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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

TABLE DES MATIERES


LISTE DES ABREVIATIONS .................................................................................................. 4

INTRODUCTION GÉNÉRALE ................................................................................................ 5

PARTIE I : LE SECRET BANCAIRE AU REGARD DE LA LEGISLATION CONTRE LE


BLANCHIMENT DE CAPITAUX ......................................................................................... 10

CHAPITRE I : LES MECANISMES ACTUELS.................................................................... 10

Section 1 : La consécration légale du secret bancaire .............................................................. 10

Paragraphe 1 : le fondement du secret bancaire ....................................................................... 11

Paragraphe 2 : Les obligations découlant du secret bancaire ................................................... 13

A. L’obligation de confidentialité ........................................................................... 13

B. L’obligation de non- ingérence ........................................................................... 14

Section 2 : Les dispositifs de lutte contre le blanchiment ........................................................ 15

Paragraphe 1 : Les dispositifs au niveau international et régional ........................................... 16

A. Sur le plan international...................................................................................... 16

B. Sur le plan régional : l’exemple du GIABA ....................................................... 18

Paragraphe 2 : Le système marocain et comparé de lutte contre le blanchiment ..................... 19

A. Les obligations mises en place par le dispositif ................................................. 20

B. Les personnes assujetties aux dispositifs anti-blanchiment................................ 23

CHAPITRE II : LES IMPERFECTIONS ET LES LIMITES DU SYSTEME........................ 25

Section 1 : Les difficultés de mise en œuvre de la législation sur le blanchiment ................... 26

Paragraphe 1 : Les répercussions du dispositif anti-blanchiment dans les relations bancaires 26

A. Dans la relation banquier- client......................................................................... 26

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B. Dans la relation banquier- administration (l’Unité) ........................................... 29

Paragraphe 2 : la mise à l’écart de la protection de l’intérêt privé ........................................... 30

A. La primauté de l’intérêt public dans le système anti-blanchiment ..................... 30

B. Conséquences des mesures anti-blanchiment sur les relations privées .............. 31

Section 2 : Les limites du système ........................................................................................... 32

Paragraphe 1 : Les professions peu actives .............................................................................. 33

A. Les assureurs ...................................................................................................... 33

B. Les agents immobiliers ....................................................................................... 34

Paragraphe 2 : Les mécanismes juridiques utilisant le secret bancaire pour faciliter le


blanchiment .............................................................................................................................. 35

A. Les instruments financiers anonymes................................................................. 35

B. Les sociétés opaques........................................................................................... 36

PARTIE II : VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DU TRAITEMENT DE LA LUTTE


CONTRE LE BLANCHIMENT DE CAPITAUX ET DU SECRET BANCAIRE................. 39

CHAPITRE I : VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DU SECRET BANCAIRE ............. 40

Section 1 : redéfinition et délimitation du secret bancaire ...................................................... 40

Paragraphe 1 : les conséquences de l’abolition du secret bancaire .......................................... 40

Paragraphe 2 : Les modifications à apporter ............................................................................ 41

A. Proposition de modification des dispositions sur le secret bancaire .................. 41

B. Proposition de modification de la loi anti-blanchiment ..................................... 42

Section 2 : Le maintien de la confiance dans les banques........................................................ 44

Paragraphe 1 : l’importance de la protection de la confiance dans les banques....................... 44

A. Les sources de la confiance dans les banques .................................................... 44

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B. La banque, un service privé d’intérêt public ...................................................... 45

Paragraphe 2 : La nécessité de maintenir les dispositions imposées au banquier .................... 46

A. L’importance de maintenir cette obligation de secret ........................................ 46

B. La responsabilité du banquier distributeur de crédit .......................................... 47

CHAPITRE II : L’IMPORTANCE DE LA COOPERATION DANS LA LUTTE ANTI-


BLANCHIMENT ..................................................................................................................... 48

Section 1 : La coopération au niveau international .................................................................. 48

Paragraphe 1 : La collaboration policière internationale.......................................................... 48

Paragraphe 2 : L’entraide judiciaire dans la lutte anti-blanchiment ......................................... 50

Section 2 : La coopération régionale : l’exemple européen ..................................................... 51

Paragraphe 1 : Europol : début d’une police européenne intégrée ........................................... 51

Paragraphe 2 : Eurojust : les débuts d’un ministère public européen....................................... 53

CONCLUSION GENERALE .................................................................................................. 55

BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................... 57

ANNEXES ............................................................................................................................... 59

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LISTE DES ABREVIATIONS

CFR Cellules de renseignements financiers

CENTIF la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (Sénégal)

EUROJUST Unité de coopération judiciaire de l’Union européenne

EUROPOL Office européen de police et action contre les circuits financiers clandestins

GAFI Groupe d’action financière internationale

GIABA Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en


Afrique de l’ouest

GAFIOMAN Le Groupe d'Action Financière pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord

G7 Groupe des pays les plus industrialisés du monde ; aujourd’hui groupe des 8
après l’entrée de la Russie au sein de ce forum

TECS The Europol computer système

TRACFIN Traitement de renseignements

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Il arrive, bien souvent, qu'une personne se confie à une autre. Cet état de fait peut
découler des liens particuliers qui unissent les deux personnes. Il peut aussi résulter de la
particularité de la profession exercée par la personne destinataire de la confession. En tout état
de cause, la relation existant entre de telles personnes est nécessairement sous-tendue par une
confiance absolue de l'une à l'égard de l'autre, qu'il importe de sauvegarder en vue de
préserver la confidentialité des informations reçues. C'est en ce sens que la révélation de
secret est conçue comme étant contraire aux règles de l'éthique et de la morale. La position de
l'éthique et de la morale sur ce point peut se justifier par des considérations sociales, tendant à
favoriser le maintien des relations de confiance au détriment de la transparence économique et
financière.

Le droit, venant à l'appui de l'éthique, interdit et condamne lui aussi toute divulgation de
secret. Ainsi, selon Sylvie Rouquié « s'il est vrai que science sans conscience n'est que ruine
de l'âme l'éthique sans droit n'est que discours sans arme »1 .

Ce devoir de se taire est imposé même si l'information reçue est constitutive d'une infraction
telle une dénonciation calomnieuse. A cet effet, selon la jurisprudence française, la
caractérisation de cette dernière suppose la qualification pénale des faits 2 . A l'appui de ce
point de vue jurisprudentiel, la loi pénale astreint au secret to ute personne dépositaire par état,
par profession, par fonction temporaire ou permanente tels que les sages femmes, les
médecins, les chirurgiens et les pharmaciens 3 . Elle leur interdit de relater les informations
qu'ils acquièrent dans l'exercice de leur profession, sauf dérogation légale.

Même si l'obligation au secret a été érigée en principe, de manière explicite, pour certaines
professions, il n'en était toujours pas ainsi de la profession bancaire au Maroc. En ce qui
concerne celle-ci, le devoir de discrétion est consacré expressément en 1993 4 avec l'adoption
de la loi portant sur la réglementation bancaire. Ce secret professionnel imposé aux

1
Sylvie Rouquié, « L’argent illicite et les affaires », Montchrestien, Paris, 1997, p 33.
2
Cass. crim., 25 mars 2005 Dalloz n°21/7118 IR p.1409
3
Article 446, Code pénal marocain, 1996

4
Date de promulgation de la loi bancaire (B.O, n° 4210) modifiée par la nouvelle loi bancaire 34/03 de 2006 (B.O n° 5400)

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

établissements de crédits, a été repris par la nouvelle législation bancaire de 2006 à travers les
dispositions de l'article 79 et 80.

La consécration du secret bancaire revêt une importance capitale dans la mesure où la


discrétion est à la fois un moyen de protection de la personne du client et de défense du secret
des affaires. Ce secret renforce aussi les systèmes bancaires nationaux soumis à concurrence
international. En effet, le secret bancaire est une liberté, une protection de l’aspect individuel ;
il est né en 1934 en Suisse pour protéger les épargnants devant le régime nazi en Allemagne.
Néanmoins, c’est un principe qui n’est pas absolu car n’étant pas retenu dans de nombreux
cas et en raison du fait que leur étendue varie selon les législations nationales.

La justification des exceptions au principe du secret bancaire pourrait se trouver dans l’exposé
des motifs de la convention de l’ONU 5 sur l’enrichissement illicite portant sur le trafic de
stupéfiant et substances psychotropes 6 . Dans celle-ci, l’alinéa 5 de l’article 7 sous-entend que
certes, le secret professionnel exigé dans l'exercice de certaines professions, constitue une
garantie fondamentale pour la préservation des libertés individuelles, mais il n’en reste pas
moins qu’il peut, dans certaines circonstances, s'opposer à la recherche de la vérité et faire
obstacle à la mise en évidence de comportements frauduleux. A cela s’ajoutent les propos de
M. Pierre Bérégovoy qui annonce que « le secret bancaire, juste protection de la vie des
affaires, ne peut être absolu et servir à abriter l'argent du crime »7 .

L'admission de telles exceptions au secret bancaire est la conséquence logique de


l'impossibilité de contourner les banquiers dans l'exercice des opérations de blanchiment 8 . Ils
apparaissent comme un rouage essentiel de ce processus de blanchiment de capitaux. Par
ailleurs, le secret bancaire n'est pas la seule obligation professionnelle mise en échec par les
nécessités de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ainsi
le principe de non ingérence, qui veut que le banquier se limite à enregistrer les opérations de
comptes du client sans se préoccuper de leur origine ou de leur destination, est bafoué par le

5
Convention des nations unies contre le trafic de stupéfiant et de substances psychotropes con clue à Vienne le 20 décembre 1988
www.un.org
6
Psychotrope : se dit de toute substance qui agit sur le psychisme : stimulants, tranquillisants, hallucinogènes
7
Déclaration de M. Pierre bérégovoy, ministre de l’économie des finances et du budget sur la lutte contre le blanchiment de capitaux,
Paris le 12 novembre 1990 (en ligne)

8
Bonneau Thiérry, « droit bancaire », Montchrestin, 6 ème édition, Paris 2003, p. 164

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

dispositif anti-blanchiment. Il leur est imposé dans certaines circonstances de faire des
investigations en vue de connaître l'origine et la destination d'opérations particulières que les
banquiers effectuent pour le compte de leurs clients. 9 En outre, la particularité du blanchiment
réside dans le fait qu'il suppose un concours d'infractions telles le trafic de stupéfiant et de
substances psychotropes, le trafic d’être humains, le trafic d’armes et de munitions etc. En
d'autres termes, il se définit par rapport à une infraction sous-jacente ou initiale et sur laquelle
il s'appuie.

La lutte contre le blanchiment des capitaux tirés d’activités délictueuses n’est de venue que
récemment l’une des priorités des autorités étatiques. Même si aujourd’hui les origines
délictueuses de l’argent blanchi ont quelque peu évolué, l’opération consiste toujours à
transformer des revenus d’activité criminelle en revenus d’apparence légale. C’est pourquoi
dès les années 80, la communauté internationale a pris conscience de l’ampleur du
phénomène et a entrepris de bâtir un dispositif de lutte contre le blanchiment. La création en
1989 du GAFI par les chefs d’Etat et de gouvernement du G7 et la présidence de la
Commission des Communautés européennes, est un élément pivot de cette lutte car ce groupe
met en place un suivi de la situation dans le monde 10 . Ce dispositif de lutte anti-blanchiment a
été consolidé par la création d’autres groupes régionaux agissant pour les mêmes objectifs de
lutte contre le blanchiment et d’ailleurs membres du GAFI. On peut citer, à titre de référence,
le GIABA 11 qui regroupe les pays de l’Afrique de l’ouest dont le Sénégal et le GAFIMOAN 12
regroupant les pays de l’Afrique du nord parmi lesquelles le Maroc.

Depuis sa création, les experts du GAFI se sont attachés à décrire les aspects matériels d’une
opération de blanchiment afin que ceux-ci soient appréhendés dans leur matérialité. Ils ont
posé une définition classique qui établit une chronologie qui sert de référence à toute étude du
phénomène de blanchiment. Ainsi, le blanchiment se déroule suivant trois étapes
fondamentales qui sont indépendantes de son degré de complexité. La première étape du
blanchissement réside dans le placement 13 . A ce stade de l’opération, il s’agit de se

9
Article 6 de la loi marocaine 43/05 sur le blanchiment de capitaux promulguée en 2007 et publié au bulletion officiel N°5222

10
FERJAULT Elodie, « secret professionnel et blanchiment de capitaux », mémoire, Mai 2002, p.2 (en ligne)
11
Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment crée en 1999 par les Etats membres de la CEDEAO en Afrique de l’ouest
12
Le Groupe d'Action Financière pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord

13
Le placement conduit à convertir les sommes en numéraires issues des trafics, telles que devises, or monnaie scripturale ou é lectronique

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

débarrasser matériellement d’importantes sommes en numéraires. Les banques et toutes les


autres institutions ou mécanismes de dépôts sont les principaux agents de transmission des
fonds et sont donc indispensables pour la mise en œuvre de cette phase. Vient ensuite
l’empilage 14 qui vise à dissimuler toute trace de l’opération. On cherche à interdire toute
possibilité de remonter à l’origine des produits illicites grâce à un système complexe de
transactions financières successives. Dans ce but, les moyens techniques les plus sophistiqués
sont mis en œuvre pour dissocier le plus efficacement possible les fonds de leur origine.
L’ultime étape est celle de l’intégration15 . Elle consiste à conférer une apparence de légalité à
l’argent sale, il est donc réinvesti ou réutilisé dans l’économie légale. En effet, une fois
terminé le processus de l’empilage, le blanchisseur de capitaux a besoin de fournir une
explication pour habiller sa richesse d’un parfum de légalité. Les plans d’intégration replacent
les produits blanchis dans l’économie de telle sorte qu’ils réintègrent le système bancaire en
apparaissant alors comme les profits normaux d’une affaire commerciale.

Dès lors, il est à relever que les formes et moyens de blanchiment de capitaux sont variés,
mais les établissements de crédit constituent l’endroit le plus sollicité pour la réalisation des
opérations de blanchiment. 16 Ces derniers vont, de par leurs fonctions, être amenés à connaître
certains détails qui peuvent les amener à avoir des doutes sur la légalité de l’opération. Même
si la plupart du temps ils n’ont qu’une vision parcellaire de l’opération, l’utilisation de
certains mécanismes et le comportement de leur client peut être un facteur déclenchant de ce
doute. Face à une situation inquiétante, le banquier va se retrouver confronter à un dilemme.
Par principe, tout professionnel détenteur d’une information confidentielle, reçue lors de sa
mission, est tenu de garder le secret. Néanmoins, comme nous le verrons dans notre
développement, la lutte contre le blanchiment est un cas particulier de la répression du crime
dans la mesure où l’Etat délègue une partie de son pouvoir aux professionnels impliqués dans
le mécanisme en sollicitant leur coopération dans la surveillance des opérations financières et
la détection des transactions menées par les blanchisseurs. 17

14
La technique de l'empilage interdit toute possibilité de remonter à l'origine illicite des fonds grâce à un système complexe de
transactions financières successives, au recours à des sociétés - écrans ou encore à des paradis réglementaire
15
L'intégration se traduit par l'investissement des fonds d'origine frauduleuse dans les circuits légaux d'un pays, afin de leur donner une
apparence licite
16
Ezzaidi Hafid, « Moyens et mécanismes de lutte contre le blanchiment de capitaux », 1 er édition 2009, p.14

17
Op. cit., p. 3

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Dans un premier temps, on peut donc voir une sorte de rapport conflictuel entre le devoir de
discrétion des professionnels et le rôle actif dans la lutte contre le blanchiment qu’entend leur
confier la loi. Néanmoins depuis l’entame de cette lutte anti-blanchiment, un dispositif de
lutte basé sur la coopération des professions a été mis en place dans les différentes législations
des pays membres du GAFI parmi lesquels celles du Maroc et du Sénégal.

Le mécanisme légal est basé sur une obligation de coopération et de vigilance imposée de
manière plus étendue. L’approche du secret bancaire n’est donc pas envisagée de manière
absolue. En outre, quant on s’attache à analyser le dispositif légal face aux pratiques des
blanchisseurs, on peut mettre rapidement en évidence les failles du système qui sont dues à la
fois à un manque de coopération des professionnels concernés et à un défaut conceptuel du
dispositif légal qui ne prend pas en compte l’ensemble des mécanismes juridiques
susceptibles de faciliter le blanchiment en instrumentalisant le secret. C’est pourquoi une
nouvelle approche de ce secret s’impose à travers les dispositifs anti-blanchiment.

Ainsi ce sujet présente beaucoup d’intérêts à la fois théorique et pratique. Théorique dans la
mesure où parler du secret bancaire et des dispositifs du blanchiment c’est aborder un aspect
d’un problème de société important, qui consiste à savoir quelle est la place de la sphère privé
dans le monde où nous vivons. Pratique aussi car la présentation des textes en vigueur nous
permet de nous poser des questions sur l’avenir de ce secret bancaire face à cette lutte
acharnée contre le blanchiment de capitaux qui présente des exigences allant à l’encontre des
fondements du secret bancaire.

Dans quelle mesure donc les dispositifs sur le blanchiment de capitaux remettent-elles en
cause le secret bancaire ?

La réponse à cette question nécessite de s’attarder no n seulement sur le traitement actuel du


secret bancaire face aux dispositifs de lutte anti-blanchiment (Partie I), mais aussi de
poursuivre notre réflexion en analysant les nouvelles approches du traitement du secret
bancaire et des dispositifs anti-blanchiment (Partie II), qui se dessinent depuis quelques mois
tant au niveau international que national.

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

PARTIE I : LE SECRET BANCAIRE AU REGARD DE LA LEGISLATION CONTRE


LE BLANCHIMENT DE CAPITAUX
Principe séculaire fondamental, le secret bancaire trouve so n origine dans un devoir civil
de discrétion. Ce devoir est concrétisé par une obligation légale de confidentialité, sœur
jumelle de la discrétion et une obligation de non ingérence du banquier dans les affaires de
son client qui est un principe jurisprudentiel. Pendant assez longtemps, aucun texte ne
prévoyait expressément le secret bancaire. Si l’on reconnaissait que le banquier était tenu d’un
devoir de discrétion sanctionné civilement, on discutait le point de savoir si ce secret devait
être sanctionné pénalement 18 . La loi bancaire de 2006 a enlevé toute incertitude en renvoyant
au code pénal 19 . Il est donc clair que le banquier doit s’abstenir de divulguer des informations
sur ses clients sous peine de sanctions civile et pénale. Ainsi ce secret revêt une importance
capitale dans le monde des affaires même s’il peut être levé dans certaines circonstances.
Parmi celles-ci la lutte anti-blanchiment y occupe une place importante. En effet cette lutte
anti-blanchiment a entrainé les Etats dans une bataille législative qui les a conduit a créé un
dispositif international présentant des exigences qui vont à l’opposé du devoir de discrétion.
La reproduction au niveau des différentes législations nationales de ce dispositif, même si
elles sont louables et légitimes, ne manque de créer des difficultés quant à leur application.
C’est le cas de la législation marocaine qui, même si on note des avancées dans ce domaine,
rencontre des difficultés d’application des textes en vigueur. Explorons dans un premier temps
les mécanismes actuels (chapitre 1) pour étudier ensuite les limites et les imperfections des
textes en vigueur (chapitre 2).

CHAPITRE I : LES MECANISMES ACTUELS

Après l’analyse de la consécration du secret bancaire (section 1) nous verrons quel est le
traitement fait à ce principe par le dispositif de lutte anti-blanchiment actuel (section 2).

Section 1 : La consécration légale du secret bancaire

Comme nous l’avons envisagé en introduction, les systèmes de blanchiment de capitaux font
de plus en plus appel à des mécanismes juridiques sophistiqués. Pour mettre en place ces
mécanismes, les blanchisseurs sont souvent amenés à avoir comme interlocuteurs privilégiés

18
Bonneau Thierry, « Droit bancaire », Montchrestien, 8 ème édition, p.
19
L’article 446 du Code pénal de 1996 punit d’un emprisonnement d'un mois à six mois et d'une amende de mille deux cent à vingt mille
dirhams le banquier qui divulgue des secrets concernant ses clients.

10
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

des professionnels juridiques, financiers parmi lesquels les banquiers. Ces banquiers vont
donc être à même de connaître certains détails des opérations envisagées, détails qui peuvent
les amener à avoir certains doutes quant à la légalité de ces opérations. Cependant, par
principe, un banquier se trouve tenu de garder secret ce qui lui a été confié au t itre ou à
l’occasion de l’exercice de sa profession. Nous étudierons successivement le fondement de ce
principe (paragraphe 1) et les obligations qui en découlent (paragraphe 2).

Paragraphe 1 : le fondement du secret bancaire

La protection de la vie privée, qui est la raison d’être du principe du secret bancaire, fait partie
des droits élémentaires des hommes. Elle fait partie de l’un des principes défendus par la
Déclaration universelle des droits de l’homme dans son article 12, lequel est repris par la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales
dans son article 8 alinéa 2 qui énonce que « Toute personne a droit au respect de sa vie privée
et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».

De là donc on peut dire que le secret bancaire est à la fois un droit et un devoir, il n’est pas
seulement d’ordre moral mais l’infraction à cette obligation est un délit pénal. En écoutant les
confidences d’un client et en recevant les pièces constitutives de son compte, le banquier
contracte une obligation essentielle, celle de garder secret les confidences de son client. Au
Maroc, comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs, notamment le Sénégal, ce principe à
été érigé en règle de droit.

En effet cela a été codifié en quelques mots dans la loi bancaire marocaine de 1993. Lequel
secret est repris et renforcé par la nouvelle loi de 2006 dans son article 79 en consacrant la
pénalisation de ce dernier en cas de violation 20 . Ainsi l’article 446 du code pénal dispose t- il
que « la révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est
dépositaire, soit par état ou par profession, ou par fonction permanente ou temporaire, est
puni d’un emprisonnement d’un mois à six mois et d’une amende de 1200 à 20000 DH ». Il
est donc interdit à tout banquier de livrer à qui que ce soit les confidences qu’il a reçues de

20
En effet l’article 79 de le loi bancaire dispose que « Toutes les personnes qui, à un titre quelconque, participent à l'a dministration, à la
direction ou à la gestion d'un établissement de crédit, ou qui sont employées par celui-ci, (….), plus généralement, toute personne appelée,
à un titre quelconque, à connaître ou à exploiter des informations se rapportant à ces établissements, sont strictement tenus au secret
professionnel pour toutes les affaires dont ils ont à connaître, à quelque titre que ce soit, dans les termes et sous peine des sanctions
prévues à l'a rticle 446 du code pénal ».

11
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

son client quelle qu’en soit la forme tant que ces confidences conservent un caractère qui les
soumet au secret.

On peut comprendre par là que le secret bancaire ne porte que sur des renseignements
confidentiels connus du banquier par le seul fait de son statut et des affaires de son client dont
il s’occupe. Certains renseignements 21 qu’il est d’usage, pour une banque, de donner à ses
clients, mais avec toute la réserve de l’objectivité requise 22 , ne sont pas soumis à ce principe.
Ainsi, il est admis que le secret bancaire, à la différence d’autres secrets professionnels 23 est
relatif c'est-à-dire que le client peut autoriser le banquier à révéler tel fa it à telle personne ou
au public. Cependant cette renonciation, car le client renonce ici à un droit, n’est valable que
si elle est souscrite dans des conditions telles que le propriétaire du secret à été à même de
comprendre sa portée 24 . Ceci nous permet de dire que le secret bancaire n’est pas d’ordre
public, il est imposé dans l’intérêt du propriétaire du secret et ne bénéficie pas au banquier
non plus. A cela s’ajoute les dérogations traditionnelles 25 que connait ce principe qui tendent à
se multiplier d’avantage.

Au Sénégal, ce devoir de discrétion a été consacré expressément en 1990 26 avec l'adoption de


la loi portant sur la réglementation bancaire. Ce secret professionnel imposé aux
établissements de crédits, a été réaffirmé par les dispositions de l'art icle 30 de la nouvelle
législation bancaire adoptée en 2008 27 .

Face à un tel protectionnisme de la part du législateur, on ne peut que s’interroger sur le


fondement intellectuel de ce secret bancaire. De fait, on peut se demander pourquoi certaines
personnes appartenant à un corps professionnel déterminé sont soumises à une obligation de
confidentialité en ce qui concerne les informations qui sont portées à leur connaissance dans
le cadre de leur fonction. Il est utile de préciser qu’il ne s’agit pas seuleme nt d’un simple

21
On peut citer, à titre d’exemple, les paiements réguliers, les échéances difficiles, les protêts et les chèques impayés
22
Jerez Olivier, « Le secret bancaire, les essentiels de la banque »,in la Revue banque éditeur, 2000, p. 19

23
Comme celui de l’avocat par exemple qui est une interdiction d’ordre public
24
Gavalda CH. Stoufflet J., » droit bancaire, institutions-comptes-opérations-services », 7 ème édition 2008 p. 135
25
L’article 80 de la loi bancaire dispose qu’ « Outre les cas prévus par la loi, le secret professionnel ne peut être opposé à Bank Al -Maghrib
et à l'autorité judiciaire agissant dans le cadre d'une procédure pénale ».
Le secret bancaire peut être aussi levé en cas de saisie-arrêt ou avis à tiers détenteur, surendettement ou une réquisition fiscale.
26
Art. 19 de la loi n°90-06 du 26 juin 1990 portant réglementation bancaire, JORS n° 5361

27
La loi bancaire du 26 juin 1990 a été abrogée et remplacée par le projet de loi n°03/2008 (J.O. N° 6437) portant réglementation bancaire

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

devoir de discrétion mais bien d’une véritable obligation légale, d’un silence à l’égard de
toute personne autre que le client du banquier et qui couvre toute information reçue dans le
cadre de l’exercice de sa profession.

De ce qui précède, on constate que le législateur affirme de manière explicite le caractère


obligatoire de ce principe. Le fondement intellectuel, voire philosophique de secret semble
très clairement ancré dans une forte volonté de protection de la vie privée. Néanmoins, ce tte
protection s’effrite de jour en jour avec la multiplication des dérogations, dit-on légitimes, à
ce principe de secret bancaire. Le principe de secret bancaire étant posé, voyons à présent
quelles sont les obligations qui résultent d’un tel principe.

Paragraphe 2 : Les obligations découlant du secret bancaire

Le secret professionnel du banquier trouve son originalité dans deux sources : une obligation
de confidentialité à l’égard des tiers et de lui- même et un devoir de non- ingérence de non-
immixtion dans les affaires de son client. Et à chaque fois que l’une ou l’autre de ces sources
se verra tarie par quelques éléments extérieurs, le secret bancaire ne s’en trouvera que plus
affaibli, et le droit du client à disposer d’une discrétion encore plus réduite 28 .

A. L’obligation de confidentialité
La qualité première attendue d’un banquier a toujours été celle du respect de la
confidentialité. En tout temps cette confidentialité sur les affaires des clients a été conservée
et maintenue comme un principe sacré 29 . En effet l’obligation de secret découle d’abord de ce
principe général de confidentialité expressément prévue par la loi 30 . Le banquier est reconnu
comme titulaire plus que d’un simple devoir de discrétion, et la violation de cette obligation
est aujourd’hui sévèrement sanctionnée. En matière de gestion de patrimoine, cette obligation
de confidentialité supposerait la notion de gestionnaire « en bon père de famille », très connue
du droit civile. Sur quoi donc porte cette obligation de confidentialité ? Cette question
demeure utile car il est très délicat d’avancer une définition exacte de l’information
confidentielle. Ainsi, que ce soit par la doctrine 31 ou par certaines décisions jurisprudence, la

28
Jerez Olivier, opcit p. 18
29
Ibid
30
Article 79 de la loi bancaire et l’article 446 du code pénal marocain

31
Bonneau Thiérry, « Droit bancaire, Montchrestien », 8 ème édition, ….., p. 320

13
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

réponse à cette question a limité le champ d’application de cette obligation aux informations
qui présentent un caractère précis. Ce sont notamment les chiffres qui les accompagnent, le
contenu d’un bilan, le montant et les mouvements d’un compte.

Quant à savoir quelles sont les personnes tenues à cette obligation, celles que l’on nomme en
principe « les débitrices » de l’obligation, la loi bancaire marocaine dans son article 79 cite les
personnes assujetties. Ce sont en effet les personnes qui, à titre quelconque, participent à la
gestion ou à la direction de l’établissement ou qui y sont employées. L’obligation pèse sur
tout confident nécessaire, et à ce titre elle concerne aussi bien l’employé de banque que le
directeur 32 .

Le problème qui se pose également est celui de la qualité de la personne qui sollicite la
banque pour obtenir certains renseignements. En effet il existe de plus en plus d'exceptions et
de dérogations fondées soit sur le contrat soit sur la loi, soit sur les usages ou la coutume. Il
s’avère donc nécessaire de déterminer de manière concrète et claire les personnes avec qui on
peut partager le secret. De ce fait, si le secret professionnel du banquier n'est pas opposable au
client, à son représentant ou à son ayant cause universel, il devrait être absolu à l'égard des
tiers.

Si le banquier est tenu au secret vis-à-vis des tiers, il est également tenu à une obligation de
non- immixtion dans les affaires privées de son client. C’est que le client a droit au secret de
ses affaires à l’égard de son banquier du fait précisément de cette relation de confia nce, du
respect réciproque. Ce principe mérite donc d’être abordé car représentant un constituant du
secret bancaire 33 .

B. L’obligation de non-ingérence

Appelée aussi l’obligation de non-immixtion, ce principe, qui est un terme jurisprudentiel,


implique que la banque n’a pas à effectuer de recherches, à réclamer des justifications pour
s’assurer que les opérations qui lui sont demandées sont régulières, non dangereuses et
insusceptibles de nuire à un tiers. Ce principe protège bien sûr la vie privée et le droit au
secret des affaires des clients, mais il protège tout autant le banquier de certaines tentatives de
recherche en responsabilité par un client, qui s'aperçoit a posteriori qu'une opération passée

32
Jerez Olivier, « L e secret bancaire, les essentiels de la banque », p.20

33
Jerez Olivier, op-cit, p. 25

14
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

par les mains du banquier mandataire, ou dispensateur de crédit, était en réalité inopportune.
En effet, comme l’a jugé la Cour de Cassation française dans un arrêt du 14 octobre 2008 34 ,
« le devoir de non-ingérence fait interdiction à un établissement de crédit d’intervenir pour
empêcher son client d’accomplir un acte illicite ». Il peut faire aussi obstacle, pour les mêmes
raisons, à ce que les tiers recherchent la responsabilité de la banque pour une opération passée
par ses mains, et qu'ils estiment leur avoir porté préjudice. C’est dans ce sens qu’un arrêt de la
Cour d’appel française du 15 juin 1993 a pu retenir que « la banque n’a commis aucune faute
en ayant pas procédé à des investigations sur l’origine et l’importance des fonds versé par le
titulaire du compte, du moment qu’elle a révélé que les chèques présentés à l’encaissement
par celui-ci avait une apparence de régularité parfaite et que rien ne permettait de déceler une
fraude »35 . Ces exemples indiquent le domaine du principe de non- ingérence qui se présente
de manière large car touchant beaucoup d’opérations bancaires 36 .

Ainsi, si ce principe est considéré comme général c’est en raison de son fondement qui ne
manque de créer un débat en doctrine. En effet, si certains auteurs voient en ce principe de
non- ingérence un prolongement du secret des affaires, d’autres, par contre, considèrent que
celui-ci prend appui sur le droit commun de la responsabilité. Cependant, il parait plus juste et
plus simple de fonder celui-ci sur le respect de la vie privée : chacun est maître de ses affaires
et les gère comme il l’entend. Pour cette raison la banque n’a pas à s’immiscer dans les
affaires de son client et du coup il dégage sa responsabilité.

Après avoir posé les bases du principe du secret bancaire et les obligations qui en découlent, il
nous semble judicieux de nous pencher sur l’une des principales causes de sa remise en
question: le blanchiment d’argent.

Section 2 : Les dispositifs de lutte contre le blanchiment

Selon le Fonds Monétaire International (FMI), le blanchiment de capitaux représenterait 2% à


5% du PIB mondial en 2003 37 , soit environ plus de 1 500 milliards de dollars. Les effets

34
Com., 14 octobre 2008, Banque et droit n° 123, janvier-février 2009. 20, obs. Bonneau
35
Com., 15 juin 1993 (Bull. Civ. IV, n° 239, p. 170 ; Rev. dr. bancaire et bourse n° 40, novembre/ décembre 1993. 249, obs. Crédot et
Gérard ; RJDA 1/94, n° 73, p. 67)
36
En effet, selon Thiérry Bonneau, ce principe concerne les services de caisses, les opérations de crédit et même au vente de titre au
porteur par l’entremise d’une banque ; ce qui explique sa généralité en ce qui concerne les opérations bancaire

37
Ministère des affaires étrangères française, « …… », [en ligne], lien : www.diplomatie.gouv.fr

15
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

dommageables des produits du crime, et l’ampleur du phénomène ont conduit à impliquer


plus radicalement les banquiers. En effet, les banques ont été les premières impliquées pour
lutter contre le blanchiment et pour repérer les ouvertures de comptes douteux. En plus le
phénomène de la criminalité organisée transnationale ou plus précisément
l’internationalisation du blanchiment de capitaux exige une participation et une co ncertation
active sur le plan international. Ainsi, il convient de voir les dispositifs au niveau international
et les exigences qu’ils englobent (paragraphe 1) et comment ceux-ci sont repris au niveau
national en s’appuyant sur l’exemple marocain et sénégalais en guise de comparaison
(paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les dispositifs au niveau international et régional


Le blanchiment de capitaux étant une plaie internationale, un dispositif de grande envergure
est nécessaire pour le combattre, afin de tenter d'uniformiser la perception de la lutte contre le
blanchiment d'argent à travers le monde et permettre des échanges rapides et efficaces entre
les différentes juridictions. Le Groupe d'action financière sur le blanchiment d'argent (GAFI)
est un organisme intergouvernemental créé à cet effet. Son objectif est de concevoir et de
promouvoir, tant à l'échelon national qu'international, des stratégies de lutte contre le
blanchiment de capitaux. Pour ce faire, il a mis un certain nombre de recommandations qui
serviront de valeurs de référence aux pays adhérents. Et ces recommandations ont été reprises
par certains groupes régionaux qui ont les mêmes objectifs de lutte.

A. Sur le plan inte rnational

Il faut rappeler, tout d’abord, que la mission du GAFI a été définie dès 1991 et se voit
assignée des objectifs bien précises, parmi lesquels le respect par les Etats membres des
recommandations établies par celui-ci.
Il existe ce qu’on appelle les quarante Recommandations 38 du GAFI, qui fixent le cadre des
efforts de lutte contre le blanchiment d’argent. Elles sont reconnues par de nombreux
organismes internationaux et servent de valeur de référence. Ces Recommandations sont de
grands principes, ni complexes, ni difficiles. Et leur bonne application n'entraverait pas la
liberté d'effectuer des transactions légitimes et ne constituerait pas un handicap au
développement économique. Ces règles laissent aux pays une certaine marge de manœuvre

38
Les 40 recommandations du GAFI (en ligne) www.fatf-gafi.org

16
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

dans leur application, en fonction de leurs circonstances particulières et de leur cadre


constitutionnel.
Bien qu'il ne s'agisse pas d'une convention internationale obligatoire, de nombreux pays ont
adopté les quarante Recommandations du GAFI comme fil rouge de leur lutte anti-
blanchiment.
Elaborées en 1990, revues en 1996, les quarante Recommandations sont à nouveau en cours
de remise à jour, afin de tenir compte des changements de tendance en matière de
blanchiment, et d'anticiper les mutations futures. Le GAFI tient à mener une lutte actuelle,
dans un domaine en constante évolution, en ayant des moyens d'actions correspondant aux
techniques utilisées par les blanchisseurs 39 .
Parmi les thèmes fondamentaux contenus dans les quarante Recommandations, nous pouvons
citer les suivants :
-la nécessité de signer des accords et d'adopter une législa tion nationale permettant aux pays
de coopérer rapidement et efficacement au plan international 40 .
- et l’obligation faite aux intermédiaires financiers, notamment les banquiers, d'identifier tous
leurs clients et le respect de certaines obligations dans le urs relations avec les clients 41 .
Ainsi caractérisé, le groupe a invité chaque pays à prendre, sans délai, les mesures nécessaires
pour mettre en œuvre, sans restriction, la Convention de Vienne et procéder à sa ratification.
La vertu spécifique de cet enjeu majeur a pour objectif d’harmoniser les règles appliquées
dans les différents pays en matière de secret bancaire et d’incrimination de blanchiment de
capitaux, mais également de développer l’entraide judiciaire. En effet, concernant le secret
bancaire, il a été admis à l’unanimité que les lois sur le secret professionnel des institutions
financières devraient être conçues de manière à ce qu’elles n’entravent pas la mise en œuvre
des recommandations 42 .
En somme, un programme efficace de lutte contre le blanchiment de capitaux devrait
comprendre une amélioration de la coopération multilatérale et de l’entraide judiciaire dans
les enquêtes et les poursuites pour blanchiment de capitaux. Il reste à souligner que les efforts

39
Lambelet J.C, »Le secret bancaire »; Cour d’économie nationale, année 2002-2003 , p.11
40
Recommandation 30 à 40
41
Recommandation 8 à 29

42
Ezzaidi Hafid, op-cit, p.42

17
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

faits au niveau international ont été poursuivis et ont donné lieu à l’apparition d’instruments
de coopération d’harmonisation de la lutte anti-blanchiment au niveau régional.

A. Sur le plan régional : l’exemple du GIABA


Les pays de la CEDEAO 43 à l’image de la communauté internationale se sont engagés dans la
lutte contre le blanchiment d’argent par le biais du GIABA, qui est une Institution chargée de
la prévention et de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en
Afrique de l’ouest.
A l’origine, la principale mission qui a été assignée au GIABA est relative à la lutte contre le
blanchiment des capitaux44 . A cet égard, il encourage la poursuite d’actions concertées en
matière de conception et de mise en œuvre diligente de dispositifs de lutte contre le
blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (LBC/FT) harmonisés en Afrique de
l’ouest, conformément aux normes internationales en vigueur et en vue d’améliorer la sécurité
et la stabilité des économies des pays membres.
Reconnu comme Organe Régional de Style GAF I pour l’Afrique de l’Ouest en date du 23 juin
200645 , et comme membre associé du GAFI en 2010, Le GIABA a eu à élaborer deux projets
de lois uniformes relatives respectivement à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le
financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest qu’il a mis à la disposition des quinze (15)
Etats membres de la CEDEAO pour s’en inspirer lors de leur élaboration législative dans ce
domaine, ou pour complément à apporter à leur législation existante.
Il a eu aussi à mettre en œuvre deux plans d’actions triennaux (2004- 2006 et 2007-
2009) qui s’articulaient autour des points suivants :
- l’appui aux Etats membres de la CEDEAO pour la promulgation d’une législation
appropriée, et le renforcement de la législation existante, dans le but de se conformer aux
normes acceptables et meilleures pratiques internationales, notamment aux 40+9
Recommandations du GAFI ;
- la conduite d’évaluations mutuelles des Etats membres sur la base de la méthodologie 2006
révisée du GAFI ;

43
Organisme économique créée par le traité de Lagos du 28 mai 1975, la C.E.D.E.A.O. regroupe quinze États de l'Ouest africain : Bénin,
Burkina, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo.

44
En effet, de par ses statuts révisés par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, le GIABA s’est vu confié à côt é
de cette mission, celle de la lutte contre le Financement du Terrorisme.
45
Cette reconnaissance a eu lieu lors des réunions plénières du GAFI qui se sont tenues en juin 2006 à Paris

18
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

- l’organisation d’exercices de typologies permettant de déterminer les méthodes éventuelles,


et tendances caractéristiques du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme au sein
de la région ;
- l’appui aux pays membres afin de les aider à mettre en place des Cellules de
Renseignements Financiers ;
- la promotion de partenariats stratégiques avec la société civile et les autres parties
prenantes et le renforcement de la coopération régionale et internationale.
Le GIABA a eu à élaborer également son troisième plan stratégique 2011- 2014 qui a été
présenté et adopté par les instances statutaires du GIABA, lors de ses séances plénières tenues
en décembre 2010 au Nigéria. Il portera essentiellement sur les points suivants :
développement institutionnel, surveillance de la conformité, recherche et typologies, soutien
technique aux Etats membres ; promotion du partenariat stratégique avec la société civile et
les autres principales parties prenantes, renforcement de la coopération régionale et
internationale 46 .
Après avoir évoqué de manière succincte l’effort entrepris par le GIABA demeurant un
modèle de transposition pour les pays membres, il est nécessaire de se pencher sur l’action du
droit marocain, d’ailleurs membre d’un organisme similaire à savoir le GAFIMOAN ainsi
que du Sénégal aussi qui est un pays membres du GIABA.

Paragraphe 2 : Le système marocain et comparé de lutte contre le blanchime nt

Les initiatives internationales ont agi de manière significative sur grands nombre de
législateurs étrangers y compris sur le législateur marocain. En effet, la mise en place d’une
politique criminelle en matière de blanchiment de capitaux s’est davantage basée sur une
préoccupation juridique consistant dans la nécessité de se doter d’une législation nationale
traduisant les textes internationaux auxquels le Maroc était lié.
Il en va de même pour le Sénégal qui, avec l’adoption de la loi 47 sur le blanchiment de
capitaux, a essayé de retranscrire ses engagements internationaux et régionaux 48 dans sa
législation. La loi marocaine sur le blanchiment, quant à elle, a vu le jour en Avril 2007, loi
qu’on considère comme tardive comparée à d’autres pays comme le Sénégal.

46
Senghor Astou, «Lutte contre le blanchiment d’Argent et le financement du Terrorisme (LBC/FT) dans la Communauté Economique des
Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) », [en ligne], lien : www. Girdac.com
47
Loi n°2004-09 du 6 février 2004 relative à la lutte le blanchiment de capitaux, publiée au journal officiel (J.O), N° 6154

48
Cf. les recommandations du GIABA

19
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Ainsi regardons donc, dans un premier temps, quelles sont les obligations posées par le
dispositif légal ainsi que les personnes assujetties.

A. Les obligations mises en place par le dispositif


Un rapide passage en revue des obligations légales imposées aux professionnels nous permet
de voir quelle est la position actuelle du secret des affaires face aux éventuels réseaux de
blanchiment de capitaux.

L’obligation de vigilance

C’est lors du premier contact avec le client que cette obligation de vigilance doit se
manifester. En droit marocain, l’article 3 et suivant de la loi 43/05 49 énonce en effet que les
professionnels doivent veiller à identifier le client de manière exacte. Cette identification se
fait lors de l’ouverture d’un compte réalisée par un client occasionnel ou habituel.

Concrètement, le professionnel doit s’assurer de l’identité de son client de manière active


(pièce d’identité et justificatif de domicile comme dispose l’article 488 du Code de
commerce) et en cas de doute, refuser d’entrer en relation semble la meilleure garantie.

Vient ensuite l’examen particulier de certaines opérations énoncées par l’article 8 de la loi. Il
s’agit de « toute opération portant sur des sommes dont le montant unitaire ou total est
supérieur à une somme fixé par l’Unité de renseignements financiers ». Ces opérations
doivent se présenter dans des conditions inhabituelles de complexité et ne pas paraître avoir
de justification économique ou d’objet licite. Face à un tel cas, le professionnel a l’obligation
de se renseigner auprès de son client sur l’origine et la destination de ces sommes, l’objet de
la transaction ainsi que l’identité de la personne qui en bénéficie. Il doit consigner les
caractéristiques de l’opération par écrit et conserver ce compte-rendu pendant 10 ans 50 .

En droit sénégalais, ce devoir de vigilance est consacré par l’article7 et suivant de la loi n°
2004-09, relative à la lutte contre le blanchiment. Ces mesures d’identification se font de la
même façon qu’en droit marocain à quelques exceptions près. Il s’agit ainsi du montant de
référence pour déclencher la vérification pour les clients occasionnels et habituels 51 et la

49
La loi bancaire de 2007, portant réglementation de la lutte anti-blanchiment, BO N° 5222

50
Article 7 de la loi 43/05 relative au blanchiment de capitaux
51
L’article 8 de la loi 2004-09 énonce que « dans les conditions prévues aux alinéas 2 et 3 de l’article 7, pour toute opération portant sur
une somme en espèces égale ou supérieure à5.000.000 FCFA ou dont la contre -valeur en FCFA équivaut ou excède ce montant (Voir
annexe)

20
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

surveillance particulière de certaines opérations 52 qui sont beaucoup plus précises qu’en droit
marocain.
Dès lors, on perçoit très clairement que ces obligations conduisent des professionnels tels que
les banquiers à s’immiscer dans les affaires de leurs clients, contrairement au principe de non-
ingérence selon lequel celui-ci n’a pas à surveiller les opérations qu’effectue son client.
Cependant cet argumentaire est battu en brèche par l’évocation des motifs d’intérêt général
pour justifier cette intrusion. Le banquier a alors le droit et le devoir de connaître l’arrière-
plan économique. Et toute attitude passive sera interprétée comme de la complaisance.

L’obligation de déclarations de soupçon

L’efficacité des services de lutte anti-blanchiment dépend, de manière vitale, de l’information


dont elle est nourrie 53 . C’est pour cette raison qu’on considère que la déclaration de soupçon
est le fondement même du système de détection des opérations de blanchiment.

Ainsi la déclaration doit survenir dès que les soupçons naissent. Elle peut ainsi concerner
aussi bien des opérations en cours d’exécution que des opérations déjà exécutées. Elle s’étend
aussi aux opérations dont l’identité du donneur d’ordre reste douteuse malgré les diligences
effectuées : c'est-à-dire les mesures de vérifications d’identité. Mais le principe reste la
déclaration à priori.

La déclaration de soupçon au Maroc doit être faite auprès des services de l’Unité. Il s’agit
d’une cellule de coordination chargée du traitement de l’information e t la lutte contre les
circuits financiers clandestins auprès de la primature 54 . Elle a pour mission première de
recueillir les déclarations faites par les personnes assujetties. Dans les faits, l’Unité recueille,
rassemble et analyse les renseignements qui lui sont adressés afin de les enrichir et de
transformer éventuellement de simples soupçons en véritables présomptions. Il transmet
ensuite tous ces éléments aux autorités judiciaires compétentes 55 . En effet, en droit marocain,

52
L’article 10 de la même loi 2004-09 énonce : « doivent faire l’objet d’un examen particulier de la part des personnes visées à l’article 5 :
tout paiement en espèces ou par titre au porteur d’une somme d’argent, effectué dans des conditions normales, dont le montant unitaire
ou total est égal ou supérieur à 50.000.000 FCFA ; toute opération portant sur une somme égale ou supérieure à 10.000.000 FCFA,
effectuée dans des conditions inhabituelles de complexité et/ou ne paraissant pas avoir de justification économique ou d’objet licite ».
53
Thiony J.F « les mécanismes de traitement de l’information financière en matière de blanchiment d’argent », Revue de droit pénal et de
criminologie, 1996
54
En droit marocain, l’article 14 de la loi 43/05 énonce qu’ « il est crée, par voie réglementaire, une unité de traitement de renseignement
financier dénommé dans la présente loi « Unité » rattachée à la primature.

55
En droit marocain c’est le procureur du Roi près le tribunal de 1 ère instance de Rabat et le juge d’instruction

21
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

l’article 18 donne les conditions de saisi des autorités judiciaires en cas d’obtention, par
l’Unité, de renseignements et de faits évidents susceptibles de constituer une infraction de
blanchiment.

Le Sénégal à l’instar d’autres pays notamment le Maroc, a intégré la même dynamique de


lutte contre le blanchiment de capitaux en adoptant la loi N° 2004-1150 du 18 août 2004
portant création de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières
(CENTIF) qui a les mêmes missions que l’Unité de renseignement au Maroc. Cependa nt à la
différence de cette dernière, la CENTIF est placée sous la tutelle du ministère chargé des
finances. La déclaration de soupçon participe, dans la lutte contre le blanchiment, par un volet
préventif lequel est assorti de sanctions. L'adoption d'une telle démarche se justifie par le
privilège accordé à la prévention comme instrument de combat des temps modernes. A cet
effet le législateur, aussi bien national que communautaire 56 , a mis sur pied un arsenal
juridique en vue de faire obstacle à l'exécutio n de ces opérations illégales. Cependant, si
malgré les barrières posées le délinquant réalise ou tente de réaliser la transaction illicite, il
doit être dénoncé par la personne assujettie. De par cette déclaration qui est susceptible de
déclencher l'action publique, des sanctions peuvent aussi en découler.

Cette notion de soupçon paraît en fait très subjective, car on n’a pas une définition et une
délimitation exacte de celle-ci en droit marocain57 . Et elle n’est d’ailleurs pas définie en droit
français. Le législateur sénégalais, quant à lui, paraît beaucoup plus précis dans ce sens 58 . Dès
lors les organismes financiers peuvent être amenés à se demander quelles opérations sont plus
que d’autres à même de les conduire à soupçonner une opération de blanchiment 59 .

L’obligation de veille interne

La mise en place d’un dispositif interne de vigilance, de détection et de surveillance, est


considérée comme participant à l’efficacité de la lutte contre le phénomène de blanchiment.

56
Pour un souci d’efficacité les pays de l’Afrique l’Ouest ont voulu uniformiser leur arsenal répressif concernant la lutte con tre le
blanchiment en se regroupant autour du GIABA qui a pour mission d’adapter les recommandations du GAFI aux législations des pays le
composant.
57
La loi marocaine ne fournit pas de liste énumérative des opérations sur lesquelles s’exerce cette déclaration de soupçon
58
L’article 26 de la loi anti-blanchiment sénégalaise énumère la liste des opérations pouvant faire l’objet de déclaration de soupçon.

59
Ezzaidi Hafid, op. cit. p. 104

22
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Elle fait partie de l’une des recommandations du GAFI que ses membres doivent insérer dans
leur législation nationale.

Le législateur marocain, dans le même souci de se conformer aux dispositifs internationaux, a


inséré dans sa législation cette obligation. Ainsi les articles 12 et 13 énumère nt les tâches qui
incombent aux personnes assujetties, parmi lesquelles :

-la centralisation des informations sur l’identité des clients, donneurs d’ordre, mandataires,
ayant droits économiques ;
-la désignation de responsables internes chargés de l’application des programmes de lutte
contre le blanchiment de capitaux ;
-la facilitation et l’accès aux documents et renseignements nécessaires à l’accomplissement
des misions des autorités de contrôle. Ainsi le secret professionnel ne pourra être opposé par
les personnes assujetties, notamment les banquiers, à l’Unité et aux autorités de supervision et
de contrôle.
En droit sénégalais, le législateur à aussi consacré cette obligation dans son article 13 en y
ajoutant un programme de formation continue pour le personnel concerné pour être plus en
conformité avec les recommandations internationaux. Cependant la conformité de ces
programmes laisse à désirer selon un rapport 60 du GIABA sur La législation sénégalaise
relative au blanchiment. Il en va de même pour le Ma roc où les autorités mettent en avant les
problèmes de moyens auxquels sont confrontés les établissements financiers.
La mise à niveau de la législation marocaine doit, dans le cas d’espèce, pour être utile et
efficace, s’accompagner d’une large campagne de formation, de sensibilisation et de mise à
niveau des différents intermédiaires qui sont à même de permettre, consciemment ou
inconsciemment, le blanchiment de capitaux. Notons, par ailleurs, que la prépondérance du
circuit informel, dans l’économie marocaine, qui représente près de la moitié des dépôts en
banques, a de quoi inquiéter 61 .

B. Les personnes assujetties aux dispositifs anti-blanchiment

60
Rapport d’évaluation mutuel du GIABA sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme au Sénégal du 7
Mai 2008

61
Mimoun CHARQI, «La lutte contre le blanchiment de capitaux au Maroc », [en ligne], Multipol, novembre 2007, lien : www.multipol.org

23
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

En droit marocain, la loi de 2007 s’adresse à l’ensemble du secteur bancaire et


financier. L’article 2 vise toutes les personnes qui, « (…) dans l’exercice de leur profession,
réalisent, contrôlent ou conseillent des opérations entrainant des mouvements de capitaux ». A
ce titre, les établissements de crédit, les banques et les sociétés holding offshore, les
compagnies financières, les entreprises d’assurance et de réassurance, les contrôleurs des
comptes, comptables externes et conseillers fiscaux, les personnes membres d’une profession
juridique lorsqu’elles participent au nom et pour le compte de leurs clients à une transaction
financières, et enfin les personnes exploitant ou gérant des casinos ou des établissements de
jeux de hasard. On peut prétendre ici que la liste des professions assujetties aux obligations
contre le blanchiment s’est progressivement allongée au fil des réformes législatives car cette
loi de 2007 a subi des modifications avec l’adoption en janvier 2011 de loi 31/10 62 relative au
renforcement des dispositifs anti- blanchiment. Aussi, en analysant le dispositif légal, nous
avons mis en évidence trois types d’obligations que sont les obligations de vigilance, de veille
interne et de déclaration d’opérations suspectes. Or, on a remarqué que toutes les professions
impliquées dans la lutte anti-blanchiment ne sont pas soumises à ces trois obligatio ns de
manière cumulative. En analysant les articles 3, 9 et 12, nous remarquons que c’est seule
l’obligation de déclaration de soupçon qui concerne toutes les professions impliquées. En
effet pour les obligations de vigilance et de veille interne, la loi ne précise pas les personnes
tenues à ses obligations, elle utilise l’expression « les personnes assujetties » au lieu de
préciser comme on l’a fait à l’article 9 concernant la déclaration de soupçon qui dispose que
« les personnes désignées à l’article 2 sont tenues de faire une déclaration de soupçon à
l’Unité ». Néanmoins, cette différence peut s’expliquer par la nature même des services
proposés par ces professionnels.
Le dispositif met donc particulièrement en contribution les professions financières notamment
les établissements de crédit. Cela paraît justifié quant on connaît leur rôle crucial pour la mise
en place d’un quelconque système destiné à blanchir des fonds mal acquis.

Pour conclure cette partie descriptive du dispositif légal anti-blanchiment, le constat premier
qui s’impose est celui d’une négation totale du secret professionnel des activités visées par la
loi. Que ce soit les banques, les marchés réglementés, les avocats, toutes ces professions ont

62
Cette loi 31/10 a modifié et complété la loi 43/05 de 2007 relative au blanchiment de capitaux, elle est publiée dans le bulletin officiel N°
5911

24
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

désormais l’obligation d’être en quelque sorte des auxiliaires de la justice en déclarant les
opérations pour lesquelles ils ont des soupçons. Certes, nous l’avons vu, la loi aborde la
question du secret de manière différente selon que l’on est face à une profession financière ou
non. Ainsi, un banquier a-t- il plus d’obligations qu’un avocat ou un agent immobilier. Ces
derniers ne sont soumis qu’à l’obligation de déclaration en cas de soupçons tandis que le
premier se doit de mettre en place un dispositif de vigilance interne en plus de son devoir de
déclaration. On impose donc à certaines professions un grand effort et on leur demande
presque de faire un travail d’investigation policière afin de détecter d’éventuelles opérations
suspectes à la fois en amont et en aval. Le culte du secret des affaires est donc complètement
occulté face à la nécessité impérieuse de lutter de manière efficace et intelligente contre les
puissantes organisations criminelles qui ont à leur disposition des mécanismes de blanchiment
de plus en plus complexes et efficaces. L’intérêt général explique donc le traitement réservé
par le législateur au « sacro-saint » principe du secret professionnel.

Nous sommes donc face à un dispositif légal qui, à priori, paraît efficace et rigoureux contre
le blanchiment de capitaux. Néanmoins, un constat d’inefficacité doit se faire en ce qui
concerne certaines professions ou bien certains schémas de blanchiment qui échappent aux
mailles du filet. Ce constat fera l’objet de notre seconde partie consacrée à pointer du doigt les
failles du système.

CHAPITRE II : LES IMPERFECTIONS ET LES LIMITES DU SYSTEME

Au regard des dispositions actuelles, le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux


a parfois du mal à se concilier avec d’autres textes législatifs destinés à protéger des libertés
individuelles. En plus du constat des contraintes de transposition de certaines normes
internationales dans les lois nationales. Quasiment tous les pays du monde ont été obligés
d’assouplir leur législation relative au secret bancaire pour des impératifs de lutte contre le
blanchiment des capitaux. C’est un système qui repose en grande partie sur les épaules du
monde bancaire. Cela paraît logique dans la mesure où cette profession, véritable point de
passage obligé, est la mieux placée pour déclencher l’a lerte à partir d’un soupçon car elle est
l’instrument incontournable pour blanchir des capitaux.
Cependant, cette profession ne saurait assumer à elle seule toutes les obligations. De par la
loi, cette mission est partagée avec d’autres professions exposées aux mêmes problèmes de
blanchiment d’argent. Mais l’étude de l’activité de ces professions a montré à quel point ces

25
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

dernières ne jouent pas le rôle que la société leur a confié. La raison profonde de cette carence
tient autant à un profond attachement au secret professionnel qu’à un manque certain
d’organisation interne. Connaître et comprendre ces carences nous permettront de mieux
appréhender une solution efficace pour remédier à ce constat. C’est pourquoi, dans un premier
temps, nous mettrons en évidence les difficultés de mise en œuvre de ce système de lutte
(section I) pour, ensuite, voir ses limites (section I).

Section 1 : Les difficultés de mise en œuvre de la législation s ur le blanchiment

Les règles édictées par les lois anti-blanchiment représentent un défi pour leur mise en
œuvre eu égard aux contraintes d’interprétation et d’application 63 . Cette mise en œuvre est
particulièrement délicate. Elle implique la mise en place d’une organisation interne et
d’obligations qui sont manifestement incompatibles avec le devoir de discrétion et qui pèsent
toutes sur la tête surtout du banquier. C’est pourquoi on note des répercussions de cette
législation anti-blanchiment dans les relations bancaires aboutissant à un délaissement de la
protection de la vie privée.

Paragraphe 1 : Les répercussions du dispositif anti-blanchime nt dans les relations


bancaires

Les banquiers sont appelés à apporter leur concours actif contre le blanchiment de capitaux
depuis la loi de 2007 sur le blanchiment au Maroc comme partout d’ailleurs. Il y a là une
évolution dans la conception de leur rôle par l’Etat, qui peut les inquiéter : elle fait du
banquier un « indicateur » obligé 64 . Ce qui ne manque pas d’influer sur les rapports entre
client et banquier d’une part et entre la banq ue et l’administration que sont les organes de
contrôle et de supervision d’autre part.

A. Dans la relation banquier- client


On assiste à une régression du droit du client à exiger de son banquier une totale et légitime
discrétion sur ses affaires. Ce droit de discrétion du banquier pour le client se traduisait de
deux façons : d’une part, par le refus du client de révéler son identité au banquier ; d’autre
part, par le droit du client de voir son banquier ne pas se mêle de ses affaires. Aujourd’hui ces
droits deviennent de plus en plus théoriques face aux exigences croissantes de lutte contre le

63
L’Economiste, « Blanchiment d’argent : les professionnels redoutent des difficultés », Édition N° 3050 du 19/06/2009.
64
Jerez Olivier, « Le blanchiment de l’argent », 2 ème Edition, 2003, p. 331

26
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

blanchiment. En effet l’article 5 de la loi de 2007 traduit les recommandations 12 et 13 du


GAFI, en disposant qu’il est fait obligation aux banques de s’assurer de l’identité de leurs
clients occasionnels, dans le cas d’opération dont la nature et le montant sont fixés par
l’Unité. L’alinéa 3 de l’article 5 va plus loin encore puisqu’il fait obligation aux organismes
financiers de se renseigner « sur l’identité véritable des personnes au bénéfice desquelles un
compte est ouvert ou une opération réalisée, lorsqu’il leur apparaît que les personnes qui
demandent l’ouverture du compte ou la réalisation de l’opération pourrait ne pas agir pour
leur propre compte ». Ainsi, au motif de lutte contre le blanchiment de l’argent « sale », tout
anonymat est désormais écarté, du moins à l’égard des banques et de l’Unité.

Il importe donc d’examiner aussi le sort réservé au principe de non- ingérence, depuis la loi
sur le blanchiment de 2007. Jusqu’à cette loi, le client avait droit à la discrétion du banquier à
son égard, et à ce que celui-ci ne se mêle pas de ces affaires. Elle a écarté ce principe de non-
ingérence du banquier à deux titres :

En premier lieu la loi oblige le banquier à effectuer, comme elle le dit, « un examen
particulier » en ce qui concerne toute opération, qui, par hypothèse, n’est pas à l’origine, pour
le banquier, d’un soupçon de blanchiment, mais qui, d’un montant supérieur à un chiffre fixé
par l’Unité, « se présente dans des conditions inhabituels de complexité et qui ne paraît pas
avoir de justification économique ou d’objet licité »65 . Cette formulation, très générale, fait
naître dans la complexité d’une opération une présomption diffuse d’opérations louches, a lors
que, pourtant, dans le monde d’aujourd’hui, la complexité fait partie de l’ordre habituel des
choses. L’ingénierie financière est experte en montages sophistiqués et néanmoins
parfaitement licites. La notion d’opération louche est aussi délicate à cer ner.

Pour arriver à détecter ces opérations dites complexes, la loi donne l’ordre au banquier de
surveiller et contrôler toutes opérations sans exception et des clients sans exception. Cela
aboutit ainsi à conduire le banquier, mandataire de ses clients, q ui lui ont accordé leur
confiance, à considérer ses clients, du moins ceux qui font des opérations importantes, comme
des suspects potentiels de blanchiment et à exercer sur eux une surveillance permanente et
quelque peu sournoise 66 , même s’il y procède avec discrétion.

65
Article 8 de la loi 43/O5 de 2007

66
Jerez Olivier ; L blanchiment de l’argent ; opcit ; p. 333

27
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Il peut arriver aussi que le banquier ne comprenne pas les termes de l’opération qu’il lui est
demandé d’effectuer. Ici la loi donne l’ordre au banquier de se renseigner auprès de son client,
l’interroger. Néanmoins, elle n’oblige pas expressément le banquier de refuser d’exécuter
l’opération même en cas de refus du client de répondre car étant dans son droit le plus strict.

La question qui se pose est de savoir si le banquier doit faire tout cela sans en informer son
client ?

Le législateur ne l’a pas expressément dit, mais vu les dispositions de la loi, il semblerait que
cette information n’est pas souhaitée. Le banquier devrait agir donc « derrière le dos du
client ». Et tout cela, lorsque la clientèle l’apprendra, ceci n’est- il pas de nature à altérer leur
confiance envers le banquier. De plus, à supposer le client non informé des agissements du
banquier, quelle sera sa réaction, lorsqu’un jour, sollicité de s’expliquer par des services
d’enquêtes, il en apprendra l’existence et ne sera peut être plus en mesure d’expliquer, preuve
à l’appui, l’opération complexe qu’il a réalisée ? Donc, afin d’éviter ces effets pervers il serait
plus judicieux de procéder à une interprétation stricte de la loi. En effet, celle-ci interdit,
certes, au banquier d’informer le client de la déclaration effectuée, mais n’interdit pas
expressément au banquier d’informer celui-ci du compte rendu écrit qu’il est en situation de
devoir rédiger, afin que le client s’explique et fournit au banquier les éclaircissements
nécessaires.

En second lieu, l’article 8 parle d’apparence licite d’une opération. En effet, une opération
peut ne pas paraître d’objet licite pour le banquier. Et dans ce cas, il lui est interdit d’apporter
son concours à telle opération sous peine de se vo ir incriminer comme complice. Pourquoi
donc le législateur a-t-il fait état d’opération qui ne paraît pas avoir d’objet licite, traduisant
mal la recommandation du GAFI qui, elle, fait état, différemment et mieux, d’opérations
n’ayant pas « de finalité économique apparente ni d’objet légal perceptible ».

En plus de cela, l’article 7 fait obligation aux banques, sous peine de sanctions, de conserver
pendant 10 ans à compter de leur exécution, « les documents relatifs aux opérations faites par
leurs clients ». Et cela concerne toutes les opérations effectuées par tous les clients sans
exceptions et sans considérations de montant. Sous cette condition restrictive, toutes les
opérations bancaires de tous les clients des banques sont donc appelées à se trouver « sous
l’œil » de l’Unité donc d’une administration 67 . Et cela peut concerner n’importe qui y compris

67
Jerez Olivier, , op. cit., p. 335

28
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

les clients honnêtes qui n’ont rien à se reprocher. Cela nous conduit à aborder, dans le même
ordre d’idées, l’évolution du contexte des rapports du banquier avec l’administration.

B. Dans la relation banquier- administration (l’Unité)


Sans bien évidemment omettre de rappeler l’obligation de déclaration à effectuer par les
banques à l’Unité, l’exposé de cette évolution conduit à traiter de l’extension de l’exerc ice du
droit de communication de l’administration (l’Unité) à l’égard des banques. C’est là la face
cachée du dispositif mis en place depuis 2007. Assurément, un tel droit de communication
existe déjà au Maroc, notamment à l’égard de Bank Al Maghreb. La lo i bancaire de 2006
investissait déjà celle-ci du contrôle du respect, par les établissements de crédit, des
dispositions légales et réglementaires afférentes à leurs activités 68 et disposait que le secret
bancaire ne pouvait lui être opposé 69 . Mais la loi investit en fait, et sans le dire en ces termes,
l’administration (en fait l’Unité) du rôle qui est normalement celui de la police judiciaire.

Si une opération, à l’origine d’une déclaration, a été effectuée, la communication des pièces
relatives à cette opération peut certainement être demandée par les agents de l’Unité. Si le
banquier a refusé d’effectuer l’opération, il n y a pas de pièces relatives à une opération faite ;
il n y a donc pas matière à communication, mais les agents de l’Unité procéderont néanmoins,
en application de l’article 15, « à recueillir tous renseignements » auprès du banquier et
l’interroger. N’est ce pas là une prérogative de police judiciaire ?

Le droit de communication de l’Unité concerne tous les documents relatifs aux opérations
faites par les banques avec tous leurs clients et leur identité. Ce droit de communication
soulève en fait plusieurs difficultés, qui sont plus de caractère pratique que juridique. La
première difficulté se fonde sur le compte rendu prévu par l’article 8 sur les opérations
importantes et complexes ; comment les agents de l’Unité connaîtront- ils son existence afin
d’en obtenir communication ? Pour cela, les agents de l’Unité pourront s’adresser d’abord
aux banques qui seront obligées de répondre si oui ou non ce compte rendu existe, ou le
connaître grâce à la complaisance de l’administration, en interrogeant le fichier fiscal des
comptes bancaires fiscaux. Cela suppose, donc, que l’Unité fait partie des services autorisés à
consulter le fichier fiscal. Ce qui nous paraît être une prérogative trop étendue pour celle-ci.

68
Article 54 de la loi bancaire de 2006

69
Article 80 de la loi bancaire de 2006

29
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Deuxième difficulté : il a été indiqué que l’Unité peut obtenir communication des documents
relatifs à l’identité des clients d’une banque et de ceux relatifs aux opérations qu’ils ont faites.
Encore faut-il ajouter que l’Unité ne peut, au sens du 1 er alinéa de l’article 21, demander cette
communication que dans le but de reconstituer l’ensemble des transactions faites par une
personne et liées à une opération ayant fait l’objet d’une déclaration ou d’examen particulier.
Autrement dit, l’Unité ne peut pas exercer sur un client (quelconque) un droit de
communication prospectif. Cependant, en général, si un des agents de l’Unité demande à la
banque des précisions sur l’identité d’un client X, il est quasiment certain que le banquier
répondra sans problème. En effet, devant ce domaine d’investigation nouveau, encore tout
neuf dans la profession bancaire, et du fait du contrôle restrictif de Bank al Maghreb, véritable
incarnation du gendarme, la banque communique en général les documents demandés, même
sans justifications précises par l’Unité 70 . Cela dit, ce droit de communication de l’Unité et des
autorités de contrôle ne peut être utilisé qu’à des fins de lutte contre le blanchiment de
l’argent provenant de la drogue et de toutes activités criminelles organisées, et ne peut donc
pas, notamment, être transmis à l’administration fiscale.

Les répercussions ainsi éludées, nous montrerons comment le dispositif anti-blanchiment met
en cause la protection de l’intérêt privé.

Paragraphe 2 : la mise à l’écart de la protection de l’inté rêt privé


Cette mise à l’écart se traduit par une primauté de l’intérêt public sur l’intérêt privé dans la
lutte anti-blanchiment qui ne manque pas d’influer sur les rapports de droit privé.

A. La primauté de l’intérêt public dans le système anti-blanchime nt

Si autrefois le banquier représentait ce « secreta auris » (l’oreille qui reçoit les secrets, les
confidents), ce confident singulier, si nécessaire, aujourd’hui l’aura qui é manait de lui a perdu
son éclat. C’est moins de son propre fait que des exigences de la société, repoussant sans
cesse le droit du client à disposer d’une discrétion totale dans ses affaires et sa vie privée 71 .
Nous l’avons vu, les prérogatives exorbitantes dont bénéficient l’Etat, l’administration ou
certains tiers, par l’exercice d’un droit de communication, constitue une véritable atteinte au

70
Jerez Olivier, op. cit., p. 337

71
Jerez Olivier, op. cit., p. 13

30
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

principe sacré de la vie privée et du droit à la confiance qui font partie des libertés
fondamentales reconnues à tous.

Le secret bancaire soulève bien des interrogations et des controverses. Soumis à l’obligation
légale et déontologique de discrétion, de confidentialité, les banques et les établissements de
crédit, tout comme d’autres professionnels, sont confrontés à l’incessante pression des tiers
auxquels ils ont à faire. Et si pour des raisons louables et légitimes le secret bancaire peut être
levé, ces professionnels restent confrontés dans chacun des actes de la vie commerciale, civile
et financière, à des demandes orales ou écrites de la part des autorités, des institutions, de
l’administration et des tiers en général. C’est d’une certaine manière même une atteinte à la
liberté de leur activité professionnelle 72 . Cette pénétration de l’Etat ou de l’administration au
cœur des relations privilégiées entre la banque et son client trouve certainement sa
justification dans la protection de l’intérêt public et la recherche d’une solution juridique et
judiciaire.

Les devoirs des établissements de crédit envers la clientè le, et partant de la protection de
l’intérêt privé, trouvent donc leur limite dans la protection d’un intérêt supérieur qui est celui
du public. En effet, deux catégories d’obligation gouvernent l’action des établissements dans
l’accomplissement des opérations de la clientèle. Certains sont orientés vers la clientèle afin
de les protéger tel le secret bancaire. Alors que d’autres, qui semblent être privilégiés par le
système anti-blanchiment, ont un objectif d’intérêt général et relèvent de l’idée de police
bancaire et qu’on définit comme l’ensemble des règles qui permettent d’assurer
l’assainissement des opérations de clientèle. Les préoccupations de police bancaire viennent
donc, selon les cas, restreindre ou aménager la portée des obligations reconnues au profit de la
clientèle donc leur vie privée 73 .

Cette restriction ne manque pas aussi d’influer sur les rapports de droit privé entre la banque
et la clientèle.

B. Conséquences des mesures anti-blanchiment sur les relations privées

Les mesures anti-blanchiment décrites plus haut ont des conséquences qui sont en quelque
sorte mécaniques sur les rapports de droit privé. Elles font obstacle à l’exécution de certains

72
ibid p. 14

73
Stouflet, op. cit., p. 315

31
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

contrats et à l’exercice de certains droits. C’est le cas du gel de certains avoirs ou de la


suspension de l’exécution d’une opération demandée par l’Unité. L’application des règles de
droit commun des contrats, conduit à remarquer qu’un rapport contractuel peut être affecté
par l’inexécution d’une obligation imposée par la législation sur le blanchiment. En effet, le
refus d’un client d’une banque à fournir des explications à des dépôts de montant excédant le
plafond légal prévu à l’article 8 de la loi sur le blanchiment, justifie la clôture sans préavis du
compte de ce client. En revanche, le non respect par un établissement de crédit des mesures de
prévention du blanchiment d’argent et plus précisément de celles concernant l’identité d’un
donneur d’ordre, ne peut être invoqué par un client ou par un tiers pour mettre en jeu la
responsabilité de la banque. Cette législation a donc pour finalité la détection de transactions
illicites et non la protection d’intérêts privés 74 .

Rappelons d’autre part que si, dans l’ensemble, les citoyens sont désarmés et impuissants
devant les demandes de certaines autorités, les professionnels, quant à eux, même si l’exercice
de leur profession les oblige à connaître et maîtriser la législation sur le blanchiment,
s’exposent à d’autres difficultés lourdes de conséquences. On a l’inflation des textes
législatifs et réglementaires d’abord qui rend l’appréhension et la compréhension plus
délicate ; puis, la massification des demandes qui est une autre difficulté 75 . Elle rend le
banquier faillible dans sa réponse, le demandeur pouvant saisir l’opportunité d’un défaut de
réponse, d’une réponse erronée pour engager la responsabilité du professionnel et obtenir
satisfaction. L’enjeu est donc de taille. Le banquier se doit de respecter le droit du client à la
discrétion qui lui est encore octroyée, si mince soit- il.

Après avoir dégagé les difficultés pouvant survenir dans l’application du dispositif anti-
blanchiment, il convient de se pencher à présent sur les limites de ce système qui ne couvre
pas tous les secteurs susceptibles de faire l’objet de transactions illicites.

Section 2 : Les limites du système


Ces limites s’expliquent par l’existence de professions peu actives dans le processus de
lutte anti-blanchiment, même si la loi les y intègre expressément et aussi l’instrumentalisation
de structures juridiques tout à fait légales aidant les blanchisseurs à protéger l’anonymat de
leurs investissements douteux.
74
Stouflet, op. cit., p. 153

75
Réquisitions judiciaire, demandes de communication des services fiscaux etc.

32
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Paragraphe 1 : Les professions peu actives

L’article 2 de la loi 43/05 donne une liste de professions qui sont toutes assujetties à
l’application de la lutte anti-blanchiment. Cependant, on a constaté que, à part le
professionnel bancaire, les autres ne sont pas très actives dans l’application des exigences de
ce dispositif anti-blanchiment. Pourtant, certaines d’entre elles, comme les marchés financiers
et gestionnaires de portefeuille, les assureurs, les agents immobiliers et les personnes
membres d’une profession juridique indépendante, présentent autant de risque de blanchiment
que le secteur bancaire. Nous en prendrons deux en guise d’exemple en tentant de comprendre
quelles sont les raisons de cette situation, plus que dommageable pour la lutte contre l’argent
sale.

A. Les assureurs

Ces professions sont soumises à une double obligation de vigilance et de déclaration depuis
un certain temps. En effet les amendements de la loi de 2007 sur le blanchiment ont élargi le
contrôle à d’autres secteurs économiques notamment toutes les compagnies d’assurances ainsi
que tous les agents, les courtiers et les intermédiaires qui travaillent avec elles.
Cependant, malgré ces obligations légales, force est de constater que ces professionnels sont
loin d’être très actifs dans la traque faite par l’Etat pour démanteler les opérations visant à
blanchir de l’argent sale. En effet, dans une interview au MarocHebdo du 19 novembre 2010,
le président de l'Unité de traitement du renseignement financier, Hassan Alaoui Abdallaoui a
déclaré avoir reçu que « 67 déclarations de soupçon faites pratiquement par les banques et
quelques sociétés de financement ». Cela en va de même pour le Sénégal où le CENTIF à
déclaré qu’entre 2005 et 2007 110 déclarations de soupçon ont été enregistrées et elles
proviennent quasi exclusivement du système bancaire 76 . Ceci témoigne donc du faible taux
de participation des autres acteurs financiers, telles les compagnies d’assurances, dans le
processus de démantèlement des réseaux de blanchiment.
Les organismes d’assurances semblent ne pas appliquer rigoureusement les obligations que la
loi leur impose. Cette situation ne paraît pas alarmer ces professionnels qui sont persuadés que
les produits qu’ils mettent en service ne peuvent être l’instrument d’un quelconque

76
GIABA, Rapport d’évaluation mutuelle sur la lutte anti-blanchiment et le financement du terrorisme, Sénégal, 7 Mai 2009

33
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

blanchiment. En effet, il a été mis en évidence l’utilisation de l’assurance-vie aux fins de


blanchiment 77 .
Les assurances sont donc susceptibles d’être instrumentalisées dans le cadre d’une opération
de blanchiment. Il est donc primordial que ces professionnels prennent conscience du rôle
qu’ils devraient jouer. En se conformant scrupuleusement aux obligations posées par le
dispositif anti-blanchiment, la situation ne pourrait que s’améliorer. En outre, cette profession
est moins attachée à une obligation de discrétion absolue. Certes, une discrétion liée à leur
relation d’affaires avec le client est nécessaire, mais tout comme le secret bancaire, le secret
de l’assureur doit se plier à l’intérêt général.

B. Les agents immobiliers


Les agents immobiliers sont eux aussi un maillon important dans une opération de
blanchiment. Un des secteurs les plus favorables au placement des fonds à blanchir est
vraisemblablement celui de l’immobilier. Ce secteur, qui a connu une très forte croissance
présente de grandes capacités d’absorption de l’argent liquide due notamment à l’absence de
dispositifs rigoureux de contrôle et à la prépondérance de pratiques douteuses. Selon le
baromètre de la corruption de 2009, l’immobilier est l’un des secteurs d’activité où la
corruption est très répandue.
La non-traçabilité des transactions immobilières, conjuguée à la fragilité et la défaillance du
cadre légal régissant ce secteur, incite les blanchisseurs à investir des sommes énormes dans
des projets immobiliers de grande envergure contribuant ainsi à la flambée des prix de
l’immobilier. D’autres dysfonctionnements inhérents à la réglementation des activités
relatives à ce secteur favorisent l’intégration des fonds d’origine douteuse. Il s’agit
notamment de l’absence d’un cadre législatif régissant les professions de promoteur et d’agent
immobilier.
La pratique du « noir », montant versé et non déclaré pour l’acquisition d’un logement,
participe à l’anarchie qui règne dans ce secteur. En effet, le « noir » constitue de fait une
évasion fiscale et un manque à gagner en recettes dans le budget de l’Etat 78 . Cette profession
ne semble donc pas respecter rigoureusement toute la législation sur le blanchiment.

77
Marochebdo, interview avec le président de l'Unité de traitement du renseignement financier, Hassan Alaoui Abdallaoui, le 19 novembre
2011

78
Transparency Maroc, rapport n° 10 Février 2011, source : www.transparencymaroc. ma

34
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Une plus grande sensibilisation de ces professionnels semble donc nécessaire. Il faut
entreprendre une sorte de travail pédagogique pour mettre en lumière à quel point ce secteur
est prisé par les blanchisseurs. De simples réflexes face à un certain type d’opération seraient
utiles et suffisants. En effet, on peut aisément dresser une liste sommaire de quelques
opérations qui doivent entraîner obligatoirement un doute :

demande faite à un agent immobilier d’établir le compromis de vente sous


seing privé ;
demande de confidentialité de la transaction ;
intervention de sociétés étrangères à la transaction.
Ce sont autant d’indices qui devraient amener le professionnel à faire une déclaration de
soupçon auprès de la cellule de renseignement concernée.

Paragraphe 2 : Les mécanis mes juridiques utilisant le secret bancaire pour facilite r le
blanchiment

La passiveté de certaines professions dans l’application du dispositif anti-blanchiment n’est


pas le seul aspect qui soulève la problématique du secret professionnel. Il existe en effet des
cas de figure où les blanchisseurs instrumentalisent des structures juridiques tout à fait légales
en tant que telles, mais qui ont pour eux le grand avantage de protéger l’anonymat de ces
investisseurs douteux. Il s’agit donc d’outils juridiques on ne peut plus intéressants pour ces
derniers. Ils se servent du fait que les professionnels n’ont cette fois-ci pas les moyens
matériels de déceler la fraude. C’est pourquoi nous allons nous attacher à mettre en lumière
quelques-unes de ces structures qui posent problème.

A. Les instruments financiers anonymes

Il s’agit encore ici de produits qui utilisent l’anonymat pour blanchir des capitaux d’origine
illicite. Nous l’avons déjà envisagé, le point clef d’un mécanisme de blanchiment est
l’utilisation d’un instrument qui empêche l’identification de l’ayant droit économique. Dans
son rapport sur les typologies du blanchiment de capitaux 2001-2002, le GAFI a porté une
intention tout à fait particulière aux valeurs mobilières au porteur et autres instruments
négociables. Le GAFI met en évidence le fait que les titres aux porteurs que l’on peut se
procurer sur certaines places peuvent être d’une grande utilité pour les réseaux internationaux
de blanchiment de capitaux.

35
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

On peut citer, à titre d’exemple les valeurs mobilières au porteur qui se composent
d’obligations au porteur, de certificats d’actions au porteur appelés « actions au porteur ».
Comme dans le cas des titres nominatifs, ces deux instruments sont émis par une société dans
l’objectif de lever des capitaux. Néanmoins, la méthode de transfert est différente des titres
nominatifs. Lorsque les titres nominatifs sont transférés à un nouveau propriétaire, le nom de
ce dernier doit être enregistré pour que le transfert soit valable. Quand il s’agit de titres de
valeurs mobilières au porteur, comme il n’y a pas de registre des titres, le transfert a lieu par
la remise physique du titre obligataire ou de certificat d’actions. Et dans ces dernières, il est
beaucoup plus difficile de savoir qui possède les certificats au porteur et par conséquent qui a
le contrôle de l’entreprise. Or, ce sont justement ces difficultés d’identification des actions au
porteur qui sont utilisées par les blanchisseurs pour dissimuler les propriétaires effectifs des
entités intervenant dans des réseaux de blanchiment de capitaux.

Le rapport du GAFI précise néanmoins que de nombreux pays membres de l’organisme ont
abandonné l’utilisation de ces valeurs mobilières au porteur et les entreprises ne peuvent plus
les émettre. Néanmoins, d’autres pays membres du GAFI autorisent l’émission d’actions au
porteur et soutiennent qu’elles ont des fonctions légitimes, car elles facilitent l’achat et la
vente par le biais d’écriture comptable 79 .

Il ya aussi l’exemple de la lettre de change qui est considéré par le GAFI comme étant
susceptible de faire l’objet de blanchiment au côté des instruments au porteur, même s’il
précise qu’elle ne font pas partie de la catégorie des instruments au porteur.

B. Les sociétés opaques

Ce sont des sociétés qui de par leur structure même, sont particulièrement vulnérables face au
blanchiment. Parmi ces sociétés on peut citer les sociétés d’affaires internationales (SAI) qui
est un mécanisme à caractère international.

Les SAI sont au cœur du problème de blanchiment de capitaux. Comme pour les SCI
(sociétés civiles immobilières) en France, les filières de blanchiment font appel à ce type
d’entité pour cacher l’identité du propriétaire des avoirs. L’intérêt d’une société en général est
de constituer une entité juridique ou une p ersonne morale afin de permettre à des personnes
physiques de faire des affaires sans pour autant risquer leurs biens propres. Il s’agit en fait du

79
FERJAULT Elodie, , op. cit., p. 43

36
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

principe de responsabilité limitée. La constitution permet ainsi de séparer la propriété de la


gestion.

Dans les grands pays ou territoire pratiquant le libre commerce, les sociétés sont tenues par la
loi de réunir leur conseil d’administration régulièrement, de tenir une comptabilité ainsi que
les archives de la société. La société est tenue d’être représentée par un agent partout où elle
traite des affaires. Tout manquement à ces principes met fin à la protection légale de la
société. Il s’agit donc d’une sorte d’échange de bons procédés entre la société et l’Etat qui
l’accueille.

A l’inverse, dans la plupart des pays où opèrent les SAI, ces dernières n’ont à répondre à
aucune prescription des pouvoirs publics. A condition qu’elles ne fassent pas d’affaires dans
le pays ou territoire qui l’abrite, la SAI peut taire l’identité de ses propriétaires et être
dispensée d’impôts. Dans de nombreux pays, elle n’est même pas tenue à des obligations
comptables. Ces quelques traits font que les SAI sont d’usage courant pour le blanchiment de
fonds car elles établissent une couche protectrice impénétrable autour de l’ident ité réelle des
propriétaires des actifs. Elles jouent ainsi un rôle crucial dès qu’il s’agit de cacher l’origine et
la destination de marchandises faisant l’objet d’un commerce international, de contourner les
lois sur les ventes d’armes par exemple et d’échapper à l’impôt.

On se trouve, dans le cas présent, face à une typologie juridique où la problématique du secret
professionnel, et donc de son traitement par la loi, ne se pose même pas. Néanmoins, il ne
serait pas juste pour autant d’affirmer que les dispositifs législatifs de lutte anti-blanchiment
ne sont d’aucune utilité face à ce type de structure. En effet, les obligations de vigilance
imposées aux organismes financiers, et que nous avons exposé précédemment, se sont
révélées d’une efficacité certaine.

Ces types de sociétés sont donc des vecteurs importants de blanchiment. Néanmoins, il
semble que les dispositifs législatifs ne soient pas tout à fait impuissants. Au fur et à mesure
que les mentalités professionnelles évoluent et vont vers une plus grande prudence et
diligence, ces véhicules juridiques deviendront caducs ou sans intérêt.

Le secret professionnel est donc une question cruciale du traitement du blanchiment d’argent
sale. Au Maroc, comme dans beaucoup d’autres pays, le parti a été pris de mettre en avant
cette lutte au sacrifice d’une confidentialité d’affaire. Le dispositif légal met donc au cœur du

37
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

système de lutte les professionnels qui sont susceptibles d’être au courant d’une opération de
blanchiment. L’outil théorique semble extrêmement bien adapté et il a su évoluer avec le
temps. Néanmoins, force est de constater que la réalité ne rencontre pas toujours la théorie.
Les problèmes existent, qu’ils soient d’ordre pratique ou théorique. C’est pourquoi il paraît
intéressant de voir si de nouvelles perspectives peuvent éventuellement s’offrir à la question
du secret professionnel au regard des événements récents dans le monde financier ou
juridique.

38
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

PARTIE II : VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DU TRAITEMENT DE LA


LUTTE CONTRE LE BLANCHIMENT DE CAPITAUX ET DU SECRET BANCAIRE

Le secret bancaire est devenu, au fil des ans, un pilier essentiel pour la compétitivité de la
place financière de certains pays. C’est notamment le cas de la Suisse. Cependant, la question
du secret renforcé, inscrite durablement à l’agenda international, fait l’objet de critiques et
pressions considérables. Il s’est avéré aussi que les pays arabes, notamment le Maroc, n’ont
pas pu jouir d’un secteur bancaire solide et crédible sans un tel régime de discrétion 80 .
Rappelons, toutefois, que le secret bancaire, important pour la prospérité des places
financières, ne peut pas être défendu s’il est source de crimes et d’abus.
Ainsi ce secret, qui suscite beaucoup d’interrogations, soulève également les questions et les
défis suivants :
- Peut-on effectivement et toujours vivre sous le sceau d’un régime de discrétion
bancaire absolu, alors que le monde se transforme, par la mondialisation, en un « petit
village » où les représentants des divers pays peuvent aisément communiquer et
collaborer, où l’identité des personnalités les plus riches au monde est divulguée et
diffusée dans les médias, où le contrôle des autorités administratives sur les
établissements de crédit, et le contrôle exercé sur les clients, ainsi que la coopération
interne entre les diverses autorités financières et la coopération internationale
augmentent de plus en plus ?
- Les pays peuvent- ils renforcer les investissements et les dépôts bancaires sans adopter
des systèmes de discrétion bancaire efficaces ?
- Quelle étendue et quelle interprétation doit-on adopter pour donner à l’application de
la loi la meilleure orientation ?
- Comment préserver le secret bancaire et maintenir en même temps un contrôle
efficace des activités bancaires ?
- Si, pour éviter les inconvénients du système de secret bancaire, on décidait de l’abolir,
cette suppression serait-elle plus avantageuse pour l’intérêt général que pour son
maintien ? Quelles seraient les conséquences d’une abolition du secret bancaire dans
les pays qui l’adoptent ? Faut- il renoncer à cette institution et abandonner de la sorte
tous ses avantages et bénéfices ?

80
Morcos. Paul. G, « Le secret bancaire face à ses défis », Edition SADER, 2008, p. 453

39
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Ces questions nous amènent à envisager des propositions qui mèneront à l’émergence
d’un secret bancaire délimité, rationalisé et durable 81 (Chapitre I), mais aussi à démontrer
l’importance d’autres moyens de lutte anti-blanchiment (Chapitre) aussi efficaces que la
solution de l’abolition du secret bancaire.

CHAPITRE I : VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DU SECRET BANCAIRE

Cette nouvelle approche passe forcément par une redéfinition et une délimitation du secret
bancaire qui se traduit par des modifications aussi bien dans la loi anti-blanchiment que dans
le principe de secret. Elle passe aussi par une nécessité de maintenir la confiance dans les
banques

Section 1 : redéfinition et délimitation du secret bancaire

Nous étudierons en premier lieu les conséquences de l’abolition du secret bancaire


(paragraphe 1) avant de proposer des modifications concernant la loi sur le secret bancaire et
celle sur la lutte contre le blanchiment de capitaux (paragraphe 2)

Paragraphe 1 : les conséquences de l’abolition du secret bancaire


L’abolition du secret bancaire engendrerait des conséquences néfastes sur la place
financière. En effet, étant considéré comme l’un des meilleurs atouts du secteur financier, sa
disparition compromettrait sans doute la confiance que les banques inspirent à l’égard des
usagers. On relève que « les réactions psychologiques qu’entraîneraient une suppression du
secret bancaire se traduiront à l’évidence par des réactions psychologiques entraînant un
recours moins fréquent à la monnaie scripturale et une thésaurisation accidentelle… ». Se
libérer donc brusquement du secret bancaire constitue « un facteur important de déséquilibre,
à l’égard duquel la politique monétaire sera pendant quelques temps dépourvue de
moyens »82 .
Le secret bancaire est une nécessité mais pas à tout prix. Il s’agit donc de découvrir les
moyens de survie du secret bancaire face aux difficultés susmentionnées, et de défendre sa
permanence, puisque la suppression du secret aurait des réperc ussions sur l’économie du pays
qui l’applique et sur la vie privée de chacun. Le secret bancaire, aussi légitime que le secret

81
Morcos. Paul. G, , op. ci.t, p. 454

82
Henrion Robert, « Le secret professionnel du banquier », Univ. Libre de Bruxelles, Institut de sociologie, Bruxelles, 1963, p. 109, cité par
Morcos Paul G., op. cit., p.456

40
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

professionnel de l’avocat et du médecin, mérite de survivre 83 . La protection de la vie privée et


la prospérité économique qui résultent du secret bancaire sont à l’origine de l’attachement de
bons nombres de pays à ce régime 84 .
Supprimer le secret bancaire dans les pays qui l’adoptent provoquerait une crise bancaire,
sans même servir la cause de la prévention des abus en général et de la lutte contre le
blanchiment en particulier. En effet, même si on supprimait le régime du secret bancaire, ces
problèmes existeraient toujours.
Pour donner l’exemple de la Suisse, la disparition de ce régime entraînerait une perte
d’attractivité, une fuite de capitaux et donc une chute des actifs détenus par le secteur de la
gestion. Le même scénario peut être également valable dans nos pays respectifs.
Avec la récession économique mondiale qui sévit actuellement, l’abolition du secret bancaire
aurait des répercussions négatives sur le secteur bancaire, donc sur toute l’économie des pays
qui l’adoptent.
Vu tous les méfaits que peuvent causer sa disparition, le secret bancaire mérite de survivre. Il
s’agit donc d’avancer les modifications législatives nécessaires à sa permanence, en vue de
lutter contre les crimes et les abus qu’il peut engendrer.

Paragraphe 2 : Les modifications à apporter

Ces modifications sont valables aussi bien dans le principe de secret bancaire que dans la loi
portant sur le blanchiment de capitaux.

A. Proposition de modification des dispositions sur le secret bancaire


Quelques modifications devraient être apportées sur la consécration du principe de secret
bancaire, mais il faut garder en tête aussi l’importance du principe de la stabilité de la
législation et de la confiance qu’elle inspire au public. Sinon, si les régimes de secret établis
dans les divers pays concernés subissaient à chaque fois des modifications sous le prétexte de
l’évolution législative, le climat de confiance dans le secteur bancaire, voire la stabilité de
l’ensemble de l’activité économique seraient menacés 85 .
En ce qui concerne le Maroc, les dispositions sur le secret bancaire paraissent vagues et peu
explicites. Elles sont intégrées dans la loi bancaire et ne constituent que deux articles qui
83
Morcos. Paul. G, op. cit., p. 456
84
On peut citer la Suisse et le Luxembourg qui sont très attachés au princ ipe de secret bancaire

85
Morcos. Paul. G, op. cit., p. 464

41
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

renvoient à l’article 446 du Code pénal en cas de violation. Cela en va de même pour les
dispositions sénégalaises concernant ce secret, qui nous servaient de comparaison tout au long
de nos développements.
Donc pour ne pas nuire au secret de la vie privée, la revue de ces dispositions, en les rendant
beaucoup plus explicites et détaillées, à l’instar d’autres pays qui en ont fait une loi 86 , ne serait
pas de trop. Bien au contraire elle contribuera plutôt à délimiter ce principe et éviter les abus.
Une autre proposition qui nous paraît importante c’est la limitation de l’opposabilité du secret
bancaire face aux pouvoirs judiciaires, dans le cadre de l’aide du banquier à la justice et à la
coopération pénale internationale. En effet, pour sa survie, le secret bancaire ne doit pas
constituer une entrave à la bonne marche de la justice, qu’elle soit nationale ou internationale.
Toujours dans les propositions à apportées, l’autorité judiciaire compétente devrait être la
seule à jouir du pouvoir de dévoiler les confidences qui cache ces abus. Cette autorité doit
pouvoir, à elle seule, vérifier efficacement les soupçons et en apprécier le sérieux et la
gravité 87 .
L’étendue des modifications proposées doit cependant rester circonscrite et conditionnée par
la stricte nécessité du bon fonctionnement de la justice, en sauvegardant les finalités du secret,
c'est-à-dire une marge suffisante de protection de la sphère privée de la clientèle bancaire.
Ainsi, pour lever le secret bancaire, un commencement de preuve préalable devrait être
requis. Des présomptions graves, précises et concordantes devraient avoir été préalablement
réunies 88 . Ces modifications sont nécessaires aussi sur la loi anti-blanchiment pour plus
d’équité et de justice dans les pays concernés notamment le Maroc et aussi le Sénégal qui
nous servait de comparaison.

B. Proposition de modification de la loi anti-blanchiment


La loi marocaine sur la lutte contre le blanchiment de capitaux a été adoptée en 2007 à la suite
des pressions internationales dues au retard accusé par le Maroc dans l’adoption d’une telle
loi par rapport à des pays de « niveau de développement comparable »89 . Au Sénégal cette loi
a été adoptée plutôt, (en 2004), pour être en conformité avec les dispositions du GIABA dont

86
On peut citer les pays comme le Liban, le Luxembourg et la Suisse
87
On fait référence ici à l’Unité de traitement des renseignements financiers créé dans ce sens
88
Morcos. Paul. G, , op. cit., p. 465

89
Le professeur Hassan Bougantouche dans une interview accordée le 17/03/2008 à MarocHebdo ; cité par Hafid Ezzaidi, , op. cit., p. 67

42
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

il est membre, et partant, répondre aux exigences internationales dans ce sens. La pratique
nécessite cependant d’apporter quelques modifications à cette loi afin d’optimiser le
fonctionnement du processus de lutte contre le blanchiment de capitaux, notamment en vue de
préserver le secret bancaire.
Le législateur marocain, à l’instar des autres législateurs membres du GAFI, particulièrement
celui sénégalais, s’inspire de la définition du phénomène de blanchiment donnée par la
Convention de Vienne. Ce dernier se caractérise par la succession de trois phases, que sont le
placement, l’empilement et l’intégration telles qu’elles sont mises en évidence par le GAFI. Il
semble, toutefois, que la définition donnée par le législateur marocain du blanchiment ne
retient que les deux premières étapes de ce processus 90 . Quant à la troisième phase,
l’intégration, qui consiste à réintégrer les biens blanchis dans l’économie licite elle n’est pas
visée par le texte. Nous pouvons soutenir, par la même occasion, que le législat eur n’apporte
pas de précisions sur les critères exactes qui permettraient de distinguer les notions de
placement, de conversion et de dissimulation 91 .
A la lumière de ce qui précède, quelques modifications sont donc nécessaires pour une
meilleure définition du concept de blanchiment. Par exemple il faut spécifier le moment où un
vol devient un délit de blanchiment de capitaux : suffit- il seulement de déposer l’argent du
crime dans la banque pour dire qu’il y a eu blanchiment ?
Dans l’état actuel de la loi, un client qui a commis le délit de vol et qui a simplement déposé
l’argent du crime dans la banque sans avoir l’intention de blanchir cet argent, pourrait être
accusé de blanchiment de capitaux. De telles accusations mal fondées pourraient d’avantage
augmenter la violation du secret bancaire.
Préciser comment réparer les dommages causés au client soumis à des obligations
contractuelles s’avère important pour plus de justice envers celui-ci. En effet, étant donné
qu’il ne peut pas avoir recours contre l’Unité de renseignements financiers ni contre la
banque, même si les accusations étaient jugées non fondées, en vertu des articles 25 et 26 de
la loi anti-blanchiment, une réparation des préjudices subis par le client ne fera qu’augmenter
la légitimité de cette loi et la rendre plus acceptable.

90
Le texte vise expressément le blanchiment ; c'est-à-dire le fait de se débarrasser matériellement d’importantes s ommes en numéraire. La
phase d’empilage, qui consiste à couper le lien existant entre les biens et l’infraction d’origine par un système complexe de transactions
financières successives.

91
Hafid Ezzaidi, op. cit., p. 72

43
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Pour cela, une solution réaliste et pertinente nous vient à l’esprit pour dédommager les
personnes dont les comptes sont injustement gelés. Ainsi, en vertu de l’article 19 de la loi
anti-blanchiment, les biens dont il est prouvé qu’ils ont été acquis par des moyens de
blanchiment de capitaux, seront confisqués au profit de l’Etat. Ne serait- il donc pas judicieux
de déposer ces sommes dans un compte spécial et qu’elles servent au dédommagement ?
En plus des propositions susmentionnées, nous pensons que renforcer le contrôle interne
auquel les banques sont soumises, sans toutefois menacer l’esprit du régime du secret
bancaire si profitable à l’économie des pays concernés, ou nuire au principe même de
discrétion, contribuera sans doute à contenir les abus et les activités criminelles organisées 92 .
Ces solutions nécessiteront également une sorte de garantie de bonne application qui tient
compte de l’importance du secret bancaire.
Ceci dit, nous allons passer à un autre aspect très important de cette nouvelle approche du
secret qui est la nécessité de maintenir de la confiance dans les banques.

Section 2 : Le maintien de la confiance dans les banques

Si l’on a recours à des notions telles que le service public, l’investiture pub lique et l’intérêt
général pour décrire l’activité de la banque, c’est pour mettre en relief la confiance que doit
inspirer cette activité au public. En effet, la confiance n’existe que si les clients comptent sur
la discrétion de la banque 93 . Ainsi la protection de la confiance dans la banque constitue une
finalité évidente. Et cette protection ne peut se faire sans le maintien des dispositions
imposées au banquier distributeur de crédit par rapport à leur client.

Paragraphe 1 : l’importance de la protection de la confiance dans les banques

L’importance de cette protection se traduit par les sources de cette confiance et aussi par le
caractère de service public que représente l’activité bancaire.

A. Les sources de la confiance dans les banques

Les banques se sont imposé pour ligne de conduite une parfaite discrétion, gage de cette
confiance essentielle à la pratique de la profession. Cette discrétion a été, avant tout, affaire de
traditions, de qualités personnelles et de conscience avant d’intéresser le droit.

92
Morcos Paul G, , op. cit., p. 474

93
Ibid, p. 483

44
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Ainsi, dans le Code d’ Hammourabi 94 , considéré comme le premier document législatif de la


banque, on n’y trouve pas de définition détaillée du métier de banquier, mais cette confiance
que doit inspirer la banque aux usagers y est bien mentionnée.
Il est donc évident que la nature de cette activité requérait beaucoup de confiance qui incitait
les usagers à se fier au banquier. Crédit et confiance sont d’ailleurs deux notions intimement
liées. Le terme « crédit » découle de la racine latine credium de credere « croire » ; il signifie
la confiance qu’inspire quelqu’un ou quelque chose 95 .
Pour que les établissements de crédit puissent assumer leur tâche, il faut qu’ils aient la
confiance de leurs clients et cela suppose qu’ils soient en mesure de leur assurer la discrétion
souhaitée. A titre d’exemple, cet adage illustre bien ce lien étroit qui existe entre les notions
de confiance et de discrétion « il n y a pas de société sans justice, de justice sans défense, de
défense sans confiance, de confiance sans secret »96 .
Lorsqu’un client fournit des informations à son banquier, cela se passe dans le cadre de la
relation de confiance qui existe entre eux. Ces informations financières comptent parmi les
aspects les plus intimes de la vie privée. Les clients attendent dès lors que le banquier fasse
preuve de discrétion. Cette relation de confiance constitue donc la principale clef de voûte de
l’activité bancaire. C’est pourquoi, dit-on, une certaine forme de secret bancaire a toujours
existé partout où il y a eu des banques sérieuses et pas seulement là où se trouve un régime
juridique de secret bancaire 97 . Ceci pousse à se demander si la règle de droit est un outil
efficace dans le domaine de la discrétion.

B. La banque, un service privé d’intérêt public

Le banquier est investi d’une mission de service public que l’on retrouve à travers ses
fonctions, en l’occurrence la collecte de l’épargne publique, l’octroi de crédit, et
l’intermédiation dans les opérations de recouvrement et paiement. Par conséquent, le non
respect de l’exécution de ses opérations entraine la responsabilité du banquier. Le caractère

94
Le Code d'Hammourabi (vers 1750 av. J.-C.) est l'un des plus anciens textes de loi qui nous soit parvenu, le premier quasiment complet.
Texte babylonien non religieux mais présenté comme d'i nspiration divine réalisé sous l'a utorité d'Hammourabi, il prolonge en matière
juridique l'œuvre militaire et politique du fondateur de l'empire. Les différents « articles » du Code d'Hammourabi, fixent différentes règles
de la vie courante. Les lois qui y sont rassemblées touchent aux apports qui unissent les groupes sociaux, telle que la vie économique. Elles
ont toujours trait à des situations très précises concernant les vols, les prêts, les honoraires, les contrats etc.
95
Dictionnaire encyclopédique, Larousse, 2000, p. 403
96
Cet adage a été proclamé le 14 avril 1947 par le conseil de l’ordre du barreau de Bruxelles

97
Morcos Paul G. ;, op. cit., p. 478

45
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

privé de l’activité bancaire se trouve ainsi atténué en plus du fait d’un recours de plus en plus
forcé à ses services.

C’est dans le domaine de l’octroi du crédit que la jurisprudence, notamment française, a


invoqué le plus cette notion de service public pour augmenter la responsabilité du banquier.
Cette dernière à été utilisée pour mettre en évidence l’importance et la gravité des décisions
prises par le banquier et qui pourraient avoir de lourdes conséquences. Les tiers voient dans ce
crédit un cautionnement moral de la part du banquier qui les encourage à traiter avec lui 98 .

L’obligation de secret bancaire ne s’impose donc pas seulement dans l’intérêt privé du client
de la banque, mais concerne toute la société. Le banquier exerce une activité d’ordre social.
La fonction bancaire va donc de paire avec sa soumission au secret car influant beaucoup sur
sa crédibilité. De plus, la notion « d’investiture publique » a été maintenue, dans certains
pays, comme critère pour la répression pénale de la violation du secret bancaire. On évoque
cette notion en France avec la notion de « confident nécessaire » pour soumettre le banquier
au secret. En Suisse aussi la protection du secret bancaire est d’ordre public 99 . Ceci dit, il est
nécessaire d’explorer les règles que doivent respecter les banquiers pour le maintien de cette
confiance.

Paragraphe 2 : La nécessité de maintenir les dispositions imposées au banquier


distributeur de crédit

La fonction du banquier, en s’apparentant à un service public, en comportant des confidences


dignes d’être protégées et en ayant le caractère d’un intermédiaire presque obligé, s’appuie
quasi essentiellement sur la confiance qu’elle inspire au public. Cette confiance, dit-on, essor
de toute activité bancaire, ne peut être conçue que si le banquier est contraint de garder
secrètes les confidences de ses clients et à engager sa responsabilité en cas de préjudice causé
à ces derniers.

A. L’importance de maintenir cette obligation de secret

Le fondement de la garantie de la confiance dans les banques se trouve dans la tradition de


l’activité de la banque. Ce fondement se trouve aussi dans le fait social selon lequel le recours

98
Morcos Paul G., , op. cit., p. 482

99
Ibid

46
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

à la banque s’anéantirait si on croyait que la probité, la droiture et l’intégrité des banquiers


pouvaient être mises en question 100 . Le dommage qu’engendre une telle situation ne se
limiterait pas seulement aux intérêts des banques, mais il les dépasserait pour toucher toute la
société. En effet, toute détérioration du rapport de confiance entre la banque et les autorités
publiques et entre la banque et les usagers conduirait à un dommage économique grave. Pour
garantir cette confiance, la préservation du principe de secret bancaire reste donc de mis e.

La crédibilité est le trait essentiel du métier de banquier. Le banquier doit être digne de
confiance. A défaut de cette qualité, nul ne déposerait sa fortune à la banque. Pourquoi le
banquier devrait-il donc négliger ce principe de secret qui est une valeur si précieuse et qui lui
est attribuée depuis des siècles ?

B. La responsabilité du banquier distributeur de crédit


La responsabilité du banquier distributeur de crédit se fondait esse ntiellement sur le droit
commun étant donné que le Dahir des Obligations et des Contrats (DOC), organise le contrat
de prêt et contient des dispositions relatives aux taux d’intérêt. Mais il ne réglementait pas
entièrement ce volet du droit laissant ainsi subsisté un vide juridique qui ne sera comblé que
par l’adoption du code de commerce de 1996 et par la promulgation de la loi bancaire de
2006. Cette dernière traite de façon assez complète la question du crédit et les relations entre
le banquier et son client en matière de crédit. L’analyse de la responsabilité du banquier
s’apprécie à travers le refus d’octroie du crédit à l’égard des tiers. Cette responsabilité se
fonde sur les mêmes références juridiques et sur la même notion de service public rattachée à
l’activité bancaire.

La doctrine estime que le banquier a suffisamment de moyens pour apprécier la solvabilité de


son client, pour qu’il ne soit pas responsable de son surendettement ou encore pour savoir si
un crédit accordé peut porter préjudice à un tiers. Le banquier, en refusant un crédit ou en
refusant de continuer à accorder un crédit, et en interrompant sa relation avec son client, peut
porter préjudice également au tiers. Ce qui, normalement, donne droit à ces derniers de le
poursuivre 101 . Cette responsabilité doit donc être maintenue pour préserver les droits des
clients et partant la diligence du banquier sur les affaires de ses clients.

100
Morcos Paul G, , op. cit., p. 486

101
Cf. Larbi Ben hotman, Cours de droit bancaire, année universitaire 2010/2011

47
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Cette nouvelle approche du traitement du secret bancaire et de la lutte anti-blanchiment passe


aussi par une plus grande coopération.

CHAPITRE II : L’IMPORTANCE DE LA COOPERATION DANS LA LUTTE ANTI-


BLANCHIMENT

La suppression du principe de secret bancaire, prônée par certains, ne semble pas être la
seule solution pour éradiquer le phénomène de blanchiment de capitaux. Certes, sa limitation
paraît fondamentale pour plus d’efficacité dans cette lutte, mais il existe d’autres aspects non
moins importants qui constituent aussi un passage obligé dans cette lutte anti-blanchiment. On
peut prendre l’exemple de la coopération entre les Etats et entre les acteurs concernés qui
constitue un élément non négligeable pour plus d’efficacité. En effet, pour plus de
transparence dans les mouvements de capitaux, une coopération renforcée entre les acteurs
financiers serait fondamentale voire primordiale. Ceci, pour dire que le secret bancaire n’est
pas la seule entrave à la lutte anti-blanchiment, les autorités doivent ratisser large en mettant
dans leur ligne de tir d’autres aspects comme cette coopération qui est, on ne peut plus
importante dans cette lutte. Ainsi, cette dernière peut prendre diverses formes ; elle peut être
formelle ou informelle, bilatérale ou multilatérale. Elle est à la base de la création
d’organismes de nature policière ou judiciaire à vocation internationale et auxquels sont
attribués certains nombres de compétence 102 . Les cas de collaboration se sont développés au
niveau international (section 1) mais aussi régional (section 2).

Section 1 : La coopération au niveau international

Pour lutter contre le blanchiment de capitaux qui est un fléau dont le vecteur principal reste
les banques extraterritoriales, nous considérons qu’une étroite coopération internationale est
plus que nécessaire. Cette dernière passe par l’entraide judiciaire (paragraphe 2) qui en
constitue un élément clef, et aussi par le biais de la collaboration policière (paragraphe 1).

Paragraphe 1 : La collaboration policière internationale

La lutte contre le blanchiment ne peut être fructueuse que s’il existe une collaboration ou
entraide policière entre les Etats. L’entraide policière avait eu au début une allure de co ntact
direct, notamment entre les polices de pays limitrophes. Elle est devenue ensuite plus
102
C’et le cas d’INTERPOL qui est une organisation internationale de police criminelle créée au début des années « 20 ». Elle regroupe
aujourd’hui près de 180 pays et son siège est installé à Lyon.

48
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

organisée lorsqu’un certain nombre de conventions a été adopté. Celles-ci ont permis de créer,
dans divers pays adhérents, « d’offices centraux » chargés d’étudier les techniques
délictueuses des malfaiteurs, de centraliser tous renseignements utiles et de les diffuser aux
autres pays. Ces conventions sont relatives à la lutte contre le faux monnayage (convention de
1929), le trafic de stupéfiant (convention de 1936) ou la traite des Etres humains et
l’exploitation de la prostitution (convention de 1910 et de 1949).
La coopération policière est ensuite devenue très poussée et a été élargie pour toutes les
formes de délinquances internationales grâce à la commission internationale de police
criminelle, devenue en 1956 l’organisation de police criminelle ou INTERPOL.
Interpol, crée en 1923, est impliqué dans la lutte contre le blanchiment de capitaux,
notamment avec l’avènement des conventions des Nations Unies 103 et la déclaration de Bâle
du 12 décembre 1988.
Interpol possède des fichiers extrêmement détaillés sur les délinquants internationaux, une
bibliothèque et un réseau radioélectrique permettant une diffusion ultra rapide des
renseignements. Grâce à son organisatio n, Interpol apporte une aide efficace aux polices
nationales et il intervient à un stade préparatoire pour faciliter la mise en œuvre des
procédures d’extradition. Cependant son rôle ne se borne qu’à cela car il n’est pas une police
internationale dont les membres seraient habilités à exécuter des actes de polices judiciaires
sur le territoire des pays adhérents dans l’organisation. Interpol intervient surtout dans le
domaine de l’échange de renseignements. Son existence n’empêche donc pas les
communications directes entre les polices nationales pour échanger des renseignements ou
pour la recherche de preuves à l’étranger.
S’agissant de la recherche de preuves à l’étranger, elle s’effectue sur la base de certaines
conventions spécifiques. Elle consiste pour les policiers d’un Etat de procéder à des
recherches en dehors du territoire national, soit en milieu international, soit sur le territoire
d’un autre Etat. Cette forme de collaboration est prévue par la convention de Vienne de 1988
contre le trafic de stupéfiants et psychotropes.
Cependant, la collaboration policière en elle-même paraît insuffisante parce que confinée
uniquement dans des échanges de renseignements et de recherches de preuves à l’étranger.
C’est pourquoi les Etats ont recours à des techniques qui permettent de mieux poursuivre et de
réprimer des individus mêlés à des affaires de blanchiment de capitaux ; d’où le recours à

103
On peut citer comme exemple la convention de Palerme de 2000 sur la lutte contre le crime transnational organisé

49
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

l’entraide judiciaire. Au Maroc comme au Sénégal, cette collaboration n’est même pas
envisagée dans leurs lois anti-blanchiments respectives, qui parlent d’entraide judiciaire
seulement.

Paragraphe 2 : L’entraide judiciaire dans la lutte anti-blanchime nt

Il nous paraît qu’au stade de l’investigation, la communication d’informations entre les


autorités chargées de la lutte contre le blanchiment de capitaux s’avère être un élément clef de
la coopération internationale. En effet, cette coopération internationale s’est largement
améliorée sur le plan administratif avec le développement des échanges d’informations
financières. Traditionnellement, ces échanges ont été très vivement recommandés par le GAFI
avant d’être introduits dans les législations internes des Etats 104 . Cependant, cette
communication ne doit pas se limitée aux seules informations recueillies aux fins de poursuite
et de confiscation. Elle doit également être étendue aux informations à caractère général
permettant d’améliorer la connaissance des flux internationaux de capitaux illicites et des
techniques de blanchiment. La convention de Vienne, signée par la plupart des Etats,
notamment le Maroc et le Sénégal, rend d’ailleurs cette communication de renseignements
obligatoire dans son article 9, alinéa1. Ce dernier impose au Etats de « faciliter l’échange sûr
et rapide de renseignements concernant tous les aspects des informations établies ». Et cet
échange doit se faire le plus souple possible pour plus d’efficacité. En effet, le même article 9,
alinéa1 de la convention de Vienne impose aussi aux Etats signataires d’établir et de
maintenir « des canaux de communication entre les organismes et services nationaux
compétents en vue de faciliter l’échange sûr et rapide des renseignements ».
D’ordinaire, ces échanges sont soumis à des conditions de réciprocité et de confidentialité ;
seules les autorités exerçant des compétences analogues peuvent échanger avec celles d’autres
Etats des informations relatives à des opérations suspectes. Ces autorités devant être, en outre,
soumises aux mêmes obligations de secret professionnel. En effet, les Unités d’informations
financières peuvent exercer leur droit de communication auprès des organismes financiers ou
non financiers concernés, afin de répondre à une demande de renseignements d’une Unité
étrangère.
Sur ce, le Maroc a mis les jalons d’une future implication de son Unité de tra itement des
renseignements financiers dans les démarches de coopération par la loi 43/05. En effet, cette

104
Ezzaidi Hafid, op. cit., p. 121

50
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

dernière dispose que « l’Unité peut, dans le cadre des conventions internationales auxquelles
le Royaume du Maroc a adhéré et dûment publiées ou en application du principe de la
réciprocité, échanger, dans le respect des dispositions légales en vigueur, les renseignements
financiers liés au blanchiment de capitaux, avec les autorités étrangères ayant une compétence
similaire »105 . Quant au Sénégal, la loi de 2004 sur le blanchiment de capitaux définit déjà les
modalités de l’entraide judiciaire et ses conditions d’exercice à travers les articles 53, 54, 55,
57, 46 de la loi. L’Article 53 de la Loi définit les modalités de l’entraide judiciaire et offre un
large éventail de mesures comprenant tous les actes d’enquête et des procédures claires et
efficaces sont décrites dans les articles 54 et suivants de la loi.
Cet effort de coopération entrepris au niveau mondial reste un aspect important mais
insuffisant. Ce qui nous pousse à penser qu’une coopération au niveau régionale ne fera que
renforcer d’avantage le rôle crucial que joue celle-ci dans la lutte anti-blanchiment. Et
l’exemple européen en constitue une référence.

Section 2 : La coopération régionale : l’exemple européen

L’exemple européen de coopération régionale s’effectue dans le cadre d’une police


européenne appelé Europol, mais aussi un embryon de ministère public européen avec la
création d’Eurojust. Ce qui en fait la meilleure référence en ce mome nt pour une bonne
coopération régionale dans la lutte anti-blanchiment.

Paragraphe 1 : Europol : début d’une police européenne intégrée

Lancée dès juin 1991 au conseil européen de Luxembourg, l’Office européen de police
« Europol »106 est devenu le symbole de la coopération policière en Europe. L’objectif de sa
création est d’approfondir la coopération des autorités des Etats membres dans la prévention
et la lutte contre les formes graves de criminalité internationale comme le blanchiment de
capitaux. Ainsi caractérisé, les principales fonctions d’Europol ont trait à :
107
-la collecte par des moyens informatiques et l’analyse d’information et de renseignements ;

105
L’article 24 de la loi 34/05
106
la convention d’Europol est signée le 26 juillet 1995, néanmoins l’Office ne deviendra opérationnel que le 1 juillet 1999, l ien :
www.europol.europa.eu

107
Europol gère un système informatisé : the Europol computer system « TECS ». il s’agit d’une immense base de données concernant des
informations policières.

51
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

-l’échange et la communication d’informations sur les formes graves de criminalité


internationales aux services compétents des Etats membres par l’intermédiaire d’officiers de
liaison nationaux détachés auprès d’Europol 108 .
-la facilitation des enquêtes nationales.
Il est fort intéressant de noter que la principale originalité d’Europol réside dans sa base de
données informatique (TECS) à partir de laquelle l’Office réalise sa mission d’analyse de
l’information criminelle. Il importe de préciser que l’architecture du TECS repose sur trois
éléments à savoir : un système d’information, des fichiers créés aux fins d’analyse et un
système d’index. Le système d’information étant une base de données où sont réunies les
informations d’origine policière et alimenté directement par les Unités nationales,
spontanément ou sur demande.
Il convient d’ajouter que le système Europol peut être enrichi par des données
supplémentaires apportées par des organismes comme Interpol et ou des pays tiers, ainsi que
des données résultant d’analyses internes. En plus, le plan d’action de Vienne 109 confirme
Europol comme le moyen d’action privilégié de l’Union en matière de lutte contre la
criminalité organisée. En 1999 le conseil de l’Europe a affirmé l’importance de la coopération
entre autorités nationales et l’échange d’expériences dans la lutte contre la criminalité
financière et la prévention de celle-ci. L’emploi d’Europol est réaffirmé comme axe principal
de lutte contre la criminalité transnationale. L’Office apparaît, donc, au premier plan des
moyens de prévention et de répression de la criminalité et entre autres du blanchiment de
capitaux.
Malgré donc quelques failles, cet exemple de coopération constitue une référence non
négligeable pour nos pays qui ne sont pas encore dotés de structure similaire dans leur
coopération. En effet, le GIABA, qui matérialise cette coopération régionale en Afrique de
l’Ouest dans lequel fait parti le Sénégal, ne s’est pas encore doté d’un cadre formel de
coopération regroupant l’ensemble des acteurs institutionnels. Il ne semble pas exister de
mécanisme d’échange systématique d’informations, notamment d’ordre statistique entre les
divers acteurs de lutte anti-blanchiment 110 . Cela semble en aller de même pour le

108
Europol coordonne l’échange d’informations criminelles.
109
Ce plan d’action a été adopté lors du conseil de l’Europe de Vienne des 11 et 12 décembre 1998

110
Rapport du GIABA sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme au Sénégal, Mai 2008

52
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

GAFIOMAN dont fait parti le Maroc. Donc des efforts devraient être faits pour rendre cette
coopération plus efficace dans l’avenir.
En effet, cette intégration policière pourrait se révéler nécessaire pour pouvoir faire face de
manière plus pointue à une criminalité transfrontalière chaque fois plus forte, plus organisée
et dont l’influence néfaste se ressent sur l’ensemble de la société 111 .
Et le même raisonnement peut être tenu en matière judicaire avec la création d’Eurojust,
structure coordonnant les enquêtes en matière de lutte contre la criminalité organisée,
notamment le blanchiment de capitaux.

Paragraphe 2 : Eurojust : les débuts d’un ministère public européen

La décision instituant Eurojust a été adoptée le 28 février 2002 par le conseil de l’Union
européenne afin d’intensifier la coopération contre la criminalité financière transnationale.
Eurojust est considéré comme un organe de l’Union européenne doté de la personnalité
juridique. Il est composé d’un membre national détaché par chaque Etat membre ayant soit la
qualité de juge, soit de procureur ou d’officier de police, mais de professions équivalentes.
Son objectif principal consiste à coordonner les activités menées par les autorités nationales
chargées des poursuites en matière de criminalité organisée transnationale. Il améliore aussi la
coopération entre lesdites autorités, notamment en facilitant la mise en œuvre de l’entraide
judiciaire. En plus, Eurojust a la possibilité de s’intéresser aux infractions pour lesquelles
Europol a compétence d’agir auxquelles s’ajoutent d’autres formes de criminalité comme la
fraude, la corruption etc. Le projet concernant Eurojust prévoit, donc, un champ de
compétence matérielle plus large que ceux d’Europol. Et dans cette optique, Eurojust apparaît
comme représentant une forme élaborée d’agent de liaison destiné à assurer la transmission
des informations, à donner des impulsions en matière de coordination et à faciliter les
mécanismes d’entraide 112 .
Il convient d’ajouter qu’Eurojust pourrait transmettre à Europol des informations qu’il
possède. Par exemple, Eurojust obtiendrait de la part d’un magistrat des informations sur le
blanchiment de capitaux par les établissements de jeux. Les vertus de ces informations
seraient susceptibles de permettre le déclenchement d’investigations dans des casinos de
plusieurs Etats membres. Eurojust avertirait Europol qui répercuterait l’information aux

111
Ezzaidi Hafid, , op. cit., p.134

112
Ibid. p. 137

53
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

services des polices nationales. Les informations transmises par Europol à Eurojust seraient,
donc, d’une grande utilité.
De la même manière, les informations rassemblées par Europol seraient susceptibles d’être
exploitées par Eurojust. Par exemple, imaginons que les informations récoltées par Europol
ait permis de mettre en évidence l’existence de groupes d’individus se livrant à des activités
répréhensibles. Celui-ci transmettrait l’information à Eurojust afin que ses membres
avertissent les autorités judiciaires concernées.
De manière générale, l’établissement de relations entre Eurojust et Europol apparaît
inévitable. La lutte contre la criminalité acquiert, en effet, une étroite coopération entre les
deux entités.
Ainsi même s’ils présentent certaines limites 113 , ces organismes constituent des structures
importantes voire primordiales pour une bonne coopération. Et la création de ces structures ne
ferait que renforcer d’avantage cette coopération régionale rapprochée très importante pour la
lutte anti-blanchiment.
Toutefois, et sans diminuer l’importance des structures internationales et régionales, il
convient de préciser que dans un contexte de préoccupation croissante pour la stabilité des
fondements de l’Etat de droit moderne, les Etats seront amenés à multiplier d’avantage les
efforts d’entraide pour faire face au phénomène de blanchiment de capitaux nuisible à tous les
niveaux que cela soit économique, social ou politique.

113
Ezzaidi Hafid dans son livre « Moyens et mécanismes de lutte contre le blanchiment de capitaux », parle d’un manque d’intégration
financière que représente Europol, la possibilité qu’un Etat refuse l’extradition en cas d’absence d’incrimination identique dans l’Etat. Ce
qui traduit une manque de coordination dans les infractions susceptibles de susciter l’intervention de ces deux organismes.

54
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

CONCLUSION GENERALE

En définitive, le secret professionnel constitue une question importante quand on aborde la


problématique de la lutte contre le blanchiment de capitaux. On a pu constater qu’un réel
travail pédagogique a été fait au niveau des différentes professions impliquées dans le
processus de blanchiment. On est passé du culte du secret professionnel à une véritable
conscience de l’obligation morale et légale de participer à la lutte contre le blanchiment.
Même si certaines professions restent encore trop en retrait, le constat de l’efficacité des
mesures légales est assez positif. Les professio nnels, et en particulier ceux du secteur bancaire
sont conscients des risques qu’ils encourent à ne pas être assez vigilants. L’actualité récente a
en effet mis en évidence un réel risque pénal. Il faut aussi tenir compte des conséquences
qu’une affaire de blanchiment peut avoir sur l’image (et donc les affaires) d’une banque. Les
professionnels doivent donc se montrer « éthiquement irréprochables »114 . Les professionnels
semblent donc être conscients de leur rôle.
Néanmoins, les événements récents ont aussi mis en évidence le fait que le dispositif
légal mettait à la charge des établissements bancaires des obligations très lourdes de vigilance
et de coopération. Or, concrètement, ces établissements ne disposent pas des moyens
d’investigations légales ou techniques pour appliquer strictement les différentes obligations.
Et même si le milieu bancaire constitue une clef de voûte du système de lutte, il apparaît que
les dispositifs ne sont pas sans failles. De nombreux instruments juridiques ou financiers
utilisant l’anonymat et le secret professionnel ne sont pas visés. Il était donc nécessaire de
s’intéresser à ce type de mécanisme. En ce qui concerne la question du secret professionnel, la
nouvelle loi 31/10 modifiant celle de la loi 43/05 semble élargir le champ des professions
impliquées dans la lutte contre toute activité criminelle. De même, une réflexion
internationale est menée pour trouver un traitement approprié aux divers mécanismes qui font
le lit des blanchisseurs en préservant leur anonymat.

Au-delà des failles qui existent, il reste à faire en sorte de donner aux différents acteurs de la
lutte les moyens matériels et juridiques de mener ce que l’on pourrait nommer une
« croisade » de manière satisfaisante. « Croisade » d’autant plus ardue qu’elle est menée
contre des organisations qui ont à leur disposition les meilleurs moyens juridiques et
financiers.

114
M. Ben Adada, banquier à l’Agence crédit du Maroc ( lors d’un entretien en juillet 2011)

55
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Enfin, la lutte contre le blanchiment de capitaux ne doit pas se limiter seulement à


l’élimination du secret bancaire que d’aucuns considèrent comme la principale menace à
l’efficacité de cette lutte. D’autres éléments comme le manque de transparence dans les
mouvements de capitaux et une faible coopération pourraient être source d’inefficacité de la
lutte contre le blanchiment de capitaux.

56
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages généraux

-Christian Gavalda, Jean Stoufflet ; Droit bancaire, institutions-comptes, opérations-


services ; 7ème Edition, 2008

-Hafid Ezzaidi ; Moyens et mécanismes de lutte contre le blanchiment de capitaux ; 1er


Edition, 2009

-Jean Larguier, Philippe Conte ; Droit pénal des affaires ; 1ème Edition, 2004

-Michel Veron ; Droit pénal des affaires ; 6ème Edition, 2005

-Mickel de Wolf, Patrick de Wolf, Giles Carnoy ; Droit des affaires, actualités et
perspectives ; ECCI, 2006

-Mimoun Charqui ; Droit bancaire, pratiques législatives et réglementaires ; collection


banque et entreprise, 2006

-Ouvrage collectif ; Les banques entre droit et économie ; L.G.D.I, 2006

-Paul. G. Morcos ; Le secret bancaire face à ses défis ; Edition juridique Sader ; 2002

-Philippe-Emmanuel Partsh ; Droit bancaire et financier européen ; Edition Larcier, 2009

-Richar Routier ; Obligations et responsabilité du banquier ; Dalloz, 2005

-Sylvie de Coussergues ; Gestion de la banque, du diagnostic à la stratégie ; 4ème Edition,


2005

-Thierry Bonneau ; Droit bancaire ; 5ème Edition Della, 2003

57
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Rapports et Etudes

- Bassine Lo, La déclaration de soupçon, Université Gaston Berger de Saint-Louis,


Maitrisard, Etude, 2007

(GIABA) ; Rapport d’Evaluation Mutuelle Sur la Lutte Contre le Blanchiment d’Argent et le


Financement du Terrorisme ; Sénégal Mai 2008

-Groupe d’action financière contre le blanchiment de capitaux (Gafi) ; Rapport annuel ;


2000/2001

-Mimoun Charqui ; La lutte contre le blanchiment de capitaux au Maroc ; Novembre 2007

-Unité de traitement du renseignement financier (Maroc) ; Rapport 2009

Transparency Maroc, rapport n° 10 Février 2011, source : www.transparencymaroc. ma

Presse
-Interview du président de l’Unité des renseignements financiers, Hassan Alaoui Abdallaoui ;
MarocHebdo du 19 novembre 2010
-Rencontre régionale de sensibilisation initiée par Bank Al-Maghrib; La transparence
financière, garant d'une économie sain ; Lematin du 24 janvier 2008

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Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

ANNEXES

Annexe I : extrait de la loi sur le blanchime nt de capitaux sénégalaise


Art.2.- Définition du blanchiment de capitaux
Au sens de la présente loi, le blanchiment de capitaux est défini comme l’infraction constituée
par un ou plusieurs des agissements énumérées ci-après, commis intentionnellement, à
savoir :
• la conversion, le transfert ou la manipulation de biens dont l’auteur sait qu’ils proviennent
d’un crime ou d’un délit ou d’une participation à ce crime ou délit dans le but de dissimuler
ou de déguiser l’origine illicite desdits biens ou d’aider toute personne impliquée dans la
commission de ce crime ou délit à échapper aux conséquences judiciaires de ses actes ;
• la dissimulation, le déguisement de la nature, de l’origine, de l’emplacement, de la
disposition, du mouvement ou de la propriété réelle de biens ou de droits y relatifs dont
l’auteur sait qu’ils proviennent d’un crime ou d’un délit ou d’une participation à ce crime ou à
ce délit ;
• l’acquisition, la détention ou l’utilisation de biens dont l’auteur sait, au moment de la
réception desdits biens, qu’ils proviennent d’un crime ou d’un délit ou d’une participation à ce
crime ou délit.
Il y a blanchiment de capitaux, même si les faits qui sont à l’origine de l’acquisition, de la
détention et du transfert des biens à blanchir, sont commis sur le territoire d’un autre Etat
membre ou sur celui d’un Etat tiers.

Art.5.- Champ d’application de la loi


Les dispositions des titres II et III de la présente loi sont applicables à toute personne
physique ou morale qui, dans le cadre de sa profession, réalise, contrôle ou conseille des
opérations entraînant des dépôts, des échanges, des placements, des conversions ou tous
autres mouvements de capitaux ou de tous autres biens, à savoir :
a) le Trésor Public ;
b) la BCEAO ;
c) les organismes financiers ;
d) les membres des professions juridiques indépendantes, lorsqu’ils représentent ou assistent
des clients en dehors de toute procédure judiciaire, notamment dans le cadre des activités
suivantes :

59
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

• achat et vente de biens, d’entreprises commerciales ou de fonds de commerce,


• manipulation d’argent, de titres ou d’autres actifs appartenant au client,
• ouverture ou gestion de comptes bancaires, d’épargne ou de titres,
• constitution, gestion ou direction de sociétés, de fiducies ou de structures similaires,
exécution d’autres opérations financières
e) les autres assujettis, notamment :
• les Apporteurs d’affaires aux organismes financiers;
• les Commissaires aux comptes ;
• les Agents immobiliers
• les marchands d’articles de grande valeur, tels que les objets d’art (tableaux, masques
notamment), pierres et métaux précieux ;
• les transporteurs de fonds ;
• les propriétaires, les directeurs et gérants de casinos et d’établissements de jeux, y compris
les loteries nationales ;
• les agences de voyage ;
• les organisations Non Gouvernementales (ONG).

ART.13.- Programme interne de lutte contre le blanchiment de capitaux au sein des


organismes financiers
Les organismes financiers sont tenus d’élaborer des programmes harmonisés de prévention du
blanchiment de capitaux. Ces programmes comprennent notamment :
• la centralisation des informations sur l’identité des clients, donneurs d’ordre, mandataires,
ayants droit économiques ;
• le traitement des transactions suspectes ;
• la désignation de responsables internes chargés de l’application des programmes de lutte
contre le blanchiment de capitaux ;
• la formation continue du personnel ;
• la mise en place d’un dispositif de contrôle interne de l’application et de l’efficacité des
mesures adoptées dans le cadre de la présente loi.
Les Autorités de contrôle pourront, dans leurs domaines de compétences respectifs, en cas de
besoin, préciser le contenu et les modalités d’application des programmes de prévention du
blanchiment de capitaux. Elles effectueront, le cas échéant, des investigations sur place afin
de vérifier la bonne application de ces programmes.
60
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Art.16.- Création de la CENTIF


Il est créé une Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) placée
sous la tutelle du Ministre chargé des Finances.

Art.17.- Attributions de la CENTIF


La CENTIF est un Service Administratif, doté de l’autonomie financière et d’un pouvoir de
décision autonome sur les matières relevant de sa compétence. Sa mission est de recueillir et
de traiter le renseignement financier sur les circuits de blanchiment de capitaux.
A ce titre, elle :
• est chargée, notamment de recevoir, d’analyser et de traiter les renseignements propres à
établir l’origine des transactions ou la nature des opérations faisant l’objet de déclarations de
soupçons auxquelles sont astreintes les personnes assujetties ;
• reçoit également toutes autres informations utiles nécessaires à l’accomplissement de sa
mission, notamment celles communiquées par les Autorités de contrôle, ainsi que les officiers
de police judiciaire ;
• peut demander la communication, par les assujettis, ainsi que par toute personne physique
ou morale, d’informations détenues par eux et susceptibles de permettre d’enrichir les
déclarations de soupçon ;
• effectue ou fait réaliser des études périodiques sur l’évolution des techniques utilisées aux
fins du blanchiment de capitaux au niveau du territoire national.
Elle émet des avis sur la mise en œuvre de la politique de l’Etat en matière de lutte contre le
blanchiment de capitaux. A ce titre, elle propose toutes réformes nécessaires au renforcement
de l’efficacité de la lutte contre le blanchiment de capitaux. La CENTIF élabore des rapports
périodiques (au moins une fois par trimestre) et un rapport annuel, qui analysent l’évolution
des activités de lutte contre le blanchiment de capitaux au plan national et international, et
procède à l’évaluation des déclarations recueillies. Ces rapports sont soumis au
Ministre chargé des Finances.

Art.21.- Organisation et fonctionnement de la CENTIF


L’organisation et le fonctionnement de la CENTIF sont précisés par décret.
Un Règlement Intérieur, approuvé par le Ministre chargé des Finances, fixe les règles de
fonctionnement interne de la CENTIF.

61
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Art.26.- Obligation de la déclaration des opérations suspectes


Les personnes visées à l’article 5 sont tenues de déclarer à la, CENTIF, dans les conditions
fixées par la présente loi et selon un modèle de déclaration fixé par arrêté du ministre chargé
des Finances:
• les sommes d’argent et tous autres biens qui sont en leur possession, lorsque ceux-ci
pourraient provenir du blanchiment de capitaux ;
• les opérations qui portent sur des biens, lorsque celles-ci pourraient s’inscrire dans un
processus de blanchiment de capitaux ;
• les sommes d’argent et tous autres biens qui sont en leur possession, lorsque ceux-ci,
suspectés d’être destinés au financement du terrorisme, paraissent provenir de la réalisation
d’opérations se rapportant au blanchiment de capitaux. Les préposés des personnes susvisées
sont tenus d’informer immédiatement leurs dirigeants de ces mêmes opérations, dès qu’ils en
ont connaissance. Les personnes physiques et morales précitées ont ainsi réalisées, même s’il
a été impossible de surseoir à leur exécution ou s’il est apparu, postérieurement à la
réalisation de l’opération, que celle-ci portait sur des sommes d’argent et tous autres biens,
d’origine suspecte.
Ces déclarations sont confidentielles et ne peuvent être communiquées au propriétaire des
sommes ou à l’auteur des opérations. Toute information de nature à modifier l’appréciation
portée par la personne physique ou morale lors de la déclaration et tendant à renforcer le
soupçon ou à l’infirmer, doit être, sans délai, portée à la connaissance de la CENTIF. Aucune
déclaration effectuée auprès d’une autorité en application d’un texte autre que la présente loi,
ne peut avoir pour effet, de dispenser les personnes visées à l’article 5 de l’exécution de
l’obligation de la déclaration prévue par le présent article.

Art.34.- Levée du secret professionnel


Nonobstant toutes dispositions législatives ou réglementaires contraires, le secret
professionnel ne peut être invoqué par les personnes visées à l’article 5 pour refuser de fournir
les informations aux autorités de contrôle, ainsi qu’à la CENTIF ou de procéder aux
déclarations prévues par la présente loi. Il en est de même en ce qui concerne les informations
requises dans le cadre d’une enquête portant sur des faits de blanchiment, ordonnée par le
juge d’instruction ou effectuée sous son contrôle, par les agents de l’Etat chargés de la
détection et de la répression des infractions liées au blanchiment de capitaux.
Titre 5 - De la coopération internationale
62
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

Chapitre I - De la compétence internationale


Art.46.- Infractions commises en dehors du territoire national
Les juridictions nationales sont compétentes pour connaître des infractions prévues par la
présente loi, commises par toute personne physique ou morale, quelle que soit sa nationalité
ou la localisation de son siège, même en dehors du territoire national, dès lors que le lieu de
commission est situé dans l’un des Etats membres de l’UEMOA. Elles peuvent également
connaître des mêmes infractions commises dans un Etat tiers dès lors qu’une convention
internationale leur donne compétence
Chapitre III - Entraide judiciaire
Art.53.- Modalités de l’entraide judiciaire
A la requête d’un Etat membre de l’UEMOA, les demandes d’entraide se rapportant aux
infractions prévues aux articles 37 à 40 sont exécutées, conformément aux principes définis
par les articles
54 à 70.
Les dispositions de l’alinéa précédent sont applicables aux demandes émanant d’un Etat tiers,
lorsque la législation de cet Etat fait obligation à celui-ci de donner suite aux demandes de
même nature émanant de l’autorité compétente.
L’entraide peut, notamment inclure :
• le recueil de témoignages ou de dépositions ;
• la fourniture d’une aide pour la mise à disposition des autorités judiciaires de l’Etat
requérant de personnes détenues ou d’autres personnes, aux fins de témoignage ou d’aide
dans la conduite de l’enquête ;
• la remise de documents judiciaires ;
• les perquisitions et les saisies ;
• l’examen d’objets et de lieux ;
• la fourniture de renseignements et de pièces à conviction ;
• la fourniture des originaux ou de copies certifiées conformes de dossiers et documents
pertinents, y compris de relevés bancaires, de pièces comptables, registres montrant le
fonctionnement d’une entreprise ou ses activités commerciales.

Art.56.- Secret sur la demande d’entraide judiciaire


L’autorité compétente maintient le secret sur la demande d’entraide judiciaire, sur sa teneur et
les pièces produites, ainsi que le fait même de l’entraide.
63
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

S’il n’est pas possible d’exécuter ladite demande sans divulguer le secret, l’autorité
compétente en informe l’Etat requérant, qui décidera, da ns ce cas, s’il maintient ou non la
demande.

Annexe II : Décisions de l’Unité (Maroc)


• Décision N°1 relative aux montants minima liés aux obligations de vigilance.
• Décision N° 2 relative à la déclaration de soupçon

DECISION RELATIVE AUX MONTANTS MINIMA LIES AUX OBLIGATIONS DE


VIGILANCE
- Vu la loi n° 43-05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux promulguée par le
Dahir n° 1-07-79 du 28 Rabii I 1428 (17 avril 2007);
- Vu le décret n° 2-08-572 du 25 Hija 1429 (24 décembre 2008) portant création de l’Unité de
Traitement du Renseignement Financier, notamment son article 2.
En application des articles 5, 8 et 15 de la loi n° 43-05, l’Unité de Traitement du
Renseignement Financier (Unité), réunie le 17 septembre 2009 pour fixer les montants
minima des opérations liées aux obligations de vigilance, a décidé ce qui suit :
1. Montant des opérations effectuées par des clients occasionnels:
Les obligations de vigilance, au titre de l’article 5 de la loi n° 43-05 concernant
l’identification des clients, des bénéficiaires et de l’origine des fonds, s’appliquent quel que
soit le montant des opérations. En application du même article, le montant minimum des
opérations pour lesquelles les personnes habilitées à ouvrir des comptes doivent s’assurer de
l’identité de leurs clients occasionnels, est fixé à 50.000 dirhams.
Les informations relevées au titre de l’article 5 de la loi n° 43-05 doivent être conservées par
les personnes assujetties conformément aux dispositions de l’article 7 de ladite loi.
2. Opé rations inhabituelles ou complexes :
Conformément à l’article 8 de la loi n° 43-05, toute opération qui, sans entrer dans le champ
d'application des dispositions relatives à la déclaration de soupçon prévue à l'article 9 de la
même loi, se présente dans des conditions inhabituelles ou complexes et ne paraît pas avoir de
justification économique ou d'objet licite apparent, doit faire l'objet de la part de la personne
assujettie d'un examen particulier.
Ces opérations peuvent comporter un ou plusieurs des indices suiva nts, la liste étant donnée à
titre indicatif et non exhaustif :
64
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

- Manque de cohésion avec le volume, la nature de l’activité ou les opérations précédentes ;


- Fractionnement d’une opération sans justification ;
- Utilisation des sociétés ad hoc ou sociétés écran ;
- Opérations bancaires et commerciales très complexes ;
- Utilisation de paradis fiscaux et de zones off shore ;
- Utilisation anormale d’argent en espèces et moyens de paiement équivalents sans
justification.
Le montant unitaire ou total de ces opérations est fixé à un minimum de 50.000 dirhams.
Pour ces opérations, la personne assujettie est tenue de :
- Se renseigner auprès du client sur l'origine et la destination des sommes en jeu ainsi que sur
l'identité des bénéficiaires ;
- Consigner les caractéristiques de l'opération dans un document à conserver conformément à
l’article 7 de la loi n° 43-05 ;
- S'assurer que les obligations définies par l’article 8 de la loi n° 43-05 sont appliquées par ses
succursales ou filiales dont le siège est établi à l'étranger, à moins que la législation locale y
fasse obstacle, auquel cas elle en informe l'Unité.
Une déclaration de soupçon doit être adressée à l’Unité, quel que soit le montant de
l’opération en question, lorsque l’analyse des faits conduit la perso nne assujettie à soupçonner
un blanchiment de capitaux ou un financement du terrorisme; dans le cas contraire, le dossier
ainsi constitué doit être conservé par la personne assujettie conformément aux dispositions de
l’article 7 de la loi.
DECISION RELATIVE A LA DECLARATION DE SOUPÇON
- Vu la loi n° 43-05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux promulguée par le
Dahir n° 1-07-79 du 28 Rabii I 1428 (17 avril 2007) ;
- Vu le décret n° 2-08-572 du 25 Hija 1429 (24 décembre 2008) portant création de l’Unité de
Traitement du Renseignement Financier, notamment son article 2.
En application de la loi n° 43-05 notamment son article 9 qui dispose que les personnes
assujetties sont tenues de faire une déclaration de soupçon à l’Unité de Traitement du
Renseignement Financier (Unité) pour toutes sommes ou opérations soupçonnées d'être liées
au blanchiment de capitaux ou dont l’identité du donneur d’ordre ou du bénéficiaire est
douteuse, l’Unité, réunie le 17 septembre 2009, pour arrêter les dispositions relatives à la
déclaration de soupçon, a décidé ce qui suit :
Chapitre I : déclaration de soupçon
65
Le secret bancaire face aux exigences de la lutte contre le blanchiment de capitaux 2011

1. Nature et montant des opérations objet de déclaration de soupçon :


Conformément aux dispositions des articles 9 et 15 de la loi n° 43-05, l’Unité fixe d’une part
la nature des opérations et, d’autre part, les montants afférents aux opérations qui entrent dans
le champ d'application de ladite loi.
a- Nature des opérations :
Les déclarations de soupçon portent sur les opérations des clients habituels et occasionnels,
qu’elles concernent l’utilisation d’argent en espèces ou non, lorsque l’analyse des faits les
entourant laisse supposer la possibilité de blanchiment de capitaux ou de financement du
terrorisme.
b- Montant des opérations :
L’article 9 de la loi n° 43-05 stipule que les personnes assujetties sont tenues de faire à l’Unité
une déclaration de soupçon concernant :
- Toutes sommes ou opérations soupçonnées d’être liées au blanchiment de capitaux;
- Toute opération dont l’identité du donneur d’ordre ou du bénéficiaire est douteuse.
La déclaration de soupçon doit être faite quel que soit le montant de l’opération en
question.39
c- Cas de déclarations :
En cas de soupçon de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme, la personne
assujettie est tenue de :
- Faire une déclaration de soupçon si l’opération est réalisée, lorsqu’ il n’a pas été possible de
surseoir à son exécution ;
- Surseoir à l’exécution de l’opération et faire une déclaration de soupçon à l’Unité;
- Faire une déclaration de soupçon pour les tentatives de blanchiment de capitaux.
Les dirigeants ou agents des personnes assujetties ne doivent jamais informer les clients et les
personnes impliquées, de la déclaration de soupçon sous peine de s’exposer aux sanctions
visées par l’article 29 de la loi n° 43-05.

2. Contenu de la déclaration de soupçon :


La déclaration de soupçon doit être présentée selon le modèle joint en annexe à la présente
décision.

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Toute déclaration de soupçon doit impérativement comporter les éléments qui sont relevés par
les personnes assujetties et qui soutiennent leurs soupçons de blanchiment de capitaux.
Les déclarations de soupçon doivent être adressées à l’Unité, exclusivement par les
correspondants habilités par les personnes assujetties conformément aux disposit ions du
chapitre II ci-dessous.
Tout renseignement complémentaire ou de nature à modifier l’appréciation déjà faite par la
personne assujettie, lors de sa déclaration de soupçon, doit être immédiatement porté par écrit,
à la connaissance de l’Unité.
3. Dossier de la déclaration de soupçon :
Le correspondant habilité par la personne assujettie doit constituer, centraliser et tenir à la
disposition de l’Unité, un dossier afférent à toute déclaration de soupçon. Ce dossier doit
comprendre les éléments suivants :
- Les dossiers juridiques dont elle dispose et qui concernent les personnes citées dans la
déclaration de soupçon.
- Toutes les pièces justificatives relatives à l’opération déclarée (Copies des contrats, des
chèques, des remises, des ordres de virement, des ordres de bourse, des relevés de
compte,…etc.)
- La liste des pièces du dossier tenu à la disposition de l’Unité doit être mentionnée sur la
déclaration de soupçon.
404. Opposition à exécution d’opérations :
Lorsque la déclaration de soupçon porte sur une opération qui n’a pas encore été exécutée,
l’Unité peut s’opposer à sa réalisation pour un délai de 2 jours ouvrables, qui commence à
courir à compter de la date de réception de ladite déclaration.
Si après le délai d’opposition, la personne assujettie ne reçoit pas la décision du Président du
tribunal de Première Instance de Rabat, autorisant la prorogation de la période d’opposition,
elle peut exécuter cette opération.
Chapitre II : désignation des correspondants auprès de l’Unité
Conformément aux dispositions de l’article 9 de la loi n° 43-05, les personnes assujetties
doivent communiquer à l’Unité la liste des personnes habilitées à faire des déclarations de
soupçon.
A cet effet, les personnes assujetties sont tenues d’accréditer auprès de l’Unité un
correspondant et un/ou deux suppléants, lesdits correspondants engageront la responsabilité
de la personne assujettie dans toutes leurs communications avec l’Unité. Les assujettis
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personnes physiques assurent personnellement la fonction de correspondants de l’Unité. Les


personnes assujetties doivent veiller à ce que :
- Les personnes habilitées soient rattachées à un niveau élevé de la hiérarchie de la personne
assujettie ;
- La désignation ou le remplacement du correspondant précède impérativement toute
déclaration de soupçon ;
- La désignation soit faite sur la base d’une lettre de nomination signée par le principal
dirigeant de la personne assujettie et accompagnée des Curriculum Vitae des personnes
habilitées ainsi que de leurs spécimens de signatures.
Seules les personnes habilitées peuvent adresser les déclarations de soupçon à l’Unité et lui
communiquer les éléments d’informations requis.
Chapitre III : modalités de transmission des déclarations de soupçon
1. Déclaration de soupçon écrite :
L’article 10 de la loi n° 43-05 dispose que la déclaration de soupçon doit être faite par écrit
sauf cas d’urgence où elle peut être faite verbalement sous réserve de confirmation par écrit.1
La déclaration de soupçon est adressée à l’Unité par courrier recommandé ou déposée par
porteur au siège de l’Unité. Toutefois, des dispositions particulières peuvent être arrêtées avec
certaines catégories de personnes assujetties.
La personne assujettie doit veiller au respect des règles de confidentialité des courriers
adressés à l’Unité. A ce titre, ces derniers doivent obligatoirement être mis dans des
enveloppes fermées et cachetées.
2. Déclaration de soupçon verbale :
La déclaration verbale, qui ne peut être acceptée par l’Unité que pour les cas urgents, doit être
faite par le correspondant habilité, selon les modalités que lui fixe à cette occasion l’Unité et
ce, sous réserve de confirmation de la déclaration par écrit.
3. Accusé de réception :
Par l’accusé de réception, l’Unité reconnaît avoir reçu la déclaration de soupçon. L’accusé de
réception, mentionne notamment la référence attribuée par l’Unité au dossier transmis.

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