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Résistance des matériaux

appliquée aux organes de machines

par Serge LAROZE


Ingénieur de l’Aéronautique
Professeur de Structures à Sup’Aéro (École Nationale Supérieure
de l’Aéronautique et de l’Espace)
et René BOUDET
Docteur d’État en Sciences
Professeur de Génie mécanique à l’École Centrale des Arts et Manufactures

1. Poutre.......................................................................................................... B 601 - 2
2. Liaisons. Isostaticité. Hyperstaticité.................................................. — 3
3. Efforts intérieurs. Équations d’équilibre........................................... — 7
4. Repères associés à une section droite............................................... — 9
5. Étude des sollicitations élémentaires ................................................ — 10
6. Sollicitations composées....................................................................... — 29
7. Déformation. Déplacement................................................................... — 31
8. Systèmes hyperstatiques. Systèmes isostatiques associés ........ — 34
9. Critères de limite élastique................................................................... — 37
10. Effets thermiques .................................................................................... — 38
11. Poutres considérées comme éléments finis..................................... — 41
12. Éléments finis en élasticité ................................................................... — 49
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. B 601

n génie mécanique comme dans d’autres sciences, le choix d’un modèle


E associé à un phénomène relève du domaine de l’art de l’ingénieur. Il suppose
une parfaite connaissance des disciplines scientifiques et surtout une grande
accoutumance au réel.
Le choix d’une schématisation complexe impliquant un traitement numé-
rique, donc long et coûteux, n’est pas toujours adapté. De nombreuses pièces
du génie mécanique relèvent de modélisations plus simples, susceptibles de
développements analytiques avec une concordance suffisante entre les résul-
tats théoriques et expérimentaux.
11 - 1981

Une illustration de ces propos est constituée par la notion de poutre associée
à des pièces dont la dimension dans une direction est plus importante que dans
les deux autres. Des hypothèses spécifiques entraîneront des simplifications
notables par rapport au problème tridimensionnel sans trop altérer les résultats.
Ainsi, l’axe d’une broche de machine-outil est considéré comme une poutre
dont les liaisons avec le bâti sont conditionnées par les roulements utilisés et
B 601

leurs montages. Cette modélisation est légitime, car l’arbre de la broche a une
morphologie bien adaptée à celle d’une poutre.

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Dans le cas d’arbres ayant des accidents de surface (cannelures, rainures, etc.),
on adoptera le modèle poutre malgré la variation non continue de la section
droite, et l’on définira des coefficients de concentration de contraintes qui per-
mettent d’adapter la réalité au modèle poutre.
Les études récentes sur le comportement statique et dynamique d’un vile-
brequin de moteur à explosion ont pu être menées avec une précision très
convenable en considérant les différentes parties du vilebrequin (maneton, etc.)
comme constituées de poutres.
Enfin, est-il besoin de préciser que les méthodes actuelles de calcul des engre-
nages exploitent la modélisation de poutre associée à une dent d’engrenage,
différents coefficients Y ε ,Y Fa ,Y Sa , ... permettant d’adapter les résultats expé-
rimentaux à ceux du modèle poutre ?
Cette liste est loin d’être exhaustive ; elle met en évidence le fait que le modèle
poutre a une importance primordiale dans le domaine du génie mécanique, et
cela tient essentiellement à sa simplicité et à une concordance acceptable entre
les résultats expérimentaux et les prévisions du calcul.

1. Poutre 1.2 Principes et lois


La poutre est constituée d’un matériau continu, homogène, iso-
Nota : le lecteur se reportera utilement à la rubrique Calcul des structures dans le traité
Sciences fondamentales. trope, à comportement élastique linéaire (article Théorie de l’élas-
ticité [A 305] dans le traité Sciences fondamentales).
Les déplacements constatés sous charge sont faibles (< 1/100)
1.1 Définitions devant la longueur de la ligne moyenne.
Une poutre est un solide déformable dont le volume est engendré Nous exploiterons le principe de Saint-Venant dont voici l’énoncé :
par une surface plane (S ) lorsque son centre de gravité G décrit un étant donné un solide déformable, si sur une partie (S’) de sa frontière


arc de courbe G 0 G 1 , (S ) restant normale en G à cet arc. on remplace une distribution de forces appliquées par une autre dis-
tribution, constituant un torseur équivalent et agissant également
G 0 G 1 est la ligne moyenne ; la surface (S ) d’aire S est la section sur (S’), les champs de contraintes, déformations et déplacements
droite de la poutre (figure 1). restent inchangés dans toute région du solide suffisamment éloignée
Une poutre est droite si sa ligne moyenne est un segment de de (S’).
droite, sinon la poutre est courbe (plane ou gauche). Les sections droites de poutre font l’objet d’une hypothèse, qui
Un anneau est une poutre dont la ligne moyenne est fermée ; un assure l’originalité des poutres par rapport au milieu continu,
tube est une poutre creuse. appelée hypothèse de Bernoulli.
Les dimensions des sections droites sont faibles ( 1/4 ) devant ■ Énoncé simplifié : le plan d’une section droite avant déformation
la longueur et le rayon de courbure de la ligne moyenne. En outre, reste plan de section droite au cours de la déformation.
dans les études proposées, nous supposons une section droite de
contour indépendant de G ou variant continûment, les effets des Le plan d’une section droite à un instant donné devient une entité,
discontinuités liés à la notion de concentration de contraintes car les particules de matière qu’il contenait à un instant donné y
seront développées ailleurs (article Concentration de contraintes resteront lors de l’évolution du chargement. En fait, on peut adopter
[BM 5 040] dans ce traité). le point de vue suivant (figure 2) relevant de la composition de
mouvement.

Figure 1 – Poutre Figure 2 – Hypothèse de Bernoulli

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Soit M une particule de matière située dans le plan (P ) de la section Dès lors, on peut déterminer simplement les coordonnées de
droite (S ) avant chargement ; au cours de la déformation, l’hypo-
thèse de Bernoulli permet d’écrire :
 t déf (s )  :

u ( M / R0 ) = u ( M ∈ P / R 0 ) + u ( M /P )  t déf (s )  ⇒

   
ω ( s + ds )

avec u ( M /P ) déplacement relatif, M restant dans le plan de 1 ω (s)
--------- –
la section droite, ds
u ( s + ds ) + x 1 ds ∧ ω ( s + ds ) G (s) u (s ) G (s )
u ( M / R0 ) déplacement de M par rapport au bâti R 0 (ou
déplacement absolu ),
u (M ∈ P / R0 ) déplacement d’entraînement, le plan (P ) d ω
 ---------- ds


ayant bien évidemment un mouvement de 1  ds 
solide par rapport au bâti, auquel on peut Quand ds → 0, on obtient ---------   , d’où :
ds  
associer un torseur de déplacement du
 --------- ds + x 1 ds ∧ ω (s ) 
 t dép (s )  défini au point G par son système  ds 
de coordonnées :
 ω 
 γ (s ) = d 
 
ω (s ) 
----------

 t dép (s )  ⇒  t déf (s )  ⇒ 
ds
 (1)
G (s)
u (s )  du 
 ε (s ) = --------- + x 1 ∧ ω (s ) 
avec ω (s ) rotation de la section droite,  ds G (s )

u (s )
déplacement du point G, ε (s ) a une composante sur x 1 , nommée déformation longi-
tudinale, et une composante dans le plan de la section droite qui
s abscisse curviligne sur la ligne moyenne. correspond au glissement.
Le torseur de déplacement est fonction de s. Nous voyons la simplification importante due à ce modèle : il
Envisageons les conséquences de cette hypothèse. n’est plus question, dans cette étude, de tenseur de déformation
Soit deux sections droites voisines (S ) et (S ’ ) d’abscisses comme pour les milieux continus, mais de torseur de déformation,
respectives sur la ligne moyenne s et s + ds ; les torseurs de dépla- notion plus simple à manipuler.
cement y sont  t dép (s )  et  t dép ( s + ds )  . ■ Énoncé généralisé : toutes les sollicitations ne relèvent pas de
l’emploi de l’hypothèse précédente. C’est le cas de la torsion et de
Si l’on était en présence d’un solide indéformable, on serait l’effort tranchant pour des poutres droites. On supposera unique-
confronté à un seul torseur de déplacement. Donc ment que les différentes sections droites lors de la déformation sont
 t dép ( s + ds )  –  t dép (s )  , non égal au torseur nul, est lié à la superposables ; les particules, initialement dans (P ), sortent du plan
propriété contraire à l’indéformabilité, c’est-à-dire à la déformabilité, au cours de la déformation ; on dit qu’il y a gauchissement des sec-
et l’on appellera torseur de déformation : tions droites. L’hypothèse précédente suppose que le gauchisse-
ment est indépendant de l’abscisse curviligne.

 
1 Le principe de superposition étant admis, l’application du système
 t déf (s )  = ----------  t dép ( s + ds )  –  t dép (s ) 
ds de chargement (1) entraînant les contraintes (1) et les déformations
(1), l’application du système de chargement (2) entraînant les
Procédons alors au calcul des coordonnées de  t déf ( s )  : contraintes (2) et les déformations (2), l’application de (1) + (2)
donnera les contraintes (1) augmentées des contraintes (2) ; il en est

 
ω ( s + ds ) de même pour les déformations.
 t dép ( s + ds )  ⇒
u ( s + ds ) G ( s + ds )

Afin de faciliter la compréhension, adoptons les notations :


G (s + ds) = A
2. Liaisons. Isostaticité.
G (s ) = B
Hyperstaticité
u ( s + ds ) = u ( A )
2.1 Liaisons
D’après la relation entre torseurs : M (B ) = M ( A ) + BA ∧S , Les poutres font partie de structures ou mécanismes, c’est-à-dire
nous avons donc : d’ensembles liés à l’extérieur par l’intermédiaire de liaisons. La
connaissance des sollicitations dans les poutres, en vue de leur
u (B ) = u (A ) + BA ∧ ω ( s + ds )
dimensionnement, implique la connaissance des actions qui leur
u (B ) = u ( s + ds ) + ds x 1 ∧ ω ( s + ds ) sont appliquées, donc en particulier des actions de liaison. Cela est
à rapprocher des développements présentés dans l’article Modifi-
avec x 1 = d G /ds vecteur unitaire tangent à la ligne moyenne en G. cation des comportements de liaison [B 600] dans ce traité.
Le système de coordonnées de  t dép ( s + ds )  devient : Les liaisons sont considérées comme parfaites, c’est-à-dire que
le coefficient de frottement y est nul.
ω ( s + ds )
 
Nous allons faire un bilan des principales liaisons correspondant
 t dép ( s + ds )  ⇒ à des modélisations de dispositifs techniques.
u ( s + ds ) + x 1 ds ∧ ω ( s + ds ) G (s )

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2.1.1 Encastrement Le torseur d’action de liaison de S0 sur S1 a pour coordonnées


au point O :
 
C’est le cas d’une liaison entre deux solides S0 et S1 où aucun  X 01 x 1 + Y 01 x 2 
— dans le plan (x1Ox 2) :  
m o u v e m e n t r e l a t i f n ’ e s t a u t o r i s é : ω ( 0 ) = 0 et u ( 0 ) = 0  0 
(figure 3). Les coordonnées du torseur d’action de liaison de S 0 sur  O
S1 sont au point O :  
 X 01 x 1 + Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
— dans l’espace tridimensionnel :  
 
 X 01 x 1 + Y 01 x 2 + Z 01 x 3   L 01 x 1 + M 01 x 2 
   O
 L 01 x 1 + M 01 x 2 + N 01 x 3 
 O Les liaisons pivot sont courantes en génie mécanique ; elles sont
associées aux montages groupés en O ou en X des roulements à
Dans le cas de problèmes plans (x 1 O x 2 ), on aura pour les galets coniques ou à billes à contacts obliques (article Roulements
déplacements : et butées à billes et à rouleaux [B 5 370] dans ce traité).
ω 3 (0) = 0

 u 1 (0) = 0 2.1.3 Glissière

 u 2 (0) = 0
Une glissière d’axe Ox1 autorise un mouvement de translation
avec u ( 0 ) = u 1 ( 0 ) x 1 + u 2 ( 0 ) x 2 . rectiligne d’axe Ox1 entre S0 et S1 (figure 5).
Le torseur d’action de liaison a pour coordonnées : Le torseur d’action de liaison de S0 sur S1 a pour système de
coordonnées au point O :
 
   Y 01 x 2 
X 1 x 1 + X 2 x 2  — dans le plan (x1Ox2) :  
   N 01 x 3 
M 3 (0) x 3   O
 O
 
 Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
— dans l’espace tridimensionnel :  
2.1.2 Pivot  L 01 x 1 + M 01 x 2 + N 01 x 3 
 O
Cette liaison (figure 4) autorise une rotation de S1 par rapport à
S0 autour d’un axe (Ox 3 ici). La seule composante de déplacement
non nulle est ω 3 . 2.1.4 Glissière hélicoïdale

Cette liaison correspond aux systèmes vis-écrou, vis à billes, etc. ;


elle autorise un mouvement hélicoïdal entre S0 et S1 (figure 6).

Figure 3 – Encastrement

Figure 5 – Liaison glissière d’axe Ox1

Figure 4 – Liaison pivot

Figure 6 – Liaison glissière hélicoïdale

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Le torseur d’action de liaison de S0 sur S1 a pour système de


coordonnées au point O :

 
 X 01 x 1 + Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
 
 L 01 x 1 + M 01 x 2 + N 01 x 3 
 O
pas
avec L 01 + ----------- X 01 = 0

relation où pas désigne le pas du filet normalisé en fonction du Figure 7 – Liaison pivot glissant
diamètre de la vis.

2.1.5 Liaison pivot glissant

Le mouvement de S0 par rapport à S1 est une rotation et une trans-


lation de même axe (Ox1 par exemple) (figure 7).
Le torseur d’action de liaison de S0 sur S1 a pour coordonnées :

 
 Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
 
 M 01 x 2 + N 01 x 3 
 O

2.1.6 Liaison appui simple

Elle correspond à une rotation et une translation d’axes orthogo-


naux (figure 8). Le système de coordonnées du torseur d’action de
liaison est :
 
 Y 01 x 2 
— dans le plan (x 1Ox 2 ) :  
 0 
 O Figure 8 – Liaison appui simple

 
 Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
— dans l’espace tridimensionnel :   2.2 Isostaticité. Hyperstaticité
 L 01 x 1 + M 01 x 2 
 O
2.2.1 Principe de la statique
2.1.7 Liaison rotule
On appelle repère galiléen approché tout repère lié à la Terre ou
animé par rapport à elle d’un mouvement rectiligne et uniforme.
Elle autorise un mouvement de rotation de S1 par rapport à S0
autour du point fixe O. Le torseur distributeur des vitesses a pour Un solide en équilibre par rapport à un tel repère est un solide
coordonnées au point O : initialement au repos et pour lequel le torseur des forces extérieures
appliquées est nul. Cela entraîne deux conséquences vectorielles :
  (0)
 ω 10x x 1 + ω 10y x 2 + ω 10z x 3 
  3Σ F
ext
= 0 (2)
 0  { Torseur des forces extérieures } = { 0 }
 O
2 Σ( 0 ) F
ext
= 0 (3)
le torseur d’action de liaison de S 0 sur S1 est représenté au même
point par :
  Nous retiendrons les différentes phases suivantes :
 X 01 x 1 + Y 01 x 2 + Z 01 x 3 
  — on isole le solide ;
 0  — on procède à un bilan des forces extérieures ;
 O
— on écrit les conséquences vectorielles (2) et (3).
Cette énumération n’est pas exhaustive, mais nous semble suf- Un système de solides est en équilibre si chacun des solides qui
fisante pour notre propos ; si besoin était, on pourrait consulter le constitue est lui-même en équilibre.
l’article Présentation des mécanismes [B 600] dans ce traité. Nous admettrons bien sûr le principe des actions réciproques,
c’est-à-dire que le torseur des actions de S0 sur S1 est opposé au
torseur des actions de S1 sur S0 .

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Dans le cas de repères non galiléens, le principe de la statique 2.2.2.2 Mécanisme


est modifié de la façon suivante :
C’est un dispositif qui est apte à la transmission de puissance. Si
{Torseur des forces extérieures} l’on désigne par mcu le nombre de moteurs actionnant le dispositif,
+ {Torseur des forces d’inertie d’entraînement} = {0} on a cette fois une modification des relations précédentes.
En effet, un exemple va nous permettre d’illustrer les propos qui
suivent. Sur la figure 10, on a représenté le système bielle-manivelle
2.2.2 Obtention du système d’équations d’une botteleuse de paille ; c’est un dispositif à fonctionnement
de la statique cyclique, à fréquence de l’ordre de 0,05 Hz. Le fonctionnement est
quasi statique, les actions de l’extérieur sur le mécanisme ont certaines
On isole chacun des solides intervenant dans la réalisation ; on de leurs composantes liées ; ici F et Cm sont dépendants.
procède à un bilan des forces extérieures et l’on traduit le principe
de la statique par six équations scalaires (ou identités). On peut écrire le théorème des travaux virtuels (article Déforma-
tions et contraintes dans un milieu continu [A 303] dans le traité
On obtient un système de n équations (n = 6 × nombre de pièces).
Sciences fondamentales) pour obtenir cette équation de liaisons ; or,
Pour dénombrer les inconnues, il convient de faire une distinction
ce théorème n’est qu’une combinaison des équations de la statique.
entre les mécanismes et les structures.
Donc dans les équations de la statique figurent des inconnues
provenant de deux sources :
2.2.2.1 Structure — la première est constituée par les composantes des torseurs
On appelle structure un ensemble de solides déformables dont d’action de liaison dont la connaissance nous permet de choisir les
la vocation n’est pas de transmettre une puissance. caractéristiques des composants utilisés, de dimensionner les pièces
Les inconnues figurant dans le système d’équations sont les par des critères de résistance ;
composantes des actions de liaison ; soit p leur nombre. Si r désigne — la seconde est constituée par les mcu composantes des torseurs
le rang du système d’équations, deux éventualités sont à considérer. d’action de l’extérieur sur le mécanisme correspondant aux couples
des moteurs par exemple.
■ r < p : le problème est hyperstatique, c’est-à-dire que la statique Soit p le nombre total d’inconnues ; on retrouve la même dis-
est insuffisante pour déterminer les valeurs des actions de liaison. Il cussion que précédemment :
conviendra d’y adjoindre des équations traduisant des compatibilités
• r < p : système hyperstatique d’ordre p – r ;
de déplacements. p – r est appelé degré ou ordre d’hyperstaticité.
• r = p : système isostatique.
■ r = p : le problème est isostatique, c’est-à-dire que le principe de Exemple : considérons à nouveau le dispositif de la figure 10. En
la statique suffit pour déterminer les actions de liaison. supposant un parallélisme parfait des axes, on peut raisonner dans le
Exemple : la figure 9a représente un élément d’ossature encastré plan.
en A et reposant sur un appui simple en B. Ce modèle est associé à — L’équilibre de S2 a lieu sous l’effet de deux forces opposées :
une fraiseuse de type console. Nous avons isolé la structure et pro- {Action 1 → 2} et {Action 3 → 2} ; le support de ces actions est parfai-
cédé à un bilan des forces extérieures (figure 9b). Le principe de la sta- tement connu et correspond à la droite BC. On peut écrire :
tique s’écrit :
BC
 X 1A = 0 F 1 → 2 = F 1 → 2 -------------
Σ F ext = 0  (4) a2
 X 2A + X 2B – P = 0
— Équilibre de S3 :

Moment en A : M 3A + X 2B  – P ----- = 0 (5)
2  – F + F 1 → 2 cos α = 0 ( projection sur Ox )
Σ F ext = 0 ⇒ 
Nous retenons les équations (4) et (5). Trois inconnues figurent dans  Y 03 – F 1 → 2 sin α = 0 ( projection sur Oy )
deux équations : p = 3, r = 2 ; le système est hyperstatique d’ordre 1.
Si en A nous avons une liaison pivot d’axe Ox3 , ou si en B nous sup-  ( C ) F ext = 0 ⇒ N 03 + K Y 03 = 0 ( projection sur Oz )
primons l’appui simple, le problème devient cette fois isostatique.
— Équilibre de S1 :

 – F 1 → 2 cos α + X 01 = 0 ( projection sur Ox )


Σ F ext = 0 ⇒ 
 F 1 → 2 sin α + Y 01 = 0 ( projection sur Oy )

 ( A ) F ext = 0 ⇒ – C m + F 1 → 2 a 1 sin ( θ + α ) = 0 ( projection sur Oz )

F étant fixé, les inconnues sont : F1 → 2 , N 03 , Y 03 , X 01 , Y 01 , Cm ,


figurant dans un système d’équations de rang 6, le problème est donc
parfaitement isostatique.

Figure 9 – Élément d’ossature

Figure 10 – Système bielle-manivelle d’une botteleuse

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3. Efforts intérieurs.
Équations d’équilibre
3.1 Efforts intérieurs
3.1.1 Définitions
Considérons la poutre de la figure 11 ; nous distinguons la ligne
moyenne G 0 G1 et le point courant G d’abscisse curviligne s. La
section droite (S ) associée à G permet de distinguer la région (I ),
ou amont, de la région (II), ou aval. En isolant le tronçon de poutre Figure 11 – Section droite courante d’une poutre
(I), on y voit figurer comme forces extérieures les actions mécaniques
de la région (II ) sur la région (I ) :
— ces actions correspondent à une distribution de forces élé-
mentaires qui, au point P, s’écrit :

∆ F ( P ) = t ( P, x 1 ) da

avec t ( P, x 1 ) vecteur contrainte en P pour la direction Ox1 ,


da aire élémentaire en P ;
— les actions de (II) sur (I ) sont opposées aux actions de (I) sur
(II ) en vertu du principe des actions réciproques (§ 2.2.1).
Par convention, aux actions de (II ) sur (I ) nous associons le tor-
seur des efforts intérieurs, auquel correspond le système de Figure 12 – Vecteur contrainte dans une section droite
coordonnées :
— coordonnée somme :  ;
— coordonnée moment au point G :  ( G ) .
3.1.2 Calcul des composantes
du torseur des efforts intérieurs
En considérant la figure 12, on peut écrire les relations suivantes.
Nous venons de voir que le torseur des efforts intérieurs est
3.1.1.1 Coordonnée somme déterminé à partir de la distribution des efforts élémentaires liés au


vecteur contrainte. Nous allons nous préoccuper du calcul des
t ( P, x 1 ) da coordonnées de ce torseur ; il est à noter que cette connaissance
 =
S ne nous renseignera pas sur l’évolution du vecteur contrainte dans
la section droite ; il faudra exploiter l’hypothèse de Bernoulli pour
ou encore  = N + T
être apte à calculer cette évolution.

avec N =  S
σ da vecteur effort normal,
Isolons la région (II ) (figure 11) ; nous distinguons :
— les forces extérieures à la poutre agissant sur le tronçon (II)
et auxquelles nous associons le torseur :
T =  S
τ da vecteur effort tranchant,
 tF ext → II 
t ( P, x 1 ) = σ + τ , — le torseur associé aux actions (I) sur (II ) qui est l’opposé du
torseur des efforts intérieurs.
σ = σ x 1 contrainte normale, Le principe de l’équilibre en repère galiléen (§ 2.2.1) s’écrit :
τ tel que τ ⋅ x 1 = 0 contrainte tangentielle ou de cisaillement.
 tF ext → II  – { Torseur des efforts intérieurs } = {0}

3.1.1.2 Coordonnée moment d’où { Torseur des efforts intérieurs } =  t Fext → II 

 (G ) =  S
GP ∧ t ( P, x 1 ) da
En isolant le tronçon (I ), l’équilibre de la poutre nous permet
d’écrire :

= S
GP ∧ (σ x 1 + τ ) da
d’où
{ Torseur des efforts intérieurs } +  t Fext → I  = { 0 }

{ Torseur des efforts intérieurs } = –  t Fext → I 

=  S
GP ∧ σ x 1 da +  S
GP ∧ τ da avec  tF ext →I  torseur des forces extérieures à la poutre agissant
sur le tronçon (I).
= U +M

avec U =  S
GP ∧ τ d a = U x 1 moment longitudinal, 3.1.3 Exemple

M =  S
GP ∧ σ x 1 da moment de flexion.
Soit (figure 13) la poutre droite de ligne moyenne AB soumise à :
— une densité linéique d’effort de valeur – q 0 x 2 ;
— un effort – F x 2 concentré à l’abscisse x 0 .

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Les charges sont appliquées dans le plan (x1 Ax 2) ; la poutre ■ Calcul des composantes du torseur des efforts intérieurs :
repose sur deux appuis simples en A et B. — si 0 < x 1 < x 0 (figure 14b ) :
■ Calcul des actions de liaison : isolons la poutre (figure 14a ) et


déterminons les actions de liaison.  = T = X2 B x 2 + F – q 0 d x1 x 2
Le principe de la statique donne : x1
x0 
X 2A + X 2B – F – q 0  = 0   2 
= F ------- + q 0 ----- x 2 – F x 2 – q 0 (  – x 1 ) x 2

Le théorème du moment en A : =  F  -------


x

- – 1 + q x
0
0 1

– -----
2  x 2
2
X 2B  – Fx 0 – q 0 ------- = 0
2
 (G ) = ( – x 1) x 1 ∧ X 2B x 2 + ( x0 – x1 ) x 1 ∧ F
 x 
 X 2B = F


-----0- + q 0 -----
  2 + (x – x 1) x 1 ∧ (– q 0 x 2) dx
d’où  x1
 x 
 
1 – -----0- + q 0 -----
 X 2A = F
 x
x0 
 2 = (  – x 1 ) F ------- + q 0 ----- – ( x 0 – x 1 )F x 3
  2 3



x2
2
– q 0 --------- – xx 1
x1
x3

=  (  – x ) F -------
1
x

+ q ----- – ( x
0 
2 0 0 – x 1 )F
2

  x
2 x1 2
– q 0 ------ –  x 1 – -------- +x1 3
2 2

— si x 0 < x 1 <  (figure 14c ) :

 = X 2B x 2 – q 0 (  – x 1 ) x 2
Figure 13 – Poutre droite soumise à une distribution uniforme d’effort

 F ------- + q x
x0 
et à un effort concentré = 0 ----- – q 0 (  – x 1 ) 2
2



 ( G ) = (  – x1 ) x 1 ∧ X 2B x2 + ( x – x1 ) x 1 ∧ ( – q0 x 2 ) dx
x1
2

 (  – x ) F ------- + q ----2-  – q -----2- – x  x


x0 2 x1
= 1 0 0 1 + --------
- 3
2

3.2 Équations d’équilibre

Considérons un tronçon élémentaire de poutre compris entre deux


sections droites voisines (S ) et (S ’) de centres G et G ’ distants de ds
(figure 15).

Figure 14 – Charges permettant le calcul du torseur


des efforts intérieurs
Figure 15 – Équilibre d’un tronçon élémentaire

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3.2.1 Cas de charges et couples répartis 4. Repères associés


Soit p (s ) et µ (s ) les densités linéiques des vecteurs charge et
moment.
à une section droite
Isolons le tronçon ; nous distinguons comme charges extérieures :
4.1 Repère de Frénet
— sur (S ’) :  ( s + ds ) et  ( G ′ ) =  ( s + ds )
Il s’agit du repère d’origine G associé à la ligne moyenne :
— sur (S ) : –  ( s ) et –  (G ) = –  (s )
— sur la surface latérale : p (s ) ds et µ (s )ds dOG
t = x 1 = ---------------
ds
L’équilibre du domaine isolé s’écrit, en négligeant les termes du
second ordre en (ds )2 devant ceux en ds : est le vecteur unitaire tangent, O étant un point arbitraire (figure 11).
Le vecteur n est le vecteur normal principal en G ; il est défini par :
 ( s + ds ) –  (s ) + p (s ) ds = 0
dt n
---------- = ------
ds R
d
soit ------------ + p ( s ) = 0 (6) avec R rayon de courbure.
ds
Le théorème du moment en G donne : En général, on oriente n vers la concavité ; R est alors positif
et l’on a t ⋅ n = 0 .
 ( s + ds ) –  (s ) + µ (s ) ds + x 1 ds ∧  = 0
Le point I tel que GI = R n est le centre de courbure.

d Le vecteur b est tel que b = t ∧ n ; le repère de Frénet est


soit ------------ + x 1 ∧  + µ = 0 (7)
ds défini par l’origine G et les vecteurs de base t , n , b .
En fait, ce repère, très commode pour caractériser de façon locale
l’évolution de la ligne moyenne, est inadapté pour écrire les lois de
3.2.2 Cas de forces et couples concentrés comportement, c’est-à-dire les relations entre les composantes du
torseur des déformations et du torseur des efforts intérieurs.
Soit F i la force et  i le moment concentrés sur le tronçon ; les
équations d’équilibre deviennent :

 ( s + ds ) –  (s ) + F i + p (s ) ds = 0 4.2 Repère central principal d’inertie


On a donc une discontinuité de  . Considérons la section droite (S ), et soit Gy et Gz deux axes
Le théorème du moment s’écrit : orthogonaux dans cette section (figure 16). Nous pouvons définir
les quantités :
 ( s + ds ) –  (s ) + µ (s ) ds +  i = 0

Ces équations sont d’un intérêt limité, car elles conduiraient à envi-
Iz =  S
y 2 da moment quadratique par rapport au plan Gx 1 z


sager les fonctions de Heaviside (article Calcul formel [A 144] dans
le traité Sciences fondamentales). Iy = z 2 da moment quadratique par rapport au plan Gx 1 y
S

3.2.3 Remarques Iy z =  S
yz da moment quadratique par rapport au plan Gy, Gz

Nous avons déjà donné les expressions de  et  en fonc-


tion des charges extérieures appliquées sur le tronçon de poutre ;
nous dirons qu’il s’agit d’équations globales très utilisées dans le
cas de comportement statique, mais erronées en comportements
dynamique ou vibratoire.
En revanche, les équations (6) et (7) traduisent un point de vue
local, et leur emploi est fondamental dans le cas de comportement
dynamique ; on les utilise aussi en statique, mais très souvent on
leur préfère les équations globales.

Figure 16 – Repère central principal d’inertie

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 dU
— moments  µ 1 + ------------ = 0
Soit ∆ l’axe passant par G et de vecteur unitaire δ tel que  dx 1

( y , δ ) = α . On montre que le moment quadratique par rapport à  dM 2
l’axe ∆ est :  µ 2 + ------------
dx 1
- – T3 = 0

I (∆ ) = Iy cos 2 α + Iz sin 2 α – 2 Iyz sin α cos α 
 µ + dM------------3- + T 2 = 0
On peut mettre en évidence les axes Gx 2 et Gx 3 tels que :  3 dx 1

I 23 =  S
x 2 x 3 da = 0 avec p ( x 1 ) = p 1 x 1 + p 2 x 2 + p 3 x 3

On est alors en présence du repère central (car d’origine G ) prin- µ ( x 1) = µ 1 x 1 + µ 2 x 2 + µ 3 x 3


cipal d’inertie ; c’est le repère que nous adopterons dans la section  ( x 1) = U x 1 + M 2 x 2 + M 3 x 3
droite.
 ( x 1) = N x 1 + T 2 x 2 + T 3 x 3

4.3 Détermination du moment produit


par rapport aux axes Gx 2 et Gx 3
5. Étude des sollicitations
Nous voulons donc calculer la quantité :
élémentaires
I 23 =  S
x 2 x 3 da
Le principe de superposition (§ 1.2) étant supposé applicable, nous
pouvons étudier les différentes sollicitations élémentaires corres-
On suppose connus Iy , Iz , Iyz (figure 16).
pondant à une, voire deux composantes (cas de la flexion simple)
non identiquement nulles du torseur des efforts intérieurs. Toute
GM = x 2 x 2 + x 3 x 3 = y y + z z sollicitation composée est considérée comme une superposition des
sollicitations déjà étudiées.
= y ( cos α x 2 – sin α x 3 ) + z ( sin α x 2 + cos α x 3 )

x 2 = y cos α + z sin α
5.1 Conséquence de l’hypothèse
x3 = – y sin α + z cos α de Bernoulli
I 23 =  S
x 2 x 3 da On calcule le déplacement du point courant P à partir de la formule
(§ 1.2) :

= S
( y cos α + z sin α ) ( – y sin α + z cos α ) da u (B ) = u ( A ) + BA ∧ ω

 
Si A = G et B = P :
= – sin α cos α y 2 d a + ( cos 2 α – sin 2 α ) yz d a
S S
u ( P ) = u (G ) + ω (G ) ∧ GP
+ sin α cos α  S
z 2da En projection sur Ox1 on obtient :
sin 2 α
Si I 23 = 0 = ------------------- ( I y – I z ) + cos 2 α I yz
2 u ( P ) ⋅ x 1 = u (G ) ⋅ x 1 + [ ω ( x 1 ) ∧ (x 2 x 2 + x 3 x 3 )] ⋅ x 1

2 I yz
On a alors tg 2α = – ----------------- Si u (P ) = u 1 x 1 + u 2 x 2 + u 3 x 3
Iy – Iz
on a u 1 ( P ) = u1 ( G ) + [ ( x 2 x 2 + x 3 x 3 ) ∧ x1 ] ⋅ ω
u 1 ( P ) = u 1 (G ) + αx 2 + βx 3
4.4 Poutre à plan moyen
avec α = ( x2 ∧ x 1 ) ⋅ ω et β = ( x 3 ∧ x1 ) ⋅ ω
Si l’un des axes principaux reste dans un plan (π) quand G décrit
la ligne moyenne, la poutre est dite à plan moyen. La ligne moyenne En considérant la section droite d’abscisse x 1 + dx 1 dont le centre
est bien évidemment plane. C’est le cas des poutres planes dont le de gravité est G ’, le point N, homologue de P dans cette nouvelle
plan de la ligne moyenne est en même temps plan de symétrie des section, a un déplacement tel que :
sections droites.
Les équations (6) et (7) deviennent dans ce repère, pour les poutres u 1 (N ) = u 1 ( G ′ ) + [ ( x 2 x 2 + x 3 x 3 ) ∧ x 1 ] ⋅ ω ( x 1 + dx 1 )
droites de plan de symétrie (x1Ox2) :
u1 ( N ) – u1 ( P )
 dN
 p 1 + ------------ = 0 = u 1 ( G ′ ) – u 1 (G ) + [ ( x 2 x 2 + x 3 x 3 ) ∧ x 1 ] ⋅ [ ω ( x 1 + dx 1 ) – ω ( x 1 ) ]
 dx 1

 dT 2 en divisant par dx 1 on obtient :
— forces  p 2 + -----------
dx 1
- = 0
 ε 1 ( P ) = ε 1 (G ) + ax 2 + bx 3 (8)
 dT 3
 p + ----------- - = 0
 3 dx 1
 avec a = – γ 3 et b = γ 2 si γ = γ 1 x 1 + γ 2 x 2 + γ 3 x 3

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et ε 1 déformation longitudinale (article Déformations et contraintes 5.3 Traction


dans un milieu continu [A 303] dans le traité Sciences fondamentales.
5.3.1 Définition
5.2 Loi de comportement Une poutre est en état de traction au voisinage d’une section droite
d’abscisse s si le torseur des efforts intérieurs a pour coordonnées :
On a supposé le milieu continu, homogène, isotrope et linéaire,
 
c’est-à-dire qu’il ne possède pas de criques (en particulier), qu’il a N x 1 
les mêmes propriétés en tout point et pour toute direction.  
 0 G
Le matériau est élastique linéaire (article Théorie de l’élasticité  
[A 305] dans le traité Sciences fondamentales) ; le tenseur contrainte
s’écrit : On peut montrer que les poutres droites soumises à leurs extré-
mités à deux efforts opposés (figure 17a ) sont en état de traction
σ1 τ3 τ2 si N est positif, et de compression si N est négatif.
[σ] = τ3 σ2 τ1 De même, une poutre circulaire soumise à une distribution de
τ2 τ1 σ3 pression intérieure p 0 (figure 17b ) est en état de traction, l’effort
normal N étant égal à :
et le tenseur déformation : p 0 R1 e

ε 1 γ3 γ2 avec R1 rayon du cercle intérieur,


[ε] = γ 3 ε 2 γ 1 e épaisseur de la poutre dans la direction qui lui est
perpendiculaire.
γ2 γ1 ε 3

Ils sont liés par les relations : 5.3.2 Déformation et distribution de contraintes

 τi = 2 µ γ i L’hypothèse de Bernoulli a permis d’écrire [relation (8)] :



 σi = λ ( ε 1 + ε 2 + ε 3 ) + 2 µ ε i ε 1 ( P ) = ε 1 ( G ) + ax 2 + bx 3
Eν E
avec λ = ----------------------------------------- et µ = ------------------------ En traction, on ne constate expérimentalement aucune rotation
( 1 + ν ) ( 1 – 2ν ) 2 (1 + ν ) des sections droites, ce qui nous permet d’écrire :
où E module d’élasticité longitudinal (ou module d’Young), a = b = 0 donc ε 1 ( P ) = ε 1 ( G ) = ε 1
νcoefficient de Poisson.
1+ν ν 1+ν L’uniformité des déformations dans la section droite entraîne
ou encore ε i = ------------ σ i – ----- ( σ 1 + σ 2 + σ 3 ) et γ i = --------------- τ i celle des contraintes normales, donc :
E E E
Le tableau 1 précise les valeurs courantes de E (en gigapascals, σ1 (P ) = σ1 (G ) = σ1
1 GPa = 100 hbar) et de ν pour quelques matériaux. (0) L’égalité du torseur des efforts intérieurs et du torseur de forces
extérieures situées dans la région (II) de la figure 11 se traduit ici
Tableau 1 – Module d’élasticité longitudinal par :
et coefficient de Poisson de quelques matériaux
N =  S
N
σ 1 da ⇒ σ 1 = ------
S
E
Matériau
(GPa) 
les autres contraintes étant supposées identiquement nulles :
Fer 200 0,240 N N
ε 1 = ----------- et ε 2 = ε 3 = – ν -----------
Acier 45 SCD 6 220 0,285 ES ES
Acier inoxydable 18-10 203 0,290
Fonte grise 90 0,290
Titane 105,50 0,340
Alliage titane TA 6 V 105 0,340
Aluminium 70,50 0,340
Alliage AU 4 G 75 0,330
Alliage AU 2 GN 75 0,340
Zicral AZ 8 GU 72 0,340
Cuivre 100 0,330
Laiton 92 0,330
Bronze ordinaire 106 0,310
Bronze au béryllium 130 0,340
Béryllium 300 0,050
Magnésium 46 0,340
Zinc 130 0,210
Nickel 205 0,310
Plexiglas 2,90 0,400
Verre 60 0,240
Figure 17 – Poutres en traction ou compression

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Le déplacement est calculé en utilisant la relation : Le principe de la statique entraîne la relation :

 
x1 x1 dN
du 1 N N ------------ dx 1 + ρSω 2 x 1 dx 1 = 0
ε 1 = -----------
- = ----------- ⇒ du 1 = ----------- dx dx 1
dx 1 ES 0 0 ES
2
dN x1
Dans le cas particulier d’un effort normal constant, on a : soit ------------ = – ρ S ω 2 x 1 , d ′ où N = – ρ S ω 2 -------- + C 1
dx 1 2
N
u 1 ( x 1 ) – u 1 ( 0 ) = ----------- x 1 Pour x 1 =  , on a la relation N (x1) = 0 (pas d’effort extérieur
ES
appliqué en B ). Cela entraîne la relation :

ρSω 2 2 2
5.3.3 Énergie de déformation N = ----------------- (  – x 1 )
2
ou énergie potentielle élastique 
La déformation longitudinale suivant Ox1 est donc :
On désigne ainsi l’énergie emmagasinée par le matériau et qu’il ρω 2
N 2
restitue dès la suppression des efforts extérieurs (article Théorie de ε 1 = ----------- = ------------ (  2 – x 1 )
ES 2E
l’élasticité [A 305] dans le traité Sciences fondamentales). Consi-
dérons deux sections droites distantes de dx1 et soumises à un effort d ( ∆x 1 )
normal X ; supposons un accroissement δX. Le déplacement relatif or ε 1 = ---------------------
-
dx 1
δX
des sections droites est ---------- dx 1 ; le travail des forces extérieures avec d x1 élément de longueur de ligne moyenne,
ES
X δX d (∆x1) sa variation.
à l’élément est donc --------------- dx 1 ; il correspond à l’énergie potentielle
ES
ρω 2 2
élastique élémentaire. Donc d ( ∆x 1 ) = ------------ (  2 – x 1 ) d x 1
2E
L’énergie pour la totalité de la poutre est donc :

 
 

 
 N ρω 2
X δX

2
N 2 ∆ = d ( ∆x 1 ) = ---------- (  2 – x 1 ) dx 1
 = --------------- dx 1 = ------------- 0 2E 0
0 0 ES 2ES
3 
ρω 2 x1 ρω 2  3
= ----------  2 x 1 – ------- = ----------------
5.3.4 Exemple 2E 3 0
3E

Soit un ailette AB de turbomachine (figure 18a ). La vitesse de ρω 2  3


La variation de longueur de l’ailette est donc ----------------- .
rotation ω est constante ; pour des facilités de calcul, nous supposons 3E
que la poutre est droite. La section droite est d’aire S ; le matériau
qui la constitue, de masse volumique ρ, a un module d’élasticité E.
La longueur de l’ailette AB est  . Il nous appartient de déterminer
l’allongement de l’ailette sous charge. 5.4 Flexion pure
Calculons dans un premier temps l’effort normal N x 1 . Isolons
pour cela un tronçon d’abscisses extrémités x1 et x 1 + dx 1 . Procé-
dons à un bilan des forces extérieures (figure 18b ) : 5.4.1 Définition

N ( x 1 + dx 1 ) x 1 Une poutre est en état de flexion pure si le torseur des efforts inté-
rieurs se réduit à une seule composante non nulle M2 ou M3 , G x 2
– N ( x1 ) x 1 et G x 3 étant les directions principales d’inertie.

et la force d’inertie d’entraînement : ∆mω 2 x 1 x 1


5.4.2 Déformation et expression des contraintes
avec ∆m = ρS dx 1 masse de l’élément de poutre considéré.
L’hypothèse de Bernoulli a permis d’écrire [relation (8)] :
ε 1 ( P ) = ε 1 (G ) + a x 2 + b x 3

En supposant que seule cette contrainte soit non nulle, on a :


σ 1 (P ) = E ε 1 (P )

La connaissance des composantes du torseur des efforts inté-


rieurs se traduit par :

 S
σ 1 (P )da = 0 (9)

 S
GP ∧ σ 1 x 1 da = M3 x 3 (10)

avec M 3 ≠ 0.

Figure 18 – Ailette de turbomachine

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L’expression (9) entraîne : ε 1 (G ) = 0 . L’énergie potentielle élastique emmagasinée par la poutre est
donc :

L’expression (10) : –  S
M3
x 2 E ( ax 2 + bx 3 ) da = M 3 ⇒ a = – -----------
E I3  =  
0


0
M3
M
E I3
x
----------3- d M
x
3  d x =  ----12- -----------
1
M
EI 0

- dx
2
3
3
1
M3
2
= ---------------- 
2 E I3

 S
x 3 E ( ax 2 + bx 3 ) da = 0 ⇒ b = 0
5.4.4 Exemple
M3
on a donc σ 1 = – ---------- x 2 Soit un arbre de boîte de vitesses modélisable par une poutre
I3
droite de section circulaire de rayon R. Cet arbre est lié en A et B
au carter par l’intermédiaire d’un roulement rigide à billes que nous
■ Remarques
assimilerons à des appuis simples (§ 2.1.6). La poutre de longueur
● σ1 varie linéairement en fonction de x 2 . Il est, en module, maxi-  est chargée en son milieu par une force F orthogonale à l’axe Ax1 .
mal au point de S le plus éloigné de l’axe Gx 3 où l’on a : E désigne le module l’élasticité du matériau. Le problème qu’il nous
M3 appartient de résoudre est de déterminer la rotation de la poutre en
( σ 1 ) max = – ---------- ( x 2 ) max A et B pour s’assurer de la compatibilité avec les angles de rotulage
I3 des roulements, ce qui légitimera le modèle retenu.
la quantité I3 /(x 2)max se nomme module de résistance en flexion de Soit donc le dispositif représenté à la figure 19.
la section. L’expression du moment de flexion est :
● Pour x 2 = 0, on a σ1 = 0 ; l’axe Gx 3 est donc appelé axe neutre ;

il sépare la section droite en deux régions, l’une où les fibres sont
tendues, l’autre où elles sont comprimées.
 0 < x 1 < /2

F
M 3 = ------ (  – x 1 ) – F ------ – x 1
2 2  

M3  /2 < x <  F
M 3 = ------ (  – x 1 )
● a = – ------------- ; or d’après l’expression (8) on a a = – γ 3 , donc :  1 2
E I3
M3 La déformée est donc définie par :
γ 3 = ---------
-
E I3 d 2 u2 M3
γ3 --------------
- = -----------
-
1 dx 1
2 E I3
● La quantité --------- = ----------- se nomme flexibilité de la poutre.
M3 E I3
On a en outre :
avec u 2 = 0 pour x 1 = 0 ou  ;

γ 3 = ------------3- d 2 u2
 ---------
Fx
dx 1  --------------
 2
1
- = ------------
E I3 2
1
 pour 0 < x 1 <  /2
avec ω 3 rotation de la section droite par rapport au bâti. L’exploitation  dx 1
donc  2
de la propriété d’orthogonalité de la tangente et de la normale permet  d u2 F
de montrer que :  --------------
- = ---------------- (  – x1 ) pour  /2 < x 1 < 
 dx 1
2 2 E I3
du
ω 3 = -----------2- πR 4
dx 1 avec I 3 = ------------ .
4
La flèche u 2 du centre G de la section S, sous l’effet de la charge, Le calcul intégral permet d’écrire :
est donc calculable à partir de la formule :
d 2 u2 F
d 2 u2 M3 — pour 0 < x 1 < /2 : --------------
- = ---------------- x 1
--------------
- = -----------
- dx 1
2 2 E I3
2 E I3
dx 1 du x1
2
F
-----------2- = ---------------- -------- + C 1
La détermination de u 2 (x 1) suppose en outre l’exploitation des d x1 2 E I3 2
conditions aux limites (§ 2). 3
F x1
u 2 = ---------------- -------- + C 1 x 1 + C 2
2 E I3 6
5.4.3 Énergie de déformation
d 2 u2 F
— pour /2 < x 1 <  : --------------
- = ----------------- (  – x 1 )
Nous procédons comme au paragraphe 5.3.3. Nous considérons dx 1
2 2 E I3
deux sections droites distantes de dx1 et soumises aux moments 2
du F x1
x
M 3 . Une augmentation du moment de la quantité dM 3 entraîne
x
d x1 2 E I3 
-----------2- = -----------------  x 1 – --------
2 
+ C 1′
x
dM 3 2 3
x 1 x1
un déplacement angulaire --------------- dx 1 de la section d’abscisse x1 + dx1
E I3
F
 
u 2 = ----------------- ------------ – -------- + C 1′ x 1 + C 2′
2 E I3 2 6
par rapport à celle d’abscisse x1 et un travail des forces extérieures,
pour le domaine limité par les deux sections droites considérées, La détermination des différentes constantes est obtenue en
égal à : exploitant les relations :
x
M3 x — pour 0 < x 1 < /2 :
---------- d M 3 d x 1
E I3
 ------------
dx 
du 2
( u2 )x =0
= 0; ( u2 )x = / 2
=C; - = C′
1 1
1 x 1 = / 2

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Figure 19 – Poutre en flexion Figure 20 – Poutre cylindrique de révolution en torsion :


distribution des contraintes

— pour /2 < x 1 <  :


On a de plus :

 
du 2
( u2 )x =
= 0; ( u2 )x = / 2
=C; ------------
- = C′ u (P ) = u r + v w + u 1 x 1 avec w = x1 ∧ r
1 1 dx 1 x 1 = / 2

Les deux dernières égalités exprimant la continuité de la déformée et v = r ω (x 1)


et de sa tangente.
La matrice de déformation, en coordonnées cylindriques (r, α, x1),
Ici la symétrie du problème permet d’écrire : s’écrit :

 ------------
dx 
du 2 F 2 F 2
- = 0 ⇒ -------------- ------- + C 1 = 0 soit C 1 = ---------------- ∂u ∂u v ∂v 1 ∂u ∂u
   
1
1 x 1 = / 2 2EI 3 8 16 E I 3 --------- ----- --------------- – ----- + -------- ----- ------------ + ----------1-
∂r 2 r∂α r ∂r 2 ∂x 1 ∂r
du 2

F

2
donc pour 0 < x 1 < /2 -----------2- = --------------- x 1 – ------ 1 ∂v v ∂u ∂v 1 ∂v ∂ u1
   
dx 1 4 EI 3 4 u
----- --------- – ----- + --------------- ----------------- + ----- ----- ----------- + ---------------
2 ∂r r r∂α r∂α r 2 ∂ x1 r∂α
en A la rotation est donc : ∂u 1
1 ∂u ∂u 1 ∂v ∂ u1
2 ∂r
----- ---------1 + ------------
∂ x1  2 ∂ x1
----- ------------ + ---------------
r∂α  ------------
∂x 1
 
du 2 F
------------
- = – ----------------  2
dx 1 x1 = 0 16 E I 3
0 0 0
qu’il convient de comparer à l’angle de rotulage des roulements. 1 ∂ω
0 0 ----- r -----------
= 2 ∂x 1
1 ∂ω
0 ----- r ----------- 0
5.5 Torsion des poutres cylindriques 2 ∂x 1
de révolution
Seules les distorsions sont non nulles (article Déformations et
contraintes dans un milieu continu [A 303] dans le traité Sciences
5.5.1 Définition fondamentales), ce qui entraîne un état de contraintes où τ1α est

non nul, donc t ( P , x 1 ) = τ 1 α w .


Une poutre cylindrique de révolution autour de l’axe Ox 1
(figure 20a ) est soumise à une sollicitation de torsion si le torseur ■ Remarques
des efforts intérieurs a comme coordonnées :
— La contrainte de cisaillement dans la section droite au point P
  est perpendiculaire au rayon GP (§ 5.1).
0  1 dω
  — Le glissement γ 1α = ----- r ------------ est proportionnel à r.
U x 1  2 d x1
 G
— La contrainte τ1α = 2µ γ1α est, elle aussi, proportionnelle à r.
Écrivons l’équivalence du torseur des efforts intérieurs et du
5.5.2 Déformations et contraintes torseur des forces extérieures situées sur la région (II) (figure 11).
On obtient :

 
Pour la section droite d’abscisse x1 , on a le torseur de déplacement R R
dω dω
  U = 2 π r r µ r ------------ d r = 2 π µ -------------- r 3dr
 ω ( x1 )  0 d x1 d x1 0
  ; le déplacement du point P de cette section droite est :
 0  dω R 4 dω π R 4
 G = 2 π µ ------------- --------- = µ ------------- --------------
d x1 4 d x1 2
u ( P ) = ω ( x1 ) x 1 ∧ GP = ω (x 1) x 1 ∧ rr
En désignant par I0 le moment polaire de la section droite par
avec GM = r r rapport à G, on peut alors écrire :

U = µ ------------ I 0
dx 1

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On remarque que, U étant indépendant de x 1 , il en est de même Ici donc la rotation unitaire des arbres déformés est θ/ ( 2 ) . Le
de dω /dx 1 ; la déformation angulaire des sections droites est donc moment de torsion auquel les arbres sont soumis a pour expres-
constante, et les génératrices, initialement rectilignes, deviennent sion en valeur absolue U = µ I 0 θ/ ( 2 ) ; l’effort Ft a donc pour
des hélices circulaires dans l’état déformé. expression :
La contrainte est : U µ I0 θ
F t = ------ = ---------------
-
dω U r 2r
τ 1α = µr ------------ = ------ r
dx 1 I0
La solution de ce problème aurait entraîné des calculs plus impor-
Dans le cas d’un tube creux, la répartition des contraintes de tants si les rayons des roues R1 et R 2 avaient été différents, mais
cisaillement est représentée à la figure 20 b ; l’expression des le principe serait resté le même.
contraintes de cisaillement étant obtenue par l’association, à cette
distribution de contrainte, du torseur :
5.6 Torsion d’une poutre cylindrique
  quelconque
 0 
 
U x 1  5.6.1 Étude
 
Soit une poutre cylindrique, pleine, limitée par les sections droites
(S0) et (S1) d’aire S et une surface latérale (S 2). Le repère lié à la
5.5.3 Énergie de déformation poutre est {O, x1 x 2 x 3 }, O étant une particule de S0 , Ox1 un axe
parallèle aux génératrices.
En reprenant le même raisonnement qu’aux paragraphes 5.3.3
Supposons que le chargement se réduise à deux couples de
et 5.4.3, il est simple de montrer que l’énergie potentielle élastique  
par unité de longueur de la ligne moyenne est : torsion, opposés, de moments – M et M , parallèles à l’axe longi-
tudinal Ox1 et appliqués sur (S0) et (S1) respectivement. Enfin, soit M
2
1 U
----- ----------- 
2 G I0 la mesure algébrique de M sur Ox1 (figure 22).
Cherchons à déterminer les champs de déformation, de
D’où, pour la poutre de longueur  : contraintes et de déplacement dans cette poutre ainsi sollicitée.
2 Nous savons que ces champs constituent la solution si, et seule-
1 U ment si, ils vérifient en tout point P :
 = ----- ----------- 
2 G I0 — les équations de l’équilibre local f + div [ σ ] = 0 (avec f den-
sité volumique de force extérieure à la poutre) ;
— la loi générale de Hooke (article Vibrations [A 410] dans le
5.5.4 Exemple traité Sciences fondamentales) ;
— les relations déformations – déplacements ;
Soit une machine d’essai de fatigue d’engrenage. Afin de limiter — les conditions imposées sur les frontières (rubrique Calcul
les énergies dépensées pour réaliser l’essai, on a intérêt à utiliser des structures dans le traité Sciences fondamentales).
une machine à circulation, de puissance, fermée, conforme à la Sur toute section droite (S ), M induit un champ de contraintes
figure 21.
tangentielles τ de composantes τ 2 et τ 3 , et nous pouvons sup-
Le déphasage θ des plateaux P1 et P 2 permet de presser les poser que le tenseur contrainte [σ] est de la forme :
dents d’engrenage des roues R1 et R 2 de rayon r, et de créer une
force tangentielle Ft associée à l’action de R1 sur R 2 .
0 τ3 τ2
Les arbres sont à section circulaire. Nous avons montré (§ 5.5.2)
que dω /dx1 est constant. [σ ] = τ 3 0 0
τ2 0 0

ce qui sera vérifié a posteriori.

Figure 21 – Machine d’essai de fatigue d’engrenage Figure 22 – Torsion d’une poutre cylindrique quelconque

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Il en résulte, d’après la loi de Hooke, que les seules composantes Sur les sections droites extrêmes (S0) et (S1), on doit avoir les
non nulles du tenseur déformation [ ε ] sont γ 2 et γ 3 avec : conditions :
1 1

γ 2 = ---------- τ 2 et γ 3 = ---------- τ 3 
τ 2 dx 2 dx 3 = 0 
2G 2G
S
 pas d′effort tranchant

E
et G = ------------------------- second module de Lamé ou module de glissement. 
2 (1 + ν ) τ 3 dx 2 dx 3 = 0 
Les forces de pesanteur étant négligées, les équations d’équilibre
S 
s’écrivent :
∂τ3
----------
∂τ ∂τ 3
- + -----------2 = 0; -----------
∂ τ2
-=0
- = ------------
et M =  S
( x 2 τ 2 – x 3 τ 3 ) dx 2 dx 3
∂x 2 ∂x 3 ∂x 1 ∂x 1
soit :
τ 2 et τ 3 ne dépendent donc pas de x1 , c’est-à-dire de la section
droite considérée ; il en est de même pour les tenseurs [ σ ] et [ ε ].
Par ailleurs, la première de ces trois équations d’équilibre est auto-
 ϕ S

– --------- d x 2 d x 3 = 0
∂ x3
matiquement vérifiée si nous posons :
∂ϕ ∂ϕ
 ϕ S

----------- d x 2 d x 3 = 0
∂ x2
τ 2 = – ----------- et τ 3 = ------------
∂ x2 ∂x 3
M =   ϕ
S

∂ x2
∂ϕ
∂ x3 
x 2 ----------- + x 3 ----------- d x 2 d x 3
ϕ (x 2 , x 3) étant une fonction admettant des dérivées partielles
d’ordre 3, continues sur (S ).
D’après la formule de Riemann, on peut écrire, pour les deux
premières intégrales traduisant la nullité de l’effort tranchant :
Remarquons que le vecteur τ ainsi dérivé de la fonction ϕ est
déduit du vecteur grad ϕ par une rotation de + π /2 dans le plan de
(S ). Les lignes ϕ = Cte, dites lignes de cisaillement, sont les lignes S
∂ϕ
– ----------- d x 2 d x 3 =
∂ x3 ϕΓ

d x2 = 0 

 puisque ϕ = 0 sur ( Γ )
de force du champ τ .

Remarquons également que ce vecteur τ est sans divergence


S
∂ϕ
----------- d x 2 d x 3 =
∂ x2 Γ
ϕ d x3 = 0 


( div τ = 0 ) , donc est un rotationnel (dérive d’un potentiel vecteur). La troisième s’intègre par parties et donne :
Cherchons à déterminer cette fonction de contrainte ϕ à l’aide
des conditions de compatibilité et des conditions aux limites.
■ Les conditions de compatibilité se réduisent ici à :
M = –2  ϕ
S
( x 2 , x 3 ) dx 2 dx 3

Elle permet de déterminer la constante B, qui est donc propor-


∂τ2 ∂τ3 ∂τ3 ∂τ2

∂x 2 ∂x 2
----------- -----------
- – ------------
∂x 3  = 0 et


------------ -----------
∂x 3 ∂x 3 
- – ------------ = 0
∂x 2
tionnelle à M et fonction de la géométrie de (S ).
On notera : B = 2 M / J , J ayant la dimension d’un moment
quadratique [L4].
c’est-à-dire, en introduisant la fonction ϕ :
La détermination de la fonction ϕ (x 2 , x 3) se fait donc par réso-
∂ ∂ lution du problème de Dirichlet (article Équations aux dérivées par-
------------ ( ∆ϕ ) = 0 et ------------- ( ∆ϕ ) = 0
∂x 2 ∂x 3 tielles [A 650] dans le traité Sciences fondamentale), ϕ satisfaisant
aux conditions :
La fonction ϕ ( x 2 , x 3 ) doit donc être, sur ( S ), solution de
l’équation :  ∆ ϕ = B = 2M/J sur ( S )
∆ϕ = B 
 ϕ = 0 sur ( Γ ), contour de ( S )
∂2 ϕ ∂2 ϕ
avec ∆ϕ = ------------ + ------------ = rot τ ,
2 2 On montre mathématiquement que la solution existe et est unique.
∂x 2 ∂x 3
Il reste, ϕ étant connue, à déterminer les composantes u1 , u 2 , u 3
B constante à déterminer.
de la translation et celles de la rotation ω en P, point courant de (S ).
■ Examinons maintenant les conditions aux limites : la surface
Les relations définissant les composantes de la déformation à
latérale (S2) étant libre de toute contrainte, par hypothèse, le vecteur
partir de u1 , u 2 , u 3 s’écrivent ici :
contrainte est nul sur la frontière (Γ) de (S ) pour toute fibre normale,
ce qui s’écrit :
– τ 3 dx 3 + τ 2 dx 2 = 0 sur (Γ )  ∂u ∂u ∂u
 ε 1 = ----------1- ; 2γ 1 = ----------2- + ----------3-
∂ϕ ∂ϕ  ∂x 1 ∂x 3 ∂x 2
soit ----------- d x 2 + ----------- d x 3 = d ϕ = 0 sur ( Γ ) 
∂x 2 ∂ x3  ∂u 2 ∂u ∂u
 ε 2 = ----------
∂x 2
-; 2γ 2 = ----------3- + ----------1-
∂x 1 ∂x 3
La fonction ϕ (x2 , x3 ) doit donc être constante sur (Γ ) ; comme, 

de plus, elle n’est définie qu’à une constante additive près, nous ∂u 3
 ε = ---------- ∂u ∂u
prendrons :  3 -; 2γ 3 = ----------1- + ----------2-
∂x 3 ∂x 2 ∂x 1
ϕ = 0 sur (Γ ) 

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L’intégration de ce système donne : Le point C de coordonnées :

 1  2Gα 2
 u 1 = ------- χ ( x2 , x3 ) + α2 x3 – α3 x2 + a1  ( x 2 ) = ---------------- GJ
G - = --------- α 2
  C B M
 B 
 u 2 = – ---------- - x x + α3 x1 – α1 x3 + a2  2Gα 3 GJ
 2G 1 3
B
- = --------- α 3
 ( x 3 ) C = ---------------- M
 B 
 u 3 = ----------- x 1 x 2 + α 1 x 2 – α 2 x 1 + a 3
 2G
a un déplacement transversal nul.
la fonction χ étant définie par les formules : Dans le repère { C 0 , x 1′ x 2′ x 3′ } parallèle à {O, x1 x 2 x 3 } mais
d’origine C0 , le déplacement transversal de P a pour composantes
∂χ ∂ϕ 1 ∂χ ∂ϕ 1
------------ = – ------------ + ------ Bx 3 et ------------ = ------------ – ------ Bx 2 (suivant C 0 x 2′ et C 0 x 3′ ) :
∂x 2 ∂ x3 2 ∂ x3 ∂ x2 2
B M
∂χ 1 ∂χ 1  u 2′ = – ---------- x x′ = – --------- x 1 x 3′ = – ω 1 x 3′
soit --------- = τ 3 + ----- Bx 3 et ----------- = τ 2 – ----- Bx 2  2G 1 3 GJ
∂x 2 2 ∂ x3 2 
 u ′ = ----------
B
x x′ =
M
--------- x 1 x 2′ = ω 1 x 2′
qui montrent, par ailleurs, que χ ( x 2 , x 3 ) est une fonction  3 2G 1 2 GJ
harmonique.
Comme le montre la figure 23, un tel champ de déplacements
On a alors les composantes de la rotation en P : dans le plan de (S ) est celui d’une rotation d’angle ω 1 (petit) autour
de C. Le déplacement radial de P est nul, son déplacement cir-
 1 ∂u 3 ∂u 2
 
 ω 1 = ------ ------------ – ------------
2 ∂x 2 ∂x 3  = ----------
2G
B
- x +α
1 1
Bx 1
conférentiel valant r ω 1 = ------------ r , avec r = CP (en coordonnées
2G

  1 ∂ u1 ∂ u3 polaires de pôle C ).

 2 ∂ x3 
ω  ω 2 = ------ ------------ – ------------
∂ x1  = ----------
2 G  ∂x
1
- ------------ – Bx  + α
∂ϕ
2
2 2 Toute section droite (S ) subit donc, en plus du gauchissement
 u 1 , u n e r o t a t i o n s o l i d e a u t o u r d e l ’ a x e C x 1′ , d ’ a n g l e
∂u ∂u


1
 ω 3 = -----
2

- -----------
2 ∂x 1
1
- – -----------
∂x 2
-  = ----------
2G  ∂x
1
- ------------ – Bx  + α
∂ϕ
3
3 3
2G
B M
ω 1 = ---------- x 1 = --------- x 1 .
GJ
● C est appelé centre de torsion de la section (S ), et l’axe C x 1′ est
Le champ de déplacement (u1 , u 2 , u 3) est, bien entendu, défini l’axe de torsion de la poutre.
à un déplacement solide arbitraire près ; ce déplacement solide Si un axe principal de (S ) est aussi axe de symétrie de (S ), il porte
consiste en : le centre de torsion C.
— une translation de composantes a1 , a 2 , a 3 ;
Si (S ) possède deux axes de symétrie, ces axes sont axes prin-
— une rotation autour de O de composantes α1 , α2 , α3 .
cipaux, leur intersection G est centre de symétrie, confondu avec C.
■ Conclusions de l’étude En ce qui concerne la torsion, le point fondamental sur la section
● Les sections droites gauchissent dans la déformation, puisque droite est donc le centre de torsion C et non plus le centre de gravité
le déplacement axial u 1 du point courant P de (S ) est une fonction G ; l’axe longitudinal important est l’axe de torsion.
a priori non linéaire de x 2 et x 3 . De plus, u1 étant indépendant de x1 ,
ce gauchissement est le même pour toutes les sections droites.
Font exception les poutres de révolution pour lesquelles le
gauchissement est identiquement nul.
● Supposons maintenant, pour déterminer les six constantes
d’intégration, que le voisinage de la particule O ne subisse ni rotation
ni translation dans le repère {O, x1 x 2 x 3}, et posons χ(0,0) = 0, ce qui
est possible, la fonction χ (x 2 , x 3) n’étant définie qu’à une constante
additive près.
On a dans ces conditions :
a 1 = a 2 = a 3 = 0 (pas de translation solide de la poutre) ;
α1 = 0 [pas de rotation solide ω 1 de la section (S0)] ;

1
 
∂ϕ
α 2 = – ---------- -----------
2 G ∂ x2 O
1 ∂ϕ
= – ( γ 2 ) O et α 3 = – ---------- -----------
2 G ∂ x3   O
= – ( γ 3 )O

Le déplacement transversal de la particule courante P a alors


pour composantes (suivant Ox 2 et Ox 3) :


x + α  x = – ----------- x + α  x
 u2 =


 – ----------
2G
B
3 3 GJ 1
M
3 3 1
Figure 23 – Déplacement des points de la section droite (S )

x – α  x = ----------- x – α  x
 u3 =

 ----------
2G
B
2 2  GJ
M
1 2 2 1

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5.6.2 Remarques La relation permettant de calculer B et J, qui s’écrivait :

■ Si l’on a sur une section droite de poutre un effort tranchant T et M = –2  ϕS


( x2 , x3 ) d x2 d x3

un moment longitudinal U , le champ des forces de cisaillement dans le cas simplement connexe, devient, Ai désignant l’aire limitée
τ dS sur cette section (S ) a pour résultante générale T et pour par (Γi ) :


n
moment résultant, en G, U . On appelle moment de torsion sur (S )

le moment résultant M de ces efforts τ dS en C, centre de torsion.
M = –2 ∑ ϕi Ai + S
ϕ ( x2 , x3 ) d x2 d x3
i=1

Ce moment de torsion est donc lié au moment longitudinal U
par la formule du transport des moments :
5.6.3 Flux de cisaillement et circulation
 
M = U + CG ∧ T du vecteur contrainte de cisaillement
Moment de torsion et moment longitudinal sont identiques Soit (  ) une courbe fermée quelconque tracée sur (S ) (figure 25).
lorsque CG ∧ T = 0 , c’est-à-dire si l’une des trois conditions sui- Le vecteur τ étant un rotationnel ( div τ = 0 ) (§ 5.6.1), son flux
vantes est réalisée : sortant à travers (  ) est nul, d’après la formule d’Ostrogradski
— si C et G sont confondus ; (article Équations aux dérivées partielles [A 650] dans le traité
Sciences fondamentales). Il s’ensuit que le même flux traverse
— si T est nul ; toutes les demi-droites issues d’un même point Ω quelconque.
— si CG et T sont parallèles. Par ailleurs, la formule de Stokes indique que la circulation du
■ Nous avons vu (§ 5.6.1) comment trouver les coordonnées du vecteur τ sur le contour fermé (  ) égale le flux du vecteur rot τ
centre de torsion C dans le repère {O, x 1 x 2 x 3 }, en supposant le à travers le domaine (  ) limité par (  ) . Cela s’écrit, A désignant
voisinage de la particule O immobile. On avait obtenu :
l’aire de (  ) :




GJ
M
1
B ∂ x2 ∂ϕ
 ( x 2 ) C = --------- α 2 = – ------ ------------  O 
τ ⋅ d =

AM
∆ ϕ dx 2 dx 3 = B A = 2 ------------
J
C 


GJ
 ( x 3 ) C = --------
M 3
1
∂ϕ
- α = – ------ ------------
B ∂ x3  O
La rotation de torsion dω 1 de la section droite (S ’) d’abscisse
x1 + dx1 , par rapport à sa voisine (S ) d’abscisse x1 , satisfait l’égalité :
dω 1 B M
Ces coordonnées, si C appartient au domaine (S ), satisfont aux ------------ = ---------- = -----------
équations : dx 1 2G GJ
∂ϕ ∂ϕ comme nous l’avons montré au paragraphe 5.6.1.
------------ = ------------ = 0
∂x 2 ∂x 3 La formule de la circulation peut alors s’écrire :
puisqu’en C on a τ 2 = τ 3 = 0.
■ Nous avons supposé dans la présente étude (§ 5.6.1) que la poutre

AM
J
dω 1
τ ⋅ d = 2 ------------ = 2 GA -------------
dx 1
était pleine, c’est-à-dire que sa section droite (S ) était simplement
connexe. M
Le rapport GJ = --------------------------- entre le moment de torsion M et la
Dans le cas où (S ) constitue un domaine non simplement connexe dω 1 /dx 1
(poutre creuse), sa frontière est la réunion de plusieurs courbes rotation linéique dω 1 /dx1 qu’il provoque se nomme rigidité de
fermées disjointes : un contour extérieur (Γe ) et un ou plusieurs
contours intérieurs (Γ1), (Γ2), ..., (Γn ) (figure 24). 1
torsion linéique de la poutre ; son inverse, ------------ , est la torsibilité
GJ
Tous les résultats acquis restent valables ; la fonction ϕ prend la linéique.
valeur constante ϕ i sur (Γi ).
Remarquons, en introduisant la fonction de torsion ϕ , l’égalité :
Étant donné ϕ = 0 sur (Γe ), les valeurs ϕ i sont alors imposées et


en général différentes d’un contour (Γi ) à un autre.
∂ϕ ∂ϕ

τ ⋅ d =

– ----------- d x 2 + ----------- d x 3
∂ x3 ∂ x2 

Figure 24 – Poutre de section droite non simplement connexe Figure 25 – Flux de cisaillement et circulation
du vecteur contrainte de cisaillement dans une section droite

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5.6.4 Énergie potentielle élastique de torsion


Remarque : il existe peu de formes de sections droites pour
lesquelles on peut mener le calcul des contraintes, déformations
Considérons une tranche de poutre entre les sections droites (S ) et déplacements jusqu’au bout, par des méthodes de l’analyse
et (S ’) d’abscisses x1 et x1 + dx1 (figure 26). Lorsque le moment de mathématique, comme nous venons de le faire pour la poutre
torsion passe de la valeur initiale 0 à la valeur finale M, (S ’) tourne elliptique.
par rapport à (S ), autour de l’axe de torsion, d’un angle dω 1 . Le
travail effectué vaut : Citons la poutre à section triangulaire équilatérale de côté c,
1 3
dW = ----- M dω 1 pour laquelle on trouve J = ---------- c 4 = 0,021 65 c 4 ; la contrainte
2 80
de cisaillement maximale (au milieu des côtés) vaut
d’où l’on tire l’énergie linéique emmagasinée : τmax = 20 M /c 3.

dW 1 dω 1 1 M2 Pour la section carrée de côté c, on sait obtenir la fonction


------------ = ----- M ----------- = ----- ----------- ϕ (x 2 , x 3) par son développement en série. On trouve
dx 1 2 d x1 2 GJ
J = 0,140 6 c 4 et τmax = 4,812 M /c 3 (au milieu des côtés).
dω M
puisque ------------1- = -----------
dx 1 GJ
5.6.6 Torsion des poutres de section droite mince

5.6.5 Exemple Comme nous venons de le voir, la détermination des contraintes


tangentielles sur une section droite constitue un problème relative-
ment complexe pour des formes de sections droites quelconques.
Considérons une poutre pleine de section elliptique (figure 27).
Cette détermination redevient simple pour les poutres de section
2 2
x2 x3
La fonction ϕ ( x 2 , x 3 ) = k 1 – --------
a2 b2  
– -------- est nulle sur la fron-
mince. On nomme ainsi toute section droite formée d’une ou plu-
sieurs bandes de largeur e faible devant le diamètre de la section
droite (figure 28).
tière, et l’on a :
Cette épaisseur est en général uniforme, mais elle peut aussi
a2 + b2
∆ ϕ = – 2 k --------------------
- = B varier, de façon continue et progressive.
a 2b 2
Sur chaque bande, on doit considérer la ligne médiane orientée,
L’expression de B en fonction de M est obtenue par l’équation : de point courant P (figure 29).

 
2 2
M = –2
S
x2 x3
k 1 – --------
a2 b2
– --------  dx 2 dx 3

a2+b2 M M
On trouve B = 2 ---------------------- M d′où k = – -------------- = – ------- ce qui
πa 3 b 3 π ab S
permet d’écrire la fonction de torsion :
2 2

 
M x2 x3
ϕ ( x 2 , x 3 ) = – ------- 1 – -------- – --------
S a2 b2
puis le vecteur contrainte de cisaillement :
Figure 26 – Tronçon élémentaire de poutre
 ∂ϕ 2M
 τ 2 = – ----------- = – ------------
- x
 ∂ x2 Sa 2 2
τ 
∂ϕ
 τ = ---------- 2M
- = ------------2- x 3
 3 ∂x 3 Sb

2M
d’où τ max = --------------- (à l’extrémité du petit axe).
Sb
Sur une radiale, les vecteurs τ sont distribués comme indiqué
sur la figure 27.
πa 3 b 3
La rigidité de torsion vaut GJ = G --------------------
- et l’on trouve pour le Figure 27 – Poutre pleine de section elliptique
a2 + b2
gauchissement u 1 au point P :

a2 – b2 M
u 1 = – -------------------
- ------- x x
πa 3b 3 G 2 3
En faisant a = b = R, on retrouve les résultats de la poutre axisy-
métrique ou arbre de torsion :
— gauchissement u1 nul, non-déformation des sections droites ;
π R4 Figure 28 – Poutre de section droite mince
— rigidité GJ = GI 0 = G -------------- (avec I0 moment quadratique
2
polaire).

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5.6.6.1 Section fermée simple 5.6.6.2 Section fermée cloisonnée


(S ) est formée d’une seule bande, fermée sur elle-même, de ligne La poutre comporte une peau cylindrique extérieure, fermée sur
médiane (  ) orientée dans le sens trigonométrique (figure 30). elle-même, et une ou plusieurs cloisons intérieures, l’ensemble déli-
Nous avons vu (§ 5.6.3) que le même flux de cisaillement tra- mitant ainsi n cavités, numérotées de 1 à n (figure 31).
verse toutes les demi-droites issues d’un point quelconque. Il Nous pouvons encore considérer le vecteur contrainte de cisail-
s’ensuit que le même flux Φ traverse toutes les coupures. lement comme uniforme sur toute coupure, avec l’égalité Φ = τ e.
Par ailleurs, l’épaisseur e du profil étant faible par hypothèse, nous À chaque cavité i , nous associons la ligne fermée médiane (  i )
pouvons considérer τ comme uniforme suivant toute coupure et qui l’entoure, orientée dans le sens positif.
dirigé suivant la tangente en P à la ligne médiane. La conservation du flux exposée au paragraphe 5.6.6.1 montre que
On a alors Φ = τ e , Φ et τ étant comptés algébriquement sur la la somme des flux aboutissant à un nœud par les branches qui y
ligne médiane (  ) orientée. convergent est nul. Cette condition peut être réalisée en associant
à chaque cavité i un flux Φi [compté algébriquement sur (  i ) ], le
La formule de la circulation (§ 5.6.3) donne ici : flux résultant dans une branche étant égal à :
• Φi si cette branche est comprise entre l’extérieur et la cavité i ;

τ ⋅ d = 
Φ M
------ d  = 2 A ------- = Φ
e J


d
---------
e
• Φi – Φj si cette branche sépare les cellules i et j ;
ces flux étant comptés algébriquement sur la ligne médiane de la
avec A aire du domaine limité par la courbe (  ) . branche, considérée comme arc orienté de (  i ) .
Exprimons alors le moment de torsion M : Comme nous l’avons vu (§ 5.6.6.1), le flux Φi donne un moment
de torsion :

M = 
CP ∧ τ e d
Mi = 2 Ai Φi
avec Ai aire délimitée par (  i ) .
En coordonnées polaires (r, θ) de pôle C, on a : Le moment de torsion appliqué sur la section vaut donc :
M = 2 (Φ1 A1 + Φ2 A2 + ... + Φn An ) (11)
dr
 r ---------
-
r  d Enfin, pour chaque contour (  i ) , i = 1, 2, ..., n, on écrit la formule
CP  τ 
0  τr ---------
dθ de la circulation (§ 5.6.3) :
-
 d
d’où M = 

τ er 2 --------- d = Φ
d

r 2 dθ = 2ΦA
dω 1
------------
dx 1 GJ
M
2GA i
1
= ----------- = -----------------
i
τ ⋅ d (12)

Ces deux formules importantes donnent : Les (n + 1) équations (11) et (12) permettent de calculer J, Φ1 ,
Φ2 , ..., Φn .
M
— le flux Φ = ----------
2A
5.6.6.3 Section ouverte simple
4A 2
La section droite est constituée d’une seule bande, ouverte

— le coefficient J = -------------------
d (figure 32a).
---------
 e Orientons la ligne médiane du profil dans le sens trigonométrique,
4eA 2 de la coupure origine à la coupure extrémité.
soit J = ---------------- si e = Cte.


Figure 31 – Poutre de section fermée cloisonnée

Figure 29 – Point courant d’une bande

Figure 30 – Poutre de section fermée simple


Figure 32 – Poutre de section ouverte simple

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La conservation du flux implique ici que ce flux est nul à travers Sur la section droite courante (S ) d’abscisse x1 , le torseur se réduit
toute coupure ; nous ne pouvons donc pas adopter une distribution à un effort tranchant T2 et un moment de flexion M 3 = T 2 (  – x 1 ) .
uniforme de τ sur les coupures : nous supposerons une variation Le champ de contraintes normales induit par M 3 vaut donc :
linéaire comme indiqué sur la figure 32b. τmax varie avec la position
M3 T2
de P sur (  ) et s’annule en particulier sur les coupures extrêmes. σ 1 = – ---------- x 2 = – -------- (  – x 1 ) x 2
I3 I3
On considère alors que le champ des contraintes et la rigidité de
torsion sont les mêmes si l’on développe la poutre (déroulant sa L’effort tranchant T introduit un champ de contraintes tangen-
surface moyenne sur un plan).
tielles τ ( τ 2 , τ 3 ) à déterminer, et l’on a donc au point courant
La rigidité de torsion d’une telle section droite vaut, dans cette P (x1 , x 2 , x 3) un tenseur contrainte de la forme :
hypothèse et pour une épaisseur e constante :
1 σ1 τ 3 τ 2
GJ = ----- G  e 3
3 [σ] = τ 3 0 0
avec  longueur de la ligne moyenne. τ2 0 0
La contrainte de cisaillement atteint sa valeur maximale sur la
coupure moyenne de (  ) [à égale distance des extrémités de (  ) ] On doit trouver en P le tenseur contrainte [σ ], le tenseur défor-
où elle vaut :
M mation [ ε ], le vecteur déplacement P 0 P 1 et le pseudo-vecteur rota-
τ max = 3 -----------
tion 
-
e 2 ω , ces paramètres devant satisfaire :
— à la loi de Hooke (relations entre contraintes et déformations) ;
— aux équations de l’équilibre local : f + div [ σ ] = 0 ;
5.7 Cisaillement d’une poutre — aux équations de compatibilité ;
prismatique pleine — aux conditions aux limites.
■ Pour satisfaire à la loi de Hooke, on doit avoir :
5.7.1 Étude
ε1 γ 3 γ 2
Comme dans le cas de la torsion (§ 5.6), l’étude des contraintes
[ ε ] = γ 3 ε2 0
de cisaillement τ induites sur une section droite de poutre par l’effort
γ 2 0 ε3
tranchant T n’est pas simple et fait appel à une fonction de
contrainte ϕ. σ1
 1 1
Considérons une poutre prismatique pleine de longueur  , limitée  ε 1 = -----
E
- = – ------ ε 2 = – ------ ε 3
ν ν
par les sections droites (S0) et (S1) et par la surface latérale (S2), rap- 
 1
portée au repère principal {G0 , x 1 x 2 x 3 } (figure 33). avec  γ 2 = ----------- τ 2
Appliquons le chargement suivant :  2G
 1
— sur (S1), une distribution de contraintes tangentielles (précisée  γ 3 = -----------τ
 2G 3
plus loin) ayant, au centre de torsion C1 , une résultante T 2 (parallèle
à G0 x 2) et un moment de torsion résultant M nul ; E
et G = ----------------------- module d’élasticité de glissement (ν étant le coef-
— sur (S0), la distribution de contraintes tangentielles opposée et 2 (1 + ν )
une distribution de contraintes normales assurant l’équilibre global ficient de Poisson).
des moments :
■ En l’absence de forces de volume, les équations de l’équilibre
T2
σ 1 = – --------  x 2 local s’écrivent :
I3
 ∂σ 1 ∂τ 3 ∂τ 2
 ----------- + ------------ + ------------ = 0
avec I3 moment quadratique de la section droite (S ) par rapport à  ∂x 1 ∂x 2 ∂x 3
l’axe Gx 3 . 
 ∂τ 2 ∂τ 3
 ---------- - = ---------- - = 0
∂x 1 ∂x 1

τ 2 et τ 3 ne dépendent donc pas de x1 et ont même valeur le long de


toute fibre longitudinale ; il en est de même de γ 2 et γ 3 .
Cherchons à déterminer une fonction de contraintes ϕ (x 2 , x 3 )
dont τ dériverait suivant la formule :

 ∂ϕ
 τ 2 = – ----------
∂ x2
-

τ 
∂ϕ
 τ = ------------ T2 ν
- + -----------  --------------- x 3 – x 2
2 2
 3 ∂ x3 2 I3  1 + ν 

T2 ν
Figure 33 – Cisaillement d’une poutre prismatique pleine
2 I3 1 + ν 
2 2

La présence du terme ----------- --------------- x 3 – x 2 se justifie plus loin par
la nécessité de satisfaire aux conditions aux limites sur (S1).

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T2 On obtient, tous calculs faits :


Avec σ 1 = – -------- (  – x 1 ) x 2 , la première équation d’équilibre est
I3
 T2 1+ν ν T2 2
identiquement vérifiée. - (  – x 1 ) 2 x 2 + 2 ------------- χ ( x 2 , x 3 ) + ------------
 u 1 = -------------- -x x
 2 EI 3 E 2 EI 3 2 3
■ Parmi les six équations de compatibilité, quatre sont ici identique- 
ment vérifiées, les deux autres s’écrivant :  2+ν 3
 – -------------- T 2 x 2 + α 2 x 3 – α 3 x 2 + a 1
 6EI 3
∂ ∂
----------- ( ∆ ϕ ) = 0 et ----------- ( ∆ϕ ) = 0 
∂x 2 ∂x 3  ν T2 2 2 T2
- (  – x 1 ) ( x 2 – x 3 ) + --------------
 u 2 = -------------- - (  – x1 ) 3 + α3 x1 – α1 x3 + a2
 2 EI 3 6 EI 3
Soit ∆ϕ = C (constante). Montrons que cette constante est nulle ;
la formule : 
 ν T2
 u 3 = ---------- (  – x 1 ) x 2 x 3 + α 1 x 2 – α 2 x 1 + a 3
∂ω

∂τ 3 ∂τ 2
2G 
 = – ----------  EI 3
∆ ϕ + --------------- -------- x 
1 1 1 ν T2
-----------1- = ---------- rot τ = ---------- -----------
- – ------------
∂x 1 2G 2G ∂x 2 ∂x 3 1+ν I 3
3
La fonction χ (x 2 , x 3) est définie, à une constante additive près,
avec ∆ ϕ = C , implique S = 0, sans quoi on aurait une rotation par les formules :
d’ensemble de torsion, donc un moment de torsion non nul. ∂χ ∂ϕ ∂χ ∂ϕ
----------- = – ----------- et ----------- = -----------
■ Examinons les conditions aux limites. ∂x 3 ∂ x2 ∂ x2 ∂ x3
● Sur la surface latérale (S2), le vecteur contrainte ayant été sup-
Les constantes d’intégration a1 , a 2 , a 3 sont les composantes
posé nul, le vecteur τ est tangent au contour (Γ ) de (S ). Cela s’écrit : d’une translation d’ensemble et α 1 , α 2 , α 3 celles d’une rotation
d’ensemble autour de G 0 .
τ 2 dx 2 – τ 3 dx 3 = 0
On peut enfin déterminer les trois composantes ω 1 , ω 2 , ω 3 du
∂ϕ ∂ϕ T2 ν
soit
∂x 2 ∂x 3 2 I3
2
1+ν
2
d ϕ = ------------ d x 2 + ------------ d x 3 = ---------- x 2 – --------------- x 3 d x 3  
pseudo-vecteur rotation ω au point courant P :

En intégrant cette relation sur (Γ ), on obtient les valeurs de ϕ sur


(Γ ) à une constante additive près.



1 ∂u 3 ∂u 2
 ω 1 = ----- ----------- – -----------
2 ∂x 2 ∂x 3
 = -----------
νT
EI
2
3
( – x ) x + α
1 3 1

La fonction ϕ (x 2 , x 3), satisfaisant à ∆ϕ = 0 sur (S ) et ayant ses 


valeurs imposées sur le contour (Γ ) de (S ), s’obtient donc par réso-
lution d’un problème de Dirichlet (article Équations aux dérivées



1 ∂u 1 ∂u 3
 ω 2 = ----- ----------- – -----------
2 ∂x 3 ∂x 1
 = – 1-------------
+ ν ∂ϕ
E ∂x
νT 2
----------- + ----------- x x
2 EI 3
2 3 + α2

  = – --------------
partielles [A 650] dans le traité Sciences fondamentales).
 1 ∂ u2 ∂ u1 1 + ν ∂ϕ T 2 2
● Sur les sections droites extrêmes (S0) et (S1), les conditions aux  ω 3 = ----- ----------- – -----------
2 ∂ x1 ∂ x2 E
- ----------- + -------------- [ x
∂x 2EI 2 – (  – x1 ) 2 ] + α3
limites sont satisfaites, car on vérifie sur toute section droite les trois  3 3
égalités suivantes :
■ Remarques
 S
τ 3 da = T 2  S
τ 2 da = T 3 = 0

∂ω 1 ν T2
- = – ----------- x 3 montre qu’il n’y a pas de rotation
La relation -----------
∂x 1

E I3
et
S
CP ∧ τ da = M = 0 d’ensemble de torsion, des sections droites : cela implique la nullité
du moment de torsion M, moment en C des efforts τ dS calculés
avec C centre de torsion de (S ), précédemment.
M moment de torsion sur (S ). ∂ω 3 M3
● Avec M 3 = T 2 (  – x 1 ) , on trouve ----------- - = --------- ; dans l’expres-
Les contraintes étant déterminées à l’aide de la fonction ϕ, on ∂x 1 EI 3
détermine les déformations grâce à la loi de Hooke, puis les dépla- T2
cements (u 1 , u 2 , u 3) à partir des relations : sion de ω 3 , le terme – -------------- (  – x 1 ) 2 est donc le terme de rotation
2 E I3
d’ensemble de la section (S) d’abscisse x 1 , due au seul moment de
 ∂u 1 T2
 ε1 - = – ----------- (  – x 1 ) x 2
= ----------- flexion M 3 .
 ∂x 1 E I3
 ● Si l’on considère le voisinage de la particule G0 comme immo-
 ∂ u2 ∂ u3 ν T2 bile dans le système d’axes {G0 , x1 x 2 x 3 }, on a :
 ε2 - = – ν ε 1 = ----------- (  – x 1 ) x 2
- = ε 3 = -----------
= -----------
 ∂ x2 ∂ x3 E I3
 T2  3 T2  2
a 1 = 0 ; a 2 = – --------------- ; a 3 = 0 ; α 1 = 0 = α 2 ; α 3 = --------------
-
1 ∂ u2 ∂ u3

γ 1


= ----- -----------
2 ∂ x3
- + -----------
∂ x2
- =0 6 E I3 2 E I3

 Les composantes du déplacement de G, point courant de la ligne


1 ∂ u1 ∂ u3

γ 2


= ----- -----------
2 ∂ x3
- + -----------
∂x 1
-  1 + ν ∂ϕ
= – --------------- ------------
E ∂ x2
moyenne, sont alors :
T2
 ( u 1 ) G = 0 ; ( u 2 ) G = --------------
2
- x ( 3  – x1 ) ; ( u3 )G = 0
1 ∂u ∂u
= -----  ------------ + ------------  = ------------
γ 1+ν ∂ϕ T2 ν 6 E I3 1
------------ – -----------  x 22 – ---------------x 3 
2 1 2
 3 2 ∂x ∂x E ∂ x3 2 I3 1+ν
 1 2

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Exemple : poutre cylindrique axisymétrique (figure 34).


La fonction de cisaillement est ici :

3
T2 x
2

ϕ = ------------------------------- ( 1 + 2 ν ) x 2 x 3 – -------3- + ( 3 + 2 ν )R 2 x 3
8 I3 ( 1 + ν ) 3

Elle satisfait bien, en effet, aux deux conditions :

 ∆ ϕ = 0 sur ( S )

 T2 2
 d ϕ = --------- ν 2

- x – --------------- x dx 3 sur ( Γ ) ( τ tangent au contour)
2I 3 2 1 + ν 3

et l’on en déduit :
Figure 34 – Poutre cylindrique axisymétrique
 1 1 + 2 ν T2
 τ 2 = – ------ ------------------- ------- x 2 x 3
 4 1 + ν I3
τ 
 1 3 + 2 ν T2 2 1 – 2ν 2
 τ 3 = ----
- ------------------- -------  R 2 – x 2 – ------------------- x 3 
8 1 + ν I3 3 + 2ν

La contrainte de cisaillement est maximale au centre G où elle vaut :

1 3 + 2 ν T2
τ G = ----- ------------------- ------- R 2
8 1 + ν I3

Sur l’axe des x3 , elle est parallèle à l’axe des x 2 et vaut : Figure 35 – Flux de cisaillement
2
1 3 + 2 ν T2
 1 – 2ν

x
τ ( x 2 = 0 ) = ----- ------------------- ------- R 2 1 – ------------------- -------32- 5.7.3 Formule de la circulation
8 1 + ν I3 3 + 2ν R

La fonction χ (x 2 , x 3 ) s’écrit, en posant χ (0, 0) = 0 : La circulation du vecteur τ sur la courbe fermée (  ) , orientée
dans le sens positif autour de l’axe Gx1 , peut être calculée grâce à
1 3 + 2 ν T2 2 1 + 2ν 1 2
χ ( x 2 , x 3 ) = ----- ------------------- -------
8 1 + ν I3  2
R 1 + ------------------- ----- x 2 – x 3
3 + 2ν 3  x2 la formule de Stokes :

ce qui permet d’obtenir les déplacements u 1 , u 2 , u 3 . 


τ ⋅d =  
rot τ dS =   
∂τ 2
-----------
∂x 2
∂τ 3
∂x 3 - dx 2 dx 3
- – -----------
Le cisaillement des sections droites est important, puisque c’est le
cas notamment des rivets et boulons.


( τ ⋅d ) = –  
T2
∆ ϕ + -------
ν

- --------------- x d x 2 d x 3
I3 1 + ν 3
5.7.2 Flux de cisaillement soit, puisque ∆ϕ = 0 :

(  ) désignant une courbe fermée quelconque dessinée sur (S ) et


délimitant le domaine (  ) d’aire A (figure 35), le flux du vecteur τ

ν T2
( τ ⋅ d  ) = – --------------- --------  2 (  )
1 + ν I3
sortant à travers (  ) , noté Φ  , peut être calculé grâce à la formule avec  2 (  ) moment statique de (  ) par rapport à l’axe Gx 2 .
d’Ostrogradski (article Équations aux dérivées partielles [A 650] dans
le traité Sciences fondamentales) : Cette circulation est nulle sur le contour (Γ ) de (S ).

Φ =   
∂τ 3 ∂τ 2
---------- 
- + ----------- dx 2 dx 3 = –
∂x 2 ∂x 3


T2
-------
- x dS
I3 2
5.7.4 Énergie potentielle élastique de cisaillement


L’énergie potentielle élastique emmagasinée par unité de
En posant x 2 dS =  3 (  ) moment statique du domaine volume autour d’une particule P s’écrit :

(  ) par rapport à l’axe Gx 3 , on a la formule de Bredt (ou formule  = τ2 γ 2 + τ 3 γ 3
du flux de cisaillement) :
soit, avec τ 2 = 2 G γ 2 et τ 3 = 2 G γ 3 :
T2
Φ  = – --------  3 (  ) 1
I3  = ------------ τ 2
2G

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Dans une fibre de longueur dx1 et de section droite dS (figure 36), La formule de Bredt (§ 5.7.2) reste vraie :
1
on a donc l’énergie potentielle  dS dx 1 = ------------ τ 2 dS dx 1 . Enfin, T2
2G Φ  = – --------  3 (  )
dans une tranche de poutre entre les sections droites (S ) et (S ’) dis- I3
tantes de dx1 , cette énergie vaut :
Il convient cependant de noter que, si (  ) entoure une cavité,
dW =  1
------------
2G
S 
τ 2 dS dx 1
(  ) est l’intersection du domaine (S ) avec le domaine enfermé par
la courbe (  ) (figure 38).
Il en est de même pour le domaine (  ) dans la formule de la
d’où l’on tire l’énergie potentielle élastique linéique :
circulation (§ 5.7.3) :
dW 1
------------ = ------------
dx 1 2G
 S
τ 2 dS
ν
1 + ν I3
T2
τ ⋅ d = – --------------- --------  2 (  )

Si l’on remarque que le champ τ est proportionnel à T 2 , on
peut aussi écrire cette formule :
5.7.6 Théorie simplifiée du cisaillement
2
dW 1 T2
------------ = ----- k 2 ---------- La méthode générale que nous venons de développer à partir de
dx 1 2 GS
la fonction de cisaillement ϕ (x 2 , x 3) ne permet de mener le calcul
avec k2 constante sans dimension. analytique jusqu’au bout que dans quelques cas simples.
Nous avons vu celui, important, de la section circulaire (exemple
du § 5.7.1) ; dans le cas d’une section rectangulaire, la fonction
5.7.5 Cisaillement d’une poutre prismatique creuse ϕ (x 2 , x3 ) peut être représentée par la somme d’une double série
de Fourier par rapport aux variables x 2 et x 3 .
Toutes les formules que nous venons d’établir s’étendent sans La fonction ϕ se révèle inabordable dès que les sections droites
difficulté aux poutres prismatiques creuses. ont des formes complexes. Une méthode approchée fondée sur la
Dans ces cas, la frontière (Γ ) de la section droite (S ) comporte formule du flux peut donner alors de bons résultats. Exposons cette
une courbe fermée extérieure (Γe ) et une ou plusieurs courbes méthode sur le cas d’une section droite rectangulaire pleine
fermées intérieures ( Γ i ) : le domaine S n’est pas simplement (figure 39).
connexe (figure 37).
La fonction ϕ (x2 , x3 ) est encore déterminée par les conditions
(§ 5.7.1) :



T2 2 2
∆ ϕ = 0 sur (S ), d ϕ = ---------- x 2 – --------------- x 3 dx 3
2I 3 1+ν
sur ( Γ ) = ( Γ e ) ∪ ( Γ i )

Figure 38 – Courbe fermée entourant une cavité

Figure 36 – Domaine élémentaire

Figure 39 – Cisaillement d’une poutre de section droite rectangulaire

Figure 37 – Domaine non simplement connexe

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Prenons comme domaine (  ) la partie de (S ) située au-dessous 5.7.8 Cisaillement des poutres
d’une droite d’ordonnée x 2 . Le flux sortant du domaine (  ) est nul, de section droite mince
sauf à travers le segment de droite d’ordonnée x 2 , de longueur 2b.
Par ailleurs, on peut supposer le champ τ sur ce segment de droite Comme dans le cas de la torsion (§ 5.5 et 5.6), la détermination
uniforme et parallèle à Gx 2 ; cette hypothèse est d’autant meilleure des contraintes de cisaillement dues à l’effort tranchant redevient
que b est petit devant a. un problème simple dans le cas des profils minces.
On a alors : Nous adopterons les mêmes notations que pour la torsion. Sup-
T2
Φ = 2b τ = – --------  3 (  ) posons que le vecteur τ soit uniforme suivant l’épaisseur du profil ;
I3 on utilisera le flux de cisaillement Φ = τ · e, au point courant P de
4 la ligne médiane (  ) orientée.
avec I 3 = ----- a 3b
3
2
3 T3  x  5.7.8.1 Section ouverte simple (figure 41)
soit τ = τ 3 = ------ -------  1 – -------22-
2 S  a  Orientons la ligne médiane (  ) du profil, et appelons (  ) le
domaine compris entre la coupure origine et la coupure courante
La formule de l’énergie de cisaillement (§ 5.7.4) donne alors : de centre P. La formule du flux donne, ce flux étant nul à travers
k 2 = 6/ 5. la coupure origine :
T2
Φ = τ ⋅ e = – ---------  3 (  )
I3
5.7.7 Flèche due à l’effort tranchant

Considérons une poutre prismatique chargée dans son plan prin- 5.7.8.2 Section fermée simple (figure 42)
cipal (x 2 G 0 x 3 ), ce qui donne sur la section droite courante (S ) un Orientons la ligne médiane dans le sens trigonométrique et
effort tranchant T 2 et un moment de flexion M 3 (figure 40). choisissons une coupure origine de centre P 0 .
La flèche prise par le point courant G est la somme d’une
flèche due à l’effort tranchant T 2 et d’une flèche due au moment de
flexion M 3 , si bien que l’on peut écrire :
= T + M

d T
La flèche due à T2 , de G ’ par rapport à (S ), est -------------- dx 1 .
dx 1
Par ailleurs, l’énergie d’effort tranchant emmagasinée dans la
tranche SS ’ s’écrit (§ 5.7.4) :
2
1 T2
dW T = ----- k 2 ------------ dx 1
2 GS
Le théorème de Castigliano (article Théorie de l’élasticité [A 305]
dans le traité Sciences fondamentales) donne alors :

∂ T2
----------- ( dW T ) = k 2 ----------- - dx 1
∂T 2 GS
d T T2
d’où - = k 2 ------------
----------- Figure 41 – Cisaillement d’une poutre de section ouverte simple
dx 1 GS

Figure 42 – Cisaillement d’une poutre de section fermée simple

Figure 40 – Déformée due à l’effort tranchant

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(  ) désignant la partie de profil entre les coupures de centres Les flux Φ 1 , Φ 2 , ..., Φn sont les flux de cisaillement sortant du
P 0 et P, le théorème du flux donne : domaine (  ) à travers les coupures  1 ,  2 , ...,  n .
T2 Lorsque ce domaine (  ) tend vers zéro, c’est-à-dire que les
Φ – Φ 0 = – ---------  3 (  ) coupures  1 ,  2 , ...,  n tendent vers le nœud N, on obtient à la
I3 limite :
0 0 0
Pour connaître le flux Φ à travers la coupure courante de centre P, Φ 1 + Φ 2 + ... + Φ n = 0
il faut donc connaître le flux Φ 0 à travers la coupure origine.
d’où la loi des nœuds : la somme algébrique des flux quittant un
Dans le cas où G x 2 est axe de symétrie (cas de la figure 42) pour
nœud est nulle.
le profil, on a Φ 0 = 0 en prenant la coupure origine sur l’axe G x 2 ,
et le calcul de Φ est alors immédiat. ■ Appelant (  i ) la ligne médiane fermée entourant la cavité i
Dans le cas contraire, on détermine Φ 0 en écrivant la formule de (maille ), nous avons la formule de la circulation (§ 5.7.8.2) :
la circulation (§ 5.7.3) qui devient :
Φ


------ d = 0 (loi des mailles)
Φ Φ0 T2 i e
------ d = 0 = - – -----------
--------  (  ) d
 e  e e I3 3
■ Considérons une branche, entre deux nœuds, et deux coupures e 0
Elle donne, dans le cas le plus répandu d’une épaisseur e et e sur cette branche, telles qu’on aille de e 0 vers e en suivant le
constante : sens positif choisi sur la ligne médiane pour compter algébriquement
les flux (figure 45).
T2
Φ 0 = – --------
I3

3 (  ) d  Ces deux coupures définissent un domaine (  ) pour lequel la
formule du flux (§ 5.7.2) s’écrit :
T2
5.7.8.3 Section fermée cloisonnée (figure 43) Φ – Φ 0 = – --------  3 (  ) (loi des branches)
I3
La section droite (S ) comporte alors plusieurs bandes minces
délimitant des cavités. En écrivant les lois des nœuds, des mailles et des branches pour
Pour calculer les flux et en déduire les contraintes de cisaillement τ, tous les nœuds, mailles et branches, on obtient un système d’équa-
on s’appuie sur les trois lois données au paragraphe 5.7.9. tions dont la résolution donne le flux sur toute coupure.
Il convient de faire attention aux signes des différents flux entrant
dans ces équations.
5.7.9 Lois des nœuds, des mailles et des branches

■ Un nœud est l’intersection de deux bandes (au moins). Écrivons Remarque générale : tous les résultats obtenus dans cette
la formule de Bredt (§ 5.7.2) pour le domaine (  ) sur la figure 44, étude sont relatifs à la composante T 2 de l’effort tranchant. On
en orientant les lignes médianes à partir du nœud N : obtient, bien entendu, les formules relatives à la composante T 3
par simple permutation des indices 2 et 3 dans les formules.
T2
Φ 1 + Φ 2 + ... + Φ n = – ---------  3 (  )
I3

5.8 Flambement
5.8.1 Expérience
Considérons une poutre rectiligne soumise à un essai de compres-
sion. Si F désigne le module de la charge extérieure appliquée, la
contrainte en un point courant d’une section droite vaut : σ1 = – F / S,
S désignant l’aire de la section droite.
Supposons alors qu’une perturbation transversale extérieure à la
poutre (choc, par exemple) vienne l’écarter de sa configuration
d’équilibre.
Figure 43 – Poutre de section fermée cloisonnée

Figure 45 – Loi des branches


Figure 44 – Loi des nœuds

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On constate expérimentalement que : La solution générale de l’équation différentielle est :


— si F < Fc , la poutre revient dans sa configuration initiale ;
— si F = Fc , la poutre conserve la déformée qui lui a été conférée Fc
u 2 = α sin (ω x1) + β cos (ω x1) avec ω = ----------
-
par la perturbation ; EI 3
— si F > Fc , la déformée créée par la perturbation va en
s’accentuant. La condition pour x1 = 0 implique β = 0 ; pour x 1 =  , on a
Fc est une valeur critique de la force de compression dont nous α sin ( ω  ) = 0 , qui entraîne ω  = n π (car la déformée possède
allons essayer de prévoir les valeurs. n arceaux). Finalement :
Nous sommes donc confrontés à un problème de stabilité de n 2 π2 Fc π 2 EI 3
configuration d’équilibre, que nous convenons de désigner par flam- -------------- = ----------- donc F c = n 2 -----------------
-
 2 EI 3 2
bement lors de l’étude des structures, d’où la définition : nous dirons
qu’il y a flambement d’une construction soumise à une sollicitation — si F < Fc , la poutre revient dans sa configuration initiale ;
croissante lorsque, pour une valeur dite sollicitation d’instabilité, l’équilibre est stable ;
l’équilibre de la construction devient instable. — si F = Fc , on a le maintien de la configuration (équilibre
indifférent ) ;
— si F > Fc , la déformation va en s’accentuant (instabilité ).
5.8.2 Poutre en flexion
La nature du mouvement commençant dans les cas F < Fc et
5.8.2.1 Théorie d’Euler F > Fc peut être démontrée analytiquement ; nous conviendrons de
considérer les résultats énoncés comme des constatations
Soit une poutre droite à plan moyen (x 1 Ox 2) liée au bâti en A expérimentales.
par une liaison pivot et en B par un appui simple (figure 46). Sup- Dans le cas où la déformée initiale n’a qu’un seul arceau, la charge
posons une perturbation qui lui confère une déformée à n arceaux critique est F c = π 2 EI 3 / 2 ; elle correspond à la plus petite charge
(un arceau est une portion de courbe de concavité constante).
critique F c entraînant l’instabilité et constitue un seuil à ne pas
Déterminons l’intensité de la force de compression Fc qui assurera dépasser.
le maintien de la configuration au point G de la ligne moyenne. Le
torseur des efforts intérieurs a pour coordonnées :
5.8.2.2 Influence de la courbure initiale
 du Supposons que la ligne moyenne de la poutre soit un arc de courbe
 -----------2- d’équation :
 –F dx 1 du 2
 N = -------------------------------------
- ≈ – F ; T 2 = -------------------------------------- F ≈ F -------------
dx 1 π

 
d u2 2
1 + ------------
dx 1  
du 2 2
1 + -------------
d x1  
v 0 ( x 1 ) = α 0 sin n ----- x 1
  avec α0  

 M = – Fu Si l’on applique l’effort de compression F, la poutre prend une
 3 2
flèche supplémentaire v 1 ( x 1 ) ; le moment fléchissant vaut
F [v 0 (x1) + v 1 (x1)] (figure 47) et la déformée est définie par :
Pour obtenir l’équation de la déformée, il faut résoudre l’équation
différentielle : d 2v 1 M
d2 u 2 M3 Fu 2 2
- = ---------3-
---------------
--------------- - = – ------------
= ---------- dx 1 EI 3
dx
2 EI 3 EI 3
1
ou encore :
assujettie aux conditions aux limites : d2 v 1 π x1
— en A : x 1 = 0, u 2 = 0 et
d2 u 2
M 3 = 0 ⇔ ---------------
2
= 0
dx 1
2
- + ω 2 v 1 = – ω 2 α 0 sin n ----------
--------------
  
dx 1
d 2u 2 dont la solution générale est :
— en B : x 1 = , u 2 = 0 et M 3 = 0 ⇔ ---------------
2
-=0
dx 1 F /F c π x1
v 1 ( x 1 ) = α sin ( ω x 1 ) + β cos ( ω x 1 ) + --------------------------- α 0 sin n -------------
1 – ( F /F c )   
n2 π2 EI 3 F
avec - et ω =
F c = --------------------------- ---------
2 EI 3

Figure 46 – Flambement : poutre à n arceaux (n = 2)


Figure 47 – Flambement : influence de la déformée initiale

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Les conditions aux limites impliquent : 5.8.2.4 Poutres soumises à des conditions diverses
— en A : β = 0 ;
— en B : α sin ( ω ) = 0 , mais ω est connu et sin ( ω ) ≠ 0 , donc 5.8.2.4.1 Poutre encastrée en A et libre en B
α=0; — Mode fondamental : l’allure de la déformée (figure 50a) est la
la déformée est donc : même que pour une poutre de longueur 2 ; la charge critique est :

α 0 sin ( n π x 1 / ) 9π 2 EI 3
u 2 ( x 1 ) = v 0 ( x 1 ) + v 1 ( x 1 ) = --------------------------------------------- F c = --------------------
-
1 – ( F /F c ) 4 2

La figure 48 représente l’évolution de la flèche maximale en fonc- — Premier harmonique : la déformée (figure 50b ) présente un
tion de F / Fc . 2
point d’inflexion ( d 2 u 2 /dx 1 = 0 ) au point d’abscisse x 1 = /3 ; le
problème est le même que celui d’une poutre de longueur 2/3 ;
5.8.2.3 Influence de l’excentrage de la force F la charge critique est donc :
d 2u 2 M 9π 2 EI 3
On a (figure 49) l’équation différentielle : ---------------- = ---------3- que l’on F c = ---------------------
-
dx 1
2 EI 3 4 2
d u2 2
F
- + ω 2 u 2 = 0 avec ω = ----------
écrit ---------------
dx
2 EI 3
1
et dont la solution générale est :u 2 = α sin (ω x 1) + β cos (ω x 1)
— en A, on a : x1 = 0 et u 2 = h ⇒ β = h

— en B, on a : x 1 =  et u 2 = h ⇒ α = h tg ω ------
2  

d’où u2
2 
= h tg ω ------  sin ( ω x1 ) + cos ( ω x1 )
La flèche maximale prise par la poutre vaut :
 1 – cos ( ω /2 )
f = u2  -----2-  – h = ---------------------------------------
cos ( ω /2 )
-h

π 2 EI 3  π F
et F c = ---------------- ; on a donc ω ------ = ------ -------- ,
2 2 2 Fc

π
 
F
1 – cos ------ --------
2 Fc
d’où : f = -------------------------------------------------- h
π
 
F Figure 49 – Influence du déport de la charge
cos ------ --------
2 Fc

La courbe représentant les variations de f en fonction de F/Fc


montre que :
— si F  F c , f reste voisin de zéro et croît lentement avec F ;
— si F → Fc , f croît très rapidement.

Figure 50 – Flambement d’une poutre encastrée en A et libre en B

Figure 48 – Évolution de la flèche en fonction de F /Fc

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5.8.2.4.2 Poutre encastrée en A et simplement appuyée en B


(figure 51)
On obtient, en négligeant l’effet de l’effort tranchant :

d 2u 2
---------------
dx 1
2
1
EI 3 
- = ----------- – Fu 2 + ( 1 – x 1 ) R B

ou encore :
d 2u 2 RB
- + ω 2 u 2 = ----------- (  – x 1 )
---------------
dx 1
2 EI 3
Figure 51 – Poutre encastrée en A et simplement appuyée en B
avec R B réaction en B,
F
ω = -----------
EI 3

La solution générale est :


RB
u 2 = α sin ( ω x 1 ) + β cos ( ω x 1 ) + --------------------- (  – x1 )
ω 2 EI 3
– RB  RB
— en A : x 1 = 0 et u 2 = 0 ⇒ β = -------------------
- et α = -------------------
-
ω 2 E I3 ω 2 E I3

— en B : x 1 =  et u 2 = 0 ⇒ α sin ( ω  ) + β cos ( ω  ) = 0

donc α, β, R B satisfont au système de trois équations linéaires


homogènes :
 sin ( ω  ) α + cos ( ω  ) β + 0 RB = 0

 EI 3 ω α + 0 β + ( – 1 ) RB = 0
2

0 α + E I3 ω 2 β + R B = 0 Figure 52 – Flambement d’une poutre doublement encastrée

L’existence d’une solution non identiquement nulle est assurée si :


se traduisent par quatre équations linéaires et homogènes, où α, β,
∆ = ω 2 EI 3 [ sin ( ω  ) – ω  cos ( ω  ) ] = 0
RB et M3B sont les inconnues ; leur non-nullité a lieu si :
Il nous faut alors résoudre tg ( ω  ) = ω  , équation transcendante ω ω ω ω
dont la première racine est : ω  = 4,493 , correspondant à une 2
sin ---------  2 2  
--------- cos --------- – sin ---------
2   = 0

charge critique : F c = 20,187 EI 3 / 2 ; les autres racines valent


les charges critiques étant :
approximativement :
4π 2 EI 3 4 × ( 4,493 ) 2 E I 3 16 π 2 E I 3
π π π 2n + 1 F c = ---------------------
- ; --------------------------------------------
- ; --------------------------
5 ------ , 7 ------ , 9 ------ , ..., ------------------- π 2 2 2
2 2 2 2

5.8.2.4.3 Poutre dont les deux extrémités sont encastrées


(figure 52)
Soit RB la composante suivant x 2 de l’action de l’encastrement
6. Sollicitations composées
en B et M3B le moment d’encastrement ; on a l’équation différen-
tielle:
Pour l’étude de ces sollicitations, le principe de superposition
d 2u 2 RB M 3B évoqué au paragraphe 1.2 va être fondamental. Nous n’allons pas
- + ω 2 u 2 = ----------- (  – x 1 ) + ------------
--------------- - envisager toutes les combinaisons de sollicitations, mais nous
dx 1
2 EI 3 EI 3
limiter aux plus courantes.
F
avec ω = -----------
EI 3

Sa solution générale s’écrit :


6.1 Flexion avec effort tranchant
ou flexion simple
RB M 3B
u 2 = α sin ( ωx 1 ) + β cos ( ωx 1 ) + ------------------ (  – x 1 ) + ------------------
ω 2 EI 3 ω 2 E I3
6.1.1 Définition
Les conditions aux limites :
du 2 La flexion simple est un type de flexion très répandu ; l’effort
— en A : x 1 = 0, u2 = 0 et ------------
- = 0
dx 1 tranchant T 2 est porté par Ox 2 , le moment fléchissant M 3 est porté
du 2 par Ox 3 .
— en B : x 1 = , u2 = 0 et ------------
- = 0
dx 1

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6.1.2 Contrainte 6.2.3 Déformation


Elle est obtenue par superposition : Elle s’obtient par superposition (§ 7).

t ( P , x 1 ) = σ1 x 1 + τ 3 x 2
6.3 Flexion déviée
avec
M3
I3
T2
σ 1 = – ----------- x 2 et τ 3 = ------------
b I3 
Σ
x2 d a
6.3.1 Définition
b et Σ sont définis à la figure 53.
Le torseur des efforts intérieurs a pour coordonnées :
 
6.1.3 Déformation  0 
 
M 2 x 2 + M 3 x 3 
Il est simple de montrer que la flèche due à l’effort tranchant est  
négligeable devant celle due au moment fléchissant.
d 2 u2 M3
Nous retenons donc : --------------- - , relation très utile quand il
= ----------
dx 1
2 EI 3
6.3.2 Contrainte
s’agit de déterminer des rotations angulaires de sections droites
L’effet de M 3 a déjà été étudié (§ 5.4) ; celui de M 2 est comparable.
d’arbres aux appuis, afin de choisir un type de roulements ; nous
Tous calculs faits, on obtient :
négligeons le gauchissement des sections droites dû à l’effort
tranchant. M3 M2
σ 1 = – ----------- x 2 + ----------- x 3
I3 I2

6.2 Flexion-compression Région tendue et région comprimée sont séparées par un axe
neutre passant par le centre d’inertie et d’équation :
6.2.1 Définition M2 I3
x 2 = ---------- ----------- x 3
Le torseur des efforts intérieurs se réduit à : I2 M 3

 
N x 1  6.3.3 Déformation
  avec N < 0
 M3 x 3 
  La flèche est définie par le système différentiel :

C’est le cas, en particulier, d’un montage précontraint d’arbres d 2 u2


 --------------- M
sur roulements.  2
= ---------3-
E I3
 dx 1
 2
 d u3 M
6.2.2 Contrainte  ---------------
2
= ---------2-
 dx 1 E I2

N M3 le déplacement de la section droite étant alors :


L’équation σ 1 = ------ – ---------- x 2 permet de distinguer une zone
S I3
tendue et une zone comprimée, la frontière, ou axe neutre, étant une u ( G ) = u 2 x 2 + u 3 x 3 . La déformée n’est plus une courbe plane.
N I3
parallèle à l’axe Ox 3 d’ordonnée x 2 = ---------------
-.
S M3
6.4 Flexion-torsion
Dans le cas où cet axe est tangent à la frontière extérieure de la
section droite, la sollicitation est soit une traction, soit une compres-
6.4.1 Définition
sion ; cela est particulièrement important pour des matériaux qui
possèdent une résistance de rupture importante en compression,
Le torseur des efforts intérieurs se réduit ici à :
mais faible en traction.
 
 T2 x 2 
 
 U x 1 + M3 x 3 
 

C’est une sollicitation très courante dans les arbres de


transmission.

6.4.2 Contrainte
Elle est obtenue par superposition. Envisageons le cas fréquent
d’un arbre cylindrique de révolution (figure 54a ). On a pour les
Figure 53 – Définitions de b et 
pour le calcul de la contrainte de cisaillement points de la périphérie : t ( P, n ) = 0 , et l’on est confronté

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localement à un état plan de contraintes. Dans le plan parallèle à


(x 1 Ox 3) caractérisé par x 2 = R, on a : 7. Déformation. Déplacement
M3 U U De nombreuses réalisations, où la qualité géométrique est fonda-
t ( P , x 1 ) = ---------- R x 1 + ------ R x 3 et t ( P , x 3 ) = ------ R x 1
I3 I0 I0 mentale car elle conditionne la classe du dispositif (broches de
machines-outils), sont déterminées en calculant l’état déformé et non
(réciprocité des contraintes de cisaillement). les contraintes. Signalons en outre que les systèmes hyperstatiques
Traçons alors le cercle de Mohr des contraintes (figure 54b ) (§ 2.2) sont résolus en exploitant des conditions sur les dépla-
(article Déformations et contraintes dans un milieu continu [A 303] cements. Nous allons envisager un panorama des méthodes.
dans le traité Sciences fondamentales) ; il est centré en O ’ et de
rayon O ′ H 2 + HA 2 . Calculons alors la contrainte normale
maximale :
7.1 Méthode de double intégration
2 Elle correspond aux sollicitations de flexion simple pour lesquelles
1 M3
σ n max = OO ′ + O ′ C = ------ ----------- R +
2 I3
1 M3
 
------ ----------
4 I3
-
U2 2
R 2 + -------
I0
2
-R la déformée est définie par l’équation différentielle :

d 2u 2 M3
Or I0 = 2 I3 ---------------
2
- = ----------
-
dx 1 EI 3
2
1 M3 1 M 3+ U2
donc σ n max = ------ ----------- R + ------ -----------------------
2
-R associée aux conditions aux limites.
2 I3 2 I3

On a la possibilité d’introduire le moment idéal de flexion, tel que :


7.2 Formules de Bresse
1 1 2 M if
M if = ------ M 3 + ------ M 3+ U 2 et σ n max = ---------- R
2 2 I3 7.2.1 Démonstration
De la même manière, on peut calculer le moment idéal de tor- On a précisé la notion de torseur de déformation au point G (§ 1.2) ;
sion Mit associé à la contrainte tangentielle maximale : ses coordonnées sont :
2 2
M 3+ U2 M 3+ U2 du dω
τ max = ----------------------
- = ----------------------
- ε ( x 1 ) = ----------- + x 1 ∧ ω et γ ( x 1 ) = ------------
4 I3
2
I0
2 dx 1 dx 1

d’où : Par superposition des différents effets élémentaires (§ 5), nous


pouvons écrire :
2 M it
M it = M 3+ U2 et τ max = ---------- R M2 M3
I0 U
γ ( x 1 ) = ------------ x 1 + ----------- x 2 + ----------- x 3
GI 0 EI 2 EI 3
N k 2 T2 k 3 T3
ε ( x 1 ) = ----------- x 1 + ---------------- x 2 + ---------------- x 3
ES GS GS
Le problème est de déterminer ω ( x 1 ) et u ( x 1 ) , rotation et
déplacement de la section droite d’abscisse x1 :


γ ( x 1 ) = ------------ ⇔ d ω = γ ( x 1 ) dx 1
dx 1

c’est-à-dire :

ω ( x 1B ) – ω ( x 1A ) =  γ ( x 1 ) dx 1
)

AB

avec A et B centres de gravité des sections extrêmes de la ligne


moyenne.
D’où la première formule de Bresse (pour les rotations) :

ω ( x 1B ) – ω ( x 1A ) =   ----------
GI
U
x 1
M2 M3

+ ----------- x 2 + ----------- x 3 dx 1
EI 2 EI 3
)

AB 0

de même :

du
------------- + x 1 ∧ ω ( x1 ) = ε ( x1 )
dx 1

 du +  x1 ∧ ω ( x 1 ) dx 1 =  ε ( x 1 ) dx 1
)

AB AB AB

u (B ) – u (A ) =  ε ( x 1 ) dx 1 –  x1 ∧ ω ( x 1 ) dx 1
)

AB AB

Figure 54 – Arbre de révolution en flexion-torsion

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or  x1 ∧ ω ( x 1 ) dx 1 = –  GB
d ------------
d x1
∧ ω ( x1 ) d x1 ■ Poutre AB :
)

AB AB N=q M 2 = – p (b – x 2)

 GB T2 = r M 3 = r (b – x 2)
et d ------------ ∧ ω ( x 1 ) dx 1
dx 1
)

 
AB T3 = p U=0
= d [ GB ∧ ω ( x1 ) ] – GB ∧ γ ( x 1 ) dx 1
La formule de Bresse donne :
)

AB AB

= – AB ∧ ω (A ) +  γ ( x1 ) ∧ GB d x1
u (B ) =  U
∧ GB
M2

M3
 ∧ GB
)

AB ----------- x 1 + ---------- x 2 + ---------- x 3 dx 1


GI 0 EI 2 EI 3

)
OB
ce qui donne la deuxième formule de Bresse (pour les
translations) : Le déplacement horizontal u B = u B ⋅ x 2 vaut :

   -----GU- ( – b ) d x 
a aM
1 2
u (B ) – u (A) = ω (A) ∧ AB + (ε + γ ∧ GB ) dx 1 u B = ------- 3 +2 - (x 3 – a ) dx 3
----------
I0 0 0 E
)

AB

 
b b M2

Remarque :
+
0 G
U
------ ( a – x 3 ) d x 2 + 2
0 E
- (x 2 – b ) dx 2
--------- 
■ dans la majorité des applications, le terme ε ( x 1 ) est car I 0 = 2 I 2 = 2 I 3 ,

négligé devant γ ∧ GB ; d’où


1

b 2 a 2pa 3 2pb 3
u B = ------- p ------------ + ---------------- + -----------------
I0 G 3E 3E 
■ l’interprétation physique de cette deuxième relation est
aisée ; le déplacement du point B est constitué : soit, avec E = 2 (1 + ν ) G :

— d’une translation u ( A ) ; 2p

u B = -------------- 3b 2 a ( 1 + ν ) + a 3 + b 3
3EI 0 
— d’une rotation de solide ω ( A ) ∧ AB ;

— de la déformation caractérisée par une rotation γ dx 1 au


point G, qui entraîne en B le déplacement γ dx 1 ∧ GB . 7.3 Théorèmes énergétiques
7.3.1 Énergie potentielle élastique
7.2.2 Exemple Ayant choisi dans les sections droites les directions principales
d’inertie, on a par conséquent obtenu la matrice diagonale traduisant
Soit le portique OAB encastré en O et libre en B (figure 55) le comportement :
constitué de poutres de section droite circulaire.
Le torseur des efforts intérieurs a pour coordonnées, dans le  γ1  1  U 
repère {O, x1 x 2 x 3 } :   -----------
GI 0  
   
   
p   ( b – x2 ) r – q ( a – x3 )   γ2  1
----------- 0  M2 
      EI 2  
 q   (G )  p ( a – x3 )     
     γ3  1
-----------  M3 
r   – ( b – x2 ) p    EI 3  
  =  
  1  
■ Poutre OA :  ε1  -----------  N 
N=r M 2 = – p (a – x 3)   ES  
  k2  
T2 = – q M 3 = br – q (a – x 3)  ε2  0 -----------
-  T2 
  GS  
T3 = p U = – pb   k3  
 ε3  -----------
-  T3 
  GS  

Cela se traduit en énergie potentielle élastique linéique par la


relation :
2 2 2 2 2


1 N 2 T 2 k2 T 3k3

d U M M
- + ----------------- + ----------- + ----------2- + ----------3-
------------- = ------ ----------- + -----------------
dx 1 2 ES GS GS GI 0 EI 2 EI 3

7.3.2 Théorème des travaux virtuels

Le théorème des travaux virtuels appliqué à une poutre peut


s’énoncer comme suit :

Une poutre étant dans une configuration d’équilibre, la somme


des travaux virtuels de toutes les forces appliquées (extérieures
et intérieures ) est nulle dans tout champ de déplacement virtuel.

Figure 55 – Portique encastré en O et libre en B

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7.3.3 Théorème de Castigliano 7.3.4 Théorème de Maxwell-Betti


7.3.4.1 Coefficients d’influence
On considère une poutre soumise à un système d’efforts { F i } de

supports ∆i , de vecteurs unitaires δ i . L’énergie de déformation étant Soit une poutre soumise à un système d’efforts, F 1 δ 1 , ..., F n δ n ,
une fonction quadratique des efforts, on peut écrire :
et soit u 1 , ..., u n les déplacements des points d’application de ces
∂ forces ; le principe de superposition permet d’écrire :
∑ Fi ---------
∂F i
- = 2 = ∑ Fi δi ⋅ ui n


i i
ui ⋅ δi = C ij F j
avec ui déplacement du point d’application de la charge F i , la j=1
dernière expression représentant deux fois le travail des
forces extérieures. Les quantités C ij sont appelées coefficients d’influence.

On en déduit la relation : 7.3.4.2 Réciprocité


∂
------------ = u i ⋅ δ i On pourrait de même écrire :
∂F i
n
Dans le cas d’un couple de moment C i δ i , on a : uj ⋅ δj = ∑ Cji Fi
i=1
∂
------------ = Ω i ⋅ δ i
∂C i Il est aisé de démontrer l’égalité des coefficients C ij et Cji . Pour
cela, considérons les systèmes d’efforts suivants :
avec Ωi rotation du domaine auquel le couple est appliqué.
Exemple : soit le treillis hyperstatique de la figure 56. X est l’effort  Fi δ i  et  Fj δ j 
dans la barre OA, Y celui dans les barres AB et AC. L’équilibre du nœud
Appliquons à la poutre le système F i δ i .
A se traduit par : X + Y 2 = F
On a une énergie de déformation élastique :
Le travail des forces F et X est donné par :
1
 ( F i ) = ----- u i ⋅ F i δ i
X2  ( F – X )2  2  2

= ------------- + 2 --------------------- -------------- = ------------- [ X 2 + ( F – X ) 2 2]
2ES 2 2ES 2ES
Appliquons ensuite F j δ j ; on obtient alors :
Le théorème de Menabrea (article Théorie de l’élasticité [A 305] dans
1 1
le traité Sciences fondamentales) permet d’écrire :  ( F i + F j ) = ----- u i ⋅ F i δ i + ----- U j ⋅ F j δ j + F i C ij F j
2 2

2– 2
----------- = 0 d′où X = F (2 – 2) et Y = F ------------------- Le dernier terme représentant le travail dû à Fi , constant quand
∂X 2 son point d’application se déplace de Ci j Fj .
 ( 2 – 2 )2  2 Si nous appliquons Fj , puis Fi , nous obtenons :

( F ) = F 2 ( 2 – 2 ) 2 -------------- + 2 F 2 -------------------------- ---------------
2ES 4 2ES
1 1
F2   ( F j + F i ) = ------ u j ⋅ F j δ j + ------ u i ⋅ F i δ i + F j C ji F i

( F ) = -------------- ( 2 – 2) 2 2
2ES
Or  ( F i + F j ) =  ( F j + Fi ) donc C ij = C ji
On peut alors calculer le déplacement du point A sous charge :

d
F
---------- = ---------- ( 2 – 2) D’une façon plus générale, on peut énoncer : {F } et {F ’} étant
dF ES deux torseurs de forces extérieures appliquées à une même
poutre, le travail développé par {F } dans les déplacements dus à
{F ’ } est égal au travail développé par {F ’} dans les déplace-
ments dus à {F }.

7.3.5 Théorème de Fontviolant


7.3.5.1 Démonstration

Considérons une poutre soumise à un chargement et des liaisons


donnés.
Pour la section droite courante (S ), on a :
— un effort normal N x 1 ;

Figure 56 – Treillis hyperstatique


— un effort tranchant T ( T 2 ,T 3 ) ;

— un moment de torsion U x 1 ;

— un moment de flexion M ( M 2 , M 3 ) .

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Le déplacement de la section droite (S ’) d’abscisse x1 + dx1 par


rapport à (S ) d’abscisse x1 est la superposition :
— de trois translations de vecteurs directeurs :

N k 2 T2 k 3 T3
----------- dx 1 x 1 , --------------
- dx 1 x 2 , --------------
- dx 1 x 3
ES GS GS
— de trois rotations d’angles :

U M2 M3
----------- dx 1 x 1 , ----------
- dx 1 x 2 , ----------
- dx 1 x 3
GI 0 EI 2 EI 3

On considère un deuxième état d’équilibre de la poutre qui, libérée


de toute liaison, est soumise à un chargement fictif arbitraire en équi-
libre, constitué de forces F i et de couples C i .
Dans ce deuxième état, on désignera par :

N′ M 3′
N ′ , T 2′ , ..., M 3′ , ----------- dx 1 , ..., ------------- dx 1
ES EI 3

les composantes des efforts intérieurs et du torseur des dépla-


cements relatifs de deux sections droites voisines. Appliquons à ce
second état le théorème des travaux virtuels (§ 7.3.2) en prenant
pour champ de déplacement celui du premier.
Figure 57 – Poutre en secteur circulaire
Le travail des forces extérieures s’écrit : F i′ δ i ⋅ u i + C i′ ⋅ ω i

u i et ω i désignant les déplacements linéaires et angulaires des


■ Étude du premier état :
points et sections d’application des charges F i′ et C i′ .
 X 1A + pR ( cos ϕ – cos α ) 
Le travail des efforts intérieurs s’écrit :   
 pR sin ϕ 




N k 2 T2 k 3 T3 U M2 M
– ----------- N ′ + --------------
- T ′ + -------------- - M 2′ + ---------3- M 3′ dx 1
- T ′ + -----------U ′ + ----------  ( G ) = M 3A – ( X 1A R – pR 2 cos α ) ( cos α – cos ϕ ) x 3
0 ES GS 2 GS 3 GI 0 EI 2 EI 3
 N = – ( X 1 A – pR cos α ) cos ϕ – pR 
L’application du théorème des travaux virtuels donne alors  
l’équation de Fontviolant : d’où  T 2 = ( X 1 A – pR cos α ) sin ϕ 
 
 M 3 = M 3 A – ( X 1 A R – pR 2 cos α ) ( cos α – cos ϕ ) 
F ′i ⋅ u i + C i′ ⋅ ω i


 ■ Étude du deuxième état (figure 57b) :
NN′ k 2 T 2 T 2′ k 3 T 3 T 3′ UU ′ M 2 M 2′ M 3 M 3′

0
------------ + ----------------------
ES GS
- + ----------------------
GS
- + -------------- + --------------------
GI 0 EI 2 
EI 3
- dx 1 = 0
- + ---------------------
N′ = X 1′ sin ϕ , T 2′ = – X 1′ cos ϕ , M 3′ = M ′ – X 1′ R ( cos α – cos ϕ )

Cette équation étant vérifiée pour toutes valeurs de F i′ et C i′ , on L’équation de Fontviolant s’écrit ici :
peut la réduire et l’ordonner suivant ces paramètres, pour écrire la
 

NN ′ T 2 T 2′ M 3 M 3′
nullité des coefficients ainsi obtenus.
–α ES GS 
------------- + --------------- k 2 + --------------------- R d ϕ = 0
E I3
7.3.5.2 Exemple
La nullité des coefficients de X 1′ et M’ donne enfin les deux
Soit une poutre en secteur circulaire, encastrée en A et B. Elle est équations linéaires en X 1A et M 3A .
à plan moyen et supporte une pression radiale uniformément
répartie d’intensité p par unité de longueur. On va déterminer les
actions de liaison en A et B par application de l’équation de
Fontviolant (figure 57a ).
Le principe de la statique écrit dans le repère {A, x 1 x 2} donne :
8. Systèmes hyperstatiques.
X 1A + X 1B = 0
Systèmes isostatiques
X2A + X2B – 2 p R sin α = 0
associés
M 3A + M 3B = 0
8.1 Structure hyperstatique
puis la symétrie : X 2A = X 2B = p R sin α. Le problème est hyper-
statique d’ordre 2. On a déjà défini la notion de structure hyperstatique (§ 2.2.2.1)
pour laquelle le rang r du système d’équations de la statique est
plus petit que p, nombre d’inconnues d’actions de liaison. Le degré
(ou ordre) d’hyperstaticité est p – r.

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On appelle inconnues hyperstatiques acceptables tout groupe- Si une inconnue hyperstatique correspond à une coordonnée
ment d’inconnues d’action de liaison qui correspond à un mineur somme, on ajoutera une liaison glissière de même axe ; par contre,
de rang r dans le système d’équations de la statique : dans le cas d’une coordonnée moment, on fait intervenir une liaison
pivot de même axe.
a 11 ........... a 1p X1 F1 Exemple : considérons un arbre de longueur  faisant l’objet d’une
: : : = : liaison pivot à son extrémité A et d’une liaison pivot glissant à son autre
a n1 ........... a np Xp Fn extrémité B (figure 59a ). La charge P lui est appliquée en son milieu.
La figure 59b représente le chargement.
avec X i (i = 1, ..., p ) inconnues, Les équations d’équilibre s’écrivent :
a i j coefficients de ces inconnues de liaison.
 X 1A = 0
On appelle mineur de rang r tout déterminant extrait non nul 
d’ordre r ; les inconnues de liaison ne correspondant pas à celles  X 2A + X 2B – P = 0

associées aux coefficients du mineur sont appelées inconnues  M 3A + M 3B + X 2B  – P /2 = 0
hyperstatiques.
Exemple : soit une poutre reposant sur trois appuis A, B , C et asso- que l’on peut mettre sous la forme :
ciée à un arbre lié à un bâti par l’intermédiaire de trois paliers (figure 58).
Les équations d’équilibre s’écrivent : X 2A
— équilibre des forces : 110 0 X 2B P
=
X 2A + X 2B + X 2C – F = 0 0  11 M 3A P /2
M 3B
— équilibre des moments en A :

 Les groupements d’inconnues hyperstatiques acceptables sont :


– F ------1- + X 2 B  1 + X 2 C (  1 +  2 ) = 0
2
que l’on écrit sous la forme matricielle :

X 2A
1 1 1 F
X 2B =
F 1
0 1 1 + 2 -----------
-
2
X 2C

les mineurs non nuls sont :

1 1 1 1 1 1
, , Nous entrevoyons la possibilité de systématiser cette recherche par
0 1 1 1 + 2 0 1 + 2 l’emploi de l’ordinateur.
Les systèmes isostatiques associés sont représentés sur la
correspondant respectivement aux inconnues hyperstatiques : figure 59c.
X2 C , X2 A , X2 B La détermination des inconnues hyperstatiques est obtenue en résol-
vant le système d’équations de la statique, auquel on adjoint les équa-
tions exploitant les conditions de déplacement du système isostatique
associé. C’est-à-dire que, pour le système isostatique correspondant
8.2 Systèmes isostatiques associés aux inconnues M 3 A et M 3 B , les charges extérieures appliquées P , M 3 A
et M 3 B auront des valeurs telles que les rotations en A et B autour de
Un système hyperstatique étant proposé, on lui associe un l’axe Ox 3 seront nulles. À la figure 59c nous avons répertorié les diffé-
système isostatique équivalent, obtenu en modifiant les liaisons de rentes conditions à exploiter, suivant les systèmes isostatiques asso-
sorte que les inconnues hyperstatiques puissent travailler librement, ciés considérés, les relations correspondantes étant obtenues par :
ces inconnues devenant des charges extérieures pour le système — intégration d’équations différentielles relatives à la déformée ;
isostatique associé. — exploitation des formules de Bresse ;
— emploi des théorèmes énergétiques.

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8.3 Présentation des différentes méthodes Nous concevons que ces relations soient particulièrement bien
adaptées au calcul de déplacements.
8.3.1 Intégration d’équations différentielles
relatives à la déformée 8.3.3 Théorèmes énergétiques
Il s’agit en fait d’exploiter, dans le cas de la flexion simple (§ 5.4),
la relation : On peut appliquer le théorème de Castigliano (§ 7.3.3) à la struc-
ture isostatique associée, en annulant les dérivées partielles de
d 2u 2 M3 l’énergie potentielle élastique par rapport aux inconnues hyper-
-------------
2
- = ---------
dx EI 3 statiques.
1
L’expression de l’énergie que l’on dérive ici ne comporte que les
avec les conditions aux limites : forces extérieures données et les inconnues hyperstatiques.

x1 = 0 u (A) ⋅ x 2 = 0

x1 =  u (B) ⋅ x 2 = 0
x1 = 0  du
 -----------2- = 0
x1 =   dx 1

8.3.2 Utilisation des formules de Bresse

Nous avons établi les relations (§ 7.2) :

ω (B ) = ω (A ) +  γ dx 1
)

AB

U M2 M3
avec γ = ----------- x 1 + ----------- x 2 + ----------- x 3
GI 0 EI 2 EI 3

et u (B ) = u (A ) + ω (A ) ∧ AB +  (ε + γ ∧ GB ) dx 1 Figure 58 – Poutre reposant sur trois appuis simples


)

AB

Figure 59 – Arbre avec pivot en A et pivot glissant en B

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8.3.4 Exemple
Limitons-nous au cas de l’application de la méthode énergétique ;
considérons pour cela la poutre de la figure 59 avec le choix
d’inconnues hyperstatiques M 3 A et M 3 B . Les équations de la
statique précédemment écrites (§ 8.2) permettent de déterminer les
relations suivantes :
 P M 3B M 3A
 X 2B = -----
- – -------------- – --------------
 2  

 P M 3B M 3A
 X 2A = -----
2
- + -------------

- + -------------

-

Le moment fléchissant M 3 a pour expression :

— pour 0 < x 1 < /2 :



M 3 = M 3B + X 2B (  – x 1 ) – P ----- – x 1
2  
— pour /2 < x 1 <  : M 3 = M 3B + X 2B (  – x 1 )


 2
1 M
L’énergie de déformation se limite ici à :  = ------- ----------3- dx 1
2 0 EI 3
En fonction des seules inconnues M 3A et M 3B , on obtient :
— pour 0 < x 1 < /2 :

P M 3B M 3A
2    
- – -------------- (  – x 1 ) – P ------ – x 1
M 3 = M 3B + ------ – -------------
 2  
— pour /2 < x 1 <  :

P M 3B M 3A

M 3 = M 3B + ------ – -------------
2   
- – -------------- (  – x 1 )
Figure 60 – Résultats d’essais de traction de métaux courants
Au bilan, l’énergie de déformation a alors pour expression :




2EI 3
1
 = ---------------- 
-----

P M 3B M 3A
M 3B + ------ – -------------
2   
- – -------------- (  – x 1 ) 2 dx 1
2




M  
2

---

2EI 3
1
+ ----------------
2

0
3B
P M 3B M 3A
+ ------ – -------------
2    2

- – -------------- (  – x 1 ) – P ------ – x 1 dx 1

∂ ∂
Les équations -------------------- = 0 et ------------------- = 0 donnent deux relations
∂M 3A ∂M 3B
qui, jointes aux équations de la statique, permettent la détermination
des actions de liaison.

9. Critères de limite élastique


9.1 Problème Figure 61 – Résultats schématisés d’essais de traction

Pour établir les différentes relations précédemment évoquées,


nous avons écrit l’expression de la déformation en exploitant l’hypo-
9.1.1 Matériau élastique parfaitement plastique
thèse de Bernoulli (§ 1.2), puis nous avons lié contrainte et défor-
mation en faisant référence à la loi de Hooke (article Vibrations La contrainte pour laquelle le domaine plastique est atteint est
[A 410] dans le traité Sciences fondamentales), qui est relative à un parfaitement définie ; en général, la limite élastique est exprimée en
matériau élastique linéaire. fonction de la valeur S 0 de l’aire de la section droite avant charge-
ment, et l’on désigne par Y cette valeur telle que :
La figure 60 représente les résultats d’essai de traction de dif-
férents matériaux d’utilisation courante. On peut adopter les Y = F/S0
modèles de comportement élastique parfaitement plastique ou élas-
tique écrouissable (figure 61). avec F charge appliquée lors de l’essai de traction.
Nous dirons que le domaine d’écoulement plastique est atteint
s’il existe des déformations résiduelles après suppression du
chargement.

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9.1.2 Matériau élastique écrouissable


Pour un tel matériau, la limite élastique dépend de l’histoire du
matériau, c’est-à-dire qu’elle est tributaire de la déformation plas-
tique avant essai de traction. Ainsi, considérons un matériau de limite
élastique Y 0 ; soumettons-le à un chargement provoquant une
contrainte σ = Y 1 . On constate que Y 1 est devenue la nouvelle valeur
de la limite élastique. Toutefois, dans les conceptions de dispositifs
faisant intervenir des matériaux écrouissables, le domaine plastique
n’étant jamais atteint, nous pourrons retenir pour limite élastique
celle fournie par le sidérurgiste. Signalons néanmoins que l’aug- Figure 62 – Cercles de Mohr
mentation de la limite élastique par déformation plastique est utilisée
techniquement ; par exemple, le grenaillage de surface a pour
conséquence d’entraîner des déformations plastiques (comme un
martèlement) et augmente la limite élastique, donc permet de mieux 9.2.2 Critère de Tresca
exploiter les possibilités surfaciques des matériaux.
Son interprétation est aisée en adoptant le plan de Mohr des
contraintes (comprenant en abscisse la contrainte normale et en
ordonnée la contrainte tangentielle ; article Déformations et
9.2 Critères de limite élastique contraintes dans un milieu continu [A 303] dans le traité Sciences
fondamentales). Le domaine plastique est atteint dès que le rayon
Lors de l’essai de traction, le passage du comportement élastique du cercle de Mohr atteint la valeur limite de Y /2.
au comportement plastique est parfaitement défini (même si l’on
Là aussi, il s’agit du plus grand rayon du cercle de Mohr, qui
adopte une convention pour cette frontière, par exemple lorsque la
dépend donc de la section droite considérée et de la position du
déformation résiduelle est de 3/1 000).
point dans la section droite (figure 62).
Dans le cas de sollicitations composées, il faudrait procéder à des
Signalons que les notions de longévité des dispositifs entraîne-
essais systématiques relatifs à toutes les possibilités de sollicitations,
ront des niveaux de contrainte plus faibles que ceux évoqués dans
pour pouvoir prendre position. Il apparaît souhaitable de définir des
ce paragraphe (articles Fatigue des alliages ferreux. Approche clas-
critères universels (vis-à-vis des différents types de sollicitations) qui
sique [B 5 050], Fatigue et mécanique de la rupture des pièces en
constitueront la frontière du domaine élastique.
alliage léger [BM 5 052] et Fatigue des surfaces [B 5 055]).
Ces critères sont nombreux car ils veulent, de plus, être indé-
pendants du matériau. Nous limitons délibérément notre exposé aux
deux points de vue le plus couramment utilisés.
Nota : le lecteur pourra se reporter à l’article Théorie de la plasticité [A 350] dans le traité
Sciences fondamentales.
10. Effets thermiques
10.1 Problème
9.2.1 Critère de Von Mises
Dans les paragraphes qui précèdent, nous supposions implicite-
Le domaine d’écoulement plastique est atteint quand l’énergie
ment que le solide – ou l’assemblage de solides – étudié se trouvait
de déformation, due aux parties déviatrices des tenseurs contrainte
à une température uniforme et constante T 0 . Nous calculions des
et déformation, atteint une valeur seuil.
contraintes et des déformations dues à l’application exclusive de
On peut montrer que cette énergie a pour expression : forces.
Imaginons une barre, libre de se déformer, ayant une longueur
1
2G 3  1 2 2 2
----------- ------ σ 1 + τ 2 + τ 3   0 à la température T 0 ; si l’on élève sa température uniformément
à la température T, elle subit une variation relative de longueur :
1 Y2
la valeur seuil étant ----------- -------- –
2G 3 ε = ---------------0- = α ( T – T 0 )
0
avec Y limite élastique,
G = µ module de glissement. avec α coefficient de dilatation thermique linéaire,
Au bilan, on a donc : sans devenir le siège de contraintes.
1 2 2 2 Y 2 Si, par contre, on impose aux extrémités de la barre de rester à
------ σ 1 + τ 2 + τ 3 < -------- si l’on est dans le domaine élastique ;
3 3 distance constante  0 , par un double encastrement par exemple,
1 2 2 2 Y2 l’élévation de température créera une contrainte normale, uniforme,
------ σ 1 + τ 2 + τ 3 = -------- si l’on a atteint la frontière de l’écoulement
3 3 plastique. de compression :
σx = – E α (T – T 0 )
Bien sûr, pour les poutres, ces quantités sont à considérer dans
les régions les plus sollicitées ; autrement dit, il s’agit de prendre avec E module d’Young du matériau.
1 2 2 2 Un champ de température peut donc introduire des déformations
en compte la valeur maximale de ----- σ 1 + τ 2 + τ 3 (ce maximum
3 et (ou) des contraintes.
dépend de la position de la section droite et du point pris dans la
Dans le présent paragraphe, nous nous proposons d’étudier les
section droite).
contraintes, déformations et déplacements dont une structure est le
Rappelons que σ 1 est dû à N x 1 et M , τ 2 et τ 3 pouvant être siège, sous l’action conjuguée d’un chargement mécanique (forces
engendrées par effort tranchant ou torsion. appliquées) et d’un chargement thermique (échauffements).
Nous supposerons encore la structure composée de solides réels
homogènes, isotropes et linéairement élastiques.

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10.2 Loi de Hooke-Duhamel Le bilan thermique pour un domaine (D ) inclus dans (  ) et


n’échangeant avec lui de la chaleur que par conduction se traduit
Elle se traduit ici par la relation : par la relation valable en tout point de (D ) :

σ1 ∂T
K ∆T – C --------- = 0 (équation de la chaleur)
- + α ( T – T0 )
ε 1 = ------- ∂t
E
avec C capacité thermique volumique,
Il convient donc de déterminer le champ de température dans la
poutre. ∆ opérateur de Laplace ; en coordonnées cartésiennes :

∂2 ∂2 ∂2
∆ = -----------
2
- + -----------
2
- + -----------
2
-
∂x 1 ∂x 2 ∂x 3
10.3 Conduction. Convection
10.3.1 Conduction
10.3.2 Convection
C’est un processus de propagation de quantité de chaleur dû à
l’agitation moléculaire, qui ne prend donc en compte que des C’est le transport de quantité de chaleur lié aux macromouvements
mouvements de faible amplitude. Ce processus est régi par la loi des molécules. Le chauffage central en est une illustration : l’eau
de Fourier : chaude cède de la chaleur à la paroi intérieure du radiateur par
convection forcée (le mouvement de l’eau est provoqué par une
q = K grad ( T ) ⋅ n da pompe appelée accélérateur par les chauffagistes) ; cette chaleur
migre vers la paroi externe du radiateur, puis se transmet à l’air
avec q puissance thermique migrant à travers une surface ambiant par convection naturelle.
d’aire da et de normale extérieure n ; q est une On adopte comme loi de convection :
quantité algébrique, les valeurs positives indiquant
que le milieu intérieur reçoit de la chaleur du milieu Φ = h (Tp – Ta )
extérieur, les valeurs négatives interviennent avec Φ densité de puissance thermique échangée entre une
quand le milieu intérieur cède de la chaleur à paroi et le fluide quand on fait le bilan pour le fluide,
l’extérieur,
Ta température ambiante du fluide,
K coefficient de conductivité thermique (tableau 2),
Tp température de la paroi,
grad (T ) vecteur de composantes : h coefficient de convection (tableau 3). (0)
∂T ∂T ∂T
------------ x 1 + ------------- x 2 + ------------ x 3
∂x 1 ∂x 2 ∂x 3

Tableau 2 – Quelques valeurs courantes du coefficient de conductivité thermique (W · m–1 · K –1)


Corps K Corps K Corps K
Diamant 160 Argent 400 Cuivre 370
Or 308 Aluminium 175 Silicium 85
Molybdène 148 Laiton 115 Nickel 65
Platine 74 Étain 67 Nitrure de bore 32
Eutectique plomb étain 53 Plomb 35 Carbure de silicium 17,4
Alumine 19 Kovar 17 Chrome nickel 13
Aciers 35 Aciers inox 20 Pyroceram 3,4
Carbone 7 Ferrites 6,4 Verres 1,1
Résines époxy 1,65 Quartz 1,45 Mica 0,5
Graisse silicone 0,87 Eau 0,67 Téflon 0,21
Polyéthylène 0,33 Caoutchouc silicone 0,21 Mylar 0,03
Nylon 0,21 Polystyrène 0,10 Hydrogène 0,10
Air 0,017 Hélium ≈ 0,10
Considérations sur les K extrêmes
■ K grands : la conductivité thermique des métaux augmente considérablement, mais moins que leur conductivité électrique, quand T diminue. À 30 K, les facteurs
multiplicatifs sont de l’ordre de 25.
L’utilisation de heat pipe, ou caloduc, fondée sur l’évaporation et la condensation, donne l’équivalent de conducteurs anisotropes dont la valeur de K, dans
la direction privilégiée, peut atteindre 40 000 et plus.
■ K très faibles : des ensembles formés de minces feuilles (10–3 cm) d’acier inoxydable soigneusement poli (pour éviter les échanges par rayonnement), reliées
les unes aux autres par quelques points de loin en loin seulement, constitués eux-mêmes par un gaufrage ponctuel d’une des feuilles, forment, quand ils sont
soigneusement mis sous vide, des éléments remarquablement isolants. On descend à des K de l’ordre de 10– 4 et mieux encore (conteneur d’hélium liquide).

(0)

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Le déplacement de la section (S’ ) par rapport à (S ) distante de


Tableau 3 – Coefficients de convection (W · m–2 · K –1) ds consiste en une translation parallèle à Gx 1 , de vecteur directeur :
Convection naturelle : N
air 6 à 28 d u = ε 1 ds x 1 = ----------- + α ( T – T 0 ) ds x 1
ES
eau 100 à 900
Convection forcée :
gaz 10 à 300 10.4.2 Moment de flexion
eau 300 à 10 000
huile 50 à 2 000 Supposons que, sur une section droite (S ), le champ de tempé-
Métaux fondus 6 000 à 120 000 rature soit de la forme : T = T 0 + Ax 2 et que le torseur se réduise à

Ébullition 3 000 à 50 000 la composante M 3 du moment de flexion M ; une telle section


Condensation 50 000 à 110 000 travaille en flexion simple autour de Gx 3 .
Les tenseurs contraintes et déformations au point courant P
s’écrivent :
10.4 Théorie linéaire des poutres ε1
σ1 0 0 0 0
[σ] = 0 0 0 et [ε] = 0 ε2 0
Nous nous proposons maintenant de reprendre toute la théorie 0 0 0 0 0 ε3
des poutres, pour y apporter les modifications dues à l’adjonction
d’un champ de température.
avec :
Nous conserverons les notations, définitions, conventions de
signes et hypothèses déjà introduites.  M3
 σ 1 = – ----------
-x
Toutes les questions de statique restent inchangées, en particulier  I3 2
la définition et le calcul du torseur des efforts intérieurs, les équations 
 σ1 M3
d’équilibre, les relations entre contraintes et composantes de ce
torseur.
 ε 1 = -------
 E 
- + α ( T – T 0 ) = – ----------- + α A x 2
EI 3 

σ1 M3
 ε = ε = – ν -------
 
Dans tout problème de poutre, on commencera par chercher le
champ de température, par intégration de l’équation de la chaleur  2 3 - + α ( T – T 0 ) = ν ----------- + α A x 2
E E I3
compte tenu des conditions aux limites. 
L’hypothèse de petitesse des diamètres de sections droites, devant La déformation d’une tranche de poutre comprise entre les
la longueur de la ligne moyenne et son rayon de courbure, nous sections droites voisines (S ) et (S’ ) distantes de ds consiste en une
permettra ensuite de linéariser ce champ de température sur chaque rotation de (S’ ) par rapport à (S ), autour de Gx 3 , de l’angle :
section droite, c’est-à-dire de l’écrire sous la forme d’un dévelop-
pement limité au premier degré : dω M3
------------3- = ----------
- – αA
T (P ) = T (G ) + A x 2 + B x 3 ds EI 3

où T (G ), A et B ne dépendent que de l’abscisse curviligne s de G Si l’on a T = T 0 + Bx 3 avec M = M 2 , la flexion simple a lieu


sur la ligne moyenne. autour de Gx 2 et les formules précédentes deviennent :
Examinons séparément les quatre sollicitations élémentaires dont
se compose le torseur.  M2
 σ1 = ----------
-x
 I2 3

10.4.1 Effort normal  σ1 M2
ε 1 =
 E
- + α ( T – T0 ) =
------- ----------
EI 2
- + αB x 3

Supposons que, sur une section droite, le champ de température 


 ν νM 2
soit uniforme [T = T(G )] et que le torseur se réduise à l’effort normal ε 2 =

E EI 2 
ε 3 = – ------ σ 1 + α ( T – T 0 ) = – -------------- + αB x 3 
N .  M2
Les tenseurs contrainte et déformation s’écrivent alors, au point  dω
 2 =  ----------
EI
- + αB  ds
courant P et dans la base principale d’inertie {G, x 1 x 2 x 3 } :  2

σ1 0 0 ε1 0 0 Enfin, la flexion déviée correspond au cas :


[σ] = 0 0 0 et [ε] = 0 ε2 0
T = T 0 + Ax 2 + Bx 3 , M = M 2 + M 3
0 0 0 0 0 ε3
Par superposition des deux cas précédents, on obtient les
avec, d’après la loi de Hooke-Duhamel (§ 10.2) et la relation σ1 = N/S : formules :

σ1 N  M3 M2
ε 1 = --------
- + α ( T – T 0 ) = ----------- + α ( T – T 0 )  σ 1 = – ----------
- x + ----------
-x
E ES  I3 2 I2 3
σ1 νN 
ε2 = ε 3 = – ν ------- - + α ( T – T 0 ) = – ----------- + α ( T – T 0 )  σ1 M3 M2
E ES  ε 1 = -------
 E  E I3 
- + α ( T – T 0 ) = – ----------- + α A x 2 + ----------
E I2 
- + αB x 3 
 σ1
 ε = ε = – ν ------- νM νM
 2

3 E 
EI 3  E I2  
- + α ( T – T 0 ) = -------------3- + α A x 2 + – -------------2- + α B x 3

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La rotation de (S’ ) par rapport à (S ) se fait autour de l’axe neutre le tenseur [ ε ], puisque ce chargement ajoute le terme sphérique
Gy 1 , d’angle polaire β par rapport à Gx 2 , avec : α ( T – T 0 ) [ I ] au tenseur déformation et le terme sphérique
– K α (T – T 0) [ I ] au tenseur contrainte.
I2 M3
tg β = ------ tg β′ et tg β′ = ----------
- Sur une poutre hyperstatique, par contre, cette adjonction peut
I3 M2 modifier les réactions de liaison, et donc par là, indirectement, intro-
duire un supplément d’effort tranchant et de moment de torsion.
Cette rotation a pour angle d ω = dω 2 x 2 + dω 3 x 3 , x 2 et x 3
désignant les vecteurs unitaires de Gx 2 et Gx 3 . Les résultats que nous avons établis dans les paragraphes
consacrés au moment de torsion et à l’effort tranchant, dans le cas
La mesure algébrique de d ω sur son axe Gy 1 vaut : isotherme, restent donc totalement inchangés.
d ω = d ω 2 cos β + d ω 3 sin β

 
M2 M3
soit dω = - cos β + αB cos β + ----------
---------- - sin β – αA sin β ds 10.4.4 Sollicitations combinées
EI 2 EI 3

Les formules de Bresse (§ 7.2) pour la flexion s’écrivent alors : Dans le cas le plus général d’une poutre de forme quelconque,
soumise à des liaisons et supportant un chargement mécanique et

 ω = ω +
 1

0 
 dω
G0 G1
thermique, résumons les différentes étapes du calcul.
■ On cherche le champ de température dans la poutre et on le

 u ( 1 ) = u( 0 ) + ω 0 ∧ G0 G1 +

  dω
G0 G1
∧ GG 1
linéarise sur chaque section droite.
■ On écrit les équations de l’équilibre global de la poutre.
■ On détermine les réactions de liaison :
- + αB x +  ----------- – αA x  ds
M2 M3
avec dω = ----------
EI 2
2
EI 3
3 — par simple résolution des équations d’équilibre, dans le cas
isostatique ;
Nous allons étudier ci-après trois cas particuliers. — en utilisant les équations d’équilibre et en levant l’hyper-
staticité, dans le cas hyperstatique.
10.4.2.1 Poutre de plan moyen (x 1Ox 2) chargée dans ce plan ■ On peut alors calculer le torseur, soit N, T 2 , T 3 , M, M 2 , M 3 dans
La poutre se déforme en restant dans le plan (x 1Ox 2), et les chaque section droite, ce torseur étant égal au torseur de toutes les
formules de Bresse s’écrivent sous forme scalaire : forces extérieures appliquées à la poutre en aval de la section
considérée.


G1
■ On en déduit le champ de contrainte et déformation régnant sur
 
M3
ω 1 = ω 0 + - – αA ds ( en projection sur Ox 3 )
---------- chaque section droite, puis les déplacements (flèches et rotations de
 G 0 EI 3
 sections droites).


 Pour calculer ces flèches et rotations, on peut utiliser les formules
u (G ) = u (G ) + ω x ∧ G G +
 1 0 0 3 0 1  d ω ∧ GG 1
G 0G 1 générales de Bresse, avec température, qui s’écrivent :



s1
ω = ω + M2 M3
   
10.4.2.2 Poutre circulaire de plan moyen (x 1Ox 2) U
 1 0 - + αB x 2 + ---------
---------- x 1 + --------- - – αA x 3 ds
chargée dans ce plan GI EI EI
 s0 0 2 3



Il s’agit du cas précédent avec une ligne moyenne de poutre en s1


 N
forme d’arc de cercle (ou de cercle complet).  u( 1 ) = u( 0 ) + ω 0 ∧ G0 G1 + ----------- + α ( T – T 0 ) x 1
ES
Si l’on appelle U 1 le déplacement circonférentiel de G et U 2 son  s0




T2 T3 s1
déplacement radial, on a alors les équations :  M
+ k 2 ------------ x 2 + k 3 ------------ x 3 d s + ------------ x 1 ∧ CG 1 d s
 GS GS s0 G I 0
 d 2 U2 U 2 
M3 
 ---------------- + ---------- = ----------
- – αA

s1
 M2 M3
 ds 2

R2 EI 3


+
s
 E I 2
 
- + α B x 2 + ----------
----------
E I3 
- – α A x 3 ds
 dU 1 U2

0

 -------------- = ----------
 ds R

avec R rayon de l’arc de cercle.

10.4.2.3 Poutre droite, d’axe Ox 1 , de plan moyen (x 1Ox 2) 11. Poutres considérées
chargée dans ce plan
comme éléments finis
La flèche u 2 , mesurée algébriquement sur Ox 2 , satisfait à l’équa-
tion différentielle :
d2 u 2 M3
11.1 Notion d’élément fini
---------------
2
- – αA
= ----------
dx EI 3 L’introduction dans les bureaux d’étude de moyens numériques
1
rapides permet d’aborder l’étude des comportements statique ou
dynamique de composants en utilisant en particulier le concept d’élé-
10.4.3 Torsion et cisaillement ment fini. L’organe est partagé en éléments de dimension finie (d’où
le nom), sur le bord de chacun d’entre eux sont définis des nœuds
dont le rôle sera précisé ultérieurement. Ainsi, à un vilebrequin de
Sur une poutre isostatique, l’adjonction d’un chargement ther- moteur à combustion interne, on peut associer un système de
mique au chargement mécanique ne peut introduire aucune
contrainte tangentielle dans le tenseur [ σ ] et aucun glissement dans

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poutres rectilignes travaillant en sollicitation composées. Le modèle Ici intervient la source de l’approximation de la méthode : soit M
ainsi défini entraîne des résultats théoriques en bonne concordance un point courant de la poutre d’abscisse x . On a ici la relation
avec l’expérience, tant en comportement statique que dynamique. linéaire :
Le présent exposé est limité à la méthode des déplacements, qui u2–u1
en élasticité se traduit par le fait d’adopter comme inconnues les u (M ) = u 1 + ---------------------- x

composantes du vecteur déplacement ; l’équation d’équilibre local :
Nota : le champ de déplacement défini arbitrairement correspond en fait au champ de
déplacement réel (en traction σ1 , donc ε1 , est constant) ; mais cela est accidentel.
div [ σ ] + f = 0
En général, u (M ) s’exprime en fonction des déplacements des
s’écrit en terme de déplacement : nœuds par l’intermédiaire de polynômes ; rappelons que le déve-
loppement limité de f (x 0 + h ) au voisinage de f (x 0) est polynominal
( λ + 2µ ) grad [ div ( u ) ] – µ rot [ rot ( u ) ] + f = 0 en h ; en employant des éléments finis de dimensions faibles, ces
polynômes seront très adaptés :
Eν E
avec λ = ----------------------------------------- et µ = ----------------------- coefficients d’élasticité. du u2 – u1
( 1 + ν ) ( 1 – 2ν ) 2(1 + ν ) ε 1 = ---------- = ---------------------
-
dx 
Ce champ u doit être, en outre, compatible avec les conditions
aux limites cinématiques et statiques (raccordement du vecteur
contrainte à la densité surfacique de force extérieure appliquée).
d’où
u2 – u1

X 2 = ES ----------------------
 
La complexité des problèmes impose l’abandon de la détermina-
tion des déplacements en tout point, et seules seront atteintes des
valeurs approchées des déplacements des nœuds. Nous préférons
et
u1 – u2

X 1 = ES ----------------------
 
expliquer les différentes phases de la méthode à propos d’éléments
particuliers, puis nous généraliserons. X1 ES 1 –1 u1
donc = ----------
 –1 1
X2 u2




11.2 Élément poutre en traction [K ]
ou compression
[ K ] a le nom de matrice rigidité en axes locaux ; l’opposition de
11.2.1 Matrice de rigidité en axes locaux X1 et X 2 est parfaitement conforme au principe de la statique. En
fait, pour les réalisations faisant intervenir plusieurs barres, leurs
Considérons la poutre de la figure 63, de section droite d’aire S, directions étant différentes, on a la nécessité de connaître l’expres-
de longueur  et de matériau de module d’élasticité E. Les nœuds sion de la matrice rigidité en axes globaux.
sont constitués ici des sections droites extrêmes (1) et (2). Les La figure 64 permet de repérer les directions angulaires.
inconnues du problème sont les déplacements u 1 x et u 2 x des En posant :
nœuds (1) et (2). Les forces extérieures au domaine sont les
vecteurs contraintes dans les sections droites : Action en ( 1 ) = X 1 x + Y 1 y , Action en ( 2 ) = X 2 x + Y 2 y

S2
σ 1 da = X 2
u ( M 1 ) = u 1 x + v 1 y et u ( M 2 ) = u 2 x + v 2 y

il est simple d’établir la relation :

S1
– σ1 d a = X 1
X1 λ* 2 λ*µ* – λ*µ* u 1
– λ *2
Y1 ES
= ---------- λ*µ* µ *2 – λ * µ * – µ * 2 v1
Le signe moins est dû aux orientations opposées du vecteur x 
et de la normale pour la section droite (S 1) et orientée vers l’exté-
X2 – λ *2 – λ*µ* λ *2 λ*µ* u 2
Y2 – µ*λ* – µ *2 λ*µ* µ *2 v2
rieur du domaine. X 1 et X 2 sont en fait associées aux actions de
l’extérieur sur la poutre. avec λ* = cos α et µ* = sin α.
Bien sûr, les lois de l’élasticité entraînent :
du
σ1 = E ε1 avec ε 1 = ---------
dx

Figure 63 – Barre prismatique en traction ou compression


Figure 64 – Repère local par rapport au repère global

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Notons que, dans un espace tridimensionnel, où les vecteurs de On peut donc écrire :
base seraient liés par les relations :
X1 0 0 0 0 u1

 x = αx x + αy y + αz z Y1 ES 0
= ---------- 1 0 –1 v1
 L 0
 X2 0 0 0 u2
 y = βx x + βy y + βz z Y2 0 –1 0 1 v2


 z = γx x + γy y + γz z De même pour la poutre (4.3), on a :

la matrice de rigidité s’écrirait : X4 0 0 0 0 u4


Y4 ES v4
ES [ K* ] – [K*] = ---------- 0 1 0 –1
[ K ] = ---------- X3 L 0 0 0 0 u3
 – [K*] [K*]
Y3 0 –1 0 1 v3
2
αx αx βx αx γ x
La poutre (1.4) est caractérisée par une inclinaison nulle :
avec [ K* ] = α β βx
2
βx γ x
x x
2 X 1′ u1
αx γ x βx γ x γx 1 0 –1 0
Y 1′ ES v1
= ---------- 0 0 0 0
X 4′ L –1 0 1 0 u4
11.2.2 Méthode de résolution Y 4′ 0 0 0 0 v4

11.2.2.1 Différentes étapes Il en est de même pour la poutre (2.3) :


On numérote les nœuds de la structure de sorte que la différence
des numéros de deux nœuds définissant une barre soit le plus faible X 2′ 1 0 –1 0 u2
possible (on verra sur un exemple que cette façon de procéder Y 2′ v2
ES 0 0 0 0
permet de limiter la largeur de bande de la matrice de rigidité). = ----------
X 3′ L –1 0 1 0 u3
Les barres sont repérées, et l’on a une correspondance biunivoque
entre les numéros des nœuds et des barres ; en outre, chaque barre Y 3′ 0 0 0 0 v3
est caractérisée par son angle associé à la rotation du repère global
par rapport au repère local. Considérons la poutre (1.3) :
Pour chacune des barres, on construit la matrice de rigidité élé-
mentaire en se servant des résultats obtenus précédemment. θ = π/4 ; λ * = 2 /2 ; µ * = 2 /2
On procède alors à l’opération d’assemblage, c’est-à-dire à la et la longueur vaut L 2 .
construction de la matrice de rigidité de la structure, en étant très On peut donc écrire :
attentif aux contributions des matrices de rigidité élémentaires.
On tient compte des conditions aux limites sur les déplacements X 1′′ 1 1 1 1 u1
et des charges extérieures appliquées aux nœuds. ------ ------ – ------ – ------
4 4 4 4
Le système d’équations linéaires, après réarrangement des lignes
et colonnes, peut alors se mettre sous la forme : Y 1′′ 1
------
1 1 1
------ – ------ – ------ v1
ES 4 4 4 4
= -------------
L 2 1 1 1 1
K ii K ic ui Fc X 3′′ – ------ – ------ ------ ------ u3
= 4 4 4 4
K ci K cc uc Fi 1 1 1 1
– ------ – ------ ------ ------
Y 3′′ 4 4 4 4 v3
relation dans laquelle [ u i ] est la matrice colonne des déplacements
De même, pour la poutre (2.4), on a :
inconnus, tandis que les déplacements [ u c ] sont connus ; de même,
[Fc ] et [Fi ] désignent respectivement les forces connues et inconnues. θ = – π /4 ; λ * = 2 /2 ; µ * = – 2 /2
Il est à remarquer que, pour une composante de déplacement
inconnue, la composante de la force nodale dans la même direction X 2′′ 1 1 1 1 u2
------ – ------ – ------ ------
est connue. Cela est lié au fait qu’il est impossible, une structure 4 4 4 4
étant réalisée, de lui imposer à la fois un effort et un déplacement
au même point suivant la même direction (c’est l’un ou l’autre). Cette Y 2′′ 1 1
– ------ ------
1 1
------ – ------ v2
ES 4 4 4 4
= -------------
propriété assurera toujours la détermination de [ u i ] par la relation : L 2 1 1 1 1
X 4′′ – ------ ------ ------ – ------ u4
4 4 4 4
[ K ii ] [ u i ] + [ K ic ] [ u c ] = [ F c ] ⇔ [ u i ] = [ K ii ] –1 ( [ F c ] – [ K ic ] [ u c ] ) 1 1 1 1
------ – ------ – ------ ------
Y 4′′ 4 4 4 4 v4
11.2.2.2 Exemple
Considérons la poutre (1.2) de la figure 65 :

π π
λ* = cos  ----- = 0 ; µ* = sin  ----- = 1
 2  2

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Figure 65 – Structure constituée de barres en traction compression

Au bilan, on peut écrire :


u1 v1 u2 v2 u3 v3 u4 v4
1 1 1 1
X 1 + X 1′ + X 1′′ 1 + --------------- --------------- 0 0 – --------------- – --------------- –1 0 u1
4 2 4 2 4 2 4 2
1 1 1 1
Y 1 + Y 1′ + Y 1′′ --------------- 1 + --------------- 0 –1 – --------------- – --------------- 0 0 v1
4 2 4 2 4 2 4 2
1 1 1 1
X 2 + X 2′ + X 2′′ 0 0 1 + --------------- – --------------- –1 0 – --------------- --------------- u2
4 2 4 2 4 2 4 2
1 1 1 1
Y 2 + Y 2′ + Y 2′′ 0 –1 – --------------- 1 + --------------- 0 0 --------------- – --------------- v2
4 2 4 2 4 2 4 2
ES
= ----------
L
1 1 1 1
X 3 + X 3′ + X 3′′ – --------------- – --------------- –1 0 1 + --------------- --------------- 0 0 u3
4 2 4 2 4 2 4 2
1 1 1 1
Y 3 + Y 3′ + Y 3′′ – --------------- – --------------- 0 0 --------------- 1 + --------------- 0 –1 v3
4 2 4 2 4 2 4 2
1 1 1 1
X 4 + X 4′ + X 4′′ –1 0 – --------------- --------------- 0 0 1 + --------------- – --------------- u4
4 2 4 2 4 2 4 2
Y 4 + Y 4′ + Y 4′′ 1 1 1 1 v4
0 0 --------------- – --------------- 0 –1 – --------------- 1 + ---------------
4 2 4 2 4 2 4 2

Les liaisons cinématiques imposent u 1 = v 1 = v 4 = 0. 11.3.1 Poutre en flexion simple


Les conditions d’équilibre des nœuds se traduisent alors par : non chargée transversalement

– X 2 – X 2′ – X ′′2 = 0 11.3.1.1 Rappels



– Y 2 – Y 2′ – Y ′′2 = 0 Dans l’étude du comportement des poutres, l’hypothèse de
 Bernoulli (§ 1.2) à propos des déplacements des plans des sections
– X 3 – X 3′ – X ′′3 + F = 0
 droites est fondamentale.
– Y 3 – Y 3′ – Y ′′3 = 0
Rappelons que le plan d’une section droite avant déformation

– X 4 – X 4′ – X ′′
4 = 0 reste plan de section droite au cours de la déformation.
On adoptera donc pour nœuds les sections droites (1) et (2),
et il est possible de résoudre le système d’équations précédent, où extrémités initiale et finale de la poutre (figure 66).
les inconnues sont : u 2 , v 2 , u 3 , v 3 , u 4 .
Une poutre est soumise à une sollicitation de flexion simple si le
torseur des forces extérieures à la poutre agissant dans la région
x > x 0 a pour système de coordonnées :
11.3 Présentation de l’élément poutre
en flexion simple 
T y

M z
Les structures sont souvent formées de profilés rectilignes liés les 
uns aux autres par une opération de mécano-soudure ; dès lors, la
avec y et z vecteurs unitaires associés aux directions princi-
notion de barre, déjà développée, constitue bien souvent une médio-
pales d’inertie de la section droite.
cre approximation. Pour affiner le modèle, on adopte la notion de
poutre soumise à un état de flexion simple ; ensuite, on envisage
la sollicitation la plus générale.

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■ Matrice de rigidité en axes locaux : on va remplacer la distribu-


tion de contraintes normales et tangentielles sur les sections droites
(1) et (2) par des torseurs équivalents, de coordonnées :

   
Y 1 y  Y 2 y 
  et  
M z  M z 
 1   2 
Figure 66 – Élément fini poutre en flexion simple
La résistance des matériaux a permis d’établir la relation :

Le déplacement du plan de la section droite en G est caractérisé d2v


par le torseur { D } de coordonnées : σ x = – E -------------- y
dx 2
  d v 2
θ z  or -------------- = 2a 2 + 6a 3 x
  dx 2
v y 
  Pour x =  , on a donc :
dθ M d 2v
--------- = -------- ≈ ------------
- d2 v
-------------- = 2a 2 + 6a 3 
dx EI dx 2
dx 2
θ
   
avec rotation du plan de la section droite par rapport au repère
 
fixe, d2 v d2 v
– E -------------- y da = – -------------- E y da = 0
v appelé flèche en G correspondant au déplacement du s2 dx 2 x = dx 2 x = s2

point G, en projection sur Oy.


Pour la coordonnée moment, on a :
Nota : tous les autres déplacements qui pourraient intervenir ont des valeurs nulles.

11.3.1.2 Construction de la matrice de rigidité M2 =  s2


d2 v
dx 2
d2 v
E -------------- y 2 da = – E --------------
dx 2
 s2
y 2 da
■ Conventions :

 
— les déplacements des nœuds (figure 66) sont : d2 v
M 2 = E -------------- I
dx 2 x =
   
 θ1z   θ2z  Enfin, pour les contraintes normales associées à la section
(1)  (2) 
v y  v y  droite (1), on a :
 1   2 
d2 v
— le déplacement d’une section droite courante sera déterminé

M 1 = – E I --------------
dx 2
x = 0
en adoptant une fonction d’interpolation ; on convient ici d’adopter
v ( x ) telle que : Le signe négatif est lié au fait qu’il s’agit ici de l’action de la région
x < 0 sur la région x > 0.
v ( x ) = a0 + a1 x + a 2 x + a 3 x 2 3
Les contraintes tangentielles ont pour expression approchée :


en négligeant l’effet de l’effort tranchant dans les déformations, on y max
a donc : T
τ z = -------- y da
dv bI y
θ ( x ) = ----------- = a 1 + 2a 2 x + 3a 3 x 2
dx b étant défini à la figure 53.
on peut déterminer alors les valeurs des différents coefficients en Or, dans les développements précédents, on a négligé l’effet de
exploitant les conditions : l’effort tranchant dans les déformations.
• en (1) : x = 0 ; v ( x ) = v1 ; θ (x ) = θ1 On a donc ici simplement les équations d’équilibre qui entraînent,
en l’absence de densité de force sur le bord du domaine :
• en (2) : x =  ; v ( x ) = v2 ; θ(x) = θ2
M1 + M2
et l’on trouve : Y 2 = – ------------------------

3 1 M1 + M2
a 0 = v 1 , a 1 = θ 1 , a 2 = ------2- ( v 2 – v 1 ) – ---- ( 2 θ 1 + θ 2 )
  Y 1 = -----------------------

-
2 1
a 3 = ------3- ( v 1 – v 2 ) + ------2- ( θ 1 + θ 2 ) On aboutit, avec ces hypothèses simplificatrices, à la relation
 
matricielle :
— les actions de l’extérieur sur les nœuds ont pour coordonnées :
Y1 v1
(0) 12 6 – 12 6
M 1 / EI 6 4 –6 2 θ1
= -------
-
    Y2  3 – 12 – 6 12 – 6 v2
Y 1 y  Y 2 y 
(1)   (2)   6 2 –6 4 θ2
M z  M z  M 2 /
 1   2 

opposé au torseur des efforts égal au torseur des efforts


intérieurs au nœud (1) intérieurs au nœud (2)

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■ Matrice de rigidité en axes globaux : on a bien évidemment : 11.3.2 Cas d’une poutre chargée transversalement
M1 = M 1 , M 2 = M 2 , θ1 = θ 1 , θ2 = θ 2 11.3.2.1 Problème

X1 u1 0 0 0 0 0 0 La poutre, dont les sections droites extrêmes sont les nœuds (1)
et (2), est soumise à un système de charges extérieures constitué
Y1 v1 0 12 6 0 – 12 6 d’une distribution d’effort de densité linéique q (x ) et une distribution
de moment de densité µ (x ) (figure 67).
M 1 / θ1 EI 0 6 4 0 –6 2
= [K ] avec [ K ] = -------
-  θ 1  θ 2
3 Désignons par 
X2 u2 0 0 0 0 0 0  et   les déplacements des nœuds (1)
 v 1  v 2
Y2 v2 0 – 12 – 6 0 12 –6 et (2).
M 2 / θ2 0 6 2 0 –6 4 Y 1  Y 2 
On se propose de déterminer   et   , équivalents à la
M 1  M 2 
la matrice de passage [P ], de la base locale à la base globale, a pour
expression : distribution de vecteur contrainte sur les sections droites (1) et (2).
Application du théorème des travaux virtuels : pour tout dépla-
λ* µ* 0 0 0 0 cement virtuel envisagé, le travail des forces extérieures est égal au
– µ* λ* 0 0 0 0 travail virtuel des efforts intérieurs (§ 7.3.2) :
[P ] = 0 0 1 0 0 0
t
0 0 0 λ* µ* 0 v *1 Y1
– µ* λ*
 
0 0 0 0  
θ*1 M 1 /
0 0 0 0 0 1 + q (x )v * (x )dx + µ (x ) θ* (x )dx
0 0
v *2 Y2
avec λ* = cos α, θ*2 M 2 /
µ* = sin α, t
v *1 v1
α inclinaison de la poutre par rapport à l’axe de référence
qui sert à l’étude de l’ensemble de la structure, θ *1 θ1
= Travail virtuel des efforts intérieurs = [K ]
et l’on a la relation : v *2 v2
u1 u1 θ *2 θ2
v1 v1
Procédons alors à la détermination de la contribution des charges
θ1 θ 1 réparties ou concentrées sur la poutre.
= [P ]
u2 u2
11.3.2.2 Effets des efforts répartis ou concentrés
v2 v2 sur la poutre
θ2 θ 2 Ce problème revient à étudier la contribution des charges réparties
ou concentrées. On va adopter le point de vue fourni par le théorème
Pour obtenir la matrice de rigidité en axes locaux, on exploite la des travaux virtuels ; il faut pour cela déterminer les composantes
relation : du torseur des déplacements de la section droite courante. On a déjà
utilisé (§ 11.3.1.2) :
[ K ] = [P ] –1 [ K ] [P ] = [P ] t [ K ] [P ]
v ( x ) = a 0 + a 1 x + a 2 x 2 + a3 x 3
d’où l’on tire :
θ ( x ) = a 1 + 2a 2 x + 3a 3 x 2
12 µ* 2
que l’on peut mettre sous la forme matricielle :
– 12 λ * µ * 12 λ * 2 (symétrique)
– 6 µ* 6 λ* 4 v*
EI
[ K ] = -------
-
3
– 12 µ * 2 12 λ * µ * 6 µ* 12 µ * 2
12 λ * µ * – 12 λ * 2 – 6 λ* – 12 λ * µ * 12 λ * 2 θ*
– 6 µ* 6 λ* 2 – 6 µ* – 6 µ* 4
3x2 2x3 2x2 x3 3x2 2x3 x2 x3 v *1
La notation [ ]t désigne la matrice transposée de [ ]. 1 – ----------- + ----------- x – ----------- + -------
- ----------- – ----------- – -------- + -------
-
2 3  2 2 3  2 θ*
1
=
6x 6x 2 4x 3x 2 6x 6x 2 2x 3x 2 v *2
Remarque : la matrice de rigidité [K ] permet, par application – --------
- + ----------- 1 – --------- + ----------- --------
- – ----------- – --------- + -----------
du théorème des travaux virtuels, d’exprimer le travail des 2 3  2 2 3  2 θ* 2
efforts intérieurs.
En effet, le travail virtuel des efforts extérieurs est égal au tra- Le théorème des travaux virtuels permet d’écrire :
vail virtuel des efforts intérieurs : M 1′ θ*1 + Y 1′ v*1 + M 2′ θ* ′ v*2
2 +Y2

 
v *1 t
v *1 t  
Y1 v1
= q (x ) v * (x )dx + µ (x ) θ* (x )dx
θ*1 M 1 / θ*1  θ1 0 0

v *2
=
v *2 [K ]
Y2 v2 le premier membre représentant les efforts nodaux associés aux
θ*2 θ*2 forces et couples répartis,
M 2 /  θ2

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— On construit la matrice de rigidité de toute la structure ; on


aboutit alors à :

X 1 + ... u1
Y 1 + ... v1
M 1 / + ... θ 1
. .
Figure 67 – Poutre soumise à une distribution de charge et de moment . . Contribution
. = [ KT ] . – des charges
d’où la détermination de M 1′ , Y 1′ , M 2′ , Y 2′ , grandeurs nodales . . concentrées
équivalentes aux charges extérieures. . .
On obtient les relations : X n + ... un
Y n + ... vn
Y 1′ 3x 2 2x 3 6x 6x 2 M n / + ... θ n
1 – ---------- + ---------- – ------
- + ----------
2 3 2 3
M 1′ 2x 2 x 3 4x 3x 2 — L’écriture de l’équilibre des nœuds nous amène à remplacer
 
 x – ---------- + ------ -  1 – ------- + ----------
  2 dx +   2 dx X 1 + ..., Y 1 + ..., M 1 + ..., ..., Xn + ..., Yn + ..., Mn + ..., par les systèmes
= q (x ) µ (x ) de charges extérieures à la structure, appliqués aux nœuds.
Y 2′
0 3x 2 2x 3 0 6x 6x 2
---------- – ---------- --------
- – ---------- — On tient compte enfin des conditions cinématiques imposées
2 3 2 3
à la structure, et l’on résout le système partiel des équations où les
M 2′ x2 x3 2x 3x 2 inconnues sont les rotations et déplacements des nœuds libres.
– -------- + ------
- – ------- + ----------
 2  2 Ce système peut toujours être résolu, car aucun asservissement
de déplacement et d’effort n’est concevable.
Dans le cas de forces ou couples concentrés, on voit apparaître Nota : dans le cas de structures à motifs répétitifs, on construit la matrice de rigidité
des sommes discrètes. Si en N i d’abscisse x i sont appliquées d’un motif, puis par translation on détermine la matrice de rigidité de la structure.

Fi = F i y et M i z , on a la contribution :
11.3.4 Méthode pour des sollicitations composées
2 3 2
3x i 2x i 6 xi 6 x i Cette fois on utilise les lois de comportement :
1 – -----------
- + -----------
- – --------
- + ------------
2 3 2 3
N Tx = ES α T
2 3 2
2x xi 4x 3x i
x i – -----------i - + -------- 1 – ---------i- + -----------
- du
 2  2 N x = ES ----------
dx
Fi + Mi
T y = µ S y  ---------- – θ z
2 3
dv
2
3x i 2x i 6 xi 6 x i  dx 
-----------
- – -----------
- ----------
- – -----------
-
2 3 2 3
T z = µS z  ---------- + θ y
dw
xi
2
xi
3
2 xi 3x i
2  dx 
– -------- + -------- – ---------- + -----------
-
 

2 2
M Ty = α ET z da
D’où, au bilan, la relation : S

Y1 Y 1′ v1
M Tz =  S
α ET y da

M 1 / M 1′ /  θ1 d θx
+ = [K ] M x = M T = U = GI 0 -----------
Y2 Y 2′ v2 dx
M 2 / M 2′ / θ2 dθy
M y = EI y -----------
dx
Le passage aux axes globaux peut se concevoir en utilisant la
dθz
matrice de passage [P ] (§ 11.3.1.2). M z = EI z -----------
dx
avec Iy et Iz moments quadratiques par rapport aux axes Gy et Gz,
11.3.3 Méthode de résolution
et l’on a la relation matricielle suivante, dans laquelle :
— On numérote les nœuds et les barres. 12EI z 12EI y
Φ y = ------------------------- et Φ z = ------------------------
-
— Pour chacun des éléments on écrit la matrice de rigidité sans G ky S 2 G kz S 2
tenir compte des charges réparties ou concentrées.
— On détermine la contribution des systèmes de charges répar- avec ky et kz constantes définies au paragraphe 5.7.
ties ou concentrées.

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X1 ---------- u1 N Tx
 12 E I z
Y1 0 ------------------------------
- v1 0
 3 ( 1 + Φz ) (symétrique)
12 E I y
Z1 0 0 ------------------------------
- w1 0
 3 ( 1 + Φz )
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GI
M X1 0 0 0 ----------0- θx 1 0

– 6 E Iy ( 4 + Φz ) E Iy
M Y1 0 0 ------------------------------
- 0 -------------------------------- θy 1 M Ty
 2 ( 1 + Φz )  ( 1 + Φz )
6 E Iz ( 4 + Φz ) E Iz
M Z1 0 -------------------------------
- 0 0 0 ------------------------------- θz 1 – M Tz
 2 ( 1 + Φy )  ( 1 + Φy )
= ES ES +
X2 – ---------- 0 0 0 0 0 ---------- u2 – N Tx
 
– 12 E I z – 6 E Iy 12 E I z
Y2 0 -------------------------------
- 0 0 0 -------------------------------
- 0 -------------------------------
- v2 0
 3 ( 1 + Φy )  2 ( 1 + Φy )  3 ( 1 + Φy )
– 12 E I y 6 E Iy 12 E I y
Z2 0 0 ------------------------------
- 0 -------------------------------
- 0 0 0 ------------------------------
- w2 0
 3 ( 1 + Φz ) L2 ( 1 + Φz )  3 ( 1 + Φz )
– G I0 GI
M X2 0 0 0 ---------------- 0 0 0 0 0 ----------0- θx 2 0
 
– 6 E Iy ( 2 – Φz ) E Iy 6 EI y ( 4 + Φ z )EI y
M Y2 0 0 ------------------------------
- 0 -------------------------------
- 0 0 0 ------------------------------
- 0 ------------------------------- θy 2 – M Ty
 2 ( 1 + Φz )  ( 1 + Φz )  2 ( 1 + Φz )  ( 1 + Φz )
6 EI z ( 2 – Φ y )EI z – 6 E Iz ( 4 + Φ y )EI z
M Z2 0 -------------------------------
- 0 0 0 -------------------------------- 0 -------------------------------
- 0 0 0 -------------------------------- θ z 2 M Tz
 2 ( 1 + Φy )  ( 1 + Φy )  2 ( 1 + Φy )  ( 1 + Φy )
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12. Éléments finis en élasticité 12.2 Travail virtuel.


Systèmes de forces équivalents
12.1 Rappels d’élasticité 12.2.1 Champ de déplacement virtuel
En élasticité, les méthodes permettant la détermination du champ
de contrainte sont les suivantes. Étant donné un domaine (  ) , on appelle déplacement virtuel u *
la fonction définie comme suit :

12.1.1 Méthode des déplacements ∀M ∈ () u* u* ( M ) ∈ R3


Les inconnues adoptées sont les composantes du vecteur dépla- — Si le champ de déplacement virtuel est compatible avec les
cement u ( M ) . En considérant un champ cinématiquement admis- liaisons imposées à (  ) , on conviendra de dire que le champ de
déplacement est cinématiquement admissible.
sible, donc compatible avec les liaisons, le champ u cherché doit
— Dans l’hypothèse où le champ u * peut être considéré comme
être la solution de l’équation f + div ( [ σ ] ) = 0 qui prend la forme
particulière de l’équation de Navier : le champ des coordonnées moments d’un torseur, le champ u * est
dit solidifiant le domaine (  ) .
( λ + µ ) grad [ div ( u ) ] + µ ∆ ( u ) + f = 0

Compte tenu de : 12.2.2 Systèmes de forces équivalents

∆ ( u ) = grad [ div ( u ) ] – rot [ rot ( u ) ] Deux systèmes de forces {Syst. Fext }1 et {Syst. Fext }2 susceptibles
d’être appliqués à (  ) sont en relation s’ils produisent le même
cette équation s’écrit encore (§ 11.1) : travail virtuel dans tout déplacement virtuel de (  ) .
Il est aisé de montrer que cette relation est une relation d’équi-
( λ + 2µ ) grad [ div ( u ) ] – µ rot [ rot ( u ) ] + f = 0 valence, c’est-à-dire qu’elle possède les propriétés de réflexivité,
symétrie et transitivité.

12.1.2 Méthode des forces


Remarque : si les champs envisagés sont solidifiants, l’équi-
valence que nous venons de définir coïncide avec l’égalité habi-
On considère un champ de contrainte statiquement admissible,
tuelle des torseurs. Cette remarque fondamentale quand nous
c’est-à-dire vérifiant les équations :
envisagerons ultérieurement les conséquences de l’adoption de
3 fonctions d’interpolation non linéaires.
∂σ ij
fi + ∑ -----------
∂x j
- = 0
j=1

3 12.3 Idées directrices de la méthode


et ∑ σij nj = F i , pour i ∈ [1, 2, 3], équations définies sur la frontière des éléments finis en élasticité
j=1
du domaine.
Ce champ correspond au champ de contrainte réel si les équations 12.3.1 Préliminaire
de compatibilité sont vérifiées, à savoir :
Il s’agit d’une méthode numérique approchée qui fait référence
grad ( div [ ε ] ) + grad t ( div [ ε ] ) – grad
grad div ( u ) – ∆ε = [ 0 ] à la notion de systèmes de forces équivalents. On considère un élé-
ment ∆, de bord δ ∆, inclus dans (  ) . Sur δ ∆ existe une distribution
qui, en termes de contraintes, prennent le nom d’équations de
Beltrami et ont pour expression : de vecteurs contraintes T ( M, n ) associés aux forces élémentaires
∆ F ( M, n ).
1

grad ( div [ σ ] ) + grad t ( div [ σ ] ) – ∆σ – ---------------- grad grad ( I σ )
1+ν
On sélectionne sur δ ∆ des points Mi , avec i ∈ [1, ..., n ], appelés
ν nœuds et qui vont jouer un rôle fondamental par la suite. À la dis-
+ --------------- ∆ ( I σ ) [ I ] = [ 0 ]
1+ν
tribution ∆ F ( M, n ), on associe un système de forces équivalent
avec [σ] tenseur contrainte, constitué par des forces Fi appliquées aux nœuds.
Iσ son premier invariant,
[ I ] tenseur unité. 12.3.2 Méthode des déplacements
La complexité des systèmes d’équations aux dérivées partielles
limite nos ambitions de détermination analytique de la solution ; il Au paragraphe précédent, on a énoncé qu’un système de forces
faut envisager l’utilisation de moyens numériques. étant donné, il pouvait être considéré de façon unique comme la
somme de n forces appliquées aux n points Mi . On va déterminer
une expression approchée de la façon suivante :
— les inconnues adoptées sont les composantes des déplace-
ments u ( M i ) des n nœuds Mi ;

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■ Champ de déformation plane : on est en présence d’un champ de


Remarque : déformation plane si le champ de déplacement s’écrit :
■ il s’agit d’une extension de la notion de nœuds qui peuvent
être en fait : u ( M ) = u ( x, y ) x + v ( x, y ) y
— des points dans le cas d’élasticité bidimensionnelle ou tri-
dimensionnelle, Il en découle les simplifications :
— des sections perpendiculaires au feuillet moyen dans le
cas d’une plaque ou d’une coque ; τ x = τ y = 0
γ x = γ y = εz = 0 ⇔ 
■ en prenant les différentes significations de la notion de  σz = ν ( σ x + σ y )
nœuds et les degrés de liberté qu’elles impliquent, il est facile de
démontrer que l’association des forces définies aux points Mi , Voici trois exemples de déformation plane :
dont l’ensemble est équivalent à la distribution de forces — pièce cylindrique infiniment longue, parallèle à Oz, sous charge-
ment indépendant de z ;
∆ F ( M, n ) , est unique quand on se fixe les expressions des — pièce admettant un plan de symétrie géométrique et mécanique :
fonctions d’interpolation définies ultérieurement : ce plan est en état de déformation plane ;
— frontière, assujettie à rester plane, d’une pièce en déformation
{ Syst. ∆ F ( M, n ) }définit en M i un { F i } unique (formage à la presse) : on est en état de déformation plane dans ce plan.
■ Champ de contrainte plane : on est en présence d’un champ de
contrainte plane dans le plan (x, y ) quand le tenseur contrainte est
— on exprime le déplacement u au point courant M de ∆ en fonc- tel qu’en tout point on ait :
τ x = τ y = σz = 0
tion des u ( M i ) par l’intermédiaire de la fonction d’interpolation ϕ M :
avec de plus σ x , σ y et τ z indépendants de la cote z.
u (M ) = ϕ M ( u i ) avec u i = u ( M i )
Il en découle :
— ayant une expression approchée de u (M ) par dérivation, on – ν
γ x = γ y = 0 et ε z = ------------- ( ε x + ε y )
a l’expression du tenseur déformation en M ; ainsi, en faisant 1–ν
référence aux lois de comportement élastique, on a une valeur
approchée du tenseur contrainte, donc du vecteur contrainte au Les lois de comportement, en l’absence de charges thermiques,
point M, et par conséquent des n forces appliquées aux points Mi sont :
et qui représentent une approximation de l’action de l’extérieur sur — état de déformation plane :
l’élément.
σx 1–ν ν 0 εx
Remarque : {F 1}, ..., {Fn } s’expriment en fonction des déplace- σy
E
= ----------------------------------------- ν 1–ν 0 εy
ments, et l’on a la relation matricielle suivante : ( 1 + ν ) ( 1 – 2ν ) 1 – 2ν
τz 0 0 ------------------ 2γ z
2
F1 u ( M1 )
= K
Fn u ( Mn ) — état de contrainte plane :

σx 1 ν 0 εx
[K ] porte le nom de matrice de rigidité.
- ν εy
E 1 0
σy = ----------------
1 – ν2 1–ν
τz 0 0 -------------- 2γ z
2
12.3.3 Étapes de résolution d’un problème
Ce sont les suivantes : que l’on écrira symboliquement sous la forme :
— on définit les éléments utilisés, on repère ces éléments et les [σ] = [ ][ε]
nœuds qui leur sont associés ;
— à chaque élément correspond une matrice de rigidité élémen-
taire qui sert à construire la matrice de rigidité totale de la structure
(opération d’assemblage) ; 12.4.2 Matrice de rigidité
— on tient compte des conditions cinématiques imposées ;
— on écrit les conditions d’équilibre des nœuds ; On considère un domaine (  ) de bord δ dans un état plan de
— on résout le système d’équations linéaires (la solution existe contrainte ou déformation. Soit ∆ un élément, de bord δ ∆, inclus
toujours, cette propriété est liée au fait qu’il est impossible de fixer dans (  ) . Deux cas sont à envisager :
en un même point la force et le déplacement).
δ∆ ∧ δ = ∅
On reviendra plus longuement sur ces différentes étapes en envi-
sageant l’étude systématique des différents éléments (§ 12.4.3). δ∆ ∧ δ ≠ ∅
avec ∅ ensemble vide.
Dans l’un et l’autre cas, si l’on isole ∆, il est soumis :
12.4 Éléments finis en élasticité plane — à une distribution de forces volumiques ;
— à une distribution de vecteurs contraintes sur le bord du
12.4.1 Rappels domaine ;
— éventuellement à une distribution de forces surfaciques.
On distingue deux cas d’élasticité plane : l’état de déformation
On va privilégier sur δ ∆ n points Mi , appelés nœuds, dont les
plane et l’état de contrainte plane (article Théorie de l’élasticité
[A 305] dans le traité Sciences fondamentales). déplacements ( u i , v i ) vont jouer un rôle dominant.

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■ Déplacement et déformation en un point courant. valence si les deux ensembles produisent le même travail virtuel,
Soit M de coordonnées (x, y ), dont les déplacements sont respec- dans tout déplacement virtuel envisageable ; on a pour M ∈ δ ∆ :
tivement u et v, sur Ox et Oy.
La notion de fonction d’interpolation permet d’exprimer les dépla- T ( M, n ) = t x x + t y y = ( σ x n x + τ z n y ) x + ( τ z n x + σ y n y ) y

avec n = nx x + ny y
v 
u ui
cements en fonction des différents .
vi On convient de la notation :

On notera de façon symbolique : σx


tx nx 0 ny
= σy
 v  = ϕ   u 
u ty 0 ny nx
τz

avec u1 que l’on représentera par :


[t ] = [n ] [σ ]
...

Considérons un mouvement virtuel défini par :


un
u  =
v1 ( u *1 , ..., u n* , v * n )
1 , ..., v *
...

le glisseur {g i } ayant Mi pour point central a pour système de


vn coordonnées :
 
[ϕ ] matrice d’interpolation.  Xi x + Yi y 
 
 0 M
Remarque : dans la méthode des déplacements, les quantités   i
u 1 , ..., u n , ..., v 1 , ..., v n jouent un rôle fondamental car elles On notera {X } la matrice colonne :
constituent les inconnues du problème.
X1

...
Pour le calcul de la déformation en un point, on utilise les relations :
∂u ∂v ∂u ∂v Xn
ε x = --------- , ε y = --------- , γ z = --------- + ---------
∂x ∂y ∂y ∂x Y1
...
que l’on mettra sous la forme symbolique :
Yn
[ ε ] = [ D ] [u ]
L’égalité des travaux virtuels s’écrit :


i=n

∂( ) δ∆
T ( M, n ) ⋅ u * (M )d = ∑ ( Xi u *i + Yi v *i )
--------- 0 i=1
εx ∂x


ε u ∂( ) ou encore :
[ε] = y , [u ] = , [D ] =

avec 0 ---------
v ∂y
γz [ u* ] t [t ]d = [ u * ] t [X ]
∂( ) ∂( ) δ∆
--------- ---------
∂y ∂x
avec :
[ u* ] = [ϕ ] [ u * ]
Remarque :
Donc :
— dans l’étude présente, consacrée aux éléments finis, nous
∂u
∂y
∂v
∂x
1 ∂u
2 ∂y
∂v
posons γ z = --------- + --------- et non -----  --------- + ---------  ;
∂x δ∆
( [ϕ ] [ u * ] ) t [t ] d = [ u * ] t δ∆
[ϕ ] t [t ] d


— au paragraphe 12.4.1, on a évoqué les lois de
comportement auxquelles on a donné la forme : = [ u * ]t [ ϕ ] t [ n ] [ σ ] d = [ u * ] t [X ]
δ∆
[σ] = [ ][ε]
Cette relation étant vraie pour tout [ u * ] , on en déduit :
On aboutit ici à l’écriture :

[σ] = [ ] [ε] = [ ] [D ] [u ] = [ ] [D ] [ϕ ] [u ] = [ ] [B ] [ u ] δ∆


[ ϕ ] t [ n ] [ σ ] d = [X ]

■ Cas où  ∩  =  ou  δ∆ 
[ ϕ ] t [ n ] [ ] [B ] d [ u ] = [X ]
On va remplacer la distribution de vecteurs contraintes sur δ ∆ par
des glisseurs {g i } appliqués aux nœuds, et l’on sait qu’il y a équi-

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En fait, on peut ramener l’intégrale curviligne sur δ∆ à une intégrale d’où :


sur ∆. En effet, avec u x* = u* et u*y = v * :

    ∑ [ u*j ] t [ F ]

[ ε* ] t [ σ ]da = [ u* ] t [t ]d + [ u* ] t [ f  ]d + j
δ∆′ δ∆″
T ( M, n ) ⋅ u * d = ∑ ( σ jx n x + σ jy n y ) u*j d ∆
δ∆
j=x
j = y
δ∆
+ ∆
( [ ϕ ] [ u * ] ) t [ f ] da

= ∑ 
i = x δ∆
( σ xi u*
x + σ yi u*
y )n i d Avec les notations précédentes, on a :

 
i = y

[ u * ] t [K ] [ u ] = [ u* ] t [ t ]d + [ u * ] t [ ϕ ] t [ f  ]d
avec σxy = τz , δ∆′ δ∆′′
σxx = σx ,
σyy = σy . + [ u * ]t ∑ [ ϕj ] [F ] + [ u * ] t
j


[ ϕ ] t [ f ] da
Cette dernière relation peut être interprétée comme un flux, et
l’on a : et l’on obtient :


i=x
δ∆
( σ xi u*
x + σ yi u*
y )n i d = ∑
i=x ∆
 ∂ ( σ xi u* x + σ yi u* y ) da
---------------------------------------------------------------
∂i
- [K ] [ u ] = [X ] +  ∆
[ ϕ ] t [ f ]da +  δ∆′′
[ ϕ ] t [ f  ]d + ∑ [ ϕ j ] [F ]
j
i = y i = y

∂σ x ∂τ z
∂ ∂
or --------- ( σ x u* + τ z v * ) + --------- ( τ z u* + σ y v * ) =
∂x ∂y  ----------
∂x
- + ----------  u*
∂y
Remarque : démontrons une propriété fondamentale : la
matrice [K ] est symétrique.
∂τ ∂σ On part de la relation :
  ∂u*
+ ---------z- + ----------y- v * + σ x ------------ + σ y
∂x ∂y ∂x
------------- + τ  ------------ + -------------
∂v *
∂y z
∂u* ∂v *
∂y ∂x  [K ] =  [B ] t [ ] [B ]da

= ( div [ σ ] ) ⋅ u * + [ ε * ]t [σ]
L’expression de l’élément de la i e ligne et j e colonne est :
or, d’après la relation (§ 5.6) : t
k ij = b ik e k b j = b ki e k b j
div [ σ ] + f = 0
De même :
on a donc : t
k ji = b jk e k b i = b kj e k b i

 δ∆
T ( M, n ) ⋅ u *d =  ∆
[ ε* ] t [ σ ] da –  ∆
f ⋅ u *da (13)
c’est-à-dire :
 k ji = b 1j e 11 b 1i + b 1j e 12 b 2i + b 2j e 21 b 1i + b 2j e 22 b 2i
puis : 
 k ij = b 1i e 11 b 1j + b 1i e 12 b 2j + b 2i e 21 b 1j + b 2i e 22 b 2j

[ u * ]t [ X ] =  ∆
( [ D ] [ ϕ ] [ u * ] ) t [ ] [ D ] [ ϕ ] [ u ]da –  ∆
( [ ϕ ] [ u * ] ) t [ f ]da
Nous avons déjà donné l’expression de la matrice
[ ] (§ 12.4.1). Sa symétrie entraîne la symétrie de la matrice

 
[K ].
[ u * ]t [ X ] = [ u * ]t [ B ] t [ ] [ B ]da [ u ] – [ u * ] t [ ϕ ] t [ f ]da
∆ ∆

Cette relation étant vraie quel que soit [ u * ] , on a : 12.4.3 Présentation de différents éléments
couramment utilisés
 ∆
[B ] t [ ] [B ] da [ u ] = [X ] +  ∆
[ϕ ] t [ f ]da
12.4.3.1 Élément triangulaire à trois nœuds
et six degrés de liberté
La matrice de rigidité est :
Les inconnues du problème (figure 68) sont donc les

[K ] = ∆
[B ] t [ ] [B ] da
déplacements :
( u 1 , v 1 ) associé au point ( x 1 , y 1 )
■ Cas où  ∧  ≠  ( u 2 , v 2 ) associé au point ( x 2 , y 2 )
Désignons par (δ ∆’, δ ∆’’) une partition de δ ∆ telle que :
( u 3 , v 3 ) associé au point ( x 3 , y 3 )
δ ∩ δ∆ = δ∆″ et δ ∆’ ∪ δ ∆’’ = δ ∆
On adopte la matrice d’interpolation telle que :
Sur le bord δ ∆’’ sont appliquées des forces concentrées que l’on
désignera par [F ] et des forces réparties de densité linéique [ f  ] :
u1

 δ∆
[ u* ] t [t ]d =  δ∆′
[ u* ] t [t ]d + δ∆′′
[ u* ] t [ f  ]d + ∑ [ u* ] j [ F ]
t v1

  = ϕ 
j u u2
La relation (13) permet d’écrire : v v2

  
u3
[ u* ] t [t ]d = [ ε* ] t [ σ ]da – ( [ ϕ ] [ u * ] ) t [ f ] da v3
δ∆ ∆ ∆

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[ϕ ], fonction de (x, y ), est assujettie aux six conditions : Les différents vecteurs étant coplanaires, cette relation peut
encore s’écrire :
x = xi u = ui
⇒ 1 1 1 1 x1 y1
y = yi v = vi 1 1
∆ = ----- x1 x2 x3 = ----- 1 x2 y2
2 2
On choisit pour [ϕ ] la forme : y1 y2 y3 1 x3 y3

ϕ1 0 ϕ2 0 ϕ3 0 De même :
0 ϕ1 0 ϕ2 0 ϕ3
1 x y 1 x1 y1
1 1
 u = a0 + a1 x + a 2 y ∆ 1 = ----- 1 x2 y2 ∆ 2 = ----- 1 x y
avec  2 2
 v = a 3 + a4 x + a5 y 1 x3 y3 1 x3 y3

afin de ne privilégier ni x ni y.
1 x y
Pour tout i, ai est parfaitement déterminé par les six conditions ; 1
∆ 3 = ----- 1 x1 y1
les ai étant constants, les ϕi sont des fonctions linéaires de x et y. 2
Tous calculs faits, on a : 1 x2 y2

1
ϕ 1 = --------- ( x 2 y 3 – x 3 y 2 ) + ( y 2 – y 3 )x + ( x 3 – x 2 )y En développant on obtient :
2∆
2 ∆1 = x 2 y 3 – x 3 y 2 + x (y 2 – y 3) + y (x 3 – x 2)
1
ϕ 2 = --------- ( x 3 y 1 – x 1 y 3 ) + ( y 3 – y 1 )x + ( x 1 – x 3 )y
2∆ 2 ∆2 = x 3 y 1 – x 1 y 3 + x (y 3 – y 1) + y (x 1 – x 3)
1
ϕ 3 = --------- ( x 1 y 2 – x 2 y 1 ) + ( y 1 – y 2 )x + ( x 2 – x 1 )y 2 ∆3 = x 1 y 2 – x 2 y 1 + x (y 1 – y 2) + y (x 2 – x 1)
2∆
Puis, en divisant par 2 ∆ et en posant L 1 = ∆ 1 /∆, L 2 = ∆ 2 /∆,
avec ∆ aire du triangle (1, 2, 3). L 3 = ∆3 /∆, on obtient :

Remarque : L1 x 2y 3 – x 3y 2 α1 β1 1
1
■ le champ de déplacement étant une fonction linéaire de x et L2 = --------- x 3 y 1 – x 1 y 3 α2 β2 x
2∆
y, le champ de déformation, donc celui de contrainte, est uni-
L3 x 1y 2 – x 2y 1 α3 β3 y
forme pour l’élément triangulaire envisagé ;
■ on peut former les fonctions d’interpolation en utilisant des avec αi = yj – yk βi = xk – xj .
coordonnées homogènes ou barycentriques.
L’introduction des fonctions L 1 , L 2 , L 3 permet de poser :

On note : u = L 1u 1 + L 2u 2 + L 3u 3
∆1 l’aire du triangle (P, 2, 3) 
v = L 1v 1 + L 2v 2 + L 3v 3
∆ 2 l’aire du triangle (P, 3, 1)
La matrice [K ] a été construite telle que :
∆ 3 l’aire du triangle (P, 1, 2)
— si δ∆ ∩ δ = ∅ :
avec P point courant (figure 68) ; on a ∆ = ∆1 + ∆ 2 + ∆ 3 .
u1 X1
1 1
∆ = ----- | M 1 M 2 ∧ M 1 M 3 | = ----- | ( OM 2 – OM 1 ) ∧ ( OM 3 – OM 1 ) | v1 Y1
2 2
u2 X2
1
= ----- | ( OM 2 ∧ OM 3 – OM 1 ∧ OM 3 – OM 2 ∧ OM 1 )| [K ] =
2 v2 Y2
u3 X3
v3 Y3

— si δ∆ ∩ δ ≠ ∅ :




δ∆′′

u1 X1
v1 Y1

[K ]
u2
v2
=
X2
Y2
+ δ∆′′
[ ϕ ] t [ f  ]d + ∑ [ ϕ j ] [F ]
j
u3 X3
Figure 68 – Élément triangulaire à trois nœuds v3 Y3














contribution des contraintes


ramenées aux nœuds

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Dans le cas d’un champ de déformation plane, il faut recommencer


le calcul en changeant l’expression de la matrice [ ] .

12.4.3.2 Élément triangulaire à six nœuds


et douze degrés de liberté
Dans ce cas (figure 69), en se donnant les déplacements aux
nœuds, on a donc douze conditions et l’on peut adopter des fonctions
d’interpolation formées à partir de :
2 2
 u = a0 + a1 x + a 2 y + a 3 x + a4 y + a 5 x y

 v = a 6 + a 7 x + a 8 y + a 9 x 2 + a 10 y 2 + a 11 x y

Si l’on adopte la notion de coordonnées homogènes, on a : Figure 69 – Élément triangulaire à six nœuds

u1
...

t
u u6 ϕ1 0
=  ϕ  v 1 avec  ϕ  =
v t
ϕ1
....

v6
t
ϕ1 = [ L 1 ( 2 L 1 – 1 ) L 2 ( 2 L 2 – 1 ) L 3 ( 2 L 3 – 1 ) 4L 1 L 2 4L 2 L 3 4L 1 L 3 ]

Figure 70 – Élément rectangulaire à quatre nœuds


Remarque : les déplacements étant des fonctions quadrati-
ques, les déformations, donc les contraintes, sont des fonctions
linéaires. ou [ σ ] = λ I ε [ I ] + 2µ [ ε ] – Kα ( T – T 0 ) [ I ]

avec I σ et Iε premiers invariants respectivement du tenseur


On détermine la matrice [B ] de la façon suivante : contrainte et du tenseur déformation,
[I] opérateur unité,
∂u α coefficient de dilatation linéaire,
---------
∂x
λ, µ et K coefficients d’élasticité donnés par les formules :
α1 α2 α3 0 0 0 [A] [0]
∂v 1 Eν E E
--------- = --------- 0 0 0 β1 β2 β3 λ = ----------------------------------------- ; µ = ----------------------- ; K = 3 λ + 2 µ = -----------------
∂y 2∆ (1 + ν )(1 – 2ν) 2(1 + ν) 1 – 2ν
β1 β2 β3 α1 α2 α3 [0] [A]
∂u ∂v 12.4.4.1 État de contrainte plane
--------- + ---------
∂y ∂x On a les relations :

4 L1 – 1 0 0 4 L2 0 4 L3  1
ε x = ------ ( σ x – ν σ y ) + α ( T – T 0 )
avec [ A ] = 0 4 L2 – 1 0 4 L1 4 L3 0  E
 1
0 0 4 L3 – 1 0 4 L2 4 L1 ε y = ------ ( σ y – ν σ x ) + α ( T – T 0 )
 E
αi et βi définis au paragraphe 12.4.3.1.  ν
ε = – ------ ( σ x + σ y ) + α ( T – T 0 )
On peut alors calculer :  z E

 τz
[K ] =  [ B ] t [ ] [ B ]da
γ z

= --------

-

que l’on peut aussi écrire :


12.4.3.3 Élément rectangulaire à quatre nœuds
Cet élément est représenté à la figure 70. σx 1 ν 0 εx – α ( T – T0 )
E ν 1 0 εy – α ( T – T0 )
σy = ----------------
-
1 – ν2 1–ν
12.4.4 Prise en compte des effets thermiques τz 0 0 ------------- 2 γz
2
La relation contrainte-déformation, qui prend alors le nom de loi soit encore [ σ ] = [ ] { [ ε ] – [ ε th ] }
de Hooke-Duhamel (§ 10.2), s’écrit :
1+ν ν 1
[ ε ] = ------------- [ σ ] – ------ I σ [ I ] + α ( T – T 0 ) [ I ]
E E avec [ ε th ] = α ( T – T 0 ) 1
0

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Le théorème des travaux virtuels s’écrit :


Il est à remarquer que le champ de température obéit néces-
sairement à l’équation :
 δ∆
T ( M, n ) ⋅ u *d = [ u * ] t [X ]
ν div ( f ) + E α ∆ T = 0
Il entraîne :
qui provient de l’équation de Beltrami relative à ε z (article Théo-
rie de l’élasticité [A 305] dans le traité Sciences fondamentales).
∆
( div [ σ ] ) ⋅ u * da +  ∆
[ ε* ] t [ σ ]da = [ u * ] t [X ]

12.4.4.2 État de déformation plane


La loi de Hooke-Duhamel prend la forme particulière :
=–  ∆
[ u * ] t [ϕ ] t [ f ]da +  ∆
( [B ] [ u * ] ) t [ ] ( [ ε ] – [ ε th ] )da

 1+ν ou encore :
ε x = ------------- [ ( 1 – ν ) σ x – ν σ y ] + ( 1 + ν ) α ( T – T 0 )
E


ε y
1+ν
= ------------- [ ( 1 – ν ) σ y – ν σ n ] + ( 1 + ν ) α ( T – T 0 )
E
– [ u * ]t ∆
[ ϕ ]t [ f ] d a + [ u * ]t ∆
[B ] t [ ] [ ε ] d a



 1+ν – [ u * ]t [ B ] t [ ] [ ε th ] d a = [ u * ] t [ X ]
γ z = ------------- τ z ∆
 E
σ = ν ( σx + σy ) – E α ( T – T0 )
 z

que l’on peut écrire :


d’où [K ] [ u ] = [X ] +  ∆
[ ϕ ] t [ f ]d a +  ∆
[B ] t [ ] [ ε th ]d a

σx 1–ν ν 0 εx Remarque :
E ν 1–ν 0 E α ( T – T0 ) 1
ε y – --------------------------------
σy = ---------------------------------------- - 1 ■ [ε th ] est uniforme donc :
( 1 + ν ) ( 1 – 2ν ) 1 – 2ν 1 – 2ν
τz ------------------ 2γ z

0 0
  [ B ] da [ ] [ ε
0
2
[ B ] t [ ] [ ε th ]d a = t
th ]
∆ ∆
ou encore, sous forme condensée :
Or, pour les éléments triangulaires à trois nœuds, [B ] t étant
1 constant, on obtiendra :
[ ε th ] = ( 1 + ν ) α ( T – T 0 ) 1

[ σ ] = [ ] ( [ ε ] – [ ε th ] ) avec
0 [ B ] t [ ] [ ε th ]d a = [ B ] t [ ] [ ε th ] S

■ dans le cas d’un élément frontière (§ 12.4.2), on a :


12.4.4.3 Influence de la distribution de température
Hypothèse : nous admettons que la température est constante
sur l’élément considéré. [K ] [ u ] = [X ] + ∆
[ ϕ ] t [ f ]d a + ∆2
[ ϕ ] t [ f  ] d
On considère un champ de déplacements nodaux virtuels [ u * ] ,
qui entraînent la déformation virtuelle [ε*] telle que :
+ ∑ [ ϕ j ] t [F ] +  ∆
[B ] t [ ] [ ε th ] d a
[ ε* ] = [D ] [ ϕ ] [ u * ] = [B ] [ u * ] j

Figure 71 – Plaque en état de contrainte plane

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12.4.5 Organisation de la méthode des éléments finis.


Exemple

Soit la plaque de la figure 71 soumise à un effort concentré F et


à une distribution uniforme de charge q 0 sur le bord du domaine.
Nous sommes confrontés à une plaque dans un état de contrainte
plane.
Le problème est de déterminer le champ de contrainte. On
adopte le point de vue des éléments finis et, afin de dégager
l’esprit de la méthode, on ne considère que deux éléments I et II
représentés sur la figure 71.
La matrice de rigidité d’un élément triangulaire est :

a2 0 – a2 νa 2 0 – νa 2
1–ν 2 1–ν 2 1–ν 2 1–ν 2
0 ------------- a ------------- a – ------------- a – ------------- a 0
2 2 2 2
1–ν 3–ν 1+ν 1–ν
– a2 ------------- a 2 -------------- a 2 – ------------- a 2 – ------------- a 2 ν a 2
E 2 2 2 2
[ K ] = ----------------------------------
-
2 a 2 ( 1 – ν2 ) 1–ν 1+ν 3–ν 1–ν
νa 2 – ------------- a 2 – ------------- a 2 -------------- a 2 ------------- a 2 – a2
2 2 2 2
1–ν 1–ν 1–ν 1–ν
0 – ------------- a 2 – ------------- a 2 ------------- a 2 ------------- a 2 0
2 2 2 2
– νa 2 0 νa 2 – a2 0 a2

En adoptant les notations :

X 1′ u1 X 1′′ u 1′′
Y 1′ v1 Y 1′′ v 1′′
X 2′ u2 X 2′′ u 2′′
= [K ] I = [K ] II
Y ′2 v2 Y ′′
2 v 2′′
X 3′ u3 X 3′′ u 3′′
Y ′3 v3 Y 3′′ v 3′′

on a [K ] I = [K ] II = [K ]
avec [K ] donnée précédemment.
— Sur l’élément I : [K ] I fait intervenir les nœuds dans l’ordre 1,4, 3.
— Sur l’élément II : [K ] II les fait intervenir dans l’ordre 3, 2, 1.
Nota : dans l’opération d’assemblage figure la somme X 1′ + X 1′′ ; il est à noter que les
vecteurs contraintes opposés sur les bords (1’, 3’) et (1’’, 3’’) entraînent des efforts nodaux qui se
neutralisent ; donc :
— X 1′ + X 1′′ = X 1 composante de l’action de liaison suivant x sur le nœud (1) ;
— Y 1′ + Y 1′′ = Y 1 composante de l’action de liaison suivant y sur le nœud (1).

1–ν 1–ν 1–ν 1–ν


1 + ------------- 0 – ------------- ------------- 0 – ν – ------------- –1 ν u1
2 2 2 2
1–ν 1–ν 1–ν 1–ν
0 ------------- + 1 ν –1 – ------------- – ν 0 ------------- – ------------- v1
2 2 2 2
1–ν 3–ν 1+ν 1–ν
– ------------- ν -------------- – ------------- –1 ------------- 0 0 u2
2 2 2 2
1–ν 1+ν 3–ν 1–ν
E ------------- –1 – ------------- -------------- ν – ------------
- 0 0 v2
[K ] T = --------------------------
- 2 2 2 2
2 (1 – ν 2) 1–ν 1–ν 1–ν 1–ν
0 – ------------- – ν –1 ν ------------- + 1 0 – ------------- ------------- u3
2 2 2 2
1–ν 1–ν 1–ν 1–ν
– ν – ------------- 0 ------------- – ------------- 0 1 + ------------- ν –1 v3
2 2 2 2
1–ν 1–ν 3–ν 1+ν
–1 ------------- 0 0 – ------------- ν -------------- – ------------- u4
2 2 2 2
1–ν 1–ν 1+ν 3–ν
ν – ------------
- 0 0 ------------- –1 – ------------- -------------
- v4
2 2 2 2

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soit :

u1 X1 0
v1 Y1 0
u2 X2 0
Contribution
v2 Y2 0
[K ] T = + + des charges
u3 X3 F extérieures
Y3 0 réparties
v3
u4 X4 0
Y4 0 Figure 72 – Plaque précédente isolée
v4

Déterminons la contribution des charges réparties :


Nous retenons donc les différentes étapes :

  — on procède à une partition du domaine (  ) en employant des


a a
x
– q 0 y ⋅ V ( P )d = – q0 v 2 + ( v 3 – v 2 ) ------ d x éléments recensés en bibliothèque ;
0 0 a
— on procède à la numérotation des nœuds et des éléments ;
 x2 a 
= q 0  a v 2 + ( v 3 – v 2 ) ---------  — à chaque élément on associe sa matrice de rigidité ;
 2a 0  — on construit la matrice de rigidité totale par l’opération
a d’assemblage ;
= q 0 a v 2 + ----- ( v 3 – v 2 )
2 — on tient compte de la contribution des forces réparties ou
a concentrées, de l’hétérogénéité du champ de température ;
= q 0 ----- ( v 2 + v 3 ) — on exploite les conditions aux limites cinématiques.
2

On a par conséquent :
0
12.5 Élasticité tridimensionnelle
0
12.5.1 Rappels
0
q 0 a/2 Nous avons déjà vu en élasticité (§ 5.2) et (article Déformations
0 et contraintes dans un milieu continu [A 303] dans le traité Sciences
fondamentales) la matrice des déformations :
q 0 a/2
0 εx γz γy
0 [ε] = γz εy γx
γy γx εz
Remarque : en isolant la structure (figure 72), on obtient :
∂u
 ε = --------- ∂v ∂w
avec - , ε y = ---------- , ε z = ----------
X1 + F = 0  x ∂x ∂y ∂z


puis, en écrivant le théorème du moment : 1 ∂u
 ∂v

 γ z = ----- ---------- + ----------
 2 ∂y ∂x
 Y 4 = F + q 0 a/2 

 Y 1 = q 0 a/2 – F
 γ = ----
 y


1 ∂v ∂w

- --------- + ---------
2 ∂z ∂x


1 ∂v ∂w
Le système d’équations à résoudre est alors :
 γ x = ----
 2 ∂z ∂y 
- --------- + ---------
0 –F
0 relations où ( u, v, w ) désignent les composantes du vecteur
q 0 a /2 – F
déplacement.
u 2 0 En introduisant la matrice des contraintes [ σ ], la loi de
v2 q 0 a /2 Hooke-Duhamel (§ 10.2) peut se mettre sous la forme :
[K ] T =
u3 F [ σ ] = λ I ε [ I ] + 2µ [ ε ] – Kα ( T – T 0 ) [ I ]
v3 q 0 a/2 E
avec K = 3λ + 2µ = ----------------- ,
1 – 2ν
u4 0
F + q 0 a/2 I ε premier invariant du tenseur déformation,
0
[ I ] opérateur unité.
où les inconnues sont u 2 , v 2 , u 3 , v 3 , u 4 .

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Il sera commode, dans la suite du développement, d’adopter les


conventions d’écriture :

σx 1–ν ν ν 0 0 0 εx – α ( T – T0 )
σy ν 1–ν ν 0 0 0 εy – α ( T – T0 )
σz ν ν 1–ν 0 0 0 εz – α ( T – T0 )
E 1 – 2ν
τx = ----------------------------------------- 0 0 0 ------------------ 0 0 2γ x
(1 + ν)(1 – 2ν) 2
1 – 2ν
τy 0 0 0 0 ------------------ 0 2γ y
2
1 – 2ν
τz 0 0 0 0 0 ------------------ 2γ z
2

notée sous forme condensée : avec ∂( )


----------- 0 0
∂x
[ σ ] = [ ] ( [ ε ] – [ ε th ] )
∂( )
0 ----------- 0
∂y
∂( )
12.5.2 Matrice de rigidité 0 0 -----------
[D ] = ∂z
12.5.2.1 Partition du domaine ∂( ) ∂( )
----------- ----------- 0
∂y ∂x
Soit le domaine (  ) de bord δ , et nous considérons des ∂( ) ∂( )
éléments ∆ de bord δ ∆. Deux éventualités sont à envisager : 0 ----------- -----------
∂z ∂y
δ∆ ∩ δ = ∅ ∂( ) ∂( )
( ∅ ensemble vide ) ----------- 0 -----------
δ∆ ∩ δ ≠ ∅ ∂z ∂x

En isolant ∆, on peut distinguer : Dès lors :


— des forces volumiques ;
— des forces associées aux vecteurs contraintes sur le bord du [ σ ] = [ ] ( [ ε ] – [ ε th ] ) = [ ] [ D ] [ ϕ ] [u ] – [ ] [ ε th ]
domaine ; = [ ] [ B ] [u ] – [ ] [ ε th ]
— une distribution de forces surfaciques.
On va adopter, sur le bord du domaine, n points Mi appelés nœuds, Nous allons remplacer la distribution de vecteur contrainte sur le
dont les déplacements ( u i , v i , w i ) vont jouer un rôle fondamental. bord du domaine par des forces concentrées aux nœuds et pro-
duisant le même travail virtuel :
Pour calculer le déplacement (u, v, w ) en un point courant, on

 
introduit la matrice d’interpolation [ ϕ ] telle que :

u1
δ∆
T ( M, n ) ⋅ u *d = ∑
j = x, y, z
δ∆
( σ jx n x + σ jy n y + σ jz n z ) u*j d 
.
.
= ∑
i = x, y, z
 δ∆
( σ xi n*
x + σ yi n*
y + σ zi n*
z )u i d 
un
Cette dernière relation peut être considérée comme un flux et
v1 l’on peut écrire :
u

 
.
v = [ ϕ ] [u ] avec [u ] =
w
. T ( M, n ) ⋅ u *d = { ( div [ σ ] ) ⋅ u * + [ ε* ] t [ σ ] } dv
δ∆ ∆
vn
au bilan :
w1


n
.
. δ∆
T ( M, n ) ⋅ u *d = ∑ ( Xi u *i + Yi v *i + Zi w *i ) = [ u * ]t [ X ]
i=1
wn

La connaissance de (u, v, w ) permet de calculer des composantes


du tenseur déformation [ε] :

u
[ε] = [D ] v
w

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X1
.
.
Xn
Y1

avec [X ] = .
.
Yn
Z1
Figure 73 – Élément tétraédrique à quatre nœuds
.
.
En désignant par ui , vi , w i les déplacements du nœud i, il est
Zn simple de montrer que :

δ∆
T ( M, n ) ⋅ u *d ui xi yi zi 1 ui yi zi

= –  ∆
[ u * ] t [ ϕ ] t [ f ]dv +  ∆
( [ D ] [ ϕ ] [ u * ] ) t [ σ ]dv 1 uj
a 0 = -----
xj yj zj 1 1
a 1 = -----

uj yj zj

ϕ  uk xk yk zk 1 uk yk zk
= – [ u * ]t [ ] t [ f ] dv + [ u * ] t [ B ] t [ ] [ B ]dv [ u ] 1 u y z
∆ ∆ u x y z

soit [K ] [ u ] = [X ] + ϕ ∆
[ ] t [ f ]dv +  ∆
[ B ] t [ ] [ ε th ]dv 1 xi ui zi 1 xi yi zi

1 1 xj uj zj 1 1 xj yj zj
a 2 = ----- a 3 = -----
Remarque : ∆ ∆ 1 xk yk zk
1 xk uk zk
— le calcul précédent suppose que δ ∩ δ∆ = ∅ ; dans le 1 x y z
cas contraire, on aurait obtenu : 1 x u z

[K ] [ u ] = [X ] +  ∆
[ ϕ ] t [ f ] dv + 
δ∆ 2
[ ϕ ] t [ f s ]da + ∑ [ ϕj ] t [F ] +
j


[ B ] t [ ] [ ε th ] d v
avec ∆ = 6 × volume du tétraèdre.
On procéderait de même pour la détermination de b 0 , b 1 , b 2 , b 3
et c 0 , c 1 , c 2 , c 3 .
ave
c [F ] forces concentrées,
[f s ] densité de force surfacique ; Remarque :
— par un calcul analogue à celui présenté au — le champ de déplacement étant linéaire, le champ de
paragraphe 12.4.2, on peut montrer que [K ] est symétrique ; contrainte est uniforme ;
— dans la majorité des applications, on supposera que l’élé- — au passage d’une frontière, il y aura discontinuité du vec-
ment est à la température uniforme T. Dès lors : teur contrainte, mais continuité du vecteur déplacement ;
1
— l’expression littérale de la matrice [K ] n’est pas proposée,
compte tenu de sa longueur. Signalons qu’il s’agit d’une
   [ B ] dv [ ] α ( T – T )
1
1 matrice carrée d’ordre 12.
[ B ] t [ ] [ ε th ]dv = t
0
∆ ∆ 0
0
0
12.5.2.3 Élément tétraédrique à dix nœuds
Les dix nœuds sont constitués par les quatre sommets et les
milieux des six côtés (figure 74). On adopte des fonctions d’inter-
12.5.2.2 Élément tétraédrique à quatre nœuds polation du second degré, c’est-à-dire que l’on a :
i, j, k,  sont les nœuds (figure 73). On prend des fonctions 2 2 2
d’interpolation linéaires, donc :  u = a 0 + a 1 x + a 2 y + a 3 z + a 4 x + a 5 y + a 6 z + a 7 xz + a 8 xy + a 9 yz
 2 2 2
 v = b 0 + b 1 x + b 2 y + b 3 z + b 4 x + b 5 y + b 6 z + b 7 xz + b 8 xy + b 9 yz
 u = a0 + a 1 x + a 2 y + a 3 z 
  w = c 0 + c 1 x + c 2 y + c 3 z + c 4 x 2 + c 5 y 2 + c 6 z 2 + c 7 xz + c 8 xy + c 9 yz
 v = b0 + b 1 x + b 2 y + b 3 z
 Le champ de contrainte est linéaire.
w = c 0 + c 1x + c 2y + c 3z

12.5.2.4 Hexaèdre à vingt nœuds


Les vingt nœuds correspondent aux huit sommets et aux points
milieux des douze arêtes (figure 75).
On a donc soixante composantes de déplacement, donc l’affec-
tation de vingt coefficients inconnus par composante du vecteur
déplacement.

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Figure 74 – Élément tétraédrique à dix nœuds

Figure 76 – Coordonnées axisymétriques

Le tenseur contrainte (σ) est écrit sous la forme :


Figure 75 – Élément hexaédrique à vingt nœuds
σr
σz
[σ] = et l′on a : [ σ ] = [ ] ( [ ε ] – [ ε th ] )
La fonction u (x, y, z ) est un polynôme complet du 3 e degré σθ

u = a 0 + a 1 x + a 2 y + a 3 z + a 4 x 2 + a 5 y 2 + a 6 z 2 + a 7 xy + a 8 xz τ rz

+ a 9 yz + a 10 x 3 + a 11 y 3 + a 12 z 3 + a 13 x 2 y + a 14 xy 2 + a 15 y 2 z avec la matrice d’élasticité :

+ a 16 yz 2 + a 17 x 2z + a 18 xz 2 + a 19 xyz 1–ν ν ν 0
E ν 1–ν ν 0
de même pour v et w. [ ] = ----------------------------------------- ν ν 1–ν 0
(1 + ν)(1 – 2ν)
Chaque composante du tenseur contrainte est alors un poly- 1 – 2ν
nôme du second degré. 0 0 0 ------------------
2
12.5.2.5 Organisation du programme ■ Éléments adoptés : ce sont des tores engendrés à partir de
— On procède à une partition et l’on numérote les nœuds et les triangles à six ou douze degrés de liberté.
éléments. Les fonctions d’interpolation sont les mêmes que dans le cas du
— À chaque élément on associe sa matrice de rigidité. plan (§ 12.4.3) et par conséquent on a, pour l’élément triangulaire
à six degrés de liberté :
— On construit la matrice de rigidité globale.
— On ramène aux nœuds les forces volumiques et surfaciques. u1
— On tient compte des conditions cinématiques. u2
On étudiera le cas des corps de révolution, avec chargement u L1 L2 L3 0 0 0 u3
axisymétrique, en élasticité tridimensionnelle (figure 76). =
v 0 0 0 L1 L2 L3 v1
■ Rappels : v2
Oz est l’axe de révolution ;
v3
u désigne le déplacement radial ;
v désigne le déplacement axial.
Dans le cas de douze degrés de liberté, on a :
On peut écrire :

∂u u1
εr --------
∂r
...

εz ∂w u u6
---------- = [ϕ]
[ε] = = ∂z v v1
εθ u
...

---
r
v6
2γ rz ∂u ∂v
--------- + ---------
∂z ∂r
[ ϕ1 ] t [0]
avec [ϕ] =
[0] [ ϕ1 ] t

et [ϕ 1]t = [L1 (2 L1 – 1) L 2 (2 L 2 – 1) L 3 (2 L 3 – 1)
4 L1 L 2 4 L 2 L 3 4 L1 L 3 ]

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Pour définir les matrices de rigidité élémentaires, on a la relation : avec [f ] densité de force volumique,
u1 [f s] densité de force surfacique.

εr u2 ■ Réduction des forces extérieures à des forces appliquées


aux nœuds :
εz 1 u3
= --------- [ B ] (triangle à six degrés de liberté) — forces de surface : en général, il s’agit de forces de pression
εθ 2∆ v1 ou de forces tangentielles ; on les réduit à des forces nodales au
γ rz v2 moyen des relations :

v3
δ∆
[ u* ] t [ f s ]da = [ u * ] t Forces nodales
équivalentes
la matrice [B ] s’écrivant ici :

α1 α2 α3 0 0 0
δ∆
[ ϕ ] t [ f s ]da = Forces nodales
équivalentes
0 0 0 β1 β2 β3
[B ] = 2L 1 ∆ 2L 2 ∆ 2L 3 ∆
— forces de volume :
---------------- ---------------- ---------------- 0 0 0

β1
r
β2
r
β3
r
α1 α2 α3  ∆
[ u* ] t [ f ]dv = [ u * ] t Forces nodales
équivalentes
avec α i = zj – z k ; β i = r k – r j
Les matrices de rigidité élémentaires s’obtiennent grâce à la
 ∆
[ ϕ ] t [ f ]dv = Forces nodales
équivalentes
relation :

 (  ) [ B ]t [ ] [ B ] dv  [ u ]
= ()
[ B ] t [ ] [ ε th ] dv + ()
[ ϕ ] t [ f ]dv + 
δ
[ ϕ ] t [ f s ]da

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P
O
U
Résistance des matériaux R
appliquée aux organes de machines
E
N
par Serge LAROZE
Ingénieur de l’Aéronautique
Professeur de Structures à Sup’Aéro (École Nationale Supérieure
S
de l’Aéronautique et de l’Espace)
et René BOUDET A
Docteur d’État en Sciences
Professeur de Génie mécanique à l’École Centrale des Arts et Manufactures V
O
Bibliographie
ZIENKIEWICZ (O.C.). – La méthode des éléments finis
I
appliquée à l’art de l’ingénieur. Édi-science (1973).
LACHAT (J.-C.). – Application de la méthode des élé-
ments finis à l’élasticité plane et aux corps de révo-
R
lution. Mémoire Technique CETIM, sept. 1971.
LAROZE (S.). – Résistance des matériaux et structu-
res. Tome 1 : Milieux continus solides. Plaques et
coques. 228 p., 89 fig., 2e tirage (1980) ; Tome 2 :
Théorie des poutres. 196 p., 128 fig., 2e tirage
(1980) ; Tome 3 : Dynamique des structures. Con-
P
traintes et déformations d’origine thermique.
272 p., 59 fig., Eyrolles (1978). L
U
S
11 - 1981
Doc. B 601

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