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La politique budgétaire au Maroc, un Joker du

Gouvernement Benkirane : À quel dosage ?


LE CERCLE. Au Maroc, la politique budgétaire reste un des moyens
d’impact sur la croissance où d’autres instruments de politique
économique perdent de leur efficience économique dans une économie de
plus en plus globalisée et extravertie (politique monétaire, politique de
change, politique douanière... etc.). À quel dosage, cet instrument
budgétaire peut être efficient et secréter des effets économiques positifs ?
En matière de politique économique, les politiques budgétaires constituent des leviers puissants pour caler et
stabiliser les fluctuations conjoncturelles spontanées de l’économie nationale. Cette puissance tient notamment aux
effets multiplicateurs des dépenses et des recettes qui, en théorie, autorisent une forte accélération du produit
intérieur en période de récession ou freinage rapide de la production en période d’inflation.

Au Maroc, la politique budgétaire est, plus que jamais aujourd’hui, la trame vitale et cruciale de la vie économique,
sociale et politique. Elle l’est plus encore quand les éclairages de la croissance sont en débrayage économique et en
perte de vitesse ; c’était le cas dans l’année écoulée et c’est ainsi au début de l’année 2014.

L’allure et la configuration de la loi de Finances 2014 au Maroc révèlent que les choix du gouvernement sont
tiraillés et écartelés entre sa prédilection pour un minuscule déficit public et son inquiétude d’une infime croissance
économique avec des taux de chômage élevés et le risque d’aggravation des remous sociaux. Les enjeux de
l’argentier du Royaume sont clairs : comment amplifier la croissance et maîtriser ses corollaires en termes de
déficit et d’endettement ?

Dans l’anticipation d’une croissance atrophiée de l’activité économique autour d’une tendance de moyen terme,
une politique budgétaire discrétionnaire s’avère peu efficace pour défroisser les ondulations de ses effets négatifs
sur la croissance, notamment à cause de son manque de souplesse. Dans ce cas, l’effet contra cyclique, via le
mécanisme des stabilisateurs budgétaires automatiques se révèlent plus aptes à rectifier, au moins partiellement, les
déséquilibres transitoires.

Au regard des finances publiques fortement déséquilibrées jalonnées par un déficit budgétaire de 7,6 % du PIB, le
Team Benkirane est à la quête d’une compression du déficit public à travers deux leviers : en coupant dans les
dépenses comme c’était le cas dans la fameuse coupe budgétaire de 15 milliards DH qui aurait été allouée aux
dépenses d’investissement en 2013 ou en augmentant les impôts comme c’est le cas dans les rubriques de recettes
de la Loi de Finances de 2014. Cependant, dans une conjoncture de marasme économique, cette stratégie s’avère
contre-productive en raison du multiplicateur des dépenses publiques : lorsque la conjoncture est en ralentissement,
les ménages et les entreprises sont souvent réticents à consommer et à investir. Dès lors, le seul agent économique
capable de dépenser est l’État. Le multiplicateur des dépenses publiques est par conséquent beaucoup plus élevé en
période de ralentissement ou de récession qu’en phase de croissance.

Dès lors, une baisse trop rapide des dépenses publiques dans ce contexte de ralentissement économique peut
paradoxalement appesantir et lester les ratios du déficit et de dette en provoquant une convulsion encore plus forte
du PIB. Non seulement le ralentissement peut se prolonger par une récession, mais l’objectif escompté de la baisse
des dépenses publiques (réduire le déficit au prorata du PIB) n’est pas atteint. Diminuer les dépenses publiques
lorsque les ménages et les entreprises cherchent avant tout à se désendetter ou à accumuler de l’épargne
précautionneuse est donc inefficient.
Pour maîtriser la régulation des dépenses, il est nécessaire de disséquer l’efficacité de chaque catégorie de dépense
publique pour identifier et agir sur les grands postes où le niveau de dépenses est trop élevé ou trop faible.

Tenant compte de ces principes, la conduite de la politique budgétaire sera confrontée à certaines apostrophes
économiques : l’État peut-il renforcer sa crédibilité, sa force et ses impulsions dans différents domaines de la
dépense publique, en singulier ceux qui ont un lien avec la formation d’une offre compétitive à long terme, c’est-à-
dire dans les vecteurs de l’enseignement, la formation du capital humain, les infrastructures, les industries ?

L’État parviendra-t-il à mieux gérer ses préemptions économiques, plus particulièrement dans le financement des
infrastructures économiques et sociales, de l’agriculture, des aides aux activités économiques et aux entreprises
publiques ?

Dans le contexte d’aujourd’hui, le choix qui devait s’imposer au Gouvernement Benkirane est d’impulser une
inversion d’une tendance longue en privilégiant les dépenses d’équipement. On peut tout à fait justifier une
politique budgétaire volontariste si le déficit financé par emprunt correspond à des dépenses d’équipement utiles ;
la structure des dépenses de fonctionnement est corrigée pour tenir compte des priorités nouvelles ; les
Établissements publics agissent davantage en connivence avec l’État ; les dépenses des secteurs sociaux sont mieux
étudiées et négociées.

La politique budgétaire, somme toute, reste un des moyens d’impact sur la croissance et elle est loin d’être
négligeable à un moment où d’autres instruments de politique économique (politique monétaire, politique de
change, politique douanière) perdent de leur efficience économique et capacité d’action dans une économie de plus
en plus extravertie et ouverte sur l’extérieur.

Les apostrophes qui doivent interpeller le Gouvernement Benkirane pour que la politique budgétaire soit probante
et secrète ses fruits économiques : comment procéder pour que les dépenses publiques boostent et propulsent la
croissance avec des répercussions positives sur les recettes fiscales, les exportations et l’emploi ? Comment
effectuer un assainissement financier évolutif pour déplisser et polir, dans le temps, les effets négatifs de la
politique budgétaire sur la croissance et prendre parallèlement des mesures structurelles dont les effets positifs sur
la croissance se répercuteront sur les finances publiques ?

C’est, in fine, tout le dosage nécessaire entre la politique budgétaire et la politique monétaire, ainsi que la posologie
entre la politique budgétaire et les autres formes de politique économique, en particulier les politiques structurelles
(politique commerciale, politique industrielle, politique de la concurrence, politique d’innovation et
recherche&développement).

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