Qualité de l'eau et risques sanitaires

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Chapitre 13

Qualité de l'eau
Bernard Festy, Philippe Hartemann, Martine Ledrans, Patrick
Levallois, Pierre Payment, Dominique Tricard

La référence bibliographique de ce document se lit


comme suit:

Festy B, Hartemann P, Ledrans M, Levallois P,


Payment P, Tricard D (2003)
Qualité de l'eau.
In : Environnement et santé publique - Fondements et
pratiques, pp.333-368.
Gérin M, Gosselin P, Cordier S, Viau C, Quénel P,
Dewailly É, rédacteurs.
Edisem / Tec & Doc, Acton Vale / Paris

Note : Ce manuel a été publié en 2003. Les connaissances


ont pu évoluer de façon importante depuis sa publication.
Chapitre 13

Qualité de l'eau
Bernard Festy, Philippe Hartemann, Martine Ledrans, Patrick
Levallois, Pierre Payment, Dominique Tricard

1. Généralités
1.1 Ressources, usages et pollution des eaux: quelques rappels
1.2 Expositions humaines et risques sanitaires: un aperçu global
2. Eaux destinées à la consommation humaine
2.1 Introduction
2.2 De la ressource à la distribution
2.3 Évaluation des risques
2.4 Gestion technique
2.5 Gestion sanitaire - surveillance épidémiologique
2.6 Quelques exemples actuels de risques
3. Eaux de loisirs
3.1 Introduction
3.2 Piscines
3.3 Baignades
4. Aspects généraux de la gestion de l'eau
334 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

1. GÉNÉRALITÉS des déchets, en amont, retentit sur la qualité des


ressources en eau, d'abord, et sur leurs usages
1.1 Ressources, usages et pollution ensuite, tout en réduisant au m i n i m u m indis-
des eaux: quelques rappels pensable les traitements correctifs éventuels.
Le compartiment hydrique souterrain ou
L'eau est d'une importance biologique et superficiel est évidemment en contact avec les
économique capitale. L'hydrosphère est le fonde- autres compartiments environnementaux: sol,
ment de la vie et des équilibres écologiques. L'eau air et biosphère. Des échanges existent entre ces
est à la fois un aliment, éventuellement un différents secteurs, en fonction de la nature des
médicament, une matière première industrielle, contaminants. Notamment, les eaux souter-
énergétique et agricole, et un moyen de trans- raines sont plus ou moins bien protégées des
port. Ses usages sont donc multiples mais, s'agis- contaminations des sols, par leur profondeur et,
sant de santé humaine, ils sont dominés par surtout, par la nature géologique des terrains
l'agriculture et l'aquaculture, l'industrie et l'arti- sus-jacents. Certains polluants atmosphériques
sanat, les loisirs aquatiques dont la baignade et, transmis à longue distance (oxydes de soufre et
surtout, la fourniture collective ou individuelle d'azote, ammoniac, en particulier) sont suscep-
d'eau potable, utilisable à des fins alimentaires tibles de provoquer acidification ou eutrophisa-
(eau de boisson, cuisine) mais aussi domestiques tion des sols et des eaux: ce fut notamment le
et d'hygiène (figure 13.1). cas des eaux lacustres acidifiées au Canada et en
Le degré de qualité exigible des eaux dépend Scandinavie. Enfin, la contamination des eaux
évidemment de ces usages, et on est parti- affecte aussi divers organismes aquatiques
culièrement attentif à la qualité des eaux des- directement consommés par l'homme (poissons,
tinées à la consommation humaine ( E D C H ) , crustacés, coquillages) ou est indirectement
elle-même dépendante de celle des ressources en impliquée dans la contamination progressive de
eau disponibles. Rappelons que l'essentiel des la chaîne alimentaire (composés organiques per-
ressources planétaires est représenté par les eaux sistants bio-accumulables, comme les PCB).
océaniques (- 97 %) qui constituent, certes, un Diverses formes de pollution affectent les
réservoir biologique essentiel à l'alimentation ressources en eau. La pollution «thermique» est
humaine, mais qui sont très difficilement utili- la conséquence du déversement dans le milieu
sables par ailleurs. L'eau de mer est aussi, après aquatique (fleuves, eaux littorales) de quantités
évaporation, à l'origine des ressources hydriques considérables d'eau utilisées pour le refroidisse-
continentales, souterraines et superficielles, fort ment, surtout lors de la production d'énergie
précieuses pour l'humanité, mais souvent insuf- électrique par les centrales thermiques ou
fisantes, ici ou là, en quantité ou en qualité. nucléaires. L'élévation excessive de la tempéra-
Cette dernière, qui met en cause les usages des ture de l'eau fluviale, surtout en période d'étia-
ressources, mais aussi les équilibres écologiques ge, peut modifier l'équilibre biologique des eaux
des milieux hydriques, est tout particulièrement au regard des espèces piscicoles et faciliter le
affectée par les déchets issus des activités développement d'amibes libres, pathogènes
humaines, très souvent mal gérés, qu'il s'agisse pour les baigneurs.
de déchets solides (ordures ménagères, résidus La pollution radioactive concerne, d'une
industriels), gazeux (acidification ou eutrophisa- part, des émetteurs de rayonnement alpha
tion liées à la pollution atmosphérique), ou l i - ( 2 2 6 Ra, 2 3 4 U , 2 3 8 U ) , généralement d'origine
quides (eaux résiduaires urbaines, industrielles naturelle, et éventuellement présents dans les
ou agricoles, eaux de ruissellement). Ces eaux, eaux souterraines de zones géographiques déter-
plus ou moins convenablement traitées, font minées, granitiques pour le radon. D'autre part,
courir des risques au milieu récepteur, notam- les émetteurs bêta sont en général associés à des
ment le secteur hydrique, dont les capacités activités humaines ( 90Sr, 1 3 4 Cs, 131 I ) et la radio-
auto-épuratrices naturelles sont limitées. Il en contamination peut provenir de déversements
résulte des altérations écologiques et des réper- hydriques volontaires ou accidentels, ou de
cussions sur les usages humains des eaux, plus retombées atmosphériques. La plupart des
ou moins faciles à corriger par des traitements radionucléides s'absorbent facilement sur des
onéreux et complexes. Donc, une bonne gestion particules (sédiments des eaux, boues de station
QUALITÉ DE L'EAU 335

Figure 13.1 : Ressources, usages et interdépendance des eaux

Collectivités-industries-agriculture...

Déchets Épandage Eaux résiduaires-boues Épandage


agricole agricole
Rejet dans le milieu récepteur
± épuration

Contamination ± probable

Ressources Eaux marines Eaux superficielles Eaux


en eau souterraines
(Traitement) (Traitement)

Usages Aquaculture Eaux Baignades Agriculture Eaux Agriculture


d'alimentation aquaculture d'alimentation

Piscines

Source: Festy et Tricard (1989)

d'épuration). Des organismes aquatiques (pois- tiques (poissons, coquillages), et à l'origine


sons, mollusques, crustacés) sont capables d'ac- de véritables intoxications humaines his-
cumuler certains radio-éléments, créant une toriques ou plus récentes: mercure à
contamination de la chaîne alimentaire. Minamata au Japon ou en Guyane française
La pollution chimique est probablement la (méthylmercure des poissons consommés),
plus fréquente, très ressentie et très diverse. Il cadmium et maladie Itaï-Itaï au Japon.
s'agit d'abord de contaminations par des com-
Par ailleurs, les contaminants organiques
posés inorganiques, par exemple:
sont potentiellement innombrables: détergents,
- sodium et chlorures; produits phytosanitaires, solvants, hydrocarbu-
- nitrates, principalement issus des engrais res. Liés aux activités humaines de tous ordres,
agricoles, d'effluents domestiques et indus- ils créent des problèmes différents selon leur
triels (abattoirs, tanneries). Retrouvés dans solubilité, leur rémanence et leur devenir dans
de nombreuses ressources souterraines, ils les eaux, les sols et la chaîne alimentaire. Hormis
sont dangereux après réduction en nitrites, des accidents (sub)aigus ponctuels ou des
méthémoglobinisants et précurseurs de phénomènes cumulatifs, les molécules or-
nitrosamines cancérogènes; ganiques causent de plus en plus d'inquiétude
- phosphates, provenant des lessives et des du fait de leur présence ubiquitaire, polyvalente
engrais. Ils participent en première ligne au et insidieuse, se manifestant par des effets
processus d'eutrophisation, phénomène aux écologiques avérés et des effets sanitaires réels ou
conséquences environnementales (dévelop- potentiels à long terme (cancers, altérations
pements algals, notamment en zones estua- endocriniennes).
riennes) et sanitaires (par libération de to- Enfin, la pollution microbienne et parasitaire
xines algales); des eaux est importante. L'essentiel est ma-
- métaux lourds (plomb, mercure, cadmium) nifestement d'origine fécale, due aux déjections
d'origine industrielle ou artisanale, accumu- humaines et animales, au travers des eaux usées
lables en certains points fluviaux ou littoraux plus ou moins bien maîtrisées aux plans tech-
et concentrés par la flore et la faune aqua- nique et sanitaire. De toute façon, les traite-
336 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

ments primaires et secondaires des eaux usées usages de l'eau (tableau 13.1). La voie d'exposi-
n'affectent qu'en partie leur charge microbienne tion dominante pour la population est l'inges-
et les boues de traitement sont très contaminées, tion: elle concerne essentiellement des apports
sauf après traitement approprié. Les facteurs alimentaires, par l'eau de boisson elle-même ou
microbiens de pollution des eaux sont des bac- des aliments contaminés par l'eau in situ; à cet
téries entéropathogènes (salmonelles, shigelles, égard, les capacités de bioconcentration de con-
E. coli, vibrions cholériques), des virus taminants du milieu par des organismes aqua-
(entérovirus de type poliovirus, coxsackie et tiques, tels les coquillages, sont particulièrement
echovirus, virus de l'hépatite A, corona- et dangereuses pour le consommateur (Hartemann
rotavirus, virus de Norwalk et assimilés) respon- et coll., 1986). L'ingestion involontaire d'eau
sables, selon les cas, de gastro-entérites, contaminée intervient au cours des loisirs ou des
hépatites ou syndromes neuro-méningés; ces sports aquatiques, ou lors d'opérations profes-
virus sont, en général, plus persistants dans le sionnelles impliquant un contact avec des eaux
milieu et plus résistants aux traitements de dé- fortement contaminées.
sinfection que les bactéries. Des parasites sont
La pénétration pulmonaire par inhalation
aussi en cause: ils sont fort nombreux, dans les
d'aérosols contaminés par l'eau n'est pas né-
pays tropicaux, à impliquer un stade hydrique
gligeable: elle concerne, en particulier, les acti-
important dans leur cycle de développement, tel
vités de loisirs (piscines, spas, baignades), le
Entamoeba coli. Dans les pays développés, des
thermalisme, les milieux domestique, hospita-
parasites unicellulaires, tels Giardia lamblia et
lier ou hôtelier (les légionelloses sont un exem-
Cryptosporidium parvum, sont de redoutables
ple très actuel de ce risque) et certains milieux
agents pathogènes, notamment pour des sujets
professionnels (traitement et épandage des eaux
immunodéprimés; leurs kystes sont aussi parti-
et boues résiduaires).
culièrement résistants dans le milieu et face aux
désinfectants. La voie cutanéo-muqueuse est aussi con-
cernée dans la plupart des circonstances précé-
Des algues microscopiques peuvent, enfin, dentes, loisirs notamment. Le contact avec la
être en cause (cyanobactéries et autres) par pro- muqueuse oculaire peut être en cause pour les
lifération dans le milieu aquatique (baignades) amibes libres à la suite de contaminations par
ou créer, par leurs toxines, des problèmes pour lavage des lentilles cornéennes à l'eau du robi-
les eaux potables. net.
En définitive, l'eau est un patrimoine essen- Il est à noter que les loisirs et les sports aqua-
tiel à préserver, car en quantité limitée; sa qua- tiques en général constituent des circonstances
lité est essentielle à bien des usages, souvent où sont associés les trois types d'exposition.
générateurs d'impératifs contradictoires. Sa ges- Enfin, citons la voie très particulière consti-
tion est donc fondamentale, mais difficile, et tuée par l'accès parentéral (dialyse), pouvant
elle doit s'appuyer sur des plans d'actions con- être à l'origine d'intoxications chimiques, his-
certées et des objectifs de qualité rigoureux. toriques pour l'aluminium, plus récentes pour
les chloramines et certaines toxines cyanobac-
1.2 Expositions humaines et risques tériennes, ou d'infections bactériennes
(Pseudomonas et Aeromonas sp) (Hasley et
sanitaires: un aperçu global Leclerc, 1993).
Le risque hydrique survient de manière directe Les contaminants hydriques sont essentielle-
ou indirecte; dans le premier cas, il résulte d'un ment de nature biologique ou chimique ( O M S ,
contact avec l'eau contaminée elle-même (eau 1994; Vial et Festy, 1995). Les premiers sont des
usée, ressource, eaux de loisirs ou de boisson); bactéries (saprophytes, opportunistes ou patho-
dans le second cas, il survient par l'intermédiaire gènes), des virus, des parasites, des fungi et des
d'aliments ou d'air contaminés par une eau de (micro-) algues. Le risque hydrique microbien
qualité impropre: végétaux consommés crus, est de loin le plus évident à l'échelle mondiale.
glaces, poissons, coquillages ou crustacés, Pour l'essentiel, il se manifeste à court terme et
aérosols d'eau chaude sanitaire ou de station de il est d'origine «fécale». Dans les pays dévelop-
traitement des eaux. pés, il survient le plus souvent dans des circon-
Les conditions d'exposition de l'homme aux stances accidentelles, mais il revêt un aspect per-
facteurs de risque hydrique dépendent des manent et chronique dans nombre de pays en
QUALITÉ DE L'EAU 337

Tableau 13.1 Quelques dangers liés aux eaux: nature et importance relative

Eaux/usages de l'eau Population Danger biologique Danger chimique


et pathologies associées et substances associées
• Loisirs: baignades public +++ ?
et activités associées digestive,
cutanéo-muqueuse, ORL

• Loisirs: piscines, spas, public, +(+) ±


etc. professionnels ORL, cutanéo-muqueuse. dérivés halogènes
pulmonaire volatils
• Thermalisme usagers ++ ?
pulmonaire,
cutanéo-muqueuse
• Hospitaliers malades +++ ±
pulmonaire, ORL, aluminium, NO2-,
cutanéo-muqueuse, toxines algales
septicémie
• Résiduaires (et boues) + ?
- traitement professionnels digestive, pulmonaire, (composés volatils)
cutanée
- réutilisation consommateurs ++ ?
(végétaux crus), digestive, pulmonaire. métaux, organiques
professionnels cutanée organiques
• Conchyliculture consommateurs +++ ±
(concentration) digestive, métaux lourds
(para)typhoïdes, hépatite A,
vibrioses, affections
neurologiques
• Élevages industriels animaux. ++ ?
(volailles) consommateurs digestive
• Eau «potable» consommateurs ++ +
digestive, pulmonaire,
cutanéo-muqueuse

développement, du fait d'une maîtrise très la source d'infections tenaces en milieux hospi-
insuffisante de la gestion des eaux résiduaires et talier ou thermal (Legionella, Flavobacterium,
d'alimentation. Le poids sanitaire des patholo- Pseudomonas sp); des proliférations fongiques ou
gies hydriques d'origine infectieuse ou para- algales peuvent aussi survenir. Le risque
sitaire est évidemment différent dans les deux (micro)biologique s'enrichit donc progressive-
types de circonstances. ment en connaissances: c'est notamment le cas
Toutefois, à côté du risque fécal, est apparu pour certaines bactéries «non fécales» déjà citées
plus récemment, notamment dans les pays ou pour leurs constituants à propriétés inflam-
industrialisés, un risque microbien induit ou matoires (endotoxines), mais aussi pour des virus
majoré par des processus ou dispositifs tech- (Norwalk et autres), de plus en plus souvent en
niques favorisant, à la faveur de conception ou cause, pour les protozoaires (microsporidies), des
de maintenance insuffisantes, la prolifération micro-algues et leurs toxines, plaçant ces
d'espèces hydriques potentiellement nocives; dernières à la frontière des aspects microbio-
c'est le cas des dispositifs de traitement d'eau logiques et toxicologiques (Vezie et coll., 1997).
(chauffage) ou d'air (conditionnement) facilitant Le degré de gravité des atteintes pour la santé
le développement excessif de Legionella sp., voire qui en résultent est très variable selon les cas,
d'amibes libres dans l'eau chaude sanitaire ou allant de gastro-entérites banales ou graves à des
dans des tours aéroréfrigérantes en milieux parasitoses (risque fécal en général), à des
domestique, collectif ou urbain; mais c'est aussi atteintes cutanées, pulmonaires, voire neuro-
338 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

meningées. Le risque microbien et parasitaire est réellement impliqués dans le risque hydrique,
d'ailleurs fortement dépendant du statut i m m u - tels les métaux lourds (plomb, mercure, cad-
nitaire des individus, qu'il s'agisse de leur état mium) et l'arsenic. Des doutes subsistent en
vaccinal, pour certains agents, ou de leur état terme de risque cancérogène pour diverses
physiopathologique (sujets immunodéprimés molécules organiques comme les produits phy-
spontanément ou non), avec le cas exemplaire tosanitaires, les sous-produits (in)organiques de
du sida et des micro ou cryptosporidies. la désinfection, chloration en particulier.
Schématiquement (tableau 13.2), les affec- D'une façon générale, le risque chimique
tions pathologiques, de fréquences très inégales, peut être relié soit, le plus communément, à la
sont classables en trois catégories: d'abord diges- contamination des ressources en eau (produits
tives, plutôt d'origine alimentaire, avec les phytosanitaires, nitrates [Levallois et Phaneuf,
fièvres (para-typhoïdes, les gastro-entérites, les 1994], solvants, hydrocarbures), soit au traite-
syndromes cholériques et les hépatites); ensuite, ment de l'eau destinée à la consommation
respiratoires et O R L , liées à des aérosols conta- humaine (dérivés de l ' a l u m i n i u m utilisés
minés, avec la légionellose, les mycoses pul- comme coagulants [Martyn et coll., 1997],
monaires, les méningo-encephalites amibiennes, sous-produits de la désinfection), soit encore à
heureusement rarissimes; cutanéo-muqueuses, des altérations de l'eau en cours de distribution
enfin, fortement associées aux eaux de loisirs, ou de stockage (plomb, hydrocarbures aroma-
avec les candidoses, les dermatomycoses, les der- tiques polycycliques).
matites, la leptospirose (Leclerc et coll., 1982; Rappelons, enfin, le pouvoir bio-concentra-
Hartemann et coll., 1989). teur des coquillages (Hartemann, 1989) (métaux,
Le risque chimique (éventuellement radio- micro-organismes, toxines algales) et les dangers
logique) est, selon les cas, bien réel ou seulement résultant de la réutilisation agricole des eaux usées
suspecté. Il se manifeste parfois à court terme et et, surtout, des boues résiduaires, au regard des
de manière (sub)aiguë dans des circonstances métaux toxiques et de diverses molécules
accidentelles, mais le plus souvent de façon dif- organiques mal identifiées ( O M S , 1994).
férée ( O M S , 1994) comme pour certains can- La plupart des pays développés ne disposent
cers (arsenic). Sauf accidents ou actes de pas d'un dispositif permanent et complet de sur-
malveillance, il a été plus particulièrement veillance des maladies d'origine hydrique, au
étudié pour l'eau de boisson. Dans de rares cas, contraire des affections alimentaires collectives.
le danger tient à un déficit de l'eau en certains Certains, dont la France, procèdent épisodique-
éléments d'intérêt nutritionnel (iode, fluor); ment à un bilan national des accidents notifiés
mais, la plupart du temps, il résulte d'un (Mansotte et coll., 1991). Les États-Unis sont
accroissement, momentané ou permanent, des probablement un modèle dans ce domaine,
teneurs dans l'eau. Rappelons les contamina- encore que tous les États ne notifient pas les cas
tions naturelles par le fluor, pouvant entraîner avec le même zèle aux C D C (Centers for
une fluorose osseuse, comme observé en Disease Control). Néanmoins, des données sont
Gaspésie, au Québec, et dans la Meuse, en publiées (Kramer et coll., 1996) pour les eaux
France. Le dérèglement de pompes doseuses à de boisson et de loisirs.
fluorure utilisées pour prévenir les caries den-
taires a été souvent rapporté aux États-Unis à
2. EAUX DESTINÉES À LA CON-
l'origine d'intoxication (sub)aigues par le fluor.
À moyen terme, des maladies ont été décrites SOMMATION HUMAINE (EDCH)
en relation avec le fluor (fluorose dentaire) ou
2.1 Introduction
les nitrates (méthémoglobinose), avec quelques
interrogations, dans ce dernier cas, tenant à leur Plus la civilisation évolue, plus la quantité con-
rôle de co-facteur toxique associé à des conta- sommée d ' E D C H (ou eau du «robinet») par
minations bactériennes. habitant augmente. Elle est de l'ordre de 150 à
À long terme, le rôle néfaste de macroconsti- 200 L par jour en France, mais peut atteindre
tuants tels le sodium et la dureté, au niveau du 300 à 400 L en Amérique du Nord. Cette eau,
risque cardio-vasculaire, n'a pas été confirmé. distribuée par un réseau public, doit être con-
Par contre, certains microconstituants sont forme à des normes de potabilité définies par la
QUALITÉ DE L'EAU 339

Tableau 13.2 Les principales infections humaines transmissibles par l'eau (modifié d'après Leclerc et coll., 1982)

Agent responsable Origine la plus fréquente


Sphère digestive
• Fièvres typhoïdes Salmonella typhi
Coquillages, E.B.*
(Para A - B)
• Gastro-entérites E. coli
Salmonella sp.
Shigella sp.
Yersinia E.B.,
Campylobacter aliments crus,
Giardia baignades
Cryptosporidium
Rotavirus
• Choléra Vibrio cholerae
E.B., aliments souillés, coquillages
• Hépatites A et E Virus
Sphère respiratoire-ORL
• Légionellose Legionella sp.
• Mycoses pulmonaires Aspergillus sp. Eaux aérosolisées, compostage
Actinomycètes,
thermophiles
• Affections ORL Adénovirus
Réovirus Piscines, baignades

• Meningo-encephalites amibiennes Baignades (eau douce)


Sphère cutanéo-muqueuse
• Dermatomycose Dermatophytes Piscines
• Candidoses Candida albicans Baignades
• Leptospirose Leptospires Baignades (eau douce)
• Suppurations bactériennes Streptocoque hémolytique
groupe A Piscines
Staphylococcus Baignades
Pseudomonas
Dermatites Furcocercaires Baignades (eau douce)

*EB: Eau de boisson

réglementation de l'État, pour un usage destiné Enfin, entre l'usine de production d ' E D C H
à la boisson. Mais, dans les faits, l'usage boisson et le consommateur final s'étend un réseau plus
ou cuisine ne concerne que quelques litres par ou moins long et compliqué, au sein duquel
jour, tandis que les besoins domestiques portent peuvent survenir divers phénomènes chimiques
plus sur la toilette, l'élimination des excrétats, le (corrosion) ou microbiologiques (constitution
lavage (vaisselle, linge, automobile), l'arrosage, de biofilm) capables de dégrader la qualité de
les loisirs, et ce, pour des quantités croissantes. l'eau en y introduisant des éléments non
De nombreux autres usages non domestiques présents initialement.
se développent également, pour lesquels les
critères de potabilité ne sont pas toujours adap-
tés: usage hospitalier (soins aux malades, dialyse
2.2 De la ressource à la distribution
rénale), industrie agro-alimentaire, activités de Selon le type de ressource, la pollution peut être
fabrication très diverses (électronique), qui exi- plus ou moins importante et variée, impliquant
gent le plus souvent l'adjonction d'une phase un traitement allant du plus simple au plus
supplémentaire de traitement. complexe. Le réseau de distribution peut inté-
340 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

grer des post-traitements et doit faire l'objet de pollution des eaux usées reçues, et des ana-
d'une surveillance approfondie. lyses complètes apporteront des indications sur
la qualité bactériologique et chimique, en fonc-
Ressources
tion de laquelle on jugera, en conformité avec
Selon le type de ressource (eau souterraine, eau les directives, du traitement à leur appliquer.
superficielle, origine mixte), la pollution sera Tout captage d'une eau souterraine (source
plus ou moins régulière et importante. Les ou forage) nécessite une enquête h y d r o -
nappes phréatiques sont couramment utilisées géologique menée par un géologue officiel en
en milieu rural par forage de puits. Mais l'eau vue de déterminer
qui les constitue n'a traversé qu'une épaisseur
limitée de terrain: la filtration est insuffisante et - l'origine des eaux que l'on se propose de
la nappe souvent contaminée. Les nappes allu- capter et ses caractéristiques;
vionnaires sont des eaux souterraines circulant - les réserves de la nappe et le débit de la
parallèlement au lit des rivières, dans des allu- source;
vions sableuses; elles peuvent fournir des quan- - les contaminations que l'eau est susceptible
tités d'eau beaucoup plus importantes que les de recevoir;
nappes profondes. Mais elles sont sujettes à con-
taminations par les infiltrations superficielles et - la délimitation des périmètres de protection,
un traitement est toujours nécessaire. Les «eaux zones légalement protégées où sont interdits
vauclusiennes» sont des eaux superficielles, tous travaux, dépôts ou installations suscep-
pénétrant par des fissures ou des failles, à travers tibles d'être une cause de nuisance pour la
des roches imperméables, et qui vont émerger, qualité de l'eau.
sans aucune filtration, sous forme de «résur-
Traitement de l'eau
gence». Ces «fausses sources» sont souvent abon-
dantes, mais très fréquemment contaminées par Il est inexistant en cas d'utilisation d'eau souter-
les souillures du sol, et représentent une cause raine bien protégée et conforme aux normes de
classique de «maladies hydriques». potabilité et pour un court réseau de distribu-
tion. Il peut comporter simplement une étape de
Les eaux de surface (rivières, lacs, barrages, filtration couplée à une post-désinfection au
etc.) sont très largement utilisées aujourd'hui, chlore. Il peut enfin comporter toute une série
car ce sont les seules capables de fournir des d'étapes lorsque la ressource est d'origine super-
quantités considérables pour des consomma- ficielle et contient donc divers polluants chi-
tions diverses. Mais elles sont inévitablement miques et biologiques. Il comporte en général les
sujettes à contamination par des eaux de ruis- étapes suivantes (le nombre et le choix des étapes
sellement et des eaux résiduaires. Elles peuvent étant fonction de la qualité de l'eau brute):
véhiculer des microorganismes et des polluants
chimiques, d'où la nécessité d'un traitement - décantation - celle-ci peut être accélérée par
adapté avant leur utilisation. l'addition d'un floculant (sels de fer ou d'a-
luminium);
La pollution biologique est heureusement
atténuée par les processus naturels d'auto-épura- - filtration sur lit de sable – cette opération
tion: destruction des microorganismes patho- étant parfois combinée à la première, ou plus
gènes par l'action des rayons ultra-violets solaires, récemment sur filtres en matériaux
par la concurrence vitale des microorganismes céramiques ou cellulosiques;
saprophytes, des bactériophages, etc. Malheu- - élimination des composés organiques ou
reusement, cette auto-épuration est de plus en minéraux indésirables ou en excès par pas-
plus entravée par l'abondance des pollutions sage sur charbon actif (adsorption des
physicochimiques (détergents synthétiques, molécules organiques) ou sur résine
hydrocarbures) qui rompent l'équilibre biolo- échangeuse d'ions (élimination des sels
gique et empêchent la réoxygénation de l'eau. minéraux);
Le point de captage (source ou prélèvement
- désinfection par traitement oxydant à l'o-
en rivière) doit être protégé par un triple
zone, au chlore, au bioxyde de chlore ou aux
périmètre de protection. S'il s'agit d'utiliser un
dichloramines, q u i élimine les m i c r o -
cours d'eau, on appréciera le volume et le degré
organismes;
QUALITÉ DE L'EAU 341

— post-chloration, avant envoi dans le réseau par exemple, à la stagnation d'une eau peu
ou les réservoirs, de façon à maintenir une minéralisée et acide dans les canalisations en
teneur résiduelle en chlore libre actif de plomb, de même les Legionella pourront utiliser
0,1 m g / L environ. le biofilm comme support de prolifération et de
Une assurance qualité est mise en place par le résistance à la désinfection.
producteur et respecte la règle des 5 M: En raison de la difficulté croissante à fournir
matières, matériaux, méthodes, main-d'œuvre en quantité suffisante une eau d'alimentation
et milieu. En effet, il est nécessaire de prendre parfaitement conforme aux critères de qualité de
en compte la qualité de tout ce qui exerce une l ' E D C H , certains ont proposé un double réseau
influence sur l'eau produite, de l'eau brute de canalisations. En effet, l'eau nécessaire à l'ali-
(milieu) au consommateur, en passant par les mentation (boisson et cuisine) représente moins
réactifs ajoutés (matières) et les méthodes, les de 1 % de la consommation; le reste des besoins
matériaux de transport et la formation du per- pourrait être couvert par une eau de moins
sonnel. Tout procédé de traitement de l ' E D C H grande qualité, mais suffisante pour les usages
doit avoir été préalablement agréé en France par «externes» privés et publics (bains, chasse d'eau,
le ministère chargé de la santé. Dans ce cadre, lavage, arrosage). Malgré son apparence sé-
l'évolution actuelle va dans le sens d'une duisante, ce projet n'est pas raisonnable: coût
diminution de l'importance des étapes faisant élevé, débit trop restreint du réseau d'eau de
appel à des procédés chimiques et divers réactifs, boisson, erreurs à peu près inévitables des
au profit d'une remise en œuvre de procédés usagers et des installateurs, fraudes, etc.
physiques, parfois anciens, telle la filtration On s'attache donc à améliorer la qualité des
lente sur sable, car plus faciles à maîtriser et canalisations constituant les réseaux (résistance
comportant des étapes biologiques d'épuration à la corrosion, matériaux non toxiques) et la
dont le rôle apparaît assez difficilement rem- qualité de l'eau envoyée dans le réseau (correc-
plaçable. De même, la désinfection chimique tion d'une éventuelle agressivité, pauvreté en
perd une partie de son «aura» au profit de la fil- éléments minéraux et organiques pouvant servir
tration, car elle conduit à former un certain de nutriments aux microorganismes, post-
nombre de contaminants, les sous-produits de la chloration pour prévenir une prolifération
désinfection, potentiellement toxiques, qu'ils excessive) afin d'éviter la contamination micro-
soient dus au chlore, au bioxyde de chlore ou à biologique et chimique de l'eau parvenant au
l'ozone. Les membranes de filtration et leur consommateur. Dans ce cadre, l'usage de l'ami-
mise en œuvre ont connu de grands progrès et ante-ciment, des goudrons (HAP) ou même des
l ' u l t r a f i l t r a t i o n , voire plus récemment la plastiques fait l'objet de craintes. Le maillage du
nanofiltration (qui élimine non seulement les réseau (interconnexions, absence de stagnation,
microorganismes, mais aussi de nombreuses etc.), sa surveillance et son entretien (désinfec-
molécules organiques et minérales), et sont de tions, purges, détection des fuites) et le contrôle
plus en plus souvent utilisées pour la production de la qualité de l'eau sont d'autres points très
d ' E D C H à l'échelle industrielle, en France et en importants pour obtenir un résultat qui satis-
Amérique du Nord. fasse l'usager et la santé publique.
Si le réseau public de distribution est de plus
Distribution jusqu'au robinet de l'usager en plus pris en compte, la portion privative, à
Les canalisations constituent une partie vul- l'intérieur des immeubles, est du ressort du pro-
nérable, car elles sont exposées aux souillures les priétaire dont la vigilance et le niveau d'infor-
plus diverses, et les temps de transit sont parfois mation ne sont pas toujours satisfaisants. Le sa-
très longs (une semaine ou plus). Ces inter- turnisme hydrique est lié en quasi-totalité à
actions eau-matériau sont inévitables, tant sur le l'utilisation de canalisations en plomb dans les
plan microbiologique (adhésion bactérienne, logements anciens. Des traitements peuvent être
croissante et développement de biofilm qui ajoutés sans grand discernement (adoucissant,
servira de niche écologique à la survie, voire à la antitartre, anticorrosion), tant sur les eaux
prolifération de certains germes) que chimique froides que les eaux chaudes sanitaires. Celles-ci
(agressivité d'une eau pouvant entraîner corro- doivent répondre aux critères de potabilité de
sion et dissolution). Le saturnisme peut être lié, l ' E D C H , mais souvent leur température est
342 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

insuffisante et Legionella sp. prolifère dans les personne, particulièrement dans les zones défa-
ballons de stockage et les tuyauteries dont la vorisées. L'eau est un véhicule idéal de transmis-
température est de l'ordre de 40 à 50 °C. Là, sion des microorganismes pathogènes (virus,
également, la maintenance de l'installation bactéries, parasites, champignons); certains
(celle-ci devant, bien sûr, avoir été réalisée de (virus et parasites entériques) ont une dose m i -
façon adéquate) et la surveillance des systèmes et nimale infectante faible ( D M I ) caractéristique
de la qualité sont des paramètres très importants de leur infectivité: il suffit de 1 à 10 unités
pour garantir la sécurité sanitaire des usagers. viables pour infecter un i n d i v i d u sensible;
d'autres (bactéries, champignons, algues)
doivent être présents en quantité beaucoup plus
2.3 Évaluation des risques importante pour déclencher l'infection et la
Les risques pour la santé liés à l ' E D C H sont de morbidité. La D M I rapportée pour la plupart
nature microbiologique et toxicologique. des agents bactériens dépasse 1000 unités
Les microorganismes pathogènes sont viables. De plus, les bactéries, contrairement
présents chez les individus (formant une popu- aux virus et parasites, sont beaucoup plus sensi-
lation) à des niveaux différents selon les condi- bles à la désinfection par le chlore, ce qui
tions socio-économiques, sanitaires et environ- diminue considérablement le risque d'épidémie
nementales qui prévalent dans le milieu. Le taux dues à des agents bactériens (Haas, 1983) (voir
endémique dans une population est le niveau de encadré 13.1).
contamination de base de cette population dans Les eaux usées sont très chargées en micro-
les conditions «normales» de ce milieu. Ainsi, le organismes pathogènes, et les concentrations en
taux habituel de gastro-entérites est de moins virus, bactéries et parasites peuvent atteindre
d'un épisode/année/personne dans la plupart plusieurs milliers par litre et même le million
des pays industrialisés de la C o m m u n a u t é dans les pays en voie de développement et ceux
économique européenne, du Canada et des où l'eau est plus rare. Le traitement des eaux
États-Unis. Dans les pays tropicaux, en usées, là où il est effectué, peut réduire ces con-
Amérique latine et en Amérique du Sud, ce taux centrations de un ou deux ordres de grandeur,
peut facilement atteindre 10 épisodes/année/ mais les effluents sont encore très chargés. Dans

Encadré 13.1 L'éclosion de gastro-entérite à Walkerton en mai 2000

En mai 2000, la ville de Walkerton, située en Ontario (Canada), qui compte environ 5000 habitants, a été
le théâtre d'une importante épidémie de cas de gastro-entérites. L'épidémie fut causée par une contamina-
tion du réseau d'eau potable par les bactéries Escherichia coli Ol57:H7 et Campylobacyter jenuni. Près de
2300 personnes ayant consommé l'eau de la ville ont eu des symptômes de diarrhée et 7 sont décédées.
L'épidémie a été occasionnée par la contamination d'un des puits de la municipalité par des microorganismes
suite à l'épandage de fumiers provenant d'une ferme bovine située en périphérie de la municipalité. L'absence
d'appareil de chloration en continu et de mesure de la turbidité a empêché une désinfection adéquate de l'eau
distribuée. L'unité de santé publique de la région a suspecté la qualité de l'eau puisqu'une enquête prélimi-
naire n'avait pas pu mettre en cause d'autres sources de contamination. Une enquête épidémiologique a mis
en évidence le lien entre le réseau d'eau potable de la ville et la maladie; cette dernière a été plus fréquente
chez les personnes qui avaient consommé le plus d'eau. Cette épidémie a démontré la vulnérabilité de cer-
tains puits, sous l'influence d'eau de surface, qui sont susceptibles d'être contaminés par des microorga-
nismes. Elle a aussi mis en relief l'importance d'un système de chloration en continu pour assurer une dés-
infection efficace.

Références:
Anonyme. «Éclosion de gastro-entérite d'origine hydrique associée à un réseau d'aqueduc municipal conta-
miné, Walkerton (Ontario), mai-juin 2000», Relevé des maladies transmissibles au Canada, 26-20, 15 octobre
2000, p. 1-3.
O'Connor, D. R. Report of the Walkerton Inquiry, Part One. A summary, Ontario Ministry of the Attorney
General, Queen's Printer for Ontario, 2002.
QUALITÉ DE L'EAU 343

les eaux de rivières et les lacs, la d i l u t i o n des Certaines de ces données sont présentées dans le
eaux usées réduit cette concentration à des tableau 13.3 tiré de Rose et Gerba, 1991.
niveaux dépassant rarement la centaine par litre. L'évaluation du risque d'origine chimique
Les eaux de surface contaminées par des micro- est utilisée principalement lors de la détermina-
organismes pathogènes, en particulier les virus tion des normes ou recommandations de qualité
et parasites, très résistants aux traitements, cons- d'eau potable. Cette démarche peut être aussi
tituent souvent encore un risque, qui peut être utilisée lors de dépassement de normes afin de
direct lors d'une baignade ou d'activités récréa- déterminer l'importance et le type de mesure à
tives, ou indirect lors de la consommation d'eau prendre pour protéger la santé de la population.
non traitée ou insuffisamment traitée. La première étape utilisée habituellement dans
L'évaluation de ce risque prend en compte le l'évaluation de risques consiste à évaluer si la
nombre de microorganismes requis pour substance à l'étude a un caractère cancérogène et
déclencher l'infection, donnée parfois obtenue à si celui-ci est suffisamment documenté (can-
partir d'études sur des volontaires. Ces études cérogène certain ou probable pour l'humain).
ont l'avantage sur les modèles toxicologiques de • Cas des substances considérées comme non
ne pas être des extrapolations faites à partir cancérogènes
d'animaux. Des modèles mathématiques,
Dans le cas de ces substances, la première
développés pour estimer ce risque, sont utilisés
étape consiste à déterminer le niveau (ou la
aux États-Unis (Gofti et coll., 1999) pour
dose) pour laquelle on n'observe pas d'effets
atteindre des objectifs de santé publique: ainsi,
nocifs ( D S E N O ) communément appelés en
on vise à réduire le risque lié à l'eau de consom- anglais N O A E L (No Observed Adverse Effect
mation à moins de 1 cas de maladie (gastro- Level). La dose sans effet observé est la dose
entérite, GE) annuelle pour 10 000 consomma- la plus importante pour laquelle aucun effet
teurs: cette norme a été établie aux États-Unis nocif n'a été observé dans les études de toxi-
(«Surface Treatment Regulation Rules») pour l'eau cité habituellement réalisées chez l'animal.
potable produite à partir d'eau de surface (Regli Idéalement, ces études doivent être menées
et coll., 1991). suite à une exposition chronique. Par contre,
Mais l'infection ne constitue pas le seul dan- lorsque les études de toxicité chronique ne
ger en soi. La virulence du microorganisme, sont pas disponibles, on peut utiliser des
c'est-à-dire la probabilité qu'un sujet infecté études de toxicité d'exposition plus courte.
manifeste des troubles cliniques, est un autre Dans le cas de substances pour lesquelles la
paramètre pertinent. Elle dépend du micro- toxicité aiguë ou subaiguë est plus impor-
organisme lui-même et de la susceptibilité de tante (nitrates chez l'enfant, par exemple), la
l'hôte. Peu de données sont disponibles sur la détermination du N O A E L est faite en regard
virulence. Ainsi, dans la famille des entérovirus, de l'exposition aiguë ou subaiguë. Le
compte tenu de la large gamme de virulence N O A E L est habituellement défini sous
forme de dose, c'est-à-dire sous forme de
observée (de 1 à 97 % ) , il a été recommandé de
milligrammes/kilogramme de poids. L'étape
prendre 50 % comme estimation centrale pour
suivante consiste à déterminer la dose jour-
l'ensemble de ces pathogènes (Gerba et coll.,
nalière acceptable (DJA), appelée aussi en
1996). Pour Cryptosporidium sp., Haas et coll.
anglais A D I (Acceptable Daily Intake). Cette
(1996) ont supposé une virulence de 100 %
dose est calculée habituellement en divisant
pour estimer le risque consécutif à la contami-
le N O A E L par un certain nombre de fac-
nation de Milwaukee au printemps 1993, et ils
teurs, appelés «facteurs de sécurité» ou
ont calculé un impact qui s'est avéré voisin de encore «facteurs d'incertitude». Il est
celui réellement observé. habituel de considérer un facteur allant de 1
Divers modèles de fonction dose-réponse à 10 pour l'extrapolation inter-espèces, un
(infection) ont été testés. Les modèles «log nor- facteur allant de 1 à 10 pour l'extrapolation
mal», «exponentiel» ou «Bêta-Poisson» se sont intra-espèces pour tenir compte des indi-
avérés approcher le mieux les données expéri- vidus les plus sensibles. Dans certains cas, on
mentales chez l'animal ou chez des hommes est amené à utiliser la dose journalière
volontaires, et les très rares données épidémio- tolérable ( D J T ) appelée en anglais T D I
logiques disponibles (Haas et coll., 1993).
344 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

(Tolerable Daily Intake). Lorsqu'on utilise un • Cas des substances cancérogènes


L O A E L (Lowest Observed Adverse Effect Dans le cas des substances cancérogènes,
Level) plutôt qu'un N O A E L ou lorsque l'on étant donné qu'il n'y a pas de niveau
utilise des études de toxicité sub-chronique à habituellement considéré sans effet, on doit
la place de chronique, on peut être amené à viser le risque m i n i m a l . Ce risque considéré
incorporer un facteur de sécurité supplémen- comme «acceptable», suite à une ingestion
taire. Ainsi, pour certaines substances, des prolongée pendant toute la vie, est habi-
facteurs de sécurité très importants sont u t i - tuellement considéré comme inférieur à 10 -5
lisés lorsqu'il existe beaucoup d'incertitude; ou 10-6 . Les autres éléments pris en consi-
par exemple, un facteur de 10 000 est utilisé dération pour l'établissement de la concentra-
au Canada pour le trichloréthylène alors tion maximale acceptable pour les substances
qu'un facteur de 1 à 2 est utilisé pour le cancérogènes sont les méthodes courantes de
plomb et les nitrates. Une fois la DJA déter- traitement de l'eau pouvant être utilisées
minée, il faut calculer la concentration maxi- pour réduire cette concentration au m i n i -
male acceptable, en tenant compte du poids m u m et les méthodes disponibles pour
moyen de l'individu, s'il s'agit d'un adulte, l'analyse de cette substance dans l'eau
habituellement 70 (ou 60) kilos. Il faut potable. On voit donc que, habituellement,
ensuite considérer la consommation d'eau: on doit toujours viser l'exposition minimale
au niveau international, 2 litres par jour, au aux substances cancérogènes, mais que les
Canada, 1,5 litre. Le dernier facteur consiste aspects de gestion de risque sont pris en con-
à déterminer quelle est la proportion de cette sidération de façon importante.
substance qui est absorbée via l'eau potable:
habituellement, il s'agit d'un facteur allant de Ainsi, au Canada, la concentration maximale
20 à 80 %. Lorsque les données ne sont pas admissible ( C M A ) pour le chloroforme ou
disponibles, on utilise fréquemment la valeur les trihalométhanes totaux est proposée en
de 20 %. La concentration maximale accep- 1992 à 50 µ g / L basée sur un risque de cancer
table en milligrammes par litre est donc négligeable, une possibilité de doser ces con-
déterminée avec la formule suivante: taminants à des niveaux très faibles de l'ordre
de 1 à 2 µ g / L et la capacité des usines de
Dose journalière admissible DJA (mg/kg) x traitement à produire de l'eau sous cette l i -
poids moyen (kg) x proportion d'exposition mite (Toft et coll., 1992). Suite à des évalua-
provenant de l'eau (%) tions et des représentations des industriels du
Ingestion moyenne d'eau potable par jour (L) traitement de l'eau, la C M A pour les t r i -
halométhanes totaux a été fixée à 100 µ g / L
Des approches de même type sont appliquées en 1996. On voit donc qu'il est difficile de
pour les enfants et pour les nourrissons.

Tableau 13.3 Probabilité d'infection par quelques biocontaminants des eaux


Microorganisme Probabilité d'infection Dose (pour 1 % d'infection)
(exposition à 1 organisme)
Campylobacter 7•10 -3 1,4

Salmonella (typhi) 2,3•10 -3 (3,8.10 -5 ) 4,3 (263)

Shigella (dys. 1) 1•10 -3 (4,97.10 -4 ) 10 (20)

Shigella (flexn. 2A) (1•10 -4 ) (100)

Vibrio cholerae (el tor) 7•10 - 6 (1,5.10 -5 ) 1 428 (667)

Poliovirus 1 (3) 1,5•10 -2 (3,1.10 -2 ) 0,67 (0,32)

Echovirus 12 1,7•10 -2 0,59

Rotavirus 3,1•10 -1 0,03


-2 -1
Entamoeba coli (histol.) 9,1•10 (2,8.10 ) 0,1 (0,04)

Qiardia lamblia 1,98•10 -2 0,5

Source: Rose et Gerba (1991)


QUALITÉ DE L'EAU 345

dissocier complètement l'évaluation du sitions ( O M S , U n i o n européenne, État, organi-


risque de sa gestion, en matière de contami- sation professionnelle), leur expression et,
nants d'origine chimique. Il va de soi que la surtout, leur degré de contrainte réglementaire
priorité est toujours d'éliminer ou de réduire varie. Selon les pays, certaines responsabilités
au m i n i m u m le risque infectieux ou de sont réparties différemment, mais, globalement,
réduire, compte tenu des ressources l'ensemble des règles applicables est semblable.
disponibles, le risque d'origine chimique. Pour permettre la meilleure adaptation au con-
En cas de dépassement de normes «chi- texte local, il faut toujours essayer d'établir les
miques», des évaluations de risque fondées règles en termes de résultats à atteindre, mais la
sur divers scénarios peuvent permettre de complexité commande d'exprimer certaines
prendre la décision de laisser consommer une règles sous forme de moyens à mettre en œuvre
eau dépassant la norme ou d'arrêter la con- ou de procédures à suivre, notamment lorsqu'il
sommation. est estimé que l'autorité publique doit intervenir
à un moment ou à un autre dans la conception
ou le fonctionnement.
2.4 Gestion technique L'expérience accumulée au cours des années
Pour assurer une protection de la population permet de décrire les principales règles qui por-
vis-à-vis des risques hydriques liés aux eaux d'a- tent sur l'ensemble de la chaîne de production,
limentation, la gestion technique et sanitaire de sa conception à la qualité de l'eau distribuée.
doit être la plus préventive possible et, à ce titre,
Mise en œuvre des procédures
s'appliquer dès le choix de la ressource, puis lors
de la conception et de la réalisation des installa- Elle s'applique essentiellement au moment de la
tions. En fonctionnement quotidien, elle doit conception des installations de production d'eau.
être dynamique pour permettre des actions Chaque installation est soumise à autorisation
adaptées aux difficultés: celles-ci peuvent appa- administrative préalable qui porte sur le choix du
raître lors d'une dérive légère de la qualité qui captage, sur l'éventuelle filière de traitement, et
reste encore comprise dans les «zones de sécu- détermine les périmètres de protection des cap-
rité» des règles fixées, ou lors d'un dysfonction- tages dans lesquels des constructions, des installa-
nement majeur dont les effets sont constatés sur tions, des activités potentiellement polluantes
la santé des utilisateurs. Elle doit tenir compte sont interdites ou réglementées.
de l'inertie des systèmes de production et de dis- Les éléments essentiels des installations de
tribution d'eau qui peut se compter en jours distribution (réservoirs, canalisations) font l'ob-
pour les réseaux ou en années ou dizaines d'an- jet d'une déclaration à l'autorité sanitaire pour
nées pour des ressources souterraines. permettre des contrôles, mais aussi une
approche d'épidémiologie géographique en cas
Cette gestion des risques sanitaires nécessite de survenue de difficultés.
une analyse et des solutions répondant aux ca-
ractéristiques de chaque cas. Toutefois, l'expé- Obligation de moyens
rience acquise au cours des dernières décennies
Elle concerne essentiellement la conception et la
a permis de dégager des règles générales qui
réalisation des différentes installations: captages,
facilitent cette approche particulière et q u i
traitements, distribution par les réseaux publics,
garantissent déjà un bon niveau de sécurité
distribution dans les réseaux intérieurs des
lorsqu'elles sont mises en œuvre.
immeubles. De plus en plus souvent, ces règles
Ces règles générales ne se résument pas aux sont contenues dans des normes, telles celles
seules limites de qualité correspondant à une élaborées par le Comité européen de normalisa-
liste de paramètres; elles comportent un ensem- tion: procédés ou produits de traitement, maté-
ble de dispositions q u i s'appliquent de la riaux de revêtement au contact de l'eau, etc.
ressource au point d'usage pour le consomma-
teur. Elles portent également sur les modalités Obligation de résultats
de gestion des situations non conformes et sur Elle porte sur la qualité de l'eau au point de
l ' i n f o r m a t i o n du consommateur (Tricard, mise à disposition du consommateur et se
1998). En fonction du cadre juridique dans traduit par des limites de qualité fixées pour des
lequel se situe la structure qui établit les dispo- séries de paramètres caractérisant l'eau. En par-
346 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

ticulier, suite aux recommandations de l ' O M S , définir des priorités dans les programmes
l'approche sanitaire sur ce point tend à dis- d'amélioration et dans les contrôles, mais aussi
tinguer, d'une part, des paramètres microbio- d'évaluer l'efficacité des actions de correction
logiques pour lesquels sont fixées des valeurs mises en œuvre. Le public doit être informé de
pour des germes indicateurs de contaminations, l'ensemble de ces éléments.
souvent fécales (Craun et coll., 1993), ou indi-
cateurs de l'efficacité des traitements (de désin-
fection ou de filtration) qui doivent les éliminer 2.5 Gestion sanitaire - surveillance
(Juranek et MacKenzie, 1998), d'autre part, les épidémiologique
paramètres chimiques qui, par leur nature, peu-
Si les bilans du contrôle de la qualité des eaux
vent avoir un effet sur la santé et, enfin, les
paramètres qui ne sont pas en relation directe traduisent des niveaux de protection globale-
avec le risque sanitaire, mais q u i peuvent ment satisfaisants, ils permettent cependant de
influencer l'acceptabilité de l'eau par l'utilisa- reconnaître des problèmes sporadiques ou
teur ou constituent des indicateurs d'efficacité chroniques de pollution microbiologique ou
technologique importants. chimique. Ainsi, pour près de 8 % des unités de
distribution françaises desservant plus de 5000
En elle-même, l'existence des règles n'est pas habitants (alimentant les deux tiers de la popu-
suffisante, et il faut pouvoir s'assurer qu'elles
lation française), le contrôle sanitaire a enre-
sont efficacement appliquées. L'organisation du
gistré au cours des années 1 9 9 1 , 1992 et 1993
suivi de qualité de l'eau est donc un point essen-
des situations de non-conformité de la qualité
tiel de la gestion technique et sanitaire. Ce suivi
bactériologique de l'eau nécessitant une amélio-
comprend la surveillance ou l'autosurveillance
ration de la situation (DGS, 1996). Le souci
que doit mettre en place le producteur-distribu-
constant d'améliorer la protection sanitaire,
teur d'eau et le contrôle sanitaire exercé par l'au-
notamment des populations les plus sensibles, et
torité sanitaire. En France, ce dernier repose sur
la visite régulière des installations et sur la réali- de mieux maîtriser les risques, d'une part, et
sation d'un programme de prélèvements soumis l'amélioration des connaissances, d'autre part,
à analyses dans des laboratoires agréés. conduisent à s'interroger sur les risques sani-
L'ampleur du programme de contrôle sanitaire taires persistants ou susceptibles d'émerger du
est liée à la taille des installations, à l'importance fait de la transformation de l'environnement.
de la population desservie, mais aussi à la qua- Malheureusement, parallèlement à des donnée
lité habituelle de l'eau et au degré de sûreté des profuses sur la qualité de l'eau, celles concernant
installations. Au vu des résultats des visites et la morbidité liée aux divers usages de l'eau dis-
des analyses, une interprétation sanitaire de la tribuée sont très variables d'un pays à l'autre et
situation est réalisée et, si nécessaire, des déci- restent très fragmentaires en France. Quelques
sions sont prises pour corriger des situations de données épidémiologiques recueillies dans
non-conformité. Les mesures doivent être en divers pays et leur mise en perspective, et
relation avec le degré de gravité du problème quelques pistes suggérées par la littérature pour
sanitaire, car l'arrêt d'une distribution d'eau améliorer la connaissance des risques sont
peut générer plus de risques sanitaires directs ou présentées ci-après pour illustrer ce contexte.
indirects pour la population que ceux liés aux
Les données issues du recensement des pollu-
difficultés initiales. Aussi, outre l'arrêt de la dis-
tions accidentelles des eaux de distribution
tribution, on peut interdire la consommation
effectué auprès des directions départementale:
pour tous ou seulement limiter certains usages
des affaires sanitaires et sociale ( D D A S S )
ou, encore, indiquer l'existence d'une difficulté
françaises entre 1986 et 1988 (Mansotte et coll.,
sans qu'il y ait restriction d'usage.
1991) ont montré que, sur 187 événement:
De plus en plus, les moyens informatiques recensés, 8 documentent des effets sanitaire:
permettent de traiter les données recueillies lors observés auprès de 630 personnes, dont une est
du suivi et de procéder à l'élaboration de bilans décédée. Il s'agit de 6 accidents de gastro-
de qualité portant sur de nombreuses unités de entérites (529 cas), d'une épidémie de légionel-
distribution ou sur de longues périodes, ce qui lose (7 cas) et, pour le dernier, d'une intoxica-
permet de déterminer les évolutions lentes, de tion par le monoethylène glycol (94 cas).
QUALITÉ DE L'EAU 347

Les épisodes épidémiques de gastro-entérites tal pédiatrique de Philadelphie (USA) d'autre


(GE) liés à l'eau de distribution sont rarement part, pendant des périodes de plusieurs mois
documentés en France: plus de 1000 cas de GE (années 1990). Le contrôle des facteurs de confu-
dus à un rotavirus dans la vallée de La Mauldre sion portait sur la tendance temporelle, les cycles
en 1981, 40 cas de salmonelloses dans l'Isère en saisonniers et la température ambiante. Un
1988 (Potelon et coll., 1989). La mise en place accroissement interquartile des niveaux de tur-
d'une surveillance active, en 1979 et 1980, dans bidité s'accompagne d'une augmentation de
le département de Meurthe et Moselle, a permis 9,9 % (IC: 2,9-17,3 %) des visites d'urgence
de déceler 5 épidémies de GE ayant touché plus pour les enfants de 3 ans et plus, avec un décalage
de 1000 personnes et dont l'origine hydrique est de 4 jours. Pour ceux de 2 ans et moins, l'asso-
vraisemblable (Collin et coll., 1981). ciation est retrouvée avec un décalage de 10 jours
Une étude prospective conduite dans une (accroissement de 5,9 %, I C : 0,2-12 % ) . Pour les
population de 29 272 personnes desservies par admissions, des résultats semblables sont trouvés:
une eau non désinfectée étudia les risques diges- pour les enfants de plus de 2 ans, 31,1 % d'ac-
tifs liés à la non-conformité bactériologique de croissement (IC: 10,8-55 %) avec décalage de 5-
l'eau distribuée. Elle a mis en évidence un risque 6 jours; pour les enfants plus jeunes, l'augmenta-
relatif de 3,5 de survenue de maladies digestives tion d'admissions est de 13,1 % (IC: 3,0-24,3 %)
pour une population exposée à une eau non avec 13 jours de décalage. Ces associations se
conforme par rapport à une population exposée manifestent pour des eaux filtrées conformes aux
à une eau conforme (Ferley et coll., 1986). Une standards fédéraux de qualité d'eau.
seconde étude, menée chez des élèves du cycle Aux États-Unis, les C D C et l'EPA animent,
primaire, visait à comparer l'absentéisme sco- à travers les États volontaires, un système de
laire pour cause de GE dans des villages alimen- surveillance des épisodes d'affections liées à
tés en eau non désinfectée, car présentant l'eau. Les données de ce système témoignent de
naturellement une bonne qualité bactério- l'évolution du profil des épisodes infectieux dus
logique, et dans des villages dont la qualité bac- à l'eau au cours des dernières décennies. La
tériologique de la ressource nécessitait une chlo- revue des épisodes déclarés pendant les années
ration de l'eau avant distribution. L'incidence 1991, 1992, 1993 et 1994 (Moore et coll.,
brute des GE était 1,4 fois plus élevée (IC 95 %: 1993; Kramer et coll., 1996; Levy et coll.,
1,30-1,40) parmi les enfants buvant de l'eau 1998) montre que l'agent étiologique respons-
traitée ( Z m i r o u et coll., 1987). able n'a été trouvé que dans 56 % de ces
Ces études confirment qu'en l'absence d'un épisodes, sans doute parce que les techniques
recueil actif des cas seuls les épisodes les plus performantes de recherche de virus et de para-
aigus sont observés, sans que la part qu'ils sites dans les selles ne se sont développées que
représentent de la totalité des cas de GE associés récemment. Pourtant, les agents étiologiques
à l'eau soit connue. Elles indiquent également identifiés sont des parasites tels que Giardia
que la chloration de l'eau avant distribution lamblia et Cryptosporidium sp. dans la moitié des
laisse subsister un risque résiduel de G E . cas. De plus, les auteurs pensent que les épisodes
La part des GE attribuable à l'eau dans dus aux Cryptosporidium sp. sont certainement
l'ensemble des cas de GE n'est pas connue. Une très sous-estimés. Ces données suggèrent que la
étude française cas-témoins à visée étiologique chloration utilisée comme seul procédé de dés-
générale concernant les diarrhées aiguës estivales infection laisse subsister un risque infectieux dû
et utilisant des indicateurs assez frustes d'expo- à la présence, dans certaines ressources, de
sition hydrique n'a pas permis d'estimer le microorganismes pathogènes résistant au chlore
risque attribuable, suggérant que celui-ci doit tel qu'il est mis en œuvre actuellement.
rester marginal à côté d'autres facteurs de D'ailleurs, en 1993, la plus grande épidémie
risques identifiés (Yazpandanah et coll., 2000). de GE jamais observée (403 000 cas), survenue
Schwartz et coll. (1997) ont réalisé une étude à Milwaukee, a confirmé l'importance du rôle
sur l'association, à l'échelle quotidienne, entre des joué par les Cryptosporidium sp. dans l'étiologie
mesures de turbidité de l'eau de distribution des GE liée à l'eau et montré que des unités de
publique, d'une part, et les visites au service des distribution de grande taille pouvaient être con-
urgences et les hospitalisations pour GE à l'hôpi- cernées, même lorsque les indicateurs de qualité
348 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

bactériologique donnent des résultats satis- dations en direction des populations les plus
faisants au cours du contrôle sanitaire sensibles sont d'ores et déjà délivrées et doivent
(MacKenzie et coll., 1994). Ensuite, une continuer de l'être (USPHS/IDSA, 1995; D G S -
épidémie de cryptosporidiose survenue à Las CSHPF, 1997).
Vegas en 1994 a montré que seule une recherche
active de cas permet de mesurer la diffusion de
cette épidémie et son impact (ampleur et gravité
2.6 Quelques exemples actuels
particulière avec un taux d'attaque de 9,7 % et de risques
de nombreux décès) dans une population
L'arsenic dans les eaux de distribution
immunodéprimée, infectée par le V I H (Roefer
et coll., 1996). L'arsenic est un métalloïde classé dans le groupe
1, «espèce cancérogène pour l'homme», par le
Enfin, globalement, des études québécoises
Centre international de recherche sur le cancer
attribuent à l'eau du robinet plus de 30 % des
(CIRC). L'arsenic est considéré, par plusieurs
cas de GE observés en dehors des épidémies
auteurs (Morris, 1995; Cantor, 1997), comme
dans une population alimentée par de l'eau con-
le principal agent cancérogène pouvant conta-
forme aux normes bactériologiques (Payment et
miner des ressources en eau, devant les sous-
coll., 1991).
produits de la chloration, l'amiante, le radon et
Ces constats soulèvent trois questions les contaminants d'origine agricole.

• Premièrement, c'est celle, débattue depuis un L'arsenic a été en France, ces dernières
certain nombre d'années, de la pertinence des années, à l'origine de plusieurs cas documentés
indicateurs de qualité microbiologique de contamination hydrique. Dans le canton de
actuellement utilisés par le contrôle sanitaire: Ferrette (Haut-Rhin), plusieurs ressources en
dénombrement des germes témoins de con- eau se sont révélées contaminées à des teneurs
tamination fécale. Si cette question n'a pas moyennes situées entre 50 et 300 µ/L (Helynck
encore été résolue, c'est que la détection des et Ledrans, 1998). L'étude du contexte
microorganismes pathogènes eux-mêmes est géologique et industriel local a permis de con-
complexe et coûteuse et que les autres indi- clure à l'origine naturelle de la contamination.
cateurs microbiens ou physicochimiques La concentration maximale acceptable
(turbidité) envisageables ont eux aussi leurs ( C M A ) en arsenic dans l'eau de consommation
limites. est fixée à 50 µ g / L et la limite de qualité
des eaux brutes utilisées pour la production
• Deuxièmement, c'est celle de la signification
d'eau destinée à la consommation humaine, à
des concentrations en microorganismes tels que
100 µ/L en France.
virus ou protozoaires, notamment des plus
Compte tenu des connaissances épidémio-
faibles, au regard du risque sanitaire dans la
logiques acquises récemment dans plusieurs
population générale, mais aussi dans les po-
régions du monde sur les risques de cancers
pulations sensibles telles que les i m m u n o -
cutanés ou autres (poumon, foie, vessie, rein)
déprimés, en admettant que la mesure de ces
liés à une exposition à de l'arsenic d'origine
concentrations ou leur estimation par des
hydrique, la C M A ne garantit pas le niveau de
indicateurs plus appropriés soit réalisée.
protection jugé habituellement acceptable pour
• Troisièmement, qu'en est-il exactement de la les substances cancérogènes (Guo et coll.,
contamination microbiologique des eaux dis- 1997). En utilisant des modèles maximalistes
tribuées en fonction des différentes eaux d'évaluation de risques mis au point par l'EPA,
brutes sollicitées, de leur vulnérabilité et des une consommation quotidienne «vie entière» de
filières de traitement ? 2 litres d'eau à 50 µ g / L d'arsenic est, notam-
Des travaux engagés récemment en France ment, associée à un excès de risque de survenue
concernant l'évaluation des risques dus à la de cancers cutanés de 3 pour 1000 (Levine et
qualité microbienne de l'eau potable amèneront coll., 1998). Ces données ont conduit l ' O M S à
des éléments importants pour contribuer à la baisser, en 1993, la valeur guide concernant
résolution de ces questions ( Z m i r o u et l'arsenic dans l'eau de consommation de 50 à
coll., 1987; Gofti et coll., 1999); d'autres études 10 µg/L. La C M A a été récemment abaissée à
seront nécessaires. Cependant, des recomman- cette valeur dans tous les pays de l'Union
QUALITÉ DE L'EAU 349

européenne (1998); de même, la C M A provi- pondéral, psychomoteur et intellectuel (Duggan


soire de 25 µg/L au Québec est en cours de révi- et lnskip, 1985).
sion et, aux USA, l'EPA a retenu une concen- En France, suite à la baisse généralisée de l'u-
tration de 10 µg/L. tilisation de supercarburants depuis les années
L'évolution des connaissances épidémio- 1980 et à d'autres progrès technologiques, l'ap-
logiques et l'observation de contaminations d'o- port de plomb par la voie atmosphérique et par
rigine le plus souvent naturelle pose la question l'alimentation a décliné ( I N S E R M , 1999), lais-
de l'impact sanitaire potentiel de la présence de sant au plomb d'origine hydrique une part de
ce contaminant dans les eaux distribuées en plus en plus grande dans l'exposition de la po-
France. L'estimation des expositions est le point pulation générale, et des enfants en particulier.
crucial de cette démarche. En effet, la connais- C'est dans les Vosges qu'une première étude
sance des doses ingérées, qui passe par celle des de dépistage du saturnisme hydrique chez l'en-
niveaux de contamination des sources et de leur fant a été menée en 1992. Elle a montré que,
historique, d'une part, et des habitudes de con- dans une population d'enfants exposés à un
sommation des personnes exposées, d'autre part, risque hydrique, plus du quart présentait une
reste insuffisante et nécessite des recherches. plombémie supérieure à 150 µg/L et qu'une
concentration supérieure à 50 µg/L dans l'eau
Le plomb dans les eaux de distribution du robinet est corrélée avec une plombémie
Le risque saturnin d'origine hydrique est connu supérieure à 150 µg/L.
depuis longtemps dans les régions où l'eau est Une étude transversale multicentrique menée
particulièrement agressive et où subsistent encore dans toutes les régions de France a montré que
des canalisations en plomb pour la distribution la plombémie moyenne des enfants de un à
de l'eau potable. Des études menées en Grande- six ans était corrélée à des facteurs individuels
Bretagne ont montré qu'il existe une relation déjà connus et, après ajustement sur ces
curvilinéaire entre le plomb dans l'eau et la plom- derniers, à deux facteurs environnementaux
bémie des populations exposées ( Q u i n n et déterminants, un habitat construit avant 1948
Sherlock, 1990). En France, la situation des et la consommation d'eau du robinet. L'anté-
Vosges, qui tire en partie sa ressource en eau de riorité de l'habitat à 1948 est une mesure indi-
formations granitiques et gréseuses, a fait l'objet recte de l'exposition des enfants à la céruse (sel
d'attention particulière; des cas de saturnisme de plomb) contenue dans les peintures large-
hydrique y ont été détectés chez l'adulte et, plus ment utilisées dans les bâtiments jusqu'à cette
particulièrement, chez la personne âgée, dès 1974 date. La présence de peinture au plomb dans le
(Duc et coll., 1983). Ces découvertes ont logement, surtout lorsque ce dernier est dégradé
d'ailleurs incité les collectivités concernées à ou fait l'objet de rénovations, est un facteur de
traiter l'agressivité naturelle des eaux afin de l i m i - risque de l'intoxication connu en France depuis
ter les phénomènes de dissolution du plomb. 1986 (INSERM-RNSP, 1998).
Des travaux menés pendant ces deux C'est pour tenir compte de la sensibilité par-
dernières décennies ont montré que les enfants ticulière des enfants que l ' O M S préconise
constituaient une cible privilégiée pour le d'abaisser la concentration maximale admissible
plomb pour trois raisons: 1) leur exposition est de plomb dans l'eau à 10 µg/L alors qu'elle se
plus importante que pour les adultes (explo- situe actuellement à 50 µg/L en France et dans
ration orale de leur environnement, habitude toute l'Union européenne. En l'état actuel des
mains-bouche, jeux au contact du sol, part connaissances, seul le remplacement des canali-
hydrique de l'alimentation), 2) ils ont une sations en plomb dans les réseaux publics et
absorption gastro-intestinale plus importante privés, présentes dans 40 % des installations de
que l'adulte, et 3) leur susceptibilité aux effets distribution françaises, pourrait permettre de
toxiques est plus grande que celle de l'adulte. garantir constamment le maintien de cette l i -
Les effets provoqués par une exposition mite. Reprenant la recommandation de l ' O M S ,
chronique au plomb, même à de faibles doses, l'Union européenne fixe comme objectif aux
sont irréversibles; ils peuvent commencer dès le États membres le respect des 10 µg/L en 2013,
développement intra-utérin et se traduisent par avec un seuil intermédiaire de 25 µg/L à attein-
une altération du développement staturo- dre en 2003 ( U E , 1998).
350 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

Le plomb est exemplaire des enjeux actuels cérogène. Le risque cancérogène des sous-
en santé environnementale. Au début du siècle, produits de la chloration a été mis en évidence
c'est le risque professionnel qui fut en cause, et d'abord chez les animaux et ensuite chez
le saturnisme fut la première maladie profes- l'homme. Même si les résultats ne concordent pas
sionnellement reconnue. Par la suite, c'est le sa- tout-à-fait (sites des différents cancers en parti-
turnisme hydrique chez la personne âgée qui fut culier), il est évident que plusieurs des contami-
l'objet d ' a t t e n t i o n , et ce n'est que depuis nants observés sont des cancérogènes avérés chez
quelques années que la connaissance des effets l'animal. Chez l'homme, de nombreuses études
insidieux du plomb chez le jeune enfant pro- épidémiologiques ont été effectuées et, dans
gresse grâce à des d'études épidémiologiques l'ensemble, certains excès de risque de cancer ont
d'envergure. Ceci montre la nécessité d'appli- été observés, particulièrement de cancer de la
quer une stratégie globale de réduction des vessie qui a été détecté le plus fréquemment
risques en termes de populations exposées et de (King et Marret, 1996; Cantor et coll., 1998). En
voies d'exposition quand un toxique s'avère dehors du cancer, on doit considérer les troubles
ubiquitaire et délétère à des doses jusque-là de la reproduction (bébés de petits poids, malfor-
réputées faibles. Ainsi, tous les efforts actuels et mations congénitales) qui semblent associés à
à venir pour réduire l'exposition au plomb de la l'exposition à l'eau chlorée, bien que le lien de
population par l'air ou par l'eau de distribution causalité n'ait pas encore été mis en évidence
trouveraient leurs limites, si des objectifs aussi ( R e i f e t c o l l . , 1996).
ambitieux n'étaient pas fixés pour réduire l'ex- Même si la chloration est possiblement asso-
position des jeunes enfants au plomb présent ciée à la formation de produits cancérogènes,
dans les peintures de leur logement ou dis- particulièrement dans les eaux riches en
séminé dans leur environnement par des sources matières organiques, l'utilisation d'autres types
industrielles. de désinfectants tels que l'ozone ou le bioxyde
de chlore peut aussi être associée à divers sous-
Les sous-produits de désinfection: produits q u i ne sont pas sans toxicité.
de faibles risques pour des populations L'évaluation du choix d'un nouveau désinfec-
largement exposées tant doit donc être faite de façon judicieuse, en
Même si le chlore est utilisé depuis plus d'un siè- tenant compte des connaissances très inégales de
cle, ses effets secondaires n'ont été découverts que la nocivité des divers désinfectants utilisés.
récemment. En particulier, la production de Actuellement, les sous-produits de l'ozone sont
sous-produits de la chloration a été démontrée encore mal caractérisés et donc peu surveillés;
dans les années 1970 et, depuis 25 ans, de nom- par contre, ils sont à l'étude. De façon générale,
breux autres sous-produits de la chloration ont on peut dire que les risques de cancérogenèse et
été mis en évidence en dehors des t r i - de troubles de la reproduction associés à l'utili-
halométhancs, par exemple, les acides acétiques sation de l'eau chlorée sont possibles. Ils doivent
halogènés, les acétonitriles, les aldéhydes, etc. être pris en considération, après avoir atteint les
(Melnick et coll., 1997; Cantor et coll., 1998). objectifs de qualité microbiologique de l'eau
De plus en plus, l'évaluation des risques associés potable. Mais il ne serait pas justifié d'aug-
aux sous-produits de la chloration doit être con- menter le risque infectieux pour réduire un
sidérée dans son ensemble afin d'estimer le risque risque chimique encore hypothétique.
global associé à ces contaminants et non le risque Actuellement, au Canada, seuls les trihalo-
lié à une ou deux substances, comme cela a été méthanes sont considérés comme sous-produits
fait précédemment pour les trihalométhanes. Le de la désinfection dans les recommandations de
chloroforme, qui était considéré comme l'indica- la qualité de l'eau potable; la C M A provisoire
teur de la toxicité des trihalométhanes, et de pour les trihalométhanes totaux est de 100 µg/L
façon générale de la toxicité des sous-produits de (Santé Canada, 1996). Il est possible qu'elle soit
la chloration, est de moins en moins l'indicateur réduite dans les années à venir. Cependant, de
le plus intéressant. D'autres composés toxiques, plus en plus, la prise en compte d'autres sous-
comme les composés bromés ou les acides acé- produits de la chloration ou d'autres types de
tiques halogénés vont probablement devenir des désinfectants pourra diminuer l'importance et la
indicateurs plus importants de risque can- pertinence des trihalométhanes comme indica-
QUALITÉ DE L'EAU 351

teurs de toxicité des sous-produits de la chlo- de réduire les risques pour la santé. (Rose, 1997;
ration. Krishnan et coll., 1997; Teunis et coll., 1997).
La concentration de ces sous-produits dans Lorsque la filière de traitement ne dispose pas
l'eau distribuée dépend de nombreux facteurs d'une étape de filtration donnant toute garantie
et, notamment, de la teneur en composés d'efficacité, la contamination de l'eau de distri-
organiques précurseurs dans l'eau brute et de la bution publique peut être la source d'épidémies
filière de traitement mise en œuvre avant la très importantes comme l'a révélé l'épidémie de
désinfection. L'OMS a fixé des valeurs guides cryptosporidiose à Milwaukee au printemps
pour les trihalométhanes et les bromates. Les 1993. Dans cette ville, plus de 400 000 person-
préoccupations sanitaires qui font jour ne nes ont été atteintes de gastro-entérite aiguë, la
sauraient remettre en cause l'utilité des procédés plupart dues à Cryptosporidium parvum, retrouvé
de désinfection. Elles doivent conduire à dans de la glace fabriquée au moment où l'eau
rechercher des traitements les plus performants était contaminée. La contamination résultait
possibles pour éliminer au mieux les composés d'une forte charge de la ressource, liée à des
précurseurs. pluies importantes ayant lessivé les champs, et à
une insuffisance du traitement de filtration
Cryptosporidiose et eau (changement de coagulant) (Hoxie et coll.,
de distribution publique 1997).
La cryptosporidiose est une infection d'impor-
tance médicale et vétérinaire qui affecte les sys- La légionellose: une maladie liée
tèmes digestif et respiratoire de l'homme et de aux eaux chaudes sanitaires
certains animaux. On retrouve Cryptosporidium Les légionelloses sont des infections provoquées
sp. chez les oiseaux, les rongeurs, les animaux de par des bactéries du genre Legionella com-
ferme ou domestiques. Les réservoirs principaux prenant 39 espèces et plus de 50 sérogroupes;
sont l'homme, les bovins, les moutons et Legionella pneumophila est l'espèce la plus
plusieurs animaux domestiques incluant le fréquemment rencontrée en pathologie
chien et le chat. La maladie se traduit par une humaine (plus de 95 % des cas) et plus spéci-
diarrhée abondante et liquide, précédée de vo- fiquement L. pneumophila 1, responsable de
missements et d'anorexie, accompagnée de près de 90 % des infections dues à cette espèce
crampes abdominales et de malaises. Les symp- (Anonyme, 1997). Les autres espèces ont été
tômes disparaissent en moins de 30 jours chez isolées principalement chez des personnes
les individus immunocompétents, mais l'infec- immunodéprimées.
tion peut être fatale chez les sidéens et les per- On distingue deux tableaux cliniques dis-
sonnes immunodéficientes. Le diagnostic se fait tincts: la maladie des légionnaires et la fièvre de
par mise en évidence des trophozoites ou des Pontiac. Ces deux affections sont initialement
kystes dans les selles. La prévalence dans les pays caractérisées par une asthénie, une hyperthermie
industrialisés est de moins de 1 à 4,5 % alors (40 °C), des myalgies et des céphalées.
qu'elle est de 3 à 20 % dans les pays en voie de
développement. Ce sont les très jeunes enfants, • La maladie des légionnaires, forme la plus
les voyageurs, les homosexuels et les personnes grave de la maladie, se caractérise habituelle-
en contact avec les animaux qui seraient les plus ment par une toux, une pneumonie avec
sensibles. Les modes de transmission sont la voie radiographie pulmonaire montrant des infil-
fécale-orale, la transmission interhumaine, de trations hétérogènes, et parfois une insuffi-
l'animal à l'homme, et hydrique. Des éclosions sance respiratoire. La létalité peut atteindre
ont été rapportées dans des garderies et plusieurs 40 % des malades hospitalisés.
d'origine hydrique (eau de consommation, eaux • La fièvre de Pontiac présente une allure de
de baignade) ont été rapportées, l'une i m p l i - syndrome grippal, sans pneumonie, et la
quant plusieurs centaines de milliers de person- guérison est habituellement spontanée en
nes. Les oocystes libérés dans l'environnement quelques jours.
sont non seulement extrêmement résistants à l'i-
La proportion des légionelloses dans les pneu-
nactivation naturelle, mais aussi à la désinfec-
mopathies communautaires varie de 0,5 à 5 %.
tion par le chlore. La filtration, c'est-à-dire
Le nombre de cas diagnostiqués en France en
l'élimination physique, reste le meilleur moyen
1995 était de 530. Le nombre réel est estimé
352 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

entre 2000 et 3000 cas, soit entre 3,4 et 5,1 pour sports figure la natation sous ses formes les plus
100 000 habitants. Parmi les sources de contam- diverses, mais aussi la plongée, la planche à
ination incriminées dans les épidémies, les cir- voile, le surf, le canoë et le ski nautique. Ces
cuits d'eau chaude sanitaire (douches, JacuzziMD) dernières années ont vu un regain d'intérêt pour
représentent la cause la plus fréquente avant les les sports aquatiques, et de nouvelles pratiques
systèmes de climatisation. Depuis 1997, une sont apparues: rafting, canyoning, hydrospeed,
amélioration de la surveillance épidémiologique bodysurf, etc.
des légionelloses est engagée en France, avec un Si l'utilisation de l'eau à des fins récréatives
effort portant sur l'identification des sources, est source de bienfaits et si la pratique de sports
dans le but d'adapter les mesures de prévention
aquatiques tels que la natation est à juste titre
(Decludt et coll., 1999).
encouragée chez les enfants, notamment dans le
La surveillance repose sur des mesures cadre scolaire, ces activités présentent cependant
préventives et curatives dans les installations à des risques divers, liés ou non à la qualité de
risque susceptibles d'exposer les personnes à des l'eau.
aérosols d'eau contaminée (particules inférieures Comme dans tous les compartiments de la
à 5 µm). Dans les réseaux d'eau chaude sani- santé environnementale, l'enjeu est de maîtriser
taire, le maintien d'une température en tout
ces risques pour qu'au fur et à mesure que se
point (nécessité d'un bouclage pour les grands
développent des activités aquatiques au sein de
réseaux) supérieure à 50, voire 55 °C, est la
la population; le rapport entre leurs effets béné-
mesure de loin la plus efficace, avec la suppres-
fiques et adverses évolue toujours en faveur des
sion des bras morts, la désinfection et le détar-
premiers. Maîtriser ces risques, c'est les analyser
trage des points de distribution (pommeaux de
pour mettre en place des mesures de prévention
douche), la maintenance et la surveillance des
adaptées, à l'intérieur d'un processus dyna-
installations avec, si nécessaire, des désinfections
chocs périodiques (thermique ou chimique). mique d'évaluation et de gestion.
Dans les tours aéroréfrigérantes, il convient de Parmi les dangers qui guettent le baigneur, le
vérifier la contamination de l'eau en circulation sportif ou, d'une manière générale, le public qui
et de mettre en place des dispositifs pare- fréquente les sites aquatiques, les accidents et les
goutelettes afin de limiter la p r o d u c t i o n traumatismes sont les plus connus, mais les dan-
d'aérosols contaminants pour les ouvriers ou le gers environnementaux interviennent aussi, du
grand public susceptible d'être atteint par un fait d'agents biologiques, chimiques ou
panache. physiques (bruit, radiations).
Pour chacune des activités mentionnées c i -
dessus, les milieux impliqués et les expositions
3. EAUX DE LOISIRS aux différents agents qui les caractérisent sont
variés. Par définition, le contact avec l'eau est un
3.1 Introduction dénominateur commun à l'ensemble des acti-
À coté des usages dictés par l'alimentation et vités. Cependant, les modes de contact (cutané,
l'hygiène, l'eau est utilisée depuis des millénaires ingestion, inhalation) et leur intensité diffèrent
à des fins récréatives. Les activités ludiques et suivant l'activité, l'installation du site,
sportives en rapport avec l'eau sont nombreuses l'équipement du pratiquant et son degré de
et variées. La baignade est largement répandue; compétence vis-à-vis de l'activité en cause.
au delà de sa fonction récréative, elle joue un Au cours de ces activités, le contact avec les
rôle social important, car elle peut être pra- autres milieux peut présenter des risques parti-
tiquée à tous les âges de la vie, elle ne nécessite culiers: ainsi, les sols environnants (plages,
pas de conditions physiques particulières, mais, berges) à pollutions spécifiques qui sont utilisés
au contraire, peut être recommandée aux per- non seulement pour un accès à l'eau, mais aussi,
sonnes souffrant de handicaps et aux femmes dans certains cas, pour la détente et le repos. La
enceintes, voire aux bébés; enfin, c'est une acti- qualité de l'air ambiant des sites aquatiques fer-
vité accessible au plus grand nombre. L'eau est més est conditionnée par la nature des installa-
aussi le terrain de véritables activités sportives tions: traitement des eaux des bassins artificiels,
permettant le développement et l'équilibre traitement et renouvellement de l'air des locaux.
physique des pratiquants; au premier rang de ces Enfin, la fréquentation des sites de baignades ou
QUALITÉ DE L'EAU 353

de sports nautiques favorise souvent une exposi- Il existe des installations dont le classement
tion excessive aux radiations solaires. dans l'une ou l'autre catégorie est difficile et
Les sites où se pratiquent ces activités peu- dont la gestion pose problème. Ils consistent en
vent être classés en deux catégories au regard des l'aménagement de bassins artificiels alimentés
dangers qu'ils présentent et des mesures de en continu par un cours d'eau, sans circulation
prévention. de l'eau et sans traitement de désinfection. Ce
ne sont donc pas des piscines, bien qu'ils s'y
• Les sites naturels, regroupés sous le terme
apparentent par la taille, et le débit qui les ali-
générique de baignades, peuvent faire l'objet
mente n'est pas toujours suffisant pour assurer
d'aménagements particuliers en vue d'ac-
un renouvellement d'eau adéquat en regard des
cueillir du public, mais l'eau n'y est pas
fréquentations.
traitée. La qualité de l'eau est assurée par la
qualité initiale du milieu naturel et le renou-
vellement constant de l'eau au niveau des 3.2 Piscines
zones de baignades. Ils se répartissent eux-
mêmes en deux sous-groupes: Généralités
Selon les critères d'usages et de taille, les piscines
— les baignades en eau de mer, qui s'agré-
ont une vocation familiale, collective (piscines
mentent souvent de plages très fréquen-
«publiques»), médicale ou thermale. Seront
tées, l'été; la qualité de l'eau et des plages
envisagées essentiellement ici les piscines
dépend, en dehors des rejets polluants et
ouvertes au public q u i , en France, sont les seules
de la fréquentation, des phénomènes de
soumises à réglementation. Ce sont des éta-
marée dont l'amplitude varie suivant la
blissements généralement couverts, comportant
région littorale et le moment de l'année;
un ou plusieurs bassins permettant bain, nata-
- les baignades en eau douce, qui présentent tion ou activités apparentées dans une eau dé-
une grande variété de sites comme les r i - sinfectée à une température de l'ordre de 28 °C,
vières, les torrents, les retenues naturelles et des installations collectives annexes (vestiai-
(lacs) ou artificielles (étangs, gravières, res, sanitaires, plages). En termes de conception,
barrages-réservoirs). de fonctionnement et de surveillance/contrôle,
• Les établissements comportant un ou ces établissements réglementés sont assez bien
plusieurs bassins artificiels sont regroupés maîtrisés aux plans technique et sanitaire. La
sous le terme générique de piscines. La qua- qualité de l'eau y est, certes, essentielle, mais ils
lité de l'eau est assurée par la mise en œuvre constituent un tout en hygiène publique: eau,
en continu d'un certain nombre de traite- bassins, sols, air, annexes. Ils se caractérisent par
ments, dont la désinfection. Ils connaissent des circuits à respecter (vestiaires, sanitaires,
depuis ces 20 dernières années un important douches, pédiluves) et distincts pour baigneurs
développement, avec l'apparition des parcs et non-baigneurs, par des pédiluves désinfec-
aquatiques assurant parfois l'hébergement, tants avant l'accès au(x) bassin(s), par des
dans lesquels le public dispose d'activités annexes (sanitaires, vestiaires, douches) de
nautiques et ludiques très variées, par l'inter- capacité adaptée à la fréquentation potentielle,
médiaire de multiples équipements: bassins et par des matériaux, notamment de sols, d'en-
classiques, à vagues, bains bouillonnants, r i - tretien facile et assurant un compromis entre les
vières artificielles, toboggans, etc. Ils se ca- exigences d'hygiène et de sécurité.
ractérisent par une grande complexité des
Indépendamment de l'entretien des sols, des
circulations et des traitements d'eau, ainsi
plages et annexes et des parois des bassins, du
que du traitement de l'air ambiant, et par
maintien de la qualité de l'air de l'établissement
une capacité d'accueil supérieure aux éta-
(compromis à trouver entre renouvellement
blissements de natation classiques. À l'op-
d'air et économie d'énergie) et de la qualité de
posé se sont multipliés les petits bassins de
l'eau des pédiluves, le traitement de l'eau recy-
natation annexés à une activité principale
clée et son renouvellement partiel constituent
(hôtellerie, salle de sports, clubs) qui souf-
des processus essentiels. Le recyclage se fait par
frent souvent de difficultés de gestion.
divers systèmes de circulation: hydraulicité clas-
sique avec reprise de l'eau par le f o n d ,
354 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

hydraulicité inversée, avec reprise de l'eau en adéquate et stable de désinfectant est très d i f f i -
surface (dans le but d'éliminer en priorité le film cile et il en résulte des risques microbiens parti-
superficiel, a priori le plus contaminé) et culiers (Legionella sp., Pseudomonas sp.). Les
hydraulicité mixte avec reprise de l'eau en sur- grands centres aquatiques à vocation ludique
face (par des goulottes) et au fond, la plus satis- sont aussi difficiles à gérer et vulnérables au plan
faisante, qui allie les avantages des deux sys- sanitaire. Dans les deux cas, la législation clas-
tèmes précédents. Le débit du recyclage est sique est mal adaptée aux risques correspon-
évidemment fonction de la fréquentation des dants et mérite une attention particulière.
bassins. Le traitement de l'eau recyclée com-
porte des étapes successives de (pré)filtration et Évaluation du risque sanitaire
de désinfection. La première, rigoureusement Identification des dangers, probabilité
indispensable, est ou non associée à une flocula- de survenue et conditions d'exposition
tion (sulfate d'alumine) selon la nature du sup- Trois catégories de dangers, d'importance iné-
port utilisé (sable, diatomite), opération qui gale, sont décelées. Les dangers d'ordre
facilite la dépollution de l'eau et la filtration. «physique» sont relatifs à des accidents et trau-
Celle-ci est indispensable à la sécurité sanitaire, matismes divers (chutes, accidents de plongée,
car elle améliore la limpidité de l'eau et la noyade); des accidents mortels récents, en
désinfection ultérieure, tout en limitant l'utilisa- France, ont mis en cause les grilles du dispositif
tion de désinfectant et la formation de sous- d'aspiration de l'eau recyclée en fond de bassin.
produits de désinfection. Cette dernière recourt Des dangers d'ordre «chimique» sont souvent
à divers procédés agréés par l'autorité sanitaire. relatés à propos des désinfectants et sous-
Le désinfectant le plus utilisé est le chlore sous produits (chloramines [trichloramine volatile]
diverses formes (chlore gazeux, eau de Javel et bromamines ou haloformes volatils [chloro-
surtout, hypochlorite de calcium, chloro-cyanu- forme, bromoforme]). Ces sous-produits, pas-
rates). On utilise moins souvent le brome sant en phase atmosphérique et témoins d'une
(brome liquide, bromo-cyanurates), l'ozone gestion imparfaite des bassins, produisent des
(dénué d'effet rémanent, donc associé à une dé- odeurs et des irritations oculaires, respiratoires
sinfection d'appoint) et des désinfectants réma- et cutanéo-muqueuses que ressentent les usagers
nents telles des guanidines (Baquacil); le et les professionnels des piscines. Le danger
procédé cuivre-argent a été aussi préconisé, mais «biologique», enfin, est sans doute celui auquel
avec un moindre succès. Ces désinfectants les hygiénistes prêtent le plus d'attention, bien
doivent être utilisés dans des conditions bien qu'il soit, en général, relativement bénin. Il
précises, notamment de concentration et de p H . s'agit, avant tout, d'affections cutanées trans-
Le chlore présente bien des avantages tech- mises plus par contact avec le sol ou certaines
niques et économiques, mais a l'inconvénient de surfaces contaminées qu'avec l'eau. Ce sont
produire, surtout si le traitement est mal géré, d'abord des mycoses à dermatophytes (pied
des sous-produits minéraux (chloramines) et d'athlète), avec épaississement de la couche
organiques (haloformes) peu ou pas désinfec- cornée, fissurations et atteintes de l'ongle, affec-
tants, volatils et irritants, qui affectent la qualité tant plutôt l'adulte, ou des candidoses; la crois-
de l'air de la piscine et le confort des usagers. sance des fungi est favorisée par l'ambiance
Enfin, le renouvellement partiel de l'eau se fait chaude et humide (plages et sols des vestiaires).
au jour le jour par un volume d'eau indexé au Les verrues plantaires ou palmaires sont égale-
nombre d'usagers du bassin (30 L/baigneur/ ment fréquentes et touchent plutôt les enfants;
jour, en France); une vidange totale de l'eau du causées par des papillomavirus très contagieux,
bassin, avec nettoyage complet, doit intervenir elles sont transmises par les sols ou par contact
au moins deux fois par an. interhumain et favorisées par le ramollissement
Les bains bouillonnants (spas ou de la peau et un assèchement insuffisant.
Jacuzzis M D ), destinés à la relaxation ou au mas- D'autres affections cutanées sont moins
sage, se caractérisent par une circulation rapide fréquentes: Molluscum contagiosum, dû à un
de l'eau sous pression, avec un générateur d'air poxvirus, affecte surtout les enfants par des
puisé et une température plus élevée de l'eau papules à la ceinture pelvienne et est associé à
(∼37 °C). Le maintien d'une concentration l'échange des serviettes; le granulome des
QUALITÉ DE L'EAU 355

piscines, dû à des mycobactéries non tuber- professionnels des piscines aux sous-produits de
culeuses, localisé au coude ou au genou, trans- la désinfection chlorée de l'eau (chloramines,
mis par l'eau; des dermatites à Pseudomonas haloformes) dans l'eau et l'air des établisse-
aeruginosa. Des affections oculaires, de type ments, voire dans l'air expiré ou le sang des
conjonctivite, sont à rattacher à des adenovirus sujets exposés (Aiking et coll., 1994; Linstrom
ou à des chlamydiées. Les affections O R L et coll., 1997; Massin et coll., 1998).
fréquentes se révèlent à l'occasion du bain
Caractérisation du risque
(courants d'air, fatigue) chez des sujets
Peu de publications portent sur cet aspect, mises
hébergeant des microorganismes pathogènes:
à part celles, ponctuelles et plus ou moins
otites externes à Pseudomonas aeruginosa,
récentes, qui relatent des accidents («physi-
rhinites, rhino-pharyngites, sinusites, angines
ques») ou des incidents (microbiens) dans des
bactériennes (staphylocoque, streptocoque,
piscines, publiques ou non.
Pseudomonas sp.) ou virales (adénovirus). Les
En banlieue parisienne proche, une enquête
affections digestives parasitaires (anguillulose,
en consultation de dermatologie d'un dispen-
giardiase) ou virales (hépatite) sont très rares.
saire, réalisée de 1980 à 1981, a décelé 10 cas de
Sont heureusement rarissimes, car gravissimes,
mycoses et 100 cas de verrues pour 1000 con-
les méningites à virus (adénovirus) ou à proto-
sultations; l'interrogatoire médical a montré que
zoaires (méningo-encéphalite amibienne p r i m i - la fréquentation régulière des piscines publiques
tive [ M E A P ] ) du groupe des amibes libres semblait en cause dans 3 cas de mycoses et dans
(Naegleria fowleri); la M E A P est plus fréquem- 78 cas de verrues.
ment liée aux bains en étang, en rivière ou en lac
Peyronnet et coll. (1988) ont réalisé une
qu'aux piscines où elle a été parfois décrite chez
enquête d'usage et de perception auprès de 950
des sujets jeunes fréquentant des bassins très mal
usagers fréquentant 14 établissements parisiens
gérés. Certaines affections sont plus parti-
représentatifs (sur une possibilité de 120). Aucun
culièrement liées aux «nouveaux bains» (spas et trouble n'était rapporté chez 46 % des répon-
consorts), dues à Pseudomonas aeruginosa (folli- dants; les troubles ressentis étaient oculaires
culites cutanées surtout, cystites et prostatites, (32 % ) , cutanés (11 %) et mixtes (10 % ) . Parmi
pneumopathies parfois) et à Legionella pneu- les troubles cutanés, 35 % étaient liés à des
mophila (syndromes pseudogrippaux et, surtout, champignons, 29 % à des verrues ou des
légionellose, par inhalation d'aérosol septique) rougeurs, 13 % à des éruptions et 17 % à des
(Denboer et coll., 1998). causes diverses. Les gênes ressenties étaient
De nombreux facteurs conditionnent, i n d i - surtout une trop basse température de l'eau, les
rectement ou directement, les risques précé- courants d'air, le bruit (environ 25 % chacun) et
dents, notamment biologiques. En voici les odeurs (17 % ) .
quelques-uns: Une enquête prospective concernant les
- la qualité de l'établissement: conception, habitudes de baignade et la symptomatologie
usages, entretien général (sol, annexes), ges- ressentie susceptible d'en résulter a été réalisée
tion et qualité de l'eau (traitement, élimina- par questionnaire, en 1991, auprès des élèves
tion du film superficiel, matériels pour acti- d'un établissement privé d'enseignement
vités nautiques), contrôle sanitaire; parisien (primaire et secondaire) disposant
d'une piscine correctement tenue (Momas et
- le comportement des usagers et des profession- coll., 1993). L'enquête voulait tester la faisabi-
nels: non-baigneurs (chaussures), baigneurs et lité d'un recueil quotidien de symptômes des
hygiène personnelle avant, pendant et après le élèves, apprécier la prévalence et l'incidence de
bain (durée, température, essuyage). divers symptômes en fonction de la fréquenta-
Les conditions d'exposition sont difficile- tion ou non de la piscine. Le degré de participa-
ment quantifiables, car la plupart du temps on tion n'a permis de retenir que les élèves du
ne dispose que des niveaux des indicateurs de secteur primaire et du premier cycle secondaire
qualité de l'eau, notamment bactériens, (70 % de réponses). Les 255 élèves suivis ont
observés lors des contrôles sanitaires mensuels. montré que les seuls symptômes différentiels
À noter, toutefois, des études récentes qui por- significatifs entre baigneurs et non-baigneurs
tent sur l'exposition des baigneurs, nageurs ou étaient une fatigue et une irritation oculaires
356 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

réversibles chez les baigneurs, à l'exclusion de d'utilisation privée de piscines domes-


signes O R L . Les symptômes auriculaires et les tiques ou collectives. Des efforts d'éduca-
verrues affectaient plus les non-baigneurs, mais tion sanitaire doivent être engagés pour
près de 20 % étaient précisément dispensés de empêcher l'accès des jeunes enfants à ces
piscine pour ces raisons. Hormis ces symptômes bassins sans la présence d'un adulte.
pour lesquels l'approche exposé/non-exposé ne En deuxième lieu, on voudra éviter les sources
pouvait répondre, il semble donc que, pour de pollution des différents milieux (air, sols et
cette population scolaire, la fréquentation eau). La principale source de pollution est le
régulière d'une piscine correctement tenue ne baigneur lui-même. En moyenne, il apporte 30
pose pas de problème sanitaire important. millions de bactéries et 0,5 g de matières
Prévention technique et sanitaire des risques organiques au cours d'une baignade. D'autres
sources interviennent: les non-baigneurs, l'eau
Mesures de prévention
alimentant la piscine, l'air ambiant et les
Les mesures de prévention visent plusieurs
matières amenées par le vent. Les actions visant
objectifs. En premier lieu, il faut assurer la sécu-
à éviter l'introduction de la pollution concer-
rité des personnes:
nent:
- la conception: comme dans tous les éta-
blissement recevant du public, la sécurité - la conception: alimenter la piscine par une
doit être pensée dès la conception de eau répondant à des critères de qualité, posi-
l'établissement. L'attention porte sur les tionner les prises d'air neuf à l'écart des
points suivants: sources de pollution et assurer un renouvelle-
ment d'air en continu (éviter la condensation
a) aménagement et signalétique des
et la concentration aérienne des sous-
bassins suivant leur hauteur d'eau;
produits de chloration), rendre indépen-
b) nature des revêtements pour laquelle dantes les zones «propres» et «sales», installer
les enjeux entre la sécurité et l'hygiène des pédiluves efficaces et incontournables,
peuvent être contradictoires: les revête- des douches et des toilettes judicieusement
ments antidérapants présentant des réparties;
aspérités, sont plus difficiles à
- l'entretien et la maintenance: éviter l'apport
entretenir et favorisent des microlé-
sions cutanées propices à la pénétra- excessif de produits chimiques utilisés pour
tion des germes; le traitement de l'eau ou l'entretien;
- la fréquentation: éviter une surfréquentation
c) adaptation des plans et des projets en
par rapport à la capacité des installations.
fonction des enseignements tirés des
accidents précédents. Par exemple, des E n f i n , il faudra traiter la contamination
accidents mortels sont survenus au résiduelle de l'eau. Réduire cette contamination
cours des années 1980 quand les grilles suppose un certain nombre de choses:
de protection des bouches aspirantes - le respect des règles d'hygiène: avec un règle-
situées au fond des bassins pouvaient ment à diffuser par les moyens d'information
être retirées par des baigneurs: à plu- adaptés aux divers publics concernés et la
sieurs reprises, l'aspiration ainsi créée a faire respecter;
retenu un enfant au fond de l'eau;
- un traitement correct de l'eau: il vise à éli-
- l'entretien et la maintenance: la trans- miner les impuretés et particules et à détruire
parence de l'eau doit être assurée en per- les microorganismes au fur et à mesure de
manence; leur arrivée dans le bassin. Il comporte une
- la surveillance et l'éducation sanitaire: la filtration, une désinfection et d'éventuels
réglementation (décret modifié de 1981, traitements complémentaires (lutte contre
en France) prévoit, dans les établissements l'entartrage et les algues). L'objectif est de dés-
ouverts au public, une surveillance des infecter l'eau et de maintenir un résiduel de
baigneurs par des maîtres nageurs désinfectant suffisant pour que l'eau soit dés-
diplômés. Cependant, de nombreux acci- infectante dans le bassin. Le choix du désin-
dents d'enfants surviennent dans le cadre fectant et de ses modalités de mise en œuvre
QUALITÉ DE L'EAU 357

est guidé par ces objectifs d'efficacité mais toire agréé, sont interprétés et commentés par la
aussi par des objectifs d'innocuité vis-à-vis de D D A S S , puis affichés en un lieu visible des
l'exposition des baigneurs à ces produits ou usagers. Une telle transparence n'est pas t o u -
aux sous produits qu'ils engendrent; jours la règle ailleurs dans le monde, mais des
progrès sont réels, en particulier sous l'influence
- l'entretien et la maintenance: ces opérations
des consommateurs ou d'organismes divers.
sont essentielles pour le fonctionnement et la
sécurité sanitaire de l'établissement. Elles Conclusion
sont conditionnées par une bonne concep-
La qualité des piscines ouvertes au public sem-
tion des installations (présence de siphons de
ble généralement satisfaisante au plan de la sécu-
sol, de débitmètres, facilité d'accès et d'inter- rité sanitaire si l'on se réfère à la tenue des éta-
vention). Elles nécessitent un personnel blissements et à la qualité microbiologique de
formé, l'établissement d'un cahier des l'eau des bassins, bien plus contraignante, du
charges rigoureux et un suivi par le gestion- fait des traitements désinfectants, que pour les
naire, avec traçabilité des opérations effec- baignades. Cependant, en dehors d'observations
tuées. ponctuelles lors d'incidents, les études d'évalua-
tion de risque sont quasiment inexistantes. Par
Action administrative ailleurs, le développement de grands établisse-
En France, le décret du 7 avril 1981 modifié en ments ludiques ou de bassins spécifiques est de
1991 a fixé les normes d'hygiènes et de qualité nature à accroître les difficultés de gestion tech-
applicables aux piscines. Il définit non seule- nique et le risque microbien correspondant.
ment les mesures de prévention décrites ci- E n f i n , la qualité de l'air n'est pas assez prise en
dessus, mais également une obligation de résul- considération dans un contexte d'économie
tats concernant la qualité de l'eau. Les d'énergie cependant bien compréhensible.
principales normes de qualité sont reportées au Par exemple, en 1996, les données du labora-
tableau 13.4. toire d'hygiène de la ville de Paris (plus de 100
Certains des paramètres sont suivis quoti- piscines surveillées) montrent que la conformité
diennement par l'exploitant, d'autres mensuel- microbiologique des eaux est supérieure à 95 %
lement. Le contrôle sanitaire des piscines est pour les bassins classiques (gestion publique [59
effectué une fois par mois par la DDASS. Les bassins]: 96,6 % et gestion privée [68 bassins]:
techniciens sanitaires vérifient la salubrité 95,7 %, alors qu'elle est seulement de 76,7 %
générale de l'établissement et la qualité de l'eau, pour les bains bouillonnants [29 bassins]. Les
tant physicochimique que microbiologique. Les situations de non-conformité mettent en cause
résultats des analyses, effectuées par un labora- des staphylocoques pathogènes ou des

Tableau 13.4 Normes de qualité relatives aux eaux de piscines (extrait de l'annexe 1 du décret n° 81-324 du 7
avril 1981 modifié par le décret n° 91-980 du 20 septembre 1991)

Paramètres Normes

Transparence Vision parfaite au fond de chaque bassin des lignes de nage ou d'un
repère sombre de 0,30 mètre de côté, placé au point le plus profond
Pouvoir irritant Aucun
Teneur en substance oxydable La teneur en substance oxydable au permanganate de potassium à
chaud en milieu alcalin exprimée en oxygène ne doit pas dépasser de
plus de 4 mg/L la teneur de l'eau de remplissage des bassins

pH Compris entre 6,9 et 8,2


Bactéries aérobies revivifiables à 37 °C Inférieur à 100 dans 1 mL
Conformes totaux Inférieur à 10 dans 100 mL
Conformes fécaux 0 dans 100 mL
Germes pathogènes, notamment staphylocoques
pathogènes 0 dans 100 mL
358 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

Tableau 13.5 Dangers en relation avec la baignade et les activités associées

Effet sanitaire Responsable


Qualité de l'eau Activités aquatiques
• Décès éventuel - • Noyade - hydrocution
• Traumatismes - • Accidents divers
• Affections sérieuses • Leptospirose (eau douce) • Insolation - déshydratation,
• Gastro-entérites (eaux brûlures - allergies
contaminées par des eaux usées) (risque immédiat dû au soleil)
• Cancer de la peau
(risque différé associé au soleil)
• Toxi-infections alimentaires
(Coquillages - pêche à pied)
• Envenimations (contacts
animaux ou végétaux)
• Affections plus bénignes • Dermatites (cercaires d'eau douce) • Baignades
• Affections cutanées, ORL
(eaux contaminées par des eaux usées)

Pseudomonas aeruginosa dans respectivement véhiculent divers polluants. L'épuration na-


78,3 et 4,3 % des cas pour les bassins «publics», turelle joue un rôle variable selon les circon-
21.4 et 39,3 % pour les bassins «privés» et 14,5 stances, tandis qu'en milieu marin les marées
et 58 % pour les bassins bouillonnants, où la ont une influence très forte sur la qualité de
température est nettement supérieure. l'eau, voire de la plage.

Évaluation du risque sanitaire


3.3 Baignades Le risque est avant tout microbiologique, mais
Généralités l'encadré 13.2 montre bien que les dangers asso-
ciés à la baignade ne sont pas seulement liés à la
Notre civilisation moderne utilise de plus en
qualité de l'eau.
plus le milieu aquatique pour les loisirs, les
La transmission des microorganismes peut se
vacances et diverses activités nautiques et
faire par ingestion d'eau ou par contact direct
ludiques. Si certains de nos ancêtres vivaient
avec la peau et les muqueuses. Pour de n o m -
dans des cités lacustres et si certaines popula-
breux parasites, l'homme n'est qu'un hôte dans
tions, en particulier asiatiques, vivent encore sur
leur cycle vital, et les matières fécales sont un
l'eau et sont donc assez tôt immunisées contre véhicule de concentration. Les eaux usées
divers dangers biologiques liés à ce milieu, le rejetées dans les eaux de surface constituent
retour à la nature du citadin vivant dans un alors un excellent moyen de transmission. Les
monde «aseptisé» s'accompagne de diverses régions dans lesquelles le niveau socio-
manifestations pathologiques. Ainsi, la lep- économique et l'hygiène sont plus faibles sont
tospirose est devenue la maladie des loisirs aqua- aussi exposées, quelle que soit la température de
tiques après avoir été celle des égoutiers, main- la région.
tenant tous vaccinés! Le tableau 13.5 présente
La contamination des eaux de surface est
un résumé des dangers en relation avec la bai- fréquente, que ce soit par les eaux usées
gnade, parmi lesquels la dermatite circadienne urbaines, par des sources ponctuelles de pollu-
est de description plus récente (De Gentile et tion (fosses «septiques») ou par les excréments
coll., 1996). d'animaux domestiques ou sauvages. Ces
Il existe diverses catégories de baignades, sources sont associées à une augmentation de
aménagées ou n o n , littorales (eau de mer) ou fréquence des maladies entériques, des maladies
intérieures (eau douce: rivière, lac, étang) qui respiratoires ou des affections cutanées, comme
connaissent des problèmes spécifiques liés à la l'ont montré plusieurs études épidémiologiques
contamination par des eaux usées, plus ou (Gallaher et coll., 1989; Lemmow et coll.,
moins épurées, ou des eaux de ruissellement qui 1996).
QUALITÉ DE L'EAU 359

Encadré 13.2 Les dangers liés à la baignade

Les dangers liés à la baignade ne sont pas seulement liés à la qualité de l'eau. Ils doivent être envisagés dans
l'ensemble des activités de loisirs aquatiques et, surtout, en fonction du critère de gravité (mortalité, mor-
bidité, nuisances, inconfort).

Noyade En France, en dépit des efforts de prévention et de sauvetage, environ 20 000 accidents sont déplorés
chaque année, dont 500 mortels (100 enfants). Les hydrocutions, souvent provoquées par une trop grande
différence de température entre la peau et l'eau, sont fréquentes (500/an environ). Dans les deux cas, les con-
signes évidentes de sécurité sont souvent ignorées.

Soleil et chaleur excessifs Le danger à court terme de déshydratation concerne tout particulièrement les
jeunes enfants, aux besoins en eau majorés; des excès évidents sont observables dans ce domaine en zones de
baignade. L'excès d'exposition solaire, c'est, à long terme, le vieillissement accéléré de la peau et le risque de
cancers cutanés, en progression chez des sujets de plus en plus jeunes.

Leptospirose H u i t cents cas sont notifiés en France chaque année, dont 300 en métropole. Divers mammifères
sauvages (rats) ou domestiques sont les réservoirs et agents disséminateurs de la bactérie responsable. Cette
affection, contractable en eau douce par voie digestive ou cutanée (eau souillée par l'urine animale conta-
minée) revêt diverses formes, notamment ictérohémorragique, d'évolution généralement favorable. La détec-
t i o n des leptospires pathogènes dans l'eau étant très difficile, la prévention repose surtout sur le contrôle
écologique des vecteurs et la vaccination en milieu professionnel où cette maladie est souvent contractée.

Gastro-enterites d'origine alimentaire Ce risque est crucial en périodes de vacances et constitue sans doute
le facteur de confusion majeur des enquêtes épidémiologiques portant sur le danger spécifique de la bai-
gnade. Il est le fait de modifications profondes du régime alimentaire ou de la consommation de coquillages
souvent recherchés par pêche à pied en zone insalubre, consommés crus, insuffisamment cuits ou mal con-
servés.

Micro-algues toxiques Les eaux de mer littorales chaudes et eutrophes peuvent être affectées par des efflo-
rescences d'algues microscopiques responsables d'affections digestives ou neurologiques par l'intermédiaire
de coquillages contaminés par ces algues (Dinophysis, par exemple) et leurs toxines. Certaines toxines algales
sont accusées de provoquer des sensations de brûlures, des démangeaisons, voire des réactions allergiques par
contact avec des eaux douces ou marines (algues bleues d o n t Microcystis sp.).

Piqûres Rascasses et vives peuvent induire des envenimations (douleur, œdème, signes généraux) alors que
les méduses et anémones de mer provoquent des réactions d'urtication (rougeur, brûlure et démangeaison).

Dermatites à cercaires Très prurigineuses, ces affections, décrites ces dernières années en eaux douces, sont
dues à la pénétration dermique de cercaires parasitant des canards contaminés par des Limnées, dans des
zones envahies de plantes aquatiques. La prévention consiste en la maîtrise écologique de ces sites (fau-
cardage, sulfate de cuivre).

Risque fécal Les dangers sanitaires dus à la qualité microbienne de l'eau et qui ont fait l'objet de la totalité
des enquêtes épidémiologiques sont dominés par des affections O R L , cutanées et, surtout, digestives,
d'origine bactérienne, virale ou parasitaire. Les incidents, d o n t la portée est mal évaluée, sont directement
liés à la contamination fécale de l'eau qui dépend des performances locales de l'assainissement et de la qua-
lité des rejets et, éventuellement, aux contaminations hydriques par les baigneurs eux-mêmes en zone dense
et mal renouvelée.

Santé et propreté du sable des plages La propreté des plages est importante en hygiène publique: aspects
macroscopique (détritus ramenés par l'eau, déchets des usagers, fréquentation animale, verres, seringues
usagées) et microscopique (microorganismes). Pouvoirs publics et usagers concourent à la qualité des plages,
et la prévention élémentaire pour l'usager est le recours à un dispositif isolant la peau (risque cutané) du sable
(serviette ou équivalent).
360 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

La survie de la plupart des microorganismes baigneurs, pour des teneurs de 1 à 10 N.f./L


pathogènes dans l'eau est fonction de la tem- d'eau. Les données expérimentales chez la souris
pérature. Les bactéries pathogènes et les virus (3 études) permettent d'établir une relation
survivent mal lorsque les températures sont dose-effet mortalité/dose inhalée et une dose
élevées, alors que les parasites sont peu affectés. minimale infectante (DMI) (dose susceptible
Dans les pays froids, le gel a généralement rai- d'infecter 50 % de sujets sains) de 10 semble
son de la plupart des microorganismes, qu'ils raisonnable. Utilisant ces travaux, les auteurs
soient bactériens ou parasitaires. Au contraire, ont essayé d'évaluer le risque chez l'homme par
les virus ont tendance à survivre plus longtemps modélisation à partir de cette relation dose-effet
lorsque les températures sont basses, même au- extrapolée vers les faibles doses, grâce à trois
dessous de 0 °C. Dans les eaux souterraines, la modèles (exponentiel – logarithmique, log-
présence des virus est fréquente, et leur survie normal et bêta) donnant le meilleur ajustement
peut être très longue dans ce milieu froid où la sur les données expérimentales. Par ailleurs, ils
prédation microbienne est faible; on ne ont évalué la probabilité d'exposition humaine
détectera pas les germes indicateurs de pollution lors d'une baignade (10 mL d'eau ingérée) à dif-
fécale si cette eau sert à alimenter une baignade. férentes teneurs en N.f. Les deux premiers mo-
La détection et la numération des bactéries dèles conduisent à une estimation de risque
pathogènes ou indicatrices se fait à l'aide de compatible avec l'observation épidémiologique,
méthodes relativement simples de filtration de avec un risque de l'ordre de 1 cas annuel pour
volumes d'eau de 100 à 1000 mL sur des mem- 10 6 -10 7 et pour 1 à 10 N.f. par litre d'eau.
branes filtrantes de porosité faible (moins de Dans certaines circonstances (voisinage de
0,45 µm) et l'utilisation de milieux de culture centrales électriques avec rejets d'eaux de
artificiels. La détection et le dénombrement des refroidissement), des évaluations portent sur les
virus, des protozoaires et de leurs kystes ou dénombrements d'amibes libres et, notamment,
oocystes relèvent de méthodes sophistiquées à de N.f., potentiellement responsables de
partir d'échantillons beaucoup plus volumineux méningo-encéphalite. La recherche et l'identifi-
(10 à 1000 L). Les protozoaires sont mis en évi- cation de ces protozoaires sont longues, difficiles
dence par des méthodes microscopiques, alors et réservées à des études ou à des risques parti-
que les virus le sont par culture de cellules culiers, que l'on a cherché à prévenir, en aval de
humaines ou animales. Plus récemment, et pour certains sites de production d'électricité, en rai-
tous ces microorganismes, des méthodes de son de la prolifération possible de ces amibes
détection des acides nucléiques ont été dévelop- dans les installations de refroidissement (Bard et
pées; elles sont très sensibles, mais elles ren- Siclet, 1995).
seignent peu ou pas sur la viabilité des micro- S'agissant de risques plus classiques, diverses
organismes détectés. études épidémiologiques concernant des bai-
En pratique, le contrôle de qualité des eaux gnades en eaux douces ou marines ont été pu-
de baignade repose essentiellement sur l'évalua- bliées aux États-Unis et en Europe, pour l'essen-
tion des niveaux de concentration de bactéries tiel. Une revue générale en a été faite par l ' O M S
indicatrices de risque fécal (coliformes thermo- dans le but d'établir des lignes directrices con-
tolérants, E. coli, entérocoques), de pathogènes cernant l'impact sanitaire de la fréquentation
fécaux (Salmonella) ou non (Staphylocoques) et, des eaux de loisirs (Pruss, 1998). Cette étude a
éventuellement, d'entérovirus dont la détection recensé 37 enquêtes, dont 22 ont été retenues au
requiert des techniques beaucoup plus difficiles regard de plusieurs critères de sélection et de la
et onéreuses que les indicateurs bactériens. possibilité de répondre aux questions
Une étude des relations quantitatives exposi- suivantes: Y a-t-il une relation dose-réponse
tion/risque a été réalisée pour la m é n i n - entre la qualité de l'eau et des manifestations
goencéphalite amibienne p r i m i t i v e M E A P pathologiques (gastroentérites, affections
(Bard et Siclet, 1995) induite par Naegleria fow- cutanées, oculaire, ORL)? Existe-t-il des valeurs
leri ( N . f . ) . Les données épidémiologiques seuils des indicateurs bactériens de qualité d'eau
correspondantes sont pauvres et discutables; une pour ces manifestations? Décèle-t-on un gra-
seule étude réalisée en Floride a estimé l'inci- dient de sévérité de l'impact en fonction de la
dence de M E A P à 1 cas annuel pour 2,6·10 6 dégradation de la qualité de l'eau? Cette étude
QUALITÉ DE L'EAU 361

montre que certains symptômes seraient plus en Grande-Bretagne (Fleisher et coll., 1998) à par-
rapport avec le contact avec l'eau qu'avec la tir de quatre enquêtes estivales réalisées de 1989
seule qualité biologique de l'eau (irritations, à 1992 sur quatre sites différents. Ces enquêtes
modification des défenses). auprès de baigneurs, par référence à des non-
Les taux d'incidence des affections chez les baigneurs, ont montré que, selon les affections
baigneurs et les non-baigneurs pour des eaux (gastroentérites, infections respiratoires aiguës,
peu polluées (risque «contact») ou pour des infections oculaires et auriculaires), celles liées à
baigneurs en eaux plus ou moins polluées la baignade durent de 4 à 8 jours, entraînant un
(risque «microbien») ont pu être comparés. Dix- traitement dans 4,2 à 22,2 % des cas et une ces-
huit études étaient de type cohorte prospective, sation d'activité dans 7 à 25,9 % des cas selon
deux de type cohorte rétrospective et deux con- les maladies. Le pourcentage de maladies
sistaient en des essais contrôlés randomisés. La attribuables à la baignade va de 34,5 % pour les
qualité biologique des eaux était évaluée par les gastroentérites à 65,8 % pour les atteintes auri-
indicateurs bactériens classiques: coliformes culaires (53,3 % pour les affections oculaires et
fécaux, E. coli, entérocoques, parfois par des 40 % pour les infections respiratoires). C'est la
pathogènes (staphylocoques), mesurés à l'échelle première étude à évaluer aussi précisément le
quotidienne ou saisonnière. Les études retenues poids du risque sanitaire lié à la baignade dans
contrôlaient un bon nombre d'autres facteurs de les eaux marines affectées par la pollution
risque: âge, sexe, niveau socio-économique, ali- domestique et répondant néanmoins aux
mentation, médicaments, exposition solaire. critères européens et américains de qualité.
La plupart des études rapportent une relation
Prévention technique et sanitaire
dose-effet clinique chez les baigneurs, croissant
avec les indicateurs bactériens de qualité de La prévention des risques liés aux baignades
l'eau: les risques relatifs observés, souvent signi- s'exerce principalement à deux niveaux: la qua-
ficatifs, sont compris entre 1 et 3. Les indica- lité sanitaire de l'eau et des plages, et la préven-
teurs les mieux corrélés à l'effet pathologique tion des accidents.
sont les streptocoques fécaux/entérocoques pour Les mesures techniques et administratives
les eaux douces et marines, et E. coli pour les permettant d'assurer la qualité de l'eau sont
eaux douces. Dans les deux cas, les symptômes encadrées par la directive européenne du 8
gastro-intestinaux apparaissent pour des valeurs décembre 1975. Elle a établi les normes de qua-
allant de quelques unités à 30 colonies bacté- lité des eaux de baignade et indiqué les mesures
riennes/100 m L , valeurs faibles et inférieures à à adopter pour en assurer la surveillance. La
celles de la norme de qualité microbiologique réglementation française repose sur un décret de
relative aux eaux de baignade à l'intérieur de 1981 modifié en 1991. Les points de surveil-
l'Union européenne, similaire à celle retenue à lance sont choisis en fonction de la fréquenta-
l'échelle internationale. Des seuils plus élevés tion des baignades, de la nature des lieux, des
dans certaines zones géographiques suggèrent risques particuliers de pollution pouvant exister.
l'établissement d'un certain degré d'immunité La surveillance s'exerce généralement du 15 juin
dû à l'endémicité ou un rapport patho- au 15 septembre pour les baignades en mer et
gène/indicateur plus faible dans les eaux. En du 1 e r juillet au 31 août pour les baignades en
dépit de biais possibles dans ces études, biais qui eau douce. Le programme de surveillance com-
sont analysés et auraient plutôt tendance à porte une visite bimensuelle des sites, au cours
minorer le risque réel, il semble que ces études de laquelle des prélèvements d'eau sont effectués
soient suffisamment convergentes pour servir de en vue de l'évaluation de paramètres microbio-
base à de nouvelles lignes directrices à établir par logiques (coliformes et streptocoques fécaux; les
l ' O M S et de nature à remettre profondément en coliformes totaux sont de faible intérêt) et
cause les normes en vigueur dans de nombreux physicochimiques. Les principales normes ser-
pays. vant à l'interprétation des résultats obtenus sont
L'importance et la gravité des maladies asso- présentées au tableau 13.6.
ciées à la baignade dans des eaux marines affec- La surveillance des 3416 lieux de baignade
tées par des eaux usées domestiques, mais con- recensés en France en 1997 s'exerce sous la
formes à la réglementation, ont été évaluées en responsabilité du ministère chargé de la santé et
362 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

Tableau 13.6 Normes françaises de qualité relatives aux eaux de baignade (extrait de l'annexe 1 du décret
n° 81-324 du 7 avril 1981 modifié par le décret n° 91-980 du 20 septembre 1991)

Paramètres Guide Impérative Fréquence


d'échantillonnage

Microbiologie

Conformes totaux/100 mL 500 10 000 Bimensuelle*

Conformes thermotolérants/100 mL 100 2000 Bimensuelle*

Streptocoques fécaux/100 mL 100 - Bimensuelle*

Salmonelles/1 L - 0 **

Entérovirus PFU/10 L - 0 **

Physico-chimie

pH - 6-9*** **

Coloration - Pas de changement Bimensuelle*


anormal de la couleur ***
- -

Huiles minérales (mg/L) - Pas de film visible à la surface Bimensuelle *


de l'eau et absence d'odeur *
≤0,3 -

Substances tensio-actives réagissant - Pas de mousse persistante Bimensuelle*


au bleu de méthylène mg/L (lauryl-sulfate) ≤ 0,3 -

Phénols (indices phénols) - Aucune odeur spécifique Bimensuelle*


C6H5OH (mg/L) - ≤ 0,005

Transparence (m) 2 1 *** Bimensuelle*

Oxygène dissous (% de saturation 0 2 ) 80-120 - **

Résidus goudronneux et matières Absence - Bimensuelle*


flottantes telles que bois, plastique,
bouteilles, récipients en verre, en
plastique, en caoutchouc et en toute
autre matière. Débris ou éclats

* Lorsqu'un échantillonnage effectué au cours des années précédentes a donné des résultats sensiblement plus favorables que
ceux prévus à la présente annexe et lorsqu'aucune condition susceptible d'avoir diminué la qualité des eaux n'est intervenue, la
fréquence d'échantillonnage peut être réduite d'un facteur 2.
** La teneur est à vérifier lorsqu'une enquête effectuée dans la zone de baignade en révèle la présence possible ou une détério-
ration possible de la qualité des eaux.
*** Dépassement des limites prévues en cas de conditions géographiques ou météorologiques exceptionnelles.

Tableau 13.7 Classement* des zones de baignade en France selon les critères européens pour la saison 1997

Nombre de A: B: C: D:
sites classés bonne qualité qualité moyenne momentanément pollué mauvaise qualité

Eau de mer 1829 59,8 % 33,2 % 6,95 % 0,05 %

Eau douce 1587 42,3 % 49 % 7,8 % 0,9 %

Total 3416 51,7% 40, 5 % 7,3 % 0,5 %

* Les eaux classées A ou B sont conformes aux normes microbiologiques européennes et les eaux classées C ou D ne le sont pas.
QUALITÉ DE L'EAU 363

de ses services déconcentrés. À l'issue de la sai- plus large qui concerne l'amélioration environ-
son, les baignades font l'objet d'un classement nementale des régions côtières. La campagne
en fonction de leur qualité microbiologique. Les vise à améliorer la compréhension de l'environ-
résultats du classement obtenus pour la saison nement côtier et à promouvoir la prise en
balnéaire 1997 sont présentés au tableau 13.7. compte des questions environnementales dans
En France, les causes de pollution des bai- le processus de décision par les autorités locales
gnades classées C ou D répertoriées par le m i - et leurs partenaires. Les quatre sujets ou critères
nistère chargé de l'environnement sont les sui- de préoccupations sont:
vantes. - l'enseignement et l'information environ-
• L'état d'assainissement des communes situées nementale;
à l'amont immédiat de la baignade (vétusté, - la qualité côtière et la gestion environnemen-
mauvais fonctionnement chronique, absence tale;
totale ou insuffisance de l'assainissement,
- la sécurité et l'équipement des plages;
notamment pour traiter la pollution engen-
drée par les fortes précipitations); - la qualité de l'eau de baignade.

• Des pannes ou incidents sur les réseaux d'as- Pour le dernier point, la FEEE s'appuie sur
sainissement ou sur les stations d'épuration; les résultats du contrôle sanitaire des États
membres et sur l'interprétation communautaire
• Des pollutions diverses issues du bassin ver- des résultats (critères européens impératifs de la
sant, comprenant, notamment, les pollutions directive 75/160).
diffuses dues aux rejets agricoles;
En ce qui concerne la prévention des accidents
• La pollution liée à la fréquentation de la et des noyades, la sécurité des baignades «amé-
baignade ou des équipements touristiques nagées» par les collectivités ou les personnes
installés dans la zone, notamment les cam- privées est encadrée par le décret de 1981 qui
pings. requiert la présence d'un maître nageur. Mais la
Pour améliorer la qualité de leurs eaux de surveillance de la baignade ne peut se substituer à
baignades, 60 % des communes concernées la responsabilisation des individus, et de nom-
pour les eaux douces et 91 % des communes lit- breux lieux de baignade ne sont pas surveillés.
torales ont engagé des actions de lutte qui s'in- Des actions d'éducation sanitaire doivent être
sèrent le plus souvent dans des programmes dirigées vers la population pour que les consignes
pluri-annuels d'assainissement et des contrats de de sécurité soient respectées et qu'ainsi le nombre
rivières ou de baie. d'accidents souvent mortels dénombrés chaque
année puisse être sensiblement réduit.
Une réflexion est amorcée au niveau de
l'Union européenne pour revoir à la baisse les
valeurs guides des indicateurs microbiologiques, 4. ASPECTS GÉNÉRAUX
en se basant sur les résultats d'études épidémio-
logiques de revues de la littérature telles celle de
DE LA GESTION DE L'EAU
Pruss (1998) et de la méta-analyse de Pena et L'eau est un domaine où de nombreuses valeurs
coll. (2001). Cette actualisation s'avère urgente limites de qualité ont été fixées. Cette situation
pour les normes concernant les baignades, mais est favorable pour la gestion au quotidien d'ins-
une réflexion doit être engagée sur les risques tallations, mais elle présente un risque fréquent
sanitaires posés par la pratique d'autre activités q u i est celui de voir certains responsables con-
nautiques que la baignade, dans des eaux qui ne sidérer que l'action à mener consiste unique-
répondraient pas aux critères admis pour la ment à vérifier que ces limites sont respectées.
baignade. Dans ses recommandations, l ' O M S insiste
La Fondation pour l'éducation environ- largement sur la nécessité d'adapter les valeurs
nementale en europe (FEEE) a lancé la cam- guides au contexte sanitaire local. Ainsi, la poli-
pagne «Pavillon bleu» en 1987 (Anonyme, tique sanitaire dans le domaine de l'eau doit
1998) avec l'objectif d'encourager les autorités reposer sur une analyse des risques réels et sur la
locales à fournir des plages propres et sûres aux définition de priorités q u i pourront, d'ailleurs,
populations locales et aux touristes. Elle a égale- varier entre pays, à l'intérieur d'un même pays
ment été conduite dans un contexte beaucoup ou d'une même zone administrative.
364 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE

Cette politique doit aussi intégrer largement dissémination de contaminants m i c r o b i o -


le fait, d'une part, que l'eau suit des cycles qui logiques ou chimiques par les boues d'épuration
conduisent à sa réutilisation fréquente dans des répandues sur les sols et dont on pourra retrou-
conditions plus ou moins évidentes, car plus ou ver les effets dans la chaîne alimentaire. Par
moins directes, et, d'autre part, qu'elle fait l'ob- ailleurs, en soi, la protection des sols vis-
jet de nombreux usages qui ne comportent pas à-vis des pollutions est un élément de protection
forcément d'enjeux sanitaires, mais qui peuvent des ressources en eaux souterraines qui s'y trou-
être cause de dégradation de sa qualité. La poli- vent fréquemment: elle évite la dégradation des
tique sanitaire dans le domaine de l'eau doit ressources en eaux superficielles par ruisselle-
donc être conçue et menée en relation étroite ment, entraînant une pollution diffuse très dif-
avec celle relative plus spécifiquement à la ges- ficile ensuite à corriger. Ainsi, la gestion sani-
tion de l'eau. L'approche sanitaire doit permet- taire de l'eau doit être conçue d'une façon
tre de fixer certains objectifs prioritaires de la ouverte vers d'autres domaines de l'environ-
gestion globale de l'eau; elle doit aussi apporter nement.
des éléments d'aide à cette gestion, notamment Sur le plan technique, pour assurer une sécu-
pour la d é f i n i t i o n des priorités concrètes rité aux usagers, la gestion sanitaire de l'eau doit
d'amélioration des situations, en fournissant les prévoir la mise en place de dispositifs «multi-
informations issues du suivi sanitaire de la po- barrières» permettant au moins une alerte en cas
pulation et des eaux. En pratique, les respon- de problème et une protection minimale contre
sables sanitaires intervenant dans le domaine de les effets à court ou moyen termes. Elle peut
l'eau doivent participer activement aux dif- s'appuyer sur des outils tels que des obligations
férentes structures mises en place pour la gestion de moyens, des obligations de résultats,
globale de l'eau. exprimés par des valeurs de référence, des
Si on évoque la place des usages sanitaires de modalités de traitement, mais aussi sur une sur-
l'eau dans les cycles de l'eau, il faut également veillance environnementale des milieux et sur
penser aux relations avec les autres milieux, une surveillance épidémiologique comportant
notamment les sols et l'air. La gestion des pro- l'analyse des incidents et des accidents. Un
blèmes sanitaires liés aux eaux ne doit pas con- accent important doit être mis sur la réalisation
duire à des transferts de contaminations vers les de bilans périodiques de la qualité des eaux et de
autres milieux, par exemple lors du traitement l'efficacité des mesures prises, et sur leur publi-
des eaux usées: production d'aérosols ou de gaz, cation pour informer les usagers.
QUALITÉ DE L'EAU 365

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