dans le sang de vos ennemis par lui-
caractère ou l'office particulier des apôtres, des
prophètes, des évangélistes, des pasteurs, des
?
docteurs Car je vois que tous ces noms, quoi-
même. » (Ps. LXVII, 24.) Que veulent dire ces que divers, se rapportent à la même fonction,
?
mots,.par lui-même Faut-il entendre par « ces celle d'enseigner et d'instruire les hommes. Les
chiens» de Dieu,les gentils que le Christ «appelle prophètes que saint Paul place après les
ainsi dans son Évangile » (Math. XV, 26) ? ou apôtres, ne me semblent pas être ceux qui ont
bien ceux qu'on peut appeler et considérer précédé les apôtres selon l'ordre des temps,

neratio ventura est electorum, qui de singulis tribu- forte ipsos canes Dei dicat, qualessestimaripossunt,
bus electi, in duodenis millibus designantur; (Apoc. si qui in nomine Christiano gentiliter vivant, quorum
VII, 5.) quibus ipsa revelatio beati Joannis ex voce pars cum infidelibus ponitur; quia Deum quem ver-
Angeli praenuntiantishoc testimoniumperhibet, quia bis colunt, factis negant ?
comitatui regis æterni familiarius adhserebunt peni- CAPUT II.
— 9. Hæc interim de Psalmis, nunc et
tus immaculati, et humanse conjunctionis expertes? de Apostolo quodcumque proponam. Dicit ad Epre-
De quibus specialiter ait, Sequuntur Agnum quo- sios, quod in alia epistola dixerat de gradibus velor-
cumque ierit, quia cum mulieribus se non coinquina- dinibus dispositionum Dei, operante Spiritu sancto
verunt;virgines enim sunt. (Apoc. XIV, 4.) divisiones gratiarum : « Et quosdam quidem dedit
8. In sexagesimo septimo præter alia illud mihi Apostolos, quosdam autem Prophetas, alios vero
obscurjssimum est quod ait, « Verumtamen Deus Evangelistas, alios autem Pastores et Doctores ad
conquassavit capitainimicorumsuorum,verticem ca- consummationem sanctorum, » (Ephes. IV, II. et
pilli perambulantium in delictis suis; » (Psal. LXVII, Cor. XII, 28.) etreliqua. Hoc opto distinguas mihi

? ;
,
22.) quid sit verticem capilli perambulare in delic- in hac diversitate nominum, quse sit cuique nomini
tis? Non enim dixit, Verticem capitis, sed, verticem officiorum vel. gratiarum proprietas : quid proprium
capilli, qui sine sensu est. An repletum peccatis ho- sit Apostolorum, quid Prophetarum quid Evange-
minem vult ostendere Scriptum est Omne cor in listarum, quidPastorum, quidve Doctorum. In om-
dolore a pedibus usque ad caput. (Isaiæ 1, 6.) Et nibus enim his diversis nominibus simile etprope
paulo infra quod ait, « Lingua canum tuorum ex unum doctrinæ officium video fuisse tractatum. Hos
inimicis ab ipso. » (Ps. LXVII, 24.) A quo ipso? Et autem Prophetas, quos post Apostolos posuit, non
numquid canes Dei dici possunt gentiles, quos ipse puto illos esse, qui ordine temporum ante Apostolos
in Evangelio canes nominat ? (Matt. xv, 26.) Aut ne fuerunt; sed illos, quibus jam subApostolusppr
mais ceux qui, sous les apôtres mêmes, avaient la doctrine des gentils à la foi catholique,
reçu la grâce d'interpréter les saintes Écritures, comme si les gentils n'auraient pu croire si les
de pénétrer dans les cœurs ou de prédire l'a- Juifs n'avaient pas été incrédules, ou comme si
venir, comme Agabus qui prédit une famine Dieu, créateur commun de tous, qui veut le saT
prochaine, et ce que le bienheureux Paul devait lut de tous les hommes et les faire parvenir à la
souffrir à Jérusalem. Agabus ne l'annonça pas connaissance de la vérité (I. Timot. II, 4),n'avait
seulement par des paroles, mais le fit voir en se pu gagner à lui les uns et les autres, si ce n'est
liant les pieds et les mains avec la ceinture de en acquérant ceux-ci au détriment de ceux-là?
Paul lui-même. (Act.XXI, 11.) Je voudrais aussi Ensuite comment les mêmes hommes haïs à
savoir quelle différence spéciale il y a entre cause de nous, peuvent-ils être chéris à cause
pasteurs et docteurs, car on a coutume de don- de leurs pères. S'ils sont chéris, d'où vient
ner indifféremment ce nom à tous ceux qui qu'ils ne croient pas, et comment persistent-ils
sont préposés à l'administration de l'Église. ?
à être ennemis de Dieu « J'ai haï, dit Dieu à

:
10. Expliquez-moi aussi ces paroles de saint
Paul à Timothée « Je vous conjure donc avant
toutes choses, que l'on fasse des supplications,
son Fils par son prophète, j'ai haï tous ceux
qui vous haïssaient, ô Dieu ! vos ennemis me
font sécher de douleur et je les hais d'une haine
des prières, des demandes, des actions de parfaite. » (Ps. CXXXVIII, 21.) Car c'est le Père,
grâces pour tous les hommes.» (I. Timot. II, 1.) à mon avis, qui parle ainsi à son Fils dans le
Quelle différence faut-il faire entre ces diffé- même psaume où plus haut il avait dit de ceux
rents mots, car tout ce qu'il prescrit de faire qui croient: « Vos amis, ô Dieu !ont été en
concerne en général la prière. honneur devant moi, et leur puissance s'est af-
11. Je vous demande et je vous prie égale- fermie » (Ps. CXXXVIII, 17). A quoi donc leur
ment de m'expliquer ce qu'il dit aux Romains, sert pour le salut qui s'obtient seulement par la
car j'avoue que je ne vois nullement quelle est foi et la grâce de Jésus-Christ, d'être chers à
la pensée de l'Apôtre, quand il dit des Juifs : Dieu à cause delà foi de leurs pères? Quel
« Quant à l'Évangile, ils sont maintenant haïs avantage y a-t-il pour eux à être chéris, quand
de Dieu à cause de vous, mais quant à l'élec- ils doivent être condamnés pour s'être séparés
tion, ils lui sont chers à cause de leurs pères. » de la foi de leurs prophètes, de leurs pa-
(Rom. XI, 2.) Comment les mêmes peuvent-ils triarches, de leurs pères, et s'être rendus ainsi
être haïs à cause de nous, qui avons passé de par leur infidélité, ennemis de l'Évangile de
gratiam donabatur, aut interpretatio Scripturarum credere, nisi Judæi non credidissent; aut ipse unus
et inspectio mentium, aut prsedictio temporis secu- omnium creator Deus, qui omnes homines salvos
turi; ut Agabus cernebat, qui et famem instantem
prsedixit, et quæ beatus Paulus in Hierosolymis pas-
surus esset, et verbo denuntiavit, et signo zonæ ejus
ostendit. (Act.XXI, II.) Inter Pastores specialiter
11,4.) capax non fuerit adquisitionis utriusque
alterum pro altero possideret : deinde carissimi
,
fieri vult, et ad agnitionem veritatis venire, (I. Tim.
nisi

propter patres? Si carissimi, quomodo aut unde non

10. Item quod ait ad Timotheum ,


et Doctores quid intersit dinoscere volo, quia præ-
positis Ecclesise utrumque nomen adscribi solet.
cc Obsecro igi-
tur primum omnium fieri obsecrationes, orationes,
postulationes, gratiarum actiones pro omnibus ho-
credant, et inimici Deo esse persistant? Nonne , in-
quit, qui oderantte Deus, oderam illos, et super ini-
micos tuos tabescebam ; perfecto odio oderam illos?
(Ps. CXXXVIII, 21.) Certe hocputo paterna vox loqui-
tur ad Filium per Prophetam in eodem Psalmo , ubi
minibus, » (I. Tim. II, 1.) quæso exponasmihi,quod supra de parte credentium dixerat : Mihi autem ni-
discrimen sit in hac diversitate verborum, cum om- mis honorificati sunt amici tui Deus, nimis confor-
nia mihi, quæ gerenda dixit, orationis officio con- tatus est principatus eorum. (Ps. CXXXVIlI, 17.)Quid
venire videantur. autem illis prodest ad salutem, quæ non nisi per fi-
;
11. Item quod ad Romanos ait, interrogo etrogo
ut edisseras mihi multum enim cæcutire me fateor
,
in hac Apostoli sententia de Judaeis quod ait
« Se-
dem et gratiam Christi capitur, si propter fidem pa-
?
trum carissimi Deo sint cui bono diliguntur quos
necesse est propter hoc damnari, quod propter suam
cundum Evangelium quideminimici propter vos; se-

,
cundum electionemautem carissimi propter patres :
quomodo iidem et inimici propter nos qui credidi-
»
infidelitatem a Proplietarum et Patriarcharum pa-
rentum fide discrepantes, inimici sunt Evangelio
Christi? Si ergo carissimi Deo, quomodo peribunt?
mus ex gentibus, tamquam non potuerint gentes et si non credunt, quomodo non peribunt ? Si propter
Jésus-Christ? S'ils sont chers à Dieu, comment et l'erreur dans les cœurs disposés à croire le
périront-ils ? S'ils ne croient pas, comment mal; ce sont ceux-là qui ne se tiennent
?
peuvent-ils ne pas périr S'ils sont chéris à chef, c'est-à-dire à Jésus-Christ
pas au
source de la
cause de leurs pères sans aucun mérite de leur vérité, et à la doctrine duquel on ne peut s'op-
part, comment ne seront-ils pas sauvés en con- poser sans folie. « Voilà les aveugles qui
con-
sidération de leurs pères? Mais le prophète ne duisent d'autres aveugles, » (Math.XV. 14) et
dit-il pas que quand bien même Noé, Daniel et dont il a été dit :
« Ils m'ont abandonné, moi,
Job seraient au milieu d'eux, ils ne sauveront qui suis la fontaine d'eau vive, et ils
se sont
pas des fils impies, et qu'eux seuls seront sau- creusé des citernes qui ne retiennentpas l'eau.»
vés. (Ezech. XIV, 14.) (Jerem. 11, 15.)
12. Voici encore un autre passage plus obscur,
:
13. Après cela saint Paul ajoute dans le cha-
veuillez me l'expliquer. Je ne comprends nulle- pitre suivant « Ne mangez pas, ne goûtez pas

l'épître qui leur adresse :


ment ce que l'Apôtre dit aux Colossiens dans de ces choses, n'y touchez même pas, elles don-
« Que nul ne vous
nent la mort, parce qu'elles sont selon les pré-
séduise, en affectant de marcher dans l'humilité ceptes et les enseignements des hommes elles;
et la religion des anges, en se mêlant des choses n'ont que l'apparence de la sagesse par une
qu'il ne sait pas, vainement enflé de sa prudence fausse piété et une humilité affectée, laquelle
»
charnelle, et ne tenant pas au chef. (Colos. II, ne ménage pas les corps et n'apporte pas d'hon-
16.) De quels anges parle-t-il ? Si c'est des neur en rassasiant la chair. »
(Colos. II, 21.)
mauvais anges ou de ceux qui sont nos enne- Quelles sont donc ces choses dans lesquelles le
mis, quelle est leur religion, quelle est leur maître de la vérité atteste qu'il y a de la sagesse,
humilité, quel est ce maître de séduction qui, et dit pourtant qu'elles ne sont pas conformes à
?
lique, veut apprendre aux autres comme cho- mes dont il dit à Timothée :
sous prétexte de je ne sais quelle religion angé- la vérité de la religion Parle-t-il de ces hom-
« Ils ont l'appa-
ses vues et avérées, ce qu'il n'a jamais vu ? Ce rence de la piété, mais ils en renient la vertu.»
sont sans doute les hérétiques qui suivent et (II Timot. III, 5.) Je vous prie donc de m'expli-
professent les doctrines des démons et qui, quer, mot à mot, les deux passages de l'épître
sous l'inspiration de l'esprit de Satan, débi- aux Colossiens; car l'Apôtre me paraît y avoir
tent comme quelque chose qu'ils ont vu, ces confondu des choses louables, avec des choses
vains fantômes de leur imagination, semant dignes d'exécration. En effet, quoi de plus di-
ainsi par leurs discours empoisonnés, le mal gne de louanges que la raison de la sagesse ;
patres sine suo merito diliguntur, quomodo et prop- tur, insanum est. Et hi cæci duces cæcornm, (Malt.
ter patres non salvabuntur, sed etsifuerint Noë, Da- xv, 14.) de quibus dici puto : Me dereliquerunt fon-
niel, et Job in medio eorum, filios impios non salva- tem aquæ vivæ, et foderunt sibi lacus contritos , qui
bunt, soli salvi erunt? (Ezech. XIV, 14.) non tenent aquam. (Jer. II, 13.)
12. Adhuc aliud obscurius mihi erue de profundo, 13. Deinde in subsequenti capite adjecit, « Ne teti-
et invadum profer. In epistola Colossensium omnino geritis, neque gustaveritis, neque contrectaveritis,
intelligere non possum, quod ait : «Nemo vos sedu- quæsuntomnia in interitum ipso usu secundum præ-
cat, volens in humilitate et religione angelorum, cepta et doctrinas hominum, rationem quidem ha-

:
quæ non vidit, ambulans, frustra inflatus sensu car-
nis suæ, et nontenens caput » (Col. II, 16.) de qui-
bus angelis dicit ? si de inimicis et malis, quæ illo-
bentia sapientiæ in superstitione et Immilitate, ad
non parcendum corpori, non in honore aliquo ad sa-
turitatem carnis. (Col. II, 21.) » Quæ suntista, qui-
rum religio, aut quæ humilitas, et quis sit magister bus et rationem sapientiæ inesse testatur magister
seductionis hujus, qui per obtentum nescio cujusan- veritatis, et tamen ipsam veritatem religionis inesse
gelicæ religionis, quasi visa et comperta doceat quae abnegat ? Anne forte de talibus loquitur, de quibus
non vidit?Sine dubio hæretici, qui doctrinas dæmo- ad Timotheum dicit:Habentes autem speciem pieta-
niorum et sequuntur et promunt, conceptis ab eorum tis, virtutem ejus abnegantes? (II. Tim. III, 5.) Rogo
spiritu adinventionibus, quæ non viderunt phantas- ergo specialiter hæc capitula duo de Colossensium
mata, quasi visafingentes, etpestiferis disputationi- epistola per singula mihi verba dissolvas, quia lau-
bus in corda male credula seminantes, (I. Tim. IV, dabilibus exsecranda permiscuit. Quid est enim tam
1.) hi sunt qui non tenent caput, id est Cbristum laudabile, quam ratio sapientiæ, et quid tam exse-
fontem veritatis, cujus doctrinæ quidquid adversa- crabile, quam superstitio erroris? Humilitas quoque
quoi de plus exécrable que la superstition de exerçantdes œuvresfaciles en apparence et non
?
l'erreur L'humilité qui plaît à Dieu et qui est avec la foi de la vérité, n'en retirent ni profit ni
surtout digne de louanges, quand elle accom- honneur, parce qu'ils n'accomplissent en effet,
pagne la vraie religion, est ainsi que la raison qu'une-œuvred'erreur et de perversité,tout ense
de la sagesse, assimilée aux doctrines et aux transformant en ministres de justice. Mais quand

:
actes de ceux dont il dit, comme d'une nourri- saint Paul, après avoir dit « quelles n'apportent
ture impure « N'en mangez pas, n'y touchez aucun honneur, » ajoute: « En rassasiant la
pas, ce sont des choses qui donnent la mort. » chair, » il dit, me semble-t-il, quelque chose de
(Coloss. II, 21), parce qu'elles ne viennent pas contraire à ce qu'il avait avancé, «elles n'épar-
de Dieu, « et tout ce qui ne vient pas de la foi gnent pas le corps.» En effet, il n'épargne pas son

les conseils des sages qui sont des insensés selon ces paroles de l'Apôtre
devant lui, » parce qu'ils n'ont que la prudence corps et le réduis en servitude.

est péché.» (Rom. XIV, 23.) «Mais Dieu a dissipé corps, celui qui dompte la chair par les jeûnes,
« Je châtie mon
(I. Corint.
de la chair qui ne saurait être soumise à la loi VIII, 27.) Or, agir ainsi, ce n'estpas rassasier la
de Dieu. (Ps. XXXII, 10 et Rom. VIII, 7.) Dieu sait chair. Mais peut-être l'Apôtre veut dire que
les pensées des hommes et en connaît la vanité rassasier sa chair, chose honteuse - pour des
(Ps. XCIII, 11). Je demande donc quelle humi- hommes qui prétendent observer les préceptes
lité, quelle raison de sagesse l'Apôtre peut re- de la religion, c'est ne pas épargner son corps
connaître dans des superstitions venant de la (I Thess. IV, 4) dans le sens de ce précepte
doctrine des hommes, et comment il faut enten- d'honnêteté et de convenance que saint Paul
:
dre ce qu'il dit « Parce que ces choses n'épar- donne ailleurs, savoir, que chacun doit appren-
gnentpoint le corps, mais n'apportent pas d'hon- dre à posséder honnêtement le vase de son
»
neur en rassasiant la chair. (Coloss. II, 23.) corps, pour l'offrir à Dieu comme une hostie
Je comprends très-difficilement cela, car il me vivante et agréable (Rom. XII, 1), ce qui est
semble qu'il y a une distinction bien importante bien opposé au soin de rassasier sa chair, car
à établir dans ce passage. Je crois, eneffet, que l'embonpoint tue la sobriété de l'âme, et est
:
lorsqu'il dit «Ces choses n'épargnent point ennemi de la chasteté.
le corps,» il veut parler de cette fausse et stérile CHAPITRE III. —14. Questions sur l'Evangile. Il
abstinence que les hérétiques ont coutume d'af- me reste encore à soumettre à votre sainteté
:
fecter, et que quand il dit « Elles n'apportent quelques difficultés sur l'Evangile, mais non
aucun honneur, » il veut parler de ceux qui toutes celles qui se présentent à l'esprit d'un

et Deo placita, et maxime in vera religione laudabi- tes, nullius gloriæ honore vel fructu agunt, quod in

:
lis, cum ratione sapientiæ ipsis datur, de quorum
doctrinis et actibus dicitur nobis « Ne tetigeritis,
neque gustaveritis, quæ sunt in interitum, » (Col.
magna erroris perversi reprehensione Gonficiullt,
;
transfigurantes se in ministros justitise. Sed quod
adjecit : « ad saturitatem carnis » contrarium mihi
II, 21.) quia non sunt ex Deo : et omne quod non est videtur illi quod dicit: « ad non parcendum corpori» :
ex fide, peccatum est. (Rom. XIV, 23.) Deus autem
dissipavit consilia sapientium, qui Deo stulti sunt
per prudentiam carnis, quse non potest legi Dei esse
:
videtur enim mihi ille non parcere corpori, qui car-
nem jejuniis domat, sicutApostolus dicit Lividum
facio corpus meum, et in servitutem redigo (I. Cor.
subjecta. (Psal. XXXII, 10. Rom., VIII, 7.) Scit enim
cogitationes hominum, quoniam vanæ sunt. (Psal.
:
IX, 27.) a quo opere saturitas carnis aliena est nisi
forte et ipsam saturandæ carnis curam, quee maxime
XCIII, 11.) Qualemhumilitatem,qualemquerationem observantiam religionis praetendentibus probrosa est,
sapientise superstitioniex hominum doctrinis venienti non parcere corpori dixit, (I. Thess.IV, 4.) secundum
inesse dicat, requiro. Et quod ait : « ad non parcen- illud honestatis præceptum, quod alibi dicit, ut unus-
dum corpori, non in honore aliquo ad saiuritatem
carnis. (Col. II, 23.) » Prorsus hæc parum intelligo,
quia in eadem sententia magna mihi videtur esse
hostiam vivam,
quisque suum vas honorifice possidere noverit, ut
placentem Deo suum corpus exhi-
beat; (Rom. XII, 1.) non in saturitatem carnis , quia
discretio : arbitror enim eum de abstinentia quali- distensio corporis animæsobrietatem necat, et ini-
:
bet ficta vel inutili, qualis solet ab hsereticis affec-
tari, hoc dicere « ad non parcendum corpori :
quod autem adjecit : « non in honore aliquo » quia
»
mica est castitati.
CAPUT III. — 14. Restat ut aliquid et de evange-
licis locis suggeram beatitudini tuæ : non quidem
,
sancti operis speciem non in fide veritatis exercen-
,
quanta legenti per otium occurrere solent (nec enim
homme qui aurait beaucoup de temps à don- raison le Christ après sa résurrection n'a pas
ner à cette lecture. Pour moi, je n'ai pas pré- été d'abord reconnu, et ensuite l'a été soit par
sentement le loisir d'en chercher dans les livres, les femmes qui vinrent les premières à son tom-
ni de me rappeler celles qui m'ont embarrassé. beau, soit par les deux disciples qui allaient à
Je me contenterai de vous en exposer quelques- Emmaüs et ensuite par les autres disciples?
unes qui me viennent dans l'esprit, en dictant (Luc XXIV, 30.) Cependant il est ressuscité avec
cette lettre. Si vous avez conservé parmi vos le même corps dans lequel il avait souffert. Son
manuscrits copie de la lettre bien courte, mais corps n'avait-il donc pas conservé la même
pleine d'enseignement sur la foi concernant la forme qu'il avait précédemment Si c'était tou-
résurrection du Seigneur, et que vous m'avez jours la même, comment se fait-il qu'elle n'ait
?
envoyée en réponse à celle où je vous consul- pas été reconnue par ceux qui l'avaient vu si
tais pour la seconde fois, pendant votre hiver à souvent? Je crois que ce n'est pas sans mystère
Carthage : je vous prie de me l'envoyer ou de qu'il n'a pas été reconnu sur le chemin d'Emmaüs
m'en retracer la substance, ce qui vous sera par ceux auxquels il s'est révélé dans lafraction
facile. Si le manuscrit n'en existe plus, car vous du pain. Cependant j'aime mieux en cela m'en
aurez peut-être dédaigné de ranger parmi vos rapporter à votre sentiment qu'au mien.
autres ouvragesJ une lettre si courte écrite à la 16. Jésus dit à Marie :
« Ne me touchez pas,
hâte, tirez du trésor de votre cœur, une nou- car je ne suis pas encore monté vers mon Père. »
velle lettre dans le même sens, et envoyez-la (Jean xx, 17.) Mais s'il ne lui était pas permis
moi avec les autres réponses que j'attends de de le toucher quand il était devant elle, comment
vous, et qui sont, par la grâce de Jésus-Christ, l'aurait-elle pu lorsqu'il serait remonté vers son
entre vous et moi une douce communication, Père, à moins que cela ne puisse se faire par
qui fera fructifier en moi votre travail sur ces les progrès de la foi et par l'élévation de l'âme,
passages des Saintes-Ecritures. Je les soumets qui rapproche ou éloigne plus ou moins Dieu

; ?
à votre lumière, vous qui voyez comme par de l'homme Marie avait douté du Christ qu'elle
l'œil de Dieu j'entendrai ainsi ce que Dieu avait pris pour un jardinier, et c'est sans doute
vous dira, ou ce qu'il me dira par votre bou- pour cela qu'elle a mérité que Jésus lui dit :
che. « Ne me touchez pas. »
Elle n'avait pas été
15. Expliquez-moi comment et pour quelle jugée digne de toucher de sa main le Christ que

nunc vacabit dispersa per libros quærere, aut in re- 15. Hoc autem rogo lucere mihi facias, quomodo
miniscences memoriam ventilare) sed vel pauca, quæ vel qua ratione Dominus post resurrectionem vel
ad horam dictationis hujus in mentem veniunt, scis-
citabor. De resurrectionis forma non grandem, sed ,
mulieribus, quæ primæ ad sepulchrum venerunt, vel
postea illis duobus in via deinde Discipulis suis, et

,
plenam fidei instructione epistolam, qua secundæ
consultationi meæ dum Carthagini (a) hyemares,
rescripseras, si habes relatam in schedis, rogo ut
non agnitus sit, et agnitus. (Lucœ XXIV, 30.) In eo-
dem enim corpore resurrexit, in quo et passus est.
Et quomodo non eadem eratejusdem corporis forma
mittas,aut certe retexas eam mihi, quod tibi facile quæ fuerat; aut si eadem erat, quomodo non agnos-
est. Nam et si scripta non exstat, quia forte brevis cebatur ab his, qui eam noverant ? Illud vero sacra-
epistola, ut tumultuaria tibi inter libros tuos haberi
spreta sit, renova eam mihi eodem sensu promptam
de thesauro cordis tui, et mitte ad me inter alia res-
,
menti esse credo, quod qui in via ambulantibus
non fuerat agnitus in fractione panis revelatus est.
Idipsum tamen tuo sensu volo tenere, non meo.
ponsa, quæ reddes mihi, ut spero, præstante mihi 16. Et quod ad Mariam ait, (Qucestio de Joan. xx,

,te
ac tibi commeatum dierum Christo, ut ea, quo labor
tuus in me fructificet, accipiam secundum hæc ca-
pitula Scripturarum, de quibus qui vides quasi per
17.) « Noli me
trem :
tangere, nondumenim ascendi
Si cominus stantem non sinebatur adtin-
gere, quomodo eum tangeret cum adscendisset ad
adPa-

Deuminterrogavi, ut audiam quid in te vel ex te mihi Patrem, nisi forte fidei profectu et mentis adscensu,
loquatur Deus. qua Deus homini fit longinquus aut proximus: et illa
(a) Mss. quindecimhabent, exhyemarem. Alii cum editis, hyemarem. Sed credimus legendum, hyemares. Quippe ad hanc
Paulini petitionem respondens Auguslinus in epist. 149, n. 2 scribit : Simul etiam miseram, sicutjusseras, et lllius epislolæ
exemplum, quamtuaecarilati apudCarlhaginem de :
corporum resurrectione rescripseram, ubi de usu membrorumlliexortaserit,
erat qnaesLio, quibus verhis desiguare videtur epistolem 95, in qua n. 7, de membrerum officiis por-l onrrec.loneth
quee epistola ad Paulinum in Italia commorantem scripta est circiter fmem an. 408.
sa foi n'avait pas, encore embrassé,
et qu'elle
n'avait pas reconnu comme Dieu, puisqu'elle
;
au monde et la lance qui perça sur la croix le
Fils qu'elle avait enfanté selon la chair, trans-
avaitrpris pour un jardinier celui dont quelques perça-t-elle aussi le cœur de la mère? Je vois en
:
instants' avantun ange lui avait dit «Pourquoi
cherchez-vous parmi les morts celui qui est
vivant?» (ZMCXXIV, 6.) «' Ne me touchez donc
de Joseph:
effet dans les psaumes qu'il a été dit également
« Ils l'humilièrent par des chaînes
mises à ses pieds, et son âme fut transpercée
pas, parce que pour vous, je ne
suis pas encore par le fer.» (Ps. civ, 18.) Comme dans l'Evan-
monté vers mon Père » vous qui me prenez :
gile Siméon a dit « Un glaive transpercera
pour un homme. Vous me toucherez lorsque votre âme. » Il ne dit pas « votre chair, mais
parla foi vous vous serez élevée jusqu'à me votre «âme,» parce que l'âme est le siège de la
connaître. tendresse, de l'affection, et l'aiguillon de la dou-
17. Expliquez-moi aussi ce que vous pensez leur agit sur l'âme comme un glaive, soit quand
des paroles du bienheureux Siméon, pour que on est outragé dans son corps comme Joseph,
je suive votre avis. Lorsque, poussé par le qui n'eut pas à souffrir la mort, mais la souf-
Saint-Esprit, fut-il venu dans le temple pour voir france des inj ures et de l'ignominie et qui fut
le Christ, selon la promesse que Dieu lui avait vendu comme esclave, enchaîné comme crimi-

:
faite, il prit l'Enfant Jésus dans ses bras, le
bénit"et dit à Marie « Voici celui qui est établi
pour la ruine et la résurrection de beaucoup
nel et enfermé dans une prison, soit quand on
est torturé par la tristesse et la douleur d'une
affection intime, comme il arriva à Marie. Un
dans Israël, et comme un signe de contradiction, sentiment d'amour maternel l'avait conduite au
et un glaive percera la votre âme, afin que les pied de la croix, où elle ne voyait alors que
pensées cachées au fond des cœurs d'un grand l'enfant de sa chair. Aussi quand elle le vit
»
nombre soient manifestées. (Luc. 11, 34.) Faut-il mort, elle le pleura par un mouvement de
croire queSiméon aitprophétisé quelque passion tendresse humaine, et s'occupa du soin de la
de Marie, qui n'aurait été rapportée nulle part? sépulture, sans songer à sa résurrection, car la
ou faut-il entendrepar là cette douleur de douleur des maux qu'elle lui avait vu souffrir-au
mère dont ses entrailles maternelles furentper- Calvaire," semblait obscurcir en elle la foi de ce
-
cées comme d'un glaive, lorsque plus tard, au qui devait bientôt la remplir d'admiration.' Ce-
pied de la croix où son fils était attaché, elle pendant lorsque le Seigneur la vit au pied de
assista à la passion de celui qu'elle avait mis sa croix, il la consola, non avec la faiblesse qui

dubitaverit de Christo, quemhortulanum putaverat; assistens cruci, qua hoc erat fixum, quod ipsa pepe-
ideo fortassis audire meruit, « Noli me tangere.»
Indigna enim judicabatur ut tangeret manu Chris-
rerat, maternorum viscerum dolore confixa est et
animam illius, ilia quse ejussecundum carnem filium
:
tum, quem necdum fide apprehenderat, nec intel- ipsa spectante confoderat, crucis rhomphsea pene-

:
lexerat Deum, cum hortulanum putasset, de quo
paulo ante ab Angelis audierat Quid queeritis vi- :
trabat. Video enim et in Psalmis de Joseph ita dic-
tum esse Humiliaverunt in compedibus pedesejus,

tangere ,
ventem cum mortuis? (Lue. XXIV, 6.) « Noli ergo me
quia tibi nondum ascendi ad Patrem, »
cui adhuc tantum homo videor : postea me tanges,
:
ferrum pertransiit animam ejus, (Psal.- civ, 18.) si-
cut in Evangelio dixit Simeon « Et tuam ipsius ani-
mam pertransibitgladius. « [Luc. 11,35.) Non ait, car-
cum ed agnoscendum me credendo conscenderis. nem, sed animam, in qua pietatis affeotio continetur,
:
17. De illis etiam beatissimi Simeonis verbis quid
sentias, edissere mihi, ut sequar sensum tuum qui- ;
et doloris aculeus quasi gladius operatur, cum aut
aliqua carnis suæ injuriaafficitur ut Joseph, qui non

:
bus cum ad videndum exoraculo Dei Christumagente
Spirituvenisset in templum, et acceptum sinu bene- ,
mortis, sedinjuriarum pertulit passiones, in servum
venditus, et in reum vinculatus et carceri datus :
dixisset infantem Dominum ait ad Mariam « Ecce
hic positus est in ruinam et, resurrectionem multo-
rum in Israel, et in signum cui contradicetur : et
;
ciatur ut in Maria,
aut cum affectionis internse tristitia' vel dolore cru-
quam' utique' ad crucem Do
mini, in quo tune sui tantum corporis filium cogita-
-
tuam ipsius animam pertransibit gladius, ut revelen- bat, materna mensduxerat, ut cum eum vidisset
tur multorum cordium cogitationes. » (Lue. 11, 34.) mortuum, humana infirmitate lugeret, sepeliendum-
Numquid de passione Marise, quse nusquam scripta que colligeret, nihil sibi de. ipsius resurrectioneprse-
est, hoc prophetasse credendus est? Anvero dema- sumens, quia subsecuturcc admirationisfidem in ocu-
terno ejus affectu, quo postea in tempore passionis lis posita passionis poena ceecabat. Quamviseamdem
troubJe et agite les mourants, mais avec la con- donnant à sa mère un nouveau fils pour le rem-
fiance de celui qui sait, qu'il tient sous sa puis- placer, un fils que pour ainsi dire il venait
sance la mort qu'il subit volontairement, qui d'engendrer, il nous a fait voir qu'à l'exception
jouit encore de toute la plénitude de la vie, et de lui-même qui était né du sein de cette vier-

:
qui est certain de sa résurrection. Du haut de ge, Marie n'avait pas eù et ne pouvait pas avoir
la croix, il dit donc à Marie «Femme, voilà d'autre fils que lui. Le Seigneur n'aurait pas
votre fils, » et à saint Jean qui était près d'elle :
pris tant de soins pour la consoler, s'il n'avait
«Yoilà votre mère. » (Jean XIX 26.) Au moment, pas été son fils unique.
où de la faiblesse humaine qu'il avait reçue 18. Mais revenons aux paroles de Siméon
dans le sein d'une femme, et de la mort qu'il auxquelles j'avoue ne rien comprendre « Une
avait subie sur la croix, il allait passer dans flêche, dit-il, ou un glaive transpercera votre
:
l'éternité de Dieu, pour partager la gloire de son âme, pour que les pensées de beaucoup de cœurs
Père, il délégua à un homme les droits de la soient révélées. »
(Lucn,35.) En prenant ces
piété filiale, et parmi ses disciples il choisit le paroles à la lettre, elles sont pour moi inintelli-
plus jeune, car il convenait de confier une mère gibles. Nous ne lisons nulle part en effet, que la
vierge à un apôtre vierge. Il nous donnait ainsi bienheureuse Marie ait été tuée. On ne peut
deux grands enseignements. Dans le premier, donc pas croire que ce saint homme ait voulu

:
il nous donne l'exemple de la piété filiale, en parler d'un glaive matériel en prophétisant la
montrant toute sa sollicitude pour sa mère, passion de la vierge; mais il ajoute «Afin que

;
dont il va se séparer par le corps, et non par les pensées de beaucoup de cœurs soient révé-
la tendresse et les soins mais que dis-je par le lées.)) David dit que Dieu sonde les reins et les
corps, puisque celui qu'elle voyait mourant, elle cœurs (Ps. vu, 10). L'Apôtre, en parlant duju-
:
allait et bientôt, le voir rendu glorieusement à gement dernier dit « Alors Dieu manifestera ce
?
la vie Le second enseignement, que dans les qui est caché dans les ténèbres et découvrira
desseins secrets de sa miséricorde, le Christ les plus seerètes pensées des cœurs.(I.Corwit. iv,
nous donne par ce saint et salutaire exemple de 5.) Le même apôtre appelle «la parole de Dieu
la piété filiale appartient à la foi de tous. En un glaive spirituel» (Eph. VI, 17), et la range
effet, en donnant Marie pour mère à un autre parmi ces armes célestes dont nous devons être
qu'il charge de la consoler à sa place, et en armés intérieurement. Dans l'épître aux Hé-

, :
adstantem cruci suæ Dominus non morientis infirmi- sim novum filium vice corporis sui traderet, imo,
tate trepidans consolatus sit, sed ipsam qua obibat utita dixerim, gigneret quoostenderet earn prseter

viventis, et constantia resurrecturi de cruce admo- filium, nec habere ;


volens, in potestate habens mortem. plena virtute se, qui ex ea virgine natus esset, nec habuisse
quia nec Salvator tantopere
net, dicens de beato Apostolo Joanne, Mulier ecce curam (a) de solatio habuisset ejus, si illi unicus
filius tuus : itemque illi ibidem consistenti, Ecce ma- non fuisset.
ter tua. (Joan. XIX, 26.) Jam scilicet ab humana 18. Sed redeamus ad verba Simeonis, in quorum
fragilitate, qua eratnatusex femina, per crucis mor- clausula intellectum meum caligare fateor. « Et
tem demigrans in seternitatemDei, ut esset in gloria tuam, ))
inquit, « animam pertransibit framea » vel
Dei Patris, delegat homini jura pietatis humanse, et « gladius, ut revelentur multorum cordium cogitatio-
ex Discipulis suis adolescentiorem eligit, ut conve- nes. » (Luc. II, 35.) Secundum litteram hoc mihi
nienter assignet virgini Apostolo virginem matrem : penitus obscurum est, quia nec Mariam beatissimam
duo pariter in eadem sententia docens, formam pie- usquam legimus occisam, ut de corporali gladio

;
tatis relinquens nobis, cum est de matre sollicitus,ut sanctus ille ei futuram passionem prophetasse vi-
quam relinquebat corpore, non relinqueret cura sed deatur. Sed et quod subjecit, «Ut revelentur multo-
:
nec corpore relicturus, quia quem videbat morien- rum cordium cogitationes. » (Lue. II,
35.) Scrutans
tem, mox erat visura redivivum et illud quod ad enim, inquit, corda et renes Deus. (Psal. vn, 10.)
fidem omnium pertineret, salutiferum pietatis suæ Et de futuro judicio Apostolus ait, quia tunc mani-
sacramentum arcana divini ratione conailii sub hac festabit Deus operta cordium et occultatenebrarum.
voce consignans, ut alii matrem delegaret pro matre (I. Cor. IV, 5.) Itidem Apostolus,
spiritualiter expri-
habendam, et vice sua consolandam, atque illi vicis- mens arma celestia, quibus in interiori nostro de-

(a) Bad. Am. Er. etaliquotMss. curam desolaLionis ejus habuisset


breux, il dit que la parole de Dieu est « vivante révélation des pensées cachées dans le cœur de
et efficace et plus perçante qu'un glaive à deux beaucoup)), ou comment son âme percée soit
tranchants, et qu'elle pénètre jusque dans les par un fer matériel,soit parle glaive spirituel de r
replis de l'âme et de l'esprit.»(Hebr. IV, 12.) la parole de Dieu, a pu opérer la révélation des
Faut-il donc s'étonner que cette parole divine pensées d'un grand nombre Expliquez-moi
qui brûle et enflamme, et le double tranchant donc particulièrement les dernières paroles de
?
de ce glaive pénétrant, aient transpercé autre- Siméon, car je ne doute pas qu'elles ne soient
fois l'âme de Joseph et ensuite celle de Marie ?
claires pour une âme aussi sainte que la vôtre,
Car nous ne savons pas que le corps de l'un ni vous qui, par la pureté de votre œil intérieur,
de l'autre ait jamais été transpercé par le fer. avez mérité d'être éclairé par les lumières du
Mais, pour mieux faire voir que le prophète a Saint-Esprit, par la grâce duquel il vous est
employé le mot fer pour exprimer le glaive de permis de pénétrer dans les mystères de Dieu.

«La parole du Seigneur l'embrasa (Ps. civ, moi sa miséricorde ;


la parole, il ajoute dans le verset suivant: Que ce Dieu, par vos prières, laisse tomber sur
» qu'il fasse briller son vi-
18), car la parole de Dieu est une épée et un sage sur moi par le flambeau de votre parole,
;
feu comme le
:
Verbe de Dieu, en parlant de vénérable Seigneur, bienheureux frère en Jésus-
lui-même, dit « Je suis venu apporter le feu Christ, mon maître dans la vérité de la foi,

:
sur la terre, je ne veux autre chose sinon qu'il mon soutien et ma force dans les entrailles de
s'allume. » (Luc XII, 49.) Il dit ailleurs « Je ne la charité (1).
suis pas venu pour apporter la paix, mais le
glaive. » (Math. x, 34.) Vous voyez que par les
différents noms de fer et de glaive, il désigne
une même chose, la vertu et la force de sa doc-
trine. Il s'agit donc seulement d'épées et de
glaives spirituels, autrement, comment trouve-
rait-on des épées et des glaives dans la passion
et la tribulationde Marie? Je voudrais savoir
aussi quel rapport peut avoir avec Marie, «la

(1) La réponse à cette lettre est la lettre 149e.

beamus armari, gladium spiritus dicit verbum Dei


(Eph. vi, 17.) de quo ad Hebræos ait, Vivus est
: perstaret? Itaque hoc scire cupio, quid ad Mariam
pertineret, ut revelarentur multorum cordium cogi-
sermo Dei et efficax, et penetrabilior omni gladio tationes : aut ubi apparuit, quia ex co quod animam
ancipiti; (Hebr. iv, 12.) pertingens (inquit) usque ad ej us, sive carnalis in ferro, sive spiritualis gladius
divisionem animse et spiritus; et reliqua quee nosti. in verbo Dei pertransivit, exinde multorum cordium
Quid ergo mirum, si istius verbi ignita vis, et anci- cogitationes revelatse sunt. Expone ergo hanc maxi-
pitisgladii penetrabilior acies, et sancti Joseph olim, me de verbis Simeonis clausulam mihi; quia lucere
et postea beatse Marise animam pertransivit Nam ? non dubito sanctse animæ tuæ, quae de interioris
neque in illius neque in hujus corpore ferrum tran- oculi puritate meruit illuminationem Spiritus sancti,
sisse cognovimus. Atque ut magis pateat ibi Pro- per quem scrutari et inspicere possit etiam alta Dei.
phetam ferrum pro verbi gladio posuisse, statim Deus misereatur mei per orationes tuas, et illuminet
subsequente versiculo ait, Sermo Domini ignivit vultum suum super me per lucernam verbi tui,
illum. (Ps. OVI, 18 ) Sermo enim Dei et ignis et gla- sancte Domiue beatissime fraterin Domino Christo
dius est, Verbo ipso Deo utrumque dicente de se : unanime, magister meus in fide veritatis, et suscep-
Ignem enim, inquit, veni mittere in terram : et quid tor meus in visceribus (a) caritatis.
:
volo nisi ut jam accendatur? (Lucce, xn, 49.) Item
alibi dicit Non veni pacem mittere, sed gladium.
(Matt, x, 34.) Vides eum unam vim doctrinse suæ
diverso ignis et gladii nomine designasse. Aut quo-
modo Mariæ illata per gladium passio vel tribulatio

(a) In Mss. pluribus legitur, caritatis Christi.


voyages sur mer et d'outre-mer, que non l'in-
différence, mais ma mauvaise santé ne m'a pas
LETTRE CXXII.(1) permis de partager avec eux. C'est pourquoi

l'Apôtre :
mestrès-chersfrères, conduisez-vous comme dit
« Afin que soit, en arrivant et en vous

et du peuple d'Hippone ;
Saint Augustinexcuseson absenceprès du clergé
il les exhorte, à cause
des afflictions qui pèsent sur le siècle, à redou-
voyant, soit durant mon absence, j'apprenne
que vous n'avez toujours qu'un même esprit,
travaillant de concert pour la foi de l'Évangile.»
bler de zèle pour le soulagement des pauvres. (2)
(Philip. I, 27.) Si vous êtes affligés de quelques
tribulations temporelles, elles doiventvous faire
A SES BIEN-AIMÉS FRÈRES DU CLERGÉ ET DU PEUPLE penser à cette vie future, où
vous n'éprouverez
D'HIPPONE, AUGUSTIN, SALUT DANS LE SEIGNEUR. plus de douleur, et où vous serez à l'abri, non
des peines et des afflictions d'un temps de peu
1. Je vous prie avant toutes choses, et vous de durée, mais du supplice terrible des flammes
conjure par Jésus-Christ de ne pas vous affliger éternelles. Si vous prenez tant de soins, si vous
de mon absence corporelle, car vous ne doutez faites tant d'efforts pour éviter des tourments
pas, je le pense, que par l'esprit et le cœur je passagers, combien plus devez-vous apporter
suis toujours avecvous.Ce qui m'attriste encore, de sollicitude, pour échapper à des malheurs
plus que vous ne l'êtes peut-être de mon ab- qui ne finiraient pas. Si l'on craint la mort, qui
sence, c'est que ma faiblesse n'a pu suffire à n'est que la fin de nos souffrances sur la terre,
tous les soins qu'exigent de moi les membres du on doit bien plus redouter celle qui nous expo-
Christ, au service duquel m'attachent et me serait à une éternelle douleur et si on a tant
poussent sa crainte et sa charité. Votre ten- d'amour pour les délices si courtes et si im-
;
dresse sait du reste que mes absences n'ont ja- pures de ce siècle, avec combien plus d'ardeur
mais été arbibnires, mais l'effet d'une impé- devons-nous rechercher les joies pures et sans
rieuse nécessité, qui souvent a forcé mes saints fin, du siècle à venir ?
Que cette pensée re-
frères et mes collègues à soutenir la fatigue des double votre zèle pour les bonnes œuvres, afin

(1) Écrite l'an 410. — Cette lettre était la 138e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
122e se trouve maintenant la IIIe.
(2) Saint Augustin était alors au concile de Carthage, tenu cette année 410 contre les Donatistes, d'où l'on députa à l'empe-
reur les évêques Florent, Possidius, Présidius et Bénénat.

quae szepe sanctos fratres et collegas meos, etiam


EPISTOLA CXXII. labores marinos et transmarinos compulit sustinere;
a quibus me semper non indevotio mentis, sed mi-
Augustinus clero et populo Hipponensi excusat ab- nus idonea valetudo corporis excusavit. Proinde
dilectissimi fratres sic agite, « ut, » quod ait Apos-
sentiam suam, adhortans ut in sublevandis pau-
peribussolitosintalacriores,obafflictionestem- tolus, « sive adveniens et videns vos, sive absens,
audiam de vobis, quia statis in uno spiritu, uno
porarias.
animo collaborantes fidei evangelicse »
(Phil. I, 27.)
DlLECTISSIMIS FRATRIBUS CONCLERICIS ET UNIVERSÆ
Si vos aliqua molestia temporalis exagitat, ipsa vos
magis admonere debet, quemadmodum de ilia vita
PLEBI, AUGUSTINUS IN DOMINO SALUTEM.
cogitare debeatis, ubi sine aliquo labore vivatis,
1. In primis peto caritatem vestram, et per Chris- evadentes non molestas angustias temporis parvi,
tum obsecro, ne vos mea contristet absentia corpo- sed horrendas pcenas ignis seterni. Nam si modo
tanta cura, tanta intentione, tanto labore agitis, ne
ralis. Nam spiritu et cordis affectu puto vos non du-
bitare nullo modo me a vcbis posse discedere
quamvis me amplius contristet, quam forte vos ipsos,
: in aliquos cruciatus transitorios incidatis; quantum
vos oportet esse sollicitos, ut sempiternas miserias
e
quod infirmitas mea sufficer non potest omnibus fugiatis? Et si mors sic timetur, quae finit tempora-
curis, quas de me exigunt membra Christi, qu-ibus lem laborem; quomodo timenda est, quae mittitin
me et timor ejus et caritas .servire compellit'- Illud æternum dolorem? Et si delicise sseculi hujus, breves
enim noverit dilcctio vestra, numquam me ajjsentem et sordidæ. sic amantur; quanto vehementius futuri
fuisse licentiosa libertate, sed necessariai aErvitute, sseculi gaudia pura et infinita quserenda sunt ? Ista
qu'en son temps vous récoltiez ce que vous sonnes et nos biens au Seigneur, devant qui
aurez semé. nous devions paraître. C'estpourquoi, mes bien.
2. J'ai appris que vous vous étiez relâchés de aimés frères, que chacun de vous, selon ses
votre sainte coutume d'habiller les pauvres. ressources et ses forces, fasse ce qu'il a coutume
C'est cependant un acte de miséricorde et de de faire, et même avec plus d'empressement
charité, auquel je vous ai toujours exhortés que jamais, au milieu des malheurs qui pèsent
quand j'étais parmi vous, et auquel je vous
exhorte encore. Il ne faut pas vous laisser
abattre et décourager par les tribulations des
:
sur ce siècle. Retenez de tout votre cœur les
paroles de l'Apôtre s'écriant « Le Seigneur est
proche, ne vous inquiétez de rien. » (Phil. iv,
temps où nous vivons, qui arrivent, comme 6.) Puissè-je apprendre que ce n'est pas ma
vous le voyez, telles que les a prédites le présence mais les préceptes de Dieu, qui n'est
Christ, notre rédempteur, qui ne saurait mentir. jamais absent, qui vous ont fait remplir les de-
Elles ne doivent donc en rien diminuer votre voirs de charité que vous avez accomplis avec
zèle dans les œuvres de miséricorde, mais vous constance pendant tant d'années, et même
rendre au contraire plus actifs et plus ardents à quand je n'étais pas au milieu de vous. Que le
les accomplir. En effet, de même que ceux qui Seigneur vous garde en paix et priez pour moi,
voient leur maison ébranlée jusque dans ses bien-aimés frères.
murs menacer ruine, se hâtent de chercher un
abri où ils soient en sûreté, de même les chré-
tiens qui, au redoublement des tribulations qui
pèsent sur le siècle, sentent s'approcher la ruine
de ce monde, doivent sans relâche s'empresser
de transporter dans le trésor céleste, les biens

que si quelque catastrophe survenait ,


qu'ils se disposaient à cacher dans la terre, afin

puissent se réjouir d'avoir échappé à la ruine


ils

de leur demeure. Que si rien de semblable


n'arrive, nous n'aurons pas du moins à nous
repentir, en mourant, d'avoir confié nos per-
servent toujours la même affection pour leurs
anciennes erreurs, que pourtant ils n'ont plus
LETTRE CXXIII.(1) la même liberté de publier. Les saints frères
avec lesquels je vis, et surtout vos saintes et
vénérables filles vous saluent avec respect. Je
Saint Jerôme écrit à Saint Augustin quelques nou- prie votre grandeur de saluer en mon nom mes
velles en termes énigmatiques (2). seigneurs Alype et Evode. Jérusalem est prise,
elle est au pouvoir de Nabuchodonosor, et ferme
1. Il y a bien des gens qui boitent des deux toujours l'oreille aux conseils de Jérémie. Elle
pieds et qui, bien qu'ayant le cou cassé, ne ne désire que l'Égypte, pour mourir à Taphné
laissent pas pour cela de lever la tête. Ils con- et y périr dans une éternelle servitude.

(1) Ecrite sur la fin de l'an 410. — Cette lettre était la 26e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle
qui était la 123e se trouve maintenant la 257e.
(2) Cette lettre de Saint Jérôme a donné lieu à des interprétations bien différentes. Erasme et Marianus, dans les éditions
qu'ils ont données des œuvres de Saint Jérôme, entendent, par le nom de Nabuchodonosor, un évêque de Jérusalem qui
soutenait clandestinementdes hérésies condamnées. Mais, dans l'impression des œuvres de Saint Augustin, le même Erasme
et les théologiens de Louvain après lui veulent, sur cette même lettre, qu'on entende par Jérusalem, la ville de Rome, qui
étant prise par les Goths, ne reconnaissait pas la main de Dieu qui l'affligeait, et préparait une révolte, dans l'espoir de re-
cevoir des troupes qu'elle attendait. Baronius est aussi du même avis.

erroris pristini, cum prsedicandi eamdem non ha-


beant libertatem. Sancti fratres qui cum nostra sunt
EPISTOLA CXXIII. parvitate, prsecipue sanctse ac venerabiles filiæ tuæ
suppliciter te salutant. Fratres tuos Dominum meum
Hieronymus Augustino qucedam per cenigma Alypium, et Dominum meum Evodium, ut meo no-
renuntians. mine salutes, precor coronam tuam. Capta Jerusa-
lem a Nabuchodonosor, nec Jeremise vult audire
« Multi utroque claudicant pede, et ne fractis consilia : quin potius Ægyptum desiderat, ut moria-
quidem cervicibus inclinantur, habentes affectum tur in Taphnes, et ibi servitute pereat sempíterna.»
TROISIÈME CLASSE
DES LETTRES DE SAINT AUGUSTIN.
Elle comprend celles qu'il a écrites depuis l'année de la conférence tenue à
Carthage avec les Donatistes, -et de la découverte de l'hérésie pélag-ienne en
Afrique, jusqu'à la fin de sa vie, c'est-à-dire depuis l'an 411 jusqu'à 430.

CXXIV. (1) souffrir, que le chagrin de ne pouvoir, je nedis pas


LETTRE aller, mais voler à votre rencontre, moi qui pour
A lbine (2), Pinien et Mélanie étaient venus en cela aurais traversé les mers, surtout lorsque
Afrique pour voirSaint Augustin, et s'étaient je
arrêtés à Thagaste. Saint Augustins'excuseprès vous savais si près de moi, et que vous étiez
deux de ne pouvoir aller jusque là à leur ren- venus de si loin pour me voir. Ne croyez pour-
contre, moins à cause de la rigueur de l'hiver, tant pas, chers amis, que les rigueurs de la sai-
qu'a raison de l'état de l'église d'Hippone. son soient le seul motif qui m'ait empêché.
A SES VÉNÉRÉS SEIGNEURS EN JÉSUS-CHRIST ET Quelque incommodes, dangereuses même que
TRÈS-CHERS FRÈRES ALBINE, PINIEN ET MÉLA- ces pluies fussent pour moi, je les aurais volon-
NIE, AUGUSTIN, SALUT DANS LE SEIGNEUR. tiers endurées pour aller vers vous, qui êtes ma
1. Quoique la faiblesse de ma santé ou mon consolation dans les maux qui nous accablent,

la rigueur de cet hiver ne m'a pas tant fait pravée ;


tempéramentme rendent le froid insupportable, au milieu de cette génération perverse et dé-
vous, lumières brillantes de la clarté
(1) Ecrite vers le commencement de l'année 411. — Cette lettre était la 227e dans les éditions antérieures à l'édition des
Bénédictins, et celle qui était la 124e se trouve maintenant la 96e,
(2) L'édition de Louvain donne Albino, Piniano et Méliano ; mais d'après un très-ancien manuscrit de Corbie, le seul de
cette lettre qu'aient trouvé les Bénédictins, ces derniers ont rétabli Albinœ et JllIelaniœ. C'est ainsi que nous lisons ces
noms dans l'index de Possidius. Cette Albine était fille de Mélanie l'ancienne, et mère de la jeune Mélanie, qui fut
mariée à Pinien. Mélanie l'ancienne les avait retirés de Rome avec Publicola, son petit-fils, quelques temps avant
l'invasion des Goths, selon Pallade, dans son histoire Lausiaque où il nomme ce Publicola vscirspov, (le jeune), pour le dis-
tinguer de son père du même nom, mari d'Albine. (Voyez la note sur le titre de la lettre 46.) Ruffin avait suivi cette sainte
troupe, et demeurait avec eux en Sicile, l'an 410, lorsque les Goths ravageaient l'Italie, comme il le témoigne lui-même
dans le prologue ou lettre àUrsace, qui est au commencement du commentaire d'Origène sur le livre des nombres. Cette
lettre a été publiée par Valois, dans ses remarques sur Eusèbe, livre VI, chapitre 38. Après la mort de Ruffin, ceux
qui l'avaient accompagné s'embarquèrent pour Carthage, et s'établirent enfin à Thagaste, comme on le voit par cette lettre
de Saint Augustin, et d'après ce qu'en dit Métaphraste, dans la vie de Mélanie la jeune, au 31 janvier.

III. CLASS1S
Epistolæ quas ab anno liabitae collationis cum Donatistis, Pelagianæque hæreseos in
Africa deprehensse, scripsit Augustinus deinceps relíquo tempore vitæ suæ, id est
ab anno 411 ad 43O.
EPISTOLA CXXIV. non possim, numquamtamen majores æstus, quam
ista hyeme tam horrenda, perpetipotui, quod ad vos,
Augustinus ad Albinam, Pinianum et Melaniam ip- ad quos volatu maria transeunda fuerant, tam in
sius desiderio venientes in A fricam et Thagastce proximo constitutos, tam de longinquo visendi nos
commorantes excusat se, quod illuc ad eos visen- gratia venientes, non dicam pergere, sed volare non
dòs pergere, non tam per hyemis rigorem, quam potui. Et forte sanetitas vestra eamdem hyemalem
per statum Hipponensis ecclesice titubantem haud asperitatem poense meæ tantum causam putaverit.
sibi licuisset. Absit carissimi. Quid enim grave ac molestum, vel
DOMINIS IN DOMINO INSIGNIBUS, ET SANCTITATE CA- etiam periculosum habent imbres isti, quod non
RISSIMIS AC DESIDERATISSIMIS FRATRIBUS, ALBI- mihi subeundum ac ferendumfuit, ut ad vos venirem,
NÆ, PINIANO, ET MELANIÆ, AUGUSTINUS IN DOMINO tanta in tantis malis nostris solatia, in hac genera-
SALUTEM. tione tortuosa ac perversa, tam ardenter accensa
1. Cum habitu valetudinis vel natura frigus ferre de summo lumine lumina, suscepta humilitate subli-
divine; vous, qui vous êtes élevés en vous être affaibli, sans que je m'affaiblisse moi-
abaissant, et qui vous êtes rendus glorieux, par même? qui peut être scandalisé, sans que je
le mépris même de la gloire. J'aurais également brûle. » (II Corint. XI, 29.) Il y a ici bien des
partagé les joies spirituelles de la ville où je gens qui cherchent à détourner de nous ceux
suis né, et qui a le bonheur de vous posséder qui paraissent nous aimer, et qui s'efforcent de
présentement. Lorsque vous en étiez éloignés et les soulever contre nous, pour donner entrée au
qu'elle entendait parler du rang que vous a démon dans leur cœur. Or, lorsque ceux dont
donné votre naissance, et dela sainteté où vous le salut est l'objet de tous nos soins et de notre
a portés la grâce de Jésus-Christ, quoiqu'elle sollicitude, s'irritent ainsi contre nous, leur
fût disposée à le croire, cependant elle n'osait dessein de nous nuire est poureux une passion
le répéter dans la crainte de n'être pas crue. qui les entraîne à la mort, non de leur corps,
2. Je vous dirai donc la cause qui m'a empê- mais de leur âme, et dont une secrète odeur de
ché de me rendre auprès de vous, et quels corruption se fait sentir, avant même que nous
maux m'ont privé d'un si grand bonheur. Non- ayons pu nous apercevoir que la mort est là.
seulement alors vous m'excuserez, mais aussi, Ces craintes et ces sollicitudes me serviront
comme je l'espère, vous appellerez surmoi par d'excuse près de vous, car si par ressentiment
vos prières, la miséricorde de celui qui opère en vous vouliez vous'venger, vous ne pourriez
vous la grâce, par laquelle vous vivez pour lui. m'infliger une peine supérieure à celle que je
Le peuple d'Hippone, dont Dieu m'a fait le souffre, en vous sachant à Thagaste, sans que
serviteur, est presque tout entier si faible, que j'y sois avec vous. Aidé par vos prières, j'es-
la tribulation la plus légère, suffirait pour le père, dès que les obstacles qui me retiennent
mettre dans un état presque désespéré; or celle ici seront levés, pouvoir me rendre près de
qu'il éprouve présentement est si grande, que vous, en quelque lieu de l'Afrique que vous
-quand bien même il ne serait pas aussi faible, vous trouviez. Comme je le crains, la ville où
c'est presque sans espoir de salut qu'il pourrait je travaille pour le Seigneur, n'est pas digne de
la supporter. Naguère encore, à mon retour, je goûter avec nous lajoieet le bonheur de votre
l'ai trouvé dangereusement scandalisé de mon présence.
absence. Or, vous que nous voyons avec joie

:
remplis d'une force spirituelle, vous comprenez
la vérité des paroles de l'Apôtre « Qui peut

mia, et contempta claritate clariora? Simul etiam quis scandalizatur, et ego non uror? » (II. Cor. II,
:
fruerer carnalis patriae meae tam spiritualifelicitate, 29.) Praesertim quoniam multi sunt hic, qui detra-
quæ vos etiam prsesentes habere meruit de quibus hendo nobis ceterorum animos, a quibus diligi vide-
absentibus, cum id quod nati estis, et quod gratia mur, adversus nos perturbare conantur, ut locum in
Christi facti estis, audiret, quamvis caritate crede- eis diabolo faciant. Cum autem irascuntur nobis de
ret, tamen, ne non crederetur, narrare forsitan quorum salute satagimus, magnum illis consilium
verebatur. vindicandi, est libido moriendi, non in corpore, sed
2. Dicam igitur quare non venerim, et quibus in cdrde, ubi funus occulte prius suo putore senti-
malis a tanto bono impeditus sim; ut non solum a tur, quam nostra cogitatione prospicitur, Huic meae
vobis veniam, sed etiam vestris orationibus ab illo, sollicitudiniproculdubio libenter ignoscitis:prseser-
qui in vobis quod ei vivitis operatur, merearmiseri- tim quoniam si succenseretis, et velletis ulcisci,
cordiam. Populus Hipponensis, cui me Dominus nihil fortasse gravius inveniretis, quam id quod
servum dedit, cum ex magna et pene ex omni parte patior, cum vos Thagastae non video. Spero autem
ita infirmus sit, ut pressura etiam levioris tribula- vestris adjutus orationibus, quod mihi ad vos ubi-
tionis possit graviter aegrotare, nunc tam magna cumque in Africa fueritis, venire quantocyus conce-
tribulatione caeditur, ut etiamsi non sic esset infir- detur, cum hoc, quo nunc detentus sum, præterierit:
mus, vix eam cum aliqua salute animi sustineret. si hæc civitas in qua laboramus, digna non est, quia

:
Eum autem modo cum regressus sum, periculosis- nec ego audeo dignam putare, quæ nobiscum de
sime scandalizatum comperi de absentia mea ves- vestra prsesentia collaetetur.
tris autem, de quorum spirituali robore gaudemus
in Domino, sanis utique faucibus, sapit quomodo
dictum sit, ft Quis infirmatur, et ego non infirmor?
DANS SACERDOCE, AINSI QU'A TOUS LES
LE
FRÈRES QUI SONT AVEC LUI, AUGUSTIN ET
LETTRE CXXV. (1) TOUS SES FRÈRES, SALUT DANS LE SEIGNEUR.

Pinien était venu à Hipponepour visiter saint A u- 1. Nous sommes bien vivement affligés, et
gustin, et comme il assistait à la célébration des ne pouvons rester indifférents aux clameurs in-
saints mystères, le peuple tout d'un coup de-
manda à grand bruit qu'il fut ordonné prêtre, sainteté ;
jurieuses du peuple d'Hippone contre votre
mais ce qui nous cause le plus de
douleur, cher et excellent frère, ce sont moins
et ne consentit à le laisser sortir de l'église,
qu'après lui avoir fait jurer qu'il ne s'éloignerait ces clameurs, que les soupçons injurieux formés
pasd'Hippone, et que s'il consentait à recevoir contre nous. Quand on attribue en effet à l'a-
la cléricature, il ne se ferait point ordonner mour de l'argent et non à une pensée de justice,
ailleurs que dans l'église d'Hippone. Albine et ce qui nous porte à retenir les serviteurs de
Dieu, n'est-il pas à souhaiter que ceux qui le
ses enfants, (sans doute Pinien et Mélanie) se
plaignirent de cette violence, prétendant que pensent déclarent à haute voix ce qu'ils ont se-
crètement dans le cœur, afin que si cela est
ceux d'Hippone n'avaient agi ainsi, que par le
à
désird'attacher leur église, un homme qui pos- possible, on y apporte un prompt remède,
plutôt que de les laisser périr en silence par le
sédait de si grandes richesses. Ils alléguaient en
outre que le serment qu'on avait extorqué à Pi-. poison de leurs iniques soupçons ?
C'est pour-
nien par la crainte et la violence, n'avait au- quoi, comme nous le disions avant que tous ces
bruits n'eussent lieu, nous devons nous occu-
cune valeur. C'est pour cela que saint Augustin
écrit à Alype, pour s'entendre avec lui sur les per de détromper de leurs faux soupçons les
hommes auxquels notre devoir est de donner
moyens de faire cesser les plaintes et les soup-
l'exemple de bonnes œuvres, plutôt que de
çons qui s'étaient élevés dans cette circonstance.
Il lui explique aussi jusqu'à quel point, Pinien chercher les moyens de réprimer ceux qui ma-
pouvait être délié du serment qu'il avaitprêté. nifestent leurs soupçons par des cris et des pa-
roles.
A SON BIENHEUREUX SEIGNEUR, SON VÉNÉRABLE 2. C'est pourquoi je n'en veux nullement àla
ET TRÈS-CHER FRÈRE ALYPE, SON COLLÈGUE sainte dame Albine, et ne crois pas nécessaire

Ecrite un peu après la précédente.- Cette lettre était la 224e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins,
(1)
et celle qui était la 125e se trouve maintenant la 259e.

FRATRIBUS, AUGUSTINUSET QUI MECUM SUNT FRATRES


EPISTOLA CXXY.

,
IN DOMINO SALUTEM.

Cnm Hipponem ad invisendum Augustinum venisset 1. Dolemus quidem graviter, necfieri potestut
Pinianus, ibique rei sacrce interesset, subito populi parvipendamus quod in injurias sanctitatis tuæ
tumultu ad presbyteriumposlulatus fuit, nec eva- populus Hipponensis tanta clamavit : sed multo
dere permissus donecjurasset non se Hippone dis- gravius dolendum est, frater bone, talia de nobis
cessurum, atque si quando illi ad suscipiendum existimari, quam illa clamari. Quando enim nos credi-
clericatum consentire placuisset, nonnisi in ipsa mur cupiditate pecuniæ, non dilectione justitiae ser-
Hipponensi ecclesia suscepturum hoc munus. Con- vos Dei velle retinere, nonne optandum est ut qui
questi sunt Albina filiique ipsius (puta Pinianus hoc credunt, occultum cordis sui voce testentur, ac
et Melania) Hipponenses pecuniae cupiditate virum sic aliqua, si fieri potest, tanto majorat remedia re-
quirantur, quam ut taciti pereant perniciosis suspi-
proedivitem vindicare sibi sategisse, nulliusque vi-
goris esse volebant juramentum vi metuque extor- cionibus venenati ?Quapropter magis satagendum
tum. Quam ob causam Augustinus ad Alypium est, unde, etiam prius quam hoc fieret, locuti sumus,
scribit quomodo suspicionibus et querelisistis sit quomodo persuadeatur hominibus, quibus nos ad
òccurrendum, quave religioneexsolvendum jura- exemplum bonorum operum praebere præcipimur,
mentum datum, a Pinianò. falsum esse quod suspicantur, quam quomodo ar-
guendi sint, qui suspiciones suas vocibus verbisque
DOMINO BEATISSIMO ET VENERABILITER CARISSIMO FRA- declarant.
TRI ET CONSACERDOTI ALYPIO ET QUI TECUM SUNT 2. Proinde ego sanctæ Albinae non succenseo, nec
de la réprimander, mais seulement de la guérir n'y avait pas touché. Il en serait de même à
d'un tel soupçon. Ce n'est pas d'ailleurs contre Hippone, mais malheureusement toutes cespré-
moi personnellementqu'elle a porté plainte, mais ventions retombent sur le clergé, et principale-
contre les habitants d'Hippone, qui, selon elle, ment sur les évêques, dont l'autorité paraît
ont fait voir dans leur conduite, non le désir d'a- prédominante, et qui passent pour jouir des
voir Pinien pour clerc dansleur église, mais un biens de l'Église en maîtres et seigneurs. Tra-
sentiment de cupidité pécuniaire, qui les portait vaillons donc, mon cher Alype, si cela est pos-
àretenir parmi eux un homme doué d'une grande sible, à ne pas laisser croire que nous avons
générosité, et possédant d'immenses richesses inspiré aux faibles une si dangereuse et mor-
dont il ne faisait aucun cas. Peu s'en est fallu telle cupidité. Rappelez-vousce que nous avons
cependant qu'elle n'ait tenu le même langage dit avant cette épreuve, qui rend nos précau-
sur mon compte, ainsi que les saints enfants tions encore plus nécessaires. Cherchons plutôt
qui ont parlé comme leur mère dans l'enceinte avec l'aide de Dieu, à nous entendre et à voir
?
même de l'abside Il faut donc à mon avis cher- ce que nous avons à faire en cette circonstance.
cher à les guérir de ces faux soupçons, plutôt La pureté de notre conscience ne suffit pas,
que de les en réprimander. Où pourrons-nous parce que la cause présente exige quelque
en effet être à l'abri de pareilles épines, si elles chose de plus. Si nous ne sommes pas de mau-
ont pu naître dans des cœurs si purs et qui vais serviteurs de Dieu, s'il y a en nous quel-
nous sont si chers? Pour vous, c'est un vulgaire ques étincelles de cette charité qui ne cherche
ignorant qui vous a soupçonné, mais moi, je pas ses propres intérêts, nous devons nous ap-
l'ai été par des lumières de l'Église. Quel est le pliquer à faire ce qui est bien, non-seulement
?
plus à plaindre c'est à vous d'en juger. N'ac- devant Dieu, mais encore aux yeux des hommes;
cusons ni les uns ni les autres, mais cherchons de peur que quand notre conscience se désal-
à les guérir, car ils sont hommes, et ce qu'ils tère tranquillement à une source pure et lim-
soupçonnent sur le compte d'autres hommes, pide, on ne nous accuse, d'avoir par nos pieds
quoique cela soit faux, n'est cependant pas in- imprudents troublé l'eau où s'abreuventles bre-
croyable. Dans tous les cas, de telles personnes bis du Seigneur.
ont assez de raison pour croire que le peuple ne à
3. Vous m'avez engagé examiner avec vous
désire pas leur argent. Elles en ont fait l'expé- la valeur d'un serment arraché par violence, je
rience à Thagaste, où elles ont vu que le peuple vous conj ure de ne pas rendre obscure par

, :
arguendam judico sed a tali suspicione sanandam. Thagastensis accepit sic ergo et Hipponensis. Ve-
Quæ, quia non in meam personam eadem verba di- rum omnis haec invidia non nisi in clericos æstuat,
rexit, sed tamquam de Hipponensibus questa est, maximeque in episcopos, quorum videtur praeminere
quod aperuerintcupiditatem suam, se nonclericatus, dominatus, qui uti fruique rebus ecclesiaetamquam
sedpecunise causa hominem divitem, atque hujus- possessores et domini existimantur. Ad istam cupi-

clamavit. Nec ipsa tantum, verum etiam sancti filii dare quid locuti fuerimus ,
modi pecunise contemptorem et largitorem apud se ditatem tam noxiam atque mortiferam, si fieri potest,
tenere voluisse : tamen quod de nobis senserit, pene mi Alypi, non ædificentur per nos infirmi. Recor-
antequam ista tentatio
ejus, qni hoc etiam ipsa die in abside dixerunt. Hos quæ plus ad hoc cogit accideret. Ex hoc potius con-
ergo, ut dixi, magis sanandos ab hujusmodi suspi- ferendo, adjuvante Domino, providere conemur : nec
cionibus, quam propter has arguendos existimo. Ubi nobis sufficiat nostra conscientia, quia non talis
enim nobis a spinis talibus secui itas et requies prse- causa est ubi debeat sola sufficere. Si enim servi Dei
parari vel prseberi potest, si adversus nos in tam non reprobi sumus, si aliquid viget in nobis illius
potuere ? De te quippe imperitum vulgus hoc sensit : ;
aanctis nobisque carissimis cordibusnostris pullulare igniculi, quo caritas non quaerit quæ sua sunt pro-
videre utiquedebemus bona, non solum coram Deo,
de nobis lumina Ecclesiae,undequid magis dolendum sed etiam coram hominibus, ne tranquillam aquam
sit, vides. Utrumque autem non accusandum censeo, bibentes in nostra conscientia pedibus incautis
sed sanandum : homines enim sunt, et de hominibus agere convincamur, ut oves dominicse turbidam bi-
talia, licet falsa, non tamen incredibilia suspicantur. bant.
Nam utique non usque adeo desipiunt tales homines,
ut credant populum suam desiderare pecuniam : 3. Num quod scripsisti, de genere jurationis vio-
lenter extortæ, ut inter nos requiramus, obsecro te,
praesertim jam experti, quod nihil ex ea populus ne res lucidissimas disputationostra faciat obscuras.
notre discussion une chose fort claire en elle- Carthaginois. Cependant il ne voulut pas se
même. Si on menaçait de mortun serviteur de soustraire aux cruelles tortures et à l'horrible
Dieu, pour lui faire jurer d'accomplir quelque mort qui l'attendaient, sous prétexte que son
acte illicite et criminel, il devrait certainement serment avait été forcé, mais il s'y soumit et
préférer la mort à un tel serment qu'il ne les endura pour ne pas se parjurer, parce qu'il
pourrait tenir sans crime. Mais ce n'est pas le avait juré avec sa pleine et libre volonté. Les
cas présent. Les clameurs persévérantes du censeurs de Rome ne voulurent pas recevoir,
peuple n'ont pas contraint un homme à faire non au nombre des saints mais au rang des sé-
quelque chose de criminel, mais à un acte qui, nateurs, non dans la gloire céleste mais dans
s'il l'accomplissait, n'avait rien d'illicite en lui- une cour terrestre, ceux qui par crainte de la
même. On avait bien à craindre, il est vrai, que mort et de cruels tourments, aimèrent mieux se
quelques méchants, comme il s'en mêle pres- parjurer que de retourner vers de barbares en-
que toujours parmi les honnêtes gens, ne pro- nemis, mais encore celui qui s'était cru absout
fitassent de l'occasion pour exciter des dé- de parjure, parce qu'après son serment, il était,
sordres, et que jouant l'indignation, ils ne se sous le prétexte de je ne sais quelle affaire, re-
portassent à quelques violences criminelles, tourné à l'ennemi. Ceux qui le chassèrent du
afin de pouvoir se livrer au pillage. Mais ce Sénat, ne firent point attention à la pensée qu'il
n'était là qu'une crainte, et il n'y avait rien de avait pu avoir en jurant, mais à ce que ceux
certain. Or, qui pourrait croire, je ne dis pas auxquels il avait juré avaient droit d'attendre
pour éviter des dommages incertains ni des ou- de lui. Cependant ces censeurs n'avaient jamais
trages corporels, mais même pour échapper à lu ce que nous chantons tous les jours: «Il
la mort, que quelqu'un dût se parjurer cer- n'entrera dans les tabernacles du Seigneur que
tainement? Régulus n'avait rien appris dans les celui qui jure à son prochain, et ne le trompe
saintes Écritures sur l'impiété d'un faux ser- pas.» (Ps. xiv, 4.) Nous avons coutume de
ment; il ne savait rien de la faux dont le pro- louer et d'admirer de pareils actes dans des
phète Zacharie menace les parjures,(Zach. hommes étrangers à la grâce et au nom de
selon les Septante), et certainement ce n'était Jésus-Christ; et nous en sommes encore à cher-
pas par les sacrements du Christ, mais par l'im- cher dans les livres divins, s'il nous est permis
pureté des démons qu'il avait engagé sa foi aux quelquefois de nous parjurer, dans ces livres

Si enim certa morsintentaretur, ut aliquid illicitum


ac nefarium servus Dei se juraret esse facturum,
sed per daemonum inquinamenta juraverat
certissimos cruciatus et horrendi exempli mortem,
: et tamen
mori malle quam jurare debuerat, ne jurationem non ut juraret necessitate pertimuit, sed libera vo-
scelere impleret. Nunc vero cum tantummodo populi luntate quia juraverat, ne pejeraret excepit. Et Ro-
perseverantissimus clamor, ad nullum nefas hominem mana tunc illa censura noluit habere, non in numero
cogeret, sed ad id, quod si fieret, licite fieret; cum- sanctorum, sed in numero senatorum, non in coelesti
que metueretur quidem, ne aliqui perditi, qui multi- gloria, sed in terrestri curia, non solum eos qui metu
tudinietiam bonorum plerumq ue miscentur, occa-
sione seditionis et quasi justaeindignationis inventa,
in aliquam vim sceleratam rapinarum cupiditate
mortis crudeliumque poenarumapertissimepejerare,
quam ad immanes hostes remeare maluerunt sed
etiam illum qui reatu perjurii se putaverat absolu-
;
esset incertum ;
prorumperent, sed tamen illud quod metuebatur
quis censeat propter incerta non
dico damna et quaslibet injurias corporales, sed
tum, quia post jurationem ficta nescio qua necessi-
tate redierat. Ita non adtenderunt, qui eum senatu
pepulerunt, quid ipse jurando cogitasset, sed quid
propter ipsam mortem cavendam, certum perjurium ab illo quibus juraverat exspectarent. Nec legerant
debere committi ? Nescio quis ille Regulus nihil in quod nosusquequaque cantamus : «Qui jurat proxi-
Scripturis sanctis de impietate falsæ jurationis au- mo suo, et non decipit. (Psal. xiv, 4.) Solemus haec,
,
dierat, nihil de Zacharise (a) falce didicerat, et nimi-
rum Carthaginiensibus non per sacramenta Christi, alienis, cum ingenti admiratione laudare ;
quamvis in hominibus a Christi gratia et nomine
et adhuc
(a) Lov. de Zachariaevolumine ; de quo scilicet in Vulgata Zachariae cap. v. At MSS. codices, quos inspicere per nos licuit,
Sorbonicus et vetustissimusoptimaequenotæ Corbeiensishabent, deZachariaefalce; quam germanam lectionem esse non
dubitamus; quippe cum LXX. quorum versionem perpetuo sequitur Augustinus, sic Zachariam interpretentur ; E-)"M opti
SpOTavov 7r£TOp.svov, Ego video falcem volantem
etc. omnis fur ex hoc usque ad mortem punietur, et omnis perjurus ex hoc
ciuciabitur. Chrysostomus quoque ibi legebat, falcem, ut patet ex hom. IX. ad pop. Antioch.
où de peur que la facilité de jurer ne nous con- ne plus revenir. A Dieu ne plaise qu'une pa-
duise au parjure, il nous est même défendu de reille tache souille les mœurs etla foi d'un
jurer! homme si dévoué à Jésus-Christ et à l'Église !
4. Je n'hésite pas à dire que ce n'est point Je n'ai pas besoin de vous dire, car vous le savez
d'après les paroles de celui qui jure, que la re- aussi bien que moi, combien on doit redouter
ligion du serment est respectée, mais d'aprèsce le jugement de Dieu sur le parjure; mais ce
que nous savons qu'attendait de nous celui à que je sais, c'est que nous ne pourrions plus
qui nous avons prêté serment. Car les paroles, dans la suite trouver mauvais qu'on n'ajoutât
quand on jure, surtout quand on le fait en peu plus foi à nos serments, si nous supportions
de mots, renferment difficilement toute la pen- tranquillement, et même si nous cherchions à
* sée de celui qui engage sa foi. Ainsi sont par- défendre le parjure d'un homme tel que Pinien.
jures ceux qui s'en tenant à la lettre trompent Qu'un tel malheur soit éloigné de nous et de lui
l'attente de celui à qui ils ont juré, tandis que par la miséricorde de celui, qui délivre du mal
ne le sont pas ceux qui laissant la lettre de côté, et de la tentation ceux qui espèrent en lui!
ont rempli l'engagement qu'ils avaient pris en Ainsi donc comme vous le lui avez conseillé
jurant. Or, les habitants d'Hippone ont voulu dans votre réponse, il doit remplir la promesse
avoir parmi eux le saint homme Pinien, non par laquelle il s'est engagé à rester à Hippone,
comme un condamné, mais comme un membre comme moi et les gens d'Hippone nous y res-
aimé et respecté de leur cité. Si les paroles tons, en conservant la liberté d'en sortir et d'y
n'ont pas fait voir clairement, ce qu'on devait revenir. Ceux toutefois qui n'y sont pas retenus
attendre de lui, aucun de ceux qui l'ont entendu par un serment, peuvent tous, sans être accu-
ne s'est ému de le voir s'absenter après son ser- sés de parjure, s'en éloigner sans y rentrer
ment, dans la certitude où l'on était qu'il par- jamais.
tait avec la volonté de revenir. Pinien ne sera 5. J'ignore si l'on peut prouver que des frères
donc pas pour cela parjure, ni regardé comme ou des clercs de notre monastère, ont été com-
tel, par les habitants d'Hippone, à moins qu'il plices ou fauteurs des paroles injurieuses pro-
ne trompe leur attente. Cette attente sera trom- noncées contre vous. Je m'en suis informé, et
pée, si changeant d'avis il ne veut plus habiter tout ce que j'ai appris, c'est qu'un seul de nos
parmi eux, ou s'il est parti avec l'intention de frères, un Carthaginois a crié avec les gens

in libris divinis inquirendum putamus, utrum ali- nisi aut voluntatem mutaverit apud eos habitandi,
quando licite pejeremus, ubi nobis ne jurandi facili-
,
autaliquando discesseritsine dispositione redeundi.
Quod absit ab ejus moribus et fide quam Christo et
ne juremus.
,
tate in perjurium prolabamur, etiam præceptum est
4. Illud sane rectissime dici non ambigo non se-
cundum verba jurantis, sed secundum expectationem
Ecclesise debitam servat. Nam ut omittam quod me-

:
cum nosti, quam sit tremendum deperjurio
judicium
di vinum
illud certe scio, nulli nos deinceps suc-
illius cui juratur, quam novit ille qui jurat, fidem censere debere qui nobis juraniibus non crediderit,
jurationis impleri. Nam verba difficillime compre- si talis viri perjurium non modo æquo animo feren-
hendunt, maxime breviter, sententiam cujus a ju- dum, verum etiam defendendum putabimus. Quodet
rante fides exigitur. Unde perjuri sunt, qui servatis
verbis, expectationem eorum quibus juratum estde-
ceperunt : et perjuri non sunt, qui etiam verbis non
servatis, illud quod ab eis cum jurarent expectatum ita se promisitab Hippone non recessurum,
,
a nobis et ab illo advertat illius misericordia, qui
eruit a tentatione sperantes in se. Sicut ergo in
commonitorio rescripsisti, impleat promissum

modum ego vel ipsiHipponenses nonrecedimus, qui-


quo
quemad-
est, impleverunt. Proinde quia Hipponenses sanctum
Pinianum non sicut damnatum, sed sicut carissimum
inhabitatorem suae civitatis habere voluerunt, etsi
verbis ejus non satis comprehendi potuit, usque adeo
nisi quod his qui juratione non detinentur ,
bus tamen et abeundietredeundi facultasest libera :
omnino et migrandi et non redeundi sine perjurii
etiam

tamen in promtu est quid ab illo exspectaverint, ut reatu potestas est.


quod nuncpostjurationem absens est, neminemmo- 5. Clericos sane nostros vel fratres in monasterio
constitutos, participes vel hortatores fuisse contume-
veat eorum, qui audire potuerunt, certa eum causa
profecturum esse, cum voluntate redeundi. Ac per
hoc perjurus nec erit, nec ab eis putabitur, nisi eo-
rum exspectationem deceperit. Non autem decipiet,
cum hoc quaesissem,
liarum tuarum, utrum probari possit, ignoro. Nam
dictum est unum tantummodo
Carthaginiensium de monasterio clamasse cum popu-
d'Hippone, qui demandaient Pinien pour prêtre, frère n'a pas été menacé de mort par le peuple
mais sans parler de vous autrement qu'ils le d'Hippone, quelque crainte qu'il ait pu avoir à
devaient. J'ai joint à cette lettre une copie de ce sujet. Tout ce qu'il y avait à craindre, et
la promesse de Pinien faite sous mes yeux et nous le redoutions nous-mêmes, c'était que
corrigée par moi, d'après la feuille même qu'il quelques misérables, comme il s'en mêle tou-
a signée. jours à la multitude dans quelque complot se-
cret, ne se portassent à des actes d'audace et
de violence, et qu'en jouant l'indignation, ils
LETTRE CXXVI. (1) ne profitassent de cette circonstance pour exci-
ter des séditions. Mais,comme nous l'avons en-
tendu dire après, rien de tel n'a été ni proféré,
Cette lettre est sur le mêmesujet que laprécédente. ni machiné. Des propos injurieux et indignes
SaintAugustin expose à Albine de quelle ma- ont été, il est voWLi, tenus contre notre frère
nière les choses se sont passées à Hippone au
sujet de Pinien, et tâche de la satisfaire sur ses
plaintes et sur ses soupçons mal fondés.
Dieu pour les auteurs de ce crime !.
Alype. Puissent ses prières obtenirgrâce devant
Après les
premières clameurs du peuple, je lui déclarai
que je n'ordonnerais pas Pinien malgré lui,
A LA SAINTE DAME ALBINE, VÉNÉRABLE SERVANTE promesse qui engageait ma foi, et j'ajoutai que
DE DIEU, AUGUSTIN, SALUT DANS LE SEIGNEUR. si malgré cela ils voulaient Pinien pour prêtre,
ils ne m'auraient plus pour évêque. Puis laissant
1. Il est juste de consoler et non d'augmen- la foule, je retournai à mon siège. Ma réponse,
ter la douleur de votre âme, douleur inexpri- à laquelle ils ne s'attendaient pas, jeta l'hésita-
mable d'après votre lettre. Nous chercherons tion et le trouble dans leurs rangs; mais comme
donc, s'il est possible, à vous guérir de vos une flamme excitée par le vent, la multitude
soupçons, sans vous les reprocher, comme nous redoubla de véhémence et d'ardeur, croyant
pourrions le faire s'il s'agissait de nos propres qu'elle pourrait ou m'arracher la violation de
intérêts. Ce serait attrister et troubler davan- ma promesse, ou que si je la tenais, elle pour-
tage votre cœur si digne de vénération et si rait faire ordonner Pinien par un autre évêque.
dévoué à Dieu. Pinien, votre fils et notre saint Je déclarai alors aux personnes les plus hono-
(1) Ecrite l'an 411. — Cette lettre était la 225e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la
126e se trouve maintenant la 20e.

lo, cum illum presbyterum peterent, non cum in te metus mortis ingestus est, etiamsi forte ipse tale.ali-
indigna jactarent. Adjunxi huic epistolse ipsius pro- quid timuit. Nam et nos metuebamus, ne ab aliqui-
missionis exempliam, ex chartula eadem translatum, bus perditis, qui ssepe multitudini occulta conspira-
quam ipse subscripsit, et me inspiciente emenda- tione miscentur, in violentam prorumperetur auda-
tum. ciam, occasione seditionis inventa, quam velut justa
indignatione concitarent. Sed sicut post audire po-
EPISTOLA GXXYI.
Ejtisdem arguments cum superiore; Albince scilicet Au-
guslinus exponit quomodo res apud Hipponem circa
tum :
tuimus, nihil tale a quoquam dictum est vel moli-
sed vere in fratrem meum Alypium multa
contumeliosa et indigna clamabant, a quo tamingenti
reatu utinam per illius orationes mereantur absolvi.
Pinianum gesta fuerit, expostulationibus ejus et Ego autem post primos eorum clamores, cum eis
male conceplis saspicionibus satisfaciens.
DOMINÆ SANOTÆ AC VENERABILI FAMULÆ DEI ALBI-
NÆ AUGUSTINUS IN DOMINO SALUTEM.
1. Dolorem animi tui, quem te scribis explrcare
pum non haberent ;
fide violata illum haberent presbyterum ,
dixissem de illo invito non ordinando, qua jam pro-
missione detinerer, atque adjecissem, quod si mea
me episco-
ad nostra subsellia, relicta tur-
ba, redieram. Tum illi aliquantulum inopinata mea
non posse, consolari sequum est, non augere : ut si responsione cunctati atque turbati, velut flamma
fieri potest, sanemus suspiciones tuas, non eispro ut vento paululum pressa, deinde coeperunt multo ar-
nostra causa succensendo, venerandum cor tuum et dentius excitari, existimantes fieri posse, utvelmihi
Deo dicatum amplius perturbemus. Sancto fratri extorqueretur illud non servare promissum, vel me
nostro filio tuo Piniano, nullus ab Hypponensibus tenente promissi fidem, ab alio episcopoordinaretur.
rables qui m'avaient accompagné à l'abside, que messe et non un serment, mais je l'observai
rien ne me ferait manquer à la religion de ma fidèlement;au milieu d'un si grand danger, qui
promesse, et que jamais, sans ma permission, toutefois n'était pas réel, comme nous nous en
Pinien ne serait ordonné prêtre dans une église sommes convaincus ensuite. S'il eut été véri-
confiée à ma direction. Je leur fis voir qu'en y table, nous y étions tous exposés, nous parta-
consentant, je trahirais mafoi.J'ajoutai encore, gions tous la même crainte, et comme je re-

;
qu'en voulant ordonner Pinien malgré lui, doutais que l'église ne fût profanée, je songeais
c'était vouloir qu'il s'en allât après son ordina- à me retirer mais il était encore bien plus à
tion, ce que le peuple regardait comme impos- craindre, que mon absence ne fût la cause de
sible. Cependant la multitude, qui était devant quelque évènement, que le respect pour les
les degrés de la tribune, persistant dans sa vo- saints lieux fut moins grand, et le ressentiment

,
lonté en poussant d'horribles clameurs, je ne du peuple plus ardent. Ensuite si je sortais avec
savais plus à quelle résolutiorèm'arrêter. Ce fut mon frère Alype au milieu de la foule com-
alors que des cris indignes proférés contre mon pacte, quelquemisérable pouvait porter la main
frère Alype, me firent craindre que le peuple sur lui. D'un autre côté, pouvais-je partir sans
n'en vînt à des excès plus graves. lui? S'il lui était arrivé malheur, j'aurais paru
2. Malgré l'émotion que me causaient le tu- l'abandonner, pour le livrer à la fureur du
multe de la foule et le trouble qui régnait dans peuple.
l'église, et quoique je n'eusse rien dit autre 3. Au milieu de ces agitations et de ces dou-
à
chose à ceux qui m'entouraient sinon que je leurs,quime permettaient peine letemps de res-
n'ordonnerais pas Pinien malgré lui, je ne vou- pirer pour prendre une résolution, voilà que tout
lus même pas l'engager à recevoir la prêtrise ;
à coup et inopinément, notre saint fils Pinien
car s'il y eut consenti, ce n'est plus malgré lui envoya vers moi un serviteur de Dieu, pour
qu'il aurait été ordonné, mais j'avais promis me dire qu'il voulait jurerau peuple, que si on
également de m'abstenir de tout conseil à cet l'ordonnait malgré lui, il quitterait entière-
égard. J'ai donc tenu religieusement cette ment l'Afrique. Il pensait ainsi mettre un terme
double promesse, non-seulement celle que j'a- aux clameurs du peuple, qui sachant bien que
vais déclarée ouvertement au peuple, mais en- Pinien ne se parjurerait pas, cesserait de per-
core celle dont je n'avais qu'un seul témoin sister dans une résolution, qui aboutirait à
parmi les hommes. C'était seulement une pro- chasser de l'Afrique un homme, dont le voisi-

Dicebam ego quibus poteram, qui ad nos in absidem uno teste, quantum ad homines adtinet, detinebar.
honoratiores et graviores adscenderant, nec a pro-
:
Servavi, inquam, fidem promissionis, non jurationis,
missi fide me posse dimoveri, nee ab alio episcopo in

:
in tanto periculo quod licet falso, sicut postea com-
Ecclesia mihi tradita, nisi me interrogato ac permit- perimus, metuebatur; omnibus tamen, si quod esset,
tente, posse ordinari : quod si permitterem, a fide communiter impendebat et erat metus ipse com-
nihilominus deviarem. Addebam etiam, nihil eos munis, ac propter ecclesiam in qua eramus, maxime
velle, si ordinaretur invitus, nisi ut ordinatus absce- metuens abscedere cogitabam Sed metuendum fuit,
deret. Illi hoc posse fieri non credebant. Multitudo ne magis me absente tale aliquid faceret et reveren-
vero pro gradibus constituta, horrendo et perseveran- tia minor, et dolor ardentior. Deinde si cum fratre
tissimo clamorum fremitu in eademvoluntate persis- Alypio discederem per populum constipatum, caven-
tens, incertos animi consiliique faciebat. Tunc illa in dum fuit ne quisquam in eum manum mittere aude-
fratrem meum indigna clamabantur, tunc a nobis ret. Si autem sine illo, quæ frons esset existimationis,
graviora timebantur. si quid ei fortassis accideret; et viderer eum propte-
2. Sed quamvis tanto motu populi et tanta pertur- rea deseruisse, ut furenti populo traderetur?
batione ecclesise permoverer, nec aliud constipationi 3. Inter hos sestus meos gravemque mserorem, et

:
illi dixissem, nisi eum me invitum ordinare non
posse nec sic tamen adductus sum, quia et hoc pro-
miseram non me fuisse facturum, ut aliquid ei de
nullius consilii respirationem, ecce repente atque
inopinate sanctus filius noster Pinianus mittit ad me
servum Dei, qui mihi diceret, eum se velle populo
suscipiendo presbyterio suaderem : quod si persua- jurare, quod si esset ordinatus invitus, ex Africa
dere potuissem, non jam ordinareturinvitus. Servavi omnino discederet : credo existimans eos, quando-
utriusque promissionis fidem, non solum illius quam quidem pejerarenon posset, non jam ulterius in-
jam populo patefecerarn; verum etiam illius in qua fructuosa perseverantia clamaturos, ad expellendum
nage était du moins d'un grand intérêt pour saint fils et lui rapportai la décisiondu peuple,
nous. Mais voyant que ce serment pouvait à laquelle il consentit sans balancer. Je l'an-
aigrir encore davantage l'esprit de la multitude, nonçai au peuple qui en témoigna sa joie, et ne
je n'en fis pas mention; comme Pinien me demanda plus que le serment qui lui avait été
priait de venir le trouver, je m'empressai de promis.
me rendre à son désir. Il me répéta la même 4. Je trouvai Pinien, incertain sur les termes
chose, en y aj outant ce qu'il venait de me faire dans lesquels devait être conçue sa promesse
dire par un autre serviteur que je rencontrai en accompagnée d'un serment, dans le cas de né-
chemin, savoir, qu'il resterait à Hippone, si on cessités pressantes et subites, qui l'obligeraient
ne lui imposait pas le fardeau de la cléricature. à s'éloigner. Il me témoigna aussi la crainte de
Soulagé au milieu de ces angoisses, comme par quelqu'invasion ennemie, au danger de laquelle
un air vivifiant, je ne lui répondis rien, mais je son départ seul pouvait le soustraire. La sainte
me hâtai d'aller trouver mon frère Alype, et lui dame Mélanie voulait également qu'on fît
men-
répétai ce que Pinien m'avait dit. Craignant tion des cas de maladies produites par un mau-
sans doute que sur son conseil on ne fît quelque vais air, mais Pinien n'admit point cette réserve.
chose qui pût vous offenser, Alype me répon- Je lui dis que le motif d'un départ amené
:
dit « Que personne ne me consulte là-dessus.» par la nécessité, était grave et méritait d'être
pris en considération, puisque le cas échéant,
Je le quittai et me dirigeai vers le peuple qui
était toujours dans une grande agitation. Ayant il obligerait également tous les citoyens d'Hip-
obtenu le silence, je fis part à la multitude de pone à s'éloigner, mais que si l'on en parlait
ce que Pinien venait de promettre, s'obligeant au peuple, il était à craindre qu'il ne prît cela
à le confirmer par serment, mais le peuple qui comme un présage de mauvais augure, et que
n'avait d'autre pensée et d'autre désir que d'a- si d'un autre côté on faisait mention de départ
voir Pinien pour prêtre, n'accepta pas, comme
je l'avais cru, l'offre qui lui était faite. Après
quelques moments d'hésitation il demanda qu'à
,
nécessité par un accident imprévu, il pouvait
regarder cela comme une arrière-pensée de
fraude. Il fut cependant convenu qu'on tente-
sa promesse et à son serment, Pinien ajoutât rait ce moyen près du peuple, et tout arriva
que quand il consentirait à recevoir la clérica- comme je l'avais prévu. En effet, les premiers
ture, ce ne serait pas dans une autre église que mots lus par le diacre furent accueillis avec
celle d'Hippone. Je retournai auprès de notre joie, mais à ceux de «en cas de nécessité»,

hinc hominem, quem saltern deberemus habere vici- placuisset, non nisi in ipsa Hipponensi ecclesia con-
num. Mihi autem, quia videbaturvehementiorem eo- sentiret. Retuli ad eum, sine dubitatione annuit. Re-
;
rum dolorem post hanc jurationem fuisse metuen-
dum, apud me tacitus habui et quia simul petierat,
ut ad eum venirem, non distuli. Cum mihi dixisset
nuntiavi illis, laetati sunt; et mox jurationem pollici-
tatam poposcerunt.
4. Reverti ad filium nostrum, eumque inveni fluc-
hocipsum, continuo et illud adjunxit eidem jura- tuantem quibusnam verbis comprehendi posset illa
tioni, quod mihi, dum ad eum pergo, per alium Dei cum juratione promissio, propter necessitates ir-
servum mandaverat, de prsesentia scilicet sua, si ei ruentes, quae possent eum ut abscederet cogere. Si-
clericatus sarcinam nolenti nullus imponeret. Hic mul etiam quid timeret ostendit, ne quis irruisset
ego in tantis angustiis quasi aura spirante recrea- hostilis incursus, qui esset discessione vitandus.Vo-
tus, nihil ei respondi; sed ad fratrem Alypium gradu lebat addi sancta Melania, et aeris morbidi causatio-
concitatiore perrexi, eique quid dixerit dixi. At ille, nem : sed illius responsione reprehensa est. Ego
ut existimo, devitans ne quid se auctore fieret, unde autem dixi, gravem ab illo et non contemnendam
vos putabat offendi, « Hinc me, inquit, nemo consu- oausam necessitas ingestam, quæ civis etiam emi-
lat. Quo audito, ad populum tumultuantem per-
rexi, factoque silentio, quid promissum esset cum
promissione etiam jurationis aperui. Illi vero qui so-
grare compelleret : sed si hæc populo dicerentur,
timendum esse ne male nos ominari videremur si
autem sub necessitas nomine fieret excusatio, non
:
lum ejus presbyterium cogitabant atque cupiebant,
non ita ut putabam quod oblatum fuerat acceperunt;
sed inter se aliquantulum mussitantes, petiverunt ut
ut de hac re populi animum experiremur ;
nisi fraudulentamnecessitatem putari. Placuit tamen
et nihil
aliud quam id quod putaveramus invenimus. Nam
j
adderetur eidem promissioni atque urationi, ut si
quando illi ad suscipiendum clericatum consentire
cum ejus verba a diacono dicta recitarentur, et om-
nia placuissent; ubi nomen interpositae necessitatis
les clameurs recommencèrent aussitôt. On re- l'émotion du peuple et quels discours il a tenus,
jeta les promesses de Pinien, et le peuple crut lorsque quelques jours après il apprit le départ
à une ruse employée pour le tromper. Alors, de Pinien. Quiconque a pu vous dire quelque
notre saint fils ordonna de rayer le mot de chose de contraire à ce que je vous ai mandé,
nécessité, et la joie du peuple éclata de nou- a voulumentir,ou se trompelui-même. J'ai passé
veau. il est vrai, certaines choses qui ne me regardent
5. Pinien ne voulut pas aller vers le peuple pas; cependant je n'ai rien dit de faux. Que
sans moi, quoique je m'en excusasse à cause de notre saint fils Pinien ait juré en ma présence
ma fatigue. Nous y allâmes donc ensemble. Il
déclara que c'était lui qui avait chargé le diacre
;
et avec ma permission, c'est vrai mais qu'il
ait juré d'après mes ordres ou mes conseils,
de dire ce qu'on venait d'entendre, qu'il avait c'est faux. Pinien le sait lui-même. Les servi-
juré et qu'il tiendrait son serment. Ensuite il teurs de Dieu qu'il m'a envoyés le savent égale-

:
répéta tout ce qu'il avait dicté. Le peuple ré-
pondit «Rendons grâces à Dieu », et demanda
que tout fût écrit et signé. Nous congédiâmes
ment; d'abord notre saint frère Barnabé, en-
suite notre frère Timase, chargé de m'annon-
cer sa promesse de restera Hippone. Le peuple
les catéchumènes, et Pinien signa ce qu'on ve- lui-même par ses clameurs, contraignait Pinien
nait d'écrire. Il nous fut ensuite demandé à nous à la prêtrise et non pas au serment, mais quand
évêques, non pas directement par le peuple, on lui offrit le serment de votre fils, il ne le re- N

mais de la part du peuple et par l'intermédiaire poussa pas, dans l'espoir que le séjour de Pi-
de quelques honorables fidèles, de signer égale- nien au milieu de nous, pourrait l'amener à
ment. Mais lorsque je commençais à signer, la consentir à recevoir les ordres.D'un autre côté,
sainte dame Mélanie s'y opposa. Je fus étonné il craignait que si Pinien était ordonné malgré
de cette résolution si tardive, comme si l'ab- lui, il ne s'éloignât d'Hippone comme il l'avait
sence de nos signatures pouvait rendre sans juré. Ce motif et le désir de favoriser l'œuvre
valeur la promesse et le serment de Pinien ! de Dieu, sont l'unique cause des clameurs du
Cependant j'obéis, ma signature resta inache- peuple, car la sanctification de là prêtrise, est
vée,et personne n'insista plus pour nous obliger toujours l'œuvre de Dieu. Si ensuite les gens
à signer. d'Hippone n'ont pas accueilli favorablement la
6. Je crois avoir suffisamment démontré par promesse faite par Pinien de rester parmi eux,
le mémoire adressé à votre sainteté, quelle a été à moins d'y ajouter, que s'il consentait à rece-

insonuit, continuo reclamatum est, promissioque dis- sisse didicerunt, fuerint motus vel linguae hominum,
plicuit, tumultu recrudescente, et nihil aliud quam quantum satis arbitratus sum, sanctitati vestræ per
fraude secum agipopulo existimante. Quodcumsanc- commonitorium intimare curavi. Quisquis itaque
tua filiusnostervidisset, jussit inde auferrinomenne- vobis contraria his, quæ narravi, forte narravit, aut
cessitatis, rursumque ad laetitiam populus-remeavit. mentitur, aut fallitur. Quaedam enim quae mihi ad
5. Et cum lassitudinem excusarem, sine me ad curam non pertinere visa sunt, praetermisisse me
plebem accedere noluit, simul accessimns. Dixit ei sentio; nulla tamen falsa dixisse. Proinde sanctus
quæ a diacono audita erant se mandasse, se jurasse filius noster Pinianus, quod me præsente ac permit-
:
eaque se esse facturum, continuoque omnia eo te- tente juraverit, verum est quod autem me praeci-
nore, quo dictaverat, prosecutus est. Responsum est piente juraverit,falsumest. Scit ipse, sciunt servi
Deo gratias : et petitum ut totum scriptum subscri- Dei, quos ad me misit, primo sanctus Barnabas,
beretur. Dimisimus catechumenos, continuo scriptum deinde Timasius, per quem etiam de promissione
subscripsit. Deinde peti coepimus nos episcopi, non praesentiae suæ mihi mandavit. Ipse quoque populus
vocibus populi, sed tamen a populo per honestos ad presbyterium, non ad jusjurandum clamando co-
fideles, ut nos quoque subscriberemus. At ubi coepi gebat : sed oblatum sibi non respuit, ea spe quo
subscribere, sancta Melania contradixit. Miratus posset in eodem apud nos habitante voluntas fieri,
sum quare tam sero, quasi promissionem illam et quo consentiretad ordinationem, ne sicut
juraverat,

infectam:
jurationem nos, non subscribendo, facere possemus si invitus ordinaretur, abscederet. Ac per hoc et illi
sed tamen obtemperavi : ac sic remansit propter opus Dei clamaverunt, (neque enim sancti-
mea non plena subscriptio, nec ultra nobis quisquam ficatio presbyterii non est opus Dei) et
quod postea
ut subscriberemus putavit instandum. de promissa praesentia gratulati non sunt, nisi ad-
6. Qui autem alio die posteaquam ipsum disces- deretur, quod si quando ad suscipiendum clericatum
voir la cléricature, ce serait dans l'église d'Hip- qu'il l'a pu. Combien plus ardemment devait-il
pone, c'est une preuve évidente de ce qu'ils es- donc aimer dans notre saint frère Pinien le gé-
péraient de la présence de Pinien au milieu néreux dévouement, avec lequel il avait mé-
d'eux, et en cela ils n'ont pas cessé de désirer prisé et foulé aux pieds tant de grandeurs du
l'œuvre deDieu. siècle, tant de richesses, tant d'espérances,
7. Pourquoi donc dites-vous qu'ils ont uni- ?
pour se tourner vers le Seigneur Pour moi,
selon l'opinion de ceux qui jugent les autres
quement agi par le sordide appât de l'argent.
En quoi cet argent regardait-il le peuple qui d'après eux-mêmes, je parais, non pas avoir
?
faisait entendre ces clameurs Le peuple de méprisé, mais avoir acquis des richesses, car
Thagaste
-
n'a rien retiré des biens que vous c'est à peine si les biens paternels que j'ai
avez donnés à l'église de leur ville, si ce n'est abandonnés, peuvent aller à la vingtième partie
la joie de vous voir accomplir une bonne œuvre. de ceux de l'église, dont on me croit le posses-
Il en est de même de celui d'Hippone et de seur et le maître. Mais partout, et surtout en
tout autre lieu, où vous pourriez suivre les pré- Afrique, où Pinien serait, je ne dis pas prêtre,
ceptes du Seigneur, en faisant un noble usage mais évêque, il sera toujours pauvre si on veut
«
de la mammone d'iniquité.» Si doncle peuple comparer son ancienne opulence avec les biens
d'Hippone dans l'intérêt de son église, a désiré de son église, quand bien même il en jouirait
avec tant d'ardeur de s'attacher un homme en maître. C'est donc dans un homme comme
aussi distingué que Pinien, ce n'est pas pour lui, où l'on ne peut supposer aucun désir d'aug-
tirer de vous un avantage pécuniaire, mais menter ses richesses, que la pauvreté chré-
parce qu'il aimait et estimait en vous votre mé- tienne attire le plus l'estime et l'affection des
pris de l'argent. Si le peuple a aimé quelque hommes, parce que cette pauvreté paraît plus
chose en moi, c'est en apprenant que pour me
consacrer tout entier au service de Dieu, j'a-
vais abandonné à l'église de Thagaste,ma patrie
:
pure et plus désintéressée. Voilà ce qui a tou-
ché le peuple d'Hippone voilà la cause de ses
clameurs opiniâtres! Ne les accusons donc pas
selon la chair,quelques petits champs paternels. d'une sordide cupidité, mais laissons-les du
Il n'a pas été jaloux de ce que j'avais fait pour moins aimer dans les autres, sans leur en faire
cette église, mais comme le peuple de Thagaste un crime, le bien qu'ils n'ont pas. Ce serait-il
ne m'avait pas imposé la cléricature, celui même trouvé dans les rangs delà multitude des
d'Hippone a cherchéà m'attachera son église dès pauvres et des mendiants, qui aient mêlé leurs

consentire vellet, nonnisi in Hipponensi ecclesia flagrantius in nostro Piniano amare potuerunt tan-
consentiret; satis in promptu est, quod etiam de ipsa tam mundi hujus cupiditatem, tantas opes, tantam
ejus apud sehabitatione speraverint, ideoque ab illo spem, tanta conversione superatam atque calcatam ?
operis Dei desiderio non recesserunt. Ego quippe secundum multorum sensum comparan-
7. Quomodo ergo dicis hoc eos fecisse turpissimo tium semetipsos sibimetipsis, non divitias dimisisse,
appetitu pecuniæ Primo quia ad plebem quse cla- sed ad divitias videor venisse. Vix enim vigesima
mabat, omnino non pertinet. Sicut enim plebs particula res mea paterna existimari potest, in com-
Thagastensis de his, quæ contulistis ecclesiae Tha- paratione praediorum ecclesiæ, quæ nunc ut domi-
gastensi, non habet nisi gaudium boni operis vestri; nus existimor possidere. In qualibet autem maxime
sic et Hipponensis et cujuslibet alterius loci, ubi de Africanarum ecclesiarum, hic noster, non dico pres-
mammona iniquitatis Domini præcepta fecistis, vel byter, sed episcopus sit, comparatus pristinis opi-
estia ubicumque facturi. Non ergo populus ut de bus suis, etiamsi animo dominantis egerit, pauper-
tanto viro ecclesiæ consuleret suæ ardentissime fla- rimus erit. Multo ergo liquidius et securius in hoc
gitans, suum pecuniarium quaesivit commodum a amatur Christiana paupertas, in quo nulla rerum
Yobis; sed vestrum pecunise contemptum dilexit in ampliorum potest putari cupiditas. Hoc accendit
vobis.Nam si in me dilexerunt, quod audierant pau- animos populi, hoc in illam violentiam perseveran-
cis agellulis paternis contemptis, ad Dei liberam ser- tissimi clamoris erexit. Non eos turpis cupiditatis
vitutem me fuisse conversum, neque in hoc invide- insuper accusemus, sed magis bonum quod ipsi non
runt ecclesiae Thagastensi, quæ carnalis patria mea habent, saltem in aliis diligere sine crimine permit-
est, sed cum illa clericatum mihi non imposuisset, tamus, Nam etsi fuerint illi multitudini permixti
quando potuerunt, habendum invaserunt : quanto inopes vel mendici, qui simul clamabant, et de
cris à ceux du peuple, dans l'espoir de tirer de non en nous faisant craindre la mort de notre
l'abondance de vos richesses quelque soulage- chair, comme on prétend que le peuple d'Hip-
ment à leur misère, ce n'est pas encore là ce pone l'a fait pour Pinien, mais la perte de notre
qu'on peut appeler une sordide cupidité. réputation, que nous devons préférer à cette vie
8. Il n'y a donc plus qu'à rejeter indirectement mortelle, en considération des faibles auxquels
sur les clercs et surtout sur l'évêque, le soup- nous devons donner en toutes choses l'exemple
çon d'un attachement honteux pour l'argent.On des bonnes œuvres.
nous croit maître des biens de l'Église, avec le 9. Cependant quoique vous nous forciez ainsi
pouvoir d'en dispenser à notre gré. Cependant, de jurer, nous n'avons pas de ressentiment
tout ce que nous en avons reçu, nous le possé- contre vous comme vous en avez contre le peuple

;
dons encore, ou nous en avons dépensé ce qui
nous a paru nécessaire mais à l'exception du
clergé et des religieux du monastère, le peuple
d'Hippone. Vous croyez, en effet, de nous ce que
les hommes peuvent croire des hommes, et bien
que le mal que vous supposiez en nous n'y soit
n'en a rien eu, si ce n'est un très-petit nombre pas, il pourrait cependant y être. Nous devons
d'indigents. Je ne dis pasque ces propos aient donc chercher à vous guérir de vos soupçons,
été tenus par vous principalement sur notre mais non à nous en plaindre, et à rendre notre
compte, mais c'est contre nous seuls qu'on réputation pure devant vous comme notre cons-
pourrait les tenir, avec quelque vraisemblance. cience l'est devant Dieu. Peut-être, comme nous
Que devons-nous donc faire? Par quel moyen
pouvons-nous nous justifier, sinon devant nos
ennemis, du moins devant vous? Il s'agit ici
ciel ne nous eût soumis à cette épreuve ,
le disions, mon frère Alype et moi, avant que le
peut-
être Dieu nous accordera-t-il la grâce de faire
d'une chose qui est tout entière dans le for de voir non-seulement à vous que nous regardons
l'âme, loin des regards des hommes et connue comme unis avec nous dans le corps de Jésus-
de Dieu seul. Nous ne pouvons donc qu'invo- Christ, mais aussi à nos plus grands ennemis,
quer le témoignage de celui dont elle est con- que ce n'est pas un sordide amour pour l'argent
nue. Dans les sentiments où vous êtes à notre qui nous fait agir dans tout ce qui concerne
égard, vous ne nous ordonnez pas de jurer, ce l'Eglise. En attendantcette grâce, si le Seigneur
que pourtant dans votre lettre vous me repro- daigne nous l'accorder, nous faisons ce qui nous
chez comme une faute à l'égard de Pinien,mais est imposé par les circonstances, pour guérir
ce qui est bien pire, vous nous y contraignez, sans délai votre cœur et vos soupçons à notre

;
vestra venerabili redundantia indigentiæ suae sup- pulus Hipponensis fecisse putatus est, sed intentato
plementum sperabant nec ista, ut arbitror, cupiditas metu mortis existimationis nostræ, quæ propter in-
turpisest. firmos quibus nos prsebere ad exemplum bonorum
8. Restat ergo ut iste pecuniæ turpissimus appe- operum qualicumque conversatione conamur, etiam
titus ex obliquo in clericos, et maxime in episcopum vitæ carnis hujus utique prseponenda est.
dirigatur. Nos enim rebus ecclesise dominari existi- 9. Verumtamen vobis nos ita cogentibus ut jure-
mamur, nos opibus frui. Postremo quidquid de istis mus non succensemus, sicut vos Hipponensibus
nos accepimus, nos vel adhuc possidemus, vel ut succensetis. Creditis enim tamquam homines de ho-
placuit erogavimus : nihil inde populo extra clerica- minibus, etsi ea quae in nobis non sunt, non tamen

;
tum vel extra monasterium constituto, nisi paucis- ea quæ in nobis esse non possunt. Sananda ista in
simis indigentibus largiti sumus. Non ergo dico quia vobis, non accusanda sunt et nostra purganda vobis
vel in nos maxime a vobisdici ista debuerunt, verum- est fama, si est Domino purgata conscientia. Qui
tamen in nos solos credibiliter dici potuerunt. Quid fortasse praestabit, sicut, antequam accidisset ista
ergo faciemus? Qua nos, si apud inimicos non pos- tentatio, ego et frater meus Alypius collocuti sumus,
?
sumus, saltern apud vos ratione purgamus Res hæc non ut solum vobis carissimis commembris nostris,
animi est, intus est, procul ab oculis secreta morta- verum etiam ipsis inimicissimis notissimum fiat,
lium, Deo tantummodo nota est. Quid ergo restat, nulla nos cupiditate pecuniae in rebus ecclesiasticis
nisi Deum testari cui nota est. Cum ergo de nobis sordidari. Quod donec fiat, si Dominus donabit ut
ista sentitis, non praecipitis (quod multo melius est. fiat, ecce 'nunc interim quod cogimur facimus, ne
et quod mihi in epistola tua tamquam culpabile obji- vestri cordis medicinam in quantamlibet moram tem-
ciendum putasti) sed omnino cogitis ut juremus; poris differamus. Deus testis est, istam omnem
non intentato metu mortis carnis nostrse, quod po- rerum ecclesiasticarum procurationem, quarum cre-
égard. Je prends Dieu à témoin, que l'adminis- vous, comme vous le savez, ni fait de notre mi-
tration des biens ecclésiastiques, par l'amourdes- nistère un commerce d'avarice, Dieu en est té-
quels on nous croit dominés, non-seulement je ne moin. » (I. Thess. 11, 5.) Il les prenait à témoin
l'aime pas, mais encore que je la regarde comme pour une chose manifeste, mais pour une chose
une charge, comme une servitude que la crainte cachée, qui prendre à témoin, si ce n'est Dieu?
de Dieuet la charité pour mes frères m'obligent à Si donc il craignait que les hommes, dans leur
supporter, et que mon plus grand désir serait d'en ignorance, ne crussent quelque chose de tel sur
être délivré, si cela pouvait s'accorder avec les son compte, lui qui travaillaitpour tous, lui qui
devoirs de mon ministère. Je prends également pour son usage personnel, si ce n'est par la plus
Dieu à témoin, que mon frère Alype est animé urgente nécessité, ne recevait rien de ceux aux-
des mêmes sentiments. Cependant c'est en quels il dispensait la grâce de Jésus-Christ,
croyant le contraire à son égard que le peuple mais qui se procurait par son travail ce qu'il
d'Hippone l'a indignement outragé. Et vous,
saintes âmes de Dieu, remplies de sa charité et nous mettre à l'abri de pareils soupçons ,
lui fallait pour vivre; combien plus devons-nous
nous
de sa miséricorde, c'est moi que vous avez vou-
lu reprendre et atteindre par vos soupçons en
parlant seulement du peuple d'Hippone, que
, ;
qui sommes si au-dessous de sa sainteté et de
sa vertu nous qui ne pouvons pas nous procu-
rer par le travail de nos mains ce qui nous est
cette accusation de cupidité ne regardait en
rien. Mais comme en voulant me reprendre vous , ,
nécessaire pour le soutien de notre vie et qui,
si nous le pouvions en serions empêchés par
n'avez point agi par un sentiment de haine, ce
que je ne puis supposer en vous, bien loin d'é-
prouver aucun ressentiment contre vous, je vous
,
les nombreuses occupations, que n'avaient pas,
je crois les apôtres eux-mêmes. Qu'on ne re-
proche donc pas au peuple chrétien, qui est l'é-

mise pour dire à un évêque ,,


remercie de la liberté chrétienne que vous avez
sans l'outrager,
glise de Dieu, un vil et honteux amour de l'ar-
gent. Il serait plus pardonnable de nous faire
vos sentiments à son égard
fait comprendre indirectement.
et de les lui avoir

10. Ne croyez pas que j'aie voulu vous cau-


avec plus de vraisemblance sur nous ,
ce vif reproche qui, bien que faux, tomberait
que sur
ces chrétiens dont l'esprit étranger à une telle
ser aucune peine, parce que je me suis cru obli- cupidité, doit aussi rester en dehors d'un pareil
gé de jurer. L'apôtre ne voulait pas affliger, soupçon.
et n'en aimait pas moins ceux à qui il disait : 11. Quiconque est doué de quelque foi, à
« Nous n'avons jamais employé la flatterie avec plus forte raison de la foi chrétienne, ne doit

dimur amare dominatum, propter servitutem quam testis est. (I. Thess. II, 5.) Rei quippe. apertæ ipsos

;
debeo caritati fratrum et timori Dei, tolerare me,
non amare ita ut ea, si salvo officio possim, carere
desiderem. Nec aliud me de fratre meo Alypio sen-
testes adhibuit; rei autem occultæ quem,nisiDeum?
Si ergo ille merito est veritus ne humana ignorantia
de illo aliquid tale sentiret, cujus labor omnibus in
tire, ipse Deus testis est. Tamen et de illo aliter promptu erat, quod nisi summa necessitate a popu-
sentiendo populus, et quod est gravius, Hipponensis, lis quibus gratiam Christi dispensabat, in usus suos
in tantas est illius præcipitatus injurias: et de nobis aliquid non sumebat, cetera vera sua victui neces-
vos sancti Dei et pleni visceribus misericordiæ talia saria suis manibus transigebat : quanto magis nobis
credendo, nomine ejusdem populi, qui ad causam
hujuscemodi cupiditatis omnino non pertinet, nos tis et virtute animi longe impares sumus ;
laborandum est, ut credatur, qui et merito sanctita-
nec ali-
tangere atque admonere voluistis; utique ad nos
corrigendos, neque enim odio, quod absit a vobis
unde non irasci, sed gratias agere debeo, quod nec
: :
quid ad sustentacula hujus vítæ operari nostris
manibus possumus et si possemus, tantis occupa-
tionibus, quas tunc illos non credo fuisse perpessos,
verecundius nec liberius agere potuistis, ut episcopo nequaquam sineremur? Non ergo ulterius in hac
non quasi conviciose objiceretis quod sentiebatis, causapopulo Christiano, quæ Ecclesia est Dei, obji-
sed exobliquo intelligendum relinqueretis. ciatur pecuniæ turpissimus appetitus. Tolerabilius
10. Nec molestum sit vobis, ut vos velut gravatos enim nobis objicitur, in quos hujus mali quamvis
arbitremini, quia jurandum putavi. Neque enim falsa, tamen veri similis suspicio cadere potuit, quam
gravabat Apostolus, aut eos parumdiligebat, quibus illis, quos ab hoc appetitu et suspicione constat esse
dicebat, « Non in sermone adulationis fuimus apud alienos.
vos, sicutscitis; nec in occasione cupiditatis, Deus 11. Denegare autem jurationem qualibet fide
pas balancer à croire à la sainteté du serment. rer, nous, nous osons mettre en question, si
En douter même serait un crime. Je me suis un serment arraché par la force doit être ob-
entièrement ouvert à ce sujet dans ma lettre à servé par des serviteurs de Dieu d'une sainteté
mon frère Alype. Cependant votre sainteté me
demande « si moi ou les habitants d'Hippone,
nous croyons à l'obligation de tenir un serment
tous leurs biens aux pauvres ,
éminente, par des religieux qui ont distribué
pour accomplir
dans toute leur plénitude et leur perfection les
arraché parla violence.»Qu'en pensez-vous vous-
même? Admettez-vous que même en présence
préceptes de Jésus-Christ !
12. En quoi je vous le demande la promesse
d'une mort certaine, ce qui n'était nullement à de Pinien de resterparmi nous ressemble-t-elle
craindre pour Pinien, un chrétien puisse invo- à un exil, à une déportation? Je pense que la
quer le nom de son Dieu,et le prendre à témoin prêtrise n'est point un exil, et Pinien aurait dû
d'une fausseté? Si même il ne s'agissait pas de la préférer à cette prétendue relégation parmi
serment, mais uniquement de rendre un faux nous. Mais Dieu nous préserve de défendre de
témoignage sous peine de mort, il devrait moins la sorte un homme si saint devant Dieu, et si
craindre de perdre la vie que de la souiller par
un tel crime. Quand deux firmées ennemies tout
armées en viennent aux mains,c'est certainement
cher à nos cœurs! Dieu nous préserve de
,
dire qu'il a préféré l'exil au sacerdoce et le
!
parj ure à l'exil Je pourrais dire cela si réelle-
dans des intentions mutuelles de massacre et de ment la promesse de rester parmi nous lui avait
mort; cependant lorsqu'elles s'engagent l'une été arrachée de force par nous ou par le peuple.
envers l'autre par quelque serment, nous louons Elle ne lui a pas été extorquée quand il la refu-
ceux qui ont gardé la foi jurée,et nous détestons sait, mais on l'a acceptée quand ill'offrait, et
avec raison ceux qui la violent, quoique de part cela comme je l'ai dit plus haut, dans l'espoir
et d'autre le serment ait été fait par la crainte que son séjour parmi nous pourrait le porter
de la mort ou de la captivité. Quoi! lorsqu'on ne à recevoir la cléricature, et à se rendre au dé-
tient pas un serment donné sur le champ de sir du peuple. Enfin, quoiqu'on dise de nous et

ou de la captivité ;
bataille, et arraché par la crainte de la mort
quand on n'observe pas la
foi qui a été jurée, on passe pour parjure et
des gens d'Hippone, il y aurait toujours une
grande différence entre ceux qui l'auraient for-
cé de jurer, et ceux qui l'auraient, je ne dis pas
!
sacrilège Et quand ceux-mêmes, qui ne se font forcé, mais engagé à se parjurer. Que Pinien
aucun scrupule de tuer, craignent de se parju- lui-même ne refuse pas d'examiner lequel est

præditas mentes, quanto magis fide Christiana, non


dico aliquid contrarium confirmare, sed omnino
dubitare fas non est. De qua re quid sentiam, satis,
:
tales homines qui magis metuunt pejerare, quam
hominem occidere et nos utrum implenda sit ex-
torta juratio servorum Dei, munere sanctitatis præe-
ut arbitror, in epistola quam ad fratrem (Alypium) minentium, monachorum ad perfectionem manda-
meum scripsi, plenissime aperui. Scripsit mihi sanc- torum Christi rerum etiam suarum distributione
titas tua, « si aut ego aut Hipponenses hoc censent, currentium, quasi disceptaturi ponimus quæstionem
ut jurejurando violenter extorto satisfiat. » Tuenim 12. Nam quid exsilii vel deportationis aut relega-
ipsa quid censes? Placetne tibi, utetiam certamorte tionis nomine promissa ílla præsentía prægravatur,
imminente, quod tunc inaniter metuebatur, nomen obsecro te? Puto quod presbyterium non est exsi-
Domini Dei sui in fallaciam Christianus assumat. lium. Hoc ergo noster eligeret, quamillud exsilium?
Deum suum testem falsitati Christianus adhibeat? Absit a nobis, ut sic sanctus Dei et nobis carissimus
Qui profecto si præter jurationem ad falsum testi- defendatur. Absit, inquam, ut dicatur maluisse exsi-
monium morte imminente cogeretur; maculare vi- lium quam presbyterium, aut maluisseperjurium
tam suam magis timere debuit quam finire. Hostiles quam exsilinm. Hæc dicerem, si vere a nobis, aut a
inter se acies et armatæ, certe apertissima mortis populo juratio ei fuisset extorta promittendæ præ-
intentatione confligunt; et tamen cum invicem ju- sentiæ : nunc vero non extorta est dum negaretur,
rant, laudamus fidem servantes, fallentes autem sed dum offerretur accepta. Et hoc ea spe, sicut
merito detestamur. Ut autem jurarent, quid utræ- supra diximus, quiaper illampræsentiam creditum
que ab alterutris, nisi occidi vel capi timuerunt? Ac est, eum etiam ad clericatum suscipiendum posse
per hoc vel mortis vel captivitatis metu extortæ jura- desiderantibus consentire. Postremo quodlibet de
tioni nisi pareatur, nisi fides quæ ibi data est custo- nobis vel de Hipponensibus sentiatur, longe alia est
diatur, sacrilegii, perjurii crimine detinentur, etiam eorum causa qui coëgerínt jurare, quam eorum qui
le pire, de jurer sous l'empire d'une crainte triction. Mais qu'importe après toùt qu'on ait,
quelconque, ou de se parjurer quand il n'y a ou qu'on n'ait pas intercalé la nécessité d'un
plus rien à craindre? départ, on attend rien autre chose de Pinien
13. Rendons grâces à Dieu de ce que ceux sinon ce que j'ai dit plus haut. Mais quiconque
d'Hippone n'aient jamais compris autrement trompe l'attente de ceux à qui il fait un serment
l'accomplissement de la promesse de Pinien, est parjure.
que par un séjour volontaire parmi eux, lui 14. Qu'on accomplisse donc ce qui a été pro-

,
pellerait mais avec la pensée de retour ;
laissant toute liberté d'aller où la nécessité l'ap-
car
mis, et que les âmes des faibles soient guéries;
de peur qu'un si dangereux exemple donné par
s'ils s'en tenaient à la lettre du serment et en
exigeaient l'exécution, il ne serait pas plus per-
mis au serviteur de Dieu de jamais s'éloigner,
,
un homme tel que Pinien, ne conduise ceux qui
l'approuveraient, à imiter son parjure et que
ceux qui ne l'approuveraient pas, n'aient le
que de se parjurer. Mais il serait criminel de droit de dire qu'on ne doit plus croire en rien
vouloir tenir dans une telle servitude, je ne dis ni à nos promesses, ni à nos serments. Évitons
pas un homme tel que Pinien, mais un individu surtout en cela les langues de nos ennemis, qui
quelconque; et les habitants d'Hippone ont sont comme des traits dont un ennemi plus
prouvé que le retour de Pinien parmi eux était grand et invisible se sert, pour donner la mort
la seule chose qu'ils attendaient de lui, car en aux faibles. Mais loin de nous la pensée d'at-
apprenant son départ, il se sont félicités de son tendrè d'une âme aussi élevée que celle de Pi-
prochain retour. Son serment l'engage donc nien autre chose que ce que lui inspire la crainte
uniquement à ce qu'ils ont attendu et attendent deDieu, et ce que lui conseille la grande et su-
de lui. Pour quoi dit-on que dans son serment blime sainteté qui est en lui. J'aurais dû, dites-
il a fait mention de nécessités? N'a-t-il pas lui- vous, empêcher ce serment. Il ne m'est pas ve-
même ordonné de faire disparaître ces mots ? nu dans la pensée, jel'avoue, de laisser périr
Lorsqu'il a parlé au peuple il aurait certaine- dans le tumulte et le désordre l'Église que je
ment pu les intercaler. Mais s'il l'avait fait, on sers, plutôt que d'accepter ce qui nous était
n'aurait pas répondu:«Rendons grâces àDieu.» offert par un tel homme.
Le peuple aurait au contraire renouvelé les cla-
meurs qui avaient éclaté, lorsque le diacre don-
na lecture du serment de Pinien avec cette res-

non dico coëgerint, sed suaserint pejerare. Ipse cono recitatum est. Et numquid ad rem pertinet
etiam de quo agitur, considerare non renuat, utrum sive interposita sit ad recedendum necessitatis excu-
sit pejus, sub quolibet timore jusjurandum, an re- satio, sive non sit? Nihil ab illo aliud exspectatum
moto ipso timore perjurium? est, quam id quod supra diximus. Exspectationem
13. Deo gratias, quia non aliter Hipponenses pro- autem eorum, quibus juratur, quisquis deceperit,
missum circa se impleri sentiunt: quam ut adsit non potest esse non perjurus.
voluntate habitandi, et eat quo necesse fuerit cum 14. Fiat ergo quod promissum est, et infirmorum
dispositione redeundi. Nam si verba jurationis ad- corda sanentur, ne tanto exemplo quibus hoc pla-
tenderent et exigerent, tam nullo modo servus Dei cuerit, ad imitandum perjurium ædificentur : quibus
recedere, quam ullo modo debuit pejerare. Sed quia autem displicet, justissime dicant, nulli nostrum
quemlibet hominem sic tenere :
crimen eorum esset, non dico talem virum, sed
nec ipsi aliam
exspectationem se habuisse probaverunt, qui au-
credendum esse, non solum promittenti aliquid, sed
etiam juranti. Hinc enim potius cavendæ sunt lin-
guæ inimicorum, de quibus tamquam jaculis ad
dientes quod rediturus abscesserit gratulati sunt, interficiendos infirmos major utitur ille inimicus.
nec aliud illis verax juratio debet, quam id quod ab Sed absit ut de tali anima speremus aliud, quam
illa exspectaverunt. Quid est autem quod dicitúr, quod Dei timor inspirat, et tanta, quæ in illa est,
eum juratione ore suo expressa, exceptionem fecisse excellentia sanctitatis hortatur. Ego autem, quem
necessitatis? Quasi non ore suo hoc rursum jusserit dicis etiam prohibere debuisse, fateor non potui sic
auferri. Certe ad populum quando ipse locutus est, sapere, ut tanto vel tumultu vel offensione magis
tunc etiam interponeret: quod si fecisset, non utique everti vellem ecclesiam cui servio, quam id quod a
responderetur, Deo gratias; sed ad illam rediretur tali viro nobis offerebatur, accipere.
reclamationem, quæ facta fuerat, quando sic a dia-
à vous acqùitter de votre vœu envers celui qui
aussi exige ce qui lui est dû, et remplit ses pro-
LETTRE CXXVII.(1) messes. En effet, il est écrit «Faites des vœux
au Seigneur, votre Dieu, et accomplissez-les. »
:
vœu ,
(Ps. LXXV, 12.) Quand même vous n'auriez fait
Saint Augustin exhorte Armentarius et son épouse aucun qu'aurait-on pu vous conseiller de
Pauline à mépriser le monde, et à observer le plus salutaire,etqu'est-ce
que l'homme pourrait
vœu de continence qu'ils avaient fait d'un com- faire de mieux, que de se rendre à celui qui l'a
mun accord. créé, et qui a surtout fait éclater sa charité à

A SES HONORABLES SEIGNEURS ET CHERS ENFANTS, que ,


notre égard, jusqu'à nous envoyer son fils uni-
afin qu'il mourût pour nous. Reste donc,
ARMENTARIUS ET PAULINE, AUGUSTIN, SALUT à accomplir les paroles de l'Apôtre lorsqu'il ,
DANS LE SEIGNEUR. dit : Le Christ est mort, « afin que ceux qui
vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais
1. Un homme bien distingué,mon fils Rufé- pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.»
rius, votre allié, m'a fait part du vœu que vous (II. Corinth. v, 15.) Peut-on encore aimer le

,
aviez fait au Seigneur. Cette nouvelle tout en monde, brisé par tant de désastres et de cala-
me remplissant de joie me fait craindre égale- mités, et qui a perdu jusqu'à toute apparence
ment pour vous les inspirations du tentateur, de charme et de séduction. Autant il faut louer
qui de tout temps a été l'ennemi de ces saintes ceux qui ont dédaigné de briller dans ce monde,
et bonnes œuvres. C'est pourquoi j'ai cru, très- lorsqu'il était dans toute sa gloire et son éclat,
honorable seigneur et bien-aimé fils, devoir autant ilfaudrait blâmer ceux qui se plairaient à
exhortervotre charité à méditer ces divines pa- périr avec ce monde, qui est sur le penchant de
roles : « Ne tardez pas à vous convertir au Sei- sa ruine.
;
gneur, et ne différez pas dejour en jour » (Eccl. 2. Si pour cette vie qui passe si vite et qui
v, 8) afin que cette considération vous engage doit finir un jour, on supporte les fatigues, les
(1) Ecrite environ l'an 411. — Cette lettre était la 45e dans les éditions antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle
qui était la 127e est présentement la 100e.

die in diem (Eccl. v, 8.) » : atque arripias curesque


EPISTOLA GXXVII. reddendum, quod ei te vovisse nosti. qui et debita
exigit, et promissa persolvit. Nam et hoc scriptum
Augustinus Armentarium et hujus uxorem Pauli-
nam hortatur ut mundum contemnant, et conti-
:
est, « Vovete, et reddite Domino Deo vestro (Psal.
LXXV, 12.)» quamquam etsi non vovisses, quid aliud
tibi suadendum fuit, aut quid melius ab homine fieri
nentiœ votum quo se pariter obligarunt exsol- potest, quam ut ei se restituat, a quo institutus
vant. :
est præsertim quia caritatis erga nos Dei tantum
apparuit atque eluxit indicium, ut Filium suum uni-
DOMINIS EXIMIIS MERITOQUE HONORABILIBUSAC DESI- genitummitteret, quipro nobis moreretur ? Restat
DERABILIBUS FILIIS, ARMENTARIO ET PAULINÆ, AU- ergo ut fiat quod Apostolus ait, propterea mortuum
GUSTINUS IN DOMINO SALUTEM. esse Christum, « ut qui vivunt non sibi jam vivant,
sed ei qui pro ipsis mortuus est, et resurrexit. (II.
Vir egregius filius meus Ruferiua affinis vester Cor. v, 15.) Nisi forte adhuc mundus amandus est,
retulit mihi quid Domino voveritis : qua ejus narra- tanta rerum labe contritus, ut etiam speciem seduc-
tioneexhilaratus, et ibidem metuens ne aliud sua- tionis amiserit. Nam quantum illi laudandi atque
deat ille tentator, qui bonis talibus antiquitus invi- prædicandi, qui dignati non sunt etiam cum mundo
det, exhortandam paucis credidi caritatem tuam, florente florere : tantum increpandi et accusandi sunt,
Domine eximie meritoque honorabilis et desiderabi- quos perire cum pereunte delectat.
lis filii, ut cogites quod in divinis eloquiis legitur- 2. Labores et pericula et exitia hujus transitorise
« Ne tardes converti ad Dominum, neque differas de vitæ, si pro eadem vita quandoque finienda subeun-

(a) Argumentum hnic epistolffi præfixum in hactenus editis Armentario addebat cognomen Ripario, nullius, quod noveri-
mus, exemplaris Mss. auctoritate, neque porro aliter habet ejusdem epistolse titulus inPossidii indiculo c. 7 nisi, Armenlario
et Paulinæ.
dangers et les malheurs de toutes sortes non,
pour échapper entièrement à la mort, mais pour
,
à redouter dont une seule suffirait pour nous
mettreAl'abri de la crainte de toutes les au-
;
la retarder un peu combien plus, doit-on s'y
,
exposer pour l'éternelle vie où la nature n'a
tres. A quelles douleurs ne s'exposent pas ceux
qui dans leurs maladies se soumettentaux opé-
plus besoin de prendre des précautions pour rations et au fer des médecins? Est-ce pour
éviter la mort, où les cœurs lâches n'ont plus à éviter la mort? Non, mais pour mourir un peu
la craindre, où les sages n'ont plus à s'armer de plus tard. On endure ainsi mille tortures cer-
courage pour la soutenir? Car il n'y aura plus
de mort, là où la mort n'aura plus d'accès. Que
cette vie éternellevous compte donc au nombre
;
taines, pour ajouter à sa vie quelques jours in-
certains et lorsque par crainte de la mort on
s'est ainsi soumis à d'horribles douleurs, on fi-
de ceux qui l'aiment. Ne voyez-vous pas com- nit par succomber à ces douleurs mêmes. Or
bien d'obligations cette vie misérable et indi- tandis que nous préférons souffrir afin de ne pas
gente impose à ceux qui la chérissent, et s'y at-
tachent avec tant d'ardeur? Et cependant, sou-
vent troublés par les périls de cette vie, ils la
,
mourir, au lieu de mieux aimer mourir afin de
ne pas souffrir il arrive qu'on souffre et qu'on
meurt tout à la fois. Cependant quand bien
perdent d'autant plus vite, quils ont plus de même on serait revenu à la santé, il faut pour-
crainte d'en voir arriver la fin. Ainsi en voulant tant, après tant de douleurs, en finir avec cette

,
éviter la mort, ils en hâtent et en accélèrent
l'approche comme celui qui pour échapper à ,
vie, qui, achetée par tant de peines, ne saurait
être ni éternelle puisqu'elle est mortelle ni de
des voleurs ou à une bête sauvage se précipi-
,
terait dans un torrent qui va l'entraîner. Quel-
quefois surpris par la violence d'une tempête,
;
longue durée puisque la vie tout entière est si
courte
,
et encore malgré sa brièveté, n'est-elle
pas sûre d'elle-même puisqu'elle est toujours
on jette dans la mer les aliments et les provi- incertaine. Ainsi souvent même on finit dans la
sions qui chargeaient le vaisseau, et pour vivre douleur, cette vie pour laquelle on s'était exposé
on jette ce qui nous fait vivre, afin d'éloigner volontairement à la douleur, afin de ne pas
,
un peu la fin de cette vie quelque misérable
qu'elle soit d'ailleurs. Quedepeines on se donne
mourir.
3. Ce qu'il y de plus malheureux et de plus
!
pour prolonger ses peines et lorsqu'on sent les horrible dans l'amour excessif de cette vie, c'est
approches de la mort, oncherche à s'en préser- que beaucoup, en voulant la prolonger ainsi,
ver pour avoir à la craindre plus longtemps ! Au offensent gravement Dieu l'auteur et la source

,
milieu de tant d'accidents qui menacent la fra-
gilité humaine combien de morts n'a-t-on pas
de la vie, et qu'en craignant pour cette vie une
fin qui doit nécessairementarriver, ils se ferment
i
tur, ut mors ejus non omnino auferatur, sed paulu- ceteras non tim ri : et tamen fugitur una ut omnes
lum differatur, quanto magis pro æterna subeunda timeantur. Quibus excruciantur doloribus, qui cu-
sunt, ubi mortem nec natura sollicite cavet, nec rantur a medicis et secantur? Numquid ut non mo-
ignavia turpitertimet, nec sapientia fortiter susti- riantur? sed ut aliquanto serius moriantur. Multi
net ? Nulli quippe erit quæ non erit. Habeat igitur cruciatus suscipiuntur certi, aut pauci dies adjician-
te vita æterna in dilectoribus suis. Nonne cernis, tur incerti : et nonnumquam ipsis doloribus victi
hæc vita miserabilis et egena quam vehementes ha- continuo moriuntur, quos mortis timore suscipiunt ;
beat, quantumque sibi obliget amatores suos ? qui et cum omnino non eligant vitam finire ne doleant,
tamen periculo ejus sæpe turbati, citiuseam finiunt, sed dolere ne finiant, accidit eis ut doleant et fi-
eo ipso quo finire formidant, et mortem dum decli- niant : non solum quia et sanati utique vitam finiunt
nant, accelerant, veluti si quisquam fluvio rapiendus post dolores, quæ tantis poenis comparata nec sem-
irruat, latronembestiamvefugiendo?Jactantin mare
tempestate sseviente aliquando et alimenta; et ut vi-
;
piterna esse potest, quia mortalis est nec diuturna,
vant, projiciunt unde vivunt, ne cito finiatur, quod
vel in labore vivitur. Quantis laboribus agitur, ut
:
quia tota brevia est; nec de ipso brevi spatio sui se-
cura, quia semper incerta est verum etiam quod
aliquando eam dolore finierunt, quam ne finirent,
longiore tempore laboretur,' et mors cum impendere dolere voluerunt.
?
cœperit, ideo cavetur, ut diutius timeatur Nam in-
ter tot casus fragilitatis humanæ, quam nultæ mor-
3. Habet etiam hoc magnum malum, ac vehemen-
ter exsecrandum et horrendum nimius amor vitæ is-
tes timentur, quarum certe una cum venerit, restat tius, quod multi dum volunt paulo diutius vivere,
, ,
l'entrée du séjour où la vie n'a pas de fin. Ajou-
tez aussi que cette vie misérable quand bien
même elle serait éternelle ne serait pourtant
bares, combien de gens attachés à cette vie mor-
telle n'ont-il pas, pour la prolonger dans le dé-
nûment et dans la misère, donné non-seulement
pas à comparer avec la vie bienheureuse, quel- tout ce qui servait aux jouissances et à l'embel-
que courte qu'on puisse se la figurer. Cependant lissement de cette misérable vie, mais même ce
par amour pour cette vie si misérable et si qui leur était nécessaire pour la soutenir Les!
courte, on perd l'éternelle et bienheureuse vie,
quoique dans celle qu'on aime si malheureuse-
ment, on ne veuille que ce que l'on perd dans
amants ont coutume de donner beaucoup à
;
celles qu'ils aiment, pour se les conserver mais
les amants de cette vie mortelle ne l'auraient
l'autre. 'En effet, on n'aime pas les misères de pas conservée pendant l'invasion des barbares,
cette vie présente, puisqu'onveut être heureux; si par amour pour elle, ils ne l'avaient pas ren-
on n'aime pas non plus sa brièveté, puisqu'on

,
ne voudrait pas lavoir finir. Ce qu'on aime dans
cette vie, c'est la vie même et on l'aime au
,
due pauvre et indigente. Bien loin de lui avoir
tout donné ils lui ont tout ôté dans la crainte
de la perdre sous le fer des ennemis. Du reste
point, que souvent pour elle, quelque misérable je ne les en blâme pas, car ils l'auraient infail-
et courte qu'elle soit, on perd celle qui est bien- liblement perdre, s'ils n'avaient pas sacrifié tout
heureuse et éternelle. ce qu'ils avaient mis de coté pour elle. Il est
4. En considérant attentivement ce que je vrai, que beaucoup ont d'abord perdu leurs
viens de dire, trouve-t-on que l'éternelle vie im- ;
biens, puis ensuite la vie d'autres quoique dis-
pose à ceux qui l'aiment, des sacrifices plus
grands que ceux auxquels s'astreignent les
hommes, par amour pour cette vie mortelle?
première:
posés à perdre-tout pour elle, l'ont perdue la
exemple qui nous montre combien
,
nous devons chérir l'éternelle vie et qui nous
Est-il digne, est-il raisonnable, de mépriser tout
ce qui charme dans ce monde, pour retenir en- ,
avertit de mépriser pour elle tous les biens su-
perflus puisque pour cette vie courte, tant

finir, et de ne point mépriser le monde ,


core quelque temps cette vie, qui doit bientôt
pour
obtenir la vie qui n'aura pas de fin, près de ce-
d'hommes ont méprisé et sacrifié ce qui leur
était nécessaire.
5. La véritable vie, celle que nous devons
lui par qui le monde a été fait? Lorsque na- aimer, nous n'avons pas besoin, pour la conser-

,
guère Rome, le siège du plus illustre empire de
la terre était dévastée par l'invasion des bar-
ver, deladépouiller, commecesRomainsl'ontfait
pour leur propre vie; faisons-la seulement ser-

graviter offendunt Deum, apud quem est fons vitæ ipsa Roma domicilium clarissimi imperii barbarico
Atque ita dum ab eis frustra, qui necessario futurus vastaretur incursu, quam multi hujus vítæ temp ora-
est vítæ finis metuitur, illinc prohibentur, ubi sine lis amatores, ut eam vel infeliciter producendam
fine vivitur. Huc accedit quia vita misera etiamsi nudamque redimerent, dederunt omnia, quæ illi non
posset esse perpetua, nullo modo beatæ vitæ etiam solum oblectandæ et ornandæ verum etiam susten-
,
brevissimse comparanda est et tamen isti amando tandee tuendæue servabant. Solent certe amatores
miserrimam atque brevissimam, perdunt beatissi- illis quas amant, ut eas habeant, multa conferre :
mam ac sempiternam; cum in hac ipsa, quam male isti amatam suam non haberent,nisi amandoinopem
diligunt, hoc velint quod in altera perdunt : quia reddidissent; née ei multa conferrent, sed cuncta

;
utique in ista nec miseriam diligunt, nam beati esse
volunt nec brevitatem, nam eam finiri nolunt; tan-
tum quia vita est, sic amatur, ut sæpe propter eam
potius auferrent, ne sibi eam hostis auferret. Nec
eorum reprehendo consilium. Quis enim nesciat pe-
rituram fuisse ipsam, si non ea periissent, quæ re-
(licet miseram et brevem) beata et sempiterna amit- condita fuerant propter ipsam? quamvis et quidam
tatur. perdiderint prius illa, mox ipsam : quidam vero li-
4. His consideratis, quid magnum vita æterna ju-
bet amatoribus suis, cum se jubet sic amari, quem-
admodum hæc amatur a suis ? An vero dignum est
,
cet parati cuncta perdere propter ipsam, prius per-
diderint ipsam. Sed hinc admonendi sumus quales
æternæ vítæ dilectores esse debeamus, ut propter
vel ferendum, cum contemnuntur omnia, quæ aman- eam contemnamus cuncta superflua, cum pro hac
;
tur in mundo, ut vita post paululum finienda, saltem
ipsum paululum teneatur in mundo et non contem-
nitur mundus, ut obtineatur vita, quæ sine fine apud
transitoria vita contempta sint, quæ illi fuerant ne-
cessaria.
5. Neque enim amatam nostram, sicut illi suam,
illum est, per quem factus est mundus? Modo cum ut teneamus, exspoliamus, sed illi æternæ adipiscen-
vir, comme une servante temporelle, libre de effet, là où est la paix, là est le repos. Là où est
toute entrave à nous acquérir la vie éternelle, le repos, là est la fin de tout désir et l'absence
Ne l'attachons donc pas à la terre par des orne- de toute peine. Mais pour que cette volonté soit

;
ments inutiles, ne la chargeons pas du fardeau pleine, il faut quelle soit saine elle le sera si
de soins accablants mais écoutons la voix du elle ne repousse pas le médecin, par le secours
;
Seigneur, qui nous promet cette heureuse vie, duquel elle peut être guérie de la maladie de
digne de tout notre amour, et qui nous crie tous mauvais désirs. Or ce médecin est celui
comme dans l'assemblée du monde entier : :
qui nous crie « Venez à moi vous tous qui êtes
»
« Venez à moi vous qui êtes fatigués et chargés, fatigués et je vous soulagerai; et qui nous
:
et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur dit Mon joug est doux et son fardeau léger.
vous, et apprenez de moi que je suis doux et Dès que la grâce du Saint-Esprit aura répandu

;
humble de cœur, et vous trouverez le repos de la charité dans nos cœurs, nous aimerons cer-
vos âmes car mon joug est doux et mon far- tainement ce qui nous est ordonné. Ce joug
deau est léger. » (Math. XI, 28.) Cette leçon de n'aura pour nous rien de dur nide pesant, si
pieuse humilité chasse de nos cœurs, et éteint nous n'en connaissons point d'autre, et plus
en nous cette vaine et inquiète cupidité, avide nous serons humbles, plus nous aurons de faci-
des choses qui ne sont pas en notre pouvoir. Car lité et de liberté pour le porter. C'est le seul far-
il n'y a que peine et fatigue là où l'on recherche deau dont le poids soulage, au lieu d'accabler.
et où l'on aime une foule de choses, pour l'acqui- Si on aime les richesses, qu'on les place là ou
sition et la conservation desquelles la volonté elles ne peuvent pas périr. Si on aime l'honneur,
est insuffisante, parce qu'elle n'a pas le pouvoir qu'on le mette là où il n'y a que l'homme de
nécessaire à cet égard. Pour la vie de justice, bien qui est honoré. Si on aime la santé, qu'on
nous l'avons quand nous voulons, parce que la la cherche, là où elle ne peut subir aucune
vouloir pleinement c'est déjà la justice, et que altération. Si c'est la vie qu'on aime, qu'on
pour posséder parfaitement la justice, il ne faut tâche de l'acquérir là où la mort n'a plus
qu'une parfaite volonté. Or, voyez s'ily a peine, d'empire.
là où il suffit de vouloir. De là les divines paro- 6. Rendez donc à Dieu ce que vous lui avez
les de l'Evangéliste : «Paix sur la terre aux voué, c'est-à-dire vous-mêmes, car c'est vous
hommes de bonne volonté. » (Luc II, 24.) En rendre à celui qui vous a créés. Rendez-le lui,

dæ istam temporalem velut famulam expeditiorem vinitus dictum est, « Pax in terra hominibus bonæ
servire facimus, si eam nec ornamentorum vanorum voluntatis. [Lucca II, 14.) Ubi pax, ibi requies : ubi
vinculis alligemus, nec curarum noxiarum sarcinis requies, ibi finis appetendi, et nulla causa laborandi.
oneremus, audiamusque Dominum, qui nobis illam Sed hæc voluntas ut plena sit, oportet ut sana sit.

,
vitam summo ardore desiderandam fidelissime polli-
cetur, velut in totius mundi concione clamantem :
« Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis,
Erit autem sana, si medicum non refugiat, cujus so-
lius gratia sanari potest a morbo desideriorum
noxiorum. Ipse est ergo medicus qui clamat, « Ve-
etegovosreficiam.Tollitejugum meum super vos,
et discite a me quia mitis sum et humilis corde et
invenietis requiem animabus vestris. Jugum enim
; nite ad me omnes qui laboratis, jugum suum lene,
et onus leve dicens : quia diffusa per Spiritum sanc-
tum charitate in cordibus nostris, profecto amabitur
meum lene, et onus meum leve est. (Matt, XI, 28.) » quod (a) jubetur, et non erit asperum nec onerosum,
Hæc disciplina piæ humilitatis, ventosam et turbi- si sub hoc uno jugo, quanto minus tumida, tanto
dam cupiditatem, avidam rerum extra nostram po- magis libera cervice serviatur. Et hæc est una sar-
testatem constitutarum, pellit exanimo, et quodam- cina, qua ejus bajulus non premitur, sed levatur.
modo exspirat. Ibi enim labor ubi multa quæruntur Dívitíæ si diliguntur, ibi serventur, ubi perire non
et diliguntur, quibus adipiscendis atque retinendis possunt. Honor si diligitur, illic habeatur ubi nemo
voluntas non satis est, quia consequentem non habet indignus honoratur. Salus si diligitur, ibi adipis-
facultatem. Justa vero vita, cum volumus adest, quia cenda desideretur, ubi adeptæ nihil timetur. Vita si
eam ipsam plene velle, justitia est; nec plus aliquid diligitur, ibi adquiratur ubi nulla morte finitur.
perficienda justitia, quam perfectam voluntatem re- 6. Reddite igitur quod vovistis, quia vos ipsi estis,
quirit. Vide si labor est, ubi velle satis est. Unde di- et ei vos redditis a quo estis; reddite obsecro. Ne-
(a) Ita apud Lov. et aliquotMss. At in editionibus Bad. et Er. legitur, quod vídebitur cui lectioni octo Mss. suffiagantur.
Alii demum Mss. habent, quodjubebitur.
je vous en conjure. Ce que vous lui rendrez, loin sainte résolution de vous consacrer à Dieu, et
de subir une perte, se conservera et s'accroîtra vous en faire voir tous les avantages. Je pour-
sans cesser, car c'est par bonté et non par indi- rais vous démontrer aussi la différence qu'il y a
gence que Dieu exige ce qui lui est dû. Ce qu'on entre les chrétiens qui aiment ce monde, et
lui rend ne le rend pas plus riche, ce sont au con- ceux qui les méprisent, quoique les uns et les
traire ceux qui lui rendent qui s'enrichissent en autres soient appelés fidèles. Ils ont en effet été
lui. Ce qu'on ne lui rend pas est donc perdu, également purifiés par la même eau sacrée du
mais ce qui lui est rendu augmente l'avoir de baptême, ils ont été initiés aux mêmes mystères,

;
celui qui rend, et qui dans cette restitution même
trouve sa garantie et sa sécurité car ce qui est
rendu et celui qui rend sont une même chose,
ils ont entendu et annoncé le même Évangile,
et cependant ils ne participeront pas les uns et
les autres, à la lumière du royaume de Dieu, et
comme la dette et le débiteur n'en étaient ne seront pas co-héritiers de la vie éternelle,
qu'une. En effet, l'homme se doit à Dieu, et danslaquelle seule on trouve le bonheur. En
pour être heureux il doit se rendreSeigneur
à celui de effet, ce n'est point èntre ceux qui entendent sa
qui il a tout reçu. C'est ce que le a parole et ceux qui ne l'entendent pas, mais
voulu faire entendre dans son Évangile quand entre les mêmes qui l'entendent, que Notre-Sei-
:
il dit « Rendez à César ce qui appartient à
César et à Dieu ce qui appartient à Dieu.»
gneur Jésus-Christ a établi une grande diffé-
rence : « Celui, dit-il, qui entend mes paroles
(XXII, 21.) Il parla ainsi, lorsque s'étant fait et qui les accomplit, sera comparé à un homme
montrerunepièce demonnaie, etayant demandé sage qui a bâti sa maison sur la pierre, et la
de qui cette pièce portait l'image, on lui répon- pluie est descendue,"et les fleuves sont venus,
:
dit De César. Il voulait faire comprendre par et les vents ont soufflé, et se sont précipités sur
là, que Dieu exigeait de l'homme sa propre
image dans l'homme même, comme César exi-
geait l'empreinte de la sienne sur une pièce de
;
cette maison, mais elle ne s'est pas écroulée,
parce qu'elle était fondée sur la pierre mais
celui qui entend mes paroles et ne les accom-
monnaie. Combien plus devons-nous donc ren- plit pas, sera semblable à l'insensé qui a bâti sa
1 dre à Dieu cette image quand on la lui a pro- maison sur le sable, et la pluie est descendue
mise, puisqu'on le doit, indépendamment de et les fleuves sont venus, et les vent sont soufflés
toute promesse. et se sont précipités sur cette maison, et elle est
7. Je pourrais, mon cher fils, louer plus tombée, et sa ruine a été grande. » (Mathieu
abondamment, selon mes faibles facultés, votre VII, 24 et Luc VI, 47.) Entendrè les paroles de

que enim quod redditis, reddendo minuetur, sed po- Deo vovisse vos comperi, uberius laudare fructum,

;
tius servabitur et augebitur. Benignus enim exactor
est, non egenus et qui non crescat ex redditis, sed
ac demonstrare quid distet inter Christianos dilec-
tores mundi hujus, et contemptores, quamvis fideles

:
in se crescere faciat redditores. Huic ergo quod non

:
redditur, perditur. quod autem redditur, reddenti
additur imoveroineo cui redditur, ipse reddens
utrique dicantur. Eodem utrique lavacro sacri fontis
abluti sunt, eisdem imbuti consecratique mysteriis,
utrique ejusdem Evangelii non auditores tantum,
servatur. Idipsum quippe erit redditum et redditor, verum etiam praedicatores : nec utrique tamen regni
quia idipsum erat debitum et debitor. Deo namque Dei lucisque participes, et vitæ æternæ, quæ solaest
seipsuni debet homo, eique reddendus est ut beatus beata, coheredes. Dominus enim Jesus non ab eis
sit, a quo accepit ut sit. Hoc sigtnificat quod in Evan- qui non audiunt, sed eos inter se auditores verbo-
gelio Dominus ait: « Reddite Csesari quæ Cæsaris sunt, rum suorum, latissimo limite, non tenui distinctione
et Deo quæ Dei sunt. » (Matt, XXII, 21.) Hoc enim discrevit. « Qui audit, inquit, verba mea hæc, et fa-
dixit, cum sibi demonstrato nummo, et quæsito cu- cit ea, similabo eum viro prudenti, qui ædificavit
jus haberet imaginem, responsum esset Cæsaris: domum suam supra petram : descendit pluvia, vene-
ut hinc intelligerent, quod Deus exigeret ab homine runt flumina,lfaverunt venti, et impegerunt in do-
imaginem suam in homine ipso, sicut Cæsar suam mum illam, et non cecidit : fundata enim erat supra
exigebat in nummo. Quanto magis ergo reddenda petram. Qui autem audit verba meahæc, et non facit
est cum promittitur, cui etiam non promissa debe- ea, similabo eum viro stulto, qui ædifieavit domum
tur? suam super arenam : descendit pluvia,venerunt flu-
7. Quapropter carissime, posse quidem pro mea mina, flaverunt venti, et impegerunt in domum
quantulacumque facultatula, sancti propositi, quod illam, et cecidit, et facta est ruina ejus magna.
Jésus-Christ, c'est bâtir. En cela, les uns et les que votre épouse est engagée envers Dieu, je
autres sont égaux. Mais les mettre ou ne pas les ne vous exhorte pas à une grande justice, mais
mettre en pratique, là est la différence qui existe je vous détourne d'une grande iniquité. En
entre eux, et qui est aussi grande qu'entre un effet, si vous ne remplissiez pas votre vœu, vous
édifice bâti sur la pierre solide, et un édifice qui, ne seriez pas dans la même condition où vous
construit sans aucun fondement sur un sable
mouvant, est facilement renversé. Toutefois
celui qui n'écoute pas du tout les paroles du
ment:
auriez été, si vous n'aviez pris aucun engage-
cette condition sans être pire, serait du
moins inférieure. Mais présentement, ce qu'à
Seigneur, ne se prépare pas un abri plus sûr. En Dieu ne plaise, si vous manquiez à votre foi,
effet, s'il ne bâtit rien et reste sans toit, il vous seriez d'autant plus malheureux, que vous
sera bien plus facilement accablé, renver- seriez plus heureux en y restant fidèle. Ne vous
sé, entraîné par les pluies, les fleuves et les repentez pas de ce vœù. Réjouissez-vous plutôt
vents. de ce qu'il ne vous est plus permis de faire, ce
8. Je pourrais également selon mes faibles for- que précédemment vous auriez pu accomplir à
ces, vous faire voir les divers degrés de mérites de votre désavantage. Restez donc ferme et cou-
ceux mêmes qui seront assis à la droite du Sei- rageux dans votre résolution, et que vos actions
gneur, et qui auront part au royaume des Cieux; ne démentent pas vos paroles. Celui qui attend
je pourrais vous montrer la différence entre la l'accomplissement de vos vœux, vous viendra
vie conjugale des pères et des mères de famille, en aide. Heureuse la nécessité qui nous con-
engendrant des enfants, mais vivant dans les traint à ce qu'il y a de meilleur.
saintes pratiques de la piété, et la vie que vous 9. Un seul motif m'empêcherait, non-seule-
avez vouée à Dieu, si toutefois j'avais besoin
de vous exhorter à vous y consacrer mais
puisque vous vous y êtes déjà voué et engagé,
; ment de vous exhorter à remplir votre engage-
ment, mais m'engagerait même à vous en dé-
tourner, ce serait si votre femme s'y refusait
il ne vous est plus permis de faire autrement. par faiblesse d'esprit ou de corps. Car de pareils
Avant de vous être lié par votre vœu, vous étiez vœux ne peuvent être faits par des conjoints,
libre de vous placer dans un rang inférieur
quoiqu'il n'y ait pas lieu de se féliciter d'une
; si ce n'est d'un consentement commun et d'une
volonté unanime; et si la chose avait été faite avec
liberté, qui affranchit d'une dette dont le paie- trop de précipitation, il faudrait plutôt revenir
ment rapporte tant de profit. Mais maintenant sur son imprudence qu'accomplir sa promesse.
(Matt. VII, 24. Lucæ VI, 47.)Audire ergo illa ver- qua fit ut non debeatur quod cum lucro redditur.
ba, ædificare est. In hoc utrique pares sunt. In fa- Nunc vero quia tenetur apud Deum sponsa tua, non
ciendo autem, et non faciendo quod audiunt, tantum te ad magnam justitiam invito, sed a magna inquie-
dispares, quantum ædificium petræ soliditate funda- si
tate deterreo. Non enim talis eris, nonfeceris
tum dispar est ei, quod sine ullo fundamento facili quod vovisti, qualis mansisses si nihil tale vovisses.
arenæ mobilitate subvertitur. Nec ideo quisquis om- Minor enim tuncesses, non pejor. Modoautem tanto,
nino non audit, tutius sibi aliquid comparat. Nihil quod absit, miserior, si fidem Deo fregeris, quanto
enim ædificans, sine ullo tecto multo facilius obru- beatior, si persolveris. Nec ideo te vovisse pæniteat,
endus, rapiendus, et dispergendus imbribus, fluviis imo gaude jam tibi non licere, quod cum tuo de-
ventisque donatur. trimento licuisset. Aggredere itaque intrepidus,
8. Possem etiam pro modulo meo eosdem ipsos et dicta imple factis : ipse adjuvabit, qui vota tua
pertinentes ad dexteram regnumque cælorum in suis expetit. Felix est necessitas, quæ in meliora com-
gradibus meritisque distinguere, atque ostendere, pellit.
quo differat vita conjugalis filios procreantium pa- 9. Una sola esse causa posset, qua te id quod vo-
trum matrumque familias, verumtamen religiosorum visti, non solum non hortaremur, verum etiam pro-
ac piorum, (b) ab ea vita quam vos Deo vovistis, si hiberemus implere, si forte tua conjunx hoc tecum
nunc ad. eam vovendam exhortandus esses : sed quia suscipere animi seu carnis infirmitate recusaret.
jam vovisti, jam te obtrinxisti, aliud tibi facere non Nam et vovenda talia non sunt a conjugatis, nisi ex
:
licot. Prius quam esses voti reus, liberum fuit, quo
esses inferior quamvis non sît gratulanda libertas,
consensu et voluntate communi. Et si præpropere
factum fuerit, magis est corrigenda temeritas quam
(a) Bad Am. Er. et Mss. quatuor, a beata vita.
Dieu n'exige pas ce qu'on lui a promis au détri- sur l'auteldu Créateur, et par votre triomphe
ment d'autrui, mais il défend plutôt d'empiéter surtout désir charnel, le lien de charité qui
sur le droit des autres, et il a déclaré à ce sujet vous unissait aura d'autant plus de force qu'il
sa pensée divine par la bouche de l'Apôtre: «Le sera plus saint. Réjouissons-nous donc de l'abon-

;
corps de la femme n'est pas en sa puissance,
mais en celle de son mari de même le corps
du mari n'est pas en sa puissance, mais en celle
dance de la grâce de Jésus-Christen
vous, ô
mes honorables seigneurs et bien-aimés frères.

de sa femme. » (Corinth. VII, 4.) Parle mot


de corps, l'Apôtre entend le devoir conjugal.
Mais comme j'ai appris sa résolution de rester LETTRE CXXVIII.(2)
fidèle à son vœu de continence, et de n'y renon-
cer que si vous la forciez à remplir envers vous Un édit de Marcellin avait convoqué les évêques
ses devoirs conjugaux, rendez donc tous les catholiques et donatistes à une conférence qui
deux au Seigneur ce que tous les deux vous lui devait avoir lieu à Carthage. Les évêques catho-
avez voué, et faites-lui le sacrifice de cee liques lui annoncent qu'ils adoptent en tous
vous n'exigerez plus l'un de l'autre. Si la conti- points le contenu de son idit. Ils promettent en
nence est une vertu, comme elle en est une outre, s'ils succombent, de nepas demander à
effectivement, pourquoi le sexe le plus faible, y être conservés comme évêques. Au contraire ils
est-il le plus disposé? Cependant, la vertu consentent que les évêques donatistes soient main-
d'après l'étymologie du mot, semble plutôt ap- tenus dans leur dignité, quand bien même ils
partenir à l'homme. (1) Gardez-vous donc, vous succomberaient dans la cause.
homme, de vous éloigner d'une vertu que votre
femme est toute disposée à embrasser. Votre A LEUR HONORABLE ET TRÈS-CHER FILS L'ILLUSTRE
consentement sera comme une offrande déposée TRIBUN ET SECRÉTAIRE IMPÉRIAL MARCELLIN (3)

(1) Saint Augustin fait allusion à l'étymologie du mot latin virtus, qui vient de vir (homme).
— La lettre qui était la 128e se trouve maintenant la 112e. — Cette lettre est extraite du tome VII des
(2) Ecrite l'an 411.
Bénédictins qui contient les ouvrages de Saint Augustin contre les Donatistes.
(3) Pour bien comprendre cette lettre et la suivante, il faut lire dans l'histoire de l'église, tout ce qui concerne la célèbre
conférence de Carthage. Marcellin avait élé envoyé en Afrique par l'empereur Honorius, pour présider la conférence entre
les Catholiques et les Donatistes. Il publia d'abord le rescrit impérial rendu à cet effet à Ravenne, le 14 du mois d'octobre de
l'an 410 ; comme l'indique un fragment de ce rescrit, inséré dans le code de Théodose, livre 16, titre II. L'année suivante,
Marcellin publia lui-même deux édits. Dans l'un, il ordonna que les évêques des deux partis fussent réunis pour conférer
à Carthage, le jour des calendes de juin. L'autre édit publié, lorsque tous les évêques étaient déjà présents à Carthage, indi-
quait le lieu et le mode de la conférence, et prescrivait en outre, que les deux partis devraient, dans une réponse, déclarer
s'ils adoptaient le contenu de l'édit. C'est en réponse à ce dernier édit que les évêques catholiques envoyèrent à Marcellin, la

persolvenda promissio. Neque enim Deus exigit, si fortius quanto sanctius vinculum caritatis. Gau-
quis ex alieno aliquid voverit, sed potius usurpare deamus de vobis in abundanti gratia Christi, Do-
,
vetat alienum. Divina quippe de hac re per Aposto- mini eximii meritoque honorabiles et desiderabiles

:;
lum est prolata sententia; « Uxor non habet potes-
tatem corporis sui, sed vir similiter et vir non ha-
bet potestatem corporis sui sed mulier. (I. Cor.
filii.

VII, 4.) :
sexum nomine corporis nuncupavit. Sed
cum illam tam paratam esse audiam Deo dicare con-
EPISTOLA CXXVIII.

;
tinentiam, ut eo solo impediatur, si tibi debitum
reddere coniugali jure compellitur ambo Deo red-
dite, quod ambo vovistis, ut illi persolvatur quod ab
Marcellini Edicto collationis apud Cartaginem haben-
dæ conditiones præseribenti consentire profitentur
episcopi catholíci, id etiam ultro pollicentes, non
alterutro non exigitis. Si continentia virtus est, postulaturos ut sibi servetur episeopatus si victi
sicuti est, cur ad eam sit promptior sexus infir- fuerint, cum tamen velint dignitatem Donatistis
mior, cum virtus a viro potius cognominata videa- episcopis etiam victis suam wique integram ma-
tur, sicut similitudo vocabuli resonat? Noli ergo nere,
virabhorrere a virtute, quam mulier est parata
suscipere. Sit vester consensus oblatio ad super-
num altare Creatoris, et victa concupiscentia tanto
HONORABILI AC DILECTISSIMO FILIO ,
VIRO CLARISSI-
MO ET SPECTABILI TRIBUNO ET NOTARIO,
MARCEL-
AURÈLE (1), SYLVAIN (2) ET TOUS LES ÉVÊQUES et de la tranquillité, et de ne pas se hâter d'ap-
CATHOLIQUES. prendre les choses qui s'y feront, avant leur
accomplissement, mais d'en attendre la publica-
1. Nous déclarons par la présente lettre à tion par écrit, comme vous l'avez promis à
votre Excellence, comme elle a daigné nous en tous.
avertir, que nous donnons notre assentiment, à 2. Confiants dans la vérité, nous nous enga-
tous les points de votre édit, dans lequel tout est geons, si ceux avec qui nous avons affaire
prévu pour le maintien de la tranquillité, de la peuvent nous prouver que dans le temps où,
paix, etde lalibremanifestationde la vérité, ain- selon les promesses de Dieu, les peuples chré-
si que sur le lieu etl'époque de cette conférence, tiens, en se multipliant sans cesse, remplis-
et sur le nombre de ceux qui doivent y assister. saient déjà une grande partie de la terre, et se
Nous consentons également que ceux auxquels répandaient également sur l'autre partie, l'Église
nous aurons délégué la charge de conférer du Christ a péri tout-à-coup par la contagion
signent toutes leurs demandes. Dans l'acte par des péchés de je ne sais quel homme qu'ils
lequel nous leur confions cette charge, nous accusaient, et s'est conservée, dans le seul parti
promettons de ratifier tout ce qu'ils auront fait, de Donat. Si, comme il vient d'être dit, ils peu-
et nous voulons que non-seulement vous ayez vent nous le prouver, nous consentons, à ne
entre vos mains les signatures de nous tous, plus occuper parmi eux aucune des fonctions de
mais encore qu'elles soient apposées en votre l'épiscopat; mais pour notre salut éternel, nous
présence. Nous avertirons également les chré- nous laisserons conduire par ceux auxquels
tiens de s'abstenir entièrement de toute réunion nous devrons le bienfait de connaître la vérité.
dans le lieu de la conférence, en vue de la paix Si au contraire, nous pouvons prouver que

présente lettre, que nous avons insérée parmi celles de Saint Augustin, parce que le ton, le style et les pensées rappellent
entièrement notre saint, dontPossidius, chap 13, fait l'éloge en disant, que Dieu lui avait donné la palme en récompense
de tout ce qu'il avait fait pour la paix de l'Eglise, parce que, dit-il, Totum illud bonum per sanctum illum hominem, con-
sulentibus nostris episcopis et pariter satagentibus et cœptum et perfectum est. Saint Augustin lui-même, dans le livre de
gestis Pelagii, dit qu'il a été très-occupé par tous les soins de cette conférence.
Marcellin était un homme de grande considération par sa dignité de t-ribun et de secrétaire impérial, et encore plus par la
sainteté de ses mœurs, dont Saint Augustin fait l'éloge dans sa lettre 151, nombre 8. Sa grande probité et les rares qualités
d'esprit et de cœur quile distinguaient, l'avaient rapproché de Saint Augustin, avec lequel il se lia d'une étroite amitié.
C'est à lui que Saint Augustin dédia les 3 livres, celui de la remission des péchés, celui de l'esprit et de la lettre, et son
grand ouvrage de la cité de Dieu. Marcellin paya de la vie, la justice qu'il rendit à l'Eglise catholique, dans la conférence de
Carthage, comme nous le verrons dans la lettre 151 que nous venons déjà de citer. Le martyrologe romain fait mention de
sa mort au 6 avril.
(1) Voir sur Aurèle,évêque de Carthage, la lettre 22.
(2) Sylvain, évêque de Zumme, à cause de son grand âge primat de Numidie.

LINO, AURELIUS
CATHOLICI.
, SILVANUS, ET UNIVERSI EPISCOPI omnino conventum, et ea quæ aguntur, non cum
aguntur, audire festinet, sed conscripta ut cognos-
cat, exspectet, sicut ea te prolaturum omnibus pro-
Edicto spectabilitatis tuæ, quo nostræ collationis misisti.
tranquillitati quietique servandæ, et veritati mani- 2. Illo etiam, veritate confisi, nos vinculo condi-
festandæ muniendæque consultum est, in omnibus tionis obstringimus, ut si nobis ii, cum quibus agi-
nos consentire sicut admonere dignatus es, per has mus, demonstrare potuerint, cum secundum Dei
litteras intimamus : hoc est de loco et tempore promissa populi Christiani usquequaque crescendo
ipsius collationis, et de numero eorum, quos præ- jam magnam partem orbis implerent, et in ceteram
sentes esse oportebit. Consentimus etiam, ut hi, qui- dilatarentur implendam, subito Ecclesiam Christi,
:
bus conferendi delegamus officium, subscribant pro-
secutionibus suis inque illo scripto, quo eis hoc
munus imponimus, ratumque nos habituros quod
nescio quorum, quos isti accusant, peccatorum pe-
riisse contagio, et in sola remansisse parte Donati;
si hoc, ut dictum est, demonstrare potuerint, nullos
egerint pollicemus, subscriptiones omnium nostrum apud eos honores episcopalis muneris requiremus,
non solum habeas factas, verum etiam cum fiunt sed eorum sequemur, pro sola æterna salute, consi-
ipse perspicias; admonituri quoque, domino adju- lium, quibus tanti gratiam beneficii pro cognita
vante, populum Christianum, ut a collationis loco, veritate debebimus. Si autem nos potius valuerimus
quietis et tranquillitatis gratia, suum abstineat ostendere Ecclesiam Christi, omnium non solum
l'Eglise du Christ, qui remplissait déjà une si disparu de leur cœur, nous les recevrons et les
grande partie non-seulement des provinces embrasserons comme des frères, dont nous
africaines, mais encore des provinces d'outre- déplorons présentement le schisme où les a
mer et des contrées les plus florissantes et les conduits l'inspiration du démon.
plus riches en population, allant toujours, com- 3. Alors chacun de nous, s'associant ainsi à
me il est écrit, en grandissant et en portant des l'honneur de son collègue, occupera tour à tour
fruits dans le monde entier, n'a pu périr par la première place dans l'Église, comme on a
les péchés de quelques hommes renfermés dans coutume de la céder à un évêque étranger. Les
son sein; si nous pouvons démontrer que c'est deux évêques, jouissant chacun alternativement
une question jugée et terminée, que celle de de la même prérogative dans leur église, ne
ces évêques touj ours accusés, sans qu'on ait manquerontjamais à cette déférence de respect
pu rien prouver contre eux, quoique la cause et d'honneur qu'ils se doivent l'un à l'autre; car
de ces évêques ne touche en rien celle de là où la charité a dilaté les cœurs, régnentaisé-
l'Église;si nous faisons voir que Cécilien a été ment la paix et la concorde. Si l'un des deux
déclaré innocent, et qu'eux ont été convaincus évêques vient à mourir, le survivant lui succé-
de violence et de calomnies par l'empereur, dera, et en cela il n'y aura rien de nouveau,
à l'examen duquel ils avaient soumis leurs car dès le commencement du schisme, c'est
accusations. Enfin si, relativement à ce qu'ils une pratique à laquelle est restée fidèle la cha-
ont dit sur ces prétendus crimes de quelques rité catholique envers ceux qui, renonçant à
hommes, nous prouvons par des témoignages leur criminelle séparation, sont revenus tardi-
humains ou divins l'innocence de ces hommes vement à la douceur de l'unité. Si par hasard
faussement accusés, et que leurs péchés, s'ils en les populations chrétiennes aimaient mieux
ont commis, n'ont pas détruit l'Église du Christ, avoir un seul évêque, et si cette innovation
à la communion de laquelle nous sommes unis, dans les coutumes suivies jusqu'à ce jour leur
nous consentons à ce que les Donatistes rentrent rendait désagréable ce partage d'honneur entre
dans l'unité avec nous, afin de marcher dans la deux évêques, l'un et l'autre quitteraient leur
voie du salut, et même à ce qu'ils conservent siège; une fois que le schisme aurait disparu
leur dignité épiscopale. En effet, nous respec- dans chaque église, et la paix étant rétablie, avec
tons en eux le sacrement de la divine vérité, l'unité, les évêques des localités, où il s'en trou-
mais nous y détestons les inventions de l'esprit verait un seul, en choisiraient un seul pour
d'erreur. Une fois que ces sentiments auront chaque église, où l'épiscopat ne serait plus

Africanarum, verum etiam trasmarinarum provin- latis fraternum pectus amplectimur, Christiana no-
ciarum, multarumque gentium spatia feracissima
populorum copia jam tenentem, et sicut scriptum
est toto mundo fructificantem atque crescentem nul-
lorum hominum sibi commixtorum peccatis perire
sensione diabolica separatum.
3. Poterit quippe unusquisque nostrum ,
bis charitate conjunctum, quod nunc dolemus dis-
honoris
sibi socio copulato, vicissim sedere eminentius, sicut
potuisse : si denique ipsorum, quos tunc accusare peregrino episcopo juxta considente collega. Hoc
voluerunt, potius quam convincere valuerunt, quæs- cum alternis Basilicis utrisque conceditur, uterque
ab alterutro honore mutuo prævenitur: quia ubi
tionem demonstraverimus esse finitam, quamvis non
in eis Ecclesiæ causa consistat; et Cæcilianum inno-
centem, illos autem violentos et calumniosos esse
judicatos ad eo Imperatore, ad cujusexamen crimi-
non fit angusta, ut uno eorum defuncto ,
præceptio caritatis dilataverit corda, possessio pacis
deinceps
jam singulis singuli pristino more succedant, nec
novum aliquid fiet : nam hoc ab ipsius separationis

vel humanis documentis,


nationes suas ultro accusando miserunt : postremo si
quidquid de peccatis quorumlibet hominum dixerint,
vel divinis probaverimus,
aut eorum innocentiam falsis criminibus adpetitam,
exordio, in eis qui damnato nefariæ discissionis er-
rore unitatis dulcedinem vel sero sapuerunt, catho-
lica dilectio custodivit. Aut si forte Christiani populi
singulis delectantur episcopis, et duorum consor-
aut Christi Ecclesiam, cujus communione cohære-
mus, nullis eorum delictis esse destructam : si ejus tium, inusitata rerum facie tolerare non possunt,
nobiscum teneant unitatem, ut nonsolumviamsalu- utrique de medio secedamus, et ecclesiis in singulis
tis inveniant, sed nechonoremEpiscopatus amittant. damnata schismatis causa, in unitate pacifica cons-
Neque enim in eis divinæ Sacramenta veritatis, sed titutis, ab his qui singuli in ecclesiis iis singulis in-
commenta humani detestamur erroris : quibus sub- veniuntur unitati facta per loca necessaria sin-
ainsi partagé. Pourquoi balancerions-nous à divine charité, même avant la conférence, les
faire ce sacrifice d'humilité à notre Rédempteur? cœurs des hommes faibles ou endurcis; afin que
Quand ce divin Sauveur est descendu du Ciel, l'amour de la paix, animant les esprits de tous,
et a revêtu un corps humain pour nous en faire nous ne résistions pas aux lumières et à la ma-
les membres, hésiterons-nous à descendre de nos nifestation de la vérité, et que la concorde pré-
chaires, pour ne pas déchirer ses membres par cède et suive nos discussions. Nous devons l'es-
une cruelle division? Pour ce qui nous regarde,
nous ne désirons rien autre chose, sinon d'être
des chrétiens fidèles et obéissants. Soyons-le
:
pérer, pour peu que nos adversaires se rappel-
lent les paroles de l'Évangile « Bienheureux
les pacifiques parce qu'ils seront appelés les
donc toujours. Nous avons été ordonnés évêques enfants de Dieu. »
(Mat. v, 9.) Ils reconnaîtront
pour les peuples chrétiens, que notre épiscopat qu'il est plus digne et plus facile de vouloir,
serve donc à rétablir la paix chrétienne. Si que le parti de Donat se réconcilie avec le monde
nous sommes des serviteurs utiles, pourquoi chrétien entier, que de voir l'univers chrétien
ravir au divin Maître, par nos honneurs tempo- le
rebaptisé par parti de Donat; surtoutpuisqu'ils
rels, son profit qui demeure éternellement. La di- ont accueilli avec empressement ceux qui sont
gnité épiscopale, sera beaucoup plus fructueuse venus à eux, en quittant le schisme sacrilège et
pour nous, si en la déposant, nous rassemblons impie de Maximien, schisme contre lequel ils
le troupeau de Jésus-Christ, que si nous le dis- ont appelé les rigueurs et les poursuites des
persions en la retenant. Car de quel front pour- puissances de la terre. Cependant ils les ont
rions-nous prétendre aux honneurs que le Christ reçus parmi eux avec bienveillance, et n'ont
nous a promis dans le siècle à venir, si ceux point osé annuler le baptême reçu dans l'église
dont nous jouissons dans le siècle présent, étaient de Maximien. Parmi ceux qu'ils avaient con-
un obstacle à l'unité chrétienne ? damnés, ils en ont conservé quelques-uns dans
4. Nous avons cru devoir écrire ces choses à toutes leurs dignités, et n'ont pas cru que quel-
votre Excellence pour que vous en fassiez part ques autres eussent été souillés par leur com-
à tout le monde. Puisse Dieu notre Seigneur, munion avec les Maximianistes. Nous sommes
qui nous a conseillé ces promesses, et qui nous loin de blâmer le bon accord entre eux, mais
aidera à les accomplir, guérir et dompter par sa ils doivent comprendre de leur côté, avec quel

guli constituantur episcopi. Quid enim dubitemus ista, promittimus, et quo adjuvantenos implere posse
Redemptori nostro sacrificium istius humilitatis of- confidimus, etiam ante collationem, si fieri potest,

;
ferre ? An vero ille de cœlis in membra humana
descendit, ut membra ejus essemus et nos, ne ipsa
ejus membra crudeli divisione lanientur, de cathe-
dris descendere formidamus ? Propter nos nihil
corda hominum vel infirma, vel dura, pia charitas
aut sanet, aut edomet. Ac si jam pacificis mentibus
non resistamus manifestissimæ veritati, et disputa-
tionem nostram vel præcedamus concordia, vel se-
sufficientius, quam Christiani fideles et obedientes quamur. Neque enim desperare debemus, si reco-
sumus : hoc ergo semper simus. Episcopi autem lunt, « Beatos esse pacificos quoniam ipsi Filii Dei
propter Christianos populos ordinamur. Quod ergo
Christianis populis ad Christianam pacem prodest;
vocabuntur » (.ßfatt. v, 9.), multo dignius et facilius
eos velle, ut pars Donati universo orbi Christiano
hoc de nostro episcopatu faciamus. Si servi utiles reconcilietur, quam universus orbis Christianus a
sumus, cur Domini æternis lucris pro nostris tem- parte Donati rebaptizetur : cum præsertim de Maxi-
poralibus sublimitatibus invidemus ? Episcopalis di- miani sacrilego et damnato schismate venientes,
gnitas (a) fructuosior nobis erit, si gregem Christi quos etiam terrenarum potestatum jussionibus in-

,
magis deposita collegerit, quam retenta disperserit.
Nam qua frontein futuro sæculopromissum Christo
sperabimus honorem si Christianam in hoc sæculo
noster honor impedit unitatem ?
a
4. Hæc propterea præstantiæ tuæ scribenda cura-
sectando emendare curarunt, tanta dilectione quæ-
sierint, ut nec baptismum ab eis datum rescindere
auderent, et quosdam eorum damnatos, sine ulla
honoris eorum diminutione susciperent, quosdam
vero in illius discissionis societate impollutos fuisse
vimus, ut et per te innotescant omnibus. Postulamus censerent. Quorum inter se concordiæ non invide-
ut in adjutorio Domini Dei nostri, quo admonente mus; sed eos certe oportet advertere, quam pie tanto
(a)AugustinusinGestis cumEmeritohancepistolamexintegrorecitari jussit, cumqueverba ilia legerentur, se dixisse
meminit III lib. de iisdem Gestis, « Fratres si Dominum cogitamus, locus iste altior, specula vinitoris est, non fastigium
superbientis.Sicumvolo retinere episcopatum meum,dispergo gregem Christi, quomodo estdamnum gregis, honorpastoris?»
zèle et quel piété l'arbre catholique doit recher- AURÈLE, SYLVAIN ET TOUS LES ÉVÊQUES CATHO-
cher la branche, qui a été séparée de son tronc, LIQUES.
puisque cette branche elle-même a mis tant de
soin pour se rattacher le petit rameau séparé 1. Nous sommes vivement inquiets de la
d'elle. (Et d'une autre main) nous désirons, très déclaration (2), ou de la lettre de nos frères, que
cher fils, que vous soyez heureux dans notre notre plus grand désir est de ramener de leur
Seigneur. Moi, Aurèle, évêque catholique de funeste dissension, à la paix de l'Eglise catho-
l'église de Cartharge, j'ai signé cette lettre, lique. Leur refus de se conformer à l'édit, par
(également d'une autre main) moi, Silvain lequel votre Excellence avait prévu tout ce qui
évêque de l'église de Zumme, j'ai signé cette pouvait assurer le calme et la tranquillité dans
lettre. nos délibérations, nous fait craindre que sinon
tous, du moins quelques-uns, aient l'intention
d'entraver, par le bruit et le tumulte de la mul-
LETTRE CXXIX. (1) titude, notre conférence qui doit être calme et
pacifique. Plaise à Dieu que telle ne soit pas

Les évêques catholiques répondent à la déclaration


des donatistes, et annonçent à Marcellin qu'ils
sans fondement !
leur pensée, et que plutôt nos soupçons soient
Puissent-ils vouloir être tous
présents à l'assemblée, où nous serons réunis à
consentent, à ce que, selon leur désir, tous les eux, pour en sortir en paix et en concorde avec

où sera tenue la conférence ;


évêques donatistes soient présents dans le lieu,
ensuite ils défen-
nous ; et que n'étant plus divisés par le schisme,
mais unis par les liens de la charité de Jésus-
dent fortement contre les schismatiques la cause Christ, nous allions tous, animés par la plus
de l'église catholique. sincère et la plus ardente charité, offrir nos
louanges et nos actions de grâces à Dieu, dans la
A LEUR HONORABLE ET TRÈS-CHER FILS, L'ILLUSTRE même église, au milieu de la joie et de l'admi-
TRIBUN ET SECRÉTAIRE IMPÉRIAL, MARCELLIN, ration de tous les gens de bien, mais à la grande

(1) Ecrite la même année que la précédente. — La lettre qui était la 129e se trouve maintenant la 97e. — Extraite, comme
la précédente, des ouvrages de Saint Augustin contre les Donatistes.
(2) Dans la première séance de la conférence de Carthage, nombre 14, on voit cette lettre des donatistes, par laquelle re-
pondant au deuxième édit de Marcellin, ils déclarentqu'ils se sont rendus de divers lieux de l'Afrique à Carthage, le 18e jour
de mai, et le prient d'ordonner à tous ceux qui étaient arrivés d'assister à la conférence.

studio ramum a se fractum radix Catholica inquirit,


si ramus ipse similiter a se parvum fragmenincisum
LIUS
LICI.
, SILVANUS, ET UNIVERSI EPISCOPI CATHO-

sic colligere laboravit. Et alia manu: Optamus te


fili in Domino bene valere. Aurelius episcopus eccle-

:
siæ catholicæ Carthaginiensis, huic epistolæ sub-
scripsi. Item aliamanu Silvanussenex ecclesiæSum-
mensis subscripsi.
Multum nos sollicitos reddidit Notoria, vel lit-
1.
teræ fratrum nostrorum, quos cupimus ad catholi-
cam pacem a perniciosadissensione converti; quod
Edicto nobilitatis tuæ, quo ipsius disputationis nos-
træ tranquillitati quietique providisti, consentire
EPISTOLA CXXIX. noluerunt : ne forte etiamsi non omnes, aliqui tamen
eorum per multitudinis tumultum seu strepitum,
Catholici episcopi Notoriæ Donatistarum respon- collationem, quæ pacifica et pacata esse debet, im-
dent, significantes Marcellino, se illis concedere pediant. Atque utinam ipsos non pertentet ista co-
quod petierant, utuniversi qui venerant eorum gitatio, et nos potius fallat ista suspicio : et ideo si
:
episcopi præsentes essent in eo loco ubi celebranda velint omnes esse præsentes, ut cum eis visum fue-
erat collatio tum etiam catholicæ Ecclesiæ cau- rit, congregatis illuc etiam nobis , simul inde egre-
sam adversus eorurn schisma validis argumentis diamur
concordes atque pacati, et schismatica di-
vindicant. visione correcta, fraterno unitatis Christi vinculo

, obstricti, mirantibus et gaudentibus omnibus bonis,


HONORABILI AC DILECTISSIMO FILIO V. C. ET SPEC- dolente autem solo diabolo et similibus ejus, pariter
TABILI TRIBUNO ET NOTARIO MARCELLINO AURE- in Ecclesiam ad gratiarum actionem, laudesque Deo
douleur du démon et de ceux qui lui res- le troisième jour d'entre les morts» (Luc XXIV,
semblent! 46.) est écrit contre ceux qui disent, qu'après
2. En considérant la question présente d'un sa mort, son corps a été enlevé du sépulcre, et
œil attentif et pacifique, et avec une pensée
chrétienne, en laissant de côté toutes ces accu-
:
ce qui suit « Il fallait aussi que la pénitence et
la rémission des péchés fussent prêchées en son
sations vraies ou fausses, soulevées parles pas- nom parmi toutes les nations, à commencer par
sions humaines, il n'est pas difficile de voir que Jérusalem; » (Ibid. 47.) est écrit contre ceux qui
c'est dans les saintes Ecritures qu'il faut cher- disent que son Eglise n'est pas établie sur toute
cher l'Eglise, où Jésus-Christ son rédempteur
s'est manifesté à nous. Car, de même que nous
;
la terre ainsi un seul passage et quelques
mots suffisent pour repousser les ennemis du
n'écoutons pas contre le Christ, ceux qui disent chef etles ennemis du corps, et les ramener à la

;
que son corps a été enlevé furtivement du sé-
pulcre par ses disciples de même nous ne de-
vons pas écouter contre son Eglise, ceux qui
foi et à la vérité, s'ils veulent prêter une atten-
tion sérieuse à ces paroles.
3. Nous sommes d'autant plus affligés de voir
disent qu'elle n'existe plus que parmi les Afri- nos frères ainsi séparés de nous, qu'ils suivent
cains, et le très-petit nombre de ceux qui leur comme nous ces mêmes Ecritures qui ren-
sont unis de communion. Selon les paroles de ferment contre leurs erreurs des témoignages
l'Apôtre tous les vrais chrétiens sont membres si évidents. Les Juifs qui nient la résurrection
de Jésus-Christ (Eph. IV, 25.) Ainsi, comme nous de Jésus-Christ, n'admettent pas du moins l'E-
ne croyons pas que le corps mort de J ésus- vangile, mais nos frères défèrent à l'autorité

tivement dérobé au sépulcre ;


Christ, ait péri, où que quelqu'un l'ait fur-
de même nous
ne devons pas croire, que par les péchés de
des deux Testaments, et pourtant il nous ac-
cusent d'avoir livré aux païens l'Evangile auquel
ils ne veulent pas croire, lorsque nous leur en
quelqu'un, ses membres vivants aient péri et citons les passages. Mais peut-être maintenant,
aient disparu du monde. Or, puisque Jésus- en vue de notre prochaine conférence, auront-
Christ est le chef, et l'Eglise le corps, il est aisé ils scruté plus attentivement les saintes Ecri-
de voir dans l'Evangile, et le chef défendu ?
tures Ils y auront trouvé des passages nom-
contre les calomnies des juifs, et le corps contre breux où Dieu promet que l'Eglise serait
les accusations hérétiques. Car ce qu'on lit:«Il répandue parmi toutes les nations et sur toute
fallait que le Christ souffrît, et qu'il ressuscitât la surface de la terre. Promesse dont l'accom-

reddendas ardentissima et lucidissima charitate »


die (Luc. XXIV, 46.) contra eos est,quidicuntmor-
pergamus. tuum de sepulcro esse sublatum : quod autem sequi-
2. Quid enim magnum est, si oculus pacatus tur et prædicari in nomine ejus pænitentiam, et
: «
adtendat, et cogitatio Christiana non deserat consi- remissionem peccatorum, per omnes gentes inci-
derare et videre, remotis humanis criminationibus pientibusab Jerusalem » (Ibid. 47.);contra eos est, qui
seu veris seu falsis, in eis litteris Ecclesiam esse dicunt non esse Ecclesiam.in orbe terrarum : ut uno
quærendam, ubi Christus Redemptor ejus innotuit ? brevi capitulo paucísque verbis, et inimicus capitis,
Nam sicut non audimus contra Christum eos, qui et inimicus corporis repellatur, et, si fideliter adten-
dicunt corpus ejus desepulchro furatum adiscipulis; derit, corrigatur.
sic non debemus audire contra ejus Ecclesiam eos, 3. Nam tenere istas inimicitias fratres nostros

,
qui dicunt non eam esse nisi in solisAfris et Afrorum tanto magis dolemus, quanto magis eos constat eas-
paucissimis sociis. Apostolus quippe dicit, quoniam dem Scripturas nobiscum tenere quibus hæc aper-
veraces Christiani membra sunt Christi. (Eph. IV, tissima testimonia continentur. Judæi quippe qui
25.). Sicut ergo non credimus furto cujusquam pe- negantresurrexisseChristum, saltem nonaccipiunt
riisse carnem Christi mortuam de sepulcro ; sic cre- Evangelium : isti autem fratres nostri utriusque
dere non debemus peccato cujusquam viva ejus Testamenti auctoritate devincti sunt; et tamen cri-
membra periisse de mundo. Non est itaque difficile, minari nos volunt de Evangelio tradito, et nolunt ei
quoniam caput st Christus, et corpus Ecclesia, credere recitato. Sed nunc fortasse hujus collationis
simul in Evangelio commendatum videre, et caput cura suscepta diligentius perscrutati sunt Scripturas
contra calumnias Judæorura, et corpus contra cri- sacras, et quia in eis innumerabilia testimoniarepe-
minationes hæreticorum. Nam quod legitur, « Opor- rerunt, quibus promissa est Ecclesia futura in om-
tebat Christum pati, et resurgere a mortuis tertio nibus gentibus, et toto orbe terrarum, sicut eam
plissement commence à se manifester dans l'E-
vangile, dans les Epîtres et les actes des
Apôtres, où sont indiqués les lieux, les cités,
;
contre les hérétiques et les schismatiques, pour
le maintien de la paix catholique nous pensons
que nos adversaires ont enfin compris qu'ils n'a-
les provinces, où l'Eglise s'est d'abord dévelop- vaient aucune raison de s'en plaindre, puisque
pée, en commençant par Jérusalem, pour passer les anciens rois, non-seulement des Hébreux,
de là en Afrique, non en cessant d'être où elle mais encore des pays étrangers, ont effrayé par
était établie, mais pour s'y répandre et en rece- les lois et les peines les plus sévères, les peuples
voir un nouvel accroissement. Mais nulle part de leurs royaumes, pour les empêcher non-
ils n'auront dans les écrits divins un passage seulement de faire, mais même de dire quelque
- où il est dit, que l'Eglise disparaîtra des autres chose contre le Dieu d'Israël, c'est-à-dire le vrai
parties du monde, pour être seulement en Dieu. Leurs ancêtres eux-mêmes n'ont-ils pas
Afrique, dans le parti de Donat. Ils ont dû voir déféré à l'empereur Constantin, par le procon-
combien il serait absurde, qu'il y eût dans les sul Anulin, la cause de Cécilien d'où est née
Ecritures tant de témoignages divins en faveur notre division? Or, leur but était d'obtenir de
de cette Eglise qui devait périr, et qu'il n'y eût ce prince un édit sévère contre ceux qui
pas un mot pour celle, qui selon eux, devait succomberaient dans cette cause, et favorable
seule être agréable à Dieu. Ce sont peut-être au parti qui triompherait. Ils ont pu, (ce que
oes pensées qui ont engagé nos adversaires à se peut-être l'approche de la conférence les a
rendre tous au lieu de notre conférence, pour forcés de faire), ils ont pu, en compulsant les
mettre un terme à ces vaines et inutiles divi- archives publiques, voir que cette affaire était
sions, si dangereuses en elles-mêmes, si nui- entièrement terminée, non-seulement par les
sibles au salut éternel. Ils n'y viennent point juges ecclésiastiques devant lesquels Cécilien
pour faire naître de nouveaux troubles, mais fut absous, mais aussi par l'Empereurlui-même,
pour faire disparaître et éteindre toute ancienne à l'examen duquel ils avaient d'abord soumis
discorde. toute l'affaire, et à qui ils en appelèrent encore
4. Quant aux griefs qui les animaient le plus après le jugement des évêques. Ils ont pu voir
contre nous, c'est-à-dire les lois que les princes également dans ces archives, que l'ordinateur
de la terre, dont les prophéties avaient depuis de Cécilien, Félix, évêque d'Aptongé, accusé
si longtemps annoncé la soumission au service par eux, dans leur concile, d'être l'auteur de
de Notre Seigneur Jésus-Christ, ont faites tous les maux, avait été pleinement disculpé

reddi et præsentari cæpisse in Evangelio et epistolis culpandum : quia et antiqui reges non solum gentis
apostolicis, et in Actibus Apostolorum videmus, ubi Hebraicæ, sed etiam alienigenæ, ne quisquam con-
et ipsa loca, et civitates, et provinciæ leguntur, per tra Deum Israël, hoc est verum Deum, non tantum
quas crevit, incipiens ab Jerusalem, ut inde seetiam faceret, sed vel diceret aliquid, omnes regni sui
inAfricam non migrando, sedcrescendo diffunderet. populos præceptis minacissimis terruerunt; et ma-
Non autem invenerunt aliquod testimonium divino- jores istorum ipsam Cæciliani causam, unde nata est
rum eloquiorum, ubi dictum est eam perituram de ista dissensio, ad Constantinum imperatorem per
ceteris partibus mundi, et in sola Africa Donati Anulinum prcconsulem accusando miserunt; quod
parte mansuram : et viderunt quam sit absurdum, utique non ob aliud videntur fecisse, nisi ut impera-
pro ilia, quæ fuerat peritura, tot testimonia divina tor Constantinus contra eos qui superati essent, eis
recitari; pro ea vero, quæ sicut putant, fuerat do- qui superassent, aliquid regali auctoritate decer-
mino placitura, nullum ejus testimonium reperiri. neret; totamque ipsam causam potuerunt, (et forte
Hæc forte cogitantes, ad finiendas vanas, et perni- feceruntipsius collationis necessitate) archivis pu-
ciosas, et saluti æternæ contrarias inimicitias, ad blicis perscrutatis, invenire olim esse finitam, post
e
locum collationis nostrse omnes convenir noluerunt, ecclesiastica judicia, quibus absolutus est Cæcilia-
non ut tumultus novus oriatur, sed ut vetusta discor- nus, illo etiam Imperatore judicante, ad cujus exa-
dia finiatur. men rem totam et primo miserunt, et postea per-
4. Nam et illud, quo in nos solent graviter irri- duxerunt. Ibi potuerunt etiam causam Felicis Aptun-
tari, quod reges terræ, quos tanto ante prædictum gensis ordinatoris Cæciliani, quem malorum omnium
est Christo domino servituros, leges contra hæreti- fontem in (Carithaginensi an. 311.) concilio suo
cos et schismaticos pro catholica pace constituunt, dixerant, cognoscente Æliano proconsule ex præ-
credimus quod aliquando cogitaverint, non esse cepto ejusdem Imperatoris invenire purgatam;
par le proconsul Ælien, chargé par l'empereur
de prendre connaissance de cette affaire.
5. Cependant s'ils ont fait attention aux saintes
condamnés;
communion quelques-uns de ceux qu'ils avaient
et qu'à un grand nombre d'autres
établis dans le même schisme ils avaient ac-
Ecritures, ce qui leur était très-facile, ils auront cordé un délai pour rentrer dans leur sein, dé-
remarqué que dans l'Eglise du Christ, telle qu'elle clarant qu'ils n'avaient pas été souillés, pour
nous a été promise, l'ivraie doit rester mêlée avoir été dans la communion schismatique du
avec le bon grain, le froment avec la paille, les rameau sacrilége de Maximien, et n'osant pas
bons poissons avec les mauvais, jusqu'au jour annuler et renouveler le baptême, quoique
où le champ sera moissonné, l'aire vannée, le donné dans le schisme, hors de leur commu-
filet tiré sur le rivage. Ils auront également pu nion, par ceux qu'ils avaient condamnés, ou
voir et comprendre, que quand bien même la par leurs adhérents. Il leur a donc été facile de
cause de Cécilien et de son collègue aurait été comprendre que, par leur exemple même, ils
mauvaise, ils ne devaient rien en préjuger contre désapprouvaient leurs accusations contre nous,
l'univers chrétien, contre la promesse faite long- et il est à croire que maintenant ils com-
temps auparavant à un petitnombre de croyants, prennent combien il est indigne pour eux de
et aujourd'hui accomplie auxyeux de tout le siéger en qualité d'évêques dans leurs églises,
monde. A moins que le péché d'un seul homme parmi ceux qu'ils ont condamnés avec Primien
ne soit plus fort contre l'Eglise, que ne l'est lui-même, et avec ceux qui avaient condamné
pour elle le serment de Dieu, et que l'iniquité Primien; tout cela, selon eux, pour conserver
ne l'emporte sur les promesses de la vérité. Ils la paix dans leparti de Donat, tandis qu'au su-
auront peut-être vu combien il est insensé et jet de Cécilien, ils diffament le monde chré-
impie de penser de la sorte. Ils se seront sou- tien, et l'empêchent de vivre dans la paix et l'u-
venus qu'après avoir condamné les Maximia- nité du Christ.
nistes qui avaient condamné Primien, ils avaient 6. Ce sont sans doute ces pensées, et le sen-
eu recours aux puissances temporelles pour faire timent de la crainte de Dieu qui les ont portés
chasser les Maximianistes de leurs églises; et ils à vouloir assister tous à la conférence, non dans
ont sans doute compris que l'exemple donné par une intention de trouble, mais de paix. Ils ont
eux disculpait de tous reproches l'Eglise catho- en effet déclaré que leur intention en se rendant
lique, si elle invoquait l'autorité de ces mêmes tous à la conférence, était de faire voir leur
puissances contre des enfants révoltés. Ils n'au- nombre, que leurs adversaires annonçaient
ront pas oublié qu'ils ont ensuite reçu dans leur faussement comme étant fort petit. Si quel-
5. Quamquam et hoc si adtenderunt, et, quod schismatis constitutis dilationem dederunt, quos in
facile fuerat, adverterunt, in Scripturis sanctis Ec- Maximiani sacrilegi surculi communione impollutos
clesiam Christi permixtis zizaniis, et palea, et pis- mansisse dixerunt; et baptismum vel a damnatis,
cibus malis futuram esse promissam usque ad tem- velasociiseorum, quamvis forisin schismate datum,
pus messis, ventilationis, et littoris, utique cogitare rescindere atque iterare non ausi sunt; satis utique
potuerunt, etiamsi malam causam Cæcilianus et judicarunt, ea quæ contra nos dicebant, exemple
coëpiscopi ejus habuissent, nihil eos præjudicare suo esse damnata : et credendum est quod jam in-
potuisse orbi Christiano, quem Deus paucis creden- telligant quam sit indignum, quam intolerabile, ut
tibus tanto ante promisit, et nunc multis videntibus cum sedeant in cathedris episcopalibus cum istis, et
reddidit. Nisi forte plus contra Ecclesiam valuit cum ipso simul Primiano damnatores ejus et dam-
homo peccans, quam pro Ecclesia Deus jurans; et nati, in causa ejus, ut sit pax in parte Donati, de
iniquitas quod amisit, quam veritas quod promisit. Cæciliano infametur orbis Christianus, ne in pace
Hæc sentire quam sit stultum et impium jam for- vivat unitas Christi.
tasse viderunt: cogitaverunt quoque damnatos a se 6. Hæc omnia fortasse cogitantes, et Dei timore
Maximianistas Primiani damnatores per potestates permoti omnes collationis loco adesse voluerunt,
terrenas etiam de basilicis curasse pellendos, et ibi non tumultus dispositione, sed pacis. Quod enim
certius exemplo suo recentiore didicerunt non esse propterea se universos adesse dixerunt, ut eorum
suos ab hujusmodi potestatibus postulat
aliquos ex damnatis postea receperunt,
:
peccatum; si tale aliquid Ecclesia contra rebelles
et quod
quos cum
numerus appareat, quoniam eos paucos esse adver-
sarii sæpe sui mentiti sunt; hoc si aliquando a nos-
tris dictum est, de his locis dici verissime potuit,
damnarent, aliis etiam plurimis in eadem societate ubi nostrorum coëpiscoporum et clericorum atque
ques-uns des nôtres ont tenu ce propos, ils ne invités à venir pour souscrire en votre présence,
se sont pas écartés de la vérité, en parlant des à l'élection de leurs mandataires. Tous n'au-
localités où le nombre de nos collègues dans raient-ils pas été représentés dans un petit
l'épiscopat, ainsi que celui des clercs et des nombre, puisque ce petit nombre aurait été
laïques est en grande majorité, surtout dans la ?
choisi par tous C'est donc ou le scandale, ou
province proconsulaire. La Numidie consulaire
exceptée, dans les autres provinces de l'Afrique,
:
la paix qu'ils ont en vue nous craignons l'un,
nous souhaitons l'autre. Or, de peur qu'onne se
nous l'emportons de beaucoup sur eux par le prépare à ce que nous craignons plutôt qu'à ce
nombre, et en comparaison de toutes les na- que nous souhaitons, nous'consentons que tous
tions où la communion catholique est répandue, assistent à la conférence, pourvu toutefois que
on peut dire en toute vérité qu'ils sont peu le nombre des nôtres reste tel qu'il a paru suf-
nombreux. Si c'est seulement leur nombre fisant à votre Excellence. S'il arrive ainsi quel-
qu'ils ont voulu faire voir, ils pouvaient le faire que tumulte et du désordre, on ne pourra l'im-
avec plus de calme et de régularité, en appo- puter qu'à ceux dans le parti desquels se sera
sant en votre présence leurs signatures sur leur trouvé une multitude inutile, pour discuter une
mandat, comme vous l'aviez ordonné par votre affaire, quine devait être traitée que par quelques-
édit. Quelle est donc en définitive leur intention, uns seulement. Mais si ce que nous désirons de
en voulant être tous présents à la conférence? tous nos vœux et que nous souhaitons ardem-
Si ce n'est pas dans une pensée de paix, quel ment, ce que nous demandons avec supplica-
trouble n'exciteront-ils pas, s'ils prennent la tion à Dieu, cette multitude ne leur a paru né-
parole, ou que feront-ils là, s'ils gardent le si- cessaire que pour rétablir l'unité, nous aussi
?
lence Et quand bien même ils ne feraient en- nous viendrons tous, quand ils le voudront, et
tendre aucun cri, le murmure seul de tous ces sous l'aile de celui qui nous accordera un si
gens produira un bruit assez fort pour troubler grand bienfait, nous accourrons en disant:
et empêcher la conférence. « Vous êtes nos frères, » (Isai, LXVI, 5, sel. les
7. Ils ont cru devoirréclamerdansleur décla- Septant.) et ces paroles ne s'adresseront plus à
ration, le droit d'être tous présents à la confé- des hommes qui nous haïssent, mais à des amis
rence, parce qu'ils avaient été tous convoqués dont le cœur n'a plus de haine, et qui nous em-
?
pour s'y rendre Comme si le petit nombre de brasseront au nom du Seigneur, qui sera ainsi
ceux qui auraient le droit d'y assister, ne devait glorifié. Alors, dans un élan de joie commune,
pas être choisi, par tous ceux qui avaient été ils sentiront avec nous combien il est doux et

laïcorum longe major est numerus, et maxime in præsente subscriberent, ac sic in paucis omnes es-
Proconsulari provincia: quamquam, excepta Nu- sent, cum ab omnibus pauci electi essent. Aut ergo
midia consulari, etiam in ceteris provinciis Africanis tumultus ab eis cogitatur, aut pax; quorum illud
nostrorum numero facillime superentur; aut certe, optamus, illud cavemus : et ideo ne forte, quod
in comparatione omnium gentium, per quas catho- absit, hoc præparetur potius quod cavemus, quam
lica communio dilatatur, eos esse paucissimos rec- quod optamus, consentimus adesse omnes illos, ut
:
tissime dicimus. Sed nunc si numerum suum inno- tamen a nobis tantus adsit numerus, quantus tuæ
tescere voluissent, nonne ordinatius atque tranquil- spectabilitati sufficere visus est ut tumultuosum
lius innotesceret per eorum subscriptiones, quas per turbas si quid emerserit, nonnisi eis recte im-
ut mandato suo te cernente subjungant, edicto putetur, in quorum parte præsens fuerit ad rem,
admonuisti? Quid sibi ergo vult quod collationis quæ a paucis agenda est, omnino superflua multi-
loco omnes adesse desiderant? Si enim pacem non tudo. Si autem quod votis omnibus CUpilllUS, quod
cogitant, quid non perturbabunt locuturi, aut quid ardenter appetimus, quod suppliciter a Domino
illic facient tacituri? Nam etiamsi clamor non sit, deprecamur, causa unitatis faciendæ illa erit neces-
solus susurrus ipse multorum, satis magnum strepi- saria multitudo, cum voluerint, omnes aderimus, et
tum faciet, quo impediatur illa collatio.
7. Quid est autem quod in Notoria sua ponen- alacriter convolabimus, dicentes :
ad tantum bonum, illo adjuvante qui hoc donat,
« Fratres nostri
dum putarunt, ideo se juste flagitasse, ut omnes estis, » (Isai. LXVI, 5; sec. LXX.) non jam eis, qui
adessent, quia omnes conventi sunt ut venirent. nos detestantur, sed qui odio finito amplectuntur, ut
quasi possent eligi pauci, qui adesse deberent, nisi nomen Domini honorificetur, et appareat illis in
ab omnibus qui venissent, ut eorum electioni te jocunditate jam nobiscum experientibus, quam bo-
salutaire, que les frères habitent ensemble dansprier Dieu, dès que celui que nous prions m'en
l'unité. (Et d'une autre main) nous prions Dieu,a donné le loisir, j'ai cru ne devoir plus différer
mon fils, de vous avoir en sa sainte garde. à vous payer ma dette, et à servir votre pieux
(Egalement d'une autre main), Moi, Aurèle, zèle dans la charité de Jésus-Christ. Je ne puis
évêque de l'église catholique de Carthage, j'ai vous dire quelle joiem'a causée votre demande,
signé; (et encore d'une autre main) Moi, Syl- dans laquelle j'ai vu combien vous avez à cœur
vain, primat de la province de Numidie, j'ai la sainte pratique de la prière. Quelle affaire
signé. en effet plus grande et plus importante,pouvait
vous occuper dans votre veuvage, que votre

LETTRE CXXX.(1)
persévérance à prier jour et nuit le Seigneur,
selon les conseils de l'Apôtre « Celle qui est
véritablement veuve et abandonnée, dit-il, a
:
mis son espérance dans le Seigneur, et persé-
Saint Augustin donne à Proba, riche veuve, des vèrejouretnuitdanslaprière.» (I. Timot. v, 5.)
instructionssur la manièredeprier Dieu. Ce qu'il y a d'admirable, c'est qu'étant salonle
siècle, noble, riche et mère d'une nombreuse
A PROBA, PIEUSE SERVANTE DE DIEU, (2) AUGUSTIN famille, vous n'êtes pas abandonnée quoique
ÉVÊQUE, SERVITEUR DE DIEU ET DES SERVITEURS veuve. Si la sainte pratique de la prière a été
DU CHRIST, SALUT DANS LE SEIGNEUR.. votre principale occupation et s'est entière-
ment emparée de votre cœur, c'est parce que
CHAPITRE I.
— 1. Me rappelant que vous m'a- vous avez sagement
compris que dans le monde
viez demandé, et que je vous avais promis de et dans cette vie, il n'y a de sécurité pour au-
vous écrire quelque chose sur la manière de cune âme.
(1) Ecrite sur la fin de l'année 411 ou sur le commencement de la suivante. — Cette lettre était la 121e dans les éditions
antérieures à l'édition des Bénédictins, et celle qui était la 130e se trouve maintenant la 144e.
(2) Proba, surnomméeFaltonie, s'était retirée en Afrique à la prise de Rome par les Goths, elle était femme de Probe,
préfet du prétoire et consul en 371. Elle avait pour bru Julienne, à qui est adressée la lettre 188e, et qui était mère de Dé-
métriade, c'est ce que l'on voit dans Saint Augustin, livre De bono viduitatis, chap. H9, et dans saint Jérôme, lettre 8e à

mes:
Démétriade. Il fait voir dans cette lettre que Démétriade était née d'Olibrius, fils de Proba, dont-il fait l'éloge en ces ter-
Proba illa omnium dignitatum et cunttœ nobilitatis in orbe Romano nomen illustrius : cujus sanctitas et in uni-

:
versos effusa bonitas, etiam, apud barbaros venerabilis fuit; quam trium liberorumProbini, Olibrii, et Probi non fa-
figarunt ordinarii censulatus, etc., c'est-à-dire Proba est illustre dans tout l'univers romain, autant par toutes les
dignités et les honneurs dont sa famille a été revêtue, que par la noblesse de sa race. Sa sainteté, sa bonté, envers
tout le monde l'ont rendue vénérable, même parmi les barbares. Les consulats de ses trois fils, Probin, Olibrius et Probe
ne l'ont jamais détournée de ses pratiques de piété, etc. Saint Jean Chrysostôme honora cette sainte veuve d'une con- -
fiance particulière, et en écrivant de son exil au pape Innocent Ier, il adressa également une lettre à Proba, pour lui
recommander le prêtre Jean et le diacre Paul, et il lui adresse ces deux frères comme à un port très-assuré.

::
num sit et jocundum fratres habitantes in unum.
Et alia manu Optamus te, fili, in Deo bene valere.
ipso quem oramus, tempus facultasque concessa est,
oportuit ut debitum meum jam jamque persolve-
Item alia manu Aurelius episcopus Ecclesise ca-
:
tholicæ Carthaginiensis sllbscripsi. Item Silvanus
primse sedis provinciee Numidise subscripsi.
rem, et pio studio tuo in Christi caritate servirem.
Quam me autem lsetificaverit ipsa petitio tua, in
qua cognovi quantam rei tantse curam geris, verbis
explicare non possum. Quod enim majus oportuit
EPISTOLA CXXX. esse negotium viduitatis tuse, quam persistere in
oratione nocte ac die, secundum Apostoli admoni-
Augustinus Probos viduce diviti, præscribit quomodo tionem ? Ille quippe ait, « Quæ autem vere vidua est
sit orandus Deus. et desolata speravit in Domino, et persistit in ora-
tione nocte ac die. » (I. Tim. v, 5.) Unde mirum
AUGUSTINUS EPISCOPUS SERVUS CHRISTI, SERVORUMQUE videri potest, cum sis secundum hoc sæculum no-
CHRISTI, RELIGlOSÆ FAMULÆ DEI PROBÆ, IN DOMINO bilis, dives, tantseque familiæ mater; et ideolicet
DOMINORUM SALUTEM. vidua, non tamen desolata : quomodo occupaverit
cor tuum præcipueque sibi vindicaverit orandi
1.Et petisse te et promisisse me recolens, ut de cura, nisi quia prudenter intelligis quod in hoc
orando Deo ad te aliquid scriberem, ubi tribuente mundo et in hac vita nulla anima possit esse secura.
2. Celui qui vous a inspiré cette pensée, agit :
pôtre nous dit « Ordonnez aux riches de ce
envers vous comme il agit envers ses disciples. monde de n'être pas orgueilleux, et de ne pas
Les voyant affligés, non pour eux-mêmes, mais mettre leur espoir dans des richesses incer-
pour le genre humain, et désespérant du salut taines, mais dans le Dieu vivant, qui nous
de tout homme, en entendant leur divin maître
leur dire: « Qu'il était plus facile à un chameau
de passer par le trou d'une aiguille qu'à un
donne tout en abondance pour en jouir, afin
qu'ils deviennent riches en bonnes œuvres or-;
donnez-leur de donner volontiers, de faire part
riche d'entrer dans le royaume des cieux» ; de leurs biens aux pauvres, et de se faire un
(Math. XIX, 24.) il les rassura par une promesse trésor et un fondement solidé pour l'avenir, afin
admirable et pleine de miséricorde, en leur di- d'embrasser la véritable vie. » (Timot. VI, 17.)
sant, que ce qui était impossible à l'homme, CHAPITRE II. — 3. C'est"pourquoi, par amour
était facile à Dieu. C'est donc celui à qui il est pour cette véritablevie, vous devez vous regar-
aisé d'ouvrir les portes du Ciel aux riches, qui der comme abandonnée dans ce siècle, malgré
vous a inspiré la pieuse sollicitude, avec laquelle le bonheur dont vous y jouissez. Car de même
vous m'avez consulté sur la manière dont il que cette vie est la seule véritable, en compa-
fallait prier. Lorsqu'il était encore dans serien- raison de la vie présente qu'on aime tant, et qui
veloppe mortelle, « il a favorisé au riche Zachée ne mérite même pas le nom de vie, quelque
l'entrée du royaume des cieux. » (Luc. XIX, 9.)Et ;
longue et agréable qu'elle soit de même il n'y
après sa résurrection et sa glorieuse ascension, a de vraie consolation que celle que Dieu nous
il a inspiré à beaucoup de riches, en les éclai- promet par la bouche de son prophète, en di-
rant du Saint-Esprit, le mépris de ce siècle et
les a rendus riches, en éteignant dans leurs
:
sant « Je lui donnerai la vraie consolation qui
»
est au-dessus de toute paix. (Isa. LVlII, 18, sel.
cœurs la soif et le désir des riches. Comment les Sept.) Sans cette divine consolation, toutes
en effet auriez-vous tant d'ardeur pour prier celles de la terre sont plutôt une affliction
Dieu, si vous n'aviez pas mis toute votre espé- qu'une consolation. Quelle consolation en effet,
rance en lui? Et comment pourriez-vous espé- ceux qui n'ont jamais connu la vraie félicité,
rer en lui, si vous placiez encore votre espoir peuvent-ils trouver dans les richesses, dans le
dans les richesses, qui n'ont rien de certain, et faîte des honneurs, et dans les autres choses de
si vous méprisiez le salutaire précepte où l'A- cette sorte, par lesquelles les hommes se

2. Proinde qui tibi earn cogitationem dedit, pro- hujus mundi non superbe sapere, neque sperare in

*
fecto facit quod Discipulis suis, non pro seipsis. sed
pro humano genere contristatis, et desperantibus
quemquam posse salvari, posteaquam ab illo audie-
bis omnia abundanter ad fruendum ;
incerto divitiarum, sed in Deo vivo qui præstat no-
ut divites sint
in operibus bonis, facile tribuant, communicent,
runt, facilius esse camelum intrare per foramen thesaurizent sibi fundamentum bonum in futurum
acus, quam divitem in regnum coelorum;(Matt, xix, ut apprehendant veram vitam. » (I. Tim. VI, 17.)
24.) mirifica et misericordissima pollicitatione res- CAPUT II. — 3. Debes itaque prse amore hujus
pondit, Deo esse facile quod hominibus impossibile Verse vitæ, etiam desolatam te putare in hoc sæclùo,
est. Cui ergo facile est, ut etiam dives intret in in quantalibet ejus felicitate verseris. Nam sicut est
regnum ccelorum, inspiravittibi piam sollicitudinem, ilia veravita, in cujus comparatione utique istaquse
de qua me consulendum putasti, quonam modo es- multum amatur, quamlibet jocunda atque producta
:
set tibi orandum. Ille namque cum etiam hic adhuc sit, nec vita dicenda est sic est etiam solatium ve-
essetin carne, Zachæum divitem in regnum coelorum rum, quodper ProphetamDominus promittit dicens,
misit, (Lucm,XIX, 9.)etresurrectione! atque ascen- « Dabo illi solatium verum, pacem super pacem »
sione glorificatus, multos postea divites impartito (Isai. LVII, 18. et 19. sec. LXX.) sine quo solatio
:
Spiritu sancto fecit hujus sseculi contemptores, et quaecumque sunt terrena solatia, magis in eis deso-
finita divitiarum cupiditate ditiores. Quomodo enim latio, quam consolatio reperitur. Divitise quippe
tu sic studeres orare Deum, nisi sperares in eo? atque fastigia dignitatum, ceteraque hujusmodi qui-
quomodo autem sperares in eo, si sperares in in- bus se felices esse putant mortales veræ illius feli-
certo divitiarum, et contemneres præceptum salu- citatis expertes, quid afferunt consolationis, cum sit
:
berrimum, quo Apostolus ait «[Praecipe divitibus eis non (a) indigere quam eminere præstantius;

(a) Apud Lov. omittitur hic particula negans, quae reperitur in editionibus aliis et Mss.propeomnibus.
croient heureux, et dont-il vaut mieux n'avoir tranquillement dans notre:patrie, si nous avons
pas besoin que d'y être éminent, puisque la près de nous des méchants, dans lesquels on ne
crainte de les perdre nous tourmente encore puisse avoir de confiance, et dont nous ayons à
plus que l'ardeur et le désirqui nous poussaient craindre le vol, la fraude, la colère,les discordes
à les acquérir? Ce n'est point par la possession et les embûches, tout ce qui était pour nous un
;
de tels biens que les hommes deviennent bons
mais ceux qui le sont devenus par une autre
voie, changent en véritables biens ces fausses
source d'amertume et d'affliction ;
sujet de joie et de douceur, devient alors une
tant il est
vrai que dans toutes les choses de la terre, il
richesses par le bon usage qu'ils en font. Il ne n'y a rien de meilleur pour l'homme qu'un bon
faut donc pas chercher là les vraies consola- et sincère ami. Mais où en trouver un sur
tions, mais là où est la véritable vie; car l'esprit et les mœurs duquel nous puissions sû-
l'homme devient nécessairement bon par ce qui ?
rement compter dans cette vie Car si l'on ne
le rend heureux.
4. Mais dans cette vie même on peut trouver
dans les hommes bons de grandes consolations.
connaître les autres ;
se connaît pas soi-même, comment peut-on
d'autant plus qu'on ne se
connaît pas assez soi-même, pour être sûr de ce
Que l'on soit pressé par la pauvreté, affligé par
le deuil, inquiété par la maladie, attristé par
qu'on sera le lendemain ? Ainsi, quoique plu-
sieurs se fassent connaître par leurs bonnes
l'exil, tourmenté par tout autre malheur, si l'on œuvres, que les uns par leur bonne vie soient
a près de soi des hommes de bien, «qui savent un sujet de joie, et les autres parleur mauvaise
pleurer avec ceux qui pleurent, se réjouir avec
ceux qui sont dans la joie. »
(Rom. XII, 15), et
proportionner leurs paroles à l'état où nous
chain;
conduite, une source de douleur pour leur pro-
cependant à cause de l'ignorance et de
l'incertitude où nous sommes sur l'esprit et le
nous trouvons, les peines finissent par s'adou- cœur des hommes, l'Apôtre nous donne le salu-
;
cir ce qui nous accablait devient plus léger, taire conseil « de ne rien juger avant le temps,
et l'on surmonte l'adversité. Mais quel est celui et d'attendre que le Seigneur soit venu, qu'il
qui opère ce bien en eux et par eux, sinon celui- mette au jour ce qui était caché dans les ténè-
là même qui rend les hommes bons par la com-
?
munication de son esprit Au contraire nous
bres, et qu'il découvre les pensées du cœur
après quoi chacun recevra de Dieu la louange
;
aurions beau regorger de richesses, n'être pas qui lui est due. » (I. Corinth. IV, 5).
dans le veuvage, jouir d'une bonne santé,habiter 5. Au milieu des ténèbres de cette vie où

quse plus excruciant (a) adepta timore amissionis, sit cui fides habeatur, a quo non dolus, fraus, irse,
quam concupita adeptionis ardore? Talibus bonis discordiæ, insidiae timeantur atque sustineantur;
non fiunt homines boni, sed aliunde boni facti bene nonne illa omnia fiunt amara et dura, nec aliquid
utendo faciunt ut ista sint bona.' Non sunt ergo in laetum vel dulce est in eis? ita in quibuslibet rebus
iis vera solatia, sed ibi potius, ubi vera vita. Nam humanis nihil esthomini amicum sine homineamico.
inde necesse est ut fiat homo beatus, unde fit Sed quotusquisque talis invenitur, de cujus animo
bonus. et moribus sit in hac vita certa securitas? Nam sicut
4. Homines autem boni videntur etiam in hac sibi quisque, nemo alter alteri notus est; et tamen
vita prsestare non parva solatia. Nam si paupertas nec sibi quisque ita notus est, ut sit de sua crastina
angit, si luctus mœstificat, si dolor corporis inquié- conversatione securus. Proinde quamvis ex fructi-
tât, si contristat exsilium, si ulla calamitas alia bus suis multi cognoscantur, et alii quidem bene
vexat; adsint boni homines, qui non solum gaudere
cum gaudentibus, verum etiam flere cum flentibus
norunt, (Rom. XII, 15.) et salubriter alloqui et col-
,
vivendo proximos leetificent, alii male vivendo con-
tristent tamen propter humanorum animorum
ignota et incerta, rectissime Apostolus admonet, ut
loqui sciunt, plurimum illa aspera leniuntur, rele- non ante tempus quidquam judicemus, donee veniat
vantur gravia, superantur adversa. Sed ille hoc in Dominus, et illuminet abscondita tenebrarum, et
eis et per eos agit, qui spiritu suo bonos fecit. manifestet cogitationes cordis, et tunc laus erit
Econtra si divitisecircumfluant, nulla.orbitas acci-
dat, adsit sanitas carnis, incolumi habitetur in pa-
unicuique a Deo. (I. Cor. IV, 5.)
5. In iis igitur vitae hujus tenebris, in quibus
tria, et cohabitent mali homines, in quibus nemo peregrinamur à Domino, quamdiu per fidem ambu-
N
(a) Benigniancnsiscodex, « qucc plus excruciant adcplum limore amissionis, quam cupientem ardore adeptionis. »
nous marchons loin du Seigneur, tant que nous dans la région des vivants, » où nous serons
n'avons pour guide que la foi et non la claire alors, et non dans le désert des morts où nous
vision (II. Corint. v, 6), l'âme chrétienne doit sommes présentement. En effet, dit saint Paul :
se regarder comme abandonnée, de peur qu'elle « Vous êtes des morts, et votre vie est cachée
ne cesse de prier. Elle doit s'accoutumer à tenir en Dieù avec Jésus-Christ, mais lorsque le
l'œil de la foi dirigé sur les paroles des saintes Christ qui est votre vie apparaîtra, vous appa-
Écritures,comme sur un flambeau placé dans un raîtrez avec lui dans la gloire. » (Colos. III, 3).
i, le
lieu obscur (II.Pierr. 19), jusqu'à ceque jour Voilà cette véritable vie à laquelle les riches
se lève et que l'étoile du matin commence à éclai- doivent chercher à parvenir par de bonnes
rer nos cœurs. De ce flambeau découle, en effet, œuvres. Là est la vraie consolation, sans laquelle
comme une source ineffable de lumière qui brille une veuve reste dans la désolation, même celle
dans les ténèbres, que les ténèbres ne com- qui a des enfants et des petits-enfants, qui gou-
prennent pas, et qui n'est vue que par les cœurs verne sa maison avec piété, qui cherche à
qui ont été purifiés par la foi, selon cette parole faire entrer l'espérance en Dieu dans le cœur
ont
: ;
de l'Ecriture : « Bienheureux ceux qui
cœur pur, car ils verront Dieu » (Math. -v, 8) prières :
de tous les siens, et qui cependant dit dans ses
« Mon âme a soif de vous, ma chair
et cette autre parole «Nous savons que quand même est altérée dans cette terre déserte, sans
il paraîtra, nous serons semblables à lui, car chemin et sans eau; »
(Ps. XLI, 3) c'est-à-dire
nous le verrons tel qu'il est. » (I. Jean. III, 2). dans cette vie toujours près de s'éteindre, quel-
Alors à la mort succédera la véritable vie, et la les que soient les consolations que nous y trou-
consolation à la désolation. Cette vie affranchira vions, quels que soient ceux qui y marchent
notre âme de la mort, et cette consolation tarira avec nous, quelle que soit l'abondance des biens
les larmes de nos yeux ; et comme là il n'y dont nous y jouissions. Car vous savez combien
aura plus de tentation, « nos pieds, ajoute le toutes ces choses sont incertaines, et ce qu'elles
psalmiste, seront préservés de toute chute.» sont en elles-mêmes, fussent-elles exemptes

;
(Ps. CXIV, 8). Or, s'il n'y a plus de tentation, il d'incertitude, en comparaison de la félicité qui
n'y aura plus besoin de prier car nous n'aurons nous est promise.
plus à attendre de bien promis, mais à contem- 6. Je vous parle ainsi, parce que veuve

fait dire au psalmiste :


pler celui qui nous aura été rendu. C'est ce qui noble, riche et mère d'une nombreuse famille,
« Je plairai au Seigneur vous m'avez demandé mes conseils sur la ma-

lamus, non per speciem, (II. Cor. v, 6. 7.) desola- tunc erimus, non in deserto mortuorum, ubi nunc

:
tam debet se Christiana anima reputare, ne desistat
orare et Scripturarum divinarum sanctarumque
sermoni discat tanquam lueernæ in obscuro loco
sumus. « Mortui enim estis, » ait Apostolus, « et
vita vestra abscondita est cum Christo in Deo. Cum
autem Christus apparuerit vita vestra, tunc et vos
positse, fidei oculum intendere, donee dies lucescat, »
apparebitis cum ipso in gloria. (Coloss. III, 3.) Hæc
et lucifer oriatur in cordibus nostris. (II. Petri. I, est enim vera vita, quam jubentur bonis operibus
19.) Hujus enim lucernæ quidam fons ineffabilis apprehendere divites : et ibi est verumsolatium, quo

?
lumen illud est, quod sic lucet in tenebris, ut non solatio nunc vidua desolata, etiam quae filios et ne-
comprehendatur a tenebris, cui videndo, fide corda potes habet, et domum suam pie tractat, agens cum

:
.mundanda sunt. « Beati enim mundo corde, quo-
niam ipsi Deum videbunt » (Matt. v, 8.) et, « Sci-
mus quoniam cum apparuerit, similes ei erimus,
;
omnibus suis ut ponant in Deo spem suam, dicit
tamen in oratione « Sitivit tibi anima mea, quam
multipliciter tibi et caro mea, in terra deserta et
quoniam videbimuseum sicuti est.» (I. Joan. III, 2.) sine via et sine aqua, » (Psal. XLI, 3.) quod est ista
Tunc erit vera vita post mortem, verumque sola- moribunda vita, quibuslibet mortalibus solatiis fre-
tium post désolationem.Ilia vita eximet animam nos- quentetur, quibuslibet itinerantibuscomitetur,quan-
tramdemorte, etillud solatiumoculosnostrosalacry- talibet rerum copia cumuletur : nosti quippe ista
mis. Et quoniam ibi jam non emt ulla tentatio, ideo omnia quam incerta sint. Et in illius promissae feli-
sequitur in eodem Psalmo, « pedes meos a lapsu. » citatis comparatione quid essent, etiamsi incerta
(Psal. oxiv, 8.) Porro si nulla tentatio, jam nulla non essent
:
oratio : non enim ibi adhuc erit promissi boni ex-
spectatio, sed redditi contemplatio unde, « Pla-
cebo, » inquit, « Domino in regione vivorum, » ubi
6. Hæc dixi quoniam sermonem meumviduadives
et nobilis, et tantæ familiae mater, de oratione quae-
sisti, ut etiam tecum in hac vita permanentibus et
nière de prier, et parce que je désire que mal-
gré le nombre de ceux qui vous accompagnent
et vous entourent de soins dans cette vie, vous
;
vous le dis aussi des délices: Si elles abondent,
n'y placez pas votre cœur ne vous enorgueil-
lissez point de ce qu'elles ne manquent pas à
vous regardiez comme abandonnée, tant que votre vie, de les avoir selon vos souhaits, et de
vous ne serez pas arrivée à cette vie, où se ce qu'elles découlent comme d'une source

:
trouve la vraie consolation, et où s'accompli-
ront les paroles du prophète « Nous avons été
;
abondante de félicité terrestre. Méprisez-les,
elles sont choses inutiles en vous, et prenez-en
dès le matin rassasiés par votre miséricorde
nous avons vu nos jours comblés d'allégresse et
de joie, et ces joies nous les avons eues au lieu
tion de votre santé ;
seulement ce qui est nécessaire à la conserva-
car nous devons prendre
soin de notre santé pour les nécessités mêmes
des jours, où nous avons été dans l'humiliation, de la vie, jusqu'à ce que notre corps soit revêtu
et des années où nous avons vécu dans les de l'immortalité; (I. Corint. xv, 54) c'est-à-dire
maux. » (Psaum. LXXXIX, 14). de la parfaite et éternelle santé, à laquelle les
CHAPITRE III.—7. Avant que cette consolation infirmités terrestres ne porteront aucune attein-
arrive, et de quelque bonheur temporel que te, qui n'aura plus besoin d'être entretenue par
vous jouissiez, n'oubliez pas que vous êtes aban- des soins et des douceurs corruptibles, mais qui,
donnée, afin de persévérer jour et nuit dans la subsistant par une force céleste sera vivifiée par
prière. Ce n'est pas en effet à toute espèce de une éternelle incorruptibilité.L'Apôtrelui-même
veuve que l'Apôtre attribue une pareille grâce, dit : « Que la concupiscence n'entre pour rien
« mais à celle qui est véritablement veuve et dans les soins que vous prenez de votre chair;)
abandonnée, à celle qui a mis toute son espé- (Rom. XIII, 14), car nous ne devons soigner
rance dans le Seigneur et qui persévère jour et

:
nuit dans la prière. » (1. Tim. v, 5). Et faites
attention à ce qu'il ajoute «Mais celle qui vit n'a jamais haï sa propre chair ;»
:
notre corps que pour la conservation de notre
santé. En effet, ditle mêmeApôtre «Personne
(Eph. v, 29)
dans les délices, est morte quoique vivante. » voilà pourquoi il invite Timothée, qui châtiait
Car l'homme fait sa vie de ce qu'il aime, de ce qu'il trop son corps, à faire un usage modéré du vin,
estime par-dessus tout, et de tout ce qu'il croit à cause de la faiblesse de son estomac et de ses

:
pouvoirlerendreheureux.C'estpourquoi ce que
l'Écriture dit des richesses «Si elles abondent,
n'y placez pas votre cœur;» (Psaum.LXI, 11) je
fréquentes maladies. (I. Timoth. v, 23).
8. Quand une veuve vit dans ces délices,
c'est-à-dire quand elle s'attache à tout ce qui

obsequentibus tuis, te sentias desolatam, nondum etiam de deliciis tibi dico, Deliciae si adfluant, ne
utique apprehensa illa vita, ubi est verum certum- apponas cor. Non ideo te magnipendas, quod non
que solatium, ubi implebitur quod in prophetia dic- desunt, quod affatim suppetunt, quod velut ex fonte
tum est, cc Satiati sumus mane misericordia tua, et largissimo terrenæ felicitatis fluunt. Omnino haec in
exsultavimus et jocundati sumus in omnibus diebus te despice atque contemne, nec in iis quidquam re-
nostris. Jocundati sumus pro diebus quibus nos hu- quiras præter integram corporis valetudinem. Haec
miliasti, annis quibus vidimus mala, » (Ps. LXXX, enim contemnenda non est propter necessarios usus
14.) vitse, antequam mortale hoc induatur immortalitate
CAPUT III. — 7. Antequam ergo ista consolatio (I. Cor. xv, 54.), hoc est vera et perfecta etperpetua
veniat, quantacumque temporalium bonorum felici- sanitate, quæ non terrena deflciens infirmitate, cor-
citate circumfiuas, ut persistas in orationibus die ac ruptibili voluptate reficitur, sed coelesti firmitate
nocte, desolatam te esse memineris. Non enim Apo- persistens, aeterna incorruptione vegetatur. Nam et
stolus qualicumque viduse hoc munus tribuit, « sed
quae vere, inquit, vidua est et desolata, speravit in
Domino, et persistit in orationibus die ac nocte. »
:
ipse Apostolus : cc Carnis, inquit, providentiam ne
feceritis in concupiscentiis » (Rom. XIII, 14.)
gerimus curam carnis, sed ad necessitatem salutis.
quia
(I. Tim. v, 5.) Quod vero sequitur, vigilantissime cc Nemo enim umquam carnem suam
odio habuit »
cave, Quæ autem in deliciis agit, vivens mortua (Eph. v, 29.) sicut itidem ipse dicit. Hinc est enim
»
est. A