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Ch 3 : L’Evolution des nuisibles

L’homme est confronté à des parasites qui en se développement nuisent à sa survie : les micro-organismes et les
ravageurs de cultures. Nous étudierons ici l’impact des moyens de lutte contre ces nuisibles.

I. Les bactéries font de la résistance


1. Le risque infectieux

Les micro-organismes comportent de nombreux groupes dont les bactéries et les virus. Leur point commun consiste à
se multiplier (infection) dans notre milieu intérieur s’ils arrivent à y entrer (contamination).
Cette prolifération microbienne est exponentielle : par exemple, le rythme mitotique bactérien est d’une division
toutes les 20 minutes.
Très rapidement, des lésions et des dysfonctionnements apparaissent ce qui provoque la maladie et potentiellement
la mort.

2. L’antibiothérapie, un espoir révolutionnaire

Notre organisme possède un système de défense efficace mais il peut être


dépassé par l’infection ce qui se traduit par la mort. Pour limiter les risques
épidémiques au sein d’une population, les médecins ont inventé les règles
d’hygiène (la plus importante étant le lavage des mains).
Mais la principale innovation contre les infections bactériennes a été le fruit
d’une découverte capitale, en 1928, par M. Fleming, celles du 1er
antibiotique.

Les antibiotiques agissent de différentes


manières mais, généralement, ils inhibent
des réactions de synthèse moléculaire.
La bactérie meurt car son
fonctionnement cellulaire est bloqué. Les
antibiotiques ont donc une action
bactéricide.
S’ils ne font que ralentir les divisions
cellulaires, on parle d’effet
bactériostatique.
3. Les moyens de défense des populations bactériennes contre les antibiotiques
La multiplication très active des bactéries nécessite une production intense de molécules d’ADN, au cours du
processus de réplication, assuré par une enzyme, l’ADN polymérase. Au cours de son fonctionnement, l’ADNpol
commet des « erreurs » ce qui crée des mutations aléatoires à l’origine de modifications de nouvelles capacités
bactériennes.
Vu le nombre de divisions et, en conséquence, vu le nombre de mutations possibles, de nouvelles capacités
permettant de lutter contre l’action des antibiotiques apparaissent : c’est la mise en place de l’antibiorésistance.

La résistance aux antibiotiques s’appuie donc sur des mécanismes permettant au choix d’empêcher leur entrée dans
la bactérie, d’empêcher leur action, de les rejeter en dehors de la cellule.

Une autre astuce bactérienne fragilise notre


défense par antibiothérapie : le transfert
horizontal de gènes.
Les bactéries sont capables de récupérer dans
le milieu des morceaux d’ADN d’une bactérie
ayant éclaté ou alors d’échanger des morceaux
d’ADN avec une autre bactérie par la mise en
place d’un pont cytoplasmique.

La conséquence de cet échange de gènes est qu’une bactérie résistante peut très bien transférer le gène de la
résistance à une autre bactérie. Ce transfert de résistance accélère l’évolution des populations bactériennes ce qui
augmente le risque d’une nouvelle épidémie.
4. L’impact sélectif des antibiotiques
Il peut exister dans une population bactérienne des individus résistants à un antibiotique donné. Ils sont très
minoritaires. Mais, l’application d’un antibiotique se traduit par la sélection des versions résistantes. Les bactéries
résistantes ne sont plus en compétition avec les autres bactéries ce qui favorise leur multiplication intensive.

L’antibiotique agit donc comme agent de « sélection artificielle ». Cette action fait évoluer plus rapidement les
bactéries que s’il n’y avait pas eu d’antibiotiques … ce qui est contre-productif lorsque l’on gère une épidémie dans
une population humaine.

5. L’évolution de l’antibiorésistance

Les scientifiques mettent en


évidence une croissance de
l’antibiorésistance.
Par exemple, on dénombre de plus
en plus de cas de souches
d’Escherichia Coli (E.Coli = bactérie
fécale) résistantes capables de
provoquer des intoxications
alimentaires mortelles.

Un autre exemple classique de bactérie multi-résistante est le staphylocoque doré. Il provoque la


mort en peu de temps malgré des traitements antibiotiques mis en place. C’est une bactérie
naturellement présente sur la peau.
Elle s’introduit dans le milieu intérieur par le biais d’une blessure ou au cours d’une chirurgie … le
paradoxe, c’est que la contamination par le staphylocoque doré se fait souvent au bloc opératoire.

Ce phénomène est planétaire et en expansion. Les


experts de l’OMS sont unanimes : en 2050, la mortalité
liée à l’antibiorésistance sera supérieure à celle
provoquée par les cancers.
6. La mauvaise équation actuelle
La première source de l’antibiorésistance est la prescription
d’antibiotiques en Médecine humaine même lorsque cela
n’est pas indiqué dans une maladie donnée, comme une
maladie virale. La consommation humaine d’antibiotiques est
plus forte en Europe du Sud que dans l’Europe du Nord. En
dehors de l’Europe, l’Arabie Saoudite et l’Afrique du Sud sont
les plus gros consommateurs par habitant.

Le risque de l’antibiorésistance ne tient pas compte des frontières. Les déplacements humains dispersent le risque à
l’échelle planétaire.

Les éleveurs sont également de gros consommateurs. Les antibiotiques à visée vétérinaire permettent de protéger
les animaux d’élevages des nombreuses infections possibles. Là encore, des multirésistances peuvent apparaitre.
Pour pallier à l’émergence de ces résistances, la recherche découvre de nouveau antibiotiques (ou en modifie
d’anciens). Le souci est qu’il est de plus en plus difficile de trouver de nouveaux antibiotiques efficaces.

Ce document illustre l’histoire de la mise en place de


l’antibiorésistance : on compare les antibiotiques mis en
place entre 1943 et 1976.
On voit clairement que la mise en place progressive de
l’antibiorésistance se fait sur 50 ans environ pour passer
de faible à forte, et ce dans tous les pays.
7. Que faire ?
S’il est impossible de stopper la croissance de l’antibiorésistance, l’OMS préconise des mesures afin de la ralentir. Le
but est de laisser du temps aux scientifiques de trouver de nouveaux traitements et aux équipes médicales de gérer
les crises épidémiques.

Certaines mesures sont du bon sens : une


meilleure hygiène, une réduction de la
consommation d’antibiotiques chez
l’Homme et chez l’animal.

D’autres mesures visent à réorienter les traitements avec un développement


de la vaccination (préventive et curative) et l’application de résultats de
recherches montrant le rôle des virus bactériophages qui s’attaquent aux
bactéries.
II. Le développement des ravageurs de cultures
1. Les principes de base de l’agriculture intensive
L’agriculture est ensemble de techniques ayant un but simple : augmenter les rendements pour remplir nos assiettes.
Sans une optimisation de l’agriculture, nous connaitrions des famines régulières.

Dans un écosystème naturel, la matière organique est produite. Mais, elle finit
toujours par retourner au sol où une minéralisation enrichit le sol en sels
minéraux.
Dans le cas d’un agrosystème, la matière organique est exportée au cours des
récoltes : le sol s’appauvrit de façon inéluctable.
Cet appauvrissement concerne non seulement la teneur en sels minéraux mais
aussi la microfaune du sol qui se nourrit de la matière organique en
décomposition pour la minéraliser.

Il est donc nécessaire d’engraisser le sol avec un apport d’engrais. Dans


une agriculture biologique, on apporte des engrais naturels constitués
de matières organiques (excréments, restes de poissons …). La
microfaune du sol se développe alors et elle favorise la qualité du sol.
Mais l’optimisation croissante des techniques agricoles fait que les
agriculteurs s’orientent sur des produits finis de l’industrie chimique : les
engrais NPK ne contiennent que des sels minéraux. Ils sont donc
assimilés plus rapidement par les végétaux.

Le souci est que ce type d’engrais se traduit par la mort de la


microfaune du sol. Elle est pourtant capitale pour améliorer
la qualité du sol. Sans elle, l’agriculteur devient dépendant de
l’industrie chimique …

Les engrais ne sont pas les seuls intrants appliqués sur les cultures. L’agriculture
les protège en appliquant produits phytosanitaires ou pesticides (insecticides,
fongicides et herbicides). Le but est d’éliminer tout ce qui pourrait réduire le
rendement de la production agricole.
2. Les conséquences de l’intensification agricole
La recherche d’une augmentation des rendements agricoles est une quête millénaire des agriculteurs du monde
entier. Les scientifiques l’ont bien compris et proposent aux agricultures de sélectionner pour eux la variété qui leur
sera le plus utile.

Ainsi les agriculteurs s’orientent vers une seule même variété d’une plante donnée. C’est le passage à la monoculture.
On observe ainsi une réduction de la diversité génétique des cultures au cours du XX° siècle.

Cette sélection scientifique des variétés agricoles se traduit par une « sélection
naturelle » des ravageurs c’est-à-dire des êtres vivants capables de se nourrir
d’un type précis de cultures.
Par exemple, la teigne du tournesol pond ses larves dans les graines de tournesol.
Elle a donc été sélectionnée par un passage à une variété précise de tournesol.

Si dans un écosystème naturel, l’impact de la teigne demeure très faible, on observe un développement très rapide
de la teigne dans les cultures de tournesol.

D’autres exemples ont eu un impact


important sur les populations humaines. Par
exemple, un champignon, le mildiou de la
pomme de terre, et insecte, le doryphore ont
provoqué des famines et donc des migrations
de populations.

Là encore, le remède est parfois pire que le mal :


l’utilisation d’insecticides permet de
sélectionner des ravageurs de plus en plus
résistants. Le développement de cette
résistance est une source d’inquiétude mondiale
car le risque d’une famine n’est pas à écarter.