Vous êtes sur la page 1sur 29

Rev. ivoir. anthropol. Sociol.

KASA BYA KASA 1

N° 28 - 2015 ISSN 1817-5643


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA

ADMINISTRATION DE LA REVUE
Fondateurs
Niangoran Bouah Georges - Memel-Fotê Harris
Konan Kakou Charles
Rédacteur en chef
KOUAMÉ N’guessan
Rédacteurs en chef adjoints
Gadou Dakouri M. - Dayoro Zoguéhi Arnaud K
Secrétariat de Rédaction
Djédjé N’Guessan Daniel - Toh Alain
Responsable marketing
Koutou N’Guessan Claude
Comité scientifique et de lecture
Lanciné Sylla (Abidjan)
Baha Bi Y. Daniel (Abidjan) Claude Beauchamp (Québec)
Dedy Séri Faustin (Abidjan) Jean Pierre Chauveau (Montpellier)
Essane Séraphin (Abidjan) Jean Pierre Dozon (Paris)
Kouakou K. Albert (Abidjan) Jonas Ibo (Abidjan)
Kouadio Jérémie (Abidjan) Kouakou N’Guessan (Bouaké)
Ori Boizo (Abidjan) Lanciné Sylla (Abidjan)
Touré Ismaïla (Abidjan) Laurent Vidal (Marseille)
Yao Gnabéli Roch (Abidjan) Yéo Sonourgo Souleymane (Abidjan)

Numéro : 28 - 2015
Dépôt légal : N° 11307 du 2ème semestre (décembre) 2015

Editions Universitaires de Côte d’Ivoire, Université


Félix Houphouët Boigny (Cocody-Abidjan) BP V34
Abidjan - Tél./Fax : (225) 22 487 812
E-mail : educiabj@yahoo.fr
ISSN 1817-5643

Tous droits de traduction, de reproduction


et d’adaptation reservés pour tous les pays.

Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28 - 2015


© EDUCI 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA

Kasa Bya Kasa


Kasa Yè Ya
Kasa Kasa a
Kasa Krongron

Toute parole est parole


Parler est facile et difficile
Qui veut parler
Doit parler clair, bien, vrai

(Kwabenan Ngboko)

La Vérité est parole


La Vérité est dans la parole
La Vérité est la parole de raison

(Koffi Awrondo)

Le signe de la figurine qui illustre la couverture de la Revue Ivoirienne


d’Anthropologie et de Sociologie Kasa Bya Kasa, est l’un de ceux que l’on voit souvent sur
les «poids à peser l’or» de valeur anaéin (14 grammes environ). Chez les Abè d’Agboville
(Côte d’Ivoire), cette pièce de bronze est fréquemment utilisée dans les séances publiques
d’ordalie organisées pour disculper un individu accusé à tort par l’opinion publique de
son village. Aussi, anaéin symbolise-t-il la bonne foi, l’honnêteté et la vérité.

Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n°28 - 2015


© EDUCI 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA

SOMMAIRE

Configuration des conseils municipaux dans le cadre du scrutin


mixte en Côte d’Ivoire : une approche sociologique de l’échec de
la diversité politique et de l’expression de divergences de vues.
GUIRIOBE Paumahoulou Jean-Arsene..............................................................................7
Dynamique de soins des ulcérés en Côte d’Ivoire :
lecture anthropologique de cas a taabo
IRIGO Gbété Jean Martin.......................................................................................................20
De la chambre à la sociabilité. Les hôtels de la ville de Bouaké
comme lieux de sociabilités urbaines
SILUÉ N’Tchabétien Oumar..................................................................................................39
Analyse de l’usage de la communication comme moyen de compréhension
et de participation de la population au développement local dans
le chef-lieu de la région du N’Zi (Dimbokro).
KOUAKOU Bah Isaac.............................................................................................................58
Expression de la conscience sanitaire dans la réduction du taux
de prevalence du VIH/SIDA.
OUATTARA Amadou, DAYORO Z Arnaud Kevin..........................................................73
Branchements anarchiques de l’électricité dans les quartiers précaires de la
ville d’abidjan : cas de Yaoshehi dans la commune de Yopougon, Côte d’Ivoire.
ADAMAN SINAN..................................................................................................................97
La volonté générale chez Rousseau et le projet de redéfinition
de la politique en Côte d’Ivoire
MÉTAN Touré..........................................................................................................................112
Tyrannie, dictature et totalitarisme : une étude comparée
de différents régimes absolus
OBOUMOU Ibrahim..............................................................................................................129
Le recours des personnes vivant avec le VIH (PVVIH)
sous Anti-Rétroviraux (ARV) a la médecine traditionnelle africaine
des kômian dans l’Indénié-Djuablin (Abengourou, Côte d’Ivoire)
Djédou Martin AMALAMAN..............................................................................................141
« Dynamique élitiste et échec en milieu scolaire confessionnel :
le cas du Pensionnat Méthodiste de Filles d’Anyama »
GALA Bi Tizié E, SEHI Bi Tra J, ALLOH Magne Bénédicte C........................................159
Le fait ethnique dans l’organisation du pouvoir d’Houphouët-Boigny
dans les premières années de la Côte d’Ivoire indépendante (1960-1970)
YAPI Yapi André Dominique...............................................................................................172

Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n°28 - 2015


© EDUCI 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
Le rôle de la formation professionnelle continue dans l’échelle des valeurs
au sein de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale(CNPS)
et de la Société Ivoirienne de Tabac (SITAB)
KONAN
Koffi.......................................................................................................................................187
La pratique du football par les jeunes en Côte d’Ivoire :
structures, motivation et représentations sociales
GBEH Gué
Binka..................................................................................................................................208
Les représentations sociales du phénomène des « bêtes dans sein »
chez les mères d’Abobo KONÉ Siatta...... ..... ..... ..... ..... ..... ..... ..... ..... .....................223

Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015


© EDUCI 2015

2- Un sous-quartier de la commune de Cococdy.


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA

EXPRESSION DE LA CONSCIENCE SANITAIRE DANS LA


REDUCTION DU TAUX DE PREVALENCE DU VIH/SIDA.
EXPRESSION OF HEALTH AWARENESS IN THE
REDUCTION OF PREVALENCE RATE OF HIV/AIDS.
OUATTARA Amadou1, DAYORO Z Arnaud Kevin2.
1- Doctorant à l’Institut d’Ethno-Sociologie à Université Félix Houphouët-Boigny
de Cocody, ouatt78@yahoo.fr

2- Université Félix Houphouët Boigny (UFHB), Abidjan(Côte d’Ivoire), Département


de Sociologie, Laboratoire d’Etude et de Recherche Interdisciplinaires en
Sciences Sociales (LERISS),Groupe de Recherches en Socio-Anthropologie
Appliquées à la Santé et au Vieillissement (GRESA), dayorokevin@yahoo.fr

RÉSUMÉ
Cet article se présente comme une contribution aux politiques de développement sanitaires.
C’est dans cet ordre d’idée qu’il tente de questionner le rôle de la conscience sanitaire dans la
réduction du taux de prévalence du VIH/SIDA. Une étude menée par entretien en 2012 auprès de 93
PVVIH/SIDA au Centre Médical Nimatoullah spécialisé dans la prise en charge à Cocody1-Angré2,
met en évidence les déterminants sociaux rendant compte de la persistance des comportements à
risque liés au VIH/SIDA. L’étude révèle que le faible niveau de culture savante et la prédominance
des savoirs populaires, l’ignorance, la culture, la pauvreté et les contingences historiques témoignent
des échecs des politiques sanitaires. Et comme la raison d’être de la santé publique demeure la
modification des comportements à risques, nous pouvons donc déduire que la promotion de la
conscience sanitaire doit être perçue comme un défi majeur à relever.
Mot-clés : VIH/SIDA, taux de prévalence, conscience sanitaire.

ABSTRACT
This article appears as a contribution to health development policies. It is in this
vein that it tries to question the role of health awareness in reducing HIV / AIDS pre-
valence rates. A study through interview in 2012 with 93 PLHIV/AIDS at the Nimatoul-
lah Medical Center, specialized in the care of patients in Cocody-Angré, highlights the
social determinants reflecting the persistence of risk behavior related to HIV/AIDS.
The study reveals that the low level of high culture and the predominance of popular knowledge,
ignorance, culture, poverty and historical precariousness reflect the failures of health policies. And
as the reason for public health remains the modification of risk behaviors, we can deduce that the
promotion of health awareness should be seen as a major challenge.
Keywords: HIV / AIDS prevalence, health awareness.

1- Une commune du district d’Abidjan.

2- Un sous-quartier de la commune de Cococdy.


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
74

INTRODUCTION
Les économistes, soutiennent que la monnaie est l’expression de la souve-
raineté ; les anthropologues et sociologues, pour leur part, affirment que c’est
plutôt la santé, «la première ambition des hommes, celle qui les guide avant tout
autre» étant «d’être, de durer et de retarder la mort» (Jacques Attali, 1988 : 12)
et à Dedy Séri de dire que ″l’un des plus vieux rêves de l’humanité semble être
de vivre longtemps à défaut de prétendre à l’éternité″ 3.
Cela veut donc dire que chacun de nous a le droit de jouir du niveau de santé
le plus élevé possible et que l’accès aux soins de santé doit être amélioré pour
rendre les services et les moyens de santé démocratiquement accessibles à
chaque citoyen.
C’est dans ce sens que l’OMS a œuvré à ALMA ATA (ex-URSS) à la Confé-
rence Internationale sur les Soins de Santé Primaires le 12 septembre 1978
pour poser les nouvelles bases en matière de santé avec pour objectif principal,
la santé pour tous d’ici l’an 2000.
Pour ce faire, la plupart des gouvernements ont essayé de se fixer
comme objectif, la promotion de la santé pour tous mais les conditions
socio-économiques défavorables des Africains ne leurs ont pas permis
d’entreprendre des actions sanitaires adéquates pour le bien-être mental,
physique de leur population.
Quinze (15) années plus tard, les résultats sont aujourd’hui tangibles parce
que l’Afrique semble être le continent le plus sinistré en matière de santé et
surtout dans le domaine du VIH/SIDA. En 2005, le Continent Noir abritait à
lui seul 62,45% de la population vivante avec le VIH/SIDA, là où l’Asie qui est
la région la plus peuplée du monde n’en avait que 17,15% (OMS, 2005). En
2010, 68% de toutes les personnes vivant avec le VIH/SIDA résidaient en
Afrique Subsaharienne, une région qui compte seulement 12% de la population
mondiale (OMS, 2013).
C’est pourquoi, parm i les grands obstacles au processus de
développement auxquels les pays africains sont confrontés, il faut donc
noter celui d’assurer la santé pour tous. Il est évident que la santé soit avant
tout un déterminant important du développement durable puisque la survie
de l’humanité en dépend.

3- L’adage a été rapporté par le professeur Dedy Séri, socio-Anthropologue IES, Abidjan, Côte d’Ivoire.

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
75
Cependant, les efforts de développement sanitaire entrepris par ces pays ont
été ébranlés par la crise économique avec son cortège de Programme d’Ajuste-
ment Structurel (PAS), de dévaluation de leur monnaie. Aussi, la hausse de la
mortalité a naturellement des incidences sur l’espérance de vie à la naissance.
Celle-ci se situe à 56 ans pour les africains (55 ans pour les hommes africains
contre 58 ans pour les femmes africaines en 2011), pour les européens à 76
ans (72 ans pour les européens contre 79 ans pour les européennes en 2011)
et à 76 ans pour les américains (73 ans pour les américains contre et 79 pour
les Américaines) (OMS, 2013 : 60) la même année.
Ces chiffres sont aujourd’hui inférieurs d’environ 20 ans de ceux de l’Amé-
rique et de l’Europe. En d’autres termes, les Africains meurent en grand nombre
et trop souvent assez jeunes.
Tout cela démontre que le développement socio-économique de l’Afrique n’a
ni précédé ni accompagné les actions en faveur de la santé en ce sens que les
gouvernements africains semblent développer la santé comme une entité à part
sans aucun lien avec les autres variables de développement. C’est pourquoi,
tout projet de développement sanitaire doit commencer par la connaissance de
la santé. C’est-à-dire que, la réussite des projets de développement sanitaire
pour l’Afrique principalement doit de prime abord inclure le rapport de l’Africain
à sa santé. Ainsi, il est question du rapport des Africains à leur état de santé,
un rapport pourtant tragique en ce qu’il est pourvoyeur de comportements à
risque. En tout état de cause, il traduit un certain niveau de conscience sanitaire
associé à «une méconnaissance notable de la santé par la population».
L’avènement du VIH/SIDA en Côte d’Ivoire en 1985, (site officiel MLS,
2010), a encore rendu ardue la problématique des questions de santé publique
avec un impact négatif et multiforme sur les déterminants du développement
socio-économique (Kassoum. T & Memon. F., 2014). Avec une prévalence
estimée à 02,9 %, ce pays est l’un des plus touché par l’épidémie en Afrique
subsaharienne (ONUSIDA, 2012). Ainsi, cette maladie apparaît comme une
véritable menace pour les populations, auxquels les pays, les communautés
et les familles se doivent d’apporter une attention soutenue. L’option du
gouvernement ivoirien pour une lutte multisectorielle et décentralisée a permis
d’obtenir des acquis. En effet, dans le souci de lutter contre la maladie, la
Côte d’Ivoire s’est dotée d’une structure gouvernementale spécifique chargée
de la lutte contre la pandémie du VIH/SIDA. Pour renforcer cette affirmation,
Blibolo. A. (2002) soutient que la Côte d’Ivoire demeure et reste le premier pays
au monde à avoir créé un Ministère de la lutte contre le SIDA. Parallèlement
à l’action gouvernementale, nombreuses sont les ONG (Organisations Non

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
76

Gouvernementales) qui interviennent sur le terrain de l’action sanitaire sociale


notamment le VIH/SIDA. On dénombre aujourd’hui, 291 ONG affiliées au COSCI
(Conseil des Organisations de lutte contre le SIDA en Côte d’Ivoire), (COSCI,
2009) et reconnues par le Ministère de tutelle.
La lutte contre le VIH/SIDA a mobilisé et continue de mobiliser les partenaires
au développement de la Côte d’Ivoire. En effet, en 2012, le Fonds Mondial de
lutte contre la pandémie a engagé un montant global de 580 805 786 FCFA
(cinq cent quatre-vingt millions huit cent cinq mille sept cent quatre-vingt-six)
aux différents secteurs en la matière (PNUD, 2013). Cet appui financier du
Fonds Mondial visait à renforcer les capacités institutionnelles et concerne :
les services de formation des acteurs, la facilitation de l’accès au traitement
antirétroviral, de mise en place du système de gestion des patients, du suivi-
évaluation, d’assistance aux ONG, de stockage et de distribution des médica-
ments (antirétroviraux). Bien plus, sur le budget alloué, le Ministère de la Lutte
contre le SIDA (MLS) a bénéficié de 113 115 860f CFA, (cent treize millions
cent quinze mille huit cent soixante) (PNUD, op.cit.).
La subvention de l’Etat Ivoirien à l’endroit du Ministère de la Santé quant à
elle, est passée de quatre-vingt-sept milliards, deux cent seize millions, cinq
cent trente-cinq mille (87 216 535 000 F CFA) de 2008 à quatre-vingt-dix mil-
liards huit cent soixante-quatre millions dix-neuf mille (90 864 019 000 FCFA)
en 2010 (Ministère de l’Economie et des Finances), (2009) Ordonnance portant
modification du budget de l’Etat. Titre II- 414).
De trois milliards, six cent trente-cinq millions, cinq cent trente-neuf mille
(3 635 539 000F CFA) pour le Ministère de la Lutte contre le SIDA de 2008 à trois
milliards huit cent trente-trois millions vingt-trois mille (3 833 023 000 FCFA) en
2010 sur le budget prévisionnel de deux mille quatre cent quatre-vingt et un milliards
dix millions sept cent treize mille huit cent soixante-dix-neuf (2 481 010 713 879 F
CFA) contre deux mille cent vingt-neuf milliards cent millions (2 129 100 000 000F
CFA) en 2008 (MEF, op.cit. ). Au plan stratégique, il faut ajouter la gratuité de la
thérapie antirétrovirale et des soins qui accompagnent la maladie qui a été effective
en Côte d’Ivoire depuis le 20 Août 20084. L’Etat ivoirien répond ainsi à l’une de ses
vocations premières: protéger la santé individuelle et promouvoir la santé publique.
La somme de ces efforts vise la réduction du taux de prévalence du VIH/SIDA et
l’amélioration de l’état de santé des populations par la diffusion des soins préven-
tifs de type moderne. En principe, toute cette mobilisation autour de la pandémie
devrait favoriser la réduction du taux de prévalence ou du nombre de personnes

4- Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, arrêté n° 213/CAB/MSHP du 20 Août 2008.

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
77
sous ARV, la réduction des comportements à risques et l’observation régulière des
soins ARV. Cependant, le constat est que malgré les actions de l’Etat Ivoirien, des
partenaires au développement et les fonds mobilisés, l’indicateur de santé relatif
à la pandémie du VIH/SIDA reste en deçà des résultats escomptés. En effet, la
Côte d’Ivoire reste toujours le pays le plus sinistré de l’Afrique subsaharienne avec
un taux de prévalence estimé à 02,9 % en 2012 selon les résultats du rapport de
l’ONUSIDA sur les indicateurs du SIDA en Côte d’Ivoire (EIS). Le milieu urbain
est le plus atteint avec un taux de prévalence estimé à 07,4% chez les hommes
contre 03,2% en milieu rural avec une féminisation de la maladie : 06,4% chez les
femmes contre 02,9% chez les hommes (MLS, 2008).
Cependant, on a le plus souvent imputé le sous-développement sanitaire
de l’Afrique aux nombreux obstacles d’ordre matériel. Mais, nous disons que
les déterminants socioculturels sont de loin les plus préoccupants : à savoir
les faibles performances des couvertures vaccinales, la rareté des bilans de
santé dégradant ainsi l’état de santé des concitoyens, les médicaments de
la rue à portée de tous et favorables à l’automédication, la vulgarisation des
médicaments traditionnels dans les marchés sans aucun contrôle minimum de
la part des autorités sanitaires et la consommation des médicaments Chinois
sans prescription médicale préalable.
En plus de cet état de fait, il y a la persistance des comportements à risque
face au VIH/SIDA, le niveau de connaissance sur le VIH/SIDA. On pense que
le VIH se transmet par le baiser, en partageant le repas avec un patient du
VIH/SIDA, ou bien par les piqûres de moustiques, une maladie inventée par
les Blancs pour éliminer les Noirs et d’autres mêmes n’y croient véritablement
pas. Des individus continuent de se couper les ongles par les tailleurs d’ongle
ambulants. La représentation sociale liée à la maladie influençant du coup
l’itinéraire thérapeutique des patients, les conduisant parfois à opter pour
d’autres types de thérapie affectant souvent leur état de santé.
Malgré les campagnes de sensibilisation et les spots publicitaires, l’utilisation
du préservatif n’est pas systématique, la fréquentation des services de Centre de
Dépistage Volontaire (CDV) est quasi nulle pour la raison que les individus ont
peur de connaître leur statut sérologique. Ajoutons à cet état de fait, les femmes
enceintes à dépister ou déjà séropositives qui se dérobent de la Prise En Charge
de la Prévention Transmission Mère-Enfant (PTME) sous la pression de leurs
conjoints. Comme conséquence de la stigmatisation et de la discrimination basées
sur le VIH/SIDA, certaines femmes séropositives se marient et décident de procréer
sans toutefois avouer leur séropositivité aux nouveaux conjoints.

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
78
Du point de vue étiologique, l’imagerie populaire continue d’associer le
SIDA au mal et au péché. On continue aussi de maltraiter et de rejeter les
veuves séropositives et les orphelins du VIH/SIDA. Ce sont là, autant de
pratiques néfastes Africaines, qui témoignent d’un déficit de conscience
sanitaire des populations.
A la lumière de tous ces faits, convient-il de souligner que tous ces
comportements à risque sont des pratiques qui nuisent à la prévention du VIH/
SIDA, par ricochet à la santé des individus.
C’est en réponse à cette situation que s’est tenue pour la première fois
en Afrique une Conférence mondiale sur les Soins de Santé Primaires, (la
conférence de Ouagadougou) du 28 au 30 Avril 2008 en terre Burkinabée,
qui a jeté les bases de la promotion de la conscience sanitaire en insistant
lourdement sur la nécessité de sa promotion à son point V alinéa 8. Elle
demandait instamment aux Etats membres de l’OMS de : «Promouvoir la
conscience sanitaire des populations, et notamment des adolescents et des
jeunes, et renforcer les capacités des communautés à changer de compor-
tements et à adopter des modes de vie plus sains, à prendre en main leur
propre santé et à participer davantage aux activités liées à la santé, et créer
un environnement permettant de doter les communautés des moyens pour
participer à la gouvernance des services de soins de santé, conformément
à l’approche des Soins de Santé Primaires».
Cependant, en dépit de tous ces efforts et des recommandations pour
améliorer l’état de santé des individus, certains individus n’ont pas toujours la
connaissance nécessaire pour développer des comportements à moindre risque.
C’est dans cet ordre d’idée que le présent article interroge la prééminence
de la conscience sanitaire des acteurs dans la réduction du taux de prévalence
du VIH/SIDA que la Côte d’Ivoire peine à réduire.
Entendons donc par conscience sanitaire, une estime de soi sanitaire per-
mettant aux sujets et au groupe de se prémunir contre la maladie.5
Quels sont donc les indicateurs de la conscience sanitaire ? Quels sont les
facteurs susceptibles de la modifier ? Comment contribue-t-elle à réduire la
prévalence du VIH/SIDA?
Les résultats d’une telle étude visent à proposer aux décideurs des systèmes
sanitaires un concept et sa vulgarisation.

5- Cette définition vient du professeur Dedy Seri, Socio-Anthropologue IES, Abidjan, Côte d’Ivoire

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
79

MÉTHODOLOGIE DE L’ÉTUDE
Cette étude a été réalisée en Côte d’Ivoire principalement dans le District
d’Abidjan, à Cocody-Angré où est implanté le Centre Médical Nimatoullah. Il
faut dire que le choix de notre site n’est pas fortuit. Compte tenu du caractère
complexe lié aux études sur le VIH/SIDA, nous avons parcouru un ensemble
de structures et adressé des demandes d’autorisation sur la base de leurs
expériences avérées dans le domaine de la lutte contre le VIH/SIDA. Et pendant
plusieurs mois d’attente, le Centre Médical Nimatoullah a été favorable à nous
recevoir pour entamer l’étude.
Le Centre est spécialisé dans la Prise en Charge globale de la lutte contre le
VIH/SIDA en Côte d’Ivoire depuis 2009. A cet effet, nous avons été autorisés
à effectuer un stage d’une durée de trois (03) mois le jeudi 18 Octobre 2012
afin de nous familiariser aux clients. la population d’enquête concerne donc
les PVVIH/SIDA qui se font prendre en charge au Centre.
L’échantillonnage est composé de 170 clients qui constituent la file active.
Notre échantillon a été sélectionné sur la base de la technique de l’échan-
tillonnage aléatoire simple. Pour ce faire, nous avons interrogé 93 clients tout
sexe confondu et tout âge confondu excepté les enfants qui ne pouvaient pas
répondre à nos préoccupations en ce qui concerne la Prise En Charge.
Les différents entretiens ont porté sur les thématiques suivantes :
- la connaissance de l’enquêté sur le VIH/SIDA ;
- le niveau d’instruction, niveau de connaissances en général ;
- les conditions de prise en charge des enquêtés ;
- les représentations sociales du VIH/SIDA ;
- rapport client/ personnel de santé ;
- rapport client/conjoint (e) parents/amis/connaissances/collègues de service ;
- l’itinéraire thérapeutique du client.
Aussi, en ce qui concerne la vie des Personnes Vivant avec le VIH/SIDA,
nous avons opté pour un récit de vie afin de permettre aux enquêtés de s’expri-
mer librement.

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
80

1- Outils de collecte de données


Vu la nature de la question, pour aboutir aux résultats de terrain, nous avons
opté pour une approche qualitative. Elle est une «succession d’opérations et de
manipulations techniques et intellectuelles qu’un chercheur fait subir à un objet
ou phénomène humain pour en faire surgir les significations pour lui-même et
les autres hommes» (Mucchielli, 1996, p.182). Sa particularité épistémologique
est qu’elle envisage «les phénomènes humains comme des phénomènes de
sens (...) qui peuvent être ″compris″ par un effort spécifique tenant à la fois à
la nature humaine du chercheur et à la nature de ces phénomènes de sens»
(Mucchielli, 1996, p.183).
L’implication du chercheur est donc très importante. Toutefois, cela ne signi-
fie pas pour autant que les données soient livrées à son jugement subjectif.
(Dortier, 2004).
Ce choix se justifie par le fait que l’enquête qualitative résulte du fait qu’elle
demeure la méthode d’approche anthropologique par excellence. En outre,
l’enquête qualitative est plus près du terrain et des acteurs, celle-ci permet de
mettre au jour des faits, des signaux faibles, des mécanismes sociaux qu’une
approche quantitative ignorerait. (Alami et alii, 2013).
Elles ont privilégié trois outils : la collecte des données secondaires
(observation directe, observation participante), les entretiens individuels par
questionnaires et le récit de vie. Lors de nos échanges, ils se sont exprimés
librement en exposant les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien
dans le processus de Prise En Charge.
L’analyse des données a mobilisé le traitement statistique et l’analyse de
contenu des données. A propos des données qualitatives, les entretiens enregistrés
par le biais d’un dictaphone numérique ont fait l’objet de retranscription en fonction
de la structure du guide d’entretien. Une fois élaborées, ces fiches ont fait l’objet
d’une analyse transversale qui a constitué à regrouper les informations. Une fois
ce travail achevé, l’analyse de contenu a été retenue comme technique et les
catégories analytiques construites. L’analyse de contenu nous a permis d’une
part de thématiser les réponses pour ensuite les croiser, de sorte à saisir les
convergences et les divergences des propos des PVVIH/SIDA.
A ce stade, nous avons opté pour le dépouillement manuel pour les
informations recueillies par entretiens semi-directifs et l’autre, informatique pour
celles recueillies par voie de questionnaire. Pour notre part, nous avons exploité
ces deux types dans la mesure où, le premier (manuel), plus ou moins long mais

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
81

a l’avantage de permettre une meilleure appréciation des données recueillies.


Par la suite, grâce au dictaphone, nous avons procédé à la retranscription de
ces entretiens de façon intégrale l’une après l’autre afin de catégoriser les
réponses recueillies de sorte à faire ressortir les tendances dégagées.
De façon pratique, il s’est agi pour chaque question posée, de dénombrer
et de classer les réponses obtenues par groupe de réponses identiques. Cela
a permis de saisir la tendance générale et partant, de dégager les opinions
collectives des enquêtés.
Enfin, le second (dépouillement informatique) concerne le traitement des
informations par voie de questionnaire. Pour ce faire, nous avons opté pour
le logiciel spécifique de traitement des données statistiques dénommé SPSS
176. C’est un logiciel de référence pour l’analyse et le traitement des données
statistiques et compte tenu aussi de la densité des informations collectées et
de la taille de notre échantillon.
Ce type de dépouillement a l’avantage de présenter une meilleure appré-
ciation des réponses recueillies afin de procéder à la catégorisation des idées.
Celui-ci a l’avantage de faire ressortir toutes les corrélations possibles et de
mieux appréhender les variables du problème étudié.

2- Le cadre d’analyse : l’approche compréhensive


Le cadre d’analyse du présent article est celle de la sociologie compréhen-
sive. Le principe de cette approche dite compréhensive est selon, Weber, « de
comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement
son déroulement et ses effets. L’activité sociale est « un comportement humain
(peu importe qu’il s’agisse d’un acte extérieur ou intime, d’une omission ou d’une
tolérance) quand et pour autant que l’agent ou les agents lui communiquent un
sens subjectif. Et par activité « sociale », l’activité qui, d’après son sens visé par
l’agent ou les agents, se rapporte au comportement d’autrui, par rapport auquel
s’oriente son déroulement » (Weber, 1997). La convocation de cette approche
compréhensive de Weber nous permettra de procéder à une « description
dense » intégrant une dualité, en questionnant les acteurs sur leurs actions, leurs
significations et leurs intentions. En cela, nous rejoignons Reynaud (1997) qui
tente de comprendre comment s’effectue la construction des règles, celles par
lesquelles un groupe social se structure et devient capable d’actions collectives.
6- SPSS 17: (Statistical Package for the Social Sciences) ou, en français, Module statistique pour
les sciences sociales. C’est un logiciel spécialement conçu pour les traitements de données
issues d’enquêtes en sciences sociales.

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
82

RESULTATS
L’enquête que nous avons menée sur la période de trois (3) mois au sein
du Centre Médical Nimatoullah nous a permis de faire ressortir le niveau de
conscience sanitaire des enquêtés en présence. Autrement dit, leur niveau
de connaissances vis-à-vis du VIH/SIDA, conscience sanitaire et régularité
des bilans de santé, conscience sanitaire et Attitudes et comportements des
enquêtés vis-à-vis de la Prise en Charge et du traitement antirétroviral.

1- Conscience Sanitaire des acteurs vis-à-vis du VIH/SIDA


Le niveau de la conscience sanitaire des enquêtés est perceptible à
travers l’interrogation sur le niveau de connaissances générales (instruction),
le niveau de connaissance sur le VIH/SIDA (mode de contamination), la
régularité des bilans de santé, les facteurs concourant au test de dépistage,
la Prise En Charge des Personnes Vivant avec le VIH/SIDA. L’interrogation
de ces aspects permettra certainement de répondre par l’affirmative ou non à
notre problématique qui est de savoir si le niveau de la conscience sanitaire
des acteurs peut influer sur la réduction du taux de prévalence VIH/SIDA ?

1.1- Conscience sanitaire et le niveau de connaissance vis-


à-vis du VIH/SIDA.
Il s’agit ici de questionner le parallélisme qui existe entre la conscience
sanitaire des acteurs et leur niveau de connaissance vis-à-vis du VIH/SIDA. Ce
questionnement nous permettra de nous rendre compte du rapport que construit
le niveau de connaissance des acteurs vis-à-vis du VIH/SIDA. A cet effet, nous
avons reparti les enquêtés en fonction du mode de transmission de la maladie.
Tableau 1 : Répartition des enquêtés en fonction des modes de transmis-
sion du VIH/SIDA.

Mode de contamination du VIH/SIDA Effectif Pourcentage


Multi partenariat 89 95,70%
Acte sexuel non protégé 78 83,87%
Coupure d’ongle par les coupeurs d’ongles ambulants 23 24,73%
Transfusion sanguine 81 87,10%
Sorcellerie 14 15,05%
Ne sait pas 03 03,22%
Source : enquête réalisée par nous en 2012

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
83
A l’analyse du tableau ci-dessus, nous constatons que les différents modes de
contamination du VIH/SIDA ne sont pas connus de tous les clients. Les modes de
contamination les plus connus sont ceux relatifs au sexe avec un taux de 95,70%
(multi partenariat) et 83,87% (actes sexuels non protégés), s’en suit ceux relatifs à
la transfusion sanguine avec 87,10%. Cependant, certains patients continuent de
croire que le VIH/SIDA se transmet par la sorcellerie (14 patients, soit, 15,05%) et
d’autres mêmes (03 patients soit, 03,22%) ignorent les modes de contamination
de la pandémie. Un client de 59 ans en provenance de Korhogo est venu s’appro-
visionner en ARV et affirme ceci : « je sais que ce sont les sorciers qui m’ont lancé
un sort au village. Ils pensent pouvoir me tuer et profiter de mes biens parce que j’ai
l’argent. Mais, ils ont fait fausse route. Mon argent, seuls mes enfants vont profiter
avec leur maman. Ils n’ont rien compris » affirme-t-il en ces termes.
Cela vient confirmer l’idée selon laquelle la persistance des comportements
à risques liés au VIH/SIDA résulte du faible niveau de connaissance des popu-
lations. La méconnaissance de la notion de ″santé″ par les enquêtés. Les règles
élémentaires sanitaires qui concourent à la préservation de l’état de santé de
l’individu ne sont donc pas perceptibles dans les habitudes comportementales
de la population. Lorsque l’individu anticipe sur son état de santé en se sou-
mettant à un bilan, il porte un regard sur les maladies en état de latence afin
de pouvoir les traiter en amont. C’est-à-dire, prévenir les maladies.
Cependant, pour arriver aux résultats que nous voulons obtenir, nous avons
fait le choix de l’analyse simultanée des réponses à ces trois questions pour
en cerner les contours pertinents. Les résultats obtenus à l’issue de l’enquête
nous ont permis d’établir le tableau suivant :
Tableau 2 : Répartition des enquêtés en fonction de la régularité de leur
bilan de santé et de leur connaissance en matière du VIH/SIDA.
Régularité du bilan Bilan de santé Bilan de santé Total Pourcentage
de santé régulier irrégulier

Connaissance
du VIH/SIDA par
l’enquêté avant infection
Oui 04 72 76 81,72%
Non 03 14 17 18,28%
Total 07 86 93 100%

Source : enquête réalisée par nous en 2012

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
84
Nous constatons en effet que, sur les 93 personnes ayant répondu à ces deux
questions, 17 parmi elles déclarent ne pas avoir connaissance de l’existence
du VIH/SIDA avant leur infection et ignorent le mode de contamination. Ce
qui représente 18,28% des patients enquêtés. Cette situation nous interpelle
dans la mesure où cette proportion représente environ les 1/5 de la population
enquêtée qui a éventuellement contracté la maladie du fait de son ignorance.
Aussi, (86/93) soit 92,47% des répondants affirment ne pas faire leur bilan
de santé ou encore ne pas le faire régulièrement. Cet état de fait pourrait venir
grossir l’effectif des malades en ce sens que, ne pas avoir une idée sur son état
de santé serait une porte d’entrée aux comportements à risque liés au VIH/ SIDA.

1.2- Conscience sanitaire et Bilan de santé


Le chapitre précédent nous fait état de ce que la conscience sanitaire des
enquêtés rythme avec leur niveau de connaissances générales. Dans la partie qui
va suivre, nous voulons savoir si le niveau d’instruction influe sur la régularité des
bilans de santé qui inclue le dépistage du VIH/SIDA. En effet, l’individu observant
son bilan de santé anticipe sur l’avènement des maladies en état de latence,
ou s’il est informé sur son statut sérologique, celui-ci prendra les dispositions
nécessaires pour maintenir sa santé. Nous avons repartis les enquêtés par niveau
d’instruction et par la régularité de leur bilan de santé (tableau 3).
Tableau 3 : Répartition des enquêtés en fonction de leur niveau d’instruction
et la régularité de leur bilan de santé.

Régularité Bilan régulier Bilan irrégulier Total


des bilans
Niveau
d’instruction
Analphabète 02 34 36
Primaire 01 19 20
Secondaire 02 26 28
Supérieur 02 07 09
Total 07 86 93

Source : enquête réalisée par nous en 2012


A la lecture de ce tableau, le constat qui se dégage est que la quasi-
totalité des patients interrogés (86/93) soit 92,47%, indépendamment de

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
85

leur niveau d’instruction déclarent ne pas faire leur bilan de santé de façon
régulière. Nous pouvons donc déduire que la majorité des patients interrogés
au Centre Médical Nimatoullah ne se soumettent pas à un bilan de santé de
façon régulière. Un jeune de 41 ans, cadre dans une entreprise affirme en
ces termes : «j’ai une assurance couverture maladie qui prend en charge moi,
mon épouse et mes enfants à 80 %. Cependant, la dernière fois que j’ai fait
mon bilan de santé remonte à deux (02) ans. Je revenais d’une mission dans
le cadre du travail et je ne me sentais vraiment pas bien et donc, le médecin
m’a conseillé un ensemble d’examens et c’est suite à cela que j’ai découvert
ma sérologie positive».
Ce constat traduit l’idée selon laquelle la conscience sanitaire des enquêtés
est l’élément qui structure et justifie leur non adhésion aux meilleurs pratiques
sanitaires. Ce qui explique l’augmentation du taux de prévalence du VIH/
SIDA. Pour les individus ayant un niveau d’instruction relativement peu élevée,
l’explication pourrait tenir dans le fait que n’ayant pas eu la chance de poursuivre
des études avancées (ou n’ayant fait aucune éventuellement), ils n’ont pas
eu accès aux informations leur recommandant les conduites à tenir pour faire
face au VIH/SIDA.
Toutefois, il est donné de constater, sur la base des données de l’étude,
que des individus ayant un niveau secondaire et plus, 33/37, soit 89,18%
déclarent ne pas faire régulièrement leur bilan de santé. Cet état de fait tire
son fondement par le fait que les bilans de santé dans nos différents centres
hospitaliers et centres de santé sont relativement coûteux. Ces examens
médicaux ne sont donc pas à la portée de toutes les bourses. Un enquêté
de 38 ans, enseignant au privé, marié et père de deux (02) enfants vivant à
Yamoussoukro affirme ceci : « je fais rarement de bilans de santé parce qu’ils
coûtent excessivement chers. Je fais les examens médicaux que lorsque cela
s’avèrent vraiment nécessaires. Mais, aujourd’hui, c’est compliqué pour moi
parce que si le médecin me le recommande, je suis contraint maintenant de
le faire parce que ma survie en dépend désormais ».
C’est donc dire, bien que l’individu soit instruit, s’il ne dispose pas des
moyens requis pour garantir sa sécurité sociale, celui-ci va à la limite éprouver
des difficultés à faire son bilan de santé, à se soigner. La pauvreté constitue un
facteur à l’origine de la persistance des comportements à risques face au VIH/
SIDA et témoignant d’un déficit de la conscience sanitaire. Ce faible niveau de
conscience sanitaire se traduit dans la réponse qu’ils donnent aux facteurs qui
concourent au test du VIH/SIDA (voir tableau 4).

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
86

Tableau 4 : Répartition des enquêtés selon les facteurs concourant au


test du VIH/SIDA.
Enquêtés
Effectif Pourcentage
Facteurs
concourant au test
Curiosité 17 18,28%

Maladies récurrentes 66 70,97%

Grossesse 06 06,45%
Autres 04 04,30
Total 93 100%

Source : enquête réalisée par nous en 2012


Le tableau nous renseigne que 70,97% des enquêtés ont découvert qu’ils
étaient porteurs du VIH/SIDA parce qu’ils avaient des maladies récurrentes. De ce
fait, c’est à l’issue des examens médicaux recommandés par le médecin traitant
qu’ils ont découvert qu’ils étaient séropositifs. Cela veut dire que la majorité des
patients interrogés ont découvert qu’ils étaient porteurs du virus du VIH/SIDA que
lorsqu’ils ont été malades et que leur état de santé a nécessité des examens
médicaux attestant de leur état sérologique. Cette idée vient corroborer celle
de l’analyse faite plus haut concernant la tendance chez les patients dans leur
passé à ne pas faire régulièrement leur bilan de santé. Par contre, il est à noter
qu’une partie non moins importante de la population étudiée 17/93, soit (18,28%)
a décidé de faire son test de dépistage sur la base de la curiosité ; c’est-à-dire
qu’ils manifestaient le désir de connaître leur statut sérologique.
Cela dénote toutefois l’intérêt que ces individus portent sur la dangerosité
du VIH/SIDA ; c’est dire qu’une partie des individus s’en préoccupent évidem-
ment et cela est un apport appréciable dans la lutte contre cette pandémie.
En plus, 06,45% des enquêtés essentiellement des femmes, ont pris connais-
sance de leur statut sérologique que lorsqu’elles ont contracté une grossesse
et qu’elles ont été soumises au dépistage. Par ailleurs, il faut noter que la
Prévention Transmission Mère-Enfant (PTME) fait partie des compétences
du Centre Médical Nimatoullah. Les femmes enceintes dépistées ou non au
Centre Médical sont systématiquement prises en charge en Consultation Pré-
natale (CPN) lorsqu’elles se présentent. Cependant, 03 parmi les 06 femmes
enceintes affirment venir faire le test parce que la sage-femme le lui a conseillé

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
87
formellement. «Je suis venu faire le test du SIDA parce que la sage-femme
m’a dit que si je le fais et que j’ai le SIDA, je peux sauver mon enfant. Sinon,
je n’ai jamais fait mon test de SIDA. J’ai deux enfants et tout le monde se porte
bien à la maison ainsi que mon mari.» affirme-t-elle.
Ainsi, sur l’effectif des patients, il y a d’une part, la catégorie de ceux qui
perçoivent le VIH/SIDA comme une maladie au même titre que les autres. Cette
catégorie de patients au départ a accepté la maladie (61/93) soit 65,59 % et s’est
engagée à l’assumer sans contraintes et incidences majeures. Et d’autre part,
la catégorie de patients qui considèrent le VIH/SIDA comme un évènement
particulièrement douloureux de leur existence et perturbateur pouvant affecter
leur rapport avec leurs collègues de travail, amis, connaissances et membres
de famille et même compromettre leur avenir parce que ne pouvant plus aller
au travail et assurer leur devenir. Celle-ci a rejeté au départ l’annonce après le
diagnostic. Ceux-ci sont au nombre de 32 soit 34,41%. Dans le chapitre suivant,
nous allons aborder la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

2- Conscience sanitaire et Attitudes des enquêtés vis-à-vis


de la Prise en Charge du traitement antirétroviral
La question essentielle pour l’efficacité à moyen et long terme des antirétro-
viraux demeure celle de l’adhérence au traitement. En effet, une grande part
des résistances et des échecs des ARV est liée à leur condition de prise. La
problématique essentielle est celle de l’arrêt volontaire du traitement par les
patients pour des raison d’effets secondaires récurrents ou abandon volon-
taire parce que sentant son état de santé s’améliorer selon leurs dires. Sur ce
sujet, disons qu’il existe deux catégories de personnes sous traitement : les
nouveaux (ceux qui ont débuté le traitement de zéro (0) à trois (03) mois) et
les anciens patients, c’est-à-dire trois (03) mois et plus). 81/93 représentent
l’effectif des anciens patients, soit 87,10%. Sur cet effectif d’anciens patients,
56/81 affirment que le traitement antirétroviral a amélioré leur état de santé,
soit 69,13% quant 13/81 anciens patients affirment que les antirétroviraux
ont au contraire fragilisé leur état de santé, soit 16,05%. Cela s’explique par
les idéologies et les représentations sociales qu’ils construisent et les motivent
donc à opérer d’autres itinéraires thérapeutiques. C’est pourquoi, ils se sont
orientés vers d’autres types de thérapie notamment la médecine traditionnelle
pour solutionner leur problème. Ceux-ci affirment alterner les deux types de
traitement. (Médecine moderne et médecine traditionnelle).

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
88

Quant aux 06/81 autres, soit 07,41 % essentiellement des anciens malades
qui ont des positions mitigées, ils ne se sont pas véritablement prononcés sur
la question.
Par contre, sur l’effectif restant (12/93) des nouveaux patients, soit 12,90 %
nouvellement sous prophylaxie ARV, 09/12, soit 75,00 % parmi ceux-ci affirment
avoir accepté la maladie parce qu’ils sont prêts moralement et psychologiquement
à entamer le traitement antirétroviral. Ils expriment également leur optimisme
quant à l’amélioration de leur état de santé avec le traitement en cours. Quant aux
03/12 autres réfractaires au traitement, soit 25,00 %, ils expriment leur inquiétude
quant à l’absorption des ARV qui selon eux, n’est pas aisée parce qu’il faut les
absorber tous les jours et à des heures précises.
«J’ai essayé et vraiment c’est difficile. Tous les jours, je dois prendre
mes médicaments sans interruption à des heures régulières et à vie
surtout que je sais que ces comprimés ne peuvent jamais me guérir.
Aussi, je dois mettre ces comprimés dans des petites boîtes autres que
les boîtes des ARV ou dans des sachets et les cacher surtout quand je
dois effectuer un voyage pour ne pas attirer l’attention des gens sur ces″
gros comprimés″. Quand je pense à tout ça, je n’ai même pas le courage
d’avaler ces comprimés. C’est pourquoi, souvent, il arrive d’abandonner
ces comprimés pour un traitement essentiellement traditionnel.».
Cette dépendance des médicaments constitue un obstacle majeur et qu’ils
pensent que ces médicaments ne peuvent pas les guérir parce que leur état
de santé ne s’est pas amélioré depuis leur adhérence au traitement. C’est
pourquoi, ils optent pour le traitement essentiellement traditionnel parce qu’on
leur aurait conseillé des guérisseurs.
De tout ce qui précède, il ressort que, plus de la moitié des patients (72/93)
soit, 87,10% a accepté la prise en charge médicale. Par contre, d’autres sont
réfractaires à la trithérapie (09/93) soit 12,90% de l’effectif total ont recours à
d’autres types de pratiques thérapeutiques.
Nous constatons donc que le traitement antirétroviral a permis d’améliorer l’état
de santé de bien d’enquêtés mais certains enquêtés se rechignent à s’en servir.
Cependant, plusieurs raisons justifient le refus de certains patients à se
soumettre au traitement antirétroviral : (i) la perception de la maladie : le malade
va expliquer à son entourage ses troubles en fonction desquels celui-ci va
l’orienter. En fonction des symptômes formulés par le malade, une maladie
va être nommée et imputée au registre naturel ou surnaturel. Autrement dit,
l’idéologie construite vis-à-vis de la maladie, les représentations sociales vont

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
89
conditionner son orientation thérapeutique. L’individu mal informé ne disposera
donc pas d’un capital social nécessaire pour agir afin de garantir son état de
santé, (ii) la faiblesse de la culture de la prévention. Le faible niveau de culture
savante et la prédominance des savoirs populaires rendent compte de la per-
sistance des comportements à risque. En clair, on note chez les populations
un faible niveau de savoir général responsable du faible niveau de conscience
sanitaire, aux conséquences désastreuses pour le développement général de
l’Afrique et responsable du sous-développement sanitaire en général et de
l’augmentation de la prévalence du VIH/SIDA en particulier. Nous pouvons
donc déduire que c’est le savoir populaire qui conditionne «l’attitude et les
comportements des individus à l’égard de la maladie et tout particulièrement,
à l’égard de la prévention» (Raymond Massé, 1995 : p. 231).

DISCUSSION

Les différents entretiens réalisés à l’Unité VIH/SIDA du Centre Médical


Nimatoullah font apparaître une problématique récurrente qui est celle de la
persistance des comportements à risque et de l’adhérence au traitement anti-
rétroviral dans le processus de Prise en Charge.
En effet, la quasi-totalité des clients interrogés ont un niveau de connais-
sances générales très faible. Ceux-ci ont une méconnaissance de la santé de
façon générale et du VIH/SIDA en particulier. C’est ce qui traduit leur ignorance.
«Au 21ème siècle, ce que l’Afrique doit combattre avant le SIDA, la tuberculose
et le paludisme, c’est l’ignorance : l’ignorance de la valeur intrinsèque de
l’homme noir et de son esprit d’inventivité ; l’ignorance de plusieurs siècles
d’histoire glorieuse et de suprématie triomphante du monde noir, l’ignorance
de ce que le développement est une guerre impitoyable et sans merci. Ce que
nous devrions combattre par-dessus tout, c’est l’ignorance de notre propre
ignorance» (Alain Tailly, 2005 : 36 ).
De ce point de vue, bien de raisons pourraient justifier cette méconnais-
sance du VIH/SIDA de la part de cette population en dépit des campagnes
de sensibilisation. La réponse à cette préoccupation majeure réside dans la
faiblesse de la culture de la prévention. Le peuple africain étant caractérisé
par sa culture et attaché aux respects des valeurs ancestrales, traditionnelles,
cette pratique s’est enracinée à travers le processus de socialisation. Ainsi,
les africains dans leur majorité s’appuient sur ces pratiques socioculturelles
ainsi que les modèles explicatifs et interprétatifs pour rendre compte de leur
maladie et trouver les remèdes y afférant. Par rapport à la pandémie du VIH/

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
90
SIDA, l’Afrique est le continent le plus sinistré avec un taux de prévalence estimé
à 4,4 % en Afrique subsaharienne en 2012 (OMS, 2013, Statistiques sanitaires
mondiales). Cette vulnérabilité est liée au sous-développement du savoir général
qui conditionne la persistance des pratiques à risque pour la santé.
L’éducation reste donc un facteur essentiel de réduction du taux de pré-
valence du VIH/SIDA car comme l’affirme William Easterly, 2008, l’instruction
assure « un monde plus sûr en meilleure santé, plus prospère et respectueux
de l’environnement tout en contribuant simultanément au progrès social,
économique et culturel à la tolérance et à la coopération internationale» et
d’ajouter que l’instruction est « l’un des moyens disponibles pour promouvoir
un développement humain complet et harmonieux et réduire ainsi la misère,
l’exclusion, l’ignorance, l’oppression et la guerre ».
La plupart des enquêtés (70,97 %) affirment connaître leur statut de
sérologie positive suite à des maladies récurrentes et la « peur » de certaines
femmes à connaître leur statut sérologique réside dans la représentation sociale
que les individus se font du VIH/SIDA qui conduit à la discrimination parce que
le VIH/SIDA reste et demeure une maladie chronique, stigmatisante. Malgré
cette justification, il faut noter la précarité de l’estime de soi sanitaire de ces
femmes. Elle est considérée comme une maladie qui affecte l’identité sociale
de l’individu. Vue sous cet angle, elle est donc une maladie de déconstruction
de l’identité sociale de l’individu.
Cependant, il est aujourd’hui recommandé aux femmes enceintes de se
soumettre au dépistage du VIH/SIDA et donc de s’informer sur leur état séro-
logique afin de protéger leur vie et préserver celle de leur progéniture.
Au regard de ces résultats, nous pouvons dire que les analyses faites plus
haut appellent à deux réflexions majeures : (i) soit, l’Ivoirien dans sa globalité
s’adonne de façon précoce à l’activité sexuelle. Dans ce cas de figure, il expose
sa vie et celle des autres s’il ne prend pas les précautions nécessaires pour
éviter la contamination. Cependant, s’il a conscience et connaissances des
facteurs pouvant concourir à la contamination du VIH/SIDA et les maladies
dérivées, il peut l’éviter à travers des attitudes et comportements responsables
qu’il adoptera lui-même. (ii) dans le second cas de figure, une frange de la
population est née déjà contaminée par le virus du SIDA du refus de certaines
femmes enceintes à se soumettre au test de dépistage. Nous pouvons inter-
préter cet état de fait comme l’enfant est né d’une mère séropositive parce
qu’elle n’a pas été soumise au dépistage pendant sa grossesse. Soit, elle a été
dépistée séropositive mais, la prise en charge de la transmission mère-enfant

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
91
n’a pas été suivie correctement par la mère où, elle a été dépistée négative
pendant qu’elle était enceinte, mais, s’est contaminée pendant le processus
de sa grossesse par manque de respect scrupuleux des règles et moyens
permettant d’éviter la maladie.
De tout ce qui précède, nous pouvons déduire que la cause fondamentale
de la persistance du taux de prévalence du VIH/SIDA est liée au faible niveau
de conscience sanitaire des acteurs. Cette situation est ressentie aussi sur
l’annonce du diagnostic. En effet, l’annonce du VIH/SIDA au patient est une
épreuve difficile parce que considéré comme maladie incurable et chronique.
Aussi, sa perception diffère d’un individu à un autre en fonction des idéologies
qu’ils s’en font. C’est donc une étape très importante pour le suivi médical car
si elle est mal gérée, elle compromet le processus.
Aussi, étant donné que les Africains dans leur majorité ont une culture
traditionnelle parce qu’attachés la tradition, ceux-ci interprètent la maladie
comme provenant d’une sanction divine, d’une infraction à des règles sociales.
A cet effet, dans leurs écrits, Dedy Séri et Tapé Gozé (1994) considèrent la
maladie comme la conséquence de rupture de cet équilibre à la suite de la
transgression de certains interdits et comportements jugés hors normes. Ils
poursuivent en donnant une autre représentation que se font les Africains de
la maladie. Pour ceux-ci, le fait de tomber malade résulte d’un sort jeté par
les parents ou toute autre ennemie extérieur en sorcellerie. Ceci constitue
l’une des causes justificatives de la maladie. Cet état de fait peut justifier le
comportement des enquêtés à ne pas poursuivre la prise ne charge. La culture
dans une certaine mesure constitue un obstacle majeur à la prise en charge
des PVVIH/SIDA. Donc, à l’augmentation du taux de prévalence du VIH/SIDA.
En rapport à cette dimension culturelle, le comportement des enquêtés est
justifié par la pauvreté qui reste un facteur qui entrave le processus de prise
en charge, donc favorise l’augmentation du taux de prévalence du VIH/SIDA
dans la mesure où certains enquêtés affirment ne pas disposer de moyens
financiers conséquents pour se soigner. L’attitude de ces enquêtés est justifiée
dans la mesure où l’indice de pauvreté en Côte d’Ivoire en 2008 nous indique
qu’il était de 48,94 % contre 34,4 % en 2002. Et qu’en moyenne, un Ivoirien
sur deux (1/2) vit dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire, ayant une dépense de
consommation journalière inférieure à 1 dollar (Environ 661 FCFA), (INS, 2008).
La même source stipule que 70 % de la population éprouve des difficultés
pour se nourrir quand 68% a du mal à se soigner. L’activité économique a

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
92
globalement baissé et 67 % des ivoiriens ont vu leur revenu régresser. C’est
donc dire que les coûts des prestations médicales en Côte d’Ivoire ne sont pas
en phase avec le niveau de vie des populations. Ainsi donc, la pauvreté reste
un déterminant important à l’origine de l’augmentation du taux de prévalence
du VIH/SIDA en Côte d’Ivoire.
Aussi, pour (Gilles Bibeau, 1978), toutes les civilisations ont produit chacune
leur culture populaire, à côté de la culture savante. Mais le développement de
celle-ci ne s’est pas toujours réalisé au même rythme partout. Certes, « les sys-
tèmes médicaux font ultimement reposer dans toutes les cultures leurs théories
de la maladie sur une base biomédicale (…). Cependant, la référence naturaliste
ne constitue pour toutes les médecines qu’une base dans la mesure où chacune
construit là-dessus un édifice original qui intègre des éléments de la culture sociale
et une symbolique particulière ». Cela veut dire que la rationalité humaine est une
rationalité limitée par de multiples contraintes cognitives et symboliques (Raymond
Massé, p. 273) : la situation de l’Afrique permet de vérifier cela. En effet, comme
on le constate, le continent africain a subi plusieurs mutations : la traite négrière,
ensuite la domination coloniale, enfin la mondialisation en cours. Or, ces phases
de l’histoire n’ont pas véritablement contribué à l’essor scientifique, économique,
social et culturel de ce continent, elles les ont plutôt assujettis les rendant dépen-
dant vis-à-vis de l’occident.
C’est donc à cause de la situation de précarité historique que traverse l’Afrique
depuis des siècles, et surtout à cause des embargos scientifiques (Joseph Ki-
Zerbo, 2003) que l’Afrique accuse aujourd’hui un retard dans la mise en place
d’une véritable culture de la science. Il est normal que le passage de la société
traditionnelle à la modernité se fasse difficilement pour la raison que « la société est
histoire. Elle est constamment engagée dans un mouvement historique, dans une
transformation d’elle-même, de ses membres, de son milieu, des autres sociétés
avec lesquelles elle est en rapport. Elle suscite, subit ou accueille sans cesse des
forces externes ou internes, qui modifient sa nature, son orientation, sa destinée.
Que ce soit d’une manière brusque, lente ou imperceptible, toute société connaît
chaque jour des changements, qui sont plus ou moins en harmonie avec son passé
et suivent un dessein ou un projet plus ou moins explicite. La société n’est donc
pas seulement action sociale d’une pluralité de personnes ; elle ne se réduit pas
non plus à une forme ou l’autre d’organisation sociale. Elle est aussi mouvement
et changement d’une collectivité à travers le temps » (Guy Rocher, 1970 : 5 ).
Les insuffisances actuelles de la culture de la prévention prennent donc leur
source dans la profondeur historique de la domination subie. C’est pourquoi le

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
93
fossé qui existe entre la rationalité populaire et la rationalité médicale doit donc
être attribué à l’environnement et au contexte historique. Si toutes les sociétés
humaines en tant que systèmes luttent contre la maladie ; et si, à un moment
donné de son histoire, une société donne l’impression qu’elle ne veille pas à sa
santé, on doit tout simplement interroger l’environnement social, économique,
politique et culturel. Aussi, le niveau de savoir est un produit de l’histoire, qui
détermine à son tour le niveau de conscience sanitaire et les comportements
à risque. Ce sont donc les comportements des individus qui rendent compte
du déficit de conscience sanitaire des individus, donc des comportements à
risque liés à leur état de santé.
Ces comportements qui ont cours dans la société sont suscités par des
facteurs plus ou moins tangibles influençant les individus favorisant ainsi des
comportements à l’égard de la maladie et tout particulièrement à l’égard de la
prévention les rendant vulnérables. C’est ce savoir populaire qui conditionne
plus ou moins fortement «l’attitude et les comportements des individus à l’égard
de la maladie et tout particulièrement, à l’égard de la prévention».
Pour Dedy Séri (2010), «cette faiblesse de la culture de la prévention
s’explique donc par l’histoire de ce continent dont le savoir médical a connu
un progrès limité par rapport au savoir populaire. Il en fut ainsi parce que c’est
toujours le développement de la connaissance expérimentale qui impulse un
niveau de savoir général, lequel se traduit par un niveau de conscience sani-
taire». C’est pourquoi, il affirme que «le retard du développement sanitaire de
l’Afrique tire son explication première dans la méconnaissance de la santé par
les peuples africains». C’est ce savoir populaire qui conditionne plus ou moins
fortement «les attitudes et les comportements des individus à l’égard de la
maladie et tout particulièrement, à l’égard de la prévention».
Gilles Bibeau (1978) affirme que toutes les civilisations ont produit chacune
leur culture populaire, à côté de la culture savante. Mais, le développement
de celle-ci ne s’est pas toujours réalisé au même rythme partout. Certes, «
les systèmes médicaux font ultimement reposer dans toutes les cultures leurs
théories de la maladie sur une base biomédicale. Cependant, la référence
naturaliste ne constitue pour toutes les médecines qu’une base dans la mesure
où chacune construit là-dessus un édifice original qui intègre des éléments de
la culture sociale et une symbolique particulière ».
L’Afrique est donc un contient historiquement bloqué parce que dominé. Il
est donc évident que l’Afrique accuse un retard du point de vue de la connais-
sance, du développement scientifique au détriment de l’Europe.

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
94

CONCLUSION
Au terme de notre étude, force est de constater que trois décennies envi-
ron (1985-2015), (30 ans), depuis son apparition, la problématique de la lutte
contre le VIH/SIDA est au cœur des débats en santé publique dans le monde
et particulièrement en Côte d’Ivoire. Ce pays comptant parmi les plus durement
sinistrés par la pandémie en Afrique Subsaharienne n’est pas restée en marge
de cette lutte. Elle a tout mis en œuvre pour solutionner la problématique du
VIH/SIDA. Mais, en dépit de tous ces efforts mobilisés tant sur le plan humain
que matériel, l’on constate que des individus continuent de persister dans leurs
comportements à risque face aux VIH/SIDA, favorisant ainsi l’augmentation
du taux de prévalence.
L’étude réalisée avait pour objectif de nous interroger sur la prééminence
de la conscience sanitaire dans la réduction de la propagation du VIH/SIDA. Il
ressort de cette étude que le comportement des individus est influencé par le
faible niveau de connaissances en général, la méconnaissance de la santé, la
culture, la pauvreté, l’ignorance et les contingences historiques. Les Africains
n’ont pas développé une véritable culture de la science ce qui rend compte du
sous-développement sanitaire de ce continent. Ce sont autant de causes dites
profondes qui rendent compte du faible niveau de conscience sanitaire des
populations ivoiriennes. Cependant, nous venons de montrer que la conscience
contribue à réduire le taux de prévalence du VIH/SIDA. D’où la nécessité de
sa promotion conformément à la Déclaration de Ouagadougou et aux recom-
mandations de la Commission des Déterminants Sociaux de l’OMS (DSS).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Alami, S, alii. (2013), Les méthodes qualitatives, PUF. Collection : que sais-je ?, 2ième
édition, Paris, 128 pages.
Attali, J. (1988), Au propre et au figuré : une histoire de la propriété. Nouvelles Etudes
Historiques, Fayard, Paris 456 pages.
Bibeau Gilles, (1978). «L’organisation Ngbandi des noms de maladie», article publié
dans la revue Anthropologie et Sociétés, 8, vol 2 ; N° 3. pp. 83-116. Numéro inti-
tulé: Ethnomédecine et ethnobotanique. Québec : département d’anthropologie de
l’Université Laval
Blibolo, A.D. (2002), Sida et ONG en Côte d’Ivoire : Sociogenèse d’une redynamisation
et d’un changement d’orientation stratégique. In Revue Ivoirienne d’Anthropologie
et de Sociologie, KASA BYA KASA, n° 3. EDUCI. Pages 66-82. 198 pages.

© EDUCI 2015 Rev. ivoir. anthropol. sociol. KASA BYA KASA, n° 28, 2015
Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA
95
Bombereau, G. (2005), Représentation sociale du VIH/SIDA en Guadeloupe et recom-
mandations à l’usage de la santé publique. La peur ou la mort dans l’âme dans les
Antilles Françaises. Thèse de Doctorat en cotutelle présentée à l’Université de Laval,
Québec dans le cadre du programme de doctorat en didactique pour l’obtention du
grade de philosophie Doctor (ph.D.), 396 pages.
Conseil National de lutte contre le SIDA (2012), Secrétariat National, suivi de la décla-
ration de la politique sur la SIDA. République de Côte d’Ivoire. Consulté le Lundi 01
Juillet 2013. Côte d’Ivoire-statistiques-mondiales.com. (2013). Disponible sur www.
statistiques-mondiales.com › Afrique.
Dedy Séri (2010), «Culture, histoire et santé : la conscience sanitaire comme com-
posante de développement de l’Afrique». Colloque international pluridisciplinaire,
Yamoussoukro, Côte d’Ivoire. 24 pages.
Dedy Séri et Tapé Gozé (1994), Jeunesse, sexualité et SIDA en Côte d’Ivoire : le cas d’Abidjan.
Delaunay, K. (1997), Représentations sociales et culturelles du sida. Paris (France),
ANRS ; ORSTOM, 1997, p. 69-75. (Sciences Sociales et SIDA). ISBN 2-91143-10-4.
Consulté le Mercredi 02 Novembre 2011. Disponible sur www.documentation.ird.fr/
exl-doc/plein_textes/…06/01001044.pdf.
Dortier, J.F (2004), Dictionnaire des sciences Humaines. Auxerre. Editions sciences
Humaines. 875 pages.
Easterly, W. (2008), Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ? Nouveaux Hori-
zons – ARS, Paris. L’édition originale de ce livre a été publiée aux Etats-Unis sous
le titre ″the elusive Quest for Growth″ par the MIT Press. Massachusetts Institute
of Technology. Page 94 ; 397 pages.
Fonds national de lutte contre le Sida (2009), Résumé analytique du rapport REDES
2006, 2007, 2008. Consulté le samedi 05 février 2011. Disponible sur http://www.
planetoscope.com/mortalite/354-deces-dus-au-sida-dans-le-monde.htm
Institut National de la Statistique (INS) (2008). Enquête sur le niveau et les conditions
de vie des ménages. Juin, Septembre, Abidjan, Côte d’Ivoire.
Joseph Ki-Zerbo. (2003), A quand l’Afrique ? Presses Universitaires d’Afrique, Ruisseaux
d’Afrique, Sankofa et Gurdi. Editions d’en bas, 197 pages.
Lardja, K. (2011), Des représentations sociales du VIH/sida à la construction de l’iden-
tité séropositive : analyse de discours en pays Moba. Soutenance de thèse de
Doctorat en sociologie, démographie. Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense.
444 pages.
Massé, Raymond, (1995), Culture et santé publique. Les contributions de l’anthropologie
à la prévention et à la promotion de la santé, préface du professeur Gilles Bibeau,
Gaéton Morin, Editeur, Montréal, Paris-Casablanca, 472 pages.
Memon, F. (2014), Modalité de recours aux systèmes de santé publique en Côte
d’Ivoire : le cas du District sanitaire d’Agboville. Thèse Unique de Doctorat, IES-
Abidjan. (Côte d’Ivoire). 360 pages.
96

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...


Rev. ivoir. anthropol. Sociol. KASA BYA KASA

Ministère de la Lutte contre le Sida (2008), rapport national, suivi de la


déclaration
d’engagement sur le VIH/SIDA (UNGASS), p.9 ; 47 pages.
Ministère de la Santé de l’Hygiène Publique et de la lutte contre le SIDA (ND),
Politique sanitaire en Côte d’Ivoire. Consulté le Lundi 02 Avril 2012.
Disponible sur : www. placesanté.com
Mucchielli, A (1995), Psychologie de la communication. Paris, Presse Universitaire
de
France. 266 pages.
Ndoumba, M. G. (2004), Ces noirs qui se blanchissent la peau. La pratique du «
maquil-
lage» chez les congolais. Paris, l’harmattan. 124 pages.
ONUSIDA (2006), Rapport sur l’épidémie mondiale du VIH/SIDA. Prévention
globale.
Résumé d’orientation, programme commun des Nations Unies sur le
VIH/SIDA.
28 pages.
ONUSIDA, (2012), Enquêtes sur les Indicateurs du SIDA
Organisation Mondiale de la Santé (1979), Formation de stratégies en vue de
l’ins- tauration de la santé pour tous d’ici l’an 2000 : série « Santé pour tous »
N° 2, réimpressions 1980,1982, 1984. Ed, Genève. 60 pages.
Organisation Mondiale de la Santé (2005), Statistiques Sanitaires Mondiales.
Rocher, G (1970), Le changement social. Anthropologie Sciences humaines,
Seuil, Paris 6. Page 5; 318 pages.
Organisation Mondiale de la Santé (2013), Le VIH/SIDA en Afrique
Subsaharienne : le point sur l’épidémie et les progrès du secteur de la santé
vers l’accès universel, rapport de la situation 2011, 23 pages.
Organisation Mondiale de la Santé (2013), Une masse d’informations sur la
santé
Publique Mondiale, page 128, OMS, 172 pages. Consulté le samedi 03
Août
2013:09h06.Disponible sur
http://www.who.int/gho/publications/world_health_sta- tistics/2013/fr/
Tailly, A. (2005), La comédie du développement. Presse des Universités de Côte
d’Ivoire
(PUCI).P.36 ; 95 pages.
Weber, M. (1997), Economie et Sociétés, tome 1 : les catégories de la sociologie,
Paris, Plon/Agora, traduction de Julien Freund, pp. 28-29, 35, 48-52 et 55-57.

OUATTARA A et DAYORO Z A K. Expression de la conscience sanitaire dans la réduction ...