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propriétés hydrauliques

et mécaniques
des sols non saturés
par
Pr. Silvan Andrei
Laboratoire de Mécanique des Sols
Université de Constantine
et Institut de Construction
Bucarest, Roumanie

PROPRIETES HYDRAULIQUES ET MECANIQUES HYDRAULIC AND MECHANICAL PROPERTIES


DES SOLS NON SATURES OF NON SATURATED SOILS
L'élément essentiel qui conditionne les propriétés The essential element which influences the
des sols non saturés est l'existence d’une pression properties of non saturated soils is the existence of
interstitielle négative (succion), due à l'interaction negative pore pressure (suction) due to the inter­
entre les trois phases constituant le sol, qui carac­ action between the three phases constituting the
térise la capacité de rétention de ce corps hydro­ soil, which characterizes the retention capacity of
phile. this hydrophilous body.
Dans la première partie de l'exposé sont pré­ In the first part of the report the author presents
sentés les résultats des recherches concernant la research results concerning the water retention
capacité de rétention de l'eau par les sols et capacity of soils and especially methods used to
notamment les méthodes utilisées pour établir la define the retention curve, its analytical expression,
courbe de rétention, son expression analytique, les energy tranfers linked to wetting-drying, the use of
transferts d’énergie liés aux mouillages-séchages, the retention curve to forecast the effects of diffe­
l'utilisation de la courbe de rétention pour prévoir rent drying processes.
les effets des différents procédés d'assèchement. The second part is devoted to the influence of
La deuxième partie est consacrée à l'influence de suction on the movements of water in non-saturated
la succion sur les mouvements de l'eau dans les soils: seepage, drainage, moisture rising by capil­
sols non-saturés : l'infiltration, le drainage, l'ascen­ larity, migration of water towards the roots of
sion capillaire, la migration de l'eau vers les racines plants, methods to forecast the equilibrium distri­
des plantes, les méthodes pour prévoir la distribu­ bution of water content under waterproofing coating.
tion d'équilibre de la teneur en eau sous les For non saturated soils for which there is no
revêtements imperméables. univocal correlation between the state of compac­
Pour les sols non saturés, pour lesquels II n'existe tion and the state of humidity, characteristic for
pas de correspondance univoque entre l’état de saturated soils, the properties are influenced at the
serrage et l’état d’humidité caractéristique, pour les same time by the porosity and the water content.
sols saturés, les propriétés sont conditionnées en For this reason the final section of the paper out­
même temps par la porosité ainsi que par la teneur lines the methodology for research on the influence
en eau. Pour cette raison, on présente dans la der­ of these two parameters on hydraulic properties
nière partie de l'exposé la méthodologie pour l'étu­ (suction, permeability) and mechanical properties
de de l'influence de ces deux paramètres sur les (compressive strength, shear strength and <I> and
propriétés hydrauliques (succion, perméabilité) et c parameters, deformation modulus, etc.) of non
mécaniques (résistance à la compression simple, saturated soils.
résistance au cisaillement et paramètres O et c.
module de déformation, etc.) des sols non saturés.

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Comité Français de Mécanique des Sols

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propriétés hydrauliques et mécaniques
des sols non saturés
par Pr. Silvan ANDREI

1. INTRODUCTION

Il existe beaucoup de régions où, en raison des


conditions climatiques (arides, semi-arides, continen­ et mécaniques des sols non-saturés, à partir des résul­
tales extrêmes), les sols se trouvent la plupart du tats de recherches poursuivies pendant plusieurs
temps en état de non-saturation. années sur une gamme étendue de sols (fig. 1).
En même temps, on doit remarquer que la méca­ On doit mentionner que la plupart des résultats
nique classique des sols s’est occupée principalement obtenus sont valables non seulement pour les sols
des sols saturés et que le comportement des sols mais aussi pour d’autres corps poreux hydrophiles :
non-saturés est moins bien connu. matériaux de construction (béton, briques, matériaux
C’est exactement pour cela qu’on a jugé utile de céramiques) et matériaux soumis au séchage (papier,
présenter cette étude sur les propriétés hydrauliques bois, tourbe, charbon, etc.) [4].

Fig. 1.

2. ETAT DE NON SATURATION. MODE DE REPRESENTATION

Généralement, on définit un sol comme saturé si où


les pores de la matrice constituant le squelette solide
sont remplis par la phase liquide (l’eau). u>sat est la teneur en eau pondérale ;
Dans ce cas, il existe une correspondance univoque n, la porosité ;
entre l’état de l’humidité et l’état de serrage, qui e, l’indice des vides ;
s’exprime par la relation :
(1)

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Pw, et ps, les masses volumiques de l’eau et du correspondant aux masses volumiques des grains de
squelette ; sable (ps = 2.65 g/cm3), silt (p* = 2.70 g/cm3) ou argile
V100, le volume correspondant à une masse de 100 g (ps = 2.72 g/cm3) les valeurs de n et e déduites en
de la phase solide. utilisant les relations (4) et (5).
Puisque les forces d’interaction entre l’eau et le Dans le cas des sols à pores remplis d’eau (Sr = 1),
squelette minéral sont compensées, la pression intersti­ les teneurs en eau à saturation données par la rela­
tielle dans les sols saturés est généralement égale ou tion (1) correspondent à une droite inclinée à 45° par
supérieure à la pression atmosphérique. rapport aux axes et qui rencontre l’axe des ordonnées
p
Les sols sont considérés comme non-saturés si dans (w = 0) au point ; la position de ce point
leurs pores se trouve de l’air ; ils sont alors des est donc déterminée par la masse volumique des
systèmes triphasiques (fig. 2). grains.
En tenant compte de la définition du degré de
saturation et de la relation (1) on
obtient :
(6)
ou
(6’)
Fig. 2. Faisant l’hypothèse que ps est constante, on obtient
pour les valeurs rondes de Sr un faisceau de droites
concourantes passant par ,le meme- point · /„ 100\
Dans ce cas, la correspondance univoque (1), men­ sur l’axe des ordonnées, qui se confond avec le point
tionnée plus haut ne subsiste pas, c’est-à-dire qu’à une d’intersection de la droite de saturation avec cet axe.
même porosité peuvent correspondre une infinité de Sur l’abaque sont représentées en ligne interrompues
teneurs en eau en fonction du degré de remplissage les droites d’égales Sr (0.1, 0.2, 0.3 jusqu’à 0.9) corres­
des pores par l’eau (degré de saturation, Sr) ou qu’à pondant à la valeur de la masse volumique des grains
une même teneur en eau le sol peut avoir différentes ps = 2.68 g/cm3.
porosités. Sur l’abaque, on peut représenter aussi la teneur en
Comme les propriétés des sols non-saturés sont eau volumique exprimée comme le rapport entre le
déterminées par relations réciproques entre les phases volume d’eau V... et le volume total V100 :
constituantes, pour leur étude, on doit disposer d’un
système de représentation permettant de suivre en (7)
même temps l’influence de l'état de serrage et de
l’état d’humidité. ce qui pour l’axe des abscisses V100= 100 conduit au
Parmi les systèmes qui ont été proposés, à notre ϴ= w ; d’après la relation (7), pour VIOo = 50 on
avis le plus convenable est celui de Fernando Terra- obtient 0 = 0.5 w et on peut tracer ainsi les droites
cina [25] qui a construit un abaque ayant iv en d’égale valeur 0, et compléter de cette manière l’abaque
abscisse et V100 en ordonnée (fig. 3). proposée par Terracina [10].
Dans ce cas, entre la masse volumique sèche pd et La position de chaque point de l’abaque montre
V100, on a la relation : l’état d’humidité et de serrage du sol et est déterminée
par deux des paramètres : w, Sr, n ou e, pd et p ; en
(2) utilisant l’abaque, les valeurs correspondantes des para­
mètres inconnus peuvent être facilement établies.
On peut marquer en ordonnée des valeurs pd et Par exemple, à un sable (ps = 2.65 g/cm3) ayant
tracer des droites horizontales correspondant à des w = 8 % et p = 1.67 g/cm3 correspond le point P
chiffres ronds. de l’abaque, qui se trouve à l’intersection de la
Sur l’abaque, on a représenté aussi les droites in­ verticale menée par b et de la droite inclinée d’égale
clinées d’égale masse volumique humide p correspon­ valeur p = 1.67 g/cm3 menée par a.
dant à la relation : La pente de la droite /, qui lie le point P au point
(3) de l’axe des ordonnées correspondant à la densité des
grains (ps), indique le degré de saturation du sol
D’après cette relation, on peut déduire que sur l’axe Sr = 0.3.
des ordonnées (w = 0) p et pd ont la même valeur. Si on mène par le point P une droite parallèle à
D’après l’expression de la porosité : l’axe des abscisses, on trouve n = 41.6 % et e = 0.71,
sur les échelles de la porosité et de l’indice des vides,
(4) et à l’intersection avec la droite de la saturation,
on trouve wsat = 27 % (c), qui correspond à
et l’indice des vides p = 1.97 g/cm3(h) ; pour ce même point on trouve sur
(5) l’axe des ordonnées V100 = 64.5 cm3 (point d), respec­
tivement pd — 1.55 g/cm3. De même on peut constater
On en déduit que pour une certaine masse volu­ que la teneur en eau volumique correspondant au point
mique des grains (ps) il existe des relations univoques P est 0 = 12.2 %.
entre V]00 et les valeurs n et e. Sur cette base, on a Parmi les abaques proposés par différents auteurs,
tracé à la partie gauche de l’abaque, sur des droites celle de F. Terracina présente certains avantages dus
52
Fig. 3.
Fig. 4.

principalement à la linéarisation des courbes d’égales c’est-à-dire la pente de la courbe de retrait qui inter­
valeurs w, 0, pd, p, V100, Sr. Par conséquent, l’abaque vient dans l’expression de la pression interstitielle u
nous permet de suivre facilement les modifications de des sols non-saturés :
l’état d’humidité ou de serrage du sol sous l’action des u = —h + a .p (8)
différents facteurs naturels ou artificiels. Sur la figure où h est la succion et p la pression extérieure.
4, on peut voir qu’à chaque sol naturel non-saturé de La valeur de œ indique donc dans quelle mesure la
Roumanie correspond un certain « domaine d’exis­ pression appliquée p est transmise à l’eau interstitielle.
tence » (loess deBaragan 1, limonde Bucarest 2, Ainsi, tant que le sol reste saturé α = 1, toute la
argile 3, silt 4, et sable 5, de Ichalnita, ainsiquele
pression est transmise à l'eau des pores, conclusion
sable argileux 6, silt argileux 7, et argile 8, de la
vallée du Danube)[5]. A partir des « domainesd’exis­ qui d’ailleurs est à la base de la théorie de la conso­
tences » des différents sols, établis à l’occasion des lidation des sols cohérents saturés. Au fur et à mesure
études antérieures, on peut par exemple prévoir les que le sol devient non-saturé a < 1, une partie
éventuelles pertubations de l’état dues à l’action de seulement de la pression p appliquée revient à l’eau
certains facteurs [6]. L’abaque donne aussi la possi­ interstitielle, l’autre partie (1 — a) se transmettant au
bilité de contrôler rapidement la correspondance entre squelette du sol. Enfin, dans le domaine des petites
les indices physiques établis par les essais de labo­ teneurs en eau, le sol ne présentant pas de variations
ratoire et de détecter les éventuelles erreurs. de volume (d Vloo = 0), la courbe de retrait est
En Roumanie, l’abaque de Terracina a été utilisée horizontale AV100= 0,. c’est-à-dire que toute la pres­
il y a déjà de nombreuses années [5], [6], [24]. sion revient au squelette. Pour faciliter la détermination
A cette occasion, en dehors des propriétés remarquées du facteur de compression, dans la partie inférieure
par Terracina, on a mis en évidence d’autres possi­ de l’abaque, existe un faisceau de droites d’égale
bilités de cet abaque. Ainsi, on peut représenter sur valeur de a. L’abaque donne aussi la possibilité de
cet abaque la courbe de retrait (V100, w) d’un sol suivre les variations du volume Dans
cohérent (fig. 3.) : tant que le sol reste pratiquement
saturé, la courbe de retrait est une ligne droite paral­ ce but, sous la droite de saturation on trace les
lèle à la droite de saturation, inclinée à 45° par droites correspondant aux différents pourcentages de
rapport aux axes de coordonnées ; au moment où la variation du volume [10], Ainsi, on peut, par
l’air pénètre dans les pores, la droite devient une exemple, suivre facilement les modifications de l’état
courbe à concavité tournée vers le haut qui s’éloigne de serrage pendant l’essai oedométrique. Par exemple,
de la droite de saturation et tend vers une droite entre l’état initial (M) et l’état final (M’) correspond
parallèle à l’axe des abscisses pour les teneurs en une modification de volume de 14 %.
eau réduites. On doit remarquer que, pour l’étude systématique
La détermination expérimentale de cette courbe par des sols non-saturés, l’abaque ouvre des possibilités
la méthode de la projection optique [4], [13] donne la qui jusqu’à présent n’ont pas été entièrement
possibilité de calculer le facteur de la compression a, exploitées.

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3. INTERACTION ENTRE LES PHASES CONSTITUANTES ET LES PROPRIETES DU SOL

L’élément essentiel qui conditionne les propriétés


des sols non-saturés est l’existence d’une pression
interstitielle négative (succion), due à l’interaction
entre les trois phases constituant le sol, qui caracté­
rise la capacité de rétention des corps hydrophiles.
Pour comprendre, donc, la capacité de rétention de
l’eau dans les sols, on doit analyser un peu les phéno­
mènes d’interaction.
La capacité de rétention des sols sableux est déter­
minée par le déficit de pression (succion au-dessous)
des ménisques capillaires (fig. 5). D’après la loi de
Laplace, plus le rayon (r) du ménisque est petit
(échelle des dimensions, fig. 6), plus la succion est
grande (échelle des énergies, fig. 7) 3].
(9)
La capacité de rétention des sols argileux est déter­
minée par les propriétés d’adsorption de la paillette
d'argile. Les théories les plus modernes conduisent à
représenter les paillettes d’argile avec des charges
négatives sur les grandes faces et des charges positives
sur les petites (fig. 8). Certains ions sont attirés et
retenus à proximité immédiate de la paillette en consti­
tuant une couche de contre-ions ; par le jeu de mêmes
charges électriques, d’autres ions hydratés sont main­
tenus à certaines distances par rapport à la paillette
constituant ce que l’on nomme la couche diffuse.
C’est ainsi que l’on explique [4] la présence à proxi­ Fig. 5.
mité de la paillette d’une couche d’eau adsorbée,

Fig. 6.

constituée par une auréole d’ions et de molécules adsorbée est plus ou moins restreinte par comparaison
dipolaires d’eau ; plus la distance des ions ou dipôles à celle de l’eau libre ; de ce point de vue, les dipôles
par rapport à la paillette est petite, plus les forces qui d’eau adsorbée ont une situation intermédiaire entre
conduisent à leur rétention sont grandes et empêchent ceux de l’eau liquide et ceux de la glace. On dit que
leurs mouvements cinétiques. Par conséquent, la liberté l’énergie libre de l’eau adsorbée est plus petite que
de mouvement des constituants de la couche d’eau celle de l’eau libre. La diminution de l’énergie libre se
55
Fig. 7.

traduit par la transformation d’une partie d’énergie


cinétique des molécules d’eau en chaleur de mouillage.
A la périphérie de l’eau adsorbée, il existe un
échange continu entre les ions et les dipôles de la
couche diffuse et ceux de l’eau libre, c’est-à-dire un
équilibre dynamique.
L’épaisseur de la couche d’eau adsorbée dépend
dans une large mesure de la nature et de la charge

électrique des ions. Plus ces charges sont grandes, plus


la charge électrique totale de la paillette est compensée
par un nombre moins important d’ions ; par consé­
quent, l'épaisseur de la couche d’eau adsorbée est plus
réduite.
Par exemple, les couches constituées avec des ions
monovalents (Li+, Na+, K+) sont plus épaisses que
celles des ions bivalents (Ca2+, Mg2+) et beaucoup
plus que celles des ions trivalents (AI3+, Fe3+).
L’intensité des forces avec lesquelles les ions et les
dipôles d’eau sont attirés s’accroît rapidement avec la
diminution de leurs distances par rapport à la surface
de la paillette. A proximité immédiate de cette surface,
l’eau est soumise à des pressions énormes (environ
10 000 bars) qui modifient des propriétés en les appro­
chant de celles d’un solide.
Comme montré ci-dessus, plus la molécule d’eau se
trouve à proximité de la paillette, plus les forces de
liaisons sont grandes, sa mobilité est réduite et son
énergie potentielle est diminuée par rapport à celle de
l’eau libre (fig. 8). Par conséquent, si on met en
Fig. 8.
contact l’eau libre avec une couche d’eau adsorbée,
11 y aura migration d’eau vers la paillette (fig. 9) qui
a tendance à compléter sa couche d’eau adsorbée.
56
Fig. 11.

Le retrait et le gonflement, sont des conséquences


de la modification de l’épaisseur des couches d’eau
adsorbée (fig. 11) et du réarrangement des particules
d’argile.
D’une manière analogue, on peut expliquer les
autres propriétés des sols. Par exemple, les sols ayant
de grosses couches d’eau adsorbée présentent de
minces sections de pores occupées par l’eau libre
Ffg. 9. (fig. 12 a) et, par conséquent, présentent de faibles
perméabilités. Dans les argiles actives, ayant des
porosités très réduites, le mouvement de l’eau peut
commencer seulement si le gradient hydraulique
La paillette ayant une couche incomplète va exercer dépasse une certaine valeur i0 — gradient hydraulique
une succion sur l’eau libre (fig. 9 b) ; par conséquent, initial — suffisante pour débloquer les bouchons d’eau
dans les sols non-saturés — ayant les courbes adsor- adsorbée qui obturent les pores (fig. 12) [4].
bées incomplètes — existe un déficit de pression par
rapport à la pression atmosphérique, c’est-à-dire une
succion. Plus l’épaisseur de la couche est petite par
rapport à l’épaisseur maximale possible, c’est-à-dire
plus la teneur en eau est petite, plus la succion qui se
manifeste à la périphérie de la couche sera grande
(fig. 9 c).

Fig. 10. Fig. 12.

D’une manière similaire, on peut expliquer les


effets du gradient thermique ou électrique sur les
De même, l’existence du complexe d’adsorption propriétés du sol.
enveloppant la paillette argileuse facilite l’établis­ Tout ce que l’on a montré plus haut témoigne que
sement des ponts de liaison constitués par les ions, seule la connaissance des phénomènes d’interaction
et les dipôles d’eau qui imprime aux sols fins une entre les phases constituant le sol donne la possibi­
certaines cohésion (fig. 10). A cause de leur cohésion, lité d’expliquer ses propriétés et de prévoir son
les sols argileux ont la propriété de résister à des comportement sous l’action des contraintes.
contraintes de compression, traction ou cisaillement ; Même si les images concernant la constitution des
la réalisation de ces ponts de liaison est en même sols sableux (fig. 5) ou argileux (fig. 8) restent
temps à la base de processus de floculation ou coagu­ encore un peu trop schématisées, leur utilisation
lation tandis que leur destruction s’appelle défloculation s’avère nécessaire pour une meilleure compréhension
ou peptisation. des propriétés des sols.
57
4. RECHERCHES CONCERNANT LES PROPRIETES HYDRAULIQUES DES SOLS
Les propriétés hydrauliques des sols non-saturés
sont déterminées par la capacité de rétention de la
matrice du squelette minéral. Pour caractériser l’inten­
sité de rétention de l’eau par le squelette solide des
matériaux poreux, on emploie différentes méthodes
s’adressant à certains phénomènes physiques en rela­
tion avec l’interaction de l’eau et de la matrice solide,
à avoir : le dégagement de chaleur due au mouillage
(méthode de la chaleur de mouillage) (fig. 13),
l’adsorption de l’eau d’une atmosphère ayant une
humidité relative bien déterminée jusqu’à la réalisation
de l’équilibre de la pression des vapeurs (méthodes
des isothermes de sorption-désorption), (fig. 14), le
drainage de l’eau des matériaux poreux par l’appli­
cation d’une différence de pression (méthode de la
succion) [3].
Les résultats représentés sur les figures 13 et 14
montrent que les courbes chaleur de mouillage-teneur
en eau et les isothermes de sorption permettent de
bien différencier l’activité du sol par rapport à l’eau.
De même, les deux premières méthodes permettent de
déduire la surface spécifique des particules du sol,
ainsi que de caractériser la capacité de rétention dans
le domaine hydroscopique, c’est-à-dire pour des teneurs
en eau allant jusqu’à la teneur en eau d’hygroscopicité
maximale (h/hm). Dans le domaine hygroscopique, les
échanges d’humidité entre le corps poreux hydrophile
et l’atmosphère ambiante se font seulement sous forme
de vapeur d’eau.

Fig. 14.

les pores d’un matériau poreux hydrophile à la suite


des forces de liaison entre l’eau et le squelette solide ;
dans un sable non-saturé, ces forces sont de nature
capillaire (fig. 5), alors que dans le cas des sols
argileux, l’effet des forces d’adsorption prédomine
(fig. 8). Etant donné que les succions varient dans une
gamme très large, de zéro pour le sol saturé, jusqu’à
10 000 bars (h = 107cm colonne d’eau), pour le sol séché
à l’étuve, Schofield (en 1935), cité par Croney
(1952) [13] a proposé qu’on se serve du symbole pF
(l’indice sorptionnel), qui représente le logarithme
décimal de la succion, exprimé en centimètre colonne
d’eau :
pF = log/i (10)
La courbe succion-teneur en eau donne la possibi­
lité d’établir la quantité d’eau retenue pour différentes
succion (fig. 15).
Chaque changement qui concerne l’interaction entre
les phases constituant le sol se fait sentir sur sa
capacité de rétention [3]. Plus le sol est fin, c’est-à-
dire plus l’intensité des forces d’interaction est grande
plus la succion de l’eau est grande (fig. 15 a). D’après
Fig. 13. la figure 15 b, on peut remarquer qu’une petite aug­
mentation de la fraction fine (silt) dans un mélange
Si on a besoin de caractériser la capacité de réten­ de sable fin (NV) et silt agrandit considérablement
tion dans tout le domaine des teneurs en eau possibles, la capacité de rétention du mélange. Les essais menés
on doit faire appel à la courbe succion-teneur en eau. par Road Research Laboratory ont démontré que la
La succion h représente le déficit de pression par capacité de rétention de la montmorillonite est
rapport à la pression atmosphérique qui apparaît dans presque deux fois plus grande que celle de la kaolinite
58
Ainsi, si l’on tient compte que pour des conditions
isothermes, la succion représente un potentiel négatif
(fig. 17) on peut déduire que pour transformer une
quantité élémentaire d’eau dw, retenue avec la succion
h, en eau libre, le milieu extérieur doit dépenser, pour
chaque gramme de sol sec, un travail spécifique de
drainage [2] :
dÇ = h . dw (11)
correspondant à la bande hachurée (fig. 17 a).
Lorsque la teneur en eau subit un changement de
ru, à w2, le travail spécifique sera :
( 12)
qui a comme correspondance graphique l’aire BC C'B
(fig. 17 b).
Fig. 15. Si l’on suit l’évaluation dans le temps du processus, on
doit introduire la notion de puissance spécifique de
drainage ou de mouillage :
(13)

(fig. 16 a) [14]. D’après la


figure 16 b où est repré­
sentée l’influence de l’état
de serrage et d’humidité sur
la succion exprimée à l’aide
de l’indice sorptionnel pour
un sable, un silt et une
argile, on peut déduire que
l’effet des modifications
structurales (densité) se fait
sentir spécialement dans les
domaines des petites suc­
cions [3], On doit remar­
quer en même temps que les
argiles actives restent satu­
rées même pour des succions
assez grandes (pF 4, c’est-à-
dire 10 bars).
La connaissance de la
courbe de rétention d'un sol
nous permet d’évaluer aussi
les transferts d’énergie liés
aux processus de drainage
ou humidification.

59
dépensée pour replacer les particules du sol d’une
manière plus compacte.
L’introduction des notions définies plus haut s’avère
utile pour une meilleure compréhension des phéno­
mènes de drainage-mouillage ainsi que pour établir des
corrélations à la base énergétique entre différents
indices hydrauliques des sols [3].
Ainsi, à partir des courbes de rétention (h, w)
établies expérimentalement, on a calculé l’ordre de
grandeur du travail de mouillage pour les différents
sols et roches :
- sable, craie .............................. l u = 103gcm
- sable, argileux, silt, loess, kaolin . i?u —104gcm
- argiles grasses ......................... lu,, —105g cm
valeurs qui ont été marquées sur l’échelle des énergies
(fig. 7). Partant de l’équivalence qui existe entre le tra­
vail mécanique et l’énergie calorique (fig. 7), on arrive
Fig. 17 aux relations entre la valeur intégrale (qu) et différen­
tielle de mouillage et de travail spécifique
de mouillage
(15)
Si l’on analyse un cycle de drainage-mouillage, (15')
comme celui de la figure 17, dans le sens des notions et sur cette base, on est arrivé à établir une corrélation
introduites auparavant, on trouve que la surface de la (fig. 18) entre les trois méthodes pour caractériser la
boucle d’hystérésis (GFEF'G) se trouvant entre les capacité de rétention de l’eau pour les corps poreux
branches de drainage et de mouillage représente la hydrophiles mentionnés plus haut.
quantité même d’énergie transformée irréversiblement En tenant compte des résultats expérimentaux concer­
au cours du processus, c’est-à-dire : nant les valeurs de la chaleur différentielle de mouillage
(q'„ =(14)
100 à 600 cal/g) et de la relation (15'), on
où Cdr est le travail spécifique de drainage et lSu est arrive à la conclusion que la succion correspondante
le travail spécifique de mouillage. au matériau complètement séché dans l’étuve ne peut
Il en résulte donc, que pour effectuer un processus être considérée comme égale à 104 bars (pF 7), pour
de drainage avec une vitesse donnée, il faut dépenser tous les sols, mais à une variation entre pF 6.63 et
une énergie qui sera restituée seulement en partie au pF 7.40.
cours du processus inverse de mouillage, ce qui cor­
respond d’ailleurs pleinement au deuxième principe
de la thermodynamique. D’après ce principe, plus la
vitesse du développement des processus est grande,
autrement dit, plus les processus réels s’éloignent de
ceux quasi-statiques, plus la cote irréversible de
l’énergie sera grande et, par conséquent, la surface de
la boucle d’hystérésis augmentera.
Les résultats expérimentaux montrent que, plus le
cycle des variations de la succion comprend une
gamme étendue, plus l’énergie dépensée irréversible­
ment au cours de processus et représentée par la
surface de la boucle d’hystérésis sera grande. Ainsi,
par exemple, dans le cas d’une argile grasse, lorsque
la succion varie dans le domaine pF 1 pF 3
(h = 10 316 cm H,O) l’énergie dépensée n’est que de
3.75 gcm/g, tandis que pour le domaine de variation
pF 1 à pF 3.9 (h = 10 à 794 cm H20), la dépense
d’énergie a augmenté jusqu’à 12.50 gcm/g, c’est-à-dire
de 3.3 fois, pour atteindre 6 700 g cm/g pour le
domaine de variation pF 1 à pF 7.
De l’interprétation graphique du travail spécifique
de drainage et de mouillage, il résulte aussi que la
surface hachurée DEFG de la figure 17 c, comprise
entre les deux branches de drainage d’une argile
(branches qui partent de points différents sur l’axe des
teneurs en eau et qui se rencontrent en un même
point), peut être interprétée comme représentant la
valeur du travail dépensé pour l’arrangement des parti­
cules du sol de façon plus serrée. En effet, pour les
matériaux à structure rigide, dans le cas de répétition
des cycles drainage-mouillage, on obtient les mêmes
branches de courbe, c’est-à-dire qu’aucune énergie n’est Fig. 18.
60
Fig. 19.

Une autre direction de recherche a concerné les mé­ utilise la représentation logarithmique (fig. 20 b) et
thodes pour l’établissement de la courbe de rétention. dans lequel en tenant compte de la relation (16), on
En dehors des méthodes expérimentales, mises au point peut écrire :
pour établir la courbe de rétention en imposant cer­ pF = log h —a — b log w =
taines succions au sol étudié [4], [7] et pour déter­ a — b (log wh + log 0h) = c— b log 0h (17)
miner la succion momentanée des échantillons [9], on où a, b et c sont des constantes.
a établi des corrélations linéaires entre la teneur en
eau d’hygroscopicité maximale (wHM) et les teneurs en On arrive donc, à une expression analytique pour
eau correspondant à certaines succions (h = 1.8 et la courbe de rétention (fig. 20 c) :
15 bars) (fig. 19 a) [12] : h = 10a w ~ b = 10AWhM 4 ϴH- B= 10CQh~ b (17').
(16)admettant que cette relation est vérifiée par les
En
ou 6;, représente un coefficient de proportionnalité qui couples des valeurs pF 4.2 et 0* = 2.00 et pF 3 et
pratiquement est indépendant de la nature du sol. Il 0h = 3.82 mentionnés plus haut, on peut établir les
apparaît donc la possibilité d’établir une courbe valeurs :
unique-fondamentale de rétention (fig. 19b), valable c = 5.511 et b = 4.92 ;
dans le domaine des succions supérieures à 1 bar, où
l’influence des modifications de structure (serrage) est et l’expression de la courbe fondamentale de rétention
moins ressentie ; à partir de cette courbe fondamentale devient :
(pF, 0h), valable approximativement pour tous les pF = 5.511 — 4.92 log ϴh (17")
sols, et connaissant la teneur en eau d’hygroscopicité qui appliquée pour la succion de 8 bars (pF 3.92 ;
maximale (wHM) du sol considéré, on peut établir tout ϴH, = 2.30) donne pF 3.96, donc une précision satisfai­
de suite sa courbe de rétention (fig. 19 b). sante.
Le traçage approximatif de la courbe de rétention, En utilisant les expressions (17') et (17"), on peut
sans effectuer des essais de succion et en se basant donner une expression analytique pour le travail asso­
seulement sur quelques points de la courbe, peut être cié à la modification de la teneur en eau :
réalisé en tenant compte de l’existence des corrélations dL = 10aw-Bdw= 10C ,ϴ h-b—dw = vHM10cϴh-bdϴA(18)
suivantes :
h = 104 bars ...... pF 7 ...... w= 0 .... séché à l’étuve ;
h = 30bars ....... pF 4.5 ...... w = wHM*... .hygroscopicité maximale ;
h = 15bars ....... pF 4.2 ...... w = 2 wHMflétrissement desplantes ;
h = 8bars....... pF 3.9 ...... w = 2.3 wHM;
h = 1b a r........ pF 3.0 ...... w = 3.82 wHM
o u ........... w = wp (en état remanié) ;
h = 1/3 bar ........ pF 2.5 ...... w = 4 wHM+ 6 ;
h = 0.001 b a r---- pF 0.04 ---- w = wL (en état remanié)
ou ........... w
Les valeur 0A = 2 ; 2.30 et 3.82 correspondant aux ou :
succions de 15, 8 et 1 bars ont été établies sur la base
de la corrélation serrée (coefficient de corrélation (18')
r >0.88) constatée pour plusieurs sols de Roumanie. donc une proportionnalité entre le travail de mouil­
La détermination de la courbe de rétention à partir lage ou drainage et l’avidité du sol pour l’eau, expri­
de quelques points est facilitée par la linéarisation qui mée par l’entremise de l’hygroscopicité maximale
se produit dans le domaine pF 2 à pF 4.2 quand on (mW ·
61
On peut déduire par analogie que la courbe de
rétention de l’eau d’un sol peut servir pour estimer les
effets de différentes méthodes de drainage [3]. Ainsi
le drainage simple gravitant par abaissement du niveau
de l’eau souterraine de 3 à 4 m, va engendrer l’appa­
rition des succions de 3 à 4 m (pF 2.5), l'utilisation
d’aiguille-filtre à vide va conduire aux succions d’ordre
de 0.8 bar (pF 2.9), l’assainissement grâce à la végé­
tation correspond normalement à des succions de

Fig. 20.

Du point de vue historique, la première applica­ 1-2 bars (pF 3 - pF 3.3) mais peut s’intensifier pendant
tion de la succion en pédologie a été de caractériser les périodes de sécheresse allant jusqu’au 15 bars
l’accessibilité de l’eau pour les plantes. Ainsi, on a (pF 4.2). Les quantités d’eau éliminées par évapo­
remarqué que le développement des plantes n’est pas transpiration des plantes sont appréciables. Ainsi, par
lié directement aux valeurs absolues de la teneur en exemple, pendant une journée chaude d’été, un chêne
eau du sol mais dépend surtout de l’intensité des puissant peut éliminer jusqu’à 500 litres d’eau. D’ail­
forces qui retient l’eau dans le sol, c’est-à-dire de la leurs, c’est un fait bien connu que le défrichage des
succion (fig. 21). Par exemple, pour une même teneur pentes favorise le déclenchement des glissements.
en eau de 10 %, la succion d’un sol argileux lourd sera L’application d’un champ électrique intensifie l’effet
plus grande que 15 à 20 bars (le maximum qui peut d’assèchement. D’après certains exemples de la litté­
être développé par les plantes) tandis que pour la rature, un gradient électrique de 0.5 V/cm correspond
même teneur en eau, la succion d’un sol sableux sera pour un sol silteux à une succion de 3 bars (pF 3.5).
beaucoup plus réduite et la plante aura la possibilité
d’extraire l’eau nécessaire. Donc, l’accessibilité de l’eau L’utilisation des drains d’aération, prévus avec une
pour les plantes ne dépend pas directement de la teneur circulation d’air, peut théoriquement intensifier le pro­
en eau du sol mais de sa succion. cessus d’asséchage jusqu’au domaine hygroscopique
Les recherches ont montré également que, à certaines pour lequel correspondent des succions supérieures à
teneurs en eau caractéristiques pour les relations eau- 30 bars (pF 4.5). Ainsi, on peut expliquer pourquoi
plante correspondent pratiquement les mêmes succions. dans les sols argileux où l’effet des drains simples
Ainsi, à la capacité du champ (wch), c’est-à-dire à la gravitationnels est presque négligeable (fig. 22), l’adap­
teneur en eau obtenue après l’arrosage suivi d’un drai­ tation d’un système permettant la circulation d’air peut
nage du sol pendant quelques jours, correspond géné­ s’avérer efficace même si on ne peut observer un
ralement une succion de l’ordre de 1/3 bar (pF 2.5) ; courant d'eau.
de même le flétrissement permanent d’une plante En interprétant les courbes de rétention de quelques
arrive d’habitude quand la succion du sol dépasse 15 dizaines de sols de la vallée du Danube, on a établi le
à 20 bars (pF 4.2). diagramme synthétique représenté sur la figure 23 qui
Le degré d’accessibilité de l’eau pour les plantes ne permet de déterminer le degré de saturation (Sr) obtenu
reste pas constant dans l’intervalle de l’eau accessible à l’aide de différentes méthodes de drainage pour les
mais diminue d’une manière continue à partir de la sols ayant une plasticité grande (IP > 35 %), moyenne
capacité de champ vers le point de flétrissement. Le (35 % > IP > 20 %) et faible (1P < 10 %).
but de l’irrigation est exactement de maintenir les On peut constater que, plus le sol est actif, plus le
succions réduites en vue d’assumer les conditions opti­ degré de saturation du sol reste élevé pour une même
males pour le développement des plantes. méthode de drainage.
62
Fig. 23.

Fig. 21.

Fig. 22.

On doit remarquer enfin que l’application des


moyens de drainage plus intenses est efficace seulement
une fois que l’évacuation de l’eau correspondant au
drainage simple gravitationnel est assurée.
Le domaine où la succion trouve la plus importante
application est celui du mouvement de l’eau dans les
sols non-saturés.
Une première question qui peut être résolue en
faisant appel à la succion est celle de l’évaluation de
la distribution de la teneur en eau d’équilibre sous
les revêtements imperméables des routes, aéroports ou
En utilisant la relation (11), on a évalué l'ordre de sous bâtiments.
grandeur du travail spécifique de drainage correspon­
dant aux différentes méthodes appliquées :
- drainage gravitationnel simple (pF 2.5) l dr = 10 à 20 g cm/g
- drainage à l’aide de vide (pF 2.9) Cdr = 35 à 65 g cm/g
- drainage par aération (pF 4.5) lfdr = 102à 103gcm/g
- séchage complet (pF 7) : argiles actives Cdr = 105à 106gcm/g
sables fins l dr — 104gcm/g
63
Contrairement à ce qui se passe dans le cas des
surfaces libres, lorsque des précipitations de l’évapo­
ration ou de la transpiration des plantes entraîne une
migration continue de l’eau entre les différents points
du sol, quand il existe un revêtement imperméable
(asphalte, feuille de plastique, etc.), le sol va arriver,
après un certain temps (dans des conditions isothermes),
à une situation d’équilibre ; la distribution des teneurs
en eau d’équilibre dépend de la position de l’eau
souterraine, du régime climatique des propriétés hy­
drauliques du sol et de l’état d’humidité au moment
de la réalisation du revêtement.
Généralement, on distingue les deux cas suivants :
a) quand l’eau souterraine se trouve à une faible pro­
fondeur, et quand l’état d’équilibre des teneurs en
eau est conditionné par le niveau de l’eau ;
b) quand il n’existe pas d’eau souterraine et lorsque
l’état d’équilibre dépend principalement des condi­
tions climatiques.
Pour les situations intermédiaires, c’est-à-dire quand
l’eau souterraine existe mais qu’elle se trouve à une
grande profondeur, la zone d’aération doit être divisée
en deux parties : une partie inférieure où l’effet de
l’eau souterraine est prédominant et une partie supé­
rieure dans laquelle les conditions climatiques sont
essentielles.
Quand l’eau souterraine se trouve à une faible pro­
fondeur (jusqu’à 6-9 m dans les argiles, 3 m dans les
limons et 1 m dans les sables), la méthode d’évaluation
des teneurs en eau d’équilibre mise au point au Road
Research Laboratory [13] est hasée sur la relation (8).
Parmi les facteurs qui interviennent dans cette relation,
la pression p qui s’exerce sur l’élément du sol situé à
la profondeur z (fig. 22) peut être calculée avec une
précision suffisante en utilisant le poids volumique y
du sol correspond à une teneur en eau initiale w„ :
p = q + yz (19)
où q est la charge supplémentaire.
En introduisant la valeur de p dans l’équation (8),
il reste trois inconnues α, h et u. et si l’on arrive à
connaître deux d’entre elles, la troisième résultera.
Comme le coefficient a est égal à la pente de la
courbe de retrait et la pression interstitielle u est égale
à la valeur avec changement de signe de la hauteur
du point considéré par rapport au niveau de l’eau
souterraine, on déduit tout de suite la valeur h de la
succion de l’élément du sol qui, introduite dans la
courbe de rétention, nous donne les valeurs w,. Ayant
les teneurs en eau w1, on peut calculer les nouvelles
valeurs y, p, et après, à l’aide de la courbe de retrait
et de rétention, on s’approche par une ou deux itérations
des valeurs de teneur en eau d’équilibre.
Pour les sols non-cohérents (sables), le problème de­
vient plus simple, parce que toute la pression est trans­
mise au squelette (α = 0), donc la succion sera égale
à la hauteur par rapport au niveau de l’eau souterraine.
Par conséquent, la distribution d’équilibre de la teneur
en eau correspondra exactement à la courbe succion-
teneur en eau.
La méthode mentionnée plus haut a été vérifiée dans
des zones aux climats très différents (précipitations
annuelles entre 2 400 mm et 10 mm) (22), y compris
certaines régions de Roumanie (fig. 24 b). Dans le cas où l’eau souterraine n’existe pas ou
En utilisant cette méthode nous avons mis en évi­ bien se trouve à une très grande profondeur, l’état
dence le rôle important de la variation du niveau de d’équilibre de la teneur en eau dépend des conditions
l’eau souterraine sur la teneur en eau du fond de la climatiques et spécialement du bilan entre les précipi­
fouille (fig. 25) et par conséquent sur la résistance tations (la quantité de l’eau perdue par aire unitaire
mécanique du sol. de la surface du sol à cause de l’évaporation et de la
64
transpiration des plan­
tes). L’état de l’humidité
d’équilibre qui se réali­
sera sous le revêtement
imperméable correspon­
dra à des succions déter­
minées qui dépendent de
la nature du sol et de
l'indice climatique moyen
(I„,) de Thornthwaite
(fig. 26 a) [1]. Cette mé­
thode pour évaluer la
distribution des teneurs
en eau d’équilibre a été
vérifiée avec de bons
résultats dans plus de
vingt-cinq sites ayant des
conditions climatiques
très variées (I,„ de — 59
à +34) [1]. En appli­
quant cette méthode pour
trois sites de Roumanie
(C.F.M., fig. 26 b) situés
dans des zones de loess,
dans lesquelles Im< 0,
on obtient des succions
d’équilibre assez élevées
(pF 3.10 pour Feteshti
et pF 2.80 pour Cetate)
qui, introduites dans les
courbes de rétention (fig.
26 c), conduisent aux va­
leurs de 10 % et respec­
tivement 20 % qui cor­
respondent assez bien
aux teneurs en eau mesu­
rées (10 à 12 % pour
Feteshti et 19 % pour
Cetate).
On remarque sur la
figure 26 b, non seule­
ment une bonne coïnci­
dence entre les zones de
loess et celles ayant un
climat sec ( Im< 0) mais
aussi entre la sensibilité
du loess au mouillage
(imi3) et l’aridité du cli­
mat. Ainsi, on peut
constater qu’aux zones
à clim at semi-aride
( Im< — 20) correspon­
dent les loess ayant une
>rande sensibilité (Dobro-
gea, Bàràgan, le Sud-
Est de la Moldavie).

Fig. 26.

65
Cette constatation est tout à fait explicable si on Le caractère explosif du processus d’humidification
tient compte que le loess est un sol sous-consolidé, des sols secs peut être facilement expliqué si Ton tient
c’est-à-dire à porosité plus grande que celle qui corres­ compte des énergies qui entrent en jeu pendant le
pond sur la branche principale de la consolidation pour mouillage. Ainsi, si pour pF 3 (h = 1 bar) 0, = 3.82 et
la pression géologique réelle ps (fig. 27 a). pour pF 4.2 (h = 15 bars) (02= 2 en appliquant la
Sa porosité élevée ainsi que sa structure macro- relation (12)), on arrive à avoir un travail de mouillage :
porique sont dues généralement aux conditions spéciales
qui ont régné pendant sa genèse en climat aride. La
poussière de loess, transportée par le vent et constituée Comme les recherches ont montré que pour les loess
principalement par la fraction silt, à laquelle s’ajoutent de Roumanie whm = 2.65 à 4.00 % (0.0265 à 0.0400)
aussi des grains de sable et des paillettes d’argile, est on déduit que :
sédimentée dans des conditions différentes par rapport
à celles qui correspondent à la sédimentation dans
l’eau. Pour la sédimentation dans l’air, le frottement
étant plus grand, la porosité obtenue sera plus élevée. c’est-à-dire une énergie assez élevée dégagée pendant
Ultérieurement entre les particules s’établissent des le temps court d’humidification du matériel ayant une
liaisons dues au liant argileux, à la recristallisation du perméabilité élevée.
sol dissout dans l’eau interstitielle et aux pellicules de Si la teneur en eau initiale du loess correspond à
silice qui enveloppent les grains de sable (8). Tant que l’hygroscopicité maximale (w = u>HM,ÛA= 1) on arrive
le loess reste pratiquement sec, sa résistance structurelle à des valeurs beaucoup plus élevées :
reste grande en fonction aussi de la succion élevée de
l’eau interstitielle qui mobilise des frottements appré­ AC = 2 180 à 3 200 g cm/g.
ciables. En ce qui concerne la distribution des teneurs en
eau d’équilibre, on doit mentionner que parfois il est
nécessaire d’établir l’état d’équilibre pour deux ou
plusieurs matériaux hydrophiles ayant des masses limi­
tées qui sont mises en contact : par exemple le cas de
la brique et du mortier qui, ayant des courbes de
rétention pour l’eau différentes, arriveront à avoir la
même succion finale mais une teneur en eau différente.
Dans ce cas, entre les matériaux hydrophiles mis en
contact et qui au commencement étaient aux différentes
succions, auront lieu des échanges de masses d’eau
jusqu’au moment où tout le système arrivera à la
même succion.
En considérant deux corps poreux hydrophyles A et
B (fig. 28 a), isolés par rapport à l’extérieur et qui
avaient au commencement des teneurs en eau ivoA et
woB, correspondant aux points A0 et BDsur les courbes
de rétention, se pose maintenant la question de trouver
les teneurs en eau finales d’équilibre wlA et w1B, cor­
respondant aux points A, et B, sur les courbes de
rétention pour la situation d’équilibre, quand on arrive
à la même succion dans le système constitués par les
deux corps. Pour trouver cette succion, on représente
sur une figure auxiliaire (fig. 28 b) les courbes A' et B'
qui donnent les masses d’eau I Mw.=; Ms— /
j^-l retenues 100\
pour différentes succions. Connaissant le point A'0>
correspondant à l’eau retenue par le corps A et le point
B'0, correspondant à l’eau retenue par le corps B, on
doit établir maintenant les points A'( et B', correspon­
dant à la condition que la masse d’eau (AMa) gagnée
par le corps A sera égale à la masse d’eau (— AMB)
perdue par le corps B. Pour cela, on représente les
Fig. 27. courbes A’ et B’ symétriques de A’ et B’ par rapport à
Taxe mené perpendiculairement sur Taxe des masses
dans le point correspondant à la moyenne des deux
masses d’eau MAet MB.
L’inondation du loess diminue ou même anéantit On remarque facilement que les points A'j et B', qui
l’effet des facteurs qui contribuent à la résistance de se trouvent à l’intersection des courbes A' et B', respec­
la matrice macroporique ; ainsi le liant argileux et le tivement B' et A', correspondant aux conditions
gel de silice vont être mouillés, les sels seront dissouts imposées.
et la succion va disparaître. La stabilité de la structure Si Ton a affaire à trois ou plusieurs corps en contact
ainsi affaiblie est affectée aussi par l’expulsion violente on doit répéter la procédure plusieurs fois (fig. 29).
de l’air interstitiel, l’intensité de ce processus variant
d’un pore à l’autre (fig. 27 b). Ensuite, la structure du Un autre domaine de recherche a été celui concer­
loess va s’écrouler, le matériel ayant tendance à arriver nant l’effet des forces de rétention sur les mouvements
à l’état de consolidation normale. de l’eau.
66
Fig. 28.

Fig. 29.

Quand le sol devient non saturé, l’air pénètre dans Pour les mouvements sur une verticale, la relation
le sol en diminuant les dimensions des sections occu­ (20) devient :
pées par l’eau ; en même temps, la diminution de la
teneur en eau correspond à un amincissement des pelli­ (21)
cules d’eau adsorbée et par conséquent un accroisse­
ment des forces avec lesquelles l'eau est retenue par le A/ie, différence de potentiel gravitationnel ;
squelette solide du sol. Ahs, différence de potentiel due aux forces de réten­
Dans cette situation, la perméabilité est fortement tion ;
influencée par l’état d’humidité du sol et la vitesse de AI, longueur de la ligne de courant entre les points
la migration de l’eau est gouvernée par la loi de Darcy considérés.
généralisée : Le signe ± intervient selon que le potentiel dû
Vw= kwi (20) aux forces de rétention s’ajoute ou diminue le potentiel
où : gravitationnel.
kw, est le coefficient de perméabilité (conductivité Par exemple, dans le cas d’infiltration de l’eau dans
hydraulique) ; un massif non-saturé (fig. 30 a) au potentiel gravita­
i, gradient hydraulique dû au potentiel gravitation­ tionnel s'ajoute la succion de la zone située au-dessous
nel et aux forces de rétention. du front d’infiltration. En considérant la teneur en
67
on arrive à et l’expression (24) devient :
(25)
et si on fait la notation
(25')
Cette relation donne la possibilité d’établir le temps
nécessaire pour la pénétration du front d’humidifica­
tion à une certaine profondeur z ou pour l’infiltration
d’une certaine quantité d’eau. Pour établir la profon­
deur z de la zone humidifiée à un certain temps, on
peut utiliser un diagramme comme celui montré sur
ia figure 30 c où sont représentées les courbes d’infil­
tration pour certaines succions, h. L’allure générale de
celle-ci résulte de la dérivation de l’expression (25')
par rapport à la profondeur z :
(261

D’après cette expression, on déduit que si la suc­


cion est nulle (h = o), la courbe d’infiltration devient
une droite inclinée à 45° par rapport aux axes ; plus
la succion est grande, plus la courbe d’infiltration est
abaissée par rapport à la bissectrice des axes.
En représentant sur ce diagramme les résultats des
essais d’infiltration dans les loess de Roumanie (Fe-
techtien-Baragan et Mircea Vodà en Dobrodgea) [11],
on a réussi à déterminer des valeurs de succions équi­
valentes qui correspondent assez bien aux valeurs qui
résultent de courbes de rétention (fig. 26 c).
Si on considère par contre le cas d’un massif de sol
non-saturé (fig. 31 b) dont la partie inférieure vient en
contact avec un niveau d’eau souterraine qui est en
train de s’élever, la tendance d’ascension capillaire due
à la succion h sera atténuée par l’action retardatrice
de la gravitation.
Fig. 30. La vitesse d’ascension au moment t sera par
conséquent :
eau volumique (0) et la porosité libre n' (fig. 30 b) et (27)
en admettant qu’il n’y a pas de variations de volume, où
on obtient :
VD1 = Vt n' (22) k est le coefficient de perméabilité considéré comme
OÙ : constant.
VD représente la vitesse de Darcy ; En séparant les variables :
V, la vitesse au moment t au niveau du front
d’infiltration. (27')
Dans cette condition, la vitesse de propagation de et en intégrant on obtient
l’humidification à la profondeur z sera :
(28)
(23)
OÍI Si l’on tient compte de la condition initiale :
k est le coefficient de filtration considéré comme t = o, z = o, on obtient :
constant. et l’expression (28) devient :
En séparant les variables t et z, on obtient :
(23') (29)
d’où : où avec la notation : on obtient

(24)
ou si l’on se met les conditions initiales (t —o, z = o), (29')

68
Fig. 32.

un temps infini, courbe qui dans les cas des maté­


riaux à structure rigide ou pratiquement incompres­
sible (se = 0) est justement la courbe de rétention
(h, tv).
On doit remarquer que la teneur en eau après la
première étape est approximativement uniforme et
correspond à la capacité du champ (wc/l).
Généralement dans les phénomènes de la migration
de l’eau dans les sols non-saturés (fig. 33 a), on peut
séparer les deux aspects :
Fig. 31. - filtration ou simple transfert de l’eau à travers
l’élément du sol considéré (fig. 33 b) ;
Cette relation donne la possibilité d’analyser la dyna­ - drainage ou mouillage, c’est-à-dire réduction ou
mique du processus d’ascension capillaire et de cons­ augmentation de la teneur en eau (fig. 33 c), proces­
truire des courbes d’ascension capillaires pour diffé­ sus liés à l’action des forces d’interaction entre les
rentes succions du massif (fig. 31 b). En représentant phases constituant le sol.
sur le diagramme quelques points obtenus pendant le
commencement du processus, on peut déduire la hau­
teur finale de l’ascension capillaire hc.
Dans le cas du drainage d’un massif par suite d’un
abaissement brusque de l’eau souterraine, les forces de
rétention ont une tendance opposée à la gravitation et
on peut appliquer la loi de Darcy mentionnée plus
haut [21] en considérant le signe — au numérateur.
En analysant le cas d’un massif de sable fin, homo­
gène, dans lequel l’eau souterraine qui se trouvait au
commencement à la surface, est descendue brusque­
ment de 5 m et en utilisant la loi de Darcy géné­
ralisée on a trouvé que pendant le processus de
drainage qui suit on peut distinguer les deux étapes
suivantes (fig. 32) [3] :
- la première, qui a une durée relativement courte
(cinq jours), pendant laquelle le front de drainage
avance assez uniformément et assez vite vers la
nouvelle position du niveau de l’eau souterraine,
étape pendant laquelle l’eau libre ou retenue par
des forces extrêmement faibles (10-15 cm d’eau) est
évacuée ;
- la deuxième étape pendant laquelle le rythme de Fig. 33.
drainage du massif se ralentit continuellement, les
courbes de distribution de la teneur en eau à dif­
férents intervalles de temps étant en quelque sorte
parallèles, avec une légère tendance à augmenter On peut démontrer que les échanges d’énergie (cor­
leur pente en vue de la superposition à la courbe respondant au volume unitaire) liés au processus de
de distribution d’équilibre de la teneur en eau dans filtration seront :
69
(30)

(31)

Pw, et ps, sont les densités de l’eau et du squelette
solide :
e, l’indice de vide ;
k, le coefficient de perméabilité ;
le gradient hydraulique ;
t, le temps.
Les notions de travail ( Cf ) et de puissance spéci­
fique (*’£,) de filtration, respectivement de drainage ou
mouillage (les relations 11 et 13) sont utiles pour appro­
fondir les processus de migration de l’eau à travers les
sols non saturés, comme c’est, par exemple, le cas
d’abaissement du niveau de l’eau souterraine dans les
sols à granulation fine.
Contrairement au cas de l’abaissement du niveau de
l’eau souterraine dans les graviers, quand l’énergie
développée par les pompes est dépensée pour vaincre
la résistance à la filtration du sol et la résistance du
système de pompage, dans le sol à granulation fine il
faut vaincre, en plus, les forces de rétention qui s’oppo­
sent au drainage. 11 résulte de la relation (11) que
cette dépense supplémentaire d’énergie se produit aussi
pendant toute la durée de variation de la teneur en
eau, c’est-à-dire jusqu’à l’instauration d’un régime per­
manent d’écoulement. Par exemple, pour l’abaissement Fig. 34.
de l’eau souterraine dans un sable fin, on a calculé que
l’énergie nécessaire au drainage correspond à environ
cinq heures de fonctionnement des pompes pour main­ h = hr— h, entre la succion des racines et celles du
tenir le niveau abaissé par la filtration. Mais comme sol on obtient d’après la loi de Darcy généralisée la
en réalité, puisque l’on dépense simultanément l’énergie vitesse de migration de l’eau vers les racines :
pour la filtration et pour le drainage, l’effet de retar­
dement des forces de rétention se manifeste pendant (32)
une durée beaucoup plus grande.
L’introduction des notions énergétiques permet aussi où k, est la conductivité hydraulique du sol, A1, la
d’expliquer mieux les processus de migration de l’eau. distance entre la racine et le point considéré.
La caractéristique de l’accessibilité de l’eau seule­ Si on considère hr comme constant, on remarque que
ment d’après la succion ou l’énergie libre ne donne le produit des facteurs contenus dans la relation (32)
pas une image complète de la quantité d’eau qui est dépend de la valeur de la succion du sol. Quand
disponible dans les sols. Ce fait est confirmé par les la teneur en eau du sol est élevée, kw est grand et
essais de Peters [21], qui a observé les croissances des hi est petit, donc la valeur du produit est assez élevée.
racines de maïs en vingt-quatre heures pour différents Quand la teneur en eau du sol est réduite, kw diminue
mélanges des sols et pour différentes succions (fig. 34). et hs croît, et par conséquent, la valeur du produit
On observe que pour les mêmes succions corres­ diminue. Ainsi, si malgré l’effet des racines, la vitesse
pondent, en fonction de la texture, différents contenus d’alimentation en eau diminue sous une certaine limite,
d’eau et différentes croissances des racines. Donc pour les besoins en eau ne peuvent être assurés, la plante
caractériser complètement l’accessibilité de l’eau pour commence à souffrir et enfin se flétrit.
les plantes on doit tenir compte de la succion du sol Donc l’assurance de la vie de la plante dépend de la
ainsi que de la quantité d’eau disponible à différents capacité à assurer un certain écoulement vers ses
niveaux énergétiques. racines. La puissance développée par la plante est
Pour dépasser cette difficulté, nous avons proposé utilisée à vaincre la résistance de drainage (Lîj r) et de
la conception dynamique suivante sur l’accessibilité filtration (p ,). On peut donc écrire le bilan :
de l’eau pour les plantes. (33)
Comme on le sait déjà, l’alimentation normale des ou :
plantes suppose la consommation de quantités bien (34)
déterminées d’eau dans certains intervalles de temps.
D’où le problème d’assumer un débit nécessaire d’eau ou en tenant compte de (13) et (31)
qui dépende de plusieurs facteurs, comme l’espèce et
l’âge de la plante, le stade de végétation, la température (34')
et la teneur en eau du sol et de l’air.
Si on suppose que la force motrice du processus de On remarque que cette conception dynamique concer­
migration est représentée par la différence de succion nant l’accessibilité de l’eau vers les racines des plantes
présente l’avantage de réunir l’aspect qualitatif (suc­
cion) et l’aspect quantitatif (teneur en eau).

70
5. PROPRIETES MECANIQUES DES SOLS NON SATURES

L’élément essentiel qui conditionne les propriétés Dans le cas représenté dans la figure 36, on a affaire à
mécaniques des sols non saturés est la succion de l’eau des courbes d’égales résistances à la compression simple
interstitielle. Ce fait est par exemple bien illustré par­ (crcen bars) d’une argile.
les résultats expérimentaux concernant la variation de L’utilisation de cette abaque nous donne une image
la résistance au cisaillement établie à l’aide du scisso- plus claire du rôle de l’humidité ou du serrage sur les
mètre en fonction de la teneur en eau (fig. 35 a) et de propriétés des sols non saturés. En ce qui concerne les
la succion (fig. 35 b) [14] ; on peut constater pour les sols saturés, les modifications de l’indice seront
mélanges de sable et de kaolinite (C) ou montmoril- comprises dans le plan perpendiculaire au plan de
lonite (M) dont les courbes de rétention sont données base ; la trace de ce plan perpendiculaire est la droite
sur la figure 16 a que pour une même succion de saturation.
(fig. 35 b), indépendamment de la nature du minéral Dans ce qui suit, on donne plusieurs exemples pour
argileux, on obtient presque la même résistance. montrer la manière dont on peut utiliser l’abaque et les
conclusions qu’on peut en tirer ; pour l’élaboration de
ces exemples on a utilisé les résultats de nos recherches
[5], [6] ainsi que des données trouvées dans la litté­
rature et qui représentent une source importante pour
mieux comprendre le comportement des sols non
saturés.
Ainsi, d’après la figure 36 b, où est représentée la
variation de la résistance à la compression simple d’une

Fig. 35.

D’ailleurs, ce fait est parfaitement explicable si l’on


tient compte du principe de la contrainte effective argile, on peut déduire que des modifications de l’état
(p') qui appliquée aux sols non saturés devient en d’humidité et de l’état de serrage ont des influences
considérant la relation (8) : presque égales.
p' = p — u = p + h — a p = (1—a)p + h (35) D’après la figure 37 où sont représentés les résul­
Donc la contrainte effective a deux composantes : tats des essais sur un sable fin de Pârtarlage (Rou­
l’une due à la pression extérieure (p) et l’autre à la manie), on peut déduire que l’influence de la teneur
succion. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’état en eau et de la densité sur les résistances à la traction
de saturation, h croît rapidement et la contrainte effec­ (a,), au cisaillement (?) et sur la cohésion apparente
tive qui mobilise la résistance au cisaillement est (ca) a un caractère tout à fait analogue.
dominée par la succion. En représentant dans l’abaque les données publiées
Comme la succion est influencée en même temps par par B.D. Kazarnovaski [16] concernant les paramètres
la teneur en eau et la densité (fig. 16 b) pour étudier de la résistance au cisaillement (Φ et c) d’un silt sableux
la variation des propriétés mécaniques des sols non (fig. 38 a) et d’une argile silteuse (fig. 38 b), on arrive
saturés, on a fait appel à l’abaque décrit plus haut à la conclusion que les valeurs de Φ sont presque
(fig. 3). On peut même imaginer un système de réfé­ indépendantes de la densité et ressentent vivement
rence qui a comme plan de base l’abaque Terracina l’influence de la teneur en eau. En même temps, on
et sur une normale à ce plan l’indice de la propriété doit remarquer que sur la cohésion c l’influence de
mécanique qui nous intéresse. En admettant que pour l’état d’humidité et de l’état de serrage dépend du
chaque état correspond une valeur bien déterminée de domaine considéré. Il est intéressant de mentionner
l’indice, on arrive à tracer une surface de variation de que l’allure des courbes d’égale valeur Φ et c, obtenues
cet indice. Les intersections de cette surface avec les en utilisant les données établies par D. Milanovic [19]
plans horizontaux d’égal indice vont donner en les pour les loess du bassin de Danube, conduit à des
projetant sur le plan de base des courbes d’égal indice. conclusions analgue

71
F ig. 36.

Fig. 37.

D’après la figure 40 où sont représentées les courbes de l’état de serrage. Le fait que les courbes E sont
d’égales modules de la déformation linéaire E d’un presques parallèles conduit à la conclusion, que dans
sable argileux compacté [23], on déduit que l’influence la représentation spaciale mentionnée plus haut, la
de la teneur en eau est beaucoup plus grande que celle surface E est presque plane.

72
Fig. 38.

Fig. 39.

73
Fig. 40

Fig. 41.

En analysant les deux abaques de la figure 41, où sont Ainsi, la figure 42 montre que les modifications de
représentées les courbes d’égal indice portant californien l’état pour une argile active dans un climat aride sont
CBR, on arrive à la conclusion que l’allure de cette importantes et que le sol devient saturé seulement pen­
courbe dépend en bonne mesure du type du sol et des dant l’hiver ; l’abaque nous montre aussi que le « che­
autres facteurs qui interviennent pour conditionner un min » parcouru au cours des saisons est assez éloigné
phénomène aussi complexe que la capacité portante de celui obtenu pendant les essais de retrait au labo­
d’un sol. ratoire. Dans ce cas, le sol s’éloigne assez vite de la
Aussi, en ce qui concerne les argiles actives, on doit saturation et les changements entre l’été et l’automne
signaler que l’abaque nous permet de suivre les varia­ se développent dans la bande comprise entre les
tions saisonnières de l’état d’humidité et de serrage. droites Sr = 0.7 et Sr = 0.6. Ce comportement un peu
74
Fig. 42

Fig. 43.

inhabituel reste encore à étudier, mais parmi les causes Enfin, une dernière question sur laquelle il est inté­
possibles recherchées, on doit faire intervenir la fis­ ressant de s’arrêter est celle de l’utilisation de l’abaque
suration et la structuration qu’on observe dans les pour suivre les changements d’état qui interviennent
argiles actives. pendant les essais mécaniques. Ainsi, si on représente
La figure 43 montre que pour des échantillons les résultats obtenus pendant un essai double œdomé-
d’argiles actives remaniées [15] les gonflements en trique et si sur « les chemins de changement d’état »
pourcentages (a) et les pressions de gonflements (b) sont marqués les points correspondant aux différentes
restent presque les mêmes indépendamment de la prépa­ pressions appliquées, on peut tracer les courbes d’égale
ration des échantillons (par la modification de la den­ résistance de la structure (fig. 44).
sité ou de la teneur en eau) et dépendent seulement Ces courbes indiquent les teneurs en eau et les
de l’état d’humidité et de serrage au commencement densités atteintes à l’état d’équilibre quand le sol est
de l’essai.
75
Fig. 44.

soumis à différentes pressions p ; la connaissance de de la courbe de résistance structurelle, p, le sol est


ces courbes permet une prévision des modifications de insuffisamment consolidé et on doit attendre des tas­
volume engendrées par les changements de l’état. Ainsi, sements supplémentaires en cas d’humidification ; par
par exemple, si le point p, correspondant à l’état du contre, si ce point se trouve au-dessous, le sol est
sol qui est soumis à une pression p, se trouve au-dessus surconsolidé et on doit s’attendre à des gonflements.

76
6. CONCLUSIONS

L’état de non-saturation dans lequel se trouvent la processus qui, à côté de la filtration, représente les
plupart du temps les sols dans de nombreuses régions deux aspects que l’on peut distinguer pendant la migra­
soulève des problèmes qui d’habitude ne sont pas tion de l’eau à travers les sols non-saturés. Ce fait
traités dans la Mécanique des Sols classique, qui est donne la possibilité d’approcher les processus qui ont
axée spécialement sur des sols saturés. lieu dans les sols à l’aide des lois de la conservation
La compréhension et la prévoyance du comporte­ de la masse et de l’énergie. Dans le cas des sols
ment des sols non-saturés supposent une connaissance saturés, on fait d’habitude appel seulement à la loi
assez approfondie des phénomènes d’interactions des de la conservation de la masse comme par exemple
phases constituant le sol et les autres corps poreux dans la théorie de la consolidation des couches
hydrophiles. argileuses.
La succion de l’eau, qui se trouve dans les pores Par contre, pour le cas plus général des sols non
des sols représente l’effet résultant des forces d’inter­ saturés, où il n’existe pas de relation univoque entre
actions, exprime la capacité de rétention de l’eau par l’état d'humidité et l’état de serrage, on est obligé de
la phase solide, détermine les propriétés physiques et recourir aux deux équations de bilan, celle de la
mécaniques et influence tous les phénomènes qui ont masse et celle de l’énergie. Sur cette base, il sera
lieu dans ces corps hydrophiles, comme par exemple possible à notre avis de développer à l’avenir une
l’échange de masse (migration de l’eau) ou d’énergie mécanique des sols non-saturés.
(dégagement de la chaleur par mouillage, énergie Comme l’état de serrage et de l’humidité des sols
nécessaire pour le drainage ou la filtration d'eau, etc.). non-saturés varient dans un certain domaine pour
L’établissement de la courbe de rétention (succion- l'étude systématique de leurs propriétés, il est recoman-
teneur en eau) qui, généralement, se fait d'une manière mandé d’utiliser l’abaque Terracina qui peut servir de
expérimentale, peut être sensiblement facilité à l’aide base en vue d’établir des diagrammes caractéristiques
des corrélations entre les teneurs en eau correspondant de la variation de l’indice géotechnique étudié en fonc­
à différentes succions et des indices hydrauliques, tion de l’état du sol. Ces sortes de diagrammes per­
mettent une meilleure systématisation des résultats pen­
comme la teneur en eau d’hygrosopicité maximale dant l’étude des différents types des sols, un contrôle
(whm). dont la détermination est plus simple. Dans efficace des nouveaux résultats obtenus et une éva­
le même but, on peut utiliser l’expression analytique luation réaliste du comportement des sols non-saturés
que l’on a établie pour la courbe de rétention et qui sous l’action des sollicitations. Cette manière de repré­
conserve sa validité dans le domaine le plus intéres­ senter l’état et d’étudier les propriétés est particuliè­
sant (1 à 15 bars). rement utile pour les sols sous-consolidés pouvant
La courbe de rétention trouve son application pour s’affaiser par inondation (loess) et pour les sols argi­
comparer les différentes méthodes de drainage, pour leux surconsolidés, capables de développer de grands
estimer la distribution des teneurs en eau d’équilibre gonflements et pressions.
sous les revêtements imperméables et les bâtiments, Les problèmes présentés dans cet exposé consti­
pour étudier les phénomènes de migration de l’eau tuent des exemples de la manière dont nous avons
(infiltration, ascension capillaire, drainage, accessibilité abordé la recherche. Nous sommes parfaitement cons­
de l’eau pour les plantes) à travers les sols non- cients que le travail accompli constitue seulement un
saturés et pour l’approche scientifique des autres ques­ commencement sur la longue route qui mènera à une
tions qui intéressent le génie civil et l’agriculture. meilleure prévoyance et une meilleure maîtrise des
De même, la capacité de rétention de l’eau par le phénomènes engendrés dans les sols non-saturés par
sol présente un intérêt théorique dans l’étude de l’activité humaine.
transferts d’énergie liés au drainage et au mouillage ;

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