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M`"É'i'-'H

La ileinguistique textuelle
lntreductiun à.l'ar_|a_lyse textuelle des dis-cours.
Située àla jcinctiun de le linguistique transph-rastiq-ue et cie
I'analys'e de 'ci_isce.u'rs, la linguistique textuelle est une t'hé_0rie
de la* preciucticin ccilnitextuelle de sens quiil ejsl: nécessfl*i*re cie
fender sur l'ana-lyse des textes. _ - '
a l|ngu|st|
Présentant méthcidique-ment les différents n_i'«reaux de strue*
turaticm 'et d'an_al},rse_ cles textes, cet euvrage-seuhaite.-mettre-
en place, sous le nem -ci'ana|y=se- textuelle des-'cliscciu-rs, une
eut_re-distribution entre sciences- du |an_g_age-et'sty-list'iqu_e lit-
téraire (étude cie. texte cle 'La Bruyère -*à_ E_e_rges)' 'et entre
sciences du langage et sciences cle I*'infci_rmatijcsn et de la cem-
textuelle
municatian' (textes publicitaires, jciurnalistiques. et *pci'l'il:i;ques). lntroductlon
a l analyse textuelle des d
-

Je-ain-M-ichei £t_I3uä.M, pr.cn'-esse.u`*r de lingu_istiq-u.e ã _l'uni-irersité. de


Lausanne, est l'auteu-r cle- plusieurs euvrag*e_s* de 'lïi'n'g.ui_s*ti_qu_e tex*
tuelle: Éiements de linguistique textueiie *{MardaQ.a,* 199111), Les
textes : typ'es et protemees {i~lat'han_, 1*9921i'-Ungu-rïtic?j`ue'textuelle :
des genres de discaurs aux textes (Nathan, 1_'E!E9}"._ _
il a également publie plusieurs livres sur le discciurs* littéraire. dent
Lan-gue -et iitterature (Hachette, 1'991), 'Le s-tyle elanfsj la langue
een Michel ADAM
(Delachaux et NiestIé,_ *199?'}, sur la _descri=pticin-..--ainsi qufunz- essai sur
l'argumentatian publicitaire (en celleheratien-aires Mare Benhemme,
l'›latha'n, 1997).' ' '
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La linguistique
textuelle
U Introduction
à l'analyse textuelle des discours

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ARMAND COLIN
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Iv La linguistique textuelle Sommaire 'v'

3. Prise en charge énonciative des énoncés________ 20 5. [Ile la période a la séquence explicative _________________________________________ __ 162
-4. 0rientation argumentative des énoncés ........................................ ._ 2? 5. l. Structures périodiques explicatives en Si... ciest (parce) que ___________ __ 162
5. lvlicro~actes de 28 5.2. Structures périodiques rétroactives_._____..________.____________.___ 163
5.3. Structure dela séquence __________________________________________________________ _. 166
Chapitre 4 - Types de liages des unités textuelles de base B5 5.4. La lin d'un discours politique de Giscard d'Estaing ________________________ _. 16?
l. La construction textuelle de la référence lliages sémantiques 1] B6 6. Des paires ci'actes de discours a la séquence dialogale 169
l. l. Co-référence et anaphores ........................................................ __ B6
._2. llnaphores pronominales__.._.
'1
66 Chapitre 6 - Le texte comme unité compositionnelle
l_3. rinaphores définies __________________________________________________________________ ._ 90 et conligurationnelle _____________________________________________ ' ?5
._4. Anaphores démonstratives_...__________.____________
'I
92 1. Les plans de ' 26
.“_5. Fragment l2B des Caractères de La Bruyère ................................ __ 95 1. l. Plans fixes (La lettre : Corneille a Colbert - Un sonnet de Baudelaire :
2. Jisotopie du discours tliages sémantiques 2} 9? ir Parfum exotique ii) 1 2?
2. l. Co-topics polyisotople hétérotople ............................................... _. 92 l_2_ Plans occasionnels (Plan d'un texte didactique encyclopédique -
Plan de texte d'une tirade raciniennel __________________________________________________ __ ' B0
2.2. rt Le Gymnastex de Francis Ponge ' 0
1 2. La structuration séquentielle 'B4
2.3. Fragment l2B des Caractères de La Bruyère ............................... __
2. i. Les combinaisons de séquences _________________________________________________ __ ' 64
3. Liages du '
2.2. De la dominante a l'eh'et rr types de textes ii ___________________________ ._ " 66
3. l. De l'allitération aux parailélismes grammaticaux ........................... ._ ' cf;
cjzicf:
cf: -lb-L:-1
2.3. Uorganisation compositionnelle des textes ____________________________________ ' 88
3.2. La rr fureur du jeu phonique .v dans ri Sonnet d'automne ii
de Baudelaire .................................................................................. ._ I l"'lLa i 6 3. La structuration conligurationnel|e_.___._.____________ 'BB
3. 3. rt Le Gymnaste .v de Francis Ponge.............................................. __ _ "`i 9
Le
3_i_ lvlacro-structure sémantique (théme. topic,l_____.______ ' 69
4. Entre dit et non-dit : de l'ellipse à l'impIicite ._ " 1
H
3.2. lviacro-acte de discours (explicite ou implicite) ______________________________ __ ' 91
1
.H-

4. l. L'ellipse comme ligure de construction textuelle _. _ ._ ._ .Il


Chapitre 7 - Le fonctionnement textuel des temps verbaux 193
1 -" "`
4.2. Formes de l implicite : présupposés et sous entendus ._ _. _. .-
I'
l. Dépasser Fopposition réductrice du ii récit ii et du ii discours ii 194
4.3. Lecture d'un texte-slogan publicitaire ___________________________________________ __ 2. L'énonciation directe ou v. énonciation de discours ii 19?
I'

5. Formes et portée des connecteurs ________________________________________________ __ ' Ir'


-~._i›._i'1-la
3. La diégétisation autonome ou v. énonciation historique x_____ 19B
5.1. 0rganisateurs textuels. ________________________________________________________________ _. B 4. La diégétisation liée ou narration de discours ________________________________ ._ 199
5.2. lvlarqueurs de la portée d'une prise en charge énonciative '21 5. L'énonciation de vérités générales 200
5.3. Connecteurs argumentatiis___._._._._.__._._._.__.___.__.___._____..___ 1 23 +5. variations énonciatives et transitions _____________________________________________ _. 201
5.4. Lecture d'un péritexte journalistique __________________________________________ __ ' 25 I

5.5. Fragment l2B des Caractères de La Bruyère 28 Chapitre 8 - Finalyse textuelle d'un récit de Jorge Luis Borges :
6. Chaines d'actes de discours ______________________________________________________ __ " 29 ii Le Captii ii _________________________________________________________ 203
6. i. Le texte comme structure hiérarchique d'actes _____________________________ __ ' 29 1. Line généricité complexe ______________________________________________________________ __ 204
5.2. Lecture d'une céléhre affiche de la deuxiéme guerre mondiale __ __ __ ' 31 2. Approche textuelle de la traduction ______________________________________________ __ 205
3. Structure compositionnelle du texte ______________________________________________ __ 20B
Chapitre 5 - Période et sequences : unites compositionnelles de base 36
J' I 1-'

3.1. Structure narrative du premier paragraphe __________________________________ __ 209


l. La période : de la rhétorique a la linguistique textuelle __________________ _. ' 40 3.2. Rythme périodique du second paragraphe __________________________________ __ 209
i_l_ iiedélinition de la 40 3. i. lvlacro-structure sémantique (théme, topic) .................................. ._ 209
l_2_ Fragment l2B des Caractères de La Bruyère ________________________________ __ 43 3,3, Plan du texte __________________________________________________________________________ __ 21 1
2. Entre période et séquence : la description _____________________________________ _. ' 46 4. Énonciation narrative et sources du savoir ____________________________________ __ 2l2
3. Structure de la séquence narrative ________________________________________________ __ 52 5. Référent évolutif et identité narrative ____________________________________________ __ 2l3
4. Structure de la séquence argumentative ________________________________________ _. ' 52 ' 6. Une lalale sur le temps, la mémoire et l'oui:ili 215
4. i. Bela période a la séquence ______________________________________________________ ._ ' 57
4.2. Lecture d'un péritexte argumentatifjournalistique 1 59 À suivre... liers l'analyse (transiter-ttuelle des discours. ________________ 2lB
4.3. Fragment i2B des Caractères de La Bruyère ________________________________ __ 60 Bibliographie générale .......................................................... 221
Alu rriarisoirede l§lstvrsS'L4TK.4

De nombreux linguistes ont critiqué le cantonnement de leur discipline dans


les limites de la phrase. Lors du colloque interdisciplinaire sur le style qui réu-
nissait. lt liuniversité cl`lndiana. en 1960. des linguistes. des anthropologues.
des psychologues et des critiques littéraires. R. .lakobson a très clairement
dénoncé cette limitation abusive :
L`insistance a tenir la poétique it l`écart de la linguistique ne se justifie que
quand le domaine de la linguistique se trouve abusivement rest1'eint. par
exemple. quand certains linguistes voient dans la phrase la plus haute
construction analysable. ou quand la sphere de la linguistique est eonlinée a
la seule grammaire, ou iiniqtiement aux questions non sémantiques de forme
externe [___]_
(1963 : 212213.)

Il tenait assee a cette idée et au programme de travail quielle implique pour


y revenir quelques années plus tard. en mettant en avant. cette lois. lianalyse
du discours plus que la poétique 1
D'autres préjugés dus l. __] a la méconnaissance de la linguistique contempo-
raine et cle ses visées amènent les critiques it de graves bévues. Ainsi |`idée que
l`étiide linguistique est enfermée dans les limites étroites de la phrase [___] se
trouve coritredite par lianalyse du discours comme l'une des taches mises de
nos jours au premier plan dans la science lii1guistique_
(1923 :4B5-435.)

lvl_lvl_ Balclitine est assez proche de cette position dans la première étude
d`un livre paru l“aimée de sa mort. en 1925 :
l_.a linguistique [__ _] nia absolument pas clétriehé la section dont devraient rele-
ver les grands ensembles verbaux : longs énoncés de la vie courante. dialogues.
discours. traités. romans. etc. ear ces énoncés-la peuvent et doivent étre définis
et étudiés. eux aussi. de façon purement linguistique. comme des phénoménes
2 La linguistique textuelle .avant-propos 3

du langage. [___] La syntaxe des grandes masses verbales [___] attend encore duelles qui les composent. La vérité globale de liensemble ne se déduit pas
cl“étre fondée ;jusqu`a présent. la linguistique n“a pas avancé scientifiquement immédiatement des valeurs de vérité locales des phrases présentes dans le texte.
au-dela de la phrase complexe : e`est le phénomène linguistique le plus long qui [___] [Je surcroit. le sens d'un texte peut se déployer ii plusieurs niveaux [_ _ ._l. ll
ait été scientifiquement exploré. Un dirait que le langage méthodiquement pui' est donc inutile de mettre sur pied une procédure pour évaluer la vérité et la
de la linguistique siarréte ici |___]_ Et cependant. on peut poursuivre plus loin fausseté individuelle des propositions d`un roman. car leur micro-valeur de
lianalyse linguistique pure. si difficile que cela paraisse. et si tentant qu'il soit vérité risque fort de niavoir guére d`effet sur la vérité du texte pris en sa totalité.
d'introduire ici des points de vue étrangers ii la linguistique. (19313 : 2'l.l
(1933 : 59.1
Pour siengager résolument dans cette direction. il est nécessaire. comme le
Dans le champ de la sociolinguistique. le constat cle W. Labov est. li la préconisaicnt lvl_A.K_ Halliday et R. Hasan dés 1976. de ne pas grammatica-
mé-me époque. identique et il met en cause le cadre méthodologique de l`ana- liser le transphrastique en considérant le texte comme une grande phrase ou
lyse du discours de Z_S. Harris : comme une simple suite de phrases :
]usqu'a présent. les linguistes [___] sont. pour Pessentiel. restés dans les limites Un texte [___] n“est pas un simple enchaînement de phrases [string qf senten-
de la phrase. Car l *uriulyse .-:lu discours. sans étre en soi un domaine vierge. liest cesl. En diautres termes. il ne s“agit pas diune grande unité grammaticale. de
au moins du point de vue technique. en ce sens qu'aucune de ses parties fonda- quelque chose de méme nature quiune phrase mais qui en différerait par la
mentales n`a encore été sérieusement pénétrée_ Certes. il y a l`ouvrage bien taille - une sorte de- superphrase [si.ipersenience|. Lin texte ne doit pas du tout
connu de Harris. lZii.rc*r.v.ur_*-re .4rurlysi's Reprin.r.s (1953). mais son objet réel. les étre vu comme une unité grammaticale. mais comme une unité d`une autre
réarrangements structurels au niveau de la phrase. le rend tout a fait étranger espece : une unité sémantique. Son unité est une unité de sens en contexte. une
aux problemes qui nous intéressent ici. En fait. et ce devrait ét.re la un motif tcxture qui exprime le fait que. formant un tout [os rr ivliolej. il est lié ii. l`envi-
d`a1arme pour les linguistes. méme si beaucoup d'entre eux commencent il se ronnement dans lequel il se trouve placé.
consacrer a cette question. les principaux progrišs sont venus des sociologues. (1936 : 293 :je traduis_1
(Labov l9Î='B : 223-224.]
E. Coseriu. qui semble avoir été un des premiers. des les années 1950. ii
Pour ne prendre qu"un autre exemple linguistique. C. Fuchs (19851 20) employer le terme e linguistique textuelle a. propose très justement. dans ses
déplorait. il y a vingt ans. le fait que la plupart des études portant sur l“ambi- derniers travaux. de distinguer la tt grammaire transphrastic|ue ss de la
guïté et sur la paraphrase ne se soient intéressées quiaux ambiguïtés de phra- e linguistique textuelle ss (1 994}_ Si la preniière peut étre considérée comme
ses isolées et aux relations de synonymie entre couples de phrases. sans une extension de la linguistique classique. la linguistique textuelle est. en
prendre en considération un plus vaste eo-texte. Elle regrettait également. le revanche. une théorie de la production co(n)te.xtuelle de sens. qu`.il est néces-
caractère encore limité des tentatives visant ii tenir compte de certaines rela- saire de fonder sur lianalyse de textes concrets. Ciest cette démarche que nous
tions entre phrases : e on ne dispose pas d`études systématiques sur l`ambi- iiommons analyse textuelle des discours.
guïté et la paraphrase au niveau du texte [alors que] bien des ambiguïtés Un a vu que les uns parlent de e discours a et d`analyse du discours la oiîi
potentielles de phrases isolées ne subsistent pas dans un contexte plus large et. d`autres parlent de e texte ss et dianalyse textuelle. Si elles naissent toutes
inversement. d'autrcs ambiguïtés sont engendrées par le tissage progressif des deux dans les années 1950. la linguistique du texte et lianalyse du discours
significations au fil du texte a (1935 : 20-21). Cette position est prolongée n`ont ni la méme origine épistémologique ni la méme histoirel_ Entre mes Elé-
aussi bien par un philosophe spécialiste de liargumentation comme lvl. lvleyer ments de lingitistigue textuelle (l990} et Linguistique textuelle. Des' genres cle
que par un théoricien de la littérature comme T. Pavel. Le premier définit le discours aux textes (1999). l`évolution théorique et méthodologique la plus
texte comme un tout : e et non un simple assemblage de propositions indépen- importante est venue du renoncement ii la décontextualisation et li la dissocia-
dantes -(et anulysahles comme telles) que lion aurait mises bout lt hout x-. et il tion entre texte et discours que préconisait encore mon essai de 1990. Les
.ajoutez ale sens d“un texte se détermine par ses composants mais ne s`y pages qui suivent siinscrivcnt dans la perspective d`un positionnement théori-
rainene pas si (lvleyer 1986 : 252). Cette dialectique des relations du tout et des que et méthodologique qui situe résolument la linguistique textuelle dans
parties est parfaitement résumée par Pavel : l`analyse de discours.
Les textes littéraires. tout comme la plupart des ensembles non formels de
propositions : conversations. articles de __"oui'naux. dépositions de témoins ocu-
laires. livres ci`histoire. biographies des gens célèbres. mythes et critiques litté-
raires. ont en commun une propriété qui étonne les logiciens. mais qui parait l. Les indications bibliographiques relatives aux di llérents domaines sont détaillées dans l`enca-
normale ii la plupart d`entre notis : la vérité de ces ensembles de propositions ne dré qui suit cette introduction (p. 5). Des encadrés. avec des recommandations de lecture. sui-
se définit pas de maniére réctirsive ii partir de la vérité des propositions indivi- vront chaque développement. Une hihliographie générale figure en fin d“ouvrage_
4 La linguistique textuelle Avant-propos 5

Le présent ouvrage se distingue par lit de deux livres de la collection je remplace par celui diannlyse textuelle des discours - a déja été utilisé par
e Cursus si aux objectifs apparemment proches. L*.«*l.nulyse textuelle. de diautres que Jeandillou. u Textanalyse s- est une appellation de la linguistique
J.-P. leandillou (1992). se présente comme une synthèse de notions issues de allemande (Plett l9'l5 et Titxmmn 1922). R. Lafont et F. Gardès-lvladray ont
la poétique. de la sémiotique littéraire et de la grammaire deteste. Ce manuel exposé dans leur lniroducriori it liunulyse textuelle (1926) les thèses de la
ne présente pas une théorie unifiée originale. mais les grandes lignes d“une e praxématique e. Comme le précise le dictionnaire du groupe. l“analyse tex-
approche résolument éclectique. Plus resserre du point de vue des disci- tuelle praxématique est une théorie générale. proche de lianalyse du discours :
plines de référence. La construction du texte (1993) de J. Gardes Tamine et L” analyse textuelle participe de ce qu`on identifie habituellement sous le nom
lvl.-A. Pelliexa reste .centré sin* liécrit littéraire. comme le confirment les d`unol_yse du o'iscours. Toutes deux en effet prennent en charge des corpus itu-
exemples étudiés et le sous-t.itre choisi : e De la grrmimaire au style x-_ À la ges et variés de discours authentiques. rapportent ces derniers ii leurs conditions
9Îff91`9999 99 995 9993 lT1-lili-1915, les pages quion va lire. tout en prétendant sociohistoriques de production et de circulation. mettent it jour leur idéologie
apporter des réponses ii la demande de propositions concrètes pour lianalyse sous-jacente_ L`analysc textuelle déborde cependant l`analyse du discours dans
des textes. partent diune critique de fond. Le texte est certes un objet empiri- la mesure ou son ambition est non seulement de décrire les discours parle biais
que tellement complexe que sa description pourrait justifier le recours li des des moyens linguistiques ou paralinguistiqiies mobilisés. mais aussi de cons-
théories différentes. mais c`est diune théorie de cet objet et de ses relations au truire une compréhension de la production de sens elle-méme. ciest-ii-dire des
domaine plus vaste du discours en général que nous avons besoin pour donner opérations nécessaires li la réalisation du sens produit.
(Détrie et ulii 2001 : 3.)
aux emprunts de concepts ii différentes sciences du langage un cadre nouveau
et une indispensable cohérence. Le présent essai est plus proche de l.L'unoly.s'e textuelle. Méthode. exercices.
Par rapport li liambitieuse e sémiotique de la culture si développée par ouvmge pam en 1933. dans lequel la linguiste danoise L.. Lundquist didactisait sa
P. Rastier (2001). le présent ouvrage souhaite seulement. dans le cadre des thèse de 1930 (qui reste. en langue française. un ouvrage de référence). après
sciences du langage. fournir des instruments de lecture des productions dis- deux chapitres épistémologiques introductifs. qui expliciteront la. place de la lin-
cu_rs1ves humaines. La linguistique n`est pas (ou plus) la tt science pilote si des guistique textuelle dans l` analyse de discours et la nature des iiuités d`analysc tex-
sciences de l“homme et de la société. mais elle a encore beaucoup ii dire des tuelle. nos chapiues 3 ii 6 décrivent. par niveaux croissants de complexité. les
textes et son pouvoir herméneutique reste entier. principes qui régissent les agencements textuels di unités. Le chapitre 2 propose
quant ii lui une approche du fonctiomiement textuel des temps verbaux. Une expli-
tl'-' citation synthétique de la méthode dianalyse textuelle se fera it partir diun court
=l= =i= récit de Borges. et par un fragment des Caractères de La Bruyènc dont l`étude est.
elle. diffractée en six analyses partielles tout au long de l`ouvrage_
J `avais annoncé. pages 1.3 et 190 de Linguistique textuelle (1999). un livre ii
Références bibliographiques et lectures conseillées*
venir qui m`a demandé plus de temps que prévu et un changement d*éditcur_
Les pages qui suivent développent la matière des deux premiers chapitres du - l'vIilcha.`i`l lvl. 13.*-ticit't'tt~iE : Esthetique et rlieorie dti rornun. Paris. Gallimard. 1. 923.*
_précédent ouvrage. Dans liattcnte d`un prolongement centré sur- la question - Catherine Focus (éd.) : rllspecrs de l “onilrigutte et de in pnroplrrose tluns les lun-
des genres de discours. les autres chapiues de mon livre de 1999 restent des gues naturelles. Berne. Peter Lang. 1935.
compléments importants de la théorie générale exposée ici. Les thèses déve- - Roman .1axousosi : Essais de linguistique générale. Paris. lvlinuit. 1963.
loppécs dans Les Textes _* types et prototypes (1992) sont liobjet d“une partie - Roman J axousort : Questions de poétique. Paris. Seuil. 1923.*
du chapitre 5. Elles ont été complétées par des réflexions stir les degrés de -William l...aui.iv : Le Parier orclinoire. vol. 1. Paris. lvlinuit. 1923.
typiealité des séquences. sur les degrés de nan-rativité des poèmes. sur les gen- - lvlichel lvluvurt : De le prohléniutologie. Bruxelles. lvlardaga. 1936.
res de l`épistolaire et ceux de 1” instruction et du conseil que j`espère reprendre - Thomas Pavel. : Llni vers tie lo fiction. Paris. Seuil. 1933.
dans un volume qui serait la suite de celui-ci. J`ai limité mon propos. en ne - Françciis R.~xBTIElt I .élrts et sc*ienc*es du texte. Paris. PUF. 2001.*
présentant ici que les bases de l“analyse textuelle des discours. Ces bases
permettent quand mème de proposer une alternative `a licxplication de texte Sur la linguistique textuelle
traditionnelle et ii lianalyse stylistic|ue3_ Le terme e analyse textuelle e _ que - Kirsten Aumvixix : 'l`extlinguisrilc_ Eine einfulirende l9ursreilung_ Tiibingen.
-_
Niemeyer. 200.
2. .l_'a'_i_tai_s déja détendu cette position dans deux livres consacrés exclusivement ii des textes - lvlichel Cuat-toLLEs. Elemard Ctîiiv1isL"rTEs : u Contribution pour une histoire récente
litteraucs : .aidant 1991 Br 1992. de l'analyse du discours x. Lorigiiefruiiçrtise 121. Paris. Larousse. 1999 : 26-l 15.
Le linguistique textuelie Avent~prc~t1cs 7

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Sur llanalyse textuelle


-Françeise Cinxnes-Mnüxav, Rnhert LeJ=UIvT : Intrcrinciicn ii 1'nn.n1_vse iexineiie,
Paris, Lareusse, 1916.
IPF

Chapitre 1

Introduction à lfanalyse
textuelle des discours
Ce dent il s*agit ici, ce n*est pas de neutraliser le disccurs, d*en faire le signe
d' autre ehese et d` en traverser Pepaisseur pc-ur rejnindre ce qui demeure silen-
cieusement en deçà de lui, c`est au centraire de le maintenir dans sa censis-
tance, de le faire surgir dans la cnmplexité qui lui est prepre.
&*1iche1Fnucau1t, Lüflrchecicgie tin snvcir, 1969 : 65.)

1. (Re)partir de Saussure. Benveniste


et Bakhtine
1.1. La e langue cliscursive s de Ferdinand de Saussure
Cenune le dit Saussure, dans la -s ncte sur le disceurs za, le sujet parlant ne
s'exprime pas par mets iseles :
La langue r1`est creee qu' en vue du disceurs, mais quiest-ce qui separe le dis-
ccurs de la langue, eu qu“est-ce qui, a un certain mnment, permet de dire que la
langue entre en ncticn ccrntne eiisccnrs i'
Des cnncepts variés sont la, prêts dans la langue, [c'est-a-dire revêtus d'un_c
ferme linguistiquel- tels que .inx-'n__fi inc, ciei, rcnge, triste, cinq, fendre, vnir. A
quel mement nu en vertu de quelle eperatien, de quel jeu qui sietahlit entre eux,
de quelles cnnditiens, ces cnncepts fermer-ont-ils le DISCDURS 1'
La suite de ces mets, si riche qu'e11e seit par les idées quielle évc-que, n“indi-
quera jamais ii un individu humain qu'un autre individu, en les prnnnnçant,
veuille lui signifier quelque chnse. Que faut-il peur que nnus avtms l'idee qu`en
veut signifier quelque chose, en usant des termes qui sent ã dispnsitiun dans la
langue 'i' C`est la même questitm que de savoir ce qu`est le tiisccnsrs, et il pre-
miere vue la repense est simple : le discuurs ermsiste, fût-ce rudimentairement,
et par des vuies que nuus ignurens, a affirmer un lien entre deux des cnncepts
qui se presentent revêtus de la ferme linguistique, pendant que la langue ne fait
ml-I_-fr
ÎU Le linguistique textuelle introduction ii l'ana|yse textuelle des discours 11

préalablement que réaliser des concepts isolés, qui attendent d*étre mis en rap- impression complétement indépendante du discursif, de méme notre esprit
port entre eux pour qu“1| y ait signification de penséei. dégage tout le temps du discursifs ce qu*i1 faut pour ne laisser que le mot.
(Saussure 211-112 : 2'111.) 18aussure 211-1112 : 118.]

Cette note commence par une assertion, qui fait du discours l`horixon de la Saussure met la langue au centre de son programme, mais il s`interroge aussi
langue et se prolonge par une question relative a l“origine de la discursivité. sur e ce qui sépare si la lmgue proprement dite du e discursif ii. 11 parle
Cette idée se retrouve che:-: Benveniste : a C'est dans le discours, actualisé en d`ai11eurs de e langage discursif si 1211112 : 95) aussi bien que de a parole :›:›:
phrases, que la langue se fomie et se configure. La commence le langage si -=-= l..a phrase n“existe que dans la parole, dans la langue discursive, tandis que le
11966: 131), mais la note de Saussure rappelle, par certains ciités, un texte mot est une unité vivant en dehors de tout discours dans le trésor mental si
qu`il ne pouvait ignorer. Dans le dialogue du Sopitiste de Platon, 1`_Étranger 1211112 : 1111). Méme si la note définit le discours comme une mise en fonction-
explique it Théététe que des noms prononcés isolément, les uns apres les nement de la langue et comme une proposition interactive de sens d”un sujet
autres, et des verbes énoncés séparément des noms, comme la suite : e marche s'adressant a un autre sujet, on retrouve surtout, a la base, la définition saussu-
court dort s-, e sont incapables de produire un discours [1ogos]. [...] De la ricnne de la langue comme stock ou réservoir de signes-mots. La note parle de
méme maniére, qumd on dit “lion cerf cheval", c”est-a-dire les noms des e termes ii disposition dans 'ia langue s- et, plus précisément, de concepts
agents des actions, cette série ne produira aucun discours ›› (1993 : 192). (signifié) revétus d“une forme linguistique (signifiant). La définition du dis-
Platon fonde sa définition du logos-discotus sur une opération proché du cours comme lien entre concepts revétus d*une forme linguistique laisse
a lien s› et de la mise en rapport de concepts de Saussure : «s Mais ii peine s`unis- ouverte la question dela nature et de 1`étendue de ces agencements. La note ne
sent-ils, la premiére liaison produit directement le discours, le premier et le plus 1`u`t allusion qu`it Fétablissement d`un lien enue signes e qui attendent d`étre
petit des discours si (1993 : 192). Des propositions comme -sljhomme m`s en rapport entre eux n et il faut donc chercher ailleurs dans le Cours et
apprend s- ou e Apolée raconte e sont des énoncés assertifs minimaux. En dans les notes de cours une description de la nature et de 1'étendue de ces liens.
dépassant la simple nomination par l'e agencement-entrelacementsi de deux 'I.,`a1lusion aux signes -s préts dans la langue s- est un écho de la théorie dela
consntuants, un acte de référence est accompli, quelque chose est achevé, un vaeur in absentia [rapports associatifs). La note insiste, en revanche, sur la
ensemble est constitué qui releve du logos-discours. Platon fait dire a va eur discursive in prresentia (rapports syntagmatiques). Comme le dit la
l`Etranger : e 1. . _] non seulement il norrune, mais aussi 1. _ .1 'L1 “lie”, et c*est ã cet leçon du 311juin 1911:
entrelacement que nous appliquons le nom de discours [iogos] si (1993 : 193).
Uesprit établit en tout deux ordres de liens entre les mots :
iftvant Saussure, cette idée a été radicalisée par la théorie du langage de 1. hors de la parole, 1`association qui se fait dans la mémoire ent1'e mots offrant
W. von Humboldt: e La langue consiste seulement dans le discours lié, la quelque chose de commun - crée différents groupes, séries, familles, au sein
grammaire et le dictionnaire sont juste comparables il son squelette mort s- (tra- desquels règnent des rapports trés divers mais rentrant dans une seule
duction Meschonnic 1985 : 142). 1-lumboldt définit la langue comme une acti- catégorie ; ce sont les rapports associatifs ;
vité discursive, comme el“acte de son émission réelle e (id.: 143), et il 2. dans la parole, les mots sont soumis a un genre de rapports indépendants du
souligne que ce niest que dans e les enchaînements du discours si que peuvent premier et dépendant de leur enchaînement, ce sont les rapports syntagmatiques.
étre perçus les éléments les plus significatifs de la langue. Saussure définit, lui, {Saussure, in Bouquet 1991' : 335.)
son objet et son programme comme un retour du discursif vers la langue | .I

Dans le Cours de 1ingni.stiqne generate, Saussure définit la phrase comme


conune e trésor mental si, vers ce qui n`était pour 1-lumboldt que e la projection |`unité maximale de la syntagmation. ll se demande jusqu`à quel point la
totalisante de [la] parole en acte si (l_9"i'4 : 183) : phrase, soumise aux variations individuelles, appartient à la langue 119611:
Toute la langue entre d“abord dans notre esprit par le di scursif, comme nous 148). Saussure applique la notion de syntagme il des unités de n`importe quelle
1 avons dit, et comme c est forcé. Mais de méme que le son d'un mot, qui est grandeur qui relévent de la langue: des mots simples conmie désir-ettx, des
u11e chose entrée également dans notre for intérieur de cette façon, devient une mots composés comme im-pardonn-noie, in.-jatig-able, des phrases ou grou-
pes de mots établis sur des patrons réguliers conune La terre tourne, des locu-
tions toutes faites comme prendre ia monciie, rompre une tance, etc. En
1. Cette note a la datation encore incertaine se trouve dans un cahier d”écolicr sans titre (Ms. revanche, indécorabie releverait de la parole. Et Saussure ajoute :
Fr. 3961) déposé à la Bibliotheque publique et universitaire de Geneve. Elle a été citée pour la
premiere fois par 1. Starobmsl-:1 dans Tel Qaei 311, en 1969 trepris dans Starobinsl-ti 19111). Ce n'est que dans la syntaxe en somme que se présentera un certain flottement
Publiée avec 1'indication .des ratures et des ajouts manuscrits par lítcné .amacl-ter, dans les entre ce qui est donné, fixé dans la langue et ce qui est laissé a 1'initiative indi-
Cahiers Ferdinanp' de .Saussure 43 11989 : 93-94), elle a été commentée par Parrct. Dessous, viduelle. La délimitation est difficile ii fme. 11 faut avouer qu”ici dans le
Fehr et etdam [vou encadré bibliographique, p. 18), domaine de la syntaxe, fait social et fait individuei, exécution et association
¿

12 Le linguistique textuelle Introduction ii Foneiyse textuelle des discours 13

fixe, se mèlent quelque peu, arr:ivent il se mèler plus ou moins. Nous avouerons La ii trarislinguistique cles textes, des oeuvres ii
que c est sur cette frontiere seulement qu on pouna trouver a redire ii une sepa-
1 ""' 9 1. I _..

ration entre la langue et la parole. :-* m-!* ="B ile Benveniste


Q
(Saussure, in Bouquet 1991: 336-33111.) Benveniste part de l'approche saussurienne de la phrase : e Saussure n`a pas
ignoré la phrase, mais visiblement elle lui créait une grave difficulté et il l“a
La mise en relation de la syntagmation et de la parole est à la fois affirmée et
renvoyée ii la “parole”, ce qui ne résout rien ii (19114 : 65). Il semble très pro-
considérée par Saussure comme une question non résolue : che de Saussure :
Toute phrase sera un syntagme. Dr la phrase appartient ii la parole et non ii la Le a sens si (dans 1`acception sémantique [...|) s*accomplit dans et par une
langue. .alors objection : |...] ne mélangeons-nous pas les deux sphères langue- forme spécifique, celle du syntagme, a la différence du sémiotique qui se définit
parole pour distinguer les deux sphères syntagme-association î C “est en effet par une relation de paradigme. D`uii ctité, la substitution, de 1`autre la con-
ici qu*ii y a quelque chose de délicat dans la frontière des deux domaines. Ques- nexion, telles sont les deux opérations typiques et complémentaires.
tion difficile ii trancher. (19114 : 225.)
(Saussure, in Bouquet 19911 : 334-335.)
Benvenist.e se sépare toutefois de Saussure en instaurant dans la langue
La phrase apparaît comme une unité de composition-syntagmatiori sit.uée ii e une division fondatne-ntale, toute différente de celle que Saussure a tentée
la frontière des deux domaines: elle relève de la langue dans sa dimension entre langue et parole ii 119114 : 224), entre domaine e sémiotique ii et domaine
syritagmauque et de la parole dans sa dimension discursive. Le mot e sémantique si de la linguistique de I`énonciation.
s discours ii reste toutefois chee Saussure sous l`influence de la restriction
classique qu”un Fontanier formule en ces termes : [. . ._1 En réalité le monde du signe est clos. Du signe a la phrase il n`y a pas tran-
sition, ni par syntagmation ni autrement. Un hiatus les sépare. Il faut alors
D'abortl, qu'entendons-nous ici par Discours T Non pas un ouvrage entier, si admettre que la langue comporte deux domaines distincts,, dont chacun
court d`ail1eurs qu`on le suppose ; non pas mème une suite. un enchaînement de demande son propre appmeil conceptuel. Pour celui que nous appelons sémioti-
phrases ou de périodes sur un mème sujet ; mais une phrase ou une période que, la théorie saussurienne du signe linguistique servira de base a la recherche.
exprimant une pensée ii-peu-près entière et complète en elle-méme, quoique Le domaine sémantique, par contre, doit ètre reconnu comme séparé. ll aura
tenant peut-ètre ti d“autres pensées qui précèdent ou qui suivent. besoin d*un appareil nouveau de concepts et de définitions.
(Fontanier 19111' : 2119.) (19114 1 65.)

L`entrée e discours ii de L”Enc*yc1opedie de Diderot et d`t5..lembert ceme Benveniste exclut le e texte de l“'énoncé ii du champ (e sémantique ii) de la
rhetoriqueîment le sens du_mot et se rapproche ainsi d“une définition plus tex- linguistique de Fénonciation :
tuelle del activite linguistique des sujets parlants : Le discours, dira-t-on, qui est produit chaque fois qu*-on parle, cette manifesta-
DISCEJURS, (Belles-Lettres) en général se prend pour tout ce qui part de la tion de Fénonciation, n"'est-ce pas simplement la e parole si 'i - Il faut prendre
faculté de la parole, dt. est dérivé du verbe riicere, dire, parler ; il est genre par garde it la condition spécifique de I`énonciation : c`est l'acte mème de produire
rapport il discours oratoire, harangue, oraison. | ...1 un énoncé et non le texte de l` énoncé qui est notre objet. Cet acte est le fait du
locuteur qui mobilise la langue pour son compte.
Les parties du discours, selon les anciens, étaient l"'exorde, la proposition ou la (l91"4: 811.)
narration, la confirmation ou preuve, 8: la péroraison. Nos plaidoyers ont
encore retenu cette forme; un court exorde y précède le récit des faits ou Par ailleurs, il réduit le discours a la phrase: e Nous cominuniquons par
1"'enonce de la question de droit; suivent les preuves ou moyens, de enfin les phrases, mème tronquées, embryonnaires, incomplètes, mais toujours par des
conclusions. phrases si (1914 : 224). La repoussant au-delà du dernier niveau de liéchelle
des combinaisons linguistiques codées, il ajoute : -s Avec la phrase une limite
La e note sur le discours s- ne mentionne ni les genres discursifs de la rhéto- est franchie, nous entrons dans un nouveau domaine. [...] Elle se distingue
rique ni les parties de la o'ispositio ou composition textuelle dont nous reparle- foncièrement des autres entités lhiguistiqucs si (1966 : 128). En considérant la
rons au chapitre 6.
proposition comme l`unité de dernier rang intégratif (traits o1.istinctq's : =› piionè-
mes ::› sy11ai;›es :=› morpiièmes : -*- lexèmes ri- proposition), Benveniste fixe une
2. Dans le Ctmrs de 1ingui.stii_,-*ae generale, les éditeurs transcrivent : ii ]'u[;1i5 11 fanl rgmnngïm-¿ limite il la linguistique du système (e sémiotique ii). ll considère la phrase
que dans le domaine du syntagmc il n`y a pas de limite tranchée entre le fait de langue, marque comme une unité d`un autre ordre : e La phrase appartient bien au discours.
de I'usage collectif, et le fait de parole, qui dépend de la liberté individuelle si tltiffil; ]ï3}_ Cfest mème par la qu`on peut la définir: la phrase est l`unité du discours. [_ . .]
_

14 ts linguistique textuelle Introduction èi Faneiyse textuelle des discours 15

La phrase est une unité, en ce qu`c1le est un segment de discours ii (1966: Schéma 1
131)). Cette unité est au centre dlune autre 1iiiguist.ique :
La phrase, créat.ioii infinie, variété sans limite, est la vie méme du langage en .analyse trans inguis-tique
action. bleus en concluons qu`avcc la plu'ase on quitte le domaine de la langue _ et ___ ' `
comme système de signes, et 1*on entre dans un autre univers, celui de la langue
comme instrument de communication, dont 1`expression est le discours. Sémiologie Sémiotique \ll Métasiqnifianee
de la langue de Pénonciatíon des textes
Ce sont la vraiment deus univers différents, bien qu`ils embrassent la méme Siqnitiance Siqnifianee ` et
réalité, et ils do.nnent lieu a deux Linguistiques difl*`é-rentes, bien que leurs che- du signe ' du discours des ceuvres
mins se croisent ii tout moment. le sémiologie ››) [ii sémantique a) le métasémantique ii)
(1961i: 129-1311.) 1-_ LJ
Analyse intra-linguistique
Benveniste distingue une 1inguist.ique de la langue-système ou e sémio-
tique ii, qui sigiiifie, dont le' fonctionnement est paradigmatique, qui a pour
unité le signe, et une linguistique du discours on a sémantique si, qui commiini- Prenant appui sur la linguistique de Fénonciation, la linguistique du discours
que et dont l“unité est la phrasei. En esquissant avec e Lfappareil formel de s*ouvre, d“une part, sur une e trtmslinguistique des textes ii et, dlautre part, sur
Fénonciation si (19114 : 119-88) une première revue des concepts opératoires et une a translinguistique des oeuvres ii, c`est-it-dire des productions littéraires
une définition des contours de la linguistique de l`énonciation, il ne se contente propres ii une langue. Soulignant, en 1968, a quel point 1`étude du langage poé-
pas diouvrir l`analyse intralinguistique ii la sémantique de 1`éuonciation. En tique est intéressante pour la linguistique, Benveniste ajoutait. : e Mais ce travail
effet, si la théorie de Pénonciation a pour objet la production d'énoncés et non le est a peine commencé. On ne peut pas dire que |`objet de l*étude et la méthode
e texte de Pénoncé ii, c'est qu” une troisième branche de la linguistique est appe- ii employer soient encore clairement définis. Il y a des tentatives intéressantes,
lée il prendre ce dernier en charge. 11 l`explique dans ces lignes sur lesquelles la mais qui montrent la difficulté de sortir des catégories utilisées pour l”analyse
maladie qui l'atteint au seuil des années 191111 ne lui laissera pas le temps de du langage ordinaire ii (1914 : 31). H. Meschonnic est un des rares linguistes `a
l`B"v'EÈ1`lLI' 1 parler de cette troisième dimension de la signifiance pour inscrire sa poétique
En conclusion, il faut dépasser la notion saussurienne du si gnc comme principe dans la lignée dela e translinguistique des ceuvres si (1991 : 323-324) :
unique, dont dépendraient a la fois la structure et le fonctionnement de la Partant de Benveniste, on peut mieux distinguer l'opposition et l`interacti-on
langue. Ce dépassement se fera par deux voies : entre écriture et littérature. Car l`écriture est plus proche du sémantique que du
- dans l`analyse intralinguistique, par Fouverture d`une nouvelle dimension de sémiotique, mais elle crée ii son totir du sémiotique, en produisant ce qui
signifiance, celle du discours, que nous appelons sémantique, désormais dis- devient littérature, - elle ne |'a pas toujours été. Ce qui s*ouvre pour la connais-
tincte de celle qui est liée au si gne, et qui sera sémiotique ; sance de 1`écriture, ciest un domaine spécifique, a translinguistique ii, qui res-
- dans l'analyse translinguistique des textes. des ceuvres par Félaboration d"' une sortit il «s l'élaboration d'une métasémantique qui se coiistruira sur la
métasémantique qui se constniira sur la sémantique de Féntinciatioii. sémantique de I`énonciation ii. Elle en bénéficiera, et lui apportera aussi ce
Ce sera une sémiologie de -s deuxième génération ii, dont les instruments et la qu'elle conceptualise.
méthode pourront aussi concourir au développement des autres branches de la tlvleschonnlc 19113 : 1114-1115.)
sémiologie générale.
Barthes a suivi un temps de très près la réflexion de Benveniste. ll déplorait le
(19114 : 66.) fait que la linguistique soi.t incapable de se donner un objet supérieur `a la phrase
Benveniste décompose programmatiquement le champ général de la lin- -s parce qu`au-dela de la phrase, il nly a jamais que d`autres phrases: ayant
guistique en trois domaines au sein desquels la linguistique de Fénonciation décrit la fleur, le botaniste ne peut s`occuper de décrire le bouquet ii (1966 : 3).
occupe une place centrale. Ce qu`on peut représenter par un schéma il la fois Mais s“il reprenait, dans la mème page de son -s Introduction ii l`analyse stmcm-
discontinu (opposant deux ensembles) et continu (la linguistique de l`énon- rale des récits ii, 1"affirmation selon laquelle e Le discours serait une grande
ciation assurant la transition entre les deux domaines auxquels elle “phrase” (dont les unités ne sauraient étre nécessairement des phrases), tout
appartient) : comme la phrase, moyennant certaines spécifications, est un petit “discours” si
(id.), c“était pour ajouter aussitét, en lecteur attentif des derniers travaux de
Î--Î...-Î
Benveniste, que: e Le discours a ses unités, ses règles, sa “graim'naire”: au-
3. a Sémiologie de la langue ii, Semiotica 11, 1969 : 135 : repris dans le tome 2 des Prolileniex de delii de la phrase et quoique composé uniquement de phrases, le discours doit
lingai.stioae generale (Benveniste 19114 : 63-66 til: 215-229). étre naturellement l*objet d“une seconde linguistique ii (id.). Cette e seconde
- |-r
-
lb la linguistique textuelle lntreductien e Panelyse testuelle des dis-:teurs 1?

linguistique s, il la nemmera, jusqu*en l9'?l), avant de basculer dans la déeens- tien en fenctien du teut de liénencé fini qui se présente `a neue imaginatien ver-
truetien, «s linguistique du disceurs s, en s`appuyant sur la -s translinguistique si bale et qui détermine netre epinien. L“idée que neus avens de la ferme de netre
eu «s sémielegie de cleusiéme généraeien s de Benveniste. éneneé, e`est-ii-dire d“un genre précis de la parele, neus guide dans netre pre-
J. Iíristeva s“est également, dans un entretien avec J.-C. Cequet, esplieite- cessus discursif.
ment référée ii la pesitien de Benveniste. Elle eensidérait la sémielegie inter- (Bakhtine IEPS4 : 233 ; traductien revue.)
prétative ancrée dans la métapsyehelegie freudienne qu`eile élaberait alers et
nemmait si sémanalyse s- (líristeva 1969) cenuue le cléveleppement pestulé L'intreductien de la uetien de genre, ii cété de la langue, débeuche sur une
par Benveniste : «s Qu*il me seit permis iei de citer la cenelusien du dernier synthese dialectique du «s sémietique s~ (le systéme de la langue) et du
teste de ee maître de la linguistique qui esplieite sa cenceptien de la signi- -s sémantique s {le disceurs) :
fiance et trace la veie eii peurra se situer, me semble-t-il, la sémanalyse. [...] Les fermes de langue et les fermes types d`énencés, c`est-il-dire les genres de la
Neus appelens sémanalyse ce qu`il désigne cemme une sémantique et une parele, s*intreduisent dans netre espérience et dans netre censcienee eenjeinte-
translinguistique ss {l9'i2 : 345). Cette pesitien a certainement eu une ment et sans que leur cerrélatieu étreite seit rempue.
influence sur la t.raduetien par elle, et par T. Tederev -(1931) ii suite, de la {Bakhtine I934 : 2815])
s .aesrulingvistiicu s› de Bal-:htine par «s translinguistique s›.
Le rdle déterminant des genres est un peint essentiel de la ~s nieruiingvisI*iicu s
de Balthtine :
1.3. La s rnétalinguistique s de Mikhaïl M. Bakhtine
La ~s m.etuiingvisriica s est l"`enjeu principal des recherches sur le dialegisme et Neus apprennns ii meuler netre pruele dans les fermes du genre et, entendant 'a
parele d`autrui, neus devinens, au teut premier met, sen genre, neus en pressen-
la pelyphenie menées par Bakhtine dana les années lÉ-l2ll et prelengées dans tens le velume déterminé {la lengueur appresimative d“un teut dela parelejr, Ia
des netes de uavail écrites entre 1959 et 1960 et publiées, en l9'i6, un an aprés structure eempesitiennelle dennée, neus en préveyens la fin, autrement dit, des
sa mert, seus le titre -s Le prebléme du teste sil. Preehe de la nete manuscrite le début, neus sentens le teut de la parele qui, ensuite, se différencie dans le
de Saussure, des théses de Humbeldt et des remarques de Benveniste, le lin- precessus de la parele. Si les genres de la parele n“esistaient pas, si neus n”en
guiste russe écrit : e Apprendre iii parler c*est apprendre `a structurer des énen- aviens pas la maitrise, s`il neus fallait les créer peur la premiére feis dans Le
eés (parce que neus parlens par éneneés et nen par prepesitiens iselées et, precessus de la parele et censtruire librement et peur la première feis chaque
encere rneins, bien entendu, par mets ise1és} s- [ 1934: 235). Peur Bakhtine, énencé, la cemmunieatien verbale, l'échange des pensées, serait quasiment
is dans les limites d“un seul et méme éneneé, une prepesitien peut étre réitérée impessible.
trépétitien, auteeitatienl, mais chaque eecurrence représente un fragment neu- (IE-184 : 285 ; traductien revue avec I. iäguéeva.)
veau d`énencé ear sa pesitien et sa fenctien ent changé dans le teut de
Bakhtine fermu le également une hypethése relative ii la façen dent la langue
l`énencé s› (1984 : 3`l'?}. Le s teut de Péntmcé s est défini, d`une part, cemine
des genres les plus simples et élémentaires centarnine, ii Peceasien cl`emprunts,
le liage d"'un éneneé avec d`autres énencés (le ce-teste) et, rl`autre part,
les gen res plus élaberés :
eemme un centeste dialegique (cadre cle l`interaetien seciale). Peur Balditine,
la «s niereiingvisriicu si est l`étude de la eemmunieatien dialegique et de la lan* À chaque épeque de sen déveleppement la langue écrite est marquée par les
gue en emplei, cenune phéneméne cencret et vivant. Il cléfmit la prepesitien genres de la parele et nen seulement par les genres secends {les genres littérai-
cennne un «s élément signifiant de l`énencé dans sen teut et [qui] acquiert sen res, scientifiques, idéelegiquesji, mais aussi par les genres premiers [les types
sens définitif seulement dans sen teut s›. Sen hypethése théerique ferte est la du dialegue eral - la langue des salens, des cercles, le langage familier, queti~
suivante (neus en reparlerens au chap. 6) : dien, le langage seeiepelitique, philesephique, ete.]. lféiargissement de la lan-
gue écrite qui s"annese diverses eeucltes de la langue pepulaire entraine dans
Lersque neus cheisissens un type de11né de prepesitien, neus ne eheisissens teus les genres (genres littéraires, scientifiques, idéelegiques, familiers, etc.) la
pas seulement une prepesitien dennée, en fenctien de ce que neus veulens mise en reuvre d`une precédure neuvelle dans Ferganisatien et le fini du teut
esprimer `a l`aide de cette prepesitinn, neus séiectiennens un type de prepesi- verbal et une medificatien de la place qui y sera faite a l`auditeur nu au parte-
naire, ete., ee qui cenduit il une restructuratien et ii un reneuvel lement d`une
ampleur plus eu mc-ins grande des genres de la parele.
:
(1934 : Èîl .)
4. Netes reprises dans E.vten'i:u .vleiiesriege rvercesifvu [L`esii1¿=îrique de i `rL*uvre en mets]
(Eakhtine 1934 peur la traductien française). .lc m'appu_ie ici sur la traductien inédite d'Inna Bakhtine a ainsi déveleppé un prejet qui cerrespend en partie, ii l"espace
siguéeva [mémeire de DEÀ seutenu a Funiversité de Lausanne. M.M. Bui-:iirirze : mérniingitis- laissé vacant par Finterruptien prématurée de l“eeuvre de Benveniste. Les tra-
tifque eu rrunidingiristique Eflllfl : 29).
vaus du Cercle de Bakhtine démentrent la pertinence du prejet du linguiste
F'

1B La linguistique textuelle lntreductien il l'analyse textuelle des disceurs 19

Francais et je prepese de placer l`ana1yse texuselle des discetns seus ce deuble -Henri lvlescniien-uc: e Le disceurs de Humbeldt s, Les etats de la peetiqae,
pa_t'ra1nage. Paris, Gallimard, 1935 : 141-144.
-Tevetan Teueeev : Mikhail' Baiciitine: le ,urincipe rlialugiqae. Écrits du Cercle
î Références et lectures censeillées* de Baniuine, Paris, Seuil, 1981.

- Sur la e Hate s de Saussure


- Jean-lvlichel ifiiuruvt : e Disceurs et interdisciplinarité. Benveniste lecteur de
Saussure s. Cahiers Ferdinand de Saussure 54, Geneve, Dren, 2lÎllÎil 1 241-258.
- Gérard IÎJESSUHS : lrttrrrrlactinn ri la prxétiqiie, Paris. Duned, 1995 : 21 1 et 213.
2. Place de la linguistique textuelle
- .lehannes FEHR : e E-neuf, lac, ciel, ceucierge, chemise, lit s-, Saussure dans l'anaIyse de discours
iiajriarrl 'i.=:ui, Linx, n“ spécial, Université de Paris-X, 1995 : 431-433.
- Ferdinand ne Snussuae : Cuers cie linguistique générale, Paris, Payet, 1915? (1915). Depuis leur émergence, dans les années 1951], l*analyse de disceurs et la lin-
- Herman PAEREII' I Prulégrimenes il la rhéririe de l “énr.=-ri-::iatir.u*i, Berne, Peter guistique textuelie se sent déveleppées de façen auteneme, sans se situer l`une
Lang, 193? 42-43. par rappert ii l'autre. Neus peuvens cependant les mettre aujeurd“hui en rela-
- Ferdinand DE Snussuius : Écrits rie lÎingn-:istiqae générale, Paris, Gallimard, 2ll{l2.* tien. Ft. lili Beuacha a bien pesé le prebleme de llappreche du disceurs
- Jean S'|'n.xtiHtHsi=:| : Les rnets seas les inats, Paris, Gallimard, 1921 : I4. cenune e ebjet empirique renveyant la du texte ss :
Diun côté en met en relatien du texte dans sen appréhensien immédiate avec
Sur le texte de Benveniste
une acti vité discursive a laquelle il renveie eu plus précisément ii laquelle en le
- Jean-1*-*iichel rkeritu : e Disceurs et interdisciplinarité. Benveniste lecteur de fait renveyer, et de 1*autre, en censidére ce texte cemrue un ensemble de den-
Saussure is, Caniers Ferclinana' de Saussure 54. Geneve, Dree, 2l.`li1l : 241-253. nées linguistiques brutes qu”il faut ensuite traiter en dennées discursives.
Celles-ci sent nécessairement filtrées par des prepriétés linguistiques il partir
Références de la sectiun desquelles il est passible de décrire des prepriétés discursives.
- lvlil-tl1ai`l lvl. Br~.i=:H'ï'|el1*: 1 Evtnritique ale la créatinn verlslale, Paris, Gallimard, 1934 (1993 : 42.]
{l952-53}.*
- Mikhail lvl- BAKHTIHE : e Le met ches: Desteïevsl-zi ss, La Pe-étiqu.e cle Desteiev- Pestulant, il la feis, une séparatien et une cemplémentarité des tiiches et des
ski, Paris, Seuil, cell. Pc-ints 3'112, l9Î"ll (1929 et 19153] : 252-353. ebjets de la linguistique textuelle et de 1“`ana1yse de disceurs, neus définissens
- Reland Bnlrrnes : e Intreduet.ien a l”ana1yse structurale des récits is, (Encres la linguistique textuelle cemme un sens-demaine du champ plus vaste de
cernpietes ll. Paris, Seuil, If 196e] 2*-111212 : S28-Súii. llanalyse des pratiques discursives. Ce que représente le schéma 2.
- Reland B.au'I'|-ins : e La linguistique du disceurs s {_19'lü}, CEavre.v c'nniplete.r ill,
Paris, Seuil, 2002 : el 1-file. Schéma 2
- Émile Ber~ivenis'rt-1 : e Sémielegie de la langue ss, Semietica II, La Haye, ivleuten,
19159 1 repris dans Preblémes de linguistique générale ll, Paris, Gallimard, l9'i'-4.* / anaLvsÉ ces uisceuns il _, \
- Sirnen BUUQIIE1' : lntruulactiun ii la lecture de .'_'ÎiIt.t..v.'-tare, Paris, Payet-Rivages, l99'l.
K feiscenriivuitei \
- Pierre Fetvïritvleri : Les Figures ila disceurs, Paris, Flammarien, 19?? -(132 1 ). enennneus ne seenieivrnrien
- Wilhelm vütsi H'U1vtBüLlJ'1` : Sur le carrnct.-i*re natiqnal ries .langues et autres eicrits
sur le langage, traductien et mise en recueil par Denis Theuard, Seuil, cell. Peints I |íeenHE(ei \ [/51 ist/ nil [Eh] Ml I
i sas, aucun inren- a|_eneuE_.. ,¿pE|s[_¿, Plan _» Psnnees PFUPUSÎÎÎUHE
“ - Julia Kaisruvs. : e Sémanalyse : cenditieus dlune sémietique scientifique si, de texte ty Phfflfiëfi énencées
entretien avec J.-G. Cequet, .S'enn'erica, `v'-4, La Haye, 1'vleuten, 1922 : 324-349. DISCUUHS dans une /-El» [4] lgéãuãnuces [Èa] I
lNTEHlï'aGTlGN
- Julia KaIs*TEvr~. : e I..e texte et sa science s›, Séntéieiiize, Recherches pear une 12 ei
sénsunrt.-lyse, Paris, Seuil, cell. Puints Bib, l9f19 I 9-28. F,¿,,,.,.,a,i,,,.,5 eeennriervs ne Lines
- Henri Iviescfletvntti : Fear la peetiqiie H, Paris, Gallimard, 19113. I 5,3 350- À I fCGNTll'*»lLllTÉ} *
- Henri Ivlesenenntc : e Benveniste : sémantique sans sémietique si, Émile Benve- Ql5““l5l“E5 \ Lineulsrlaue rexrul-ELLE J
niste vingt ans apres, celleque de Cerisy publié dans un ni' spécial de la revue Linx,
Université de Paris-X l“~lanterre. 199? : 30?-325.
.
29 La linguistique textuelle lntreductien è lüsnalyse textuelle des disceurs 21

À partir de la, le champ de la e translinguistique des textes, des ceuvres si de un e espace cellatéral s- peuplé d`autres énencés articulés en (inter)disceurs.
Benveniste peut étre précisé. Il n“est pas surprenant de veir que, darts un autre Par rappert ii Benveniste, Feucault met l“accent sur le fait que la langue (le
demaine des sciences du langage, celui de la peétique, dlautres théericiens ent -s sémietique s) ne suffit pas ii produire it elle seule des énencés :
presque dit la méme chese : e l*~I'imperte quelle prepriété verbale, facultative
au niveau de la langue, peut étre rendue ebligateire dans le disceurs. [...]. Cer- Ce ne sunt ni la mème syntaxe, ni le mème vecabulaire qui sent mis en teuvre
dans un texte écrit et dans une cenversatien, sur un jeurnal et dans un livre, dans
taines règles discursive-s ent ceci de paradexal qu`elles censistent è lever une une lettre et sur une affiche ; bien plus, il y a des suites de mets qui fnnnent des
règle de la langue si (Tederev 1923 : 23-24). Très preche en cela de Bakhtine, phrases bien individualisées et parfaitement acceptables, si elles figtuent dans
Tederev inscrit ces phénemènes dans les genres qui structurent Pinterdisceurs les gres titres dlun jeurnal, et qui peurtant, au lil d`une cenversatien, ne peur-
|:l`un lieu secial denné. K. Stierle parle quant a lui d” un e transfert du texte en raient jamais valeir cemme phrase ayant un sens.
disceurs s (1922 :` 4215) epéré par le travail interprétatif du lecteur-auditeur: (1969 : 133.)
e Le disceurs est nécessairement assujetti il l`activité d`arrière-plan du lect.eur,
qui ne se centente pas de perceveir un texte, mais l`erganise avant teut en Ptutant du fait que e l`éneneé est teujeurs denné au travers d`une épaisseur
disceurs si (id.). Un sens n*est prété it un texte que lersque, peuvant étre prejeté matérielle, mème si elle est dissimulée, méme si, a peine apparue, elle est cen-
sur e l`arrière-plan (Fun sehèrne discursif préexistant si (422), il treuve une
dainnée a s”évaneuirs› ( 1969: 132), Feueault envisage le cas extrème de la
mème phrase (eu prepesitien) qui n“'est cependant jamais identique il elle-
place e dans les instittttiens de llactien symbelique, qui ent peur cendi tien et
méme, en tant qu`énencé, lersque les ceerdenuées de sa situatien dlénencia-
cenditiettnetit en mème temps une culture dennée s› (426). bleus retiendrens
cette définitien de Stierle: e Le cence-pt de disceurs [...] est défini par les tien et sen régitne de matérialité changent :
traits suivants : une stabilisatien publique et nermative, et la pessibilité d”un Cempesée des mèmes mets, chargée exactement du mème sens, maintenue
statut institutiennel si (425). C*est dans les genres de disceurs que neus lecali- dans sen identité syntaxique et sémantique, une phrase ne censt.it11e pas le
sens cette e stabilisatien publique et nermative s- (Adani 1999, chap. 3). mème énencé, si elle est articulée par quelqu“un au ceurs dlune cenversatien,
eu imprimée datis un reman ; si elle a été écrite un jeur, il y a des siècles, et si
elle réapparaît maintenant dans une ferrnulatien erale. Les ceerdenuées et le
2.1. lnterelisceurs et fermatiens seciediscursives statut matériel de l`énencé fent partie de ses caractères intrinsèques.
Dans_ L'Ai'ci*iéuiu 3 ie du .savnir (1969),
_ lvl. Feucault muntre 9 u`u|ie unité lin- (l9é-9 : 132.]
gutsttque (phrase eu prepesitien) ne devient unité de disceurs (énencé) que si Eakhtine expritne exactement la mème idée :
en relie cet énencé ii d`autres, au sein de l”interdisceurs*`l d`une ferrnatien
seciale : Llidentité abselue entre deux prepesitiens (eu bien plus) est passible (en super-
pesitien, telles deux iigures géemétriques, elles ceïncident). De plus, neus
il ne suffit pas de dire une phrase, il ne suftit méme pas de la dire datts un rappert devens admettre que teute prepesitien, fût-elle cemplexe, dans le flux illimité de
déterminé ii un champ dlnbjets eu dans un rappert déterminé ii un sujet peut la parele peut étre répétée en un nembre illimité de feis, seus une ferme parfaite-
qt1`il y ait énencé - peur qulil s'ag'isse d"un énencé : il faut la mettre en rapptitl ment identique, mais, en qualité d'énencé (eu fragment d"énencé), nulle prepe-
avec teut un champ adjacent. [_ _ .] Gu ne peut dire une phrase, en ne peut la faire sitien, quand bien mème elle serait censtituée d“un seul met, ne peutjamais ètre
accéder it une existence d'énencé sans que se treu ve mis en ceuvre un espace cel- réitérée : en aura teujeurs un neuvel énencé (fiit-cc seus ferme de citatien).
latéral. Un énencé a tuujeurs des marges peuplées d`aut|'cs énencés. [Révisien de la traductien de Bakhtine 1934 : 316-312.)
(l9é9: 123.)
De façen rneins extrétne, mais teutefeis semblable, la transpesiti_en d"un fait
Cette remmque preuve que Farticulatien lîienvenistienlte du e sémietique ii divers en peème que prepese Blaise Cendrars avec le dixième texte de ses Dir-
(erdre du système permettant de predttire des phrases grammaticales) et du neuf peernes e'ln.rtiqaes est un spectaculaire changement de régime de
e sémantique s- (énenciatien permettant de preduire des énencés) est insuffi- matérialjtéi* 1
sante. ll faut encere mettre les énencés en rappert avec un e champ adjacent is,

5. Bien qtte relevatit du champ de la philesepliie, les travaux de Feucauit ent asse;-*. fnrtenient
influencé l'analyse tlu disceurs francaise - il cemtuencer par lvl. Fèchcux - peur que neus een- et 'vleir l"'anaIyse ceniparée de ces deux textes au chapitre B de Lirtguistique textiieile (iltdam
sidériens un nunnent certains aspects intéressant nuire prupes. Peur la netien d'iuter-:iiscetirs, 1999 : 125-ISS). Jean-Pierre Geldeustein (Di_r-neqf pcerne.r élastiques cle Blaise t'_`eucirurs,
devenue cetnmunc dans le cltamp de i`analyse du disceurs, cemme peut bien d'autres ici utili- Paris, Elinsieck, l9i~1t'i) a été le premier ii aveir perté l'attcntien sur cet intéressant cas de trans-
sées, je renveie au Hicrienitaire rl'aual_vse du iiiscatmi* (Charaudeau de lvlaingueneau, Seuil. pesitien que llen peut ceusidérer cemme un changement exemplaire de fermatien secie-
29112). discursive.
`_- 22 la linguistique textuelle lntteductien il l'anelyse textuelle des disceurs 23

Ti iu.nntuviÈ.uu insulte À. pretnière vue le e télégramnie-peènie s- et le fait divers relatent les mémes
eittsneiviii, ze_iesvis-r ivre faits, la mème histeire, avec les mémes mets. En fait, Cendrars ne se centente
Treis ferçats se precurent des revelvers
pas de medifier la matérialité discursive et la ferme textuelle du fait divers en
Ils tuent leur geé-lie-r et s*emparent des clefs de la priseu en faisant un peème en vers libres : il medifie l”issue du récit en ne retenant pas
Ils se précipitent sers de leurs cellules et tuent quatre gardiens dans la ceur le décès de lvl. Themas, il tue un gefilier qui ne meurt pas dans T2 et il précise
Puis ils slemparent de lajeune sténe-dactylegraphe de la pri sen le lieu dela mert des quatre gardiens (darts la ceur). Ces changements affectent
Et mentent dans une veiture qui les attendait ii la perte la suucuire sémantique du mende représenté et, partant, le rappert du
lls parte-nt ii teute vitesse e télégranune-peème s- ii llinfermatien. Cette différence de matérialité discur-
Pendant que les gardiens déchargent leurs revelvers dans la directien des sive est aussi une différence de fermatien seciediscursive d'appartenanee et
fugitifs une différence générique. Cela affecte nen seulement les énencés de chacun
des deux textes (neus le verrens au chap. 2.), mais leur rappert ala vérité et, de
Quelques gardiens sautent ii cheval et se lancent ii la peursuite des lerçats ce fait, leurs cenditiens sémantice-pragmatiques de lectitre. Le texte jeurnalis-
Des deux ciiités des ceups de feu sent échangés tique T2 est sémantiquement seumis ii la lei véricenditiennelle de
Lajeune fille est blessée d'un ceup de feu tiré par un des gardiens
l`int`erinatien: eu bien il rapperte fidèlement les faits eu bien il ment. Le
Une balle frappe a mert le cheval qui empertait la veiture peème Tl, en revanche, n“est ni vrai ni faux relativement au mende, il institue
Les gardiens peuvent apprecher un erdre prepre de vérité-validité. il une intentiennalité deininée par l'inferma-
lls lreuvent les ferçats merts le cerps eriblé de balles tien a transmettre succède une intentiennalité peétique. Peur ne prendre qu`un
lvl. Themas, ancien membre du Cengrès qui visitait la prisen exemple, dans le fait divers, le titre et le premier paragraphe au passé
Félicite lajeune lille cempesé - que 1`en peut ceusidérer cemme le e chapeau s- de llarticle - sent
(Télégramme-peème cepié dans Paris-Midi.) seuinis a une lei d“écriture que le jeumalisrne emprunte a la rhéterique : répen-
dre d`entrée aux questiens Qui il Quai F Ou il Quand il, puis tÎ`ci*nrnen.t P et
La netatien finale (e Télégramme-peème cepié... s) présente explicitement Peurquui E* Le titre est cempesé de telle manière qu*il précise d`aberd de quai
le peèine cemme le plagiat d'un fait divers paru en page 4 du jeuinal Paris- il s*agit (e évasien s-) en ajeutaiit ii cette iriferrnatien une précisien impesée par
Micli du 21 janvier 1914 : la lei jeurnalistique de dramatisatien : e tragique s-_ Il précise ensuite qui sent
T2 Tragique évasien de ferçats en amérique les acteurs principaux (e ferçats s-) et au la scène s`est déreulée (e en
|P0] Dltlahema, 20 janvier - [Pl] Treis ferçats se sent évadés ce matin de Amérique s-). Le premier paragraphe-chapeau reprend ces treis éléments en les
la priseu de Mae-etlester, dans les circenstances suivantes : précisant et en ajeutant Findicatien temperelle qui maiiqitait : -si D1-:lahema s et
[P2] .ayant pu se precurer des revel vers, ils prirent de ferce les clés d'un e priseu de Mac-ålester si (Gil ?), -s 20 janvier s- et e ce matin si (Quand El),
geiilier et se précipitèrent liers de 1eni's cellules en tirant sur les gardiens e treis ferçats s (Qui Il) et e se sent évadés s› (Quai il). La dernière indicatien
dent quatre furent tués. (e dans les cenditiens suivantes s-) euvre sur la suite de |`article, en annençant
[P3] Les fercats s`emparèrent dlune jeune fille empleyée cemme sténegra-
ii la feis une répense ii la questien : Cen*irn.ent F' et prebablenient une élucida-
phe dans la priseu et réussii'ent ii se pretégeiî en la maintenant entre etix et tien du cheix de l`adjecti'f initial du titre (e Tragique :›:›_), seit une ferme de
les persennes qui les peursuivaient. [P41 La jeune fille fut blessée d`un répense ii Pc-urquai cette évasien est-elle qualifiée de e tragique si 'E'
ceup de feu tiré par un des gardiens. Effet direct du changement de fermatien discursive, le titre et le début du
[P5] Devant la perte de la priseu, les ferçats mentèrent dans une veiture qui peème ne respectent plus cette structure impesée par le genre jeurnalistique.
les attendait et qui partit ii teute vitesse pendant que les gardiens déchar- Le titre énigmatique e Demière heure si intreduit une pelysémie que ne vient
geaient leurs revelvers dans la directieti des fugitifs. pas clarifier le premier paragraphe. La pelysémie de e dernière heure si intre-
[Pti] Quelques gardiens sautèrent it cheval et se lancèrent ii la peursuite des duit méme une t`erte hésitatien : ,lin t;i'urie vie? -par allusien thématique
ferçats. [PT] Des deux cdtés des ceups de leu furent échangés. meins directe que le -s tragique si du texte jeunialistique - eu neuvelle de tier-
[P3] Une balle ayant frappé .it merl le cheval qui cmpertait la veiture, les niere heure Î" et allusien, dans ce cas, certes au genre jeurnalistique dc 1”infer-
gtudiens purent appi'echer et treuvèrent les fergats merts, le cerps eriblé de malien, mais siirteut aux idées des fuuiristes, fascinés par la rapidité de la
balles. circulatien mederne de Finfermatien. l'~leus verrens plus lein que les vers de
IP9| lvl. Themas, ancien membre du Cengrès, cemme représentant de Cendrars réduisent la lengueur et la cemplexité des pluases du fait divers jeur-
lllllineis, qui visitait la priseu a été tué par les ferçats au ineiiieiit. eù nalistique. La dispacitien de la penctuatien et la mise en vers des énencés pla-
ceiix-ci prenaient la fuite. giés medifient en prefendeur le sens des e mémes ii phrases.

l...___.._
I

24 la linguistique textuelle Intreduttien ii |'ana|yse textuelle des disceurs 25

Le schéma 2 (p. 19) met en évidence le jeu cemplexe des déterminatieus en censtate que ce titre aux cennetatiens bibliques renveie meins aux ment-
textuelles e ascettdatttes ii (de dreite a gauche) qui régissent les agencements bres du greupe surréaliste (cenune certains cenune-ntateurs le disent) qu*a un
de prepesitiens au sein du système que censtitue 1'unité TEXTE (ebjet de la secielecte qu*E1uard, fils de ceuturière, u“ignerait ceitai nement pas. Le veca-
linguistique textuelle) et les régulatiens e desceudantes s› (de gauche ii bulaire de la mede désigne en elfet par e petit juste x›, dès le .xvittt siècle, une
dreite) que les situatiens d`interactien - dans des lieux seciaux, des langues et pièce de vètement féminin qui meule étreitement le cerps (Gateau 1994 : 72).
des genres dennés - iinpesent aux énencés (ebjet de llanalyse de disceurs). C`est le sens qui, ii partir dïétrait et ajuste", denne le cempesé __iusiauc*rn*ps,
Sens l"impact des beseins d`expressien et des nécessités de Pinteractien, les désignant un vètement ajusté iîi la taille. De ce sens déceule une autre référence
énencés prennent des fermes infinies, mais les genres interviennent cenune pessible : aux peèmes de la scctien, teus plus ceurts, plus éueits que les auues
facteurs de régulatien. Chaque genre de disceurs est une cempesante, avec la peèmes du recueil. L'écenemie verbale de ces pièces brèves est denc sembla-
langue, de 1'interactien langagière. Se déreulant dans le cadre dlun lieu secial ble ii celle de vétements dépeurvus de tissu superflu. La pelysémie du titre de
denné, celle-ci est ebligée de receurir aux genres de disceurs qui circulent la scctien tient ii une e pluriaccentuatien s- (Eakhtine-\lelechinev 1922: 44)
dans la fermatien seciale en questien. La netien fleue de e fermatien qui est un aspect du caractère e plurilingual si (Bal-thtine 1923 : 104) de mets
discursive s- que Feucault avance au chapitre 2 de llüflrchéelegie du savnir teujeurs, dl une certaine manière, e étrangers ii. Les sens religieux (intertextua-
(1969) a été ainsi redéfinie par Pécheux, qui en a fait un cencept impertant de lité évangélique), prefane et peétique (ce-texte du recueil) se mélent ici d”une
l*Ece1e française dl analyse du disceurs : façen lisible dès le titre de la scctien.
J Par ailleurs, les deux vers cheisis censtituent un texte qui a été censidéré par
lbesl ferrnatiuns aliscursives i...] détemiinent ce gui peut et tieit étre tlir (arti- Eluard cemme asser: iinpertant peur qu`i1 le reprenne a cinq reprises. Paru
culé seus la ferme d"une harangue, d”un sermen, d“un pamphlet., dlun expesé, d`aberd, en 1924, cemme deuxième des six peèmes de la scctien e Les petits
dlun pregramme, etc.) ii partit' d*une pesitien dennée dans une cenjencture
dennée : le peint essentiel ici est qu"il ne s 'agit pas seulernent .-:ie la nature ries
justes s› de lviuurir tie ne pas rneurir, ce texte est inséré dans Capitale tie la
niais erri,uluyé.r, mais aussi (er surteutl' cles cc-*nstructirin.r u'ctn.'-: lesquelles ces .dc-uleu.r, en 1926, en deuxième pesitien d”un greupe de eure peèmes. Publié
nun.r .re cc-inliiiient, dans la mesure eù elles détenninent la signifieatien que en revue en 1928, il est surteut repris, en 1941, dans Cliuix de Paèrnes'. Tenant
prennent ces mets (. . .], les tnets changent de sens selen les pesitiens tenues par visiblement beauceup ii ces deux vers, Éluard ira jusqula changer le régime de
ceux qui les empleient; [...] les mets e changent de sens si en passant d”une leur matérialité discursive en les calligraphiant un jeur sur une assiette, chee
ferniaiien tiiscursi ve a une aut.re. un peticr de Vallauris. En changeant de régime de mat.érialité, le sens change.
(Pècheux 1990: 143.) Lfiénigme-devinette tracée sur Passiettc place le texte dans une situatien
Parlant de liarangue, .sermen, punipiilet, expusvi, pregrarnnie, Pècheux d`énenciatien plus facilement interprétable : la questien est attribuée a Pebjet
dresse une liste de gemes, mème si le met n”apparai`t pas. ljétablissement cl” un `.ui-mème, lieau parce que décei'é, et l”en peut parler d'une presepepée de
lien entre les genres et les fennatiens seciediscursives est une des avancées fassiette qui fixe une identité du e je ii. Quant ii 1`acte de laver llassie-tte, il
récentes de l`analyse de disceurs. devient un geste des plus erdinaires accenipli par celui qui la netteie et en
prend sein, sen prepriétaire-e maitre ii. Une autre interprétatien pessible passe
Dans une situatien dennée d”interactien (écrite eu erale, jeurnalistique eu
par un script secial. Le rtile de si maitre ii transferme le statut de -s je si seit en
littéraire, etc.), la langue impese ses déterminatiens micrelinguistiques aux
esclave, seit en animal de ceinpagnie. J.-C. Gateau rapperte que, selen des
énencés (du phenétique au merphe-syntaxique, en passant par le niveau lexi-
familiers du peète, il s"agirait d*une petite chienne (1994 : î'3,l|. D.ans ce cas,
cal). Peur la plupart des textes que neus étudierens, il slagira du français, sans
par presepepée liypeceristique, le maitre lui-mème prète ii l`an_i mal femelle la
teutefeis négliger les variatiens temperelles : le français d__e La Bruyère qui
questien qulil (re)fermule et leue ainsi autant la beauté de la chienne que les
mélange parfeis le français et le latin n”est pas le français dllîluard eu du géné-
seins de* sen maitre. ll y a presepepée dans le cas de la chienne qui parle eu
ral de Gaulle. ljespagnel argentin de Berges (chap. li) peut se mèler au grec et
ferme de langage hypeceristique dans le cas du maitre qui parle a la place de
peser des preblèmes de traductien. De plus, la langue de liun (style eu idie-
sen chien.
lecte) est teujeurs traversée d“emprunts a la langue des autres et ii des secielec-
tes. Ainsi dans ce peème de Paul Éluard : ljénigmatique brièveté du peème d“Éluard pese de façen aiguè la questien
de la centextualisatieii interprétativc des énencés et netts ferce ii une mise au
T3 Peurquei suis-je si belle 2 peint relative au cencept de cunie.rie.
Parce que itien tnaitre me lave.
Ces deux vers illustrent le fait que la langue est traversée de valeurs et
d`éches dlautres empltiis des mets. Si llen examine le titre de la scctien de
Capitale de la deuleur dans laquelle ce peème est inséré : -s Les petits justes ss,
ZE: La linguistique textuelle Intreductien il l'analvse testuelle des disceurs 2?

2.2. (Re)définitien linguistique du centente diautres termes, les entités testuelles sunt autant dlantécédents pussibles
d`anapheres et e einplever un anapherique, ce n`est rien dlautre que marquer
Une redéfinitinn linguistique du centente est indispensable, car cette netien une énunciatiun cemme relative a un certain état de la mémeire s (Ben*enden-
niest guére cenvuquée en linguistique que peur lever les ambiguïtés eu sauver ner l983 1 231). La netien de mémuire discursive (MD) permet d`ajeuter le
la déviarice diénencés jugés agramntaticaus. lvlal définie, elle désigne aussi fait que les prupesitiuns énencées dans un énencé antérieur (autre partie du
bien ez les éléments qui cumplétent nu qui assurent ]`interprétatiun glubale teste eu autre teste) innt également partie de M121. Elle permet d“es.pliquer le
d' un énencé a que tt les sites d“nü previennent, seit directement, suit indirecte- fait que nembre d“anapheriques ne pessédent pas un antécédent précis, identi-
ment, ciest-ii-dire pm inférence, ces éléments s (Kleiber I994 : 14) : fiable dans le ce-te:-tte antérieur ni méme ultérieur et qu`une eitpressic-n déicti-
-* L'envirunn.ernent e.ttruiingui.rrique : centeste eu situatien d"'interactiun que seit meins définie par le site de sun référent que par le fait qu`ell.e intrndait
suciodiscursive, les situatiens d“énenciatiun et d'inte-rprétati-en décalées eu une entité neuvelle. Berrendunner définit MD cum me lie ensemble des savuirs
nen dans le temps etieu dans Fespace. cc-nsciemment partagés par les interlncuteurs a *(1983 : 2.30) et teute interac-
' .Uenvirnnnernent linguistique iiiinieufiut : cu-tente et savuirs cunstruits lin- tien cemme npérant sur des états de lvll] peur jv prevequer ties medificatiens.
gui stiquement par le tente. En d“autres termes la mémnire discursive est, à la fnis, ce qui permet et ce
- Les cnnnuissunces géneruies' présuniees purtugées .' cnnnaissances leitica- que vise une interactiun verbale. Teut te:-tte est un dispesitif là. la fc-is dynami-
les, précenstruits encvclupédiques et culturels. lieux cemmuns argumentatifs que et mubile tpregressien du sens) et relativement stable {'centinuité-répéti-
inscrits dans lihisteire diune suciété dennée. tien, rappel d`éléments placés dans la mémui re). Dire que MD est alimentée en
Partant du fait que le centente n'est pas eitterne, mais partie prenante de teut permanence par les événements cc-{n)te:-ttuels permet d`insister sur le caractere
precessus diinterprétatien, neus en tiruns, avec G. Kleiber, treis censé- prugressif et partiel de la cunstructiun, par le tente, diune schématisatiun c-u
quences: représentatien discursive. MD n`est pas tant alimentée en permanence par des
* a. Tente phrase, quelle quielle seit, a teujeurs hesuin diun center-tte. événements esu*aJinguist.iques que par les énencés purtant sur ces événements
Les phrases hers centente des euvrages de grammaire et de linguistique tent et cnnstituant eus-mémes des événements. Tuute énenciatien. sitôt accnmplie,
appel ii un cc-nteitte .interprétatif par défaut (Kleiber 1994 : lé). est par ailleurs 1'-abjet d`une transactinn : -s Une énunciatiun qui n`est pas récu-
* b. Le centente est chuisi en fenctiun de sun accessibilité. La censtruc-tien sée sur le champ se treuve autnmatiquement validée, et nen seulement elle et
d`un centente pertinent part teujeurs du centeste le plus accessible. Deus prin- sen centenu littéral. mais encere tuutes les cnnclusiuns legiques, argumentati-
cipes règlent cette accessibilité : ves, etc., qui peuvent en décuuler si (Benendnnner 1983 : 231). Ne pas nier
- Si un ce-teste linguistique est dispenible, en niira pas chercher un élément une prnpnsitinn revient iii admettre sa validité dans la situatien et la validité de
ce qui en déceule.
dans la situatien estralinguistique, parce qu`il est estimé meins accessible que
l`élément linguistiquernent intreduit dans la mémeire et denc plus saillant.
Références et lectures censeillées*
- Le centente spécifique l`emperte teujeurs sur le centente général : -e On ne
recuurt au cnnteste général que par défaut, que s"il n`v a pas de cente:-tte plus - l'vIikl1aïl lvl- I3nF;HTlt-l15. : Esthétique et titérnrie du rninnn_, Paris, Gallimard, l9Til
spécifique d`accessihle s.~ [Kleiber 1994 2 19). ll9'i'5l.
' e.. Le centente implique la mémnire. Réalité a la feis histnrique et eegni- -l'vlikhai'l M. Bnt<:HT|T~tE, Valentin H. "v'ulechinuv: Mrirxisme et pi1iin.snpi1ie riu
tive, le centesite niest pas une dennée extérieure au sujet : iungnge, Paris. Minuit, l9TÎ".
Centeste linguistique, situatien ezstralinguistique, cennaissances générales se -tvlagid AL! Bt_1tu.t_2Ha : -s Élnnneiatinn, argumentatinn et disceurs : le cas de la
retruuvent teus traités mémuricllcmcnt : ils ent teus le statut de représentatiun généralisatien a. Semen ii, Université de Besançen-Belles Lettres. 1993 : 43-él.
interne, méme s'ils se di Fféreneient quruit it l'nrigine et au niveau de la repré- - Michel Fuucault : L'Art:hérJir›gie riu sr.rvuir, Paris, Gallitntufl, 1959.
scntatiun [mémnire cnurte, rnémeire league. etc.). -Jean Charles GnTF.nt1 : l'Îr.-:pituie tie in rieuieur rie Puui Êiurirri, Paris, Gallimard,
(Klcibcr 1.994 : I9.) cuil. Ful inthéq ue, 1994.
La représentatien discursive, en tant que schématisation, niubilise des - Michel PÊCHEUX : nnnivse uiitnnrritiqiie riu riiscnurs. Paris, Dunud, I9tÎi9.
savnirs partiels, utiles mementané-ment. Elle ne cenveque ni tnute la mémeire - lviichcî PÈCHELH-=: : Les Verité.r rie Lu Pniice, Paris, l'v'laspcre, l9'i'fi.
du mende ni liensemble des saveirs encvclepédiques des sujets (stecltés en - Michel F'ÈcHEuI*t, Francuise Gadct : Lu Langue intra-uvubie, Paris. Tvlasp-ere, I9ii l.
mémeire it lung terme), tnais priuritairement les savnirs dispenibles en -Jean-Iviarie Sc|tnEFFEs. 1 article e Teste a du Nnureriu riictinnnuire encvcinpedi-
mémeire de travail et iît cuurt terme. Diun peint de vue ce-testuel, une t`uis que des sciences riu iunguge, U. Ducrnt et .l.-lvl. Schaetter {éd.), Paris. Seuil,
apparue. une unité linguistique devient le suppert petentiel de reprises : en 1995 : 494-504.

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L.....u...__
- _ *_ ZB la linguistique textuelle lntreductien è Fanalvse textuelle des disceurs 29

- Karlheinz STIERLE: e Identité du disceurs et transgressien lyrique a, Priétiqut* est nécessaire de fender sur l“analyse de textes cencrets (tâche de l"anaIyse
32, Seuil, 19'?? : 422-441. textuelle). Chaque texte se présente cemme un énencé cnmplet, mais nen
- Txvetan Ttineltev : Les genres* de a'iscaurs. Paris, Seuil, 1993. iselé, et cemme le résultat teujeurs singulier diun acte diénenciatien. (Test.
par excellence, l'unité de Finteractien humaine. Centrentée a un événement
Sur la questien du euntexte singulier de parele, l'analyse textuelle du disceurs ne peut pas faire liécenemie
- .tftlain Besanuutiivuea : e Cennecteurs pragmatiques et anaphnres ii, Centers tie de liarticulatien du textuel (a) et du discursif tb) car ces deux peints de vue
linguistique française 5. Université de Genève, l9'Ê3. cemplémentaires ne sent séparés que peur des rai sens méthedelegiques. Cette
- Geerges KLEIBEF. 1 e Centexte, interprétatien et mémeire : appreche standard vx séparatien est liée a des pregrammes de recherche qui mettent l'accent sur
appreche cegnitive a, Langue ,ti'anpais*e 103, Paris, Lareusse, 1994 : 9-22.* l`articulat.ien de lié-nencé et diune situatien d“énnnciatien singulière (dimen-
- Sr.*niia ti : 'Can.rexre{s), en particulier les articles de Catherine Kerbrat- sien prupreinent discursive) eu qui insistent plutét sur ce qui denne au texte
Urecehieni : e Texte et centexte a [39-00), lvlichel Charelles : tt Quand intervient une certaine unité, sur ce qui en fait un teut et nen une simple suite de phrases.
le centexte dans la réselutiun des ambiguïtés 'i' a (163-184), Derninique Dans la pratique d“analyse textuelle des disceurs, cette distinctien est appelée
lvlaingueneau : tt Centexte et scénngraphie a 11'135-193), et Patrick Schmell : it s“estcmper. Dès le début des années 1930, la linguistique textuelle a ajeuté à
e Preductiun et interprétatinn du sens : la netien de centexte est-elle epérateire `? ra liebservatien des faits ce-textuels de texture et de structure, celle de ]`inten-
(235-255). Université de Strasbeurg, 1996. tiunnalité [axe de la preductien) et de liacceptahilité {axe de la réceptien-
~ Français R..~ts'r1En: e Le preblèine épistémelegique du centexte et lc statut de interprétatien) du texte, c`est-il-dire un jugement de pertinence centextuelle.
llinterprétatien dans les sciences du langage a, Langages 129, Paris. Lareusse.
1998 : 9'?-111.* 3.2. Une pragmatique textuelle ?
La prepesitien et lescemhinaisens de prepesitiens dans la phrase cemplexe
censtituent l`un_ité maximale de l`analyse linguistique classique. La pragmati-
que transphrastique réduit également la textualité e aux enchaînements de
3. Le champ de l'analyse textuelle deux énencés et de deux répliques dialegales si (Stati 1990 :l2). Cest la limite
de la pragmatique de 0. Ducret et de la tt pragmatique du disceurs x- de
des discours J. Meeschler et et. Rehnul (1998). Ces derniers affirment que : -x Le disceurs
(eu les types de disceurs) ne sent rien d“autre que des suites d`énc-ncés a
3. l. Définitieris du texte et du disceurs (1995 : 235). Ce réductiennismc radical? a pnur censéquence le fait que nen
seulement le texte n"a, selen eux, pas dicxistence théerique, mais que le dis-
* a. Le texte cemme ubjet abstrait relève de la tt grammaire trans- ceurs, réduit aux unités qui le cempesent, ne mérite mème pas d`étude
phrastique a, qui est une extensien de la linguistique classique. spécifique :
' b. Parler de disceurs, ciest cunsidérer la sinlatien d'énenciatinn-interactien Le disceurs [...] n'est pas une catégerie naturelle scientifiquement pertinente
teujeurs singulière et llinterdiscursivité dans laquelle chaque texte est pris. Un [...]. ll nia dune pas hesein rl'un trait.ement prepre et Fécenemie scienti tique
texte ne devient un fait de disceurs que par sa mise en relatien avec l`irr.teniis- censiste ii s“en tenir ii l“étude du functiennement d'une catégerie naturelle
ceurs diune fermatien seciediscursive, elle-mème définie cemme lieu de circu- scientifiquement pertinente. ii saveir liénencé.
latien de textes (intertextuailité prepre ii la mémeire discursive d`un greupe) et (lvleeschler et Rebnul 1995 : 24-ti.)
de catégeries génériques tinterriiscur.rivite des genres et sens-genres).
Cette pragmatique des énencés plutét que du disceurs ne pestule pas de
' c. Les genres de disceurs sent un meyeri d`aberder la diversité seciecultu- niveaux intermédiaires de cemplexité entre Féuencé-phrase et le disceurs. Ce
tellement réglée des pratiques discursives humaines. Le cencept de disceurs manque caractérise lianalyse de disceurs et G.-É. Siufati a pu déplerer le fait
lb) rattache le singulier du texte td) è des catéguries histeriques, des c airs de que cette dernière ait manqué tt le texte en tant que tel fs :
famille a. Sur une échelle qui va de liidentité et de la seumissien au centraste
et ii la subversien, un texte renveie ii la chaine des disceurs qui circulent dans
le champ culturel dlune fermatien secindiscursive tmémeire diune cnllectivité
et de chaque individu).
T. Un autre réductieniiisinc caractérise cette pragmatique: ramener teus les Faits linguistiques
' d. Les textes snnt des uhjets cuncrets, matériels, empiriques. La lin- nbservés au principe rie ,r:›e:rinenr.'e. emprunté it Dan Sperber dt II-'cirdre Wilsnn : Reievance.
guistique textuelle est une théerie de la preductien ce{n)textuelle de sens qu” il Ctxferd.l3laclti.vcl1. 19iié {i_.a Pertinence, Paris. lvlinuil. l939].
|
30 la linguistique textuelle lntreductieri èi l'ana|vse textuelle des disceurs 31

Cempte tenu du primat accerdé it l`examen des cenditiens d`émergence des tex- Lursqulil neus arrive de dire qu*il fait chaud, qu”il fait freid eu qulil pleut. il ne
tes, l`|_analysc du disceurs] n'a pas preduit de réflexien spécifique sur le statut siagit presque jamais d`une simple censtatat.ien, niais d“nne impressien affec-
du texte. meins encure de thénrie spécifique du texte - théerie qui eut été tive, eu bien d“un jugement pratique, susceptible de déterminer une actien.
cnngruente avec ses preblématiques.
[.. .I Le lan gage reflète encere. cela va sans dire. la face pnsitive de la vie, cette
(2003 :432.} aspiratinn, cette tensien, ce hesuin perpétuel de réaliser une fin. Clest la raiscn
Ciest peur cette raisen que la linguistique textuelle est allée chercher ses d*ètre dlun autre caractère du langage spentané. sen cmactère actif, c`est-it-dire
rncdèies théuriques dans la Textiinguistilc allemande des années 1960-1920 et cette tendance qui pensse la parele `a servir l`actien. Le langage devient alers
u11e arme de cembat : il s'agit d'impeser sa pensée aux autres.
dans la Texqvragrnatiitf des années 1930. En français. seuls F. Nef (1939),
111952: ll'-13.)
F. Jacques (1932 : 62) et U. Eee, dans liinnieductiun de la traductien française
de Lectar in fai;-uia (1935 : T), ent utilisé, très eccasiennellement., l“appellatien En allant dans ce sens, le schéma 3 permet de préciser le schéma 2 :
e pragmatique textuelle s. Dès que le texte est défini cemme une -e eccurrence
cemmunicatiennelle s (de Beaugrande et Dressler 1931), la linguistique tex- Schéma 3
tuelle devient une pragmatique textuelle et elle se rappreche de llanalyse de
disceurs. Le terme e pragmatique textuelle s, que j`ai mel-méme empluyé
GHÀMF' DE L'.üiN.ütLYSE DE DESCDUFIS
dans le passé (1939 et 1995), n“est plus aussi facile ii utiliser aujnurd*hui en FUHMÀTIUN INTEHÀCTIGN FtGTlGN
raiscn de Fancrage de la e pragmatique du disceurs ss de Mtieschler et Rebnul secie secrete rvisee, eure;
dans les t.héeries de l`esprit. Cette pragmatique revendiquée cemme nen lin- niseunsità tN2l tail
guistique est incapable de traiter dans leur cent.inuité des textes de quelque tus; iurenniseeuns
ampleur et, par rappert aux pragmatiques textuelles allemandes. la régressien Lanquets) \
_ Genrelsl __ __
est netablef. Cemme liécrivait R. Warning il la fin des années 1920: e Une
théerie pragmatique du texte qui ne se centente pas de s`arreger ce nem n`aura
K Texte \
pas peur tibjet des phrases perfurmatives selen Austin, mais des types de dis-
ceurs institutinnnalisés s (1979 : 325). Le lien avec Panalysc des disceurs est
.íí l R?
Texture Structure Sémantique Enenciatien tftetes
clairement affirmé et liebjet mieux. défini : des pratiques diseursives institu- lprepesitiens eempesitiennelle (Fiepresentatien (prise en charge) de disceurs
éneneées (séquences discursive) Bi Cehésien (lite-cutuire)
tiennalisées, ciest-it-dire des genres de disceurs. si periecles) et plans de textes) (NE) pelyphenique Et Urientatien
I tt*-14] [N51 (NT) arqumentative
3.3. Le cliseeurs cemme actien k cusine ne Lvtuatvse rExruELLE Wal J
Dans les années 1920, bien avant la philusephie du langage et ce qu`un appelle
aujeurdihui le tt teumant actiennel s, C. Bally a insisté sur le caractère indis- La mise en évidence de l`actiun langagière (niveau Nl) accumplie au muyen
seciabie du langage et de î“'actien : diun texte explique liefficacité de l`actiun seciediscursive accemplie, peu"
exemple, au meyen du texte écrit par Émile Zela et publié en première page du
jeumal L'.4urn.re du 13 janvier 13915. Liefiicacité de la publicatien (192) de la
3. l_.`un des rares numéres de revue it parler de la Textpragniatilt est le nl” 2 de la revue Mars (1931).
Un article de Guillaumnu St l.i.isebrinl-t y rend cumpte du cnurant de l'l-lislinrische Textpragtnatilt
lettre euverte (N3) de Zela est le fruit d`une mise liers la lei du signataire de
et des travaux allemands partant snrla Révelutinn française. lieir également. dans cette perspec- l'aiticle et de la rédactien de i.. Uilurare. Zela aurait pu accuser (NS) sans effets,
tive élargie uès ttit it la rhéterique, l`article sur la mert de lvlarat d*Hans Lllich Gunibrecht si les cenditiens de preduetinn et de réceptinn (H2) niavaient pas eu le pnids
«_ Persuader ceux qui pensent cemme veus s, paru dans Friétiqttc 39 ll9'l'9: 363-304). légal des articles 30 et 31 de la lui sur la presse de l“épeque, ciest-it-dire des
.l.-lvl. Schaeffer appuie uès explicitement sa détinitinri du cencept de e texte s (1995 : 494-504) textes juridiques qui circulent dans la fermatien seciediscursive (N3). Il ne
stu la Tcxtpragmatilt.
9. Régressien particulièrement sensible quand en relit: e Grammaires textuelies et structures suffisait pas de dire tt J “accuse s (li-13), il fallait encere un dispesitif légal et des
narratives s. écrit en 1923. Dans cet article. peurtant fertement influencé par la grammaire institutiens (presse écrite, tribunaux). Les paramètres distingués par les sché-
générative, TA. “tian Dijk inscrivait la grammaire de texte dans la pragntaticue naissante et, mas 2 et 3 permettent diapprefendir ces ebservatiens.
envisageant différents niveaux de ferganisatien des textes. il ne dennait pas de Fénencé une La généricité (193) de ce texte est cemplexe: il siagit diaburd d`une lettre
délinitien étreitement' phrastique. Il y a dans la e. pragmatique du disceurs x- une amnésie des
recherches des trente dernières années, sensible dans 1':-ibsence de référence aux travaux de euverte, genre jnumalistique d“epinicn adaptant le medèle du plan de texte de
psychelinguistique textuelle. aussi regrettable que l'impasse faite sur Fanalyse de disceurs de la lettre et la deuble adresse : directe è un destinataire nemmé et indirecte aux
traditien française. lecteurs du jeurnal. lvlais cette lettre parait en première page. ce qui n'est pas
32 Le linguistique textuelle lntreductien è Panalyse textuelle des disceurs 33

ceurant et lui denne un statut diéditerial, et, par ailleurs, elle a tentes les carac- Tente actien langagière s"inscrit, en le veit, dans u11 secteur denné de
téristiques des gemes rhéteriques judiciaire (aceuseridéfendre) et épidictique l`espace secial qui deit ètre pensé cemme une fermatien seciediscursive,
(Ela fait successivement la leuange du président Félix Faure et le blème de la c`est-è-dire ceimne un lieu secial assecié a une langue (secielecte) et it des
plupart des acteurs de llaffaire Dreyfus). .afl'im1ens. dès it présent, qu'uu texte genres de disceurs. Le pregramme de recherches déceulant de l*inc1usien de la
ne relève que rarement d'un seul genre. La cembinaisen de la lettre euverte, de linguistique textuelle dans le champ de 1`analyse de disceurs est très preche de
Péditeriai et du genre judiciaire permet è e .l*accuse. ._ ! a de prendre la femte celui que dessine J.-lvl. Schaeffer : rr Dans la mesure eu teute activité de tex-
d`une lettre adressée au plus haut magistrat de l`état, par le meyen - le média tualisatien siinscrit dans le cadre d`un genre discursif spécifique (détemiiné
au sens prepre - diun jeurnal qui augmente la prise en charge des prepes en pragmatiquement), multiplier les études détaillées de genres particuliers
liélargissant, au-dela de 1`auteur lui-méme, ii la rédactien de L 'r-lurare. devrait [. ,.1 permettre d` éviter les extrapelatiens abusives dent les théeries du
Du peint de vue de la matériaiité discursive de ce texte et de la detinitien de
J'
texte ent été trep ceutumières x› (1995 : 504). Faute de place, je ne ferai teute-
ce qu'est une fermatien seciediscursive, il faut saveir que Zela avait publié, feis pas de ce pregramme- pmiellement déveleppé dans Linguistique .tex-
cher sen éditeur Fasquelle, deux brechures: une Lettre ri ia jeunesse (19 tuelle (1999) - la matière centrale du présent euvrage.
décembre 1392) et une Lettre ri ia France (6 janvier 1393). Il avait fait impri-
mer une treisième brechure qui avait peur titre: Lettre ri ilffansieur ii`e'iix 3.4. Limites du prepes du présent euvrage
Faure, Préririenr rie ia Republique qui n`ajamais été diffusée sens cette ferme.
Changeant de suppert matériel de diffusien, sen texte est passé en Une d`un La linguistique textuelle a peur réle, au sein de l"'analyse de disceurs, de théeri-
des rares quetidiens dreyfusards, Lütlurare, créé treis mais plus t6t. Le numére ser et de décrire les agencements d”énencés élémentaires au sein de l'unité de
du 13 janvier 1393 lut exceptiennellement tiré it 300 000 exemplaires (au lieu haute cemplexité que censtitue un texte. Elle a peur tache de détailler les
des 25 000 habituels). Ce changement de régime de matérialité et de fermatien rr reiatiens diinterdépendance :›:› qui fent diun texte un -rr réseau de
seciediscursive s`est deublé d`un autre changement, interne it la presse écrite déterminatiens si (Wéinrich : 1923 : 124). La linguistique textuelle perte autant
cette feis. Zela écrivait auparavant dans Le Figure. itprès un article metivé sur la descriptien et la défi nitien des différentes unités que sur les epératiens
par une vague diautisémitisrne : -s Peur les juifs s ('16 mai 1396), il a écrit treis dent, it teus les niveaux de cemplexité, les énencés pertent la trace. Le présent
articles relatifs a l`aI`faire Dreyfus : le 25 nevembre 1892, il adresse it essai sera dune centré sur la partie dreite du schéma 2 (p. 19) et sur la base du
rr lvl. Scheurer-Kestuer si le célèbre texte qui se termine par la fermule : -rr La schéma 3 tp. 31). Les unités textuelles subissent deux types d°epératiens de tex-
vérité est en marche, et rien ne l“arrètera s ; le lt' décembre parait 1`article inti- tualisatien. D`une part, elles sent déceupées par segmentatinn (disc-entinuité
tulé -s Le syndicat. n et le 5 décembre : tr Precès-verbal a. Clétait trep peur les de la chaine verbale qui va de la segmentatien des mets ir celle des paragraphes
lecteurs du Figure dent les désabennements ent puussé Zeta ir la déruissien. et parties diun texte) et, d`autre part, elles sent reliées entre elles (epératiens
En cheisissant L.'«4u.rr.rre. il est passé d`un jeumal installé it un jeumal diepi- de liage) peur fermer des unités plus cnmplexes (fabrique du eentinu).
nien. pepulaire, neuvelleiuent créé. Ce changement a en des censéquences sur
les cenditiens de preduetien et de réceptien de sen texte. La situatien d"inte- Schéma 4
ractien est devenue judiciaire. Le texte rappelle d` ailleurs l'acte illégal que réa-
lise sa publicatien : TEXTE

En pesant ces accnsatiens, je rfignere pas queje me mets seus le ceup des arti- ,l 'I, K üPÉFhfl|.TIüN[S} DE SEGMEHTILTIDN {DISGüNTINUITÉ} \
cles 30 et 31 de la lei sur la presse du 29 juillet ltiilil, qui punit les délits de dif- [5]
famatinn. Et c”est veluntairement. que je m`expese.
li
ZA (paragraphes
si (Phrases
Zela et ia directien de L “rlurare (seu rédacteur en chef Clemenceau, en par- Parties UU Etmphesï Périedes Etyüu vers) Prepesitinns
ticulier) accemplissent, en écrivant et en publiant le texte. un act.e destiné è d'un plan -1 etteu ..Î_-__ éneneées
déclencher un precès mettant en cause les cenclusiens du precès Esterhaey, de texte [4] séquences [2]
lui-rnème clé de la révisien de la cendamnatien d`A|fred Dreyfus. Le centexte
juridique de la lei sur la presse de juillet 1831, le cheix d“un suppert de presse |'l`_lΛ"'Él '-l_Î.l:I 'lI-Tl e|=*É|=utr|eurs} petuxee ,
et la place en première page dlune éditien exceptiennelle, la date de publica- reenriuulrei J
tien (deux jeurs après liacquittement d` Elsterhaey), la célébrité de sen auteur et
du destinataire pestiche Félix Faure, fent teut le sens. la ferce et 1'efficacité
petentielle de ce -rr J`accuse... l a.

μ.
34 La linguistique textuelle lntreducticn è 1'.-analyse textuelle des disceurs 35

Le schéma 4 détaille l`ensemb1e des epératiens cemplémentaires de ce-tex- - Umbertn Eee : Lectar in Fabula, Paris, Grasset, 1935 (_ 1929).
tualisatien qui sent au cenue du présent euvrage. Cemme neus le venpns aux _ jar-ques Gutetnutvtutt, Hans-Jiigen Lüseuttitut : rr La “pragmatique textuelle et
chapitres 2 (§3) et 4, une première segmentatien [1] déceupe des unités de pre- |¢__-.,-, lange.,-gge .-Je la Révelutien frmiçaise is, tltlnt.r 2, Presses de la Fendanen natte-
mier rang quiune première epératien de liage [2] assemble en unités de rang 2. nale des Sciences pulitiques, 1931 : 191-203.
Ces unités (périedes etieu séquences) sent elles-mémes 1“ebjet d“une neuvelle _ 1'-“mr-[gig Jxeques : rr Le meuvement du texte s, in J. Greisch (éd.). Le texte
segmentatien [3] qui délimite leurs bemes initiale et finale. Le liage [4] de ces crxrnrne chier plrila.rnpliigue, Paris, Beauchesne. 1932 : 15-35.
unités de secend rang abeut.it aux paragraphes de prese en aux strephes censti- - Frédéric l*~le.F : -rr liletes peur une pragmatique textuelle. lvlacre-actes indirects et
tutives d“un plan de texte [5] et it une unité textuelle elle-mème délimitée par dérivatien rétreactive rs, tfanununicarians 32, Paris, Seuil, 1930 : 133-139.
une quatrième epératien de segmentatien, que 1*en peut dire péritextuelle [6]
dans la mesure eù elle fixe les bemes eu frentières d“un texte parfeis pluri-
sémietique (article de jeurnal eu recette de cuisine). Le chapitre 4 sera entière-
ment censacré aux divers types de liages [2], les chapitres 5 et 6 perterent sur
les unités que ferment ces liages et sur celles que les liages [4] déterminent, è
un niveau supérieur de cempesitien. Ce parceurs a peur but de feumir les
bases de lianalyse textuelle des disceurs.

.Î Références et lectures censeillées*

Références de la scctien
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relle scientifiquement pertinente x, (Îaliiers a'e lln.gui.rri.-_;-*ue française, nf 12, Uni-
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Sur la pragmatique textuelle


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versitaires de lv'incennes. 1939 : 113-132.
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C. Karal-:ash |[éd.), Qttartri' interpréter ciest citanger. Genève. Label' 3-: Fides,
1995 : 33-54.
*Quelles catégeries peut l'analyse des textes 2 32

La tache de la linguistique textuelle est de définir les grandes catégeries de


marques qui permettent diétablir ces cennexiens qui euvrent eu ferment des
segments textuels plus eu meins lrings. Ces mmques ne receupent que partiel-
leiuent les catégeries merplie-syntaxiques définies dans le cadre de la linguis-
tique de la langue. La cehérenee du texte niétant pas la résultante de faits de
Chapitre 2 grammaticalité (Cembettes 1992 : 113), les demaines textuel et merphe-syn-
taxique sent différents et asser. largement indépendants. Cette rt rlistersien s,
ce décalage entre les catégeries de la grasmnaire et celles de la linguist.ique du
texte ne deivent. pas étenner : 1`appreeiie de la langue est traditirinnellement
une appreche phrastique de la granunaticalité des énencés, ses catégeries
Quelles catégories repesent denc sur des critères merphe-syntaxiques (parfeis implicites et mas-
qués par des délinitiens de type sémantique). La linguistique du texte duit
pour l'analyse des textes .7 denc élaberer des cencept.s spécifiques et définir des classes diunités
s intermédiaires [...] entre la langue et le texte a (Cembettes 1992: 102).
Cemme le dit encere 13. Cembettes, les cnncepts utilisés en grammaire
phrastiqiie :
Un a vu, avec Benveniste, que le demaine de lianalyse translinguistique des textes |_.. _] pessèdent leur prepre utilité, dans leur erdre, mais ne peuvent étre
tit-lgedtt 1111 *x appareil neuveau de cnncepts et de définitiens s (1924 : 65). C*est à «rt réutilisés s tels quels, dans une preblémaiique qui s“attache ii un autre
Cela que neus allrins pregressivement neus attacher en revenant sur la difficile ques demaine que le leur. |...]. lvlènie si des reiatiens, des interactieiis, peuvent ètre
nbservées entre les deux deiiiaines (phrase et texte). des catégeries fendées sur
U99h9Ê jf* 9193-39 (3 ll- Nüüs vetîreus ce'qu`i] faut retenir de la descriptien des
des caractéristiques purement grammaticales ne peuvent ètre censidérées
Êîãuïlflntlnîflls lållfièilflqufifi PTUPÈFHÈB t1HI1`Ecple de Prague (§ 2). bleus censacrerens cemme des netiens feiidainentales pertinentes en ce qui cenceme la cehérenee
U" 993 9'143 Uppement a la penctnauen definie cenune une epératien cem- du texte.
plexe de seginentauen des urutés (f§ 3), avant de cencliire sur les preblèines pesés (1992: 113-114.)
parl etabhssement des textes, ciest-ii-dire de neue ebjet d`étude lui-mème (li 4).
M. Charelles (1993) et 13. Cembettes (1992) tint seuligné Fimpertauce,
peur la linguistique textuelle, de la définitien des classes d`unités et des types
1. Un rrrappqreil nouveau cle concepts de cennexiens preprement textuelles. Il est ainsi devenu évident que Feu deit,
et de definitions a (Benveniste) par exemple, eppeser les eenjenetinns de cuerdinatinn (niais, nu, et. rianc.
nr, ni, car) ii la classe textuelle des cennecteurs. En passant diune catégerie iii
l*autre, en change de cadre et les classements changent aussi. La cemplexité
1.1. Catégeries de la langue et catégeries textuelles du fenctieniiement des cennecteurs leur faitjeuer un rfile aux niveaux 1'*-14, N6,
Les splidarités syntaxiqiies entre unités de la langue n`ent qu`une peitée très 1'~l2 et 193 du schéma 3 (p. 31), a1ei's que les erganisateurs sent, en le verra,
μqäeåùpptjpè peur entrer dans le demaine limités au niveau N4. De manière semblable, la belle hemegénéité de la classe
merphelegique des prenems persennels éclate dès que 1`en passe au niveau
sent pas sur des
mlatiünnüllgs df:critères
W syntaxi
î E) ues +mais._ sur
* dLes
ml marques
dijparalssünll
et Elm “Ê P3910"
uistructiens du texte. Les prenems 'de treisième persenne il(s,l et elle(r) deivent, en effet,
H pe _ee p us eu meins leintaine. Ces ceiinexiens textuelles ètre alers -[re)classée dans le demaine des reprises, avec les démenstratifs, cer-
pessedent deux prepriétés essentielles : tains indéfinis et certains greupes nemiuaux détinis (niveaux 1*~l4 et N6 du
f ' lîlles si repusent sur Peccurrence de marques in stiuctiennelles ayant peur schéma 3), tandis que les deux premières persennes deivent ètre mises en rela-
une ren tenventiennelle de signaler au destinataire que rellrr rm rgllg unité tien avec les pessessifs et les rnedalisateurs, la classe des déictiques et
deit etre ceinprise cemme entretenant telle relatien avec telle eu telle autre s l`e_nsemb1e du demaine éneneiatif (niveau 1*-12 du schéma 3). À prepes des
(Charelles 1993 : 311). subrirdennées relatives, B. Ceinbettes nete très clairement que :
" 5.1194 gf E0111 tftlpabies fpnctienner iengue distance et elles n`entrent Leurs prepriétés merphe-syntaxiques sianalysent dans une grammaire de
pas anis es schemas preetablis, ce qui fait que le rlisceurs, a la différence de pluase ; en revanche, leur rtile discursif - répartitien des prisés et des présuppe-
a phrase, est une entite structuralenieiit euveite s- (id.). sés, du premier plan et du secend plan - ne peut se ueuver réellement
P-\-
33 Le linguistique textuelle Quelles catégeries peur lfienelvse des textes ? 39

e justifié s- que par la prise en cempte du centexte. Dans cette perspect.ive, Elle rejette aussi la prepesitien, qui vient de la philesephie du langage et a
Feppesitien phraseltexte ne fait pas le tri entre des phénemenes linguistiques ses erigines dans la legique fermelle. La netien d”énencé cumule les incenvé-
qui reléveraient de la phrase et ceux qui reléveraient du texte, mais elle s`atta- nients d`imp;réeisien relative a ses limites de lengueur et d'abse-.nee tetale de
che it distinguer des prepriétés diverses- les unes phrastiques, les autres
textuelles - d`une méme structure de langue.
cadre grammatical eu sémantique. J. Gardes Tamine et M.-ét. Pelliaxa chei-
sissent, dans Le cen.v.trr.rcticIrt du texte (1993 I 15), de défltút' une is unité de
(1993 : 41'.) crmstruetien textuelle ss (UT) velentairement fleue. Dans un article de
En fnuichissant la frentiére de la phrase peur aberder les preduits naturels de Lïnfeirnerien gremnieticele (2003), J. Garde Tamine distingue cette netien
iiinteractien langagière que sent les textes, en ne precede pas .1 une simple exten- de l`unité grammaticale minimale eu unité nevau (UN). Ces unités caneni-
sien traiisphrastique des limites de la linguistique. Cemme le dit Anteine ques de la descriptien grammaticale (unités en langue cemprenant un verbe et
Culieli : tt Le texte écrit neus ferce, de façen exemplaire, à cemprendre que lien les éléments de sa valence qui déterminent la séquence de cempléments qui le
ne peut pas passer de la phrase (hers presedie, hers centexte, hers situatien) à suivent) ne sent pas ebligateirernent représentées dans les unités textuelles
Pénencé, par une precédure diextensien. 1] siagit en fait d'une rupttue théerique, minimales réalisées (UTM) :
aux censéquences incenteurnables si (1934 : lil). Le débat relatif ã cette rupture
passe, en l*a déja vu dans les précédentes citatiens, par une définitien de l`unité Le fait d“adepter une terminelegie précise cemme celle d`Ul“~l et d`UTlv“l pennet
de trier les phéneménes et de mentrer quels sent les facteurs qui fent passer pre-
textuelle minimale qui implique un questiennement de l`unité phrase elle-méme. gressivement d"`une unité abstraite a une unité textuelle canenique, puis ii des
unités textuelles amplifiées qui vent censtruire le texte. Un peut ainsi, teut en
1.2. La phrase en questien' censervant la séparatien des niveaux, aller d'une micregrammaire a une macre-
grammaire textuelle.
Rien ne dit que la netien de phrase seit un meyen adéquat de segmenter le (20-03 : 215.]
disceurs.
terlain Beirendenner' ÈUUÈ : 24.} Au cadre, selen mei trés discutable, de la -s grammaire de texte ›› s*ajeute la
mise en avant, teut aussi preblétnatique, de la stylistique de l`écart1 :
Dans une des plus claires et récentes pri ses de pesitien, J. Gardes Tamine
critique les netiens de plrrese, de prepe.rin'nn, d`énerrcé et de périede, selen [La grammaire] débeuche denc sur une stylistique nù la netien d'écart prend un
eîle treuve trep datées histeriquernent et cerrespendant à des théeries et å des sens précis : écart par rappert il une nerme difficile sinen impessible Li déflnir,
niveaux de descriptien Lrep heteregénes :
J' J'
mais r.iifl*`érence par rappert tt des unités caneniques définies dans un cadre
grammatical précis.
[...] ll me semble que les termes de phr*.*s.re, de prepesirien et d*éner*rt:é (2{lt}3 : ZT.)
devraient étre écartés [et celui de périede réservé ii l“analyse rhéterique] car la
selutien qui eensisterait a les censerver en leur dennant une définitien plus pré- Revenant sur la périede, dans sen article de 2003, J. Gardes Tamine la
cise ne serait pas viable, étant denné ie sens dent la traditien les a chargés et censidéré fert justement cemme «s une cellule de censtructien du texte, ana-
qu`ils véhiculent à l`insu méme de leurs utilisateurs.
legue it la strephe en peésie si {2t'.lü3 : 23), mais elle veit un prebléme là eù je
[2II]ü3 : 2f1l.} treuve un énerme avantage [qui sera explicité au chap. 5, § l) :
Elle déplere le fleu des netiens de periede {_qu“elle range dans le demaine
Le prebléme est que la périede est une unité textuelle, une unité de disceurs,
rhéterice-stylistique de la manifestatien de la parele) et de phrase (du une -s unité de cemmunicatinn _» [... |. En termes saussuriens, elle releve de la
demaine du systéme de la langue) dent les limites ne sent pas avérées et les parele, nen de la langue.
descriptiens centradicteires :
[...] Dans le cadre diune analyse grammaticale, s`appuvcr sur une unité de
Phrase simple, phrase cemplexe, phrase verbale, phrase sans verbe, ces expres- parele dent les limites sent fleues est une pesitien plus difficile à tenir. La
siens menlrent la difficulté quiil 3* a a lui denner un centenu précis : qu`j,f a-t-il grammaire a hesein d`unités stables définies e prirnri, c'est-a-dire en systéme.
de cemmun il tuutes ces «s plnases sf, sinen peut~étrc une cenfiguratien abstraite Le terme périede ne peurra étre censervé que peur désigner ce que j“appelle
qu'il vaudrait mieux nemmer autrement peur éviter tnute cenfusien 'i' unités textuelles.
{ÊlÇlIÎl3 : 24.] t2l.liÎl3 : 23-24.)

I. Deux excellents numéres de revue abertlent cette questien: Le Frenr.*ei.s -nu,ieurrl'i:m' E35, 2. Que je critique, aprés bien d'autres, dans Le ,':Îr_vle .dens le langue lf1'.3l'§lÎ"]| en prénant une appre-
Êtllll, et L"I.ufis-rrnetieir grernmrttirxrle '-.%lEi,juin Êflllå (veir encadré bibliegraphique, p, 43), che variatiennelle de la questien.
40 la linguistique textuelle Quelles catégeries peut l'analyse des textes ? -il

Peur désigner les assemblages plus eu meins cemplexes diénencés entrant 1.3. L'e:x.emple cles censtructiens détachées et cles relatives
dans la cempesitien textuelle, neus verrens que le cencept de périede présente
des avantages. Sen erigine rhéterique ne gene pas du teut les linguistes spé- Le fenctiennernent d`unités syntaxiques périphériques par rappert au neyau
cialistes de l“eral qui ent prepesé, cemme neus le verrens au chapitre 5, une cemme les s censtructiens détachées is (CD) placées en téte de phrase est un
redéfinitien de la périede il leur usage. La réactivatien en linguistique du texte ben meyen diexemplifier ie déceupage des unités textuelles minimales. 'Ber-
écrit de ce cencept rhéterice-grarnmatical est une eccasien de seuligner les nard Cembettes en prepese une appreche textuelle :
rapperte entre anciennes disciplines des textes et des di sceurs et linguistique
mederne. Peur ne prendre que ces deux exemples, en se livrant respective- La CD [censtructien détachée] intreduit dans i`énencé une neuvelle structure
ment ii liétude d'une tirade de Brit-snnicns de Racine et diane réplique en dis- prédicative, réduite certes, mais qui établit avec un sujet une relatien identique Èr
celle d"'une pnédicatien cemplete. Cette caractéristique, qui eppese nettement la
ceurs direct de La rente des Flandres de Claude Simen, G. lvlelinié (l99S)3 et Cl) aux censtructiens liées, est fendarnentale : elle explique que la CD apparaît
F. Neveu (1998) ent preuvé l'un et l`autre ia quel peint netre cencept mederne seuvent cemme une parcnthése, une serte d'incise explicative, qui n`est pas uti-
de phrase est inadapté aussi bien à la prese erateire d`un peème dramatique de lisée peur déteirniner un greupe neminal, mais peur apperter sur lui une neu-
1669 qu"au style eralisé d" un reman du milieu du xx* siecle. Teutefeis, peur velle infermatien cemme le ferait une structure de phrase indépendante bâtie
désigner l"unité graphique dent une majuscule et un peint signalent la cléture, sur une articulatien prédicative. Ciest pc-ur cela que la CD peut étre interprétée
le cencept typegraphique de plrrese neus sera utile et neus l`utiliserens dans cemme un censtituent périphérique : prédicatien secende, elle vient teujeurs
ce seul sens diindicatien graphique hybride (legice-grammaticale, presedi- s`ajeuter ir une prédicati-:in premiére, principale, dans une relatien qui est [...l
que, rythmique et de mise en relief de segments signifiants). plus eu meins liiche.
(Cembettes 1993 : 12.)
Peur séduisante qu`elle seit, une rupture terminelegique radicale ne me
parait pas indispensable. L'UTl'vI n"'est pas autre chese qu`un énencé minimal Uexemple suivant, tiré de bréves que Félix Féeéen écrivit, en 1906, peur le
pessédant certaines prepriétés sémantiques que le cencept de prepesitien jeurnal Le Mtrtirtfi, présente une CD (seulignée ici en gras). En dépit du lien
cemperte clairement et certaines prepriétés grammaticales de réalisatien dent syntactice-sémantique avec le sujet du neyau de la phrase cemplexe, la CD est
ce cencept rend également cempte en tant qu'unitné syntaxique entrant dans la une unité de sens qui pesséde méme, en T-*'-l, une fenctien narrative :
cempesitien des phrases cnmplexes (unités syntaxiquement liées et unités
périphériques). Neus avens besein d`une unité textuelle qui tient cempte de la T4 .ayant terrassé liafficheur i-ichille, ils le tirérent sur teute la lengueur de
la passerelle dïallertville, puis le précipitèrent.
nature dc preduit d`une énenciatien (énencé) et d”ajeuter à cela la désigna-
tien d'une micre-unité syntacticdsémantique (_r›repesitien)“'. Qu*en la Dans le déceupage de la structure de ce petit texte, la CD censtitue une
nemtne -s énenciatien ss eu -s clause si {Berrendenner 1990 et 2002) eu s acte unité textuelle [é] au méme titre que les deux unités suivantes, séparées par
textuel si (Reulet 2001), cette micre-unité sémantique est destinée à étre mise Ferganisateur temperel PUIS : lei] Ayant terrasse' l*eflir:l1.eurAchille, lé2l ils
en mérneire discursive. Neus allens illustrer le déceupage de ces unités tex- le tirerent sur tente le lengueur de le passerelle rl'/fllfertville, PLUS léîj' le
tuelles minimales par Fexempie des censtructiens détachées et des relatives. prrleipiterertt. Le prenem persenne] ILS, en dépit du vide référentiel qui le
La pertinence des remarques «s prudentes et relativistes x- de l. Garde caractérise et qui cerrespend bien au eentraste entre Fignerance de l'identité
Tamine s`accempagne d`une limitatien au paragraphe et it la .rtreplre des u11i- des agresseurs et l“identité cennue de la victime {l"n_fitirrl1eur*Aclrille),jeue un
tés intermédiaires envisagées entre la périede et l'unité texte. Ces deux cem- réle essentiel dans la cehésien de ce petit texte : il sert de base thématique
pesantes des textes en prese et en vers sent des unités graphiques qui fent (agent) aux treis actiens-prédicats qui censtituent les neyaux des treis énencés
partie d`une plus vaste structure : le plan rte texte et parties (chap. ti). Neus successifs : ils ent terrasse Achille les-',l', PUlS ils l“ent.t.ire lé2_,l, PUlS ils llnnt
verrens (chap. 5) quii] existe, par ailleurs, entre la périede et le plan de texte, précipité ,le'3,l.
un niveau séquentiel de structuratien. Le fait-divers jeurnalistique T2 que neus avens cité en intreductien (p. 22)
présente, lui aussi, une intéressante censtructien détachée partieipiale (P2),
3. Le texte de Racine étudié par lvlulinié est repris ici méme aux chapitres 4 tT5-4, p. 122) et é
trés différente des simples eircenstancielles du type de celle que l`en treuve
rp. isa). au début de P5. Elie n'est pas trés différente, en revanche, de la censtructien
il. En cheisissant de parler de prepesitien-énencé, plutét que de clause par exemple, il s“agit de participiale avec relative de P3 :
juuer sur l”ambigu'1'té d“une unité définie par la sémantique et par la syntaxe phrastique
classique : la prepesitien. ll ne s`agit pas d`une unité aussi virtuelle que la prepesi tien des
legiciens eu celle des grammairiens, mais d'une unité effectivement réalisée et preduite par un 5. Breves aujeurd`l1ui regreupées en velumc: i'~leuvelles en trr:-.ls ligrtes [Livre de Peche Biblie
acte d`énenciatien, denc d'un énencé. nf' 3293. lšiflfl).

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F

-_--42 ta linquistique textuelle Quelles catégeries peur l'analyse des textes i" 43

[P2] ayant pu se precurer des revelvers, ils prirent de ferce les cles d“un Cette analyse est cenfirmée par l`emplei trés fréquent des CD dans la presse
geél ier et se précipitèrent hers de leurs cellules en tirant sur les gardiens écrite eii elles permettent d“intreduire une causalité narrative :
dent quatre furent tués.
T5 ayant échappé ii la surveillance de sa maman [é ll, un petit garqen âgé
[P5] Devant la perte de la prisen, les ferçats menterent dans une veiture qui de lé meis a t`ait une chute mertelle d“une dizaine de iiiétres depuis le
les attendait et qui partit li teute vitesse pendant que les gardiens déchar- treisieme étage dlun immeiible situé au ni' 5 dela reiite du Village [é2].
geaient leurs revelvers dans la directien des fugitits.
La CD, avec la ferme du participe (ayant ecliappe) qui signale une antérie-
[P8] Une halle ayant frappé å murt le cheval qui empertait la veiture,_ leq rité de l*actien ii la femie active et accernplie, est dennée cemme- une inferma-
gardiens purent apprecher et treuvèrent les ferçats merts, le cerps crible
de halles.
tien impertante sur la cause [él] de llaccident rapperté dans le neyau de la
phrase [é2]. Ces exemples mentrent qu`en dépit du lien grammatical et de la
À la différence de la circenstancieile de lieu de P5, les deux CD participia- stricte syntaxe phrastique (présence du sujet de la CD dans le neyau), les CD
les censtituent. chacune une prédicatien, c"'est-ii-dire une unité de sens ii mettre sent des unités de sens qui entrent dans la cempusitien t.extiielle. Elles censti-
en méiiieire car elle cenditienne la lecture de ce qui suit : Les fnrpats se sent tuent des prepesitiens-énericés.
precure' des revelvers (P2), Une l:-alle a frappé il in-art le clieval qui, pin Deux fermes de relatives sent présentes dans la ciiiquiéme ph rase du texte :
ailleurs, empertait la veiture (PB). C"'est visiblement l”analyse que tait Blaise [P5] Devant la perte de la priseu, les ferçats ineiitérent dans une veitui'c QUI
Cendrars (T 1, p. 22) lersque, réécrivant le fait divers, il cheisit de déceinpeser les attendait et qui partit å teute vitesse [_ . .}.
les phrases P2 et PS en treis vers libres marqués par une majuscule initiale et
un blanc en beut de ligne : La relative ii l“imparfait est restrict.ive. Syntaxiquement dépendante, elle ne
- Transfermatien des quatre unités de P2 (Aytirit pu se prncurer ties revel-
supperte pas trés bien la transfermatieu-test du relatif en prenem de reprise
-s celiiiicelle-ci si : Les ferça.ts ri*ieritereii.t dans une veiture. l?_i Cta.r.s-cr les
vers ,lei ,l, ils prirent fleferce les cles a' 'un gelilier ,le'2,l et se précipitèrent liers
attenrlait et i ,l. Un peut denc dire que la relative restrictive ne censtitue pas
de leurs cellules en tirant sur les gardiens leÿil tient quatre fiurent tueslé4,i) en
une unité auteneme, cemme Pimpfiait le centinne en qualifiant en quelque
cinq unités de sens (ajeut de la mert du geélier et marque du lieneiitre prepe-
serte la veiture. En revanche, llautre relative - relative appesitive cempertant un
sitiens par le cennec-teur ET et l`ellipse du sujet TLS dans la deuxiéme umte) :
passé simple qui intreduit une neuvelle actien - est, elle, assea auteneme peur
Treis ferçats se precurent des revelvers [él] mieux supperter la trarisferrnatieii-test : Les _ierçrit.r niantérerit -:lans une veiture
Ils tuent leur geélier [é2j et s“enipare-nt ces clefs de la priseu lé3_| qui les titteiulait. Celle-r.'i partit ri teute vitesse. Cette analyse est cenfirmée par
Ils se précipitent hers de leurs cellules [é4] et tuent quatre gardiens dans la ceur le fait que Cendrars distingue, dans sa réécriture, ces deux relatives. Il n`autene-
lë5l mise que la secende, seus ferme de phrase-vers (v. 6) :
* T1'ansferrnatien des treis censtituants de P3 (Une lsalle ayant frrippe ri vers 5 : Bt mentent dans une veiture QUI les attendait ii la perte
rnert le cheval qui empertait la veiture léli, les gardiens purent appraclier vers 6 : [ls partent ii teute vitesse
[ell et trnuvereiit lesjle-rçats in-arts, le cerps crilile de lialles lriîi) en treis uni- La méme ebservatien peut étre faite ii prepes de la relative de la phrase
tés de sens : typegrapliique Pti : Une .halle ayarilfrappé ii rnert le cl;-.eval qui empertait la
v. ll :Une balle frappe ii mert le cheval qui empertait la veiture [él “] veiture, les gardiens ll. Le test en celuiicelle-ci, qui permet de décider si
v. IE : Les gardiens peuvent apprecher [é2'] l'eu a deux unités textuelles élémentaires autenemes, est tres révélateur : Une
v. 13 : lls treuvent les ferçats merts le cerps eriblé de balles [é3”] lJalle ayan.tfrap_.ué ti niart le r.*iieval. ,l?,l Celui-ci empertait la veiture il De
fait, Cendrars réunit cet énencé dans un seul vers l 1 : Une laallefrappe ri in-art
La censtnictien participiale de P3 [él] permet d“exprinier liantérierité d"`un le cli.eual qui empertait la veiture.
énencé et denc un enchaînement de prédicats successifs. Une successien tem-
perelle d`actiens et des liens de cause ii effet sent ainsi intreduits (ee qui n`est, Références et lectures censeillées*
en revanche, pas du teut le cas avec la circeiistancielle de P5). Avec cc type de
censtructien, neus entrens dans le prepes qui sera aberdé plus lein, `a saveir la - Jean-lvîlichel ,fituatvt : ii Du fait divers au peénic futuriste de Blaise Cendrars si,
questien de la segmentatien des énencés minimaux. Blaise Cendrars, dans les chapitre E de Linguistique tartuelle, Paris, Nathan, l9E19 : lifi- I 33.
deux vers cités, prepese un déceupage de la matiere verbale tres différentde - Michel CHrixe|_|-es : a Les plans dlerganisatien du disceurs et leurs
celui de l`article du jeurnal. La ceiiséquence principale de cette segmentatien interactiens :-:›, in S. lvleirand et alii éd., Parcnars linguistiques de a'iscc›ur.*-: specia-
est une déceiistriictien du récit. li.rr-E-.*, Berne, Peter Lang, 1993 : 301-314.
-i__a

Î 44 La linquistique textuelle Quelles catégories pour lüanalyse des textes ? 45

~ Bernard Coivieerres : ii Questions de méthode et de contenu en linguistique du ruinées 1960, ceux de V. lvlathesius, directeur du Cercle dés sa fondation en octo-
texte a, Êturles de linguistique ttppliqueie BT, Paris, Didier, 1992 I l0Î"-l 16.* bre 1926). Cette théorie revient sur la vieille question de l"ordre des mots dans la
-Bemard Ce-1|viBETTEs : ii Cirammaire de phrase, grammaire de texte: le cas des phrase, posée, par exemple, par le linguiste danois A. Blinkeiiberg (1923 et i933)
progressions thématiques ii-, Pratiques 'i"i', Meta, l.993 : 43-52.* et, avant lui, par H. Weil (1329). Une partie d`un groupe nominal ou verbal, ou
- Bernard Ct`iMBE'I't't¿s I Les constructions rlétaclidcs, Paris, Clphrys, 1993.* d'une phrase, peut avoir- de façon indépendante du découpage en constituants
- ,antoine CuLIoLI : Préface de La Langue au ras du texte. P. lktlani et alii, Presses syutaxiques- une valeur de theme* ou de rhemei, liée ti sa place dans la
universitaires de Lille, l9'li4 I 9-12. «s dynamique de la phrase si et ii sa s visée conmiunicative s : information pré-
sentée comme connue (theme) ou comme nouvelle (théme). La reprise par
autour de la phrase D. Slaltta (1925), B. Comhettes U983), M.A.K. Halliday et R.. Hasan (1926) et
- thlain Bnaltuuotitvivun : -s Pour une macrosyniaxe ›:-, Travaux fle Linguistique 21, plus récemment par S. Carter-Thomas. (2000)*“', des travaux de Firhas et Daneš a
Paris-Gembloux, Duculot, 1990 : 25-36. permis de niett.re en évidence, diune part, la fonction cehésive des différents
- a Les deux syiitaxes ii, lferlaurn XXl`v', 1-2., Presses universitaires de Nancy, types de reprises thématiques et, d`autre part, le réle du rheme dans la dyna-
2002 : 23-35. mique de la progression des énoncés. Ces notions ont souvent été critiquées
- Le l*"rançais aiqiiurrllliui 135, 2001, coordonné par Jean-Louis Chiss et Serge piu* ceux qui leur demandaient plus que ce quielles peuvent apporter, ii savoir
lvleleuc, en particulier «s La phrase revisitée si de Pierre Le Cioftic (9'i'-l0'i').* non pas une description fine de la structure des phrases, mais une grammaire
- J oélle Garde-s Tniviiue, lvlarie-.llintoinette Pellirxa : La construction titi texte, tres générale des mouvements textuels de reprise et de progression de
Paris, À.. Colin, l9'9$. 1`information.
- L'l'n,forination grammaticale 93, juin 2003, coordonné par Bernard Bosredon et Le groupe le plus ã gauche, le theme, est., du point de vue de liénonciateur,
[rene Tamba, en particulier la synthese historique de Jacqueline Léon (3-16'), le point de départ de l`énoncé. Ce groupe est moins informant, en rai son de
e. Faut-il dire adieu ii la phrase 'E' ii de Georges Kleiber (1 'i'-22), et -s Phrase, propri- son inscription dans le co-texte d`une reprise (un élément déja cité est
sition, énoncé, etc. Pour une nouvelle terminologie is, de Joëlle Gardes Tamine tliéinatisé: phénomène d`anaphore) ou en raison de son inscription dans le
(23-22).* contexte diun repérage déictique lié ii la situation d`énonciation. L`éiément
- Georges lvlotniid : «s Effets de phrase a, .Ulnforniritioii graniniaticale T8, Paris, thématisé est, dans ce dernier cas, absent du discours mais lié au contexte de
1993 : 50-52. Péchaiige, présent dans la situation d*interaction ou supposé présent dans la
- Franck Neveu : -s lfvlacrosyntaxe. Le problème des niveaux de lianalyse syntaxi- mémoire de Pénonciateur et du co-énonciateur. Point d`appui des énoncés, la
que dans La Route ries Flantlres ii-, Uliifi;-r'nirttion grantrnaticaie T6, Paris. 1993 I partie thématique est donc co{_n)textueIlement déductible. Le groupe., le plus ti
33-41. droite, le rhéme. correspond ii ce qui est dit du theme, c`est lléiément phrasti-
- Eddy RUULET : ii Le probléme dela définition de l`unité textuelle minimale s, in que posé conmie le plus informant, celui qui fait avancer la communication.
E. Roulet, L. Fillettax, Pi. Grobet et lvl. Burger, Un rn.od`ele et un instruinent rl'ana- Ce découpage des énoncés permet. de rendre compte de constructions
i_yse fle l 'orgrtrii.'-:ation :Siu rlisr.vntr.'-:, Berne, Peler Lang, 2001 I SB-'i' l. comme les phrases ii présentatif et les phrases passives. Avec un présentatif (il
- Jean-Pierre SEGUIN: lfliiiiieiitiori de la plirase au xvttt* s'iecle. Contriliution ii
l'i=itui::le du sentiment linguistiquefrançais, l..ouvaiii-Paris, Peeters, 1993.*
6- En grec '.-'lli.r`=Î*iiia signifie -s ce qui est posé ii- par le discours, ce qui apparaît donc comme un con-
tenu connu tfce que l'on note généralement par le terme a topic ii).
T. En grec Rlienui signifie e ce qui est dit a du théme (aussi appelé ii propos ii ou
«s commentaire ii), ce que l`énoncé avtmce de nouveau (cc que l`on nete parlîois par le terme
2. Cohésion textuelle et progression «s focus ii) et qui en motive Pénonciatiun. Dans les théses de 1929 du Cercle linguistique de Pra-
gue, lvlathesius oppose la division fornielleen sujet et prédicat grammaticaux ii sa division de la
thématique phrase tchicque en -s théme et énonciation a (1969 : fill). Nous serions tentés d'écrire rhltmtt-
énonciation si les risques de confusion terminologique nlétaient pas plus grands que le gain.
ll. Le Cercle linguistique de Prague slest donné lui-méme le nom de ii striicturaliste a tnéolo-
2.1. La ii perspective forictiorinelle de la phrase ii gisinc stritlzturrilisniusi en inettasit en avant le concept fondamental de stmcture, mais, comme
ici, avec l'idée de s dynamique communicative s-, la structure était conçue comme un ensem-
Un ben exemple de la nécessité de distinguer entre catégories textuelles ct catégo-
ble dynamique-
ries de la grammaire phrastique est donné par la théorie de la tt Perspective Fonc- 9. Le livre de S. Carter-Thomas 2000. consacré ii la pédagogie de llécrit., est entierement. fondé sur
tionnelle de la Phrase si élaborée dans le cadre des travaux du second Cercle la théorie de la ii Functional Sentence Perspective si et présente (principalement sur Pangiais)
linguistique de Prague (travaux de P. Daneš et J. Firbas prolongeant, dans les une très ample discussion et mise en oeuvre de cette approche de la cohésion textiielle.
-H-\_
í
46 Le linquistlque textuelle Uuelles tetéqories pour l'analyse des textes ? -fl?

y a, voici, c 'est), le rhéme est directement donné puisque le théme est, en quel- tion de Faction (tlrivorer) qui était rhématisée dans le titre de Tia. En Tib,
que sorte, pestiche. Le présentatif qui occupe la place du théme est référentiel- c'est Pagent qui est rhématisé par les titres tandis que les victimes sont
lement vide. Synthétisant un verbe (a, voi(s), est) et un pronom (il, y) ou un effacées :
déictique (c`, (i)ci), il met le rhéme en évidence. tïltinsi dans cette publicité : 'l"'l'h Dévoré
T6 Ciest avec des fraises fraichement cueillies que nous aimons préparer la par des porcs...
confiture Favorit Premium. Sa teneur en fn_iits de premiere qualité est En Roumanie, un gareon de 2 ans a été dévoré par des porcs alors qu`il
ainsi tout particulierement élevée, une bonne raison pour goûter aussi les voulait les nourrir.
autres variétés Favorit Premium. et par des loups
(Publicité des magasins lvligros.)
Un bébé de six mois a été dévoré, dans la nuit de ltindi ii mardi, par des
La phrase clivée met en valeur le rhéme et permet de présenter les firaises loups affamés dans un village dela région de Saveh, ati sud de Téhéran.
_;frriicliern.ent cueillies comme exclusives, distinctes de toutes les autres fraises, Deux autres enfants ont déja été attaqués quelques jours plus tét par des
supposées moins fraiches. Ce procédé de mise en relief est publicitairement loups dans ce village.
exploité pour attirer Pattention. (2-fl lieures, 9jLIit1 1994.)
La construction passive est quant à elle un moyen de thématiser ou de rhé- La charge informationnelle faible du théme en fait une base de reprise et
inatiser différents groupes sémantico-syntaxiques, en modifiant le focus et en donc de cohésion textuelle. Une suite d“énoncés (paragraphe ou séquence)
hiérarchisant liimportance des actants (agent, patient, action). Les titres des petit étre définie comme une séquence de themes. Tout texte est pris dans une
faits divers Tia et Tib utilisent la construction passive de façon différente : tension entre cohésion (liée ii la structure théniatiqtie, iii la connexion et ii la
Tila uituits mtvonss eoncaténation des themes successifs) et progression. Les rhemes successifs
apportent les inforriiations pertinentes, plus importantes, dites en ce sens
En Roumanie, un gosse de 2 ans est mangé par des porcs. e nouvelles ›› (ii focus x- ou *foyer d”information). En assignant ii ces concepts
En Iran, un enfant de 6 mois est victime des loups. une place dans la dynamique textuelle, on dépasse la division de la phrase en
Un garçonnet de 2 ans est dévoré par des porcs que ses parents élevaient dans theme (Th) et rhéme (Rh) pour insister sur le choix du point de départ (Th)
une commune proche de Bucarest., a-t-on appris hier. L* enfant a été attaqué par de chaque nouvel énoncé. Comme le dit Dunes, tout éiioneiateur se trouve
des cochons alors qu`il voulait les nourrir. Son corps déchiqueté a été retrouvé confronté ii la question du théme ti choisir chaque fois pour base de l`énoncé
lundi dans la porcherie.
suivant. Ce que, tout en restant dans le cadre des enchaînements phrastiques,
Par ailleurs, eii lran, un bébé de 6 mois a été dévoré par des -s loups affamés s- il Blinl-tenberg décrivait ainsi :
lvlihinancliahr, un village de la région de Saveh, ii 250 l-tm au sud de Téhéran.
tltucune précision n`a été donnée sur les circonstances de ce drame qui s'est La plupart des phrases ne sont pas isolées, elles sont enchaînées ii d'autres ; iuie
passé dtirant la nuit de lundi ii mardi. phrase en amene une autre, elle la déclenche ; et le point d`aboutissement d'une
phrase est trés souvent la notion initiale de la phrase suivante ; le prédicat de la
Deux autres enfants avaient déja été attaqués par des loups, quelques jours plus
premiére devient le sujet de la deuxiéme, et ainsi de suite ; ou bien dans d"autres
tet, dans ee village de 3 000 habitants.
cas, un méme sujet reçoit une série d`attributs successifs.
(l-'5tFP-Le Matiii, 9juin Î994.)
(192-3 : 30.)
Le grand titre de Particle Tia, opere une thématisation du patient-victime
(tt Bébés ss) et une rhématisation de llaction (s dévorés ss) tout en laissant vide 2.2. Les types de progressions thématiques
la place de llagent (par qui `l). .ll en résulte un composé nominal intraprédica-
Un peut distinguer deux grands types de progressions thématiques de base,
tif, un syiitagine composé qui niaetualise pas le substantif bebes. Les deux
toujours combinées dans les textes :
phrases du chapeau se présentent, elles, sous la forme diune prédication qui
réalise llactualisation de ce qui restait virtuel. Les themes (Th) sont divisés en - a. Progression .it théme constant. Si la description divise souvent un
deux unités : un Th-propre répondant li la question Ctù ? (En Rourruinie et l~.Tn liyperthèmc en sous-thémes, les séquences narratives adoptent un dispositif
iran), et un Th répondant a la question Qui 'i' (un gosse de 2 an.s et un enfant plus simple, dans lequel le méme Th est repris, par exemple sous forme pro-
de ti niais). La partie rhématique permet de mettre en évidence Pagent en noininale, en s`adjoigriant différents Rh successifs. Ainsi dans la réécriture de
développant une prédication qui répond .ii la question Quoi 't (est mange par P2 en trois vers, cités plus haut :
des parcs et est victirne des loups). En revanche les titres liés des deux breves
suivantes (qui réécrivent la méme dépéche d“ageiice) operent une thématise-
' 46 La linguistique textuelle (Juelles catégories pour l'an-alyse des textes ? ag

Schéma 5 le cceur est dans l'oiseau, 1`oiseau est dans la cage, la cage est dans la chambre,
la chambre est dans le bateau, le bateau est très loin sur la grande iiiei'. ss
(Phébus, (1394) 2002 : 429.)
Trois forçats se procurent des revelvers
Tnt :ie Fih1 Thi Hhi *I c. Progression thématique combinée ou mélange des deux modéles de
base. En rétablissant la conclusion manquante dit syllogisine de l`exemple du
Thi -:ir Fih2 Ils *tr tuent leur qeélier = Flh2 Miel Trtibert, on obtient une version avec redondance du theme initial Th] et
L T il* et s'smparent des clefs de la prison = F-'tha reprise du théme Rh2 par deux fois :

Thi Î* Fi-93) "S -_» se précipitent hors de leurs cellules = Fih4 Schéma 7
- is- et tuent quatre gardiens dans la cour
Fih5 Hh-propre e
Thi *ie Flh`l
l =Tl“|2 *'*Fiî'i2
- b. Progression par thématisation linéaire : le Rb d*une premiere phrase
devient le Th de la seconde dont le Rh fournit, ii son totir, le Th de la suivante. .étiiisi
dans cet exemple publicitaire (étudié dans le détail dans .adam 1990 1 121-133) que T111 ri-Î* Flh2
je donne ici sous sa fomie authentique d`eiitliymeme (syllogisme incomplet) : =Tl'I3*** Fih3

Toutes les vertus iv- sont dans les fleurs


Schéma 6 Thi Fini
Toutes les fleurs -_* sont dans le miel = Fth2
nn Î-B nui il l = ThE (= Fih1} l,
= Th2 _*-H* F-lh2 Toutes les vertus ,,, sont dans le miel = Fih2
= Th3 _-_* Fihã Th1 jr
= Th-4, etc. Le miel lv- Trubert
Toutes les vertus-+ sont dans les fleurs T113 (= Fihãl Fih3
Th1 Hhi
Toutes les fleurs -+ sont dans le miel
= Th2 Fih2 Si on examine les trois premieres phrases du passage du petit texte de
Le miel iv- Trubert Schvvob cité plus haut, on observe, ii la fois, une progression à théme constant
p =r|~.s pas Z et. en P2, une intéressante struct.ure en chiasme qui rhématise, dans le second
membre, le théme du premier (le pronom anaphorique si elle ss) :
La thématisation linéaire est répertoriée dans la rhétorique sous le nom diana-
diplose, figure syntaxique par répétition qui se présente conmie la reprise, au Schéma B
début d`une unité syntaxique (qui peut étre ou non une phrase), de Pélément
placé ii la fin de l`unité précédente. Marcel Schvvob, en répétant cette figure dans
un passage du Livre de iifii;-nelle, réalise une répétition de lianadiplose qui devient Pl El Un l9Ul' -Jfififilfi Île partit à la recherche de son amoureux
une -s eoncaténation ss (Pontarlier 19'?? : 331). La eoncaténation est ici d`abord T111 uni
si directe ss puis si inverse ss, réalisant une forme de poésie proche de la forme 'l'
populaire de la it randonnée ss (le texte est dl ailleurs dit -si en marchant ss), avec P2 E le _?-: regardait les fleurs cfeau et leurs tiges penchées :
une smicttire gigogne (_ou poupées rtisses) du segment de discours direct : Thi t - une_/ un
E3

T8 Et un jour Jeanic partit ii la recherche de son amoureux. Elle regardait les fleurs et toutes les fleurs s'inc|inaient vers elle
d*eau et leurs tiges penchées ; et uiutes les fleurs siinclinaient vers elle. Et .lea- ThE (= Fth2] Fihat (= Hugs) |=ii1μ5.|[= T|-1-1;
nie disait en marchant : si Sur la mer il y a un bateau - dans le bateau il y a une if
chambre - dans la chambre il y a une cage - dans la cage il y a un oiseau -
P3 Et .Jennie _* disait en marchant [_ ..]
dans lioiseau il y a un ctetir- dans le cceur il y a une lettre - dans la lettre il y a
écrit : .1'aime Jeanie. - l`aime leanie est dans la lettre, la lettre est dans le cceur.
T si Flhfi I
I'

--._-__
n
50 la linguistique textuelle Quelles catégories pour fonalyse des textes 2 '51

Ces quelques observations permettent de forrriuler la conclusion suivante : 3. Ponctuation et segmentation des unités
Tout texte - et chacune des phrases qui le constituent - posséde, diune part,
des éléments référentiels réeunents présupposés connus (par le co(n)texte),
qui assurent la cohésion de liensembie, et, d`autre part, des éléments posés 3.1. La segmentation graphique
comme nou veaux, porteurs de liexpansion et de la dynamique dc la progres- Les six bréves joiirnaiistiqties suivantes de Félix Fénéon illustrent ia diversité
sion iiiformative. Un peut., ii un premier niveau (N4 du schéma 3, p. 31), en des possibilités de segmentation des phrases :
attendant de définir 1`unité de composition textuelle minimale, dire que tout
texte T est une unité en tension entre : T4 .ayant teirassé Paffichcur iltehllle, ils le tirérent sur toute la longueur de la
passerelle d"'l'tlfi'srtville, puis le- pi'écipit.érent.
- un principe de cohésion 1 T est une suite cl *e'nonr*ri.r élémentaires liées ;
- et un principe de progression : T est une suite progressive il *érioncefs éle- T9 [Pl] Butte Deuil et Épinay on a volé l S40 metres de fils téléphoniques.
[P2] .4 Carrieres-sur-Seine, M. Bresnu slest pendu .ii un lil de fer.
nieritaires.
T111 (P1] Un inconnu peignait d“ocre les murs du cimetiére de Pantin. [P2]
î Références et lectures conseillées* Dujardin crrait nu par Saint-Guen-lïetumtine. [P3] Des fous paraît-il.
T11 À peine humée sa pri se, tft. Chevrel étcrnua et, tombant du char ii foin
- tlttidreas BLIHHEHBERG : Llorrlre ries tnots en _,ii'an(?ais uirulerne. Preiniére partie, qu'il rameiiait de Pervenchères (Clrne), expira.
Copenhague, Muni-tsgaard, 1923, et Deiixiénie partie, Copenhague, Levin et
T12 [Pl] au faite de la gare d`Enghien, un peintre a été électrocuté. [P2] Un
Munksgaard 1933. entendit claquer ses mâchoires et il s'abattit sur la marquise.
- .Shirley Cxu*i*ua-Ti-ioiviits : La coiie'res*ice te.rn.iette, Paris, L`I-larinattan, 2000.
- Bernard CUMBETIES : Pour une grarniriaire textuelle, Bruxelles. Uueulot, 1933.*
T13 [Pl] Dans le lac d'l"tiinecy, trois jeunes gens nageaient. [P2] 1_.`un, .lani-
iietti, disparut. |P3i Plongeon des autres. [P4] lls le ramenérent, mais
- Benoit DE. Couisiuttett : ii Remarques sur la perspective sémantique (thème, pro-
tTttIII'1.
pos, etc.) ss, Langue_,francoise 42, Paris, Larousse, 1929 : 60-63.*
- Frantisek Daisies : si De la structure sémantique et thématique du message ss, Lin- T4 et T11 ne comportent qu`une phrase typographique, T9 et T12 deux
guistique et sérniologie 5, Presses universitaires de Lyon, 1928 : 122-200. phrases, T10 trois phrases et T13 quatre. Si lion compare les deux petits récits
-Jan Pttturts : ss Un defining the theme in functional sentence analysis ss, Il`ravau.r complets T11 et T13, on constate qu*en dépit de leui' grande similitude narra-
linguistiques .-:le Prague, vol. 1, 1964 : 262-230. tive, ils ne sont pas du tout segmentés de la méme façon. De toute évidence,
- Pierre l`*`oisi'|'.~xisii|3tt : Les Figures au tiiscours, Paris, Flammarion, 1922 (1 S21 i. l*unité textuelle de base n”est pas identifiable .ii partir de fopération de seg-
- Michael .l-'t.lš. Hautioav, Ruqaiya Hrssaisi : Coiiesion in English, Longman, menuition typographique dit contintium verbal. Le découpage graphique des
London-New York, 1926 ; 15" éd.. 1992. unités écrites et le découpage intonatit` des unités orales sont liés ii la recher-
- 'v'i1ém Mari-testus : ss Les theses de 1929 ss, Cliaiige 3, Paris, Seuil, (_ l 929) 1969 : che de la production dleffets de sens qui manifestent les possibilités variation-
21-49. nelles du systéme linguistique.
- Franck Neveu : si Progres-sions et ruptures thématiques. .aspects de la technique Dans Pertinence linguistique cle la préteiitatiori. l_i-;tiograph.ique,
descriptive dans La Conszlition liiin*iriii*ie ss, l.'ln,forinatirin groninuitieale 62, Paris, LAG. \lédénina (1989) étend sa description de la ponctuation jusqu`au blanc
1995 : 33-41. entre les mots, lialinéa de paragraphe et la typographie, et elie tient compte
- Denis SL.attTrt : -si L`ordre du texte ss, Études de linguistique appliquée 19, Paris, des possibilités variées que manifestent les discours littéraires, jotmialistique
Didier, 1925 : 30-42. et publicitaire. La ponctuation n`est, en effet, qu'un aspect de la segmentation
- Henri WEB. I Be l 'ordre des tnots rlans les langues anciennes eottiparées aux lan- graphique de la chaine verbale. Des plus bas niveaux jusqu`aux bornes du
gues rnodernes, Pan' s, Didier. (1329) 1991. péritexte, les opérations de segmentation foumissent des instrtictions pour la
construction du sens par découpage et par regroupement (_liage) d`unités de
complexité vtniable. Virgules, point-vii'gti1e, points, points d`exclamation,
rfinterrogation et de suspension, couples de pinentheses ou de tirets, tirets en
début de ligne signalant un changement de prise de parole de personnages,
etc. jouent un réle syntaxique et énoiiciatif qu`accompagnent les minques
morpho-syiitaxiques. La longueur et la complexité de la phrase typographique
varient sous llimpact des nécessités énonciatives du sens communiqué. Au
niveau textuel, les alinéas créateurs de paragraphes et de paquets de paragra-
'“~.--_
-\_DD
'52 La linguistique textuelle Quelles catégories pour Fanalyse des textes 2 53

phes (par blancs complémentaires etlou intertitres), les changements de par- 9'119 9 Pfflflflneer les e muets d .annecy et de .leunlîs gens. L“harmonie phoni-
ties etlou de chapitres, signalent la smicture du plan de texte. Les pmagraphes que de la phrase est soutenue également par les échos sonores internes a
constituent des blocs de cohérence sémantique. Ainsi se réalise Féquilibre de chaque hémistiche et entre les deux segments du «s vers ss : 2 ill 2 iãl 3 lai 3
tout texte entre segmentation (découpage du texte en unités de niveaux diffé- isa, s ip. ` “` *
rents de complexité) et articulation (construction de sens ti F intérieur de cha-
cune de ces unités et entre elles). 3.2. Uri exemple de syntaxe expressive publicitaire
Les phrases typographiques découpent des unités sémantiques trés inégales.
Elîfltïdflüfls les effets de la syntaxe que Bally dit si affective ss "' stir la segmen-
Un retrouve la les observations formulées plus haut, ii propos des coiistruc- tation du rédactionnel de cette publicité automobile :
tions détachées.
La segmentation phrastique de T4 est signalée moins par le point que par les T14 La lvlanta.
virgules qui inarqucni les frontieres des propositions élémentaires. De I"aIIure. Et du tempérament. 1
'l`s'l [pol] ayant terrassé Fafficheur lichille, [pn2] ils le tirérent sur toute la Maiita. Le coupé qui a la cote: le favori en Europe. Ce n'est pas par
longueur de la passerelle dbfitlfortville, [pn3] puis le précipitèrent. hasard l
ll y a d`abord sa ligne racée, incomparable. Grace ii elle, la Mania se déta-
l..'orgaiiisateur temporel pu.is et le verbe conjugué au passé simple induisent che du peloton des autres voitures. `-.loilii pour Failure.
une succession temporelle d'actions. Il faut considérer puis le précipitèrent Cfité tenipérameiit, voyex plutlit les performmices de la nouvelle Itsirnirri
comme une proposition narrative [pn 3] comportant seulement une ellipse du 1240 avec son foiiguetix moteur ii injection [. ..].
sujet ils (on pourrait. fort bien écrire : puis ses agresseurs le pre'cipiuÈ*ren.t). En La premiere ligne de Faccroche (Lo Mania) apparait, en dépit du point,
dépit de Fabsence de verbe conjugué et d'agent, la construction détachée
Ayririt terrasse l'ajÎicliear.4cl1ille constitue, comme on Fa vu plus haut, une 991111119 llfl lllëlflfi (Th) et la ligne suivante comme le développement de deux
rhémes successifs portant sur le thé-me et servant .ii le qualifier' De l 'allure
autre proposition nturative [pnl]. La construction accomplie du participe (Rh l) et lit du teniperanient l (Rh2). Les trois unités Th l Rlil lRh2 sont cons-
introduit un lien temporel (t) diantérlorité entre les actions (a) des agresseurs : tnuees en unites texttielles typographtquenient indépendantes par Falinéa
terrasser le malheureux Achille [al-tl = pnl] puis le tirer [a2-t2 = pn2] avant d abord, par dep points qui isolent et le point d'exclamation final ensuite.
de le pre.'cipiter [a3-t3 = pn3]. La segmentation de la longue phrase typogra- Un peut malgre tout considerer que Rhl et Rh2 sont, malgré la barriere du
phique par trois virgules rertforce Feffct sémantico-stylistique dû ii Fefface- point, lies entre eux par la conjonction si et ss, er qifjig ggng gn dépit du blanc
ment du sujet-agent de Fagression. Ce dernier n'est désigné qu“uue seule fois de Falinéa, reliés au Th. lls appiuaissent, malgré Fellipse du verbe avoir
par un énigmatique pronom ils qui ne fotiriiit aucune indication sur Fidentité
des agresseurs de la victime, pourvue elle dfune profession et tFun prénom. 9399919 si H il-*li tlümflifl Ce qui est dit de la Manta. avec une trés forte modalisa-
tion enoiiciative des qualités attribuées ati théiiie. Le point diexclamation final
(Fest, en revanche, une opération de segmentation systéniatiquc des propo- est la trace_de la presence eifaluative d'un énoiiciateur enthousiaste. Cette
sitions par un point qui domine en T13 : marque moins syntaxique qu iiitouative fait ressembler lsthl et Rh2 ii des
T13 [Pl] Dans le lac dlannecy, ti'ois jeunes gens nageaient. [P2] L`un, lani- phrases exclainatives de type Quelle allure l et Quel teinperoii*ient .l Cette
netti, disparut. [P3] Plongeon des autres. [P4] lls le ramenérent, mais valeur intonative de la ponctuation permet méme d' imaginer que Féiioiicé ini-
mort. tiall ait une Èonahte interrogative: La Mania .-'i' qui correspondrait bien ii sa
sa etplr de theme _ lz“'sou.r nie tleirutntles nion avis sur la ll*i'anra .2 L"écrit offre
Cette segmentation typographique par le couple majuscule-point est toute- visi einent des ressources expressives tres proches de la syntaxe de Foral.
fois loin d'étre canonique. La phrase nominale P3 accentue la rapidité, la £La ponctuation peu conventionnelle de cet énoncé se prolonge au début du
spontanéité de la réaction des sauveteurs, tandis r|iie P4 comporte deux propo-
ïîîqjiíètåqniiel Z Mttntri. .Le qui rt la cote .' lejfavori en Europe. Le point et
sitions ntnratives séparées par une virgule et par le connecteur argumeiitatif
H. points remplacent ici une copule syntaxique de type ii e'est ss ui .ss gr
MMS. Le caractére monorénie de la toute derniére proposition : mais niort, c est ss. Tout en opérant une séparation graphique, les signes rle ponctuation
tranche avec la longueur des phrases qui précédent et stirtout avec P1. Les
deux monosyllabes allitérant par la con sonne intl contrastent avec F alexaiidrin
de deux fois six syllabes séparées par la virgule centrale de Pl. Ce contraste I0.D* .ins son "l rnirr.
't de .it_i›listiqiie_tiring.rii.ie
- (fi 25_s-236),
*s - as la dil lérence de Saussure, Ballv range
produit un effet de sens stylistiquenient intéressant : la chute-ciausule visit son cette -si syntaxe affective ss dans le -sa globe de la langue ss et pas dans la parole ' ii 1] y *i 'eur leg,
tragique augmenté par la briéveté du dernier mot et pie* le contraste ent.re
H ' I. J _ L _ { . L -

äïglllllîšdfi 14 El'=1lï1Iï1ï11T'i_'«. un vaste territoire, tort peu connu encore. contenant totit l`ensen-.ble
Feuphorie initiale, sotitenue par Fampleur de Falexandrin qui entraîne la dic- - '-4 süflfit Elfliïliïlflîlflalcs par lesqiieiles le scntimt-nt trouve .i s exprimer ss (1921 : 261 i.
H I 1 -r - ' 'II ' " I 1. I" .5 ' s
1-__-1.,-
,
._ 54 Le linguistique textuelle Quelles catégories pour Fanalyse des textes 2 55

relient les tinités selon la méme structure nominale que dans le titre 1 Mrinto 3.3. Segrnenter un écrit oralisé : si Vive le Québec libre l ss
(Th). Le coupe" qui a la cote (Rhl) et le favori en Europe IÎRÎÎÊÎ- En 99Pil 9'-l
Toute transcription pose des problémes de segmentation. Ainsi pour le dis-
point, on a ici affaire ii une structure trés proche de celle des phrases nonuna-
cours prononcé le 24 juillet 1962 par le général de Gaulle au balcon de l'1-[lite]
les dont Benveniste étudie le fonctionnement en indo-etiropéen et en grec
de ville de Miintréalm. La version écrite disponible sur Internet (INT) et celle
ancien (1966 : 151-162). _ _
des archives nationales du Canada (ÀNC), transcrire par Éric Roussel dans
Benveniste considere qu'il existe deux modes distincts d`énonciation, qui son De Gaulle de la collection Biographies-NRF (Gallimard 2002 : 339), dif-
forment Fun et Fautre un énoncé assertif fini. Enoncés noiuiiial et verbal ferent en bien des points. L*opération de normalisation écrite est particuliere-
sont, dans cette hypothése, deux types concurrents et complémentaires ment marquée dans INT. Les phrases sont raccourcies par rapport aux ANC et
d`assertion : si La phrase nominale ne saurait étre considérée comme privée les points d`exclamation moins nombreux. On observe surtout Feffaceinent
de verbe. Elle est aussi compléte que niimporte quel énoncé verbal ss (1966 :
des trois répétitions conservées dans les ANC (s je vous salue ss, -s et tout le
159). Tant que Fénoucé nominal était considéré comme une phrase verbale
long de ma route ss, -si si vous saviee ss). La suppression, dans INT, de
ii verbe déficient., sa nature spécifique ne pouvait ressortir. En particulier le Fadverbe déictique ss inaintenani ss, dans ss si vous saviez quelle confiance la
fait que ss le prédicat de la phrase nominale, méme 1orsqu'il est adjectif, a France [...] porte maintenant vers vous ss (ANC), est ti la fois une trace de
[...] une valeur esscnt.ielle et exprime [...] une part intégrante de Fétre du décontextualisation de la situation d`énonciation propre ii Fécrit et une modi-
sujet ss (l960: 162). T14 exploite pleinement cette valeur sémantique qui fication importante du sens. Cette suppression atténue le découpage du temps
dépasse le cas particulier des langues anciennes et de Flrlandais du Kerry en un avant et un aprés inaintenaiii. Retenons surtout le rétablissement trés
cités par Benvenist.e.
grammatical et normatif de Fr.srdre noni. + at(iecti,f + nora. propre dans a la
Retenons seulement que la notion de phrase graphique, définie par une com- ville française de Montréal ss (INT), lii où de Gaulle, comme le retiennent bien
plétude Siijet + Perlse encadrée par une majuscule et un point final, rend mal les ANC, a dit si la ville de Montréal française ss. Soit, du point de vue mor-
compte des multiples propriétés et possibilités de Fécrit. Les propriétés hété- pho-syntaxique, un détachement ii droite de Fadjectif qui (une trés courte
rogénes de la ponctuation consistent il marquer aussi bien Fintonation et pause le confirmant ii Foral) lui conliére une valeur expressive, traduite par
I`énonciation que Funité logico-grammaticale, le rythme et la mise en relief Fadjonction d'un point d'excl_amation dans les ANC. Ce détachement grani-
(Fun segment textuel (Dahlet 2003). matical oppose implicitement la nature si t`ranÇ:aise ss de la -si Belle province ss,
Parmi les propriétés typographiques, il ne faut pas oublier la forme, la ii Finseiiion géopolitique du Québec dans une réalité nord-ainéricaine. C'est
taille, la couleur des lettres et la place de Fénoucé dans Fespace graphique. sur cet antagonisme que de Gaulle construit une grande partie de son argu-
On a vu plus haut que les titres de presse et les slogans d'accroche piiblici- mentation. Ce petit détail de transcription touche donc un point capital de la
taires se distinguent. positionnellement et typographiquemcnt du rédaction- construction du sens.
nel. Celui de T2a, disposé sur une ligne, différe de ceux de T2b et de T14
Bu recoupant les archives sonores (films et enregistrements sur bande
diffractés sur deux lignes. Ch. Luc et J. Virbel parlent fort justement ii ce magnétique). le discours prononcé fut certainement trés proche du texte trans-
propos de propriétés si typo-dispositioniielles ss de la mise en forme maté- crit ci-aprés de maniére it rendre certains aspects de sa matérialité discursive
rielle des énoncés (200l)". Le fonctionnement textuel doit, par ailleurs, orale nécessaires pour procéder il une analyse. À coimnencer par les applau-
étre pris en compte. tftinsi Fautonomisation typo-dispositionnelle des trois dissements, traces sonores de Fiiitensité du contact entre Forateur et la foule,
groupes de Faccroche de T14 est inséparable du fait que la suite du rédac-
soulignés graphiquement avec, entre crochets, les parties de discours encore
tionnel développe chacune des trois parties de Faccroche sous forme d'un couvertes par eux. Leur durée est indiquée quand elle a pu étre mesurée de
paragraphe. l..es structures ii présentatif il y a ou Voila permettent de mettre fneon assee fiable. Trois types de pauses sont signalées :
en évidence la reprise de Rhl. L`initiale du second paragraphe opère un
changement de topique (chap. 4, § 51) par thématisation de Rh2 par la for- - Les simples pauses de souffle [l], de pertinence moindre, mais qui consti-
tuent un aspect du rythme de la parole.
mule Cdté tetnpérarrient.
* Les pauses marquées [_ il] sont des indices forts de la rythniicité du discours
voulue par Fénonciateur. Les changements de vitesse d`élocution sont ainsi

1 1. Pour une approche de la notion de paragraphe, voir Futivragccolicgtif édité par Roger Laufcr I2. Pour une étude de ce discours, voir mon article ss Quancl dire *'v'ive le Québec libre 1", c“est
(1935). Potir Fétude de la ponctuation, voir Langue _ironcaise, n 45 11930). Bi Pfflllfå-'lltî-fs faire Fhistoire avec des riiots ss, lliscours et con.rrructioii.~i identitaires. Diane 'ilincent (éd),
nf' 20 (1991). Montréal, Nota Betie, 2004 : 13-33.
'q_-\_
_
'ãé La linguistique textuelle Quelles catégeries peut Fanalvse des teztes i' 5?

identifiables. ils peuvent étre liés au fait que 1`erateur veut parfeis aller au älü si veus saviez quelle affeeT1ül'~l ir' elle ïeemmenee ii Essentir ii peur
beut cl* un éneneé sans étre interrempu (par ezemple au § 3, au § 'i eu en Fin de les Français du Canada |
§ ll), Presque partent ailleurs, ils seulignent le fait qu`au eentraire, il peut §l] ETI si veus saviez fi a quel peint i elle se sentt'_Çt_bIigée Li de meneur!
ralentir et seander sen prepes en seulignant des mets (en séparant, par ezem- J' a vetre marehe en avant 1" a vetre pregrés ii eiest PClL1Rquei ii elle å ii
ple, un nem de sen adjeetit) eu des svntagmes. eenelu ii avee le geuvernement du Québee avee eelui de men ami .i Jehn-
sen [Appl. ferts 5_`_' DES-z-aeeertls]
* Les pauses lengues [iii] délimitent, avee les applaudissements, ee que
je prepese de eensidérer eemme des paragraphes t§) interaetivement ee- §l2 C-z-aeeerds ii peur que les Français de PARt et Dï¿i.L,ll1*e i de lüätlaii-
eenstruits par l“erateur et Fauditeire [netés de l ii lé). Ces pauses sent des tique ii ïvaillent-ensälble ii ii une méme eeuvre i française [sî'tppl_
f srt' 9"]
L5?
penetuants des grands segments de te-ztes. Elles sent les marques diune rvth-
mieité ee-éneneiative parfeis eheisie par l`erateur qui attend et appelle les §I3 et <:l'ailll,$_ ii le eeneeurs ii que la Franee H va J' teus les jeurs un peu
applaudissements, parfeis eausée par les interruptiens venant de la feule. Cer- plus i' prétefl-iei H elle sait bien I que veus le lui rendrez it' paree quer'
taines iufleziens majeures, earaetéristiques du ten de la veiz du générai de veus étes ii È train H de veus lïïlstituer .ii des Z-Élites .ii des Χ._-_l,_lsine-s
Gaulle, sent signalées par des eapitales seulignées qui indiquent, autant que ii des Z-Elfiltreprises i des Qheratiiires ii qui i ferent i Fétennement de
pessible, le phenéme e-u ie greupe de phenémes que de Gaulle aeeentue. Cle-st iiifil QUÎ iiÉ_lUil1'j`en suis ,*§LJ_11 ii veus @meurent ii meer!
i Q Franee [åppl. ferts lú"[ vive de G.-zuiie 1' vive de Griniitijj
le eeuplage entre ees faits diintensité et les pauses meyennes [ii] qui fait le
rythme prepre que l“en perçeit il l`ée-eute. Cette transeriptien a peur but de §l4 veilsi i' ee que ije suis i venu i veus dire J' E seir ii en ajeutant ii que
mentrer eemment en établit minirnalement un teste sur lequel il devient pessi- j`emL§B_te de eette réunien ii fieuïe ii de lvlentréal ii un seuv`uir .i Een-
bliable- Li la Franee entiiére ii SMT ii vülÎ ii E,Nter1d ii ee qui sipasse iei i
ble de eemmeneer il travailler. i et ii Je puis veus dire ii qu`el le en vaudra mieuz ii' vive lvíentréal ii vive
Transeriptien du disceurs de lvlenlréal le Québee lgppl. trés ferts tî"]
§l5 _"›¿'1_"_'v_*'_e .i le i Québee libre |Ap_pl. tres ferts 22" vive iii vive iifl
,ifflpplriueli.v.veniertt.s _peitu'r;int que ele Geuiie srïitie ie fivuie et rμtirzfi. préptïre en
ririt.v'e et méme des pre_,ieerezi.rs,i §iñ vive ii le Canada françi ii el vive la FRtäl*lCe [åppl. ferts (vive rie
Geniie 1' vive de Gaulle I' vive de Ganilell
«fil C`ESt une i llvllvlENSe ii Élvl-GTIUI*-l i qui fiemplit men Ceeur ii en
I vevant ii devant inei ii la ville de lvlentREAL il Flhfiililçaise lvfsppl. ties Cette transeriptien rend eempte d`un tvpe singulier d`eral, situé entre l"eral
ferls lé" au netn...] et l`éerit. Parmi les traees earaetéristiques de l“eral seigneuseinent effaeées
§2 au nem du vieuz pavs ii au nem d`la France i je veus salue ivlippl. ferts 4" par les transeriptiens d`Internet et des are-hives natienales du Canada, eitens
je veus salue] i de tent men CUEUR [Appl. faibles 4"] les nenibreuses élisiens de [e)“. Elles sent plus rares au milieu d”un met
§3 je vais veus eenfier un SECRET i que veus ne répéterez pas [,eippl. 2“l {`ra.eiat'.eerrt, sr.1nv*airIi qu`entre un déterminant eu une prépesitien et un nem,
§-='l ee seir iCl ii et teut Flnng de ma RüUTe ii je m”treuv.*lilS dans une entre un prenem et un verbe [tra nem e“ie .i*`renee, te-ia' .i “ir,vig_, que fie riise, _,ie
atn1esPl-IEREJ' du méme GENRe ii que eelle de la L.ihéra§[`_IQ_l_*\l_ [_fip|:¿ rn"rreavei.s, je re*μerieet.v, ee qui s "prrss*e). Ce reliiehement relatif de l"artieula-
trés ferls ET". _ . tien syilahique eentraste avee les îiaisens trés marquée du pluriel fiininenses-
§5 et ii teut le lengl .ii et tent le leng de ina RûUTe iii entre eelå iij”ai eens- z-épreuves, de.s-z-eeeerds*, rie.s-z-riiite.s, ete). Si l'en eenipare rear i 'feng de
taté ii quel imrn_E¿i_se effiiït il de PRRUgrés ii de ïveleppement ii et peu' me rente [_§-4) et .tent le ieag rie me reafte {§ 5), en a le sentiment que le § 4 est
sens-equeni «PaffRlšUä_l've ' hissement [appt _ irésserts veus aeeeeiplíssezl eneere au eentaet de la eenfidenee du § 3 et que ee reliiehen1ent artieulateire
§6 veus aeeemplissez iei ii et e est a lvlent il qu il faut que J le L1_l§e
seuligne le ten dela eenfidenee, alers que le ii 5 marque l"euverture de1*argu-
iiftppl. |iiJrts__-rsj' p_-.eujee que] mentatien preprement dite. Il faudrait eneere eiter les interruptiens génératri-
ees de reprises-répétitiens que l“éerit supprime en les eensidérant eemme des
§Î" paree que ii s'il v a au rnïde fi une ville ez§ e i par ses RÉUS-
ratages alers quien les eenservant en peut ebserver, du meins iei, les ehevau-
ïes ídernes i e`est la vütre |.*'f'ip_pl. trés ferts Ti" je dis i ivive de
Geitiie 1" vive tie Gftttiie_,ll
elie-ments des applaudissements et il“une parele qui peine parfeis ii redémarrer
(transitiens des § 1-2, § 4-5, § ti-T, § 9-IU, § l5-le).
{2,'=B je dis i e`est la vf:-tre ii et je m*permets ifaieuter -:fest la t*~1(}"l`Re [,é.ppl.
tres ferts 9"]
§"š`l si veus saviez ii quelle eenfianee ii la Franee REvei1lée ii aprés d“immen- l3_ La ehute du te] en Iînale de met tient, en revanehe, au fait que le français du général de
ses-z-épreuves ii' perle niainlinafll 1" vers vClUS [i*"*i,II_1_μ_i_i. Îistflä Ê" Si 'tüllå Gaulle- est un français du nerd de la Franee, différent de la preneneiatien des méridienaiiz
saviez_| qui, ii iii] en iiü marquent le ie] en finale de met,
53 La linguistique textuelle Quelles catégeries peur fanslyse des testes if* Sû

Parmi les traces sinen d`une scripturaiité sens-jacente, du meins diune éla- res[,_1ei1 ils vivent de pain neir, d*eau, et de racine[L] ils épargnent aus autres
beratien antérieure et d`une mémerisatien de pans entiers veire de teut le dis- hemmes la peine de semer, de labeurer et ldel recueillir peut vivre, et méritent
ceurs, il faut mentien ner la synta:-te cemplcze des paragraphes 6 et Ti ainsi que ainsi de ne pas manquer de ce pain quiils ent semé.
le rythme périedique ternaire des § 5, § 9 ii ll et § 14. Les cheiz de segmentatien de Seler et Banda sent très preehes. Le te:-tte se
présente cemme une structure linéaire plate de quatre segments égauz : [À ;
3.4. Fragment 123 des Caractères de La Bruyère -=:l:› B ; C ; D.]. Ces deus: éditiens ne diffèrent que par le pluriel ii s racines ss et la
virgule après si tan ières s- (suivant, en cela, Garapen). Les deus dernières édi-
Neus allens utiliser è plusieurs reprises par la suite le fragment 123 de la sec- tiens, que neus prendrens cemme référence par la suite, ne divergent que sur
tien s De l`hemme s› des Cui'uctiv*es de La Bruyère, aj euté, en 11539, lers de la un peint : E. Bury supprime la majuscule è s Seleil a que L. van Delft relève.
quatrième éditien du recueil. Ce fragment se présente, du peint de vue de la Cette segmentatien abeutit une structure linéaire de treis segments égauz. et
segmentatien pa_r la penctuatien, cemme une seule lengue phrase typegraphi-
d'un quatrième, intreduit par un deuble peint : [A ; E ; C :J [D.].
que cempertant quatre segments (it, E, C, D) qui ferment chacun une phrase
périedique. Teutefeis les cinq grandes éditiens dent neus dispesens actuelle- * Éditiens dllzïlnimanuel Bury, Classiques de peche, Le Livre de Peche
ment divergent è prepes des marques de cette segmentatien. Ces différences if l-fiîiû, Librairie générale française, Paris, 1995, et de Leuis van Delft,
sent teutes signalées entre crechets et seulignées. Editien de l“Imprimcrie natienale, Paris, 1993 :
* Étlitien de Rehert Garapen, Garnier, Paris, 1962 : [Jun veit certains animauz fareuches, des mâles et des femelles répandus par la
campagne, neirs, lividcs et teut brûlés du [§1seleil, attachés ii la terre qu'ils
L-“en veit certains animauz fareuches, des miilcs et des temelles [,_]répandus par feuillent, et qulils remuent avec une epiuiétreté invincible ; ils ent cemme une
'a campagne, neirs, lividcs et teut brûlés du seleil, attachés il la terre qu`ils veis articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils lnentrent une face
t`euillent[_let quiils remuent avec une epiniãtreté invincible ; ils ent cemme une humaine, et en effet ils sent des hemmes ; ils se retirent la nuit dans des tanières
veiz a_rticulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils mentrent une face eù ils vivent de pain neir, d”eau, et de racine : ils épargnant aus autres hemmes
_1umaine, et en effet ils sent des hemmes[¿1ls se retirent la nuit dans des taniè- la peine de semer, de labeurer ct recueillir peur vivre, et méritent ainsi de ne pas
res[._lei`1 ils vivent de pain neir, cl”eau, et de racine-1,<.;_;1 ils épargnent aus aI.|t.res manquer de ce pain qu*ils ent semé-
mmmes la peine de semer, de labeurer ct idgl recueillir peur vivre, et méritent
ainsi de ne pas manquer de ce pain qu`ils ent semé. Si lien se réfère è la cenceptien de liécriture du J-tvlls siècle, neus avens
affaire il un t.este cempesé de quatre phrases périediques. Tandis que le gram-
Cette éditien présente la plus ferte déeisien de segmentatien puisqu'ellc mairien du I›tv111** siècle Beauzée lie encere essentiellement la penctuatien it la
divise le teste en deus phrases cempertant chacune deus. segments : Pl [A ; prepertien des pauses de la lecture eralisée, Cendillac distingue lei ; i des i : i'
13.] P2 [C ; D.]. Deus autres éditiens precèdent, en revanche, è une segmenta- sur la base diune cernplétude différente du sens. Entre les treis membres de la
tien en quatre segments égaus 1 structure lé. ; B ; Cl, le sens est cemme suspendu chaque feis et ne se stabilise
' Éditien de Julien Banda, La Pléiade, Gallimard, Paris, 1951 : que par la réunien des treis segments. En revanche, entre ce qui précède les
i : ict ce qui suit, un sens que Cendillac dit -s fini si est établi il gauche [A + B
L`en veit certains animauz fareuches, des males et des femcllesl ,__1répandus par + Cl, diune part, et it dreite [C], dlautre part. ljéditien Garapen prepese une
la campagne, neirs, livides et teut brûlés du seleil, attachés ii la terre qu'ils autre structure, avec deus. unités de sens s fini ss ; [Pt +13] et [C + D], et les
I'euilleut1__let qu'ils retnuent avec une epiniiitreté invincible : ils ent cemme une éditiens Benda et Seler une seule unité de sens [A + B + C + Dj. Les éditiens
veiz tuticulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils mentrent une face
humaine, et en effet ils sent des hemmes[¿_1ils se retirent la nuit dans des taniè-
de Bury et de van Delft respectent au mieu:-t le dernier manuscrit révisé par
res eü ils vivent de pain neir, d'eau, et de racinej_;_]ils épargneut auz autres La Bruyère. Bury dit aveir ~s rétabli la penctuatien du teste d`erigine, en
hemmes la peine de semer, de labeurer ct lg recueillir peur vivre, et méritent reprenant les virgules, les peints virgule et les deuz-peints tels qu“ils sent uti-
ainsi de ne pas manquer de ce pain qu`ils ent semé. lisés par La Bruyère ss et il ajeute : e Cela neus semble cerrespendre au carac-
tère erateire de sa prese ss H995 : 5-sl).
- éditien de Pau-tes saler, Lstf-sii, sat. suuquins, Paru., issu :
L'en veit ceitains animaus fareucltcs, des mûlcs et des femel1es[,Jrépandus par Références et lectures censeillées*
la campagne, neirs, livides et teut briilés du seleil, attachés a la ter1'e qulils
feuillentljet qu`ils remuent avec une epiniûtreté invincible ; ils ent cemme une - l'vla1'c Ptit.-i'iI3“i'.~f*il~l I Le prirugrrzpite rusrretifi Paris, L'l-l_atmtttl;at1, 1994.
veiz articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils mentrent une face - Charles H.s.|_Lv : Traite' .-:ie .siji=ii.sii.-si.ie J|'i*r'ua;.*aise, Heidelberg, Carl vv'inter's uni-
humaine, ct en effet ils sent des hemmes[¿_1ils se retirent la nuit dans des taniè- versittitsbuchhandlung, lÉl2l : -§ 251-269.*
,- ûû La linguistique teztueile Quelles catégeries peut fanaiyse des testes 2 bl

- Émile BEuvEt~tIsTE : -s La phrase neminaie ss, Preirièiues' rie iirtgai.stiaae generate .-', Ce que neus venens de censtater it prepes du 'fragment 123 des Caractères de
Paris, Gallimard, 19156: l5l-152. La Bruyère a preuvé qu” il est nécessaire de tenir cemptc, de fapen critique, des
I _ vérenique DaHLaT : Penetuatiert et eiteaciatiea, Guyane, ibis Reuge éditiüllã. variantes en variatiens testuelles des éditiens. La cemparaisen des états édite-
2003.* riauz d'un teste est, neus l*avens vu, particulièretnent éclairante. Étudiant
- J ean-lvflarc DEFa'rs, Laurence Restt-ia, Française TILt<.'_t1v téd.) : il qui appartierit (Adam et Heidmann 2{ÎIû3) un petit teste de Kafka dent neus reparlerens plus
ia penctuatien ?, Btuzelles, Duculet, iiiûii. lein (T16, p. T2), neus neus semmes certes rendu centpte des preblèmes que
- Lt:trtgttejraaçai.re 45 : La i*"urtetaaiien, Paris, Laruusse, llšlllfl.
pesaient les chuis de traductien dvtlesandre vialatte et méme de lvlarthe
i~?.ebert. Neus neus semntes surteut aperçus que le teste allemand édité par lvlaz
- Reger L..~tLIt-'Isa (éd.) : La netien de paragraphe, Paris, Éditiens du CNRS, l9S5. Berd et suivi par les traducteurs présentait des manipulatiens éditeriales : ajeut
- Christ.ephe LUC, Jacques vtaeet. : a Le medèle diarchitezture tcztue-lle. Fende- diun titre et déplacement du paragraphe final en téte de teste. etc. Sans une
ments et czpérimentatien a, verhum XXIH, l, Presses universitaires de Nancy. prise en cempte des Lravaus philelegiques allemands et de l`édit.ien critique des
2û'l]l :lil-*3-l23. manuscrits du jettrnal de Kafka, neus n“auriens pas pu prepeser une traductien
- Pratiques nf” 'ifl 1 La Pertetuatiert, Metz, l99l _* (Titi) de ce teste. Ici se creisent denc des disciplines qui vent de l`histeire de
- Ludmilla G. vEDEt~tttvr-. : F'ertiueuc'e linguistique de ia ,aréseaiatiaa tytiagrapiti- féditien a la traductien et a la philelegie, en passtutt par Panalyse linguistique.
que, Paris, Peters, 1989. La méme questien se pese, hers du champ littéraire, ii prepes de Pétablisse-
ment du disceurs de lvlentréal du général de Gaulle. Neus avens vu que le
teste diffusé sur internet est heauceup plus nerntalisé et par la méme défermé,
que la versien des archives d`Ottavva, manifestement plus preche du teste pre-
4. Établissement du texte et construction nencé. Les arcltives seneres et. les films diactualité, qui sent seumis è des ceu-
pes au ntentage, deivent étre, eus aussi, seigneusemettt centrûlés. La
de l'objet d'analyse transeriptien prepesée plus haut, cetnme les trad uctiens des testes de Kafka et
de Berges dent il sera questien. ne sent rien d`autre que des établissements des
La linguistique teztuelle seuffre, cemme l“`analyse de disceurs et centme textes, des transeriptiens et des traductie-ns de travail destinées it rendre pessi-
fesplicatien de testes, d`un manque de réflesien relatif ii Fétablissement de la ble une analyse.
lettre de sert ebjet d`étude. lvl. Charles, dans le champ de la peétique et de la La prise en centpt.e de la génétique est également un atttidete .it l`idéele-
critique littéraire, fait de la creyance naïve en févidence de liezistence du gie de la -s clé-ture du teste a. Il me semble que, de façen certes pelétniqtte.
teste un -s préjugé critique ss : P.-lvl. de Biasi eppese assez justement les fendcments de l`herméneut.ique
Suit un teste, je vais liétudier. Teut se passe cemme si le teste ezistait hers du
classique it la science des testes et des decuments qu“il appelle e critique
regard que je perte sttr ltti, hers de l`espérience que jlen ai, hers des epératiens génétique s-_ Au medèle intplicite de Therméneutique qui reste celui du Livre
queje ltti fais subir peut que précisément il devienne tezte. et du t'ezte sacré, étayé sur la glese et le cenunentaire, il eppese une critique
[IGÉIS :-=l[l.) génétique :

Le dispesitifméthedelegique structuralistc a prûné une autenetnie et méme [_ _ _] réseltttnent médielegiq ue. laïque et antifendanteutaliste. Les tnanttscrits lui
une autetélicité des testes qui se sent accempagnées d'un discrédit de la phi- ettt enseigné qtte le teste est |`effet d“un travail, qu`il nc vit que par la ntétneire
lelegie. Or, cemtne le dit fe1't jttstement F. Rastiet' dans Arts et .sciences ala vive de sa prepre éct'itttre, que le sens est instable et la vérité preblématiquc. En
tarte : s La philelegie rappelle que les teztes ne sent pas des dennées, mais cherchant ii eenstmire une épistémelegie ltiste1'ique et peut-étre matérialiste de
des censtructiens preblématiques issues de diverses precédures ss (2001 1 32). liécriture littéraire. la génétique littéraire arrache la relatien critique ii la t`ictien
L“appert de la démarche philelegique tient d“aberd it ce rappel et au cetttrûle de sa seuveraineté et réinsère llueuvre dans la legique prefane de sa genèse.
quielle permet diezercer sur l`interprétatien : s La philelegie recemmande eu lvlais cc geste, lein de rendre caduque la relatien critique, enricltit le teste diune
dissuade, veire interdit eu prescrit - mais de manière critique et nen dimcnsien qui lui faisait cruellement défaut : la quatrième dimettsien, celle du
degmatique-; elle délimite Fespace de finterprétatien et cpntraint, sans le temps, eü le sens reprcttd pesscssiett de sa prepre histeire.
déterntiner, le parceurs de Pinterprète s.~ [Rastier 2001 : 132). .si l`épeque de la iivittade a'-as ii vres du lsl févrierl 992.)
critique déeenstructiviste et des banques de testes infermatisécs dans lesquel-
les étudiants et chercheurs puisent allègrement, Pétablissement critique des iäu déficit tet-ttue] de l`attaiyse de disceurs, F. Cessutta ajeute Ltn «sc déficit
testes est une urgence. interprétatif ss (2004 : 192) qu`il sittte entre le ~s risque du fertnalisme lié il une
E2 La linguistique teztueiie Quelles catégeries peut l'anaIyse des testes 2 53

lecture insensible it la signifieatien du teste, qui négligerait de rapperter Résumé des dernaines de Pétablissement du texte
Fétude des fermes de mise en disceurs it la teneur de ce disceurs Is {2flU4:
192) et les risques du cemmentaire traditiennel quii] définit cem me -s une her-
K .Établissement philelegique \
méneutique eublieuse de sa philelegie s- (id.). Ce déficit, que Rastier censi- du te:-rte
dère cenune un e déficit herméneutique des sciences du langage a (2lÎlûl :
1U2}, est bien décrit par Cessutta : variatiens variatiens
aucteriale éditeriales
Lfanalyse du disceurs se définit en articulant la descriptien et l'esplicatien lgénètique icemparaieen
des phénemènes discursifs et par le refus cerrélatif de Finterprétatien. Ce teatuellel dee éditiens) _
refus est la cenditien d`une appreche ebjectivée des phénemènes te:-ttuels
dans un cadre épistémelegique it vecatien scientifique. Peur l“analyse du dis-
ceurs, analyser un teste n`a pas peur visée de le cetnprendre, mais d`aberd Traductien de travail
de l'e:-tpliquer [_...]. Est-ce it dire que teute interprétatien est ezclue parce let cemparaisen
\ des traduetienel J
qu`elle est antinemique avec la définitien “l Dui si l'en entend par
interpréter: restituer un sens intrinsèque qui serait lié au teste, accessible par
s cempréhensien :›› ; mais si interpréter ciest se denner une hypethèse cett-
traignant la lect.ure, et mettre cette hypethèse ii llépreuve diune étude discur- Ces quatre perspectives een finrient le fait neté par Almuth Grésillen è prepes
sive du te:-tte, alers la catégerie d“interprétatien est susceptible tliétre de la génétique te:-ttuelle et de ce qu“elle appelle la een-structien du
réhabilitée du peint de vue de l“analyse du disceurs. Mais il faut alers au -s pretetezte si : -s Le linguiste, au lieu de dispeser de dennées qui ne demandent
préalable dissecier llinterprétatien de la cempréhensien. Un centribuerait
ainsi ii une appreche nen herméneutique de llinterprétatien. quïit étre interprétées, a besein de censtruire diaberd sen. ebjet s- (1935 : E85).
(2{Jll-sl: 189.)
Ce qu'il faut retenir au terme
Cemme Rastier, il se réfère it Pherméneutique matérielle de Szendi,
c”est-il-dire `a une herméneutique qui rempt avec fherméneuttque théelegtque des deux chapitres intreductifs
et philelegique : * Les catégeries et unités de l`analyse teztuelle sent différentes de celles de
la grammaire de la langue. ll s"agit d`un appareil neuveau de cencepts et de
Le refus dlune pesitien théelegique dans sen principe, que lien peut ceusidérer
définitiens.
cemme demittante, [...j ferme l'enjeu véritable de la lutte engagée par Szendi
peur une philelegie critique. I Le niveau du tezte est un niveau de trep haute cemplezité peur se centen-
(Bellaclt, préface de Szendi 193€* t l1I.} ter des e grant maires de teste si et autres -s typelegies de testes a.
* La phrase ne peut pas étre prise cemme unité teztuelle d`analyse. Elle deit
Le pregramme de Szendi, repris par Rastier {2UU1 : 99) et par Cessutta, étre remplacée par une unité plus seuple dent la segmentatien en disceurs est
neus servira de guide, aussi bien pettr l'analyse te:-ttuelle du chapitre li que estrémernent variée et prefendément signifiante.
peur celle du fragment 123 de La Bruyère : ' La pregressien thème :=- rhème n“est pas une théerie de la phrase, mais des
I .-'lt jf
enc tatnements d eneneés dans la linéarité de la chaine verbale.
Llhernténeutique critique enceurage llanaiyse du disceurs il reprendre la ques- - La segmentatien du centinuum graphique fait pleinement sens au:-t
tien de l'inte1-prétatien teztuelle, puisque les pestulats tl'histericité, de tnatéria- niveauz syntazique, éneneiatif et teztuel. Elle est inséparable de la tensien
lité et de dimensien critiqtte sent partagés par les deus appreches.
{Cessutta 2[llÎl4 : l95.]t
entre discentinuité [segmentatien des unités) et centittuité (liage).
- La linguistique a nen seulement peur ebjet empirique mais peur ebjet.
théerique cette unité de cemmuuicatien-interactien langagière quien appelle
un disceurs et la nature des liages testuels datts lesquels Platen, Humbeldt et
Saussure veyaient déja la clé des faits de disceurs.
* Liebjet de la linguistique teztuelle est ainsi recentré sur les agencements
d*unités de niveaus différents de cemplexité, au sein d`une unité ter-tte dent les
frentières deivent étre interregées.
E4 Le linguistique textuelle

' La linguistique te:-ttuelle a pour but de donner it la linguistique et ii 1“ana-


lyse de discours une définition du teste qui leur manque.
* Uétablissement matériel de tout teste - eral comme écrit, littéraire ou
non -, c“est-it-dire de ses variations aucteriales et éditoriales, est une condi-
tion préalable de l'an-alyse.

i Références et lectures conseillées*


Chapitre 3
- lvliehel CHnaLtss : introriuctiun ti iletnrie ries terres, Paris, Seuil, 1995.
- Frédéric Cossurtvt : e Catégories descriptives et catégories interprétatives en ana-
lyse du discours ii, in J.-lvl. iïidaut, J--B. 'Grize et lvl. iltli Btiuacha (éd.]. Terre et
diseoitr.s _' eate'gories pour i'anal_vse. Éditions universitaires de Dijon, 2l'1*f1-ii, 139-213. L'unité textuelle élémentaire :
- Frattçeis R.›“tSTtE|t I Arts et sciences riu: terre, Paris, PUF, 2llfll _

Sur la pltilologie et llherméneutique


la proposition-énonce
- Jean BoLLacK : Sens contre-sens, Genouilleus, La Passe du vent éd., 2Ul1l,1.
- Bernard CEttt;iU1LtNt : Éloge rie la variante. Histoire rritigtte tie la pitiiniogie,
Paris, Seuil, 1989.
- Peter Szttrsttîtt : itttrti.ffi.tr*tirirt tif i 2*te.='irte'ttetttigtte iittérttire. Paris. éd. du Cerf, 1939.
1. La proposition-énoncé
comme proposition énoncée
Sur la génétique
- Pierre-lvlarc ou Bir-.sl : La gei*tetiqi.te ties terres, Paris, 1Î*'~1athan, coll. 123, 2ill1lÎl. ljunité minimale que nous adepterens sera la proposition-énoncé. Nous la
- tftltnuth Gs.ÈstLLot~t : s Fonctiotts du langage et genèse du teste ii, in ls- 1-lay (éd. l. disons -s énoncé(e) si pour souligner le fait qu'il s`agit toujours du produit
La naissa.=*tee titi terre, Paris, Corti, 1939 : l22- 192. dlun acte dlénonciation : elle est énottcée par un éneneiateur it destination
- Louis l*lr-.`r': si “Lc teste nlcïsistc pas". Réflexions sur la critique génétique '›>. dlun destinataire-interprétant ayant valeur de ce-énonciateur'. Nous la disons
Poritigae E12. Seuil, 1935 : i-fllñ-15$. en méme temps s proposition si pour souligner le fait quii] s`agit it la fois
d`une micro-unité synta:-tique et dlune micro-unité de sens désignée
Sur la traduction conventionnellement ci-après par les lettres p et q, ainsi que par un indicateur
-Jean-lvliehei il-.ti.-ti.«i, Llte Htstntvtatvu : -s Du récit au rocher: Protnéthée d`après de suite linéaire él, é2, é3, etc., et pour les propositions implicitées entrant
Kafka ii, in U. l-leidmann (éd._}, Poétique:-.* rontμrtr*e`e.r ries rrivtiies, Lausanne., Payot., dans la compréhension du sens de 1`énoncé de surface : éü, éüü. etc. hlous
20113 : 132-212. |'etenons de la proposition classique le lien ent1'e un oiijet ria riiscoars
- Silvana BURLITTI I Îr"it.t-iorie et irtierprétation. Pour une epi.vtetnnitigie ries .veien.ee.v (ii sujet si ou e thème al et ce qui en est dit it l`aide (énoncé verbal) ou non
ittintaines, Lausanne, Payet, 2f1l_11 (1991 It. (énoncé nominal) dlun prédicat verval. À ces deus types d'unités élémentai-
- Henri lvleseutuvutc : Pnetique tin tratiaire, Paris, verdier, 1999. res, il faut ajouter les énoncés monorèntes de type e Bravo 1 ii, s lvlerde 1 si
ou -s Toi 2 iii.
Nous aurions pu parler de s clause si pl utût que de proposition-énoncé. En
opposant une tt syntaxe de rectien si it une s syntaze de présupposition is,

1. Pour une tléfinitinn de la ce-énonciation. voir le chapitre 4 ile i.irigttisrigtte iertueiie llftdtttu
§999t
2. Belly définit ainsi les énoncés tnonorèmes (terme qu`il etnprunte it itlbcrt Sechehaye] : s hlous
avens appelé rrtenorenie une phrase il un seul terme articulé (il*l'agnt]“iqtre i, À ia _uorie il. lvlais
on peut appeler aussi monorème dans le sens large teute espression cornpleite [...] corrnne
lorsque li'.ichard lll s`écrie “lvlon royattmc pour ttn cheval l” ou qu`ttn sans-culotte chante “Les
arislecrates il la lanterne i". Un a vu que les interjecti-:ins sont des monurèmes tllune espèce
pmticaliere ii ( 1 9ti5 : 53). voir, plus globalement, 19515, paragraphes til it E12.

I-_._._
î-.¿_,.,.._.Î
de Le linguistique teztueiie L'un1té teittuelle élémentaire 1 la proposition-énoncé E2

A.. Benendonner et lvl.-l.Bégue1in vont dans le sens de la thèse disconti- - une énorme maladresse ou gaffe par ezemple - rendant cette interprétation
nu__iste de Benveniste et de Saussure dont nous avons parlé en introduction 1 possible). La prise en charge énonciative ou point de vue (Pdvl permet de
s A partir du rang de la clause, la syntaze change de nature 1 un teste ne doit rendre compte du dédoublement polyphonique propre it liironie 1 le iocuteur
pas étre regardé cotntne une séquence de signes, mais cotnme un assemblage (L) se dissocie d“un Pdvl (félicitation) d`un éneneiateur El mis en scène
d`actes ou de comportements si (Berrendonner etBégue1in 1939 1 115). Deus dans et par sa propre parole, tandis qu'il s`associe au Pdv2 (reproche) dlun
types de relations entre les unités du discours sont ainsi distingués 1 une syn- éneneiateur E2.
taire rie rectien it l'intérieur de la clause et une syntme de pi*es*uppus*ition Le fait de placer la valeur descriptive de tout énoncé dans la partie [tit]
ent.re les clauses t`ormant une période. En parlant de -s morpho-syntaze ii et de nlimplique pas son découplage des autres composantes. Il slagit seulement
-s pragma-syntaze ii pour désigner ces types distincts de combinatoire, ils font de poser, il ce premier niveau, un certain nombre de faits. Après avoir défini
de la clause, ii la fois, l*unité masitnale de la syntaze de rectien et Funité tout acte de référence comme une construction opérée dans et par le discours
minitnale de la syntaze de présupposition lls proposent de décomposer un dlnn 1ocut.eur et corrmte une (rejconstruction par un interprétant, nous parle-
énoncé comme 1 Malgré ce qui s'est seittroupfé, vous étes de «braves petits rons de représentation discursive (Rd) ou de schématisationi. Nous localise-
Scittrriumpfs, en deuz actes 1 le segment Malgré ce qui slest st'ittt'oup_,ie' ser- rons en [A] la question de l'évaluation de la valeur de vérité des énoncés
vant it accomplir un act.e de concession et formant une clause, au tnéme titre selon deus régimes pragmatiques 1 celui de la vérieonditionnalité qui repose
que voits étes de braves petits .5'eirtr*outnpfii'. -s On a donc affaire it une phrase sur 1*oppesition du vrai et du fanximensonger et celui de la fictionalité, qui
qui transcrit un assemblage de deus clauses, ou période binaire ii (19391 apparait comme un régime du ni vrai ni fans: dans lequel on peut intégrer la
113). Bien que renonçant è parler de pragma-syntase et de clauses, notre métaphoricité. Ces deus régimes sont largement déterminés par le genre de
découpage des énoncés minimaus est très prtiche. biens décomposons cette discours etiou par les figures du discours (métaphore, symbole et allégorie
période binaire en deus propositions liées par un connecteur concessif 1 dominant dans le second. distinguées de la métenymie, de Ia syneedoqne et
[MALGRÉ p-él, q-é2]. Nous insistons pm ailleurs sur le fait que ces deus de la métalepsel* dominantes dans le premier). ein niveau éneneiatif [B], la
énoncés sont inséparables d`une proposition non-q (é1J), impliquée par p, combinaison dl une Rd et dlun Pdv se superpose à lialtemative véricendi-
et qui, bien que non dite, entre dans la dynamique du sens de cette tionnalitéifictionalité. Au niveau [B] se pose, en effet, la question de la vali-
période concessive 1 [lvlt-XLGRÉ p-él :> non-q (ét1}, (quand méme) q-é2], soit 1 dité plus que de la vérité des énoncés 1 un énoncé (u ne Rd] est posé comme
l'vlALGRÉ p toutes les iiétises' que vous avez pu faire [él ], et ie fait que nott-q valide selon le locuteur (JE-validel, selon son ou ses interlocuteurs (vOUS-
vous avez donc été insupportaiJies [éll], q vous étres quand rnérne de iiraves vatidejt, selon les autres (tlélocutifs 1L(S)iELl..E.(S)-valide), pour tous
petits Scittrottnipiïs [é2.]. (NDUS-valide) ou selon l`opiuion conunune, la doita des mazimes, prover-
Toute proposition-énoncé cotnporte trois ditnensions complémentaires aus- bes et dictons (0151-valideli. Le poids de validité des énoncés, qui relie
quelles s`ajoutc le fait qu`il nlesiste pas dlénoneé isolé 1 méme apparaissant donc une 'Rd [A] et un Pdv [B], est un aspect essentiel de sa valeur argu-
seul, un énoncé élémentaire répond it un ou plusieurs autres ettou en appelle mentative [C1] et de sa valeur illocutoire [C2]. Ce qulon peut résumer par
un ou plusieurs autres en réponse ou simple continuation. Cette condition de un triangle qui ne hiérarehise pas les trois composantes, situe [it] et [C] sur la
liage est en grande partie déterminée par ce que nous appellerons l`orientation méme ligne (ce qui correspond au codage classique F(p) de la pragmatique
argumentative (URarg) de llénoncé. Les t.rois dimensions complémentaires de des actes de discours) et place 1`énonciation [B] en position tnédiane, entre
teute proposition énoncée sottt 1 une dimension énonciative [B] qui prend en [et] et [C] 1
charge un contenu référentiel [tk] et lai donne une certaine potentialité
argumentative [URarg] qui lui confère une force ou valeur illocutoire [F]
plus ou moins identifiable. La modalisation énonciative, travaillée en profon-
deur par l`argumentation, ezplique l`ei-ttréme diversité de réalisation de cette
valeur illocut.oire des énoncés. Par esemple, iifeiiciteri peut aussi bien étre
rendu par un énoncé mono1'ème ayant valeur de simple acte et-tpressif 1 3. Le développetnent qui suit prettd appui sur le chapitre 4 de Lirtguistigtte te.rtueiie (Ftdam
e Bravo 1 ii, ou par un énoncé perfortnatif plus formel ayant soit la forme d`un 19991 lûl-1131 qui reprend le concept fondamental de schématisation de J _-B. Grize 1 it Le
énoncé verbal 1 s .le votts félicite ii, soit d`un énencé nominal 1 -s Toutes mes concept clé de la logique naturelle [...] est eelui de schématisation, donc de représentation
discursive is (Grize 1995 1 291. Dans les pages qui suivent représentation tiisct-'i'sive (Bd) est
félicitations 1 si (accompagnant une poignée de main ou un mottvement de toujours équivalent de scitérnatisation.
téte). À cela slajoute le fait éneneiatif qn`nn tt Bravo 1 si moduié par un certain 4. voir. pour les définitions de ces ligures, lvlare Bonhomme: Les figures cles .tin riiseours.
t.on etiou une ezpression du visage peut devenir un énoncé ironique et un Seuil, cell. lviémo n" 93, 1993.
blûme au lieu d`un compliment (le décalage entre l`énoncé et le conteste 5. voir it ce propos e Le fantûme de la vérité ii (Berrendonner 1931 1 34-231.
'-*U H' "_-tv*-1-Haut' 'itriirueiie iuniie iesiue||'t*"it|t*rrienia1re : ta proposition-encore es

Schéma 9
revanche, la proposition P3 de Tltl est énonciativeitient plus coniplese et
intéressante. La prédication nominale inonorème i2e.i*jbiii*. qui recatégorise
Prise en charge énenciatien les sujets de P1 et de P2, est attribuée ii un éneneiateur dont le locuteui' se
de la proposition distancie manifestement par la formule impersonnelle 1 parait-ii. On est en
Point de vue [Pou]
présence de liénonciation relatéc d`un point de vue anonyme (Fdv de UN) et
[B1 d`un jugement. Une aiiiologisation [C1] disqualifie les actes jugés sociale-
ment déviant.s en les attribuant è des s fous ii. Cet eiiemple permet de souli-
(Lis-'ue avec .._______ _ gner 1`importance de la question de la prise en charge [B] et de 1`orientation
un co-teirte amont] i'::`_"' il-"'5"9'E*' 9'*"'-213
pmpûgifiün un ce-teste avait argumentative [C1] plus ou moins eitplicite de toute Rd. Par l."adjonction de
énoncée la phrase-proposition P3, T10 diffère de T9 qui ne comporte pas le moindre
liage entre Pl -Rdl et P2-Rd2_ Le lecteur est invité il opérer lui-méme le tra-
Référence comme ciiîistruction u | ' *ml - vail interprétatif qui permettrait de faire de T9 une unité teiituelle cohérente
d.u___E rEpré_____Em_________ _______________S____E ___a eur tllociitqtre [F-G2] cleeoulant
si is n*st1*1t1:1tet*"e1l“11
a arg-
et non une suite sans qiieite ni téte de deus phrases non liées. Avant de
reprendre chacun de ces points, disons que toute représentation discursive
[Rd] est lleitpression dlun point de vne [Pdv] (relation [A]-[B]) et que la
ilvant de détailler_ ces_ tr "- _ -, _, , _ __ _ . . __, __ valeur illocutoire dérivée de llurientation argumentative est inséparable
i* Cümllühflfllss
plifions brièveinent leurs liens étroits ii 1 Llc "1la proposition
l etioncee i eiieni-
- » . .elumiere de deus. des-_ petits
' ~ testes
=- du rattachement du sens dion énoncé ii une intention énonciative (rela-
Féliit Féttéon déja cités ; de
tion [Cl]-[B])_ Enfin, la valeur descriptive dlnn énoncé [A] ne prend sens
que par rapport è sa valeur argumentative [Cl]. Le sens dlun énoncé (le
T5' lp!-lil] fjintre Deuil et Épinay on a volé 1 3419 mètres de fils télé 1 '- dit) est inséparable dion dire, ciest-è-dire dlintentions énonciatives
[P2-é2] t-li Carrières-sur-Seine. lvl. Bresnu s"'est pendu uit fil dleiiiriiiquüsi
marquées.
T19 lF'l-él]
____Î_______. Un _ inconnu
_ ` *` d 1 oeie- les murs du eimetiere
peigiiaii - - de lï'antiri_
l - L ] Dujardin crrait nu par Saiiit-Guen-lvtiimerie C Références et lectures conseillées*
1113-é3] Des fous paraît-il. u
Du oint de vu- fi _ ' - Charles BALL? 1 Liri.gtii_vtiqi.ie gétirirziie et iin.gui_vtigue frt.ii*tprii.i'e, Berne, Fraiiclte,
constriiisentdcuir B Sãnmnm-lug ilåii IES*' dfiux 1965 (1944) 1 § til-152.*
~- - 1' reiresenrttions -~ ' ph"a5E5"Pl'9Pll$illflfls
- .« de . T9
_____________________________E_____________ d___j__ _______:____:____________ tl~`1d__l__et_Rd2)_par 1 enui_ncration_
- Alain Buttttisiittfitiivrtlsit 1 a Le fantûme de la vérité ii, Éiénieiitv cie pragiriatiqiie
,.,¿,¿._5.__,_.m___ç____,_¿________ {_'______________________ pé________________. ______ .E__ntre__ et.-:ii et Epi__rttij_› et il Cara-ie- iii*i.guistigue, Paris, lvlinuit, 1931 1 34-23.
lgmnd Ê” __ _ _ _ 1 _ Position de theme pi*i_ipre, qui - iïtlain l:li¿ttaui~tui'irvivuti, lvlarie-José Biîouettiv 1 -s Décalages 1 les niveauii de
______l- _ _ _ a question referentielle Gu 21, puis dlun sujet gfglyjfngticaj _ mr Et
_ re.rnu (en position de thème et i ' ' “ 1 - * ' fanalyse linguistique ii, Langue frriiiçriise 31, Paris, Larousse, 1939 1 99- 1 25.
_. _ _ _ - jui repond a la t uestion ui “l _ '
position thematique, un prédicat action nel tygpünqe à1____ (___ES__Iši__ __c_n - Jean-Blaise Gttt:-_'_E 1 Lrigigtie naturelle et corniiiuriieatiari.r, Paris, PUF, 1993.*
facon lus sim les iit*i '* - *Î im ' ' Ê
Till llliieent enpiéteïûii Ltiièiiiiiãlmîi11'. les dûuil pmliliülifis Pl"i“i95“Pf9Pll5Î1ÎGHs de'-_
la U_____S__ _ ___ _ _
: _ 3' _. * I 'F fill 9911-'é 1-l Dlttftlättt- (1 epouse refcrentielle a
" sl' '

_ fl __ 19" QUI -) i_|u elles font suivre dlun prédicat (Quoi 2) et d*|_m.¿ jμ_,¿1j.;¿j
999 ________
[P2] 9 i '-'__-111 lfëpetiseiils
_ - s 'll ucs` .tion
_ CI ti`1 1_F' integiee
' * - * de taçon
-« " _ [P1] ou inmng
plus - É' 2. Acte de référence [A] et construction
91 9 91-' 1-iiflïsgme nominal).
hDu point de vue éneneiatif [B], les phrases-propositions P1 é] et P2 tig [31 d'une représentation discursive
c aciin de ces deuii testes sont l -Î - 9 _ - _. _ Ê
temps conjugués (pE_______È_ __________~ _ _ S _ _ _ _ seni__l_iš__ah1es, en _depit de la difference des Toute proposition énoncée possède une valeur descriptive. Llactivité discur-
______________ _:_______C__________É___E___ a__-___Ê_________ _p__f______p_ii____ __et_impm*lait en Till). Dans les deus.
sive de référence construit sémantiquciuent une représentation, un objet de
rigl-jf [,¿~_¿j|gm¿._m È digtflnîg da ce q ,E211 lc a__l__'_›jÊ\_›'e non signee, le locuteur se discours communicable_ Ce inicro-univers sémantique se présente minimale-
' -- u i re ate et Rd2)
- que l`informati on ment comme un thème ou objet du discours posé et le développement, ii son
Sümhlfl rappüflëfi 111195 91-19 12-îfiüflflc ne parle Une information roche de la
élnllïll'-2 dépêche est _____S_
donnée - i - - F-illocutoirei propos, d`une prédication. La forme la plus simple est la structure associant
[(121) __________ ___ _______________ _mp__c_gjnmrip_e_une agseition_ (dimension
un syntagnte nominal et un syntagine veitial, mais, d` un point de vue sémanti-
' ' 9 .lšflttlfl lc par ejournal lui-méiiie En que, utie proposition peut fort bien se réduire ii itn nom et un adjectif.

_
i __ _ _
29 Le linguistique teittuelle L'unité teittuelle élémentaire 1 la proposition-énoncé 21

Considérons les siit courts teiites en trois lignes de Félii-1 Fénéon déjii cités. ques comme À Wrish.ington., rl Paris, dont nous reparlerous au chapitre 4
Ces petits teittes présentent llavantage de relever dlun méme genre (§ 5.2). Ces formes eiiemplaires de ce qu'on appelle le rnediatifl depuis les tra-
joumalistique 1 la brève. Du point de vue référentiel, ce genre, par définition vauii de Z. Guentchéva (1994 et 1996) placent une zone teituielle sous la
très court, est supposé donner des informations référentielles répondant mini- dépendance d`un.e source du savoir (médiation épistémique) ou de perception
ma1eineut.auii questions Qui il Quoi F' 11211 2, parfois Quarts' i' et, moins sou- (médiation perceptuelle). Les énoncés peuvent ainsi ne plus étre pris en chmge
vent, auii questions Pourquoi il et Comment F Lorsque la proposition parle locuteur-narrateur. tïliinsi dans ces de-uit passages du fait divers T5 1
comporte un verbe, il .faut eitaminer sa valence 1 verbes ii une place (Janinetti
riisparut T13), deus places (its ie rainenerent T13) ou trois (L 'enfant donnait T5 (suite) [___] C”est là, ii méme le macadam, que le bambin a été retrouvé,
u avec sa patte et son nounoitrs ii, selon le témoignage dlune commer-
ii manger aux cochons* T2). A cela on pourrait encore ajouter la valeur dlétat çante voisine des lieuz du dranie_ [___] La maman, une Sitissesse, a été
(Janinetti est niort), dlaction plus ou moins intentionnelle d'agents 1 its ie tire- mise hors de cause par la police. [Faprès les premiers éléments de
rent (T4) comparé à Cite vrei riternua. (T11) ou de simples événemeitts comme Fenquéte, il semblerait en effet que l'enl`ant aurait gri mpé sur un meuble
La passereiie s *est ejfondree. .ét ce noyau propositioiinel peuvent venir s`ajou- du salon pour accéder ii la funeste fenétre dieu il est tombé. [___]
ter des constituants périphériques plus ou moins autonomes 1 des circonstants Le premier segment médiatisé est clairement cadré par des guillemets qui met-
cotnine Dans ie iac tivlnnecy, Entre Deuil et Épinay, ou des constructitins tent le témoignage souligné par selon ii Pécmt de la piu*ole du journaliste. Le
détachées (CD) comme Ayant terrasse' i 'afiiciieur rlciiiiie et Tonitiant du ciiar second segment est intriiduit par d*apre.r_ La question qui se pose chaque fois est
èfoin, qui ont une valeur de thématisation de la partie prédicative d`une pro- celle de la longaeiu (ou cadre) de l“énoncé atuibué ii un Pdv_ L'ouverture et la
position dont le thème-sujet est dans la phrase noyau. Nous avons parlé plus *fennetiue des guillemets facilitent la délimitation du témoignage dans la partie
haut (chap. 2, § 1.3) de cette différence entre circonstants et CD. Dans tous les sous la portée de selon, tandis que la différence des temps verbauit
cas, on veit que l`estension de la proposition aboutit ii meubler le -s petit (conditiouuels 1 it setntiierait, aurait grimpe, puis retour au passé composé 1 est
monde ii de la Rd. Ciest llinteiprétant qui construit la Rd a partir des énoncés torniie) permet de délimiter le segment sous la portée de cfaprès. Un article
(la schématisation), de ses finalités propres (buts, intentions), de ses représen- scientifique de la revue Pour ia science, genre dans lequel il est fréquent dloppo-
tations psyehosociales de la situation, de l`énonc-iateur et du monde du teiite, ser des Pdv, permet de voir comment on identifie le début et la fin d`un Pdv 1
ainsi que de ses préconstruits culturels (Grize 20-114 et .eidani 1999, chap. 4).
T15 [Pl] Selon la théorie de la relativité générale, Fespace pourrait ètre très
_? Références et lectures conseillées* eourbé, avec un rayon de l'ordre de la longueur de Planlt, soit ll] puis-
sance 35 mètres. [P2] Toutefois itous observons que noue Univers est
- Jean-lvlichel situait 1 e Entre énoncé et énonciation 1 la seliématisation ii, chapitre plat sur des distances de 11] puissance 215 mètres (le rayon de la partie
4 de Linguistique teiiftueiie, Paris, Nathan, 19991 1111-113. observable de l”Univers). [P3] Ce résultat d'observation diffère des prévi-
- Michel CHnRiJLLE.s 1 La Héférerice et les i*Î.r,=.1re.rsiort.s référentielles' en fruriçuis, sions théoriques de plus de 611 ordres de grandeur 1
Paris, Dphrys, 2t1tl2.* Le marqueur selon et la inodalisation par le conditionnel (pourrait étre)
- Jean-Daniel Gt_iLt_UT, Joél ZUFFEREY 1 Ct.:-n.i'triiire un nionole. Les phrases initiales signalent que la portion de teiite qui correspond ti la phrase Pl nlest pas prise
rie tu Comédie huinaitie, Lausanne-Paris, Delachauii et Niestlé, 2tll]iJ. en charge par le locuteur. Elle est atuibuée au Pdv .1 d'un autre éneneiateur
- Jean-Blaise Gitizis 1 -s Argumentation et logique naturelle is, in J.-lvl. ilidain, et ii une autre source de savoir 1 la théorie de la relativité généralisée. Le con-
.l.-B. Grize, lvl. .flili Bouacha (éd.), Terre et discours: categories pour iianaiyse, necteur ctineessif 2`oate,fois, à 1”-ouverture de la portion de teste P2, signale la
Éditions universitaires de Dijon, cell. Langages, 21104 1 23-22. fin de la portée de seion. et llintroduction d*un nouveau Pdv ou changement
de cadre (Pdv2)_ Porteur d`une valeur restrictive, toutefois marque la
réserve prise en charge parle locuteur. P3 tranche radicalement dans le sens
du rejet de Pl, donnant ainsi au teste son orientation argumentative réfuta-
tive, soulignée par la modalité eiiclaniative. Cette tnodalisation manifeste la
3. Prise en charge énonciative des énoncés présence de l'énonciateur et donc de son Pdv_ tfassertion finale (P3) rejette
Pdvl.
Ctim_me on 1`a vu plus haut, en T112, c`est par la création, en P3, d“un univers
commun, celui de la folie (Des __tiiu_r), que les actions relatées en Pl et en P2
sont reliées entre elles par le point de vue (Pdv) anonyme de l`opinion com-
mune (parait-il). Très souvent, ces Pdv sont signalés par des introducteurs de ti. Terme largement préférable ii celui d'evirientiuiite qui traduit par un fauit ami la catégorie des
type 1 seion, ri“apre.r, pour, mais on trouve aussi des introdueteurs plus spécifi- u evidential eiiprcss si de la tradition de langue anglaise.
- Î2 Le linguistique textuelle L'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé Î3

'I
Les textes ljtteraires peuvent preeeder de la meme façen. Ftinsi ee petit texte médiatien ii' L“imparfait semble maintenir Passe-rtien de eet éneneé seus la
de Kafka : purtée du dernier u"npré.v, dans la eentinuité verbe~«tempere-lle du paragraphe
préeédent [it Fimparfait et au passé simple). Teutefeis, Falinéa qui sépare les
T16 Le réeit de traditien tente d'expliquer Finexplieable; eemme il émerge
deux derniers paragraphes rend eette eentinuité prnhlématique, Selen ee der-
d“un fendement véridique, il se deit de finir it neuveau dans Finexplieable.
nier eritére, la pertée de nT*npre.v est interrempue et l“éneneé. attribuable par
Qttatre réeits de traditien parlent de Pruméthée. Diaprirs le premier, il fut, défaut it l`énune-iateur, rejeint les éneneés au présent du début du texte. Ce
paree quiil avait trahi les dieux en faveur des hemmes, seudé au Cauease et flettement de la purtée et, plus prefendément, eette ineertitude relative ii la
les dieux enveyéreut des aigles, qui déveraie-nt sun fuie- teujeurs re-naissant.
prise en eharge éneneiative des éneneés sent assez révélateurs de Fimperseu-
Faprés le deuxiéme, Prtnnéthée seus l`effet de la deuleur eausée par les nalité du réeit. La veix narrative semble n“uvnir peur réie que de rassembler
bees qui pieehaient s'enfença teujeurs plus prefendément dans le re-e des éléments. Cette distanee itnpersenne-lle siaeenmpagne teutefeis d*une eer-
jusqu”a ne plus faire qu'un avee lui. taine irnnie. Les explieatie-ns, par les traditiens sueeessives, des fbnsieinen.rs
[Faprés le treisiéme, sa trahiseu fut publiée au fil des millénaires, les dieux du mythe de Preméthée se réduisent it la matérialité reeheuse du Caucase. Le
eublierent, les aigles, lui-nrérne. sens du réeit mythique s'est perdu dans un réeit étielegique d*e1'igine de
[Faprés le quatrième, en se Iassa de ee qui était devenu sans fendernent. Finexplieable présenee du Cauease. La phrase finale a l`imparfait est meins la
Les dieux se lassérent, les aigles. La blessure se ferma, lassée. fin du quatriéme réeit que eelle de l'ensemble du texte.
Restait Finexplieable tnassif reeheuxl. L“irenie est eemparativement plus tlagante dans ee fragment (§l 3) de la
seetinn e Des biens de fertune si des Cnrnereres' de La Bruyère :
Les prepesitiens assertées dans le premier' paragraphe paraissent évidentes.
Diffieilement niables, elles débeuehent peurtant sur des raisennements deu- T1? Ciirtiripngne, au surtir tl`un lung diner qui lui entle l`est.emae, et dans les
teux. Neus semmes suppesés admettre la treisiéme prepesitien medalisée par duuees t`umées d“un vin d`.*'-tvenuy eu de Sillery, signe un nrdre qu”eu lui
le déentique fil se deit de), sur la base argumentative de la vérité présentée présente, qui titerait le pain ii tnute une previnee si I`un n“y remédiait; il
eemme admise de la prepesitien intred uite par eenrnre et, par ailleurs, de la est exeusable, quel meyen de eemprendre darts la première heure de la
digestien qu'nn puisse quelque part meurir de faim Îf'
vérité pesée au teut début du texte. L'usage du présent de vérité générale
intreduit un Pdïf de Fepinien eemmune [UN-Pd`v']. La suite du texte se pré- La questien rhéterique finale entre en ee-nflit avee 1”assertien ii est e,ren.tn-
sente eemme une narratien éelatée en qnnr*re réeits, issus de quatre seurees bie. Une deuble énenciatien peree et le leeuteur ne semble ireniquement pas
différentes. Le marqueur nnen [e"nprés] denne Finstruetien de repérer une prendre en charge Fassertien fermulée seus la questien rhéterique. Lfirenie,
serie textuelle cliune eertaine lengueur et de seigneusement délimiter ses bur- eemme dédnuhlement du Pdïf, surgit du earaetére eutraneier de Fexplieatien.
nes initiale et finale. Les bemes sent iei eemprises entre ehaque d*npré.v et Le degré de prise en eharge éneneiative d`une prepesitien est suseeptible
l`alinéa de ehaque fin de paragraphe. Les faits mentiunnés seus la pertée de d“étre marqué par un trés grand nembre d`unités de la langue. Sans les
ehaque ri 'aprés sent présentés eemme ne relevant pas de Fexpérienee sensible détailler iei, il faut au mnins énumérer les grandes eatégeries suivantes :
eu eegnitive de Féneneiateur. À la valeur mé-diative de selen et de peur, nneh- ' Les différentes snrtes de diseuurs rappurtés : tiiseeurs direet (DD), dis-
ffrrpres ajeute un éeart temperel tnpres)-_ (Test, it la feis, seien et nprés que enurs indireet (DI) et diseeurs narrativisé {`Dl*~l}, diseeurs indireet libre (Dl'L}
Féneneiateur rapperte les faits mentiennés. Cet éeart temperel entre le dit rap- et diseeurs direet libre (DDL). Sur eette questien, en treuvera une trés benne
perté et Féneneiatien présente situe eette demiére dans un rappert de distanee synthese dans le livre de L. Resie1'{1999).
aux (quatre) vérités de la traclitien, Les degrés de eette distanee ne sent pas ' Les indieatiuns rl I un suppurt de pereeptiuns et de pensées rappertées :
signalés. Les quatre miereréeits eerrespendent å quatre Pdiv' sueeessifs de effets de peint de vue repesant. sur une fnealisatien pereeptive de type veir,
quatre éneneiateurs-traditiens qui se perdent dans la nuit des temps et lfénen- entendre, senn'r, tnuener, gniïiter eu sur une fnealisatien eegnitive de type
eiateur niaffirme pas plus la vérité des quatre Prlïi sueeessifs qu`il tfexprime snveir eu pensee repre'.renre'e (Rabate1 1993).
le meindre deute. * Les indieatiuns de eudres médiatifs : marqueurs eemme selen, n"n,rJrés
La ehute du texte (e Resrnir Pinexpiieuirle nrussif .rnei*teu,r rs) diffère énen- et _nnnr, medalisatien par un temps verbal eemme le eunu'iriennei, ehuix d`un
eiativement de iiénigmatique euverture, mais est-elle également assertée par verbe d`attributien de parele eemme prétendent, ,nnrnfr-ii, refermulatiens de
type 1'e”es.=f,i en fuir, en reniire, et méme en turn eus, ete.
1'. Cette traduetinn, qui peut paraitre étrange et seus-peuetuée, est justifiée dans .l.-lv1.rf'tdurn dt 1* Les phénuruènes de mudalisatien autenymique: tnut éneneé eu frag-
U. Heidmunn : e Elu réeit au rueber: Preméthée t1”apr`és F-Îafltu ›› [Pneriqttes enrnpnrée.s des ment d`éneneé méta-éneneiatif qui, dans une beuele réfiexive du dit sur le
myriaes, Ute Heidmann [éd.], Lausanne, Payet, EIIÎJIIJB : It-ii'-È Il). dire, manifeste Ia nen-trartsparenee et la nen-évidenee des mets. De simples
_'-_--'Î Tt'-fi La linguistique textuelle L'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé t5

gttiiiemets eu ftaiiaues peuvent signaler ces insertiens d`altérité, mais, it la textueile : Fadverbe (Sineéremetttfgtiniaiernent), le greupe prépesitiennel
suite des impertants travaux de .Î. Authier-Revue (1934, 1994, 1995), en par- (Erure neus t' Par chance je n'at' rien cempris), la prepesitien suberdennée
lera de medalisatien autenymique lersque se manifeste une nen-ceïncidence (e C"est pas perdu t' ,puisque tu m'aimes ti). Tandis que les medalisateurs
du disceurs a lui-méme (eemtne en dit, peur empieyer un terme ,nitiie.se,eiri- d`énenciatien pertent sur le dire (Franchement, t.*'est un prepes ifiiat = Je dis
que), une nen-ce'tncidence entre les mets et les chese-s (peur ainsi dire, miettx franchement que P ; Si tu veux fe saveir, je vais faire un teur = Si tu veux le
vaut dire, je ne treuve pas le met), une nen-ceïncidence des mets it eux- saveir, jete dis que P), les medalisateurs d“énencé pertent sur le dit (Malheu-
métnes (au sens étymeiagiaue, dans les deux sens du terme), eu encere une reusement, ies arg.utnent.s manquent = Je treuve malheureux que les argu-
nen*-ceïecidence interlecutive (passes-niet i 'expres.u'en, eernn.-.e tu as i'it.ai;*t- ments manquent)'".
tude de dire). Le peérne suivant de Baudelaire (e Tableaux parisiens u, 2'* éditien des
-Les indices de persennes: depuis les prenems et les pessessifs mar~ Fleurs du rnai, 1861) accumule un certain nembre de ces marques :
queurs de la persenne (men, tent'vatre, san iivt*e), l“apestrephe- d`un étre
T18 .it une rssstuxtru
absent eu d`un inanimé (dernier vers du pee-me de Baudelaire Tläi, cité plus
lein), jusqu'aux nems de qualité (traître, ee traître de X, cet abruti de UE. La me asseurdissante auteur de :nei hurlait.
J Lengue, mince, en grand deuil, deulcu|'1najest.ueuse,
- Les déictiques spatiaux et temperels cempertant une référence abselue , -
Une femme passa, d une main tastueusc-
(précise eu vague) eu une référence relative au ce-texte (anapherique) eu au Seulevant. balançant le festen et l`eurlct ;
centexte (situatiennelle). Englebant la classe des embrayeurs, cette catégerie
trés large est censtituée des éléments qui fent réfé1'ence it la situatien dans agile et neble, avec sa jambe de statue.
laquelle liénencé est preduit : adverbes (hier, demain, ici, a.u_,iaurd*itut'), greu- Mei, je buvais, crispé cem me un extravagant,
pes nemiuaux (ee matin, euvrea cette perte), greupes prépesitiennels (dans Dans sen ceil, ciel livide eu germe Peuragan,
La deuceur qui fascine et le plaisir qui tue.
dix minutes), adjectifs (la semaine dertt.ièt*e), certains prenems (il. pense a
mai), certains déterminants (men arrivée). Un éc1air,.. puis la nuit l- Fugitive beauté
* Les temps verbaux cerrespendeet il différents types de repérages par rap- Dent le regard m`a fait seudainement renaître.
pert it la pesitien de liénenciateur et se répartissent en divers plans d`énencia- Ne te verrai-je plus que dans Pétemité '.5'
tien. Un l`a vu ci-dessus avec Feppesitien du présent et du eenditiennel (T15) tïtilletlrs, bien lein d“ici l trep tard l jamais peut-étre l
eu celle du présent de vérité générale et du ceuple imparfait-passé simple Carj“ignere en tu fuis, tu ne sais eù je vais,
(T16). Le chapitre T déveleppera ce peint impertant. 0 tei quej`eusse aimée, fi tei qui le savais l
* Les medalités: medalités syntactice-sémantiques majeures (thétiquesï Les deux quatrains sent deminés par l“`.u'nparfait (v. 1 et 8), le passé simple
assertien et négatien ; hypethétique 1 réelle (Si veus savez casser un teuf, veus (v. 3) et le présent de vérité générale (v. 7 et 3), seit une énenciatien `a distance
.satterjfaire un gateau) eu fictie-nnelle (Si iesfeux dans la ntritfrtisaient des du mement de l`énenc-iatien eù le JE est sujet de liénencé, sujet du seuvenir.
.rigtte.s certes t' la peur serait un rire et iiang-:nÎsse un pardenf) :, Bien sûr, des adjectifs a la rime cemme majestueuse et_t'astueuse et les syntag-
hyperthétique : exclamatien). Medalités ebjeetives (rieveir, jtaiieir...), inter- mes descriptifs (de statue, ciei livirie au germe Fauragan) sent autant de tra~
subjectives (impérauf questien, deveir, (tufvaus) ,neuveir,..}, subjectives ces évaluatives d`un narrateur qui n`est pas tetalernent absent de sa narratien.
(veuieir, penser, espérer). Verbes d`epinien (creire .tïraveir ,fse clauter Xtgntt- Dans les deux tercets, en revanche, le sujet de Pénenciatien lyrique est trés
rer t' cenvenir t' prétendre QUE), adverbes diepinien (peut-étre, sans fieute, présent. La passante nrerphelegiquement a distance des quatrains par la trei-
prnhaiaiement, eertatnement...), lexémes affectifs, évaluatifs et axielegiques sieme persenne (sa janibe. sen mil) est placée, par le nem de qualité (Fttgitive
(petit, gentil, cennetatiens pesitives et négatives de vtîsage par rappert it face, beaute) puis pm Fapestrephe, en pesitien d`interlecutrice imaginaire (te, tu, ri
de mince par rappert ii maigre, axielegie merale de ben et de mauvais, rei). A ces ma.rques, il faut ajeuter les medalités syntaxiques de iiinterregatien
me'eitant). Treis types d`unités grammaticales entrent dans cette catégerie (v. 11) et de l`exclamati_en qui saturent le vers 9 et surteut le demier tercet.
lnterregatien et exclamatien seulignent Fémetien que marque déja le tent
début du vers È-Il avec l”interruptien (Un e'eia.t'r...) et la structure neminale des
lil. Peur une étude de cette questien, veir Eiylttie lÎlu1Ter1 e Ce irturfirart a"'tlttgu.s'tine I étude des vers 9 et 12. Ces medalités phrastiques, jeintes a la puissance de l`apestrephe,
rtettts de qualité dans L".r't.t'santtnair rs, Etur;ies aïe iittguisttfaue appiiqttée llilfi, Didier, 19'951
lfii'-lfib. _

9. Peur une analyse de ees deux vers de Queneau, veir mes .Éiénrertts de iin_gtti.rtiaue texttteiie lfl. Sur cette questien cemplexe des medalités, veir le petit livre synthétique de .Hicele Le Quer-
(Bruxelles, Ivtardaga, Iällll : 22?-23e). ler 1995.
F.

._-r.r- _
Fé La linguistique textuelle L'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé ti'

cerrespendent il ce que Bully range dans la s_vnta.te a)j'*ective. Le changement


de temps des verbes est énenciativement significatif. Aux temps de liénencia-
4. Orientation argumentative (0Rarg)
tien histerique, distaneée et narrative (imparfait et passé simple). succèdent des énencés
des temps de liénenciatien actuelle : passé cempesé (v. Ill), futur (v. i 1),
cenditienne] passé (v. 14) et présent (v. 13) ancré dans le mement et le lieu Teut énencé pesséde une valeur argumentative, méme une simple desc1'iptien
(déictique ici du v. 12) de Fénenciatien. l“~leus reviendrens plus lein sur la cemme celle de cette légende de phete d*une falaise d*escalade :
structure narrative de ce peéme, mais énenciativement sa divisien en deux par-
T19 Cadre vertleyant
ties est exemplaire et elle cerrespend it ce que neus direns des temps verbaux
recher franc et massif
au ehapitre T.
le Pas de liüurs
Î Références et lectures censeillées* a tent peur plaire".

-Jacqueline .t"ttn'H|F.n-Ruvtrx : tt l*létéregénéité{_ s) énenciativc(s) s, Lat*rgttge.r T3. Les cennetatiens eupheriques que véhiculent les treis adjectifs des deux
Paris, Lareusse, 193-fl : 93-1 1 I.='*
premieres lignes (énencés descriptifs) erientent argumentativement le lecteur
- Jacqueline t).UTrttrstt-Ravtfx : e l_.`énenciateur glesateur de ses mets: explicite-
en directien de lienvie de se rendre dans un tel endreit. Le prédicat verbal
tien ct intcrprétatien a, Langue frartçnise 103, Lareusse, 1994 : 9]-102.
final généralisant tl taut peur platre laisse implicite la place du destinataire :
- Jacqueline t).LtTH|E[t-RE.vUE 2 Ces mets qui ne 1*en.t pas ale sei. B-ar.u.'ies réfi'e.tfvr*.r
t-'r teut peur i'veus_t' plaire eu peur plaire tu teut le mena'e,i. L`0Rarg [Cl]
et nan-ent)rcia'en.r:*e du e't`re. ternes l et 2, Paris, Lareusse, 1995. apparait ainsi en fin de phrase typegraphique, sur la base de la dérivatien
- Émile Buuvrsrusrr-1 : Pr'eitiérrte.v tie r'tt*rgr-:i.vtiatte ,getrérttie I, Paris, Gallimard,
d'une valeur illecuteire [C2] de recemmandatien qui denne a la descriptien
1956, chapitres X`v'lll et tt)-L* sen sens en disceurs (dans l`interaetien du jeumal avec ses lecteurs).
-Zlatl-ta GLIur~ttr;'|-ruvx: e lvlanifestatiens de la catégerie du mé-rliatif dans les
L`ORarg est plus explicitement marquée dans cette publicité des chemins de
temps français s›, Langue firtrtrrjrttise lllfzl, Lareusse, Paris, 199-fl : il-23.
fer fédéraux suisses :
- Catherine KERBRAT-URECCIIIUHI 2 L`Êrta.n.r:.'ia.tir.rn.. De ia .rr.tbj'ec'tit-titré a'ans le lan- T20 ZURICH
gage, Paris. tk. Celin, l93[l.* Cesmepelite
- Nicelc LF. QtrEnLE.a : i"y,neie_eie ties rtreritriites, Presses universitaires de Caen. [it peurtant
l99ti. typiquement suisse.
- Deminique lvIn|1sret_rE.tsrr=.tttr : l'f'ét*ret*reitttitrr*r en iirrg-uis'tiqtte _,(r*tttrçtri.s*e, Paris,
Hachette, 1991.* Le cennecteur eencessif paurtant déceupe l`énencé en deux prepesitiens
- Henning HeLxr¿ : Le regard du tfncrrteur. Peur une iirrgrustiqtre ties traces errett- élémentaires (p et paurtant qt) argumentativement erientées dans un sens dif-
einti ves, Paris, Kirné, 1993. férent, plus précisément p [él] incite a cenclure (él)] dans un sens eppesé à q
- Henning NØLRE. Kjersti FL*;3t1'|'UM. Cece l^\it'ri<tt-LN : .ïeaPttLine. La tirértt'ie scanali- [é2]. Cette 0Rarg de chaque représentatieu discursive (Rdl et Rd2) est irisé-
nave de la peiy,nitet*tie ittrgrttstique, Pruis, Kimé. Ètlfl-fi. ptuable de leur prise en charge éneneiative. Peur qu“un méme segment textuel
- Alain Rttntvrar. : La een.rtr'uetien testuetïie du _neint rie vue, Lausanne-Paris, puisse cemperter deux sens centraclieteires, il faut que les deux prepesitiens
Delachaux et Niestlé, `l9.93. seient prises en charge par des énenciateurs différents (Pdïil et PdV2_). Le
- Laurence Restus : Le rir'seeur.r rapperte, Bruxelles, Dueulet, cell- Champs lin- lecuteur se présente cemme rccennaissant une premiére legique qui eppese le
guistiques, 1999. eesrnepelitisme a Fidentité suisse (Pditl), mais il ne s”y arréte pas peur pre-
peser une autre représentatien qui, teut en cempertant une nerme négative
implicite, censerve a la ville de Zurich sa prepriété e typiquement suisse si
(nerme pesitivée, Pd`v'2).
Cette dynamique de llargumentatien peut étre résumée par le schéma
suivant:
.,

l l. Peur une étude détaillée de cet exemple, veir J.-lvl. tltdtuu de A. Petitjean : Le Te:-:te nlescri_rI-
nf Nathan, 1989 : 93- Il`l3. Peur d'autres exemples d”analyse détaillée de Ferientatien ar'gu-
mentative, veir tltdam l99tl : 191-253.

Ir..
*** -* TB La linguistique textuelle L'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé ,vg

Schéma 10 pesitiennel (p) et une ferce illecuteire (F). Le prebléme du classement des.
actes de disceurs a seulevé de multiples débats et cennu bien des femies Les
difficultés viennent de plusieurs faits : L i
Prise en charge éneneiative du Pdv 2
______________fiUn__ __aete
.l i,
_ det disceprs i est* seuvent induect -_ l =.apparent censtatif
. x
- Ça .rent lg
Prepealtien [Ii Prepesltlen q __m_________ __:i_. )aussi ren peur un repreche (lfeu.r auriez; pu agrgr _t gpgu ,_, _.¿_-, , _.,_,
Argument 1 ET PGUHTÀNT Argument 2 .i ,nie s que peur un erdre deguise (Ouvrez la fgggfy-g _t g¿jE¿p,.____¿1,.,gj.E
Nvfl-vriss rneii (Free) une deuelie l).
en charge
éneneiative _ ' À une pprtien cl`énencé dr_iiinée ne cerrespend pas ebligateirement un acte
du Pdv' 1 illecuteire evr_dent.
Cenelueien nen-q - Uiiiterprétatien de la valeur illecuteire d*un énencé est rarement simple
,i '\ (nen-nee)
î£__-5+':_1I___Îu:___Êt@:__Î1_:_E›___l__:_fi ~. ries. p-erferpiatifs_' 1 - ›
explicites_ _
de type _
Je te baptise. __
.le declare la
.F I _ e "' n eneijce cemr_ne La .ieanee est attise-fra peut guggj blgn gm,
I 'I' ' ' .r-.

une asseraan. eenstati ve a valeur de repreche (faite par un assistant a liadresse


Il en va teut autrement avec la présentatien de Geneve dans le méme d'un _ autre q ui pentinqe ' ii vaq uer a* ses-1 eecupatiens)
. _- "
qu*une _. .
rleclaratian
dépliant publicitaire : d_ quvîrëuår: de seance d une assemblée eu d`une réunien par la persenne aute-
I
ri see _ __ ettei_nent_ _ _ - une valeur de repreche, tl“nri;1m,
entre _ du nwnagg UU gg
'rei Gsuiivu premesse est tres frequent. Il est, par exemple, di_fficile de cenférer au graffiti
ville eesmepniite
suivant ' Il
une valeur -illecuteire -
simple
-
:
au charme frarieais.
T 22 wviïãrjnawrejêrafliaine
Peur Genève, la méme prepriété e cesmepelite ii est ceuplée, sans eences- emmrcrïãsflujivjrrundgr
sien iii eppesitien, à un -s charme ii qui n“a rien d`he1vétique. Si Zurich est
encere une ville suisse, Genève ne 1*est visiblement plus, selen le Pd"v' suisse _____(___,_e____Éjenî_*:iéi__.g_-_«=.;›*_:ri;_i_iën qui perte___si.ii- 1*av__enir_prend_, de ce fait, une valeur prëdjg-
alématiique que cette Rd lais-se entreveir. La cemparaisen de T20 et de T21 __ _ premesse e_mentee de la haine (acte engageant premissif).
incite ii assecier la prepriété e cesmepelite ii- ii la perte petentielle de l`identité [lu fait de la signature anarchiste du A encerclé, cette premesse prend l*allure
natienale. Dans le systéme du disceurs publicitaire des Chemins de Fer Fédé-
raux suisses, le met prend un sens qu`i1 ne pesséde, dans la langue, que de Êrïlîtlïíltïåï,Î.Ê'
__ ï.ïÎÎî*î§råÎοÎ`ïliî§ÎlÊ'
_ Di “Î antiques,
maines même “““iÈ*“* 1? sur
retreuve “élÈunebf“
façen petentielle. On recennait dans ces deux exemples la présence insidieuse lHÊI*îi:_t_J_ÊIEflCC_Î_`_l_i`:t_j+j_[npéi et représentant un chien enchainé prét à bendir :
«tt i tj. › _ _ .
d”un triste pencif de Finterdisceurs de la dreite natienaliste qui, depuis Maur-
ras et Barres, eppese ce.rmapelite ii natlnnal. .amat un au ,miiïîfïiåîššiã“.Îî'ÉïÎ.-'lïš ïlíš ïïšïlaîãiåïåîfîléiîiiï
_«.__it_:_-î';__i':ï_j_r__inE_i.î_i___t_j__ rijqlestse et au danger qu-*ll représente peut lui. lviai_sc`esri;.=;1›[,;_1j_
__? Références et lectures censeillées* . n eu , une _inenace, un directit dent le but est de faire en serte
que les veleurs petentiels passent leur chemin. L*assertien descriptive
-Jean-Michel étexii : chapitres 2 et 3 de la 2* partie de Éléments de lingulstiqrie tt Chien méchant ii est également une femie eenventiennelle d`avertissement
textuelle, Bmxel les, lvlardaga, 19911) : 191-253. et de menace que teut passant dérive aisément : e N*entrei: pas car si veus
-Jean-Claude Ausctiuiuxu, Uswald Ducret: L'argunientatlen dans la langue, entres, _veus serez inerdu par le cliien s. Le sens de ces éiiencéé ne s`épuise
Bruxelles, lvlardaga, 1933.* teutefeis pas dans cette valeur illecuteire directive quüstustin a un mement
I.
eensidérée cemme Féquivalent d“un perfermatif explicite du type .le veus
avertis que le clilen risque de veus attaairei* Benveniste siest eppesé il cette
idée :

5. Micro-actes de disceurs
Teute prepesiti_en énencée pesséde une valeur eu ferce illecuteire. Selen la _

I2. Étudié en détail dans J.-lvl. tïtdarn : Peur lire le ,neénie Bruxelles De Bueclt Duciilet, 1984 *
lliéerie devenue classique depuis la philesepliie analytique et les travaux de lïñ-lili.
_L________E_ __________Peur une____9____
______________ étude_ _5____.
du -_;eiissenientdel”
,l________ .* li-c ti] a ivanne en il
insu -s Ta. rnére..._ is et _gi 1 . i*11_~,mu-.;
., . `
J.L. Austin (l9ti2), en distingue dans le e. sens ii diun énencé un centenu pre-
'r * -~ se ta linguistique textuelle L'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé B1

a C]-.tan meal-aint si peut bien étre interprété cemme un e ave-itissenient ii, refus dire et i'riinmuntguer ii leurs interlecuteurs lers de chaque énenciatien a.
c`est néanmeins teut autre chese que Pénencé explicite e je veus_avertIs Ceinme1`exemple cheisi vient de le mentrer. liattributien d`une valeur illecu-
que... ii [fécriteau est un simple signal 2 ii veus d“en tirer la cenciusien que teire fleue 9 ii un énencé (prédictien, recemmandatien, erdre, avertissenient et
veus veudrea quant il vetre cempertement. Seule la fei1_iiule_eje veus avertis menace) n`est pas du teut anermale et elle n`est. pas causée par une faiblesse
.;p1a,__ is (suppesée preduite par 1'auterité) est perfemiative d avertissement. ll de la descriptien théerique, e`est tent simplement la réalité du disceurs et de la
ne faut pas prendre l“indicatien extra-linguistique cenime équivalent _i:_l_e preduetienlinterprétatieri du sens par les étres humains (ii la différence des
Facceiiiplissemeiit linguistique ;_ ees especes relévent de deux categeries :antic- machines et des legiciens). lvl. de Femel a, en ce sens, remis en cause un pré-
reinent différentes. Dans le signal, c`est neus qui stippléens la fenctien d aver- suppesé de base de la théerie : l`idée de 1“identil"icatien d`un acte de la.ngage
tissement. _
(Benveniste 19615 : ETS-Ein.) en termes de teut eu rieii (un énencé est eu n`est pas un erdre, une menace eu
._ __ . _ . ._ _ .- - - - - _ ii *' ___
une premesse) :
A y regarder de pres, en a ici affaire a la_prer_:lictie_ri indirecte d un eve_ne_ L.a tliéei'ie des actes de langage garde teut sen intéiiét ii cenditien iJ'abandenner
ment futur négatif qui risque cl' arriver a celui qui pénetrerait dans la prepriete la cenceptien classique en termes de eenditir.ins nécessaii'es et suffisantes |..-]
gardée par le chien. La menace est une prédictien d“un état de chese indesira- au prefit d`une r_ippr.-relie piritrit_vplque issue des travaux réalisés en sémantique
ble qui suscite (Danblen 1999) une émetien liée ti la représentatien de 1`évé- du pretetype.
nenient indésirable : étre merde. Teutefeis, un aspect de la stratégie discursive [lJel*`emel 1990: 160.)
réside dans le fait que le lecuteur se présente cemtflfi PTUÎÊCÎEUT 9'-1 lïfililii-lili*
ii ii + __ ii 1 ___ r r p ' _ :_ "' Ci'inl`iirniénie-nt ii ce type d`appreclie'*, un énencé est interprété ceiiinie
veleur etleu victime petentielle _ il prédit ce qui risque d arriver et en avertit le
lecteur de la pancarte. _ _ _ _ ét.ant plus nu innliis une iiivi_tatien, un serment, une recemiiiandatien, une
menace, une insulte méiiie. Un greupemeni d`attributs d“impertance variable
Barthes a, en 1993, ceminenté treis pancartes en apparcnce__similaire qui se
permet de ceusidérer le degré d`apparte_iiance d`un énencé ii une catégei'ie
treuvaient sur jes pertes de villas d un petit village de retraites du S__ud-Oqest d*acte (degré tert. de pretetypie) eu ii plusieurs (degré de pretetypie faible)
de la France. ét la maniére de Feucault, il rattache chacun de ces enences a quand il se situe ii la frentiére de plusieurs catégeries d"actes. Ce liinctienne-
iiinterdisceurs d*une fermatien seciale : ment fleu, et peurtant trés efficace, est le prepre des langues naturelles et de la
Le 5,-mg gg cg-,5 @gpu-gg,-Signe (_ _ _] est dans leur dlfiîéi*enrre : e Cliieri niécliant ii est réalité des faits de disceurs.
agressif _: e Cliien rlatigei*eur_a est philanthriipiquc; *if Cltteti de garde ii- est La crainte de ce fleu a ariiené Benveniste ii ne pas suivre Austin dans sen
apparemment ebjectif. [...] ri. travers un méme message, net_rs_liseii_s treis élargissement de la théerie des actes de langage au-dela des seuls pei'fermat.ifs
cheix, treis engagements, t.reis mentalités, eu, si l*en préfére, treis imaginaires, qui, dénemmant liacte perftirnié (Je jiure de .*:l.i`re mute la vérité), ceiiipertent
treis alibis de la prepriété. [...] Le prepriétaire de la villa s“abrite et se rassure
les iiiatques linguistiques de neiiiiriatieii de la perfermance par un verbe cen-
derriere une certaine représentatien, et je dirai presque un certain systpnie de la
prepriété : ici sauvage -[le chien, c*est-a-dire, bien sûr, le preppetaire, _est jugué au présent et de sen e perferniateur ii (Benveniste 1966 : ETS). bleus ne
méchant). la pretecteur (le chien est dangereux, la villa est armée), la enfin legi- suivrens pas l`idée de limiter liilleeuteire aux seuls perferinatifs explicites. ll
time (le chien garde la prepriété, c*est un dreit légal). est, par ailleurs, utile de censerver la catégerie du perfermatif cemme femie
(Barthes 19'l3 : 361.) explicite et fermelle de désignatien de liaete de langage. Dégageant les 1"erees
illecuteires qu°il eiinsidére cemme -e primitives ia, l-.laiidervekeri (1988 2 127-
La dérivatien des valeurs illecuteires cl*avertisseinent-inen_ace et d*ii_*iti- 123, 1992: lil) en nemme deux qui sent syritaxiquenient identifiables: les
matien ii passer sen chemin méne au sens de 1*énencé en disceqrs. Si la ferces primitives rllrerrn've, réalisée dans le type syntaxique des énencés inipé-
méme crainte des intrus parait cemmuiie aux Remains de Peinpei aux ratifs, et expressive, réalisée syntaxiqiienient dans le type des énencés excla-
petits prepriétaires du sud-euest de la France, une différence majeure matit`s. Les treis autres ferces illectiteires primitives sent neinniées par un
réside, dans un cas, dans une interpellatien trés directe du passant et, dans
l`autre, dans 1“apparente distancede l_a simple descriptien de Fanimgl. Blas
d`impératif apparent, persenne ne semble plus parler ii persenne_. Lepera- .

rim] fle. edérivatien illecuteires- (tltnsceriibre 1980) eenventiennelle a li. li. Danblen (1999) décrit l`ei-t justement ce qu`el1e appelle des e aires lieues a auterisant un
passage pregressif de 1`une a I“autre valeur illecuteire : de la nieuace ati chantage. de l'aver-
beau débeucher sur le méme cemperteinent du passant qui, se__sentarit tisseiiient au censeil. en passant par la prédictien. D. "v'andervel-ten ne l`admet quant a lui
menacé, passe sen chemin, aucun de ces quatre énencés n"`est le meme fait quiau iiiveatr des disceurs entiers et seir lement peiu' ec qui ceiicerne I'attributien d'une valeur
de disceurs. de satisfactien t 199? : 94).
Depuis t'-*tustin et Searle, en deit reeennaitre que e. les actes illecuteires que lfil. Pesitieii également adaptée dans Les textes : types et prritr.itype.i (tïidam 1992). dans Sémantique
du ;ii*etetipe (liileibcr, PUF 1990) et dans Les céllluitrilre.i* de l'art (Scliaeffer, Gallimard. 1995).
les lecuteurs tentent d`accemplir en parlant fent partie de ce qu`ils veulent

I.
'h.__|-Fi
| gg la linguistique textuelle l_'unité textuelle élémentaire : la prepesitien-énencé 33

verbe perfermatif : Fengagement par le verbe perfermatif s 'engager (ii), la - Prernissifs : e Demain des l'aul:›e il je partiral ii (Huge).
rléelaratien par le verbe perfermatif déclarer, liassertieri. par le verbe perfer- - lvlétadiseursifs : e Mais cette lettre est lengue, llffl. le ,iiré.sir:-lent, et il est
matif ajjlirmer est réalisée dans le type syntaxique des énencés déclaratifs dent temps' de cenelure a (Zela).
le mede du verbe principal est "a l`indieatif. Dlret*tits et expressipïr peuvent - Déelaratifs : Simultanément énencer et prevequer des changements dans le
prendre la ferme syntaxique des énencés perfermatifs: .le ve.us eriienne de mende 1 e ,l 'accuse... .l ii (Zela), Je te baptise...
sertir et .le tiens ti veus' féliciter.
- Expressifs: Au meyen desquels nriiis exprimens nes sentiments et nes
Si lien veut bien admettre le chevauchement pessible des différents actes de attitudes: Brave! ; e Teute ma reeennaissance ri men sauveur ir (Pub
langage, neus peiivens prepeser un classement qui ne vaut que par les distinc- 1393).
tiens qu*i1 met en évidence.

Schéma 1 1 Les expre.r.rifs, dent le cent.enu prepesitieniiel est présuppesé vrai, expri-
ment 1*état mental de Ténenciateur plus qu`i1s ne représentent un état de
chese. Ils peuvent étre censidérés cemme un e cas limite de ferce illecuteire a
f acres ne e|aceuris_ (`v'anderveken 1992: 13). Les assertit`s, dent le centenu prepesitiennel est
vateuns ittecureiniss ees eneneés censé étre vrai indépendamment des ce-énenciatetirs, se distinguent des enga-
geants, tlirectifs et déclaratiiïi dent le centenu prepesitiennel est rendu vrai
par l`aeeempl_issement de liacte illecuteire. En suivant D. Veriiant (l99'l) et
en peussant plus lein ce que dit Vanderveken, des engageants métadiscursifs
nevaéseurr-.Tien Exeiseeereu peuvent ét.re pris en censiclératien. Ce demier recennait que des actes expesi-
d'un état de chese 9'909 HTHÎU99
/\ psyche-seciale tifs eemme ceninieneer, ajeuter. illustrer, répliquer, eenelure, répéter et résu-
mer seiit des e. interventiens linguistiques impertantes ii, mais, cemme Searle,
il pense que de tels actes de di sceurs ne sent pas ilIecutei_res (1992 : 59).
I CUNSTATATIUN PEFlFOHlv1AT|“v'iTÉ E}tPl=tE5SlFS Les actes de disceurs ne sent pas iselés. Une vignette cemme celle qui ter-
i. Fieprésentatifs ›=- grammatiealemeni tlvlercr l Parderi l
mine la bande dessinée de Peye intitulée Le Sclrti*eurii.p;tl.s.rlri*i.e, denne une idée
(Sear|e 191-'2) exprimée Brave ll
ASSEFITIFS (Je veus remerctel de cette cemplexité :
demande ,cardan l félicite)
T23 Brave l .Ie veis que malgré ce qui siest schtreunifé, veus étes restés de
bens et braves petits Schtreumfs l Aliens, je veus pardeiine l
ll ne suffit pas dl identifier les actes de di sceui's successivement aceemplis par
le grand Schlreumpf. ll faut envisager les liens entre les actes expressif, censta-
Eueaeeiturs eri=iEcTir=s DÉGLAHATIFS tif, déelaratif et perfermatif, ceimne neus le verrens ii la fin du ehapiue suivant.
<= Premlssils ii (üttlüflflefi füéfifélefi
(Sentia 19?2] üuesttennerl Cetrdetflttetl Im

(Premettre) Je veus parclenne) Références et lectures censeillées*


ii lirlétadiseurslfe si
(ilernancl 199`l') -Jean-Claude Arvseeivierte : e lvlarqueurs et hyperiiiarqueurs de dérivatien
füenclitre, Abrégée
Définlrl i1lecutei_re : netiens et prebléiiics ii, Culii'ei*s de llngulstiqfue_,françai.ri:r 3, Université
de Geneve, 1931.
- lehn Langshaw Attsriii : Hniv tn de 'l'l*tings utitli vver.-:ls, Cl_xf-:irti University Press,
- Assertifs-censtatifs : Au meyen desquels neus disens it autrui, de maniére 19152 : trad. fr. Quantl dire r 'estfiili'e, Paris, Seuil, 19'l0.
vraie eu fausse, eemrnent sent (eu serrint) les eheses: rr ll existe, depuis* -Émile Beuvurvisrn: Prelilenies ele llirgul.itiette ,générale l, Paris, Gallimard,
treis jeurs, un état de guerre ii (F. D. Reesevelh défi 1941)- I9eb : 2b'l-295.*
* Directifs : Au meyen desquels neus essayens de faire faire quelque chese ia -Rnland BrtaTHEs: e La guerre des langages si (|9T3), tÎliu'vres' eeinpletes lit,
autrui : Cave current, Défense a“en.trei'. Paris. Seuil, 2002 : 361-355.
-Engageants: Au meyen desquels neus neus engageeiis ii faire telle eu telle - Catherine l:Q3ttuaA't'-URECCHIDNI : Les Actes tte lttttgage tlans le tl'i.sceur.s, Paris,
chese: Nathan, 2001.*
l'.,~_-)-*-.«~**-*r-mm ga La linguistique textuelle

- Emmanuelle Datveten : -s Argumenter par la menace. Êmetien et raisennement ii,


Happert de reclierclies 5, Université libre de Bruxelles, 199? : 3-14.
- lvliche-1 ee Feitiset. : e Acte de langage et théerie du pretetype : Pexemple du
cemplimcnt s-, Cahiers de pi-arémutiqiie 1.2, Université de lvientpellier, 1939 : 3'?-
50.
- Michel en Fermat, P. L*Heureux-Beuren : e Quelques remarques sur lc rituel el
les actes de langage ii, Semantiltes 2, vel. 4, CNRS, 1930 : 39-4e. _
Chapitre 4
-lvlichel nE Feanet: e Sémantique du pretetype et analyse de ceuversatien ii,
Cul.-.lers .fle linguistiauefrnnçai.re 1 1, Université de Geneve, 1990 : 159-1't'3.
-lehn R. SE.tiai.e: Speeeli. Aets, Cairibridge University Press, 1969; trad. fr. Les
Actes de langage, Paris, Hermann, l9T2.
- Daniel \lrtueeavnxeisi : Les Actes de ltisceurs, Bruxelles, lviardaga, 1933. Types de liages des unités
-Druiiel Vanreeaveimu e La théerie des actes de disceurs et 1'ana1yse de la
ceuversatien ii, Caliiers de lingut.rtiquejrunçrilse 13, Université de Geneve, 1992 : textuelles de base
9-bl.
- Denis "it'Es_r~itii~i'r : Du rltseeurs ii l'aetien, Paris, PUF, 1992.
i
L“epératien de litige de base, netée [2] dans les schémas 2 (p. 19) et 4 (p. 33),
cemperte cinq grands types dlepératiens qui assurent Fempaquetage des pre-
pesitiens-énencés. Cembinables entre el les, ces epératiens ent une pertée trés
variable. Elles unissent les censtituants de prepesitiens preches, mais elles
agissent aussi li lengue distance, de faqen prespective et rétrespective, assu-
rant ainsi la cehésien textuelle :

Schéma 12 : Opérations de liage assurant la centinuité textuelle

K Liagea des prepeeitiena \

/
Liages Liagee lmμlieitatiens Gennexicins Séquences
du signifié du aignifiant /\ cl'aetes
Ellipses impireiiee ds dlssvflfs
/\ /\Gennemeurs lvlarqueure
Anapheree lacitepiee Présuppeséa Seus-entendus
I \ Cirgariiaateurs J

Chacune de ces einq epératiens est un facteur de texmalité, mais aucune ne


suffit seule a faire d*un texte une unité cehérente. Elles ceepérent et peuvent
niéme suppléer la défaillance de l`une eu l'autre d*entre elles. Elles intervien-
nent ii des degrés divers selen les textes. Tel eu tel mede de liage est privilégié
dans un texte denné eu dans une partie de texte seulement. Les saveirs relatifs
ii ces epératiens sent des systemes de cennaissances linguistiques activés tant
ii la preductien qu`a 1`interprétatien. La présentatien linéaire de ces epéra-
tiens, ne deit pas laisser creire li une successien linéaire et erdennée d'epéra-
_- "_". -J-_..
le
E15 La linguistique textuelle Tvpes de liages des unités textuelles de base 5?

tiens séparées, intervenant méthediquement au ceurs des precessus de petit gerçrin précise le sexe du bebe et lersque l 'enfiler eu l;›erat':vÎn. apparais-
preductien et diinterprétatien. Ivlalgré leurs imbricaticns, les epératiens de sent, 1`identité du référent ne change pas. Les relatiens sémantiques de ce-
base peuvent étre décrites séparément. référence sent dites anapheriques dans la mesure eù Pinterprétatien d`un
signifiant dépend d”un autre présent dans le ce-texte gauche -(anaphure
preprement dite) un dans le ce»texte dreit {cataphure)'. sans exclure le ca.s
1. La construction textuelle de la référence du référent présent dans la situat.ien (référence cnntextuelle eu déictique-
situaticnnelle, dite exephurique). Les deux prenems e il s, par exemple,
(liages sémantiques 1) ne sent interprétables que cemme reprises du référent intrcduit. antérieure-
ment par une expressien auteneme : pas de nem prepre ici, mais des greu-
La centinuité référentielle est assurée pm des reprises d`éléme.nts intreduits en pes ncminaux indéfinis eu définis. La reprise par un svntagme ncminal
mémeire. Ces reprises textuelles sent rendues pessihles par certaines preprié- défini (cemme LE petit gurçea, qui, dans le titre, reprend UN bebe eu LE
tés de la langue : prcneminalisatien, définitivisaticn, référentialisatien déicti- bernbia qui, en début de rédactinnnel reprend UN petit gurçea) est dépen-
que ce-textuelle, ce-référence lexicale, auxquels il faut ajeuter les dante du référent antérieurement intreduit, mais le sens de ces syntagmes
receuvrements présuppesitiennels et autres reprises diinférences dent il sera neminaux est, du fait de la différence lexicale, signifiant en lui-méme.
questien en 4.2. Clest méme précisément le lien sémantique entre les deux expressiens
neminales définies (ainsi que les suivantes) et le pretnier maillcn indéfini
1.1. Ce-référence et anaphnres de la chaine de ce-références que la censtructien diune relatien et d`une
interprétatien anaphcriques interrege. Uanaphere est dite fidele si le
La ce-référence est u11e relatien diidentité référentielle entre deux eu plusieurs méme lexéme est repris, infidèle si ce n`est pas exactement le méme
signes sémantiquement interprétables indépendamment 1`un de l`autre (it la lexéme. Une anaphere peut également perter sur un segment. leng qu`e1le
différence d”un prenem, vide de sens sans sun référent). ainsi dans le fait synthétise :
divers T5, la victime est Fcbjet de désignatiens trés variées par des unités T24 nes Pts un vacnas ceusces .lt La seatvcun
lexicales ce-référentielles : .etUSTRALl]î - Des éleveurs australiens ent été surpris à genfler le pis de leur
T5 cu elise se *rue un 'resteaarr rfuue. Fsuerse vache a la seringue peur les rendre plus impressicnnantes dans le cadre d*un
des principaux cencuurs agriccles du pays. Deux éleveurs et deux spécialistes
Le petit garçen a chuté du treisiemc étage d"'un immeuble
de la préparatien des vaches peur le cnnccurs ent été exclus aprés la cléceuverte
BLUNPLY * Un terrible accident dnmestique s*est preduit hier matin a Îf' lt 21', du scandale par des gardes dimanche, selen les erganisateurs du Rnyal
en plein centre de Blenav. avant échappé a la sunreillance de , un Queensland Shew.
petit garçen figé de lñ meis a fait une chute mcrtelle d” une dixaine de métres (ÀTS-åFP.]
depuis le treisiéme étage d"un immeuble situé au ni* 5 de la reute du Village.
Les fenétres sud de ce bâtiment dunnent directement sur l`artére centrale de la On parle d`anaphere résemptive dans le cas de la reprise, dans la dépêche
cemmune, il un endreit nù la chaussée se resserre quelque peu. (Test là, il d`agence T2_4, du titre et de Févénement neté en gras au début de ]`article par
méme le macadam, que le bambin a été retreuvé, e avec sa patte et sun la qualifrcatien svntheuque de scandale. Les liens anapheriques peuvent éga-
neunnurs s, selen le témeignage d'une cummerçante veisine des lieux du lement perter sur des segments it inférer à partir du référent :
drame. Bien que la rue seit trés passante, le cerps du bambin n*a été heurté
par aucun véhicule.
Les seceurs sent arrivés trés rapidement sur place, et le médecin a tenté de rani-
mer lienfant pendant près de treis quarts d“heure. Un héliccptérc de la Rega
s'était prévcntivernent pc-sé a preximité, mais c'est en ambulance que lc gar- Î

cunnet a été emmené à l“Hepital du Samaritain, a `v'evcy. Il est teutefeis décédé l. xlnu-phereirt signitie étymttlegiqucnient a purtcr en haut s, seit il gauche peur la lecture, en
peu aprés sen admissien des suites de ses blessures. La main,-a__11, une Suissesse, arnpnt dans le texte, et cura-plleretu, e perter en bas s, il dreite, en aval dans le texte. Si la
a été mise hers de cause par la pclice. lïapres les premiers éléments de netien dc catuphcre apparaît en 1934 chez Karl Bühler, celle dianapltere date du II' siéclc eù
i`enquéte, il semblerait en effet que lienfant aurait grimpé sur un meuble du .f'tpe›_lc›nn|s Djfscülfih fl prepes des prenems. eppese les cléictiques (prenems qui renveient it
salen peur accéder il la funeste fenétre d`ei1 il est tembé. [. _ .l des elnets] et les anaplieriques (prenems qui renveient a des segments du disceurs. L'usage
linguistique mederne du terme anaphcre se treuve déja chez Littré : e Terme de grammaire
Tcutes les reprises sculignées en gras sent reliées par des rappcrts de ce- grecque. Expressien d*une relatien s, il cété du terme rhéterique et stylistique d`anapherc
référence et, de ce fait, sémantiquement cemplémentalres. Par exemple Le cemme repetmeu d`un méme rnut en téte de phrase.
gg La linguistique textuelle Tvpes cle liages des unités textuelles cle base E9

T25 un eantuetttrr Faut* tete ctrurn ne 151] rvtttrnes référe prieritairemeut au référent neminal pivet du titre : La veix rie Maria
tltCCIDEl*'~lT * Suite- it une sertie de rente hier matin entre le cel de l`tÎ_Îlberalp et Callas. C'est par relatien sémantique de syneedeque (partie-teutil que la réfé-
Setlrun lfirisensj, un cabrielet a fait un plengcen de léll metres. Blessée au rence est appliquée au nem prepre plutét qu“it la seule veix. En cas de mécen-
dus, la passagère a été hélipertée a l`Hépital eantenal it Ceire, a cemmuniqué naissance du nem prepre, la divine .re_nrane permettrait une identificatien et
la pelice cantenale griscnne. Quant au cnnducteur, il n`a été que légérement une interprétatien par le lecteur du jeurnal. La ce-référence seus ferme de
blessé. _ sjvntagme défini jeue un réle diappert diinfermatien, c`est méme une de ses
(l'tP, l4.tlll.2[ltl»=l.) fenctiens dans le disceurs didactique. Le lien interprétatif impesé fait apparaî-
Le fait que lien puisse reprendre par un défini (la. _na.ssagere, le can.t:lactear) tre deux segments du ce-texte cemme liés et denc sémantiquement
identifiables : Maria Callas était une divine snpran.a. La refermulatien-l finale
renvejvant au cabrielet intredttit dans le titre et au début de liarticle siexplique
par le fait que les présences d` un cnnducteur et d” une passagére sent inférable C 'est un rnjrtl*ie de i *arr vacal epére plus explicitement sur le méme mede : Nl
sur la base des cennaissances lexicales. On parle, dans ce cas, d*anaphure (Maria Callas) CEST UN N2 (mythe de l'art vecal).
asseciative. Le réle que jeuent les déterminants pessessifs dans la centinuité référen-
tielle est seuvent négligél. En T26, les syntagmes nemiuaux Srl fragilité eu en
T5 Sr-l ntainan, Sel patte et SON nuanears sent anapheriquement rattachés it la
1.2. Anapheres preneminales petite victime.
Les éléments de T4 seulignés (petites capitales et en gras] *permettent de veir Uanaphure preneminale est, par définitien, fidèle car elle n"' indique géné-
que la centinuité référcnttelle des destgnattens de la victime tfl rtiitrrlrettr* ralement aucune neuvelle prepriété de l`ebjet. Teutefeis, en reprenant un nem
.«*ieltiile'] est garantie par ttne méme anaphere preneminale ftdele en le. prepre eu un prénem eemme Claude, les prenems il cu elle précisent le sexe
T4 lavant terrassé L”aFFIt;2Ht'~:t.1R tlt.t:H|t.t.|*:,i_l_.*-1 LE tirérent sur teute la lengueur de la persenne eu du persennage.
dela passerelle tfitlfnrtville, puis La précipitèrent. lvl.-E. Cente a peussé les ebservatiens plus lein et seuligné Finfluence de
Fénenciatien sur le cheix des prenems anapheriqttes :
En revanche, le prenem ils, dépeurvu de référent textuel, deit étre recens-
truit par inférence sur la base de cennaissances encvclepédiques relatives au Dans le cheix tl"'une ferme anapherique un réle impertant est jcué par le peint
script de Pagressien. Ce ils prend l`identité mystérieuse d`un agent agresseur de vue, par les attitudes et les sentiments du lecuteur, que Finterpréte, it sen
cellectif nen identifié (en attente de l*enquéte peliciére qui déterminera s`il teur, peut inférer de la ferme anapherique. En d`autres termes, les prenems ana-
s`agit d`afficheurs d*un autre parti pulitique, par exemple). pheriques ne sent pas que de simples signaux de centinuité.
Dans l“exemple T13, les liens anapheriques sent ttn peu plus cnmplexes : tlllilfl : 2|9.]

T13 Dans le lac düfiutttecv, treis jeunes gens nageaient. l..“un_, Jauinetti, dis- Elle a prepesé d*intreduire la netien dianaphere empathique qu'elle défi-
ptunt. Plungecn des autres. Ils le ramenerent, mais murt. nit ainsi : e Les prenems anaplteriques [_ _ _] neus fent acquérir de tteuvelles
cennaissances spécifiques, qui ne cencernent pas les référents en tant que tels,
La centinuité référentielle est assurée par la divisien explicite d`un hyper- mais les sentiments, les passiens, les attitudes psjvchelegiques et axielegiques
théme trai.s_,ietines gens en deux greupes anapheriques : l 'an, la victime, qut du sujet parlant it llégard d*un référents (l9'5lU: 223}. M.-E. Cente prend
acquiert un nem prepre lianinettil repris par le prenem le il la fin 2 les flflllïs Fexemple dlun passage de style indirect libre de lliarlarrre Bnvaijv en liana-
autres, désignés aussi par le prenetn ils, restent anenyntes. phere preneminale perd de sa e fidélité s› peur signaler le peint de vue du per-
L`anaphere preneminale peut éventuellentent étre un peu imprécise. Ainsi sennage sur l“ebjet de sert disceurs :
dans cette artnence, en premiére page d'un qttetidien, d” ttn article it suivre 1
T2? - Elle est fert gentille l se disait-il ; elle est fert gentille, cette femme de
T26 La vetx ne Mania Cst.t.ss slesr 'rue tt. v rt viser aus médecin l Dc belles dents, yeux neirs, le pied cequet, et de la teurnure
Elle était ndcrée eu détestéc. Grande technicienne, tragédienne sublime, la cemme une Parisienne. Dleù diable sert-elle 'i' Uli denc l*a-t-il truuvée, ce
divine seprann peuvait atteindre des semmets quand elle était inspirée. lvlais gres garçnn-lit 'l
sa fragilité fenciére la laissait teutefeis désemparée sur un atgu manque.
Qu'imperte ! [Fest un mythe de Part veeal que lien célébre au_inurd”hui.
|:TrilJune ele Geriéve. l3-lil septembre lÊlÈl'l.l 2. Sur cette questien, veir a La relatien partie-tnut ii, itune Tlteisscn t'éd.l. lferlnan 3, Kilt. I“=ll:l'i,
Presses universitaires de Nancy.
t-liers que le secend prenettt elle et le prettem la référent la tlivine saprann 3. Sur la refermulatien, lire .adam Iållšlü I lili-l ST et la lhése de C. Ressari il 5194].
-il-. "v'eiri1 ce prepes lvl. Heine lîülllijl et G. lf~'ZIeibe1"llltl¢l.
qui ce-réfere avec le nem prepre du ture Mrtrta tiallas, le premier prenem elie
m
| QU la linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base Qi

lvl. Retielphe Elnulanger avait trente-quatre ans L il était de le1'I'1tJEÎl'ïlI11'~':'›1“1l d'une délicatesse et d`une subtilité tellement exquise qu`il ne pettvait le
brutal et d"intelligence perspicace, ayant d“ailleurs beauceup fréquenté saisir durablement, sans cesse le parfum se dérubait it sa perceptien, était
les femmes et s' y een naissant bien, Celle-la lui avait paru jelie : il y révait reeeuvert par les vapeurs de pendre des pétards, blequé par les transpira-
denc, et it sen ntari. tiens de cette masse humaine, mis en miettes et réduit it rien par les mille
autres edeurs de la ville. Mais seudain il était de neuveau lit, ce n'était
- .le le eruis trés béte. Elle en est fatiguée sans deute. Il perte des eugles
ulutte bribe ténue, sensible durant une hreve sccende tent au IJ lus,
sales et une barbe de treis jeurs. Tandis qu`il Lrettine it ses malades, elle
magnifique avant-geüt... qui aussitét disparaissait a neuveau. [.-.].
reste it ravauder des chaussettes. Et un s“ennuie l en vendrait habiter la
ville, danser la pellta teus les seirs ! Pauvre petite femme l Ça béille (Patrick Süskind, Le Parjitrn, Fayard ;
aprés l`ameur, eemme une carpe aprés 1"`eau sur une table de cuisine. trad. fr- Livre de Peche n'“ é4'2'i' : 53-54, lšlilñ.)
i-'svec treis mets de galanterie, cela veus adererait, j`en suis sûr! ce
serait tendre l charmant 1... Uni, mais euntment s'en débarrasser Qaelqae eliese de prefendément itnpréeis devient pregressivement an par-
ensuite 'i' fnni, avant d“étre repris par le syntagme défini le paryfunt, jusqu`it la refcrmu-
(Madame Bevary ll, il.) latien ce n 'était qu 'ane lslrilre ténue.
Par rappert it ce fenctiennement nermé de reprises repesant sur une défini-
Graduel lement, les anapheriques empleyés par Redelphe passent diune réfé- tien pregressive de l“ebjet du disceurs, l`accreche d`nne publicité cenune e Il
rence persennelle à Emma Bevary (eilel it une référence imprécise, it la frentiére était une feis Let fendue... s surprend autant qu"un titre de peéme cemme
de la nen-persenne et de la persenne (en), peur glisser darts une infraneminatien tt l.[-F. dernteur du val s-_ Dans l“exemple publicitaire, en dépit de liahsence
(Ça). La cemparaisen animale (cenune ane carpe] retire au référent sa valeur d“antécédent verbal, un référent qui nia pas été préalablement pesé est pré-
persennelle (cela, ce. en). Cemme le cemmente lvl.-E. Ccnte (1 190 : 222) : senté cemme cennu : tt la fendue ss. Cette identificatien de l*ebjet du disceurs
De teute évidence, ce n`est pas le genre naturel, ni le genre grammatical nen est rendue pessible par sa p1'ésence dans la mémeire discursive cemme vérita-
plus, qui détermine cette chaine anapherique, mais c“est l`at.titude affective du ble plat natienal helvétique en saveyard. La saillance référentielle de l'ebjet
pretageniste. telle que l'cnvisage la distance irenique du narrateur. du disceurs peut étre métneriellement jugée asser. ferte peur qtte le défini seit
cheisi, sans mentien préalable du référent.
1.3. Anapheres définies En revanche, dans le cas du titre du peéme de Rimbaud, en peut aveir
fimpressien d`avcir affaire it un ceup de ferce référentiel qui fait exister le
L`anaphcre définie apparaît généralement dans des enchaînements de type: référent sans mentien préalable. Teutefeis, cet emplei niest pas si déviant
intreductien d`un référent sens ferme indéfinie puis reprise lexicale quiil en a l`a`tr, et cela en raiscn du genre : le titre devient, en tant quiunité
:identique : Un ltébé [1] <: Le .bébé [2], en presque identique 1 an petit garpcn. péritextuelle, un élément identifiant d“un peéme dnnné, dans un recueil
ll] <: le garpnnner [2]. Un pettt parler d`artaphnre délinie fidele dans ce type denné. Le déterminant LE, dans Le .slarinear da val, désigne meins le persen-
de cas et d`anaphere définie infidèle lcrsqn`en passe d*un terme hypenyme it nage dent il va étre questien que le peéme lui-méme. Le fenctiennement péri-
un hyperenyme : un petit garçnn [1] repris par iienfant [2]. Dans ce mede textuel du titre intreduit un autre usage et réglage de la langue qui atténue,
tfenchainement classique des énencés, un ebjet du disceurs est d`aberd intre- veire ntéme annule, le sentiment d'agram_maticalité. Au lieu d”une anaphere,
dttit [1] et ensuite pris cemme théme-tepic d`un énencé ultérieur [2]. Ainsi en neus avens un cas de cataphere exemplaire, renveyant teutefeis plus au
va-t-il, dans T5, de la maman de la victime. lntreduite en début de texte peème qui suit qulan persennage du seldat murt dent il est questien par la
cermne sa inarnan, en peut aveir une reprise de type la rnantan sans aveir suite. Il en va de méme avec les catapheres des textes narratifs fictieunels. ll
besein de parler d`anaphcre asseciative (asseciatien d`un enfant et d`une n*est pas rare qu"un début de reman eu de neuvelle (en particulier depuis le
matnan dent le texte s`est, en fait, chargé lui-méme). début du xx” siéclei) se présente eemme une brusque entrée dans la fictien et
Le principe de denatien pregressive des référents est extrémement ceurant fasse allusien it un persennage en it un lieu en les présentant cenune déja een-
dans la prese nanative. Ainsi au début du Parfarn de Síiskind : nus. Le lecteur, en raiscn du genre narratif, accepte sans preblémes, par een-
T28 ll s“apprétait déja `a tenmer le des a cet ennuyeux spectacle peur rentrer ventien, dlattendre peur prendre cennaissance de .l'identité de liebjet du
en sttivant la galerie du Leuvre, lersque le vent lui apperta quelque disceurs [Béguelin 'lållšlii 38-39). Il ne perçeit pas ce type de cataphere
chese: quelque chese de minuscule, d'it peine perceptible, une miette cemme une erreur dans la gestien de la pregressien de Pinfermatien narra-
infime, un ateme diedeur et méme meins eneere, plutiit le pressenti-
ment dinn parfum quiun parfum réel, et penrtant en méme temps le
presscntiment infaillible de quelque chese qu`il n'avait jamais senti. ll se 5. veir it prepes des démunstratifs dans les titres et les débuts de remans medernes El. Philippe
rceula centre le mur, ferma les yeux et dilata ses narines. Le parfum était 1.993.
EZ Le linguistique textuelle Types cle liaqes cles unités textuelles de base 93

tiveiï Il siagit la d`un aspect génétiquement cedé de la censttuctien pregres- penrtant pas cemme de la seie, plutét cemme du lait au miel en fend un
sive de la rep.résentati_en discursive (Rd). biscuit - ce qui peur le ceup n“allait pas du tent ensemble : du lait et de la
L“anaphere définie est pessible lersque le référent peut étre identifié par suie l lncempréhensible, CE parfum, iudescriptible, impessible a classer
inférence. Une unité référentielle présente dans le ce-texte antérieur peut per- d*aucune manière, de fait il n'aurait pas dû exister. Et cependant il était la,
avec ttn naturel parfait et splendide.
mettre le déveleppement d'une mise en relatien de type tent-parties. Par
exemple, dans liénenc-é: -s .Fai visité un appartement. La cuisine et l*entrée Après les quatre anapheres démenstratives, une feis le parfum exceptiennel
sent très petites s- l*emplei de l'a_naphere définie est rendu pessible par liasse- identifié cemme tel, l`anaphere prenetninale (il, le, lai) réapparaît, mais elle
ciatien encyclepédique : un appar*tentent cemperte généralement une cuisine renveie it un ebjet du disceurs dent_le caractére trés singulier vient diétre
et une entrée. On pmle dans ce cas d*anaphere asseciative (Kleiber 2001). cerné. Lianaphere démenstrative signale certes Tidentificatien, la mise en
Dans le fait divers T12 (p. 51), sttr lequel neus allens revenir plus lein, le syn- rappert avec un segment mis en mémeire auparavant, mais elle le fait en epé-
tagme neminal qui fait effice de chute du texte, tt la marquise ss, niest défini rant une reclassifieatien de l`ehjet du disceurs. Un peut parler de l'intreduc-
que parce qu`il est inférable par asseciatien è tt gare s. Les dictiennaires de tien diun neuveau peint. de vue sur l*ebjet_ .ainsi dans TZT, tant it prepes
langue le cenfirment : e Marquises d“une gare [___], vitrages qui abritent les d“Em ma que de Charles Bevary, mis en relatien dans le ptnagraphe :
quais, les veies si (Le Rebert.) T2? - Elle est fert gentille l se disait-il ; elle est fert gentille, t:E'1"r|t femme de
médecin ! De belles dents, les yeux neirs, le pied cequet, et de la teumtue
1.4. Anapheres démenstratives cemme une Parisienne. D`ei1 diable sert-elle? Un denc l`a-t-il treuvée,
CE area carcan-là 'i'
Le fenctiennement de Fanaphere définie et de l`anaphere démenstrative est [___] - Je le creis très béta. Elle en est fatiguée sans deute. Il perte des
lein d`étre identique (Cerblin lE-lili, lvlarandin l98é)_ il s`agit, en fait, de deux eugles sales et une barbe de unis jeurs. Tandis qu*j_l trettinc it ses mala-
pessibilités cencurrentes preductrices dieffets de sens spécifiques. iltinsi, dans des, elle reste it ravauder des chaussettes.
la deuxième partie de T28., fanaphere démenstrative se situe au peint stratégi- Redelphe venant de rencentrer Enmta, les anaphnres démenstratives sui-
que de l`hé-sitatien sur la nature du parfum et au mement de la déceuverte de vent le meuvement de sa pensée et les recatégerisatiens successives qu“elle
sa singularité : impese it sa visi en du ceuple Bevnry_ On peut dire la méme chese du parfum
T28 (suite) 1...] ll s`arréta, reprit ses esprits et flaira_ ll li'avait_ ll le tenait. dent il est questien en T28. Il est, en effet, présenté cemme un exemplaire très
Cemme un ruban, LE parfum s'étirait le lun g de la rue de Seine, net et particulier par rappert it la classe générale des parfums et entre les premières
impessible it cenfendrc, mais teujeurs aussi délicat et aussi subtil. Gre- eccurrences du tt parfum s et les dernières, le peint de vue du nanateur s`est
neuille sentit sen ce:ur cegner dans sa peitrine et il sut que ce n`était medifié, sa cennaissance a pregressé_ Ce peuvnir de reclassificatien (que ne
l`effert d`aveir ceuru, mais Pexcitatien et le désarrei que lui causait la pessède pas l'anaphere définie) est la caraetétistiqne majeure de fanaphere
présence de CE parfum. Il tenta de se rappeler quelque chese de cempa- démenstrative. Cela explique le fait que l"en puisse, en cas d"encha“i`nement
rable et ne put que réeuser tetttc ce|nparaisen_ CE parfum avait de la métapherique, dire 1 e le viens de lire Le .5'an., CE tercben. __ s et plus
fraicheur ; mais pas la fraîcheur des limettes eu des eranges, pas la frai- difficilement: e Je viens de lire Le San, LE. tercben... s-_ Cemme la méta-
cheur de la myrrhe eu de la feuille de cannelle eu de la menthe crépue un
des beuleaux eu du camphre en des aiguilles de pin. ni celle d`une pluie
phere vient medifier la relatien sémantique entre le référent et sen anaphere,
de mai, d"un vent de gel eu d`une eau de suurce... et il avait en méme en peut parler d“un neuveau peint de vue sur l`ehjet du disceurs et ce change-
temps de la chaleur; mais pas eemme la bergamete. le cyprès eu le muse. ment s`accempagne tent naturellement d`une anaphere démenstrative.
En revanche, la reectiture de la brève T25 suivante est impess.ible :
JJ'

pas cemme le jasmin en le nareisse, pas eemme le beis de rese et pas


cemme l“iris_ __ CE parfum était un mélange des deux, de ce qui passe et
de ce qui pèse ; pas un mélange, une unité, et avec ça medeste et faible, ct T25 [___] Un cabrielet a fait un plengcen de lell mètres. Elcssée au des,
penrtant rehuste et serré. cenune un merceau de fine seie cl1ateyante.__ et CETTE passagère a été hélipertée a l`Hiipital cantenal it Ceire. a cemmtt-
niqué la pelice cantenale griscnne. Quant it en cnnducteur, il n`a été que
légèrement blessé. '
é. lÎ.`.'est. en revanche, une erreur fréquente de nembre dé rédactinns scnlaires, chez les jettttes G. Kleiber prepese une intéressante explicatien : liirnpessibilité de l“emplni
élèves, en particulier Iersqu`en les fait éctire it partir d*unc image. Dans ce dernier cas. ciesl la
référence exepherique qui l'emperte_ Teut ce qui est dans la mémeire de lienfant un présent
du dénttinstt'atlf ne tient pas tant au fait que NZ [pttssagér'e et c*ertriac'teur) n'a
dans la si tuatien est censidéré par lui cemme cennu et déjii présent dans le cnlnltexte Cest, pas encere été intreduit, mais au fait que la saisie référentielle, dans le cadre
bien sûr, un exemple des différences et des difficultés de gestien de l`i|tlermatien it l`écrit, d“ttne ana here asseciative est a nhli ateirentcnt indlt'ecte s› 'lllillš I eg _
centptuativement it lieral- Ijusage du demenstrattf est exclu parce quiil extge ttne satste référentielle
II g I I I I I
ga Le linguistique textuelle Types cle liages des unités textuelles de base 95

directe du référent et nen un passage par le Nl référé (eu seuree) et les cen- ceux qui tint einprttnté les premenades piéteiinières iirganisées peur le
naissances qui s”y rattachent. Ajeutens que, selen l{leiber1 e le démenstratif ptiblic ; ce sent des espèces rares stir nes cûtes.
fenctienne cemme un désignateur direct, qui saisit le référent par le truche- Cet emplei est très fréquent dans les brèves jeurnalistiques eh, cemme dans
ment du centexte d'énenciatien ii (1933 1 T3)- ce début d` une dépéche, cela permet de préciser llidentité de la persenne
C*est ce qui se passe dans cette autre brève 1 mentiennée :

T19 ann ne Csaetiee. iutnautr en sitteuii T32 un nntrxieivin u~isi*itc'rit1uit itvii=i_ieué


Banal centrûle d`identité sur la rue de Carnage. lvlais `a la vue des peliciers, CE Bl't"v'URE * Le chef de la pelice geneveise Urs Rechtsteiner a demandé lundi
Français de 19 ans, accempagné de deux autres persennes, prend la fuite. _ll seir la suspcnsien dlun secend pelicier a la suite de la bagarie qui a dégénéré
sera rattrapé place des XXHI-Cantens_ Sur lui, 'ill grammes de cannabis. samedi sriir en marge des Fétes de Genève. CET inspecteur de la pelice judi-
Llhemme faisait l`ehjet d'une expttlsien judiciaire valable jusqu'en 2l'.`llÎl2_ ciaire de 2'.-' ans aurait également frappé le jeune hemme menetté_ [_ _ _]
(Tribune rie Getiève, 5 mai 19911.) tats i i_cs_eeru.)
On netera au passage que le défini Lãjeune lietnine rnenetre' n“est interpré-
Le référent est denné par un démenstratif alers que le persennage n`a pas table qu*en raisen dlinfermatiens des jeurs précédents. Un a la un très ben
encere été intredtiit. Une setile explicatien paraît pessible. l..e centrûle d`ideii- exemple de renvei it un élément suppesé mis en mémeire (mémeire discur-
tité dent il est questien en début de texte et la désignatien tt interdit de séjeur si sive) par les lecteurs du quetidien.
du sens-titre, laissent entendre Pexistence d`un individu, dent le démenstratif
Tentes les fermes d`anapheres et de chaînes de ce-référence visent certes à
tt ce vs ne fait que seuligner la présence explicite. Ce cheix s*expliqtie
maintenir un centinuum heinegène de signifieatien, une isetepie minimale du
l`emplei d`un présent de narratien qui rend les événements narrés plus imme-
disceurs par reprise_r-répétitiens, mais elles assurent, en méme temps, la pre-
diatement perceptibles (effet dlliypelypese de la rhéterique antique). Le
gressien par spécificatiens neuvelles et mebilisat.ien des références virtuelles
démenstratif eenceurt ii mettre le référent sens les yeux du lecteur, ati peint
des lexèmes cenvequés_ Tetite relatien de ce-référence repese sur et permet,
que le déictique ce devienne acceptable. Les anaphnres preneminales (il, lui)
en fait, une prédicatien implicite 1 La Callas est un tnytlie de l'art vacal (T2-6),
et définie avec hyperenyme (l 'liatnnie) sent, en revanche, des reprises teut ii
les spatules sent de tti.agn.i,fique_r ciseaux lsvlarics (T31), le secrmd pelicier
fait classiques.
inculpé est un inspecteur* de la pelice judiciaire de 2? ans (T32). Cemme le
Cette relatien diun terme hypereiiyme eu super-erdenné (l'lianinie) è un seuligne Patrick Sériet 1
terme hypenyme (lerce _,françai_r) fenct.ieiine dans un sens tent il fait caneni-
que. On accepterait plus difficilement des enchaînements cemme 1 e tln Sens l'apparence diune simple reprise, d“une simple substitutien, en veit qtie la
enfant :=›:› lelce garçen s» (T5) en Un lierntne _>:› le.-"ce Français (T29). La suite deuxième mentiiiii est ici une prédicatien. lvlais une prédicati.en implicite, en ce
qtte la répétitien, la reneiitinatien, qui est en principe un facteur de cehérenee
[UN Nl (hypenyme) + l_.ElCE NZ (hyperenyme)] cerrespend ii l*enchaîne-
textuelle (la tt trame textuelle s), masque en fait une adjenctien d'infermat_ien.
ment le plus admis. ll se passe une méme chese dans cette brève de Fénéen 1 qui permet elle-inéme de faire avancer le texte dans une netivelle directien.
T30 Selen la mère du petit lvieureau, de lvlaubeuge, un_e benne de lb ans, (l9Èšfl1 151.)
lvlartlte Delvaux, a tenté d`empeisenner CET enfant id1et_ Les liens anapheriques jeuent un ré-le capital nen seulement dans la cehé-
(Fénéen_)
sien, mais dans la pregressien par medificatiens pregressives dinn référent
Teutefeis, cemme l`a mentré lvl.-J. Reichler, un rappel par hypenyme qu`ils ne se cententent généralement pas de simplement reprendre. Cette pre-
- anaphere spécifiant ~ peut étre discursivement justifié, par un changement gressien est pai'ticulièrement spectaculaire dans le cas des référents évelutifs
de peint de vue de liénenciateur lui-ménte eu par un passage au peint de vue (tïtchard-Bayle Zllllil )_ Neus en étudierens un cas particulièrement intéressant
.;-fun autre ; tt Lianaphere spécifiante se préte aux centextes eû, peur une .t'ai- au chapitre 8 (_§ 5). Le texte de La Bruyère examiné plus haut sens l*angle de
sa penctuatien présente, lui aussi, un cas de référence évelutive, avec change-
sen eu peur une autre, il est plausible que le rappel du référent s”accempagne
diun affinement de sa catégerisatien s (1995 1 T2-T3). Et elle cite ii l*appni un ment pregressif de peint de vue.
exemple de disceurs didactique 1
1.5. Fragment 128 des Caractères de La Bruyère <2:
T211 C”est ainsi qu`au Rivier [__ _] de magnifiques ciseaux blancs ent pti étre
ebservés pendant 15 jeui's. ].ls étaient très grands, nembreux, detés d`un [tit] Lien veit certains animaux fariiuebcs, des milles et des femelles répandus
leng et gres bec jatine-reuge qu'ils glissaient dans 1* eati peur pécher, en par la campagne, neirs, lividcs et tent brûlés du seleil, attachés ii la terre qu"ils
avançant a pied dans la vasière_ CES e spatules si ent pu etre vus par teus feuillent, et qti“ils remucnt avec une epiitii`itreté invincible 1 [B] ils ent cenune
- 9é La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 9?

une veix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils mentrent une face - .lean-lvlai-ie lvlanteseust 1 -s CE est un autre. Uinterprétatien anaplierique du syii-
humaine, et en effet ils sunt des hemtites 1 [C] ils se retirent la nuit dans des tagme démenstratif:-1, Langages E11, 193e 1 't5-39.
tanières en ils vivent de pain neir, d`e-au, et de racine 1 [D] ils épargnent aux - Walter ne lvltaeea, Liliane Tnstvtevvsttt-en Evert, Carl "v'eTt"Eas (éd.) 1 Relatiuns
autres hemmes la peine de semer, de labtiurer et rectieillir peur vivre, et méri- tinrtpliuriques et 1'in) celi.éreti.ce, Ptmsterdarn, Fiedepi, 1999.
tent ainsi de ne pas manquer de ce pain quiils ent seiué_ - Gilles PH'|i_ii-tre 1 -s Les déme-nstrati fs et le statut éneneiatif des textes de fictien 1
Dans les segments A et B, les ils successifs sent teus sens la pertée référen- l"exemp1e des euvertures de reman s, Langue française 121.1, 1993 1 51-55.
tielle du lexème -s animaux s-, intreduit au teut début cemme ebjet du dis- - Pratiques E5 1 e Cehésien textuelle (les reprises démiinstratives) x-, lvlctx, 1995.
ceurs. Liaiiaphere preneminale maintient la référence animale, ebjet saillant - Ceriune Rüãånltl 1 Les r;-pératirin_s de reftirirtuletiett, Berne, Peter Lang. 1994.
initial. En B teutefeis, ii l.a fui de chacun des treis premiers membres, une pre-
priété humaine apparaît, présentée eemme une apparence avant diétre cenfir-
mée dans un énencé qui medilie le référent et remet en cause le peint de vue
perceptif initial 1 -s et en effet ils sent des hemmes s-_ La fin de B semble ainsi 2. L'isotopie du discours
interrnmpre la pertée référentielle du lexème «s animaux s-_ Les prenems ana- (liages sémantiques 2)
pheriques ils utilisés par la suite, en C et en D, devraient renveyer è
-s henunes s, mis en mémeire it piutir de la refermulatien de l_a fin du segment
B. Teutefeis, Fintreductitin, en C, du lexème -s tanières s fait fletter référen-
2.1. Ce-tepie, pelyisc-tc-pie, hétéretepie
tiellemeut les deux ils. Le référent animal semble se maintenir au peint que Dans le cadre théerique de sa sémantique et de sa sémietique narrative,
l"`anaphere [ils = hemmes] est. sinen empéchée, du meins retardée et breuillée. tft.-J. Greimas a très tût pesé la questien de 1”-:t iset.epie du message s- eu de
Avec le maintien des deux référents en mémeire, ces tt hemmes ss restent denc -s plan isetepe du disceurs s- (1966 1 69 et Tt' 1) en termes de redendance de caté-
1 1 1 1 1 1 _; 1 1.
partiellement des -s animaux s-, cemme leur habitat et leur neuniture tendent ii gertes linguistiques, principalement semanttques, rendant pessible une lecture
t.
_'n I
1.
1- -r 1 tr

le mentrer. ll faut attendre le syntagme e aux autres hemmes s- (D) peur que
I H I -J' I I I 'J I

uniterme de pans -entiers de textes ll definit ainsi la cehesien textuelle


_
i.
ii. _
i.
s _ 1
a 1
1* 1 1-
1_
-
.

1” anaphere preaeininale s`ancre définitivement dans le lexème -s hemmes s-_ _, 1


L existence du disceurs - et nen d une suite de phrases indépendantes - ne peut
it
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i.
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1
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1.
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.A I .-I' 1 5. 1 1* -1 1-
etre affiruiee que si 1 en peut pestuler Et la tetalite des phrases qui le censtituent i
1
1 ' 1 1' -4 '1
t_
1 1
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1 1
_ _

|i_ Références et lectures censeillèes* 1- -1


une isetepie ceinntune, recennaissable grace a un faisceau de eategenes lin
_ 1 _
1 _1,_
1
1, 1
'-11 1.r_-
_, 1.
1
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__

guistiques tent au leng de sen déi'euleinent_ tltiiisi, netis semmes enclins il pen-
- lvlarie-Jesé (Rutetttea) BÉ›et_=r1t.tt-11 -s lltnaphtire, cataphere et mémeire ser qtiîun disceurs -s lc-gique s- deit étre supperté par un réseau d`anapheriques
discursive s l-'rritiques 'ii lvleta 1933' 15-rl-'i.*'=
_ i 5 - - - I. 1 - 5 _ - -1. -1 qtii. en se renveyant d`une phrase ia l`autre, garantissent sa permanence tepiqne_
_ 1. 1, 1-
- -s Litisage des SN dénienstrati fs dans les ffaliles de La Fentaine s, l.-r:iii.giie fran.- (l9Îlb 1 23.]
paise 1211, Paris, Lareusse, 199$ 1 95-1119.* On peut, avec U. Eee, detinir l*isetepie cemme s la censtance d“un pai'-
_; rr

- lvlaria-Élisabeth Cei-t1'u 1 -e tfsnaphere, prédicatien, empathie s-, in lvl. Chai'elles, ceurs de sens qu`nn texte exhibe quand en le seumet it des règles de cehérenee
S-_ Fisher et J. Jayez (_éd_), Le l.Î-'iscear.s_ liepi'é_seritaticii_r et interpre'tatien_s, Presses interprétativc s- (1985 1 131). L`unité i.setepe niiuiniale réside dans le lien éta-
universitaires de lslaiicy, l99[1 1 215-22.5. bli entre deux lexèmes ti un niveau phrastique eu ti'aiisphrastique_ L`immense
_..
- Francis Ceautiu . tiirietinis,
_ _ '. .._
-:ietiiui et detitatistitititi "
Geneve, ._
Drex, 193? _ _
avantage _'
de ce cencept lient a'- 1 1'impurtanct.
_ _ “_
qti 'i'il permet d 1-_aceertler
_ *
au lexique
- .lean-lvlichel Getivistte -s tlttiteui des tlemtinstratits s 4'* partie de La .Ptagrnati et au travail tntei pretntit du lecteur Cemmel ecrit lvl .arrive -s Lire un texte
r. est identifiei la (les) isetepie(s) qui le pareeure(nt} et suivre de preche en
J I I- L .L L L q I 1: I I I I - 1 1 _ I I _ I- I _ - . I!

que Paris, et Celin 1993 14?-135 1'


- htltcltaela HFlH¿
1
LeI Prtsiessifen
1- 1-
lirttqetsP
Bruxelles, [Île Brech-Ductilel È 2ll{l3 I
-1! Il-1 1 -1 '- _ - - -1 h 1 1. 1 preche le (dis) ceurs de ces isetepies s- (1996 115) Le cencept d isetepie
ll' - - I 1 " I I ' I I 5 ' 1 I I _

I P Il L ' I ' I? I- _. __ .__-_-1 1 - _ _ -1 -._ --1 1- 3 J .r 1-

""(aenrges l{i.t.1uLtt Aiiapli-ares et pretienis, Bruxelles Duculet 1994


1 sa ll -'I : -i. _ '- I 'li E 'È
permet dt. distinguer nen seulement des faits de ce-tepie mais d heteretepie
I _ L. I L- L I E

- Cieurges Ki einen il .tlntiplteie asrrii:i.*:.itive, Pinus, PUF 21211211


et de pelyisetnpie Une parabele nu une fable antinalieie sent par défiititien,
pely-isetepiques en ce sens qu elles sent lisibles a deux niveaux de sens
- Geerges KI EIHFR -s Défini assei.i.ttil` et pessessif en ceiictirrcnec textuelle s-, in
11 .1 1 _. : - L -L-IL Jr' -I '_ I 1_ _ _ ' 1. 1 L 5 1 L . _ , .L jl ' ._ --1, L' I _, T _, I- ___ I' 1- L1.
eelui de l anecdele ielatée (aitinialierc dans ie secend cas) et celui de sa signi-
J-lvl flidaiii, I-B firixe et ltd .fill Heuacha (ed) Ttttr et rltsrtiurs trttcqtiries
ficati en religieuse (peur la premiere) eti seciale (peur 1.a seeendell
peut l“aiialyie, hditieris universitaires de Dittin 211114 'il til
-Lieerges litetaert Catherine Etui-ist-est sea, .leaii-Einniaiitiel TvvttEaT (ed)
Le Cetttitititte refererittelic, lfecliertlies lui ti utstt 9 aes Êil Universite de lvleta- Î' tfsutetir de cette qtiestien, lire tltdani 1991 191 l-'lil .aidant 19114 119-ltïl, ainsi que Rastier
Kliiicksieck, 199? 191-li' et 'iiihliit l9ll9 (veir encadré hibliiigraphique p lllfi)
ùqbllfl
-
98 Le linguistique textuelle Tvpes de liages des unités textuelles de base 99 -'C
'oãé
À la fin du premier paragraphe de T5. ciest par relation de co-topie entre dela connaissance du monde, les réactions physiques du peintre ii son électro- 0-fg più*
tt le bambin iv et tt son nounours x› que le lexéme -s patte rv fait sens. Ce mot, cution (mâchoires qui claquent et chute) sont également conformes ii des
employé ici dans le sens de pièce de tissu (à l`origine de pattemouillel, niest enchaînements prévisibles. Le cadre spatial de l`événement est lui aussi cohé-
familier que dans l“'Est et le Sud-Est de la France et en Suisse. lvloins commun rent, Fassociation anaphorique des lexémes marquise et gore ne pose pas de
ailleurs dans l`a`tre francophone, il nécessite im passage par la relation ri' isoto- problémes interprétatifs. Cependant, comme le dit Greimas, dans Hu sens H :
pie du discours a cause de son homonvmie avec patte-jambe de lienfant.
L' incohérence H pourquoi une seule jambe dans ce cas Ê' - oriente l“interpréta- Tout discours, du moment quiil pose sa propre isotopie sémantique, n`esi
qu`unc exploitation trés partielle des virtualités considérables que lui offre le
tion vers un objet aussi précieux pour l`eufant que son nounours. Le fait que le
thesaurus lexématique ; s`il poursuit son chemin, c`est en le laissant parsemé de
lexéme e patte :›:› apparaisse dans le discours rapporté d'une voisine autorise le figures du monde qu` il a rejetées, mais qui continuent il vivre leur existence vir-
journaliste Êi recourir ii un lexéme conuoté comme i'égional. tuelle, prétes `a ressusciter au moindre effort de mémorisation.
Considérons trois courts exemples, en appmence trés différents : (1983 : 59.]
T33 Les Blonquet suaieiit l"alcool. Un caharetier de Saint-lvlaui* usa leur refu- Si lion considere le -it thesaurus lexématique e du dernier mot de T12, en
ser `a boire. lis le frappérent dinn poignard indigné. utilisant le dictionnaire Le Rc:-bert, par exemple, on constate que le premier
(Fénéon.)
sens qui apparait n`est pas celui de la partie architecturale d`une gare 1
T3-4 Les chats achéteraient Whiskas.
fl. f-Î> 1. Femme dlun marquis. lvladume la Marquise. La marquise de Sévigné,
TL! au faite de la gare d`Enghien, un peintre a été électrocuté. Un entendit de Pompadour.
claquer ses mâchoires et il s`abattit sui' la marquise.
(18158). lron., vx. Femme affectée, qui se donne des allures, des airs de grande
(Fénéon.) dame. Les belles marquises.
Le dern ier mot de T33 peut étre dit hétérotope en raison de ]`h_vpallage qui F-'í.'Î> 2. vx. Femme diun niarpeau {cit.}.
fait glisser le sentiment d`indignation des Blonquet sur 1`instrument de leur *IL '~'l.`> I. {|69*il, Furetiére). variété de poire fondante.
agression du malheureux cabaretier. En écrivant vr poignard indigné s-, Fénéon QP* 2. [IT] 8). Toile tendue au-dessus de lientrée d`une teute d“officier.
prticéde :Î 1 une qualification décalée. En soi, ce syntagme nominal est impossi- (1839). Par anal. auvent généralement vitré construit au-dessus d' une porte
ble, irrecevable du point de vue de nos connaissances du monde. lvlais le glis- d'eiitréc, d'un pe:-ron pour servir d`ahri contre la pluie {".:=› véranda).
sement de sens par hvpaliage procede de façon isotope par rapport ati coifn) Par ext. Marquises d”une gare (I. Gare, cit. 3), vitrages qui abritent les quais, les
texte. ljiiidignation et le poignard sont possibles dans le monde [la Rd) de ce voies...
petit texte et la qualification décalée est, de ce fait, réciipérable.
Fénéon joue sur la possibilité de réactiver le premier sens, nous incitant
Le trés célébre slogan publicitaire T34 présente, lui, un dvsfonctionneinent ainsi Ii imaginer la rencontre un peu brutale diun ouvrier et d' une marquise.
plus fort encore. La rupture d`isotopie est. interne au lien entre le verbe et son Une part de lihumour anarchiste des hréves de Fénéon passe certainement par
sujet. Le verbe -s acheter ›› présuppose, en effet, un sujet humain et il est donc ce genre tfexploitation des possibilités de la polvsémie des signes linguisti-
incompatible avec le sujet animal. Cet énoncé, qui apparait ainsi comme fic- ques. Cette activation non usuelle de la polvsémie explique une grande partie
tionnel, se présente, de plus, comme une phrase hypothétique incomplete. 'Nos de Foriginalité de ces formes brèves. Ainsi dans T9 :
connaissances du monde ne nous permettent pas d"accepter le fait que les
chats fassent eux-mémes les courses. Cette représentation du monde niest T9 [P1-é 1] Entre _l]enil et Épinav un a volé 1 848 métres de fils téléphoni-
possible que dans des genres fictionuels comme la fable ou le conte mer- ques. (P2-é'2} A Carrières-sur-Seine, lvl. Bresnu siest pendu a nn fil de
veilleux (comme Le Chui* botté, par exemple). Le discours publicitaire fer.
[Fén éon.}
exploite Fiirecevabilité sémantique-logique de T34 pour la faire fonctionner ii
un tout autre niveau. Il est demandé ti liacheteur d'aliments pour chats, pro- Liabsence de reprise, en P2, d`éléments de Pl nuit Ii la continuité référen-
priétaire diuii animal domestique, de choisir en fonction du goût prétendu de tielle des deux énoncés. Il en résulte un effet de non-isotopie et, de ce fait, de
ce demier. La pertinence de ce slogan est donc interprétati vement récupérahle. non-texte. Pour tenter de récupérer ce défaut de textualité, le lecteur est invité
Son succés, depuis prés de vingt ans, prouve que liinterprétation d`un énoncé a concentrer son attention sur la présence de fils dans les deux phrases et, par
fictionnel n`est pas un obstacle iii la communication et que ce fonctionnement ailleurs, `a préter attention aux connotations du nom de lieu Deuil. lvlettant le
du discours n`est pas réservé a la littérature et iii la poésie. deuil de Pl en relation avec Faction de P2 (_se pendre), on peut considérer le
T12 présente un réseau suffisant de signes anapheriques pour que sa cohé- sème finorn' comme un lien co-topique entre les deux phrases. Ciest du moins
sion séruantique soit assurée : un peintre 1:* ses niticiioires 3:- il. Du point de vue l*interprétation que tend a induire lajuxtapositiou des deux énoncés.
ts*
E
EÊÎGH 1
Le linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles cle base lllll

_I-listoires dnfiles, paraboles, fables, définitions de mots croisés et textes litté- Le dictionnaire atteste aussi bien le sens ancien 8 (pierre de touche) que
raires exploitent très largement les potentialités polysémiques du lexique. les verbes dérivés pnrnngonner au sens vieilli de -:t comparer a et surtout
C`est ce que fait Francis Ponge dans le texte qui suit. celui dialigner des caractères d'irnprimerie de corps différents sur une
méme ligne. Littré dit très exactement : -=-= 'Terme diimprimerie. Fai re quiun
2.2. v Le Gymnaste ir de Francis Ponge -cla- cmactère qui n`est pas du méme corps que celui dont ou se sert s`aligne bien
avec lui a. Le dérivé nominal pernngnnnege désigne cette opération. Si le
Écrit entre 1931 et 1932, e Le Gynmaste si est un poème du Parti pris des cho- sens primaire est bien, en fin de texte, le sens 2 de Littré : c modèle s-, le
ses' [t`IEnvres coiripitnes I, Bibliothèque de La Pléiade, Gailimmd l9iJ9 : 33). poème de Ponge exploite très largement le premier sens. Le premier mot du
LE GYNINASTE texte est e comme a et les compmaisons envahissent les deux premiers et les
deux derniers paragraphes : e comme son G ii (§ 1), s co.-nine son Y x› (§ 2-),
Comme son G Findique le gyinnaste porte le bouc et la moustache que rejoint
presque une grosse mèche en accroche-cceur sur un front bas. <-: plier rose que nature et ine.in.r adroit qu" un singe s-, e coinnte un ver :›:› (§ 4},
e cenune une chenille si {§ 5). Les quatre comparaisons en ceinnie balisent
lvlou lé dans un maillot. qui fait deux plis sur liaine il porte aussi, comme son Y.
la queue è gauche.
les deux parties du texte: comparaisons avec des signes typographiques
(des e grands parangons a] puis comparaisons animales qui annoncent la
Tous les cceurs il dévaste mais se doit d“étre chastc et son jiiron est _BnSTE l chute finale : e parangon adulé de la bétise humaine .-››_ Au centre, en revan-
Plus rose que nature et moins adroit qu'un singe il bondit aux agrès saisi d'un che, ce sont les structures des comparatifs de supériorité et d`infériorité qui
xèle pur. Puis du chef de son corps pris dans la corde it noeuds il interroge l`air sont exploitées. Le comparatif d`infériorité ez moins adroit qulun singe rr.
comme un ver de sa motte. ravale le gymnaste au rang de ver de terre et donc au plus bas de liéchelle
Pour iinir il clioit parfois des cintres comme une chenille, mais rebondit sur animale.
pieds, et c'est alors le parangon adulé de la bétise humaine qui vous salue. Selon le sens 6 du Littré, ce qui intéresse Ponge dans la valeur (typo) gra-
Chaque poème de Ponge exploite les potentialités des signes de la langue : phique des mots ce ne sont pas les calligramrnes possibles, mais la matéria-
lité de la langue et de la parole poétique. Avec les caractères en plomb qui
[...] Chaque mot, c`est une colonne du dictionnaire, c`est une chose qui a une forment des lignes, nous retrouvons non seulement le parangonuage, mais
extension, méme dans Fespace, dans le dictionnaire, mais c*cst aussi une chose également l`exploitation sous-jacente du quatrième sens du mot e Singe si
qui a une histoire, qui a changé de sens, qui a une, deux, trois, quatre, cinq, six que propose Littré : e Nom. donné per pini.rnn.teri'e dans ies nteiiers aux
significations. Qui est une chose épaisse, contradictoire souvent, avec une
crintpositeurs i}'pogrnpii.e.v .v. Si l'on pense au fait que le typographc est.
beauté du point de vue phonétique, cette beauté des voyelles, des syllabes, des
diphtongues. cette musique... Somme toute, ce sont des sons, plutéit les syllabes celui qui aligne des signes, on ne peut pas oublier que singe est liana-
sont des sons, chaque syllabe est un son. Les mots c“est bixarrcment concret, gramnie {graphique} de signe. Le gymnaste-trapéaiste, en dépit de sa virtuo-
parce que, si vous pensee... en méme temps ils ont, mettons, deux dimensions, sité physique, est donc moins adroit que celui qui aligne et parangonne les
pour lireil et pour l`oreille, et peut-étre la troisième c`est quelque chose comme signes de la langue. Le grand parangon dessine rt la figure typographique a
leur signification. du mot-titre. Le poème, en fait, se présente comme un jeu sur la forme gra-
(l : tiïfi-ISTB.) phique des trois premières lettres du mot-titre (G, Y et lvl) et sur la forme
Considérons le -s thesaurus lexématique si d`un mot du dernier paragraphe, phonique des lettres suivantes, comme on le verra plus loin (§ 33). Un ne
ce -s parangon a dont le dictionnaire Liinre' propose divers sens : peut pas mieux exploiter le -s thesaurus lexématique s- dont nous parlions
plus haut.
Pn.RntNG-UN |'...l 1. Comparaison. lvlettre en parangon. [...] 2. Patron,
modèle. [. ..] 3. Terme de joaillier. Perles parangons, diamants parangons, per- 2.3. Fragment 128 des Ccirectères de La Bruyère <3:-~
les, diamants qui se distinguent par leur grosseur et leur beauté [...]. 4. Paran-
gon de venise, dans le commerce de Smyrne, les plus belles étoffes de soie qui [tilt] l_.“ on voit eertains anillltltlÿî ÎHFUUCIIES. tïlfiä flfltèå El 11115 TÉPHHUHS
y sont apportées de venise. 5. Sc dit de quelques fleurs qui reviennent chaque par la campagne, noirs, lividcs et tout brûlés du Soleil, attachés ii la terre quiils
année avec la méme beauté, sans dégénérer. 6. Terme d`impriinerie. Gros fouillent, et qn'iIs _r_'_en1_t1:i=f.*1ï1l avec une opmitttreté invincible ; IH] ils ont comme
parangon, caractère entre la palestine et le gros romain ; le corps en est de vingt une voix artieulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face
et un points. iT'etit parangon, caractère dont le corps porte dix-huit points, et humaine, et en effet ils sont des hommes ; [CI ils se retirent la nuit dans des
dont on fait usage pour les affichcs. itlln ne dit pas parangon tout seul. "Ii". Sorte tanières où ils vivent de pain noir. tfeau, et de racine : [D] ils épargnent aux
de marbre noir d“Egypte et de Grèce, dont les anciens faisaient des sphinx et autres hommes la peine de semer. de lahourer et reeueillir pour vivre, et
d*autrcs statues dianimaux. 8. Pierre de touche [...]. méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu`ils ont semé.
l 132 Le linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base lCl3

l_.`énoncé L-“on voit, qui ouvre le segment A, est un introducteur de séquence Le pronom anaphorique ils utilisé, par la suite, en [C] et en [D] devrait, ii par-
descriptive et liindicateur diune source de point de vue (Pdll). La description tir de lè, renvoyer è iinninies, mis en mémoire è partir de la reforniulation et en
se donne ainsi conmie perceptuelle, ciest-a-dire fondée sur un témoignage par ejfifet ils .vent ties liornnies. Toutefois, 1`introduction du lexème tniiiéres main-
liévidence sensible d.e fobservation visuelle commune. Toute cette description tient liisotopie animale et le ils de [C] flotte référentielleinent en semblant res-
a l"apparence de la l`actualité, d'une vérité admise (on-vraie), doxa soulignée ter sous la portée d*nn.ininnx. Tout au long du segment [Cl, le référent animal
parle présent itératif. La séquence siouvre sur un flou catégoriel et temporel semble se maintenir de telle sorte que fanaphore [ils = hommes] est empéchée.
(sujet postiche on et présent continu, dilaté par rapport au moment diénoncia- Le maintien des deux référents en mémoire fait que ces homiiies restent. partiel-
tion, introduisent un objet du discours dont le déterminant certains signale le lement des animaux. ll faut attendre le syntagme aux entres hornrnes (D) pour
caractère indéfini). Ce texte étant inséré dans une section intitulée e De que fhumaiiité des paysans soit confirmée. Leurs actions initiales [A] se trans-
lihonime a, on s“attend .Ê-Ii une isotopie humaine, or ce texte s“ouvre sur 1`ins- forment alors explicitement en actions humaines: semer, lneonrer, récolter.
tauration d`une isotopie animale. Le segment (lt) prend successivement la C`cst sur la base de cette humanité que l”injustice sociale est dénoncée par le
forme diune description d`état, centrée sur des propriétés (fiironc'lie.s, niéles, moraliste. Lihésitation référentielle et la double isotopie sont ici au service de
fenielles, erc.), puis d`une description diactions dans les deux dernières relati- la modification du point de vue idéologique du lecteur. Destinant ii ses contem-
ves. La première propriété choisie [tnreirclie.s) prouve que l“év_idence sensible, porains ee que l`on peut considérer comme un des premiers grands textes sur la
supposée objective, est en fait un jugement, une évaluation. En effet, Forigine misère, La Bruyère veut corriger l"opinion conitiiune en utilisant un procédé
latine (_,fnrristicii.v) rattache le lexèmefnroucne.r ii étrangers lfnres : dehors, au- littéraire décrit par C. Ginaburg [2001 : 15-36), celui de Festrnngerneni* ou
dehors) et ii snnvnges (par opposition a tinnie.rticns). Le mot s“applique è ce étrnngéificntien. qui met le réel ii distance en le donnant è voir autrement.
qui a un aspect hostile, sauvage, rude, qui peut agir avec violence. C`est dire
que les animaux en question sont, pour on, d`une altérité inquiétante, accen- _? Références et lectures conseillées*
tuée par leur nombre (répandus). Les lexèmes génériques iniiles et femelles
confirment l“isotopie animale que les verbes diaction appuient. Feniller peut - Jean-lvlichcl .ftonrvi : ii Textualité et intertextualité : un paragraphe descriptif du
fort bien se dire d`un animal qui creuse la terre pour y trouver quelque chose. Client titi nioiide de Giono a, Lnrigne et liltérritiire, Paris, Hachette, 199] I 121-
L*opin.i¿iireté invincible de la fin du premier segment va également dans le l4tl.
sens d"un travail machinal, d`un acharnement tétu dont on ne peut détoumer ' - Jean-lfvlichel rtoatvi : -s Lire le poème : isotopies et figures ii, Pour lire le _neénie,
les agents en question. Certes, 1'.-:ntnclienient ii- le terre semble introduire un Bruxelles, De Boeck:-Duculot, 1984 : 119-lé-3.
sentiment. lvlais, dans la langue classique, nttnclieni.ent a le sens de grande - lvlichel linntvé : Lire Jerry, Bruxelles, Complexe, lšfié.
npplicntinn un irnvnil et cette application ni implique pas, dans le contexte iso- - Umberto Eco : Lectnr in fisiliuln, Grasset et Fasquelle, {19'i'9) 1985 : 128-132.*
topique du segment. ét, un sentiment humain, diautant plus qu`opini-étre en fait - Carlo Giivanuso: e Liestraiigeiiient ii, xi Distance, Paris, Gallimard, Ztltll :
tin attachement aveugle. Le lexème fnial, invincilzile, va dans le sens de 15-36.
l' inquiétante étraiigeté de ces animaux, en signifiant quelque chose quinn ne - .lïilgirdas-Julien Giteitvias : 5éinnn.tique structurale, Paris, Larousse, 1966.
peurinaitriser, dont en ne peut triompher 11 est certain qu`etnicliernenr renvoie - éilgirdas-Julien Criteiivins : ll*lnnpn.r.rnnt. Ln .i*érnintique du texte _' exercices preli-
aussi è une isotopie du servage (la terre étant travaillée pour un propriétaire). qiier, Paris, Seuil, l9'Î"l5.
Dans le segment LAJ, les anaphores pronominales en ILS sont toutes sous la - Langue française l 13, ii nux sources de la pelysémie nominale is, Paris,
portée du lexème -s animaux a, introduit au tout début comme objet du dis- Larousse, mars l99'i.
cours. Il en va de méme dans {l3]. ïmais chaque membre de la période se con- - François li'..-*iS't'lt¿t-t : Héntnntiqise interprétativc, Paris, PUF, 1931*
forme ii une stnicmre identique. A l“initiale de chaque membre, le pronom - Paul Sn3LoT : e isotopie et réglage du sens iv, Cniiierr tie prnxénrntiqiie 12, Iviont-
anaphorique maintient la référence animale, objet saillant initial. En revanche, ' pcllier, Université Paul-valéiy, 1989 : 9i- |fl9.
il droite de chacun des trois premiers membres, ciest une propriété humaine
qui apparait. Cette isotopie humaine est présentée comme une apparence
(comme une voir iítrtitriilée, montrent une _f:1iî'e liunirilnej avant d`étrc confir-
mée daiis le quatrième membre qui modifie le référent et remet en cause lc 3. Liages du signifiant
Pdli' perceptif initial. On peut dire que le point de vue slest modifié en raison,
en particulier, du passage de la position ii quatre pattes a celle de lilievnn erec- Revenant sur la définition des parallélismes grainiiiaticaux et du principe
tus. La fin de LB] interrompt la portée référentielle du lexème nnininnr et d`équivalence de R. Jakobson {l9'i3), N. Ruivet est un des premiers linguistes
1" isotopie qui lui est liée. ii avoir insisté sur leur fonction textuelle :

__ l
› - 11114 te linguistique textuelle Types de liaqes des unités textuelles de base 105

Si ce qui fait diune séquence de plirase un texte ou un discours suivi relève sur- exemple, dans ce passage du début du discours prononcé par le général de
tout de la sémantique et de la pragmatique [des phrases successives sont l.iées
Gaulle, le 4juin 1958, sur le forum d`alger :
par des rapports aiiaphoriques de divers types, et partagent certaines implica-
tions), les niveaux linguistiques oii le principe tféquivalence se manifeste de la §4 Cela signifie quiil faut ouvrir des voies qui, jusqu“a présent, étaient fer-
manière la plus évidente sont des niveaux «s superficiels si (pl-|i;mai;iqi_i»¿-,_ p]1i;mg_ mées dcvant beaucoup.
logique, morphologique, syntaxique e de surface is). §5 Cela signifie quiil faut donner les moyens de vivre a ceux qui ne les
(1981 : IS.) avaient pas.
§é Cela signifie quii] faut reconnaitre la dignité de ceux a qui on la contes-
lakobson ne caiitonnait pas la fonction poétique-autotéliquc dans le vers et tait.
la prose poétique : e Le discours d*un orateur, la conversation quotidienne, les § 'i' Cela veut dire quiil faut assurer une patrie a ceux qui pouvaient douter
articles de journaux, la publicité, les traités scientifiques, - toutes ces activités d`en avoir une. [...]
peuvent tenir compte de considérations esdiétiques, faire jouer la fonction
esthétique, et les mots y sont souvent employés en eux-mémes et pour eux- Le méme principe de structuration oratoire par fanaphore stylistique se
mémes, et non pas simplement comme procédés référentiels ii [l_9Îf'3 : l4'l). retrouve dans le discours prononcé au balcon de l`l-lfitcl de ville de lvlontréal,
Sans nous occuper ici d"esthétique, nous retiendrens essentiellement le fait dont il a été question au chapitre 2 § 34 :
que les unités de la langue, du phonème et du graphème aux constructions Si vous saviez ll quelle confiance ll la France réveillée il après d`iinmenses-z-
morpho-syntaxiques, en passant par les syllabes et leur décompte ainsi que les épreuves il porte maint“nant l vers vous [applaudissements]
reprises de signifiants peuvent jouer un tele structurant. Nous suivrons, pour Si vous saviez il quelle affection il elle recommence ti ressentir il pour les Fran-
cela, le -s Postscriptum s- des Questions' de poétique : __i`C_'__Î_a_i;i_gi_dgi__
[applaudissements]
[...] La science du langage, évidemment appelée ti étudier les signes verbaux Et si vous saviez ll ii quel point il elle se sent l obligée li de concourir il it votre
dtnis tous leurs arrangements et fonctions, niest pas en droit de négliger lafonc- marche en avant l a Ê progrès [applaudissements]
tion poétique qui se trouve co-présente dans la parole de tout étre humain dès sa
première enfance et qui joue un réle capital dans la structuration du discours. Dans la prose oratoire, ces reprises de syntagmes entiers sont la pour soute-
Cette fonction comporte une attitude introvertie ii l“égard des signes verbaux nir la coiistmction et le mouvement du texte oral, rendus ainsi perceptibles par
dans leur union du si gnifiant et du signifié et elle acquiert une position domi- liauditoire. Nous verrons au chapitre 5 que ces faits sont liés a la structuration
nante dans le langage poétique. des textes en périodes. En dehors de la poésie, des slogans et de Fhistoire
[lalmbson 1933 : 485.) dréle, le liage par la phonie peut intervenir dans la prose. ainsi, la longue
phrase de T4 apparait comme saturée de reprises phoniques :
3.1. De fallitération aux parallélismes granimaticaux T4 ayant TeRRassé L'aFFlCHeur aCH]LLe, llis Le TIRèrent sull
TouTe La Longueuil de La PasseReLLe d“aLFoRtvILLe, Puls Le
Quatre types de liages doivent étre pris en compte, car ils jouent un rfile sou- PRécIPlTe Rent.
vent important en induisant des relations diéquivalence entre des points dluiie l_Féiiéon.]
séquence verbale :
- Répétitions de phonèmes fallitérations et rimes, paragrammes et ana- Cintre les phonèmes isolés ltl, lrl, lpl, lil, lil, lai, on est surtout frappé par les
grammes). groupes de phonèmes: llafl de is L`aFFicheur repris dans -s aLPortville ii
sous l`ordre inodifié lalfl ; groupe lili' die achlLLe ››, e Ils si et -s alfortvll.Le ir.-
' Répétitions de syllabes etlou d“un certain nombre de syllabes (rythme et par la paronomase inteme entre le nom propre ii aCHlLLe ii et le nom de
fondé sur le nombre). métier ii L*aFFlC'l-leiir ef. Il serait facile de souligner également que la
- Répétitions de lexèmes et jeux sur Fhomophonie, la synonymie, l`anti-
thèse.
* Répétitions de groupes morpho-syntaxiques [parallélismes grammaticaux). 8. Cln a la affaire il im phénomène comparable au célèbre passage des ."_*.'ssnis de lingiristiqtie
générale oil Jaltobson parle de l'e affreux alfred si [dans la traduction de Ruivet] : e Line
Un type de reprise a été répertorié par la rhétorique et par la stylistique sous jeune fille parlait toujours de “faffreux alfred". “Pourquoi affreux 'i" “Parce que je le
le nom dhunupliore {qu*il ne faut pas confondre avec lieinploi linguistique déteste." “lvlais poiirquoi pas terrible, iiorriltile, iii.vupporiiilile, ilégoiitrtiit T" “le ne sais pas
dont nous avons parlé plus haut). Lianaphore stylistique est définie par Littré pourquoi. mais izijfjtreui- lui va mieux." Sans s`en douter, elle appliquait le procédé poétique
de la prironomasc ii- {l9é3 : 219). La e paronomase ›> est une figure répertoriée par la rhéto-
comme une s répétition du méme mot en téte des phrases ou de membres de rique de l`élocutio, qui consiste ti rapprocher des mots de sens différent. mais de sonorités
phrases a. Cette définition doit étre élargie au moins au syntagme, comme, par voisines.
1 Dé Le linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base iq?

deuxième proposition s“étire et tranche par contraste avec la brutalité et la T35 SUNNET D`aUTC*lvll"~lE {LXIlv')
brièveté de la dernière, très fortement allitérante avec les phonèmes lpl, lil et Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal : ii tal)
tri). Cet intense travail de l“écriture hisse les brèves jounialistiques de -s Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite T si 13 pi)
Fénéon au rang de formes brèves sinon littértdres, du moins littérarisées par - Sois charmante et tais-toi l ivlon co:ur que tout irrite, 13 -(it)
le travail du signifiant et la paronomase. Tout cela rappelle ce que Jakobson Excepté la candeur de llantique animal, 3 [gl]
dit de la fonction poétique-autotéliquc du langage et de e liattitude introver- 1'*-le veut pas te montrer son secret infernal, si [31]
tie iii Pégard des signes s- : les signes linguistiques ne se laissent plus traverser Berceuse dont la main aux longs sommeils m`invite, E (iq.
en direction du seul sens informationnel, la matérialité des énoncés gagne en l"~li sa noire légende avec la flamme écrite. B {ii;.
densité formelle. .le hais la passion et l'esprit me fait mal l si (51)
Le graffiti T22 lp. T9) est structuré par un décompte syllabique 6 + 6 aimons-nous doucement. lfiamour dans sa guérite, B (ii)
ifsignalé par Falinéa), ce qui en fait une sorte d`alexandrin : ina lpeur 1' se lfer' Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal. 5 [31].
ra 1' traine il en /' vos i' ciltés il trop if' grandes. Chaque groupe de fi syllabes .le connais les engins de son vieil arsenal : ,-;[{;11“i
.il

forme une sorte dihémistiche aux liens phoniques internes surprenants : le Crime, horreur et folie l - U pi-ile marguerite l B (ir)
premier comporte une suite en miroir a + R + a (muet) ll ti + R + a : ina Comme moi n“es-tu pas un soleil automnal, si (ul)
peuli so_toRi4 haine ; le second place en miroir également la nasale lãl, la U ma si blanche, fi ma si froide lvlarguerite '? B (ii)
voyelle lol et la consonne ltl, auxquelles se méle une reprise de lrl : EN vüs
t'iTés T1'R ,l Gp gtlij aaldes. Il serait facile de multiplier les exemples de slo- Pour expliquer cette destruction du système des rimes du sonnet et 1`appa-
gans publicitaires ou politiques. de proverbes, dictons et autres maximes tra- rente pauvreté des deux rimes, on peut partir diune remarque importante de
vaillés par la méme multiplication de liens [adam 1985 : 'F2-118), mais, Jal-:tibson : e La rime niest quiun cas particulier, condensé en quelque sorte,
comme le dit lakobson, ciest dans la poésie que ces formes de liage trouvent diun problème beaucoup plus général, nous pouvons méme dire du problème
leur expression la plus grande. Celajustiiie les deux brèves analyses qui sui- fondamental de la poésie, qui est le parallélisnie s (1963 : 235). Confonrié-
vent, l*une de poésie versifiée en apparence classique, 1`autre de prose poéti- ment a ce principe, chaque rime prend appui sur diautres phonèmes ou grou-
que en apparence émancipée du vers. pes phoniques (paronomases) présents dans les vers.

3.2. La ii fureur du jeu phonique iii dans ii Sonnet cfautomne ii * autour de la rime en lall
de Baudelaire Si l'on examine de près le matériel phonique des vers comportant la rime en
lall, on constate que ceux-ci se composent d`un premier groupe :
Sur un peu plus de 120 poèmes des Fleurs' alu Mal, on compt.e 60 sonnets, dont
un grand nom bre de sonnets français a cinq rimes la et B, l*une masculine et l 1Ls lvle disent, Tes yeux, cLi-iirs colvllvie Le crisTaL : t + al.1
l“autre féminine, dans les quatrains ; C, D et E, alternant masculine et fémi- 4 ExcepTé La candeur de L”anTiqne ablilirlali, m + aI.1
nine, dans les tercets). On trouve aussi un groupe de sept sonnets au schéma 5 Ne veut pas Te lvlontrer son secret iiiferl*«laL, n + aI.1
anglais, du type de e a une passante :-:› (T18) : aBBa, Cria'C, el-`e, Fgg. Par rap-
port a cet élargissement a T de la base ti 5 rimes du sonnet classique, un poème Les trois phonèmes (t-m-n) sont présents de façon insistante avant la rime.
tranche par son extréme économie. Le seul poème ii étre désigné cenune Le groupe tallmallnal est ensuite intégralement repris, dans un ordre un peu
ii sonnet si atteint une limite de restriction de la combinatoire, accentuée par la different (soutenu par la présence des phonèmes de base dans le vers) :
-s pauvreté si apparente des rimes : une voyelle et une consonne finale mascu-
8 le hais La passion et L`esprit lvle fait Mal. ! m + ril.2
line en [al] et féminine en [it] :
ltl Ténébreux, embusqué, bande son arc faTaL. t + a[.2
ll .le col*'~ll“«lais Les engins de son vieil arseNaL : n + al.2
_ Le vers 1.3 synthétise le matériel phonique ainsi mis a disposition dans les
rimes l-10 (tal), 4-8 (mal) et 5-ll (nal), et il suit liordre du premier groupe :
9. Expression de .laltobson ii propos du travail de Saussure sur le vers saturnien bas latin ct 13 Col'vll'vIe lvloi l"~l`es-Tu pas un soLei_1_auTol"v.ll'il.*-*iL, t + m + n + al
les anagramrnes i[l9'i'3 : 434). Une version plus complète de cette étude est parue dans
Ciierclier les passages avec Daiiiel Delas, 8. lvlartin i_'éd.), Paris, L*Harmattan, 213113 1 UHHS CES Uflflflliliüflã. la ii pauvreté iv de la rime prend un sens formel plus pro-
51-51". fond. Elle accentue la variation choisie des consonnes et ia met en accord avec
1118 la linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base ion

une des plus iinportarnes variantes enue le texte paru dans la li`evue contempo- vers 3 fomie déja presque leprénom : 1vlaR(qu)ERl'l`]El et il se rapproche du
raine en 1859 et la version inuoduite dans l`édition de 1861 des Fleurs du ivlal : vers 9 : avec le groupe lvla inversé dans e amour si et le ii é si a la place du
le passage de la rime du vers 13 die hivemal si a ii automnal ii. Cette modifica- rr e xi : lv'IaRGU(é)RlTE.
tion permet d`introduire le phonème ltl et, graphiquement, la consonne init non Un le voit, la destruction du système des rimes du sonnet est remplacée par
prononcée, en plus du lui, dans un signifiant qui assure la reprise du matériel diintenses liages du signifiant, par ce que lakobson noimne la e tresse verbale si
phonique : ir auTolvll"~laL ii. (1923 : 16).
[Jeux poèmes des Fleurs du Mal associent la rime -s automne s- a liadjectif
e monotone il : e Chant d`automne si (rimes 13 et 14) et e Parfum exotique il 3.3. ii Le Gymnaste ii de Francis Ponge *-:2:›
(rimes 1 et 4). Si cette rime n'est pas exploitée dans ii Sonnet d*automne ae,
c`est parce que tout le poème rime sémantiquement avec ii automne s- : la Le poème de Ponge étudié plus haut met en jeu plusieurs niveaux de produc-
monotonie est déplacée formellement sur le matériel phonique des rimes, si tion et de stmcturation du texte par la matérialité de la langue. Le portrait du
réduit qu'il en devient niono-tonal. gyimiaste s'appuie d*abord sur la graphie des deux premières letues. souli-
gnée, on l“a vu plus haut, par une comparaison. En passant de G ii Y, la des-
* autour de la rime en titi' cript.ion se déplace de la téte au sexe du personnage. La phonie prend le relais
La rime en titi subit un travail du signifiant différent mais t.out aussi pro- pour épeler les deux lettres suivantes du mot gymnaste. La fonne du lvl est
gressif. Liapparition finale du prénom faustien de lvlarguerite est préparée certainement responsable du dessin visuel des -s deux plis sur l“aine si du
par une décomposition du matériel phonique de ce mot-thème que niaurait début du deuxième paragraphe. lvlais e Ivloulé dans un lvlaillot s reprend alli-
certainement pas désavoué le Saussure des cahiers consacrés au vers Satur- téraiivement le phonème init et poursuit, par un jeu sur fhomophonie de la
nien latin (adam et Cioldenstein 1926 : 42-59 ; adam 1985 : 103-1 18). lettre N et de l”aine (ce -s pli de la cuisse au bas du ventre ii, com me dit Littré).
Lihomophonie de la lettre lvl et du présent du verbe aimer déclenche l"'isotopie
Cette rime en litl s`accompagne d`un appui répété (sauf au vers 6) sur la
consonne tri qui donne la finale du prénom de (Margue) rite. Pour le reste, érotique déja présente dans la e mèche en accroche-cceur si du premier para-
conformément ii la défi nition jakobsoniemie du vers comme -:i figure phoni- graphe, dans -s Tous les creurs il dévaste a du troisième et ensuite dans les
que récurrente si (1963 : 233). le matériel phonique est disséminé dans les divers éléments en érection (de la e corde ii nceuds si au a ver is qui sort de sa
vers très au-dela de la seule rime en titi : motte). Le jeu avec la part phonique des signes structure également le troi-
sième paragraphe. La fin de ehaeun des trois membres est occupée par un
2 e Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite “i il signe qui rime avec gymn.4STE: déivlSTE, cti.45TE, t;u4STE. Soit, si l`on
RTa allalvl lvl lvl RITE compte les graphèines, un décompte décroissant des lettres qui précèdent la
3 - Sois charmante et tais-toi l Ivlon coeur que tout irrite, finale tasu' : 4, puis 3, puis 2, puis une seule lettre pour finir, comme le dit le
dernier mot de la première partie du poème : BASTE (interjection, francisa-
aRlvIT T T lvl E RITE tion izie Fexclamation italienne basta exprimant l *in.di)§férenc'e, la résignation,
6 Berceuse dont la main aux longs sommeils miiiivite, l 'impatience ou la iriéception et sigiujtiant littéralement e il su,ftit s).
R alvl lvl lvl ITE Par ailleurs, le poème est constitué de longues phrases si faiblement ponc-
'l Ni sa noire légende avec la flamme écrite. tuées que surgit, a la lecture, un zythme-nombre propre a chaque phrase-para-
a aR a a alvl RITE grapllgeù Le décompte des syllabes du premier paragraphe donne 4 groupes de
sy a es:
9 aimons-nous doucement. Liamour dans sa guérite,
lvl lvl alvl R a GU RITE Comme son 13 l*indique le gynmaste t8t porte le bouc et la moustache t8i
12 Crime, horreur et folie ! - C' pale marguerite l que rejoint presque une grosse mèche i'8t en accroche-cceur sur un front bas. l8l
Rltvl R 1 lv1aRGUERITl3
Le rythme du second paragraphe est morpho-syntaxiquement souligné :
14 iîi me si iiisneiie, e me si naine Marguerite v la construction détachée forme a elle seule un alexandrin de 6 + 6 syllabes,
lvia I lvla I R a 1v1aR£`iLl1îR1TE la suite de la phrase étant, elle, découpée par la ponctuation en 3 groupes de
4 syllabes :
Les vers 2, 6 et 'il amorcent seulement le regroupement du matériel phonique
que la rime stabilise toutefois. Si fon tient compte des phonèmes inversés de lvloulé dans un maillot i' qui fait deux plis sur 1'aine t12i"
-s chaflclvlantc a et de la très grande proximité phonique de e que xi et GUE, le il porte aussi, t comme son Y, t la queue ii gauche. tl2l
* 1 111 ts linguistique tastuaiia Typas da liagas das unités tasztuallas da hasa 1H

Dau:-t ala:-tandrins puintant ainsi suus la pnusa at laur an1p.Iau1' anntrasta avan
la rythrna du trnisiarna paragrapita. duublamant daauupa an tnuis sagmants da
4. Entra dit et non-dit :
6 syllahas par las rimas an «s asta s› at par las aunnaataurs MÀIS at ET : de l'eII|pse à I'impIicite
T-nus las auaurs il déviäSTE i'6i MAIS sa duit d“ëtra ai1.*f1.STE i'6i
ET snn jurnn ast EASTE 1 i6i' Ijinanmplatuda ast la ragla du disa-nurs. an vartu d*una ini d`a'annnn1ia du lan-
gaga qui pa-rrnat da na pas tdut dira (nparatinn d'abragarnant“¿') at diimpliaitar
La quatriaina paragraphe- ratrauva Fantplituda das aiaaandrins : aa qua 1 audltaur du la laataur pausant rastituar faailarnant atinu infarar sur la
Pius nasa qua natura i' at mains adr-ait qu`un singa i'12i' basa da disiarsas furrnas diirnpliaita.
il bandit aus agras i saisi d"'un :ala pur. i'I2i
Puis du ahaf da sun ar:-rps i pris dans la aarda a nrauds i'12i 4.1. L'-allipsa aamma figure cla aunstruatiarn taxtualla
il intarrnga l`airi' aarntna un var da sa mutta. 1'121'
Pnur parlar da liallipsa, il faut sa daïbarrassar d“una tfisian idéalisaa da la pla-
Dans la darniar paragrapha, la rythma- n`ast plus aussi näguiiar : nituda nu anrnplatuda syntasiqua. Au liau da aunsidarar lïnadrnplatuda
annuna- un manqua at un défaut, il faut y 'mir una suuraa da sariantas asprassi-
Pnur iinir i3.-" il ahnit parfnis das aintras .-'61' aumrna una ahanilla Mi, sas at d`affats da sans. La dtifinitinn rhatnriqua qua linn trouva, par asarnpla,
mais rahundit. sur piads i6i. at a”ast alars i'4i char. Fnntaniar fait da liallipsa una -s figura da annstruatinn par sans-antanta ss
la parangun adulé iïi' da la I:-ëtisa humaina E61' qui vous sa1ua.i4i (1968 : 305-313). La définitinn quii] dnnna ast fnndaa sur una anmplanlda
plus pragmatiqua qua syntasiqua : «s Lfallipsa an-nsista dans la supprassinn da
Carta misa an avant du rythrna mima aalui das asaraiaas du gymnasta ; la
mqts qui saraiant naaassairas a la planituda da la annstruatinn, mais qua aaus
da'.sa1'ticulatiun rythmique finala anrraspandant ã laur fin at a la ahuta
qul sant ar-tprimés faut assaa antandra pour quii! na rasta ni nbsaurité ni
(st salut is). Cnrnma sauvant char. Pnnga, nn paut lira aa puarna anmrna una
inaamtuda ss (1963 : 305). Baliy (1951 : § 265-269) rnrnpt radiaalamant avaa
déalaratinn da pnétiqua. La '~.-*irtunsita du gymnasta qua la ta:-tta ravala au rang
aatta anncaptinn alassiqua at anntrnuna da liallipsa : «s Una allipsa na daviant
da madèla da la -s bâti sa s ast un pau aalla da la puésia *sarsifiëa avai: laqualla
un fait da langaga at un fait diasprassidn qua lnrsqua Fasprit na aharaha plus
aa tasta juua subtilarnant. -s Plus da sa-nnats. d`6das, d`épigran1rnas s- disait
las aléinants disparus at qu`au anntraira Fallipsa ast annsidaraa inadnsaiam-
Pnnga, plus da 'sars au sans prupra du tarma. Pdnga uppnsa a la virtunsita pré-
rnant anmrna un symbnla a:-tprassif :›› (1951 : §'265). L. Charahi ast un das
tantiausa du faisaur da 'sars una éaritura dabarrasséa das artifiaas da la varsifi-
pramiars .Î1 avuir snuligna la riîila tastuai qua l`a11ipsa paut jnuar dans la rap-
aatidn. Mais una prusa aussi dansa qua la *wars dans sa tastura.
prnahamant düännnaés an apparanaa nan Has : «s La fnrma alliptiqua annstitua,
an tant qua fnrma, un séritahla nparataur da dépandanaa antra das annnaés
Références at Iacturas cansaillëas*
distincts s- (1913 : 123). I. Tamha-Maca a, alla aussi. insisté sur aa rûla
-Jaan-Michal ÀDAM, Jaan-Pia:-ra GULDENSTEIH : Lingttistiqrua ai disa'-:ausrs iiiiš- tastual :
n:1.t'r'a, Paris. Laruusssa, i9Î'6 : 42-59. L`alJipsa anmma hian d`autras aunaapts gralninatiaaus (paraphrasa, annaassinn,
- J aa11-Michal Aussi : Pam* lira is puèma. Bru:-tallas. Da Bcaak-Duaul-at. 1935 : ata.) appartiant aussi au dnmniits fin:-imr*iqna, au alla ast raparturiaa parmi las
103-1 18. figures da annsrn.n:riuri. P. aa lilra, l`ailipsa a puur aadra d`analj.fsa la maann-
- Human Jatauasün : Quasriuns da poétique, Paris. Sauii, |9T3.* ana-naa da la phrasa nu plus asaatamant d“un anahainarnant da phrasas.
- Niaulas RUWET : «s Paralialismas at daviati-ans an pnasia ››, in J. líristava, ljailipsa au1Taspand à |`t-Ennnaa, rarnarquabla par san incntnplatuda, plutôt qu`à
J. Milnar at 1'*-1. Ruwat (ad), La-zngaa. .din-rittrs, .w;~:*iété, tinluma anllaatif an hdm- |`uparatian d”umissinn-supprassiun qui pnnduit un tal énunaa, aa-mma Fattasta
maga a Émila Ham-fanista, Paris, Sauii, 1915 : 311?-351.* la danurninatian mama d`aiiipss-, qui s`app1iqua a un phanumana statiqua at n`a
- Nianlas RUwE'r : -s Linguistiqua at_p6atiqua. Una brava intraduatiun s, La Fran- pas an Français [_ . _] da varha apparanta.
çnisinudsma 1-1981 : 1-11.* (1983 : 156.)

Ill. Ja rasfuia nai aus pnupusitinns da Tartiba-Maca dans la vnluma da la ravua Hisruira, Épistš-
mriingta, .qungrigs ctinsaara a 1`a1iipsa (1933). .la snuligna. avec alla. qua Susuinn Kuna ast un
das raras hnguistas it avnir aaanrda a1'a1Iipsa près da 1311 pagas d“una Grniiiiiinirs fin siisiruttrs
(ifilaiiwa nn Biinpd. Tukyn, Taishûltan, 19131. Autuur da la quastiun plus ganérala da 1”in1p]i_
aita. '-fuir Karbrat-üracahiuiti 19116 (1 16-122 surlnul.) at Charaudaau 1993.
`" 1 12 La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 1 13

Cemme le rccennaissant Fentanier et Bally. Fellipse est une des fnrrnes les Cemparqns deux phrases hypethétiques fictiennelles de publicités peur des
plus ccmmunes de la langue. Elle permet. par exemple. de ne pas répéter un pre- predmts alimentaires destinés aux animaux :
nem perscnnel anapherique sujet dans les treis premiers vers de Tl et en T4 2
T38 Si les pcissnns pcuvaient parler ils veus ccnseilleraient ÊKRU.
T1 v. I : Treis furçats se precurent des revelvers T34 Les chats aclléteraient Whiskas.
v. 2 : Ils tuant leur gciilier et [H] siernparent des clefs de la prisen
v. 3 : Ils se précipitent hers de leurs cellules et [e] tuant quatre gardiens La structure de la phrase hypcthétique gramrnaticalement cnmpléte que pre-
dans la ceur pese la publicité T33 [Si p (alers) q] subit une ellipse en T34. T34 est. gram-
mancaleme-nt et sémantiquement inccmplet. Seule iiapedese [(alers) q] est
T4 Ftyant tetraseé Fafficheur åchille, ils le tirérent sur teute la lengueur de la dennée et il manque la pretase [Si p] dent la tâche est peunant de déterminer
passerelle di-älfcrtville. puis [rl] le précipitérent. le cadre dans lequel la prepesitien q devient vraie. Peur ccmprendre ce meu-
Un a vu plus haut que Fellipse de T4 est significative: le prenem ils ne vement argumentatif, il Faut remplacer la distinctien grammaticale entre Pre-
cempertant pas de référent, sen absence renferce encere l“effacement des pnsitien principe.-le (q) et Prepnsirien sn.i:›crrir:nnée 1'Si pJ par une distincticn
agresseurs. Les allipsas du verbe ent été exemplifiées, au chapitre 2 (§ 33), entre pret-:me (placée legiquement devant) et n_nedr.›.re (qui déceule). Cette dis-
avec le début de T14. ttncttqn met en évidence Perdre legique et nen pas tempcrel des prepesitiens.
Liellipse est fréquente dans les séries énumératives. Ella a alers un ntile de La suite [q. Si p] est pessible car cet erdre ne tcuche pas liantérierité legique
censtructien et de structurat.ien rythmique d`une pertien de texte plus eu de S1 p, nen liée a la successien linéaire des énencés. Dans la relatien [Si p
meins lengue (le plus seuvent une phrase périedique, eemme en le verra au alers q], p et q reiévent d`un demaine cemmun qui ne tient pas a la réalité-
chap. 5). .ainsi dans ces deux e Phrases :›:› de Rimbaud (iiineninrtrien.s) : vérité des eheses. mais qui est censtruit par le disceurs. Teus les énencés .it
prctase p au présent (hypethétiques réelles) eu it Pirrtparfait (hypethétiques
T36 Quand le mende sera réduit en un seul beis nnir peur nes quatre yeux fictiennellesl sent susceptibles de recevcir une descriptien unifiée. Ils signi-
étcnnés, - en une plage peur deux enfants fidèles. - en une maiscn musi- fient teus : dans le centexte (réel nu fíctiennel) ei`;| l'en admet p, il est perti-
cale peur netre claire sympathie. - je veus treuverai. nent d'énnncer q. La validité de Fapcdcse q dépend denc entiérement du
(Rimbaud.) ce(n) texte établi par la pretase p. Le cadre centre-factuel Si p de T38 rend
T3? liai tendu des cerdc-s de clc-cher a clecher; des guirlandes de fenétre il pessible une assertien publicitaire q, cemparable ii T34. Le succés du slngan
fenétre ; des chaînes d`cr d`éteile a éteile, etje danse. Whiskas preuve que l”interprétatien d`un énencé incemplet n*est pas un pre-
(Rimbaud.) bleme. Les lecteurs restituent. de façen certes tleue, un centexte fictiennel de
type : Si les r.*i1nt.r pee vrtientfnire les cnnrses eiix-inéines, ts.-fers T34. Cette res-
En T31, le peint-virgule ceupe le cemplérnent du sujet et du verbe et intre- titntinn n“est teutefeis pas l`enjeu du message. (Test Faffirmatien du cheix
duit une répétitien ternmre qui structure la phrase péricdique. La restitutien de des chats qui imperte seule et que garantit la fenne elliptique cheisie.
l”élément syntaxique absent (-s_i`ai tendu ze) serait aussi inutile ici qu*en T36, Cette e syntaxe affective e, qui abeutit à une centracticn de la structure
eu l'usage rimbaldien du tiret rend la structure encere plus visible. ll ne servi- legice-grammaticale et a une ferme elliptique. est plus sensible dans les
rait a rien de parler ici d`inccmplétude syntaxique. Ce qui cempte ce sent les empleis cxclarnatif et interregatii' des hypethétiques trenquées ne cempertant
effets fcrrnels et sémantiques preduits par les ellipses successives. Le fait que que Si p. et adeptant généralement deux fnnnes :
celles-ci seient receuvrables permet de jeuer sur la présence implicite diun
-* [Ah si p l] peur les exclarnatives :
sans et sur une matérialité rythmique. En T36 et T33, des parallélismes mer-
phe-syntaxiques et un rythme ternaire, appuyé sur la syntaxe. fent. par-del.) T39 M1, si Mcther Bayle était aussi chaleureuse que ses chaussures l
les frentiéres de la penctuatien, teute la peéticité de cette prese : (Celumbia.)
T36 [_ . .I en un seul bcis neir puur nue quatre yeux étcnnés, ' [Et si p ?1 peur la ferme interregative de surface :
- en une plage peur deux enfants fidèles, T411 Et si la vraie beauté venait de Iiintérieur ?
- en une mai sen musicale peur netre claire sympathie. [_ . .1
(Vichy Célestin.)
T3? J “ai tendu des cerdes dc clccher ii clcchcr ; Liinternngatien est, en T40. tres preche de l“axc]amaticn. Dans les deux cas,
I ellipse de q est un facteur diexpressivité et, cenune peur T34, la restitutien
A. M. .nt '|I
des guirlandes de fenetre a fenetre ;
des chaînes d`er dteteite à éteiie, de Félément absent n`est pas du teut centrale. La syntaxe aifective Femperte
etja danse. sur la syntaxe legice-grammaticale (Eally 1951).
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Li' '\-È'
-
1 14 la linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 1 15

4.2. Fermes de l'implicite : présupposés et sous-entendus en contradiction avec une autre. Cette bande dessinée humoristique permet de
comprendre le fait que pour quiune suite de propositions constitue un texte
Opposer un dire explicite (affirmer quelque chose) et un dire implicite (ame- cohérent, il faut qu'il y ait un recouvrement entre les conséquences qu“on peut
ner sen interlocuteur a penser quelque chose) ne permet pas de dégager la ti1'er des propositions successives, à partir des implications des lexèmes
complexité des phénomènes. En effet. les contenus implicites sont, diune cer- quielles contiennent. Le personnage s'efforce ici comiquement (bulles 3 et 4)
taine maniére, également dits. Il faut toutefois distinguer les contenus présup- de rendre son texte cohérent par rapport aux implications de la volonté expri-
posés et les contenus sous-entendus. mée dans la bulle 1. La suite est profondément logique au regmd de la présup-
position, mais profondément absurde d' un point de vue pratique.
-I Les présupposés
L'exemple le plus souvent utilisé est : I- Les sous-entendus
T41 Lucky Luke a cessé de fumer, Lorsque quelquiun énonce T41 ou T42, il sous-entend probablement une
idée unanimement reçue aujourdihui, au peint d`étre imprimée sur les paquets
mais on peut aussi considérer : de cigarettes : Fumer nuit gravement ti ln sente' (donc `a la sant.é des Lucky
T42 Sachat a recommencé ii fumer. Luke ou Sachat en question). En revanche, en 1985 (date a laquelle est paru
T43 dans le quotidien régional Ouest France), tous les lecteurs ne parta-
En plus des contenus posés explicitement, on parle de présupposés dans le geaient eertainement pas cette opinion. Un peut donc classer les idées reçues
cas des infomiations qui, sans étre explicitement posées, sont pourtant présen- dans une catégorie d*implicites préconstruits, non impliqués par la structure
tes dans le contenu sémantique des verbes cesser et recommencer. Le premier linguistique des énoncés, il la différence des présupposés, mais proche des
laisse entendre sous forme de présuppesé que Lucky l_ful:e_fut-nuit nupnrnvnnt, sous-entendus proprement dits. Les sous-entendus ne sont pas plus présents
le deuxiéme comporte une double présupposition : Snclmt, quifurnnir nupnru- dans l`énoncé que les préconstruits (ils ne sont pas posés), mais ils font partie
vunt, nvuit cesse de fumer. Ces propositions implicites font partie de la struc- de l`énonciation comme acte. Les sous-entendus sont dérivés par un processus
ture linguistique des énoncés et sont autant de conséquences automatiquement interprétatif au cours duquel l`acte diénonciation Si elle ou il me dit T4] cu
entraînées par leur énonciation. Un test linguistique permet de vérifier si un T42... reçoit une interprétation de type ...c'est qu 'elle ou il veut me dire quel-
contenu est ou non linguistiquement. présuppesé: la négation et Finterroga- que clmse nl'n.utre (Ducrot 1977). ifitinsi, c`est probablement pour me repro-
tien gardent le présuppesé intact. La négation de T41 Non i Luclzy Luke n 'n cher de fumer ou n1` inciter a arréter à mon tour que quelqu“un me dira T41, en
pas du tout ce.r.re' rlefurner, ne met pas plus en cause le présuppesé Lucky Lutte s`appuyant sur le préconstruit. qui veut que fumer nuise gravement `a ma santé.
fumuit mtpnrnvnnt que Finterrogation : Est-ce que liuclzy Lulce u cessé rie Suivant le contexte, c`est peut-étre pour me louer d*avoir arrété de fumer que
fumer F l'on me dira T42 ou bien l`énonc-iateur utilisera le méme énoncé pour s`excu-
Uinterprétation sémantique diun énoncé est l“ensemble des conséquences ser lui-méme d'avoir replongé, avec Sachat, dans le tabagisme. En revanche,
ou des conclusions qui peuvent étre inférécs `a partir de cet énoncé (Bellert on ne me montrera trés probablement T43 que pour me faire rire etlou me pro-
l9Îf'U : 335). Dans une suite de propositions, Finterprétation de chacune est poser un bon exemple de logique et de linguistique pour un prochain cours,
inséparable des autres. Cest ce que prouve, par l`absurde, une bande dessinée mais certainement pas pour me convaincre d`arréter de fumer 1
en trois vignettes du célébre Clint (E1 liépoque appelé Sachat) de Philippe
Geluck : 4.3. Lecture cl'un texte-slogan publicitaire
T43 [vignette 1, bulle 1] Je voudrais un jour arréter de fumer. lfexemple suivant est le texte complet cl'une publicité pour un quotidien, dif-
[vignette 2, bulle 2] Le probleme clest que je ne fume pas. fusée par affichage urbain, dans les mes de Geneve :
[vignette 2, bulle 3] Donc pour pouvoir miarréter
[vignette 3, bulle 4] 1] va falloir que je commence T44 UN WEST PÀS LE PLUS LU Piftlšl H.4.S.4R.ll
Ln Trilmne de Gernlive.
Le fait que la conséquence it tirer du présuppesé du verbe nrrérer de la
bulle l (Je fitme uctuellement) ne soit pas vraie, selon la bulle 2, entraine trés Ce petit tcxtc, qui présente comme une maxime universelle (pronom on
logiqttement la solution proposée par les bulles 3 et 4. Le présuppesé du verbe ct présent dc vérité générale) est une bonne illustration du fait qu`un texte
commencer est présent dans v. 2 (je ne ,filme pas), mais en contradiction avec n“est pas composé que de ce qu'ii dit explicitement. Ce qui est dit -posé -
celui du verbe arréter. Le persomiage est entrainé dans un cercle pour le est inséparable de ce qui est présuppesé : Un est le plus lu. Liénoncé géné-
moins vicieux, dans lequel les conséquences il tirer cl`une proposition entrent ral T44 est d`abord soumis il une application particularisante qui remplace le

E .
1 16 La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 1 li'

pronom on par la signature et aboutit `a une assertion de type- : La Tribune


de Geneve est le journal le plus lu. Soit un slogan conforme au genre
5. Formes et portée des connecteurs
attendu de discours : association diun nom propre et d'une propriété posi- Les connecteurs entrent dans une classe diexpressions linguistiques qui
tive. Du fait de son statut de présuppesé, cet énoncé implieité semble indis- regroupe, outre certaines conjonetions de coordination (mais, clonc, or, car),
cutable. T44 ne porte explicitement pas sur ce présuppesé, mais sur les certaines conjonetions de subordination (parce que, comme), certains adver-
raisons de cet état de fait présuppesé. Est-ce par hasard ou non que la TG est bas ou locutions adverbiales (en efiet, par conséquent, quoi att 'il en soit, ainsi,
le journal le plus lu T Le slogan tranche dans le sens d“une réponse négative etc.) et des groupes nominaux ou prépositionnels (malgré cela, etc.). ll est
(Ce n 'est pas par husartl), mais il ne dit absolument tien des raisons qui font utile de distinguer dans la classe générale des connecteurs trois sortes de
que le journal en question est le plus lu. Le lecteur ne peut interpréter T44 marqueurs de connexion: les connecteurs argumentatifs proprement dits,
qu`en procédant a des inférences, c`est-a-dire a l'extraetion de propositions les organisateurs et marqueurs textuels et les marqueurs de prise en
implicites sur la base du contenu présuppesé et posé. Il doit s“engager dans charge énonciative. Alors que les organisateurs textuels relévent, pour la plu-
un raisonnement ayant la forme d“un syllogisme : d*abord admettre une pré- part, du niveau N4 du schéma 3 (p. 31) et les marqueurs de prise en charge
misse majeure de type : Le journal le plus lu [Al est le meilleur journal surtout du niveau NT, seuls les connecteurs tugumentatifs relévent, il la fois,
,[Bj. Admettre ensuite une prémisse mineure correspondant au présuppesé de la structuration textuelle (N4), de la prise en charge (NT) et de Forientation
de T44 : OR La TG [Cl est lejourual le plus lu fill. On parvient ainsi ii la argumentative (N8). Ces trois sortes de connecteurs remplissent une méme
conclusion visée par Fargunientation DONC La TG [C] est le meilleur fonction de liage sémantique entre unités de rangs différents (mots, proposi-
journal ,[3]. Telle est la réponse it la question sous-jacente lt llassertion : tions, paquets de propositions voire portions larges d`un texte). Le-ur fonction
Pourquoi alors, si ce niest pas par ltasarti P - Parce que la TG est le fondamentale est de marquer une connexité entre deux unités sémantiques
meilleurjournal. pour créer une structure p CC.-WNEX q (hlelke 2002 : 186). Ce qui les différen-
Bien sûr, ce genre d`exp1ication fondée sur un non-dit. laisse possible une cie, eiest qu'ils ajoutent ou non a cette fonction de connexion l“indieation de
autre explication : les journaux les plus lus quantitativement sont les plus prise en charge énonciative (Pd"v`) etlou diorientation argumentative (0Rarg).
populaires, ils ont le fonnat et le contenu d`un tabloïde. .. Seule llimage déja
Ces morphéines, qui contribuent ii la linéarisation du discours, eontrélent
stabilisée du journal comme quotidien de qualité permet d`éviter une telle
une portion plus ou moins longue de texte. (Test ce quion appelle leur
interprétation et de restituer les propositions qui fondent l`argument d*achat
portée : portée a gauche (<1) etiou portée a droite (_:›). ainsi dans ce fragment
de La Trilrune de Geneve en Fopposant aux autres journaux. On peut égale-
d`un poeme de Guillaume tltpollinaire (Poemes il Lou XII), qui combine
ment parler ici de stratégie de (fausse) modestie: énoncer le syllogisme
exemplairement un connecteur (S1), un organisateur énumératif (ET) et un
pourrait paraitre prétentieux dans le contexte protestant de la u Cité de
organisateur temporel (PUIS) :
Calvin :›› 1
T45 S1 je mourais lit-bas sur le front de l“armée [Si p >
--- Références et lectures conseillées* Tu pleurerais un jour il Lou ma bien aimée [q
ET PUIS mon souvenir s“éteindrait comme meurt -:Et puise- q'
-Charles EnLL'r: Traité de s*i_vlis*tique ji*ançaise, Geneve-Paris, tÎlcorg-lEí.linek-
Un obus éclatant sur le front de 1'armé-e q` (suite)
sicck, voi. l, 3” éd., (1909) 1951 : § 265-269.
- tri na l3u|_Lt=.s.'r 1 -s (ln a Condition oI` the Coherence of Texts ss, S.«:*ntiotit*n 2-l"v', Un bel obus semblable aux mimosas en fleur. [...] q` (fin)_||
La Haye, Mouton, 1920 : 335-363. La portée du connecteur Sl s'étend sur les cinq vers : [S1 p (v. 1) 1:- q (_v. 2) :-
-Lucien Ct-tuttcltl : u L`ellipse comme facteur de cohérence e, Langite_lrançaise qi (v. 3-4-5)]. En revanche, ET PUIS nlarticale que les propositions q et q` :
39, Larousse, 1928 : 18-128. [q -*-: ET PUIS :=~ qij. On sent bien toute la différence entre le SI hypothétique
- Uswald Ducnor : u Présupposés et_sous-entendus (réexamen) a. .5'trate'gie.r .-:ii.s- introducteur de protase fictionnelle it l*impart`ait (p) et annonçant ttne apodose
cursi1*e.v, Presses universitaires de Lyon, 19'?? : 33-43. au conditionnel qui s”étend sur q et q`, et liorganisateur énumératif et tempo-
* - Pierre Fonrrnrstert : ilesfigures du o'isconrs, Paris, Flammarion, 19?? (1830). rel ET PUIS dont la fonction est plus additive qu`argumentative.
- Histoire. Épi.s'ternologie. l.artgrtge : -u L`el1ipse grammaticale. Études épistémo-
Les emplois et la fréquence des connecteurs varient selon les genres de dis-
logiques et histoiiques e, tome 5, fascicule l, Presses universitaires de Lille, 1983.
cours. Les textes juridiques, par exemple, integrent tres peu de connecteurs
- Catherine Kuuuturi'-Uueccl-tion: : iiflinplicite. Paris, nt. Colin, 1986.*
comparativement aux genres de Fargumentation (Sabatini 1990). Le fonction-
nement des morphémes de connexion varie également en l`onction des types
de mise en texte 1
1 18 la linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 119

[lans un texte narratif où la succession chronologique est relativement simple, son producteur (le ptitissier d“`Yvetot). La longue phrase qui décrit la piéce
la succession des énoncés suffit souvent ii figurer le déroulement chronologi- montée est articulée en trois parties, marquées ii la fois par la ponctttation et
que, sans qulil soit nécessaire d`utiliser massivement des connecteurs tempo- par des organisateurs spatiaux (u A la base u, -x au second étage s›, -s sur la
rels. lvlais dans un texte argumentatif ou descriptif, la complexité du référent plate-forme supérieure si et -u au sommet s). Le plan de texte de cette phrase-
|
impose iiemploi de connecteurs appropriés. Dans le texte descriptif, les séquence descriptive est le suivant :
connecteurs permettent d“organiser linéairement la simultanéité des éléments
T
d*un tableau. Dans un texte arglimentatif, ils servent a mettre en évidence les l À la au second étage [;] sur la plate-l`orme supérieure [,]
relations entre les arguments et contre-arguments, entre la these propre et la
BASE lil au SflllrIl'v”Ilil'l` [.]
these adverse.
(Riegel et alii 1994 : 623.) ' Organisateurs temporels (alors, tl'ai:›-orti, en.suite, (et) puis, depuis, apres,
Les textes descriptifs contiennent. moins de connecteurs tu*gumentatifs 1 la veille, le lendemain, trois jours plus tar¢i...).
lorsquiils renvoient ii un univers précon struit que lorsqu'i1s construisent une
représentation nouvelle ou insolite. Dans ce cas, ils en contiennent ii peu prés
autant que les textes argumentatifs et explicatifs. En revanche, dans tous les
1 T4 iliyant teirassé lialiicheur tlichille, ils le tirérent sur toute la longueur de la
passerelle dlililfonville, PUIS le précipitcrent.
(Fénéon.)
cas, les descriptions contiennent généralement beaucoup d`organisateurs tex-
T4? l]'.étBüRI), on étrangla lvlme Earbero, de Saint-.fltndré-Pradel, prés lvlar-
tuels et de fréquents marqueurs de refomiulation en clôture de séquence seille, PUIS on mit le feu tt ses habits pour donner le change.
(Àdam 1990 : 143- 190).
(Fénéon.)

5.1. Organisateurs textuels I* Grganisateurs éttumeraafs déeoupant et ordonnant la matiere textuelle en


combinant parfois cette valeur d°ordte avec une valeur temporelle. Il faut dis-
Les organisateurs jouent un i'i':`ile capital dans lc balisage- des plans de texte tinguer les simples atitlitiji: (et, ou, aussi, ainsi que, avec cela, tie méme, ega-
(chap. 6, § 1). Un peut distinguer ceux qui ordonnant les parties de la repré- lement, en plu.s...) et les marqueurs d“'intégratioa linéaire" qui ouvrent une
sentation discursive sur les axes majeurs du temps et de Fespace et ceux qui série (fl'urte part, .-:'l'ait.ortl, premierern.eti.t, en premier lieu, ri 'un ctÎ*te...'),
structurent essentiellement la progression du texte et l`indication de ses diffé- signalent sa poursuite (ensuite. puis, en secoiu:l lieu, et...) ou sa fermeture
rentes parties. (iiirtutre part, enfin, de l lautre, en rlernier lieu, et, c'est tout. pour terminer, en
* Organisateurs spatiaux (it gauciteia droite. tlevtintitlerriere, fau-) tlessust' conclu.-tion...). 'Dans T46, la série complete : D”.4BORD... PUIS... ET
.-ziessous, plus loin, ¿l"un c'otér'rlc l 'autre. etc.J. iftinsi dans la célébre description ENFIN est plus énumérative que temporelle. Cln trouve une structure identi-
de la piéce montée de lriadarne Bovary : que-, mais plus purement énuméi'ative dans la publicité automobile Mitsubishi
T46 Un avait été chercher un pâtissier ii Yvetot pour les tourtes et les nougats.
l T48, qui comporte, en plus, un organisateur conclusif BREF qui opere une
synthese et differe en cela du ET ENFTN qui ne marque, lui, que la fin d”unc
Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses ; et il apporta, énumération :
lui-méme, au dessert, une piéce montée qui fit potissar des cris- et Lit
BASE, rfnnouo c"était un carré de carton bleu figurant un temple avec T48 rxieito. Llxtirivrtinu sims itnon*i*iítns:s.
portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour dans des niches À chacun le Pajero correspondant ti ses exigencesl Par exemple le Parejo
consteliées dlétoiles en papier doré ; Puis se tenait au slttïonm Ér.-t.tst+: un Metal : DUEBHRD un systeme de transmission Super Select unique, alliant les
donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angéli- atouts de la traction intégrale pcrriiancnte ii ceux de la traction enclenchable.
que, amandes, raisins secs, quartiers dioranges ; er rtt~ntit~t, sun La PLATE- PUIS un moteur répondant ii toutes vos exigences: un quatre-cylindres puis-
ittilttvtit s'uPÉit.tEUmt, qui était une prairie verte où il y avait des rochers sant, un brillant V6 ou un turbo-diesel sobre et infatigable. ET El'\1li`ll'*l un équi-
avec des lacs de confiture ct des bateaux en écales de noisettes, on voyait pement imbattable : direction assistée, jantes en aluminium, pneus extra-larges.
un petit Amour, se balançant is une escarpolette de chocolat, tient les deux - BREF, tout ce qui demie une dimension supérieure au 4x4 ! [...].
poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturelle, en guise de
boules, i1ltU S{.}l'vll'v'i li`.T. I* Le passage d`un objet du discours ii un autre est souvent souligné par des
(Flaubert.) marqueurs de changement de topicalisation comme quant ti ou en ce qui
La combinaison diorganisateurs spatiaux et temporels a pour but d`aider le
lecteur ti construire un tout cohérent. Les deux premieres phrases typographi- l I. Gilbert Turco. lltanielle Colticr: u Des agents doubles de l"'organisatiun textuelle, les mar-
ques mettent la piéce montée en relation avec le repas (u au dessert x›) et avec queurs d'intégration linéaire s›, Pi'atir,nre.t 52, 1988 : 5?-T9.
-1.
120 La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 121

concerne. Ces organisateurs jouent un rtile important dans le soulignement T51 FCHJTBALL ' Liinternational lvlichael [hvcn (24 ansiLiverpool) va
d*un plan de texte et la structure dlune argumentation, mais leur valeur argu- signer au Real lvladrid. Les modalités du transfert ne sont pas connues.
EN REVANCHE, le français Pauicl: vie-ira ne portera pas la tunique
mentative propre n`est pas en cause. Ils ordonnant seulement les parties diun
blanche du Real lvladrid. Il a annoncé quiil restait fidele ii Arsenal.
texte donné. Ainsi dans T14, comme on l`a vu au chapitre 2 (§ 33), apre-s le (AFP, 14.08.2004.)
marqueur diintégration linéaire ITAIBORD et le marqueur de cliîlttire de sa
portée VGILA POUR L“ALLIJRE, le passage ii l`autre unité est souligné par 'I L`importance des marqueurs tl'illustration et .ffexempltfication comme
CÔTE TEMPÉRAMENT comme un changement d“objet et le passage au par exemple, notamment, en particulier, comme, entre autres et ainsi, est
deuxiéme point annoncé : trop souvent négligée. Leur fonction est d`introduire des exemples en don-
nant lt liénoncé un stattit cl'illustration diune assertion principale. Le mar-
T14 La lvlanta. queur signale qulun élément seulement a été retenu dans un ensemble. Une
De l`allure. ET du tempérament I
lvlanta. Le coupé qui a la cote : le favori en Europe. Ce niest pas par hasard l
liste existe explicitement (voitures de mode-les diffé-rent.s pour T48 et. T50,
Il y a ITAHIJRD sa ligne racée, incomparable. Crriice a elle, la lvlanta se déta- énumérées dans une autre partie du document publicitaire) ou implicitement
che du peloton des autres voitures. YGILA PCIURl*a1iurc. (parmi les c-ritiques formulées par John Kerry, le journal n`en retient qulune
CCITÉ TEMPÉILAMENT, voyex plutbt les performances de la nouvelle en T52) :
lvlanta i240 avec son fougueux moteur ii injection [_ _ . ]. T48 A chacun le Pajero correspondant a ses exigencesl Par exemple le
Dans T25 et T49, QUANT A(U) signale le passage a une autre personne : Parejo lvietal : Dlabord un systeme de transmission Super Select unique,
alliant les atouts de la traction intégrale permanente a ceux de la traction
T25 Un cabriolet fait une chute dc 160 metres enclenchable. I_...]
ACCIDENT ' Suite ii une sortie de route hier matin entre le col de Fûberalp et
Sedrun (Grisons), un cabriolet a fait un plongeon de 160 metres. Blessée au dos, T50 [. . _] Quant ii l"`Astra Cabrio, tout dans son équipement complet est conçu
la passagère a été hélipertée ii l'l-[6pita1 cantonal ii Coire, a coiiuiiuiiiqué la police pour votre- détente. Ainsi le modele Diamond par ex. vous propose un
cantonale griscnne. QUAl"~l'l` AU conducteur, il n'a été que légérement blessé. moteur l.Si l6"v' (1 15 ch), l'ABS, 2 airbags full sire, une capote élcctr-,
(AP, 14.08.2004.) Fintérieur cuir, la climatisation, des jantes alu et bien plus encore. [. ..|

T49 GUIJF * Lilrlandais Darren Clarke a pris la téte de FUSPGA ii l`issue T52 Plan Bush critiqué
du premier tour sur le parcouxrs de Whistling Straits. Il a rendu une carte de 65, CINCINNATI * Le candidat démocrate Êt la l'vlaison-Blanclic John Kerry
soit 'il sous le par. QUANT A Tiger Worids, il a vécu un cauchemar, bouclant a vivement critiqué hier le plan de redéploiement des troupes américaines
son parcours en T5 (l04" place). annoncé par George W. Bush. ll a notamment fait référence ti la menace
(S1, l4.ll8.21ltl4.) que représente la Corée du Nord.
(AP, 19.08.2004.)
En T50, en revanche, QUANT A signale le retour ii l`ehjet du discours prin-
cipal de cette publicité automobile Opel : ivlotumment attire l“attention sur un élément d“un ensemble ici sous-entendu
(les différentes critiques)'f.
T50 xsrax cxsmo
Chambre double et petit-déjeuner inclus. 5.2. Marqueurs de la portée c1'uoe prise
SI vous réver ii la fois d”'un Cabrio particulierement élé-gant et de passer quel-
ques jours dans le stid, ii profiter du soleil, nous avons exactement ce qu`i1 vous en cl1e.rge énonciative
faut : Upci offre ii totit. acheteur' dlune nouvelle Astra Cabrio mise en circulation
Nous avons longuement abordé, au chapitre 3 (§ 3, p. T0-T3), ii propos de T5,
entre le 1” mai et le 30 juin. un vveclt-end ii Locarno pour deux personnes
(chrunbre double et petit-déjeuner) a la date de votre choix dans un établisse-
de T15 et de T16, la question de llattribution d'une portion de texte a un point
ment tout confort. l`l-letel Belvédere****“. Q1iAl'*i'l` A l“Astra Cabrio. tout dans de vue (PdV). En T30, le journaliste-écrivain place sa bréve sous la dépeii-
son équipement complet est conçu pour votre détente. Ainsi le modéle Elia- dance du Pd'v" de la mére de l`enfant :
inond par ex. vous propose un moteur l.8i 16v (115 ch), l“Al:lS, 2 airbags full
sixe. une capote- élc-etr.. l`intéricur cuir. la climatisation. des james alu et bien
plus encore. [...|
En T51, le marqueur d“opposition EN RE`VAl\lC'l-IE est utilisé pour signa- 12. llaniéle l3ourcier et Sylvie Bruxelles: -x liiterprétation ct formes linguistique. Emploi de
ler, ii la fois, le _cbangcmcnt d`objct du discours et Fopposition de la situation l\it`lTAlvl1vlEhlT ri, ERA 430, Pari s, CNRS. 1983 : 51'-T9. voir également : l'*»licole liriend :
des deux joueurs : u L.`illustration ct son marquage rr. Pintiques 51', lvlctr. 1988 : 45-56.
-\_
-1.
122 La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 123

T30 SELUN la mére du petit l'vloui'eau, de ivlaubeuge, une bonne de 16 ans, De combien de soupirs inte-rroinpant le cours
lvlarthe Delvaux, a tenté d”cmpoisonner cet enfant idiot. Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours 2
(Fsnsnn.) Quel tourment de se taire en voyant ce qu”on aime-,
De- Fentendre gé-mir, de liafflige-r soi-méme,
En T53, le fait décrit en Pl est interprété selon deux Pdlv' divergents : celui v. 1005 Lorsque par un regard on peut le consoler l
des protagonistes en P2, et celui de u on za, c°est-il-dire vaguement ii la fois la Mais quels pleurs ce regard aurait-il fait couler !
police et les journalistes en P3, sans que l`énonciateur précise siil fait ou non AH I dans ce souvenir, inquiete, troublée,
partie de cet énigmatique -u on u : Je ne me sentais pas asse:-1 dissimulée.
De mon front effrayé je craignais la päleur,
T53 Robin et Cugnein ont été ramassés blessés, ii "v'ersailles [P'l]. victimes
v. 1010 .1 e trouvais mes regards trop pleins de ma douleur.
dlune agression, lÎ.'ll'SEl"*lT-.ILS [P2]. Duellistes au couteau, CRUIT-D151
Sans cesse il me semblait que Héron cn colére
[P3].
lvle venait reprocher trop tie soin de vous plaire,
(Fénéon.) Je craignais mon amour vainement renfenné,
On parle, a propos de selon, a“apri.'s, pour, de source .rr'ir'e. et des indica- Enfin, j'aurais voulu n'avoir_jamait-i aimé.
teurs métonymiques de type a Bruxelles, au Parti Socialiste, e-tc., de mar- v. 1015 1-IÉLAS l pour son bonheur, Seigneur, et pour le nfitre-,
queurs de cadres médittnfs ou de sources du savoir. Ces marqueurs signalent 11 niest que trop instruit de mon ctcur et du viitre 1
ALLEZ, encore un coup, cacher.-vous a ses yeux :
qu”une portion de texte n`est pas prise en charge (sa vérité garmitie) par celui
lvlon crcur plus ii loisir vous éclaircira mieux.
qui parle, mais médiatisée par une autre- voix ou Pdv_ Les sources des divers De mille autres secrets j`aurais compte ii vous rendre-.
savoirs que véhicule un texte sont ainsi localisée-s et différenciées (méme si
les marques de fin de cadre ne sont pas toujours faciles ii déceler). La segmen- L`oral oratoire qui pénètre ce poeme dramatique de litige classique frtuiçais
tation typographique, les temps verbaux et le recours ii des c-ormecteurs con- explique le fait qu'aux connecteurs (soulignés en gras) slajoutent des particu-
cessifs sont des moyens courants de signaler un cadre éneneiatif. les exclamatives (Ali i, Ht-Îias i) et phatiques (Aller) dont le riile est de décou-
La catégorie importante des marqueurs de refermulatien souligne, en un pe-r la tirade en blocs de vers dessinant un plan de texte (chap. 6, p. 183 sq.).
certain point du texte, une reprise méta-énonciative qui est souvent une modi-
fication de point de vue (_c*est-ri-dire, autrement dit, [Nil c'estr's'appelle [un 5.3. Connecteurs argumentatifs
N22, en un mot, en tl *au-tres term.es. _ .) ctlou elle associe ii cette i'eprisc un mar-
quage comparable ii celui des marqueurs d*intégration linéaire conclusifs Les connecteurs argumentatifs associent les fonctions de seginentatioo, de
(.l:-*ref en somme. fbtaierneii-t, en de compte, au forid, tout compte fttit. prise en charge énonciative et diorientation argumentative des énoncés. Ils
somme toute, en résumei, en conclusion, pour tout dire, en rertlite, enfait, de déclenchent un retraitement d`un contenu propositionnel soit comme un argu-
fait, enfin... ; auxquels on peut encore ajouter: apres tout, en tout cas, de ment, soit comme une conclusion, soit comme un argument chargé d`étayer
toutejiïtçon, de toute rnaniere)'i. ou de renforcer une inférence ou encore comme un contre-argument. On range
dans cette catégorie aussi bien les argumentatifs et concessifs (mais, pourtant,
A ces marqueurs, il faut ajouter les marqueurs de structuration de la conver-
cependant, certes, toutey°bis*, quand meme...) que les explicatifs et les justifica-
sation (oon, lien, pis, alors, etc.) et autres phatiques (nr sois, tu vais, eult, etc.)
tifs (car, parce que, puisque, si - c'e.st que...), le si des hypothétiques réelles
qui, en les poncruant, jouent un role important dans la structuration des textes
et fictionnelles, le quand des hypothétiques réelles et les simples marqueurs
oraux. lls sont proches, de ce fait, des organisateurs textuels, mais l`ora1ité leur
d`un argument (me`me, d'ailleurs, de plus, non seulement...).
donne une tonalité énonciative et interactive plus marquée. Pour rester dans la
cohérence du présent ouvrage, considérons un écrit 1`ait pour l*orali_sati_on, une L”association d'une composante argumentative et d“une prise en charge est
tirade- (acte III, scéne 2, vers 998-1019) de lunie, dans Britannicus de Racine sensible, par exemple, dans le role du connecteur puisque du début d“une
(texte écrit en 1669, dont nous reprotluisons 1`édition de 1692) : chanson d ` Eddy lvlitchell li :

T54 Il fallait me taire et vous sauver. T55 Ciest pas perdu [él] puisque tu mlaimes [é2]
Combien de fois, HELAS l puisqulil faut vous lc dite, En appuyant él sur a puisque é2, l“énonciateur présuppose un état antérieur
v. 1000 lvlon creur de son désordre allait-il vous instruire 2 de l"interaction dans lequel son interlocutrice aurait dit ou laissé entendre un
-u je t`aime x- correspondant à é2, et il lui attribue la reconnaissance de la vérité

13. l`abordc longuement cette catégorie de marqueurs en proposant une approche textuelle de la
re1'ormu1a1.ion dans Adam 1990: 120-190. et Étui-s .iasiiitu sau aussi issu : est-ast-

L,___ .
.ph __.,__ `_ 1 Za, La linguistique textuelle Tvpes de liages des unités testuelles de base 125
-t.

de é2 (dans le sens diun puisque ru te uis}. La proposition puisque p (eZ) est Rega s'était préventivement posé .it prosimité, il-'[rlLIS ciest en aruhulance
un coup de force énonciatif et argumentatif qui rend possible liassertion (él) que le garçonnet a été emmené it l`Hé›pital du Samaritaiu, a Vevey. Il est
TDUTEFUIS décédé peu apres son admission des suites de ses blessu-
de la cone.-'Îusíon q : -a (Test pas perdu s, théme la chanson Le cini.eu`ere des
res. La maman, une Suissesse, a été mise hors de cause par la police. L. _ _]
e'te'phunts'. Être supposé avoir admis la proposition p (é2) place l`inter1ocuteur
dans l'oh]igation d' admettre non seulement sa validité dans la situation (aimer T13 Dans le lac d'Anuecv, trois jeunes gens nageaient. L"un, Janinetti, dispa-
je) mais la validité de ce que Fénonciateur a choisi d`en faire découler: rut. Plongeon des autres. lla le ramenérent, Mtltlfi mort.
u (Test pas fini entre nous s- (él) et donc -s Tu nias aucune raison de me (Fénéon.)
quitter ss. Un peut considérer puisque comme un connecteur polyphonique T20 ZURICH
qui permet de laisser entendre la vois (Pdï) du destinataire visé par liargu- Cosmopolite
mentation. ET PUURTAHT
En simplifiant, on retiendra quatre grandes catégories de connecteurs : typiquement suisse.

' Connecteurs urgurnentunfir ruurqueurs de tiurgunsent : perce que. puis~ ' Connecteurs contre-urguntentutrfs rnurqueurs diun urgurnent fuitite :
qu.e, eur, en efier, cornrne, mérne, d'uit.ieur.r, etc. certes, bien que, nsutgré, quoique, etc.
Avec une valeur de justification et d`esplication : T5 BIEN QUE la rue soit trés passante, le corps du hamhin n`a été heurté
T46 Un avait été chercher un pâtissier ii Yvetot pour les tourtes et les nougats. par aucun véhicule.
Cühffilrîlfl il rlébutait dans le pays, il avait soigné les choses ; et il T61] PFL'-'l.LGRÊ gendarmes, policiers et militaires, un incendie a fait pour
apporta, lui-méme, au dessert, une piéce montée qui fit pousser des cris.) SUD Uüfl francs de dégâts dans un héltel d'E1heul`.
{Fénéon.]
T56 P.flLRCE QU *il préfére le drapeau hlane, Iví. Loas, maire de Plouéaec,
en avait lacéré un t.ricolore, et on l`a révoqué.
(Fénéon.) 5.4. Lecture d'un péritezr-rte journalistique <l>
Considérons le titre dion article joumalistique et la légende de la photo qui
T5? MÊM E une petite tirelire peut s'offrir un Waterman.
liaccompagne. Ces unités périte:-ttuelles diun article du Nouveau quotutiert
T58 Croc*Gale-tte. Un en tnangerait tout le temps avec n"'importc quoi. (24 mai 1994] sont des unités linguistiques complètes (méme si le tout est cons-
l]*a.ILLEURS ciest fait pour ça. titué par un ensemble complese : article, titre et chapeau (T61), photo, légende
{Ful:-licité Heudebert.) de la photo (Tf›2}, signature, intertitre, indication de rubrique).
avec une valeur diopérateur de construction de monde 1
Ttil SI les sportifs de l'e:-ttréme se vendent,
T38 SI les poissons pouvaient parler ils vous conseilleraient l*l"r'KRU. [ÎiI*lST PUUR gagner leur liherté.
Invités de l“école de management ct de communication de Vemier,
T45 SI je mourais la-bas sur le front de liarmée Sébastien Bourquin, Éric Escoftier et Dominique Perret évoquent leurs
Tu pleurerais un jour Ô Lou ma hieu aimée. défis, et le pris a payer pour vivre des sensations fortes.

*Connecteurs urgurnentut1`j"s ruurqueurs de tu conclusion : donc, utors, Le chapeau est de toute évidence a dominante informative et il tranche avec
pur rronsequent, etc. Cest, hien sûr le ERGO-lItONC de e. JE pense DONC Je le titre, qui adopte, lui, une forme dienchainement esplicatif : [SI énoncé p
suis ›:› et le ALURS de liapodose des hvpothétrques : -=: EXPLICATION > (TEST POUR énoncé q]. Les énoncés de ce type ont la
T59 Si vous pensee que pour miens grimper, la souplesse, la légereté, lafl résis- propriété cle supporter la transformation [C*EST {PUUR } q QUE p] :
tance et Festhétisme de vos cordes et sangles comptent... ALURS don- e CEST PO LJR gagner leur liberté QUE les sportifs de l`e-ïttréme se
nee-vons les atouts dn plaisir de la grimpe avec Rlïüflï-.lD.*åHNY. vendent s. Cet ordre régressif : [SI p cc c`est pour que q] est caractéristique
de la structure explicative : p est vrai [tes sμor't.tfs de t"e.rtrérne ont iresutrt de
* Connecteurs coutr*e-urguruentutiffs rnurqueurs diun urgunrent fiort : eorrtn1unrfitrríre.r et rtonc se ven.rient,ï, rn.-::u'.r pourquoi Ê' Furce que q [peur
mrus. prurrtnnt, néunrn.oins, cepeudurtt. ffiifffld ttt-*3H'Iff. E1152 gugner teur tieerrej. Le mouvement inférentiel part de l`indice-fait observé
T5 Les secours sont arrivés tres rapidement sur place, ct le médecin a tenté de tp) pour remonter 'a la causetraison {q_}. Le conte:-tte que construit l“énoneé [SI
ranimer l'enfant pendant prés de trois quarts d heure. Un helicoptere de la p] appartient au monde qui est le nilrre, un monde économique assez prohlé-
-r-
1Zti ia linquistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 12?

matique pour générer des inférences éthiques négatives. Comment les alpinis- prétant est invité a tirer cette conclusion de [éli] -ip). CERTES souligne un pre-
tes et sl-cieurs de haute montagne peuvent-ils abandonner leurs valeurs et la mier mouvement d`adhésion il l'enchainement [éli CERTES p :*.-›-.':=- donc :=-:-
gratuité fondamentale de leur action T' Ce contexte niest que momentanément conclusion C]. Le connecteur MAIS renverse cette premiére logique en intro-
reconnu [c`est vrai que p les .sportifs se vendent] pour mettre plus liaccent sur duisant un nouvel argument [é4}, qui mene a liassertion-conclusion (non-C)
Fénonciation de la causeiraison (q). L`énoncé tq) réintroduit une valeur donnée dientrée [éfil et qui réfute ainsi le point de vue de l“opinion commune
positive : lu liberté, qui résout le probléme sous-jacent. Ciest diailleurs ainsi adverse {PdVl}. ljensemble de cette argumentation repose sur ttne dissocia-
que se termine liarticle : tion de la notion de e skieur extréme a selon deux points de vue antagonistes
('Pd`v'l et Pd`v2}. Commencer par la négation [é2] permet de placer la refor-
Liberté, mot clé pour lui comme pour ses compères. Parce qu*avec le risque, mulation de la notion de e skieur extréme s en téte du mouvement et de rendre
elle constitue l`essence méme des sports extrémes. Et justifie tout liintérét des identifiable la conclusion C que l`interprét.ant doit tirer de CEI-<`tTES é3. Ce qui
sponsors en quéte de sensations fortes pour letus produits qui, paradoxe, cn
manquent parfois cruellement.
vient en demier dans la dynamique du schéma 13 est placé en téte dans
l`énoncé-texte :
La légende de la photo présente un troisieme énoncé fort intéressant :
Tti2 Dominique Perret, skieur extréme : e Nous ne sommes pas des kamikazes Schéma 13
suicidaires : CERTES, nous pre-nous des risques, l"vIAIS ils sont calculés. is
Proposition p MMS Proposition q
Cet énoncé est tiré du rédactionnel de liarticle : -ir nous prenons rr ils sont calculés ››
(4 des risques =› é3 é-4 X
Cela ne correspond pas du tout it ce que l`on fait, s`exclame Dominique Perret.
Le terme [extrérne] est exagéré: alors, tout ce qui sort de la norme serait F'd'v"2
P-:N1 assertion
extréme. Nous ne sommes pas des kamikazes suicidaires: CERTES, nous .assertion assumée
prenons des risques, MAIS ils sont calculés pour la pluprut. Nous essayons concédée [t_~.=E2}
-lI Il"l'lfl
d'éliminer les dangers, en nous préparant au mieux. Dn ne pourrajamais domp- il-=*E1i E Drientation
ter completement la nature. 5 argumentative
Dans un mouvement de réfutation des termes du débat auquel le sportif était Conclusion C Conclusion non-C é2
invité a participer (rr Sponsoring et médiatisation: l“aventure des sports rr les skieurs de l`extreme ›› ri nous (skieurs de Fextrémel
[sont ciesl ne sommes pas cles
extrémes re), te locuteur argumente dans un énoncé assez complet pour étre -=< kamikazes suicidaires ›› kamikazes suicidaires ›=
isolé en légende de photo et qui, précédé d'un énoncé attributif de parole,
forme une organisation périodique assez élaborée pour constituer une
séquence argumentative élémentaire (voir chap. 5, § 4.2).
Dans le mouvement argumentatif souligné par les connecteurs, le lien entre
La structure propositionnelle de la légende de la photo est décomposable arguments et conclusion est rattaché a un systéme de normes. Le propre diun
conmie suit (notons la suppression de la restriction : pour tu ptupurr) : systéme de normes est de relever dion certain univers de sens attribuable a un
T62 [él] Dominique Perret, sl*-rieur extréme : -s [é2] Nous NE sommes PaS des ou des énenciateurs. Un connecteur signale un point de vue énonciatif (Pd"v'}
kamikazes suicidaires: [é3] CERTES, nous prenons des risques, léffll et le degré de prise en charge par le locuteur (L) des énoncés attribués directe-
l'vI.¿ltIS ils sont calculés. s ment ou non a des énenciateurs (El, E2). Le connecteur CERTES signale
diabord la logique diun premier point de vue (Pdvl), attribué a un énoncia-
L`énoncé de régie [él] ne se contente pas d`attribuer le discours cité, il attri- teur El dont le locuteur se distancie par la modalisation tu on pourrait croire
bue it liénonciateur une qualification qui va étre retraitée. Les propositions que s : L - El). Le locuteur adhere, en revanche, ii [é2] et a [éd] [PdV 2 : L
énoncées sont unies par les connecteurs CERTES et lvl.-fll.IS et un signe de = E2).
ponctuation. Entre ponctuation et connecteur, les deux points .r':r' signalent un
lien conjonctif sans connecteur. Le CERTES qui suit les deux points souligne
que léfi] (nous prenons des ri.rque.s} est ttn fait et un argument pour une
conclusion sous-jacentc a la négation de la proposition précédente : on pour-
ruit {u'r.in.c) croire que e nous [...] sornntes ¿"...,i des kumikuees s (C). Liinter-
l2El La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 129

5.5. Fragment 128 des Coroctères de La Bruyère rr:-fl-:-› Î Références et lectures conseillées*
[A] L`ou voit certains animaux farouches, des males et des femelles répandus - Jean-Michel Aotuvl : e Essais de pragmatique textuelle : organisateurs et
par la campagne, noirs, lividcs et tout brûlés du Soleil, attachés il la terre qu`ils connecteurs s, Éleinents de linguistique textuelle, Bruxelles, l'-tlardaga, l99tl.
fouillent, et quiils remucnt avec une opiniatreté invincible ; [B] ils ont comme - Michel C1-taRoL.LE.s : e L* encadrement du discours. Univers, champs, domaines
une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face et espaces s›, Colliers .cle Recherche linguistique é, Université de Nancy 2, 199? :
humaine, et EN EFFET ils sont des hommes ; [C] ils se retirent la nuit dans des
1-T3.
tanières où ils vivent de pain noir, d`eau, et de racine: [D] ils épargnent aux
autres hommes la peine de semer, de labourer et recueillir pour vivre, ET méri- - Dsvvald DUcaoT : Les rnots riu discours, Paris, l'vl_inuit, 1931.*
tent AINSI de ne pas manquer de ce pain qulils ont semé. -Zlatl-La Guutrrcltuva (éd.): Lienonciution médiatisée, Louvain-Paris, Peeters,
1996.
Ce texte adopte un dispositif énonciatif qu`on peut dire e objectif s~ au sens -Longue frunçuise S1 : u Strncturations de textes : connecteurs et démarcations
où les traees de la subjectivité sont gonmiées. Le segment [A] est entièrement * graphiques a, Paris, Larousse, mai 1989.
sous la dépendance du Pdlil de ON. Le segment [B] amène une progressive -Lunguefrunpui.re ll`.i2 : u Les sources du savoir et leurs marques linguistiques ss,
transformation de cette perception et, il la fin, le connecteur reformulatif EN Paris, Larousse, mai 1994.
EFFET recatégorise le référent et modifie ainsi le Pdlvll de DN en un PdV2 - lltlarie-Annick IviottEL : Lo concession en frrtnç.-:.tis, Crap-Ptu*is, Uphrys, 1995.*
du Locuteur : ces uninsuux [_ . . ,l sont des liornrnes. Remplaçable par Fadverbe - Henning Not.xs : tt Pour un traitement modulaire de la syntaxe transphrastique ss,
ÎEFFECTIVEMENT, le connecteur EN EFFET introduit la confirmation de 'lferliunr XXIV, l-2, Presses universitaires de Nancy, ZUUÊ I l'l9-192.
l`isotopie humaine déclenchée par les lexèmes voix urt*icu.ie'e, piefls et fiztce - Corinne Rossttnt : Connecteurs et relations de tiiscours _' des liens entre cogni-
humaine. Ce qui est dit sous la portée de EN EFFET, en position de chute de tion. ct .vign.ific.otion, Presses universitaires de Nancy, Èlilllfl.
B, infirme PdVl de UN. L'affirmation porte sur la réalité effective du monde - Francesco SasaTn*~II 1 Le coirununicuzione e gli usi tielln iingun, Torino, Loes-
(c”est le sens étymologique du connecteur). Aucun locuteur ne prend explici- cher, l99tl.
tement en charge ce nouvel état de la réalité, présenté comme vrai. Le locu-
teur-énonciateur support du Pd`lv"2 (tt ils ss sont des honunes = le mème,
cenune les autres honunes, comme nous) se dissocie du Pd"v"l de DN (tt ils si
sont des animaux = altérité). Le moraliste, bien quien retrait, est présent `a
travers l“assertion d`énoncés posés comme vrais et dans la mécanique tex-
tuelle du dévoilement progressif dlune réalité que ON était initialement inca-
pable de voir.
Comme on l`a dit plus haut, le segment [C] semble faire régresser la repré-
sentation par un retour au Pdlll. La présence du lexème tuniere, qui connote 6. Chaînes d'actes de discours
un logis animal, et le mode di alimentation des itornntes en question jettent un
doute et font osciller la représentation entre humanité et animalité. Le syn- 6.1.' Le texte comme structure hiérarchique cl'actes
tagme nominal de [Di] (uutres ltornrnes) confirme le Pdliî introduit it la fin
de [B] et la pointe finale va dans un sens qui apparait alors comme assumé, en Un texte nlest pas une simple suite d`actes d`énonciation possédant une cer-
dernière instance, par le moraliste signataire du recueil. Le connecteur ET taine valeur ou force illocutoire (comme on l'a vtt au chap. 3, § 5), mais une
AINSI du dernier segment est proche diun DDNC ou d“un DE CE FAIT. Il stmcturc d`actes de discours liés. Le principe de cette structure hiérarchique a
soul igne que la proposition p est un argument pour la conclusion q qui suit ET très tét été envisagé par E. Roulet (1985) et par D. "v'iehvveger :
AINSI. Cet argument est présenté comme soutenu par une règle causale évi- Les analyses concrètes montrent que les actes illocutoires qui constituent un
dente, qui devrait suffire. La conclusion étant construite sur une négation (NE texte forment des hiérarchies illocutoires avec un acte illocutif dominant étayé
PAS rnonquer) laisse entendre que les paysans manquent de pain et sont loin par des actes illocutoires subsidiaires [_ _ .].
de manger it leur faim. ljargumentation devient ainsi dénonciation de la (l99[l : 49.)
misère du pettple des campagne réduit it une injuste animalité.
Viehvveger reproche aux grammaires de texte de ne pas saisir la structure
actionnelle des discours. Il insiste sur le fait que les actes de discours
identifiables sont, par Finterprétation, e rattachés les uns aux autres pour
réaliser des objectifs complexes s (1990 : 48), constituant ainsi des
-'
l 3lI.i La linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 131

e structures illocutoires s~ dont il note qu`elles rr se trouvent dans un rapport assertifs-constatifs sont reliés par un acte englobant de concession, marqué
systématique avec des structures globales de textes (par exemple structures par la censistent restons ; az-canuatir eonnrg concessive-s .ss-
de textes argumentatifs, descriptifs, narratifs, etc.) s (id.). D. `v'anderveken Coustatif. Sur cette structure concessive, viennent se greffer, diune part, ttn
souligne, lui aussi, cette dimension textuelle des actes de discours : tt Sur le acte Expressif (A1), qui porte sur A3, et, diautre part, un acte Déclaratif qui
plan de liusage du langage, ce sont des actes illocutoires complets (et non prend, lui, la forme du perfermatif (A4) explicite et qui, rendu possible par
pas des propositions isolées) qui sont les unités rie .buse tie lu signification A3, porte sur A2. Le connecteur MALGRE signale que la proposition p-A2
da.ns la poursuite du discours (qulil soit oral ou écrit) si .(1992 : 61). Dans est un argument faible par rapport a la proposition q-A3. La proposition p est
un article où il esquisse une approche du discours et un élargissement de la un argument pour une conclusion non-q, mais la proposition q liemporte
tt logique illocutoire s, il déclare très clairement: tt Un véritable discours (argument plus fort) et rend ainsi possible le perfermatif de cliiture A4. Cette
est bien plus quiune simple séquence finie d“act.es illocutoires. Il a une structure hiérarchique diactes peut étre ainsi résumée :
structure et des conditions de succès qui lui sont propres et qui sont irré-
ductibles ir celles des actes illocutoires isolés qui en font partie s (l99't' :
fel). Searle et lui-méme reconnaissent qu'il faut e. distinguer dans un dis- ' schema 14
cours des interventions complexes si (Vanderveken 1992 : SS). Ces
tt interventions complexes a sont très proches des tt structures de textes si
de Viehtveger et des séquences de base dont il sera question au chapitre 5 :
tt des descriptions, des argumentations, des explications, des justifications K- GDNSTATIF -=: CDHCESSICIN :- GDNSTATIF
et des questionnements s- (id.). Il les considère - nous reviendrons sur ce MALGFIÉ proposition q
proposition p [e-*-l-A3]
point au début du chapitre 5 - comme des actes de discours rt dont la nature léa-A2]
est plus complexe que celle des actes illocutoires élémentaires auxiliaires
qui les composent s› (id.).
Pour décrire la complexité des opérations de liage des actes de discours,
revenons sur la vignette qui termine Le Sclitrournptissirne de Peye : Proposition non-q EXPHESSIF
[el -A1]
e Bravo .F ››
T23 Bravo E .Ie vois que malgré ce qui s'est schtrnumfé, vous étes restés de
bons et braves petits Schtroumfs l Allons, je vous pardonne l
si Allons ››
Cette bulle de bande dessinée présente une suite de quatre actes de di scours oÈcLanttT|Fs [es-tu]
(forme de perfermatif)
(A) insérés dans une seule réplique du Grand Schtroumpf : rr Je vous pardonne l
* él : Bruvo l Énoncé monorème expressif complet, ayant la fonue syntaxi- MAG Flü-ACTE F
que de l“exclaman`on. Acte de discours EXPRESSIF (Al) qui ne prend pas la
fomie du perfermatif de félicitation.
* é2 : .le vois que : Segment introducteur des énoncés CUNSTATIFS é3 et é4.
' é3 : titnt.otte ce qui s'est scntrountfé : Proposition p renvoyant anapheri-
quement (rt ce qui s-) it liensemble du volume tout au long duquel les
Schtroumpfs se sont battus, en llabsence de liautorité régulatrice du Grand
Schtroumpf. Acte de discours A2 ASSERTIF (constat). 6.2. Lecture d'une célèbre affiche
' é-'il : vous étes re.rté.s tie bons et luruves petits Sc'lttrountpfls' l Proposition q de la deuxième guerre mondiale
ayant valeur d” acte de discours A3 ASSERTIF (constat). Pour prendre liexemple d`un texte complet, examinons l*a.ft`1che uicolore
' é5 : At.t.otv.s, je vous purtionnei introduit par un ponctuant typique de apparue en juillet 1940 a Londres, réimprimée et affichée jusqu`en juin 1944
l`o_ral (tt Allons ii) cet énoncé conclusif prend la forme d`un perfermatif expli- dans un grand nombre de lieux publics londoniens et clandestinement en
cite. Acte de discours A-*Il DECLARATIF. France occupée :
Les actes successifs ne sont pas juxtaposés mais liés entre eux au point de
former un segment textuel cohésif et cohérent. Les deux actes de discours
- l 32 la linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base l33

T153 __ sous la négation, le Pdill (q-étl), nié par un PdV2. Le premier paragraphe
redouble le chapeau en recourant a une méme construction concessive :
ii. Tous Les Fitaivçxrs ][p-é3] Des gouverrionts tie rencontre ont pu cupituier... ii le servitticle
Lu France u perdu une lrutuille l' [CEPENDANT non q-é4] rien n “est pertlu il
Mois lu France n 'tt pus perdu lu guerre l
Liassertion p-é3 apparait comme un argument cn faveur diune conclusion
[§ l]I]es gouvernants de rencontre ont pu eapituler, cédant it la
panique, oubliant Iihonncur, livrant le pays a la servitude. Cepen-
q-éllll, du moins toujours selon le point de vue adverse Pdvl. Le fait que
dant, rien niest perdu I l`argument (plus fort) qui suit CEPENDANT soit une négation non q-é4 laisse
[§ 2] Rien niest perdu, parce que cette guerre est une guerre entendre, sous la négation, le Pdl/'l (q-éüll). Ces deux actes de concession,
mondiale. Dans llunivers lihre, des forces immenses ulont pas I qui donnent un sens aux assertions successives explicites (él, é2, é3, é4) et
encore donné. Un _iour, ces forces éeraseront llennemi. Il faut que implicites (étl, é{.l[l`,'-, sont eux-mémes pris dans un macro-acte de réfutation
la France, ce jour-là, soit présente a la victoire. Alors, elle retrou- englobant, qui associe le chapeau et le § l :
vera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but l
l§ 3] Voilà pourquoi je convie tous les Français, où quiils se Schéma 1 5
trouvent, a siunir it moi dans Faction, dans le sacrifice et dans
liespérance.
Notre patrie est en péril de mort. Proposition p MAIS Propositions
Luttons tous pour la sauver l . K ti-site-sa " il P num-èg w
"'vTliE LA FRANCE l
Isignutii re nioriuscrite] I
oéiverott ne canine Privit F'fIl`*-{2
otra nrten-ces Éani., [gouvernements IGEHHW-'ll
4. i1*.*›.iti.'i'r_ii*t otiuosus. de rencontre) de Gãüllfli
Loi~iuoi~i, s.vv. I GEPENDANT

Nous reviendrons sur le texte T63 au chapitre 5 (p. 142-143) et 6 (p. l'l9), conclusions Conclusions
contentons-nous, pour le moment, d`une attention aux actions discursives. T63 .s-se s. q-son nen si-és
se présente comme une suite d`actes de discours ASSERTIFS-PREDICTIFS,
DIRECTIFS, EXPRESSIF et d'ASSERTl_ONS. lvlais le repérage di-une suc-
cession d`actes identifiables en tant que tels ne donne aucune indication sur Ce macro-acte de réfutation est ensuite étayé par une explication qui part de
leurs liens et donc sur la textualité et sur la dynamique de ce texte argumenta- la reprise de non-q (Rien n'est perdu) suivie du connecteur PARCE QUE.
tif. En fait, les assertions du début (chapeau et § 1) sont structurées par un marqueur diintroduction diune explication. La cldture du mouvement explica-
macro-acte de réfutation prenant, en deux temps, appui sur deux conces- tif est signalée par VOILA POURQUOI. Ce mouvement explicatif comprend
les micro-actes suivants :
sions marquées par les connecteurs niuis et cepentiunt. On a diabord une
structure concessive : * Actes d"ASSERTlON (é-4 bis) : cette guerre est une guerre rn.on.*:iiule.
(é5) :Dons l'univers lilire... n “ont pus encore tionrié.
[[(ccrtes) p-él] Lo Fi'tiri.cc o perdu une .botoilie .l
[lvlAlS non q-é2] Le France n 'u pus perdu le guerre I] * Acte ASSERTIF-PRÉDICTIF (éd) : Unjour, ces _,ti:-rces ecruseront l 'ennerni.
* Acte d'ASSERT1lÎ.lN (éÎ") I cette guerre est une guerre rnorttiittic.
ljassertion p apparait comme un argument en faveur diune conclusion q-éll, * Acte ASSERTIF-PREDlCT1F(éS) ztllors, elle retrouvero se iilrert.-É et su grundeur.
du moins selon le point de vue (Pd`v'l_) exprimé par les tt gouvernants de * Acte d*ASSERTION (é9) : Tel est mon but, mon seul out l
rencontre si (en fait par le lvlaréchal Pétain le lijuin 194fl'5). Le fait que
l`argument (plus fort) qui suit MAIS soit une négation non-q, laisse entendre La réfutation initiale, une fois étayée par cette explication, rend possible
Faccomplissement de l`acte directif élü, qut couvre liensemble du et fait
ÎÎÎ
,ju ,gnttn affiche nn e appel s, la variante écnte de lie appel du IS juin :››. Le
15. Pour une étude des appels de Pétain et de Gaulle des li' et IR juin i94l[1. voir Adam 1999 : verbe e inviter ts, utilisé en juin 1940, est, comme le e convier s de 1“affiche,
135-155. un acte directif particulier que llanderveken résume en ces termes :
.
1 34 ta linguistique textuelle Types de liages des unités textuelles de base 135

[___] C“est prier quelquiun de se rendre quelque part ou d' assister é quelque Réponse. On parle, en analyse conversationnelle, de tt paires adjacentes si ii
chose [_ _ _] ; de plus, en invitant, on présuppose généralement [_ _ _] que ce `a quoi propos des couples question-réponse, demandeioffre-refus, excuse-minimisa-
l”on convie liallocutaire est bon pour lui. tion, salutation-saÎ.utation, etc. (Levinson 1933 : 303-3llti)_
(llanderveken 1933 : 133.)
Cet acte directif est donc ouvert sur une délibération du destinataire : c`est ii -Î Références et lectures conseillées*
lui quii] revient de décider siil accepte ou non de se rendre ii lie invitation ss. l -_learr-lfvlichel Aotuvt: e Rhétorique de l`appel: de Gaulle et Pétain, en juin
[Forateur se contente de lui proposer de choisir ce qu“il croit bon pour lui et 4
1940 a, Linguistique textuelle, Paris, Nathan, 1999 : 139-155.
pour la Nation. Tout le genre discursif de cette affiche tient dans cet acte
- Jean-lvliclrel An.-fuvi : e Ta mère... de llinsulte è Fhistoire dréle ss, Linguistique
directif particulier. L`atténnation de l`acte directif par llinvitation siaccompa-
te.tti.ielle, Paris, Nathan, 1999 : 15?-lT3_
gne d'un acte, en revanche, très fort: l`appel du signataire, le générql de
- Jean-Claude .fitivscouiuun : -it La théorie des topoï: sémantique ou rhétorique s,
Gaulle, est un appel ii la dissidence, a la désertion, :Îi la désobéissance_ Ema-
Herrnés 15, Paris, 1995 : IS5-193.
nant dlun militaire, ce choix apparait conmie ptuticulièrement fort. Ce directif
- Charles B.itLL'r : Truite de .stylistique frunçoise, Genève-Paris, Georg et Klinck-
possède une autre caractéristique: il adopte la structure très formelle du
siecl-t, vol. l (1999), 3° éd. 1951 : § 259.*
perfermatif : -s je convie is.
- Corntnunicutions 32, «ir Les actes de discours rr, Paris, Seuil, l9Sll_*
Soit une structure argumentative globale de trois macro-actes parmi les- - Stephen C. Luvirisint : Prugrnutics, Cambridge University Press, 1983.
quels liexplication (II) joue un réle fondamental : étayant argumentativement ~E›::ldy Rotitirr et uiii: .f.“urtici.ilution riri tiiscours en _ii*uriçuis conternporuin,
I, elle justifie et rend possible 111 : Berne, Peter Lang, 1935.
1. Réfutation -=:<<:<:<<:-=: ll. Explication :›'_:*-:›:=-:=~.':*-::- Ill. Appel (directif). - -it La logique illocutoire et lianalyse du discours ri, in D. Luzzati, J _-C. Beacco et
uiii (éd), Le Biologique, Beme-Paris, Peter Lang, 199? : 59-94.
L'introduction des pronoms je et nini en élü a été préparée par les deux -Daniel 'v'.-sivoenvessiv : -it La théorie des actes de discours et l'analyse de la
déterminants possessifs MDN irut, MON seul out de é9_ La référence de la pre- conversation s, t.Î'uli.iers de linguistique frunçuise 13, Genève, 1992 : 9-til.
mière personne est donnée ensuite par la signature de l'affiche_ Le texte se - Dieter lilrenweonn : e Savoir illocutoire et interprétation des textes ss, in
clét ainsi sur un expressif qui suit deux énoncés marqués par llunion de lvl. Charolles, S. Fisher et .1_ Jayez (éd), Le discours. Représentations et interpre-
llénonciateur et des destinataires (e tous les Français ss) dans la première per- tutions, Presses universitaires de Nancy, 19911 : 41-51.
sonne du pluriel (NOTRE patrie, iuttCli'v'5 tous) :
él] Assertif : Notre putrie est en péril tie niort.
él2 Directif : Luttons tous pour .lu suuver l'
él3 Expressif : l-five in France l
On voit clairement ici comment, dans un texte monologal, les actes de dis-
cours ponctuels ne prennent sens que par leur insertion dans des suticturcs
hiérarchiques de niveaux de complexité supérieurs. Le chapitre 5 aura pour
but de clarifier la nature de ces macrostmctures textuelles, mais retenons dès li
présent que le sens diun énoncé réside fondamentalement dans la continuation
du discours qu`il rend possible. Il iiuporte de ne pas siarréter aux actes de dis-
cours accomplis (é leur valeur illocutoire propre), mais de considérer dans
quel mouvement textuel ou stratégie di scursive ils sont pris : tt Le sens
-it profond d”un énoncé est constitué par les stratégies diseursives qulil met et
est destiné il mettre en place. Il ne s`agit donc pas d`un sens statique, mais au
contraire dynamique s› (Anscombre 1995 : 139).
Nous reviendrons plus loin, a propos du dialogue (chap. 5, § 6), sur la forme
majeure des actes de discours liés, en particulier celle du Questionnement,
qui implique une structure minimale de textualité illocutoire enchainant un
acte de discours dominant de Question avec un acte de discours réactif de
an.
Période et séquences : unités compositionnelles de base 13?

* une entité relativement autonome, dotée diune organisation interne


qui lui est propre et donc en relation de dépendance-indépendance avec
l`ensemble plus vaste dont elle fait partie (le texte).
A la différence des simples périodes, les macro-propositions qui entrent dans
la composition d' une séquence relèvent dlagencements préformatés de propo-
Chapitre 5 sitions. Ces différents agencements sont dits ti narratif rs, u argumentatif rr,
tt explicatif s-, tt dialogal ss et u descriptif s-_ Le but de mon livre de 1992 (Les
terres _' types et prototypes) a été de développer cette hypothèse des différents
agencements préfomratés de séquences contre les typologies de textes. Les
cinq types de base retenus correspondent `a cinq types de relations macro-
Période et séquences : sémantiques mémorisées par imprégnation culturelle (par la lecture, liécoute et
la production de textes) et nansfonnées en schéma de reconnaissance et de
unités compositionnelles de base structuration de liinforrnation textuelle. Le cas un peu particulier de la descrip-
tion miamène, dans les pages qui suivent (§ 2), ii une révision partielle de mon
modèle de 1992.
En donnant plus d`importance aux périodes, on peut résoudre le problème
que posent. les agencemeirts de propositions descriptives. Ces dernières forment
En faisant de la proposition-énoncé une unité textuelle élémentaire (chap. 3)
des boucles plus périodiques que séquentielles, assez typées toutefois pour étre
et en envisageant ensuite les grandes opérations qui règlent les liages de ces identifiables comme des unités particulii-“.:res_ A la différence des autres struc-
unités (chap. 4), nous nous sommes plutot attaché ir la description des agence- tures séquentielles, les liens entre propositions sont, dans la description, déter-
ments linéai.res_ Il reste a envisager comment on passe de la mise en série des minés par quelques relations : qualification d`un tout, sélection de parties de ce
propositions-énoncés it leur empaquetage sémantique dans des unités textuel- tout, qualification de parties, renomination du tout, etc. ll est difficile de parler
les de niveaux croissants de complexité. Liétude de ce passage de la combina- (comme je l'ai fait dans mes travaux antérieurs) de macro-propositions descrip-
toire en série aux configurations plus complexes d`unités formant un tout qui tives alors que les segnrents descriptifs ne présentent pas une organisation
est plus que la suite linéaire de ses parties conespond a la différence que nous
interne préformatée cortiparable il celle des macro-propositions des séquences
établissions, dans liavant-propos, avec E. Coseriu, entre l*objet de la gram-
argumentatives, explicatives ou nanativcs. On verra quiil s`agit moins dlune
maire uansphrastique et celui de la linguistique textuelle.
organisation structurelle que dlun répertoire dlopérati-ons. Ce reproche a
Les propositions-énoncés sont directement soumises ii deux grands types d`ailleurs, de tout temps, été foririulé it l`encontre diune description si peu
de regroupements qui les font tenir ensemble. On distinguera des unités tex- ordonnée en elle-méme qu`elle est obligée de se couler en permanence dans des
tuelles faiblement typées: les périodes, et des unités plus complexes et plans de textes fixés par la rhétorique ou, comme c`est le plus souvent le cas,
typées : les séquences (centre du schéma 4, p. 33). Entre une séquence mini- occasionnels. En parlant d`un continuum de complexité croissante entre période
male et une période complexe, la différence tient moins au volume quia la et séquence, nous pouvons expliquer le statut particulier de la description et le
complexité du tout formé par llagencement des propositions-énoncés. fait que ce qui différencie une simple période narrative ou argumentative diune
Dlamplitude potentiellement moins grande que les séquences, les périodes séquence narrative ou argumentative puisse n“étre que graduel et pas absolu.
sont des unités qui entrent directement dans la composition des parties d`un La théorie des séquences a été élaborée en réaction a la trop grande généra-
plan de texte (partie gauche du schéma 4_)_ Les séquences sont des unités tex- lité des typologies de texte (liilerlich 19'l5_)_ En distinguant des formes élémen-
tuelles complexes, composées dinn nombre limité de paquets de proposi- taires de textualisation dites nurrutives, descriptives, urgurnentutives,
tions-énoncés : les macro-propositions sont des sortes de périodes dont la explicutives ou rliulogules, mes propositions s`inscrivaient dans le prolonge-
propriété principale est d`étre des unités liées ir d`autres macro-propositions, ment linguistique de la théorie psycho-cognitive des schémas qui a son ori-
occupant des posit.ions précises au sein du tout ordonné de la séquence. Cha- gine dans les travaux de Bartl.ett (1932) et qui a été développée surtout peu*
que macro-proposition prend son sens par rapport aux autres, dans liunité Kiotsch et Van Dijk (voir également Fayol 1935 et 199Îf', et Coirier et ulii
hiérarchique complexe de la séquence. En ce sens, une séquence est une l99é)_ Selon cette théorie, ii un premier niveau, un sens ou représentation pro-
structure, c`est-é-dire : positionnelle et une valeur illocutoire sont assignés aux propositions. A un
' un réseau relationnel hiérarchique: grandeur décomposable en parties deuxième niveau. par cycles de traitement, des paquets de propositions sont
reliées entre elles et reliées au tout qu`elles constituent ; condensés pour ètre stocl-tés dans la mémoire de travail et permettre la poi.u*-
1 33 La linguistique textuelle Périede et séquences : unités ccrnpesitiennelles de base 139

suite de la censtructien du sens par intégratien des énencés suivants. L'éta- l“acte assertif (eenvaincre peut faire faire). La fermule suivante permet de
blissement de ces regreupement.s sémantiques est facilité, il un dernier niveau, représenter le fait de cemprendre qu`une assertien pesséde une ferce (Pl) nar-
par la recennaissance d`erganisatiens cenventiennelles, les schémas de textes rative, descriptive, argumentative eu explicative :
que 'alan Dijk a prepesé d`appeler e superstructures si :
[F. primaire (p) [P" narrative-rneenter [Hut ultimc]]]
À la différence des macrnstrueturcs, elles ne déterminent pas un e centenu si (usserter) desciiptive-tléertt*e [netien .secte-
glebal, mais plutét la e ferme ss glebale d"'un disceurs [. . .]. Les macre-prepesi- argu mentative-ttrgunienter dis*eursi've vi.te'e]
tiens, au meins celles d`un niveau assez élevé, serent erganisées par les catége- expl ic ative-expliquer
ries schématiques de la superstructure, par exemple, le schéma narratif.
À la différence de Finstructien-injenctien dent les fermes de textualisatien
(1981 : 26-ET.)
varient assez prefendément en fenctien des genres de l“ineitatien ii l`acti-en
Van Dijlt parle de e superstructures si aussi bien it prepes dit récit et de (Adele 2001], la tnise en texte des macre-actiens seciediscursives narrative,
Pargumentatien que du sennet eu du plan d` un article scientifique. La netien de.seriptive, ergtttnentetive et explicative semble passer par des ferrnes régu-
receuvre denc des unités textuelles beauceup trep différentes. Les cencepts de liéres de cempcsitien, surteut ii Fécrit. Le cas particulier du ttintegue néces-
plan de texte {chap. 6] et de séquence ent peur but de clarifier la nature de ces site une autre explicatien (ci-aprés, § 6).
deux niveaux de regreupement des unités textuelles.
Par ailleurs, neeenter, décrire, argumenter et expliquer sent des macre- Î Références et lectures conseillées*
actiens seciediscursives que les théeries classiques des actes de disceurs ne - Jean-lvlichel t5t|J.atvl : Les Textes: t}tpe.r et _nt'ntrtt}tpe.r, Paris, Nathan, ZUUI
permettent pas de définir clairement. Peurtant, ces quatre fermes dlactien ver- {l992}.*
bale sent trés ceurantes et trés tét rnaîtrisées par les enfants. Bien qu`il
- Jean-lvlichel tftnam : e Types de textes eu genres de disceurs Îf' Cernment classer
s“agisse de capacités cegnitives et pragmatiques Fendamentaies dans la ges- les textes qui disent de et eetnntentfïtire Ê' ss, Langages 141, Lareusse, 111-ET, 2901.
tien des relatiens interpersennelles, ces cempétences sent lein d”eccuper une
- Sir Frederic Charles BaltT1_.F.T't : Rentetnltering, Cambridge University Press, 1932.
place impertante dans la théerie des actes de disceurs. Leur relatien à Passer- - Pierre Ctnaiaa, Daniel Gt~.tinne`H, Jean-lvlic-hel PttssExttttLT: Ps_vettelitiguisti-
tien est lein d`étre bien définie et il est nécessaire de passer par une redéfini- que textuei.le, Paris, ti.. Ctilin, 1995.
tien des assertifs (dent neus avens parlé en tin de chap. 3, 1;* 5) valable aussi - Michel F"a'füL I Le réeit et srt eev1.struetinn, Lausanne-Paris, Delachaux et
bien peur la censtructien de mendes textuels fictiennels que factuels. Niestlé, 1935.
Si en censidéré que le but interactif des énencés assertifs est de faire parta- ' - IvIicl1elF.a'tûL : Des idées nu texte, Paris, PUF, l99T'.
ger une creyance, de ccmvaincre un destinataire de la censistance d`une repré- ' - Jean-Blaise Gnlxe : e übservatiens sur le “cemment” et le '“peurquei" : legique
sentatien discursive (Rd), en peut dire qu*un assertif ne vise pas tant ii étre et sémietique e, Mélanges tnjferts it .teen Peytnrd, vel. 1, Besançen, annales litté-
cenferme ii un état denné du mende réel (définitien classique) qu*i`i faire en raires de l`université de Franche-Ceinté, 1993 : 331-339.
serte que le mende seit vu par le destinataire cenfermétnent a la erevance - Walter K1tvTst:H : -e .étspects de la cempréhensien de texte :››, Hutletitt de psjiteiie-
émise par le lecuteur-éneneiateur. J.-B. Grise parle a ce prepes de e rnedelage legie 356, terne KXXV, Paris, 1931-19512.
mutuel d`un mende cemmun au meyen d`une actien cenjuguée si 111993: - Walter Klursen : e Text representatien si in W. Utte et S. White éd., Reading
335). Les asserticns narratives, descriptives, argumentatives et explicatives expesiterjv* tnttterinl, New Yerlt, Academic Press, 1932.
factuelles eu fictiennelles censtruisent plus des représentatiens schéinatiques -+ Daniel ïilaatneavnxetvz e La théerie des actes de disceurs et l“anal3tse de la
du mende t|u*elles ne s*},* ajustent et Fétablissement d*'une crevanee partagée cenversatic-n :››, Cnttiers de iinguistiquefrnnçnise 13, Geneve, 1992 : 9-úl.
n`est pas le but ultime de ces assertiens. Leur cbjectif ultime est, cemme dans - Teun A. *Jan Dltx : e Le texte : structures et fenctiens. lntrcductien élémentaire
les directifs, un but dlactien : faire partager une crevance dans le but d”intluire 'a la science du texte si in tft. Kibedi Varga (éd), Tnénrie rie in littérature, Paris,
un certain cc-mpertement (réver, rire, pleurer, s” indigner, se révelter, agir dans Picard, 1931 : 153-93.*
le mende, etc.J. A prepes du cas particulier de llexplicatien, E. Veneeiane - Edv lttstvexiaiste : e Buts illecuteires de l'assertien et enchassement des ferces :
(l99Ît`} a prepesé une selutien que llen peut adapter et généraliser `a nes quatre le cas de l“explicatic›n ss, 1'n.teruetien et eegnittens, vel. L1-t et 2, 199? : t3?-143.
types de base et qui va dans le sens des remarques de Vanderveken (1992 : 53) - Egnn Wet-tLtt3H : Îfivpetegie tter Texte, Heidelberg, Quelle et Meyer, 19't'5.
rnentiennées en fin de chapitre -fl. Explicatien, descriptien, narratien et argu-
mentatic-n peuvent étre définies cemme quatre actes de disceurs nen pas
primitifs (F{p)), mais intermédiaires ent:re le but illecuteire primaire de
Fassertien (partager une creyance eu une cennaissance) et le but ultime de
1411 la linguistique textuelle Périecle et séquences : unités cempesitiennelles de base 141

1. La périede : de la rhéterique qultäiistete définit la périede cemme une e ferme tfélecutienl qui renferme
en elle-méme un cemmeneement et une fin, ainsi qulune étendue qui se laisse
à la linguistique textuelle embrasser d”un ceup d*ceil s (Rlréteriqrte III, § 14f}9a3fi). Cette unité p.ré-
sente, selen lui, l`avantage d`étre e agréable s, e paree qu'elle n“est pas indé-
1.1. Redéfinitien cle la périede terminée et parce que l'auditeur a le sentiment d”élre en pessessien d“un sens
cenclu s (§ l409bl). Elle lui apparaît, par ailleurs, cenune facile a cempren-
Théerisée par les grammairiens et les stvlisticiens classiques, la netien de dre parce que sa r§,tthmicité (§l_4(19b4) la rend aisément mémerisable: e. Le
périede est réapparue, dans la linguistique des années 1930, seus la plume des style périedique est assujetti au nem bre, ce qui est la chese dent en se seu-
spécialistes de l`eral (Luxaati 1935, Blanche-Benveniste l99?, .Berrendenner vient le mieux. C'est la raisen peur laquelle teut le mende retient les vers
1992). Devant la nen-pertinence de la netien de phrase a lleral, ces derniers mieux que la prese si {§14f}9b5-6). Théerisant 1`art erateire, Aristete privilé-
ent eu besein de définir des blecs d”unités entretenant entre elles des liens hié- gie un rytthme qui a quelque chese `a veir avec lleralité. Ce cadre est aussi
rarchiques de dépendance merphe-syntaxiquement marqués. A. Berrendenner celui de l`ln.stitutien erateire (Livre Di) de Quintilien.
receurt peur cette rai sen a la netien de périede qu`il définit cenune- un assem- La netien ne s'est granunaticalisée qu'au J-tvtntsiécle. Les euvrages de
blage minimal de deux clauses (2002). Dans le champ de la linguistique tex- rhéterique ent alers défini la périede cemme une phrase cemplexe dent
tuelle, lvl. Charelles ( 1933) a été le premier a ceusidérer la péri ede cemme un l“ensemble ferme e un sens cemplet s et dent chaque prepesitien censtitue
des plans dlerganisatien de la textualité. un membre, la derniére fermant une chute eu clausule. avec Dumarsais
Nlaccerdant pas la prierité au disceurs e erdinaire s eral, neus censidérens (article e Censtructien s de l“'En.e_velepét:lie), la périede tend a ne plus étre
ici la plupart des écrits cemme teut aussi e quetidiens si et neus neus intéres- qu*un assemblage de prepesitiens liées entre elles par des eenjenctiens.
sens ii des fermes d`écrits relevant de llécrit eralisé, cemme le disceurs pre- Teutefeis, 1`Abbé Batteux, insiste autant sur le rythme : e Neus avens dit
nencé par le général de Gaulle au balcen de 1'l-létel de ville de lvlentréal. Cette que elétait le besein de respirer qui avait intreduit les espaces dans le
ferme dlécrit seutenu fait peur Feralisatien, cerrespend aussi bien aux éleges disceurs ; mais ce n`est pas la seule cause. Teutes les facultés qui eenceu-
funèbres de lvlalraux qu“aux textes de théâtre et aux disceurs tenus devant des rent ii fermer les disceurs cenceurent de méme :Et exiger les nembres s
assemblés. 1] existe une ferme dleral que l*en peut dire scripturalisé, celui des (1324 : 91), que sur les eennexiens grammaticales : s Le style périedique
transcriptiens des entretiens de presse écrite, et un eral stylisé, celui des remans est celui en les prepesitiens, eù les phrases sent liées les unes aux autres,
de Cél_ine et de Ramue, par exemple. En d°au1res termes, les variatiens de fer- seit par le sens méme, seit par des cenjenctiens s (1324 : 130). Un censidé-
mes entre le pdle écrit et le péle eral sent trés nembreuses et finalement peu étu- rera denc cemme périedes :
diées seus cet angle. Sans aller jusqu`a parler de deux linguistiques distinctes, - Les structures rythmiques dépeurvues de cennecteurs cemme les
l*une de l`eral, l*autre de 1`écrit, en deit recennaïtre que les ceipus et Pinstru- phrases de Rimbaud T36 et T3? (décrites p. 112) eu ces passages du début et
mentatien nécessaire different censidérablement. Négligeant les différences de de la fin du célébre disceurs du général de Gaulle, it alger, le 4 juin 1953 :
dennées et de méthedes, un grand nembre de travaux linguistiques se situent
seit dans un entre-deux flen, seit généralisent les ebservatiens d`un péle a T64 |_. . .] dans teute lïélgéric ll il n”v a qu`une seule catégerie dl habitants ttt' il
n`§,t a que des Français lt' a part entiere ll des Français a part entiere ll avec
l`ensemble du fenctiennement de la langue. Lengtemps l`écrit littéraire a été les tnémes dreits tl et les mémes deveirs ttt' <.s_uplnurli.i.tetnet1t.s>
privilégié, c`est maintenant l`eral. En eptarit peur l`une eu peur llautre de ces
deux actualisatiens de la langue, en néglige les différences de matérialité des Cette périede, largement déterminée par l`interactien (en particulier les
régimes eral et scriptural. Ces différences ent peurtant des censéquences applaudissements qui interrempent le flux verbal), est structurée par les paral-
impertantes sur la gestien de la centinuité du flux verbal it la preductien cenune lélismes et le nembre (ie seuligne en gras les reprises et en capitales les svlla-
it la réceptien. La netien de périede, qui a été remise en avant par les travaux sur bes accentuées, 1`indicatien des pauses et des applaudissements denne une
1'era1 du Greupe Aixeis de Recherche en Syntaxe, et eelle de e paragraphe s, idée du rythme de la parele) :
déveleppée par lvl.-tft. lvlerel et L. Danen-Eeileau (1993), ne neus servirent pas
peur décrire les textes écrits que neus avens cheisis peur ebjet d”étude. Neus
leur préférerens une appreche issue de la rhéterique erateire, qui présente
Fimmense avantage dlétre liée à lleralisatien de l'écrit (ce que les anciens
appelaient l'r.te.tie) et d`étre histeriquement préalable ä l`inventien de la phrase.
1. .le cheisis de traduire ainsi plutdt que d'uti1iser le terme anaehrenique de et phrase a de la tra-
ayant lenguement aberdé la relecture de la cenceptien classique de la ductien de lvl. [Jufeur dt Pt. Wartelle (Les Belles Lettres 1931.1 et éditien Gallimard, cellectien
périede dans Adam 1990 (T3-33) et 1991 (143-191)), je rappelle brièvement TEL tests).
- 142 la linguistique textuelle Périede et séquences : unités rernpesitiennelles de base 143

f...] dans teute 1'.algéR.lE- lt' [P1] (é3) eubliant llhenneur,


il nly a qulune SEULE catégerie d`hal*.-itants ttt -frlpplnuriissernentse (é-4) livrant le pays it la servitude.
il nly a que des Français tl <App.l.:› a part entière ll*-:tl.,rt,ttl.:› [P2] (éã) CEPHHDAHT, rien n`est perdu l
des Français a part entIÈRE tt
avec les mémes dreits lt' Deux facteurs de liage interviennent ici. [Tune part, un liage ternaire du signi-
et les mémes deveirs ttt fiant fait de la suite des participiales é2 + é3 + é4 une unité rythniique. D' autre
part, le cermecteur eencessif CIEPEINIÎJPLNT unifie en les eppe-sant, la phrase
Il en va de méme, sans intertuptiens respensables des répét.itiens, dans la typegraphique P1 et la phrase exelamative P2. On peut denc parler d`une pre-
célèbre péreraisen de ce disceurs : mière phrase périe-dique rytlunique it quatre membres [P1], suivie d” un énencé
[é5-P2] nen périodique en lui-méme, mais pris dans une périede cencessive fai-
T65 Jamais tt' plus qu“ici lt' et plus que ce seir il je n“ai senti lt cembien c`est
beau lt cembien c`est GRÀND tl cembien c*est généreux lt' LA FRt-KNCE sant des deux phrases typegraphiques [P1 + P2] et des einq énencés les membres
ttt «:,4ppluutti.ssentertts> d` une unité de sens de méme erientatien argumentative que le chapeau T63a.
Peur illustrer la méthede de déceupage des périedes à lléchelle d`un textel,
Seit une structure périedique binaire a I' initiale et ternaire ensuite : revenens une feis encere sur llexemple de La Bruyère déja étudié.
Jamais ti plus qu'ici tt
et plus que ce seir ll
je n*ai senti il cembien elest beau ll
1.2. Fragment 128 des Caractères de La Bruyère <5>
cembien clest Glüsli-1D il [A] Llen veit certains animaux fareuches, des mâles et des femelles répandus
cembien elest généreux lt par la campagne, neirs, livi-des et teut brûlés du seleil, attachés a la terre qu`ils
l...›'l. FRPLHCE lit feuillent, et qu'ils remuent avec une epiniãtreté invincible ; [B] ils ent cemme
une veix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils mentrent une face
Un parlera de rythme simple 1ersqu`une suite syntagmatique est interrem- humaine, et en effet ils sent des hemmes; [C] ils se retirent la nuit dans des
pue par llitératien, a la méme place syntaxique, de deux, treis eu quatre ter- tanières eù ils vivent de pain neir, d`eau, et de racine: [D] ils épargnent aux
mes (c'est le cas des exemples ci-dessus). Un parlera de rythme cemplexe autres hemmes la peine de semer, de labeurer et recueillir peur vivre, et méri-
chaque feis qulun reteur vers une pesitien syntaxique antérieure est nécessaire tent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ent semé.
(en en verra des exemples ci-après dans le texte de La Bruyère).
Les segments A, B, C et D sent syntaxiquement et rythmiquement structurés.
* Les périedes erganisées auteur de cennecteurs. Le chapeau de T63, en Fermant quatre périedes, ils s`appuient sur des séries énumératives, et sur la
italiques seus le grand titre, est un bel exemple -de périede censtruite sur la répétitien, en mème pesitien syntaxique, d'unités merphelegiquement identi-
base d' un parallélisme (liage du signifiant par répétitien lexicale et syntaxique ques eu preches (syntagmes nemiuaux, adjectifs, relatives). Un a affaire ti un
du sujet et du verbe au passé cempesé) renferçant sémantiquement une anti- rythme simple en .al1:>12, a21:>22:›23, C21:-›22:>23, D1l:›12:›13 et ti un
thèse censtruite a partir d"une uégatien et articulée auteur du cennecteur rytlune cemplexe lersque A2 et A3 reviennent au niveau de A 1, de mème lers-
MAIS : que C2 revient au niveau de C1, et lersque D2 revient :`-It la pesitien de D1. On
Tfi3a La France a perdu une bataille 1 peut ceusidérer cette rythmicité cemme un aspect de l”amplit`1catien qui ratta-
lvlais la France n'a pas perdu la guerre 1 che ce texte descriptif au genre épidictique (démenstratif des Latins) et l`écri-
ture de La Bruyère au centexte rhéterique de sen épeque et de sa fennatien.
Llalinéa et la penctuatien exclarnati ve renfercent le parallélisme grammati-
Structure grammaticale et rythmique de la première périede :
cal et transferment les deux phrases typegraphiques en une unité argumenta-
tive de sens que neus peuvens ceusidérer cemme une périede a deux [Périede A]
membres t [él-p Mt-RIS é2-nen q]. Cette périede cencessive mène a une L`en veit certains animaux
cenclusien qui, en raisen de é2-nen q, s'eppese Êt la déeisien de capituler. Al _ fare uches,
[Ilécisien du mruéchal Pétain qui prenait appui sur une cenclusien q déductible tf'tl_1. des mâles
de él-p. Cela entraîne des centraintes sur la centinuatien du disceurs. La A12. ET des femelles
périede qui suit slétend, elle aussi, sur deux phrases typegraphiques :
I
T6311 (él) Des geuvernants de rencentre ent pu eapituler, I .l - - 5 I
2. Peur des exemples cemplementatres, veir mes études tl un fragment des Neurruures terre.rtre.r
{éE) cédant a la panique, de Gide (Adam 1991 : 155-l5T) et de e Phrases s de Rimbaud (Adam 1991 : 1-51-1911).
'" 144 La linguistique textuelle Période et séquences : unités compesitionnelles de base 145
_-t
A2. répandus par la campagne, La structure binaire (deux membres avec ILS + verbe au présent, connectés
A21. noirs, par le relatif alt) de la période suivante est complétée par l`énurnération de
A22.1ivide-s treis meyens de survie intreduits par la méme prépesitien DE :
A23. ET tout brûlés du seleil,
[Période Cl C1. ils se retirent la nuit dans des tanières
A3. attachés `a la terre.
C2. riù ils vivent C21. de pain noir,
A31.qu*i1sfoui11ent,
C22. t1”eau,
A32. ET qu' ils remucnt
avec une epiniãtreté invincible ; C23. ET de racine:
_Le segment eenclusif, intreduit par les deux-peints, est rythmé de façon
Llerganisateur énumératif ET jeue trois fois un rôle de marqueur de fin de simple (D11-12-13) et complexe (D1-2). Ces deux rythmes sont marqués par
séries énumératives binaires ou temaires. La série ternaire A21:*›22:.*›23 est deux ET, llun pour la fin de série énumérative de treis infi nitifs, llautre, sorte
syntagmatiquement rattaehuble ii animaux (au méme niveau que Ai, A2 et de ET de reprise, accempagne une ellipse du sujet ILS qui confirme ce que
A3). Teutefeis, llisetepie de la couleur (noirs, liviafesfi, liriilés ale sr.1ler'l) nous avons dit du réle structurant de Fellipse (chap. 4, § 41), Le même-. egrbg
confère une unité sémantique a cette série de treis termes, terminée par un ET au present permet a ET AINSI de mettre D2 au méme niveau que D1 et de
qui signale la fin d'une énumération. Fermant une série, ET invite ti en vérifier souligner le lien argumentatif que Fénumératieii de la triple peine renforce :
la cohésion sémantique et pas seulement nierpho-syntaxique et denc è regrou-
[Période DI D1. ils épargnent aux autres hommes la peine
per A21-22-23.
D11. de semer,
La structure périediq ue du deuxième segment est beaucoup plus simple. Il D12. de labeurer
slagit dlune périede carrée, structurée par la répétition (anaphere rhétorique) J _ D13. ET recueillir pour vivre,
du pronom LLS et par deux connecteurs : le causal QUAND [Quand p, (alers) D2. ET mentent A[NSI de ne pas manquer de ee pain qu”ils ont semé.
q] est équivalent à un CHAQUE FOIS QUE p, q. Le reformulatif EN EFFET Ce texte est donc cempesé d"`une longue phrase typographique, divisée en
vient quant ia lui clore le segment et introduire le dernier membre dc la
quatre periedes. Cette prose très rythmée est conforme la l”idéa1 classique de
pédode: variation des rythmes (aucune des quatre périodes n“`a la méme structure ryth-
LPériede B] B1. ils ont comme une voix articulée, lïllfšlllfil- LE point final signale qu`une unité de sens est cemplète. En revanche,
ET QUAND B2. ils se lèvent sur leurs pieds, les penetuatiens intermédiaires signalent que le sens, prutiellement complet,
B3. ils mentrent une face humaine, n est pas encore achevé. La fonction instructiennelle de la ponctuation est
ET EN EFFET B4. ils sont des hommes 1 denc dlempéchei* ia cléture des treis premiers segments et de les placer en
attente du demier qui joue un r-file argumentatif décisif.
Le cennecteur ET de B2 articule les deux membres contenant les deux par-
ties du tout (veix et pieds) qui sont les deux indices d`uue humanité (faculté de ___ Références et lectures conseillées*
langage et pesitien de 1`iienu.t ereetus). Le connecteur QUAND amène le troi-
- Jean-lvlicliel Atisivi : Êletnents de linguistique textuelle, Bruxelles-Liège, lvlar-
sième membre dans lequel la con notation négative du lexèmefiuce est een*igée
daga, 199l1:'T3-33.
par lladjectif lrutnalne. Le cenune de B1 et le verbe montrer de B3 ne signa-
- .1eau-lvlichel Alîuuvt : Latigiie et littérature, Paris, Hachette, 1991 : 143-1913.
lent qulune apparence perceptuelle d”humanité. Clest au reformulatif EN
- Abbé Charles Bxrriiux : Pi*lner`pes rie litterature, tome ti. Paris, Bellavoine, 1324.
EFFET qu`est confié le rfile de redéfinir les animaux indéfinis du tout début
du texte en transformant l'évidence perceptible {l'en veit) en savoir (verbe - Alain Bnsnunneentea : e Les deux syntaxes ii, lferlirirn XXI9, 1-2, P de Nanny,
2ll{l2 : 23-35 _*
étre qui assure la définitien-refermulatien). Le point de vue perceptif externe
- Claire Blanche--BEN vEr~1tsTE 1 Approrrfres de la langue parlée en françrris, Paris
en en.teru:lre (comme une voix) et veir (mentrent) se medifie entre Al et B4.
Un peut parler ici dlune découverte pregressive de l`identité réelle de llebjet Clphrys, 1992.
du disceurs. Le dernier membre de la périede (B4), le plus eeurt et le plus -ivlichel Cnsnotrusz -s Les plans d"'organisation textuelle: périodes, chaines
frappant de ce fait, ferme une chute ou clausule qui explique que certains édi- portées et séquences ›:-, Prrit*tque.r 52. ivlete. 1933 : 3- 1 3.*
teurs aient été tentés de mettre ici un peint. _ Dlmlfil LUÎÎ5f'*'l" 5 ll 19991359 Fšflüdiqtie du discours s, Langrie française 55,
Paris, Larousse, 1935 : fi2-T3.
.
-lvlaiie-Annick lvîleant, Laurent Dsrvet-i-BoiLE..su : Grammaire ele lïntanurlan,
3. Le sens de livlrtes est étymologiquement celui du latin livialus: ltleirdtre. iioirdtre. ll s'agiI. Paris, tlphrys, 1993.
donc vraisemblablement de bleus sur la peau, occasionnés par la rudesse du travail.
146 La linguistique textuelle Période et séquences : unités compositionnelles de base 14?

2. Entre période et séquence : la description ' rt. ûpérations de thématisation


C`est la macro-opération principale, celle qui donne ii un segment son unité
A la différence des quatre autres types de séquences, la description ne com- et en fait une période typée au point diapparaitre comme une sorte de
porte pas dlordre de regroupement des propositions-énoncés en macro-propo- séquence.
sitions liées entre elles. Elle a, de ce fait, une faible caractérisation -ui. Pré-thématisation (ou ancrage) : dénomination inmiédiate de l`ehjet
séquentielle. De l“Antiquité ii nos jours, la description a été dériigrée et éclatée qui ouvre (portée i-fi droite) une période descriptive et annonce un tout.
en sous-catégories : descriptions de personnes, divisée en portrait moral
(etliopee) et portrait physique (prosopograpltie), tandis qulau portrait qui vise T14 La lvlanta [pd pré-Th].
le singulier, répond le caractére qui vise un type, descriptions de choses, de De l'allui'e. Et du tempérament 1
lieux (topographie et paysage), de temps (elironograpliie), dlanimaux et de
plantes. Le montage en parallèle (descriptions consécutives ou alternées, T21) ZURIC]-l [pd pré-Th]
fondées sur la ressemblance ou llopposition) est une des techniques recom- Cosinopolite
mandées, avec Fhypotypose (exposition vive de l`ehjet, présentifié et rendu Et pourtant
vivant par le travail stylistique de llorateur ou de l`écrivain) et le tableau typiquement suisse.
(mise en situation, regroupement autour d*un motif ou personnage principal) Le choix dlun nom propre ou d`un nom d`objet plus ou moins spécifique
(Adam 1993). Pour sortir de la, P. Hamon a, dans le domaine de la poétique change bien sûr le cadrage de l`objet du discours (La Mantuflrtt voiture ;
littéraire, proposé une théorie générale de ce qulil définit comme un e effet de Zurielu' La villetlu ville suisse ,' Part`st'La eapitaletla ville lumière).
texte si ou de e dominante s (1993 : 5). Il a mis l`accent sur les procédures
dlouvcrture et de fermeture des segments descriptifs insérés dans un récit, sur - u2. Post-thématisation (ou affectation) : dénomination retardée de llobjet
la nature profondément tubulaire de llorganisation des énoncés descriptifs, sur (portée ii gauche et éventuellement ii droite), qui ne cadre la description r|u*en
les procédures de métaphorisation, dlanimation et de mise en ordre qui per- cours ou en fin de séquence. Lorsque la dénomination du tout est doruiée tar-
mettent de lutter contre l`effet de liste. divement, la description reste énigmatique et tarde a former une unité tex-
tuelle de sens. Les légendes de photos de presse suivantes présentent un léger
La description, inhérente a llexercice de la parole, est dlabord identifiable
retardement de la dénomination qui ne nuit toutefois pas ii l`unité de la
au niveau des énoncés minimaux. On a vu que la théorie de llillocutoire loca-
période descriptive :
lise la part descriptive des énoncés dans le contenu propositionnel (p) sur
lequel vient s“'app1iquer le marqueur de force illocutoire F(p). L`attribution T19 Cadre verdoyant
minimale d“un prédicat ii un sujet constitue la base d`un contenu proposition- rocher franc et massif
nel. Parler de e cadre verdoyant si et de e rocher franc et massif si (T19) pour le Pas de llüurs [pd post-T11]
qualifier une paroi d'escalade est, de façon inséparable, affirmation descrip- a tout pour plaire.
tive de quelque chose il propos d"`un objet du monde et acte illocutoire de
recommandation. De tels énoncés n`expriment pas un contenu descriptif T66 Silhouette élancée, visage fin. grands yeux et jolie bouche, Sabine
objectif indépendant dlune attitude subjective : e ll n'y a pas de représenta- Axema [pd post-Th] a une grûce inl`inie.
tion pense"e sans un sujet pensant, et tout sujet pensant pense è quelque (Le Nouveau Qitotitlieti, 13-2-1994.)
chose s› (Bally 1965 : 33). Du caractère indissociable dlun contenu descriptif -a3. Re-thématisation (ou refermulatien) : nouvelle nomination de l'objet,
et dlune position énonciative orieritant argumentativement tout énoncé, qui recadre le tout en créant une boucle : lin de période descriptive. A la diffé-
découle le fait qulune procédure descriptive est inséparable de llexpression rence de la post-thématisation, la re-thématisation implique Pexistence d*une
dlun point de vue, d`uoe visée du discours. première tiomiiiation de llobjet du discoui's et vient donc en interrompre la
Au niveau de la composition textuelle, quels que soient llobjet du dis- portée. Ce court dialogue entre deux Anglais, ti pi'opos du suspect américain
coui's et l'extension de la description, 1`app_lication d“un répertoire d“opéra- d” une histoire policière, est sur ce point exemplaire :
tions de base engendre des propositions descriptives qui se regroupent en
périodes dlétendue variable, ordonnées par un plan de texte. Quatre macro- T6? (case 1)
opérations regroupent neuf opérations descriptives qui engendrent une - Pouvez.-vous me décrire ce Yankee [1] 'i'
dixaine de types de propositions descriptives de base. lfabseiice dlordre - l-ium... Pour autant que je m“en souvienne, il s`agit d“un type [2] plutût
séquentiel de ces opérations est responsable de 1"impression dlanarchie grand, aux cheveux roux... l`l s`habille de façon voyante et fume de gros
descriptive. cigares : en somme, llaméricain typique [3] 1
143 La linguistique textuelle Période et séquences : unités compositionnelles de base 149

(case 2) T29 ZURJCH


Ce .lim Baldvttell [4] mla toujours paru étre un individu [5] extrèmement lou- Cosinopolite [pdl]
che. Gn le voit de plus en plus souvent ii Londres et je me disais récemment Et pourtant
qulil devait sûrement mijoter quelque- mauvaise action. Tom J amdyce en sait typiquement suisse [pd2].
sûrement beaucoup sur son compte. T19 et T66 insistent, en revanche, sur les propriétés des parties (le tout étant
(Dialogue d*une bande dessinée de Floch et Rivière, Drissier Hartiing, donné photographiquement dans les deux cas) :
Dargaud, 1934, planche 22, vignettes 1 et 2.)
T19 Cadre verdoyant [pdl]
La requète de lvlr. Albany est très claii'einent une demande de description dion rocher franc et massif [pd2]
objet thématisé : e décrire ce Yankee s. La réponse en deux temps de lvlr. Gray T66 -Silhouette élancée [pdl], visage fm [pd2], grands yeux [pd3] et jolie
passe par trois reformuiations successives et llémergence tardive d`un nom pro- bouche [pd4], Sabine Asema a une grace infinie [pd5].
pre. Cln passe ainsi d'une première période décrivant par le prototype (hll ii 193)
à une deuxième période décrivant de façon particularisante (N4 et N5) : constructions nominales correspondent bien, comme on 1'a dit au chapitre
2 § 3.3, ii des propositions-énoncés descriptifs, connectés ici par un concessif:
GU1t'ERÎt"URE cle lu premiére période pdl ET PGURTABTT pd2 (T211) ou simplement juxtaposés parataxiquement en
CE Yankee [Nl] il s“agit d`{EST) UN type |hl2]... T19 et T66. La BD T6? présente le double avantage de rattacher une propriété
(EST) en somme, llaméricain typique [193] directement au tout (pdl) et la suivante ii une partie du tout (pd2) :
erôruss se tu pi-aurais ,sem-tu
T6? un type plutût grand [pd1], aux cheveux roux [pd2]... Il slhahille de
(Rél-OUVERTURE de la oleuxiéme périr.:-cle façon voyante [pd3] et fume de gros cigares [pd4].
CE lim Baldwell [N4] m”a toujours paru ETRE UN individu extrèmement
louche [N51 Les propositions-énoncés pd3 et pd4 sont actiomielles. Elles correspondent a
CLÔTURH ile la rieuxiérne période une façon de décrire par Faction, en recourant à des prédicats fonctionnels habi-
tuels. Décrire un persomiage par des actions présentées coimne habituelles
'I li. Opérations tilaspectunlisation revient li en faire des propriétés de la personne ou du personnage. De pd3,
Cette macro-opération, qui prend appui sur la thématisation, regroupe deux Finterlocuteur britannique est supposé déduire : il est (propriété) vulgaire et de
opérations : la fragmentation et la qualification. pd4 : c'est un firmeur de cigares (et pas de la pipe british que fument les deux
-bi. Fragmcntation (ou partition) : sélection de parties de l`ehjet de la interlocuteurs). Ces quatre propriétés cumulées aboutissent ii la description d`un
description (notées en gras). prototype. 11 est intéressiuit de noter au passage que la description est donnée ici
T19 Cadre verdoyant
coimne subjectivisée-idéologisée. C'est le point de vue stéréotypé de l`ang1ais
rocher franc et massif sur 1`américaiu-yanl-:ee qui apparait, dans une BD qui joue sur ce style intertex-
le Pas de l“Gurs tuellement lié ii la célèbre série des Blake et lvlortimer d” Edgar P. Jacobs.
a tout pour plaire.
I* c. Opérations tie mise en relation
T63 Silhouette élancée, visage fin, grands yeux et jolie bouche. Sabine
Cette macro-opération regroupe deux autres opérations :
Axema u une grâce intinic.
-ci. Relation de contiguité: mise en situation temporelle (situation de
Llopération de décomposition dlun tout en parties et sous-parties de parties l`ehjet du discours darts un temps historique ou individuel = pd R-Tps) ou
a tendance ii faire éclater l`ehjet du discours. En principe infinie, cette opéra- spatiale (relations de contiguïté entre l`ehjet du di scours et d'autres objets sus-
tion est, en fait, contrainte pragrnatiqueriient par la recherche sélective d`une ceptibles de devenir, a leur tour, le centre (thématisation) d`une procédure
pertinence (visée ou but de llaction verbale). descriptive, ou encore contiguïté entre les différentes parties considérées = pd
-b2. Qualification (ou attribution de propriétés): mise en évidence de R-Loc). Cette double opération intervient souvent de façon implicite. Dans la
propriétés du tout ettou des parties sélectionnées par l`opération de fragmenta- BD T6"l, elle est remplie par le décor du salon très confortablement british du
tion (bl). lfopération de qitalitirration est le plus sou vent réalisée par la struc- club dans lequel sont installés les deux personnages. Dans la presse ou les
ture du groupe nominal nom + adjectif et par le recours prédicatif au verbe encyclopédies, des photographies peuvent remplir ce rûle. Dans la plupart des
étre: e Le rocher est excellents. C“est souvent une relation prédicative de textes écrits, clest dans le co-texte antérieur ou postérieur qulon trouvera
type avoir qui réalise Fopération de partition., i'areinent sans qualification généralement, par le biais d"autres énoncés descriptifs, ces éléments de mise
liée : e Elle a de grands yeux s. T21] présente (en gi'as) les propriétés du tout : en relation temporelle etlou spatiale. Par ailleurs, la contigu'|`té spatiale de
150 La linguistique textuelle Périnde et séquences : unites cempesitiennelles de base l5l

deus ebjets peut être si ferte que Fun devient une partie de Faune. Le chapeau lvlise en relatien : cemme les rafraîchissernents [pd R-Anale]
et la canne de Charlet, la meche et la muustaehe de Hitler, la pipe de Pnpeye, ' Suns-tiniimntisntinn Z fd]
les vetements et cigares de liaméricain de Té? deviennent des éléments cens- Ivlise en relatien : au hard de la piscine [pd R-Luc]
titutifs du persennage.
- e2. Raintinn dinnrnlïngie : assimilatien eemparative eu rnétapheriqne qui Cemme en le veit iei l`e:-spansien descriptive, pntentiellement infinie, est,
permet de décrire le tent nu ses parties en les mettant en relatien avec diautres en fait, réglée par un petit nembre dïnpératiens identifiables et répétahles quel
ebjets-individus [pd R-Analu) : que seit l`ehjet de la descriptien et le genre de disceurs (bande dessinée, litté-
rature, puhlicité, presse écrite)-_ Dans la mesure eü un segment descriptif ne
T68 Belle cemme le Sahara. La neuvelle rästra Cuupé (Upcl} curnpurte aucune linéarité intrinsèque, le passage du réperteire (Pepe-ratiens a
*I d. Opérations diexpnnsiun par sans-thénmtisntiuns la mise en teste implique l"'adnptiun diun plan. Les plans de testes et leurs
L*ei-ttensien de la descriptien se preduit par la greffe de n“irnpnrte quelle marques spécifiques ent une impertance décisive peur la lisibilité et peur
epératien sur (nu en cumhinaisen avec) une epératien antérieure. Une qualifi- Finterprétatien de teute descriptien. D`nù le rôle particulierement impurtant
entinn. ne peut teutefeis se peursuivre que par une nnningia : des erganisateurs et des cennecteurs. On l`a vu déja it prepes de T46 (p. l IB),
uù chaque partie de la piece rnnntée du mariage d*Emn1a avec Charles Bevarjv
Thématisatien : astra Cuupé [pd Pré-th] est successivement décumpesée en seus-parties dans un parceurs qui va de la
itspectualisatiun : neuvelle [pd Qual]
Sens-thématisation Belle [pd Qual]
base au snmmet, siattardant successivement sur les treis étages signalés par
Mise en relatien : eemme Ie Sahara [pd R-anale] les erganisateurs tt' 'ni:›nrd, pvsis, et enfin.
La descriptien passe par dens principaurs. medes de présentatien déterminés
La publicité suivante systématise le precédé : par l`attitude du descripteur (Vngeler 1992) :
T69 Hiitels Meridien Caraïbes - décrire pereeptuel esemplifié dans le sa en vevait un petit rameur a de la
Bleu, blanc, frais fin de T46 ; le descripteur peut veir, entendre, tnucher, sentir en même gnûter,
Bleu cumule la mer parfeis verte eu turqunise, au mauve selen les heures. cemme en le verra avec le peème TSH au chap. ti) ;
Blanc cemme le sable, eu le seleil a midi. Bleu, hlanc, frais cemme les - décrire épistérnique (descripteur pessédant un certain état de saveir),
rafraîchissements au nerd de la piscine. Les hñtels Meridien Caraïbes se-nt
des cncktails de plaisir.
e:-templifié dans les «s peur autant que je m`en snuvienne s- et -s Tem Jarndjvce
en sait sûrement beauceup... a de Ttãï.
On peut ainsi représenter les sc-us-thématisatinns successives : La cnmhinaisun de ces deus mc-des de prise en charge de la descriptien per-
Tliématisatien : I-Iiitels Meridien Caraïbes ipd Pré-th] met de décrire .stms veir, décrire sans' (rejcunnnïrre, décrire en en.terta'rtnf et
Aspectualisatiun : Bleu, blanc, frais [pd Qual] en enmpiérnnr par ie snvnir. etc.
' Suns-thémaíísniínn I
_î Références et lectures ccnseillées*
.fitspectttalisatiun : Bleu ipd Qual]
lvlise en relatien : cumrne la mer [pd R-Analn] - Jean-lvlichel ntuarvt, André Petitjean : Le Texte deserrptnfi, Paris, Nathan, 1939.
l Sans-tfréntntísnttlrn 2 -Jean-Iviichel ikusun: La dass-ripriun, Paris, PUF, cell. Que sais-je '?, ni” 2?33,
iftspectualisatien : parfeis verte [pd Qual] 1993.
au turquuise [pd Qual] - Charles Bn1.t.v : Linguistiqtta gfiitérnie et iin.gnis*tiqua frnnçni.ra, Berne, Franclte,
nu mauve [pd Qual] 19fi5 {lE.l¿l-4) : § fil-t':i'i.*
lviise en relatien : selen les heures [pd R-Tps] - Philippe Hassrrtv : Du ¢:t'e.vcri,nr.f,fi Paris, Hachette, l99'3 {1931}.*
1* Suns-rhémntisntinn 1 (3) - Svetlana EFGGELEEH: e La relatien puint de vuc et sun applicatinn aus phrases
iftspectualisatien : Blanc [pd Qual] esistentielles initiales a, in W. de Mulder (éd), Énnncintinn et parti pris, amster-
lvlise en relatien : cemme le sallle [pd R-.étna_lu] darn, Rudepi, 1992 : 349-355.
nu le suleil [pd R-Finale]
1' Suns-tisémutisurinn 2 (4)
Mise en relatien : a midi [pd lt-Tps]
I* Suns-tirémntisntinn 1 (5)
.étspectualisaticn : Bleu, blanc, frais [pd Quai]
l52 La linguistique textuelle Périede et séquences : unités cempesitienneiles de base 153

3. Structure de la séquence narrative eemme un deinenernenrj. Les treis actiens slenchainent linéairement et la fac-
tualité anenyme n`en est que plus brutale. En revanche, en T11 et en T13, un
En narrativité, le seuffle nlest pas cenfié au:-r phrases mais ii des macre-prepesi-
événement particulier perturbe une situatien initiale que le tente prend sein de
tiens plus amples, ii des scansiens dlévénements. peser et ceci débeuche sur une situatien finale, tragique dans les deus. cas :
{Umherte Eee, 1985 : 5(1) T11 À peine humée sa prise [é1], ii.. Chevrel éternua [é2] et, tembant du char
a fein [é3] qu'il ramenait de Pervenchéres (Gme), [ét-l›] eitpira [é5].
.tin sens large, teut récit* peut étre censidéré cemme lleirpesé de e faits a» T13 [PI] Da_ns le lac dlrtnnecy, Lruis jeunes gens nageaient [él]. [P2] Llun,
réels eu imaginaires, mais cette désignatien générale de si faits :›› receuvre Janinetti, disparut [é2]. [P3] Plengeen des autres [é3]. [P4] Ils le ramené-
deus. réalités distinctes : des événements et des actiens. Llactien se carac- rent [é-4], mais tnert [é5].
térise par la présence dlun agent - acteur humain eu anthrepemerphe - qui
preveque eu tente d`empécher un changement. Llévénement advient seus En T13, le récit est déceupé en phrases typegraphiques qui cerrespendent à
lleffet de causes, sans interventien intentiennelle d'un agent. Un récit a fai- des macre-prepesitiens : la disparitien de Janinetti centraste fertement avec
ble degré de narrativisatien se centente dlénumérer une suite d`actiens etieu ce qui précéde et ferme ce qulen peut sans hésiter appeler le neeud-Pn2 de
dlévénements. T. Tederev (1963 : 32) et P. Larivaille (l9'i4} ent été parmi llintrigue. l..a réactien-Pn3 de ses cempagnens - leur plengeen - censtitue
les premiers a présenter une mise en intrigue ia fert degré de narrativité une tentative de rétablir l`équilibre initial. Le déneuernent~Pn4 --ramener
cemme une structure hiérarchique de cinq macre-prepesitiens de base (Pn) celui qui a disparu -laisse d`aberd envisager la réselutien du drame, mais il
qui cerrespendent aun cinq mezments de l`aspect: avant le precès (ml), slavére, au beur du cempte, déceptif. La situatien finale-Pn5 est définitive-
début du precés {m2), ceurs du precés (m3), fin du precés (m4), aprés le ment négative : Janinetti est mert. Il 3,: a denc bien eu transfermatien et, de
preces (m5). plus, réselutien déceptive. i-\lers que, dtms T13, la segmentatien en quatre
phrases et par le cennecteur lvIA.lS final déceupe les macre-prepesitiens nar-
ratives, en Tl l, il faut recenstruire des actiens et des événements en les ise-
Schéma 16 lant au sein du meuvement svnta:-tique de la phrase. Peur ce faire, tentes les
traces de segmentatien et de cenneirien deivent étre sellicitées. En dépit de la
présence de seulement deus verbes au passé simple et d`un verbe il l'imparl`ait
Eiernes du precès
dans une relative, deus prepesitiens apparaissent cemme reliées temperelle-
/ff* Neveu du precèe "`** ment etieu causalement a la suivante : À peine itnntee sn prise iei ,i,
.4. Cirevrei e'rernun [é2,i. Un lieu causal dépasse ici le lien temperel : ce nlest
Situatien initiale
//H
Nœud Fié~actien eu

Déneuernent
\Situatien pas seulement aprés mais surteut a cause de [él] que survient [é2]. La prepe-
lürientatieni lfiéclencheurj Evaluatien {Fteeelutien} finale sitien [él] apparait ici cemme le nreud-Pn2 du récit: clest parce qulil a cen-
Pn1 rmi] Pn2 lm2] F-'n3 {rn3} Pn-4 im-4] Pnã [m5] semmé une prise de tabac (cause dennée cemme déterminante) que
il.. Chevrcl a éternué tcenséquence invelentairc). La prepesitien [é2] appa.rai`t
denc cemme la ré-actien-Pnfzl dlun récit canenique. La suite est plus
Par rappert il la cetnpleirité hiérarchique de la séquence narrative, la hréve cetupliquée I e ...rentirrrnr du eirnr ri fein. ]'e'3,i qn'ii rr.tn*ten.ntÎt' de Perruen-chères
jeurnalistique de Fénéen T4 nlest qulune simple périede 1 1'OrneJ, l'ei4]l expire. lei] s. La prepesitien [é4] apparait cemme insérée tardi-
T4 Ayant terrassé Fafficheur .ttchille [é1], ils le tirèrent sur teute la lengueur vement dans le ceurs de la phrase (la parenthése indicatrice du lieu est, dans la
de la passerelle dl?-.lt`ertvillc [_é2], puis le précipitèrent [é3]. presse, généralement placée en téte de narratien). En fait, elle explique ce que
fait le persennage sur un char a fein. Suit la prepesitien espesant la situatien
Dans cette périede narrative ternaire, aucune des treis actiens successives initiale-Pnl du récit. En revanche, le lien entre le participe présent de [é3] et le
(terrasser i'r.tfiieirenr, ie tirer sur in passerelle, le précipiter en i?rI.f-2) ne se dis- passé simple final [é5] est un lien de cause ii effet dmis lequel [é3] apparaît
tingue des autres au peint de peuveir étre censidérée cemme un nnrnn' etieu cemtne le déneuement-Pn4 et [é5] cemrne la situatien finale-Pn5.

4. le renveie peur les références hihlingraphiqties détaillées et peur une étude sysléniatique au
Terre .=rni'i'ntil` liädani 1994], euvragc dans lequel je détaille ma pesitien par rappert aus catc-
gerics ici évequées. Un lreuvera dans Adam 1984 et .adam 5:. Revue llšlil-5 des présentatiens 5. .Dans la Peeriqne l[l45én`,i, Aristete eppese slesis a l].'sis*, ce qui petit étre u'aduit par
synthétiques d`une appreche linguistique et testuelle du récit. e nuuemenl ›› eu et e déneuemeut si eu e réselutien a.

im
.,_.-\_ ,
i 54 La linguistique testueiie Périe-de et séquences : unités cernpesitiennelles de base 155

Slïhéma 1 7 Passant d`une bréve a un fait divers cemplet, ertaminens le déceupage pes-
|' .
Structure narrative de T11 et T13 sible de cet article de Liireratian (13-14 ectebre 1934) :
lfictien eu ' T 'ill LTEA revendique llattentat de Brigthnn : 4 merts et 311 blessés
Evaluatien
Nceud Pn 3 Deneuernent GUD S.4.VES MÀGGIE
Situatien Pn 2 -=:-=:-›-:<:*-:-=:-=:-=::-:›:=-:›:=-:=›:=-:=› Pn 4 Situatien [P1] Deus heures cinquante du matin, hier, dans la petite ville de Brighten, au
initiale Fri 1 -c«c«c«r:-c-c~:~:-c~:~:-c-c-c :.~›:~›:-.~:-.~.*.~:~›:-.~:›'.=›:›:-.~::=›:›:›:-.~':.~ :›:›:› firlale F'rl 5 sud de l`.*ïingleterre. [P2] Au bar du Grand Hétei, les demiers parlementaires
T1 'l est él 152 153 afi
Censervateurs se préparent. ii rejeindre leurs chambres. [P3] Margaret Tbatcher,
T13 : P1--É1 F*2-é2 P3* é3 P4 È4 [lv1.lliIS] P4-*E5
dans sen cabinet de travail, met un peint final au disceurs de cliiture du cengrès
annuel de sen parti. [P4] Lfhdtel est habité par la presque tetalité des membres
ll nlest pessible de définir aucune régle de segmentatien prepre aus séquen-
de sen cabinet, des hemmes peliriques et des députés. [P5] Seudain, c`est
ces. Un a vu, avec T11 et T13, qu`une séquence narrative peut étre fertement Fesplesien. [Pti] Llérinée Républieaine Irlandaise avait pesé une bumbe au
segmentée (prepesitiens nauratives séparées par le cenple majuscule-peint eu treisiéme étage. [P7] Margaret Thatclier est vivante, mais quatre persennes sent
par un fert cennecteur en T13) eu faiblement déeeupée (Tl 1). Si la séquence se tuées, trente autres blessées, dent un ministre et un député. [P3] aprés la stu~
déveleppe, il nlest pas rare que les regreupements de prepesitiens au sein de peur, fidele ii sen image, le ler ministre britannique, annence que le cengrés
macre-prepesitiens narratives seient alers seulignés par des changements de centinue. [P9] Lire pages 2 il 4.
paragraphefi. Llapplicatien du schéma de mise en intrigue est un precessus
interprétatif de censtructien de sens. Ce precessus, guidé par la segmentatien et Ce teste présente llensemble des macre-prepesitiens narratives dent neus
des marques linguistiques lrés diverses, est seumis a des chuis. et des décisiens avens dressé la liste. Le surtitre cerrespend it un Rarurne-Pntl et le titre censti-
de stmcturatien centrés sur l`identilï`icatien dlun nrenri et dlun tien.enenten.t. tue la it Murale ›.›«_PnQ de llhisteire, seulignée par le jeu intertestuel avec
Lfinscriptien dlune séquence narrative dans un ce-teste dialegal (eral, théa- llhymne britannique. La Sitnatien initiale-Pn 1, lenguement espesée (phrases
tral eu d`une narratien enchãssée dans une autre) se traduit par l`ajeut, it P1 it P4), centraste avec la brièveté du i'*iread~Pn2 (P5) qu`intreduit le mar-
lleuverture, d`une Entr*ée-préfa.ee eu d`un simple Resume-Pnû et, au terme de queur tjipique de déclenchement narratif tt Seudain ss. La macre~prepesitien
la narratien, dlune Évalnarienfiitaie-Pntl qui prend la ferme de la il-iera.le des centrale (Pn3) est censtituée nen par une suite actiennelle (Rriaetien), mais
fables eu se réduit ii une simple Cintre. Ces prepesitiens (décrites dès Lab-nv et par une évainatian rétrespective (Pn). Le Dénnneinenr-Pn4 prend la ferme
'Waletzkv 19h? et détaillées dans iltdmri 1994 : 132.-13? et 1999 : 31-34) assurent d`un bilan de Fattentat (Pi). La Sirnatian fi.naie~Pn5 est prise en charge par la
1” entrée et la sertie dans le mende du récit. Balthline parle de marques de pas- derniére phrase (P3). P9 nlest qu`une indicatien péritestuelle ctnactéristique,
sage de la ceuversatien au récit en tenues de prepesitiens tt dlavant-peste si, signalant un renvei aus. articles intérieurs du jeurnal.
tt situées en plein sur la ligne de démarcatien eù s”accemp1it1“altemanee (la releve) Peur prepdre un autre esemple, esaminens rapidement la stmcture narra-
des sujets parlants si (1934 : 299). Ce qui neus amene a eempléter le schéma 16 : tive de e A une passante s- (T13) de Baudelaire. Dans ce teste, le récit
décenstruit l`erclen nancement sjvntactice-métrique du sennet élisabéthain.
Schéma 18 Une preniiere cassure sjfntasique isele le vers 1 en en faisant, au sein du pre-
EmrèE___ Intngue narrative Chute Du mier quatrain, une phrase auteneme Pl. Une deuisiéme cassure prelenge P2
au-dela de la frentiére presedique du premier quatrain, jusqulã la fin du vers
erëfeee ... -_ -.-_ -_ _.. Èviglvelitiefl 5. Cette décenstructien de llhemegénéité des quatrains en treis unités syn-
eu _ mae
Fléeurné Sitüëlllüfl Süquanœ Situatiùn llvleralel tasiques cerrespend trés eitactement aus treis premieres macre-prepesitiens
Pnu initiale _ Pntlji narratives :
fürientatienl "' '” male
Fill Nteud Déneuernentpnã [P1}1.a rue asseurdissante auteur de mel hurlait.
(ûéclencheuri (fieeelutienj [P2] Lengue, mince, en grand deuil, deuleur majestueuse,
Pn2 Pn4 Une femme passa, dlune main fastueuse
Fle-actien eu
Évaluatien Seulevant, balançant le festen et l`eu1'let ;
Pri3 Agile et neble, avec sajambe de statue.
[P3] lvlei, je buvais, crispé cemme un eittravagant,
Dans seu ceil, ciel livide eù ge1'tne lieuragan,
ri. `v'nir ii ce prepes T32, page 131, étudié plus en détail dans adam 1994 : El I-214. C15*-I1G'tL-Ilä-'.i~'-1i“*-l_ La deuceur qui fascine et le plaisir qui tue.
1515 le linguistique textuelle Périede et séquences : unités cernpesitiennelles de base 15?

' Sitnatian initiale Pnl : vers 1. La phrase Pl, ii llimparfait, dessine briéve- passé. Cenune le eenditiennel, il exprime un precés passé fictif, imaginaire.
ment le centexte urbain du récit. La rencentre est déplacée dans un lieu éleigné (Ailleurs, bien lein tlliei) et
* rlireud Pn2 : vers Z it 5. La deuxiéme phrase typegraphique décrit la femme dans un hers temps (éternité). Aux changements verbe-temperels s“ajeute le
rencenlrée et fait de cet événement l`élément principal de la mise en intrigue. passage du perceptif auditif et visuel it Tépistémique (,i'ignere, tu ne sais, rei
Cette impertance est seulignée par le passé simple du seul verbe de P2. qui le savais). Un peut ceusidérer ces vers autant cenune une situatien finale-
- É'valaa.tian centrale-iie'aetian Pn3 : vers 6 it 3. La treisiéme phrase nréle Pn5 que cemme une évaluatien finale-Pnl? en rai sen de la ferte présetrce du
imparfait et, dans les deux relatives, présents it valeur générique. narrateur et de ces medalités épistérrtiques.
Dans cette premiere partie du sennet, deux agents sent mis en scéne. .fitlers
.Î Références et lectures censeillées*
que P2-Pn2 est censacré exclusivement tt la femme-passante, Pl-Pnl et P3-
Pn3, mettent en scéne un sujet désigné successivement par rnei (v. 1), puis - Jean-lvlichel rfuIrat.«r : Le Texte narratif, Paris, Nathan, 1994 (1935).
rnei, _ie (v. ti). Cette présence dlun e. nem prepre de lecuteur s (Benveniste -Jean-lviichel rltuaivt: Le Récit, Paris, PUF, cell. Que sais-je 'i, nl” 2149, 1999
l9Î"4 : 2110) fait clairement apparaître le narrateur, sujet de liénenciatien, seus (1934).
le sujet de llénencé, acteur du réeit. Cemme le seuligne Benveniste, par cette -Jean-lvlichel rte.-tsr: e Cenditiens et degrés de narrativisatien du peème rs,
ferme, -tt un parlant [...] se réfère a lui-méme en tant que parlant a (id.). Et il Degrés l 1 1, Bruxelles, 29112 : al-a2l5.
ajeute: tt puis dénemme en face de lui TUI ss (id.). Clest ce qui advient au - le-an-Michel ltnarvt, Françeise Revax: L'anai_vse ries récits, Paris, Seuil, cell.
vers 14 eù la distance narrative du passé simple et de la treisiéme persenne du lvléme, nf' 22, 199e.
vers 3 bascule dans llinterlecutien imaginaire. - lvlilthail lvl. BAKHTIHE 1 Esthétique .-:le la eréatien verbale, Paris, Gallimard, 1934
9 [P4] Un éclair... puis la nuit 1 [P5] - Fugitive beauté (1952).
llfl Dent le regard mla fait seudainement renaître, - Émile Benveniste : Prnlztiernes de lingui.stiaa.e générale, Paris, Gallimard, 1994.
11 Nc te verrai-jc plus que dans 1`étertrité T -- William L.-tatrv, .lnshua W.st_.Er'xxv : e Narrative analysis s-, in June Helm (éd.),
12 [Pti] .itil leurs, bien lein d”ici l trep tard l _innra.i.v peut-élre 1 Essays en tire verlral aria' vi.rtral arts: praceeellrtgs nftlte l9t5-15 annual Spring
13 [PT] Car j`igrrere eir tu fuis. tu ne sais eir je vais, Meeting r.j` tire rlnrerican Etltn.alrrgir_rnl Hrrr:ierv, Seattle-Lunden, University ef
14 Cl tui quej`eusse aimée, ii ttri qui le savais l Washingten Press, l9é"i.
La cassure syntaxique du vers 9 par un tiret permet dlidentifier un Déneue- - Paul Laalvaltter tt L`a_nalvse (me1phe)1ngique du récit ss, Peétique 19. Paris,
ment-Pn4 (unis la nait) dent la brutalité est seulignée par la syntaxe émetive Seuil, l9'l4 : 3153-333.
-Txvettttl Tüütllšttïi-vi Qu'est-ce que le strur:turali.rnre, 2. Peétiqtte, Paris, Seuil,
de P4. Un a successivement une interruptiun marquée par les treis peints de
suspcnsien et une exclamatien sur un énencé neminal (puis la nuit i). cell. Peints, n“ 45, 19153 : Ti-35.
1_.`interI'ugatiuIl figllrée qui suit est redtrublée par l'apustruphe de 1'ubsente
(Fagitive beauté, d tai) et l`arrcrage nen plus dans le passé de llévénement,
mais dans le présent de llénenciatien-narratien. Ces quatre fermes dlénencia-
tien disent tentes llintense énretien qui saisit le narrateur dans les tercets. La
rencentre des vers 2 a 5 est la cause de cet état et censtitue denc bien le nceud-
4. Structure de la séquence argumentative
Pn2 de cette histeire assimilé, au vers 9, ii un e éclair rs, prebablement par ana-
legie au ceup de fendre ameurcux. 4.1. De la périede ir. la séquence
La situatien finale-Pn5 n"est pas seulement lecalisée dans la relative du Un passe d`une simple périede argumentative (suite de prepesitiens liées
ver's 10, dent le passé cempesé (rnla jfirit senrlainernent renaitre) a une ferte par des cennecteurs argumentatifs) ir une séquence argumentative lersque
valeur aspectuelle d`accempli. Un peut dire qulaprés le tiret du milieu du vers 1“en slappreehe d`un mede de cernpesitien ainsi décrit pm Ct. Dueret :
9, le narrateur epére une relecture de l`événement passé qui dépasse le récit de
la rencentre. Les présents du vers 13 cempliquent singuliérement. la Un grand nembre de textes littéraires, surteut aux xvtr et xvnr siécles, se présen-
tent cemme des raisenncments. Leur ebjet est seit de dénientrer, seit de réfuter
temptrrulilé : la rencentre passée est réactualisée dans le temps actuel de
une these. Peur ce laire, ils partent de prémisses, pas teujetrrs explicites
Fénenciatien. Le dialegttc imaginaire, marqué par llapestrephe, crée cette ce- dlailleurs, censées étre incentestahles, et ils essaient de mnntrer qu`en ne sau-
présence discursive de llabsente et du narrateur. lvlais le vers 14 est au sub- rait admettre ces prémisses sans admettre aussi telle eu telle cenclusien - la
jenctif plus-que-parfait, clest-tt-dire, dans la langue classique, le temps par cenclusien étant seit la these it démentrer, seit la négatien de la these de leurs
excellence de llexpressien du regret de ce qui ne slest pas réalisé dans le adversaires, seit encere la négatien de certains arguments de leurs adversaires.
-*Î 1 53 La linguistique textuelle Périede et séquences : unités cempesitiennelles de base 159

Et, peur passer des prémisses aux cenclusiens, ils utilisent diverses démarches Schéma 20
argumentatives dent ils pensent qu'aucun hemme sensé ne peut refuser de les
accernplir.
(Dueret l93ll : 31 et 19Î"3 : 192.) i Thèse [Ilennèes Genciusien (G)
, antérieure + Faite [F] ÎUPPP Pfühfiblfimflfil ---+ lneuvellejthèee
Bien qulelle slappuie sur des fermes littéraires de disceurs, cette défini- | P.arqü P.ar-gt î î Ftarga
tien a le mérite de mettre en évidence deux meuvements : démentrer-j us- Étavage _ _
R arg 2 E lTlClIl`1iS QUE
tifier une thèse et réfuter une thèse eu certains arguments d`une thèse il
_ ílprjnüipeã F'1IEl$'1Il"1l`J'1IllÎ.ll"I
adverse. Dans les deux cas, le meuvement est le mème puisqulil s`agit de
Base) Fi arg 4
partir de prémisses (dennées, Faits) qulen ne saurait admettre sans admet-
tre aussi telle eu telle cenclusien-assertien (C). Entre les deux, le passage
est assuré par des tt démarches argumentatives rr qui prennent l`aIlure Ce schéma nla pas un erdre linéaire ebligateire : la (neuvelle) thèse (P.arg 3)
dlenchaînements d`arguments-preuves cerrespendant seit aux supperts peut étre fennulée d'entrée et reprise eu nen par une cenclusien qui la redeuble
dlune lei de passage, seit ii des micre-chaines d'arguments eu it des meuve- en fin de séquence, la thèse antérieure (.P.arg U) et Ilétajtage (P.arg 2-) peuvent
rnents argurnentatifs enchtissés. À partir du medèle de S. E. Teulmin étre seus-entendus. Ce schéma cemperte, en fait, deux niveaux :
(1953) que T. A. Van Dijk (193l}: 119) a, le premier, intégré dans sen - justificatif (P.arg 1 + P.arg 2 + P.arg 3) : a ce niveau la prise en cempte
medèle de la superstructure du texte argumentatif, un schéma simplifié de de l"'int.erlecuteur est faible. La stratégie argumentative est deminée par les
base peut étre prepesé : cennaissances rappertées.
- Dialogiqne aa eantre-argantentatif(P.ar'g tl et P.arg 4) : a ce niveau Targu-
Schéma 19 mentatien est négeciée avec un centre-argumenteur (auditeire) réel eu petentiel.
La stratégie argumentative vise une transfermatien des cennaissances.
Uennées tïtssertien
(Prémieses] .. ..._ cenclutive 4.2. Lecture dlun péritexte argumentatif jeurrralistique <2>
Faitsls] T C
Le fragment péritextuel cemplet de la légende dlune phete de presse étudiée en
Étavage
fin de § 5 du chapitre 4 est un ben exemple d`une erganisatien périedique liée,
si élaberée qu'elle est bien preche dlune séquence argumentative élémentaire :
Ce schéma deit ètre cemplété ii la lumière d'un principe dialegique qui per- T62 [él] Deminique Pen'et, skieur extrème : e [é2] [nég.C] Neus NE semmes
met de tenir cempte de restrictiens passibles : PAS des kamikazes suicidaires: [é3] [F1] CERTES, neus prenens des
Un disceurs argumentatif [. . .] se place teujeurs par rappert it un centre-discettrs risques, [é4] [F2] M.*ltIS ils sent calculés is.
effectif eu virtttel. Uargumentatien est a ce titre indisseciable de la pelémique.
Défendre une thèse eu une cenclusien revient teujeurs a la défendre centre Si lien applique it T62 le schéma 19, en veit que P.arg 4 est le lieu d`inser-
dlautres thèses eu cenclusiens, de mème qu'entrer dans une pelérnique nlimpli- tien dlun autre meuvement argumentatif (avec ses étavages par des principes
que pas seulement un désaccerd [. . .], mais surteut la pessessien de ceutre-argu- Ppl et Ppl et appui sur des Bases B1 et B2) :
ments. Cette prepriété qula llmgumentatien dlétre seumise a la réfutatien me
semble étre une de ses caractéristiques fendatnentales et la distingue nettement Schéma 21
de la démenstratien eu de la déductien, qui, it Fintérieur d`un système detmé, se
présentent cerrnne irréfutables. F1 Î GEHTES
[és] it- denc C e-
(lvle-eschler 1935 : 4'i'.)
1 l'v1ilt|S Fléserve-réfutatien
.Î`ai prepesé de denner it la séquence rugumentative pretetypique cumplète
une ferme qui laisse une place è la centre-argumentatien : puisque P131 F2 .___Î.. denc nen-G [é2]
l en *
en vertu de B1 puisque Pp2

en vertu de B2
'
1 15111 la linguistique textuelle Périede et séquences : unités eempesitiennelles de base 161

Lfassertien entre guillemets, en 1`a vu, est une entreprise de redéfinitien, par segments cenmre une grande séquence descriptive. ll siagit, en fait, d`une
le lecuteur, de la définitien implicite de e neus a cemme tt spertifs de suite de treis périedes descriptives suivies d`une périede argumentative qui
llextréme si qui circule dans llepinien cemmune (PdV1). CERTES signale se cetupese dlune cenclusien [D2], lntreduite par ET AINSI (et ntéritent
que le lecuteur accepte, seus la fertne dlune eencessien, que F1 (le fait que ainsi de ne pas manquer de ce pain auliis ent setné) et d' un argument [D1]
e neus pren[i]ens des risques a) puisse ètre censidéré cermne un cemperte- (ils épargnent aux autres* itanunes la peine de seiner, de labeurer et recueillir
ment suicidaire (asse-rtien C implicitée : en peurrait (tiene) creire que sf neus peur vivre). Le segment périedique [D] ferme une séquence argumentative
l. _ .i sanrntes [_ . . ,i des itantilcaaes s). Llétayage (Principe Ppl et Base B 1) n"'e-st encht`tssa.nte qui fait jeuer au segnrent [A] (Lien veit certains aninratutfareu-
pas explicité. Llinterprétatien prepre au Pdltll peut teutefeis se faire auteur du cites i jl avec une epinidtreté invincible) le réle dlénencé d'une thèse anté-
raisennement suivant : prendre des risques, c`est risquer sa vie [B 1], risquer rieure (affrrmant llanimalité des paysans) et aux deux autres périedes un réle
velentairement sa vie est un cempertement suicidaire assimilable it celui des d`étayage du passage de l“argument [D1] it la cenclusien [D2] On peut ainsi
cembattarrts japenais de la deuxième guerre merrdiale [Ppl]. En revanche, résumer Fensemble du -§ 123 seus la ferme dlune séquence argumentative
llenchaïnement perte, au meyen d`un MAIS argumentatif, sur la restrictien. Si canenique :
prendre des risques (F1) est un cempertement suicidaire (C), prendre des ris-
ques calculés, en prefessiennel, cerrespend ii un tt sauf silii meins que s Thèse antérieure P.arg 11
exemplaire. Le fait F2 de calculer les risques [é4] entraine nen-C (c`est un Pdvl de DN [A]
cempertement nen suicidaire, méme si teus les dangers ne peuvent pas ètre il tuirurx rien
éliminés [é2]). Prepesitien p [D1] >:›>:>:›>[_ règle causale de passage] ::-:=e*›> Prepesitien q [D2]
Arguments P.arg 1 liltayage par le Pd'v'2 en [B et C]. Cenelusien
Le schéma argumentatif de T62 peut étre plus clairement explicité par le Passage dlun sentiment de Pitié Nnuvelle thèse
medèle de base de la séquence argumentative. Llénencé [é2] réfute, sur la it llindignatien et ii la .lustice P.arg 3
base de la dennée [é4] qulil énence (P.arg 1), une thèse antérieure (P.arg tl) P.arg 2
signalée dans llénencé [é3]. Les inférences a tirer de [é4] mènent ii la cenclu-
Ce meuvement argumentatif transferme la descriptien des paysans en
sien dennée d`entrée. Suit un embryen de séquence argumentative :
plaideyer centre la misère des campagnes (genre rhéterique judiciaire
appuyé sur llindignatien). Le reteurnement du Pdt? initial de GN (serte de
Schéma 22 thèse antérieure) est un appel au changement secial (neuvelle thèse). Les
treis premières périedes fent appel il la pitié, lt 1'émetien éthique préjuridi-
Tnése 13-ennées Genclusien que. En [D], llindignatien du lecteur devrait succéder it sen sentiment de
antérieure lv1A1S F2 [é-4] iîru- nen-G [é2] peur [A] et de pitié [B] et [C], sur la base, cette feis, d`une émetien
K- P. arg E1 P. arg 1 P. arg 3 appuyée sur une nerme dléquité. ll slagit - et clest la tent le sens du genre
Eiennées Cenclusien meralisateur des Caractères - de trancher entre l`injustice (pauvreté des
Fr [éa], ,_ C [es]_ paysans réduits a llétat animal) et la justice : ils méritent au meins de man-
Pi arg 1" Ft arg 3' ger le pain qulils sèment. Un teuche ici it une dennée fendamentale de la
rhéterique : la capacité d`émeuveir (rnevere) censiste it teucher les lecteurs
par le biais des sentiments (petites) et pas seulement de la raisen (les chai-
Cem me en le veit, la macre-prepesitien Parg.l} est elle-méme censtituée de nes d'arguments).
prepesitiens argumentatives censtituant ttne périede que lien peut dire
enchiissée. En llabsence dlétayage explicite des inférences menant de [é-3] ii la ui Références et lectures censeillées 11':

cenclusien nen exprimée (C) - ce qui est déveluppé, en slen deute, dans
llentreticn que la phete et cette légende accempagnent -, en est en présence -Jean-lvlichel Antuvr : tt lfargumentatien dans le dialegue ss, .-Langue fraitçaise
d`une simple périede ternaire. 112, Paris, Lareusse, 19961 : 31-49.
-Jean-Michel Aussi : tt Une appreche textuelle de lltagurnentatien: schéma,
4.3. Fragment 123 des Caractères de La Bruyère *síór-› séquence et phrase périedique rs, in lvlarianne Deury et Sepliie lvleirand (éd.),
Paris, Presses universitaires de la Serbertne, 2-335 : [Hill-lflfltl.
Bien que ce texte seit' intredtrit par un marqueur de descriptien pereepmelle -lIlstva1d Ductterr : La Preuve et ie Dire, Paris. lvlarne, 1923.
(en vait), il serait inutile de décrire techniquement la suite des treis premiers - Uswald Dtrthtrt' I Les Êclrelles rtrgttrrrenlatives, Paris, lvlitrull, 1931.1.
192 La linguistique textuelle Périede et séquences : unités cempesitienneiles de base 163

- Stephen Enutsretv Teu |..1vrnv : Les usages tte l“urgunr.entatian, Paris, PUF, 1993 cause et mettre le fecus sur l'étreneiatien de cette cause plus que sur celle de
(1953). la réalité de la situatien causée. Clest ce qulactualisent très clairement les
- Walter Krr~1Tst3I-1, Teun A. llatv Dur: : Strategies nf Discaurse Cenrpreirensian, deux parties de llexemple publicitaire strivant :
New Yerlc, Academic Press, 1933.
T23 Brave, encere plus d`impfrts 1
- Jacques lvleescntert : Arguinen.tatr'an et can versatien, Paris, Hatier-Crédif, 1935.
Dlaberd la mauvaise neuvelle : (23a) S1 vetre ceurbe de bénéfice-s mente en
-Teun A. bien Durs : Macrustructure.r. An in.ter.-:lisciplinar_v Study qf Glenat flèche, le fisc va veus dema_nder des cemptes. Et maintenant la benne : (23b) SI
.Structures in Discaurse. iitteractien and Cegnitinn, 1-Iillsdale, Lavvrence Erlbaurn le fisc veus demande des eemptes, C*ElST QUE vetre ceurbe de bénéfices est
ass., 1931]. mentée en flèche.
Un ne peut mieux mettre en reuvre le reteurnement de l`inductien (23a)
[SI p :› (alers) 1:-› q] par (23b) [S1q` -c clear QUE se p`]. La structure binaire
st.éréetypée de cette publicité permet de fragmenter en deux temps les
5. De la périede à la séquence explicative mements dyspherique (tt encere plus dlimp-fits s) et eupherique (tt Brave s).
Dans cette structure, ce qui était négatif (q et qi) est ret.eurné pesitivement
5.1. Structures périediques explicatives en S1... C'EST tv si rf)-
(PARCE) QUE Llexemple déja eité T56 (Fénéen) est une versien elliptique de cette struc-
ture périedique explicative :
L“'explicati_en_peut apparaître dans de ceurts segments. Ainsi la ferme de
phrase pénedrque au présent qui cembine SI (intreducteur dlune prepesitien T56 PARCE Q1.l“i1 préfère le drapeau blanc, lvl. Lens, maire de Pleuéxee, en
qut pese un preblème) avec C`EST QUE eu C`EST PARCE QUE, intreduc- avait lacéré un t.rlce1ere, et en 1“a révequé.
teurs dlune explicatien. Cemme dans le titre de T61 et dans T21 : (Fénéen.)

T61 SI les spertifs de l`extréme se vertdent, C'EST POUR gagner leur liberté. Llexplicatien se fait en deux temps : f i) (TEST PARCE Qtilii préfère le
T21 SI la Ligurie est meins eentrue que la Tescane, C'EST QUE cher: neus drapeau blanc [cause] QUE M. Lens, nr.-:rire de Plai.rér:ec, en n lacéré un trice-
les teurs sent parfaitement verticales. Nes pates ne sent pas en cause. lare [fait expliqué] et (2) C"E5'T PARCE QU`il prefere le drapeau l:-flanc
(Publicité Agnesi.) [cause 1] ET PARCE QUE M. Lea.s, rnaire de Plattésec, en a lacéré un trice-
lere [cause 2], QU'en l'a révegué [fait expliqué]. Le cennecteur PARCE
Que la snucture enrpleyée seit de type [S1 p, C`EST PARCE QUE q] eu QUE suffit a signaler dlemblée la ferme explicative de ce texte-périede.
[S1 p, C*EST POUR QUE q] eu [SI p, C`EST RAISON DE q] eu [S1 p,
C`EST [QUE] q] eu eneere [S1 p, CELA TIENT A q], ces phrases périediques
explicatives suppertent tentes la transfennatien [C`EST (PARCE QUE.-" 5.2. Structures périediques rétreaetives
POUR) q QUE p], attestée dans ce chapeau dlun article de magasine T22 :
Uexplicatien peut, ii la différence de T56, ne pas ètre signalée d`entrée et sur-
T22 C*ES:l` PARCE Qlllun rei décida de rnedifier la date du premier jeur de venir d`une relecture déclenchée par des cennecteur's centme rr'esu"vaila peur-
1 annee' QUE neus peuvens maintenant neus livrer it des facéties le guei. Ainsi dans ce petit peème de Raymend Queneau (Ceurir les rues,
1*”-“' avri _ Gallimard, 1962) :
Cemme en le veit, la relatien d`erientatien linéaire pregressive des périedes T24 Ptses ets La Bss't'n.Ls
irypethétiques [SI p prutase : =- inductien :› (alers) q upedese] - que lien peut
ceusidérer, depuis Aristete, cemme le medèle de llitrférence - slinverse, dans ll y a une lettre de Leibnirt
les périedes explicatives, en un “erdre régressif : [S1 p aperi-see -=: explicatien e: datée du l4juillet 1636
(C`EST QUE l CELA TIENT A) q pretase]. Ces deux types de périedes réu- dans laquelle il signale llimpertanee
du principe de raisen suffisante
nissent deux prepesitiens-éneneés : une pretase q (placée legiquement
c`est une date darts l'histuit'e de la philesephie
devant) et une apealnse p (qui déceule de q). Cette di stinctien met en avant le C”EST PUURQUCII chaque année le peuple de Pru*is
rappert legique et nen pas temperel entre prepesitiens : [C'EST PARCE QUE strr les places publiques danse teute la nuit
q pretase QUE p apedese]. Selen un schéma prévu par Aristete (Premiers
Attal_vtiques1l, 22, Tila et 13), en remtmte de llindlce (p) a ce qu'il indique (ej). Cemme en le veit, llexplicatien peut ne pas ètre tent `a t`ait cenferme ii la
Le meuvement inférentiel part dlun indice-effet peur rementer ensuite ii sa vérité du mende que neus cennaissens en restant structurellement une expli-
“* 154 La linguistique textuelle Périede et sequences : unités cernpesitlennelles de base 155

catien. Le texte de l`affiehe T63, dent neus avens déja parlé, présente égale- netcr que vriiciLfvutl¿=:, en raisen de la présence étjvinelegique teujeurs sensible
ment deux segments explicatifs-_1ust1ficatifs fenctiennant dans un sens de Firnpératif tt veis ici sv, -x veis la vs, integre le ce-éneneiateur plus fertemeut
centraire et cempertant une pertée dlarnpieur tres différente : {au sens eù l`in1plicatien est plus libérale, meins eentraignante'J que c'est. En
effet, avec tfeíctfveilti, le ce~éneuciateur est mené it partager avec E2 [l"'énen-
T63 Des geuvemants de rencentre ent pu eapituler, eédtmt it ia panique, ciateur `a l`erigine du peint de vue] la cenclusien que ce dernier en tire, et ce
eubliant l`henneur, livrant le pavs .it la servitude. Cependant, rien n`est d`autaut plus sûrement que le ee-éneneiateur est assecié il Fnbservatien préa-
perdu l iable de E2, il ce titre uen centestable. Cemme par ailleurs la cenclusien sem*
(t'i3a} Rien nlest perdu, PARCE QUE cette guerre est une guerre rnendiale. ble déceu ler de la ce-ebservatien de l`énenciateur et de seu ce-éneneiateur, il
Dans l`univers libre, des ferces immenses n“ent pas encere denné. Un s*ensuit que la cenclusien de E2- se denne cemme une ce-cenclusien de E2 et
_|eur, ces ferces écraserent llennemi. il faut que la France, ce jeur-lit, seit de sen ee~énenciateur.
présente a la vtcteire. .¿'tlers, elle retreuvera sa liberté et sa grandeur. Tel (ZUUI : l~*1ll-142.)
est men but, men seul but l
(ú3b} Vfllluä PUUR-QUDI je eenvie teus les Français, eù qu`ils se treuvent, Dans l*ex.plicatien, la cembinaisen du présentatif et de l`inten*egatif
a s*unir ii mei dans l`actien, dans le sacrifice et dans l'espérance. PUURQUOI abeutit à la censtruetieu finale d`un partage de creyance qui
succéde .it la différence de saveirs it l“erigine du questiennement initial.
En [b3a}, le meuvement est interne à la phrase qui vient reprendre et jus- L"ex.pli.catien s`achéve par un cens_ensus pertant sur les faits ebservés et
tifier l'assertien preblématique précédente, lntreduite par le cennecteur sur la causalité qui les relie. WUILÈL met 1`accent -(le fecus) sur la censé-
eencessif CEPENDÀNT qui signale Féiément preblérnatique lp] it quence. C*est sur llargument majeur de la persuasien que.repese la censen-
expliquer: -s Rien n”est perdu [p], PARCE QUE. :> pertée a dreite :*=› cette sualité censtruite par (TEST et par VOILA.. L“assertien des prepesitiens p
guerre est une guerre mentliale [q] ›:-. En revanche, en (dllb), la pertée a et q ne fait pas en serte d`étre adéquate à un état du mende, elle fait en
gauche du cennecteur `v`OÃ[Lrft PGURQUOI pese le fait de dire je cen.vt`e serte que le mende seit vu par le lecteur-auditeur petentiel cenfermément a
teus les Fruuçuís... cemme causétjustifié parle ce~texte antérieur : le meu- la creyance prepesée par Féuenciateur. et. Rabatel cenclut sen analyse des
vement explicatif (63a) est euchãssé dans le meuvement explicatif (63b) présentatifs par une remarque qui va trés au-dela des cmpleis narratifs
dent la pertée a gauche englebe teut le ce-texte antérieur. On a ici l“'illustra- qu”il décrit :
tien du deuble meuvement textuel explicatif de base: meuvement :it
dreite, euvert par un cennecteur explicatif et attendant sa marque de cle- Les présentatifs manifestent une ferce argumentative indirecte redeutable,
puisqu“[...1 ils neus (lecteur-s} invitent il partager avec le fecalisateur les infé~
ture {63a), t1`une part, et meuvement à gauche, amenant ii ceusidérer
rences tirées de Febservatien des faits, sur le mede des évidences, dent en
rétrespectivement une pertien plus eu meins grande du ce*texte antérieur sait qu'elles ne sent jamais aussi efficaces que lersqu“elles sent partagées, il
cemme explicatif (f›3b) et TT4). netre insu.
Llemplei de VUILeu'C`EST POURQUOI présente la prepesititm p (ÊUU1 : 142.)
cemme issue d`un meuvement cenclusif. Cemme le dit J.-B. Griae : tx ce ne
Uebjectif ultime d`un partage de creyance étant un but tl`actien, Fexpli-
sent plus les nteuds d`un réseau qui cemptent, mais leur tetalité, leur
catien apparaît bien cemme un acte intermédiaire entre le but illecuteire pri-
glebalité s (1993 : 33?). Ciest précisément cette (re)tetalisatien, cette gle-
maire de l`assertien (partager une creyance eu une cennaissance) et le but
balisatien, que marquentles indicateurs de fin d`un segment textuel explica-
ultime de l'acte (cenvaincre peur faire agir). L`exemple Te3 présente les
tif. Le présentatif UUILP. partage un rtile plus général avec (TEST : VOILÀ
deux étapes du precessus. Dlaberd asserter le lien entre p et q, ensuite pré-
renveie au ce-texte antérieur cemme .it une preuve de p. Ces présentatifs
senter la cenclusien assertée cemme le résultat d`une démenstratien. Cette
n“instaurent pas seulement un renvei référentiel. La présentatien d`un ebjet
mécanique explicative repese sur la censtructien d`un univers de disceurs
du disceurs a quelque chese ii veir avec la censtructien d”un mende et la
présenté au _lecteurl'auditeur cemme ebjectif, cemme un fait établi. lvl.-J.
mise en place, entre celui qui explique et sen destinataire, d”`un centrat de
Berel eppesait sur cette base la justificatien de l`act1en, qui extge un enga-
crédibilité-vérité. Les présentatifs (TEST eemme {ET} VOILÀ pessédent it
gement de celui qui s'v livre quant it la valeur de l`actien, et Fexpljcatien,
la feis une valeur {re)présentative et une valeur éneneiative bien détaillée
qui xx suppese un déplacement de sen auteur d*une pesitien d“agent impliqué
par A. Rabatel :
par la signifieatien de l*actien vers une pesitien de témein qui repere des
[...] vriicixveilri ent un rele quasiment aussi efficace que c`est, en présentant événements et, méme, des causes dans les intentiens, les mettfs etxles fins :-:-
les faits centenus dans les énencés a la suite du présentatif cemme le résultat {l9El : 53). Les marqueurs de pertée a gauche ETlC`ESTf`v'OlLA POUR-
d`une mise en relatien valable ti`aberd peur Féneneiateur, mais aussi peur le QUCII inscrivent le segment textuel qu`ils ferment dans le censensus sup-
ce-éneneiateur, ici plus fertement impliqué qu`avec il y u. Un peut d”ailleurs pesé atteint.


165 La linguistique textuelle Périede et séquences : unités eempesitiennelles de base lflï

5.3. Structure de la séquence P.expl.l, le secend [PARCE QUE] amene la deuxiéme macre-prepesitien
ebligateire P.expl.2. Suit généralement une treisieme rnacre-prepesitien de
J.-B. Grixe a trés tet appuyé sa définitien de la e structure générale d'une ratificatien P.expl.3. Uensemble est seuvent précédé par une descriptien qui
séquence explicative ii *(1990 : lU'i') sur la présence de deux -s epérateurs ii. cerrespend a une schématisatien initiale destinée il intreduire Febjet preblé-
Un premier epérateur (PUURQUOI) fait passer d“une schématisatien initiale matique (P.expl.l}) que thématise la questien en POUQUCII (fl) qui cerrespend
(Schi) qui présente un ebjet cemplexe ii une schématisatien qui fait prebleine ii la macre-prepesitien P.eiqil.l :
(Schpb). Un secend epérateur (PÀRCE QUE) permet de passer de Ftibjet
preblématique ii une schématisatien explicative [Sch.expl). La structure de la Schéma 24
séquence explicative est, selen Grise, la suivante :
P. explicative tl : Sehernatieatien initiale
Schéma 23
Sequence Peurquei p '? P. explicative 1 : Preblerne [questien]
Sch.i PUUHGUUI '? [p] Sch.ph PÀHGE QUE [q] Seh.eitpl Exetlesrrlva Parce que q P. explicative 2 : Explicatien trépeneel
ûhjet cemplexe :›:=-:=›:=-:=-:›:=-:›:›:›:›:›:›:›:›-'.=-:›:›:›P|'el:ile~n1e :.~:>>:›->:=›:=-:=›:=-:=-:=-:=-:.›:=-:=›:› Eitplieatien
P. explicative 3 : Hatiiicatien-évaluatien
La schématisatien initiale (Sch.i) étant seuvent seus-entendue, deux types
de POURQUUI ? deivent étre envisagés : ceux qui reprennent un élément 5.4. La fin d'un disceurs pelitique de Giscard d'Estr-ring
antérieur et re-schématisent le preblenie pesé, et ceux qui, ne dispesant pas de
"_"4-_

ce-texte antérieur, eperent directement cette schématisat.ien du prebléme La mise en ceuvre de ce medéle préferniaté tfempaquetage de prepesitiens
(PUURQUUI p 'i'), seuvent au meyen de pseude-questiens. La structure cane- peut étre illustrée par un exemple qui présente une serte de meu vements expli-
nique cemplète est euverte par un POURQUUI interregatif - vraie interrega- catifs ii treis niveaux différents de cemplexité. il sl agit de latin du di sceurs du
tien dans les dialegues eu fausse interregatien Ifdite -ri rhéterique ii) dans les président *Valéry Giscard d”E.staing, prenencé en janvier 19'i'8, a l`eecasien
structures menelegales -, suivie d*une eu de plusieurs répeuses en PARCE des électitins législatives, dit e Disceurs du ben cheix ii .
QUE, cemme dans T3 :
'I`T5 lvles cheres Francaises et mes chers Français, je veus ai parlé du ben
T3 Peurquei suis-je si belle 'i' l' Parce que men maître ine lave. cheix peur la France. {'i'5a] Je l`ai fait, veus l`avcx vu, avec une certaine
De nembreux chercheurs sent d`accerd peur reprendre le neyau du medèle gravité. Il faut que je veus dise PGURQUOI. et je veus racenterai,
'POUR CELÉL, un seuvenir d`enfaiice.
de Griae et peur ajeuter un élément a dreite. Cela denne un autre medèle ter-
Quand j'avais treiee ans, j`ai assisté en .eiuvergiie a la débâcle de l`arinée
naire de la séquence de base (Celtier lštfšti : 8-) : francaise. Peur les garçens de men tige, avant la guerre, l*armée francaise
Piiusr-r de que.stieiinemeiit + Hliuse réselirti ve + Pliu.se cenctnsive était une chese impressiennante et puissante. Et neus llavens vue arnver
en miettes. Sur la petite rente, prés du village eù j*irai veter en mars
On retreuve la méme structure en treis phases dans les travaux de lvl.-lvl. de cemme simple eitejven, (T5b} NOUS INTERRUGIGNS LES SUL-
Gaulmyn {l98é) et de E. Gtilich (1990), qui reprennent les -s side sequences si DATS PUUR ESSJLYER DE CUMPRENDRE : ii Que s“est~il
de G. Jeffersen [19?.'?.). Giilich appelle e séquences cenversatiennelles passé “i s _
explicatives x- les «s séquences latérales ii qui, dans les interactiens erales, se La répense neus venait, teujeurs la méme : fx Neus avens été trempes, en
cléveleppent en treis phases maîtrisées par les enfants des dix eu enxe ans. neus a trempés. s- _ _
åvec de Gaulmyn, elle définit ces treis phases de la façen suivante : J *entends encere a quarante ans d*intervalle cette répense et._ie me suis dit
que (T5c} SI j'exereais un jeur des respensabilités, je ne permettrais
- Phase 1. Censtitutien d*un ebjet ii expliquer (recennu et accepté, qui peut jamais que les Français puissent dire : e Un uetis a trempés. ii
étre présent dans la situat.ien eu étre langagierfi et des rtiles de sujet qui expli- {'i'5tl)C'EST PUURQUDI je veus parle clairement. [_ _ _] _ _
que et de sujet auquel sladresse Fexplicatien etfeu qui la reçeit. [...] La ferce et la faiblesse de la France, c”est que sen sert n`est jamais
- Phase 2. Nejvau explicatif. définitivement fixé entre la grandeur et le risque de médiecrité. {'i'5e) SI,
- Phase 3. Ratificatien : sanctien de Fexplicatien et cltiture de ia séquence. au fniid de mei-méme, cemme veus le sentez bien et, cemme je le pense,
Cette phase de ratificatien ctirrespend a ce que neus avens dit plus haut du les Eeurguignennes et les Beurguiguens l`ent senti pendant ces deux
jeurs, SI au fend tle mei-méme je veus fais cenfiance, UEST PARCE
censensus suppesé ebtenu au ternie de liexplicatien.
Un abeutit ainsi a une structure séquentieile de base dans laquelle le premier
epérateur [PUUQUUI] intreduit la premiére macre-prepesitien ebligateire T. Petu' une étude de cette tin dc disceurs, centrée sur le récit, veir Ftdam 1994 : 255-Eîll.
* lE›l3 La linguistique textuelle Périede et séquences 1 unités eempesitiennelles de base les

QUE je suis sûr qu“au mement de cheisir, eubliant tent ii ceup les rancu- plissement dlun engagement pris dans |`enfance. La nature clairement expli-
nes, les tensiens, les appétits, veus penserea qu`iI s`agit d`autre chese et cative du SI de (Îlfie) est vérifiable par la transfermatien qui censiste it
que, qui que veus seyea, incennus eu célébres, faibles eu puissants, veus remplacer SI par QUE et È inverser Perdre des prepesitiens: -x @EST
détenea une part égale du destin de netre pays. Et alers, cemme veus PARCE QUE [q] QUE [p] si.
llavex teujeurs fait, veus female ben cheix peur la France l
Le fait que cette fin de disceurs seit ainsi saturée de segments explicatifs ____._ Références et lectures censeillées*
n`est certainement pas un hasmd. Llénencé (Tia), il l'init.iale de la pérerai- -Jean-Michel einem: e Analyse pragmatique et textuelle d'un récit pelitique:
sen, pese un premier fait preblématique (un fait de disceurs) : -=< Je l`ai fait, llexempie giseardien de la fin du “disceurs du ben cheix peur la France" ii, Le
veus llavex vu, avec une certaine gravité :-:›. Seit llénencé du prebleme Texte narratif Paris, Nathan, 1994 I 255-ZTI.
[P.expl 0], ctinfirmé par l'énencé suivant : e Il faut que je veus dise POUR-
- Ivlarie-.leanne Betust : e Denner des raisens. Un genre de disceurs,
QUOI p si [P.expl 1]. L'explicatien-justificatien du ten général des quarante Fexplicatien ii, Revue eurapeenne des scieiicer suciales 515, teme XIX, Geneve,
premieres minutes du disceurs [P.expl 2] est dépertée vers un récit : e et je Dren, l9lll : 3?-153.*
veus racenterai, POUR CELA, un seuvenir dlenfance s-_ au terme de ce - Danielle CeLTtEs. : -s rftppreches du texte explicatif ii, Pratiques 51, lvleta, l9Sti :
récit autebiegraphique, en {'i'5d}, en pesitien de ratificatien [P.expl 3], un 3-22.*
indicateur de clôture de la séquence explicative-apparaît : e (TEST POUR- - Marie-Madeleine DE Gnuttviiiv : -x Appreiidre a expliquer ii, Ti'-MNEL l l, Univer-
QUOI -c pertée a gauche -:I je veus parle clairement [p“] ii. La pertée a gau- sité de Neuchatel, lštlšú : 119-139.
che de ce ctinnecteur remente jusqn*a (?5a): e Il faut que je veus dise
-Jean-Blaise Guise : -x Legique naturelle et explicatien ii, Revue eurepéenne des
POURQUOI p :› pertée a dreite :› s. La pertée a dreite de (T5a) s`arréte avec
sciences seciales, n“ tie, teme XIX, Geneve, Drex, IQSII : T-t4.
{Îl5d]. On a denc bien ici un beuclage exemplaire d`une séquence explica-
- Jean-Blaise Glttî-:te : Legiaue et larigage, Paris, Ophrys, l99{i.*
tive cemplexe.
-Jean-Blaise Ottlxe : e Observatieus sur le “cemment" et le “peurquei" : legique-
Au cteur de cette séquence, le récit autebiegraphique, qui eccupe la place de et sémietique s-, Mélnii.ge.r e;ffeiv.s ri Jean Pe_vtar-al, vel I, Besançtin, annales litté-
P.expl 2, peut étre lui-méme déceinpesé cemme une séquence explicative dia- raires de Funiversité de Franche-Ctimté, 1993 : 331-339.*
iegale. Les enfants recennaissent l`auterité et la cempétence explicative des - Élisabeth Gtil.tt2H : e Peur une ethne-méthedtilegie linguistique. Descriptitm de
seldats. La légitimité de la questien qu*ils leur ptisent tient au décalage entre séquences cenversatiennelles explicatives si. in lvl. Chartilles, S. Fisher et .l. .lajreit
des attentes et un résultat désastreux. Le cheix du verbe e cemprendre ii thé- (_éd.], Le llíseuurzv. Repréreiitatiens et tÎri.terpre'tritien.s, Presses universitaires de
matise bien le besein d”explicatien et transferme la questien pesée en POUR- blancv, l'§'9tl : 'll-ltlãl.
QUOI [p] ? et la répense en PaRCE QUE [q]. - Gai] .lEt'*'FERstiH : e Side sequences ii, in D. Sttdnew (éd), Sturlies Sricial littertitr-
tieii, New Yerlt, l9'l'2 : 294-233.
Schématisatien Sehématisatien ' Schematieatien
initiale d'un du explicative
ebjet cemplexe prebleme Fieselutien
PULIFI QUOI '? P.s.FiCE QUE
Armée puissante üuestien pesée aux seldats Fiépense des seldats
pourtant en miettes =-= Que s'est-il passe '? ›› == Un neus a trempés ››
lnterregatien des enfants Fieeherehe des causes Explicatien 6. Des paires d'actes de disceurs
à la séquence dialogale
La cltiture (Tic) - `a la feis évaluatien finale P. expl 3 et e mtirale s du
récit - cemperte un cennecteur SI caractéristique de l”indnctien de type [Si p Les différences entre cenditiens énenciatives erales réelles et cenditiens
IÀLORS q] : xt SI j`exerçais un jeur des respensabiiités [p] je ne perrnettrais énenciatives écrites expliquent ]`écart impertant qui existe entre une cenver-
jamais que les Français puissent dire : “On neus a trempés“[q] ii. -Ce SI argu- satien erale et un dialegue thé:-Îitral, cinéinategraphique, remanesque eu de
mentatif differe du SI expiicatif que lien trenve en (T5e) : -s SI, au fend de bande dessinée. Le mime de la ceuversatien erale abeutit ii des fermes diale-
mei-méme [...], SI au fend de mei-méme je veus fais cenfiance [p], CEST gales écrites qn“en ne saurait cenftindre avec de Fers] authentique.
PARCE QUE [...] veus ferea le ben cheix peur la France [q] ii. Ces deux E. Geffman censidére les fermes artistiques théâtrales et remanesques
empleis de SI différent en particulier par l`usage des temps verbaux : cemme une e transmutatien de la *ceuversatien s et il parle assea justement
rne(n)de irréel-fictiennel en ('Î"5c] et me(_n}de réel-actuel en (Î"5e]. La fictien d'un e jeu pétillant eü la pesitien de chaque jeueur se rétablit eu se medifie
de (Tl5c} censiste a faire passer Pacte d'énenciatien en ceurs peur l“accem- ii chacune de ses prises de parele, qui censtitue a chaque feis la cible princi-
1 Titi te linguistique textuelle Périede et séquences : unités eempesitlennelles de base l?l

pale de la réplique qui suit. Ordinairement, la parele [...] slapparente mtiins P.dial tl -c-::-*:'.-=*:-=:-c-=*:<:--*:-si Séquences phatiques .“:.=~.'==~.'=›:=›2-*›:=~:=-:=~“:-›:› P.dialt-'.1
au ping-peng s (1933 : 42). Clest également vrai diun genre dialegal de la Echange Séquence transactiennelle Échange
presse écrite cemme Fintervieiv. La nermalisatitin scripturale des énencés d'euverture Questien :=›:›:› Répense :›::=-::› Élvaluatien de cléture
abeutit a une ferme de texte dialegal quii] ne viendrait a l`idée de persenne
[Al]-[El] [lftî] [B2] [ÈI3] [eté]-[B3]
de cenfendre avec de lieral authentique. Je me cententerai ici de la défi-
nitien interactitinniste du texte dialegal-cenversatiennel que prepese Dans le premier texte des Petits peèmes en prese de Baudelaire, les inter-
Gtiffman : ventiens successives du questienneur (A) et de liétranger (B) censtituent des
ceuples d' interventiens (Q 3:*- R) fermant une suite diéchanges (EI) qui fait plus
Les énenciatiens ne sent pas Iegées dans des paragraphes, mais dans des teurs ressembler ce texte a une partie de ping-peng dent parle Geffman qu'i`i une
de parele qui sent autant dieccasiens temptiraires d“eccuper alternativement la
vraie ceuversatien :
scene. Les teurs sent eux-mémes natiirellelnent ceuplés seus ferme tl'éclianges
bipartites. Les échanges sent liés les ttns aux autres en suites marquées par une TT? i.`érn.›uveEn
certaine t.hématicité. Une eu plusieurs suites thématiques ferment le cerps
d'ime ceuversatien. Telle est la cenceptien interactienniste, qui suppese que - Qui aiines-tu le inieux, hemme énigmatique, dis 'i ten pére, ta mere,
teute éntinciatien est eu bien une déclaratien qui établit les pareles du lecuteur ta sueur eu ten frére 'E' QI:-«-
suivant cemme étant une réplique, eu bien une réplique ii ce que le lecuteur - .Ie n`ai ni père, ni mére, ui steur, ni frère. 3:-R1 = E1
précédent vient d`établir, eu encere un mélange des deux. Les énenciatiens ne - Tes amis T Q2:>
tiennent denc pas teutes seules et n`ent méme seuvent aucun sens ainsi - Vetis veus serves la d“une parele dent le sens
entendues ; elles stint censtruites et minutées peur seutenir liétreite cellabera- mie-st restéjusqulà ce jeur incennu. .':=-R2 = E2
tien seciale quiimplique la prise de teur de parele. Dans la nature, le met pre- - Ta patrie É' Q3:.›
nencé ne se ueuve que dans l'échange verbal, il est tetalcment fait peur cet - J 'ignere seus quelle latitude elle est située. >R3 = E3
habitat cellectif. - La beauté 'E' Qé:-›
(IQST 1 S5.) - Je l`aimerais velentiers. déesse et immtirtelie. .':>R-*I = E4
- L“er È' Q5>
On peut prendre appui sur la terminelegie assez cemmunément admise - le le hais cemme veus hai'ssex Dieu. R5 = E5
aujeurdiliui que C. Kerbrat-Oreechieni résume ainsi : il Les actes de langage - Eh l qu`aimes-tu denc, extraerdinaire étranger È' Qu:-›
se cembinent ptiur censtituer des interventiens, actes et interventiens étant Ilaiine les nuages... les nuages qui passent... la-bas...
preduits par un seul et méme lecuteur ; des que deux lecuteurs au meins inter- les merveilleux nuages l 2:-*›R6 = E6
viennent, en a affaire a un échange ; les échanges se cembinent peur censti-
Lialternance des répliques est marquée par les tirets, mais les ceuples de
tuer les séquences, lesquelles se cembinent peut censtituer les interactiens,
répliques (Q-R) ferment chaque feis un échange dépeurvu de cléture éva-
unités maximales de l`anal3ise si (1996 : 36).
luative. On a ]`impressien que l“évaluatien implicite des répeuses de l`étran-
Ce passage en disctiurs direct de la Cenrlriiieri. de Perrault présente une ger déclenche chaque feis une neuvelle questien, jusqu`a la derniére,
structure canenique de transactien ~ séquence dialegale élémentaire - marquée par un e Eh l :›:› de surprise et un e denc si qui appelle phatiquement
enchainant treis répliques de persennages (A et B) qui alternent peur fermer la derniere répense. Le tent ferme une interactien ii laquelle manquent nen
un échange cemplet : questien de et (Q), répense de E (R), puis évaluatien seulement les évaluatiens, mais aussi lieuverture et la cltiture phatiques,
(Eval) de la répense par le questienneur (lit), qui vient clere ainsi la avec les élémentaires salutatiens d`usage, qui naturaliseraient cette cenver-
séquence-échange : satien. La relance des questiens pesées par un anenjime interlticuteur épuise
une série de pessibles qui fait ressembler lie étranger si a liaibatres du célè-
T76 [Q-rtl] Cendrillen, serais-tu bien aise d' aller au Bai 'i' [R-B1] - Hélas, hre peème des Fleurs du mal: -s Le Peéte est semblable au prince des
lvlesdei_neiselles, veus veus mequea de mei, ce n`est pas la ce quiil me
faut. [Eva]-A2] - Tu as raisen, en rirait bien si en vejvait un Cucendren
nuées ii. Figures du peéte, l`étranger et lialbatres ne sent pas faits peur un
aller au 1?-al. mende dent ils ne partagent pas les valeurs. Sans erigines (rt ni pere, ni
mere... ii), sans natienalité et sans affectiens, cet étranger est preche du
rftuteur de ce neyau transactiennel de base, un texte di alegal est encadré par e prince des nuées ss.
des séquences phatiques d`euverture et de cltiture. Les séquences transac- Dans le peème d`Eluard T3, l`échange est nen seulement incemplet, mais,
tierinelles censtituant le cerps de Finteractien, un texte cenversatienne] élé- l`altemance des intervenants n*étnnt pas respectée, en ne peut pas vraiment
mentaire cemplet peurrait aveir la ferme suivante : parler dlécliange.
ÎÎZ ts linguistique textuelle Périede et séquences : unités cempesitiennelles de base 123

T3 Peurquei suis-je si belle 'E Demande diexplicatien de l-'tl T35 seieter e“aureivi1ve
Parce que men maitre me lave. Répense-explicatien de 1-'sl
Ils me disent, tes yeux, clairs cemme le cristal :
Le rédactiennel publicitaire suivant, t.iré diune campagne financée par la e Peur tei, bizarre amant, quel est denc men mérite 'i s QI
Cemmunauté eurepéenne, expleite la méme structure : - Suis charmante et tais-tei l lvlen cteur que tent irrite, nen-R1
Excepté la candeur de liantique animal,
T28 Peurquei les eranges sanguines sent-elles idéales peur une pese
snack T Ne veut pas te mentrer sen secret infernal [_ _ _]
Parce que tant la pulpe que le jus des eranges sanguines ent. un gefit irré- Crime, herreur et felie ! - Ct pale marguerite l
sistible. lit la maisen, au bureau, en premenade, elles fent naitre sur ves Cemme mui nles-tu pas un seleil autemnal,
levres un stiurire enseleillé. O ma si blanche, il ma si freide llvlargtierite 'l' Q2 = R1
Le présuppesé de la Q de T23 est le suivant : les eranges sanguines sent Si les vers 2 et 3 semblent repreduire un échange en disceurs direct (guille-
iderries peur une pese snack. La questien nia peur but, dans cette fenne trés mets encadrant la questien et tiret a liinitiale de la répense, signalant le chan-
fréquente en publicité, que diasserter indirectement le présuppesé. Les fausses gement de lecuteur). Lialternance des .IE et TU garantit liarticulatien
Questiens de T3 et de TTS se présentent cemrne des «s questiens dialegale minimales des deux interventiens, méme si le vers 2 est, en fait, une
rliéteriques ii, appellatitin centre lat|uelle Bally s"`est fert. justement élevé : parele silencieuse prétée aux yeux de celle qui semble aveir peur prénem
[_ _ _] désignatien absurde, mais bien caractéristique de l'ancienne écele, qui
lvîlargueiite L`acte de -tt répense si prend ici, nen pas la fenne de l`assert;ien
veulait expliquer par les precédés de l'art d'écrire et de liélequence les aspects habituelle, mais celle d`un erdre (acte directif) d`ailleurs suivi d`effet puisque
affectifs du langage. En réalité, une interregatien rhéterique n“est pas une inter- le dialegue ne se peursuit pas. Cette répense seus une ferme injenctive cerres-
regatien et n`a rien de rhéterique [...]. Disens que llinterregatien qui n`inter- pend, en fait, à l`expressitin d`un refus de répendre que le vers 5 justifie par-
rege pas appmtient au langage dit exclaniat_if, quitte a denner ii ce terme un sens tiellement (tt lvltin cteur [___] Ne veut pas te mtintrer sen secret infernal si). En
tent a fait général, ceinprenant la tetalité des intenatiens affectives. revanche, les deux derniers vers présentent un beau cas de ferme grammati-
(|'95l :2ú9.) cale de questien valant peur une exclamatien, cenfermément ii la descriptien
de Bully. On peut censidérer cette fausse questien cemme la vraie répense il
L“intensité e exclamative a est présente dans le SI intensif du vers l de T3.
QI : tun mérite est ri'étre, cemme mai, un seleil autumnai _.
Le vers 2 apperte une répense-explicatien - certes énigmatique - au mystere
de cette beauté marquée par liinten sif SI cemme extraerdinaire (tt si belle ss).
Le fait que la e questien si ne seit pas pesée par un lecuteur différent de eelui Des cinq (prete)types de base qui viennent d`étre distingués, en a vu que la
qui accemplit liassertien de répense neus pensse a une lecture pelyphenique descriptien présente des particularités prepres, mais le mede de cempesitien
de T23 et de ces deux vers. Liénenciateur de la questien-exclamatien (au sens dialegal semble également aveir un statut a part. Peut-en mettre ce mede cem-
de Bally) fait entendre, dans les deux cas, la veix d`un interlecuteur réel eu pesitiennel pelygéré sur le méme plan que les quatre tnedes menegérés 'i
fictif. La questien est seit la reprise en éche d`un énencé antérieur de cet inter- Cemme neus |`avens dit plus haut, deux types de situatiens énenciatives et
lecuteur (lfeus me riernaritiez peurquei je suis si ii-elle P peurauei les eranges* denc de pratiques diseursives deivent étre distinguées : liune erale et l`autre
sanguines sent idéales peur une pese snacit ?), seit une qtiestien que le lecu- écrite. Dans une situatien erale, le mede ctimpesitiennel dialegal-cenversa-
teur se pese il lui-méme (Je me demande peurquai ,ri Ii). Dans les deux cas, le tiennel étend sen hégémenie sur teus les autres medes de cempesitien. C*est
texte niest pas dialegal, mais dialtigique_ Du peint de vue de liacte de dis- lui qui assure Fenchassement de séquences narratives menelegales (racenter
ceurs, l`analyse de Bally semble juste: la questien rhéttirique a peur but eralement tiécessite une interruptien du dialegue et l`établissement de zenes
diaccemplir un acte d`assertien : affnmer iei, de façen intensive, liextréme di scursives de traiisitien_ Cf. schéina 1. S). Uenchassement de séquences des-
beauté de e je ii et la prepriété ideale des eranges sanguines. Les actes Al- criptives est seumis a des regles cemparables, et eeei abeutit, le plus seuvent,
assertif et A2-assertif sent reliés par un acte englebant de type explicatif qui a une dialegisatien de la precédure descriptive (T62, p. 149). Uenchassement
fait de la suite Q_p + R_q un petit texte : de séquences explicatives et argumentatives semble plus seuple, les cenduites
argumentatives et explicatives étant plus facilement intégrées dans la ce-cens-
it]-Q -: EXPLICATION :› A2-R tructien diun texte dialegal. La pelygestien de la ceuversatien a teutefeis des
Si A1-assertieu p -=:: clestparce que 2* rlt2-assertif' (v. 2) assertien q censéquences sur liétendue - généralement limitée - des séquences-répliques
menelegales. Dans les disceurs éci'its, en revanche, les cinq types de base se
Un autre peéme de Baudelaire, cité plus haut, cemperte deux questiens et retrtiuvent it égalité méme si, bien siir, des genres discursifs peuvent fixer le
une répense assez étranges : type deminaiit, cemme neus allens le veir au chapitre suivtuit (§ 2.2).
la linguistique textuelle

.Î References et lectures censelllees*


-Jean-Michel tliiîitevi L argumentatien dans le dialegue x› Langue française
I 12 Paris, Lareusse, 1996 31 49
-Charles Bt-.LL'r Traité tie stylistique française, Geneve-Paris, Creerg-
Klincltsieclt, vel 1 'ii éd (19139) 1951 §-265-269
-Erving Geeetann Façens tie parler, Paris,lv1inuit l9S'i(l9ii1) Chapitre 6
-Cathenne Keuuiexr-Oaeccnieni La ceuversatien Pans, Seuil, cell lvleme
n 25 1996 ii

Le texte cqmme unité


com _ositio_nne|le
_-n_ _

et con lgurationnelle
Certes le texte se maté-rialise bien ar 1' ensemble des hrases
μ I -I P I F

qui le cempesent, mais il les dépasse teujeurs.


(Michel lvleyer 1992 : SS.)

au-dela de liidée de suite de phrase a laquelle lvl. lvleyer fait ci-dessus allu-
sien et ce que lv1.it_K_ Halliday et R. Hasan appellent tt string ef sentences s
(1926 : 293), un texte est censtitué de merceaux successifs, sertes de seus-
textes a Fintérieur du texte. Peur rectinnaitre un texte cemme teut, il faut
perceveir un plan de texte, avec ses parties etieu un agencement de séquen-
ces. Cette perceptien diune successien est inséparable diune cempréhen-
sien synthétique des parties et de Fensemble qu`elles ferment :
tt cemprendre un texte signifie le cemprendre cemme un teur si (Meyer
1992 : SS). Cemme le disent également 1v1_A_K. Halliday et R. Hasan :
«tt Sen unité est une unité de sens en centexte, une texture qui exprime le fait
que, fermant un teut [as a iuitnie], il est lié il Penvirennement dans lequel il
se trenve placé ii (1926 : 293 ; je traduis_)_ Cette unité sémantique et prag-
matique, netis la di rens, aprés L_O_ lvlinlt et P. Ricteur, cenfiguratiennelle
au sens eii elle subsume les parties et se présente cemme une saisie cempré-
hensive du sens : tt lvléme quand teus les faits sent établis, il reste teujeurs
le prebléme de leur cempréhensien dans un acte de jugement qui arrive à
les tenir ensemble au lieu de les veir en série s (lvlinlt 1966: ITS). Deux
types d`epératiens fent diun texte un tent ainsi (cen)figuré: llétablisse-
ment diune unité sémantique (thématique) glebale et (au meins] d`un acte
de disceurs deminant_ Unité thématique et unité illecuteire déterminent la
cehérenee sémantice-pragmatique glebale d`un texte. On peut ainsi résumer
ces liages de haut niveau :
126 la linguistique textuelle Le texte cemme unité cempesitiennelle et cenfiguratiennelle 1??

Schéma 25 lvles prepesitiens tliéeriques relatives aux {prete)I:ypes séquentiels (tïtdam


1992) ent pu laisser creire que teut texte était exclusivement réglé par des agen-
LIAGEB TEÈÊTLIELS cements de séquences. Les textes sent, en fait, très seuplement structtués et
liimpertance des plans de textes fixes eu eccasiennels est prépendérante. Dans la
/\ mesure eii les empaquetages de prepesitiens n`abeutissent pas teujeurs a des
gtmüturg ggmpflgfiigpnglta Structure eeritiguratiennelle
(cehésien diune suite lineaire) UUHEFEHGE
séquences cemplétes, en peut dire que la structuratien séquentielle est facultative
tandis que le facteur unifiant de la structure cempesitiennelle est le plan de texte.
/\
>
Plan de texte
Stmüiurfi
séquentielle
Thématique
(malgre _ stfueture)
Semanhqual
illecuteire
(lltlacre-acte
_
de dlsflüurs
1.1. Plans fixes
Des plans de textes sent, avec les genres, dispenibles dans liinterdisceurs
diune fermatien secitidiscursive_ lls permettent de censtrttire (ala preductien)

>
et de recenstruire (it la lecture eu a l'éceute) Perganisatien glebale diun texte
Genventiennet Oeeasiennel
prescrite par un genre. Que lien senge, par exemple, au plan canenique de la
guitg dg Deminante dissertatien, des articles de dictiennaire, ii la structure en actes du théatre clas-
séquences sique (5 actes peur les drames et tragédies, treis peur les cemédies), a la struc-
ture du sennet italien (iii l`e-xemple de T80, p. 129) eu du sennet élisabétliain (ii
Types de textes l“exemple de TIS, p. T5), etcl_
Hemegenes Hétéregénes
ta lettre : Cernettte ä Colbert
En dépit diune indéniable diversité génétique, la ferme épistelaire présente un
1. Les plans de textes certain nembre de censtantes cempesitiennelles_ On peut hésiter entre 5 eu
3 grandes unités : la prise de eentaet avec le destinataire de la lettre, la présen-
Les plans de textes jeuent un if-le capital dans la cempesitien macre-textuelle tatien et le déveleppement de liebjet du disceurs, enfin liiiitenuptien finale du
du sens. lls cerrespendent it ce que la rhéterique rangeait dans la dispesitinn, centact eu cenclusien. Les deux bernes initiale et finale se dédeublant eu nen
partie de l`art di écrire et de l`art erateire qui réglait la mise en erdre des rugu- en unités péritextuelles et en zenes frentiéres dieuverture et de cléture, en a
ments tirés de l*inventinn_ Le plan erateire classique ceinptirte diaberd un seit 3 seit 5 parties. Cette structure ressemble a celle des textes dialegaux-
exertie (dent le but est de capter Fauditeire), suivi diune pre,nnsitt'ntt (cause eu cenversatiennels : en treuve des segments phatiques d`euverture et de clé-
these résumée du disceurs), avec sa divisien (anntince du plan). Le déveleppe- ture, dlune part, et des segments transactiennels censtituant le cerps de la
ment a peur partie principale la cenfirrnatinn (qui preuve la vérité avancée lettre, d`autre part. On distinguera denc, tres simplement, le plan de texte de
dans la prepesitien), qui peut étre précédée diune narra.tinn (expesé des faits) base suivant de la fenne épistelaire :
et qui est suivie de la refutatinn (rejet des arguments centraires_)_ La pe'reraistin
(cenclusien frappant liauditeire) achéve le teut. Peur ne prendre qu`un exeni-
ple, liaffiche T63 (p. 132) semble suivre ce plan tirateire et étre décempesée en Ouverture Cliittlre
Exerde (le grand titre), Prepesitien (chapeau en italiques), Narratiett. (pi'einier Termes tl“atlresse Exertie Cerps tie in lettre Ptireraisen Citiu_*-utie
paragraphe), Réfbtatien (§ 2 et 3), Pérerai_sen (exclainatiens terminales). et intïlieatiens tie {,fertnuie de
Ce medéle rhéterique ne rend teutefeis pas cempte de la variété des plans lieu et tie temps <2`:› <j':=- <1-fi:- pulitesse
de textes pessibles. Un plan de texte peut étre cenventienriel, ciest-`a-dire fixé et signature)
-:1::› <:5::›
par l`état histerique d`un genre eu d`un seus-geiue de disceui's_ Mais le plan
tie texte diun éditerial, diune chansen eu diun peéme, du rédactiennel diune
publicité, d`un disceurs pelitique, d`une neuvelle eu d`un reman est, le plus
seuvent, eccasieriiiel, inattendu, décalé par rapptirt ii un geme eu a un seus- -

genre de disceurs. Le réle diune table des matieres et parfeis des intertitres I. Pettr une étude systématique des plans de textes de certains genres du censcil cemme les recet-
tl“un article eu des chapitres d`un reman est de denner `a lire explicitement la tes de ciiislnes et les tepe-guides de inentagiie, je renveie ii titltim 2131]] et, ii prepes des genres
structure eempesitiermelle diun texte denné. de l'épisteiaire it tftdam 1993.
12B ts linguistique textuelle Le texte cemme unité cempesitiennelle et eenfiguratiennelle 129

Facultatives et plus eu meins déveleppées, les parties du plan de texte -=::2::› vent articulés sur des négatiens. Cette requéte présente un haut degré
et ~ei1:› sent des zenes diseursives de transitien (intreductien-préparatien et diélaberatien, déterminé par la cemplexité de Féchange en ceurs et par 1” iden-
cenclusien-chute) entre les mements initial -=:1::› et final -=.:5_':-*- `a deminante pha- tité des interactants.
tique et le cerps de la lettre -*:3::› preprement dit. Elles cempertent tentes les Liaffiche pelitique T63 (p. 132), sans étre, au sens prepre, une lettre, en
caractéristiques que la rhéterique accerde traditiemiellement a lle-xerde -c2.':=› et adepte teutefeis, de façen intéressante, partiellement le plan de texte. Le
a la péreraisen -*e1l::› : préparer -:_2::=- la réceptien de lléchange en ménageant la grand tiue est une ferme d'adresse -*-.:l::›, le chapeau en italiques cerrespend a
face diautrui (du familier au plus selennel) et en intreduisaut le prepes. Par l`exerde <2:-, le cerps de la tt lettre :-:- -«-::3::*› ceuvre les paragraphes 1 ii 3, les
ailleurs, récapituler et achever de cenvainere en intreduisant éventuellement, deux lignes exclamatives (Netre partrie t'.. ___l la sauver 2) ferment une pérerai-
avec <:-*=1:=~, plus de pathétique et en préparant les futures interactiens avec le sen -.::-=1:.=- et enfin, le liive la France t' final peut étre censidéré cemme une
destinataire (en particulier sa répense). clausule <::5:›, suivie de la signature et de liajeut de llindicatien de lieu -cl:=-_
Cette demande, adressée par Cerneille it Celbert, en 1623, est un bel exein- Le mélange des plans rhéterique et épistelaire cenfirme 1“extréme structura-
ple de l`art épistelaire (et de la dépendance des hemmes de lettres) : tien de T63.
T29 <1-OU`iiERTURE> À Celbert
lltienseigneur, Un sennet de Baudelaire _' tt Parfum exotique s
<2-EXORDE:> Dans le malheur qui m' accable depuis quatre ans, de niaveir Peur prendre un autre exemple de plan cenventiennel, exaininens un sennet
plus de part atix gratificatiens dent Sa ivlajesté henere les gens de lettres, je ne
puis aveir un plus juste et plus favtirable receurs qu`a veus, Menseigneur, a qui
de type pétrarquiste des Fleurs* du tnttl. Cempesé de deux quatrains aux rimes
je suis entièrement redevable de celle que j`y aveis_ <3-CORPS tiRGUivIEl'*l- identiques [A + b] et de deux tercets aux rimes mélées [c + D + e]_ Ce peème
TtltTlF DE La LETTRE_*.=› Je ne l`ai jamais méritée, mais du meins jlai titché respecte la planificatien canenique du stinnet ii la française en alternant cane-
ii ne m`en rendre pas teut ii fait indigne par l`emplei que j*en ai fail. .le ne liai niquenient rimes féminines (A, O) et masculines (b, c, e) :
peint appliquée ii mes beseins pmticuliers_ mais a entretenir deux fils dans les
amiées de Sa lvlajesté, dent lien a été tué peur sen service au siege de Grave ;
TSH Pxs_Ftrivt sxerieue (XXII)
l'autre sert depuis quaterze ans, et est maintenant capitaine de chevau-légers. Quand, les deux yeux fermés, en un seir cliatid d*autemne,
Ainsi, htlenseigneur, le retraiicheinent de cette faveur, a laquelle veus miaviez Je respire litideur de ten sein chaleureux,
acceutuiné, ne peut qu'il ne me stiit sensible au dernier peint, nen peur men Je veis se déreuler des rivages heureux
intérét demestique, bien que ce seit le seul avantage quejiaie reçu de cinquante Quiébleuissent les feux d`un seleil menetene : :=-erste
années de travail, mais parce que ciéteit une glerieuse marque de liestime
qulil a plu au Rei faire du talent que Dieu mia denné, et que cette disgriice me Une île paresseuse nti la nature denne
met hers d'état de faire encere lengteinps subsister ce fils dans lc service uit il a Des arbres singuliers et des fruits saveureux ;
censumé la plupart de men peu de bien peur remplir avec htinneur le peste qu'il Des hemmes dent le cerps est mince et vigeureux
y eccupe. <4-PERORt!tISOl'\l:› _l'ese espérer, llrlenseigneur, que veus aurez la Et des feimnes dent liceil par la franchise étenne. I.'e*':I"c|'Ç'i=-
benté de me rendre vetre pretectien, et de ne pas laisser détruire vetre euvrage.
Que si je suis assez malheureux petit me tremper dans cette espérance, et Guidé par ten etieur vers de charmants climats, c
demeurer exclu de ces griices qui me sent si précieuses et si nécessaires, je veus Je veis un pert rempli de veiles et de mifits c
demande cette justice de creire que la centinuatien de cette mauvaise influence Encer tent fatigués par la vague marine, D
n'affeiblira en aucune maniére ni men zéle peur le service du Rei, ni les senti- Pendant que le parfum des verts tamariniers, e
ments de recenneisstuice que je veus deis peur le passé, --:.'5-CLt'tUSULE:› et
Qui circule dans liair et m“enile la narine, D
que, jusqu`au dernier seupir. je ferai gleire d'étre, avec teute la passien et le
respect pessible, Se tnéle dans men éme au chant des mariniers- E

lvluiiseigpeur, En prenant appui sur les rimes et sur la segmentatien typegraphique-phrasti


\ietre tres humble, tres ebéissant que, en censtate que lien peut ceusidérer un premier meuvement qui ceuvre
et très ebligé serviteur, Fensemhle des deux quatrains. deux tercets ferment également une seule
Ctt rneiile phrase typegraphiqtie Le reteur des mémes mets - ntieur tie ten sein (v. 2) et
tnn tuteur (v. 9_), je veis (v. 3 et lil) - semble cenfinner la divisien syntaxique
La répétitien de Fappellatif Munseigneur penctue les cinq parties de la let- en deux parties mélant chaque feis au meins treis medes perceptuels : ederat,
tre, les ctinnecteurs (seulignés en gras), qui saturent le blec central, sent seu- vue (Ql) et geüt (Q2), dans les quati'ains, ederat, vue (Tl) et edei'at, euïe
160 La linguistique textuelle Le texte eemme unité cempesitiennelle et cenflguratienneile 1B1

(T2), dans les tercets. Bien qu"amereée par un refus de veir (v. 1), cette des- Plan ti'un texte didactique encyclepédique
criptitin perceptuelle est saturée de multiples perceptiens :
Lléctr-upage peétique : Quatrains Tercet I Tercel 2 Cempesé de huit paragraphes, le texte suivant est décempesable en quatre
Phrases typegrapltiques : P1 P2 blecs trés clairement structurés. Je seuligne un certain nembre diarticulatiens
Perceptiett nifatrtive : v. l et 2 v. 9 v. 1.2 et 13
repérabies it partir des erganisateurs textuels (en capitales), des refermnlatiens,
de la segmentatien (paragraphes et pencuiatien en général), des annences des
Perceptiett visuelle : v. 3 il S v. lfl et ll
the-mes et de seus-themes (fin de § 1, début de § 2, fin de §4)_ Une attentien
_Perceptit.=-tt gttsttltive : v. ii
aux catégeries lexicales permet de déceuviir des ensembles et des seus-ensem-
Perceptien atuiitive finale : v. 1-fl bles isetepiques, seulignés eu nen par la segmentatien en paragraphes.
Ainsi se dégage un plan de texte qui prend appui sur celui du sennet. T82 La fnrét éguatutiale est un netien de beautés irtcentpurttltles. Des pluies
jeurnaliéres, une chaleur éteuffante, une humidité très élevée, veila réu-
1.2. Plans eccasiennels nies le-s cenditiens eptimales faverisant une végétatien luxuriante ET la
prelifératien increyable d`animaux de tentes sertes_
Teut texte est- tant a la preductien qu"a l"'interprétatien - llebjet diun travail §2 Les pluies jeumaliéres et abendantes ent faverisé la fenuatien de treis
de (re)censtruetieu de sa structure qui, pas a pas, peut abeutir a l`élaberatien étages de végétatiun dans la ferét équateriale Des arbres énerines attei-
d`un plan de texte eccasiennel. Cette epératien de structuratien s`appuie, gnant parfeis cinquante métres ferment la veüte ferestiére_ Cette veüte de
d`une part, sur la macre-segmentatien (alinéas et écarts marqués) et sur des feuillage empéche le seleil de pénétrerjusqu“au sti1_ Les géants de cet uni-
dennées péritextuelles (intertitres, changements de ptnties eu de chapitres). vers végétal deviennent les tuteurs de gigantesques lianes qui sienreulent
D*un peint de vue hist.eiique, il faut saveir que la divisien remanesquc en cha- auteur des trencs_ Au summet des arbres, en remarque de magnifiques
plantes épiphytes_ Ce sent ces plantes dent les graines ent germé sur une
pitres ne s'est que pregressivement mise en place avec liapptuitien de la prese,
branche et qui siagrippent a l*écerce ptiur s"'épanuuir_ Il n`est pas rare de
jusquia devenir de plus en plus structurante et signifiante (Dienne 1999). veir de splendides erchidées peusser a la cime des palmiers géants.
Dans un cas de figure assez idéal, un texte peut adepter un plan de texte § 3 A liétage intermédiaire, en treuve de plus petits arbres. Les palmiers, les
seuligne par la segmentatien typegraphique et qui cerrespend, de surcreit, it feugéres arberescentes, les lianes qui pendent des arbres rendent difficile
sa structure séquentielle. Ainsi dans cette petite fable narrative des Petits peé- liacces il la ferét_ C`est dans ces seus-beis qtie pensse le cacae_
ntes en prese de Baudelairei : -§ 4 ENFIN, au sul, receuvertes par cette végétarien luxuriante, quelques
plantes réussissent ii survivre. Des herbacées basses appauvries par le
T81 Le nassst-ein. ne tx vieitte manque de lumiere y creisscnt__ On y treuve AUSSI, dans une demi-ebs-
La petite vieille ratatinée se sentit teute réjeuie en veyant ce jeli enfant a curité, quelques beaux spécimens de bégenias aux ceuleurs chateyantes
qui chacun faisait téte, a qui tent le mende veulait plaire ; eejeli étre si qui se sent adaptés aux cenditiens climatiques. MAIS dans cette immen-
fragile eemme elle, la petite vieille, et, cemme elle aussi, sans dents et sité végétale, y a-t-il de la place peur les animaux 2
sans cheveux. [Pnl] § 5 Lihumidité ambiante a permis il certaines especes animales aquatiques
Et elle s`apprecha de lui, veulant lui faire des risettes et des mines de siadapter au milieu terrestre. Certains crustacés, par exemple, des sang-
agréables. [Pn2] sues, des rqinettes, des lézards vivent aussi bien dans I`eau que sur le sel.
DE LA l"v[El'v[E FAÇON, la présence de marais, de rivieres ent permis aux
Mais lienfrmt épeuvanté se débattajt seus les caresses de la btinne animaux terrestres de survivre dans Peau. Le jaguar, le rei incentesté de la
femme décrépite, et reinplissait la maiseii de ses glapissements_ [Pn3] ferét équateriale, grimpe aussi bien atix arbres quiil nage dans les rivieres.
Alers la benne vieille se retira dans sa selitude éternelle, [Pn-*-1] et elle §6 D“AUTRE PART, la chaleur cembinée aux autres cenditiens climati-
pleurait dans un cein, se disant: |:Pn5] ques a peur effet d'aecélérei' Févulutien de certains animaux. AINSI en
- tt Ah ! peur neus, malheureuses vieilles femelles, l`iige est passé de treuve dans la ferét équateriale des tarentules atteignant huit centimètres,
plaire, méme aux innecents ; et neus faisens htirreur aux petits enfants des anacendas de huit metres, des beas censtrieters de quatre métres. Les
que neus veulens aimer l s [Pnlfl] celéepteres et les papillens sent d*un véritable gi gantisinc.
§ 2 ENFIN la quantité de lumiere a une influenee directe sur la ceuleur des
animaux. Ceux qui vivent dans les seus-beis tibscurs ent seuvent des
2. Peur une analyse de détail attentive it la structuratien périedique ct séquentielle de ce peerne, ceuleui's seiiibres. l'y1AIS c“est dans la cime des arbres que l'en trenve la
veir Adam 29132 : S-1 l. majerité des animaux. Plus en mente, plus vives sent les ceuleurs. Les
._
152 La linguistique testuelle Le teste cemme unité cempesitiennelle et cnnfiguraticnnelle lB3

ciseaus ã eus seuls mentrent la variété de ceuleurs yiyes et brillantes qui Finn de teste rf 'une timide rqci'riieni'ie
celcrcnt la ynüte ftircstiére. Quci de plus beau et de plus mystérieus que
le plumage d' un tuucan nu dl un pcircquet `? I _ Em _ d Le teste T54 est, cemme neus llayuns dit page 163., structuré par des marques
§E PUUR L*i!UlfENTURIER, lu furet equntunnle est un liaitfln _eii*i ire. linguistiques émtitiyes et des cennecteurs ceuplés Èi des i1idicat.iuns presndi-
Les persennes qui tint pénétré dans cet univers végétal cm ete subjuguees qiies [les ceuples de rimes plates, la structure métrique des yers}.
pin* les plantes qui pnusseni dans un encbeyetrement tuial. Elles ent rap-
..- 1- ¿ å I ' .5 J ' d- 1
perte que le spectacle est grandicse. “GITE Sflhllmfl* L_." luiiunflïlcli E 3 T54 Il fallait me taire et yuus sauver.
yégétsitiuri, la beauté des arbres, des fleurs, des papillqns, deís Ipèîîitåtšlë if. Ei99 Cumhien de feis, HÉLM5 l PUISQU*il faut ycus le dire,
fent de la furét équaturiale un lieu unique au mende. a aurie ti _.1 Mun cteur de sen dés-erdre allait-il yuus instruire 'Ii'
est .i-*sUS£-il fascinante MAIS, dans certains cas, il faudra uuyrirl ceil-_ De eumbien de scupirs interrcimpant le cuurs
. . ,i 1 '
Un peut ainsi resumer le plan de teste de ce discniirs did_ictii:å11'-is Pllf* mîãn
l E I -Cl -
.-äi~je évité vus ycus que je cherchais teujeurs “F
criptif dans sa premiére partie ll] et presque espbcatif ensuite [ ], ccm ti Quel ttiurment de se taire en ynyaut ce qu*en aime,
De l`entendre gémit, de ilafili ger sui-méme,
ment ii ce que 1'-un trtiuye dans les testes dits -s infnrmatifs s-.
Lersqiie par un re-gard en peut le cnnsnler l
y. lfllllfi Målä quels pleurs ce regard aurait~il fait ceuler l
§'| [lutruductif]
REFURMULifi.TIUN ]I*l1Tlr1iLE : ii. lfllflî' iliH l dans ce suuyenir, inquiete, treublée,
N1 EST UN NE _ bl le ne me sentais pas assez dissimulée.
H la 1-ürët Ê uatüríalg ,,, tt ecean de beautés incurnpara es s De nic-n freni effrayé je craignais la piileur,
.éiI*~ll*l0'l'*›lClF. Dqü PLÀN : [1] «s une yégétatien lusuriante s Je truuyais mes regards irtip pleins de ma deuleur.
si [2] s la prclifératien incrnyable d“auimaus... ii p Sans cesse il me semblait que Nérnu en cnlère
Me yenait reprecber Irnp de sein de yeus plaire,
rf*i,I*~ll*~l{I}lÈ*~lCE DU PLÀN DE [I] : tt tre-is étages de végétatinn ii-
Je craignais men ameur vainement renfermé,
§2 l. l. tt ycüte ferestiere. ._ Au sunimet des arbres s
§3 1_2_ s is l`étage intermédiaire s y. 1014 ENFIN, j“aurais yculu n*ayuir jamais aimé.
§›f-l 1.3. s Enfin au sc] s y. 1015 I-IÉLÈLS l peur sun bnnheur, Seigneur, ei peur le néitre,
TRANSITION : «s Mais dans cette immensité végétale [ll Il nlest que trep instruit de mun cteur et du yétre !
y a-t-il place peur les animaus È* [2] s y. lülî' rliLLEZ, encere un ceup, cachee-yqus å ses yeus :
Men cceur plus ã lnisir ynus éclaircira miens.
å5 2 l tt l'humidité ambiante a perriiis it certaines ESPECES flnlmfilfi fiifluil' De mille autres secrets j`aurais cempte a ynus rendre.
tiques de sladapter s _ _ _ _
§5 2_2_ s Iïautre part la chaleur cembinée aus autres cenditiens climati- On a affaire ici ii deus grandes périedes de ll yers et une clémre en deus
ques [.. .1 éynlutien de certains animaus :›:› temps (1015-lU1i5 ei lülï-1.019). Faute de place, neus suul_ignniis seulement
, ~ - -* -*~ “ - ' * I" cnulcur
§T 2.3. “Enfin la quantite de lumiere a une influence directe sur a en gras et en capitales les unités impliquées dans le décniipage et le liage des
des animaus”
différentes périedes du teste. rïi.pi'és une phrase de transitien (998), deus
§ il [Cunclusif] REFURNIULATIUN FINALE : périedes narratiyes de 8 yers censtituent le cerps de la tirade de Junie {999-
N] EST UN N3 _ li]U6 et 100?-1014). Suit une périede cnnclusiye de 2 yers cerrespendant `a un
-s La furét équateriale s ~:< but ii atteindre {PU“f llafiiilmnlïl il ctiuple de rimes {1lll5-ll]'l6). Les treis derniers vers relancent liactinn et
«=:1:.~ FLURE -s uni'-.fers végétal. .. lusuriance de la yégétatiun ›> cuyreiit sur la suite de Finteractitin en ceurs (1{l1'i'-lf}l9_). Le fait le plus acta-
___.¿2¿.____ _,, 1:;ÈLUHE fg]-ggrig-L-¿-, ,., (is il faudra uuyiir l“reil sl
ble est la présence, à Finitialc de yers, d`interjectiniis esclamatiyes et de
cennecteurs qui nuyreiit et ferment les différentes parties du plan de teste. Les
éléments seulignés en gras prcuyem Fhnmtigénéité rythmique des deus gran-
des périndes de S vers, termiriées chacune par l`asseciati-au d`un cennecteur
(Mais et Eiifiii) et du eenditiennel passé, en fin de vers 1006 et 1014. üuyert
par un Héin.r .*', relancé par un Ait! et cles sur un Héins i, le binc des deus
grandes périedes est ainsi perceptible. lfiletc-ns enfin que Phnmngéaéité de la
'l' . L."t
e u de, de ce tesic *_, tiré
. de Pratiques
_» _ - n“ét*ri'rnre
' ' * tlïtiiiierwé' ' Elf» Rfilimüfld
- E151" Th.
lvéfinfl éd"
*nis périede qui cnuyre les yers 999-1006 est dennée par les marqueurs interruga-
Mnnueal lëläitlj - m a eté prnpnsee Zi l eccasien d un entretien peut ln revus QHF 1°C fF"“Hs iifs (De) cunifiien et Que.-Hs), tandis que llhemegénéité de la périede 100?-
[nf 99, aiitcnine 1995 : 54-5Î"l.
1 E4 La linguistique textuelle Le texte comme unité cempesitiennelle et tenfiqurationnelle l-'35 Îl'

ltl l-4 réside dans les verbes modaux centrés sin le sujet. de l”énonciat.ion (sen- [é19] D”oiÎi te viennent toutes ces pensées “F [é2[l] Allons, antonio José
tir, craindre, trouver, sembler, tous a Fimparfait). Bolivar. [é21]lv'ieux. [...]

(Un vieju que .ietn novelns de unter, Barcelone, Tusquets {éd.], (1939) 1993 :
124 ; trad. fr. : Le vieux qui iisnit des roinnn.s rfnmour, Points-Seuil, p. T9,
2. La structuration séquentielle l992. Traduction revue par 1.-lvl. n.dain.]
Les agencements de plusieurs séquences donnent lieu a deus types de faits : En quelques lignes, on assiste a llenehfissement dlune explication dans un dia-
I' Les combinaisons de séquences soit identiques (de méme type)-, soit diffé- logue qui est en fait un soliloque (le personnage se parle ii lui-méme) et à
rentes (cas le plus fréquent). l'enchässement d`un récit dans une explication, en position de réponse a la ques-
' Selon certaines modalités, un mode de composition apparait cenune tion posée. A cela vient s*ajouter la période explicative [él 15] åi [él 3] qui explique
dominant. Le teste est alors pluttîit narratif, plutét descriptif, etc., en dépit de Faction de cracher en fin de récit [él 5]. Ce que l*on peut représenter ainsi :
la présence de séquences d`un aut.re type.
Èulilnque _
1 [éü et él] [cadre dialogal enehässant] [él-=l-15] et [é19 ã 21]
2.1. Les combinaisons cle séquences
Période explicative
Les séquences liées entrent dans trois types d`agencements de base : enchåssée lélfi à 18]
- Séquences coordonnées (succession) : Séq. 1 + Séq. 2 + Séq. 3 -i- Séq. n.
Séquence explicative
* Séquences insérées -fenchãssernentl : [Séq. l . _. [Séq. 2]... Séq. 1] [é2 et é3] [enchässée] [él3]
- Séquences alternées (montage en parallele) : [Séq. l... [Séq. 2... [Séq. 1 [enehässante]
suite [Séq. 2 suite... Séq. ljin] Séq. Zfinj.
Séquence narrative enehåssée
Les problemes d`agencements des séquences ont déja été partiellement
[éd a é12]
abordés lers des analyses de T95 (mélange de récit et d*explieation dans le
discours de Giscard d”1`-Estaing) et du fragment 128 de La Briiyere (mélant des- Le récit enchãssé appartient `a un genre particulier de la tradition orale : le
cription et argumentation). Tout cela est, par ailleurs, largement développé conte étiologique, genre narratif déterminé par une visée illocutoire explica-
dans iïtdam 1992 (en ptuticulier dans le demier chapitre consacré aux modali- tive. Les contes étiologiques tint pour but dlapporter une réponse aux ques-
tés d*insertion des séquences narratives dans le contexte dialogal du théâtre), tions fondamentales que l`homme se pose sur ses origines ou sur les origines
Adam 1994 (chap. 9) et .ttdam et Petitjean 1989. Nous nous contenterons de de telle ou telle espece ou coutume. Le récit étiologique apporte des réponses
l`examen d`un court passage d`un roman de l`écrivain chilien Luis aux questions que l'hon"une se pose sur les actions humaines, les plus ordinai-
Sepiilveda : res comme les plus extraordinaires. Par le récit, c`est l`agir humain qui trouve
T83 [...] [éll] Ton ami 1**-lushiiio te dira que lél] les Shuars ne cherchent a tuer une explication (ici celui des Indiens Shuars de la forét aniaeoiiienne). Selon
que les indolents paresseux. le schéma de la séquence explicative, on passe dlune premiére représentation
[él] _- Et pourquoi, frére 9 [é3] Les paresseus ne font rien d`autre que dor- problématique (ici les propositions ['é l] et [é2] : les Shuars tuent les paresseux
mir accrochés aux arbres. alors que ces derniers passent letir temps iii dormir dans les arbres) ii une ques-
[é4] levant de répondre, ton ami Nushifio lãchera un pet sonore pour tion en _nriui_*"q-'itui ¿"e'2,t il Ce probléme appe.le une réponse qu”apporte Fopéra-
qu”aucun indolent paresseux ne l'écoutc. Eé5] et il te dira que, [éfi] il y a teur VUILA POURQUOI de la proposition [él3]. Comme on l”a vu au
bien longtemps, un chef shuar est devenu méchrmt et sanguinaire. [é'?] Il chapitre 5, ce connecteur signale que ce qui précédé tléti] .ii [é`l2]} est une
tuait les bons Shuars sans raison, [étl] et les anciens ont décidé sa niort. explication qui méne ti une fin comportant ii la fois une lvltirale-Pnšl [é13] et
[é9] Quand il slest vu menacé, [élft] Tñaupi le chef sanguinaire a pris la une Chute-Pnfl [él4]. Le récit étiologique, qui sert de réponse et d`expIica-
fuite en se transformant en indolent paresseux [éll] et ceux-ci, comme les tion, peut étre ainsi décomposé :
singes, se ressemblant tous, [é12l on ne peut pas savoir dans lequel se
cache le Shuar condauiné. lél3] `v'tiilii pourquoi il faut tous les tuer. * Situation initiale-Pnl
íél-*ll - Ça s`est passé comme ça, dira l*ami Nushiño [é15] en erachaiit [éú] il y a bien longtemps, un chcf shnar est devenu méchant et sanguinaire.
une derniere fois avant de s`en aller, [élti] parce que les Shuars s'en vent [é'l'] Il tuait les bons Shuars sans raison,
ttiiijours [é1'i'] quand ils ont fini de racoiitei' une histoire, [é1_El] évitant les I ltlteud-I'n2
questions génératrices de mensonges. [éfl] et les anciens tint tlécidé sa niort.
1 Hé ta linguistique textueiie Le texte comme unité cempesitiennelle et configurationnelle 139

- évaluatien-ries cifique domine l“ceuvre dans sa totalité ; il agit de façon impérative. inéciisable,
[éil] Quand il s`est vu menacé. exerçant directement son influence sur les autres éléments.
(1993 : 145.)
* Dénouement-Pn4
[élll] Tñaupi le chef sanguinaire a pris la fuite en se transformant en indolent ljeffet de dominante est, en termes de séquences, soit déterminé par le plus
paresseux, grand nombre de séquences d*un type donné qui apparaissent dans le texte,
* Situation finale-Pn5 soit par le type de la séquence enchãssante (qui ouvre et ferme le texte). Ainsi
lé1`l] et ceux-ci, comme les singes, se ressemblant tous, la fable de La Fontaine, Le Loup et lîagneen (1, 10) est-elle un récit, en dépit
I_é12] on ne peut pas savtiir dans lequel se cache le Shuar condamné. de la longueur du dialogue entre les deux personnages, parce que son encadre-
* Évaluation finale-Piïifl ment est narratif. (Les segments narratifs sont notés en gras ; pour une étude
Morale [é'l3] "v'oil`a pourquoi il faut tous les tuer. détaillée, voir iftdain 1992 : 153-91) et lé-5-1159.)
Chute [é14] Ça s`est passé comme ça [_ _ .].
T84 Lis i_otir ET L'seivs.si.i
2.2. De la dominante à l'efl"et tt types de textes ii La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous llallons montrer tout ii llheure.
En dépit de cette hétérogénéité fréquente, la caractérisation globale d*un texte Un i'-'ltgneau se désaltéroit
résulte d'un effet de dominante : le tout textuel est, dans sa globalité et sous Dans le courant d*une onde pure ;
forme de résumé, caractérisable cenune plutét nnrrn.tijfi ttrgiini_eritntif, explica- Un Loup survient à jeun, qui cherchoit aventure,
tif, rlesr:t*ipt_i,t`ou dialogal. Le concept de e dominante ii, que l*on applique ici à Et que la faim en ces lieux attiroit_
la caractérisation globale des textes, a été utilisé en linguistique, dans des con- - Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage 9
Dit cet animal plein de rage :
textes tres différents, par P-ally et par Jai-tobson_ Ce concept a une grande
Tu seras chiitié de ta térnérité_
importance dans le Traite' de stylistique (§ 163 et 165), lorsque Bally distingue - Sire, répond l't'l.gneau, que lifotrc Majesté
dans la langue, de façon graduelle et variationnelle, une tt dominante Ne se mette pas en colére ;
intellectuelle si et une e dominante affective s : lvlais plutét qu"'e11e considere
C'est tantot Finteiiigence, tantot le seritiritent qui donne le ton ; la pensée est Que je me vas désaltérant
orientée vers 1`un ou llautre de ces pfiles, sans jamais les atteindre Dans le courant
complétement ; elle a, selon les cas, une s dominante s irtteilertiteile ou une Plus de vingt pas au-dessous d“E1lle ;
e dominante si njffectii-ie. [__ _ .I Le langage reflète les mémes e dominantes rs que Et que par conséquent, en aucune façon,
celles qui s`observent dans la vie de l`esprit. Je ne puis troubler sa boisson.
(1951 : 152.1 - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ;
Etje sais que de moi tu médis l*an passé.
Élargissant cette observation .1 l`ensemble des faits linguistiques, le lin- - Comment 1“aurois-je fait si je n'étois pas né 9
guiste suisse forniule une observation méthodologiquement importante : Reprit lit*-*i.giteau,je tete encor ma mere.
- Si ce n`est toi, c'est donc ton frere.
Dans chaque situation et pour chaque contexte, un fait de langage ne peut mon- - Je n'en ai point. - Clest donc quelqu“un des tiens ;
trer l`enseinble de ses caracteres ; il apparait chaque fois avec l`un d`entre eux Car vous ne m“épargne;t_ guére,
au premier plan, et celui-ci relégue provisoirement. les autres dans l`ombre_ Ur `v'ous_ vos bergers et vos chiens.
llentourage peut seul montrer quel est le trait fondamental mis en évidence. Un me l'a dit : il faut queje me venge.
(l95l:l5lÎl.) Li:`i-dessus, au fond des forêts
Le Loup llemporte, et puis le mange,
Dans le célébre article de 1935 ou-il définit. l*teuvre poétique comme tt un Sans autre forme de procés.
message verbal dans lequel la fonction esthétique est la dominante s (1993 :
149), .laltobson développe une réflexion sur la façon dont une dominante rftinsi les genres du conte et de la fable sont-ils narratifs (type séquentiel
tt pese sur la structure a (1993 : 146) : narratif enchässant) tandis que les genres épistelaire (avec ses sous-genres :
courrier personnel, administratif, courrier des lecteurs dans la presse, etc.),
La dominante peut se définir coimne llélément focal d'une ceuvre dlartx elle lliutervievv et le théâtre peuvent étre considérés comme des gemes conversa-
gouverne, détermine et transforme les autres éléments. Clest elle qui gtuantit la
cohésion de la structure. [_ _ _] La dominante spécifie1'teuvre. [_ _ _] Nous devons
tionnels (type séquentiel dialogal enchfissant) et le guide touristique comme
avoir ctinstamment présente ii llesprit cette vérité : un élément linguistique spé- un genre iii dominante descriptive (type séquentiel descriptif enchãssant) Ces
188 La linguistique textuelle Le texte comme unité cempesitiennelle et configurationnelle 189

faits de dominante séquentielle sont liés aux genres et sous-genres de dis- comme les éléments d*un tt complexe concret de rapports si (lvlc Laughlin
cours qui fixent des relations hiérarchiques mouvaiites et toujours susceptibles 1980: 212). Comprendre un texte, c`est étre capable de passer de la
d`étre modifiées. Dire qulun texte peut avoir une dominante d`un type ou d`un séquence (lire-comprendre les énoncés comme venant les uns rtpres les
autre n`a rien la voir avec Fhypothése trop générale de l`existence des types de autres) il la figure (e configuration intelligible de relations s›, selon Ivlink
textes. 11 existe bien des genres qui ont des dominantes préférentielles, clest 1968: 1588). Cela vaut également a la production, comme le souligne
tout ce que l`on peut et doit affirmer, en raison de l“extréme hétérogénéité Balditine-:
constitutive des textes authentiques. Les trop ambitieuses typologies de textes
Lorsque nous choisissons un type donné de proposition, nous ne choisissons
sont passées ii cété de la complexité des agencements séquentiels dont elles pas seulement une proposition donnée, en fonction de ce que nous voulons
ont négligé llimportance au profit de ce qui n"'etait qulun effet de dominante.
J'

exprimer à llaide de cette proposition, nous sélectionnons un type de proposi-


tion en fonction du tout de l'énoncé fini qui se présente a noue imagination ver-
2.3. Uorganisation compositionnelle des textes bale et qui détermine notre opinion.
(Balchtine 1984 : 288 ; traduction revue.)
La structure cempesitiennelle globale est ordonnée par un plan de texte et elle
est généralement catégorisable en termes de dominante séquentielle. La struc- Cette conception de llorientation configurationnelle des textes permet de
turation séquentielle organise plutdt les parties ou sous-parties. comprendre pourquoi Bakhtine peut définir la proposition-énoncé comme un
e élément signifiant de l`énoncé dans son tout s qui tt acquiert son sens défini-
iii. Plans de textes (base de composition) tif seulement dans ce touts (l_984: 290). Cette configuration ou -s tout de
I-léglés (plus ou moins) ou non par les gemes discursifs lléiioncé fini s doit étre abordée sous deux angles complémentaires.
ail. Plans fixes (propres ii un geme donné)
141.2. Plans occasionnels (propres ii un texte unique)
3.1. Macro-structure sémantique (thème, topic) J-

E. Structuration séquentielle (complémentairel I


B1 : Types de séquences il la base des agencements , Un texte peut presque toujours étre sémantiquement résumé par un titre
* iltgencement uni-séquentiel (le plus simple et le plus ra_re) (donné ou a déduire). On parle iii ce propos de -s macro-structure sémantique s»
* .agencement pliiri-séquentiel : ou de e théme-topic du discours s établi soit à la production (péritextuelle-
- Homogéne (un seul type de séquences combinées) inent donné) pour guider l'interprétation, soit lors de la lecmreiaudition d`un
- l-létérugene (mélange de séquences différentes) teste 1
B2 : Combinaisons de séquences
* Séquences coordonnées (succession) Le topic est une hypothèse dépendant de llinitiative du lecteur qui la formule
* Séquences alternées (montage en parallele) dlune façon quelque peu rudimentaire, sous forme de question (tt lvlais de quoi
* Séquences insérées (enchiissenient) diable parle-t-on 9 is) qui se traduit par la proposition d`un titre provisoire (e Un
B3 : Deminante (effet de type de texte) est probablement en train de parler de telle chose s). Il est donc un instrument
- Par la séquence enchiissante (ouvrant et fermant le texte) métatextuel que le texte peut tout aussi bien présupposer que contenir explicite-
* Par le plus grand nombre de séquences d'un méme type i ment sous forme de marqueur de topic, de titres, de sous-titres, de mots clés.
* Par la séquence par laquelle on résume le texte ' Clest it ptutir du topic que le lecteur décide de privilégier ou de narcotiser les
propriétés sémantiques des lexèmes en jeu, établissant ainsi un niveau de cohé-
rence interprétativc dite isotopie.
(Eco 1985: 119.)
3. La structuration configurationnelle
Le titre tt Le désespoir de la vieille s est une annonce de sens qui entre en
Tout texte peut étre detini comme une tt structui'e dialectique [combinant]
¿r'|-'I

contradiction avec le début de T81, mais devient progressivement cohérent


figure et séquence dans [un] acte configurationnel s (Ricoeur 1980 : 22). bleus comme theme-topic du poeme. Ce texte comporte une deuxiéme synthese
étendrons ti tous les faits de textualité cette propriété que lvlinlt et Ricoeur attri- configurationnelle : 1`éva]uation finale fonnulée par le personnage lui-méme
buent au réeit et au discours historiographique. Llopération configurationnelle sous forme de morale-Pnfl. ll serait facile de montrer comment les mots utili-
peut étre définie comme le fait dlinstituer il la production et de dégager a sés dans cette pensée relatée en discours direct reprennent tel ou tel passage
Finterprétation une configuration ii partir dlune succession. Le mode confi- du récit précédent. Comparativement, le titre de ce petit texte de Raymond
gurationnel de compréhension revient ii considérer les propositions-énoncés, Queneau (Cot_tri`t' les r'ite_s, Galliniatcl, 'I 959) joue ironiqueirient le rdle d'éta-
les périodes, les parties d`un plan de texte et les séquences qui le constituent blissement synthétique du sens du récit qui suit, ii la maniere de la maxime de
1 1913 ta linguistique textuelle Le texte comme unité cempesitiennelle et configurationnelle 191

morale donnée par le premier vers de la fable de La Fontaine (T84), et il


cumule les fonctions de titre et de Morale-Pnšl : Ajoutons, pour terminer, que des portions de texte sont résumables sous
forme de blocs thématiques. On a pu voir llimportance de ces blocs dans le
TS5 IL FÈLUT FAIRE SIGNE découpage du texte sur la forét équatoriale (T82).
.till l"vliiCHll\llST.E
La dame attendait llautohus 3.2. Macro-acte de discours (explicite ou implicite)
Le monsieur attendait l`autobus
passe un chien noir qui boitait Comprendre un texte, clest également pouvoir répondre li une question
la dame regarde le chien pragmatique : pourquoi, pour accomplir quel but, avec quelle visée argumen-
le monsieur regarde le chien tative, ce t_extc a-t-il été produit 9 Comprendre l“action langagiére engagée en
et pendant ce temps-la l*autobus passa dérivant ainsi un macro-acte de discours d“une suite plus ou moins hiérarchi-
sée d`actes est une autre façon de résumer un texte et donc de llinterpréter
Pour comprendre le caractére indissociable, au sein de la textualité, de la
dans sa globalité. Le discours du général de Gaulle du l8juin 1940, étudié
séquence et de la configuration, il suffit de voir comment la succession
dans Adam 1999 (p. 139-155), est résumé par son acte de discours dominant
linéaire et simple des événements et des actions est ici configurée en inuigue.
lorsqulon le désigne comme e .appel du l8juin s. Llanalyse des pages 131-
Les deux premiers vers constituent une Situation initiale-Pnl a lliiiiparfait. Le
135 a prouvé que l`on peut dire la méme chose de llaffiche T153. De méme,
vers 3 introduit le Noeud-Pn2 du récit, l“événement perturbatetu: Les vers 4 et
lorsque le comité de rédaction de Lîaurore choisit de titrer la lett_re ouverte de
5 correspondent ii la Ré-action centrale-Pn3 et le demier vers au Dénouement-
Zola au Président Félix Faure : e .llaccuse l s, son choix s`est tout simplement
Pn4 souligné par le passage du présent de narration au passé simple qui fait
appuyé sur le macro-acte dominant qui est alors devenu le titre-résumé de
office de chute. La Situation finale-Pn5 nlest pas explicitement donnée pour
llarticle. Dans le fragment 128 de La lšruyére, on peut résumer le texte en
deux raisons : dlune part, parce qu`elle peut étre dérivée a partir des informa-
disant que le moralisateur accomplit une action di scursive 1 dénoncer la condi-
tions des vers précédents, d“autre part et surtout, parce qu`el1e se présente
tion du peuple des campagnes, dans une fin de siecle marquée par les famines.
com me un retour ii la situat_ion de départ (v. 1 et 2).
Le manque de guidage de llinterprétation globale dlun texte débouche sur Le macro-acte accompli peut également servir ii désigner des genres de dis-
cours. C`est vrai pour le genre des vannes ou insultes rituelles en -s Ta
un probléme illusué par la seconde réplique de Foka, à llacte W des .li.tstes de
mére.__ s étudiées dans adam 1999 (p. 159-E93), pour celui des genres du
Camus :
conseil et de llincitation il llaction (instructions, notices de montage, guides de
T86 Kttlinyer [1] : ll ne faut pas dire cela, frére. Dieu ne peut rien. La justice randonnée, etc.), pour celui des lettres de refus ii des demandes dlembauche,
est notre affaii'el (Un silence.) Tu ne comprends pas 9 Connais-tu la pour les rappels de paiement, pour les prévisions météo, mais également pour
légende de saint Dmitri 9 les déclarations dlamour, etc.
Fulm [1] : Non. tltvee cette question des macro-actes de discours, nous rejoignons les propos
Knltlnyev [2]: [él] Il avait render.-vous dans la steppe avec Dieu liti- du chapitre 1 et, en particulier, ce qui constitue le niveau Nl du schéma 3
méme, et il se hfitait [é2] lorsqulil rencontra un paysan [é3] dtint la voiture- (p. 31).
était embtiurbée. [é4] alors saint Dmitri llaida. [é5] La boue était épaisse,
la fondriére profonde. [éd] ll fallut batailler pendant une heure. [é9] Et Î- Références et lectures conseillées 'ilr

quand ce fut fini, [é8] saint Dmitri courut au rendex-vous. I_é9] lvlais Dieu
n'était plus la. - Jean-lvlichel rltnsivi : Êléuierit.s de lingui_rtiqtte textitelle_, liruxelles-Liege,
Foltn [2] : Et alors 9 lvlardaga, 1990 : 185-198.
Knlinyev [.3] : Et alors il y a ceux qui arriveront toujours cn retard au ren- -Jean-lvlichcl .t“in_t.tvi: t~*_Pour une pragmatique linguistique et textuelle s-, in
dex-vous parce qu`il y a trop de frères a secourir. Claude Reichler (éd_), Uiriterprétntion cles textes, Paris, Minuit. 1989 : 183-222.
- Jean-lvlichel Pinata : e Une alternative au “tout nan'atif“ : les gradients de
Le fait que le récit allégorique ne permette pas ii Foka d`interpréter correcte- iiarrativité s, Recliertrltes en curnntitnicntion 9, Université catholique de Louvain,
ment le sens global implicite du texte (sa e maxime de morale s, comme
1999 : I I-35.
disaient les anciens) oblige le narrateur à forrmiler explicitement (Kaliayev 3)
- .lean-lvlicliel rfttisivi : e Les genres du discours épistelaire s, in liigeii Siess (éd.),
une évaluation finale-Pn!Îl_ On peut dire que la sanction du e Et alors 9 s
Le lettre, entre réel etfictioii, Paris, SEDES, 1998 : 39-53.
manifeste une mauvaise anticipation par le narrateur des capacités interprétati-
- Jean-lvîlichel rftitinivi : e Conditions et degrés de narrativisation du poeme s,
ves de son auditeur.
Degrés 1 1 1, Bmxelles, 29112 : al-a2é_
t92 la linguistique textuelle

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des textes. C'est la qu`el.les dessinent, avec d`autres signes, et aussi avec
- Kathleen Mc Lsuoutinz e il a-t-il une autonomie propre a la connaissance d`autrcs temps, un complexe de détenninatious, un réseau de valeurs textuelles
historique9 Questions de méthode ches L.û. lvlink s, in Paul Ricceur (éd), La [...].
Narrativité, Paris, CNRS, 198111293-218.
(Harald Weinrich 1993 : 13.)
-Paul Rlctuun : e Pour une théorie du discours niuratif s, in P. E-licreur (éd.), La
Ntirrritivité, Paris, CNRS, 19813 : 5-68. Harald Weinrich a été un des premiers ii examiner le rfile textuel des temps
verbaux (1964). Dans la perspective de ce qulil nommait déja la e linguistique
textuelle s~, sa réflexion diéorique ne se contentait pas du cadre des réalisa-
tions lexicales (morphéme temporel associé ii un lexéme) et phrastiques des
formes verbo-temporelles. En soulignant, avec Carl lletters, qu*-t-:_ une descrip-
tion satisfaisante de llemploi des temps verbaux ne peut pas se limiter ii un
seul niveau dlanalyse, qulil soit phrastique ou textuel, mais doit intégrer ces
deux niveaux si (1993 : 8)', nous noterons toutefois que les travaux les plus
récents se limitent, en fait de texte, iii des suites de deux phrases (rarement
plus). Weimich s"est, lui, intéressé aux effets textuels liés aux suites de temps
identiques (suites de PS9 ou de PR, etc.) et aux transitions entre temps proches
(PS + IMP différente de PR + FUT, par exemple) ou entre temps relevant de
sous systemes différents (PR ou FUT au milieu de PS + ll'vlP, PS au milieu de

¿£_1

l. Les pages qui suivent reprennent partietlernent les grandes lignes tfuii article écrit avec Fran-
çoise Revaa et Crilles Lugriii: e Pour en finir avec le couple récit i' discours s (Pratigue_t'
nf' llilll, lvletx, 1998 : 81-98). Parmi les multiples parutions relatives aux temps du frariçais,
signalons l”ouvrage collectif dirigé par Carl \letters (1993) et, pour une présentation synthéti-
que et accessible, Touratier 1996.
2. Nous adoptoiis ci-aprés les abréviations suivantes : PS = passé simple, Pat = passé antérieur,
IMP = imparfait, PqP = plus-que-parfait, PR = présent, PC = passé composé, PsC = passé sur-
composé, FUT = futur simple, FA = futur antérieur, CDND = conditionnel, CP = conditionnel
passé, SUB] = subjonctif, l1v'1PEli'. = impératif. Les formes péripluastiques, llinfmitif, etc.
seront désignés en toutes lettres.
.i-
194 la linguistique textuelle Le fonctionnement textuel des temps verbaux 195

PR + PC). Nous nuancerons sa position, en ne disant pas que les transitions des temps du “récit historique” pour éviter le temie e temps narratifs s qui a
homogéncs u gmantissent la consistance dlun texte, sa textualité s (1993 : créé tant de confusion s (1966 : 242). Pour construire un monde révolu passé
204), ni surt.out que u les transitions hétérogénes ne participent guére ii la tex- ou fictif, on a le choix entre un mode actualisé, rattaché a l'aetua1ité d`un nar-
tualité, ou méme pas du touts (1993 : 205). Définissant la textualité comme rateur (comme dans le noyau narratif é6-é12 de T83) ou un mode non actua-
une tension entre continuité et discontinuité, nous dirons que les variations lisé, détaché de la situation dlénonciation (cenune T81 et le récit él-é9 de
énonciatives marquées par les formes verbales font partie des effets de sens T86). Alors que e ilfit objeetivise llévénement en le détachant du présent ;_ il a
propres aux textes. Les effets textuels de ces transitions sont tels que nous leur fait, au contraire, met llévénement passé en liaison avec notre présent s-
consacrons ce bref chapitre qui ola pas l“ambition de décri.re les valeurs de (I966 : 249). Comme le dit encore Benveniste : -s Le repére temporel du par-
chaque tiroir verbe-temporel, mais de dessiner les grandes lignes dlune appro- fait [PC] est le moment du discours, alors que le repere de llaoriste [PS] est le
che globale de l*emploi textuel du systéme verbal du français. En revenant moment de Pévénement s- (l966: 24-4). Considérant PS et PC comme des
systématiquement sur les exemples du chapitre 6, les pages qui suivent déve- temps narratifs, Benveniste reconnait que ces deux façons de construire des
loppent un aspect majeur du niveau N9 du schéma 3 (chap. I), niveau de la mondes narratifs obscurcissent la distinction entre les deux plans
cohésion énonciative des suites dlénoncés et de la prise en charge énonciative dlénonciation : e le systéme du discours subit de ce chef une atteinte
des énoncés (composan