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23-065-M-10

Encyclopédie Médico-Chirurgicale 23-065-M-10

Amalgames dentaires
P Colon
C Mesgouez-Menez
N Pradelle-Plasse
Résumé. – Les amalgames dentaires sont répartis en trois familles en fonction de la composition chimique de
la poudre : les alliages conventionnels, les alliages à phase dispersée et les alliages HCSC («high copper single
composition»). Les deux dernières familles constituent les alliages non gamma 2 plus résistants
mécaniquement et vis-à-vis de la corrosion. L’hétérogénéité des alliages à phase dispersée limite cependant
les performances physiques de ces matériaux. Les poudres sphériques HCSC offrent les meilleures propriétés
tout en exigeant moins de mercure dans leur formulation. Les développements à venir devraient voir encore
diminuer la proportion de mercure dans les amalgames dentaires tout en préservant des qualités de
manipulation compatibles avec les indications cliniques du matériau. Les alliages au gallium, très
corrodables, ne sont pas en mesure actuellement de remplacer les amalgames.
© 2000 Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Introduction ces données et d’en tirer les conséquences sur les indications et les
conditions de manipulation du matériau. Les alliages à base de
gallium, s’ils ne sont pas des amalgames, seront cependant évoqués
Les amalgames dentaires restent le matériau d’obturation des dents dans la mesure où leur principe de réaction est très proche de celui
permanentes le plus ancien. Leurs nombreuses évolutions ont des amalgames et qu’ils sont présentés comme une alternative pour
permis des améliorations importantes de leurs propriétés physiques des raisons biologiques.
et électrochimiques. À ce titre, c’est un matériau sur lequel les
données de la littérature sont très riches, en particulier pour ce qui
concerne les études épidémiologiques qui manquent encore aux
matériaux plus récents [30, 45]. Les évolutions des propriétés des
Historique
amalgames sont à l’origine d’une évolution de leurs caractéristiques
de mise en œuvre clinique, tant en ce qui concerne la mise en forme L’amalgame dentaire semble être apparu pour la première fois en
des cavités, les étapes d’insertion et de modelage du matériau, les Chine au IVe siècle avant JC. Il s’agissait d’une pâte composée
techniques de matriçage et de polissage. Les techniques de collage d’argent, d’étain et de mercure.
des amalgames nécessitent à plus forte raison une compréhension En Europe, Louis Nicolas Régnart préconise, en 1818, l’utilisation
des mécanismes de cristallisation pour sélectionner les produits de du « métal de Darcet » composé de bismuth, plomb, étain. Régnart
collage les mieux adaptés. C’est la raison pour laquelle il est difficile incorpore du mercure dans la formule pour abaisser le point de
aujourd’hui de dissocier les données propres au matériau de celles fusion de l’alliage.
liées à la mise en œuvre clinique. Le caractère hétérogène du Pour sa mise en place, l’alliage nécessitait une fusion préalable à
matériau explique en effet bon nombre de ses propriétés 96 °C ce qui le rendait peu adapté à l’usage dentaire. Taveau, en
mécaniques, électrochimiques et biologiques. C’est en effet à partir 1826, introduit la pâte d’argent constituée d’argent et de mercure.
des propriétés des phases constitutives des amalgames que l’on doit Cet amalgame, préparé à froid, était fabriqué à partir de limailles
aborder les propriétés des amalgames. obtenues en usinant des pièces de monnaie [58].
À côté de ces aspects pratiques pour le clinicien, les amalgames En 1833, les frères Groscour distribuent, aux États-Unis, le « métal
dentaires constituent un exemple tout à fait spécifique d’élaboration royal » par leur société « Grawcour », dérivé de la formule de
d’un alliage métallique à température ambiante en utilisant les Taveau. Il y eut beaucoup d’intoxications mercurielles.
propriétés du mercure, seul métal pur liquide à cette température. En 1845, la charte « Amalgam peace » est signée aux États-Unis par
Cette élaboration à température ambiante conditionne bon nombre les membres de l’American Society of Dental Surgeons ; elle interdit
des propriétés de ces matériaux en rapport avec les lois de la l’utilisation du matériau et exclut tous les dentistes qui l’utilisent.
thermodynamique.
En 1855, Townsend ajoute de l’étain à la formule de la poudre. La
Enfin, si l’amalgame reste aujourd’hui le matériau d’obturation le même année, Flagg ajoute du cuivre ce qui améliore
plus utilisé dans le monde, les données toxicologiques liées à considérablement les propriétés mécaniques.
l’emploi du mercure et à la libération de vapeurs de mercure à partir
En 1895, Black met en évidence les variations dimensionnelles du
des obturations placées en bouche impliquent de prendre en compte
matériau.
En 1896, il publie les propriétés physiques d’une poudre pour
amalgame de formulation précise [7] : Ag : 68 %, Sn : 26 %, Cu : 5 %,
Pierre Colon : Maître de conférences des Universités, praticien hospitalier.
Catherine Mesgouez-Menez : Ancienne assistante hospitalo-universitaire. Zn : 1 % (pourcentages pondéraux).
Nelly Pradelle-Plasse : Assistante hospitalo-universitaire.
Département d’odontologie conservatrice-endodontie, unité de formation et de recherche d’odontologie
En 1929, l’American Dental Association adopte dans sa spécification
Paris VII Garancière, service d’odontologie Hôtel-Dieu Garancière, 5, rue Garancière, 75006 Paris, France. n° 1 une formulation dérivée de celle de Black.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Colon P, Mesgouez-Menez C et Pradelle-Plasse N. Amalgames dentaires. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés),
Odontologie, 23-065-M-10, 2000, 14 p.
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Définitions
Un amalgame est un type spécial d’alliage dans lequel l’un des
constituants est le mercure [55].
Un amalgame est un alliage de mercure avec un ou plusieurs autres
métaux [16].
La trituration est le processus de mélange de la poudre avec le
mercure liquide. Le matériau se présente alors sous une forme
plastique intermédiaire entre solidus et liquidus.
La réaction d’amalgamation commence avec la trituration et se
poursuit avec la cristallisation des nouvelles phases. Elle se prolonge
dans le temps.

Poudres pour amalgame


Les poudres interviennent sur les propriétés de l’amalgame par leur
composition chimique, leur morphologie, leur granulométrie, leur 1 Les particules sous forme de copeaux présentent un état de surface très irrégulier.
état de surface. Chacune de ces caractéristiques influence de façon
considérable les propriétés physiques et les qualités de manipulation
de l’amalgame.

CLASSIFICATION
On peut classer ces poudres en fonction de leur morphologie ainsi
qu’en fonction de leur composition chimique.

¶ En fonction de leur morphologie


La morphologie permet de distinguer des particules sous forme de
copeaux, polyédriques, qui résultent de l’usinage d’un barreau issu
de la coulée initiale. Ces particules se caractérisent par un état de
surface très irrégulier, une géométrie mal contrôlée, une
granulométrie variée définie par des tamisages successifs. Ces
poudres qui, seules, répondent au terme de limailles se caractérisent
par une faible réactivité avec le mercure, associée à une résistance
importante à la condensation. Cette morphologie est celle qui exige
la plus grande quantité de mercure pour réaliser la réaction
d’amalgamation (fig 1). 2 Les particules sphériques sont lisses et régulières. On peut apercevoir les joints
de grain sur les grosses particules.
Les particules sphériques résultent d’un procédé d’atomisation utilisé
couramment au niveau industriel pour élaborer des poudres
métalliques destinées à de hautes technologies (frittage, contacts
électriques, etc). La géométrie de ces particules est parfaitement
contrôlée de même que leur état de surface très régulier. Ces
particules sont généralement élaborées sous atmosphère inerte
(azote, argon) ce qui limite considérablement la présence d’oxydes
en surface. Ces particules sont très réactives ce qui implique une
cinétique de prise élevée mais une quantité de mercure limitée pour
obtenir l’amalgamation (fig 2).
Les particules sphéroïdales sont voisines des particules sphériques
dans leur processus d’élaboration. Le refroidissement intervient très
rapidement ce qui empêche les gouttes de métal liquide de retrouver
leur forme sphérique. Cette morphologie permet de concilier l’état
de surface des particules sphériques avec une résistance à la
condensation plus proche de celle des particules en copeaux (fig 3).
Certains fabricants, compte tenu des propriétés spécifiques de
chaque morphologie de particule, proposent des poudres sous forme
d’associations de différentes morphologies (sphères et copeaux,
particules sphéroïdales et copeaux, sphères et particules 3 Les particules sphéroïdales sont proches des particules sphériques. Seule leur forme
sphéroïdales) (fig 4). les différencie.

¶ En fonction de leur composition chimique


L’or et le platine considérés comme des métaux étrangers à la
La composition chimique permet de distinguer trois familles de formule peuvent être incorporés.
poudres pour amalgame dentaire. Cette formulation à partir des métaux purs présente l’avantage de
Les poudres conventionnelles entrent dans le cadre de la spécification simplifier la présentation. En fait, on ne retrouve aucun de ces
n° 1 de l’ADA éditée en 1934. Cette formulation est issue des travaux métaux à l’état pur dans la formule de la poudre. Après fusion des
de Black de 1896 et reste provisoirement commercialisée en France différents constituants et obtention de la poudre, ces métaux se
pour ses qualités de prix de revient (tableau I). retrouvent sous forme alliée et plus particulièrement sous forme de

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Tableau III.

Pourcentages pondéraux

Argent 50-65

Étain 20-32

Cuivre 12-22

Tableau IV.

Type Argent Étain Cuivre Mercure Zinc


1 65 % mini 29 % maxi 6 % maxi 3 % maxi 2 % maxi

2 65 % mini 29 % maxi 6 % mini 3 % maxi 2 % maxi

3 40 % mini 32 % maxi 6 % mini 3 % maxi 2 % maxi


65 % maxi

4 Certains fabricants proposent une association particules sphériques et copeaux poudres conventionnelles, on utilise le terme d’ « alliages à haute
afin d’optimiser les caractéristiques de manipulation. teneur en cuivre » bien que les particules sous forme de copeaux ne
contiennent pas plus de cuivre que celles d’un alliage conventionnel.
Tableau I. Ces poudres comprennent les mêmes phases que celles présentes
dans les alliages conventionnels : Ag3Sn (γ) et Cu3Sn (e), auxquelles
Pourcentages pondéraux il faut ajouter l’eutectique argent-cuivre (AgCu) présent dans les
Argent 66-75 seules particules sphériques. Ces poudres sont hétérogènes sur le
plan de leur composition chimique et donc de la densité des
Étain 25-27 différentes particules, ce qui impose logiquement une présentation
Cuivre 0-6 sous forme de capsules prédosées pour garantir une répartition
homogène entre les différents constituants.
Zinc 0-1,9
Les poudres pour alliages ternaires sont consécutives aux travaux
d’Asgar en 1974 [3]. On justifie cette appellation par le fait que ces
poudres sont en général composées de trois constituants répartis de
Tableau II. façon identique dans toutes les particules. On emploie également
Pourcentages pondéraux pour ces poudres le terme anglo-saxon HCSC (high copper single
composition) que l’on peut traduire par : haute teneur en cuivre et
Argent 70 composition uniforme. Ces poudres sont constituées comme les
Étain 18 poudres conventionnelles des phases Ag3Sn (γ) et Cu3Sn (e) mais
par rapport à ces alliages les deux phases sont en quantité
Cuivre 12 appréciable puisque la quantité de cuivre peut atteindre 20 %. La
composition moyenne de ces poudres peut varier dans des
proportions importantes. Le tableau III est donné à titre indicatif.
composés intermétalliques appelés phases. La phase principale que
l’on rencontre au niveau d’une poudre conventionnelle est la phase Ces poudres sont élaborées selon toutes les morphologies possibles,
gamma Ag3Sn (phase γ), le cuivre se combinant avec l’étain pour ce qui permet d’obtenir un grand nombre de combinaisons. Par
former une phase epsilon Cu3Sn (phase e). On est ainsi en présence ailleurs, les fabricants peuvent procéder à des adjonctions
d’une phase dominante (γ) et d’une phase qui n’existe qu’à l’état de d’éléments d’addition tels que l’indium, le platine, le palladium, le
traces dans cette formule (e). En pratique, ces phases binaires sont zirconium, le fluor. La norme AFNOR NF S 91-201 parue en avril
obtenues lors des traitements thermiques qui suivent la coulée du 1986 [2] définit quatre types de poudres en fonction de leur
lingot. Les caractéristiques de ces traitements thermiques influent composition chimique qui reprennent pour les trois premières les
considérablement sur l’homogénéisation des phases binaires. formulations décrites ci-dessus. La quatrième est définie comme
suit : « alliages de composition originale ou contenant d’autres
Quelques formules d’alliage en poudre conventionnelle contenaient
composants ». La composition chimique des poudres pour
jusqu’à 3 % de mercure afin de faciliter la réaction d’amalgamation.
amalgame est ainsi définie dans la norme AFNOR en pourcentages
Cette incorporation de mercure donne lieu à l’apparition d’une
pondéraux (tableau IV).
phase ternaire argent, mercure, étain (Ag9Hg20Sn) (phase β1).
Les poudres pour alliages à phase dispersée sont apparues en 1963 suite
aux travaux d’Innes et Youdelis [28]. Ces poudres sont hétérogènes FABRICATION
puisqu’elles associent des particules d’une poudre conventionnelle Les méthodes de fabrication des poudres constituent un élément
sous forme de copeaux à des particules sphériques constituées d’un essentiel du comportement clinique de l’amalgame. Ces méthodes
binaire eutectique argent-cuivre. Cet eutectique argent-cuivre est de fabrication influent la cinétique de prise, le comportement du
composé de 71,9 % en poids d’argent pour 28,1 % en poids de matériau vis-à-vis de la condensation et du modelage, les propriétés
cuivre, cette proportion étant obtenue à partir du diagramme physicochimiques du matériau.
d’équilibre.
La poudre destinée à être amalgamée est obtenue en mélangeant ¶ Élaboration des poudres sous forme de copeaux
deux parties d’alliage conventionnel pour une partie d’eutectique Les métaux purs, dont le degré de pureté n’est généralement pas
argent-cuivre. La composition pondérale globale de la poudre est précisé par les fabricants, sont fondus ensemble pour former un
voisine des proportions données dans le tableau II. barreau cylindrique ou rectangulaire d’environ 12 à 20 cm2 de
Cette composition ne correspond bien sûr à aucun des éléments de section sur 20 à 25 cm de longueur. Le refroidissement du barreau
la poudre, l’étain étant présent dans les seules particules en copeaux. est relativement lent [16]. Un traitement thermique d’homogénéisation
La teneur en cuivre étant nettement plus élevée que celle des de 6 à 8 heures à 400 °C est alors pratiqué.

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Par ailleurs, divers traitements thermiques peuvent être pratiqués


5 L’élaboration des particules sphéri-
aussi bien sur les particules sphériques que sur les copeaux. Ces
Métal liquide ques est conduite sous gaz inerte. Le métal
fondu sous l’action d’un arc électrique est traitements ont pour but de modifier la cinétique de la réaction
pulvérisé selon des critères bien d’amalgamation en rapport avec les impératifs cliniques de
déterminés. manipulation. Tous ces traitements restent des secrets de fabrication
mais l’environnement au sein duquel ils sont conduits joue un rôle
D
tout aussi essentiel. Une simple oxydation de surface permet déjà
h de ralentir les processus de diffusion du mercure au sein des
α particules de poudre.
L’élaboration des copeaux ou des particules sphériques est le reflet
de deux générations de techniques métallurgiques.
La granulométrie des particules est beaucoup mieux contrôlée dans
le cas des sphères que dans celui des copeaux dont le passage sur
Refroidissement plusieurs tamis implique un écart type important.
Les traitements thermiques pratiqués sur les poudres, dans le cas
des copeaux, sont avant tout des traitements d’homogénéisation. Il
s’agit presque à l’opposé de détériorer volontairement l’état de
surface des sphères afin qu’une couche d’oxyde en surface ralentisse
Particules de poudre solidifiées les processus de diffusion [10].
L’état de surface des particules sphériques est plus lisse et régulier
Un usinage mécanique permet d’obtenir des copeaux qui sont que celui des copeaux. La mouillabilité par le mercure sera plus
ensuite tamisés de manière à contrôler la granulométrie. facile et la cinétique de réaction toujours plus rapide.
Les contraintes mécaniques occasionnées par l’usinage sont à La surface développée des copeaux est pourtant plus importante que
l’origine d’hétérogénéités au sein des copeaux dont la périphérie est celle des sphères. Cependant, l’état de surface très tourmenté de ces
écrouie. C’est la raison pour laquelle certains fabricants traitent ces copeaux rend la surface « accessible » au mercure moins importante
poudres entre 60 et 100 °C durant 1 à 6 heures [16]. que dans le cas des sphères.
Les particules sphériques glisseront facilement les unes sur les autres
¶ Élaboration des particules sphériques et sphéroïdales lors de la condensation dans la cavité. C’est ce qui explique cette
Ces particules sont obtenues par les procédés d’atomisation à partir tendance de l’amalgame à remonter de chaque côté du fouloir si
de l’alliage en fusion. Le principe et les paramètres qui déterminent celui-ci est choisi trop petit.
la dimension des particules sont parfaitement codifiés (fig 5).
GRANULOMÉTRIE
µm 1 M
dm = K (1 + ) Les poudres pour amalgame élaborées autrefois comportaient des
µg w A
particules volumineuses comprises entre 60 et 300 µm. Cette
– dm représente le diamètre moyen des particules atomisées ; granulométrie avait pour conséquence une expansion lors de la
réaction d’amalgamation provoquée par la croissance anarchique
– K est une constante qui dépend de α et de h ;
des phases nouvelles. Par la suite, des poudres plus fines sont
– µm représente la viscosité du métal liquide ; apparues sous les noms de finecut (environ 75 µm) ou microcut
– µg la viscosité du gaz ; (environ 10 µm).
La granulométrie intervient à trois niveaux :
– W le nombre de Webber = δ VγD : δ est une constante, V
2

représente la vitesse du gaz et γ sa tension superficielle. D – la cinétique de prise : plus la granulométrie est importante, plus
correspond au diamètre de l’orifice d’écoulement du métal liquide la surface développée de chaque particule est faible rapportée à la
(fig 5) ; masse d’alliage, plus la cinétique de prise sera lente (interface
mercure-particule de poudre faible) ;
– M est le débit massique du gaz et A le débit massique du métal
liquide. – les variations dimensionnelles : plus la granulométrie est faible,
Il est donc possible avec cette méthode de contrôler précisément le plus l’expansion diminue ;
diamètre des particules et de réaliser une granulométrie variée en – les propriétés mécaniques : une granulométrie mélangée limite les
mélangeant des particules issues de plusieurs coulées, ou bien de ne porosités et limite la quantité de phases mercurielles issues de la
réaliser qu’une seule coulée en faisant varier durant la pulvérisation réaction d’amalgamation. Ces phases mercurielles présentant les
les paramètres ci-dessus énoncés. moins bonnes propriétés mécaniques, on comprend l’intérêt de
L’atomisation est effectuée dans un gaz inerte (azote ou argon) ou limiter leur présence.
dans l’air. Les caractéristiques du refroidissement des particules vont Les granulométries sont généralement mélangées, dans une
déterminer leur forme et leur état de surface. Un refroidissement fourchette comprise entre 5 et 100 µm. L’expansion dans ces
extrêmement rapide ne permet pas aux particules de retrouver leur conditions est quasi nulle et les porosités sont limitées. Il est plus
forme sphérique et l’on obtient alors des particules sphéroïdales. facile de contrôler cette granulométrie avec des particules sphériques
Un refroidissement plus lent au contraire peut influencer la forme et plutôt qu’avec des particules sous forme de copeaux de forme
l’état de surface car les particules non encore solidifiées peuvent polyédrique.
interférer entre elles et avec les parois de l’enceinte d’élaboration.
Ces méthodes d’élaboration sont beaucoup plus coûteuses et
relèvent d’un procédé industriel spécifique à la métallurgie des PRÉSENTATIONS
poudres. Les présentations sous forme de vrac devant être interdites en
France, seules les formes prédosées restent disponibles.
¶ Traitements thermiques Les capsules restent les plus répandues et les plus faciles à utiliser.
Nous avons envisagé précédemment les traitements thermiques Les tablettes ou pastilles peuvent être intégrées dans des capsules
d’homogénéisation induits par les procédés de fabrication des spécifiques avec la dose correspondante de mercure prédosée dans
alliages en copeaux. une poche de polyéthylène qui s’ouvre lors de la trituration.

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Tableau V. Pourcentage en poids d'étain


10 20 30 40 50 60 70 80 90
Oxyde Chlorure 1 000
Mercure
mercurique mercurique 960,5°

Formule Hg HgO HgCl2 900

Densité 13,55 11,14 5,4


800
Tension de vapeur 0,16 à 20 °C
11,5 724° 19,5 (21)
(Pa) 1,69 à 50 °C
700 (12,5)

Hydrosolubilité à 20 °C 0,02 mg/L 52 mg/L 66 g/L


600

Température (°C)
Mercure 500
α 22,85 480°
49,6 (52)
or (Ag) (24,6) 25
ζ (26,8)
400
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES
ε
Le mercure est le seul métal liquide à la température ordinaire. La 300
solubilité du mercure métallique dans l’eau est très faible ; en
221° 232°
revanche, la solubilité des sels et oxydes est plus importante 9,35 11,8 18
96,2
200 (10,2) (12,8) (19,5)
(tableau V). (96,5)

23,7 (25,5)
La tension de vapeur du mercure métallique est faible mais
100
suffisante pour émettre des vapeurs toxiques en quantité appréciable
dès la température ordinaire [29]. 18°
0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Ag Pourcentage atomique d'étain Sn
TOXICOLOGIE
6 Le diagramme argent-étain permet de visualiser le domaine d’existence restreint
Le mercure métallique n’est pas irritant pour la peau et les de la phase gamma qui limite les variations de composition chimique des poudres.
muqueuses [20]. En cas d’exposition aux vapeurs de mercure, les
organes touchés préférentiellement sont le système nerveux et les La phase Ag3Sn (γ) est issue d’une transformation péritectique à
reins. En cas d’intoxication chronique, on parle d’hydrargyrisme. 480 °C (fig 6). On peut constater que le domaine d’existence est très
L’encéphalopathie qui en résulte se traduit par des signes tels que étroit, les proportions s’établissant à 26,8 % en poids d’étain pour
l’anxiété, l’émotivité, l’insomnie. Secondairement apparaissent des 73,2 % en poids d’argent. Cette température de 480 °C implique des
tremblements des doigts et de la face. traitements thermiques d’homogénéisation à une température
L’ingestion de mercure métallique n’entraîne pas d’intoxication inférieure ; c’est la raison pour laquelle ces traitements sont
systémique du fait de la faible absorption digestive. À l’opposé, généralement voisins de 400 °C.
l’ingestion de sels mercuriques est hautement toxique entraînant La phase Cu3Sn est issue d’une transformation péritectoïde à 640 °C
vomissements, diarrhées, insuffisance rénale aiguë [29]. (fig 7). Le domaine d’existence est également très étroit pour des
La valeur limite de moyenne d’exposition (VME) admise dans l’air, proportions de 38,37 % en poids d’étain pour 61,63 % de cuivre.
en France, par le ministère du Travail est de 50 µg/m3. La phase Cu6Sn5 résulte d’une première transformation à 415 °C
Le mercure organique est constitué de dérivés méthyle, alkyle ou suivie d’une autre à 227 °C. Le rapport pondéral s’établit à 60,89 %
aryle. Il est apporté par l’alimentation (poisson, eau de boisson). La en poids d’étain pour 39,11 % de cuivre.
dose hebdomadaire limite acceptable d’apport de mercure organique L’eutectique argent-cuivre (AgCu) résulte d’une transformation
est de 3,3 µg/kg [20]. eutectique à 779 °C. La proportion pondérale s’établit à 28 % en
poids de cuivre pour 72 % en poids d’argent.
On constate que les proportions relatives des phases constitutives
Phases constitutives des poudres pour amalgame déterminent la composition en métaux
des amalgames dentaires purs de l’alliage.
Les phases mercurielles sont les phases argent-mercure et
Si les propriétés des amalgames dentaires sont tellement étain-mercure.
dépendantes des phases qui les constituent, il est logique de mieux La première est habituellement écrite Ag2Hg3 [16], cependant la forme
comprendre les structures et les propriétés de ces phases. Pour Ag3Hg4 est souvent également présente [25]. Cette cohabitation des
simplifier, nous ne raisonnerons que sur des phases binaires qui deux formules est inhérente à l’arrangement des atomes susceptible
suffisent à comprendre les mécanismes de prise et la structure des d’intervenir à température ambiante.
amalgames. On sait en fait qu’à l’état solide, d’autres mécanismes Il en est de même pour la phase étain-mercure que l’on écrit
de diffusion, notamment de l’étain, sont susceptibles de former des habituellement Sn7-8Hg pour mentionner l’existence simultanée de
composés ternaires qui ne sont pas d’ailleurs nécessairement la forme Sn7Hg et de la forme Sn8Hg.
stables [19].
PROPRIÉTÉS DES PHASES BINAIRES
DIAGRAMMES BINAIRES AG-SN, AG-CU, CU-SN, AG-HG Les propriétés des phases binaires sont à la base des propriétés de
Nous avons vu que les phases intervenant dans la structure de la l’amalgame. On ne peut expliquer le comportement d’un amalgame
poudre sont les phases Ag3Sn et Cu3Sn auxquelles il faut ajouter qu’à partir de l’analyse des propriétés des phases qui le constituent.
l’eutectique argent-cuivre qui n’est cependant pas un composé Ce ne sont donc pas les propriétés des métaux purs qui influent sur les
intermétallique. propriétés des amalgames mais bien celles des phases binaires.
Les diagrammes d’équilibre permettent de mettre en évidence les Les principales valeurs sont regroupées dans le tableau VI : les
domaines d’existence de ces composés (température et proportion valeurs de dureté sont issues principalement des travaux de Blanc-
relative des constituants) et vont permettre de déterminer les Benon [9] ; les valeurs des potentiels de corrosion sont issues des
traitements thermiques les plus appropriés pour homogénéiser ces travaux de Sarkar et Greener [53] ; la structure cristallographique de
phases [25]. Hansen [25].

5
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L’imprégnation correspond à l’initiation de la diffusion du mercure


Pourcentage en poids d'étain
au sein des particules de poudre. Cette diffusion se poursuit tout au
10 20 30 40 50 60 70 80 90
long de l’évolution du matériau. Cette imprégnation est dépendante
du processus de trituration qui, par apport d’énergie mécanique,
20 25 30 35 40
900
transformée partiellement en énergie thermique, accélère
considérablement l’étape d’initialisation de la réaction. Les
798° frottements intervenant entre les particules de poudre vont en effet
800 15,5 (25,5)
13,1
(22,0) 755° supprimer les couches d’oxyde en surface et augmenter la
β température de la masse d’alliage plastique.
1 100 700 γ 676°
1 083° L’amalgamation proprement dite est la réaction chimique du mercure
640°
ζ 640° sur les différentes phases constitutives de la poudre.
1 000 600 586° 590° 582° ε
14,9 (24,6) C’est une étape de dissolution d’un certain nombre de composés
δ
avant la précipitation ou la cristallisation de nouvelles phases.
900 500 16,5 (27,0)
La cristallisation voit l’apparition et la croissance de ces phases
415° nouvelles. Le matériau voit ses propriétés mécaniques augmenter.
Température (°C)

798°
800 7,7
400
Cette cristallisation se poursuit dans le temps.
19,1 (30,6) 350°
(13,5) β
20,5 (32,55) Deux particularités de la réaction d’amalgamation doivent être
700 300
γ 10 15 20 25 30 soulignées :
640°
ζ 43,1 (58,6)

586°
– l’élaboration d’un nouvel alliage métallique s’effectue à froid ce
600
α or (Cu) 9,1 ε qui va impliquer une faible stabilité sur le plan thermodynamique.
520°
δ La réaction est partielle et les phases initialement présentes dans la
500 9,1
(15,8) poudre constituent la trame autour de laquelle les nouvelles phases
43,5 (59,0) 415°
86,7 (92,4)
s’organisent ;
400
350° – la cinétique de réaction est régie par des mécanismes de
6,2 (11,0) dissolution-précipitation [49] qui vont déterminer la structure finale
300
de l’alliage.
45,5 (60,9) 227° 232°
0,7 (1,3) Il s’ensuit une réaction très lente faisant intervenir un grand nombre
200 189° 44,8 (60,3) 186° 98,7 (99,6)
de paramètres susceptibles d’interréagir entre eux. En effet, la
η'
solubilité relative des différents éléments dans le mercure, voire la
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 solubilité de certains composés au sein d’une phase en formation [52],
Cu Sn modifie constamment la structure cristallographique de l’ensemble
Pourcentage atomique d'étain durant la réaction.
7 Le diagramme cuivre-étain est complexe. Les phases présentes dans les amalgames
résultent de transformation à l’état solide. Leur domaine d’existence est particulière- CRISTALLISATION DES DIFFÉRENTES PHASES
ment restreint. EN FONCTION DU TYPE DE POUDRE
Selon les différents types de poudre, Marshall [41] décrit les réactions
On peut noter les faibles propriétés de la phase gamma 2 tant sur le suivantes :
plan de la dureté que sur celui de la résistance à la corrosion. Ceci
– Amalgame conventionnel :
suffit à expliquer l’intérêt des formules dites non gamma 2, qu’elles
soient du type dispersion de phase ou HCSC. – Ag3Sn + Hg → Ag2Hg3 + Sn7-8Hg + Ag3Sn (résiduel).
À la fin de la réaction, Craig [16] donne les proportions suivantes
Par ailleurs, il est évident que l’amalgame est un matériau
en volume des différentes phases :
hétérogène, tant sur le plan des propriétés mécaniques des
différentes phases que sur celui de la résistance à la corrosion avec – Ag2Hg3 : 56 % ;
des possibilités de micropiles qui vont se former au sein même du – Ag3Sn : 32 % ;
matériau. C’est ce qui explique les phénomènes de corrosion – Sn7-8Hg : 12 %.
sélective d’une phase par rapport à une autre.
– Amalgame à phase dispersée :
– Ag3Sn + AgCu + Hg → Ag2Hg3 + Cu6Sn5 + (Ag3Sn + AgCu)
Réaction d’amalgamation (résiduels) + Sn7-8Hg (Sn7-8Hg est en faible quantité et disparaîtra
progressivement avec la poursuite de la réaction d’amalgamation).
– Amalgame HCSC :
DÉFINITIONS
– Ag3Sn + Cu3Sn + Hg → Ag2Hg3 + Cu6Sn5 + (Ag3Sn + Cu3Sn)
C’est la réaction à froid du mercure liquide sur une poudre (résiduels).
métallique qui conduit à la formation d’un alliage solide cristallisé. La croissance des phases Ag2Hg3 et Cu6Sn5 à partir de la surface
On divise classiquement la réaction d’amalgamation en trois des particules de poudre est représentée sur la figure 8, d’après
étapes [58]. Okabe [49].

Tableau VI. –

Phase Symbole Structure cristallographique Dureté Vickers E corrosion en solution de Ringer


Sn7-8Hg γ2 hexagonale 60 - 250 mV/ECS

Cu6Sn5 n' orthorhombique 200 - 180 mV/ECS

Cu3Sn e orthorhombique

Ag3Sn γ orthorhombique 200

Ag2Hg3 γ1 cubique complexe 100 + 300 mV/ECS

6
Odontologie Amalgames dentaires 23-065-M-10

Cu Sn Ag (Sn) MERCURE MERCURE

Cu 6Sn 5

Cu3 Sn Ag 3 Sn Ag 2Hg 3
Cu 3 Sn Ag 3Sn

*
A Cu 3Sn Ag 3Sn
*
B

8 Sur ces schémas d’après Okabe [49], on peut comprendre la croissance initiale des premiers cristaux de phase
gamma 1 et de phase cuivre-étain. *
C

La croissance des phases Ag2Hg3 et Cu6Sn5 à partir de la surface – la proportion relative des phases ;
des particules de poudre peut être visualisée par examen en – la réactivité de la surface ;
microscopie électronique à balayage pendant la réaction
d’amalgamation (fig 9). Un plus fort grandissement permet de bien – la répartition des phases au sein des particules de poudre. Selon
identifier les cristaux de phase Cu6Sn5 (fig 10) et les plages lisses de Okabe [49], la phase Cu3Sn se localise préférentiellement au niveau
phase Ag2Hg3 (fig 11). des joints de grain.
On se rend compte du rôle de matrice que joue la phase gamma 1 ¶ Morphologie, dimension, état de surface
(Ag2Hg3) qui assure la cohésion de l’ensemble des particules de des particules
poudre attaquées partiellement en surface mais non totalement
réagies, l’interface entre ces deux éléments étant constitué par la La morphologie et la dimension des particules vont avoir une
présence des cristaux de phase Cu6Sn5. incidence sur le rapport entre la surface développée des particules
et la masse de poudre considérée. Plus ce rapport est élevé, plus la
¶ Variations dimensionnelles associées cinétique de réaction est grande.
à la réaction d’amalgamation L’état de surface résultant du processus d’élaboration (usinage ou
atomisation) peut modifier la rugosité de la surface et donc sa
Blanc-Benon et al [ 8 ] ont mis en évidence les variations
mouillabilité par le mercure. Là encore, ce facteur va influencer la
dimensionnelles qui pouvaient être associées à la réaction
cinétique de prise [59].
d’amalgamation sur un amalgame conventionnel. Ils distinguent
quatre domaines : ¶ Espèces adsorbées à la surface des particules
– domaine 1 : phase de contraction, les porosités macroscopiques Hennequin [27] montre que la présence de sulfures d’argent diminue
dues à la mauvaise mouillabilité entre la poudre et le mercure sont la réactivité de la surface. La présence d’autres éléments susceptibles
progressivement éliminées. À ce stade, la dureté est presque nulle ; de s’adsorber, tels que l’oxygène ou le chlore, diminue elle aussi la
– domaine 2 : stabilité dimensionnelle. Les cristaux des nouvelles cinétique de réaction.
phases sont en cours de formation ; Les conditions d’élaboration et de stockage des poudres pour
– domaine 3 : expansion due à la fin de la croissance des phases amalgame qui conditionnent la présence d’espèces adsorbées sont
nouvelles. Les cristaux se gênent les uns les autres. À la fin de ce donc essentielles.
stade, il n’existe plus de phase liquide et la dureté est stabilisée ; ¶ Rapport poudre-mercure
– domaine 4 : légère contraction. Ce domaine traduit une évolution
Selon la loi Le Chatelier, l’augmentation de la quantité de mercure
lente de la structure au niveau de laquelle des microporosités sont
va entraîner un déplacement de la réaction vers la droite, c’est-à-
progressivement éliminées par diffusion à l’état solide.
dire dans le sens d’une consommation plus importante des phases
initiales Ag3Sn et Cu3Sn.
PARAMÈTRES INFLUENÇANT LA RÉACTION Une méthode de calcul permettant de déterminer sur un alliage
D’AMALGAMATION conventionnel en fonction du rapport poudre-mercure la proportion
des différentes phases après amalgamation serait possible. Le
¶ Composition chimique de la poudre
problème est cependant complexe si l’on considère que la
La composition chimique détermine la proportion relative des condensation de chaque apport entraîne une remontée du mercure
phases Ag3Sn et Cu3Sn et donc influence la structure finale. La vers la surface de l’obturation. On n’obtient donc jamais en clinique
présence d’un eutectique AgCu induit une réaction complémentaire une répartition homogène des différentes phases au sein du
qui permet de faire disparaître progressivement la phase gamma 2. matériau.
Ceci explique une réaction d’amalgamation relativement lente des
alliages à phase dispersée. La présence d’éléments d’addition tels ¶ Énergie de trituration
que palladium, indium, zirconium, zinc, fluor peut également L’énergie mécanique transformée pour une part en énergie
intervenir sur les cinétiques de réaction. Précisons, en ce qui thermique, apportée au système durant la trituration, va accélérer la
concerne le zinc, les risques d’expansion retardée dus à une cinétique de prise. Par ailleurs, cet apport d’énergie est également
contamination par l’humidité durant la condensation du matériau. responsable de la fracture de particules de poudre [27, 59] qui vont
C’est la raison pour laquelle cet élément a tendance à disparaître ainsi modifier la surface développée et créer de nouveaux centres
des formules actuelles, même si certains lui attribuent des qualités, de cristallisation.
en particulier pour limiter la présence de porosités [40].
¶ Pression de condensation
¶ Traitements thermiques des poudres
Elle intervient également comme un apport d’énergie mécanique au
Ces traitements, généralement voisins de 400 °C pendant 6 à système, ce qui explique les différences de cinétique de prise
8 heures [16], vont avoir une influence sur : constatées [60].

7
23-065-M-10 Amalgames dentaires Odontologie

*
A *
B

*
C *
D

*
E *
F
9 Surface d’un amalgame sphérique HCSC (high copper single composition). D. Situation à 14 minutes. On note l’évolution de la plage de phase gamma 1 entre les
A. 4 minutes après la fin de la trituration. La phase gamma 1 et la phase Cu6Sn5 deux sphères.
commencent à se former [12]. E. 20 minutes après la fin de la trituration, certaines plages de phase gamma
B. 6 minutes après la fin de la trituration, les cristaux de phase gamma poursui- se rejoignent.
vent leur croissance en s’étalant à la surface des sphères. F. Structure de l’amalgame cristallisé 80 minutes après la fin de la trituration.
C. Situation à 9 minutes.

La condensation va avoir pour effet de comprimer les particules de INTERACTION RÉACTION D’AMALGAMATION -
phase résiduelle et de rejeter en périphérie les phases riches en PROPRIÉTÉS PHYSIQUES, MÉCANIQUES
ET PHYSICOCHIMIQUES
mercure [27]. Cette étape a donc des incidences sur la structure finale
du matériau et sur ses propriétés physicochimiques [31, 56]. Les différents paramètres cités précédemment conditionnent les
propriétés physiques, mécaniques et électrochimiques des
¶ Température de l’alliage amalgames dentaires, propriétés dont l’étude est donc susceptible
La cinétique de réaction est liée à la température de conservation de de fournir des informations sur la réaction d’amalgamation.
l’alliage en bouche, soit 37 °C. Le matériau est en effet inséré en La proportion relative des phases intervient en particulier sur les
bouche durant sa phase plastique et donc au tout début de la propriétés mécaniques car les phases mercurielles sont peu
réaction d’amalgamation. résistantes. Il est donc intéressant de limiter la formation de phase

8
Odontologie Amalgames dentaires 23-065-M-10

*
A
10 Phase Cu6Sn5 à fort grandissement. Noter les microporosités inhérentes à la
croissance de cette phase.
Ag 2 Hg 3
Ag 3 Sn
Cu3 Sn
Ag3Sn
Ag 3 Sn
Cu 6 Sn5
Cu 3Sn
Cu3Sn
Ag 3 Sn Ag 3 Sn
Cu 3Sn
Cu3 Sn

*
B
12 Structure de l’amalgame après cristallisation en microscopie électronique.
A. Les particules de poudre résiduelles, entourées de phase Cu6Sn5, sont englo-
bées dans une matrice de phase gamma 1.
B. Schéma illustrant la structure visualisée en microscopie électronique.
11 Phase gamma 1 au même grandissement que sur la figure 15. L’aspect de cette
phase est lisse et régulier.
dans les alliages à haute teneur en cuivre. Selon ces auteurs, le
gamma 1 afin de limiter le rôle de cette phase à un rôle de matrice. mercure libéré serait susceptible de migrer au sein de la phase
La quantité de mercure présente initialement dans le dosage des gamma 1 en entraînant une dégradation de cette dernière.
capsules tend progressivement à diminuer, en particulier avec les Ces processus seraient indépendants des phénomènes de corrosion
poudres sphériques. Le pourcentage pondéral de mercure voisin de et en relation avec la relative instabilité des phases mercurielles [42].
50 % dans les formules traditionnelles d’alliages en copeaux est
abaissé à 42 %, voire moins de 40 % pour les formules les plus
récentes (Sphéralloyt, Sécuralloyt). STRUCTURES OBTENUES APRÈS AMALGAMATION
L’évolution de la dureté ou de la résistance à la compression rend Les amalgames sont des matériaux métalliques dont les propriétés
compte de la cinétique de prise, ce qui est d’ailleurs repris dans la mécaniques sont conférées essentiellement par les particules de
norme française [2]. poudre attaquées d’une façon centripète par le mercure mais non
Le comportement électrochimique permet, quant à lui, de déceler la totalement détruites. La cohésion entre ces particules est assurée par
présence de certaines phases [53]. une matrice de phase mercurielle gamma 1, ce qui limite
nécessairement la cohésion du matériau.
La présence de porosités observées sur des clichés micrographiques
rend qualitativement compte de la réaction d’amalgamation.
¶ Microscopie électronique
On peut observer la structure sur une micrographie électronique
FIN DE RÉACTION
(fig 12A) à comparer avec un schéma illustrant la structure de
La phase gamma 2 présente dans les amalgames conventionnels l’amalgame à la fin de la réaction (fig 12B).
ainsi qu’en faible quantité dans les amalgames à phase dispersée a
tendance à décroître, tandis que la phase Cu6Sn5 a tendance à ¶ Microscopie optique
augmenter [41].
Okabe et al [49] constatent la décomposition de la phase gamma 2 et Une attaque métallographique permet de révéler les structures qui
certaines zones localisées de dégradation de la phase gamma 1, aussi permettent de comparer les différents types d’amalgame (fig 13 à
bien sur des amalgames conventionnels que sur des alliages à phase 16).
dispersée. L’étain libéré par la dégradation de la phase gamma 2 La présence des sphères d’eutectique argent-cuivre dans les alliages
pourrait réagir avec la phase Cu3Sn résiduelle pour former la phase à phase dispersée, entourées de phase Cu 6 Sn 5 , renforce
Cu6Sn5, ce qui explique la disparition rapide de la phase gamma 2 l’hétérogénéité de la structure de ces alliages.

9
23-065-M-10 Amalgames dentaires Odontologie

13 Microstructure d’un alliage conventionnel en copeaux. Les zones noires corres- 16 Microstructure d’un alliage sphérique high copper single composition (HCSC).
pondent à la phase gamma 2. L’attaque centripète du mercure sur les particules de poudre est bien visible.

Tableau VII.

Dureté Vickers sous 300 g

Amalgame conventionnel 90-100 HVN

Amalgame à phase dispersée 120-130 HVN

Amalgame sphérique 130-160 HVN

160
140 Conventionnel en
copeaux
120
Phase dispersée
100 HCSC sphérique
80 HCSC : hight copper single composition

60
40
20
0
14 Microstructure d’un alliage à phase dispersée. Les particules d’eutectique argent- 15 20 25 30 35 60 7 jours
cuivre, sphériques, sont bien visibles.
17

des obturations qui reste un des avantages majeurs de ces matériaux


est également en grande partie tributaire de ces propriétés
mécaniques. C’est en particulier le cas du fluage qui détermine
l’adaptation marginale à long terme.

DURETÉ
L’amalgame étant constitué de plusieurs phases qui, nous l’avons
vu, présentent des duretés très différentes, il convient que la
méthode de mesure permette d’obtenir une empreinte suffisamment
étendue pour constituer une représentation statistique significative
de l’ensemble des phases. L’AFNOR, dans sa norme NF S 91-201 [2],
impose une dureté Vickers sous une charge de 300 g pour les
mesures à 24 heures. Une charge de 100 g est préconisée pour les
mesures effectuées durant les 35 minutes qui suivent la préparation
des éprouvettes, dans le but de déterminer la cinétique de prise.
Cette norme prend comme référence une dureté de 15 unités Vickers
15 Microstructure d’un amalgame composé de copeaux et de particules sphériques comme limite permettant la sculpture de l’amalgame.
mélangées.
Les valeurs de dureté des différents types d’amalgame sont réunies
dans le tableau VII.
Propriétés mécaniques L’évolution de la dureté dans le temps reflète sans doute mieux les
des amalgames dentaires différences qui existent entre les différents types d’amalgame [15]
(fig 17).
Les amalgames étant destinés à recevoir les contraintes mises en jeu On peut noter à partir de ce tableau qu’un amalgame HCSC
au niveau des secteurs des dents cuspidées, leurs propriétés sphérique est plus dur à 1 heure qu’un amalgame conventionnel à
mécaniques restent un critère de choix prépondérant. La longévité 7 jours.

10
Odontologie Amalgames dentaires 23-065-M-10

Tableau VIII. Tableau X.

15 minutes (MPa) 7 jours (MPa) 1 heure (MPa) 7 jours (MPa)


Amalgame conventionnel 3,1 50,9 Amalgame conventionnel 45 250
en copeaux en copeaux

Amalgame conventionnel 4,5 55,3 Amalgame conventionnel 130 300


sphérique sphérique

Amalgame en phase 3,03 43,4 Amalgame en phase 118 380


dispersée dispersée

HCSC sphérique 8 55,5 HCSC sphérique 290 480

HCSC : high copper single composition ; MPa : mégapascal. HCSC : high copper single composition ; MPa : mégapascal.

Tableau IX. La cinétique de prise plus lente de l’alliage à phase dispersée laisse
apparaître la plus faible valeur obtenue à 1 heure, alors qu’à 7 jours
Amalgame conventionnel en copeaux 6,3 % la disparition de la phase gamma 2 confère à cette famille d’alliages
1,3 %
des valeurs de résistance nettement supérieures à celles des formules
Amalgame conventionnel sphérique
conventionnelles.
Amalgame en phase dispersée 0,45 %

HCSC sphérique 0,05 %


Propriétés électrochimiques
HCSC : high copper single composition.
des amalgames dentaires
Par ailleurs, un amalgame à phase dispersée ne voit ses propriétés
mécaniques dépasser celles d’un amalgame conventionnel qu’au Les obturations à l’amalgame sont soumises, comme toutes les
bout de 7 jours. obturations métalliques placées en bouche au contact de l’électrolyte
salivaire, à des phénomènes de dégradation électrochimiques. Parmi
tous les alliages utilisés dans le milieu buccal, les amalgames sont
RÉSISTANCE À LA TENSION DIAMÉTRALE
les plus corrodables si l’on excepte les alliages au gallium proposés
Un test de traction traditionnel étant impossible à conduire sur des parfois en alternative [14, 57]. L’adjonction d’une faible quantité de
échantillons d’amalgame, un test de tension diamétrale, qui traduit palladium permet d’améliorer sensiblement la résistance à la
la cohésion du matériau, est généralement pratiqué. Ce test consiste corrosion [11, 36].
à provoquer la rupture d’une éprouvette cylindrique selon son
diamètre en exerçant une contrainte en compression. Les essais sont
conduits à 15 minutes et à 7 jours. Les travaux de Malhotra et HÉTÉROGÉNÉITÉ DE STRUCTURE
Asgar [37] permettent de situer les différentes familles d’alliage La structure hétérogène des amalgames explique les phénomènes
(tableau VIII). de corrosion sélective des phases les plus corrodables. La phase
On peut, si l’on considère les valeurs obtenues à 15 minutes, noter gamma 2 se corrode préférentiellement dans les alliages
l’influence de la cinétique de prise plus rapide dans le cas des conventionnels alors que la phase Cu6Sn5 est la plus corrodable des
poudres sphériques, en particulier dans le cas des poudres HCSC. alliages non gamma 2. Les porosités inhérentes au processus de
Les valeurs à 7 jours traduisent la faible cohésion des amalgames à condensation ou à la corrosion sélective d’une phase sont à l’origine
phase dispersée en raison de la plus grande hétérogénéité de leur d’une modification locale de l’environnement au sein de ces défauts
structure. Les autres familles d’alliage laissent apparaître des valeurs qui accélère les processus de corrosion.
comparables à 7 jours.

PHÉNOMÈNES DE PILES
FLUAGE
Les phénomènes de piles de concentration causés par la différence
Le fluage traduit la déformation plastique subie par l’ensemble du de potentiel entre une zone aérée et une zone désaérée (pile d’Evans)
matériau en fonction du temps sous l’action d’une charge constante. favorisent la dissolution préférentielle de la zone désaérée. Il peut
Les valeurs de fluage le plus représentatives sont mesurées à 7 jours s’agir par exemple de la zone du point de contact d’une restauration
sous une charge de 36,9 MPa appliquée pendant 4 heures. Le résultat proximotriturante.
s’exprime en pourcentage de déformation. Les valeurs citées par Les piles galvaniques occasionnées par le couplage entre des alliages
Malhotra et Asgar sont données dans le tableau IX. métalliques de nature différente peuvent survenir lors de la présence
Dans le domaine du fluage, les amalgames non gamma 2, qu’ils de métaux nobles au contact d’une restauration à l’amalgame. Dans
appartiennent à la famille des alliages à phase dispersée ou à celle ce cas, la corrosion de l’amalgame se trouve accélérée.
des HCSC, montrent une nette supériorité. Cette supériorité se Les phénomènes de micropiles existent également par couplage des
manifeste dans le comportement clinique du matériau par une différentes phases constitutives de l’amalgame au contact de
moindre dégradation marginale des restaurations. l’électrolyte salivaire.

RÉSISTANCE À LA COMPRESSION MÉTHODES D’ÉTUDE


La résistance à la compression est habituellement mesurée à 1 heure De nombreuses méthodes d’étude de la corrosion ont été utilisées
et à 7 jours. La vitesse de déplacement de la traverse est de pour évaluer la corrosion des amalgames : mesure des potentiels
0,5 mm/min à 1 heure et de 0,2 mm/min à 7 jours. libres, courbes voltampérométriques, détermination de la résistance
Les résultats figurant dans le tableau X sont issus des mêmes de polarisation, détermination des droites de Tafel, coulométrie,
auteurs [37]. mesures d’impédances [32, 39, 51]. Il reste cependant à définir au sein
La valeur de la résistance à la compression à 7 jours d’un alliage d’une norme internationale une méthode reproductible pour évaluer
HCSC est sensiblement deux fois plus élevée que celle d’un l’aptitude d’un amalgame à résister durablement aux phénomènes
amalgame conventionnel. de corrosion.

11
23-065-M-10 Amalgames dentaires Odontologie

disgracieuse au niveau des tissus dentinaires. Il est clair que les


mesures de pénétration de colorant révèlent une absence
d’étanchéité, ce qui, dans le cas de ces matériaux, ne semble pas
nuire à la pérennité des restaurations.
L’utilisation de produits de collage semble seule, pour certains
auteurs [5, 43], en mesure d’améliorer la qualité du joint. La pérennité
est alors tributaire des phénomènes de dégradation de ces joints
collés par hydrolyse en particulier.

¶ Stabilité dimensionnelle
Le coefficient de dilatation thermique des amalgames est voisin de
25·10-6/°C, valeur relativement élevée qu’il convient de rapporter à
celles des tissus dentaires (émail : 11,4·10-6/°C ; dentine :
8,3·10 -6/°C). Cette différence contribue aux phénomènes de
dégradation marginale associés aux processus de corrosion.
Les variations dimensionnelles pendant la réaction d’amalgamation
sont exposées par ailleurs ; cependant, les amalgames modernes ne
présentent plus, pour les granulométries fines proposées
18 Amalgame «high copper single composition» (HCSC) sphérique resté 5 ans en
aujourd’hui, une expansion significative. La norme ISO impose des
bouche. La corrosion sélective, visible en fond de sillon, se fait au niveau de la phase
Cu6Sn5, ce qui peut aboutir à la libération d’une particule dans le milieu buccal. variations dimensionnelles comprises entre - 0,15 et + 0,20 %.
La contamination par l’humidité, en particulier lors du contact avec
la salive lors de l’insertion du matériau, peut augmenter l’expansion
de prise, en particulier pour les formules contenant du zinc qui
donnent lieu à une expansion retardée survenant au bout de 8 jours.

CONDUCTIVITÉ THERMIQUE ET ÉLECTRIQUE


Le coefficient de conductivité thermique est de 0,023 J·s-1·cm-2.
Cette valeur est sensiblement 25 fois supérieure à celle des tissus
dentaires, ce qui explique certaines sensibilités postopératoires.

TOXICITÉ DES PRODUITS DE DÉGRADATION


Les études de toxicité cellulaire mettent en évidence le pouvoir
cytotoxique des produits de corrosion [44]. Les composants qui
peuvent migrer en direction pulpaire peuvent entraîner une réaction
immunitaire pulpaire [22]. Cependant, ces produits de dégradation
sont également toxiques pour les micro-organismes, ce qui limite les
récidives carieuses aux interfaces dent-obturation [21, 46].

19 Les figures de corrosion obtenues au laboratoire après attaque électrochimique


mettent en évidence le même processus de dégradation. LIBÉRATION DE MERCURE
Le mercure libéré sous forme de vapeur au niveau de la cavité
FIGURES DE CORROSION buccale et dans l’environnement direct des patients et praticiens a
Les figures de corrosion obtenues par des essais électrochimiques se soulevé de nombreuses controverses. Les incidences biologiques
rapprochent de celles observées in vivo (fig 18, 19). Les produits de provoquées par l’utilisation des restaurations en amalgame d’argent
corrosion sont constitués d’oxydes, d’hydroxydes, d’hydro- ont, depuis longtemps, retenu l’attention de nombreux auteurs
xychlorures d’étain et de cuivre [34].
[1, 26, 47]
.
Dosages de l’air expiré : les amalgames interagissent de manière
complexe avec l’environnement buccal. Ils sont soumis à des
Propriétés biologiques réactions chimiques, biologiques, mécaniques et thermiques. La
chimie et la biochimie de l’environnement, la formation d’un biofilm
des amalgames dentaires de surface, les courants galvaniques, la corrosion et l’abrasion sont
autant de facteurs de variation [38]. Ces différents paramètres peuvent
Elles peuvent être abordées, comme pour tous les matériaux alors modifier le comportement des restaurations : des ions
d’obturation, en s’intéressant aux tissus dentinopulpaires, aux tissus métalliques (Cu, Sn), des débris d’amalgame, des produits de
durs au niveau de l’interface dent-matériau d’obturation, aux tissus corrosion, des vapeurs de mercure sont dégagés dans la cavité
environnants, et bien sûr aux phénomènes de toxicité générale et buccale [6, 18]. Tous les auteurs s’accordent aujourd’hui pour dire que
d’allergie, qu’il s’agisse du matériau lui-même ou de ses produits les vapeurs de mercure sont principalement dégagées durant
de dégradation. l’insertion, la dépose ou le polissage des obturations. Les taux sont
variables en fonction de la surface des obturations. La concentration
ÉTANCHÉITÉ en mercure augmente ponctuellement lors de la mise en œuvre du
matériau. La valeur moyenne mesurée varie entre 85 et 326 µg/m3 [24]
¶ Adaptation marginale et reste inférieure au seuil limite de 500 µg/m 3 retenu par
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lors d’une exposition de
Les amalgames n’adhèrent pas aux tissus dentaires et la faible 15 minutes aux vapeurs de mercure [23, 24]. De nombreuses études
mouillabilité de l’alliage lors de son insertion en phase plastique montrent également une augmentation temporaire de la
occasionne l’existence d’un hiatus compris entre 5 et 15 µm [15]. concentration en mercure après le brossage, la mastication
Cet hiatus est progressivement comblé par les produits de corrosion (notamment le chewing-gum), la prise de boissons chaudes ou
qui diffusent d’ailleurs sous forme d’une coloration grisâtre même une cigarette [17, 35].

12
Odontologie Amalgames dentaires 23-065-M-10

Les vapeurs de mercure libérées varient aussi en fonction de la


composition de l’alliage. Toutes les phases contenant du mercure
peuvent être source de libération de vapeurs. Le phénomène est
accentué par toute erreur de manipulation clinique. Les amalgames
non gamma 2 sont moins sensibles à la corrosion, donc libèrent
moins de mercure. En l’absence de phase gamma 2, le mercure peut
aussi provenir de la phase gamma 1 et du mercure libre après
réaction. Cependant, le phénomène est réduit car le mercure libre
tend à se recombiner rapidement avec les particules d’alliage non
réagies [41].
Mercure absorbé : les vapeurs de mercure libérées sont inhalées puis
absorbées au niveau pulmonaire. L’absorption de vapeurs de
mercure dépend du volume d’air inhalé en fonction du temps et du
type de respiration. Le mercure sanguin évalué sur le sang total est
un mauvais indicateur de l’exposition au mercure inorganique. Le
mercure organique apporté par la consommation de poisson se
concentre en effet dans les hématies [20]. La concentration de mercure
urinaire est augmentée chez les porteurs d’amalgame [20].
Il semble aujourd’hui admis que le relargage et l’absorption de 20 Un alliage au gallium présente une microstructure voisine de celle d’un amal-
mercure à partir des amalgames dentaires restent limités à des game. La phase argent-indium joue le rôle de matrice alors que la phase cuivre-gallium
valeurs tolérables, aussi bien pour les patients que pour le personnel se situe à la périphérie des particules sphériques.
soignant [4, 17, 20, 54].

Conclusion
Alternative : alliages au gallium
Les alliages au gallium proposés en alternative aux amalgames ont Les amalgames ont sensiblement évolué durant ces 20 dernières années.
été proposés en 1931 par Levadidi [33] . Ces alliages, parfois Les formules sans phase gamma 2 apportent un progrès considérable
improprement appelés « amalgames au gallium », sont obtenus par dans le domaine des propriétés mécaniques et de la résistance à la
la réaction d’un eutectique gallium-indium sur une poudre dont la dégradation dans le milieu buccal. Ces dernières années sont marquées
composition est proche de celle d’un amalgame [50]. Les phases par l’apparition d’alliages dont la teneur en mercure est sensiblement
obtenues après réaction de prise sont essentiellement la phase diminuée. Ces évolutions sont particulièrement intéressantes pour les
Ag9In4 qui remplit le rôle de matrice et la phase CuGa2 qui siège à poudres sphériques HCSC qui permettent d’abaisser le pourcentage
la périphérie des particules non entièrement réagies (fig 20). Cette pondéral de mercure en dessous de 40 %. Cette réduction de la teneur
dernière phase est particulièrement corrodable, ce qui contre-indique en mercure se doit cependant de préserver les qualités de manipulation
aujourd’hui l’utilisation clinique de ces matériaux [48, 57]. clinique de ce matériau.

Références ➤

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23-065-M-10 Amalgames dentaires Odontologie

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