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Baudelaire Les Fleurs du Mal

Sommaire
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1 LE MOUVEMENT ROMANTIQUE_____________________________________________________1
1.1 Etymologie du mot romantique_______________________________________________1
1.2 Les thèmes du romantisme__________________________________________________1
1.3 Définition du romantisme___________________________________________________2
2 LE SYMBOLISME ET LES CORRESPONDANCES_______________________________________3
2.1 Le symbolisme___________________________________________________________3
2.2 Les correspondances_______________________________________________________3
3 LA BIOGRAPHIE DE CHARLES-PIERRE BAUDELAIRE__________________________________4
4 ASPECTS STRUCTURELS ET THÉMATIQUES DE L’ŒUVRE_____________________________5
4.1 Introduction______________________________________________________________5
4.2 Développement : le contenu de l’oeuvre________________________________________5
4.3 Conclusion_______________________________________________________________6
5 ANALYSE DES DEUX POÈMES_______________________________________________________6
5.1 Harmonie du soir__________________________________________________________6
5.1.a Vocabulaire du poème____________________________________________________7
5.1.b Etude du rythme et des sonorités____________________________________________7
5.1.c Etude des images et des comparaisons_______________________________________8
5.1.d Sens du poème__________________________________________________________8
5.1.e Signification du titre et structure du poème____________________________________9
5.1.f Le contenu_____________________________________________________________9
5.1.g Etude du lexique_________________________________________________________9
5.1.h Les thèmes____________________________________________________________10
5.2 Les aveugles____________________________________________________________11
5.2.a La forme du poème______________________________________________________12
5.2.b Pourquoi est-ce un sonnet irrégulier ?______________________________________12
5.2.c Etude méthodique du poème______________________________________________12
6 BIBLIOGRAPHIE______________________________________ERREUR ! SIGNET NON DÉFINI.
7 ANNEXES________________________________________________________________________19
7.1 Vocabulaire poétique : Les figures de rhétorique________________________________19
7.1.a La comparaison________________________________________________________19
7.1.b La métaphore__________________________________________________________19
7.1.c L’allégorie____________________________________________________________19
7.1.d La métonymie__________________________________________________________19
7.1.e La synecdoque_________________________________________________________20
7.1.f La périphrase__________________________________________________________20
7.1.g L’antithèse____________________________________________________________20
7.1.h L’antiphrase___________________________________________________________20
7.1.i L’oxymore____________________________________________________________20
7.1.j L’hyperbole___________________________________________________________21
7.1.k La gradation___________________________________________________________21
Baudelaire Les Fleurs du Mal
7.1.l La litote______________________________________________________________21
7.1.m L’euphémisme_________________________________________________________21
7.1.n L’anacoluthe__________________________________________________________21
7.1.o L’anaphore____________________________________________________________21
7.1.p Le chiasme____________________________________________________________22
7.1.q L’ellipse______________________________________________________________22
7.1.r Le zeugma____________________________________________________________22
Baudelaire Les Fleurs du Mal

1 Le mouvement romantique
1.1 Etymologie du mot romantique
Romantique vient de l’anglais, romantic et est employé depuis 1650. Il désigne les
romans de chevaleries, le cycle celtique, le merveilleux. Ancêtres italiens du
romantisme dans le sens merveilleux : Ariost (1532), Le Tasse (La Jérusalem
délivrée, 1580)
Il ne prend pas du tout le même sens que chez Rousseau lorsqu’il dit, en 1776 : Les
rives du lac de Bienne sont plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de
Genève.
Au 18è siècle : l’adjectif romantique est un synonyme de romanesque. Il signifie qui
tient du roman, par opposition à la vie réelle.
Ensuite : il désigne un état d’âme, une situation psychologique où domine un
sentiment profond de la nature et de l’imaginaire. Il se dit des lieux, des paysages et
des états d’âmes.
A partir de 1813 : en France, le mot romantique vient à désigner un type de littérature
opposé au classicisme. C’est un vaste mouvement artistique de sensibilité et d’idées,
il est européen qui s’est manifesté surtout en Allemagne, en Italie et en France. Il
faut attendre 1820 pour voir apparaître le premier grand recueil de poésie
romantique : les Méditations poétiques de Lamartine
Ce mouvement prendra fin en 1870 avec le développement des philosophies de
l’inconscient ou de l’irrationnel (Freud, Nietzsche, Schopenhauer) et le
développement des idéologies matérialistes (Proudhon, Marx)
1.2 Les thèmes du romantisme
- Le désarroi, l’inquiétude : L’adolescent, au sortit de l’enfance, éprouve le
sentiment de l’insuffisance du monde, de sa
médiocrité, de sa platitude. Ce sentiment peut re
vêtir plusieurs formes : spleen, mélancolie,
angoisse et il s’allie à la douleur, à la souffrance.
Les romantiques créent le type du héros sombre,
solitaire, révolté contre les hommes et contre Dieu.
Le héros romantique est un être jeune,
s’interrogeant au seuil de la vie, ne sachant qui être
ni que faire.
- La recherche des ailleurs : A ce désarroi répond un besoin d’évasion, une
volonté de fuir hors du monde, de trouver un
univers idéal : rêve, art, amour, paradis artificiels,
voyage réel, l’imaginaire, l’évasion vers le paradis
de l’enfance. Idée qu’il existe qqch. -delà des
apparences, de la vie terrestre, une réalité
essentielle et invisible intérêt pour les traditions
occultes. La théorie des correspondances se
rattache à ces idées.

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- Un certain sentiment de la nature : Le sentiment romantique de la nature est


celui d’une communion avec elle.
Elle est perçue comme une force vitale et
les romantiques la découvrent comme un
monde mystérieux et fraternel ou comme
une manifestation du divin.
- L’amour : révélation d’un au-delà de beauté et de béatitude, flamme ardente qui
fait vivre.
- La femme : être volontiers divinisé, inaccessible, objet d’un culte.
1.3 Définition du romantisme
- Réaction contre le rationalisme, la philosophie des Lumières, à la mécanisation
de la nature, à la manière de privilégier la raison pour connaître. Le romantisme
privilégie le sentiment, le cœur, l’imagination, le merveilleux, la rêverie, au
nocturne, à la magie. L’intellect est donc limité et laisse sa place à l’intuition,
selon les romantiques, la raison ne suffit pas pour expliquer le monde retour au
pré-rationnalisme.
- Associé à la réaction contre la révolution française pour ensuite s’associer à une
réaction contre les nouveaux courants politiques : libéralisme, nationalisme…
- Implique un retour à la religion, au christianisme ou au moins à une sensibilité
religieuse.
- Volonté d’indépendance, de novation . Rejet des règles et des contraintes
extérieures exaltation de la liberté créatrice et du génie.
- Sources nouvelles d’inspirations : germaniques, celtes, anglo-saxonnes…
- apparaît alors l’idée que le créateur, le poète est un être exceptionnel, distinct du
commun des mortels, pourvu de dons particuliers le poète a une mission
civilisatrice et progressiste. Ce privilège peut être vu comme une malédiction : le
poète est un incompris.

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2 Le symbolisme et les correspondances


2.1 Le symbolisme
- Mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle.
- S’oppose au réalisme naturaliste et au Parnasse.
- Le mot symbolisme est né après coup.
- Soutient que l’essentiel est invisible, que le monde apparent masque des réalités
mystérieuses ; que le visible, dans ce qu’il a de meilleur, est toujours symbole de
l’invisible, de l’au-delà, du spirituel.
- Au naturalisme qui prétend représenter la réalité telle qu’elle est, bien pleine et
bien visible. Pour Baudelaire, le naturalisme est une dégradation de la réalité car
il faut être capable d’aller derrière la réalité pour la comprendre vraiment. Son
idéal est l’imitation de la réalité naturalisme copie de la réalité.
- Aux poètes parnassiens qui étaient soucieux de beauté formelle et qui
oubliaient la mission de la poésie : décrypter le monde, explorer ce qui dépasse
la nature, ce qui résiste à la science, exprimer l’intériorité de l’être humain.
- Pourtant les symbolistes vont utiliser les moyens esthétiques des Parnassiens au
service de leur message spiritualiste.
2.2 Les correspondances
- Due au philosophe mystique suédois Swedenborg : existence de liens mystérieux
entre le monde visible et le monde invisible, entre l’intérieur de l’être humain et
l’univers extérieur…
- Correspondances sensibles, horizontales = synesthésies : Les sens (vue, ouïe,
toucher, goût, odorat) se répondent, ils communiquent entre eux. Elles sont
réversibles.
- Correspondances verticales : Elles s’établissent entre le monde sensible et le
monde spirituel, entre les sensations et les idées, entre l’ici-bas et l’au-delà.
Technique qui permet à l’homme de s’unir immédiatement à Dieu. Elles sont
irréversibles.
- La mission du poète n’est donc pas de donner un sens au monde mais au
contraire de mettre au jour ce Sens qui s’exprime é travers l’harmonie sensible de
la Nature, perceptible aux différents niveaux de sensations : vue, ouï… Ces
correspondances sensibles traduisent une harmonie universelle. C’est alors que
l’on glisse vers le symbolisme : la poésie, pour rendre compte de l’unité profonde
de l’univers, doit recourir aux symboles, et donc ne peut plus être totalement
explicite.

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3 La biographie de Charles-Pierre Baudelaire


- 9 avril 1821 : naissance de Charles-Pierre Baudelaire à Paris.
- Perd son père et voit sa mère se remarier avec un commandant qu’il haïssait.
- Sera renvoyé du lycée.
- Rencontre Balzac, Gérard de Nerval, Latouche.
- Départ sur le Paquebot des mers du sud à destination de Calcutta découverte
d’exotisme dont il sera influencé. Voyage avorté.
- Touche l’héritage de son père à sa majorité qu’il dépense rapidement. Il veut
vivre comme un dandy ( dandysme = aristocratisme lié au libertinage, souffrance
des valeurs qui deviennent de plus utilitaires, marginalisation par le haut :
revendication d’une supériorité par rapport à la médiocrité ambiante).
- Fait la connaissance de Jeanne Duval, actrice. Elle représente la sensualité
dangereuse qui conduit l’homme au mal selon Baudelaire.
- Il est mis sous tutelle car il a dépensé la moitié de son patrimoine en deux ans.
Baudelaire restera sous tutelle toute sa vie.
- S’initie au Haschisch ( Club des haschischins ).
- Ecrit son premier poème, A une dame créole, influencé par ses voyages.
- Fait la connaissance de Marie Daubrun, actrice. Elle représente une image
sereine de la femme, la Sœur qui peut être toutefois ambiguë.
- Publication de la première traduction d’Edgar Poe par Baudelaire.
- Ecrit à Mme Sabatier qui elle n’est pas actrice. Baudelaire la voit comme une
Idole.
- Ecrit des notes, dont la publication posthume a été faite en deux séries : Fusées
et Mon cœur mis à nu.
- 1856 : Baudelaire vend Les Fleurs du Mal.
- Mise en vente des Fleurs du Mal. (100 poèmes en 5 partie : Spleen et Idéal,
Fleurs du mal, Révolte, le Vin, la Mort.)
- Pour délit d’outrages à la morale publique, Baudelaire est condamné à une
amende. Le tribunal ordonne la suppression de six poèmes, les Epaves.
- Première crise cérébrale due à la syphilis
- 1861 : Mise en vente de la seconde édition des Fleurs du Mal. ( 126 poèmes,
moins les 6 condamnés, en six parties : Spleen et Idéal, Tableaux parisiens, le
Vin, Fleurs du mal, Révolte, Mort) Poèmes en prose.
- Alerte grave de Baudelaire qui a senti passer sur lui le vent de l’aile de
l’imbécillité.
- 31 août 1867 : Mort de Baudelaire.
- 1868 : Publication de la troisième édition des Fleurs du Mal. ( 151 poèmes moins
Epaves. Cette édition restera la seule autorisée jusqu’en 1917.)

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4 Aspects structurels et thématiques de l’œuvre


4.1 Introduction
Lorsque Baudelaire dit : « Le seul éloge que je sollicite pour ce livre est qu’on
reconnaisse qu’il n’est pas un pur album, et qu’il a un commencement et une fin. »
En effet, Les Fleurs du Mal ne constituent pas une simple addition de poèmes mais
Baudelaire y a voulu un ordre précis et auquel il tenait beaucoup. Il existe donc une
structure dans l’œuvre.
Celle-ci se compose d’un poème liminaire, Au lecteur, et de six sections de
longueurs différentes.
4.2 Développement : le contenu de l’oeuvre
 Au Lecteur
L’homme est enfoncé dans le péché et Satan triomphe en ce bas monde.
 Spleen et idéal
Curieusement, le plan véritable est l’inverse si l’on se réfère au contenu des poèmes
de cette section
La question fondamentale est : comment l’Homme peut-il échapper au Mal  ? En
recherchant l’Idéal :
- Par l’art et surtout par la poésie qui est pour Baudelaire la voie la plus sûre (I à
XXI). On peut distinguer trois mouvements : la grandeur du poète (I à VI), la
misère du poète (VII à XIV) et son idéal de beauté (XVII à XXI)
- Par l’amour : les poèmes de cette partie sont répartis en quatre cycles : Le cycle
de Jeanne Duval, le cycle de Madame Sabatier, le cycle de Marie Daubrun, le
cycle des femmes diverses. Autrement dit, l’album des femmes aimées a été
constitué par Baudelaire en conformité avec sa vie personnelle.
Ces deux tentatives d’échapper au Mal sont vaines et mènent au Spleen.
Spleen et Idéal semblent donc exprimer l’expérience personnelle du poète tandis que
les 5 autres sections évoquent dans une suite des domaines particuliers, une
expérience plus universelle.
Le poète décrit donc la double postulation de son être déchiré entre sa soif d’idéal et
son enlisement dans les tourments du quotidien (=spleen, ennui, tristesse…)
 Tableaux parisiens
Cette section démontre la tentative de la communion humaine, dans le cadre de la
ville.
La description de la ville est un thème tout à fait nouveau. Chez Baudelaire, elle
impose au créateur à la fois sa laideur et son mal mais aussi un lieu magique où se
perdre c’est aussi se retrouver.
 Le Vin
Cette section représente un groupe de poèmes assez anciens dont la signification a
sans doute changé dans l’esprit du poète. En effet, au départ le vin est considéré
comme une récompense pour le peuple qui travaille. Ensuite il est associé aux
paradis artificiels.

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 Fleurs du Mal
En fer du livre : romantisme macabre, vampirisme, homosexualité féminine.
Baudelaire cherche à provoquer.

 Révolte
Cette section est formée de seulement 3 poèmes qui expriment la misère de
l’homme qui ne peut rencontrer Dieu que par le blasphème. La révolte est présentée
ici comme une fausse sortie car la seule issue qui nous soit offerte pour échapper au
à un monde voué au mal, c’est la mort.
L’auteur se révolte contre Dieu.
 La mort
La mort est saluée sans horreur. La conclusion tombe : toutes les étapes du voyage
se révèlent vaines, toutes sauf une, la mort qui seule délivre de l’ennui. L’idéal
échoue mais la mort apparaît comme une délivrance.
4.3 Conclusion
Selon Baudelaire : « il y a dans l’homme, à toute heure, deux postulations
simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. » En effet, le poète est béni et il est
maudit ; l’homme est en proie au spleen, et à l’idéal, la femme est un animal, et un
ange ; notre monde est sollicité par l’Enfer, et par le Ciel.
5 Analyse des deux poèmes
5.1 Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige


Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir :
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

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5.1.a Vocabulaire du poème
Encensoir : Sorte de cassolette suspendue à des chaînettes dans la quelle on brûle
l’encens
Reposoir : Support en forme d’autel sur lequel le prêtre dépose le saint sacrement au
cours d’une procession.
Ostensoir : Pièce d’orfèvrerie destinée à contenir l’hostie consacrée et à l’exposer à
l’adoration des fidèles. = ce qui sauve, idée de Salut.
Harmonie : (est à prendre au sens musical mais aussi dans un sens plus général
d’harmonie universelle) Unité mystique du monde, régi par des
correspondances et des synesthésies.
5.1.b Etude du rythme et des sonorités 
 Pantoum traditionnel
Forme empruntée à la poésie malaise souvent utilisée par les romantiques. Ce sont
des quatrains d’octosyllabes ou de décasyllabes à rimes croisées, avec
enchaînement de refrains entrelacés dont chacun n’apparaît que deux fois. Les
deuxièmes et quatrièmes vers de chaque strophe deviennent le premier et le
troisième vers de la strophe suivante. Le dernier vers du poème ferme le cycle en
reprenant le vers initial : AB AB / BC BC / CD CD / GH GH /… / XA XA /
 Pantoum de Baudelaire
ABBA / BAAB / ABBA / BAAB / 
Il choisit donc de travailler sur deux rimes qui sont embrassées. Le poème ne se
termine pas par le premier vers.
Baudelaire choisit cette forme car elle lui permet d’exprimer ce qu’il ressent :
- La répétition des vers provoque un effet d’ivresse, d’égarement. Elle suggère le
vertige qu’éprouve le poète. Elle reproduit l’effet incantatoire de la valse. (effet
tournoyant)
- La répétition des vers provoque aussi une répétition de rythmes, et donc de sons.
Cela augmente l’effet d’écho. (harmonie de sonorité)
- On remarque aussi que le nombre réduit de rimes (il n’y en a que deux sortes en
ige et oir) souligne la présence obsessionnelle du soir, véritable leitmotiv sonore
de tout le poème.
- Le mouvement grisant du pantoum reprend, sur le plan musical, l’ivresse du
tournoiement de la valse et donne au poème un effet mimétique.
 Le rythme du vers 
- Chaque vers est un alexandrin qui est divisé en deux hémistiches.
- Dans la majorité des cas, les hémistiches sont respectés, la césure (= coupe
centrale du vers) n’est pas au milieu d’un mot = effet d’harmonie, d’équilibre.
- Les mots placés devant ou derrière la césure sont mis en évidence par la
régularité du vers. On remarque que ces places sont souvent occupées par des
verbes qui irradient ainsi leur mouvement dans tout le vers.
- On remarque aussi des effets de chiasme (Valse mélancolique et langoureux
vertige) qui soulignent la relation de cause à effet valse-vertige (encore renforcée
par l’allitération en v) et l’alliance des mots mélancolique et langoureux.
- Diérèse : on dit le vi/olon ce qui provoque un effet d’un déchirement affectif
produit par la musique.

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 Etude des sonorités
Les assonances en i, son aigu, traduisent les impressions les plus ténues (vibrant
sur sa tige) ou l’acuité de la souffrance (afflige ; fige)
L’allitération en v du vers 1 rend sensible la vibration provoquée par le souffle du
vent. (Voici venir les temps où vibrant sur sa tige)
La fluidité de la valse est enfin rendue par l’allitération des liquides l et r. ( Valse
mélancolique et langoureux vertige)
5.1.c Etude des images et des comparaisons
 Les métaphores
- On distingue deux métaphores : celle de la noyade et celle du sang.
- La première présente la dissolution du soleil couchant comme anéantissement.
- Quant à l’image du sang, elle est appelée par analogie entre la couleur rouge et
celle du soleil couchant. Pourtant, elle peut aussi renvoyer à une impression
personnelle : celle de l’arrêt du cœur ; le sang, symbole de la vie, renvoie ici à la
mort.
 Les comparaisons (voir les vers soulignés dans le poème)
- Elles sont plus nombreuses car elles jouent un rôle essentiel.
- La similitude des trois comparants (encensoir, reposoir et ostensoir) frappe. De
plus, tous possèdent la même sonorité finale.
- Conclusion : la comparaison a pour but de nous faire accéder à un autre plan de
réalité, religieux, mystique. (cf. thème : La beauté et la volupté)
5.1.d Sens du poème
 Premières informations
- C’est le soir (voir v. 3).
- Une saison où il y a des fleurs.
- Le poète est à l’extérieur et admire.
- Un violon joue une valse.
- Sa musique est langoureuse et mélancolique.
- Une ambiance se définit.
- Un cœur tendre = Baudelaire
- Le néant = L’ennui, le Spleen, l’angoisse
- Dans le poème, il y a un moment présent où le poète se souvient d’un moment
passé : d’un soir, d’une femme, d’une valse peut-être. La limite entre le présent et
le passé n’est pas définie. On ne sait pas bien à quand se rapportent les
éléments décrits dans le poème (la valse, le coucher de soleil…). Baudelaire
décrit la subtilité de ce phénomène de mémoire.

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5.1.e Signification du titre et structure du poème


- Ce poème se trouve dans la section Spleen et Idéal car la douleur du poème se
transforme en une extase esthétique et mystique.
- Utilisation du pantoum : les rimes croisées mêlent impression de beauté et de
tristesse et provoquent un sentiment d’harmonie qui donne son titre au poème.
- Le pantoum donne au poème une extrême musicalité.
- La reprise de vers identiques structure la progression du poème et nuance les
tonalités propres à chaque strophe.
5.1.f Le contenu
 Première strophe 
- Fleur, valse, tournent, mélancolique : évoquent l’atmosphère du soir faite
d’ivresse sensuelle et de tristesse.
 Deuxième strophe
- Reprends les vers 2 et 4 de la strophe précédente au vers 1 et 3 (motifs de la
fleur et de la valse)
- Les deux nouveaux vers (6 et 8) viennent accentuer la tonalité mélancolique de la
première strophe.
 Troisième strophe
- La tristesse se transforme en angoisse comme le montre le vers 10 : peur du
néant vaste et noir.
- Image dramatique du soleil.
 Quatrième strophe
- Opposition entre les éléments tragiques de la strophe précédente, encore
présents aux vers 13 et 15, et le souvenir, contrepoint rassurant et lumineux.
- Aux ténèbres de l’angoisse, à la disparition du soleil succède la présence d’une
lumière intérieure (en moi, v 16).
5.1.g Etude du lexique
 Vocabulaire relatif aux impressions sensibles
- Olfactives : fleur (v. 2, 5), encensoir (v. 2, 5), parfums (v. 3)
- Auditives : Les sons (v. 3), Valse mélancolique (v. 4, 7), violon (v. 6, 9)
- Visuelles : notations de mouvement (balancement de la fleur, v. 1), et de
l’encensoir, v. 2, tournoiement de la valse, v.4, 7, ou de lumière, v 10, 16.

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 Vocabulaire affectif
- L’émotion du poème naît de la confusion de deux époques et de deux lieux.
- Opposition entre la contemplation actuelle et solitaire du ciel nocturne et
l’évocation d’un bal dans un temps passé : allusion à la Valse et au langoureux
vertige (v. 4), à une femme aimée et disparue (Ton souvenir, v. 16) qui ressuscite
tout un univers amoureux.
- Le cœur est nommé à quatre reprises (v. 6, 9, 10, 13) et sa vulnérabilité est
soulignée par l’adjectif tendre (v. 10, 13). Pour Baudelaire, le cœur est très
complexe. On remarque une ambivalence de la sensualité, du sentiment
amoureux : Valse mélancolique = langoureux vertige.
 Vocabulaire religieux
- Plusieurs termes désignent des objets du culte catholique (l’encensoir, le
reposoir et l’ostensoir). Effet de crescendo, le vocabulaire religieux devient
toujours plus sacré = sacralisation du souvenir, de l’Idéal.
- Ouverture du poème sur un tour fréquent dans la Bible : Voici venir les temps…
 Conclusion
L’étude du lexique nous révèle une triple approche du soir : L’appréhension
sensorielle trouve son prolongement dans des émotions d’ordre affectif, elles-mêmes
redoublées par un état de contemplation quasi mystique.
Au vers 16, le souvenir s’apparente à une révélation qui vient éclairer l’âme du poète.
Il aboutit donc à un état d’ataraxie (=tranquillité de l’âme, quiétude, sérénité, idéal du
sage), il est réconcilié avec son passé = harmonie, sentiment d’unité. Lumière
intérieure = néant vaste et noir. Le souvenir fait partie de lui-même.
5.1.h Les thèmes
 Les correspondances
La réussite de ce poème repose pour une grande part sur l’impression d’unité qui
s’en dégage, unité essentiellement fondée sur la poétique des correspondances
entre :
- Les diverses sensations : le tourbillon de la valse provoque un jeu d’échanges
entre les diverses sensations olfactives, visuelles et auditives, un langoureux
vertige
- L’atmosphère du soir et l’état d’âme du poète  : l’atmosphère nocturne révèle au
poète ses sentiments ; la valse, mélancolique, lui fait prendre conscience de sa
propre tristesse ; à son tour, l’auteur projette son angoisse et sa souffrance sur le
paysage ; son malaise apparaît dans la comparaison subjective du violon qui
frémit comme un cœur qu’on afflige et dans la vision du soleil noyé dans son
sang qui se fige.
- Le plan terrestre et le plan céleste  : le vocabulaire religieux fait apparaître une
troisième correspondance entre le monde naturel et le monde spirituel ; chaque
impression sensible (frémissement de la fleur vibrant sur sa tige ; tremblement du
violon qui frémit) n’est que la manifestation tangible, matérielle, du principe même
de l’être ; le poète peut ainsi saisir la mystérieuse palpitation de la vie originelle.

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 L’univers du spleen
Baudelaire éprouve fréquemment un dégoût de l’existence où se mêlent l’angoisse et
l’ennui : le spleen. On retrouve ici dans la peur des ténèbres et dans la hantise du
vide conjuguées dans l’expression néant vaste et noir. Mais le soir lui procure aussi
l’apaisement par le biais du souvenir.
 Le rôle du souvenir
L’attachement au souvenir se lit dans le mont vestige qui désigne une trace du passé
d’autant plus précieuse qu’elle est infime ; puis dans le verbe recueillir, qui signifie
rassembler avec un soin quasi religieux. Enfin, l’évocation de l’ostensoir souligne,
par la référence à l’hostie, le pouvoir de résurrection du souvenir ( comme le christ, il
ne meurt pas).
 La beauté et la volupté
L’émotion suscitée par l’atmosphère du soir est complexe : souffrance et volupté sont
étroitement mêlés. Le langoureux vertige évoque à la fois malaise (vertige) et volupté
(langoureux).
De plus, les diverses émotions esthétiques (musique du violon, contemplation du
ciel) sont toujours liées à un sentiment de tristesse. L’alliance du mot triste et beau
rappelle la définition que Baudelaire donne de sa conception du beau :
C’est quelque chose d’ardent et de triste […] qui fait r^ver à la fois de volupté et de
tristesse.
5.2 Les aveugles
Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ;
Terribles, singuliers comme les somnambules ;
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.
Leurs yeux, d’où la divine étincelle est partie,
Comme s’ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie.
Ils traversent ainsi le noir illimité,
Ce frère du silence éternel. O cité !
Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles,
Eprise du plaisir jusqu’à l’atrocité,
Vois ! je me traîne aussi ! mais, plus qu’eux hébété,
Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

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5.2.a La forme du poème


Le poème les Aveugles est un sonnet irrégulier.
Un sonnet régulier se compose de 14 vers, groupés en deux quatrains et deux
tercets. Il peut être écrit en vers variés (p. ex : 5, 8, 10 ou 12 syllabes) mais le même
vers est conservé dans tout le poème (c’est-à-dire tout des vers de 5, 8… forment le
poème).
Il obéit à un schéma précis de rimes :
- il est en général construit sur 5 rimes,
- la composition doit être identique dans les 2 quatrains et elle se présente sous
deux formes : soit des rimes embrassées, soit des rimes croisées (cf. feuille
versification).
- La composition des deux tercets n’est pas identique mais doit obéir au schéma
suivant : toujours C C D dans le premier tercet et E D E ou E E D dans le second
tercet.
Le dernier vers appelé vers de chute est particulièrement dense et clôt le poème.
Pour ce qui est du sens, les deux quatrains développent une même idée, tandis que
les tercets forment un contraste ou un parallèle.
5.2.b Pourquoi est-ce un sonnet irrégulier ?
- Au niveau des rimes : le sonnet n’est pas construit comme on l’a vu pour le
sonnet régulier mais comme cela : A B B A / C D D C / D D E / D D E.
- La composition du poème est respectée ( 14 vers, 2 quatrains, 2 tercets).
- Les vers sont des alexandrins mais la césure est irrégulière.
5.2.c Etude méthodique du poème
 Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux
- Le premier vers du poème provoque un effet de choc car on remarque une
opposition entre le verbe contempler où il y a l’idée de réflexion, d’observation
méditative et l’adjectif affreux, souligné par l’adverbe vraiment. En effet, on ne
contemple pas quelque chose d’affreux, au contraire, on contemple la beauté.
- De plus, le verbe est très bien choisi au niveau des sons : il rend le vers plus
harmonieux car les deux nasales du verbe (contemple) s’ajoute aux trois nasales
que l’on trouve ensuite (mon…sont vraiment).
- Baudelaire a donc choisi le verbe contempler car il invite son âme à méditer sur le
spectacle et, de plus, il marque une antithèse, donc un effet de surprise pour
l’auteur, entre les deux hémistiches.
- Baudelaire traite les aveugles d’affreux peut-être parce qu’il veut voir en eux une
image de lui-même. On remarque qu’il n’y a pourtant pas de liaison entre les
deux hémistiches mais Baudelaire marque un lien beaucoup plus subtil entre les
deux parties du vers : à la fois une opposition et à la fois une cause. On peut
donc comprendre le vers de deux façons différentes : c’est parce que les
aveugles sont affreux que le poète croit se reconnaître en eux et en même temps,
c’est parce qu’il croit se reconnaître en eux qu’il les trouve si affreux.
- On comprend ainsi l’impératif du verbe : il voulait obliger son âme à se regarder
dans le miroir et à mettre brutalement le nez dans sa laideur et dans sa misère.

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Baudelaire Les Fleurs du Mal

 Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ;


Terribles, singuliers, comme les somnambules ;
- Dans ces deux vers, Baudelaire va préciser l’impression qu’il éprouve face aux
aveugles, impression qu’il avait d’abord résumée à l’aide de l’adjectif affreux.
- Dans le premier vers, la comparaison avec les mannequins s’explique par le
caractère mécanique de la démarche des aveugles. Ils avancent sans tourner la
tête, très droit. C’est pour ce caractère mécanique que Baudelaire les trouve
ridicule. Pourtant, comme le ridicule est le propre de l’homme et que Baudelaire
hésite à qualifier les aveugles d’hommes (puisqu’il les compare à des
mannequins, qui n’ont pas d’âme), les dit vaguement ridicules.
- Cependant, les aveugles font naître des impressions contradictoires et
indéfinissables. Baudelaire dit dans le second vers qu’ils sont terribles. Comment
être ridicule et terrible à la fois ?
- Pourtant, dans la seconde métaphore, Baudelaire va clarifier les choses.
Premièrement il va donner une âme au aveugles, puisque les somnambules ont
une âme, mais étrange et mystérieuse. Deuxièmement, il va continuer dans le
sens de la première métaphore en gardant l’idée d’automatisme dans leur allure
extérieure, car les somnambules avancent sans tourner la tête.
- Le deuxième vers prépare la fin du poème, quand on comprendra que pour
Baudelaire, les aveugles vivent dans le rêve, comme les somnambules, puisqu’ils
croient au Ciel.
 Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux,
- Le verbe dardant a très bien été choisi par Baudelaire puisqu’il suggère que les
aveugles fixent des yeux une chose que les autres ne voient pas mais qu’ils la
fixent avec une espèce d’intensité secrète et de violence mystérieuse.
- L’alliance de mots que fait Baudelaire est de nouveau frappante, comme dans le
premier vers. En effet, on ne s’attend pas à un complément aussi impropre que
leurs globes pour le verbe darder, qui provoque une opposition profonde entre les
deux termes. De plus l’adjectif ténébreux nous rappelle que les yeux des
aveugles sont éteints.
- La fonction de cette alliance de mot est de souligner le caractère paradoxal que
Baudelaire croit découvrir dans l’attitude des aveugles qui semblent regarder
fixement, intensément quelque chose, comme s’ils étaient fascinés par un
spectacle qu’eux seuls pourraient apercevoir.

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Baudelaire Les Fleurs du Mal

 Leurs yeux, d’où la divine étincelle est partie,


Comme s’ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel
- Baudelaire nous dévoile une information en plus, il nous dit où les aveugles
semblent regarder.
- Cependant, il ajoute en même temps un paradoxe lorsqu’il nous dit qu’ils
regardent au loin : il faut de bons yeux pour regarder au loin.
- Ensuite, il en rajoute un en nous disant que les yeux des aveugles restent levés,
mais à quoi bon puisqu’ils ne voient pas.
- Pour finir, il nous dit que leurs yeux restent levés au ciel, ce qui est étrange
puisque c’est vers du ciel que vient la lumière dont ils sont privés. On croirait
donc que les aveugles se désintéressent de tout sauf de cette lumière.
- La construction de la phrase et la versification soulignent le paradoxe. On
remarque que le sujet (leurs yeux) et le groupe verbal (restent levés au ciel) sont
séparé par une subordonnée comparative. De plus, le groupe verbal est lui-même
séparé par un rejet (entre restent levés et Au ciel).
- On peut donc conclure que le mot ciel est mis en valeur et ce n’est pas pour rien
puisque qu’il revient au dernier vers avec une majuscule et qu’il nous livrera enfin
le véritable sens du poème
- Au vers 6, le groupe au loin est souligné par un rejet à l’hémistiche, la césure
n’étant pas au 6ème pied mais au 8ème :
Comme s’ils regardaient au loin/, restent levés
 On ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie
- La fin du quatrain nous fait franchir un pas important : elle nous fait passer de la
pure description physique des aveugles à l’interprétation psychologique de leur
comportement.
- Baudelaire cherche à expliquer pourquoi les aveugles ne baissent jamais la tête :
s’ils ne baissent jamais la tête vers les pavés, c’est qu’elle n’est jamais
appesantie comme l’est souvent celle des autres hommes. Baudelaire pense
donc que les aveugles ont moins de problèmes que d’autres et échappent aux
ennuis et aux soucis qui accablent certains.
- On peut comprendre que, contrairement aux aveugles, certains passants ont la
tête appesantie, dont lui.

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Baudelaire Les Fleurs du Mal

 Ils traversent ainsi le noir illimité,


Ce frère du silence éternel
- Baudelaire résume la vie et la destinée des aveugles : c’est parce que les
aveugles ont toujours les yeux levés au ciel qui permet aux aveugles de traverser
les ténèbres dans lesquels ils vivent.
- Il y a un autre paradoxe dans ce vers : on ne traverse pas l’illimité. Il faut donc
prendre le verbe traverser au sens figuré : Baudelaire veut ainsi suggérer que,
bien que les aveugles ne puissent sortir des ténèbres qui les entourent, et c’est
pourquoi il parle du noir illimité, ils semblent pour ainsi dire passer au travers, en
prendre leur parti, ne pas en souffrir.
- Ce qui étonne donc Baudelaire maintenant, ce n’est plus de voir les yeux au ciel
vers une lumière qu’ils ne peuvent pas voir, mais de constater qu’ils semblent
accepter leur condition.
- Le poète utilise une périphrase (silence éternel = mort) qui est liée au noir illimité
afin de le mettre en évidence.
- Il utilise la métaphore banale de silence éternel pour faire ressortir le lien étroit
qu’il y a entre la cécité et la mort grâce au parallélisme qu’il y a entre les deux
expressions où les deux substantifs et les deux adjectifs se font écho.
- Ce parallélisme évoque encore autre chose : il suggère que les aveugles ne
semblent pas avoir seulement surmonté le malheur qui leur est propre, la cécité,
mais aussi le malheur commun à tous les hommes, la mortalité. Ils ne semblent
donc pas seulement avoir seulement triomphé de leur infirmité particulière, mais
de l’infirmité générale liée à l’espèce humaine.
 O cité
Pendant qu’autour de nous tu chantes, ris et beugles
- Baudelaire interpelle soudainement les Parisiens, mais il ne dit pas autour de
moi, mais autour de nous. Ce nous se réfère à un groupe qui ne peut être
constitué que du poète et des aveugles. Baudelaire regarde donc maintenant
comme des frères ou du moins il se sent beaucoup plus proche d’eux que des
parisiens. A la vie des aveugles qui ressemble à la mort, Baudelaire oppose celle
des fêtards parisiens qui chantent, rient et beuglent.
- On remarque l’énumération des 3 verbes. On va jusqu’au bestial, l’intensité
augmente.
 Eprise du plaisir jusqu’à l’atrocité
- Alliance de mots entre plaisir et atrocité qui nous rappelle que pour Baudelaire, le
Plaisir est toujours un bourreau sans merci.
- Le mot atrocité reprend l’adjectif affreux du début du poème, ainsi que le verbe
beugler du vers précédent.

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Baudelaire Les Fleurs du Mal

 Vois ! je me traîne aussi ! mais, plus qu’eux hébété


- Baudelaire va prendre à témoin ces fêtards et les faire juge de sa misère et de sa
déchéance.
- Ce Vois ! au début du vers fait écho au Contemple-les qui ouvrait le poème.
Baudelaire qui, au début du poème, invitait son âme, qui s’invitait lui-même à
contempler les aveugles, invite maintenant les Parisiens qui sont autour de lui à
le contempler lui et à le contempler avec les mêmes yeux et avec les mêmes
sentiments.
- Ce spectacle est aussi vraiment affreux, celui d’un homme qui se traîne lui aussi.
De plus, il faut prendre le verbe traîner au sens moral beaucoup plus qu’au sens
physique. C’est l’âme de Baudelaire qui se traîne.
- Baudelaire ajoute encore quelque chose lorsqu’il se dit plus qu’eux hébété. Par-
là, le poète exprime bien cette impression que les aveugles lui paraissent pour
finir, moins malheureux que lui.
 Je dis : que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?
- Dans ce dernier vers, Baudelaire va nous apprendre pourquoi il se sent plus
misérable que les aveugles en nous donnant ainsi la clé de tout le poème : si les
aveugles regardent toujours vers le ciel, s’ils semblent échapper aux soucis des
hommes, s’ils semblent traverser les ténèbres dont ils ne peuvent sortir, c’est
parce qu’ils croient au Ciel, faute de voir sa lumière.
- Le mot Ciel est en plus mis en évidence par le rejet de l’hémistiche puisque la
césure est retardée au huitième pied, détachant ainsi le mot Ciel du reste du vers.
Mais tout en achevant le portrait des aveugles, Baudelaire achève son propre
portrait, puisqu’il ne peint les aveugles que pour mieux se peindre lui-même. Il
achève le portrait des aveugles en nous disant qu’ils croient au Ciel, et il achève son
propre portrait en nous disant qu’il voudrait bien y croire lui aussi, mais qu’il ne le
peut pas. Et, s’il peut nous dire l’un et l’autre en même temps, c’est parce qu’il nous
dit l’un et l’autre que d’une manière indirecte. Il ne dit pas d’une manière directe que
les aveugles croient au Ciel. Il le dit d’une manière détournée sous la forme d’une
question (que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?). Et cette question est elle-
même ambiguë. Il ne faut pas, en effet, la prendre au sens littéral : Baudelaire ne se
demande pas vraiment ce que les aveugles cherchent au Ciel, car, de toute
évidence, il connaît la réponse : ce ne peut être que Dieu. Et le verbe lui-même est
ambigu : les aveugles ne cherchent pas vraiment, car ils ont trouvé ou, du moins, ils
le croient. Mais à tort selon Baudelaire. Car c’est précisément ce que suggèrent cette
fausse question et le verbe chercher. Derrière la question : Que cherchent-ils au
Ciel ? , Se cache une autre question : Comment peut-on croire au Ciel ? La question
équivaut donc à une double affirmation : les aveugles croient en Dieu, mais Dieu
n’existe pas. Si Baudelaire a recours à la forme interrogative pour nous dire que les
aveugles croient en Dieu, c’est parce que cela lui permet en même temps de nous
dire, d’une manière elle aussi indirecte, que, lui, il n’y croit pas. Il nous explique en
même temps pourquoi, tout en se reconnaissant dans les aveugles, il s’en distingue
et se juge encore plus misérable. Il se reconnaît dans les aveugles parce qu’il a, il
aurait besoin de croire en Dieu pour surmonter son spleen, comme les aveugles ont
besoin d’y croire pour surmonter leur infirmité. Mais il est beaucoup plus misérable
que les aveugles puisque eux, ils croient en Dieu et que lui, il ne peut y croire.

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Baudelaire Les Fleurs du Mal

Si l’on pouvait douter que la question Que cherchent-ils au Ciel, revient à dire
Comment peut-on croire au Ciel ? , la fin de la phrase (tous ces aveugles) nous
ôterait toute incertitude. La formule tout ces est évidemment péjorative et
méprisante. Elle suggère clairement que ces aveugles qui croient au Ciel ne sont pas
seulement infirmes physiquement, mais aussi intellectuellement. La négation de Dieu
prend ainsi un ton blasphématoire : Baudelaire pense qu’il faut être aveugle pour
croire au Ciel. Le ton n’est pas seulement méprisant. On sent vibrer comme de la
colère dans cette formule lancée comme une exclamation en fin de vers et de
poème, grâce au rejet à l’hémistiche qui, en même temps qu’il souligne le mot Ciel,
permet aussi de détacher la fin du vers avec beaucoup de vigueur. Si le mépris de la
crédulité des aveugles inspire à Baudelaire s’exprime avec une sorte de colère, c’est
parce qu’il envie les aveugles en même temps qu’il les méprise. L’union de ces deux
sentiments, le mépris et l’envie, engendre tout naturellement un mouvement de
colère. Le spectacle, si fréquent hélas d’imbéciles qui réussissent non pas malgré
peur sottise mais grâce à leur sottise, mais par leur sottise, ce spectacle est toujours
des plus irritant. Et l’union elle-même de ces deux sentiments, à première vue
contradictoires que Baudelaire éprouve pour les croyants que sont selon lui les
aveugles, est, elle aussi, tout à fait naturelle. S’ils ne l’avouent peut-être pas toujours,
ce sont les sentiments qu’au fond d’eux-mêmes, tous les incroyants éprouvent plus
ou moins à l’égard des croyants : il leur est difficile de ne pas éprouver une sorte de
puissant mépris pour la paresse, pour la lâcheté intellectuelle dont ils font preuve en
s’obstinant à conserver des croyances dont l’absurdité ne pourrait pas manquer de
leur sauter aux yeux, s’ils osaient une bonne fois les regarder en face, mais il leur est
difficile aussi de ne pas envier malgré tout le bonheur de ceux qui croient avoir des
réponses aux questions que tous les hommes ne peuvent s’empêcher de se poser,
même quand ils savent que cela ne sert à rien. Avec tous ces aveugles la fin du
poème nous renvoie donc doublement au début, puisqu’elle nous rappelle le titre, et
que le sonnet s’achève sur une note qui rappelle le début (ils sont vraiment affreux).
Mais ce mépris, intense et violent, que l’on entend dans cette espèce de cri sur
lequel s’achève le poème, fait écho en même temps à celui, non moins profond, qui
s’exprimait dans l’apostrophe de la cité : tu chantes, ris et beugles. Et c’est
seulement en découvrant au dernier vers que, pour Baudelaire, les aveugles croient
au Ciel, qu’on comprend alors vraiment le sens de cette apostrophe à la cité qui
paraissait d’abord si imprévue et si déroutante. Ces parisiens que le poète interpelle,
ces fêtards, ces viveurs sont l’exacte antithèse des aveugles. Les aveugles vivent
dans l’obscurité, le silence et la solitude ; ils semblent être totalement exclus des
plaisirs de la vie, mais ils n’en souffrent pas parce qu’ils croient au Ciel, parce qu’ils
croient en une autre vie qui leur apportera au centuple tout ce que celle-ci ne leur
aura pas donné. Les fêtards, eux, ne recherchent que les plaisirs les plus terrestres
et ne pensent jamais au Ciel. Par rapport aux aveugles, qui ont trouvé dans la foi le
remède au malheur de leur condition, ils représentent l’autre solution. Les fêtards se
satisferont des plaisirs terrestres et les aveugles se consolent de ne pouvoir les
goûter parce qu’ils croient au Ciel. Le malheur de Baudelaire vient de ce qu’il ne peut
ni se satisfaire des plaisirs terrestres ni croire au Ciel.

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6 Annexes
6.1 Vocabulaire poétique : Les figures de rhétorique
6.1.a La comparaison
La comparaison rapproche deux termes, au moyen d’un mot comparatif, pour insister
rus les rapports de ressemblances qui les unissent.
Une comparaison comporte un comparé (l’objet que l’on compare), un comparant
(c’est l’objet ou l’être auquel on compare), un mot comparatif (comme, ainsi que…),
une motivation, un point de comparaison (est belle, est rouge…)
Exemple : Emma est rouge comme une tomate.
6.1.b La métaphore
La métaphore assimile deux termes pour insister sur les rapports de ressemblance
qui les unissent mais, à la différence de la comparaison, le mot comparatif est
absent. Il existe plusieurs formes de métaphores.
 La métaphore annoncée
Elle met en présence un comparé et un comparant. (Elle a une taille de guêpe.)
 La métaphore directe 
Elle se réduit à un comparant, sans faire apparaître le comparé ou le terme
comparatif. (Le fléau de la société = chômage.)
 La métaphore filée 
Elle consiste à développer une succession, un enchaînement de métaphores autour
d’un même thème.
6.1.c L’allégorie
L’allégorie consiste à rendre concrète une abstraction, c’est-à-dire à représenter de
façon imagée une idée, un sentiment, une qualité morale ou une force de la nature.
(Représenter la mort sous la forme d’une vieille femme munie d’une faux est une
allégorie.)
L’allégorie se caractérise par deux procédés essentiels :
 La personnification
Elle consiste à donne forme humaine à une abstraction, un animal ou un objet.
(L’emploi de la majuscule suffit souvent à marquer la personnification.)
 La prosopopée
Elle consiste é faire parler un être absent ou mort, un animal ou une réalité
personnifiée. C’est un cas particulier de personnification.
6.1.d La métonymie
La métonymie consiste à ne pas désigner un être ou un objet par son nom mais par
un autre nom qui est lié au premier par un rapport logique. (Boire un verre pour le
contenu d’un verre ; une belle main pour une belle écriture.)
Les rapports logiques qu’entretiennent les deux mots dans une métonymie sont de
natures très différentes, on peut désigner :

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 Le contenu par le contenant. (boire un verre de lait, une bouteille…)
 Le produit par son lieu d’origine. (du bordeaux, du cognac, un madras…)
 L’utilisateur par le projet qu’il utilise. (une grève des trains, une fine lame…)
 L’œuvre par son auteur. (un Picasso, un Flaubert…)
La métonymie se différencie de la métaphore par les caractéristiques suivantes :
 La métonymie ne repose jamais sur un rapport de ressemblance mais sur un
rapport de voisinage.
 La métonymie repose sur une relation de proximité entre le comparant et le
comparé qui appartiennent au même domaine ou ont un lien logique. (La
métaphore repose sur un rapport d’analogie entre un comparant et un comparé
qui n’appartiennent pas au même domaine.
 La métonymie permet de s’exprimer de manière plus imagée et plus concise.
6.1.e La synecdoque
La synecdoque est une varient de la métonymie.
Elle consiste à remplacer le nom d’un être ou d’une chose, non par le nom d’une de
ses caractéristiques, mais par celui de ses parties. ( Un toit pour une maison, Paris
pour la France, une voile pour un bateau à voile…)
Dans une synecdoque, le mot utilisé en remplacement désigne toujours un élément
faisant partie intégrante de l’être ou de l’objet considéré.
6.1.f La périphrase
La périphrase consiste à dire en plusieurs mots ce qui pourrait être dit en un seul.
Elle produit des effets divers :
 La mise en relief d’un aspect particulier de l’être ou de la chose qu’elle
désigne.
 Un effet d’ampleur.
6.1.g L’antithèse
L’antithèse consiste à rapprocher dans un même énoncé deux mots ou deux idées
qui s’opposent par le sens. (Le froid et le chaud)
6.1.h L’antiphrase
L’antiphrase consiste à dire le contraire de ce que l’on veut exprimer, en sachant que
notre pensée sera comprise par la personne à qui l’on s’adresse. (A une personne
qui s’est mal conduite : c’est du joli, bravo…)
L’emploi de l’antiphrase provoque et soutient l’ironie.
6.1.i L’oxymore
L’oxymore consiste à juxtaposer deux mots de sens contraire, que l’on n’a donc pas
l’habitude de trouver accolés. (Cette obscure clarté, un soleil noir…)
Elle réunit deux mots de sens contraire qui appartiennent à un même groupe de
mots. Elle crée un effet de surprise en créant une nouvelle réalité.

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6.1.j L’hyperbole
L’hyperbole consiste à employer des mots très forts qui vont au-delà de la pensée.
C’est l’expression exagérée ou amplifiée d’une idée ou d’un fait. (Verser un torrent
de larmes, un talent fou…)
Parmi les procédés qui produisent l’hyperbole, on peut noter :
 L’accumulation des superlatifs
 La comparaison
 L’emploi d’un lexique constitué de mots comme génial, géant, extraordinaire…
 Certains préfixes ou suffixes : hyper-, super-, méga-…
L’emploi de l’hyperbole résulte d’un désir de convaincre, de faire rire, de provoquer
l’indignation ou la pitié…
6.1.k La gradation
Une gradation est constituée d’une succession de mots ou d’idées de sens proche,
ragés en ordre croissant ou décroissant d’intensité. (Va, cours, vole, et nous venge.)
Ce qui différence la gradation d’une énumération c’est que l’énumération n’implique
pas forcément la gradation.
La gradation peut être ascendante ou descendante.
Son emploi crée un effet d’intensité.
6.1.l La litote
La litote consiste à dire moins pour faire entendre plus. C’est l’expression
volontairement atténuée d’une idée ou d’un fait. (Il n’est plus tout jeune = il est vieux.)
Parmi les procédés qui produisent la litote, on peut noter l’emploi fréquent de la
formulation négative.
L’emploi de la litote résulte d’un désir de s’exprimer à la fois avec force et pudeur.
6.1.m L’euphémisme
L’euphémisme est un adoucissement, une atténuation d’une vérité pénible, cruelle
ou agressive. (Il est temps que je me repose. = que je meurs.)
Il vise toujours à atténuer l’effet que produirait la formulation exacte.
6.1.n L’anacoluthe
L’anacoluthe est une rupture de construction syntaxique, c’est-à-dire une
transformation, au milieu d’une phrase, de la construction grammaticale que le début
de cette phrase laissait attendre. (Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court, toute la
face de la terre aurait changé.) Il y a un changement de sujet au milieu de la phrase.
6.1.o L’anaphore
L’anaphore est la répétition d’un même mot ou d’une même construction au début de
vers, de phrases, de membres de phrases successifs. (Toujours aimer, toujours
souffrir, toujours mourir.)
L’emploi de l’anaphore crée un effet d’insistance en martelant un même mot à la
place la plus visible, en tête de phrase ou de vers.

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6.1.p Le chiasme
Le chiasme est une construction qui consiste à présenter de manière croisée des
mots ou des groupes de mots, en réunissant au centre et aux extrémités les
éléments de même nature, de même fonction grammaticale ou de même sens.
(Valse mélancolique et langoureux vertige.)
L’emploi de cette construction en chiasme permet de renforcer le sens des mots
ainsi disposés, tout en créant souvent un effet de rythme.
6.1.q L’ellipse
L’ellipse consiste à supprimer un ou plusieurs mots d’une phrase sans pour autant
en modifier le sens, les mots qui restent permettant de retrouver ceux qui manquent.
(Je t’aimais inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ? = si tu avais été fidèle)
L’emploi de l’ellipse allège le discours.
6.1.r Le zeugma
Le zeugma consiste à lier syntaxiquement deux mots ou groupes de mots dont un
seul se rapporte logiquement au verbe. (Vêtu de probité candide et de lin blanc.)
Les deux mots liés syntaxiquement peuvent être incompatibles :
 Parce que l’un est abstrait et l’autre concret (Un livre plein de poésie et de
dessins.)
 Parce qu’ils font appel à deux constructions différentes du verbe dont ils
dépendent (Il parle gentiment avec tout le monde.)
 Parce qu’ils font appel à deux sens différents du verbe (Retenez cette date et
une place dans le train du soir.)

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