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CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET

METIERS

CHAIRE DE TRAVAUX PUBLICS ET BATIMENT

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" ELEMENTS DE BETON ARME "


Chapitre 4: Notions d'états limites

(Code CCV004)

Enseignant: J. PAÏS 2011 - 2012


CNAM CCV004 – Eléments de Béton Armé 2

Sommaire
4. NOTION D’ETAT LIMITE ........................................................................................................... 3
4.1. DEFINITION DES ETATS LIMITES.................................................................................................. 3
4.2. PRINCIPES DE LA VERIFICATION DES CONSTRUCTIONS ................................................................ 4
4.3. ETATS LIMITES ULTIMES (ELU) .................................................................................................. 5
4.4. ETAT LIMITE ULTIME ACCIDENTEL (ELUA) .................................................................................. 6
4.5. ETATS LIMITES DE SERVICE (ELS) ............................................................................................. 7
4.5.1. Limitation des contraintes .................................................................................................. 7
4.5.2. Maitrise de la fissuration .................................................................................................... 8
4.5.3. Limitation des flèches ........................................................................................................ 9

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4. Notion d’état limite

4.1. Définition des états limites


Une construction implique des fonctions. Exemple : résister, porter,…

Les fonctions nécessitent des conditions : stabilité (fiabilité structurelle), durabilité, déformations
minimales…

L’Eurocode 1 établi quelques exigences fondamentales, telles que :

« (1) P Une structure doit être conçue et réalisée de sorte que, pendant sa durée de vie
escomptée, avec des niveaux de fiabilité appropriés et de façon économique :
- elle résiste à toutes les actions et influences susceptibles d'intervenir pendant son exécution et
son utilisation ;
- et elle reste adaptée à l'usage pour lequel elle a été conçue. »

« (4) P Une structure doit être conçue et exécutée de telle sorte qu'elle ne soit pas endommagée par
des événements tels que :
- une explosion ;
- un choc ;
- et les conséquences d'erreurs humaines ;
de façon disproportionnée par rapport à la cause initiale. »

La notion de fiabilité structurelle d’une structure est définie comme étant la capacité (exprimée sous
forme probabiliste) d'une structure à satisfaire les exigences spécifiées, y compris la durée d'utilisation
de projet, pour lesquelles elle a été conçue.

Pour cela, l’EC1 définit des classes structurales auxquelles correspondent des durées d’utilisation :
Classe S1 10 ans pour les ouvrages provisoires
Classe S2 25 ans pour certaines parties d’ouvrages remplaçables
Classe S3 25 ans pour des bâtiments agricoles
Classe S4 50 ans pour les bâtiments courants
Classe S5 100 ans pour les ponts et autres ouvrages de génie civil.

La durabilité est définie par un autre extrait de l’EC1 :


« (1) P La structure doit être projetée de sorte que sa détérioration, pendant la durée d'utilisation de
projet, n’abaisse pas ses performances au-dessous de celles escomptées, compte tenu de
l'environnement et du niveau de maintenance escompté. »

Pour adapter le niveau d’exigence à chaque situation, l’EC1 définit des situations de projets :
Situations durables (EC1) Conditions d'utilisation normale
Situations transitoires (EC1) Conditions temporaires applicables à la structure, par exemple
lors de son exécution ou de réparations
Situations accidentelles (EC1) Conditions exceptionnelles applicables à la structure ou à
son exposition, par exemple à un incendie, une explosion, un choc..
Situations sismiques (EC8)

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Un état limite d’une structure est un état «théorique» pour lequel une propriété de la structure définie
lors du projet est strictement satisfaite et cesserait de l'être en cas d’évolution défavorable d'une
action, d’un matériau ou d’une géométrie.

Il y a deux d’états limites : Etat Limite Ultime et Etat Limite de Service

4.2. Principes de la vérification des constructions


Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, on définit des caractéristiques de résistances des
matériaux utilisés (que l’on peut noter X d ) qui tiennent compte de plusieurs paramètres : types de
matériaux utilisés, durée d’application des charges, température et humidité ambiante, etc…

On définit ensuite des actions agissantes (voir chapitre suivant) que l’on combine entre-elles pour
obtenir les effets dimensionnant.

On mène ensuite un calcul structural qui permettra de comparer les effets Ed à la résistance Rd .

Ce cheminement intellectuel est résumé sur le schéma ci-dessous :

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4.3. Etats limites ultimes (ELU)


Ils mettent en jeu la sécurité des personnes et des biens.

Ils correspondent à l’atteinte de maximum de la capacité portante de la construction ou de ses


éléments avant dépassement par :
Perte d’équilibre statique
Rupture des sections par déformation excessive
Instabilité de forme (flambement)
Mécanisme de rupture

D’un point de vue normatif, l’Eurocode définit :


Un ELU EQU qui correspond à une perte d’équilibre statique.
Un ELU STR/GEO qui correspond à une défaillance structurale ou de fondations.

On utilisera pour ces états limites des lois de type « rupture »

Exemple de perte d’équilibre

Principe de vérification :

: Valeur de calcul des effets des actions


déstabilisantes
: Valeur de calcul des effets des actions
stabilisantes

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Exemple de défaillance structurale

Principe de vérification :

Ed ≤ Rd

Ed : Valeur de calcul des effets des actions


Rd : Valeur de calcul de la résistance structurale

4.4. Etat limite ultime accidentel (ELUA)


L’EC2 définit également un état limite ultime accidentel qui correspond à tout chargement accidentelle
appliqué sur la structure :
Choc, explosion…
Séisme.

C’est un état limite ultime : la structure doit pouvoir résister suffisamment longtemps pour permettre
l’évacuation des personnes.

A cet état limite ultime accidentel correspond :


Un système de combinaison particulier (voir chapitre 5).
Des coefficients de sécurité sur les matériaux différents (voir chapitre 3):
o Pour l’acier : γ s = 1.00
o Pour le béton : γ c = 1.2

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4.5. Etats limites de service (ELS)


Ils correspondent à des critères dont le non respect ne permet pas à l’élément d’être exploité
normalement ou compromet sa durabilité.
On distingue 3 états limites de service :
Limitation des contraintes (§7.2 de l’EC2).
Maitrise de la fissuration (§7.3 de l’EC2).
Limitation des flèches (§7.4 de l’EC2).

Attention, pour certaines structures particulières, le CCTP peut définir d’autres états limites à
respecter qui ne sont pas définis dans la norme EN 1992. Cela peut être le cas par exemple d’une
salle de marché pour laquelle on souhaite limiter les effets de vibration (notion de « confort ») en
limitant les accélérations reprise par la structure sous charge dynamique.

4.5.1. Limitation des contraintes

Contraintes sur le béton

Il est nécessaire de limiter les contraintes dans le béton afin d’éviter l’apparition de fissures trop
importantes susceptibles de nuire à la durabilité de la structure.

Cette limitation est fonction de la classe d’exposition. L’EC2 indique « il peut être pertinent de limiter
les contraintes de compression à une valeur 0,6 f ck , sous combinaisons caractéristiques, dans les
parties exposées à des environnements correspondants aux classes d’exposition XD, XF ou XS »
(voir tableau 4.1 du chapitre 3).

L’EC2 indique également que si la contrainte sous combinaisons quasi-permanentes est inférieure à
k2 . f ck , on peut considérer que le fluage du béton reste linéaire. Dans le cas contraire, il convient de
considérer un fluage non-linéaire (voir chapitre correspondant - CCV004). Le coefficient k 2 est défini
par l’annexe nationale de chaque pays : la France a adopté la valeur de base de l’Eurocode, soit
k 2 = 0,45 .

En résumé :
On limitera la contrainte de compression dans le béton à 0,6 f ck pour des classes d’exposition
supérieure à XD (vérification à faire sous combinaisons caractéristiques).
On limitera la contrainte de compression dans le béton à 0,45. f ck si on souhaite s’affranchir
de l’estimation du fluage non-linéaire.

Contraintes sur l’acier

En ce qui concerne la contrainte sur les armatures, l’EC2 indique que l’on peut aller jusqu’à
σ s = 0,8. f yk , pour peu que l’on vérifie l’état limite d’ouverture des fissures.

Bien-entendu, dans certains cas, la vérification de l’état limite d’ouverture des fissures nous amènera
à considérer une contrainte limite inférieure sur les armatures.

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4.5.2. Maitrise de la fissuration

Nous avons vu au chapitre 3 sur les matériaux, que le béton fissure sous contraintes de traction.
L’EC2 indique que « la fissuration doit être limitée de telle sorte qu’elle ne porte pas préjudice au bon
fonctionnement ou à la durabilité de la structure ou encore qu’elle ne rende pas son aspect
inacceptable. »

Il est donc recommander de limiter l’ouverture des fissures aux valeurs du tableau ci-dessous, en
fonction de la classe d’exposition :

Pour effectuer cette vérification, deux approches possibles sont décrites par l’Eurocode :
Soit une limitation des fissures par le respect de dispositions constructives énoncées au
§7.3.3 de l’EC2.
Soit par un calcul exact des ouvertures de fissures, détaillé au §7.3.4 de l’EC2.

Le calcul des ouvertures de fissures sera détaillé un peu plus tard dans le chapitre concernant les
« justifications aux ELS ».

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4.5.3. Limitation des flèches

La déformation d’une structure ne doit pas porter préjudices à son bon fonctionnement et à son
aspect.

De plus, lors de la vérification des flèches d’un élément, il est impératif de tenir comptes de la fragilité
des éléments portés : par exemple, on limitera de façon importante les flèches sur une poutre qui
supporte des cloisons fragiles.

Les limitations de flèches sont définies dans l’EC2 §7.4.1 et dans les recommandations
professionnelles, en fonction de la portée utile L (portée entre-nus exprimée en cm):
L/250 (sous combinaisons quasi-permanentes) pour les poutres, dalles ou consoles.
Si les déformations sont susceptibles d’endommager les éléments de structures avoisinants
(toujours sous combinaisons quasi-permanentes) :
o L/500 si L< 7m
o 1.4 + (L-7)/1000 si L> 7m

Bien-entendu, ces limites ne sont pas exhaustives et il faut se référer au CCTP qui peut imposer des
flèches limites différentes.

Selon l’EC2 (§7.4), l’état limite de déformation peut être vérifié de deux façons :
En limitant le rapport portée-hauteur pour se dispenser d’un calcul exact.
En calculant précisément la valeur de la déformée et en la comparant aux valeurs
admissibles.

La justification des flèches sera abordée au chapitre « Justifications aux ELS » (CCV109)

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