Qualité de l'eau et risques sanitaires
Qualité de l'eau
Bernard Festy, Philippe Hartemann, Martine Ledrans, Patrick
Levallois, Pierre Payment, Dominique Tricard
Qualité de l'eau
Bernard Festy, Philippe Hartemann, Martine Ledrans, Patrick
Levallois, Pierre Payment, Dominique Tricard
1. Généralités
1.1 Ressources, usages et pollution des eaux: quelques rappels
1.2 Expositions humaines et risques sanitaires: un aperçu global
2. Eaux destinées à la consommation humaine
2.1 Introduction
2.2 De la ressource à la distribution
2.3 Évaluation des risques
2.4 Gestion technique
2.5 Gestion sanitaire - surveillance épidémiologique
2.6 Quelques exemples actuels de risques
3. Eaux de loisirs
3.1 Introduction
3.2 Piscines
3.3 Baignades
4. Aspects généraux de la gestion de l'eau
334 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
Collectivités-industries-agriculture...
Contamination ± probable
Piscines
ments primaires et secondaires des eaux usées usages de l'eau (tableau 13.1). La voie d'exposi-
n'affectent qu'en partie leur charge microbienne tion dominante pour la population est l'inges-
et les boues de traitement sont très contaminées, tion: elle concerne essentiellement des apports
sauf après traitement approprié. Les facteurs alimentaires, par l'eau de boisson elle-même ou
microbiens de pollution des eaux sont des bac- des aliments contaminés par l'eau in situ; à cet
téries entéropathogènes (salmonelles, shigelles, égard, les capacités de bioconcentration de con-
E. coli, vibrions cholériques), des virus taminants du milieu par des organismes aqua-
(entérovirus de type poliovirus, coxsackie et tiques, tels les coquillages, sont particulièrement
echovirus, virus de l'hépatite A, corona- et dangereuses pour le consommateur (Hartemann
rotavirus, virus de Norwalk et assimilés) respon- et coll., 1986). L'ingestion involontaire d'eau
sables, selon les cas, de gastro-entérites, contaminée intervient au cours des loisirs ou des
hépatites ou syndromes neuro-méningés; ces sports aquatiques, ou lors d'opérations profes-
virus sont, en général, plus persistants dans le sionnelles impliquant un contact avec des eaux
milieu et plus résistants aux traitements de dé- fortement contaminées.
sinfection que les bactéries. Des parasites sont
La pénétration pulmonaire par inhalation
aussi en cause: ils sont fort nombreux, dans les
d'aérosols contaminés par l'eau n'est pas né-
pays tropicaux, à impliquer un stade hydrique
gligeable: elle concerne, en particulier, les acti-
important dans leur cycle de développement, tel
vités de loisirs (piscines, spas, baignades), le
Entamoeba coli. Dans les pays développés, des
thermalisme, les milieux domestique, hospita-
parasites unicellulaires, tels Giardia lamblia et
lier ou hôtelier (les légionelloses sont un exem-
Cryptosporidium parvum, sont de redoutables
ple très actuel de ce risque) et certains milieux
agents pathogènes, notamment pour des sujets
professionnels (traitement et épandage des eaux
immunodéprimés; leurs kystes sont aussi parti-
et boues résiduaires).
culièrement résistants dans le milieu et face aux
désinfectants. La voie cutanéo-muqueuse est aussi con-
cernée dans la plupart des circonstances précé-
Des algues microscopiques peuvent, enfin, dentes, loisirs notamment. Le contact avec la
être en cause (cyanobactéries et autres) par pro- muqueuse oculaire peut être en cause pour les
lifération dans le milieu aquatique (baignades) amibes libres à la suite de contaminations par
ou créer, par leurs toxines, des problèmes pour lavage des lentilles cornéennes à l'eau du robi-
les eaux potables. net.
En définitive, l'eau est un patrimoine essen- Il est à noter que les loisirs et les sports aqua-
tiel à préserver, car en quantité limitée; sa qua- tiques en général constituent des circonstances
lité est essentielle à bien des usages, souvent où sont associés les trois types d'exposition.
générateurs d'impératifs contradictoires. Sa ges- Enfin, citons la voie très particulière consti-
tion est donc fondamentale, mais difficile, et tuée par l'accès parentéral (dialyse), pouvant
elle doit s'appuyer sur des plans d'actions con- être à l'origine d'intoxications chimiques, his-
certées et des objectifs de qualité rigoureux. toriques pour l'aluminium, plus récentes pour
les chloramines et certaines toxines cyanobac-
1.2 Expositions humaines et risques tériennes, ou d'infections bactériennes
(Pseudomonas et Aeromonas sp) (Hasley et
sanitaires: un aperçu global Leclerc, 1993).
Le risque hydrique survient de manière directe Les contaminants hydriques sont essentielle-
ou indirecte; dans le premier cas, il résulte d'un ment de nature biologique ou chimique ( O M S ,
contact avec l'eau contaminée elle-même (eau 1994; Vial et Festy, 1995). Les premiers sont des
usée, ressource, eaux de loisirs ou de boisson); bactéries (saprophytes, opportunistes ou patho-
dans le second cas, il survient par l'intermédiaire gènes), des virus, des parasites, des fungi et des
d'aliments ou d'air contaminés par une eau de (micro-) algues. Le risque hydrique microbien
qualité impropre: végétaux consommés crus, est de loin le plus évident à l'échelle mondiale.
glaces, poissons, coquillages ou crustacés, Pour l'essentiel, il se manifeste à court terme et
aérosols d'eau chaude sanitaire ou de station de il est d'origine «fécale». Dans les pays dévelop-
traitement des eaux. pés, il survient le plus souvent dans des circon-
Les conditions d'exposition de l'homme aux stances accidentelles, mais il revêt un aspect per-
facteurs de risque hydrique dépendent des manent et chronique dans nombre de pays en
QUALITÉ DE L'EAU 337
Tableau 13.1 Quelques dangers liés aux eaux: nature et importance relative
développement, du fait d'une maîtrise très la source d'infections tenaces en milieux hospi-
insuffisante de la gestion des eaux résiduaires et talier ou thermal (Legionella, Flavobacterium,
d'alimentation. Le poids sanitaire des patholo- Pseudomonas sp); des proliférations fongiques ou
gies hydriques d'origine infectieuse ou para- algales peuvent aussi survenir. Le risque
sitaire est évidemment différent dans les deux (micro)biologique s'enrichit donc progressive-
types de circonstances. ment en connaissances: c'est notamment le cas
Toutefois, à côté du risque fécal, est apparu pour certaines bactéries «non fécales» déjà citées
plus récemment, notamment dans les pays ou pour leurs constituants à propriétés inflam-
industrialisés, un risque microbien induit ou matoires (endotoxines), mais aussi pour des virus
majoré par des processus ou dispositifs tech- (Norwalk et autres), de plus en plus souvent en
niques favorisant, à la faveur de conception ou cause, pour les protozoaires (microsporidies), des
de maintenance insuffisantes, la prolifération micro-algues et leurs toxines, plaçant ces
d'espèces hydriques potentiellement nocives; dernières à la frontière des aspects microbio-
c'est le cas des dispositifs de traitement d'eau logiques et toxicologiques (Vezie et coll., 1997).
(chauffage) ou d'air (conditionnement) facilitant Le degré de gravité des atteintes pour la santé
le développement excessif de Legionella sp., voire qui en résultent est très variable selon les cas,
d'amibes libres dans l'eau chaude sanitaire ou allant de gastro-entérites banales ou graves à des
dans des tours aéroréfrigérantes en milieux parasitoses (risque fécal en général), à des
domestique, collectif ou urbain; mais c'est aussi atteintes cutanées, pulmonaires, voire neuro-
338 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
meningées. Le risque microbien et parasitaire est réellement impliqués dans le risque hydrique,
d'ailleurs fortement dépendant du statut i m m u - tels les métaux lourds (plomb, mercure, cad-
nitaire des individus, qu'il s'agisse de leur état mium) et l'arsenic. Des doutes subsistent en
vaccinal, pour certains agents, ou de leur état terme de risque cancérogène pour diverses
physiopathologique (sujets immunodéprimés molécules organiques comme les produits phy-
spontanément ou non), avec le cas exemplaire tosanitaires, les sous-produits (in)organiques de
du sida et des micro ou cryptosporidies. la désinfection, chloration en particulier.
Schématiquement (tableau 13.2), les affec- D'une façon générale, le risque chimique
tions pathologiques, de fréquences très inégales, peut être relié soit, le plus communément, à la
sont classables en trois catégories: d'abord diges- contamination des ressources en eau (produits
tives, plutôt d'origine alimentaire, avec les phytosanitaires, nitrates [Levallois et Phaneuf,
fièvres (para-typhoïdes, les gastro-entérites, les 1994], solvants, hydrocarbures), soit au traite-
syndromes cholériques et les hépatites); ensuite, ment de l'eau destinée à la consommation
respiratoires et O R L , liées à des aérosols conta- humaine (dérivés de l ' a l u m i n i u m utilisés
minés, avec la légionellose, les mycoses pul- comme coagulants [Martyn et coll., 1997],
monaires, les méningo-encephalites amibiennes, sous-produits de la désinfection), soit encore à
heureusement rarissimes; cutanéo-muqueuses, des altérations de l'eau en cours de distribution
enfin, fortement associées aux eaux de loisirs, ou de stockage (plomb, hydrocarbures aroma-
avec les candidoses, les dermatomycoses, les der- tiques polycycliques).
matites, la leptospirose (Leclerc et coll., 1982; Rappelons, enfin, le pouvoir bio-concentra-
Hartemann et coll., 1989). teur des coquillages (Hartemann, 1989) (métaux,
Le risque chimique (éventuellement radio- micro-organismes, toxines algales) et les dangers
logique) est, selon les cas, bien réel ou seulement résultant de la réutilisation agricole des eaux usées
suspecté. Il se manifeste parfois à court terme et et, surtout, des boues résiduaires, au regard des
de manière (sub)aiguë dans des circonstances métaux toxiques et de diverses molécules
accidentelles, mais le plus souvent de façon dif- organiques mal identifiées ( O M S , 1994).
férée ( O M S , 1994) comme pour certains can- La plupart des pays développés ne disposent
cers (arsenic). Sauf accidents ou actes de pas d'un dispositif permanent et complet de sur-
malveillance, il a été plus particulièrement veillance des maladies d'origine hydrique, au
étudié pour l'eau de boisson. Dans de rares cas, contraire des affections alimentaires collectives.
le danger tient à un déficit de l'eau en certains Certains, dont la France, procèdent épisodique-
éléments d'intérêt nutritionnel (iode, fluor); ment à un bilan national des accidents notifiés
mais, la plupart du temps, il résulte d'un (Mansotte et coll., 1991). Les États-Unis sont
accroissement, momentané ou permanent, des probablement un modèle dans ce domaine,
teneurs dans l'eau. Rappelons les contamina- encore que tous les États ne notifient pas les cas
tions naturelles par le fluor, pouvant entraîner avec le même zèle aux C D C (Centers for
une fluorose osseuse, comme observé en Disease Control). Néanmoins, des données sont
Gaspésie, au Québec, et dans la Meuse, en publiées (Kramer et coll., 1996) pour les eaux
France. Le dérèglement de pompes doseuses à de boisson et de loisirs.
fluorure utilisées pour prévenir les caries den-
taires a été souvent rapporté aux États-Unis à
2. EAUX DESTINÉES À LA CON-
l'origine d'intoxication (sub)aigues par le fluor.
À moyen terme, des maladies ont été décrites SOMMATION HUMAINE (EDCH)
en relation avec le fluor (fluorose dentaire) ou
2.1 Introduction
les nitrates (méthémoglobinose), avec quelques
interrogations, dans ce dernier cas, tenant à leur Plus la civilisation évolue, plus la quantité con-
rôle de co-facteur toxique associé à des conta- sommée d ' E D C H (ou eau du «robinet») par
minations bactériennes. habitant augmente. Elle est de l'ordre de 150 à
À long terme, le rôle néfaste de macroconsti- 200 L par jour en France, mais peut atteindre
tuants tels le sodium et la dureté, au niveau du 300 à 400 L en Amérique du Nord. Cette eau,
risque cardio-vasculaire, n'a pas été confirmé. distribuée par un réseau public, doit être con-
Par contre, certains microconstituants sont forme à des normes de potabilité définies par la
QUALITÉ DE L'EAU 339
Tableau 13.2 Les principales infections humaines transmissibles par l'eau (modifié d'après Leclerc et coll., 1982)
réglementation de l'État, pour un usage destiné Enfin, entre l'usine de production d ' E D C H
à la boisson. Mais, dans les faits, l'usage boisson et le consommateur final s'étend un réseau plus
ou cuisine ne concerne que quelques litres par ou moins long et compliqué, au sein duquel
jour, tandis que les besoins domestiques portent peuvent survenir divers phénomènes chimiques
plus sur la toilette, l'élimination des excrétats, le (corrosion) ou microbiologiques (constitution
lavage (vaisselle, linge, automobile), l'arrosage, de biofilm) capables de dégrader la qualité de
les loisirs, et ce, pour des quantités croissantes. l'eau en y introduisant des éléments non
De nombreux autres usages non domestiques présents initialement.
se développent également, pour lesquels les
critères de potabilité ne sont pas toujours adap-
tés: usage hospitalier (soins aux malades, dialyse
2.2 De la ressource à la distribution
rénale), industrie agro-alimentaire, activités de Selon le type de ressource, la pollution peut être
fabrication très diverses (électronique), qui exi- plus ou moins importante et variée, impliquant
gent le plus souvent l'adjonction d'une phase un traitement allant du plus simple au plus
supplémentaire de traitement. complexe. Le réseau de distribution peut inté-
340 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
grer des post-traitements et doit faire l'objet de pollution des eaux usées reçues, et des ana-
d'une surveillance approfondie. lyses complètes apporteront des indications sur
la qualité bactériologique et chimique, en fonc-
Ressources
tion de laquelle on jugera, en conformité avec
Selon le type de ressource (eau souterraine, eau les directives, du traitement à leur appliquer.
superficielle, origine mixte), la pollution sera Tout captage d'une eau souterraine (source
plus ou moins régulière et importante. Les ou forage) nécessite une enquête h y d r o -
nappes phréatiques sont couramment utilisées géologique menée par un géologue officiel en
en milieu rural par forage de puits. Mais l'eau vue de déterminer
qui les constitue n'a traversé qu'une épaisseur
limitée de terrain: la filtration est insuffisante et - l'origine des eaux que l'on se propose de
la nappe souvent contaminée. Les nappes allu- capter et ses caractéristiques;
vionnaires sont des eaux souterraines circulant - les réserves de la nappe et le débit de la
parallèlement au lit des rivières, dans des allu- source;
vions sableuses; elles peuvent fournir des quan- - les contaminations que l'eau est susceptible
tités d'eau beaucoup plus importantes que les de recevoir;
nappes profondes. Mais elles sont sujettes à con-
taminations par les infiltrations superficielles et - la délimitation des périmètres de protection,
un traitement est toujours nécessaire. Les «eaux zones légalement protégées où sont interdits
vauclusiennes» sont des eaux superficielles, tous travaux, dépôts ou installations suscep-
pénétrant par des fissures ou des failles, à travers tibles d'être une cause de nuisance pour la
des roches imperméables, et qui vont émerger, qualité de l'eau.
sans aucune filtration, sous forme de «résur-
Traitement de l'eau
gence». Ces «fausses sources» sont souvent abon-
dantes, mais très fréquemment contaminées par Il est inexistant en cas d'utilisation d'eau souter-
les souillures du sol, et représentent une cause raine bien protégée et conforme aux normes de
classique de «maladies hydriques». potabilité et pour un court réseau de distribu-
tion. Il peut comporter simplement une étape de
Les eaux de surface (rivières, lacs, barrages, filtration couplée à une post-désinfection au
etc.) sont très largement utilisées aujourd'hui, chlore. Il peut enfin comporter toute une série
car ce sont les seules capables de fournir des d'étapes lorsque la ressource est d'origine super-
quantités considérables pour des consomma- ficielle et contient donc divers polluants chi-
tions diverses. Mais elles sont inévitablement miques et biologiques. Il comporte en général les
sujettes à contamination par des eaux de ruis- étapes suivantes (le nombre et le choix des étapes
sellement et des eaux résiduaires. Elles peuvent étant fonction de la qualité de l'eau brute):
véhiculer des microorganismes et des polluants
chimiques, d'où la nécessité d'un traitement - décantation - celle-ci peut être accélérée par
adapté avant leur utilisation. l'addition d'un floculant (sels de fer ou d'a-
luminium);
La pollution biologique est heureusement
atténuée par les processus naturels d'auto-épura- - filtration sur lit de sable – cette opération
tion: destruction des microorganismes patho- étant parfois combinée à la première, ou plus
gènes par l'action des rayons ultra-violets solaires, récemment sur filtres en matériaux
par la concurrence vitale des microorganismes céramiques ou cellulosiques;
saprophytes, des bactériophages, etc. Malheu- - élimination des composés organiques ou
reusement, cette auto-épuration est de plus en minéraux indésirables ou en excès par pas-
plus entravée par l'abondance des pollutions sage sur charbon actif (adsorption des
physicochimiques (détergents synthétiques, molécules organiques) ou sur résine
hydrocarbures) qui rompent l'équilibre biolo- échangeuse d'ions (élimination des sels
gique et empêchent la réoxygénation de l'eau. minéraux);
Le point de captage (source ou prélèvement
- désinfection par traitement oxydant à l'o-
en rivière) doit être protégé par un triple
zone, au chlore, au bioxyde de chlore ou aux
périmètre de protection. S'il s'agit d'utiliser un
dichloramines, q u i élimine les m i c r o -
cours d'eau, on appréciera le volume et le degré
organismes;
QUALITÉ DE L'EAU 341
— post-chloration, avant envoi dans le réseau par exemple, à la stagnation d'une eau peu
ou les réservoirs, de façon à maintenir une minéralisée et acide dans les canalisations en
teneur résiduelle en chlore libre actif de plomb, de même les Legionella pourront utiliser
0,1 m g / L environ. le biofilm comme support de prolifération et de
Une assurance qualité est mise en place par le résistance à la désinfection.
producteur et respecte la règle des 5 M: En raison de la difficulté croissante à fournir
matières, matériaux, méthodes, main-d'œuvre en quantité suffisante une eau d'alimentation
et milieu. En effet, il est nécessaire de prendre parfaitement conforme aux critères de qualité de
en compte la qualité de tout ce qui exerce une l ' E D C H , certains ont proposé un double réseau
influence sur l'eau produite, de l'eau brute de canalisations. En effet, l'eau nécessaire à l'ali-
(milieu) au consommateur, en passant par les mentation (boisson et cuisine) représente moins
réactifs ajoutés (matières) et les méthodes, les de 1 % de la consommation; le reste des besoins
matériaux de transport et la formation du per- pourrait être couvert par une eau de moins
sonnel. Tout procédé de traitement de l ' E D C H grande qualité, mais suffisante pour les usages
doit avoir été préalablement agréé en France par «externes» privés et publics (bains, chasse d'eau,
le ministère chargé de la santé. Dans ce cadre, lavage, arrosage). Malgré son apparence sé-
l'évolution actuelle va dans le sens d'une duisante, ce projet n'est pas raisonnable: coût
diminution de l'importance des étapes faisant élevé, débit trop restreint du réseau d'eau de
appel à des procédés chimiques et divers réactifs, boisson, erreurs à peu près inévitables des
au profit d'une remise en œuvre de procédés usagers et des installateurs, fraudes, etc.
physiques, parfois anciens, telle la filtration On s'attache donc à améliorer la qualité des
lente sur sable, car plus faciles à maîtriser et canalisations constituant les réseaux (résistance
comportant des étapes biologiques d'épuration à la corrosion, matériaux non toxiques) et la
dont le rôle apparaît assez difficilement rem- qualité de l'eau envoyée dans le réseau (correc-
plaçable. De même, la désinfection chimique tion d'une éventuelle agressivité, pauvreté en
perd une partie de son «aura» au profit de la fil- éléments minéraux et organiques pouvant servir
tration, car elle conduit à former un certain de nutriments aux microorganismes, post-
nombre de contaminants, les sous-produits de la chloration pour prévenir une prolifération
désinfection, potentiellement toxiques, qu'ils excessive) afin d'éviter la contamination micro-
soient dus au chlore, au bioxyde de chlore ou à biologique et chimique de l'eau parvenant au
l'ozone. Les membranes de filtration et leur consommateur. Dans ce cadre, l'usage de l'ami-
mise en œuvre ont connu de grands progrès et ante-ciment, des goudrons (HAP) ou même des
l ' u l t r a f i l t r a t i o n , voire plus récemment la plastiques fait l'objet de craintes. Le maillage du
nanofiltration (qui élimine non seulement les réseau (interconnexions, absence de stagnation,
microorganismes, mais aussi de nombreuses etc.), sa surveillance et son entretien (désinfec-
molécules organiques et minérales), et sont de tions, purges, détection des fuites) et le contrôle
plus en plus souvent utilisées pour la production de la qualité de l'eau sont d'autres points très
d ' E D C H à l'échelle industrielle, en France et en importants pour obtenir un résultat qui satis-
Amérique du Nord. fasse l'usager et la santé publique.
Si le réseau public de distribution est de plus
Distribution jusqu'au robinet de l'usager en plus pris en compte, la portion privative, à
Les canalisations constituent une partie vul- l'intérieur des immeubles, est du ressort du pro-
nérable, car elles sont exposées aux souillures les priétaire dont la vigilance et le niveau d'infor-
plus diverses, et les temps de transit sont parfois mation ne sont pas toujours satisfaisants. Le sa-
très longs (une semaine ou plus). Ces inter- turnisme hydrique est lié en quasi-totalité à
actions eau-matériau sont inévitables, tant sur le l'utilisation de canalisations en plomb dans les
plan microbiologique (adhésion bactérienne, logements anciens. Des traitements peuvent être
croissante et développement de biofilm qui ajoutés sans grand discernement (adoucissant,
servira de niche écologique à la survie, voire à la antitartre, anticorrosion), tant sur les eaux
prolifération de certains germes) que chimique froides que les eaux chaudes sanitaires. Celles-ci
(agressivité d'une eau pouvant entraîner corro- doivent répondre aux critères de potabilité de
sion et dissolution). Le saturnisme peut être lié, l ' E D C H , mais souvent leur température est
342 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
insuffisante et Legionella sp. prolifère dans les personne, particulièrement dans les zones défa-
ballons de stockage et les tuyauteries dont la vorisées. L'eau est un véhicule idéal de transmis-
température est de l'ordre de 40 à 50 °C. Là, sion des microorganismes pathogènes (virus,
également, la maintenance de l'installation bactéries, parasites, champignons); certains
(celle-ci devant, bien sûr, avoir été réalisée de (virus et parasites entériques) ont une dose m i -
façon adéquate) et la surveillance des systèmes et nimale infectante faible ( D M I ) caractéristique
de la qualité sont des paramètres très importants de leur infectivité: il suffit de 1 à 10 unités
pour garantir la sécurité sanitaire des usagers. viables pour infecter un i n d i v i d u sensible;
d'autres (bactéries, champignons, algues)
doivent être présents en quantité beaucoup plus
2.3 Évaluation des risques importante pour déclencher l'infection et la
Les risques pour la santé liés à l ' E D C H sont de morbidité. La D M I rapportée pour la plupart
nature microbiologique et toxicologique. des agents bactériens dépasse 1000 unités
Les microorganismes pathogènes sont viables. De plus, les bactéries, contrairement
présents chez les individus (formant une popu- aux virus et parasites, sont beaucoup plus sensi-
lation) à des niveaux différents selon les condi- bles à la désinfection par le chlore, ce qui
tions socio-économiques, sanitaires et environ- diminue considérablement le risque d'épidémie
nementales qui prévalent dans le milieu. Le taux dues à des agents bactériens (Haas, 1983) (voir
endémique dans une population est le niveau de encadré 13.1).
contamination de base de cette population dans Les eaux usées sont très chargées en micro-
les conditions «normales» de ce milieu. Ainsi, le organismes pathogènes, et les concentrations en
taux habituel de gastro-entérites est de moins virus, bactéries et parasites peuvent atteindre
d'un épisode/année/personne dans la plupart plusieurs milliers par litre et même le million
des pays industrialisés de la C o m m u n a u t é dans les pays en voie de développement et ceux
économique européenne, du Canada et des où l'eau est plus rare. Le traitement des eaux
États-Unis. Dans les pays tropicaux, en usées, là où il est effectué, peut réduire ces con-
Amérique latine et en Amérique du Sud, ce taux centrations de un ou deux ordres de grandeur,
peut facilement atteindre 10 épisodes/année/ mais les effluents sont encore très chargés. Dans
En mai 2000, la ville de Walkerton, située en Ontario (Canada), qui compte environ 5000 habitants, a été
le théâtre d'une importante épidémie de cas de gastro-entérites. L'épidémie fut causée par une contamina-
tion du réseau d'eau potable par les bactéries Escherichia coli Ol57:H7 et Campylobacyter jenuni. Près de
2300 personnes ayant consommé l'eau de la ville ont eu des symptômes de diarrhée et 7 sont décédées.
L'épidémie a été occasionnée par la contamination d'un des puits de la municipalité par des microorganismes
suite à l'épandage de fumiers provenant d'une ferme bovine située en périphérie de la municipalité. L'absence
d'appareil de chloration en continu et de mesure de la turbidité a empêché une désinfection adéquate de l'eau
distribuée. L'unité de santé publique de la région a suspecté la qualité de l'eau puisqu'une enquête prélimi-
naire n'avait pas pu mettre en cause d'autres sources de contamination. Une enquête épidémiologique a mis
en évidence le lien entre le réseau d'eau potable de la ville et la maladie; cette dernière a été plus fréquente
chez les personnes qui avaient consommé le plus d'eau. Cette épidémie a démontré la vulnérabilité de cer-
tains puits, sous l'influence d'eau de surface, qui sont susceptibles d'être contaminés par des microorga-
nismes. Elle a aussi mis en relief l'importance d'un système de chloration en continu pour assurer une dés-
infection efficace.
Références:
Anonyme. «Éclosion de gastro-entérite d'origine hydrique associée à un réseau d'aqueduc municipal conta-
miné, Walkerton (Ontario), mai-juin 2000», Relevé des maladies transmissibles au Canada, 26-20, 15 octobre
2000, p. 1-3.
O'Connor, D. R. Report of the Walkerton Inquiry, Part One. A summary, Ontario Ministry of the Attorney
General, Queen's Printer for Ontario, 2002.
QUALITÉ DE L'EAU 343
les eaux de rivières et les lacs, la d i l u t i o n des Certaines de ces données sont présentées dans le
eaux usées réduit cette concentration à des tableau 13.3 tiré de Rose et Gerba, 1991.
niveaux dépassant rarement la centaine par litre. L'évaluation du risque d'origine chimique
Les eaux de surface contaminées par des micro- est utilisée principalement lors de la détermina-
organismes pathogènes, en particulier les virus tion des normes ou recommandations de qualité
et parasites, très résistants aux traitements, cons- d'eau potable. Cette démarche peut être aussi
tituent souvent encore un risque, qui peut être utilisée lors de dépassement de normes afin de
direct lors d'une baignade ou d'activités récréa- déterminer l'importance et le type de mesure à
tives, ou indirect lors de la consommation d'eau prendre pour protéger la santé de la population.
non traitée ou insuffisamment traitée. La première étape utilisée habituellement dans
L'évaluation de ce risque prend en compte le l'évaluation de risques consiste à évaluer si la
nombre de microorganismes requis pour substance à l'étude a un caractère cancérogène et
déclencher l'infection, donnée parfois obtenue à si celui-ci est suffisamment documenté (can-
partir d'études sur des volontaires. Ces études cérogène certain ou probable pour l'humain).
ont l'avantage sur les modèles toxicologiques de • Cas des substances considérées comme non
ne pas être des extrapolations faites à partir cancérogènes
d'animaux. Des modèles mathématiques,
Dans le cas de ces substances, la première
développés pour estimer ce risque, sont utilisés
étape consiste à déterminer le niveau (ou la
aux États-Unis (Gofti et coll., 1999) pour
dose) pour laquelle on n'observe pas d'effets
atteindre des objectifs de santé publique: ainsi,
nocifs ( D S E N O ) communément appelés en
on vise à réduire le risque lié à l'eau de consom- anglais N O A E L (No Observed Adverse Effect
mation à moins de 1 cas de maladie (gastro- Level). La dose sans effet observé est la dose
entérite, GE) annuelle pour 10 000 consomma- la plus importante pour laquelle aucun effet
teurs: cette norme a été établie aux États-Unis nocif n'a été observé dans les études de toxi-
(«Surface Treatment Regulation Rules») pour l'eau cité habituellement réalisées chez l'animal.
potable produite à partir d'eau de surface (Regli Idéalement, ces études doivent être menées
et coll., 1991). suite à une exposition chronique. Par contre,
Mais l'infection ne constitue pas le seul dan- lorsque les études de toxicité chronique ne
ger en soi. La virulence du microorganisme, sont pas disponibles, on peut utiliser des
c'est-à-dire la probabilité qu'un sujet infecté études de toxicité d'exposition plus courte.
manifeste des troubles cliniques, est un autre Dans le cas de substances pour lesquelles la
paramètre pertinent. Elle dépend du micro- toxicité aiguë ou subaiguë est plus impor-
organisme lui-même et de la susceptibilité de tante (nitrates chez l'enfant, par exemple), la
l'hôte. Peu de données sont disponibles sur la détermination du N O A E L est faite en regard
virulence. Ainsi, dans la famille des entérovirus, de l'exposition aiguë ou subaiguë. Le
compte tenu de la large gamme de virulence N O A E L est habituellement défini sous
forme de dose, c'est-à-dire sous forme de
observée (de 1 à 97 % ) , il a été recommandé de
milligrammes/kilogramme de poids. L'étape
prendre 50 % comme estimation centrale pour
suivante consiste à déterminer la dose jour-
l'ensemble de ces pathogènes (Gerba et coll.,
nalière acceptable (DJA), appelée aussi en
1996). Pour Cryptosporidium sp., Haas et coll.
anglais A D I (Acceptable Daily Intake). Cette
(1996) ont supposé une virulence de 100 %
dose est calculée habituellement en divisant
pour estimer le risque consécutif à la contami-
le N O A E L par un certain nombre de fac-
nation de Milwaukee au printemps 1993, et ils
teurs, appelés «facteurs de sécurité» ou
ont calculé un impact qui s'est avéré voisin de encore «facteurs d'incertitude». Il est
celui réellement observé. habituel de considérer un facteur allant de 1
Divers modèles de fonction dose-réponse à 10 pour l'extrapolation inter-espèces, un
(infection) ont été testés. Les modèles «log nor- facteur allant de 1 à 10 pour l'extrapolation
mal», «exponentiel» ou «Bêta-Poisson» se sont intra-espèces pour tenir compte des indi-
avérés approcher le mieux les données expéri- vidus les plus sensibles. Dans certains cas, on
mentales chez l'animal ou chez des hommes est amené à utiliser la dose journalière
volontaires, et les très rares données épidémio- tolérable ( D J T ) appelée en anglais T D I
logiques disponibles (Haas et coll., 1993).
344 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
ticulier, suite aux recommandations de l ' O M S , définir des priorités dans les programmes
l'approche sanitaire sur ce point tend à dis- d'amélioration et dans les contrôles, mais aussi
tinguer, d'une part, des paramètres microbio- d'évaluer l'efficacité des actions de correction
logiques pour lesquels sont fixées des valeurs mises en œuvre. Le public doit être informé de
pour des germes indicateurs de contaminations, l'ensemble de ces éléments.
souvent fécales (Craun et coll., 1993), ou indi-
cateurs de l'efficacité des traitements (de désin-
fection ou de filtration) qui doivent les éliminer 2.5 Gestion sanitaire - surveillance
(Juranek et MacKenzie, 1998), d'autre part, les épidémiologique
paramètres chimiques qui, par leur nature, peu-
Si les bilans du contrôle de la qualité des eaux
vent avoir un effet sur la santé et, enfin, les
paramètres qui ne sont pas en relation directe traduisent des niveaux de protection globale-
avec le risque sanitaire, mais q u i peuvent ment satisfaisants, ils permettent cependant de
influencer l'acceptabilité de l'eau par l'utilisa- reconnaître des problèmes sporadiques ou
teur ou constituent des indicateurs d'efficacité chroniques de pollution microbiologique ou
technologique importants. chimique. Ainsi, pour près de 8 % des unités de
distribution françaises desservant plus de 5000
En elle-même, l'existence des règles n'est pas habitants (alimentant les deux tiers de la popu-
suffisante, et il faut pouvoir s'assurer qu'elles
lation française), le contrôle sanitaire a enre-
sont efficacement appliquées. L'organisation du
gistré au cours des années 1 9 9 1 , 1992 et 1993
suivi de qualité de l'eau est donc un point essen-
des situations de non-conformité de la qualité
tiel de la gestion technique et sanitaire. Ce suivi
bactériologique de l'eau nécessitant une amélio-
comprend la surveillance ou l'autosurveillance
ration de la situation (DGS, 1996). Le souci
que doit mettre en place le producteur-distribu-
constant d'améliorer la protection sanitaire,
teur d'eau et le contrôle sanitaire exercé par l'au-
notamment des populations les plus sensibles, et
torité sanitaire. En France, ce dernier repose sur
la visite régulière des installations et sur la réali- de mieux maîtriser les risques, d'une part, et
sation d'un programme de prélèvements soumis l'amélioration des connaissances, d'autre part,
à analyses dans des laboratoires agréés. conduisent à s'interroger sur les risques sani-
L'ampleur du programme de contrôle sanitaire taires persistants ou susceptibles d'émerger du
est liée à la taille des installations, à l'importance fait de la transformation de l'environnement.
de la population desservie, mais aussi à la qua- Malheureusement, parallèlement à des donnée
lité habituelle de l'eau et au degré de sûreté des profuses sur la qualité de l'eau, celles concernant
installations. Au vu des résultats des visites et la morbidité liée aux divers usages de l'eau dis-
des analyses, une interprétation sanitaire de la tribuée sont très variables d'un pays à l'autre et
situation est réalisée et, si nécessaire, des déci- restent très fragmentaires en France. Quelques
sions sont prises pour corriger des situations de données épidémiologiques recueillies dans
non-conformité. Les mesures doivent être en divers pays et leur mise en perspective, et
relation avec le degré de gravité du problème quelques pistes suggérées par la littérature pour
sanitaire, car l'arrêt d'une distribution d'eau améliorer la connaissance des risques sont
peut générer plus de risques sanitaires directs ou présentées ci-après pour illustrer ce contexte.
indirects pour la population que ceux liés aux
Les données issues du recensement des pollu-
difficultés initiales. Aussi, outre l'arrêt de la dis-
tions accidentelles des eaux de distribution
tribution, on peut interdire la consommation
effectué auprès des directions départementale:
pour tous ou seulement limiter certains usages
des affaires sanitaires et sociale ( D D A S S )
ou, encore, indiquer l'existence d'une difficulté
françaises entre 1986 et 1988 (Mansotte et coll.,
sans qu'il y ait restriction d'usage.
1991) ont montré que, sur 187 événement:
De plus en plus, les moyens informatiques recensés, 8 documentent des effets sanitaire:
permettent de traiter les données recueillies lors observés auprès de 630 personnes, dont une est
du suivi et de procéder à l'élaboration de bilans décédée. Il s'agit de 6 accidents de gastro-
de qualité portant sur de nombreuses unités de entérites (529 cas), d'une épidémie de légionel-
distribution ou sur de longues périodes, ce qui lose (7 cas) et, pour le dernier, d'une intoxica-
permet de déterminer les évolutions lentes, de tion par le monoethylène glycol (94 cas).
QUALITÉ DE L'EAU 347
bactériologique donnent des résultats satis- dations en direction des populations les plus
faisants au cours du contrôle sanitaire sensibles sont d'ores et déjà délivrées et doivent
(MacKenzie et coll., 1994). Ensuite, une continuer de l'être (USPHS/IDSA, 1995; D G S -
épidémie de cryptosporidiose survenue à Las CSHPF, 1997).
Vegas en 1994 a montré que seule une recherche
active de cas permet de mesurer la diffusion de
cette épidémie et son impact (ampleur et gravité
2.6 Quelques exemples actuels
particulière avec un taux d'attaque de 9,7 % et de risques
de nombreux décès) dans une population
L'arsenic dans les eaux de distribution
immunodéprimée, infectée par le V I H (Roefer
et coll., 1996). L'arsenic est un métalloïde classé dans le groupe
1, «espèce cancérogène pour l'homme», par le
Enfin, globalement, des études québécoises
Centre international de recherche sur le cancer
attribuent à l'eau du robinet plus de 30 % des
(CIRC). L'arsenic est considéré, par plusieurs
cas de GE observés en dehors des épidémies
auteurs (Morris, 1995; Cantor, 1997), comme
dans une population alimentée par de l'eau con-
le principal agent cancérogène pouvant conta-
forme aux normes bactériologiques (Payment et
miner des ressources en eau, devant les sous-
coll., 1991).
produits de la chloration, l'amiante, le radon et
Ces constats soulèvent trois questions les contaminants d'origine agricole.
• Premièrement, c'est celle, débattue depuis un L'arsenic a été en France, ces dernières
certain nombre d'années, de la pertinence des années, à l'origine de plusieurs cas documentés
indicateurs de qualité microbiologique de contamination hydrique. Dans le canton de
actuellement utilisés par le contrôle sanitaire: Ferrette (Haut-Rhin), plusieurs ressources en
dénombrement des germes témoins de con- eau se sont révélées contaminées à des teneurs
tamination fécale. Si cette question n'a pas moyennes situées entre 50 et 300 µ/L (Helynck
encore été résolue, c'est que la détection des et Ledrans, 1998). L'étude du contexte
microorganismes pathogènes eux-mêmes est géologique et industriel local a permis de con-
complexe et coûteuse et que les autres indi- clure à l'origine naturelle de la contamination.
cateurs microbiens ou physicochimiques La concentration maximale acceptable
(turbidité) envisageables ont eux aussi leurs ( C M A ) en arsenic dans l'eau de consommation
limites. est fixée à 50 µ g / L et la limite de qualité
des eaux brutes utilisées pour la production
• Deuxièmement, c'est celle de la signification
d'eau destinée à la consommation humaine, à
des concentrations en microorganismes tels que
100 µ/L en France.
virus ou protozoaires, notamment des plus
Compte tenu des connaissances épidémio-
faibles, au regard du risque sanitaire dans la
logiques acquises récemment dans plusieurs
population générale, mais aussi dans les po-
régions du monde sur les risques de cancers
pulations sensibles telles que les i m m u n o -
cutanés ou autres (poumon, foie, vessie, rein)
déprimés, en admettant que la mesure de ces
liés à une exposition à de l'arsenic d'origine
concentrations ou leur estimation par des
hydrique, la C M A ne garantit pas le niveau de
indicateurs plus appropriés soit réalisée.
protection jugé habituellement acceptable pour
• Troisièmement, qu'en est-il exactement de la les substances cancérogènes (Guo et coll.,
contamination microbiologique des eaux dis- 1997). En utilisant des modèles maximalistes
tribuées en fonction des différentes eaux d'évaluation de risques mis au point par l'EPA,
brutes sollicitées, de leur vulnérabilité et des une consommation quotidienne «vie entière» de
filières de traitement ? 2 litres d'eau à 50 µ g / L d'arsenic est, notam-
Des travaux engagés récemment en France ment, associée à un excès de risque de survenue
concernant l'évaluation des risques dus à la de cancers cutanés de 3 pour 1000 (Levine et
qualité microbienne de l'eau potable amèneront coll., 1998). Ces données ont conduit l ' O M S à
des éléments importants pour contribuer à la baisser, en 1993, la valeur guide concernant
résolution de ces questions ( Z m i r o u et l'arsenic dans l'eau de consommation de 50 à
coll., 1987; Gofti et coll., 1999); d'autres études 10 µg/L. La C M A a été récemment abaissée à
seront nécessaires. Cependant, des recomman- cette valeur dans tous les pays de l'Union
QUALITÉ DE L'EAU 349
Le plomb est exemplaire des enjeux actuels cérogène. Le risque cancérogène des sous-
en santé environnementale. Au début du siècle, produits de la chloration a été mis en évidence
c'est le risque professionnel qui fut en cause, et d'abord chez les animaux et ensuite chez
le saturnisme fut la première maladie profes- l'homme. Même si les résultats ne concordent pas
sionnellement reconnue. Par la suite, c'est le sa- tout-à-fait (sites des différents cancers en parti-
turnisme hydrique chez la personne âgée qui fut culier), il est évident que plusieurs des contami-
l'objet d ' a t t e n t i o n , et ce n'est que depuis nants observés sont des cancérogènes avérés chez
quelques années que la connaissance des effets l'animal. Chez l'homme, de nombreuses études
insidieux du plomb chez le jeune enfant pro- épidémiologiques ont été effectuées et, dans
gresse grâce à des d'études épidémiologiques l'ensemble, certains excès de risque de cancer ont
d'envergure. Ceci montre la nécessité d'appli- été observés, particulièrement de cancer de la
quer une stratégie globale de réduction des vessie qui a été détecté le plus fréquemment
risques en termes de populations exposées et de (King et Marret, 1996; Cantor et coll., 1998). En
voies d'exposition quand un toxique s'avère dehors du cancer, on doit considérer les troubles
ubiquitaire et délétère à des doses jusque-là de la reproduction (bébés de petits poids, malfor-
réputées faibles. Ainsi, tous les efforts actuels et mations congénitales) qui semblent associés à
à venir pour réduire l'exposition au plomb de la l'exposition à l'eau chlorée, bien que le lien de
population par l'air ou par l'eau de distribution causalité n'ait pas encore été mis en évidence
trouveraient leurs limites, si des objectifs aussi ( R e i f e t c o l l . , 1996).
ambitieux n'étaient pas fixés pour réduire l'ex- Même si la chloration est possiblement asso-
position des jeunes enfants au plomb présent ciée à la formation de produits cancérogènes,
dans les peintures de leur logement ou dis- particulièrement dans les eaux riches en
séminé dans leur environnement par des sources matières organiques, l'utilisation d'autres types
industrielles. de désinfectants tels que l'ozone ou le bioxyde
de chlore peut aussi être associée à divers sous-
Les sous-produits de désinfection: produits q u i ne sont pas sans toxicité.
de faibles risques pour des populations L'évaluation du choix d'un nouveau désinfec-
largement exposées tant doit donc être faite de façon judicieuse, en
Même si le chlore est utilisé depuis plus d'un siè- tenant compte des connaissances très inégales de
cle, ses effets secondaires n'ont été découverts que la nocivité des divers désinfectants utilisés.
récemment. En particulier, la production de Actuellement, les sous-produits de l'ozone sont
sous-produits de la chloration a été démontrée encore mal caractérisés et donc peu surveillés;
dans les années 1970 et, depuis 25 ans, de nom- par contre, ils sont à l'étude. De façon générale,
breux autres sous-produits de la chloration ont on peut dire que les risques de cancérogenèse et
été mis en évidence en dehors des t r i - de troubles de la reproduction associés à l'utili-
halométhancs, par exemple, les acides acétiques sation de l'eau chlorée sont possibles. Ils doivent
halogènés, les acétonitriles, les aldéhydes, etc. être pris en considération, après avoir atteint les
(Melnick et coll., 1997; Cantor et coll., 1998). objectifs de qualité microbiologique de l'eau
De plus en plus, l'évaluation des risques associés potable. Mais il ne serait pas justifié d'aug-
aux sous-produits de la chloration doit être con- menter le risque infectieux pour réduire un
sidérée dans son ensemble afin d'estimer le risque risque chimique encore hypothétique.
global associé à ces contaminants et non le risque Actuellement, au Canada, seuls les trihalo-
lié à une ou deux substances, comme cela a été méthanes sont considérés comme sous-produits
fait précédemment pour les trihalométhanes. Le de la désinfection dans les recommandations de
chloroforme, qui était considéré comme l'indica- la qualité de l'eau potable; la C M A provisoire
teur de la toxicité des trihalométhanes, et de pour les trihalométhanes totaux est de 100 µg/L
façon générale de la toxicité des sous-produits de (Santé Canada, 1996). Il est possible qu'elle soit
la chloration, est de moins en moins l'indicateur réduite dans les années à venir. Cependant, de
le plus intéressant. D'autres composés toxiques, plus en plus, la prise en compte d'autres sous-
comme les composés bromés ou les acides acé- produits de la chloration ou d'autres types de
tiques halogénés vont probablement devenir des désinfectants pourra diminuer l'importance et la
indicateurs plus importants de risque can- pertinence des trihalométhanes comme indica-
QUALITÉ DE L'EAU 351
teurs de toxicité des sous-produits de la chlo- de réduire les risques pour la santé. (Rose, 1997;
ration. Krishnan et coll., 1997; Teunis et coll., 1997).
La concentration de ces sous-produits dans Lorsque la filière de traitement ne dispose pas
l'eau distribuée dépend de nombreux facteurs d'une étape de filtration donnant toute garantie
et, notamment, de la teneur en composés d'efficacité, la contamination de l'eau de distri-
organiques précurseurs dans l'eau brute et de la bution publique peut être la source d'épidémies
filière de traitement mise en œuvre avant la très importantes comme l'a révélé l'épidémie de
désinfection. L'OMS a fixé des valeurs guides cryptosporidiose à Milwaukee au printemps
pour les trihalométhanes et les bromates. Les 1993. Dans cette ville, plus de 400 000 person-
préoccupations sanitaires qui font jour ne nes ont été atteintes de gastro-entérite aiguë, la
sauraient remettre en cause l'utilité des procédés plupart dues à Cryptosporidium parvum, retrouvé
de désinfection. Elles doivent conduire à dans de la glace fabriquée au moment où l'eau
rechercher des traitements les plus performants était contaminée. La contamination résultait
possibles pour éliminer au mieux les composés d'une forte charge de la ressource, liée à des
précurseurs. pluies importantes ayant lessivé les champs, et à
une insuffisance du traitement de filtration
Cryptosporidiose et eau (changement de coagulant) (Hoxie et coll.,
de distribution publique 1997).
La cryptosporidiose est une infection d'impor-
tance médicale et vétérinaire qui affecte les sys- La légionellose: une maladie liée
tèmes digestif et respiratoire de l'homme et de aux eaux chaudes sanitaires
certains animaux. On retrouve Cryptosporidium Les légionelloses sont des infections provoquées
sp. chez les oiseaux, les rongeurs, les animaux de par des bactéries du genre Legionella com-
ferme ou domestiques. Les réservoirs principaux prenant 39 espèces et plus de 50 sérogroupes;
sont l'homme, les bovins, les moutons et Legionella pneumophila est l'espèce la plus
plusieurs animaux domestiques incluant le fréquemment rencontrée en pathologie
chien et le chat. La maladie se traduit par une humaine (plus de 95 % des cas) et plus spéci-
diarrhée abondante et liquide, précédée de vo- fiquement L. pneumophila 1, responsable de
missements et d'anorexie, accompagnée de près de 90 % des infections dues à cette espèce
crampes abdominales et de malaises. Les symp- (Anonyme, 1997). Les autres espèces ont été
tômes disparaissent en moins de 30 jours chez isolées principalement chez des personnes
les individus immunocompétents, mais l'infec- immunodéprimées.
tion peut être fatale chez les sidéens et les per- On distingue deux tableaux cliniques dis-
sonnes immunodéficientes. Le diagnostic se fait tincts: la maladie des légionnaires et la fièvre de
par mise en évidence des trophozoites ou des Pontiac. Ces deux affections sont initialement
kystes dans les selles. La prévalence dans les pays caractérisées par une asthénie, une hyperthermie
industrialisés est de moins de 1 à 4,5 % alors (40 °C), des myalgies et des céphalées.
qu'elle est de 3 à 20 % dans les pays en voie de
développement. Ce sont les très jeunes enfants, • La maladie des légionnaires, forme la plus
les voyageurs, les homosexuels et les personnes grave de la maladie, se caractérise habituelle-
en contact avec les animaux qui seraient les plus ment par une toux, une pneumonie avec
sensibles. Les modes de transmission sont la voie radiographie pulmonaire montrant des infil-
fécale-orale, la transmission interhumaine, de trations hétérogènes, et parfois une insuffi-
l'animal à l'homme, et hydrique. Des éclosions sance respiratoire. La létalité peut atteindre
ont été rapportées dans des garderies et plusieurs 40 % des malades hospitalisés.
d'origine hydrique (eau de consommation, eaux • La fièvre de Pontiac présente une allure de
de baignade) ont été rapportées, l'une i m p l i - syndrome grippal, sans pneumonie, et la
quant plusieurs centaines de milliers de person- guérison est habituellement spontanée en
nes. Les oocystes libérés dans l'environnement quelques jours.
sont non seulement extrêmement résistants à l'i-
La proportion des légionelloses dans les pneu-
nactivation naturelle, mais aussi à la désinfec-
mopathies communautaires varie de 0,5 à 5 %.
tion par le chlore. La filtration, c'est-à-dire
Le nombre de cas diagnostiqués en France en
l'élimination physique, reste le meilleur moyen
1995 était de 530. Le nombre réel est estimé
352 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
entre 2000 et 3000 cas, soit entre 3,4 et 5,1 pour sports figure la natation sous ses formes les plus
100 000 habitants. Parmi les sources de contam- diverses, mais aussi la plongée, la planche à
ination incriminées dans les épidémies, les cir- voile, le surf, le canoë et le ski nautique. Ces
cuits d'eau chaude sanitaire (douches, JacuzziMD) dernières années ont vu un regain d'intérêt pour
représentent la cause la plus fréquente avant les les sports aquatiques, et de nouvelles pratiques
systèmes de climatisation. Depuis 1997, une sont apparues: rafting, canyoning, hydrospeed,
amélioration de la surveillance épidémiologique bodysurf, etc.
des légionelloses est engagée en France, avec un Si l'utilisation de l'eau à des fins récréatives
effort portant sur l'identification des sources, est source de bienfaits et si la pratique de sports
dans le but d'adapter les mesures de prévention
aquatiques tels que la natation est à juste titre
(Decludt et coll., 1999).
encouragée chez les enfants, notamment dans le
La surveillance repose sur des mesures cadre scolaire, ces activités présentent cependant
préventives et curatives dans les installations à des risques divers, liés ou non à la qualité de
risque susceptibles d'exposer les personnes à des l'eau.
aérosols d'eau contaminée (particules inférieures Comme dans tous les compartiments de la
à 5 µm). Dans les réseaux d'eau chaude sani- santé environnementale, l'enjeu est de maîtriser
taire, le maintien d'une température en tout
ces risques pour qu'au fur et à mesure que se
point (nécessité d'un bouclage pour les grands
développent des activités aquatiques au sein de
réseaux) supérieure à 50, voire 55 °C, est la
la population; le rapport entre leurs effets béné-
mesure de loin la plus efficace, avec la suppres-
fiques et adverses évolue toujours en faveur des
sion des bras morts, la désinfection et le détar-
premiers. Maîtriser ces risques, c'est les analyser
trage des points de distribution (pommeaux de
pour mettre en place des mesures de prévention
douche), la maintenance et la surveillance des
adaptées, à l'intérieur d'un processus dyna-
installations avec, si nécessaire, des désinfections
chocs périodiques (thermique ou chimique). mique d'évaluation et de gestion.
Dans les tours aéroréfrigérantes, il convient de Parmi les dangers qui guettent le baigneur, le
vérifier la contamination de l'eau en circulation sportif ou, d'une manière générale, le public qui
et de mettre en place des dispositifs pare- fréquente les sites aquatiques, les accidents et les
goutelettes afin de limiter la p r o d u c t i o n traumatismes sont les plus connus, mais les dan-
d'aérosols contaminants pour les ouvriers ou le gers environnementaux interviennent aussi, du
grand public susceptible d'être atteint par un fait d'agents biologiques, chimiques ou
panache. physiques (bruit, radiations).
Pour chacune des activités mentionnées c i -
dessus, les milieux impliqués et les expositions
3. EAUX DE LOISIRS aux différents agents qui les caractérisent sont
variés. Par définition, le contact avec l'eau est un
3.1 Introduction dénominateur commun à l'ensemble des acti-
À coté des usages dictés par l'alimentation et vités. Cependant, les modes de contact (cutané,
l'hygiène, l'eau est utilisée depuis des millénaires ingestion, inhalation) et leur intensité diffèrent
à des fins récréatives. Les activités ludiques et suivant l'activité, l'installation du site,
sportives en rapport avec l'eau sont nombreuses l'équipement du pratiquant et son degré de
et variées. La baignade est largement répandue; compétence vis-à-vis de l'activité en cause.
au delà de sa fonction récréative, elle joue un Au cours de ces activités, le contact avec les
rôle social important, car elle peut être pra- autres milieux peut présenter des risques parti-
tiquée à tous les âges de la vie, elle ne nécessite culiers: ainsi, les sols environnants (plages,
pas de conditions physiques particulières, mais, berges) à pollutions spécifiques qui sont utilisés
au contraire, peut être recommandée aux per- non seulement pour un accès à l'eau, mais aussi,
sonnes souffrant de handicaps et aux femmes dans certains cas, pour la détente et le repos. La
enceintes, voire aux bébés; enfin, c'est une acti- qualité de l'air ambiant des sites aquatiques fer-
vité accessible au plus grand nombre. L'eau est més est conditionnée par la nature des installa-
aussi le terrain de véritables activités sportives tions: traitement des eaux des bassins artificiels,
permettant le développement et l'équilibre traitement et renouvellement de l'air des locaux.
physique des pratiquants; au premier rang de ces Enfin, la fréquentation des sites de baignades ou
QUALITÉ DE L'EAU 353
de sports nautiques favorise souvent une exposi- Il existe des installations dont le classement
tion excessive aux radiations solaires. dans l'une ou l'autre catégorie est difficile et
Les sites où se pratiquent ces activités peu- dont la gestion pose problème. Ils consistent en
vent être classés en deux catégories au regard des l'aménagement de bassins artificiels alimentés
dangers qu'ils présentent et des mesures de en continu par un cours d'eau, sans circulation
prévention. de l'eau et sans traitement de désinfection. Ce
ne sont donc pas des piscines, bien qu'ils s'y
• Les sites naturels, regroupés sous le terme
apparentent par la taille, et le débit qui les ali-
générique de baignades, peuvent faire l'objet
mente n'est pas toujours suffisant pour assurer
d'aménagements particuliers en vue d'ac-
un renouvellement d'eau adéquat en regard des
cueillir du public, mais l'eau n'y est pas
fréquentations.
traitée. La qualité de l'eau est assurée par la
qualité initiale du milieu naturel et le renou-
vellement constant de l'eau au niveau des 3.2 Piscines
zones de baignades. Ils se répartissent eux-
mêmes en deux sous-groupes: Généralités
Selon les critères d'usages et de taille, les piscines
— les baignades en eau de mer, qui s'agré-
ont une vocation familiale, collective (piscines
mentent souvent de plages très fréquen-
«publiques»), médicale ou thermale. Seront
tées, l'été; la qualité de l'eau et des plages
envisagées essentiellement ici les piscines
dépend, en dehors des rejets polluants et
ouvertes au public q u i , en France, sont les seules
de la fréquentation, des phénomènes de
soumises à réglementation. Ce sont des éta-
marée dont l'amplitude varie suivant la
blissements généralement couverts, comportant
région littorale et le moment de l'année;
un ou plusieurs bassins permettant bain, nata-
- les baignades en eau douce, qui présentent tion ou activités apparentées dans une eau dé-
une grande variété de sites comme les r i - sinfectée à une température de l'ordre de 28 °C,
vières, les torrents, les retenues naturelles et des installations collectives annexes (vestiai-
(lacs) ou artificielles (étangs, gravières, res, sanitaires, plages). En termes de conception,
barrages-réservoirs). de fonctionnement et de surveillance/contrôle,
• Les établissements comportant un ou ces établissements réglementés sont assez bien
plusieurs bassins artificiels sont regroupés maîtrisés aux plans technique et sanitaire. La
sous le terme générique de piscines. La qua- qualité de l'eau y est, certes, essentielle, mais ils
lité de l'eau est assurée par la mise en œuvre constituent un tout en hygiène publique: eau,
en continu d'un certain nombre de traite- bassins, sols, air, annexes. Ils se caractérisent par
ments, dont la désinfection. Ils connaissent des circuits à respecter (vestiaires, sanitaires,
depuis ces 20 dernières années un important douches, pédiluves) et distincts pour baigneurs
développement, avec l'apparition des parcs et non-baigneurs, par des pédiluves désinfec-
aquatiques assurant parfois l'hébergement, tants avant l'accès au(x) bassin(s), par des
dans lesquels le public dispose d'activités annexes (sanitaires, vestiaires, douches) de
nautiques et ludiques très variées, par l'inter- capacité adaptée à la fréquentation potentielle,
médiaire de multiples équipements: bassins et par des matériaux, notamment de sols, d'en-
classiques, à vagues, bains bouillonnants, r i - tretien facile et assurant un compromis entre les
vières artificielles, toboggans, etc. Ils se ca- exigences d'hygiène et de sécurité.
ractérisent par une grande complexité des
Indépendamment de l'entretien des sols, des
circulations et des traitements d'eau, ainsi
plages et annexes et des parois des bassins, du
que du traitement de l'air ambiant, et par
maintien de la qualité de l'air de l'établissement
une capacité d'accueil supérieure aux éta-
(compromis à trouver entre renouvellement
blissements de natation classiques. À l'op-
d'air et économie d'énergie) et de la qualité de
posé se sont multipliés les petits bassins de
l'eau des pédiluves, le traitement de l'eau recy-
natation annexés à une activité principale
clée et son renouvellement partiel constituent
(hôtellerie, salle de sports, clubs) qui souf-
des processus essentiels. Le recyclage se fait par
frent souvent de difficultés de gestion.
divers systèmes de circulation: hydraulicité clas-
sique avec reprise de l'eau par le f o n d ,
354 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
hydraulicité inversée, avec reprise de l'eau en adéquate et stable de désinfectant est très d i f f i -
surface (dans le but d'éliminer en priorité le film cile et il en résulte des risques microbiens parti-
superficiel, a priori le plus contaminé) et culiers (Legionella sp., Pseudomonas sp.). Les
hydraulicité mixte avec reprise de l'eau en sur- grands centres aquatiques à vocation ludique
face (par des goulottes) et au fond, la plus satis- sont aussi difficiles à gérer et vulnérables au plan
faisante, qui allie les avantages des deux sys- sanitaire. Dans les deux cas, la législation clas-
tèmes précédents. Le débit du recyclage est sique est mal adaptée aux risques correspon-
évidemment fonction de la fréquentation des dants et mérite une attention particulière.
bassins. Le traitement de l'eau recyclée com-
porte des étapes successives de (pré)filtration et Évaluation du risque sanitaire
de désinfection. La première, rigoureusement Identification des dangers, probabilité
indispensable, est ou non associée à une flocula- de survenue et conditions d'exposition
tion (sulfate d'alumine) selon la nature du sup- Trois catégories de dangers, d'importance iné-
port utilisé (sable, diatomite), opération qui gale, sont décelées. Les dangers d'ordre
facilite la dépollution de l'eau et la filtration. «physique» sont relatifs à des accidents et trau-
Celle-ci est indispensable à la sécurité sanitaire, matismes divers (chutes, accidents de plongée,
car elle améliore la limpidité de l'eau et la noyade); des accidents mortels récents, en
désinfection ultérieure, tout en limitant l'utilisa- France, ont mis en cause les grilles du dispositif
tion de désinfectant et la formation de sous- d'aspiration de l'eau recyclée en fond de bassin.
produits de désinfection. Cette dernière recourt Des dangers d'ordre «chimique» sont souvent
à divers procédés agréés par l'autorité sanitaire. relatés à propos des désinfectants et sous-
Le désinfectant le plus utilisé est le chlore sous produits (chloramines [trichloramine volatile]
diverses formes (chlore gazeux, eau de Javel et bromamines ou haloformes volatils [chloro-
surtout, hypochlorite de calcium, chloro-cyanu- forme, bromoforme]). Ces sous-produits, pas-
rates). On utilise moins souvent le brome sant en phase atmosphérique et témoins d'une
(brome liquide, bromo-cyanurates), l'ozone gestion imparfaite des bassins, produisent des
(dénué d'effet rémanent, donc associé à une dé- odeurs et des irritations oculaires, respiratoires
sinfection d'appoint) et des désinfectants réma- et cutanéo-muqueuses que ressentent les usagers
nents telles des guanidines (Baquacil); le et les professionnels des piscines. Le danger
procédé cuivre-argent a été aussi préconisé, mais «biologique», enfin, est sans doute celui auquel
avec un moindre succès. Ces désinfectants les hygiénistes prêtent le plus d'attention, bien
doivent être utilisés dans des conditions bien qu'il soit, en général, relativement bénin. Il
précises, notamment de concentration et de p H . s'agit, avant tout, d'affections cutanées trans-
Le chlore présente bien des avantages tech- mises plus par contact avec le sol ou certaines
niques et économiques, mais a l'inconvénient de surfaces contaminées qu'avec l'eau. Ce sont
produire, surtout si le traitement est mal géré, d'abord des mycoses à dermatophytes (pied
des sous-produits minéraux (chloramines) et d'athlète), avec épaississement de la couche
organiques (haloformes) peu ou pas désinfec- cornée, fissurations et atteintes de l'ongle, affec-
tants, volatils et irritants, qui affectent la qualité tant plutôt l'adulte, ou des candidoses; la crois-
de l'air de la piscine et le confort des usagers. sance des fungi est favorisée par l'ambiance
Enfin, le renouvellement partiel de l'eau se fait chaude et humide (plages et sols des vestiaires).
au jour le jour par un volume d'eau indexé au Les verrues plantaires ou palmaires sont égale-
nombre d'usagers du bassin (30 L/baigneur/ ment fréquentes et touchent plutôt les enfants;
jour, en France); une vidange totale de l'eau du causées par des papillomavirus très contagieux,
bassin, avec nettoyage complet, doit intervenir elles sont transmises par les sols ou par contact
au moins deux fois par an. interhumain et favorisées par le ramollissement
Les bains bouillonnants (spas ou de la peau et un assèchement insuffisant.
Jacuzzis M D ), destinés à la relaxation ou au mas- D'autres affections cutanées sont moins
sage, se caractérisent par une circulation rapide fréquentes: Molluscum contagiosum, dû à un
de l'eau sous pression, avec un générateur d'air poxvirus, affecte surtout les enfants par des
puisé et une température plus élevée de l'eau papules à la ceinture pelvienne et est associé à
(∼37 °C). Le maintien d'une concentration l'échange des serviettes; le granulome des
QUALITÉ DE L'EAU 355
piscines, dû à des mycobactéries non tuber- professionnels des piscines aux sous-produits de
culeuses, localisé au coude ou au genou, trans- la désinfection chlorée de l'eau (chloramines,
mis par l'eau; des dermatites à Pseudomonas haloformes) dans l'eau et l'air des établisse-
aeruginosa. Des affections oculaires, de type ments, voire dans l'air expiré ou le sang des
conjonctivite, sont à rattacher à des adenovirus sujets exposés (Aiking et coll., 1994; Linstrom
ou à des chlamydiées. Les affections O R L et coll., 1997; Massin et coll., 1998).
fréquentes se révèlent à l'occasion du bain
Caractérisation du risque
(courants d'air, fatigue) chez des sujets
Peu de publications portent sur cet aspect, mises
hébergeant des microorganismes pathogènes:
à part celles, ponctuelles et plus ou moins
otites externes à Pseudomonas aeruginosa,
récentes, qui relatent des accidents («physi-
rhinites, rhino-pharyngites, sinusites, angines
ques») ou des incidents (microbiens) dans des
bactériennes (staphylocoque, streptocoque,
piscines, publiques ou non.
Pseudomonas sp.) ou virales (adénovirus). Les
En banlieue parisienne proche, une enquête
affections digestives parasitaires (anguillulose,
en consultation de dermatologie d'un dispen-
giardiase) ou virales (hépatite) sont très rares.
saire, réalisée de 1980 à 1981, a décelé 10 cas de
Sont heureusement rarissimes, car gravissimes,
mycoses et 100 cas de verrues pour 1000 con-
les méningites à virus (adénovirus) ou à proto-
sultations; l'interrogatoire médical a montré que
zoaires (méningo-encéphalite amibienne p r i m i - la fréquentation régulière des piscines publiques
tive [ M E A P ] ) du groupe des amibes libres semblait en cause dans 3 cas de mycoses et dans
(Naegleria fowleri); la M E A P est plus fréquem- 78 cas de verrues.
ment liée aux bains en étang, en rivière ou en lac
Peyronnet et coll. (1988) ont réalisé une
qu'aux piscines où elle a été parfois décrite chez
enquête d'usage et de perception auprès de 950
des sujets jeunes fréquentant des bassins très mal
usagers fréquentant 14 établissements parisiens
gérés. Certaines affections sont plus parti-
représentatifs (sur une possibilité de 120). Aucun
culièrement liées aux «nouveaux bains» (spas et trouble n'était rapporté chez 46 % des répon-
consorts), dues à Pseudomonas aeruginosa (folli- dants; les troubles ressentis étaient oculaires
culites cutanées surtout, cystites et prostatites, (32 % ) , cutanés (11 %) et mixtes (10 % ) . Parmi
pneumopathies parfois) et à Legionella pneu- les troubles cutanés, 35 % étaient liés à des
mophila (syndromes pseudogrippaux et, surtout, champignons, 29 % à des verrues ou des
légionellose, par inhalation d'aérosol septique) rougeurs, 13 % à des éruptions et 17 % à des
(Denboer et coll., 1998). causes diverses. Les gênes ressenties étaient
De nombreux facteurs conditionnent, i n d i - surtout une trop basse température de l'eau, les
rectement ou directement, les risques précé- courants d'air, le bruit (environ 25 % chacun) et
dents, notamment biologiques. En voici les odeurs (17 % ) .
quelques-uns: Une enquête prospective concernant les
- la qualité de l'établissement: conception, habitudes de baignade et la symptomatologie
usages, entretien général (sol, annexes), ges- ressentie susceptible d'en résulter a été réalisée
tion et qualité de l'eau (traitement, élimina- par questionnaire, en 1991, auprès des élèves
tion du film superficiel, matériels pour acti- d'un établissement privé d'enseignement
vités nautiques), contrôle sanitaire; parisien (primaire et secondaire) disposant
d'une piscine correctement tenue (Momas et
- le comportement des usagers et des profession- coll., 1993). L'enquête voulait tester la faisabi-
nels: non-baigneurs (chaussures), baigneurs et lité d'un recueil quotidien de symptômes des
hygiène personnelle avant, pendant et après le élèves, apprécier la prévalence et l'incidence de
bain (durée, température, essuyage). divers symptômes en fonction de la fréquenta-
Les conditions d'exposition sont difficile- tion ou non de la piscine. Le degré de participa-
ment quantifiables, car la plupart du temps on tion n'a permis de retenir que les élèves du
ne dispose que des niveaux des indicateurs de secteur primaire et du premier cycle secondaire
qualité de l'eau, notamment bactériens, (70 % de réponses). Les 255 élèves suivis ont
observés lors des contrôles sanitaires mensuels. montré que les seuls symptômes différentiels
À noter, toutefois, des études récentes qui por- significatifs entre baigneurs et non-baigneurs
tent sur l'exposition des baigneurs, nageurs ou étaient une fatigue et une irritation oculaires
356 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
est guidé par ces objectifs d'efficacité mais toire agréé, sont interprétés et commentés par la
aussi par des objectifs d'innocuité vis-à-vis de D D A S S , puis affichés en un lieu visible des
l'exposition des baigneurs à ces produits ou usagers. Une telle transparence n'est pas t o u -
aux sous produits qu'ils engendrent; jours la règle ailleurs dans le monde, mais des
progrès sont réels, en particulier sous l'influence
- l'entretien et la maintenance: ces opérations
des consommateurs ou d'organismes divers.
sont essentielles pour le fonctionnement et la
sécurité sanitaire de l'établissement. Elles Conclusion
sont conditionnées par une bonne concep-
La qualité des piscines ouvertes au public sem-
tion des installations (présence de siphons de
ble généralement satisfaisante au plan de la sécu-
sol, de débitmètres, facilité d'accès et d'inter- rité sanitaire si l'on se réfère à la tenue des éta-
vention). Elles nécessitent un personnel blissements et à la qualité microbiologique de
formé, l'établissement d'un cahier des l'eau des bassins, bien plus contraignante, du
charges rigoureux et un suivi par le gestion- fait des traitements désinfectants, que pour les
naire, avec traçabilité des opérations effec- baignades. Cependant, en dehors d'observations
tuées. ponctuelles lors d'incidents, les études d'évalua-
tion de risque sont quasiment inexistantes. Par
Action administrative ailleurs, le développement de grands établisse-
En France, le décret du 7 avril 1981 modifié en ments ludiques ou de bassins spécifiques est de
1991 a fixé les normes d'hygiènes et de qualité nature à accroître les difficultés de gestion tech-
applicables aux piscines. Il définit non seule- nique et le risque microbien correspondant.
ment les mesures de prévention décrites ci- E n f i n , la qualité de l'air n'est pas assez prise en
dessus, mais également une obligation de résul- considération dans un contexte d'économie
tats concernant la qualité de l'eau. Les d'énergie cependant bien compréhensible.
principales normes de qualité sont reportées au Par exemple, en 1996, les données du labora-
tableau 13.4. toire d'hygiène de la ville de Paris (plus de 100
Certains des paramètres sont suivis quoti- piscines surveillées) montrent que la conformité
diennement par l'exploitant, d'autres mensuel- microbiologique des eaux est supérieure à 95 %
lement. Le contrôle sanitaire des piscines est pour les bassins classiques (gestion publique [59
effectué une fois par mois par la DDASS. Les bassins]: 96,6 % et gestion privée [68 bassins]:
techniciens sanitaires vérifient la salubrité 95,7 %, alors qu'elle est seulement de 76,7 %
générale de l'établissement et la qualité de l'eau, pour les bains bouillonnants [29 bassins]. Les
tant physicochimique que microbiologique. Les situations de non-conformité mettent en cause
résultats des analyses, effectuées par un labora- des staphylocoques pathogènes ou des
Tableau 13.4 Normes de qualité relatives aux eaux de piscines (extrait de l'annexe 1 du décret n° 81-324 du 7
avril 1981 modifié par le décret n° 91-980 du 20 septembre 1991)
Paramètres Normes
Transparence Vision parfaite au fond de chaque bassin des lignes de nage ou d'un
repère sombre de 0,30 mètre de côté, placé au point le plus profond
Pouvoir irritant Aucun
Teneur en substance oxydable La teneur en substance oxydable au permanganate de potassium à
chaud en milieu alcalin exprimée en oxygène ne doit pas dépasser de
plus de 4 mg/L la teneur de l'eau de remplissage des bassins
Les dangers liés à la baignade ne sont pas seulement liés à la qualité de l'eau. Ils doivent être envisagés dans
l'ensemble des activités de loisirs aquatiques et, surtout, en fonction du critère de gravité (mortalité, mor-
bidité, nuisances, inconfort).
Noyade En France, en dépit des efforts de prévention et de sauvetage, environ 20 000 accidents sont déplorés
chaque année, dont 500 mortels (100 enfants). Les hydrocutions, souvent provoquées par une trop grande
différence de température entre la peau et l'eau, sont fréquentes (500/an environ). Dans les deux cas, les con-
signes évidentes de sécurité sont souvent ignorées.
Soleil et chaleur excessifs Le danger à court terme de déshydratation concerne tout particulièrement les
jeunes enfants, aux besoins en eau majorés; des excès évidents sont observables dans ce domaine en zones de
baignade. L'excès d'exposition solaire, c'est, à long terme, le vieillissement accéléré de la peau et le risque de
cancers cutanés, en progression chez des sujets de plus en plus jeunes.
Leptospirose H u i t cents cas sont notifiés en France chaque année, dont 300 en métropole. Divers mammifères
sauvages (rats) ou domestiques sont les réservoirs et agents disséminateurs de la bactérie responsable. Cette
affection, contractable en eau douce par voie digestive ou cutanée (eau souillée par l'urine animale conta-
minée) revêt diverses formes, notamment ictérohémorragique, d'évolution généralement favorable. La détec-
t i o n des leptospires pathogènes dans l'eau étant très difficile, la prévention repose surtout sur le contrôle
écologique des vecteurs et la vaccination en milieu professionnel où cette maladie est souvent contractée.
Gastro-enterites d'origine alimentaire Ce risque est crucial en périodes de vacances et constitue sans doute
le facteur de confusion majeur des enquêtes épidémiologiques portant sur le danger spécifique de la bai-
gnade. Il est le fait de modifications profondes du régime alimentaire ou de la consommation de coquillages
souvent recherchés par pêche à pied en zone insalubre, consommés crus, insuffisamment cuits ou mal con-
servés.
Micro-algues toxiques Les eaux de mer littorales chaudes et eutrophes peuvent être affectées par des efflo-
rescences d'algues microscopiques responsables d'affections digestives ou neurologiques par l'intermédiaire
de coquillages contaminés par ces algues (Dinophysis, par exemple) et leurs toxines. Certaines toxines algales
sont accusées de provoquer des sensations de brûlures, des démangeaisons, voire des réactions allergiques par
contact avec des eaux douces ou marines (algues bleues d o n t Microcystis sp.).
Piqûres Rascasses et vives peuvent induire des envenimations (douleur, œdème, signes généraux) alors que
les méduses et anémones de mer provoquent des réactions d'urtication (rougeur, brûlure et démangeaison).
Dermatites à cercaires Très prurigineuses, ces affections, décrites ces dernières années en eaux douces, sont
dues à la pénétration dermique de cercaires parasitant des canards contaminés par des Limnées, dans des
zones envahies de plantes aquatiques. La prévention consiste en la maîtrise écologique de ces sites (fau-
cardage, sulfate de cuivre).
Risque fécal Les dangers sanitaires dus à la qualité microbienne de l'eau et qui ont fait l'objet de la totalité
des enquêtes épidémiologiques sont dominés par des affections O R L , cutanées et, surtout, digestives,
d'origine bactérienne, virale ou parasitaire. Les incidents, d o n t la portée est mal évaluée, sont directement
liés à la contamination fécale de l'eau qui dépend des performances locales de l'assainissement et de la qua-
lité des rejets et, éventuellement, aux contaminations hydriques par les baigneurs eux-mêmes en zone dense
et mal renouvelée.
Santé et propreté du sable des plages La propreté des plages est importante en hygiène publique: aspects
macroscopique (détritus ramenés par l'eau, déchets des usagers, fréquentation animale, verres, seringues
usagées) et microscopique (microorganismes). Pouvoirs publics et usagers concourent à la qualité des plages,
et la prévention élémentaire pour l'usager est le recours à un dispositif isolant la peau (risque cutané) du sable
(serviette ou équivalent).
360 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
montre que certains symptômes seraient plus en Grande-Bretagne (Fleisher et coll., 1998) à par-
rapport avec le contact avec l'eau qu'avec la tir de quatre enquêtes estivales réalisées de 1989
seule qualité biologique de l'eau (irritations, à 1992 sur quatre sites différents. Ces enquêtes
modification des défenses). auprès de baigneurs, par référence à des non-
Les taux d'incidence des affections chez les baigneurs, ont montré que, selon les affections
baigneurs et les non-baigneurs pour des eaux (gastroentérites, infections respiratoires aiguës,
peu polluées (risque «contact») ou pour des infections oculaires et auriculaires), celles liées à
baigneurs en eaux plus ou moins polluées la baignade durent de 4 à 8 jours, entraînant un
(risque «microbien») ont pu être comparés. Dix- traitement dans 4,2 à 22,2 % des cas et une ces-
huit études étaient de type cohorte prospective, sation d'activité dans 7 à 25,9 % des cas selon
deux de type cohorte rétrospective et deux con- les maladies. Le pourcentage de maladies
sistaient en des essais contrôlés randomisés. La attribuables à la baignade va de 34,5 % pour les
qualité biologique des eaux était évaluée par les gastroentérites à 65,8 % pour les atteintes auri-
indicateurs bactériens classiques: coliformes culaires (53,3 % pour les affections oculaires et
fécaux, E. coli, entérocoques, parfois par des 40 % pour les infections respiratoires). C'est la
pathogènes (staphylocoques), mesurés à l'échelle première étude à évaluer aussi précisément le
quotidienne ou saisonnière. Les études retenues poids du risque sanitaire lié à la baignade dans
contrôlaient un bon nombre d'autres facteurs de les eaux marines affectées par la pollution
risque: âge, sexe, niveau socio-économique, ali- domestique et répondant néanmoins aux
mentation, médicaments, exposition solaire. critères européens et américains de qualité.
La plupart des études rapportent une relation
Prévention technique et sanitaire
dose-effet clinique chez les baigneurs, croissant
avec les indicateurs bactériens de qualité de La prévention des risques liés aux baignades
l'eau: les risques relatifs observés, souvent signi- s'exerce principalement à deux niveaux: la qua-
ficatifs, sont compris entre 1 et 3. Les indica- lité sanitaire de l'eau et des plages, et la préven-
teurs les mieux corrélés à l'effet pathologique tion des accidents.
sont les streptocoques fécaux/entérocoques pour Les mesures techniques et administratives
les eaux douces et marines, et E. coli pour les permettant d'assurer la qualité de l'eau sont
eaux douces. Dans les deux cas, les symptômes encadrées par la directive européenne du 8
gastro-intestinaux apparaissent pour des valeurs décembre 1975. Elle a établi les normes de qua-
allant de quelques unités à 30 colonies bacté- lité des eaux de baignade et indiqué les mesures
riennes/100 m L , valeurs faibles et inférieures à à adopter pour en assurer la surveillance. La
celles de la norme de qualité microbiologique réglementation française repose sur un décret de
relative aux eaux de baignade à l'intérieur de 1981 modifié en 1991. Les points de surveil-
l'Union européenne, similaire à celle retenue à lance sont choisis en fonction de la fréquenta-
l'échelle internationale. Des seuils plus élevés tion des baignades, de la nature des lieux, des
dans certaines zones géographiques suggèrent risques particuliers de pollution pouvant exister.
l'établissement d'un certain degré d'immunité La surveillance s'exerce généralement du 15 juin
dû à l'endémicité ou un rapport patho- au 15 septembre pour les baignades en mer et
gène/indicateur plus faible dans les eaux. En du 1 e r juillet au 31 août pour les baignades en
dépit de biais possibles dans ces études, biais qui eau douce. Le programme de surveillance com-
sont analysés et auraient plutôt tendance à porte une visite bimensuelle des sites, au cours
minorer le risque réel, il semble que ces études de laquelle des prélèvements d'eau sont effectués
soient suffisamment convergentes pour servir de en vue de l'évaluation de paramètres microbio-
base à de nouvelles lignes directrices à établir par logiques (coliformes et streptocoques fécaux; les
l ' O M S et de nature à remettre profondément en coliformes totaux sont de faible intérêt) et
cause les normes en vigueur dans de nombreux physicochimiques. Les principales normes ser-
pays. vant à l'interprétation des résultats obtenus sont
L'importance et la gravité des maladies asso- présentées au tableau 13.6.
ciées à la baignade dans des eaux marines affec- La surveillance des 3416 lieux de baignade
tées par des eaux usées domestiques, mais con- recensés en France en 1997 s'exerce sous la
formes à la réglementation, ont été évaluées en responsabilité du ministère chargé de la santé et
362 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
Tableau 13.6 Normes françaises de qualité relatives aux eaux de baignade (extrait de l'annexe 1 du décret
n° 81-324 du 7 avril 1981 modifié par le décret n° 91-980 du 20 septembre 1991)
Microbiologie
Salmonelles/1 L - 0 **
Entérovirus PFU/10 L - 0 **
Physico-chimie
pH - 6-9*** **
* Lorsqu'un échantillonnage effectué au cours des années précédentes a donné des résultats sensiblement plus favorables que
ceux prévus à la présente annexe et lorsqu'aucune condition susceptible d'avoir diminué la qualité des eaux n'est intervenue, la
fréquence d'échantillonnage peut être réduite d'un facteur 2.
** La teneur est à vérifier lorsqu'une enquête effectuée dans la zone de baignade en révèle la présence possible ou une détério-
ration possible de la qualité des eaux.
*** Dépassement des limites prévues en cas de conditions géographiques ou météorologiques exceptionnelles.
Tableau 13.7 Classement* des zones de baignade en France selon les critères européens pour la saison 1997
Nombre de A: B: C: D:
sites classés bonne qualité qualité moyenne momentanément pollué mauvaise qualité
* Les eaux classées A ou B sont conformes aux normes microbiologiques européennes et les eaux classées C ou D ne le sont pas.
QUALITÉ DE L'EAU 363
de ses services déconcentrés. À l'issue de la sai- plus large qui concerne l'amélioration environ-
son, les baignades font l'objet d'un classement nementale des régions côtières. La campagne
en fonction de leur qualité microbiologique. Les vise à améliorer la compréhension de l'environ-
résultats du classement obtenus pour la saison nement côtier et à promouvoir la prise en
balnéaire 1997 sont présentés au tableau 13.7. compte des questions environnementales dans
En France, les causes de pollution des bai- le processus de décision par les autorités locales
gnades classées C ou D répertoriées par le m i - et leurs partenaires. Les quatre sujets ou critères
nistère chargé de l'environnement sont les sui- de préoccupations sont:
vantes. - l'enseignement et l'information environ-
• L'état d'assainissement des communes situées nementale;
à l'amont immédiat de la baignade (vétusté, - la qualité côtière et la gestion environnemen-
mauvais fonctionnement chronique, absence tale;
totale ou insuffisance de l'assainissement,
- la sécurité et l'équipement des plages;
notamment pour traiter la pollution engen-
drée par les fortes précipitations); - la qualité de l'eau de baignade.
• Des pannes ou incidents sur les réseaux d'as- Pour le dernier point, la FEEE s'appuie sur
sainissement ou sur les stations d'épuration; les résultats du contrôle sanitaire des États
membres et sur l'interprétation communautaire
• Des pollutions diverses issues du bassin ver- des résultats (critères européens impératifs de la
sant, comprenant, notamment, les pollutions directive 75/160).
diffuses dues aux rejets agricoles;
En ce qui concerne la prévention des accidents
• La pollution liée à la fréquentation de la et des noyades, la sécurité des baignades «amé-
baignade ou des équipements touristiques nagées» par les collectivités ou les personnes
installés dans la zone, notamment les cam- privées est encadrée par le décret de 1981 qui
pings. requiert la présence d'un maître nageur. Mais la
Pour améliorer la qualité de leurs eaux de surveillance de la baignade ne peut se substituer à
baignades, 60 % des communes concernées la responsabilisation des individus, et de nom-
pour les eaux douces et 91 % des communes lit- breux lieux de baignade ne sont pas surveillés.
torales ont engagé des actions de lutte qui s'in- Des actions d'éducation sanitaire doivent être
sèrent le plus souvent dans des programmes dirigées vers la population pour que les consignes
pluri-annuels d'assainissement et des contrats de de sécurité soient respectées et qu'ainsi le nombre
rivières ou de baie. d'accidents souvent mortels dénombrés chaque
année puisse être sensiblement réduit.
Une réflexion est amorcée au niveau de
l'Union européenne pour revoir à la baisse les
valeurs guides des indicateurs microbiologiques, 4. ASPECTS GÉNÉRAUX
en se basant sur les résultats d'études épidémio-
logiques de revues de la littérature telles celle de
DE LA GESTION DE L'EAU
Pruss (1998) et de la méta-analyse de Pena et L'eau est un domaine où de nombreuses valeurs
coll. (2001). Cette actualisation s'avère urgente limites de qualité ont été fixées. Cette situation
pour les normes concernant les baignades, mais est favorable pour la gestion au quotidien d'ins-
une réflexion doit être engagée sur les risques tallations, mais elle présente un risque fréquent
sanitaires posés par la pratique d'autre activités q u i est celui de voir certains responsables con-
nautiques que la baignade, dans des eaux qui ne sidérer que l'action à mener consiste unique-
répondraient pas aux critères admis pour la ment à vérifier que ces limites sont respectées.
baignade. Dans ses recommandations, l ' O M S insiste
La Fondation pour l'éducation environ- largement sur la nécessité d'adapter les valeurs
nementale en europe (FEEE) a lancé la cam- guides au contexte sanitaire local. Ainsi, la poli-
pagne «Pavillon bleu» en 1987 (Anonyme, tique sanitaire dans le domaine de l'eau doit
1998) avec l'objectif d'encourager les autorités reposer sur une analyse des risques réels et sur la
locales à fournir des plages propres et sûres aux définition de priorités q u i pourront, d'ailleurs,
populations locales et aux touristes. Elle a égale- varier entre pays, à l'intérieur d'un même pays
ment été conduite dans un contexte beaucoup ou d'une même zone administrative.
364 ENVIRONNEMENT ET SANTÉ PUBLIQUE
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