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« J’aime l’araignée et j’aime l’ortie »- Les Contemplations ( 1856) , III, 27 de Victor Hugo

Introduction
- Auteur : Victor Hugo : considéré comme l’un des plus grands écrivains français, romancier,
dramaturge et poète, chef de file du romantisme mais également une figure politique importante aux
idées socialistes.

- Œuvre : C’est en 1856 qu’il publie Les Contemplations composées pendant son exil sur l’île de
Jersey car opposant à Napoléon III. Il tente de faire le deuil de sa fille Léopoldine tout en se
révoltant contre la misère sociale.

- Texte :
• Situation dans l’œuvre :
Appartient au livre III « Les Luttes et les Rêves », dans lequel il dénonce la misère, les inégalités et
les injustices.
• Thèmes :
Dans ce poème, Victor Hugo exprime son amour pour l’araignée et l’ortie, deux figures
symboliques en faisant l’éloge de la laideur, en utilisant les registres tragiques, pathétiques et
lyriques.
• Caractérisation générale :
Poème de 7 quatrains en rimes croisées avec une alternance entre décasyllabes et pentasyllabes.

[LECTURE]

Comment, à partir de ces deux figures symboliques que sont l’araignée et l’ortie, Victor Hugo
exprime-t-il sa compassion et sa solidarité pour tous les êtres victimes de préjugés ?

Mouvements
V.1 à v. 16 : L’expression d’un amour paradoxal (plaidoirie )
V.17 à v. 28 : Une exhortation à la tolérance et à l’amour ( dépassement des préjugés )

I. L’expression d’un amour paradoxal v.1 à 16

v. 1 « j’aime l’araignée Parallélisme Exprime son amour paradoxal pour


et j’aime l’ortie » deux espèces traditionnellement
rejetées, objets de répulsion
v. 1-2 Antithèse « j’aime/ on les hait» Expression d’une cause qui semble
contradictoire. Le but est de
surprendre le lecteur, de le provoquer
Poème entier Rythme irrégulier Mêle le beau = rythme pair,
(déca/pentasyllabe) harmonie, symétrie
Et le laid = rythme impair, bancal
V. 2, 5, 7, 9, 11, 13, 14, Anaphore en « Parce que » Le poète liste les raisons pour
15 lesquelles il aime l’araignée et l’ortie.
Ces raisons sont justement les
différents préjugés dont elles sont les
victimes. Il assume ici une posture
anticonformiste

v. 4 « morne » • Termes dépréciatifs Présentent les deux êtres comme


v.5 « maudites » « maléfiques et et dangereux.
chétives » • Assonance en [i] Apporte l’idée de répulsion
v.6 « rampants »
v.7 «tristes »
v. 13 « l’ombre des • Champ lexical de Connotation négative de la nuit
abîmes » l’obscurité associée à la peur, à l’inconnu, au
v. 16 « sombre nuit » • Métaphore filée de la nuit vague et à l’inconscient
v. 17 « obscure »
v. 26 « loin du jour »

v. 7-8 « tristes captives/ Métaphore de l’araignée captive Victimes de leur propre piège et ne
De leur guet-apens » de sa toile peuvent pas s’en sortir

v. 10 « sort» « fatals Champ lexical de la tragédie Accentue la misère et la fatalité


nœud »

II .Une exhortation à la tolérance et à l’amour v.17 à v.28

v.11-12 « l’ortie est une Métaphores Elles nous mettaient déjà sur la voie
couleuvre/l’araignée un d’une lecture symbolique du poème.
gueux » Les figures de l’araignée et de l’ortie
sont ici allégoriques : elles
représentent tous les êtres victimes de
préjugés.
v. 17 « Passants, faites • Apostrophe Le poète apostrophe le lecteur et le
grâce» • Emploi de l’impératif conjure par l’emploi de l’impératif de
présent faire preuve d’empathie, de
compassion pour ces êtres mis à
l’écart.
v. 17-18 « plante obscure • Périphrases pathétiques Idem
» «pauvre animal »
v.19-20 « Plaignez la • Gradation ascendante Le poète reconnaît et assume le
laideur, plaignez la • Ponctuation expressive paradoxe que constitue le fait d’aimer
piqûre/ Oh ! Plaignez le (oxymore : « plaignez le mal » ce qui est repoussant.
mal ! »
v.21 – 22 « rien » « Pronoms indéfinis Hugo en appelle à l’amour
tout» inconditionnel = caractéristique du
romantisme. Même les êtres les plus
repoussants ont besoin d’amour.
v.23-24 « pour peu qu’on Diffuse un message d’amour. Nous
oublie de les écraser» demande une prise de conscience. Le
v.25-26 « tout bas » poète nous demande d’être moins
orgueilleux, que l’on accepte de
regarder «tout bas»
v. 28 « Murmurent : • Personnification finale Les deux êtres n’ont qu’une seule
Amour ! » • « Amour » mis en parole à l’unisson.
valeur par la pause par Suscite l’empathie du lecteur par le
la césure à l’hémistiche registre pathétique.
Conclusion :

Ainsi, Victor Hugo revendique son amour paradoxal pour ces deux êtres que sont l’araignée
et l’ortie en invitant le lecteur à compatir et à aimer ces rejetés qui sont en fait une représentation de
tous ceux que la société écarte du fait de leur apparence, des préjugés ou des idées préconçues.

Il utilise la dimension esthétique de la poésie en adoptant un regard différent sur le monde, capable
de transformer la laid en beau comme le fera Baudelaire dans son recueil Les Fleurs du Mal publié
l’année suivante, en 1857.