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OEUVRES SPIRITUELLES Î
DE

M. L’ÀBBÉ BA‘UDRAND.
DE L'IMPRIMEHIEDE ÇELL‘ÜT,
rue des Grands-Augustins, H?‘ 9:
ä“ L’AME
,, _
CONTEMPLANT'

LES GRANDEURS DE DIEU,


PAR

L’AUTEUR DE L’AME ELEVEE A DIEU.

PARIS;
A LA Lmumnz DE LA SOCIÉTÉ TYPÔGRAPHIQUI ,
cuzz MEQUIGNON FILS AINÉ, aux SA1NT—SEVEMN.'
A LYON , CHEZ PERISSE mimes , lMPwLIBBAlBES
18x9.
Ce volume contient :
L’AME CONTEMPLANT LES GILANDEURS DE DIEU,
E’AME SE PRpPARANT A L’ETERNITE. '
W

n 4
' PRÉFACE.

S’IL y a quelque connoissence nécessaire à l‘homme,


c’est surtout celle de ‘Dieu. Destiné à le ser'viren ce
monde et à le posséder à jamais dans l‘autre, quelle
connoissauce pour lui plus utile et Plus indispensable
que celle de l'Être suprême, de qui il a tout reçu, et
de qui seul il doit tout attendre?
Cependant rien pour l’ordinaire de Plus rare parmi \
les hommes que cette véritable szciencede Dieu; les
Personnes ‘mêmes qui paroissent les plus éclairées
sont encore bien éloignées d’avoir de Dieu cette ‘con
noissance Vive et profonde qu’elles devroient puiser
dans les principes de la foi etfdans les lumières de la
iaisou. Les ‘autres, pour lai-plupart‘, n’ènt-de Dieu que .
des idées confuses, légères et superficielles; "Ne le
connoitre que de cette sorte, c'est presque le mécon
noître. .
_ Ce que nous allons leur Présenter Pourra peut-être
leur en donner des idées-Plus solides et plus réfléchies.
Qu'on ne s’étonne pas, au reste , du mot contempla
tion dont nous nous servons, comme si ce que nous
dirons ne pouvoit convenir qu‘aux âmes sublimes et
relevées; nous liavocus employé ce terme que P011r
nous conformer, en quelque manière, à la dignité du
sujet. Ces contemplations, pour le l'onds, seront peu
[Âme contemplant , etc. 1
.
s PREÏ’ACE.
diil'üentes‘des considérations ordinaires; d'ailleurs
nous avons tàché de tout présenter sous un Point de
vue si naturel et si sensible, ‘qu'il sera à la portée de
tous les esprits et de tous les états.
Être suprême! ce seroit sans doute une témérité
dans moi d’entreprendre de Parler de vos inefl'ables
grandeurs; mais vous qui sondez les reins et les cœurs,
vous voyez le motif qui m‘anime : je voudrois vous
faire connoître à toutes les créatures (louées d’intelli
gence, et vous faire aimer de tous les cœurs capables
de sentimens. J’ose donc espérer que vous agréerez
mes foibles efforts. Vous ferez Plus, Dieu de bonté ;
vous daignerez m'accorder les lumières nécessaires
pour parler dignement de vos perfections adorables ,
et à ceux qui liront cet ouvrage la grâce de s’élever
jusqu’à vous, souveraine grandeur Pour-ceux qui vous
connoissent, et souverainezbéatitude Dour cpnv un‘
vous aiment. '
:NJ .
L’AME' ,
conTEMPLANT
L'ES'VGRANDEURS DE DIEU.’ v
mmmm“

CONSIDÉRATION PRÉLIMINAIRE.
Combien'il est utile et nécessàire à l'homme de mé
diter Les grandeurs de Dieu,
En méüditant attentivement les grandeurs de Dieu ,
nous apprendrons à le connoître, à le respecter‘, à le
craindre‘et plus encore à l’aimer. ‘Quelle méditation
plus utile et plus salutaire Pour nous! ‘ "
10 Il est bien étonnant que les hommes, si avides
de tout connoîtne, le soient si peu pour ce qui les in
téresse'le plus. Sur quoi, en ellèt, ne portent-ils pas
l'avidité de leurs connaissances? lls Voudroient'les
porter Îusqu‘aux‘cic’ux et aux astres pour en prendre
les dimensions; jusque dans le fond des mers pour en
sonder les abîmes; jusque dans le sein de la terre pour
en fouiller les entrailles; ils voudroient toux pénétrer 7
tout connoître, l’étendue des sciences, le secret des
arts, les ouvrages de la ‘nature; et cela sans s’élever à
4 L’AME ('ZONT'EMPLANT.
l’adoration et à l'amour de l’autcnr qui les a produits,
et qui devroit surtout attirer leurs regards et fixer leur
cœur. . -
Ainsi vivent la plupart des hommes. Les uns , absor
hés dans un cercle tumultueux d’em'barras , de soins'et
dÏalTairès toutes profanes, vivent dans une agitation
continuelle, et ne sont ni à Dieu ni à eux; les autres,
plongés dans le seinid’une indiflërence , d‘une indolence
Jéthargique et funeste, ne pensent pas plus à Dieu que
s’ils n’en avoient rien ni à espérer ni à craindre; peut
être même ne craignent-ils rien tant que de penser
à Dieu, dans qui ils ne verraient qu’un redoutable
vengeur. ,
)_ Le plus grandnombre, entraînés par le torrent de
leurs passions, n’ont de pensées et de sen'timens que
pour elles : c’est ainsi que: les hommes, comme‘ uni
quement occupés ,, ou de leurs projets, ou de leurs in—
térêts, ou de leurs satisfactions criminelles, vivent
dans un tel oubli de Dieu, une telle ignorance de ses
perfeçtions, qu’on pourrait tracer sur leur front cette
inscription que des païens gravoient sur leur temple :
îgnoto Deo ‘:À au Dieu inconnu. Ainsi voit-on ces
hommes empressés rl’acguérir toutes les connoissanc'es,
ä l‘exception de'celles qui leur ser'oit- la plus nécessaire,
la connoissance de Dieu. A A
Car enfin c’est à cette connoissance qu’est attachée
la vie éternelle : c’est celle d’où dépendent notre salut
ou notre perte, notre bonheur ou notre malheur
éternel, ‘selon l’oracle de Jésus-Christ même : hæc est
vita æterna, ut cognoscant te Deum verum (Joan. r 7).
Or c'est ceite connoissance si nécessaire et‘si indispen
sable pour nous que nous acquerrons par la méditation
de ses‘ inefl'ables grandeurs : quel motif pour nous
LES‘ÆRANDEURS DE‘DIBUJ ‘ 5-:
engager à les méditer jour et nuit, ‘si nous le pou.
vous! V ' il
2“ Nouvel avantage. En méditant les grandeurs
bienlnous' apprendrons à le respecter. Quand nous
penserons que Dieu, par son immensité, est toujours:
présent à nous et que nous lui sommes toujours pré-v
sens, toujours près de lui, toujours devant lui,-touu
jours vivant sous ses yeux, toujours placés sous sa.
main; comment ne fespecterions-îlous pas un maître
suprême qui nous voit, qui nous entend, quittons
porte dans son sein? Si nous sommes dans quelque
occasion, dans quelque danger de péché, nous dirons
avcc cette sage lsraélite : quom'odô passum peccare in
conspectu Domin‘i .7’ Comment pourrois-je pécher sous. '
les yeux de mon juge?‘ Si nous avons quelque devoir
d’état ou de dereligion à remplir, nousnous souvien
drons que Dieu est témoin de la manière dont nous le
remplissons; e‘. quel motif pour nous de le remplir
saintement! En un mot, dans quelque lieu, quelque
temps, quelque circonstance que nous puissions nous
trouver, nous nous écrierons avec le prophète Elisée ;
Les yeux du Dieu vivant sont fixés sur moi : dans
quelle profondeur de respect ne dois-je pas me tenir
devant lui? 'uivit Dominus , in cujus conspectu sto.
C’est ainsi que ce saint respect d’un Dieu présent '
nous accompagnera , nous pénétrera, nous soutiendra
dans tout; et à tous‘les momens, s’il le faut, nous
nous rappellerons cettcsalutairepensée : Je suis devant
Dieu, sous les yeux de Dieu : vivit Domin‘us, in cujlw
eanspectu s30. (Reg. 3.)
3° En méditant les grandeurs de Dieu, nous ap
prendrons à le‘ craindre. Cette méditation réfléchie
neus représentera sans cesse un Dieu infiniment saint ,
X
6 L-AME CONIEMP‘LANJ‘; '
qui déteste jusqu’à l’apparence du moindre péché; un
Dieu infiniment juste, toujours armé de la foudre
pour la lancer sur ‘les pécheurs qui l’outragent; un
Dieu souverainement puissant ,qui à chaque moment
peut nous précipiter dans les abîmes d’une éternité
malheureuse. A cette pensée, une juste frayeur'saisira
notre esprit, pénètrera notrecœur, nous portera à
l"exacte observation de la loi de Dieu, dans la crainte
de ‘nous attirer sa colère 2 Deum t'ime , et mandata ejus
observa ;_ c’est la leçon salutaire que nous donne le
sage, et que la méditation des grandeurs de Dieu ne
‘cessera ‘de nousprésenter, et qu’elle nous présentera
toujours avec un nouveau fruit et un nouvel avan
tage pour le salut et la sanctification de nos âmes.
4° Mais surtout la '\méditation des grandeurs de
Dieu nous apprendra à l’aimer. Bien de si vrai, Dieu
n'est pas aimé‘, parce qu’il n’est pas connu : on l’aimè
roit, si on le connoissoit; ce n’est que parce que cette
connoissance de Dieu est effacée de nos esprits que son
amour languit dans nos cœurs. Et si on le connoissoit
véritablement, pourroit-on ne pas l’aimer ardemment?
Comment ne pas aimer un Dieu souverainement bon ,
qui nous a aimés le premier, et qui nous a prévenus de
ses dons? Comment ne pas aimer un Dieu souveraine
ment aimable, qui renferme en lui-même toutes les
qualités dignes 'de notre amour?-'Comment ne pas
aimer un Dieu souverainement parfait, en qui se
trouve tout ce que le cœur humain peut désirer pour
fixer toutes ses affections, pour‘satisfaire toutes ses
inclinations, pour être en état de goûter toutes les
délices? ' o .
Et n'est-ce pas là ce _qu’éprouvoit saint Augustin ,
quand, dans ses méditations, il élevoit si souvent vers
LES GRANDEURS DE DIEU. 7
Dieu cette fervente prière, et lui demandoit avec tant
‘d’ardeur la grâce de le connoître, persuadéque cette.
conngissance’ produiroit infailliblement son amour :
iwver'im te, ut amem te, s’écrioit-il avec un doux et
inefl‘able transport. Que je vous connoisse, ô mon
, Dieu! que je Vous connaisse, afin que je vous aime :
la connoissance de vos grandeurs exciœra, animera,
enflammera tous mes sentimens. *
OIfi‘ons souvent à Dieu cette même prière, et de
mandons-lui cette même grâce; mais, pour’l’obtenir de
sa bonté, faisons ce qui dépend de nos soins’, médi
tons ses grandeurs; il nous arrivera ce quëÏarrivoit'au
prophète-roi : in. meditatione mea eæardescet. ignis
(Ps. 38. 4). Dans notre méditation , «un feu divin
s’allumera dans'nos cœurs, nos affections s’élèveront
vers Dieu, et Dieu daignera s’abaisser jusqu’à nous
pour nous attirer tous à lui : noverim le _. ut amem te.
-Il y a plus : cette connoissance de Dieu, cette mé
ditation de ses grandeurs seront pour nous la source fé
conde d'une infinité dïautr'es» biens, si, en mé‘ditant les
grandeurs de Dieu, nous avons le nheur de le mieux
connoître; dès-lors nousconnoîtr îapssi de plus en
plusla vanité de toutes leschoses humaines, et nous
en verrons le néant. Si, en médilant les grandeurs de
Dieu, nous apprenons à le respecter, d'ësulors nous
n‘aurons plus de lâche respect humain qui nous dé
grade, de considérations humaines qui nous captivent‘;
sortis de l’indigne esclavage des ‘hommes, nous joui
rons de la généreuse liberté des enfans de Dieu. "W"?!
Si, en méditant ses grandeurs, nous apprenons à le
craindre, dès-lors .nous ne craindrons plus ni les
hommes et les-événemens humains‘, ni les ‘revers et
les calamités temporelles, ni les maladies, m la mort,
9 . L’AME CONTEMPLANT
ni toutes les puissances conjurées de l’enfer. Qui craint
le Seigneur est délivré de toute autre crainte.
Si, en inéditant les grandeurs de Dieu, nous, ap
prenons à l‘aimer, et si nous avons le bonheur de
l’aimer véritablement, dès-lors nous sommes heureux
dès ce monde même, et dans cet amour nous avons le
gage assuré du bonheur éternel réservé dans l’autre.
Ne cessons pas de puiser dans cette source de biens,
elle est intarissable pour nous. Par la méditation des
grandeurs de Dieu, nous élèvercms nos pensées et nos
seutimens au-dessus du monde; nous ramplirons notre
esprit des grands objets.de la foi; nous animerons de
plus en plus notre cœur des flammes ardentes de la
charité; nous nous ‘unirons avec les Saints, continuel
lement occupés de ces grandeurs inell'ablcs; et, pour
dire quelque chose de plus, en méditant les grandeurs
de Dieu, nous ferons sur la terre ce que nous espérons
faire à jamais dans le ciel ;. nous nous occuperons dans
le temps de ce qui doit faire notre occupation dans_l’é
ternité : en un mot , en méditantles grandeurs de Dieu
durant cette vie, ous nous préparerons à le voir,
l‘adorer, à le peler à jamais dans l’autre.
On dira peut-être (car cette pensée pourrait encore_\
arrêter et inquiéter bien des âmes) : Il est vrai que rien
de si grand, de si utile, de si salutaire pounlhomme
que de contempler les grandeurs de Dieu. Mais est
ee qui peut aspirer à la hauteur de cette contemplation?
qui est-ce qui pourra s’élever à la sublimité de ces con
noissance's, porter ses regards sur cette lumière inac
cessible et envisager ce trône de gloire? Autrefois osoit
ou même approcher du buisson ardent de la montagne
fumante? D'alleurs I’Esprit saint ne dit-il pas que celui
qui voudra considérer de trop près la majesté suprême
4

LES‘ GRANDEU’RS DE DIEU. ‘9


sera écrasé sous son poids? qui scrutator es; majes
tatis, opprimetur à gloriä ( Prov. 5 Et quand même
quelques savans éclairés, quelques âmes sublimes se
roient capables de ces hautes counoissances, les âmes
communes et ordinaires sont-elles en état d’y atteindre?
les anges eux-mêmes se couvrent de leurs ailes en
présence de Dieu, que sera-ce donc de nous, créaturçs
mortelles, si au-dessous de ces célestes intelligences?
Je réponds et je dis : Oui, tout le monde estcapable I
de la considération des grandeurs de Dieu : les âmes
. même les plus communes peuvent y aspirer, et y sont
appelées selon leur portée et selon leur état; et quand
même toutes ne pourroient pas avoir de Dieu ces con
noissance si profondes et si relevées,toutescependant,
en considegant humblement ses grandeurs, en appré
heudant assez pour être en état de lui rendre les hom
mages que nous lui devons’ en qualité d’Etre suprême.
Je dis plus; souvent les âmes même les plus simples
et les plus humbles seront plus en état de recevoir les
impressions salutaires des grandeurs de Dieu que ces
esprits prétendus éclairés et sublimes. N’est-ce pas là
ce que nous assure Jésus-Christ même quand il dit à‘
à son Père? Je vous rends grâces, ô Père céleste! de ce
que Vous avez caché ces mystères aux sages et aux
prudens du siècle : abscondisl'i hæc à sapientibus; et
que vous les avez révélés aux petits et aux humbles de
cœur : et revelasti ea parvulîs. (Matih. 2.)
Il est donc vrai que toutes les âmes, et les plus
simples même, peuvent aspirer à la considération et à
la connoissance des grandeurs de Dieu. Quoi de plus
consolant pour ces âmes timides qui, dans ‘leurs priè
res, osent à‘ peine lever les yeux au ciel, se croyant
indignes de ses regards! '
O
1

no ' L’AME CONTEMRLAN'L


' Je sais quelles sont les menaces de l’Esprit saint;
mais sur qui tombent ces terribles menaces, sur qui
sont lancés ces foudroyans anathèmes, si ce n’est sur
ces'âmes curieuses et téméraires qui veulent pénétrer
les secrets de Dieu et sonder ses inefl'ables mystères?
Aines orgueilleuses, âmes audacieuses, âmes préso mp
tueuses;Dieu les éloigne de lui et s’éloi‘gne d7elles,ou ne
jette sur elles que des regards d’in‘dignation et de colère.
Mais, du reste, ce Dieu de bonté, loirn d’lnterdire et
de condamner le désir de le connoître, dans la vue de
l'adorer et de l’aimer, y appelle lui-même, et y invite
toutes les âmes, en les assurant que ceux qui s'appro- '
cheront‘ humblement de lui serontdivinement éclairés :
accedile , et illuminamini (P3. 33). Il ne le dit pas
seulement aux âmes sublimes, aux âmes parfaites; il
le dit à tous.
Approchons donc avec humilité, nous le devons,
mais aussi avec confiance, nous le pouvons; appro
chons de ce Dieu infini dans. sa bonté comme dans sa‘
majesté; méditons ses grandeurs ;_occupons-nous de‘,
ses perfections; élevons jusqu’à lui nos pensées, nos
actions, tous nos sentimens, puisqu’il nous invite
lui-même et qu’il daigne s’àaisser vers nous pour nous’
élever jusqu’à lui : accedite , etc.
Pourlaider cependant ces âmes timides qui sedé
fient d’elles-mêmes , et pour leur prêter quelque secours
capable de les soutenir et de les animer, je leur pré
sente, ici une courte, maisfervente prière, dont elles
pourront faire usage pour honorer les grandeurs de
l’Étre suprême.‘ '
' Quand,dans leurs méditations,elles n’auroient rien _
ä-‘dire; quand leur cœur, commeïuné terre sèche et
aride, ne leur fournñ‘oit rien pour être offert à Dieu,
nEs 'G'R'AND'EURS DE DIEU. . 1!
ne fisSent-elles', n’oll‘rissent-elles que cette humble
prière, j’ose espérer de la divine bonté, et j’ose leur
promettre en son nom que cette , v'è're glorificra Dieu,
sera agréée de Dieu, leur attireläes grâces de Dieu,
et leur tiendra lieu de bien d’autresprières devant
Dieu; qu’elles l‘oll'rcnt seulementdans les dispositions
que j’ai dit : humilité sincère, confiance entière, et
dès-lors qu’clles soient fermement assurées du succès
de cette prière offerte dans ces sentiinens. La voici : il
faut commencer par un acte d’adoration.
Je vous adore, ô mon Dieu! dans vos grandeurs et
vos perfecticns inc-fl‘ables; daignez en répandre les in
fluences salutaires sur moi et agréer l’hommage que je
désire leur rendre.
PRIÈRE abrégée pour honorer les perfections ado
rables de Dieu. ' _‘
Sainteté infinie deflDieu , purifiez-moi.
Sagesse infinie de Dieu, éclairez-moi. \
immensité infinie de Dieu, possédez-moi. , .
Providence infinie de Dicu,conduisez»n'1oi.
Puissance infinie de Dieu, soignez-moi. _
Bonté infinie de Dieu, attirez-moi. ' .
Patience infinie de Dieu, supportez-moi.
Miséricorde infinie de Dieu‘, ayez pitié de moi.
Justice infinie de Dieu, épargnez-moi. '
Etemité bienheureuse de Dieu, préparez-moi, ap
pelez-moi, recevez-moi. . o _ .
Dieu infini en toutes‘v‘vos pcrfections adorables,
premierprincipe, fin dernière de tout, soyez tout en
tous pour toujours. Ainsi soit-iL' _
En offrant à Dieu cette prière, arrêtez-vous quel—
ques Imomens après chaque aspiration, pour vous en
t
in L’AME CONTEMPÂLÀNT
occuper; tâcher‘. d’exciter dans votre cœur quelque
sentiment pour adorer la perfection divine que vous
invoquez'; priez rggmé suprême de vous occuper, de
vous inspirer elle ' e les sentimens que vous devez lui
offrir pour rendre hommage à ses inefl'ables grandeurs.

, La sainteté de Dieu.
‘DIEU est saint, et jusqu’où ne porte-t-il pas cette
sainteté inviolable?
llDominus (P3. 98);Il est
saintsaint en son
dans. lui-même,
nom , sanctus
nomen
sanctuin ejus (P3. 110); saint dans tous sesouvrages,
'sanctus in omnibus operibùs suis (Ps. Dieu est
saint, et, selon l’Ecriture, il portela sainteté jusqu’à
la magnificence : magnificus in sanctilate (Exod. I5 );
sa sainteté surpasse infiniment toute autre sainteté:
non est sanclus sicut Deus noster ( I. Reg. 2). Il est, .à
proprement parler, le seul qui mérite le nom de saint.
tu solus Sanctus. Est-ce même assez dire? et, pour ex
primer tout oe'qu’il est, ne faut-il pas ajouter que non
seulement Dieu est saint, mais qu’il est la sainteté
même, la‘sainteti'qiar essence, toujours vivante, a\
jamais suhsistante'? '
Dieu est saint et la source de toute sainteté. Tous
‘les Saints ne sont que comme autant de foibles ruis
seaux qui doivc'nt couler de cet océan immense, autant
e légers rayons qui doivent émaner de ce divin soleil
"de justice, La sainteté est quelque chose de trop divin
pour avoir un autre principe que Dieu. , .
Dieu est saint et le modèle de toute sainteté. Dans
fous les Saints on pourra trouver des modèles‘de sain
teté, mais modèles bornés, limités, toujours imparfaits ,
et, pour tout dire, modèles humains. Si on cherche le
n
LES GEAND'EURS'DE mec. il!
vrai modèle, le modèle par excellence, c’est dans Dieu
qu'il faut le trouver : sainteté sans nuage, sans‘alt'éra
,tion, sans ombre de Vicissitude et de changement.
Dieu est saint, et, Parce qu'il est saint, il est encore
le soutien et l’appui de toute sainteté. Dans le ciel, la
sainteté est ferme et solide, imperturbable dans son
repos; mais sur la terre elle est encore timide, chau
. celante, inconstaute; foible roseau, elle a besoin d’ap
pui pour se soutenir; or cet appui, c’est la sainteté
immuable de Dieu; et sans lui les saints exposés durant
cette vie à tant de dangers, assaillis de tant de tenta
tions, au milieu de tant d’écueils et de tempêtes, corn
ment ne feroientvils pas un triste naufrage sur la mer
orageuse de ce monde? '
Enfin Dieu est saint, et par-là même qu’il est saint,
il est la récompense et la couronne de ‘toute sainteté.
C'est lui-même qui en assure les saints : ego ero lnerces
1'estra(Exod. 2). Non, pour prix'dc leurs travaux, il
ne leur donne pas des sceptres, des couronnes, (les
trésors périssables; c’est lui-même qui sera à jamais
leur Partage; tout le reste n’a rien qui puisse les dé
dommager des sacrifices qu'il a fallu faire à la sainteté :
ils ont tout quitté Pour Dieu; ils doivent trouver tout
dans ‘Dieu, ils ne se sont Proposé que Dieu Pour
motif, ils ne doivent avoir que Dieuimême pour
récompense et pour terme. _ ""
Ames saintes, vous êtes aflligécs, éprouvées ,persé
cutees;\vous répanclez votre cœur en soupirs, vous
comptez vos m'oniens par vos larmes, ‘vous trouvc‘z
partout des épines semées sous vos lras : levure capira
vcstra (Lue. 2 ). Rassurez-Vous, consolez-vous, levez ,
levez. les yeux vers le ciel, voyez le Dieu saint il se
montre à vous ;‘il prépare votre couronne, il la tu?!“
L‘Anzo contemplant, etc. ':
14 DAME coNrEMrLANr.
suspendue sur vos têtes; encore quelques années d'é
preuves, quelques jours de combats, et la récompense
vous est assurée : c'est un Dieu saint qui vous a appelés
dans la voie; c'est un Dieu ma gnifique qui vous attend
au terme pour vous recevoir dans sa gloire.
Entrons encore plus avant dans ce grand sujet si
digne de nous et de Dieu._Voici les deux caractères
sacrés qui sont propres à la sainteté de Dieu, et qui en
font l’essence : d'une part, cet amour infini que Dieu‘
a pour le bien, et de l’autre, cette haine irréconcilia
‘ble qu’il a pour le mal; car voilà. proprement en quoi
consiste cette sainteté : amour infini du bien, détesta
tion souveraine du mal. ' ‘
Premier caractère_de la sainteté de Dieu : l’amour
infini qu’il a pour le bien, qui lui fait trouver ses déli
ces dans les âmes justes, qui lui fait regarder avec
complaisance tout ce qui dans‘elle a rapport à la sain
teté, l’intégrité des mœurs, l‘innocence de-l’âme, la
pureté inviolable du cœur. Delà ce nom sacré qui]
prend si souvent dans les Eeritures; le Dieu saint, le
Dieu des vertus, I’Agneau sans tache, le Dieu saint
par excellence, le Saint même des Saints, Sanctus
Sanctorum; de la ce cantique éternel par. où les élus
ne cessent de célébrer le Dieu trois fois saint, c’est-à
dire que, quoique Dieu soit grand, puissant, éternel,
immense, immuable, ce ne sont point tant ces perfec—_
tions,‘quoique infinies, mais surtout la sainteté qu’ils
célébreront éternellement dans la gloire : Sanctus ,
Sanctus, Sanctus, Domina; Deus Sabaoth (Isa‘. 5):
Saint, _Saint, Saint est le Dieu d’lsraël, le Dieu des
armées. \
&cond caractère de la sainteté de Dieu : la haine
infinie qu’elle a pour le mal; et jusqu’où ne‘la porte—
LES GEANDEUKS ne men. 13
t-elle I‘Jas'.l Considérons les effets terribles qu‘elle pro
duit et la terreur des jugemens qu’elle exerce.
C’est elle, c'est cette sainteté inviolable qui inspire
à Dieu cet éloignement, cette aversion, cette opposi
tion invincible qu’il a pour le péché, qui le lui fait eus
Visager avec ‘tant d'horreur, qui‘ le lui fait poursuivre
avec tant de rigueur; non, toute l’opposition qui se
trouve entre les ténèbres et la lumière, entre le néant
et l‘être, n’a rien de comparable avec l’opposition qu’il
y a entre le péché et la saintqté de Dieu; dans quelque
temps , dans quelque lieu, dans quelque personne qu’il
se trouve, cette sainteté, toujours armée , toujours
ennemie, le poursuit, le punit, le déteste; c’est un
objet d'indignation à ses yeux et d’exécration pour
son cœur : Dieu est la sainteté même; il se trouve des
taches dans les anges; les astres ne sont pas purs à ses
yeux; il jugera les justices mêmes, : ego justitias judi
cabo. (Ps. 81.)‘
C‘est elle, c’est cette sainteté divine qui inspire aux
âmes autrefois pécheresses, età présent pénitentes,
cet amour, cette ardeur insatiable de la pénitence qui
les porte aux mortifications, aux macérations, aux
austérités, aux rigueurs, jusqu’à déchirer leur corps et
à ensauglanter leurs membres; jusqu’à faire d‘elles
mêmes une victime continuelle, ou au Dieu des misé
ricordes pour toucher sa bonté, ou au Dieu des vcnn
geanccs pour; apaiser sa colère;.mais toujours au Dieu
saint, pour. venger sa sainteté outragée.
'C‘est encore parce que Dieu est infiniment saint
que, lorsqu’il voit dans les enfers le péché dominer
dans des âmes, et ces âmes hors d’état de le réparer,
quoique ces âmes soient son ouvrage, quoiqu’elles
aient été ses images, il consent à les voir à jamais éloiv
16 DAME CONTEMPLANT.
gnées de lui; il leg accable sous pesanteur de ses
coups; il les livre aux horreurs d'une éternité de tour
mens; et cela quelquefois pour un seul'péché, pour
un péché d’un moment; il me semble que je vois cette
sainteté outragée pénétrer, en qualité de vengeresse,
dans ces goufl‘res affreux, et là appelant à l’exécqtion
de ses redoutables ‘vengeances les regrets, les remords,
le feu, les flammes, la rage, le désespoir, la fureur;
elle les déchaîne contre ses coupables victimes pour
les tourmenter, sans que jamais elle se laisse fléchir
par leurs larmes, parce que jamais la sainteté ne pourra
entrer dans leur cœur. ,,
,C’ést toujours par llimpression. de cette sainteté que
le cœur de Dieu, quoique le cœur d'un père, paroît
insensible sur l’état de tant d’âmes qui souffrent, quoi
qu’il les aime. Je parle des âmes qui sont livrées dans
le‘ Purgatoire à un feu “vengeur; âmes amèrement gé-r
missautes, qui, pour avoir porté dans l’autre vie quel- '
que traces, légères dupéché, et qui, par conséquent,
pour avoir dans elles quelque légère opposition avec
la sainteté de Dieu, se voient éloignées de sa. face, re
léguées dans un lieu de supplices, où les douleurs les
plus vives déchirent un cœur qui aime et qui sent l’é‘
loignement de son bien-aimé.‘ Il faut que le péché ait
quelque chose de bien affreux, et la sainteté quelque
chose de bien terrible : Dieu voit ces âmes dans cet
état de souffrances, dans l’horreur des tourr'nens; il les _
voit, il les aime , et , malgré la tendresse deson amour,
il les laisse dans la rigueur des souffrances, les. appe
lant comme d’une main par l’attrait de ses perfections,
et‘ les
de repoussant
sa justice, de l‘autre
jusqu’à ce que,par
sa la rigueursoit
sainteté inexorable
entière-V

ment satisfaite : leurs peines ne diminuent point l'ar


‘IESGRANDEUKS DE DIEU. t7
(leur de leur amour; leur amour ne diminue point la .
rigueur de leurs peines; l’un et l’autre accomplissent la
plénitude de satisfaction que sa sainteté exige pour
être apaisée.
Que dirai-je encore? et la sainteté de Dieu porterais
't-_elle plus loin- ses rigueurs? Oubliez, s'il se peut,
tout ce que nous avons dit; c’est elle enfin, c’est tou
jours cette sainteté inviolable de Dieu qui semble
avoir méconnu Jésus-Christ même, le Saint des. Saints ,
cet aimableclacob, parce çu’il parut dans le monde
sous la peau d’Esaü, c’est-à-dire, sous les dehors du
péché; c'est‘ elle qui a fait un martyre de toute sa vie,
qui l’a livré à toute la fureur des bourreaux, qui a
comme présidé à toute la sanglante catastrophe de sa
passion; c’est elle enfin qui l’a vu attaché à la croix,
donné en spectacle à tout l’univers ; elle le voit, dis-je,
. dans cet état, sans paroître s’y intéresser et en être
touchée : il se plaindra, ‘ll demandera du soulagement,
sans paroître être exaucé; la sainteté, qui peut tout
sur le cœur de Dieu son père, s'y opposera, et lui fera
comme méconnaître ce tendre objet de ses complai
sances; non jamais ce Dieu saint, ce Dieu de. bonté ne
parut si inexorable à la voix ‘des .hommes; les cris de‘
tant de Saints aflligés j’avoient touché dans leur afflic
tion‘; et, comme si le Saint par excellence étoit indigne
d’être exaucé, à cause de l’apparence du péché qui le
couvre, il est affligé à tel point, que cette victime de‘
patience, cet Agneau sans tache se voit comme dé
laissé de son Père; il se plaint de cet abandon, et- il
meurt dans cet état de souffrances, comme délaissé
et livré à toute sa douleur : ut quid dereliquisti me!’
(Maflh. 27.)
I

:8 'L'AME CONTEMPLAN’R‘
| . _ ']
Élévation de cœur.‘
O sainteté de Dieu! que vos arrêts sént justes niaé
qu’ils sont redoutables! Qui de nous pourra subsister
' devant vous, êrDieu saint’, Dieu juste,'Dieu éternel?
votre sainteté est-elle m‘éditée dans'le mondeïest-elle
adorée?’ est-elle respectée? est-elle’ connue? Sainteté
inviolable, vous habitez une lumière ‘inaccessible,
vous êtes de
vircnnée assise sur unetfl‘espectables
sombres trône de feu, rtälèbres;
vous êtes qui
en

pourra subsister devant vous et approcher de ce. trône


de ‘gloire? ,
Ah! si nous méditions ces grandes vérités, ces 'vé-.
rite’s immuables, quels sentimens produir'oient-elles
dans nous ! quelles impressions ne feraient-elles pas
sur nous surtout .si nous pensions que 'c’est cette.
sainteté .inviolable de Dieu qui nous jugera tous .un
' jour! Oui, c’est cette sainteté si pure , si inviolable, si
ennemie'de tout péché, qui doit un jour entrer-en ca
jugement
.
redoutable avec
o
nous,qui
,
doit
.
sonder
.
le
fond de nos cœurs et de nos pensées, qui doit porter
‘ pour nous ou contre nous l’arrêt décisif de notre sort
éternel. .
Pensée terrible qui alarmoit autrefois le‘ prophète,
lorsque , dans la profondeur de‘ ses réflexions il venoit
‘à penser que c’est devant cette sainteté inviolable de
Dieu qu'il devoit paroître bientôt : man'è astabo tibi
( P3. 5 ), s’écrioit-il tout effrayé, tout alarnié. Sainteté
de mon ‘Dieu! bientôt, peut-être demain, paroitrai-‘je
devant vous! manè astabo tibi , et je verrai, et videbo.
Mais que verra-t-il donc dans Dieu qui soit capable de
le plonger dans ces vives alarmes? Versa-t-il l’éclat de
sa loire et l’appareil de sa majesté?‘ Mais il en avoit
‘ _
Les GttANDhUBS DE DIE‘L‘. .59”
souvent médité les grandeurs : verra-t-il les prodiges
de sa puissance? mille fois il en avoit considéré l’é
tendue. Que verra-t-il donc de'si extraordinaire pour
s’eli'rayer, se ‘troubler à ce point? Sera-ce la rigueur
inexorable .de sa justice, la fureur implacable de sa
vengeance? Elle est sans doute bien capable delalar
mer; mais il y a quelque chose de plus redoutable
encore, et dont l‘attente est encore plus formidable
pour'lui, c’est la sainteté inviolable de Dieu qui l’attend
au sortir de ce monde, et qui sera le premier objet qui
se présentera :Îlui dans cette nouvelle région‘ où il eu
trcra : et videbo. Je verrai un Dieu saint qui a une
horreur infinie pour le mal, qui déteste souveraine
ment le péché, qui est offensé par lÎombrc même et
l’apparence de tout péché : et videbo, quoniam Deus
non volens iniquitatem tu es. A cette vue, à cette
pensée, son esprit se confond, son imagination se
ti'ouble,'son cœur alarmé reste comme sans sentiment
et sans vie; il tremble, il gémit, il soupire, et ne peut
se rassurer dans la profondeur de ses ré’flexions. l,
Et Voilà ce que nous devonsnous dire à nous-mêmes
à la vue de cette sainteté ineffable de Dieu : Dans peu
j’irai paroître devant mon Dieu : mane‘ astabo libi. Et
je verrai, non plus seulement un Dieu grand, un Dieu '
puissant, éternel, immense, immuable; mais je verrai
' un Dieu saint; cette sainteté redoutable de Dieu que
1"aiourPeut-être
. si Pen connue #1ue. 'e n’aurai
. connue
i 9.ue
l'ofienser avec la uelle ’aura1 eut-etre une
P _ . 7 (l _I P _
opposition monstrueuse : et wdebo. Je la verrai, non
Plus P atiente
. 7 iniséricordieuse 7 P aisible 7 mais
_ armée
de toute sa colère et de toute sa fureur : et wdebo. Et
je ‘la verrai en ce terrible moment pour ne la revoir
peut-être jamais; elle paroitra un instant , et s’éclipsera
2p ,L'AME CONTEMPLANT
peut-être pour toujours à mes yeux : et videbo. Et.
quand sera-ce que je la verrai? hélas! peut-être dans
4 peu, peut-‘être cette année, peut-être demain : manè
adstabo tibi.
Fruit de cette considération. '
Quels sonLdonc les sentimens que nous devons.
prendre envers cette sainteté inviolable de Dieu? Les
voici : sentiment d’adoration,'sentiment de crainte ,
sentiment de regret amer, et en cqnséquence de désir
ardent d’être saint. Telles sont les impñssions qu'elle
doit produire dans nous.‘ '
1° Sentiment d’adoration : c’est le premier hom
mage que nous lui devons. Adorer dans la profondeur
de notre cœur cette sainteté divine que les anges
mêmes adorent dans la profondeur de leur anéantisse
ment, en chantant sans cesse ce cantique éternel à sa
gloire : Saint, Saint, Saint est le Dieu des armées, le
Dieu puissant, le Dieu fort, le Dieu des vertus :Sanc
tus, Sanctus, Sanctus.‘ _ '. _
2° Sentiment de crainte, et d’horreur du ‘péché :
comment ne craindrois-je pas de pécher sous les yeux
d'un Dieu infiniment saint, d’afiliger son cœur, de
blesser la sainteté de ses regards, et d’allumer entre
ses mains la foudre de sa colère? Ah? Seigneur, disoit
le prophète , pénétrez-moi d’une juste crainte : confige
timore tuo cames mens (P5. 1 1S) , et que cette crainte
salutaire mléloigne de tout ce qui pourroit Vous dé‘,
plaire et vous ofl'enser.
3° Sentiment de regret amer de n’avoir pas été
saint. Pour‘ qui mes yeux pourroient-ils s’ouvrir aux
larmes et mon cœur aux regrets, si ce n’est à la vue de
cette sainteté divine, si long-temps négligée, si sou
0 LES GRANDEUKS DIEU. a!
vent oubliée ,Ï‘outragée, prolauée? Ah! qui donnera à
mes yeux deux sources de larmes pour pleurer mes
égaremens et réparer mes malheurs?‘ '
Mais surtout désir ardent dfêtre saint, et aspirer à
toute la sainteté‘où Dieu nous‘ appelle : ,il' me semble
que dans ce moment la sainteté de Dieu fait entendre
sa voix ‘et nous dit : Soyez saints, parce que je suis
saint : sancti ,estote , quortiam ego sanclus sum.
' (Levit. '14.)
Saints dans nos pensées; n’en formons aucune qui
ne soit digne de Dieu, et. en état d’être agréée à ses
yeux. A p' ’ ‘' _
_ Saints d‘ansnosÏparoles; n’en pronooçons jamais
qui puissent blesser. cette sainteté inviolable, et qui ne
‘soient ‘dignes’de se faire entendre jusqu’au pied de son
trône. . ' .
Saints,’ dans nos afl'ections; ne la grâce les inspire;
que ta pierra; anime ,‘que la (dliarité les ca‘nsacre.
Saints dans nos actions; souvenons-nous qu'elles
doivent toutes être un=jour pesées dans la balance du
sanctuaire.
Saints dans toute notre conduite; qu’elle soit l’ex- ;
pression fidèle de l’Homme-Dieu, et qu’elle grave, dans
‘nous les traits; de sa sainte ressemblance.
‘ 7 Soyons saînts';Dieu’nous le dit àtfllsisancti esters.
Cependant, quoique tous doivent aspii‘er à la sainteté,
‘y. ‘en a, qui, à. plusieurs titres, y sont encore plus
spécialement obligés " 'e'l‘çs autres. ' '
10 Ceux qui ont reçu de bien plus de grâces; il est
évident qu’On demandera plus à ceux qui auront plus _
reçu“. il y a des âmes qui" ont reçu des grâces capables
de sa’nctifier des‘ nations‘erftié'res. Les préserve le_ ciel
d'aller paroître, devant‘Dîeifdä'n‘s‘tout autre état.que
n . L‘AME CONTEMPLANÏ
celui de ce degré de sainteté, sans quoi il n’y aurait
peut-être jamais de salut pour elles! .
2° Ceux qui ‘ont eu le malheur de commettre de
plus grands péchés ;. obligation spéciale pour'eux de
les réparer; ils ont mené une vie plus coupable, qu’ils
aspii‘ent à une vie plus sainte; ils. ont été de grands
pécheurs, qu‘ils tâchent de devenir de grands saints.
30 Ceux qui se sentent plus particulièrement ‘attirés
de Dieu, et qui éprouvent continuellementun attrait
intérieur plusmarqué: il y a des-aines ‘ uegDieu ap
pelle sans cesse; il les invite, il _les 50 icite“, iljles'
presse; toujours quelque nouvelle lumièrequiécla'ire
leur esprit ,j ‘toujours ,quelqueànopvelleï ouc'tion ‘qui
.touche leur coeur; marque, évidente que'Dieu .a des
vues de miséricorde'spéciale sur elles. Quel malheur si
elles négligeoient de les seconderlfià quoi vdevroieute
files s’êttçnée zârrsès<7 dessinées
F‘W‘I‘Mi rr-z' .
- magmas
». zari‘iîon us: 23ml) amis”: i‘
.‘r J .:-= ‘.0 ."ŸRÊËEŸ-IHI 9'11‘; t "'1' î1""''xn

\ Seigneur , mon Dieu, je.,n‘aj,_qu’un désiré former


en ce monde; accordez-moi la grâce de ‘travailler eflj
cacement à devenir saint. sur laterrc, afin que vous
m’accordiez ‘lel‘nbeur d’zétre un nombre des
Saints dans le cléîl'z æternafa‘c cana‘
gloriâ numerarLHé'lasl jusquÎàl-présent'à,S'fg‘açlisgtuis in
‘titre’ ai:
je pu l’espérer'? en quoiai-je'giiii'itéles vertus dÊs Saints
our mériter d’avoir la, le ‘gloire? Mon. Dieu ,
lloubli de la sainteté par le ‘passé fait le sujet de ma
juste douleur; mais à l’avenir le desir et lesoin de la’
sainteté seront la grandefet, autant que jepourrai,
Tunique
. .j
occupation
. A‘ x
de magvie.
. '»
Ainsi soit-il.
v’

.4
L'ESJGRANDE‘URS DE DIEU. 23
‘ 1

La bonté de Dieu et son amour pour ses créatures.

LA bonté est une perfection si essentielle à Dieu,


qu’elle semble faire son caractère propre et son attribut
le plus cher. Telle est l’idée que nous en avons nous-
mê‘mes ;. quand nous parlons de Dieu, nous disons tou
jours , Le bon Dieu, la bonté de Dieu, l'Etre infiniment
bon, la bo'hté par essence. Il semble même que cette
. perfection est celle dont Dieu se glorifie le plus et dont
son cœur est le plus flatté : il est glorifié quand on
l’appelle le Dieu fort, le Dieu puissant, le Dieu des
vertus, le Dieu des armées; mais le nom dont il semble
être plus jaloux, et dont il’ se regarde comme plus bo
noré, c'est celui de ‘la bonté, de l’Être souverainement
bon, et la bonté même.
La bonté de Dieii, considérée en elle-même, est
une inclination naturelle à se communiquer à ses créa
tures, à leur faire du bien, à répandre sur elles ses
faveurs; et comme l’essencej divine est infinie dans ses
perfections, Dieu seroit porté à une communication‘
infinie de lui-même; mais comme les créatures limi
tées n’en sont pas capables, Dieu, par les efl‘usions de .
sa bonté, se communique à elles selon leur capacité,
leur utilité, leurs besoins; la rosée céleste seroit infini
ment abondante, si la terre étoit en état de la recevoir.
De cette bonté infinie de Dieu naît d’abord l'amour
immense qu’il a pour ses créatures; de, cet amour
immense proviennent ensuite tous les biensqu’il leur
communique; enfin, en vertu de ce même amour,
tous ces mêmes biens doivent revenir et retourner à
Dieu, comme à leur fin ;' car, de même que l'amour
qui procède de Dieu descend et se répand sur les créa‘
‘1
a4‘ L’AME CONTEMPLANT
tures, de même aussi cet amour divin les rappelle et
les élève toutes à l'éternelle bonté‘ dont‘elles sont
émanées; ainsi, par une communication réciproque,
l'amour engage Dieu à descendre aux créatures, et
porte les créatures à s’élever à Dieu : en ce sens, que
l'amour divin est appelé extatique, parce qu’il trans
porte la personne qui aime à celle qui est aimée, c'est
à-dire, ‘Dieu à la créature, et la créature à Dieu , avec
cette différence essentielle néanmoins, que, quoique
l'amour fasse descendre Dieu vers les créatures, il n'y
descend que pour les rappeler elles-mêmes à lui, afin
que les créatures, rappelées à leur centre, se reposent
à jamais dans lui, et qu’il n'y "ait plus qu'un seul et
même amour qui les unisse à jamais.
Nous avons dans le soleil une image naturelle des
effets de cet amour réciproque deÛieu envers les créa?
tures, et des créatures envers‘ Dieu. Le soleil, dit
saint Grégoire, est, en quelque manière, dans les
choses insensibles, ce que Dieu est dans les créatures
intelligentes’ : le soleil produit d'abord la lumière avec
la chaleur; cette chaleur purifie, subtilise les vapeurs
de la terre, ensuite elle les élève vers le ciel; ainsi en
est-il del’am‘ur de Dieu : il se répand d'abord sur les
âmes par la lumière ;. ensuite il produit le feu de l'a
mour; cette chaleur divine purifie, spiritualise de plus
en plus ces âmes, et, les ayant dégagées de tout ce
qu'elles avoient de terrestre, elle les élève à Dieu pour’
les réunir à jamais à ce divin soleil de justice, dont
elles sont devenues une image vivante ‘et éclatante
qui doit briller durant tous les Siècles. Tels sont les
.efl'ets de la bonté ‘de Dieu, tels sont les prodiges ‘de
i’amour’divin. _
Pour en mieux connoître encore toute la grandeur,
LES G'RANDEURS DE DIEU. V 25

considérons-les sous différens points de vue, tous plus


capables les uns que les autres de nous donner' une
grande idée de l‘amour et de la bonté infinie de Dieu;
c’est-à-dire, considérons, 1° la majesté suprême de
celui qui aime; 2° la bassesse de ceux qu’il aime; 3° la
grandeur des biens qu’il leur communique en les
aimant; 4° la manière spéciale dont il leur témoigne
son amour; 5‘9 le motif et la fin pour lesquels il les
aime. Dans tout cela comprenons combien admirable,
combien inefi‘able est la bonté de Dieu dans l’amour
qu'il nous porte.
Admirons en memier lieu la majesté et la grandeur
de celui qui daigne nous ‘honorer de .son amour est de‘
sa bonté; ce n’est pas seulement un roi de la terre, un
ange du cielèc’est le Dieu du ciel et de la terre luis
même; un Être suprême, immense, infini; et cet
amour qu’iLnous porte n’est pas seulement commencé
dans le temps, mais conçude toute éternité. Dieu nous
dit à tous : in charitate perpetuä dileæï te (Jerem. 31).
Or quelle gloire, quel bonheur pour nous d‘être ainsi
aimés de cette majesté souveraine! Dans la cour des
rois, les courtisans portent tous leurs vœux et font tous
leurs efforts pour avoir les bonnes grâces et les faveurs
de leur prince, parce que cette faveur non-seulement
les honore et les distingue, mais encore qu’elle les
comble de biens : que si la fiaveurd’uu homme morte!
et semblable à nous est si estimée, si ambitionnée , que '
sera-ce donçde la tendresse et desfaveurs d’un Dieu?
puisqu’autant que les choses célestes sont au-dessus
des terrætres, les divines au-dessus des humaines, les
éternelles au-dessus des temporelles, autant l’amou-l'
d’un Dieu est-il audessus de tout ce que nous pouvon!
désirer et concevoir en ce monde. a
L'Ame cantcmpllm , dt. ‘ 3
1
:6 LI’AME CONTEMPLANÎ t
Mais encore qui sont ceux à qui ce Dieu de bonté
daigne accorder sa tendresse et sonpœur? Des hommes
mortels, toujours imparfaits, toujours remplis de dé
fauts et sujets à une infinité de misères; souvent même
des hommes ingrats, superbes,.rebelles, privés de tout
bien, portés en tout temps au mal. 0 bonté ineffable
d'un Dieu, d'abaisser ses sentimens à des êtres si mé—_
prisables ' et si indignes! Si un puissant monanquê
élevbit une personne d'une condition vile , une pauvre
esclave à la dignité éminente de son épousej, de la
bien-aimée de son cœur, qui est-ce qui n'admireroit
pas le bonheur et l'élévation d'un teLsort? Or tous les
hommes sont infiniment moins aux yeux de Dieu que
cette esclave le seroit aux yeux de son roi. Ce sont
cependant ces hommes mortels, imparfaits et remplis
de misères, dont Dieu a fait l’objet de sa tendresse et
de sa bienveillance. Ah! Seigneur, s'écnioit le pro
phëte, qu'est-ce que l'homme pour que vous daigniez
penser à lui, l’élever à un si haut point d'honneur
et de gloire? quid est homo, quia memor es ejus?
(P3. 8.) '
Considérons encore quels sont les grands biens que
Dieu nous communique et qu’il nous prépare en con
séquence de son amour. Le premier, et celuiqui est la
source de-tous les autres, c'est de nous destiner à la
possession de son royaume céleste; et pour nous ÿ
disposer et nous en rendre dignes, que de grâces, que
de lumières, que de faveurs ne nous accorde-t-il'l pas!
C‘est peu d’avoir donné àl’bomme la ‘possession de ce
monde et de tous les biens qu’il renferme; il nous a
encore préparé dans l'autre des biens immenses et un
bonheur sans fin. Oui ,‘tout ce que nous voyons, tout
ce que nous avons, tout ce que nous sommes, tout ce
/

LES GRANDEUPJ DE DIEU. 37


que nousespérons, toutes choses, en un mot, sont
autant de dons de la main de Dieu, et tous ces dons
autant fie témoignages de sa bonté; et comme si tout
cela ne sufl‘isoit pas encore à son amour, après nous
avoir tout donné, il se donne enfin lui-même à nous;
ensorte qu’en ce point, sa bonté, tout infinie qu’elle
est, ne sauroit aller plus loin et ne pourroit rien de
plus en notre faveur. ,
Comparons donc, ce que le monde donne ou peut
donner à ses sectateurs; et nous verrons combien tout
cela est vil et méprisable en comparaison de ce que la
bonté de Dieu nous fait espérer. Et cependant ce sont
souvent ces biens fragiles et‘î‘périssables du monde
auxquels on s’attaglie préférablement aux biens véri
tables et permanens que Dieu nous assure. O aveugle
ment de l’esprit! ô égarement déplorable du cœur
humain.l a
Une autre considérati'on bien digne de Dieu, c’est
la manière dont il nous aime et dont‘ il veut bien nous
témoigner son amour; il nous ,aime non-seulement
comme un roi aime ses sujets, comme un maître aime
ses serviteurs, comme un ami aime ses amis; mais
il nous aime comme un père et le plus tendre des
pères aime ses enfans; il veut que nous l’appellions du
doux nom de père; il veut nous faire héritiers de son
royaume et participans de tous ses biens célestes; et,
pour nous mieux témoigner son amour, comme par
notre nature nous étions si éloigés et si au-dessous de’
lui, il a daigné porter l'excès de sa bonté jusqu’à nous '
envoyer surlla terre son propre Fils, afin de nous
adopter tous dans sa personne, ‘nous rendre ses cohé
ritiers et nous associer un jour à sa gloire et à sa cou
tonne. 0 amour! ,6 tendresse! dans quel autre cœur
a8 “ L’AME CONTEM-PLANT.
que dans un cœur tout divin peut-on trouver un tel
excès de bonté? .
Enfin considérons les motifs et la fin pour lesquels
Dieu nous aime, etce qu’il se ‘proposeen nous aimant;
ce n’est sûrement pas pour son intérêt propre : infini
ment heureux par lui-même, et se sufiisant pleine ment
tout à lui-même , quel intérêt pu urroit-il avoir à aimer de
foibles créatures qui n’ont d’eiles-mêmes d’autres fonds
que leur misère; des créatures indigentes de qui il
n'attend rien, et à qui il donne tout; des créatures
foibles qui ont besoin de réclamer à tous les instans
son secours et son assistance? C‘est donc dans lui un
amour purement gratuit, qui n’a en vue que notre
avantage et notre propre bonheur, ç’est-à-dire, qu’il a
puisé dans'lui-même et dans sa seule bonté les motifs
de son amour pour nous. C’est cet amour qui l’a en
«gagé à. ouvrir
.
en . notre faveura les
I '
sources
.
inefl'ables de
, ses divines lumières et les tresors immenses de ses
grâces {pour nous conduire dans la voie, afin qu’un
jour nous arrivions heweusement au terme prépare
aux élus à la fin de leur course.
Je ne me lasse point de contemplervotre bonté, ô
mon Dieu! je l’ai considérée dans elle-même et dans
ses efl‘usions inefi‘ables; je la contemple à présent
dans ses sacrés caractèresjet quels nouveaux prodiges
ne me présente-t-elle pas encore sous ce point de vue I
Dans son étendue, elle est universelle : elle n’est
bornée ni par les temps, ni par les‘lieux}, ni par au
cune acception de personnes; qui est-ce qui ne la res
sent pas sur la terre? et qui n’en a pas éprouvé vles
effets? "eus êtes le Dieu des petits aussi-bien que des
grands; bon envers tous, vous donnez à tous une
place dans votre cœur, et personne n’cst exclus de la
tendresse de vos sentimens.
r
l/ .
LES GRANËDEURS DE DIEU. 23
Dans ses prévenances, elle est gratuite : vous nous
prévenez, vous faites vous-mêmes les premières avan
ces, vous nous demandez notre cœur; irions-nous
jamais à vous, si vous-même ne veniez à nous, et si
votre grâce ne préparait les Voies?
Dans ses dons, elle est magnifique et infiniment
libérale : grands du monde, riches de la terre, souvent‘
plus vous êtes riches , plus vous êtes resseh'és; quand
la fortune vous a mis en état de tout pouvoir, vous
dites froidement ne vous ne .
ouvez rien.o Pour vous 7
mon Dieu, vous prodiguez sans cesse vos dons; après
mille profusions’, vous nous donnez toujours, comme
si vous n‘aviez rien donné; vos sentimens sont aussi >
inépuisables que vos trésors. .
Dans sa patience, cette bonté est inaltérable : vous
nous appelez à la pénitence, et vous nous attendez
des années entières; prompt à récompenser, lent à
punir, vous faites souvent gronder le tonnerre pour
avertir, mais rarement vous lancez la foudre pour
frapper; et dans le temps même que nous formons
contre vous des projets de révolte et de perfidie, vous
ne formez sur nous que des pensées de salut et de
paix. ‘ ' n '
Dans ‘sa tendresse, elle est toute paternelle : âmes
a'filigées, rentrez dans votre cœur, vous'y trouverez le
Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation.
Pauvres, si vous gémissez dans une chæimière, vous
1’): ‘trouverez compatissant à vos peines; coupables et
criminels même, si vous êtes dans le fond d’un cachot ,
il y descendra avec vous pour vous y soutenir et porter
la lumière et la consolation dans vos cœurs.
Dans sa durée, bonté constante et invariable : avec
le temps, les hommes se lassent; ils ne sont plus pour
1 I ' 3.
3o L’AME CONTEMPLANT;
nous cequ’ils étaient; ils changent de sentimens quand
nous changeons de fortune; dans nos malheurs nous
ne les trouvons plus; jamais vous ne vous lassez, ô
mon Dieu! depuis le premier moment de notre nais
sance, votre bonté nous accompagne jusqu'au tom
beau, sans jamais se lasser, se rebuter, s‘épuiser.
O bonté; ineffable! (L bonté adorable! êtes-vous
connue'Lêtes-vous aimée? Quand est-ce que ie coni
mencer‘ai enfin à vous connoître et à vous aimer?
Fruit de cette considération.
I" Un amour tendre, sincère, surtout eflicace envers
Dieu. Nous comprenons 'tous que nous devons aimer
Dieu; nous disons souvent à Dieu que nous l’aimons :
Mon Dieu, je vous aime, je vous aime, de tout mon ’
cœur. Mais est-ce bien notre cœur qui le (lit? Aimons
nous Dieu véritablement? l’aimons-nous sincèrement?
l’aimons-nous eflicacement? Si nous l’aimions véris
tablement , nous garderions ses commandemens ,
nous craindrions souverainement de lui déplaire ,
nous profiterions de toutes les occasions de lui té
moigner notre amour; ces sentimens vivent-ils dans
nos cœurs? Ahl mon Dieu, vous ne m'avez mis au
monde que Pour vous aimer, et peut-être ne vous ai-ja
Iamais aimé comme je le dois; eh! quel seroit mon
malheur si je ne vous aimois pas! Aimons donc le Sei
gneur; aimons cette bonté ineffable qui réunit en el'le
toutes les perfections dignes de notre amour; aimons
cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle
qui fait les délices des bienheureux dans le ciel; aimons
cette bonté éternelle’, et faisons en ce monde ce que
nous espérons avoir le bonheur de faire à jamais dans
l’autre. '
LES GRANDEURS DE DIEU. ' 31
2° Une reconnoissance éternelle. Est-il possible
que,comblés comme nous sommes des bontés de Dieu ,’
nous soyons si peu sensibles à ses bienfaits,‘ si peu
touchés de ses dons? Quelque grands que puissent
être les sentimens de notre reconnoissance, égaleront
ils jamais la grandeur de ses grâces et de ses faveurs?
Qu‘avons-nous que nous ne tenions de lui ? etque n’a
t-il pas droit d‘attendre de nous? Mais telle est la per
versité de notre cœur, loin d'y être sensible et d’en
‘profiter, nous les méconnoissons, nous leur résistons,
nous en abusons, nous en venons jusqu’à tourner les v
dons de Dieu contre Dieu même : monstry d’ingrati
tude! ne mériterions-nous pas que Dieu fit tarir envers
nous la source 'de ses grâces? Air! ranimons nos senti
mens envers Dieu, et faisons en sorte que plus notre
'ingratitude a été grande, plus aussi les sentimens de
notre reconnoissance soient vifs‘, généreux et cous
tans. - '
3° Un zèle ardent pour sa gloire. Quand on aime ‘
véritablement, on est vivement intéressé pour la per
sonne qu'on aime : le sommes-nous pour Dieu? cher
chons-nous à le faire connoître, à le faire'adorer, ser
vir et aimer? Sommes-nous touchés et affligés quand
on l’olfense? Nous conjouissons-nous avec lui quand
‘on l’honore, quandon le serti? Entrons-‘nous en part
des œuvres qui contribuent à sa gloireiHélas! que
voit-on souvent au contraire dans nous! et'peut-on ne
pas gémir en voyant dans nos cœurs et'dans toute
notre conduite cette indifférence coupable, cette in
sensibilité criminelle, ce‘te langueur mortelle pour tout
ce qui intéresse le service et la gloire de notre Dieu?
Ah! que les Saints avoient bien d’autres sentimens!
I610 zelatus sum , s’écrioit Qavid : zelus domüs tu!’
32 L’AME CONTEMPLANT
'comedit me (P3. 68 ). Je suis embrasé de zèle‘, ô mon
Dieu! le zèle de votre gloire et de votre maison me
dévore. Ah! c’est que les Saints aimoient Dieu, etque
nous ne l’aimons pas; quoique sans se rebuter de nos
infidélités et de nos résistances, à tous les momens 1‘!
nous invite , il nous presse de "lui donner notre cœur :
fili, præbe cor tuum mihi (Prov. 23). Qui, grand
Dieu, ce nÎest pas assez pour vous d’être} le Dieu fort,
le Dieu puissant, le Dieu des armées, vous voulez en
core être le Dieu de mon cœur, et que ce cœur ne res
pire plus que pour vous“
‘ Élévation de cœur.
Que la douceur (le votre esprit et la tendresse de
votre cœur sont grandes envers vos créatures, ô mon
Dieu? quàm dulcis est, Domine, spirilus tuus." Et
que! sujet de contemplation ldélicieuse votre’bonté Ëne
donne-t-elle pas aux hommes sur la terre, et aux anges
dans le ciel! Infiniment heureux par vous-même, et
n’ayant besoin de personne, vous avezfltiré du sein du
néant ,‘ou plutôt du sein de vos rniséricordes‘, des créa
tures intelligentes, capables de vous connaître, de
vous aimer et de vous posséder; c’est-à-dire, que votre
amour immense, ne pouvant se contenir en lui-même,
a formé des êtres à votre ressemblance pour les rendre
heureux de votre bonheur. ‘ ,
Quel monarque assez puissant et assez bon sur la
terre a jamais pensé à'élever ses sujets à la participa
.tion de son royaume et à la communication de son
trône en daignant les y faireasseoir avec lui? encore
ne seroit-ce là qu’un homme mortel qui éleveroit des
hommes mortels comme lui. Votre bonté a fait plus , ô
mon Dieu! étant infini par essence et infiniment au’
LES GRANDisUus DE D:IEU« '33
dessus de tout être, vous avez daigne’ comme associer
à votre,royaume céleste des créatures foibles et misé
rables, et, en les élevant à vous, les rendre immor
telles et heureuses avec vous. Ah! c’est qu’en effet le
propre de la véritable grandeur et de la bonté , c’est de
s’abaisser vers les choses les plus basses; d’élever les
. humbles, de fortifier les foibles, d’animer les languis
sans, et de {faire éclater la plus grande richesse et la
plus grande abondance là même ou la misère et l’in-.
digence étoient plus grandes et plus profondes.
Grand Dieu! vous êtes vénilfi'blement un amour
tout-puissant, une vertu bienfaisante, un feu dévo
rant : vous créez ‘des êtres pour leur communiquer le
vôtre , vous les éclairez pour vous connoitre; vous les
embrasez pour vous aimer; vous les dilatez pour vous _
recevoir; vous les sanctifiez pour vous posséder; vous ‘
les divinisez en quelque manière pour vous les unir;
vous animez leur zèle pour vous désirer; vous soute
nez leurs efforts pour vous chercher; vous dirigez leurs
pas pour vous trouver,“ quand ils vous ont trouvé,
vous inondez tellement leurs cœurs, vous remplissez
tellement leurs desirs, qu’ils n’ont plus rien à Voir, ni
à désirer, ni à espérer hors de vous; et quels biens‘
pourroient-ils désirer dans la plénitude de'tous ‘les
biens? 1 4
Dieu de bonté par excellence, Dieu d’amour par
essence, embrasez nos cœurs du feu de ce divin amour ;'
allumez dans nous ce divin incendie, en sorte que, dès‘
à présent, nous ne voyion's , nous ne d'ésirions, nous ne
goûtions que vous; que cet amour puissant nous ar
rache à nous-mêmes pour nous transformer en vous;
que, nous oubliant saintement nous-mêmes, nous ne
nous occupions que de vous , nous ne vivions que pour
34 _ - L’AME CONT'EMPLANT
vous; que cet amour, plus fort que la mort, nous fasse
surmonter tous les obstacles, affronter tous les dan
gers, offrir généreusement tous les sacrfiices pour
rocurer votre gloire; qu’il change pour nous toutes
fis amertumes spirituelles en douceurs, et toutes les
douceurs profanes en amertumes; que, par cet amour
infini, vous seul soyez notre vie, notre paix, ‘notre
consolation, notre joie; puisque vous seul, 6 amour
suprême, ô bonté souveraine! devez être notre éter
nelle félicité.
. I ’

PRIÈRE et acte damour.


0 Dieu, infiniment saint, aimable et parfait, Être
suprême, principe de tous les êtres! je vous aidemandé
jusqu’à présent bien des grâces; je vous en demande
aujourd’hui une préférablement à toutes les autres, la
grâce de votre saint amour. Oui, mon Dieu! je le
désire, jevvous le demande instamment : faites que je
vous aime’ de tout mon cœur, que je vous aime par
dessus toutes» choses, que je vous aime uniquement
pour l’amour de vous-même, que je vous aime jus
qu’au dernier soupir de ma vie, et que je-ne cesse de
vivre en ce monde que pour vous aller aimer encore .
plus purement, plus ardemment et plus parfaitement
dans l’autre! Ainsi soit-i1.
/

La puissance de Dieu.
DIEU est le tout-puissant par excellence, et toute
autre puissance ne peut étrequ’une légère émanation
de la sienne; non-seulement la puissance est un attri
butessentiel à‘la Divinité, mais c’est même, en un
sens, le plus éclatant et celui qui nous frappe plus
‘L'ES GRANB'EURS DE DIEU. 35
sensiblement à la vue des merveilles étonnantes qu'il a
opérées ‘la seule création de l'univers sufliroit pour
nous donner la plus grande idée‘ du pouvoir infini de
' Dieu.
Quel être que celui qui a créé toutes choses de rien , ,
qui a fait entendre sa voix au héant, qui commande
aux choses qui ne sont pas comme à celles qui sont!
E‘ pour tirer ce monde entier du sein ,du néant, que
lui en a-t-il coulé? qu'a-t-il fallu? diæit , et farta sunj't ;
mandavit, et creata sunt (P3. 32). Il a dit, et tout a
été fait; il a commandé, et tout a été créé ;.7 à sa seule
parole , au moindm signe de sa volonté, dans un‘.
inlstant, tout ce qui n’étoit pas a été; du sein même
de ce néant stérile sont tout à coup sortis les ouvrages
les plus merveilleux, les Productions les plus éton
nantes; et cela sans peine, sans secours, sansobstacles;
vouloir et exécuter, commander et être obéi, ce fut
toujours une même chose pour Dieu, quand il a voulu
parler et commander en maître absolu.
Cette terre que nous habitons nous paroit quelque
chose de vaste et d’immense dans son étendue; et ce
pendant cette terre n’est qu’un point, un léger atome
en comparaison du reste de l’univers. Quand,‘ avec un
esprit réfléchi, on considère ces globles immenses qui
roulent sur nos têtes, ces astres éo‘latans qui brillent à
nos yeux, ‘ce nombre innombrable d’étoiles qui, sem
blables à une milice céleste , marchent comme en
ordre de bataille rangée; quand surtout on vient à
penser à la grandeur prodigieuse, à l'éloignement im
mense, au mouvement rapide et inconcevable de tous
ces grands corps; ces étoiles fixes placées dans le fir
mament comme autant d'autres monde infiniment plus
vastes que celui que nous habitons; ‘cette machine
36‘ DAME CONTEMPLAN'I‘: '
immense de l'univers entier comme balancée dans les
airs, sans autre soutien ni appui que la min même
qui l’a fermée et qui la tient comme suspendue sur
l’abîme du néant d’où il l’a tirée : ‘quel spectacle pour
des yeux attentifs!
Dieu a créé ce monde, et dans un instant il pourroit
en créer un autre; que dis-je? il pourroit créer des
millions de mondes plus‘grands, plus vastes , plus nær
veilleux que celui qui cause notre admiration et notre
surprise : de mêmeque, dans un instant et par un seul
acte de volonté, il pourroit l’anéantir et le faire dispa
roître comme si jamais il n'avoit‘xisté. -
Riches du siècle, rois de la terre, monarques et
potentats, qu’êtes vous devant Dieu? on vous appelle
grands, puissans,‘ dominans; peut-être vous regardez
vous vous-mêmes comme tels; hélas! qu’est-ce‘que
toute votre puissance et votre grandeur auprès‘de la
grandeur et de la puissance infinie de Dieu? Vers de
terre, foibles atomes, peu au-dessus du néant, recon
uoissez votre petitesse et votre foiblesse; vous êtes '
placés sur des trônes, vous bâtissez des palais, vous
construisez des monumens, vous levez des armées,
vous faites des conquêtes, vous fondez des empires :
là-dessus on vous croit quelque chose de grand, on
vous exalte, on vous encense, on vous regarde comme
les dieux de la terre; mais qu’est-ce que tout cet éclat
de puissance apparente , qu ’un fonds de foiblesse réelle?
Dans toute votre puissance et votre grandeur qu’y
a-t-il de bien personnel qui soit à vous, qui soitvéri
tablement vous? Pour bâtir des palais, il vous faut des
mains étrangères; pour lever des armées, il vous faut
des soldats; pour faire des conquêtes et fonder des
empires, il vous faut des combats et des victoires;
LES G'RANDEUBS DE DIEU. 37
tout cela n'est point vous;'ce sont vos trésors, vos
sujets, vos soldats, vos armées, et sans eux vous. ne
pouvez rien. Dieu est tout et peut tout'par lui-même,
et sans secours il exécute tout; il n’a besoin ni de
sceptres, ni de couronnes‘, ni ’de trésors, ni de sujets,
ni d'armées; il se suflit à lui-même, il tire tout de son
fonds : Dieu est le seul grand, le seul puissant, le seul
élevé au-dessus de toute-puissance et de toute gran
‘deur : tu solus Dominus, tu sofas altissimus. Tout le
reste disparoît à ses yeux et retombe dans le néant
d'où le Tout-puissant l’a tiré pour sa gloire.
_ Et quand ces hommes prétendus puissans, abusant
du pouvoir que Dieu leur a communiqué , ont l'audace
de vouloir ‘s’élever au-dessus de ce qu’ils sont, et in
mlter en quelque manière à la Divinité, que faut-il à
Dieu pour arrêter leurs projets et les faire rentrer '
dans leur néant? Que faut-il à Dieu pour arrêter l’an
dacieux Pharaon? une armée d’insectes. Que lui faut-il
pour terrasser le présomptueux Holopherne? la foiblo
main d’une femme. Que faut-il pour renverser une
statue immense, figure dun orgueilleux Nabuchgdo
nosor? une petite pierre qui se détache de la montagne
et qui réduit 'en poussière ce colosse de grandeur et de
présomption.
Elevez-vous, oubliez-vous, foibles mortels! si le
Tout-puissant le veut,vous ne serez plus que des in-.
sectes rampans. Grands de la terre, vous régnez sur
des peuples, mais Dieu règne sur vous; on vous
appelle. les main-es du monde; mais vous avez un
maître souverain dans le ciel. Guerriers, conquérans,
vous avez de grands noms; mæ's dans eux il y a un
vide bien plus grand encore. ,
' Je considère, je contemple; il me semble que je vois
L‘Àmo contemplant, et: 4
B8 , L’AME CONTEMRLANT.
le Dieu puissant, l’Étre suprême élevé sur le trône de
sa gloire, tout éclatant de lumière, le sceptre de sa
grandeur souveraine à la main, étendre cette main
puissante sur cet univers, exercer cette autorité su
prême sur tous les mortels, et faire redouter cette
puissance étendue dans son domaine, indépendante
dans son empire, absolue dans ses volontés, ineffable
dans sestopérations, terrible dans sa colère; puissance
infinie ‘qui leur donné droit de tout ordonner, de tout
défendre , de tout récompenser, de tout punir, de tout
citer à son tribunal; en un mot, de disposer de tout
en maître.
Et ce qu’il y a en ce point de plus grand encore et
de plus ineffable, c’est que ‘cette puissance de Dieu
s‘étend ‘sur nous, non-seulement durant notre vie,
mais encore au-delà même du tombeau ‘; bien différente
en cela de celle des hommes, des maîtres de ce monde.
A l’égard des maîtres mortels, en mourant, on se
soustrait, à leur puissance et à toute dépendance
envers eux'; au contraire, à l’égard de Dieu, la mort
.faitfi revivre tous nos devoirs. Là où l’empire des rois
‘trouve sa fin, c’est là proprement que commence de
nouveau l’empire de Dieu : en sortant du pouvoir des
hommes, nous rentrons plus que jamais sous le pou
voir de Dieu.
L’Ecriture sainte nous annonce à toutes les pages
. la puissance infinie de Dieu : là, nous voyons les mon
tagnes fondre comme de la cire à son aspect, les co
lonnes des cieux s’ébranler, la terre agfitée jusque dans
ses fondemens, la mer enchaînée , les flots suspendus ,
les élémens dans le sespect, toute la nature dans l’é
tonnement et dans le silence. Ce silence d’admiration
est lui-même la voix la plus éloquente pour célébrer
. LES embruns DE DIEU. 39
la puissance suprême qui domine tout. J’ai entendu,
dit saint Jean dans ,l’A'pooglypse, j’ai entendu toutes
leacréatures qui sont dans le ciel, sur la terre et dans
le sein des mers , toutes 'd'g'concert s’e'crier : Honneuret
gloire, bénédiction 'et louanges à l’Être suprême qui
réside sur le'trône de sa souveraine puissance : omnem
creaturam quæ in cœlo est et super terr‘am, et quæ
sunt in mare, omnes audivi dicentes sedenti in throno,
Benedictio et honor, gloria et potestas (Apoc. 5). Il
est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs; toutes
choses sont sujettes à son empire et soumises à sa‘vo
lonté : rex reæqum, et'Dominus do’iñinqntium.
J’ai vu, ‘dit le prophète royal, j’ai vu l’impie, dans
la grandeur de sa puissance et l’enflure de son orgueil,
élever sa tête vers les :nuées comme les cèdres du Li—'
ban : vidi impium exaltation et elevatum sieur cedro:
Libani (P5. 36) : je n’ai fait que passer, et déjà il n’é
toit plus l la main puissante de Dieu l’avoit frappé : le
grand, la grandeur, le puissant, la puissance, tout‘
avoit disparu; il n’en restoit plus de vestiges : rransivi,
et secs non erat. ‘
Hommes mortels, foibles créatures! quelque grands,
quelque élevés que vous puissiez ‘être, humiliez-vous
e’t tremblez sous la puissante ‘main de Dieu qui vous a
élevés et qui peut vous abattre : hum'iliamini sub po
tenti manu D'ei. (r. Petr, 5.) \ "
Mais comme Dieu se plaît encore plus à faire écla
ter sa puissance en accordant des bienfaits qu’en exer
çant des rigueurs, considérons encore plus attentive
ment cette puissance infiniment bienfaisante.
Quelle étendue de puissance, en ei'l'et , et quelle
abondance de trésors ne renferme-belle pas pour être
en état de donner à tous et dans tous les temps!
‘ a
1L0, L’AME CON’BEMPLANIÏ, .
Dans l’ordre de la nature, ce Dieu puissant a donné
la lumière au soleil, la stËl‘i‘té à la terre, le coloris
aux fleurs, la saveur aux Î 'ts, à l’univers toute in
beauté et toute sa magnificence.
Dans l’ordre de la société,‘1l a donné aux rois leur.
autorité, aux guerriers leur courage , aux savans leurs
connoissances, aux riches leurs trésors, à tous les‘
grands leur grandeur, à tous les heureux leur bonheur.
Dans l’ordre de la grâce, Dieu, par une puissance
encore plus libérale , a donné aux patriarches la foi, aux
prophètes leurs lumières, aux apôtres le zèle, la force
aux martyrs, l’innocence aux vierges, à tous les justes
toutes leurs vertus, en leur accordant la gâce qui les
invite et les aide à les pratiquer. _
Enfin, dans l’ordre de la gloire, cette puissance,
cette magnificence divine étalent tous ‘les trésors en
faveur des élus, élevera des trônes, distribuera des
couronnes, fera couler des torrens de délices; et puis
qu’il en a tant fait en ce monde pour des coupables et
des pécheurs, que ne fera-t-il pas dans .un jour en
faveur de ses élus et de ses favoris dans le sein de sa
gloire!
Encore une fois, quelle puissance, quelle magnifi
cence dans Dieu qui donne à tous, qui donne tou:
jours, qui donne avec profusion, et qui, en donnant ,
devient toujours plus libéral, plus magnifique et plus
en état de donner. Quel fonds de grandeur, quels tré
sors immenses qui ne s’épuiêent jamais Lquelle source
abondante qui coule toujours!
0 puissance divine! qui pourra jamais dire tout ce
que vous êtes, tout ce que vous faites, tout ce (pie
vous projetez, tout ce que vous opérez, et, plus en.
core tout ce que vous pouvez opéreriüEt l'homme in‘
IIES GRANDEURS DE DIEU. «4T.
grat, et l‘homme présomptueux, au lieu d’admirer la
magnificence des dons émanés de votre cœur, voudroit
comprendre tous les ouvrages sortis de vos mains;
quelle témérité dans l‘homme de vouloir porter ses
toibles connoissances aussi loin que la puissance de
Dieu! Quoi donc! n'étoit-ce pas assez} pour l'homme
d’être toible et misérable? faut-il encore qu’il soit in
grat et présomptueux !
Fruit de cette considération.
De tout ce que'nous avons dit’ sur la puissance de
Dieu, comprenons et méditons bien ces grandes vé
rités : _.- _
1° Que nous sommes à Dieu, etqu‘il domine sur
nous à trois titres essentiels et inaliénables de son do
maine : en qualité de créateur qui nous a tirés du
néant où nous avions été durant une éternité, et où il
auroit pu nous laisser une éternité tout entière hors
d’é tat de le connaître, de le voir, de le posséder jamais
en qualité de conservateur qui continue à tous les
instans à nous donner cet être qu’il nous a donné une
fois, et qui retomberoit dans son premier néant, s‘il
n’étoit sans cesse soutenu par la main puissante qui l’a
formé; en qualité de. rédempteur qui nous a retirés du
néant du péché, encore plus déplorable que le néant
de la nature. A des titres-si précieux, que ne devons
nous pas à Dieu! et que n’a-t-il pas droit d’exigcr‘ de
nous! ' '
2" Nous devons sans cesse rappeler dans nos esprits
ces titres sacrés du demain. suprême de Dieu sur nous,
et de notre dépendance envers lui; elle ne sauroit être
plus grande et plus absolue; nous dépendons de lui
pour la prospérité et l‘adversité, pour la santé et la
r
4.
4a L’AME CONTEMPLANT
maladie, pour la vie et la_mort. En qualité de ses créa
tures et de ses ouvrages, nous sommes entre ses mains
comme un vase fragile entre les mains du potier, qui
peut le briser à tous les instans. Quoi de plus capable
que cetie pensée de nous tenir sans cesse devant Dieu
dans le respect, lasoumission et l’obéissance que nous
lui devons? Quoi de plus propre à nous mettre ‘devant
les yeux la misère, le néant que nous tenons de nous
mêmes, et à nous faire sentir le poids de cette dépen
dance absolue ou nous devons être envers l’lütre.su
prême? t ' '
3" A la sue de cette puissance infinie et de cette
grandeur souveraine de Dieu, comprenons encore que
A toute la gloire, toute la puissance humaine, toute cette
élévation apparente n’est,en efl'et. qu’une vaine fumée
et une ombre passagère. Est-il quelque grandeur véri—
table devant la souveraine grandeur? Dieu, dit Isa'ie,
est assis sur
homme-s qui lel’habitent
globe immense
ne sont de la terre,
devant et tous les
lui que'lcommç
des insectes rampans; s’ils lèvent la tête ,‘il les écrase :
,xedit super gyrum terræ, et habitatores ejus sicut .lo
custæ(‘Isa. 40). Ils ne sont que comme une goutte de
la rosée du matin qui se dessèche à l’aspect du soleil;
tanquam gutla roris antelucani. Qu’ils apprennent .
donc que toute leur puissance et leur gloire n’est qu'ûn
vain songe dont, à leur réveil, le Tout-puissant aura
dissipé le prestige : velu! somnium sur'qcntium imagi
nem ipsorwn ad nihilum rédigés (Ps. 72 ). Cependant,
comme ils sont revêtus du pouvoir d’enîhaut, nous
leur devons la"soumissionœt la dépendance; Dieu a
imprimé sur eux un rayon de sa gloire et le sceau de
son autorité; ce'n’est pas en vain qu‘ils portent le
glaive; ils sont les ministres du Dieu vivant et ses
, V g/
LEs' GRANDEURS DE DIEU. 43
images les plus éclatantes ; c’est ce qui les rends grands;
dans leur personne , respectons ‘et honorona celle de‘
Dieu. \
4° D’un autre côté, prenons garde nous-mêmes d’a
buser jamais du pouvoir et de l’autorité, si Dieu nous
en a donné sur les autres. Souvê‘nons-nous que c’est
une émanation du pouvoirde Dieu même qu'il a daigné
nous communiquer et que nous devons exercer en son
nom, ou plutôt que c’est un dépôt qu’il nous a confié,
et dont il,nous demandera un jour un compte sévère. -
Usons de son pouvoir pour faire observerver sa loi, et
non pour satisfaire notre ambition. Mal-heur à Ceux
qui sont préposés sur les- autres! le poids de leur auto
rité, s'ils en abusent, attirera sur eux tout le poids des
vengeances : judicium durissimum iis qui præsum
(Sap. 6). Heureux ceux qui ne se servent de leur pou«
Voir que pour faire du bien à ceux qui réclament leur
secours et leur assistance! ce sont les véritables et
dignes images de Dieu, qui'est d‘autant plus bienfai
sant , qu'il est plus puissant, et qui met‘ sa gloire à faire
(clater sa puissance Par ses bienfaits.
Elevation de cœur.
Je vous. louerai, ô mon Dieu et mon souverain
maître! je bénirai votre saint nom durant tous les
siècles: eæallabo te,D0mine Deus meus, et benedicam
nomini tuo ‘in secula (P3. 29 ).Vous êtes le Roi des
rois , le Seigneur des seigneurs; tout est soumis al
votre pouvoir, et rien ne peut résister à votre volonté. '
absolue : in ditione tuä cuncla sunt posita, et non est
qui passif resïstere voluntati tuæ (Esth‘. 13).! Toutes‘
choses suivent les lois que vous leur avez prescrites ,.
et, par‘ leur soumission , reconnoissent votre souverain
44 L’AME CONTEMPLAN’E
domaine sur elles : vous exercez en tout un empire su
prême, et personne n’a droit de vous en demander
raison et de vous dire : Pourquoi en agissez-vous ainsi?
Tous les rois et les potentats de la terre, avec toute
leur splendeur, leur, magnificence et leur gloire, ne
sont rien devant Vous, et disparoissent en votre pré
sence; le moindre de vosélus qui règne dans le palais '
de votre gloire est au-dessus de toutes cespuissances
mortelles; les rois de la terre et tous leurs empires tom
beront et seront réduits en poussière; votre règne sera
éternel, et tous vos ennemis seront forcés de se son
mettre à vos lois. Le règne du démon et des impies
qui troublent à présent l’univers périra avec eux, et
leurs ruine-s entassées rendront hommage .à votre
grandeur. .
Vous avez tiré toutes choses du néant; vous les
tenez comme suspendues sur l'abîme de ce néantret
balancées entre l'être et le non-être, pour leur faire
sentir leur dépendance et votre pouvoir. Sans vous,
Seigneur, et sans votre influence , les montagnes n’out
point de solidité, les rochers point de fermeté, les
cieux mêmes n'ont point de consistance; vous êtes
l'auteur, le conservateur, le soutien, l’âme , la fin der
nière de tout.Vous servir, c’est régner; vous aimer,
c’est le gage de la vie éternelle.
0 quel est donc l’aveu-glement déplorable et la fas
cination des mondains, de considérer avec tant d’eS
time et de rechercher avec tant d’ardeur l‘élévatiou,
les prééminences; de vouloir dominer sur les autres et
de se négliger; de s’oublier si souvent eux‘âmêmes, de
faire de si grands efforts pour se procurer ces ombres
des félicités temporelles, qui ne sont d’ordinaire qu’atf
tant d‘obstacles à la félicité et à la gloire immuable!
LES GRAND'EU‘RS DE DIEU. 45
Que les mondains se repaissent donc des grandeurs
mondaines, des titres d'honneur, de l’élévation du
rang, de la prééminence parmi les hommes, de l‘éclat
que._,donne le pouvoir et l'autorité; pourmoi, mon
Dieu‘, que tous mes titres soient de vous êtredévoué;
toute ma gloire, de vous servir; toute mon élévation,
de vous être soumis. Seigneur, înon Dieu, seule et vé
ritable grandeur, faites briller à mes‘ yeux la lumière
de votre grâce, pour me faire connaître le vide du
monde,‘ la vanité des honneurs, le néant de toute
grandeur humaine et terrestre; que ce soit là toute ma
grandeur‘, toute ma félicité, toute monlambition et
toute ma gloire.
Pnn‘snn.

Après avoir adoré votre puissance infinie, ô mon


Dieu! j'ose encore vousvadresser une prièrep et, avec,
toute la confiance de mon cœur, vous demander une
grâce : Seigneur Dieu tout-puissant, vous avez fait des
miracles sans nombre; vous avez rendu la vue aux
aveugles, la santé aux malades, la vie aux morts;_.dai-l
gnez encore en opérer un en ma faveur; convertissez- ,
moi, sanctifiez-moi ; ce prodige sera encore plus grand
que tous ceux que vous avez opérés, et il fera encore
plus admirer ‘la grandeur de votre puissance : mais en
même temps ‘faites aussiéclater votre bonté en m’ac
cordant la grâce de coopérer fidèlement à ma conver
sion ; car je sais que si vous nous avez c’réé's sans noirs,
vous ne nous sauvere'z pas sans nous, puisqpe notre
conversion doit être en même temps l’ouvrage,tet de
votre puissance , et de notre correspondance.
A6 L’AME CONTEMPLAN'I

La science et la sagesse de Dieu. '


Nous réunissons ces deux perfections ensemble,parce
qu’elles ont entre elles un rapport intime, seloncet
oracle : o altitude divitiamm sapientiæ et scientiæ
Dei (Rom. 1 I )! O profondeur d‘es trésors de la sagesse
et de la science de Dieu l et cet autre : utinam sapcrent
et intelligerent , ac noviss‘ima providerenflDeut) 32 )!
Plût à Dieu qu’ils eussent'la sagesse et l’intelligence
pour prévoir leur dernière fin! "
La science de Dieu est une lumière ineffable, par
laquelle il connoit tout, il voit tout, il'éclaire'tout :
omn'ia nuda sunt et aperta oculis ejus (Heb, Dieu
voit'tout dans sa propre essence, comme dans un
miroir éclatant qui représente tout sans confusion,
sans multiplication et sans succession, Par un seul
et unique acte de son intelligence, et dans chaque
instant de son éternité, Dieu voittout, et rien ne lui
est inconnu; tous les événemens qui se passent dans
l'univers, tous les projets qui s’enfantent chez les
nations, toutes les penséesquinaissent dans les esprits ,
toutes les affections qui se forment dans les“ cœurs,
toutes les actions qui'se sont faites dès lenco‘mmence
' ment des temps, et qui se feront jusqu’à la consom-_
mation des siècles; tout est aussi présentaux lumières
de Dieuquc ce que nous voyons est présent à nos yeux.
Immense, il estpartout; puissant, il opère tout ;éclairé ,
il ‘pénètre tout. Pêcheurs, cachez-‘vous à ses yeux, dé
robez-vous à ses regards, il vous voit, il vous écoute,
il vous attend, il vous jugera. Justes, suivez le flam
beau que la sagesse vous présente; elle vous conduira
infailliblement au terme de vos désirs.
/

LES GRANDEURS DE DIEU., ‘ 47


La sagesse suit la science; elle donne le goût et
l'amour du bien, dont la science a donné la connois
sauce et dont elle a montré l’excelleuce et) le prix.
Rien de si admirable en elle-même, et rien de si
désirable pour l’homme que cette sagesse divine; sainte
dans ses pensées, jamais elle ne se propose que le bien
pour objet; éclairée dans ses vues, elle éclaire elle
même tout homme qui vient ence monde; aimable
dans ses dispositions, elle se fait une gloire de ‘notre
bonheur; inépuisable dans ses ressources, en manqua
t-elle jamais pour arriver à ses fins? impénétrable dans
ses conseils, un voile respectable les cache à nos yeux;
admirable dans ses profondeurs, c'est présomption
que de vouloir les sonder; Consolante même dans ses
rigueurs, elle en adoucit les amertumes par d’inefl'ables
attraits.
Job formoit pour cette divine sagesse les désirs
les plus ardens : Où .peut-on trouver la sagesse? ,
s'écrioit-il; et quelbst le lieu de la terre où elle réside?
sapientîa ub'i invenitur? et quis est locus intelligemiæ
(Job 28)? Il interrogeoit tous les êtres, il s’adressoit à
toutes les créatures : les abîmes ont dit : Elle n’est point
avec nous, âbyssus dicit : Non est mecum. La mer a
répondu : Elle ne fait point ici sa demeure; mare
loquitur : Non est mecum. On. ne la trouve point dans
le séjour des délices et des plaisirs : non invenilur in
terrä suaviter viventium. Les pierres les plus pré
cieuses ne sont rien‘auprès d’elle, et on ne sauroit
l’acheter au poids de l‘argent et de l’or : non dabitur
aurum in commutations ejus. Les hommes mêmes
n'en connoitront jamais l’excellence et le prix : nescit
homo pretium ejus.
Mais enfin , continue Job, où se trouve-t-elle? et en
L48 L’AME COVNTEMPLANT
quel endroit de ce monde faut-il la chercher? La sa.
gesse répond eller-mêm'e : ego in altissimis habita
(Sap. 8). J‘habite au plus haut des cieux‘, et mon
trône s’élève au-dessus des nuées : et thronus meus in
columnä nubis. J’existe de toute éternité : ab æterno
ordinata sum. Avant que la terre fût créée, avant que
les collines et les montagnes fussent élevées, i’étois
engendrée dans le sein de Dieu : ante colles ego par:
turiebar; le Seigneur me Possède dès le commence
ment de ses voies : Dom'inus possedil me ab initio
viarum suarum. Quand Dieu créoit ce vaste univers,
j’étois avec lui, et, de concert avec lui, j‘éta'blissois
toutes choses dans l’ordre : cum eo eram cuncta com
ponens,‘ toute ma joie étoit d‘être‘tous les jours avec
lui : et delectabar pe‘r sirlgulos dies. Mais quoique je
réside dans le sein de Dieu, je fais aussi mes délices
d’être avec les enfans des hommes : deliciæ meæ esse
cum filiis homînum. Celui qui m‘aura trouvée trouvera
la vie et Puisera dans les sources du salut : qui me in
venerit, invenier vitam , et hauriet salutem à Domino.
Heureux celui qui prête une oreille attentive à mes
leçons! dans moi réside la solide gloire, et les fruit:
que je produis sont préférables à tous les trésors :
melior est fructus meus aura et lap'ide pretîoso.
Tel est le Portrait admirable que la sagesse_fait
d’elle-même; tels sont les biens inefi'ables qu'elle ren‘l
ferme et dont elle fait part à ceux qui l’aiment, qui la
désirent et qui la cherchent dans le désir sincère de la
trouver. ' ' '
O sagesse divine! vous ditss que vous faites vos
délices d’être avec les eufans des hommes; mais, hélas !
que les enfans des hommes sont éloignés de vous! et
que vous êtes peu suivie, peu goûtée dans le monde!
LES GRANDEUBS DE DIEU. 49
au lieu de cette sagesse divine qui devroit en tout les‘
éclairer et les conduire, que voit-on en effet régner
parmi eux, qu'une sagesse toute contraire, une'fausse
sagesse toute profane et toute mondaine, je veux dire ,
une'sagesse de dissimulation et de duplicité? La'vé- r
rité, la sincérité sont-elles encore connues ‘parmi les
hommes?
Une sagesse d’artifice et de ruse; quelles pratiques
sourdes n’emploie-t-on pas! quelles trames indignes
n'ourdit-on pas! et à qui peut-on se fier dans le monde ,' '
quand on le connoit?
Une sagesse de politique et d’intrigue; qui pourroit
exprimer tous les ressorts que l'on fait agir, tous les
détours que llon prend pour arriver à ses fins, plus
détestables encore que les moyens? '
Sagesse d’intérêt; vil intérêt; n’est-ce pas là le
grand oracle que l'on consulte et la grande divinité
gu‘on adore dans le monde, et à qui, on prodigue un
coupable encens? ‘
Sagesse d’hypodrisie ;,probité , honnêteté, droiture ,
c’est ce qu’on prêche, ce qu'on annonce au-dehors :
sondez'les cœurs, que trouverez-vous, que des sé—'
pulcres blanchis? '
Sagesse de respect humain; le désir de plaire aux
hommes, ou la crainte de leur déplaire; savoir s'ac
commoder au temps, vivre comme on ‘Vit, penser
.comme on pense, voilà la grande science du monde;
mais cette prétendue science fût-elle encore'plus
suivie, plus approuvée dans le monde‘, que peut-elle
être, que réprouvée devant Dieu? Et n’est-ce pas là,
en effet, cette faussesagesse que l’apôtre saint'Jacques
condamne et déteste, et qu'il nous dépeint en des
termes si forts et si énergiques, en l'appelant une
L'Anrc contemplant. etc. 5
5o L’AME CON I‘EMPLANT.
sagessetoute terrestre, terr‘ena; une sagesse toute
charnelle, carnalis; une sagesse même diabolique,
diabolica (Jacob. 4)? Telle. est cependant la fausse
sagesse qui règne presque universellement dans le
monde, qui domine dans tous les états,- qui infecte
toutes les conditions.
Conduit par cette fausse sagesse, un père n’élève
un enfant que selon l’esprit du monde, les idées du’
monde, les maximes perverses du monde : il ne lui
parle que dans cet esprit, il ne le forme que sur'ces
maximes; l’Eglise et l’Etat, que peuvent-ils se Pro
mettre de Pareils sujets? '
Inspirée de cette fausse sagesse, une mère mon
daine s’attache à former une fille aux modes, aux
usages, aux manières du monde; elle l’embellit par un
: étalage d’ornémens et de parures Pour la produire
dans le monde; elle en fait une idole de vanité,
A (l’amour-propre, qui se complaît en elle-même et qui
ne cherche qu‘à Plaire aux autres.
Animé par cette fausse sagesse, un ambitieux, dans
la vue de parvenir et de s'élever, se permet tout, se
justifie dans tout, pour prévenir'l’un, pour supplanter
l’autre, et les abattre tous, si] se peut, afin de s’élever
sur leurs ruines; ainsi fait-il consister toute sa pru
dence à établir les fondemens de son élévation.
Aveuglé par cette fausse sagesse, un avare , voyant
que, dans les idées du monde, on n’est qu'au‘tant que
l‘on a, ne Pense qu‘à entasser richesses sur richesses;
il prend tous les moyens, use de toutes voies, sans
considérer si elles sont permises et légitimes; il lui
suflit qu’elles soient sûres et efiîcaces pour accumuler
des trésors.
D'un autre côté,unasP irantà
. ‘Ine ne P oste 7 n’ou
LES GRANDEURS DE DIEU. ,51
bliera rien pour plaire à son protecteur et s’insinuer
dans ses bonnes grâces; pour cela, fallut-il se déguiser
et se contrefaire, fallut-il s’humilier et se dégrader, il
s‘y réduira; et, s’il réussit, il se féllicitera du succès et
le regardera comme le chef-d’œuVre de son habileté et
de son industrie. ‘
Fausse sagesse, sagesse criminelle et maudite! vous
serez confondue; j'entends ‘le Seigneur irrité qui dit :
Je perdrai la sagesse des faux sages du monde, et je
réprouverai la fausse prudence des prudens du siècle :
perdam sapientîam sapientium, et prudenliam pru
dentium reprobabo ( 1. Cor. 1). Les moyens mêmes
qu’ils auront pris pour assurer leurs projets ne ser
viront qu’à les renverser. Cet enfant, élevé selon les
maximes du monde, loin de seconder les vues toutes
profanes de ses parens, en fera la ‘croix et deviendra
un jour l’opprobre de sa famille; cet: ambitieux ne
, sélevera si haut que pour donner au monde le spec
tacle d'une chute plus honteuse ‘et plus f " ‘este; cet
avare qui croyoit avoir amassé des trésoriyimmenses
n’aura amassé que des trésors de colère qui tourmen
teront son cœur avide et ne satisferont jamais ses
insatiables désirs. Tous ces faux sages apprendront
enfin que toute sagesse qui n’est pas établie sur les >
principes solides n’est qu‘un aveuglement et qu’une
folie, dont les commencemens-donnent de fausses
lueurs, et dont la fin conduit à la mort. Le Seigneur
irrité l’a annoncé, et son oracle s'accomplit tous les
jours‘â la lettre : perdamasapientiam sapientium, et '
prudentiam prudentium reprbbabo.
Et ce qu’il y a de plus triste et de plus déplorable
en ce point, ‘c’est qu’il n'est rien de si aisé et de si or
dinairc que de tomber dans les pièges de cette fausse
53 L’AME CONTEMPLAN'T.
sagesse, et de se laisser séduire par ses trompeuses
lueurs.Voici le progrès insensible qui y conduit, et
et les malheurs où trop souvent il entraîne. D’a
bord ou se refuse à la lumière divine qui éclaire, qui
avertit, qui, menace; on la craint, on la fuit, on la
combat, ou tâche de l’étoufi‘er : en conséquence, l’es
prit se couvre de nuages, l'âme s’obscurcit de ténèbres ;
de là on tombe dans des illusions; les illusions con
duisent dans des erreurs; les erreurs jettent dans des
égaremeus; c'est déjà bien du chemin hors des sentiers
de la vérité et de la sagesse : bientôt on se livre à de
faux préjugés, ou se forme de faux principes, on se fait
une fausse conscience; à la longue, on tombe dans
l’aveuglcment de l’esprit, dans l’endurcissement du
(peur, enfin dans l’impénitence finale. ,
Voilà où conduit pas à pas cette fausse, cette aveu
glc, cette détestable sagesse. Cherchez le principe ‘et
la source de tous ces désordres; c’est dans elle que vous
la trouverez; elle se forme‘ dans l’e's nuages; elle croit
et se forme dans les crimes, elle conduit à ‘tous ‘les
excès : un jour, mais trop tard! on découvrira la pro
fondeur des abîmes où elle a plongé. '
" ,0 sagesse divine l venez dissiper ces affreux nuages ;.
venez nous éclairer de vos divines lumières; ah! si nous
étions fidèles à la suivre et a l'écouter, que d‘erreurs,
que de péchés ,_ de malheurs n’éviterions-nous pas‘ d’un
côté! et de l’autre, quels avantages, quel bonheur ne
nous procureroit-elle pas! Dès-lors, sous ses auspices ,
et éclairés par ses divines lumières, toutes nos pensées
scroient saintes, nos paroles vraies , nos sentimens
sincères, nos projets réglés, nos démarches assurées,
et toute notre conduite , dirigée par ses sages et divines
maximes, nous assnreroit la récompense promise aux
' véritables sages, selon la sagesse de l’évangile
L'ES GKANDEURS DE DIÉU. 53
Fruit de cette considération.
t'a Comprenons d’abord que, comme il n’y a de vé
ritable sagesse que dans Dieu, il n’y ‘en a aussi de véri
table dans nous que celle qui nous conduit selon les
r lumières de cette sagesse'éternelle, c'est-à-dire, celle
qui nous inspire la véritable science des Saints, qui
,nous dirige dans les voies du salut, qui nous éclaire
sur le néant de ce monde, l’inconstance des choses,
humaines, l'attente d’un éternel avenir, la nécessité
indispensable de nous y préparer : en un mot, qui
nous rappelle les grandes maximes, et nous ramène
aux solides principes. C’est là la véritable et l’unique
sagesse que nous devons consulter, et selon laquelle
nous devons nous régler : toute autre prétendue, ou
lumière, ou maxime, ou science, ne seroit pour nous
qu’une suite d’illusions et d’erreurs. De là vient ce que
dit
dansl'Esprit saint, que
le monde le nombrevinfinitus
: stultorum des insensés est infini‘
est numerus“
(Eccl. I.) I ‘V
2° Dès-lors‘comprenons quel est l’aveuglement et
le malheur de ceux qui, s‘écartant de cette Véritable
sagesse, ne se conduisent que par les lumières de cette
sagesse ‘profane. Les mondains, les impies, les faux
‘ sages, les prétendus esprits forts triomphent durant
cette vie; ils se regardent comme les seuls éclairés; ils
veulent s’élever au-dessus du vulgaire, ils insultent
aux gens de bien qui marchent dans la droiture et la
simplicité de leur cœur; ils tournent leur conduite en
raillerie et en dérision; mais qu‘un jour ils changeront
bien de langage! L’esprit saint nous dit quels seront
aloli's leurs sentimens et leurs regrets : Insensés que
nous étions! se diront-ils : nos insensati (SLIP. 5),}:
5l
54 L’AME LONTE‘MPLANT;
nous regardions en pitié les gens de bien; nous trui
tions de folie leur conduite; nous croyions que leur fin
seroit sans honneur et sans gloire, vitam illorum exis
tîmabamus insaniam : cependant les voilà à présent.
élevés au rang ‘des enfans de Dieu et placés au nombre
des Saints dans la gloire : ecce quomodô computati
mm‘ inter filios Dei, et inter Sanctos sors illorum
est; tandis que nous, objets de mépris et d'horreur
aux yeux de Dieu, nous voyons, mais trop tard, l’éga
rement de nos voies et le malheureux terme où elles
nous ont conduits : terme funeste, où il ne nous reste
qu’un éternel désespoir pour partage! nos insensati!
3° Défions-nous, éloignons-nous de cette fausse‘
sagesse du siècle, et concevons combien il est aisé,
combien il est dangereux, combien il est funeste de se
laisser séduire par ses fausses lueurs. Si souvent dans
le monde on entend tenir des discours, débiter des
maximes ,présenter des exemples : tout cela infecté du
poison de cette sagesse profane et mondaine; si on
n’est pas en garde contre la séduction, on s’accoutume
à entendre raisonner et agir selon ces faux principes
et ces dangereuses maximes; sans qu'on s’en aper
çoive, elles font impression sur l'esprit ; elles répandent
des ténèbres dans l’âme;vles lumières de Dieu s’éloi
gnent , les grâces se retirent, les nuages des passions se
répandent; et, après avoir souvent été témoin de la
manière dont pensent, dont agissent les mondains, on
en vient enfin à penser, à parler, à agir comme eux,
et en conséquence comme eux, et avec eux , à s’aveu
gler, s’égarer et se perdre. '
Enfin comprenons encore que, comme il y a dans
les hommes une sagesse qui est une vraie folie, il y a
aussi une folie qui est une vraie sagesse devant Dieu.
LES GBANDEUBS DE DIEU. 55
Aimer la pauvreté et le mépris, désirer la croix, se
réjouir des persécutions, c’est être fou selon le monde:
et cependant la sagesse, qui est un don de l’Esprit
saint , n’est autre chose que cette folie qui ne goûte
que ce que Notre-‘Seigneur et les Saints ont goûté. Et
ici concevons combien les jugemens de Dieu sont dife
férens de ceux des hommes. La sagesse divine est une
, folie au jugement des hommes; la sagesse humaine est
une folie au jugement de Dieu. C’est à nous à voir au
y‘quel de ces deux jngemens nous devons nous en rapÂ
.._“' porter et conformer le nôtre.
.u
‘a.

El'e'vation de cœur et prière.


C’est dans la plus profonde humilité de mon esprit,
et dans la plus vive ardeur de mon cœur, ô mon Dieu!
que je vous adresse aujourd’hui la prière que vous
adressoit autrefois le plus sage des rois : Donnez-moi
cette sagesse qui réside toujours auprès du trône de
votre gloire : da mihi sodium tuarum assîslriccm sa
pientiam. Envoyez-la du haut du ciel, afin qu’elle soit
toujours avec moi et qu’elle m‘accompagne tous les
momens de ma vie : ut mecum si! et mecum laboret
omnibus diebus vitae meæ (Sap. g). ‘Hélas! de mon
fonds, je ne suis que ténèbres et que présomption; si
cette sagesse ne me conduit, dans quels égaremens ne
donnerai-je pas! 0 lumière céleste, qui éclairez tous
les esprits comme le soleil éclaire tous les corps,
soyez le flambeau qui me dirige dans toutes mes dé
marches; qu’est-ce que l’homme réduit à lui-même et
sans votre secours? Malheur à quiconque s’éloigne de
vous et ferme les yeux à vos rayons bienfaisans! Celui
qui ne vous voit pas, ‘6 lumière divine! est plus aveu
gle qu’un aveugle-né; il passe sa vie dans une profonde
56 L’AME CONÏEMPLANÏ' »-"
nuit; il croithêtre sage, il est insensé; il meurt n'ayant
jamais rien vu; tout au plus , il aperçoit des ombres et de
fausses lueurs qui le séduisent et qui l’égarent; comme
ces lueurs trompeuses qui brillent durant‘ la nuit, elles
semblent éclairer les pas, et elles conduisent aux pré
cipices. '
Non, il n’est point sur la terre d'hommes véritable
ment sages, véritablement éclairés , que ceux qui con
sultent, qui aiment, qui suivent cette lumière éter
nelle. C‘est elle qui nous inspire quand nous pensons
bien, qui nous reproche quand nous faisons mal; nous
ne tenons pas moins d’elle la raison que-la vie.
_0 sagesse divine! préservez-moi des sombres lueurs
de. cette cette prétendue sagesse qui règne dans le
monde et, qui aveugle tant de mondains; de cette sa
gesse profane-où la religion n’est jamais écoutée, d'où
la saine raisdn est souvent bannie; de cette sagesse
aveugle qui prend les ténèbres pour la lumière, le
, mensonge pour la vérité, le mal pour le bien, et‘le bien
pour le mal; sagesse insensée qui ignore ce qu‘elle
devroit savoir, et qui sait ce qu’elle devroit ignorer.
Dès ce momentyô mon Dieu! je’prends la résolu
tion salutaire de ne me plus conduire que par les
lumières de cette véritable et divine sagesse; j’en écou
terai les oracles, j'en suivrai les maximes, je l’invo
querai dans mes doutes, je‘ la consulterai dans mes
entreprises; elle présidera à tous mes conseils, elle
dirigera tous mes pas; et j’espère que, m’ayant éclairé
dans les ténèbres de cette vie, elle me conduira un
‘ jour dans les splendeurs de l’éternité
LES GBANDEURS DE DIEU. 57

L’immensité de Dieu.
DIEU réunissant toutes les perfeetions infinies dans
lui-même, et l’immensité étant’ une perfectionessen
tielle à son être, il est évident que, par-là même qu’il
est infini, il doit être immense. '
Cette immensité de Dieu nous est expressément
marquée dans les Ecritures saintes :'Dieu est grand,‘
dit le prophète Baruch , et sa grandeur est sans bornes :'
excelsus et immensus (Baruch. Est-ce que je ne
remplirai pas l’étendue du ciel iet‘de‘la terre par ma
présence? dit le Seigneur lui-même :‘numquid cœlum
et lerram ego non implebo (Jére'm. 23)! 0 Israël!
s’écrie encore le prophète Baruch, que la maisonj- de
Dieu est grande! et que ‘le lieu où il‘fait sa‘demeuré'
est; immense! 6 Israël! qgàinwmagna est domus Do
mini, et ingens locus passèwbnis ejus (Baruch. 3)!
Toute l’étèñdue’des cieux ne sauroit vous contenir,
6 mon Dieul'dit Salomon, à plus forte raison ce
temple que j’élève à votre gloire: cœli cœlorum te non
capiunt, quantô magz's dlomus ista quam ædificavi.
(2. Paral. 6.) -
Quoi de plus formel et de plus sublime que ce qui
est dit dans Job? Que deviendrez-vous, et où irez-'
vous pour vous soustraire aux yeux et à la présence
de Dieu? Il est plus élevé que le ciel, plus étendu que ,- r
la terre 7 P_lus vaste
_ ‘I ne lla mer
‘ 7 P lus P,rofond_ H ne les
A
enfers : quzd facles? excelszor cœlo est” longior terra,
latier mari, profundior inferno (J05. ri ). Oui, ‘Dieu,
par son immensité, est partout, il remtplit tout,- il pé
nètre tout : il est au-desslus du monlde parce qu’il le
surpasse; il est autour du monde parce qu’il l’en‘4
58 L’AME CONTEMPLAN’D
vironne; il est au-dessous du monde parce qu'il le
soutient -, il est dans le monde même, parcelqu’il le
gouverne et qu'il le conserve. Il contient tout, et rien
ne peutle contenir; il renferme tout, et rien ne peut
le borner‘, il est partout, et rien ne sauroit s'en éloi
gner; les lieux les plus déserts, les cavernes les plus
sombres, ‘les autres es plus profonds, tout est présent
à ses yeux, tout est sous sa main puissante, tout est
rempli de cette immensité divine; le monde même,
oui, le monde entier est danselle, et, quelque grand,
quelque vaste qu'il soit, il est moins qu’un point, que
l'atome le plus léger auprès de cette immensité sans
limites et sans bornes.
_ Mais rien de si grand’, de si énergique et de si divin
dans ce genre que les paroles du prophète-roi et les
sentimens dont cette immensité de ‘Dieu le pénètre; il
en parle commeen étant tout environné et tout in.
vesti : Ah! grand Dieu‘! s'écrioit-il, Dieu saint, Dieu
puissant, Dieu immense! où irai-je pour éviter votre
présence et me dérober par la fuite à l'étendue de vos
regards? quô ibo à spiritu tuo, au! quô à facie tuâ.
fugiam (P3. 138)? Si je veux m’élever en esprit jus
qu'aux cieux, vous y avez élevé le trône de votre
gloire :si ascendero in oœlum , tu ill'ic es; sije descends
dans les enfers et dan‘s la profondeur de ses abîmes,
vous y êtes présent en qualité du Dieu des vengeances :
si descendero in infe'rnum, ades ,- si je prends les ailes
de l'aube du jour pour m’enfuir jusqu'aux extrémités
de la terre et des mers, votre main souveraine m’y
poursuit et m’y tient comme captif sous son empire :
si sumpsero pennas meas diluculo , Îtabitd‘vero in ex
{remis maris, etenjm 'illuc manus tua deducet me. En
vain donc voudrois-je m’enfuir loin Idevous, il n’est
LES 'GRANDÏEU‘Rt'S DE DIEU. 59
point de lieu si éloigné, point d‘endroit si caché, point
d'entre si profond où je ne vous trouve et où îvotre im-‘
mensité ne vous rende présent; le ciel, la erre, les
mers, les enfers, n’ont point d’asile pour me cacher à
vos yeux.
C'est dans ces mêmes sentimens que S. Paul, écri
vant aux Ephésiens, leur recommande si expressément
d’avoir toujours ce Dieu immense présent par la foi;
et, pour cela, de bien comprendre quelle est tout à la
ibis la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur
de cet Etre suprême : ut possitis comprehendere quæ sit
latitude, longitudo, sublimitas et profundum (Eph. 3)..
Saint Paul, s’accommodant à la foihlesse de nos con
ceptions, nous dépeint l’immensité de Dieu par ses
dimensions, qui est la seule façon dont nous pouvons
l'exprimer‘ et la‘ concevoir : la largeur marque l’éten—'
due des lieux; la longueur marque leur éloignement:
la sublimité marque Ileur élévation; la, profondeur
marque leurs abîmes les plus impénétrables; et tout
cela toujours rempli,‘ pénétré, dominé, par cette im
mensité divine qui est dans tout, partout‘, au-dessus
de tout.
On peut cependant‘, disent les saints pères, enteni
,dre aussi ces paroles de l’apôtre dans’ un sens moral
et encore plus profond ,en disant que,'par la longueur,
saint Paul nous marque la longanimité et la patience
de Dieu, qui durant tant d’années attend les pécheurs
et les invite à la pénitence; la largeur marque sa cha
rité, dont les entrailles s’étendent à toutes les nations
et à ses ennemis mêmes; la sublimité marque l’excel
lence et la grandeur de la gloire qu’il prépare dans le
ciel à ses élus pour leur récompense; enfin la profon
«leur marque l’horreur des abîmes et des tourmens que
6o L’AME CONTEMPLANT
sa justice vengeresse réserve aux réprouvés dans la
damnation éternelle. . o
Il importe extrêmement à notre salut, disent les
saints pères, d‘avoir toujours cette immensité de Dieu
présente à nos yeux et d’en graver profondément les
sentimens dans nos cœurs; elle est un des Principaux
fondemens de la vie chrétienne; car, si on ‘avoit dans
l’idée que Dieu ne réside que dans le ciel, comme le
Pense quelqu efois le peuple ignorant et grossier, l'âme
chrétienne et intérieure ne pourroit avoir cette union
intime avec lui, ni goûter l’inefl‘able douceur d’être
dans lui, de s’entretenir familièrement avec lui, ni
Irouver cette ferme assurance que fait sentir la pensée
d’un Dieu toujours Présent à elle et dans elle.
C’est dans ce sens que saint Paul, adressant gla Pa
role aux Fidèles pour soutenir leur courage et animer
leur confiance, leur disoit: Mes ‘frères, comportez
vous (lune manière digne de Dieu toujours présent;
car il n’est pas éloigné de nous : non longè est ab uno
quoque nostrüm (Act. 17). Tousiant que nous sommes,
nous vivons, nous agissons, nous sommes dans lui,
comme lui-même, par son immensité, est dans nous :
ln zpso enzm vwimus, movemur et sumus.
ReRrésentons-nous un lioisson dans le sein des
mers; voyons comme il nage'dans le sein de cet im
mense océan qui l’entoure, l’environne et l’investit de
toutes parts; ainsi sommes-nous, vivons-nous dans:
,l’océan de l’immensité divine, qui de toutes Parts‘nous
environne et nous investit de même. ‘Dieu est. ici, il
est avec nous, nous sommes dans lui, il nous aime , il
nous soutient, il nous porte dans son sein; en sorte
que nous ne pouvons former la moindre pensée qui!
ne laâlisc, proférer la moindre parole qu’il ne l’en
Les GRANDEURS DE DIEU. en.
tende ,' faire le moindre pas et la moindre démarche
que dans le sein de cette immensité divine et dans
l’étendue de cet océan sans bornes. _
Pensée même d'autant plus Consolante, que cette
présence de Dieu dans nous par son immensité est la
présence la plus intime et la plus parfaite que l’on
puisse concevoir. Dieu est partout, à la vérité, par sa
puissance qui opère tout, par sa sagesse qui voit tout ,
par sa providence qui dispose de tout; mais tout cela‘
ne demanderoit pas la présence intime de l'essence de
Dieu; car, quand même il ne résidenoit que dans le
ciel, du haut du ciel, il pourroit tout voir, tout opé
rer, tout conduire; au lieu que l'immensité nous le
rend présent, non-seulement par son opération,.ses
grâces, ses lumières; mais encore par son essence elle
même et par l’infinité de son être toujours auprès de
nous, avec nous, et dans nous. Quoi de plus grand,
de plus glorieux, de plus consolant pour nous!
Ici se présente une pensée bien solide et bien digne‘,
de Dieu et de nous. Quand nous élevons nos pensées
vers cette immensité divine sans limites et sans bornes
dans son étendue, que le monde doit nous paroître
petit, et toutes les pensées, les projets des mondains
resserrés et bornés! Quand un roi, à la tête de ses
armées, après des combats et des victoires a fait la.
conquête de quelque province, de quelque empire, il
se glorifie comme d’une grande conquête; hélas! qu’a
t-il conquis? un grain de poussière. Quand un homme
dans le monde a fait l'acquisition d’une nouvelle terre,
d’un nouveau domaine , il le regarde comme une
grande acquisition : qu’a-t-il fait? il a ajouté un pouce
de terre à un autre pouce de terre. Si un nautonnier
venoit à bout de faire le tour du monde tout entier,
L'Ame c ntemplant, etc. 6
6a L’AME CONTEMPLLANT.
on croirait qu’il a. fait quelque chose de grand et d'ex
traordinaire; qu’en seroit-il en effet? il auroit fait le
tour d'un atome; tout se réduit là.
Mais hélas! telles sont les illusions , les idées des.
hommes; ils regardent tous ces vains objets comme
quelque chose‘ de grand et de vaste : cependant, en
comparaison de'l'Être suprême et immense, qu'est-ce
que tout ce monde et tout ce qu'il renferme, et tout ce
qu'il présente et tout ce qu'il projette?
Foibles mortels! déjà si bornés par nous-mêmes,
nous bornons encore, nous rétrécissons nos pensées,
tandis que nous pourrions les porter jusqu’à Dieu, et
les rendre en quelque manière dignes de son l'immen
sité? Ah! dit saint Augustin, élevons nos âmes,«don-,
nous l’essor à nos sentimens; et si nous sommes res
serrés .dans des vases fragiles de chair, dilatons nos
coeurs et laissons-les s'étendre dans les espaces im menw
ses de la charité : Si an'gustiantur vasa carnis, dila
tentur spatia charitatis.
Fruit de cette considération.
De tout ce que nous avons dit sur l’immensité, il
s’ensuit,
'19 Que nous pouvons trouver, et en quelque ma
nière voir Dieu dans toutes choses, non-seulement
comme dans ses images, dans ses productions et dans
ses effets, mais lui-même, son essence même, qui est
comme cachée et voilée sous ses créatures, ou il réside
réellement et personnellement. En toutes choses nous
pouvons dire : Dieu est ici, il est dans tout ce que je
vois, il est dans moi-même : quel sujet de contempla
tion pour nos esprits! quelle source de sentimeus pour
nos cœurs! ' ‘
LES GBANDEUBS DE DIEU. 63
Par la même raison, non-seulement nous pouvons
considérer et trouver Dieu dans toutes les créatures,
mais encore considérer et trouver toutes les créatures
en Dieu; puisque , par son immensité, il est dans elles,
il les pénètre, il lies anime, il les consei've, il leur est
plus intime qu’elles ne le sont à' elles-mêmes ; nous le
trouvons dans le ciel et les astres qui nous éclairent,
dans la terre qui nous soutient, dans l’air que nous
respirons, dans tout'ce qui nous entoure et nous envi
ronne : quel nouveau moyen de regarder Dieu et de le
contempler en’ tout comme étant effectivement et
réellement présent à tout 1' . . '
2° Delà il s’ensuit que nous devons concevoir une
grande joie, une grande douceur, en pensant que nous
' avons, que nous portons un si grand trésor dans nous;
‘oui, dans nous-mêmes, dans notre ‘esprit, dans notre
cœur, dans toutes les puissances de notre âme; c'est
à-dire, que Dieu même , avec'toute sa puissance, toute
sa bonté, toute sa sagesse, toutes ses perfections et
tous ses dons inefl'ables, est avec nous et dans nous.
Nous sommes, à la vérité, pauvres et misérables, mais
nous avons en nous un bien immense et la source de
tout autre bien; nous sommesenvironnés de ténèbres!
mais‘ nous avons en nous une lumière céleste pour
nous éclairer; nous sommes foibles et fragiles, mais
nous avons dans nous une force invincible pour nous
soutenir; nous sommes froids et languissans , mais
nous avons dans nous un feu divin pour nous animer.
Enfin, dans notre indigence de tout bien, nous avons
dans nousla plénitude de toute bonté, de toute beauté,
de toute richesse, de toute puissance, toute prête a se
répandre dans nous et à se communiquer à nous, selon.
‘nos désirs et selon nos besoins
6,4 L’AME CONTEMPLAN'E ‘
Bien plus, nous sommes nous mêmes dans Dieu
comme dans une source abondante, dans une immense
lumière, dans un asile sacré, comme sous un ombrage
délicieux;‘ disons mieux, comme de tendres .enfans
dans le sein de leur mere; 'làrnous nous'reposons en
assurance dans’ le sein de l’immensité de ‘Dieu, qui
nous porte, qui nous soutient, qui nous protège, qui
nous dirige, qui nous forme durant cette vie mortelle‘,
et'qui nous prépare à une vie immortelle et durable.
‘3° De la foi de l’immensité divine, il s’ensuit que
nous. trouvons dans cette pensée d’un' Dieu‘ présent en
nous une consolation spéciale dans toutes nos‘affiica'
tions et toutes nos peines; car, dansquelque grande et
sensible aflliction qu’on puisse se trouver, qui est-ce
qui ne sera pas soutenu, animé, consolé par la douce
pensée et la solide assurance que Dieu est avec lui et
dans lui pour être son secours, sa force etsa protec
tion? Qui est-ce qui ne sera pas animé quand,- à tous
les, momens, il lui semblera entendre ce Dieude bonté
lui adresser ces tendres paroles :vous souffrez, vous
gémissez, vous pleurez, 'consolez-vous, ‘je suis avec
vous dans votre tribulation : cum ipso sum'in tribula
tione. (P3. 90 ).,Je vous éprouve, pour vous sanctifier;
mais je suis dans vous pour vous consoler; encore
quelques jours d’épreuves, quelques momens de com
bats, et la couronne de gloire vous sera assurée : eri
pian: eum et glorificabo eum. Un Dieu présent pour
qui l'on souffre, pour qui l’on soupire; à cette pensée ,
toutes les peines .ne doivent-elles pas disparoitre? ou
plutôt toutes les peines ne doivent-elles pas être re
gardées comme' autant de grâces, et agréées comme
autant de faveurs?
4‘ Par un avantage également précieux, la pensée '
,Ln's GRANDEURS DE DIEU. ' c;
de l’immensité de Dieu, dans laquelle nous sommes
et nous vivons, sera un motif bien puissant pour nous
engager, soit à éviter le péché, soit à pratiquerla vertu :
hommes pécheurs, qui que vous soyez, dit saint
Augustin, si vous voulez pécher, cherchez un endroit
où Dieu ne soit ‘pas, où Dieu‘ ne vous voie pas; mais
quoi! l’outrager en sa présence, sous ses yeux, dans le
sein de son immensité même! ah! tremblez et craignez
que sa main puissante, toujours levée sur vous, ne
vous frappe au moment même où vous osez l‘ofi‘enser!
Pour vous, âmes justes, qui désirez servir et aimer le
Seigneur, si la pratique de la vertu vous paroit pé
nible, si vous avez des épreuves à essuyer, des combats
a livrer, des sacrifices à‘ faire, pensez que vous êtes
devant Dieu, qu'il est avec vous, qu‘il combatpour
vous; ranlmez votre courage, soutenez votre cons
tance; que pouvez-vous craindre dans le sein de Dieu?
que n’avez—vous pas à espérer de sa main puissanie et
toujours présente? '
Élévation de cœur.
Que vous êtes grand et admirable en toutes choses,
6 mon Dieu, mon souverain maître! imais surtout que
vous êtes incompréhensible et ineffable dans votre
immensité; vous êtes/partout, vous êtes dans tout,
vous renfermez tout dans l‘infinité de votre être : vous
remplissez tout de la plénitude de votreessence. Dans
le monde, hors du monde, au-dessus du monde, vous
'vous trouvez partout, vous vivez, vous régnez dans
tout; point d’endroit si éloigné dans ce vaste univers
que vous n’habitiez : point d’atome si imperceptible à
qui vous ne soyez présent; partout vous existez avec
toute votre puissance , toute votre majesté , toute votre
x - 6.
66 L’AME CONTEMPLANT
gloire. Et ce qu'il y a de plus ‘admirable dans vous,
c'est que vous existez au milieu des plus épaisses
ténèbres, sans rien perdre de votre lumière; dans la
boue et le limon de la terre, sans rien contracter de
leur infection; dans les plus petits et les plus foibles
atomes, sans rien perdre de votre grandeur; que dis-je?
avec les impies et les pécheurs mêmes, en conservant
tout l'éclat de votre sainteté inviolable. '
Vbus êtes avec Ïnoi, ô Être suprême! Ah! quel
bonheur, quelle gloire pour moi! je puis dire avec vé
rit'é et avec consolation : Mon Dieu est ici, il est avec
moi, je suis moi-même dans lui. Mais aussi de ma
part, grand Dieu! la pensée de votre immensité, dans
aquelle je respire et je vis, quels sentimens doit-elle
produire dans moi! avec quel respect’, quelle vénéra
tion ne dois-je pas me comporter devant vous! quelle
crainte, quelle frayeur salutaire ne dois-je pas avoir de
vous offenser! avec quel soin ne dois-je pas! éviter
toute faute volontaire, toute infidélité réfléchie qui
blesseroit vos regards et aflligeroit votre cœur! Je dis
plus : avec quel soin ne dois-je pas éviter même toute
pensée inutile , toute parole oiseuse, toute dissipation ,
toute distraction de mon esprit, sans permettre à mes
penséesvde courir et de s'égarer vers les vains objets
qui pourraient m'éloigner de vous et me tirerde votre
présence! ' '
Quel serait le crime etv l'audace d'un sujet qui, sous
les yeux de son roi et au pied de son trône’, oseroit , je
e un’ , e

’ ne dis pas l'ofl'enser et l’outrager, niais même s'occuper


volontairement de mille objets inutiles, de mille peu
sées étrangères qui lui feraient perdre la vue et le
respect qui! ‘doit à son prince? êt d'ailleurs, quand
nous sommes devant vous, et avec vous, 6 mon Dieu!
LES GRANDEU‘RS DE DIEU. - 67
où irons-nous? que pourrons-nous aller chercher hors
lle vous? et que pourrionsenous y trouver que notre
perte et à notre malheur?
P
. PRIÈRE.
Soyez-donc toujours avec moi, 6 mon Dieu! et
faites qu’en tout temps et en tout lieu je sois avec
vous; que je rentre souvent en moi-même, puisque je
puis vous y trouver et que vous y résidez sans cesse
par votre immensité : surtout,Dieu de bonté! spyez
moi présent, non-seulement par l‘immensité de votre
essence, inais par votre grâce et par votre amour, afin
que j’aie un jour le bonheur de jouir de votre divine
‘ présence dans le sein. de votre immensité glorieuse.
.Vivez et régnez à présent dans moi,.pour me faire à.
jamais régner avec vous. Ainsi-soit-il.

L’immutabilité de Dieu.
DIEU est immuable dans son essence; il est immuable
dans sa volonté; il est immuable dans ses paroles et
dans ses promesses : ego :Dominus, et non mutor
(Malac. 3). C’est Dieu lui-même qui parle et qui nous
dit : Je suis le Seigneur, et je ne saurois changer. Dans
Dieu, dit l’apôtre saint Jacques, il n’y aura jamais la
plus légère apparence de changement, ni la moindre»
ombre de vicissitude : apud quem non est transmu
Italio,
Dieunecestvicissitudinis obumbmtio.
immuable ‘dans (Jac.
sa nature, 1 .)qu’étant
parce ,

infiniment parfait, il ne peut jamais ni rien acquérir,


ni rien perdre. On ne peut changer qu'en essuyant
quelque altération , c’est à-dire, ou en acouéranl
68 - L’AME CONTEMPLANT‘
quelque chose que l’on n’a pas, ou en perdant quelque
chose de ce qu’on a : or Dieu ne peut rien acquérir,
parce qu’il a la plénitude de tout :jplénitude de sain
teté, plénitude de bonté, plénitude de sagesse, pléni
tude de puissance, plénitude, en un mot, de ‘tout
bien; il ne "peut donc rien acquérirde nouveau qu‘il
n’ait pas. Une peut également rien perdre de ce qu’il
a; parce que tout ce qu’iil' a, il l’a nécessairement et
par son essence; jamais il ne pourra être que ce qu'il
est, ni posséder‘qué ce qu’il possède. Le soleil visible
qui éclaire l'univers peut bien paroître se lever le
matin pour nous éclairer, et nous soustraire sa lumière
le soir, en nous laissant dans les_' ombres de la nuit;
mais le divin soleil de justice ne nous fait point éprou
ver ces vicissitudes. Immuable en lui-même , il ne cesse
de répandre ses influences salutaires sur nous.
Dieu est imlmuable dans sa volonté et dans ses
projets, parce que sa volonté, étant dirigée par une
sagesse infinie qui voit tout, qui fait tout, et qui pré
Voit tout, ne peut jamais avoir de raison de ‘changer
ce qu’elle a une fois résolu; son intelligence ne peut
pas acquérir de nouvelles lumières qui l’éclairent; sa
bonté ne peut se proposer de nouveaux motifs qui la
déterminent et lui fassent changer de résolution; ses
décrets sont donc aussi immuables que son essence;
Dieu voudra toujours ce qu’il a une fois Voulu; et il ne
voudra jamais ce qu’il' n’a pas'voulu de toute éternité;
Quand donc l’Ec'riture sainte paroît indique‘r'quek
que changement en Dieu et dans les actes de sa volonté;
par exemple, quand Dieu dit : Je me repens d’avoir
créé l'homme, et monlcœur en est touché de douleur :
_ pænitet me fecîsse homi‘nem (Gen. 6);,rien en cela,
dit saint Augustin, ne marque de changement réel en
- LES GRANDEURS DÏE DBEU‘J i 59

Dieu; mais c’est que Dieu, s’acmmmodant à nos idées ,


parle en quelque manière notre langage; il veut nous
faire comprendre qu‘il a une telle horreur du péché,
que si, par sa mature, il n’étoit pas (essentiellement
immuable, le péché seroit capable de lui causer de la
douleur et du repentir.
Nous ne jugeons de la volonté ile Dieu que par les
effets, continue saint Augustin; et Parce que nous
voyons que les effets de cette volonté souveraine sont
difl'érens, nous nous imaginons qu’il y à aussi quelque
difi‘értmce et quelque changement dans elle; nous
nous trompons; l'a'volonté de Dieu est immuable et
inviolahle en elle-même; Îmaiselle Produit des effets
rlifl'érens, selon la différence du bien ou du mal qu’elle
trouve dans nous , EPOÜÏ exercerkchla bonté, GHRCÎÛF‘
dam des grâces et des récompenses; ou la Vengeance,
en exerçant des rigueurs et des châtimens. Les effets
sont donc souvent différcns; mais la volonté est tou
jours la même, toujours invariable ‘dans ses Vues, ‘
toujours constante dans ses desseins, toujours im.
muable dans ses Projets. Grand Dieu! dit encore saint
Augustin, vous brûlez d’amoùr, et vous n’êtes point
consumé; Vous vous repentez , et vousêtes inaccessible
à la douleur; Vous paroissez en colère, et vous jêtes
tranquille; c’est-a‘i-dire, vous changez vos ouvrages,
et vous ne changez en rien votre volonté ;‘ elle reste
immuable et toujours la même : amas, et non æstuas ;
pœnitet te , et non doles; irasceris, et tranqu'illus 63,:
opera mutas, et non mutas comilium!
Dieu est encore immuable dans ses paroles et dans
ses promesses: ‘fidelis ,Deus in omnibus verbis suis
(Psal; r44), (lit le prophète : le ciel et la terre passe
l'ontz dit le Seigneur lui-même, mais mes Paroles ne
7o B'AME CONTEMPLANT
sauroient manquer : cœlum et terra rransibunt , verbe
autem mea non præteri'bunl (Matth. ‘2.4). Comme il
est impossible que Dieu se trompe, parce qu'il est
essentiellement vérité, il est également impossible
qu'il nous trompe, parce qu'il est essentiellement
bouté; son témoignage est assuré, ses paroles sont sin
cères, ses oraclessont infaillibles, ses promesses sont
eflicaces; tout ce. qu'il prédit est toujours‘ vérifié par
l'événement, et jamais il n'a manqué d'accomplir ce
qu'il a annoncé et promis. Non, jamais Dieu ne retire
sa parole quand il l'a donnée; jamais il ne refuse ses
grâces quand il les a fait espérer; jamais il neferme
son cœur, à moins que nous ne lui refusions nous
mêmes le nôtre. C'est la ce qui forme ce lien indisso
luble, ce commerce sacré entre Dieu et la créature;
‘c'est la ce qui établit le fondement des vertus ‘et des
sentimens de la créature envers Dieu; ses paroles imm
muables sont le fondement ‘solide de notre foi; ses pro
messes immuables sont le fondement assuré de notre
espérance; son amour immuable est ‘le fondement iné
branlable de notre charité‘; de sa part, tout est fixe;
constant et invariable; le changement, s'il y en a, ne
peut venir que de la nôtre; il l'a dit, et son oracle sera
à jamais infaillible : cœlum et terra transibunt, oerba
autem mea non præteribunt. ' '
Que cette immutabilité invariable de Dieu doit
nous faire gémir sur nos changemens et nos incons
tances! De son fonds, il est vrai, l'homme est flottant
et changeant; il n'a guère rien de fixe et d'assuré que
' S011 lIlCOIlS’tflLlCG même et 50D ‘P611 de CODSlStflIICC
dans ses sentimens; mais, outre ce fonds qui lui est
comme naturel, il y a dans l'homme trois principes
ordinaires qui causent ses vicissitudes continuelles :
LES GBANDEURS DE DIEU. 7l
l’ignorance de son esprit, la foiblesse de son coeur et la
violence de ses passions ; ‘trois sources funestes de
toutes les inconstances auxquelles l’homme est natu
rellement si sujet.
. Je dis l’ignorance de son esprit. Les lumières de
l’esprit humain sont trop courtes et trop bornées pour
qu’au premier coup-d’œil il puisse tout voir et tout
prévoir; à mesure qu’il examine et qu’il réfléchit, il
aperçoit des raisons, des motifs, des obstacles, des
circonstances qu’il n’avoit point aperçues et prévues :
plus éclairé alors, il est obligé de ‘changer, de revenir
sur ses pas, de prendre une nouvelle route et de nou
velles mesures; heureux encore si, voyant qu‘il s’est
trompé, qn’il s’est égaré, il revient à. lui, et si une
fausse gloire, un entêtement opiniâtre ne le retient
pas dans son égarement! Il est glorieux de revenir de
son erreurquand on la connaît : quoi qu’il en soit’, il est
constant que l’ignorance de l’esprit de l’homme occar
sionne bien souventson inconstance et ses changemens.
La foiblesse de son cœur en est encore une seconde
source, et une source encore plus féconde, encore plus
funeste. Son cœur foible s’attache aisément aux objets
qui se présententàlui; et comme ces objets varientsans
. . l
cesse sous ses yeux, ils font également varier son cœur
- et ses affections. Un objet l’attire aujourdhui, l’autre le
retire demain; il s’attache à l’un dans un temps, il s‘en
dégoûte bientôt dans un autre; ce cœur ainsi flottant
se prend à tout et ne se fixe à rien; courant d’objets en
objets, il n’est jamais le même; on diroit qu‘il y a dans
un homme seul comme deux. hommes opposés qui
semblent se contrarier et se combattre sans cesse; ‘tant
le cœur de l’homme paroît'souvent difl'érent de lui—.
même, opposé à lui-même, et peu assuré dans ses rê
solutions et dans ses projets!
7a L’AME CON‘IÆMPLANT.
Mais la grande cause, la grande source des‘incons
tances de l'homme, ce sont les passions- qui le demi
nent; le cœur, ainsi dominé, est semblable à une mer
orageuse; toutes les passions, comme autant de'flots
violens et opposés, l’agitent, le troublent, le boule
versent, et le mettent sans cesse dans des situations
diii'érentes , selon les différens mouveme'ns qu‘elles
excitent dans lui : et comment cette mer ainsi exposée
à la violence de ces flots contraires pourroitàelle jamais
‘être pacifique et tranquille? Comment ce cœur ainsi
livré à la contrariété, à. l’impétuosité, à la fureur des
passions différentes, pourroit-il un moment se possé-.
der lui-même, être égal à lui-même, et trouver de con
sistance dans ses sentimens? L’ambition d’une part,
lavarice de l’autre; ici lîemportem'ent et la colère; là
la vengeance et la haine; quelquefois toutes ces pas
sions réunies de concert ,' je ne dis plus seulement
comme autant de flots déchaînés, mais autant de tyrans
implacables, comment n‘exerceroient-elles pas un cruel
empire sur ce cœur passionné? Et en conséquence,
comment ne le livreroient—elles pas à tous les combats,
à toutes les vicissitudes, à tous les changemens aux
quels elles sont malheureusementlivrées‘ à elles-mêmes?
Tel est l’homme et le coeur humain, toujours flottant,
chancelant, inconstant, jamais dans la même situation
et la même assiette. Grand Dieu’! est-ce donc là l’où
vrage que vous aviez formé à votre image et à votre
ressemblance? ' ' 7
Aussi que voit-on communément dans le monde,
quinconstance et changement dans le monde? Le
monde lui-même n'est-il pas souventle premier à s’en
plaindre? Qu’éprouve-t-on parmi les hommes, que ces
variations, ces vicissitudes et ces inéonstanccs conti
nuelles dans ‘tout? - .
,LES 'GRANDEURS DE DIEU. 73
Inconstance et‘ changement dans les amitiés et les
afl'ections; en voit-on de bien cimentées et qui soient
de durée? Trouve-t-on dans le monde des amis fidèles,
sincères, constans, à l’épreuve de tout qui, dans l’adn
versité commê dans la. rôs érité dans les tem sné
7 P. P ,‘ 7' ‘P

huleux comme dans les ours sereins ne seloiunent


l a a
jamais, et qui soient véritablement plus amisde la
- ' :1:
personne que de la fortune? , ' . V
. .lnconstance
. , et chan gement dans les sociétés
. et les
liaisons-’ lom dêtre constantes ne les voit-on as se
. ?
dissoudre, se rompre, quelquefois avec éclat et avec
scandale du public, étonné de voir des personnes
auparavant‘unies ensemble, se diviser et s’armer les
unes contre les autres pour se déchirer mutuellement?
Pourquoi cela? parce que ces sociétés n’étoient pas fon
dées sur les vrais principes; soœ'étés d’amusement,
sociétés d'intérêt, sociétés de plaisirs, sociétés de pas-ÿ
. sions; quelle consistance pourra-t-on trouver dans des,
sociétés unies par ces sentimens? ,
Inconstance dans les promesses et les protestations;
mille offres de service, mille paroles obligeantes, mille
démonstrations d'attachement; la douceuret le miel
couloient de la bouche; quels étoient les sentimens
dans lecœurlPeut-étre alors étoient-ils sincères; mais
du moins les'suites ont-elles montré qu'ils n'ont été
rien moins que constans. ; ' M. " V
Inconstance dans les projetsîet les résolutions. Que
l’homme entre dans son propre cœur, que n'éprouve
t-il passouvent dans lui-même! Il veut et ne veut
pas; il projette .et n’exécute pas; il commence et ne
finit pas. Ç’est que tous ses projets‘ et ses résolutions
étoient écrits sur. le sable; le moindre soufile de lin:
constance les a dissipés. ' '
F431; contemple-t, un 7
74 L’AME CoN‘I‘EMPLAN’r
. . Voilà l’homrne ,voilà le monde, ce monde lui-même
n'est qu’une scêne'changeante, une figure qui passe et
qui varie à tous les instans : nunquàm in eodem statu
permanet. (Job. 14.) ,
Encore, ‘à l’é‘gard des hommes, pourroit-on peut
ê:tre avoir des‘ prétextes
d'inè'onlstan'ce ‘: "mais à de changement
l’égard de Dieu‘eten
dessera-t-il
raisons

jàmaisÏ'DË'eii êÉanÏ toujours le même ‘envers nous‘,


quel Prétexte pourro'it-on avoir de changer envers lui?
Cependanf,.à' l'égard de Dieu même, de combien de
changemens, de combien d’inconstances n’est-on pàs
malheureusement coupable! ' o
Telle âme dégoûtée du monde en avog't connu le
néàn't et le Vide, le danger et la séduction; en censé‘
quence, revenue de son état d’illûsion, elle avoill
embrassé le service de Dieu, et y avoit gouté cette
douceur, cette paix que le monde'ne sauroit donner.
Pourquoi donc, après un certain temps passé au ser
vice d‘un si bon maître, ‘cette âme infidèle s’est-el'ce
encore livrée au monde et engagée de nouveau sous!
son indigne et funeste esclavage? _
P Telle autre, touchée de la grâce, avoit conçu le
Plus‘ grand désir de se ‘donner à Dieu, et même com
mencé d'exécuter le Profil-t d’êire tout à Dieu, d'entrer
dans les voies de la perfection où la grâce l'appeloit
(ÎePuîssi'long-temps. Momens heureux! jours‘fortunés
cette âme, tent’qu’elle a‘ été fidèle et constante!
m'a‘l’s, hëlas'l'bientô‘t l'es nuages (‘le l’îhfidéiité , deila (lis
iipari'on, ‘du dégoût, onufaii éc‘lî serses beaux‘ ‘jours.
‘ 0'”
" _'n'
A va "Dieu '‘‘a-tLil continue de‘ EaPp‘er'ä' la porte de
Ëeneœur; eeéeoeuri linc‘onstlent s’es‘ty, refusé , aux amour
reuseslsollxcltatlons de la g'râce,’qui à son tour s'est
i‘èfii‘é’èèï' â: tràns’p'o'rté eill’eurs' son flambeau;
LES GaANunURs DE Dieu '75
Telle autre encore avoit promis à Dieu une fidélité
inviolable, un dévouement constant, un attachement
éternel, malgré toutes les peines qu’elle pourroit avoir,
toutes les répugnances qu’elle pourroit éprouver, tous
les combats qu’elle auroit'à livrer. Hélas, il n’a pas _
fa‘llu de longues épreuves pour altérer'c'és heureux
sentimens; au premier obstacle quîel'le'a trouvé, à la
premiere difIiculté qui s’est présentée, à la première
tentation qu’elle n'avoit pâs prévue, loin démarquer
cette constance et cette fidélité, tout s’est démenti, et
qui moment
un auroit dûadurer
renversé toutquecetla édifice
autant vie. ‘ de‘ perfectioni
Le dirai-je? pourrai-je le dire sans une amère do'u
leur? Cette personne avoit été élevée dans la piété,
nourrie dans les solides principes de la_ foi et de [la
religion; elle l’avoit même pratiquée avec'édification,
et elle semblait promettre une heureuse persévérahce ,
quel changement funeste a fait disparoître ces pieux 7
sentimens, et à leur place a montré, a étalé l’indévo'.
tion , l’irréligion , l’impiété? La foi a—t-elle donc changé
de face? la religion n’est elle donc plus la même? les
vérités éternelles ont-elles perdu leur force? Non, u en ,
la foi n’a point changé, c‘cst le co'eur; le monde a séduit
‘ce ‘cœur; les passions'ont pervcrti les moeurs; l'esprit
de nouveauté, l‘esprit devanité, l‘csprit de singula
'rité, L’esprit d’opiniâtreté, l’esprit du monde, en un
mot, a étouffé l’esprit‘de Dieu et éteint toutes ses lu
inièrcs.,Malhcureux siècle, qui a enfanté ces monstre!
d’irréligion et d'impiété également opposés à la-‘-rai—l ,
son et à la foi, également'ennemis de Dieu et des
.
hommes! ‘ . ‘V 1.1‘; I
76 'I’AME CO-NTEMPLANT . -._
Elévat'ion de cœur. .
Qu’ai-je fait, 3 mon Dieu! en condamnant l'infidé
lité, L’inconstance des autres? Hélas! n’ai-je point fait
le portrait de moi-même et porté en bien des points
ma propre condamnation? Vous êtes immuable et
toujours le même envers moi, grand Dieu; toujours
bon , toujours libéral, toujours compatissant et misé
ricordieux, sans jamais cesser de m’appeler à vous et
de me combler de vos dons; et moi, ingrat et perfide,
que de changemensn’ai-je pas à déplorer envers vous!
que d’inconstance tiens votre saint service , malgré les
promesses de vous être à jamais fidèle!
V Combien de fois agité, déchiré de remords inté- ‘
rieurs, n’ai-je pas compris que je n‘étois pas ce que je -
.devoisêtrefet que je n’aurois pas voulu mourir et
aller paroître ainsi devant vous! Combien de fois’,
gëmissant sur ma tiédeur, ma langueur et ma négli
gence, n‘ai-je pas pris la résolution d‘en sortir,I et de
vous servir d’une manière plus digne de vous! Com
_ bien de fois, témoin de quelque exemple touchant,
ou frappé de quelque événement funeste, n’ai-je pas
fait les réfléxions les plus salutaires sur le malheur
d’une mort subite et (imprévue, et promis de penser
/ plus efficacement à mon salut et à mon éïternitégl
Mais, hélas! réflexions stériles , ‘résolutions ineificaces
et peu constantes! elles ont fait quelques impressions
passagères et m’ont laissé {dans le même état.
Il y a eu des temps dans ma vie, et je dois le dire à
l'honneur de votre grâce, ,ô mon Dieu! il y a eu des
temps ou j'étois à vous, où je marchois dans la voie
de vos commandemens : j’éteis si heureux quand je
vou:v étois fidèle! et y a-t-il des jours plus heureux que
c
LES GRANDEURS DE DIEU. , 77
ceux que ‘l’on passe dans votre service? Pourquoi donc;
me suis-je éloigné? et que pouvois-je trouver hors de
vous que ce que j’ai trouvé? trouble, inquiétude, agi
tation , fruits amers de mon inconstance.
Ah! si j'avois toujours persévéré dans mes premiers
sentimens, si j’avois toujours été dans ces saintes
dispositions, que de biens 'n’aurois-je pas pratiqué!
que de trésors n’auroi's-je pas acquis pour le ciel!
quelle douce consolation ne goûterois-ie pas à présent!
quelle sainte confiance Ÿn’aurois »je pas à la mort!
Funeste insconstance qui m’a privæ’ de tous ces avan
tages'! tgrop heureux, 6 monjDieu, que vous daigniez
encore me parler, me poursuivre par de nouveaux
remords! et queseroit-ce si vous me livriez à moi
même ,isans daigner faire entendre votre voÏx à mon
cœursihsouventindocile et rebelle?
'Non ,elle ne me parlera plus en Vain, cette voix; je
l'écouterai, jela suivrai, je lui serai désormais docile
et constant :JIIOI! Dieu, nous sommes si sensibles au
changement , .à l‘inconstance - des créatures envers
uouswiet tous les jours nous sommes inconstans envers
vous : comment du moins ne nous reprochonsrnous
pas ces inconstances et cçs:changemens, et ne cher
chons-nouspas un appui dans Notre bras tout-puissant
qui nous soutiendroit?

Fruit de cette considération.

‘1° Demandertpardon à Dieu de nos in/constances


passées, et prévenir les occasions qui pourroient nous
‘causer de nouvelles infidélités dans la suite.
2° Nous défier de nos propres lumières et ne rien‘
entreprendre sans avoir bien réfléchi et sagement con
, . IL
78 L’AME cônrsmrrmw
su’lté; l’ange de ténèbres peut se déguiser en ange de
lumière et nous jeter dans des illusions. '
' 3 Ne former, même dans le bien , aucune résolu
tion en des points essentiels, dans des temps de trouble‘
et d’agitation, ni dans des momens de zèle indiscret et
inconsidéré. ' '
40 Ne pas entreprendre d’ahord des choses au-dessus
de nos forces, mais commencer par quelque chose
moins difficile et moins relevé, afin d'avancer dans la
suite,‘ plutôt que de reculer. Surtout prier Dieu de
nous soutenir jusqu’à la fin par une sainte persé
vérance. A

PRIÈRE.

' Grand Dieu! il n’y a que vous qui soyez essentielle


ment immuable; nous sommes foibles, nous sommes
fragiles : timides roseaux, le moindre vent nous fait
plier, nous renverse et nous brise; exposés à tous les
flots de la mer orageuse du monde, mille tempêtes s‘é
lèvent contre nous, mille écueils nous me'n'acent d‘un
' funeste naufrage; ayez pitié de notre misère et denotr’e
néant; soutenez notre foiblesse, appuyez notre fragi
lité , fixez notre légèreté et notre inconstance par
l’attraitet la force de votre grâce; je sais que je l'ai
souvent contristée : aussi suis-je bien résolu, avec son
nouveau secours, de prendre dès ce moment tous les
moyens pour‘ne plus me. laisser en‘rraînerüpar le torrent
‘(le mon ineonstanee, et pour persévérer dans les bons
‘sentimens que vous ‘daignez encore m’inspircr. Les
réflexions, la prière’, l’exaclitude à toutes ‘mes pratiw
Àques de piété, la.fi'_c'quent.ition des sacremens, la fuite
‘des occasions, la défiance de moi-même, une sainte
confiance‘ en votre bonté .' tous les secours, en un mot ,
C v
LES'GHANDEUBS- DE DIEU. 79
que la religion et'la piétévpeuvent me fournir; il n’en
faut pas moins pour arrêter le cours de mon incons
tance : heureux même si, avec ces secours, je puis me
‘fixer dans le bien ‘et y persévérer jusqu’à la mortl ce
sera le triomphe de votre grâce; à elle seule en sera la
gloire. ' '

L’élerniz'té de Dieu.

*L’ÉTERNITÉ est une’ durée sans commencement et


sans
pour fin;
qu’iltrois choses doivent
soit'iéternel. concourir
Il faut qu’il ait’ de»dans un être
lui-même et
' par lui-même son essence et son existence, et que
jamais il ne puisse avoir de fin. Il est évident par-là
qu'il n’y a que Dieu qui Puisse être éternel. _ l
Les anges et les créatures intelligentes sont‘ immor- -
telles, mais ne sont point éternelles; encore ne sont
‘elles Point immortelles par la nécessité de leur‘ être,
mais parla volonté et la grâce du créateur qui a pro
5 mis‘ ‘de les conserver; ‘elles n’ont aucun îîrincipe. de
-'de'struction en elles-mêmes et par‘ leur nature, il est
‘vrai {mais par leur‘nature elles‘n’ont‘aussi aucun Prim
‘cipe nécessaire de conservation indépendante de la
"volonté de Dieu‘. (Quand on ditoque les’angessonl
étemels, ce n’est qu‘une éternitéimproprement dite:
‘en tant qtfils n’ont Point de fin‘, et que, par la volonté
' (lecelui les a créés'7 ils dureront toujours; mais7
ayant euun commencement, ‘ils ne peuvent être dits
«éternels'à la rigueurret dans tout le sens que lavée;
îülële ‘éternité présente et renferme. Il‘ n'y a donc'q‘ïe
Dieu seul, que lÉlre 1nfini,'que I’Être suprême qui"
‘‘soit véfitaH"m:nt et esd’m tiellnment éternel. _ ‘
""'"“i—

8p DAME CONTÆMPLAKT
Jetxtmité de Dieu ne renferme ‘aucune succession
de duréefile ‘temps et diinstans; à chaquemoment, à
chaque instant elleiest tout entière; elle est à présent
‘ce qu'elle a toujours été; elle a à présent tout ce qu‘elle
aura jamais; les millions d’années qui se seroient écou
lées ne ‘lui auroient rien ôté; les millions de siècles qui
pourroient encore s’écouler ne lui ajouteroient rien.
L'éternité est donc un moment éternel, sans commen
cement, sans succession, sans diminution et sans fin :
momentum æterhum. Je dis un moment, parce'qu'à
chaque instant elle est tout entière 5 je dis rIlIl dnoment
‘éternel, parce que ce moment durera toujours. il en
vest'de l’éternitè ccmme de l’immensitézde Dieu; 'l’im
mensité, étant indivisible ,est tout entière dans chaque
point de l’esPace des lieux; l’éternitéest de même Ïtout
entière dans ‘tous les vmomens de ladurée des temps.
Eeouüons l’vEcriture et 'les saints pèresxs’expliqœr
.snr l‘éternité immuable de Dieu : priusguàm foi'mxi
remr terra et‘ orlu's, à scculo ‘in seculwn tu es, Deux
(P589. 2), dit le prophète-roi : avantque-la terre ‘et
l'univers fussent tirés du néant, 4vouslexistiez avant
tous les siècles, et vous existenez au-delâ dessiècles.
Les cieux et lazterre passeront, ipsi peribunt : pour
vous, vous serez toujours le même, immuable dans
votre essence, et interminable dans votre durée : tu
autem idem'lpse tes, et anni fui non deficient (P3. 161 ).
Les paroles du’ prophète “Habacuc sont encore plus
énergiques : in'curvati sum colles mundi al) itineribus
æternitatis,ej_m (Habac. 3). Les collines du monde se
sont courbées sous les ‘vestiges de ‘son éternité ;- quelle
noble-et sublime penséel-dest-à-dire, que par la durée
immense des siècles ‘et les révolutions infinies des
temps, cette éternité a comme écmsé .les collines, et
LES GRANDEURÀS DEYDIBÜ. 8!
les a obligés de s’afl‘aisser sous son poids : incuruati
sunr.
quelleEncore
noblesseune fois, qu'elle énergie d’expression,
de sentimens! A
Les saints pères parlent le même langage. Dans 'l"'- 7
ternité de Dieu, dit saint Augustin, il n’y a point de
passé, il n’y a point d’avenir; il n’y a point de jour
d hier , point delendemam , tout est actuellement exis
tant, et tout existera à jamais : in æternitaie nec præ
teritum qu'idquam est, quasi esse desieriz, necfuturum,
quasi nondùm si! ,.sed nunc æternum. Imaginons-nous
des millions d'années avant la création de cet univers,
Dieu étoit déjà aussi grand, aussi puissant, aussi heu.
reux qu’il est à présent et qu’il sera toujours. Rassem
blons en esprit un nombre innombrable et toujours
plus grand de révolutions immenses d’années et de
siècles avant et après elles, nous trouverons toujours
Dieu existant dans son éternité, toujours jouissant en
lui-même de tous ses biens, toujours antérieur à toutes
les années, toujours postérieur 'à tous les siècles; et
toutes les années et tous les sièclescomme un point,
et moins qu’un instant devant cette éternité.
Dans l'ordre de la nature, le temps passe, le temps
change, et, semblable à un torrent rapide, il entraîne
tout avec lui; il’éternité de Dieu au contraire subsiste
toujours la même; elle voit passer sous ses yeux‘ ce
torrent rapide des temps, cette révoll‘tion continuelle
des siècles,_tandis que, semblable àun rocher immense
elle demeure immobile, toujours ‘fixe dans son état,
toujours invariable dans son essence, toujours perma
agents dans sa’durée, sans altération, sans augmen
tation}, sans diminution; que peut-on a'outer à un
Être infini? que peut-on retrancher d'un ‘Lre immua
ble? Il a été’, il est, il sera , il ne peut cesser d’être. '
a: ’ "L’AME CONTEMPLANT.
Que les créatures mortelles essuient des révolutions
et des changemens; que le soleil arcoure mille fois sa
carrière; que les fleuves coulent ans le sein des mers;
que les grands monumens élevés par la main. des
hommes semblent braver la durée des siècles; que ‘les
empires e’. les monarchies se perpetuent d‘âge en âge,
de génération en génération, tout passera et tout
finira; l‘Être éternel, toujours tranquille, à l'abri des
pertes et des revers, jouit et_jouira à jamais de sa con:
sistance; le jour, le beau jour de son éternité est sans
nuage comme il sera sans fin. ‘ _ I _
Ce Dieu de bonté, en nous créant, nous a en quel«
que. manière ‘fait part de son éternité. Nos corps mour
ront , mais nos 'âmes sont immortelles et vivront
toujours. Or concevons bien que c’est la pensée de
cette éternité qui augmente infiniment d'une part la
douceur des consolations, et de l’autre les rigueurs des‘
‘peines ‘et des tourmens.
Oui, c'est la pensée de cette éternité qui donne le'
prix aux choses qui nous consolent , de même que c‘est
l‘éte'rnité qui'forme le poids accablant de celles qui
nous afliigent; quelque douce, en effet, et quelque
çonsolanteque puisse être une chose pour nous,.dès
que nous savons qu’elle finira un jour,‘ elle semble
perdre tous ses charmes. Cette pensée , tout finira, est
un poison qui jette l'amertume sur toutes les douceurs :
un jour viendra, et peut-être bientôt, où tous ces biens
ne seront rien pour moi et s’évanouiront à mes yeux;
quelle part peut y prendre mon cœur!
De même c'est la pensée de l’éternité qui aggrave
le poids de toutes les peines.‘ Quelque grandes et quel
que pesantes qu’elles puissent être‘, si on sait qu'elles
auront une fin , dis-lors elles sont adoucies; si on peut
uns GnANDEUas DE DIEU. > \

‘se dire à soi-même,Je soufli'e, mais il Viendra un temps,‘


où cesseront toutes mes souffrances; ce sentiment,
cette douce attente , non-seulement diminue le poids de
toutes les peines, mais semble même répandre sur elles
une espèce de consolation.
‘ Ne nous attachons donc pas aux douceurs de cette
vie, ne nous laissons pas abattre par ses afllictions;
que les seules douceurs et les seules ‘peines éternelles
' fixent nos désirs et nos craintes.
..
Fruzt de cette conszderatlon.
Les quatre réflexions suivantes seront le fruit de
cette considération. . .
I” Réflexion. A la pens'œ, à la vue de l’éternité de
Dieu, comprenons quelle est la brièveté‘ et l‘instabilité
de notre vie en ce monde. Hélas! quelques années,
souventquelques jours, terminent notre course; nous
ne faisons presque que naître et mourir. Le court
espace de temps où nous semblons vivre n’est que
comme un instant; notre vie elle-même n’est qu’une
ombre qui passe, une légère vapeur qui se dissipe, un’
foible nuage qui s'évanouit dans les airs; disons mieux;
notre vie n'est. qu’une mort continuelle. Nous sommes
aujourd'hui, demain peut-être nous ne serons plus;
nous vivons en cet instant, peutJ-être lrlnstant‘suivant
ne‘ nous trouvera. plus, ou ne nous trouvera que dans
l'eàt'ombeau; et ‘on s'attac’h'd'à “cette vie! et on fait des
prqlëts’ immenses pour cette vie! et on ne se nourrit
qù‘ adesl'iéséä'n es frivoles', de‘ vaines ‘chimères sfdui‘ant'
çè’rte: tri'el Et‘ des, ’€l“é'te‘riiitë!"'oi1 'vous' "pend de vue,
édthm’è; gwfiaissnaeeeuq
pourn‘o'usÎ }‘ '' "Ï" ‘h; r_ vieÿtohfdev‘oit
, V ‘ " é‘inïl
_ llefifîflexion. Nous avons dit ‘,l‘comme Dieu est’
‘il : .. ). SJuJJW'J‘nA 31m4 3
Bit: L’AME uoNrirnrLAN'r

éternel ,. il y aura aussi pour nous un éternel avenir où


Dieu nous attend; mais dans cette éternité où nous
tendons tous les jours il y aura deux sorts etdeux par
tages bien difïérens; il y aura une éternité de bonheur
préparé aux justes et aux élus; il y aura une éternité
de tourmens réservés aux impies et aux pécheurs. A
laquelle de ces deux éternités irons-nous aboutir .7
Sera-ce à cette éternité bienheureuse, comble de, tous
les biens, sans mélange de maux? Sera-ce à cette éter
nité malheureuse , centre de tous les maux, sans
ombre de bien? Dieu éternel, c’est sur quoi vous avez
jeté un voile qu’il ne nous est pas permis de lever. En
craignant tout de notre misère et de notre foiblesse,
nous ‘devons tout espérer‘de votre miséricorde et de
votre bonté, mais jamais ne nous rassurer sur nos
vertus et sur nos mérites. _ ‘
IIle Réflexion. Peut-être sommes-nous à la porte
de cette éternité; bientôt elle va ouvrir son sein, ou
pour nous recevoir en triomphe avec les élus, ou pour
nous engloutir dans des abîmes avec les réprouvés- Et
quand même notre vie devroit être plus longue, quand
même elle semit prolongée d’un grand nombre d’an
nées, que sont toutes ces années et tous les siècles ,
même à la vue de cette éternité? La vie la plus longue,
qu’est—_elle? un instant auprès d’elle. Nous y Gourou:
sans cesse, nous avançons à tous les momens‘; le dÇI‘?
nier ,n’est'peut-être éloigné que d’un autre instant. Si
dans ce
nous, moment
enquel cette, éternitédevant
état serions-nous. allloit DieuTEtl‘dansA
s'ouvrir ‘pour, .

go 1’ _ dispositions .irions-nous entendre cet arrêt qui


ou eider de notre sort pour une éternité ou heu
reuse ou malheureuse à jamais? '
1V‘ Réflexion. Dans l’incertitude et l’attente il.
LES GR’A‘NDEIIR'S DE DIEU. 35
cette éternité ,que doit êtreînotre ‘vie qui passe, qu'une’
préparation con tiuuelle à cet avenir immense qui nous
attend ou qui nous menace? De quoi devons-nous
nous occu' r ici-bas, que de la disposition prochaine
à ce terrib e passage du ‘temps à l’éternité? Si, d'une
d’une part, elle a de quoi nous alarmer,‘ elle peut avoir
aussi de quoi nous consoler de l’autre.
Nous menons une vie triste et misérable7 mais nous
pouvons la rendre heureuse ‘en la rendant sainte; nos
jours sont couverts de nuages sombres; mais le beau
iour de l'éternité viendra les dissiper : nous vivons
éloignés de Dieu; mais nous’ pouvons aller enfin nous
réunir à lui pour toujours. Préparons-nous sans délai
à cette'réunion bienheureuse; employons tous les ins
tans de cette vie fragile et mortelle à mériter une vie
permanente et durable; portons-y tous nos désirs et
A toutes nos espérances. Oui , tout périssables et mortels
que nous sommes par notre naturez nous pourrons
participer un jour au privilège de cette éternité ‘bien
Heureuse, de cette immortalité glorieuse qui appar
tient à Dieu par'propriété ‘et par essence, et qu’il
daigne nous communiquer par adoption et par grâce.
Bornon's-là' tous nos vœux et ne vivons plus en ce
monde que pour nous rendre dignes de vivre à jamais
avec Dieu dans l’autre.
Toutes ces pensées sont solides, sont touchantes,
sont salutaires; mais que seroibce si, en finissant cette
considération, nous pouvionsnous présenter le spec
tacle de deux âmes‘. différentes au moment ‘elles
sortent de ce monde; I’une juste pour entrérdan's le
sein
dansde la gloire‘, l’autre réprouvée pour
l’enfer, ' être précipitéeÀ’
Et d’ab‘ord‘coinprenons,‘ si nous le pouvonspitïu'eîi
L'AI-o conte-plut , etc. 8
se‘ L’AME con-reMPLANu , .
seront un jour les sentimens d'une âme qui ,enlsorjtant
de ce monde, aura le bonheur d‘entrer daznsjle ciel;
quand, prenant son essor et déjà élevée alu-dessus de
la terre, elle jette les yeux sur ce bas univers, quel est,
son étonnement de voir les soins turbulens, les agita
tions inquiètes au milieu desquels vivent la plupart
des hommes, les diverses passionsÿqui les tourmen
tent, leurs désirs avides, leurs basses craintes, leurs
haines enveriimées, leurs joies qui durent si peu , leurs
chagrins qui les dévorent jour et nuit; enfin les nuages
épais qui lies aveuglent et leur ‘cachent les lumières de
la vérité’! ‘ ,
i 0 ‘monde pervers! s’éerie-t-elle, monde insensé!
quel est ton aveuglement, quel est le malheur de tes
sectateurs, de s'attacher ainsi au néant et à la vanité
de biensgjui durent si peu, au lieu d‘élever leurs pen
sées etlleurs sentimens vers les biens célestes et perma
riens! Grâces immortelles vous soient rendues, ô mon
Dieu! .qui m’avez retirée de ce lieu d’exil pour me
donner entrée dans la céleste patrie. Il est donc venu ,
ce jour désiré, ce moment heureux! je vais entrer dans
le séjour des Saints, je vais me réunir pour toujours à
mon Dieu; à ce moment, à' cette pensée, quel em
pressement,.quelle joie, quels transports dans cette
âme! C’est dans ces sentimens qu’elle entre dans la
joie
lui.‘ du‘ Seigneur_/ pour
' y ._vivrex et y régner a jamais‘
, avec

Que le sort de l’âme ré'prouvé‘e est bien différent au


inomerit on'ellè sortldë ce riionde! Nori-seulement_ellc
en voit avec étonnement lar'vanité et l'instabilité, non
seulement elle voit ‘avec douleur l’aveuglement où elle
a_ vécu‘, la brièveté de la vie, le néant des choses hu
mairies; mais quelle est l’amertume de ses regrets, la
LES GRANDE’URS DE DIEU. s7’
fil'r'éur de son'désespoir en voyant les abîmes profonds
où elle: va être'plongée, les tourmens affreux, le sort
éternellement malheureux ou elle va être ‘condamnée!
quels retours "alors sur ‘sa 'vi‘ë'passéel que ne voûdroit
èlle‘pas' avoir'fait,l que ne fcroit-elle point, elle pou
voit revenir ‘sur ‘ses pas! Mais,.hé'lasl c'en est fait, son‘
sort est àdécidé, ‘sa sentence portée, son malheur sans
ressource; la voilàprécipitée à jamais dans les abîmes
des vengeances divines condamnée à nevoir jamais
‘Dieu, réduite ‘à. maudire éternellement son sort, d‘au
tant plusfifunes't'e',pque c’est elle qui se l’est attiré et que
Ée nlès‘t qu’ä ‘elle q’n’elle peut,attribuer son malheur, ‘
' Ô étemitä'éternitélet‘on a d’autres pensées sur la
terre ,_ et on s’o'ccupe d’autres ohmts en ce ‘monde , et on
ne‘ consacre p’a’s to’us'ses jours, tous ses momens, tous
ses soins à éviter cette éternité de tourmens et à mériter
une éternité de bonheur!
‘.11’ Î ‘1 _ ‘Elévat'iondeeœm'.
', .0 Dieu immortel, je vous adore;'résidant suri‘lel .
trône‘ de cette éternité glorieuse, vous'êtes leprincipe, _
la mesure, la fin de tout; vous‘ êtes ansté‘rieur'et'po's3
férieur‘ à tout; vous avez donné 'l’être et la'vieatous
l'es êtres;‘vous étiez avant eux, vousexi‘stèrez' après
eùizi ‘Du lia'ut‘tié "cé‘îir'ôiré‘éteinel vous voyez, Îcouler
écus .‘vos pieds le‘ tori'entrdes choses humaines,“ les
révolutions‘ immenses‘ des jours‘, des années‘ et dësÏ
siècles qui, semblables à un fleuve rapide, vont se ren
dre
et à etjamais
'se perdre dans le ‘sein de cette
subsls'tanteJ . éternité
V 'immuable‘
l, '_ Y
‘Z éternité
nous de ljonlieiirldoux
préparez'des ‘séjouret'dcslElu's
bilénsiirmmenses, nous ne,‘ vous‘
Vous:
désirons pasl‘et nous nous attachons ‘à des'ombrci
&& .L’AMEV CONTEMRLANT.
fugitives, à des biens périssables qui vont bientôt dis.
paroitre et nous quitter pour toujours! Où est notre
liaison? . , . .. . -.
'O éternité malheureuse! abîme funeste où sont pré
cipités les réprouv'és, vous nous menacez de tourmens
alfi‘eux, .de peines interminables, et nous ne lescrai-j
gnons pas! et nous craignons les peines de cette vie,
' ‘Im n’ont ‘i ne la durée des instansl'Où est notre foi ?4
” Hommes mortels! toujours mourans en ce mondd,
et destinés à vivre à jamais dans l’autre, à quoi pen
spns-nous, de quoi nous occupons-nous dans ce court
espace de temps, si ‘nous ne nous occupons pas des.
délices de cette éternité de bonheur pour les mériter,
et des horreurs de cette éternité malheureuse pour les
éviter? Dans peu nous finirons notre course; quand
cette dernière heure viendra, que. penserons-nous de
tout ce qui nous amuse, de tout ‘ce qui nous afllige
durant cette vie? Elle viendra, cette derniere heure’,
au moment même où nous parlons’, unnombre d’âmes
tombent dans le sein de cette éternité et reçoivent la
décision et l’arrêt de leur sort : y ont-elles pensé? Ah!
malheur aux pécheurs qui préfèrent les‘choses ter
restres aux célestes, les temporelles aux éternelles ,et
les périssables aux permanentes! K 1I
,, ‘Grand Dieu! rappelezfmoi sans cesse la pensée de
çîette ‘éternité; faites qu’elle soit toujours présente
mes yeux,ptoujoius gravée dans mon cœur; quels sa;
lutaires effets n'y produira-titille pas! A la lueur de ‘ce
céleste flambeau, je'conuoitrai le néant des chose-f.
soupirerai
humaines, je pour les biens suprêmes;
me détacherai des bignsdelesCÇ seulsvç'n'.
910.1158,
tablèsj la vive pensée de cette, éternité. me tiendra lieu d
de tout’; elle animera nia langueur , ellexdpgnincra mon
LES GBANDEURS DE DIEU. . 8g
orgueil, elle étoufl'era .mes ressentimens, elle répri
mera toutes les ‘passions ‘de mon cœur, elle calmera
_ tous les flots de cette mer agitée. Dans mes doutes, elle _
sera ma lumière; dans mes combats, elle sera ma force;
dans mes tentations, elle‘sera mon soutien, mon re
fuge assuré dans mes ‘dangers, ma solide consolation
A dans mes peines; elle sera l'âme de toutes mes actions
et la règle de toute ma conduite. A
.P R I É R E. \.
Dieu ‘éternel, auteurde la vie, arbitre de notre sort,
Roi immortel, Roi des siècles.' honneur et gloire vous
soient rendus par tous‘ vos élus dan'sile sein de votre
règne, dans la durée immuable‘, interminable , à jamais
subsistante .de‘votgc‘éternité bienheureuse. Lelsera-t-r
elle pour moiïhélas! je ‘ne puis’l’es'pérer que de votre
infinierbonté; mais cÎen est fait, je ne vais plus m’oc
_cup_er que dudésir aetfldu soin de la mériter; tous les
jours j’approche de ma fin, je cours insensiblement à
mon. ter me : Ïbientôt tout va disparoitre à mes yeux, il
nestvîtemps-d’en détacher mon cœur. Trop heureux, 6
dpnfiqnflDäieu‘,,que vous ‘medonniez encore quelquesmo
mens pour melpféparer
(
à.‘ mo‘n‘éternité , dont la pensée
s r 4 . ‘
_ mroit remp rr tous les instans ‘de ma V16

, I La providence de Dieu. 7&1,


1 si“), un: attribpt divinlclui doive nous intéresser,
,nous toucher et ripusconsolerhc’est surtoutcelui de la
providence, puisque V restaient; son sein que .nous
sommes et que nous vivons‘â- tous ‘lesinstans: in ipso
twtmus. '. '
La ‘providence .est une perfectionv infinie, parla:
v 1uclle ‘Dieu. dispose de ‘toutes choses avec force, et 165
q
î
9o ‘ DAME CONTEMPLANT ‘ , _
conduit toutes ‘avec douceur à leur fin : dttingù à fine‘
risque ad finem fortiter, et disponit o‘mnia suavitoe
,(Sap. 6). Elle règle tout, elle's‘annonce en tout, elle
éclate dans tout.
.Providence admirable dans l’ordre de la nature et
de tous ses ouvrages! Comme Dieu a créé le monde
par sa puissance, il lejgouverne (par sa sagesse; sa pro
videnceveille sur tout vaste univers; elle en prévoit
les événemens, ellejen'fait agir tous les ressorts, elle en
. ‘conserve l’éeonomîe, ‘elle lie entrejelles .toutes’les par
tles différentes, afin que, par leur liaison et leur ,réu-V
nion, elles composent ce grand tout et en présentent
_ le merveilleux assemblage.
Quoi de plus admirable que ,ce‘tte'suite non’ inter‘
rompue de jours et de nuits, cette sucéession constante
des saisons, ce ‘cours invariable des astres sans que le
' soleil refuse jamais sa lumière, sans que la lune anti
cipe ou retarde jamais sa‘ course, sans qu’aucun des
‘ astres sorte jamais de la ’ place - qui lui ‘est. assignée l Le
jour qui précedejannonce‘ son auteur‘au‘jourfqui' le
suit, et la ‘nuit l‘annonce àlanuit, ‘qui ddit venir après
(
'elie zïlies dieïè‘ructàt verbuini'(Psi' 18.)‘ "‘
Quoi de plus‘admirable que cette variété‘de’ pro
"ductious-de la terre, dans les arbres, les plantes, les
feuilles, les fi‘uitsuehacun dansleur espèce et dans les
temps marqués par laprovidepce pour les besoins et
lesvile
si délices‘lmèine des‘ Iibmme‘S! Dule’sein
et si .l'stérileîpar‘élleïméine‘, cette‘ terre
soleilîgêi‘mcr
les ‘herbes! ç-tjles li‘uiÎts'pourÏnourriË‘les hommes et les
animaux; disons mieux,‘ c‘est la main de la providence
elle-même qui, enrendant la terre fertile et féconde
donne à tous le nécessaire , ‘et même 'l’abo‘n'dant pour
leur subsistance : (la! on'm'ibtts a,Î1i'uenter.(Job. 6.)
/,

LES mmunisuns DE‘ mon. 9:,


La'mer 'présente-t-elle un spectacle moins beau,
moins étonnant, moins ‘divin? Quelle autre main que
celle de la providence a‘ pu] fixer, des. bornes à cette
mer, hors desquelles‘ il lui est défendu de s'étendre? ,
,Qnelle autre voix que celle de la providence a pu se
faire entendre aux ‘vagues agitées et‘ leur dire: Vous
viendrez jusque-là, et là vous briserez l'iinpétuosité de
vos flots? Quel autre empire que l’empire souverain
de Dieu a pu dominer cet élément furieux qui, laissé à
lui-même, seroit capable d’englontir l’univers? Il y a
plus; ces mers quisembloient diviser les terres des
terres, et le’: nations des nations, la providence s’en
sert pour unir les'terres et les nations, en facilitant
une correspondance"générale et une communication
mutuelle
aux‘autrcsqui'les réunit
de leur toutes'pour se faire
abondance. ‘ part les unes
I
‘Dans tout cela, pourroit-on ne pas reconnoître, ne
pas adorer le doigt de la providence marqué à des traits
si sensible’set si fi-appan‘s'? " '
.Mais providence bien plus admirable encore et‘
bien‘plus‘ihefl'able'dans l’ordre surnaturel de la grâce ,
enÿüe de celui deila ‘gloire; et qui pourra jamais hièn
comprendre,qui pourroit‘ jamais dignement exprimer
tout ce que la,grâce opère dans les âmes, la manière
dont elle les éclaire, les anime P les invite, les attire à
elle?‘ Ces ‘pensées salutaires, ces saints ‘mouvemensk,
ces fonctions intérieures, ces. sentimens'intimes, ces
» douceurs‘ ,' ‘ces consolations, çesicommunication‘s inefr'.
falile's ‘ces remords même'secrets ‘cette véixanrtérieurè
1 ' l ' ’ u ‘ .
qui se fait entendre au cœur, que sont-ils autre'cliose
qu’une voix supérieure qui menace, qui trouble, qui
alarme, pour faire rentrer dans la Voie quand on s'en
écarte? ' * |* ” J‘ 1
ga I’AME CONI‘EMPLANT
Or, en considérant attentivement toutes ces mer
veilles, je le demande, ce bel ordre qui règne dans la
nature, .ce grand et magnifique spectacle que présente
cet univers, cette harmonie de toutes les créatures
entre elles, cette conduite générale des âmes dans les
voies du salut, que sont-elles autre chose qu’une ma
nsifestation sensible de la Divinité, un témoignage
éclatant rendu à toutes les perfections dezDieu, à sa
sagesse, à sa puissance, à sa ‘bonté, c‘est-à-dire, à sa
providence, dont elles sont tout à la fois la preuve,
le triomphe et la gloire? Et en contemplant toutes ces
merveilles, qui est-ce qui ne s'écriera pas dans les
transports‘ de son admiration? mirabalis fqcta est
scientia tua, et nonppotero ad eam. (Ps.
Mais, à la vue de ce grand spectacle et de ces éton
nantes merveilles, n’est-il pas plus étonnant eiæore
que les hommes, qui doivent se! regarder «comme les
emfans
contre de
ellelales‘
providence , aient
plus sombres osé l’attaquer
nuages et élever
POPI'IÀIÏQDSQIIÊÇD‘Ï
‘De là,._les uns en sont venus ‘tylStJll’àhIldÇIÏHlÏê-Päûÿi
dence,,et ‘à, dire que tout est e ‘et du basardqqp‘è Dieu
ne se met point en peine de ce qui sejpasse'äpn'rpe
monde, ,et que tqus les soins prétendusv ,enupre‘n
droit seroient indignes de lui et ‘au-dessous‘, A e la‘grîan
(leur de son êtrezëaveuglesl pe'voienbils pas quia: nier
le'egristençe d'une'providence destjçn (même temps nier
laiueeseiémrmeus Peiâsù’reDw-‘ïâaésrâeëêe:
sans hante, Équité, tsereitiîiuïiliiçtäuâne, de
annuellement dsri'ôritlmtçèlrêetiü Ï 43.!?
mensuelle museau
de:l‘hogj,me?;.Mais non,iamaist-pusnirèädam
ce nfest pointil’espritïls'srtît
‘et la
Araisququi l'ont dit; c’çst le cœurhce sont les-passions.
On voudrait se livrer aux désirs de (le-coeur étau d'é
LES GRANDEUR-S DE DIEU. 93
‘réglement de ses passions; et parce qulon sent bien
que la foi d’une providence serait un frein ‘qui arrête
le' coursldes‘fpassilons, on persuader
‘tu’îï il", a.‘ éävs‘ëe‘ ‘5994s .ni renifler??? ‘5111i préside.
"Il?! ôêllijîui‘ÿ'eîlle‘; ni‘ mhin'î‘ui gouverne, -ni7 tribunal
pà‘rén' doiv'e' êtij‘e'cit’é ‘5 ce’ v'ein une fois ou, il n’y a
plus de ‘barrière qui arrête 'l'impétuo'sité ‘des désirs,
'e‘fl‘ré’nés, et,’ la violence des passions déçhaîné'es; alors
on "se livre a tout sans remords‘ et‘ sans crainte. '
Hommes insensés,’ monstr‘eîs d'horreurs‘!
Salvien'le‘srappellêîdesdésértéäursïetiies apostats de la
.afevîaérgcé.:‘rreriîièräëæ.désarmer" "'
“ 'Quelaveuglement‘, qü‘el'malhetir que celui de ces
esprits audacieux qui, s’éloi‘gnant ainsi des voies de
cette'provjdençe divjne, se font à eux-mêmes une
falisëeräeÿîdênçë 531F - sur‘! ÏËÏÎËIŒËS lù'eüërçst d’une
sagesse ‘mondaine "e‘f tdute‘prpfahel quepeut-il en
anima si nlestan’ilseç isîîeñt‘d'enêhï en‘ erreur,
'd’égëœm'en‘t‘erjï éseremeñ'ts. 'tjfils‘tombsntde aimé en
crînàe; 'qîrilsse rrëc'irîten't . ‘abîme en ahîshèï iqsqu’ä
ce qu’enîfin ils tombent dans l’abîrne de ‘tous les‘crimes
et de? t9us lçs mamans, semblables‘? 1m raisseëe'sàn's
voilés/saris‘. gëuverñëü, 5ans îflotèÿ, «ri? ,flofiè «au gré
56%
,qui wèmszëî‘èïrsëâéà’
vajen‘fin' ‘se ‘briserme .ïa‘llireur
' ‘e des‘ tempêtes; 'eï
etifairle u‘ri
‘ funeste'naupÊâgeÎΟoiIa‘
ÿ I V ujämeureux débris rejetés
‘sur le Ïrivage, tristes monumens de: sa perte, image
naturelle et sensible de ces déserteur}, ces apostats
de la Prends???) gai, g‘mrçheptëêñs guide dans l’é‘
gar‘ement de ‘leurs voies, çoidentmfa’illiblement au
terme rdeleur souvent 'rinvqañ’reu'x
somètilinjel' où. leur‘. imprudence,
désespoir, leur pré
les con-r
duisént 2 juste, terriblîeupunitionfide leurs crîmesl
94 ' L’AME CONTBMPLAN’JJ
n 4 Î .
Ah! combien différent est Îe sort de ceux) qul savent
se. réfugier'dans
.
l'asile
. 4
assuré
'
de
i p.
cette Providence
5 _
diÿ.
vme, qul vont se leter. entreses
x
.A4
brashqm ont 19
Œonh'eur de se laisser coàdljlliäe' tout par ,sa‘màin,
d’adorer en tout ses. sages disÿesition'sâ dezsé‘sepeser,
en un mot, dans son sein,'c‘omme un tendre enfant
dans le sein, de sa m'Αre! Si eIle seconde ncs. desseins et
favorise nos intentions, on_re_çoit ses feveursayec re
connoissamee ; si elle en et
ses ordres avec'xfésPeçt', disposeja‘up'geflleyit‘,
en s‘y éoù‘formeave‘èbñ'iàdore
Sou
. . ' ." s.’ av , .' v. .P ‘n , ' w; e,w
.1 .. 1‘ '‘
mxssxon, bleu assure que, par‘qqqlausîwlç’qulçuç _
nous çonduise, elle nous cohd'uîreîteujenrs flgeùlgeuk
terme de n'otxje bonheurs ' ' ' ‘4 ‘ V‘ "
0 mon Dieu! Qu'elle grâce, qgellc‘consolatîon pour
‘moi,’ de popypi: ilci cqnsidefe: les igelyçilleside votre
pfoÿidencele'i‘ de coptemplçlfèuqisifi'lçfs caree;
'ièÿ‘res quelle lxje Présentes’v
'11;":;'l'2;_:‘:n:r '. :iî.“
. , infifliifnïflifs .“ÉŒ‘Ë‘Mêo-‘fhfi‘fi?
Pfovidenee; dé l’homl
mage de toutes les ‘créa; “es, qui-,Ïéftanät ses quvpages,
. doivent tout ‘sirselongleulrs moyens, céntriliuer à'sa
gloire. _
‘Providence “înfiuimen't ainigble _,Y ,paglj" les‘ ïménlag‘e';
‘mens, zpleiñâ 'êé'çîùdéäçéîëdmiäè 'qïièäle ‘îeiñizlqïe ‘P9
‘dis'Posçr, rentres c. :9565», êfi'eôïædùiâaäläfiïésÿement' à
o
ses fins ,maïs tquzjpürs-sûfexñèntet eificeèengeîxin à?” :
Providence ihfàillible dans, sës'vùes',’ des
moyens secrets et- inconnusz ,par des ressorts impéné
trables à fout esprit humain, souvent‘ par des voies
‘to'u; opposées ànos fçëibles ïlùmjèrxî‘es, ne manque jamais
:d'ar'river au'ternxle quîel'l'e‘s’e's't"inpp'osë,v ' ) '
' Providence ‘souÿei'aine etwîndépendante, à quî_rien_
ne'i'ésiste quand ‘elle veut: exercer‘ abso1ument_ son
empire; qùiz , ien loin d’être àrrêtée par les obstacles ,
LES GJRANDEURS D a DIEU. 95
fait changer les obstacles mêmes en moyens, et les fait
sezvir aux desseins qu’elle a formés.
Providencetendrement compatissante dans ses sen
timens, prenantvpart; à nos maux, touchée de nos
peines, s'intéressant à tout ce qui nous intéresse‘, et
toujours portée à nous secourir, à nous soulager ans
tous nos besoins. ‘ '
' Providençe infiniment bienfaisante, qui ne cesse
de nous comblerde ,ses -dons,_quelque indignes que
nous en- soyons ‘ et quelque mauvais usage qu’elle
prévoie que nous‘ en ferons. ‘
Providence universelle, qui s'étend à tout, qui
veille surtout, qui fait lever son soleil sur les bons et
sur les méchans, qui fait pleuvoir sur le juste et sur le
p 'cheur, sans jamais‘ refuser à personne son secours,
quand on-le réclame avec confiance. ’
, Providence ‘toute paternelle jusque dans la diffé
rente distrihution‘des biens de ce monde,- dans l’iné
galité des conditions de la 'vie._Onen est quelquefois
étonné, on demande : Pourquoi, parmi les ‘hommes,
les uns grands, les autres petits, les uns riches, les "
autres pauvreshles uns heureux , les autres nfortunés?
Oui , dit la providence, il}! a des grands'et des petits,
des riches et des pauvres‘, des heureux et des infor
tunés, et il est nécessaire qu'il en soit ainsi, sans quoi
il n’y auroit dans le monde nulle subordination, nulle
dépendance, ‘point de lien de société, peu de rapport
de personne personne c'est cette inégalité de con
ditions etl‘d'états‘qnihforgie ce lien, cette société, ces
rapports de cornrnerce eud‘intérets mutuels, sans quoi
le bienr'gépéral ne_.,sauroit subsister, et tout tomberoit
dans l'indifférence "et dans‘la langueur; les besoins ré
ciprqques rapprochent les hommes et les unlssscnt
entre eux pour se soutenir.
9€ L’AME CONTEMPLANT
Le dirai - je? providence tout adorable et toute
sainte, même dans la permission du péché et du mal.
Oui, dans le mal et le péché même, dans le mélange
des méchans et des bons. Le" péché s’écarte de l’ordre;
mais Dieu respectenotre "liberté, et il' permet le mé
lange du mal et ‘di‘r bien pour [épreuve et la sanctifi
cation des uns, pour l’exemlple et la condamnation
des autres; en un mot, comme dit saint Augustin,
Dieu a mieux aimé tirer le bien du mal que d’empê
cher qu'il n’arrivât aucun mal : meliüs ehim judicaciit
de malis benefacere, quàm mala nulla esse permit—
tere. Il y aura cependant un terme où ‘tous, recevant
la récompense ou la peine, seront une justification
pleine et entière de la providence et adoreront ses dis
positions toutes saintes. /
Il peut même se faire (car à quoi ne doit-on pas
s'attendre dans des siècles pervers?) il peut se faire
qu’il arrive des événemens extraordinaires dans la vie,
des bouleversemens dans le monde, des agitations
dans le esprits, en un mot, des renversemens si sur
prenans, qu’ils paroissent hors du cours naturel et
’ ordinaire des choses; jours tristes et néhul'euxl c’est
alors que, loin de se laisser ébranler et abattre , il faut
plus que jamais ranimer les sentimens de sa foi, se
jeter plus avant dans le sein de la providence,-ct
attendre la manifestation‘et le développement des
desseins de Dieu; plus même les choses paroissent
extraordinaires et s“Pprenantes 9 Plus elles doivent‘
faire . com Prendre 9
' ue. Dietr'a‘
. aussi. ‘1".ci‘I. ne .l‘me. de
providence plus particulière sur les hommes,'so1t de
providence miséricordi‘eu'se sur les justes, soit de jus
tice redoutable sur les impies; loin donc de Vouloir
les sonder et les a PProfondir,1 il faut se borner à les
adorer et àLES
s'y soumettre,'persu‘adé
GFLANDEURS DE que, dès‘ qu’on s'y‘
DIEU.

soumet en esprit de résignationret de lbi,‘ils ne ‘sans


raient tourner qu’au' bien et l’avantage'des élus.
Dieu- vav-à ses fins, et les pêcheurs ne 's’aperçoivent.
pas que par leurs excès ils acœ’lèrent le jour des v'en?
geauces pour la punition de leurs crimes portés à le'ur_
comble, tandis que les grâces, dont ils se rendent in
dignes, serréunissenl sur 'les justes gémissa‘ns et son
mis; c’est ce iqu’avoit annoncé le prophète : cùm cœur-t
se'rit, ira ejus,'beatîÿ qui‘ sparàrit in eo (Psxz): Quand
le feu de la colère de Dieu sera allumé, heureux ceux;
qui mettront en lui toute leur confiance! '
I. h J
‘Fruit de cette considération. . v fur-,1
«I '

Rien de si nécessaire, et en même temps'de‘si' con‘:


solant que-la pensée bien méditée et'la'foi bien établie.
de la providence. ‘ . I ‘r ‘
I° Au sujet des choses temporelles, elie arrêtera
toutes les’plaintcs et tous lesmurinures auxquels on se
livre si souventet si criminelllement quand on voit arri
ver tant de calamités et tant de malheurs;,.les gxêles',
les orages, les tempêtes, les inondations, les saisons
dérangées>,';les récoltes enlevées, tant d’autresnfléeur-z
de Bieu'xqäuiafllignnt la berne. plaint, un slim-g
quiète, on murmure; quelques-‘uns en vie'ndroient.
même aux imprécations et äux'blasphèmes :la' foi-.liien
établie d’une providence apaiseroit tous les flots et
tous les œagœ' des sentimens; on ‘penserait, 101i côto
prendroit que toutes ces calamités et tous ces malheurs‘
sont latrop juste punition de nosPéchéaE‘est‘métne 1
un grand effet de cette providence miaéricordieuse que"
Dieu ne nous traite pas avec plus de rigueur : s‘il nous '
punissoit selon .la grièveté de nos péchés, il nous au
L'Ame contemplant , ou. 9
98. . L’AME CONTEMPLANËI‘.
roit déjà mille fois précipité dans le fond des enfers;
par ces calamités il nous avertit de revenir à lui par la
pénitence, et nous ménage des peines salutaires en ce.
monde pour nous épargner des peines éternelles de
“l'autre; En ce sens, ses punitions mêmes sont des
grâces, et, loin de nous plaindre des‘ rigueurs de la.
providence, nous devrions la bénir de ses ménagemens
et ‘de sa (patience, puisqu‘elle ne nous frappe que pour
nous sauver. ' v
2° La foi de la providence feroit plus encore; elle
nousrinspireroit un saint abandon entre ses mains,
une pleine et entière résignation à ses ordres; j‘ajoute
même, une douce et intime confiance en sa protec
tion’, dans tous les besoins, dans tous les dangers, dans
toutes les" tentations, toutes les câpreuves, toutes les
occasions ,' en un mot, où nous pouvons'nôus trouver‘
dans la vie. Car, étant assurés, d’une part, que Dieu
aime toutes ses créatures, et plus encore ses créatures
intelligentes; et, de l'autre, étant également assurés
que rien ne peut arriver en ce monde que par une per
mission particulière ou‘ une volonté expresse de ce
- Dieu de bonté, nous. devons par-là même nous rassu-'
rer,dàns quelqueaétat que nous puissions être et quel
que ‘événement qui puisse nous arriver‘; et dès-brs
nous ne devons point tant craindre ni'les accidens de
la vie; ni’lia puissance des hommes, ni la fureur des
V démons.
ÏaCraignons le péché et n'ayons point d’autre'crainte;
si nnus'wsommes fidèles â'Dien,eet si nous mettons en
luitoute notre‘confiance, jamais il ne ‘permettra rien
qui puisse nous nuire,» rien même qui ne tourne à no
tre avantage. Quels exemples admirables n’enavous
nous pas dans les Saints, dans un Abraham, un Jœ
LES‘GBANDEUBS DE DIEU. 9g
seph, un Moise, un Daniel, un Job, un Tobie, et tant
d’autresl .monumens éternels d'une providence toute
divine qui éprouve , mais qui soutient; qui vafi‘lige,
mais qui console; “qui expose au combat, mais qui
couronne après la victoire. 4 j,

o
Élévation de cœur.
.1

Votre providence , ô Père céleste! gouverne et cons


profondeurs de la terre,
duit toutes choses; depuis
du plus hautlades
gluslgrande
cieux de vos

productions jusqu’au plus imperceptible de vos ou


vrages , vous disposez tout avec force et douceur; vous
connoissez l'as fin où doivent conduire les moyens;
vous choisissez les moyens qui peuvent conduire à la
lin; et ainsi, disposant tout selon votre sagesse, vous
faites tout contribuer a votregloire, De tout? éternité ,
votre intelligence supnême’ à tout prévu, tout connu,
tout ordonné; les causes et les effets, les commence
mens et les progrès, les événemens et toutes leurs
suites; tout étoit dans vous dès l’éternité ,' et ce n’est
que dans le temps marqué que chaque chose a été pro
duite pour manifester vos perfections adorables.
Le seul péché, la source de tous les maux, ne pou
voit être votre ouvrage ;‘ mais la permission du péché
même estentrée dans les vu es devotre providence : car ,
quoique les créatures raisonnables s’écartent des lois
que vous avez prescrites, une loi supérieure les fait
rentrer dans l’ordre que vous avez établi; ainsi vous
avez tout renfenné dans le Vaste sein de votre provi+_
dence, sans que rien puisse entièrement se sous
traire aux desseins quelle‘ a conçus et à la fin q'u’elleÎ
s'est proposée. _' ‘ s .V I : ; , un
Ah! malheur aux pécheurs ,‘aux coeurs indociles
\

zoo L‘AM'E CÔNTEMPLAN‘T


qui violent les lois et qui troublent l’ordre de cette
providence divine! ear,. tandis qu’ils s’écartent des
dispositions d'une provâeknoe sage et bienfaisante qui
conduit à la vie, ils tombent sous l’empir'o‘fd’uue pro
vidence juste et terrible qui destine à la morts-ils se’
couent un joug doux et léger que leur imposoit une
main paternelle,et ils seront forcés de subir le joug ac
tablant d’un bras éternellement vengeur.
‘4 ,Qu’on- est donc heureux, 0 mon‘ Dieu! de se jeter
avec une entière confiance et un- entier abandon dans
le sein detettevprovidence misérieordieuse, et de se
sans réserve à son aimable conduitel elle est
éclairée dans ses voies, elle est infaillible dans ses dis
positions. Ses àrrangemens sont encore cachés et voi
les sous les nuages du temps; mais, quand la-mesure
des temps sera remplie ,quand le termede toutes choses
sera arrivé, alors, les voiles ‘étant ôtés, les nuages
étant‘ ‘dissipésyl votre providence. paroîtra dans tout
son et dans toutson‘éclaté on sera forcé de l’ado
rer ,derla bénir à jamais, en voyant avec quelle sagesse,
quelle douceur , quelle suavité‘, vous avez disposé
toutescehoseslpomtlesfaireg servir, et aux intérêts de
votre glorlre ,' 64 aux fins de‘ notre salut.
r
L'AN. "l" ., - - ‘r .
‘.1635 . ' , PRIÈRE‘ ' I ‘1.

"Faites, 6 Dieu de bonté! queteëtte douce pensée,


que cette foi vive de votre providence me soit toujours
‘présente ; que dans tout ce qui pourra m’arriver d"heu_
roux ou de malheureux , de consulat): ou d‘aflligeant,
je le reçoive toujours comme venant'de votre main,
et dirigé par votre vsagesse; que cette douce pensée soit
mon soutien, ma force, ma consolation dans tous les
ôvéasmens de cette vie. Ah! Seigneur, que ne dois-je
LES GRANDEURSDE DIEU. [n'ai
pas à cette providence divine! mille fois je l‘ai é‘pro'u
vée, et je l’éprouve encore ‘tous les jours; dois me
regarder comme étant spécialement l’enfant de la pro-À
vidence; elle m’a conduit en tout parla main, elle a
-' dirigé tous mes pas durant ma vie; j'espère qu’elle;
continuera à me diriger et à me conduire jusqu’à. la fin
de ma course. - _ '
Tels sont, 6 mon Dieu! et tels seront à jamais les
sentimensde mon cœur envers'votre jprov'idence; je la
reconnoîtrni partout, je l’adorerai en tout, je la béni
raide tout; je l'invoquerai dans toutes mes entreprises,
je la seconderai de tous mes efforts, je In’oublierai rien,
de tout ce qu‘elle, peut demander de moi‘; aprèscéla je
me remettrai à elle‘ de l’événeinentet du succès; je
donnerai mes soins, le reste‘ viendra‘ dervobre main et
sera reçu selbn votre esprit pour l’accomplissement de
votre volonté toujours sainte, et selon les dispositions
de ‘votre Providence à jamais adorable.

‘La miséricorde de Dieu: '


L4‘ contemplation .de la miséricorde-va nous‘
présenter tcmtile: spectacle dnulzamdligion; car toute la
religion consiste en- ces deux points essentiels : souve
raine misèredans. Phonmei, et soufverañle miséricorde,
dans Dieu; l'une. pour être amèrement déplfll’ée,- l’autre
pour être louée et bénie à jflmais,
La bontéde Dieus’étend àr tees les hmmnesen «gém
objets, samisérioorde
uéral; oÏesû-àÿdise, ens’gxezce spécialement
soulagent sur deux, ‘
les afiligéislqnizrév
clament; son secours, et-en pardnnnanttaux péehem's
* qui détestent leurs crimes. '
La miséricorde est une perfection infinie {elle Vent“
9. ‘ '
r02 L’AME CONTEMPLANT
de laquelle Dieu est touché des misères des hommes et
porté à les soulager. _
Comme il seroit difli-cile de considérer la miséri
corde en elle-même et dans son essence‘, puisqulil fau
- droit pour cela entrer dans le cœur de Dieu même, 2
nous nous contenterons de la considérer dans les effets
qu’elle a produits, ou plutôt dans les prodiges qu’elle
a opérés. Considérons donc cette divine miséricorde
sous ‘.es dill'érens points de vue où-eile se présente à
nous. ‘ l '
1 ' La miséricorde venant elle-même à nous en per
sonne. Le suprême bienfait de la miséricorde, le plus
grand, le plus admirable, et celui d’où découlent tous
les autres, comme de leur source, c’est lïincamation
temporelle du Verbe; unsDieu fait homme pour rache
ter les hommes et les retirer du profond abîme de
maux où le péché les avoit plongés! En effet, quelle .
miséricorde dans Dieu! il voit des hommes coupables ,
rebelles, indignes de toute grâce, dignes de tout châ
timent, tombés par leurs crimes dans le comble de tous
les malheurs, n’ayant plus que «le désespoir pour par;v
tage; 'touché’de leurs maux,‘ le Verbe'ét‘ernel, le"'Filsr
de Dieu, l’image de sa substance, la spleudeur'desa
gloire, descend du ciel sur la terre, veut. bien se revêtir‘
de notre mortalité, prendre sur, lui toutes les peines
que nous avions méritées, s’ofl‘rir en sacrifice d‘expia
tion pour réparer la gloire de son Père outragé et satis
faire à sa justice armée contre nous. C'est la miséri
corde en personne qui vient à nous, qui vit au milieu
de. nous, qui se charge de nos misères pour nous en
adoucir ‘le poids , et qui nous fait part de ses sentimens
pour sanctifier les nôtres. La bonté de Dieu pouvoit—
elle aller pËus loin envers l’liomme? et l’homme. pou»
/
z
LES GRANDEURS'DEŸDI'EU. to3
voit-il jamais's’attendre à une telle‘bonté de la part de
son Dieu? Mais, après une telle faveur, qu'est-ce que
l'homme n’a pas à espérer de cette infinie bontél
2" La miséricorde dissipant les ténèbres de nos
esprits. Une suite du premier effet ‘de la miséricorde
divine, c’est la doctrine toute céleste et les lumières‘
toutes divines dont Jésus-Christ a éclairé les hommes.‘
Rappelons-nous dans quelle profondeur de ténèbres le
mon'de gémissoit avant la venue de ce Dieu Sauveur.
L’homme, aveuglé par son‘ péché, étoit dans l’ignoè
rance la plus profonde sur les objets et les devoirs les
plus ‘essentiels au salut; sur la‘ nature de’Dieu, sur vla
fin dernière, sur l’immortalitéde l’âme, la grièveeé du
péché, l’excel‘lence'desvertus, etc. Cette ignorance,
comme générale, avoit‘plongé le genre humain dans
toutes sortes d’erreurs, d’égaremens et d’excè's; il s'é
toit fait des dieux de tout; il adoroit le soleil, les astres,
les plantes, les animaux, les insectes rampans, lesdé
mons eux-mêmes. Le dieu des lumières, le'soleilde
justice se lève sur la terrefet tous ces monstres d'er:
reuns disparoissent; il éclaire le monde, il apprend
aux hommes qu’il'n’y a qu'un seul Dieu,.que leur ‘âme
est immortelle , qu’ellle'est destinée, ou à des supplices
éternels, ou à un bonheur sans fin, selon qu’elle'aura
pratiqué le bien ou le mal; qu'il y'a une providence
qui gouverne cet univers, et conduit'toutcs choses a
leur fin; en un mot, il ouvre aux hommes le vrai che
min du salut, 'don't'ils'étoient si malheureusement et
si criminellament - égarés.‘ Quelle‘- excellence, ‘quelle
profondeur , quelle subl‘i‘mité de doctrine l par-là même,
quelle grâce, quelle faveur d’en avoir éclairé l’nnivers
dans le temps même où ses ténèbres étoient plus
épaisses et plus profondes! . ‘t
toi . L’AfMEi‘CONTEMPLANT
3? La miséricorde purifiant lestafiectionsxde notre"
cœur. Elle nous :olli‘è [exemple et le‘ modèle de toutes_
les vertus que l’HommœDieu apnésentées dans sa peru
sonne adorable. Ce ri’étoit pas assez pour lui de nous
instruire par ses'paroles; ila voulu le faire d‘une ma
nière’ encore plus efficace parrses'exemplesTous les
vices régnaient sur (la. terre; il a donné l’exemple de
toutes les. vertus. ’Acvant JésusrChrist, tous les crimes
avoient infecté la. terre de leur funeste poison‘, l’ambi
tion, I’avarice, l'impureté, la haine, la vengeance ,
. et, pour surcroît de maux, l‘audace, lï’impiété, le
scandale, cämbloient toutes les horreurs. Le Sauveur
vienleauï inonde, et à'sa venue, paraît le spectacle de
toutes‘ les‘ vertus'et de toute la perfection des vertus :
amonr'andcnt, zèle. tendre, désintéressement parfait,
humiliation profonde , patience invincible, douceur
inaltérable, détachement absolu de. tout‘; quelle est la
venta si sublime dent Jésm-Cluzist: ne nous ait proposé
le‘ modèle accompli-dans toute‘, sa oonduitei’Etn’est-ce
pas‘sun'ce grand modèle, qu’à, là suite de ‘Jésus-Christ
et; snrglprtr'nce, ide-ses vertus, ontl marché tant, de saints
emfeseeurafitant‘d‘e généreuses; vierges, tantde mar
tyrs ‘invincililes , .tant de ‘héros chrétiens dont le monde
n'étoit pas digne, et qui n’ont: vécu dans le monde que
pour en être,o1rl‘admiration par liécl’at'dae‘lem‘s Vertus,
on. in condamnation par l’opposition de leurs moeurs?
Quel autreiqne la grâce d‘un Dieu Sauveur a: pu. rem
pmnhemsur le siècle ces. glorieusesvictoire‘s? Avec son
séèuurfinonsrpnuvôns‘les remporter! uousqmêmes sur
tons'les ennemis de notre salut. ' n’.
4° In‘a miséricorde. nous adoptant en qualité'd’enç
fans de. Dieu , et , en conséquence, nous donnant
droit à l’hfritage céleste. Dans ce seul bienfait, com
a

Les GnANDaUn-s DE DIEU. _ :05


bien d'autres, tousdignes de notre attention et de nos
sentimens! Quel est l'état d'où Dieu nous a retirés?
Fmfans de colère, esclavesdu démon, assujettis à l’emm
pire et à la tyrannie des puissances infernales , tel était
notre sort et notre malheur. A quel état Dieu nous a
t-il élevés? Je ne dis pas seulement à‘la dignité des
anges, mais à la dignité d'enfants de Dieu, héritiers de
‘Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ : dès-lors revêtusdu -
droit au royaume céleste, au bonheur de Dieu même
qui a daigné nous adopter enla personne adorableda
son Fils. - a 2
Et combien d'autres avantages ne nous procure pas
encore cette adoption miséricordieuse, puisque dès
lors nous avons un rapport intime, une union spéciale
avec Jésus-Christ, et que nousne faisons plus avec lui
que comme une seulelpersonnel Il est notre chef,
nous sommes ses membres ;.dès-lors toutes nos actions,»
unies avec celles de Jésus-Christ, relevées par cellesde'
Jésus-Christ, devient ont toutes surnaturelles et toutes
divines. Mais aussi à quoi nous engage cette ado'ptinn'
divine? Et pourrions-nous jamais dignement carres-r.
pondre aux desseins de cette miséricorde‘ ineüäble'qui.
nous a tirés dÎun état si'déplorable pour nous élever à
un état si sublime et si glorieux? ‘ ‘ ' 2':
5° La ‘miséricorde nous ouvrant le trésor des grâces
et des mérites de Jésus-Christ pour subvenir à notre‘
indigence; C’est surtout dans les sacremens que ce
Dieu Sauveur nous en a laissé le dépôt", avec la‘ liberté‘
dîy aller puiser selon nos besoins. Ccstzlà où les mé
rites infinis de Jésus-Christ nous sont appliqués ;»:c'estx‘
là où nos péchés. sont lavés dans le sang de L'Agneau;
c'est là où toutes les‘grâcesnous sont communiquées}!
c’est là où la rosée qui descend du ciel särépandsurla î
..
106 L’AME‘ COJNI‘EMPLANT ' '
terre avec abondance. Ainsi s’accomplit à la lettre l’o
'racle du prophète : haurietis aquas in gaudïo de, fami
bus Salvatoris.(_Isa. 4)._Vous puiserez avec allégresse.
les eaux qui coulent des fontaineslsacrées devotre Sau
veur. Jésus-Christ , infiniment riche par ‘lui rmêldfl ,
n‘airdit pas besoin - de ses mérites‘; mais, touché de
notre indigence et de notre misère , il nous en confie le
trésor; ils sont à nous, nous pouvons nous en enrichir;
il nous invite lui-même à aller puiser dans ces sources
salutaires, sans demander. autre chose de nous que la
connaissance de nos besoins'et la confiance en sa mi
séricorde : tienne, emiteabsque argente. (Isa. 55.)
» En cela surtout consiste la difl‘érence entre la loi
ancienne etla nouvelle alliance. Da‘ns l’ancie'une, Dieu
accordoit ses grâces; dans la nouvelle, il nous donne‘
l’auteur même des grâces en personne. .C’est surtout
dans le sacrement par excellence que .ce prodige sio
père; et n’est-ce pas dans ces fontaines d’eau vive où
les‘ âmes -fidèles,gpuisant :avec joie, vont s’enrichir
dans leur pauvreté, se fortifier dans leur foiblesse ,
s‘animer dans leur langueur,ct trouver tous les secours
que la divine bonté leur a préparés. *
6'‘? La miséricorde résidant en personne au milieu _
de nous pour être notre asile, notre soutien , notre
consolation la consommation des siècles. Nou
veau bienfait, bienfait inestimable que la miséricorde
divine répand sur les ho'mmesrUnDieu‘toujoms pré
sent avec nous, pour. nous, au‘ milieu de nous. Je parle
en particulier du sacrement adorable de I’Encharistie ,
‘où Jésus-Christ, non-content d‘êtredescendu du ciel
sur la terre, d'avoir vécu un nombre d'années avec les
hommes; de leur avoir consacré ses ‘travaux, ses
sueurs, ses exemples, ses grâces, durant sa vie, après
LES GRANDEUBS DE DIEU. '10
la mort même, a voulu rester avec nous, résider jour d
et nuit sur sesautels, y élever, en quelque manière,
son trône; nous donner dans tous les temps et à tous
les momens un libre accès auprès de ce trône de grâces,
et, après être devenu notne victime, devenir notre
nourriture en nous donnant son corps sacré et son
sang‘ précieux pour‘être l’aliment de nos âmes et le
gage de notre immortalité glorieuse. .
Ah! c'est bien ici que l‘on peut s’écrier avec le.pron
vphète rwal que les œuvres de la‘ miséricorde sont au
dessus de tous ses autres ouvrages : misericordiæ e'jusä
super'omn'ia opera ejus. v
Par où avons-nous mérité toutes ces grâces? hela‘s!
loin de les mériter, nous nous en étions rendus positi
vement‘indignes; ‘ce n’est'qu’à la miséricorde pure
ment gratuite que nous les'devons; ' '
Nous nous accou'fumons à voir, à entendre annon
ae cer tous les jours les prodiges de cette divine miséri-î
' corde, et ‘dès lors nous n’en admironsplus les gran
deurs; c’est la réflexion que faisoit saint Augustin dans
un autre sujet : assiduitate 'uiluerunt. Considérons
cependant et réunissons comme sous un coup-d’œil ce
que la miséricorde nous a procuré et nous procure en
core tous les jours de biens par tous ces prodiges.
Nous étions esclaves du démon _, elle nous en a
délivrés; nous éjtions dans les plus épaisses ténèbres,
elle nous a éclairés‘; nous étions égarés ‘dans les voies
du salut , elle nous a ramenés; nous étions condamnés
à l‘enfer, elle nous a. ouvert la 'porteïd'u ciel; nous
étions abandonnéslà nous-mêmes‘, la miséricorde est
venue à nous; actuellement mêmeson trône est élevé
au milieu de ‘nous; elle réside sur ses autelspour se
donner constamment à nous : adeamus ‘erg? cum fidu
,10‘ L'AMI: CONTEMPLÂNTI _
ciâad' t‘hronum gran'æ, ut misericordia m comeqzm'mur
(Heb. 4). Allons donc aupied du‘ trône de cette misé
ricorde pour lui marquer notre juste reconnoissance;
mais en même temps allons-y avec une pleine et en
tière confiance, dans quelque état de misère que nous
puissions être. . _ A '
Nos Péchés, il est vrai, doivent "nous faire trembler :
mais une réflexion en ce point bien consolante pour
nous , c’est que'nos péchés , dès que nous les détestons ,
ne sont Plus l’ohjet de la justice de Dieu, nfls de sa
miséricorde; et si nous les détestons véritablement,
' sincèrement et de cœur, nous avons dès-lors tout sujet
d’espérer; oui, quand alors le ciel montreroit tous ses
foudres allumés à nos yeux; quand-la terre ouvriroit
tous ses abîmes sous nos Pieds ;- quand toutes les Puis
sances de l’enfer s’armeroient Pour nous perdre, je
'
' tons-nous avec une Pleine et entière confiance dans le
sein de la divine miséricorde, et soyons assurés d'y
trouver un asiletoujorm: ouvert pour nous recevoir.
s
Fruit de cette considération,
Le fi'uitvque nmls‘devons tirer de cetteeonsidération
si. intéressante», si c-o‘nsolançe PLlll‘ nous, cï’estiloî d’ -
dorer dans la profondeur de notreïrespect cette-bonté
infinie envers nous, tout pécheurs que‘ nous étions et
indignes de la moindre de ‘ses faveurs;
2° D’avoir une reconnoissance éternelle .pour'cetle
divine miséricorde qui s’e‘st montrée‘ six‘ prodigue‘, si
propice'et si favorable envers nous, talndisque :tant
d'autres ont été les malheureuses victimes'de ria-justice.
3°. De prendre garde surtout d’abuserÿamais de
cetté infinie miséricorde, Quels monstres ne serions
lou'. pas aux yeux de ‘Dieu, si, parce qu’il ‘est bon,
CÉ'SoGRAND-EURS DE’D‘IEU. s09
nous neteessiorîs‘ pas'd'être méchans; si‘ de. sa bonté
même nous nous faisions un titre pour l'Ÿofi‘enser-‘Plus
criminellement, et si nous tournions ‘en poison le plus
salutaire de enfin
4° C'est tous les
deremèdes!‘
conjurer cette misérli'cmlde ‘éter
nelle de nous soutenir jusqu’au bout, de ne nous
abandonner jamais, ou plutôt-de ne pernîiettre'jamais
que‘ nous l’abandonnions; conjurolnsdä (le-‘nous ac
compagner jnsqu’au dernier; soupir'ï, et, au dernier
soupir même, de recevoir notre âme dans’ son sein‘
paternel. ' '
Dèsrce moment COIISËCI‘OIlSwllIl pour toujours le‘;
sentimens d'une justereconnoissance, d’uü amour ar
dent, et d’un dévouement invîolable aux interets- de
sa gloire. u -
Effusion de cœur envers la divine miséricorde
Que votre miséricorde envers nous est grande ',' ô
mon Dieu! et- que les effets en sont adorables." Par nos
péchés nous étions devenus les objets de votre colère,
condamnés aux horreurs d’une éternité malheureuse,
hors d’état par nous-mêmes de nous soustraire aux
rigueurs de vos redoutables vengeances. Touche de
nos maux ,. adorable Sauveur, vous êtes venu’ sur la
terre pour nous retirer de l’état déplorable où nous
étions tombés; et dans quel état vous lê-tesavous‘vous
même réduit! Vous êtes né dansïl'indigm‘celet la Pau
vreté;vous_ mvczwécâ dans les soufl‘rààceset les peines;
vous êtes ‘mondains iîignomin‘ie eti'dans'zles maintiens;
quel roi de la .t'erœnsi compatissan't en a jamaistant
fait Pour ses sujets? quel Père'si tendre aja‘mais'eu
une telle bonté envers ses enfans? Vous‘ n’avez exclus
personne de votre cœur, tous les hommes. ont‘eu part
1. Aml vontemplnnt, en. ‘o
Ho . ‘ L’AME CONTEM‘PL‘ANT»
à vos sentimens et à vos bienfaits; ma'is dès-lors coma.
ment tous les hommes ne sont-ils pas sans cesse occu<
pés à adorer vos bontés et à en célébrer les louanges?
Mais, outre cette miséricorde ‘générale et commune
à tous, quels effets n’en vai-jc pas éprouvé moi-même
en particulier, 6 mon Dieul et ne puis-je pas dire que
j’en suis le monument le plus sensible. et le plus frap
pant? Qu’avez-vous pu faire pour moi que vous n’ayez
fait? Quand je me rappelle ‘tout le cours de ma vie,
puis-je nepas admirer les traits inefïables de cette ‘mi
séricorde dont elle est' remplie? Combien de.grâces
dont vous m’avez comblé! combien (le dangers dont
vous m'avez préservé! combien de péchés que vous
m’avez pardonnésl toute {ma vie vu’a été qu'une suite
de prodiges et un exercice continuel de cette miséri
corde infinie envers moi. Dieu de bonté, que de sujet
irai-je pas de m’écrier avec le prophète : misericorldias
Domini in æternum cantabo. (P5. 88.) Etemelletnent
je chanterai vos miséricordes, et j‘en célébrerai _les
grandeurs. Oui , mon Dieu, toutes vos perfections sont
inefi‘ahles et au-dessusde toutes nos pensées; les lu
mières detvotre sagesse sont infinies, les effets de votre
puissance sont sans bornes, les trésors de votre magni
ficence sont iné‘puisables; mais‘, j’ose le dire, les pro
diges de votre miséricorde sont encore au-dessus de
tous vos autres ouvrages : misericordiæ cjus super
omnia opera ejus. (Ps. 144i) ‘ ‘ '. '
. 0 mon' âme! bénissezdouc le Seigneur; que toutes
vos puissances bé'nissen'tà jamais son‘ saint nom : be
uedic , animasd'nclo
sunt nontini mea‘, Domino
ejus (P3., et omm'a
102‘). quæ iritrd
N’oubliez me I
jamais
lesfl grâces dontil Vous a comblé durant tioute'vo'tre vie:
noplip obliviscz ‘omnes rétributiones ejüs. C’est lui qui
LES GRANDEURS DE DIEU. 11!
tous les jours vous accorde de nouvelles'faveurs; c’est
lui qui vous remet toutes vos iniquités, qui guérit
toutes vos plaies, qui vous retire sans cesse du'bord de
l’abîme où vous seriez en danger de tomber“: pro
pitiatur omnibus iniquitatibùs , ‘qui sana: omnes
infirinitates mas. vSa miséricorde vous environné de
toutes parts, et vous sert comme diunïempart assuré
contre tous vos ennemis : cor‘onat te in. miserico‘rdia‘
et nriserationîbus. ‘4 l ' '
Oui, Seigneur, vous êtes bon, tendre, compatis
sant,‘vêt le Dieu des miséricordes par excellence : mise
ricors et miserator Dominus. _Si vous menacez, si
vous frappez, votre colèré s’apaise bientôt pour faire
place à votre bonté : non in perpetuum irascetur,
neque in æ-ternu‘m comminabitur. Jamais vous ne nous
avez punis selon le nombre de nos péchés et dans la
rigueur de votre justice : non. secundûin peccata' nostra
fecit nobisjAutant que le ciel est élevé au-dessus de la
terre, autant vos miséricordes surpassentt-elles nos ini- _
quités : secundùm alt'itudinem cœli Ï‘i te'rrâ , 'corrobo?
ravit misericordiam suam. Comme un tendre père a
pitié de ses enfans, vous avez eu pitié de nous, parce
que vous connoissez le limon dont' vous nous avez
formés : quomodô miseretur pater filiorum, misertus
est Domirzrts._Hé_lasl vous vous êtes souvenu que nous
ne ‘sommes que poussière, que lÎhomme passe sur la
erre comme l‘herbe qui ‘sèche dans‘ les champs : il ne
fait que naître et mourir; sa vie n"est qnu’un songe;
tous les jours il avance vers son terme, et bientôt il
finira sa course : sicut‘fænum dies-ejus. ‘Mais vous, 6'
grand'Dieu! vous subsisterez à jamais, et vos miséri- ‘
cordes seront éternelles : misericordia' Domini «il!Ï
æ’terno usque in œternuni. ' ‘
H2 ' L’AME‘CONTEMRLANTV I
.e
.1.
rnu‘mn.

0 Dieu de bonté, à Dieu de toute consolation l je


suis
cordecomblé
que je‘dele vos
doisgrâces,
inspirez-
c’estmoi
à‘ votre
lessentçi‘mens-de
seule‘

reconnoissance que àjemon


ma langue s’att'a'che doispalais,‘
en ‘avoir.’ .Àh'l‘ quecesse
si jàjnaisielle ma

de chanter le cantique de cette'mise'ricorde ineffable;


que ma main droite soitretranchée ,‘ si jamais elle cesse’
des’élever vers vous pour réclamer le secours de cette
miséricorde infinie. Toute ma vie, oui, monDîèu,
toute ma vie j’en adorerai les grandeurs, j‘en rap |el
l'erai les bienfaits , j'en admirerai les. prodiges ,' ans
l’espérance et l’attente de l'a louer et‘ de la bénirtouœ
l’ét'crnité. ‘ - - -
0 vous, ldivinelMarie, ‘mèreldev miséricorde par
excellence! plus que toute autre vousen avezzreçu les
faveurs ‘3 ‘aussi puisque toute autre vous en avez. pris
les ne‘ijamais
de seçntiirnens',abuser
obtenczemoi
de cettelamiséricorde
grâce, non-seulement‘
durant ma‘

nia vie, mais surtout d’eu ressentir les effets au mo


ment de ma mort, À'insis'oiè-il. ' '

"‘"”"‘= "7' ‘LajusticedeDie'u. 7 "f i i 1 l

Quñuwon a‘ abusé des douceurginefl'ables, de "la, ‘


miséricorde ,‘ on tombe. nécessairement ‘sous l’empire ‘
redoutable de la. justice; car c’est également le propre, '
d"un Dieu infiniment sain t, et de récompenser la vertu
et de punir leviçe, ' . ‘A . _ , _
.Nous ne pouvons juger de la. justiçe divirse que
comme nous avons jugé de sa bonté,.c’est»‘àvdire,,parg
ses eli‘ets; mais avec cette terrible difi'érençe, que .lqs‘»
].E‘SrGfiANDEU-fiâ DE DIEU. “3
efl‘etsgde la‘ bonté n’étoiennque' desefïusions de dou«
ceux! et. de tendressefiau. lieu que les effets la jus
tice ne. sont que ‘des inondations de colère et d'indi
gnation. . t V
' Ici nous allons ‘faire, en quelque manière, l’histoire.
des fléaux de Dieu; et. la suite de ses vengeances de
de siècle en siècle et de‘ génération en génération‘,
sans que jamais les coupables obstinés aient cessé de
provoquer; la colère du ciel, et que la colère du ciel
ait jamais cessé de punir les coupables, ou en cette
vie, ou en l'autre.
Justice prompte. Le premier exercice de cette jus«
tice divine a commencé avec le commencement même
du monde : des ‘millions d'anges , à. peine sortis du
néant, éblouis de leur propre éclat‘, se révoltent contm
Dieu; et à l’instant même ces millions d’anges sont
précipités dans les enfers; la justice divine n’est arrêtée.
ni par la grandeur de leur nombre, ni par l’excellenee.
de leur être, ni par la gloire qu’ils auroient pu lui pro
curer; Dieu, irrité, ne leur laisse pas un instant pour
se reconnaître; la vengeance fut si prompte, que le
momentqui les vit coupables les vit malheureux.
qu’alors
C’est là lel’épée des vengeances
premier exemple de n’avoie point:
Injustice été : tirée
divine

du fourreau. Que ce premier coup fut terrible! un des


plus beaux ouvrages de Dieu, un, des plus grands 03-‘
nemens de l3empyrée,,tombe du eiellcçmmmune fimdm
embrasée, et cela pour avoir conçu uneseule pensée,
cïqrgueil- Un angedevient undémon , et; un objet ‘des;
complzusances de Dieu‘ en devient Fexécration et.
l’horreur. ‘ \
Juslice rigoureuse sur le péché du premier'hommc»
Et quels funestes effets ne produitselle pas 1.‘ En consé
I0
n'4 L’AME CONTËMP‘L'ANT
quence de ce péché, Adam‘,avec sa postérité ‘tout en
tière, est non-seulement privé de la grâce de son Dieu,
‘de son droit’ à l'héritage céleste, et l’immortalité glo- _
rieuse et à la félicité éternelle : non-seulement exposé
à toutes’ les misères, les douleurs1 les calamités de
cette vie, qui, comme autant de torrenswimpétueux',
se- débordent sur lui et sur ses enfans, mais encore
assujetti aux horreurs de la‘ mort et à toutes ses suites.
Quelle fut la premières-source, la source funeste de
tous ses malheurs?‘v Un premier péché qui excite la
colère du ciel; le glaive de cette colère irritée est en
core levé sur nous, et ne cesse de frapper les restes de
cette race maudite. "
Justice terrible dans le déluge universel. Après un '
temps ‘de patience méprisée, après des siècles entiers
de menaces inutiles, la colère de Dieu éclate contre
les coupables; les cataractes du ciel sont ouvertes, les
eaux débordées s’élèvent de quinze coudées au-dessus
des plus hautes montagnes», le genre humain ‘tout en
Iier, à l’exception de huitpersonnes , est enseveli sous
les eaux d’un déluge alÏreux. ' ' -
On regarde comme i’efi‘et d’une grande colère et
d‘une furieuse vengeance quand un prince irrité dé
mm une ville entière en la livrant au fer et au feu, et
faisant mettre à mort tous ses infortunés hahitans; ici
ce n’est pas seulement une ville, une ‘province, un
royaume, mais les habitans du monde entier_aveq
leurs biens, leurs possessions, leurs trésors; funestes
alimens de leurs passions criminelles! à l’exception de
Quelques justes, ton} périt, tout est submergé et en
glou'ti dans cette inondation générale des vengeances
divines. ' 4 '
Justice efl‘rayante dans J’embrasoment de Sodome
LES GRANDEU’RS DE DIEU. m5
e'tüo’morrhe. La précédente s‘est exercée par/un dé-ï
luge d’eau; celle-ci éclate par un déluge de feu; ‘les
habitans de ces villes coupables se livrent à l’infamie
des crimes les plus honteux, et dans le temps que le
feu des passions les porte aux plus détestables excès,‘
le feu du ciel tombe sur eux; une pluie affreuse de
soufre, de bitume embrasé et semblable au feu de l’en
fer, inonde ces villes abominables; hommes, femmes,
enfans, tout est consumé et réduit en cendres; ces
cendres même maudites sont ensevelies dans un lac
àsphaltique d‘eaux noirâtres et sulfureuses, pour ser
vir de monument éternel, et des crimes affreux des
hommes coupables, et des coups redoutables du Dieu
vengeur. ‘ ' _
Appelons encore l’impie Pharaon en témoignage de
la justice céleste; en fut-il jamais de preuve plus sen-Ï
sible et d'effet plus effrayant que les terribles fléaux
que Dieu ‘exerça sur la personne de ce prince rebelle,
et sur tout son peuple ?‘Ces plaies redoublées, ces plaies
‘doutables dont il frappe toute l’Egypte , ces insectes
vengeurs qui la dévorent, ces affreuses ténèbres qui la
couvrent, cette grêle foudroyante qui tombe sur elle,
ces fleuves changés en sang, tous les premiers-nés
égorgés dans une nuitv'et immolés comme autant de
victimes; tous ces‘fléaux 'ré‘itérés, que sont-ils autre
chose que comme autant de voix éloquenæs, de voix‘ '
effrayantes qui annoncent à toute cette nation, et qui'
annonceront à tous les siècles suivans la terreur des
vengeances ‘de Dieu irrité’lEt comme Pharaon, tout
frappé qu'il est, s’endurcit sous les fléaux redoutables,‘
voilà. la main de Dieu levée’ sur lui; il poursuit les
israélites, et le Dieu vengeur le poursuit lui-même.
Pharaon marche 'à la tête de son armée, et‘ dans uni‘
/
me DAME courgurumfl w
instant la mer en fureur l’engbutit sous sesflats avec
son armée entière’, et montre à l‘univers, ues, slil y a
des pécheurs obstinés qui. s’élevent contre jeu, il y a
aussi un Dieu. juste qui attend le moment marqué
et qui ne laissera jamais ni le crime ni les. criminels
im ours. 7 , . . - l ‘
‘ette justice divine_n’a jamais cessé donner des ‘
exemples de terreur, pour arrêter les coupahks, Elles
s‘est exercée dans les différens temps-et en diverses
manières sur les nations et sur les particuliers. '
Qui ne tremblera en voyant, sous le roi Sennaw
chérib,.cent quatre-vingt-cinq mille hommes mis. à
mort dans une seule nuit par la main de l’augeexter
minateur? les nations entières des Cananéeus, des
Amorrhéens, soumises à un anathème général et en<
tièrement détruites à raison de leurs crimes; des
millions de personnes ou frappées. par le glaive, oudé
vorées par la faim, ou enlevées de ce monde par une
_ mort subite et imprévue : nul siècle qui n’ait fourni
çea'exemples ierribles. Les guerres, les pestes,_les fa‘
mines, tous les autres fléaux ont toujours été entre
les mains de Dieu les instrumeus rodoumhles de ses
vengeances, _ . ‘
Dieu, pour exercer sa justice, se sert des peuples
contre les peuples, des nations contre les'nations; il
/ arme les rojmimes contre les royaumes : ilattengd, il a
patience pendant- un temps‘; et quand enfin la mesure
(Les est comblée sur les, nations et surllcs,
royaumes, .iléclate ,, il fiappe,il immofe les victimes à.
sgv'justicelassée et si long-temps méprisé-e, . .u
Mais en quel temps cette mesure de crimes est-elle
comblée sur chaque empire et sur chaque nation?
des! ce est. réservé dans les secrets impénétrablcs
LES’ GRANDEUBS DE DIEU. 1L7
dela divine justice; et quelquefois quand les crimes
cl’une nation sont arrivés à un certain point, le nou
veau crime d’un seul particulier suflit pour mettre le
dernier'comble à cette messurç'et pour faire enfin
éclater
tlèl‘éa‘
la: vengeance
_
divine.
V
sur cette nation
> V
tout en‘

Ce qu’il y amême de plus terrible, c’est que, comme


‘les péchés des peuples chrétiens sont plus grands et
plus détestables aux yeux de Dieu, ils comblent plus
tôt'cettecéleste.
colère mesure et.attirent
_, L aussi
A ' tôt
_ les effets de la
Ainsi lesfléaux redoutablesdes vengeances divines
parcourent pour ainsi dire le monde, passent de
royaume en‘ royaume, de peuple en peuple, à mesure
que la voix de leurs crimes s’élève contre le ciel et
arme. contre. eux la foudre entre les mains d’un Dieu
iustement vengeur :caliscin menu Domini plenus
mixte, et inclinavit eac 750c in illud (P3. 74 ). Le fiel
delà coupe. vengeressen’est pas épuisé, les siècles
suivans enfanÏterontdes crimes, et les, siècles suivans
éprouverom des vengeances : feœ ejus non e'xinanixa ; ,_
bibent omn'es peccatores terræ.
V Aprèstout, ces lpeines, quelque frappantes, cpael:
que éclatantes, quie, les soient, ne sont encore que des
äeinesextérienref et temporelles : il est d’autres effets
e latjustiçedivine qui‘, pour être cachés et secrets,
n‘en; sont peut- être que plus redoutables et plus
funestes; car, de même que les biens spirituels sont
infiniment plus grands et_plus précieux que les tem
porels , de même aussi les peines spirituelles qui te
gardent l’àme sont'eelles infiniment plus à craindre que
toutes lesaptresÎJe parle de cette soustraction des
grâces spéciales dpnt'Dieu' irrité arréte la source quand
1‘ ' . .
118 ‘ L’AME/CONTEMPLANT ',
on s’obstine à en abuser; je parle de -ce détestable
aveuglement de Pesprit dont les ténèbres volontaires
et criminelles sont une‘ itn'age des affreuses ténèbres
de l’enfer; je parle de cet endurcisseuient fuuèstje du
cœur ui conduit enfin au comblé'de tous les mal
heuräïombien
tio‘chus endurcis,decombien
Pharaons obstinés, combien‘
d’impieis'Balthazars‘ d’An
boivent
encore Pamertume et le fiel dans la coupe de cette
' redoutable justice qu‘ils n’ont cessé d’outrager! Mal
heureux! Dieu n’a différé de les ‘frapper pour‘ leur
donner le temps de recourir à la pénitenée de leurs
péchés,leurs
et ilspéchés
ne seplus
sontinexcusables
servis de ce,- .et
délai ‘que pour
rendre parLlèiliilêin‘e
leurs’ peines plus juste‘s et plus terribles. )
Cependant, quoique la ‘iustice de Dieu se soit
exercée durant cette vie et dans le cours de' tous les
siècles, d’une manière si terrible, c'est surtout au
dernier des jours, au grand jour des vengeances,
qu’elle s’est réservée à paroître dans tout son éclat aux
yeux de l’univers assemble’; ce ‘grand jour sera‘ précédé
par les annonces les plus efli‘ayantes, les guerres, les
pestes, les affreux tremblemens'de terre, les mugisse
mens de lademer
couverts en fureur, l’obscurcissement
ténèbres,"la‘ des astres
confusion des élémens,ile
bouleversement entier de toute la nature; tout’ cela né
sera que de légers préludes des derniers‘m'àlheurs. '
Alors paraîtra le souverain. juge dans‘ l’éclat' de sa
puissance et de sa majesté, environné de’ ses anges
exécuteurs de ses vengeances ; les livres de vie et de
‘mort étant ouverts, il dévoilera aux yeux de l’univers
étonné, et le nombre des grâces dont il'a'ura comblé
les pécheurs, et l'abus criminel que‘ ‘les pêcheurs
auront ‘fait de ses grâces; ‘toutïser'a manifesté et pro

- ‘, g a
LES GRANDEIURS DE DIEU. m9‘
duit au grand jour : les pensées, les plus secrètes, les
affections les plus coupables, les projets les plus
iniques, les actions les. plus criminelles : tous ces
monstres d’iniquité, jusqu'alors cachés dans la pro
fondeur des ténèbres, seront dévoilés : les pécheurs ,
ainsi forcés de secondamner eux-mêmes, le jugement
sera bientôt porté, et la sentence à l'instant exécutée;
la terre indignée les engloutira, le feu'vengeur lesen
'veloppera, et les abîmes affreux, ouverts sousleurs
pieds, les absorberont à jamais.
Et voilà l’enfer. L’enfer! c’est là surtout le grand
théâtre où la justice de Dieu, se montrant dans toute
son étendue, éclate dans toute sa fureur. Là des âmes
créées à l’image d'un Dieu, rachetjél'es par le sang d'un
Dieu, deviennent, par» l'impénitence finale dans le pé—
cbé, des objets d’indignation et d’exécra tion aux yeux
de cette justice outragée; et quelles terribles vengeances
u’exercc-t-elle pas_ contre ces âmes réprouvées? C’est
elle , c‘est cette "justice irritée (lui ‘les précipite dans ces
gouffres d’horreur, gui les plonge dans ces ténèlyes
affreuses, qui les investit de ces flammes éternellement
_ vengeresses; cette justice toujours armée, toujours im
placable, verse sans cesse sur elles des torrens d’amer
lume et de fiel détrempés par la fureur, la rage et le‘
désespoir, sans que jamais ni.‘ cris lamentables de
ces âmes désespérées, ni les soupirs embrasés, ni les
larmes. de feu , puissent attirer un regard de compasé
sion, ni faire luirevle moindre rayon d’espérance; sans
que jamais ces malheureuses victimes, dans la profon
deur de leurs abîmes , puissent ‘entendre d’autres voix
que cette terrible,’ cette aflieuse, cette lamentable pa
role pétqnité, éternité! A cette pensée d’une éternité
de malheurs sans ressource, toute âme qui réfléchit,
me L‘AME CONTEMÏE’ÿLANT
qui médite , étonnée, alarmée', succombe sous le' poids,
et, hors d'elle-même, elle reste comme sans ‘sentiment
et sans vie. ' - '- ' ' i '
Cependant, le dirai-je? quelque'terrible , quelque
effrayant que soit ce tl'iéàtr'e des vengeances de Dieu,
il en est unpautre peut-être plus terrible encore et’ plus
capable de nous faire connoître toute l'étendue ,'toute
‘la rigueur de la justice divine. .
Allons, allons en esprit sur le Calvaire , et là voyons ‘
Jésus-Chrit même, le Saint des'Saints, I'A'gneau sans
tache, frappé de la main de Dieu, devenu la victime
de Injustice de Dieu, uniquement parce qu’il paroit aux
yeux de Dieu sous l’appareùce du péché, chargé du
poids de nos péchés, et responsable de la peine qu’ils
ont méritée. Spectacle étonnant, spectacle effrayant ,
Ii n'est pas l'objet de la considération d’une heure,
mais de toute la vie. D’ailieurs, quand on est au'pied
de la croix, sans autre discours, il ne faut laisser par
1er que les gé'missemens et les larmes. '
V0 justice divine l que vous paroissez terrible à ceux
qui méditen‘t’vos rigueui-s! mais;que vous serez redou
table à‘ ceux qui s’exposent à vos vengeances! '
Fruil de cette considération. A
15 concevons enfin et comprenons bien qu’il n’y a
que lepéché qui puisse armer la justiced'e-‘Dieu contre
nous. (lui, le seul peut nous rendie'd'es objets“
d’indignatioh à ses yeux; ‘quelle crainte, quelï'e'rloi- \
gnement, quelle liomaur ne'devons-nons donc pas en
avoir! et avec quoi ‘soin ne ‘devons-nous pasl’év’iter! .
2° Rappelons-nous‘ souvent les ‘terribles effets de‘
cette justice'vengeresse, non-seulement sur‘ant de
pêcheurs, mais sur le Saint même des Saints‘, et com
“ LES’GMNMURS DE ‘DIEU. _ m
prenqns' i'fègpic v’nquâ'àÿôlisiiiousv-mëmes à èraindre de
cet_te j'edoutgihlb justice, si 'nous ne tâchons d’en arrêter
les efl'ets et d'en prévenir les rigueurs. : ‘
‘ 3° ‘Comprenons , sur'out , l‘obligation où nous
sommes de sortir du‘péché, _si'1_1ous avions le malheur
d'en êtrq coupables a'ii'x yeux de Dieu. Je dis d’en ,sprr '
Ë" et .‘ï‘ä‘aïëëâPÏè‘ââ‘éüâ ce ‘90W .‘jâ’f‘îé x
e'peur 'Ia'
suivgmt que'jusp'i'ce‘de
215% uyÿuspeïdonasl
Dieu {1,15ge'uo‘utsvfi'a‘ppeiet
moment, aum) ne ,!nous
Àelilül’. ‘

précipite (dans ccittc'éternité; dè"m'alhçursl ' ’ ,


zîo‘Pr'c'uqus gayrdç‘, cependant, de Porter trop‘ioinç
cette crainte
n'êltère‘ ndtife'de Dieu et'de‘sa
confiance zlcqs' justice,.de ‘ur quîelïie‘ .‘1:
vertus äîiw‘içlr‘itu'iqliî
jours mâi‘ch‘èr' ‘de' çoiiëért :et lñiêilje ‘jäm’ais îsëfîxréeä ‘il.
co'nfia'nce
un‘
sans
r
la‘- 'c'r'airi
.1‘
IC'POX‘ÇÈI‘OÎÏ.
i "i."
la" pfés‘äm'
‘2. .
Il?".
crainte sans
cràign‘ous" la conhauce
e‘ltuespéfons; jefièrolt‘uu‘Dieu.
cljàigndns dans jej’uste'et
des‘esBpuj:
van-Ï
geiu' , 'Àésgpêri‘ohs en un Dieu miséricordieux et Sauveur; ‘.
ces deux’ sientîmènsil‘éunisï opé‘rèi‘o'nt le grand :ôuv‘ru‘gç' .
denotresa'lut. H À_ . . ‘ '; f r'_ 35.’
méditer,
Ah! gifa'nd
4 ‘ assez
h Dieuîjjus‘te
r‘edouter
Eléyàtioriiäc'cdùixl
Dieu!
la rigueur
qui’pourra
Ïde _votrqjus'ti'c'çl
.1 i ' elt‘

les terribles effets 'dlel'votre'lcblère .7“ gais 'iwvi! baies


tatem iræ'tuæ ,_f et rfz tintiorèt’tjuäîram. tua'lùu'äzznu‘im
merareKPS. 89') (ui‘aut içu'i'l‘vi‘e, lès ‘(fut L
méprisé‘ ‘vo_tre.I9_i, {abusé devog îgl‘âces'lasâgï ÿotn‘e n.
patience ;" teiñPèi‘ÿiendra où‘tlîa' justice‘ seuiç'flq‘it
exercer sî‘ou cmpirè‘èt ÿèug'çr‘seà ôuir‘agcsbän‘; fous lès, ,
siècles vous‘l'avvc'z moutréeilçqtte justice; dç ten'ips‘evnl .‘
temps vous'én do'uniez' dés‘ exaeiup‘lyesv, fi'aPlP'a‘nî 139g!
avggtir, intimider et arrêter les pécheurs‘, c’étoiem lus
lr-Ànl conte-plut, etc. l l
122 _ L’AME CONTEMPLAN'B ,.
annonces de ce que vous leugprépariez, s’ils persévé
roient dans leurs crimes‘zYous avez précipité dans les
enfers des millions d’ang‘e's pour un seul péché de dés
obéissance; vous avez condamné le premier homme
et ‘enveloppé toute sa postérité dans la malédiction
portée contrerlui; bientätaprès, le genre humain ,tout
entier,1 absorbé dans un déluge universel, avoit lavé
les. crimes dont la face: deltag terre étoiæ inondée ; ‘dans
la ‘suite ‘desÎsiècles ,‘ millea'u'tres traits de vos vengean
ces o‘n'tîéèlaté contre, 'les' coupables. Tçbu'tes' ces veh
geancesneanrnoins n’étoient encore que comme de lé
gères gouttes en comparaison des inondations affreuses __
' devotré colère; c’étoient encore des peines médicinales‘ _
pour ramenerles coupables: la miséricorde arrêtoit l
encercle bras‘devotre vengeance; maislquand le rè-, l .
J;
gne delà miséricorde aura cessé, et que la justice seule
exercéra son empire, c’est alors qu’elle versera sur les
eoupables'victimes toutle fiel et toute l’amertume ren
fermée dans les vases de votre fureur: Dominus et vase
Tùrbrîs‘ e'jusfcPs. ‘ '. '
Tremblez, pécheurs , qui habitez la‘ terre et qui l’in
fectez de l’horreur dards crimes; tremblez à la vue et
dans l'attentedun Dieuljuste et vengeur; la frayeur et
la mort marchent devant lui; un feu dévorant annonce
sa venue; d‘un seul de ses regards il peut foudroyer les
coupables. Dieu des arméés! quiuest semblable à lui,_
qui pourra soutenir sa colère se soustraire aux traits
elnbraslé's de ses justcsvengreauce'sl'ç Ï V. I‘ .
Ouron
mon mon Sauveur'à. présent
juge lijquie'l sort‘me’iéËerve‘zlvou‘s et; un,jours
dans'ces: jour
de votre colère ?' Je sais que'je mérite toute la rigueur A
de votre justice; je m'y soumets d’av'anee, et je‘com
tuence par reconnoître et adorer l’équitéiinvliolable .de
; n s ' . n .'. 1 1. . » - -
.
0
‘LES GRANDE'URS DE DIEU. "tas
vos jugemens sur moi, quels qu’ils puissent être; mais
.6 Dieu saint! en nous menaçant des effets-de votre
justice, vous noushlaissea encore à_ présent un libre
"accès au tribunal dé votre "miséricorde; vous nous iil
vitelzîmêmîe ‘à'y recourirïC’est'au pi’ed'de ce tribunal
‘sacré que (me prosterne; et quel autre‘ asile’ puis-je
‘trouver pour tire réfugier?‘ Pcuheur ‘et"éoupable, mon
unique ressource est de ‘me jeter entre les'bras‘ de cetle
4 miséricorde infinie ,' qui seulelpeut me soustraire aux
traits de votre justice justement‘ arniééhcon'trè moi. Je
‘vous ai‘ offensé, 6 Dieu saint.f ‘Puiii‘s‘sei-‘moi' dans je
temps , je le mérite; mais épargnez-moiïléîs' horreurs'cle
l'éternité. ‘ _ fi _ , _ _ '
' "i ' ‘"PguËRE. ;' " ‘ ' ,,

J’entrerai dans les sentimens du prophète pénitent ,


ô- mon Dieul et, prostemé‘à vos pieds, jC';VOflS dirai
humblement avec lui ;1Vous êtesjust'e , Seigneur. et
teus‘vps arrêtssont .émanés de votre‘ souveraine :jùs
tice : justüs e19. ,‘ Domine , et" nectum; 'judicium 'tùum
.( P3. 1 18).;Mais n’entrez pas avec. moi dans la rigueur
.de vos jugemens : ne intr‘es in judicium' cum servo me
.(P.;. 142 ). Hélas! si vous nous jugiez dans toute la- sé_—
vérité et l’étendue de votre justice; si vous examiniez
_;toutes nos actions dans la rigoureuse, balanceïdu sauti
tuaire, qui de nous . pourroit‘ subsister, devant vous; et
,soutenitvos regardsÿ’si iriïquitatesallsêêvarenir,llqmf
Jze , Domine, quissustinebit( Ps. J 29).?Je ledis encore ,
‘vengez-nous en lcettglvie ,jl‘ est juste; ,punissez-nons ,
frappez-nous; ou plutôt, Dieu de bonté, faites grâce à
notre
V l’éclatduæardon,, etsignalezjvotregpuissanqe
que parcelui des vengeanccs- plutôt-
a.) par
a.»

in r 5 lui .1 1
un -:..1. l,.'-"-.'*.- L wJllu ("i " '
m4 LAME CONVTEMPLAIIÏI‘T

Dieu, fin dernière et souveraine ‘bëatituûe.


COMME Dieu a ,étéle premier principe de toutes
choses, ill'doityêtre également fin dernièreîdetjiut :
‘ ego sum alpha erpmegu, 'Ilpo'uvoit ne‘ 5clrétei'jilles
‘êtres, ni les; tirerdu néantâniais, ayant : ntffîaj'tuque
de les créer,
gloire; ‘il les'àil produitspourvun
n’a' pu leur donnertemps“,
d'autreet fin :que les
ilidoit- sa

‘rappoleràla fingdesftempgafin que, de mêmehque


' toutes choses sont sorties'de lui comme dulpriiicipede
leur(leêtre,
Iîrè leur.toutes'jaussi
être,’ retournent
' l à lui
‘A comme
‘ i‘au
l ' cen
l _
Dieu n’a formé des créatures intelligentes et capa
bles de le posséder que pour les élever un jour à cette
Possession 'etles'rendi‘e'lièureuses à la fin de leur
.eourse’. kesïanges. étant d’une nature plus excellente ,
:et ayanttous été'créé's dans‘ le ‘même’ instant, ont’ eu
hiemât ‘termîné‘ïle' temps de 'leursîlëpreuvës ,fiet ‘ceux
qui ontiété fiâèlmontéteaus'sitôt réunis àlegr‘finz'Les
i‘fiemmesï, #Iäñt-‘d’mîe‘nàture‘ mbinsîparfàite, et ne de
’vànfên‘e' ‘créés. (‘futiles uns après'ie's ‘autres et dans la
l succession des siècles, demandoie'nt ‘un plus" long es‘
»‘f3àee'dè’ t ' 'j,'aussi-Dieu leur a-t-il accordé tout.
l’ltfiefiinllè’q‘ "i's’ëstêobûlé depuis le‘c'o'inrnenéement
:dwmziee ‘mimi-‘sésames jusqu'auque ne demie‘:
jügériie'nt retenues‘: temps iétçle‘s' siècles’ etïa'ñt‘îfiäîs‘,
(commencera letlgräñd‘jonnde 'l’ët‘erniléÿôlï‘toùs 'lës
v justes etïtous les‘ 'esprits‘bien‘heureuk reposerait! à ‘jet-s
‘meis'aansïlëuriin'aémïëiè ‘et leügr' souvstàîn'hien.
" "ffl‘ëstläiasïqueniee‘sers-tee; en’toü'tes choses: un
a, ommîh-niänîbùei; ne lés'äÿnnter‘éëls‘qu‘êîpoùr lui,
il ne pouvoit leur donner d’autre fin que lui-même '
LES GRANDEURS DE, DIEU. x25
çmnia propier semetipsum operatus est Dominus.
(Prov. 6.) _ .
Quand on dit. que Dieu a créé toutes choses pour
lui et pour sa gloire, ce n'est pas à‘ dire que, pour sa.
gloire essentielle et ‘son propre bonheur, il ait besoin
de ses créatures; il n’en est pas de Dieu comme des
hommes et de leurs ouvrages : un roi bâtit un palais
superbe, il l'embellit de tous les ornemens‘, il l'enrichi't
de toute la magnificence dont la nature. et l’art sont
capables; mais il le fait pour lui-mêmeet pour en goû
ter tous les agrémens : Dieu, au contraire, se suflisant
:‘i lui’même, et trouvant tout dans sa propre essence,
n‘a pu rien recevoir en créant le monde et tous les
biens qu’il renferme , comme le soleil ne reçoit rien de
la lumière qui rejaillit des objets éclairés de ses rayons,
parce que cette lumière vient de lui-même, que c’est
lui-même qui la communique. ‘t qn’il en est la source.
Ainsi Dieu, en créant l‘homme et tout cet univers,
n’a pu avoir en vue que le bien de l’homme. Tout au
plus, Dieu Pouvoit-il recevoir de ses créatures une
gloire purement‘ accidentelle , qui consiste dans les
hommages, les adorations et les louanges que les êtres
raisonnahlesdoivent lui rendre en conséquence des
biens
retour.dontil
‘ les ‘comble
' V et dont_ils
‘ lui doivent2 unujuste

Ici concevons autant q .’il estyen nous, du moins


admirons la “suite et l’enchaînement des desseins de
Dieu, et comment .ila tellement disposé toutes choses ,
soit cor'lprelles, soit spirituelles, que toutes , selongleur »
nature ,. tenderie. 1ere; remettent A1915, 99'131”
au dernier terme, auquel elles sont destinées, V I .
Ce monde visible est créé pu ‘ El’hornny;517110111!“ ‘
lui-même est pour Dieu. fgutlcerque nous voyons
.l l 1c
Tue L’AME‘ coNTEMrLÇiNT _
dans cet univers de “grand, de beau‘ et deïmdgui‘fiq'ue';
est comme une foible'imagedu ciel ‘placée 'sous ‘les
veux de l’homme, afin qu'en voÿant'jdesouvragessi
beaux, il se portât plus sensiblement vers celui qui en
est l'auteur. . . ‘ z '
'Ainsi ce monde visible, dans les vues de Dieu, sert
à l'homme pour deux fins-également dignes de lui :
d’abord il lui fournit'Ie lieu de son habitation et de sa
demeure‘: c’ést'comme le palais ou il fait son séjour
et sa résidence durant son pèlerinage’ sur la terre‘;
l'homme étant composé d’unvcorps et d‘une âme, il lui
falloit une demeure corporelle et sensible qui'fouruît à
tous ses besoins. _ ' ' _
Le second usage de ce monde pour l’homme re
garde son âme, c‘est-à-dire que, comme une voix
éloquente, ce monde visible annonce à l'homme et lui
fait connoètre son Créateur en lui présentant‘ dans
tous les êtres une image sensible de ses perfeetions,
de1 sa‘puissance , de sa sagesse, de sa bonté, de sa pro
vidénce, de tous ses divins attributs; car de ‘même.
qu’un‘ palais magnifique, ‘un grand et superbeîédifibe
donne une grande idée de l’architecte l’a construit‘,
de'in'ê‘me ce monde visible, orné‘ de‘ tant de‘tbeaut'és,
étiri‘ébi; de tant de trésors, est comm‘e‘ti‘ù [miroir écla
tant, comme un livre'touj‘oursouvert qui annonce les‘
i grandeurs de peut
' ParTlà on Dieu comprendre’
et la gloire deque
sonles
auteur.
‘choses corpo«-'
celles et sensibles elles-mêmes ‘se rapportent àÏDieu
éortin'ie à’ leur fiii dernière; que, dans leur langage ,
elles louent et bénisssent le Créateur, et que, toutes
dépourvues de raison qu'elles sont, elles epgagent
les ‘créatures raisonnables à s‘élever ‘vers I’Étre su—_
prême qui les afbrmées pour'lui et rendues capables
de le posséder. . .
/

_ tns Gamme se brun. ' ‘m'y


"' jPour'ce‘ qfii regardÿl’esïcréâtures[raisonnables et
‘D intelligentes’, èo'minç’, "ar ‘l’exce'llenclê‘de leur nature
‘plus parfaite, ‘elles sont des: images de ‘Dieu vivan tes.
et animées, elles se rapportentjaussi à lui d’une ma‘
înière plus parfaite et plus êxcellente, soit par leurrer!‘
tendement capable de,_c6x'jhbi€11ç Dieu comme fin'fdef
\njère, soit par leur volonté'ca'pable dé’l’aimer comme
souverain bien; cette image sensible,'cette ressem
'blaÏnce vivante de Dieu qu’elles portent'comrùejg‘ravée
ct imprimée sur le ‘front , leur représentent sans cesse
5 le divin auteur qui les a formées et auquel elles doivent
tendre'selon l'ordre de leur destination. Par cette res
sémblance vivante, notre Âme cntre'en quelque ma
nière dans la Divinité‘, et la Divinité ‘entre aussi ‘en
quelque manière dans l’âme; dès cette ‘vie même il se
fait entre Dieu et l’àme une union intime ‘qui prépare à
l’union éternelle et béatifiante‘ à la elle'nous sommes
destinés : de cette
un ' sentiment union toute
délicieux,‘ unedivin ait’dans
douceur l’homme
inïefl'able'llqdi
‘semble donner un avantljgôù't d‘ëÿ’d'élîèé? ‘izélÿeäüjsÿët
' rendre les ,âmes, dès'cetliè vis’ iffêifiêë'cbminepartiél
‘punies de la Divinité,‘sèlän l’o’raclerdeîl’Esprlt'säint :‘
‘diïrinæ. corisorte’s nätùräêlü.’ 'Bèt'r! il)‘; ' "Fia “'l‘
’ Mais quand, au grand‘jour'de' l'éternité j'ellêsïeropt
parvenues à‘ la‘béati't'lîde parfaite,‘ au‘tçrnie de'l'eili‘s
cspérancesfa‘u comble de le‘ursldés'iiisjaior‘s tfd‘liiïèfls
sans 1e sanctu'a'ile‘ éteins‘, ellesdans
du sèïgiheuÿellesvsèroilffiées ‘(amenait-dans priait _
le séjour üés’élü'g‘,
elles auront pa‘r‘t au‘æcÿaumeue siemens ‘le-payés
Ï‘dérèi‘l‘t. Çompre‘nonsfs’if se"peut‘, tout ‘ce que ‘
paroles renferment d’inefl'able et de ‘grand.'"0_ui,' elles
potséderont Dieu, et dans pieujtous les biensfçïîdîïik
Dieu'tous‘lcs birn‘s à'îa fois; trame me“ “tous ‘les
.128 , L’AME CONTEMPLAN'I ‘ '
biens mus mélange de ma -, et dans Dieu tpns les
biens sans interruption; et ans Dieu tous les biens
pour toujours, la joie, la paix, la tranquillité ,sl’assu
rance, toute la gloire, tous les trésors, toutes les
délices, c’est-à-dire, tout ce que l'esprit le plus étendu '
peut concevoir,'tout ce que le cœur le plus vaste peut
goûterrtout ce que l’âme la plus avide peut désirer;
tous ces biens , et des biens inîfiniment plus grands,
strophe jamais leur partage. Alors il n'y aura plus
pour elles ni nuages, ni obscurité, mais une lumière
pure et une constante sérénité; alors tous leurs travaux
seront remplis,
désirs finis, toutes leursletlarmes
satisfaits essuyées,
infiniment tous toute
surpassés; leurs

‘leur occupation ‘sera. ‘désormaisxde contempler l’iufinie


‘beauté de Dieu,d’aimer son infinie bonté, de se com
plaire à jamais cette contemplation. éternelle de
ses perfections adorables, toujours possédant et tou_-_
jours désirant‘; toujours rassasiées et jamais dégoi‘itées ,
entrant'au contraire sans cesse dans denouvaux ra
ivîsssnehë tâté‘? . finêsxtràbsrsrtsè la. vue de, l’ineî
fable-mamie? n'entretient. . A . ,
aiguise. articles?! stessïg'stsspsndaet tout ce
une je «1153s! t2!!! 9s (rien,122%. jamais dirÿvsttcon
ücevoirän’est- encore qu'une image, n’est même
malmenées en 90e , A aisan'ds séquence nous
.rrérais devises "4ms sssipäesêsleirsâ car, selon
,Fpraçle deîsaintlliaulrayji au tgolsiÿèmelcjel, l'œil n’a
» Semis fuit Terrine "Filaire; cbeœedilileswde
,l’liofmme n’aJ jamais conçu’ etne conçevra en
ce monde ce que ‘Dieului' a préparé de bonbeur dans
l’autëe 2 nec oculusf bidil , nec auris audivit , etc.
(1.- 0A2.) . “ . '
. Telle sera donc laflugénérale de tout, et le dernier
7
LES 4.39

' terme des.choses


toutes‘les ouvrages de Dieu.
terrestres ,‘A‘lors.
,itous enfinjcesseront
les'évé'nemens de ce
monde, tous les mouvemens d'escieux, toutes les vi
cissitudes de temps‘, toutes‘ les révolutions des siècles,
imite le? évites 25165 sfnéxaeeeë» toutes, leeëgitaiions
ÆsÎhqmmeslioufèsv sa tentatives.desedéniqnsntons
.leslræiÿtiâïènsmême-erreursfleâergesnle dis plus; -
‘alors cessera
.Christ,_ même présent
ouvernferà laiproviiderice. aveenlaquelleulésus
sonlEglise et, le soinzavec
les???” veilles??? e116}; cêniln’mf-“a reçu le. s'enterre
ment des mainsde sonpère ,que jusquÎàeefluegtous
:5‘? ennemis-.fesseetêbêw à: séerîeésletzspamêesses
119e; der-Mire umeneur. 5,1l». denier imams,
oùtoetssg lçsrnisêsqe’sflaæerèe çt-_-,=le;l’çnfrwaet
.Îsvbiuglæées, et l’emrîlie deglla zrnort .ellesmêzne sera
' détruit ‘A1923 9,61125“ serrer stsaiÿqeeretàrdra’à
901?; Père eongèspea lç’esreslirewtis Ærÿsas aette
fierté 91 . malin. medætsje reg: de salut.
afin. le grammaire!
- ; -
èttsurJérefi. Minimes! manie "A.
dit zl’epêae a tune.“ ms? Féline, relaient‘; ‘mena
.317”.-îlll?ÎQÇù.°m"Ë‘:;(J*:Q‘Fu’lr) , _
v :06 sera alors la séries! ‘des air-ans, «le règne .du
ëiè‘il" ‘film?’ ' enterrer Partiellement?! nqumu où
tomssvleêgêmqsàisaweiseêpméästassleseinzdo
Divinité, 19mm?" en beeheemléaeræais ‘im
rrercmuälssm établi sur zksateeëemns de
lîétereilénêms slçxDiewmemlerieänçinel ‘fin der
eièse, émerger, félicité .des heumssiet des anges
Sortie-fiers? suaire; rentrés dans sen 53m1“ célébrera
Marais sesemeclqsrê-fi’es l’açqeslrliësemenä de sa
grand oracle : choses sont vous, vous êtes à
JésusîChrist, et Jésus-Christ même est à Dieu ;:
".30 ‘mais ceartmtim '
._ , il' .
omma vestra sur‘zt , vos aulem Chmz , Christus auîem
'Dei. (1. Cor. 3.) ' '“ ' ' ‘
t. _' - Fruit de cette considération. '
’ o _r;° comprenons quelle l'a ‘glandeur et‘ l’excel
'“lence de notre fin."Appelés’â_ laipossession'de Dieuz'â
la participation du royaume céleste‘,Îno'us_, ciéature’s
foibles, mortelles, et néanmoins destinéés'à une im
mortalité glo'rieuse; hélas !' ‘ô mon Dieu! je ‘me suis si
souvent égaré de ‘cette fin bienheureuse, et, malgré
ces tristes égaremens,‘vous .rne permettez‘Îencore d’y
‘aspirer. Qui , ma‘lgré'to’us nos péchés, ‘signons nousen
:repéh'tohs sifièèrëment‘ lit dç'cœur, Dieu nous réserve .
Ïeñcén‘e' ‘une place’ daii's‘éon‘ ‘royaume l'iq’uell‘e b'ont‘é,
quelle grâce, après tän't-d'égaremens dans ‘la voie, de
dé nous laisser enc'ore l’esPétàh'Ce d’arriver au terme!’
a?‘ a» saautonsadaamëartprèg'ataefaa bienheuî
r’éùs’e’. Le; eaäcsvqai nase ratera a, qui doit
plus
séjour-‘dé
excitéfîräji‘e"
notre’rèpds’etle’centre
biitprëêsèuienfetfntisivœ
dé notrebpnlieur?
‘x

Gomme'Ia flamme's’élè’vè raïsidenear‘verssäsphère;


comme _ la pierre tend constamment‘ son‘ centrei
comme le cerf ' altérévcourt' avidement‘àï la‘ lbntamè
d’eau' vive‘; ainsi'p‘êlevon's vers le cieltonte' l’ardeur dé
nbs'veêuil et de nos désirs‘ mais que ce 'soient’ilesd'ée
sirs si'ticëi‘êsfieflsurtoutvdes‘ désit‘s‘eflicaces :Ïloin’ de
stances essayages etseaiesg'ces vèlléités'foibles
etîpas'stigères ,J'c'estc'c'eurs iridolens‘qui voudroienttou
jouisse; qui‘ne veulent jamais, qui projettent toujours
et n’exécutent jamais, qui'paroissent toujours en
Qläeruin ét n’arrivent jamais au'termelrnon‘, le ciel ne
sei’femplitvpoint‘de ces ’c1‘é‘sirs' stériles et de ces âmes
taches. c ;.. v: - 1. 1-. t.
nssæamnnnas DE: mur. les‘
,,3°rNe. nous contentons donc pas dezdésirer. cette :
fécilité, mais travaillons sincèrement à la mériter; et _
commenflen évitant avec soin tout ce quipeut nous ,
en éloigner‘: le péché, les occasions du péché, les dan
gers du péché; en pratiquant saintement tout ce qui.
doit nous y.conduire ,lÏobservation de la loi, la fidélité
aux grâces‘, la pratique des bonnes oeuvres; prenons ,,.
en un mot’, tous. les .moyens qui dépendent de nous,
etn’oublionsvrien pour«nous procurer un bien où nous
devons trouver. l'assenmlage de tous les biens ,» et sans
lequel nous ne pouvons trouver que le comble de tous
les malheurs; offrons surtout à Dieu toutes les peines,
toutes les afllictijofnsde cette triste vie en vue de cette
vie mortelle et glorieuse._ 4 _ l ' Ï,
4° Dans-ce‘ désir ardent du bonheur éternel, unis- V
sons-nousd’avance de cœur et d'esprit aux‘ bienheu
reux qui sont déjà'parvenus à travers les tentations,
lesjqdangers les obstacles, Ils nous ont montré le Àche- H
mm, marchons sur leurs traces. Du haut du ciel ils _
nous appellent, nous invitent, ils nous tendent les
mains'gjempressés‘ de ‘nous recevoir, ils tiennent les, ,
couronnes suspendues sur nos têtes üâtons-nous d’al; -
ler rej indrehnos pareils, ‘nos mais, {nos concitoyens Ï
, devenus les citoyens'du ciel.
Eléva‘rion de cœur.
,Il est (jôÊtre’supféme! qne'c'est pour ,
vous’; et me vewsslsqne mess“? ayez. créés,
Poux”. V0515 ËË’ËPËl’lËñLËr‘13'105“: ÉEÆYÆSeâJQŸI W‘? a Fol“. :
vousbénirietjvoiljswp éclerIà‘jainais dans l’autzre? '
Mais si cela-est ,‘ quel egÎlPexcès de notre aveuglement _
et de‘notre malheur! Enfansfdes' hommes! jusqu’a
quànd nous tees-tan aime. 4%.? usité, 6.! sentir après.
13s’! "L’ÀM'E' coîvreurtk'flï " .
le’mensb'rige? Que’ sont en stigmatisme; ‘brassées la‘
me: nous occupent, qui ndus‘ Ia‘gstçñf, - nous
transportent? Que sonilelles, que ÿân‘ité, pùrsâuäèlles' ?
ne peuvent nous conduire au bonheur? Que'sont-elles,‘ ’
que mensonge, puisque, loin ‘de nous ‘y couduire,ell_es
ne peuvent que ‘nous égarer? Non ,îmo'ti Dieu‘; vous ne
nous avez point créés pour ces cho'sé'sftei'relstres et pé
rissables; elles ne sauroient'ét'ibli‘r le‘ repos et là’ paix '
d’une âme spirituelle‘ et toute ,äivine il ln’é‘s‘t Îque la
lumière ‘d’un Dieu qui puisse nous montretigoù’réside '
le "solide bonheur; il n‘èstqu’un Dieu même qui puisse
nous assurer
Quel une félicité
égarement donc parfàîte'et digne'de nous. des I
que celu‘i'déstnondains,
faux sages du siècle, qui ont établi leçi‘r'liu'fles’ uns ‘
dans l’amour des" richesses,"les autre's dans‘l’éclat des
. honneurs, les autres 'dans' l’attrait dés plaisifsTÀveu
gles et insensés! ils ont3 cherché le bonheur où il ne se
trouva l'amais 1 et ne l'ont 'amais
l , cherché où il‘ P ouvoit
se trouver. ’ '_
ü . ' -v ‘ ._ '. 1'
Que les cieux, la terre, les mers et tout ce quils
contiennent,'vous louent‘, vous bénissent, ô'grand
Dieu !’de' ce qu’a'vajt tous les siëcles'et dans les" conseils
de votre‘ sagesse, vous avez daigné nous’ appeler à la
‘possession de votre règne : de ‘toute éternité vous suf
fisant à vous-même, vous jouissiez de votre bonheurz
vous n’aviez'besoin d‘aucuæe créature pourv êlrelheu
reu'x : ‘c’estpar un effet‘ de vbtre‘boñtè inèfl'able‘que
non-seulement vous“ nous‘ avez animées ‘a là vie,"
mais‘ quévofi uous‘appeiêi‘à" lâÊaitielpation ‘(laves
bienss'll y avait tunintei‘v’âile im e use,‘ uneldistan'ce "
infinie entre’vouset nous,“ mais Ië‘prbiïige le ‘plus
, ineffable de votre puissance et de‘ votre sagesse, vous
nous avez ‘élevés ausdessus de toutes les choses créées ,
LE'SI'CLËÆNËÉÙRSŒE'DIEU. c331‘
’ . w, . v , ,, vr ' V ' . w . c
aù-dessus de-nous-mêmes, pour nous mur à jamais à
vous'et nous întrodtiire'd‘ans'le sanctuaire éternel où
vous-résidez: , - ' _' l a ' '
Durant cette viexvous ne- nous aviez encore montré
{que quelques foible's ràÿons'de votre ‘gloire qui bril- '
loient dans la beauté et la magnificence de’ vos ou
mises; ‘mais’, en'noù's appelant à votre possession,
toute lapléiiitu‘dè de la Divinité s‘e ‘manifestera à! nous
sans vd’ile‘,’ sans nuage etdans'toute la splendeür'defsâ
. gloire ; là vous ferez éclater dans ‘nous toute votre puis
sauce, puisque vous nous placerez au'pied même de
votre trône; toute votre sagesse, puisque nous'pour?
rous'en puiser les trésors'dans la source‘; toute votre
magnificence, puisqueüvous nous ferez nager'dans
l’afiluence de tous les biens; affluence de richesses et
de trésors’; affluence de gloire‘ et d'houncurs;aflluence
délices et de douceurs. Torrente .voluptatîsrtuæ'po
tatis eos (P3. 36). Vos biens seront nos biens, vos
richesses seront nos richesses, votre'paix'sera' n'otre
paix , votrebonheur sera notre propre bonheur. ‘
, 3 g, PRIÈRE.
Ah! grandlDieu‘l bien suprême‘, souveraine béati
tudel puisque vous daignez êtne vous-même notre fin!‘
dernière, faites que nous ne’ la perdions jamais de vue,
que nous soupirions sans'cesse après elle, que nous -
donnions tous nos soins,‘ que nous fassions tous nos
efforts pour la mériterîïet nous‘ en'i'ent‘lné'd‘ignes;.qüe
tout le reste ne nous paroisse, que ce. est en'efl'ét, .
néant ,.vanité, cendre. et poussière ;' que ‘cette seule
fin bienheureuse attire tous nos regards, fixe tous nos
sentimens, soit le grand mobile‘de-notre conduite‘ et
l'unique règle de toutes nos‘ actions.‘ ' '
L‘Amu contemplant, ne. l3
'34- .L’AMIË'GQMÏËMËMËB" \
,- Pour nous élevermà ce bonheursuprêmeget nous, y
conduire, vous avez crééfcetjuuivçrlsa vousrêtes des
cendu vous- même sur la terre, vous lavez-arrosée de ‘
vos sueurs et de votre sang; faites que le souvenir'de
tous ces prodiges de grâces nous rappelle sans cesseâ
quoi nous sommes destinés‘; que les‘zdz'mirs de‘j
avenir éternel, de cette finvbienheupeuse, règnent dans ,
nous et- s’y c'onservent jusqu'àu'joug ofgflarrivés; sur;
fin de notre course mortelleynous. serpe; réunislavñçc .1
les élus et à tamis établis dans ÏQ'SÊÊDztÏMÈPQSÉIÇI-fw.
ne], après lequel avoient si longjtempsgsqupiré,"
Ainsisoit-il. ' .«nu... ,.., me,
e. ....ii*,-‘....:.J»
.. r...
l
‘m" ' '_. * ... .'
‘_ L’mfimté de,. 'DtetLÎUI
,.. ‘,. .
tqft‘ ‘4’ .,..
6x’
' i " .v I,.')‘.\":J_{..;
L‘iu‘nms n’est pas uneperfecticu particlilièrwt . ‘
distincte, mais‘ une propriété. commune à çtoutes, les,‘
autres perfectiqns divines; c’est pourquoi nous la pla
çons à la fin, pour tout réunir sous ce point de vue,
comme général-et uniyersel' ,: , ;=;..iÎ.rr d 9;? I ,4. 1
Dieu est grand, et sà‘grandeur est ‘infinie et sàus
bornes : magna; Dominuÿ’, 'ei’tr‘tagnïtudinis ejus non
‘mrfinïî (P8. I44)-.LÎinfiait.éd/e. Pies sâfl’sstanblasç,
la réunion et ‘le comble de toutesjlesj pertiçptigppzaps ;
tul‘elles, possibleset imaginables, ne rien puisse ;,
jamais: être ni ajouté, niïretranché, ui ‘altéré dans la
Plénitude,deisomêtrest . i , t
1.1.1 imaginer
{Je}! ès? infini aucun
PPI- F‘ÉPPPËÎÏ allient, aucuuespaçegsi.
lieusi-ivasteî, ‘194m6 vae’on ne
étendu, que 1Dieu'ne l'excède et rie "soit, encore infiuia v
ment au-delà deg‘tout ,espaceï‘réell et imaginable; Il est _
. iuliuipgrrappdrt au temps : comme il étoit avant tous
les temps et avant tous les siècles ‘lin-existera encore
. ‘K
‘ ses;enmsnnasïnnsmsu. i135,
quand tous les siècles et tous les'tempsserbntjécoulés.
‘Il est infini dansïtoutes ses perfections‘, et toutes ‘ses
- :äqf‘ectitms sont eues-messes‘. infinies‘; sa sagesse’est in
nie), “sa Jiuisllàn'e'e' est'îüfiüie ,13‘ sainteté‘ ‘est infinie ;
vdal‘isä'unJÊflëïfltfini‘lto‘dfi est‘marqué au sceau de son
ailiil‘r‘nèté‘ÿtoutesilëîfiîlflëtîénsl étant une même - chose
lavedct’äséenœ,‘ev ' eme-étàntinfinie’,'t6uteslës‘per
ifectionsïddi'vent l’êtnl avec‘ elle et‘çomme èlle.'_ ‘j
"Dieu est'g‘rärttl,<‘ll"est'i'puissâht, il êsï'sà'ge',"fil' est
hatmp mais æüasrgæsaëttrl ‘dune iputèsz'rheejid’une
sagessefdlufleîäâint‘ëælflfib essayeuses-nasses‘
nos idées, parëèûlïtiflilsês’pèîfééflüfisl, austère
dont nousglekén'eweaa'g jsæaséiitf‘ægas -‘ñol1s"c'(ltnme
remprein‘œaemäeaapæhaqñræuaünfimugñüæ;
ne ‘pourroit jamais-renfermer dans-les ‘bornes de
son intelligence I’Être essentielle-mentzin'fini et sans _
bmlnesÿrj _ -_, , t. L!) ,IIL, , ;.=lwq 5:12am
if! Tentes “l'es 'perl'ections‘de
agissent dans tout;1 il aime comme clia'i'î‘téâ'll’ .
commelvériæ, il'ju‘ge comme éqtiité, itdbmi'necdmmç
justice’,
majesté‘, ilil ‘conserve
récompensecomme
comme
pn'i‘ssanœÿil
libéral'itépuilit
et“ magnifié

cence; .ilest donc‘ tout ce que nous concevons, et en


même. temps il 4 ésf' ‘quelque chose ïd’isfinimeni‘plui
‘grand’; plus beau’, plüsls'ailit plus parfait que’ goutte
quevnon'sfcéncevdns‘; qui’ * 1 j ' eemiùusmewu
memihémgñent'to’tn ‘ce que nous lponyeçsvëdneevpir‘g
aussi; 1 lsel'qnï l’exp‘r'ëssion ‘* des saints ' pères’, 'ën ‘ parlant
de Dieu,’ nous: pouvonÿplixtot-flî’ie' eé'qtfllrn’est ' pas
que! cecquïliestl. Quand mitigé klelnàñdaVà'Dîè’u ‘que!
ses 155mm; üémne' niivÿèpx’auäietjuè‘ psi bêês‘üf
blimes panda! ‘expriment äï'sîlflplem’éÿt‘et (si-3&8!
mament l’essence tuait lflb'suisctfluilqüilsüé‘çego
.»x;3_6 L’AMECONTEMPBÀ‘N T, J
mmquîsum. Mais qu’espil dènci‘yËs‘t-il la sagesse, la
bonté , la justice, la puissance? Il est tout cela, et il est
encore infiniment ,auedessussde tout celagpanäe'qu’ilï
connu-dessus de tout'ce qui: peut être 3 il est par excel
ilence celui qui est; tout levreste,'à'pmprement parler,
f_n_’est,pas -, parce que tout le reste, étant borné‘, alpins
.du nonrêtre' quede l’être.‘ Dieu Dieu. étant infini, est
le seul dont on puisse dire qu’il est; parce que seul il
,a lajplénitude de l'Etre : ego sum qui'sum,‘ Langage
AiificilanàT entendre, il ,‘estvrai ; mais e’est que", quand
anyoiisspagrIons,(ive l’infinil, les termes nous manquent, il
sestgauzëçsswdeÿommnesæqmpüoasq ‘( ,; ru m1
9 ._R9=làÀLSËepflFlËfiflÇrB9pfËGWËMJQÊPÊÏÈŒÏOHS ‘
(immenses? infinimentaumesdfieeæs les perkcä
Ërpns‘ dçsrcréaturçs, lesjperfiections
flsszcréatma, soierarées-àœllmrfld Dieu {ne sont, à
proprement parler, que défaut et qu’imperfection,
messes??? ls'âeimisœn paml-lèleravecl’iuflui, si
'cqnlest cpmmqles ombres mises içn comparaison avoç
' la Iumière-Z’Pqur avoir, quelqueidée digne zde,Dieu.,;ifl
faudrait nous .élever âuwdessns de-æoùsvmêmeh-m
plstbtil. faudroît mir Parles rem-‘163km, “Habits?
par (les lumières de Dieu; il ,n’y a que rDieugseul qui
mlisse idée vénitäblementdigneéeltû fastes
&u’il .n’yla quelingfini1 ni puisse concevoir: ce
.l'îinfieinsafeaie diacre «mis et dmeozsfectionsaïmm
intellissmesrééesqimudra islam îiusqn’è 1111m2
,qleulïñltr'e suprêiñe .ne ztroçwera zjamaisque
‘ténèbres, ;et‘,sera. aveuglée parlléelatàême et laspleü
gleur des lumiëres,..Que ‘11ème is’guéatntisse donc
, devant la Plénitude deil’Etrs adepte. ir‘hqmgede sans
. inaqstäetlvsalarme qu’ilæiliw '4' iî‘d
pense, ,6 grand musette/tourismes!

LES GRANDEUBS DE DIEU. 137
:dans vous et réside pleinement en vous, vous épuisez '
v tous mes sentimens», vous ahsorbez toutes mes pensées :
.oabîme de‘lumière et de grandeurl tout ce qui n'est
point vous disparoît à mes yeux .; à peine me reste-t-il
de quoi me trouver moi-mémé. 0 Dieu saint! qui ne’
vous voit point n’a rien vu; qui ne vous goûte point
n'a rien senti; il est comme s'il n'était pas; sa vie en
tière n'est quiun songe et uneillusiori. ‘ .'
Levez-vous, Seigneur, paroissemfidivin: soleil de
justice l qu’à l'éclat de vos lumières les nuages cessent,
les ténèbres se dissipant, et que tous vos ennemis s’é
vanouissent comme de la fumée. Ah! malheur à l’a‘ime
qui refuse de vous connoî't‘rel ellevit sans Dieu, sans
espérance, sans Consolations. Heureuse celle qui vous
cherche! elle} commence, à marcher dans les sentiers.
Jdmla paix et‘ de la vérité! mais pleinement heureuse»
Celle sur qui îrejiiilli't la lumière ‘de votre face, celle _.
donLvotre sagesse dirige ‘les. pas, celle, dont votre .
main’ess‘uie les larmes, celle dont votre, amour a déjà
comblé lesldésirsrl-Quandseraace,
potirseizvoilsjvoifl Seigneur,-que
enw'vou même et vous louerïdans la.

sboiéêéde vosçsaintàl 0L eau ‘ifonrl 6 jour sans nuage


et sens-fin, dlont‘ïous senez vous-même le soleil, ou
ÿot'lsrcoulerez dans nids :cœurs’ comme'un fleuve de
paix! A cette douce‘ espérance, ma chair et mes os
tressaillent de joie‘, mon cœur sede.livre
ports, et toutes’ lesrpmissaneesv monà âme
de doux trans
ne vivent
plus que de l’attenterde c’elgzâird joint qui duit donner le
jour/4316i}! de‘ lïétorñitéhiënlredreuse. Alrl que je semis
heureux, ô mon Dieu l ‘si, avant queal‘alier‘, :comme je
.-l’espère, ,contemplér'vos :beautés dans ‘tout leur éclat‘,
vous daigniez .dès à présent m’en' laisser apercevoir
quelques faibles rayons pourJes faire. reiaillir sur tous
1 2.
n'a 'ÏÏL'AM'EË coma “PLANT ‘
'lbé cœurs, afin de’ nou’slanimerïtpüè 'd'e‘ïcbnëe‘flîà voùs
:servir e_t àïnous'um'r 'd’avance aux'adorations- et aux
‘hommages ‘que’ l'ont, rendait vbs'élùs'dazls la plénia
t‘uâe de votre gloire. ' f
‘ Fruit de cette considéràtion. , ‘
- Puisons dans ‘cette considératiorig iellc sera’ pour
nous la source de tous'nos-bicns. Y at-‘i-il de contem
platiôn plùs' digne, deÎnous et plus salutaire'poür nous
que celle de 'l’Être suprême? *‘ ' " Ï‘ '
1° Elle nous inspirgra le respect in [lui et l’llumilite'
profonde dans lesquels noùs devons nous lenir devanÏt
Dieu ; car plus grand et finissant estcelui'devant lequel
nous avonè à paroîtreî, Plus grand'aussiï d’qlb le
respect eLla: soumissi'o‘n ' que» nous devofls‘ lui ‘ témoi
gmmyer comme. la gyañdeui ‘e15 la .mâjesté' de ‘Di’çmlsoñt
i'nfinicsçil mériterait aussi‘ de? ào‘trë part îun respcéi et
un honneur Îivnfinisymais', comme nous ne sa‘uñons
lui rendre ce respect’ et cette soumission infinie dont il
sleroit digne ,‘du moins ‘devons-noué lùi lfendré‘ Ïtuutes
celles dunt‘ x‘mus sommes ca ablesDEtdèat-lors’respeq
profond dans nos pl'ières"=quañd' 11065‘ en oflî‘é'ns le
tribut; nqiectrplus grand éncore'dahsde grànd'sacti:
ficcrclz la religion, où nous lui olî'mns ruñazvvietime
véritableme‘nt infinie et digne deilui; respeèt xeñfin
dans tous les eiercices de piété dont filous nous zioquit
‘tans pour remplir .nos'devoirs enyexsi Ini. ' 2.
;512" D'eux gx‘andsiniôtifscdoivxànt ïëxcitèr iaansk nous
ces - senl‘limçn'sl à l‘égard dé‘ Diéù. sLa rgrandefir de‘ son
'êtrelet la baäseàsezde înotre-à‘éànbîi'lsimous jetons les
yeùx‘ sur nousl, nmls wdrron's qu'a dé nous-mêmes noué
n‘avons rien, n'ous‘nè pouvons rien, nous ne Sommes
rien gu'un abîme dé misères et de péché : Dieu a._u
.
LES GfiANDËUItS D‘E'ÏDIËU. r39.
contraire, devant qui nous sommes‘,'ï'est'la grandeur
suprême, (là majesté 'souveraineï'Pétfétré de ces sen'ti—'
mens‘, Aïbrahamÿtout patriarche'tpi'il‘iétoit, s’écrioit
en tremblant : Je parlerai à mon Seigneur et mon
Dieu ,"nîoi qui ne suis que cendre et poussière : loqua‘r
ad Dominum, 'cùm sim pulvis et cinis' ('Gen; I8).
Telle‘estlà profondeur du respect dont-les Saints et
les esprits bienheureux sont pénétrés dansle ciel; les
sêraphins mêmes, ces intelligences sublimes, se ‘voilent
de leurs ailes‘ devant Dieu leur souverain ‘maître;
quels doivent donc être nos sentimens, nous’vils et‘
‘misérables créatures, en présence de l’Etre ‘suprême !‘
Le second tra'u de cette considération‘ sera de nous
inspirer un amourardente ivers Dieu. Et ê‘omment
un ‘êtreï‘infiniment- bon‘, aimable et parfait, n’attia
remit-il pas toil‘tesïlés affections de nos cœurs? 1
Amour'de préférence‘, lei mette. au-dessus de
tout, qui lui offre ‘tout, et, s’il le faut, qui lui sacrifie
tout; en un mot; qui lui donnrela première place dans
notre cœur pour'l’y faireürég'nerlen' souverain et en,
mâîmeabsqlm i t. V finish‘; :l-rlr‘n: . JJ.) .1 r ‘s - ‘Z:
' --Amour de bienvei'llanèè‘,<qui=idoit ‘nousvengager à
ÈOnsacrŒnOSÂVêeu'XWnOs?566511531505 eâ‘ortsg- our lui
proçu’r‘er "li’hojnnem' et la 'glolt‘e’ qui‘ldi-son? us;
sirant ardemment qu’il s'ojiltl‘connufllouéjïadoré, ‘servi’
dans tous'les-temps, de toutes les n‘réatu‘resietîdans
tout l’univers, U ‘Ï’ ' ' - g A -- x-"h r n
un lAÎmouNde impuissance; nouls oonjouissant avec
les élus-quand nousevloyons- qu’on rend à'cet Être
les hbñheurslqui tubsbnt'adu‘sg .Enfsns de
ifloqiuellg joie nedevonsmeus pas‘ goûter ‘quand
nousivoyo'ns notre Dieu, ‘notre créateur, notre roi,
notre Père‘, ‘partout honoré, loué, glorifié ‘dans’ sa
.40 -L’AME CON-Tanneur
perfections adorables! Avec quels jtransyortsinedæ
vous-nous‘ pas nous écrier ‘ayec le prophète ,: benedi
cire, omnia 'opera Dômînifÿomino; 'laudate et suj
perexaltale eum in secula (P3. 102). Ouvrages sortis
de la main de Dieu, bénissez-le et glorifiegtle dans
tous les siècles. s
39 Un autre fruit de cette considération, vsera un
désir ardent de Voir Dieu et de le posséder un jour
dans sa gloire. Dans Dieu, comme dans leur source, se
çnouvent' réunis tous les biens que nos coeurs peuvent
glésirerftout cequ‘il' y a de grand, de beau, de bon,
de saint, de parfait, la Paix, le repos, la douceur,‘
les trésors, les délices, les honneurs et la gloire. Et!
(gommant, tous, les biens ne se trouveraient-ils Pas
dans la. Possession du souverain,‘ bien, , ni en est la
source toujours abondante, toujours délicieusegtou,
jours intarissable? et dèsvlors queldésirjne devons
npus» pasavoir de nous réunir à jamais’ à lui! mais
en même temps quel aveuglement et quelle folie de
çlgercher Ïargloire, les richesses, les ,plairsirsmdans : la
source empoisonnée des créatures tandis. quiongpoùrm
roiÿales Irouypr si- sûrement, si abondamment dans
Dieu, qui, nous tan-prépare de purzsfitxdaapsmanensl
semblahlesæhélasl à un; homme qui‘figonvam posw
séder un grand et, magnifique royaume, se contenÏ
teroit d’en avoir une, foible peinture ‘} semblable même
A un homme encore plus insensé qui préférerpit de
goûterune félicité 'immpeusesduugæntyle; ‘spngeid'une
heure‘, au'li'ieu d’une “félicité-infirmes éiïétàçfulsmü qui
lui serait; assurée-3 Etzque sgutœnaeffemow lesbiens,
fragiles que le mondemusmä't‘efien lçornpnræisomdes
biens solides et ,permanens (que: ‘Dieu- nous ‘présente?
Quand un jour nous sortirons j'îugsommeil trompeur
LES GBANDEUJRS DIEU. J41
.de cette courtedtu'e,'quel sera notre étonnement et
.notre ‘surprise en voyantutous’ les faux biens de ce
monde se dissiper à nos yeux cqmrneun songe tandis
que Dieu nousappeloit à un bonheur infini dans'son
essence et intermîfiäh'leitñiïs‘ï‘sà‘ldüréel somnium sur
lçàertilürqzpaïäeeaçPs-aazi 42,53 a? .-_
. ; '41’: lieicenardérstmn- 51,93: grandeurs. et ‘des Perfee
è'äimê iefieics de. .l’ätre‘ NRŸWWWÆWÇÜÏÇ?“ en?“
“un avaniagebienipréoieun; c’est nousfaire con
aixioître. l’sxcelleeçsssla yebleêssalîs sises- ‘123Lria‘
(dites 1?. ÊÊÎYËCÇ. (le-Ries!sisfieireses‘erslnsys dus-5er‘
rêée sur live rend amsundmssæswëreus rois
finissent-“Q9- seelerifirnîsl festins levrette-dîme
au service d’ungrainé msnarsuesourssërde cases“?
comme mesureur iaâiseeranç faire! isnaléesrt
messieurs; .. ut s91e99. souverains èsrlasslojrîé, que
vrlmuËÏfif’mÎW: émir eezläisswuneeiseèrfiaisr
piraté, sertisseuse» masnäiænssm} sagesse, en
tenterons éswëlserssideresfèsÿeastaztau. ;
_ ï geste smslseâmzêeeçvse servir les 293:
iet ‘lesgrands de ‘la terregæpur nousafraisons éonçistçr
toute notre gloiredans leserviçede notre Dieu1 qCÎest
règne" en effet au‘: site lesmia-glessnnésss les siècles
, entiersralëâéss’anslesrsleigdss grands stem amide,
qu'ont-ils decqnipsuhls Astigmatisme! passé dans
le service du maître infini auquel nous "avons le
(le sansacrcn 90,5; dans, ma rendues», nos
hômmaeèêë’rfiesrèex siinbus pouvions .le servir d'une
-amenière"s.1îsnàsle lui ct'lui .oifrir deshpmmîsesx pro-.
iraniennes èsl’ilifininä 519w! être etaà. 17eme sue: (le
remarque 4 tfiflbvçom-mÿsidugmnins de lui en
. QËÏË'Ï‘RŒ‘ÏDËËFËŸËË-ÊËËŸŸ? vers. senzrrÿpeçtrontæihsèr
53. le; 619% =._ achats SËÂÊQËÉ ministère watteler . anses 0*
142 ' “ïuAME ‘CON mimi‘!
les esprits bienheureux tèmplii'änt duranf‘îoutè‘l’éte'r
, nité, et au benl‘leur'd'esquel‘s’uuus pouvgnslaaujtitipèr
dès ce monde mêmer‘,‘ “ ' Ï‘ , ' ‘-" AM” ' “7" k‘ ‘l
: 4 . v ; n"v: {'u- ' “mu; zm'uimzfl qui)
' v‘ T. w ‘ÙEËWWWWÇÏGÏÇWÆM, 2L. i’) 9' 35.-;
Que les Saints sont hêugrén‘lÿæaæisuèïlielgmnan
.. l- . l .fl ,. v'lr. ,l”
D1611, de pouvou' vdus’ con‘tèmplèrîä Ïdxs‘itï‘açeà Ëäcç,
"et s’èniÿrer'dàns‘les‘*toirensiaë délices que‘vps ififiu'ies
'perfeètions ‘leur Présentent‘! Détenus‘ dans, Ce ‘lieu
. œd‘éxllj’ñoù'äfne poufiSns‘ybus‘bQnSŸdël‘èrqüé sb‘us’lès
vaines ä’éalà'lo'i‘,‘ et‘ woug'voirrqdsl galas vassféùmgés,
3531i finis dm, mçequelque fo'ible înù‘a'gélde' vas un
,' n‘ . . n \ "'kv’a “V .«4
‘ “Œeursmdfahlês rmaxsdu-mmus tpoullofisanpus' ous
"uni; fl’esprît et deŒôèùfàdx'adoÿatio‘ñäfèt'aùi liô‘ni
"m'ages uevcqs'hienheùmui voùstp‘ésëutëñfä * V \
"' lî e 885’ éùlêsïlô‘iû‘deë‘l‘ç'iisl ôÿféùïierÿlliùciÿe
‘a "En &eflîëi‘eädë'mouÿ‘lës‘ëirèël‘ÿôüs’tæiüäflàük"le‘ _
‘dé m; gkifeÿfÿôù‘ä'êfëÿ ajsgiçûêmwææægwmls
çoumçttçn 15s‘ uamimèfigämst ' ‘ë; Wlêfÿülä
vëàhèes, ioæfgànaæèclubwëætûëgwüë Ë'èläiïez les
ï‘cliè'rüliùgs [dès 19h13 wve'sqùmièr'èç ,wçsaseëfiflsæhsêl l'es
äæéràpninydym èlélëstes’ à'räeui'sç" “me; une» en»: l
a, 1 Ma’; nmfhmeur sublime mimi, flf’lä’ÿäste
eal‘emlaéaela iênææuwñaelflmmæssæmæ,
ëfiélsom'qhfühë suaire irÿàgè delàgwmæñl» ëlfd’éîl’iñfi
g'nifèzde svozügëtrêe} 5 un nul"! "12312:" (2,. homme: a}
‘ 'ï'piëùügiafidfbleuïäîinafflîèü puissaxäh W’É‘tés
m‘ ëcëaîi‘iinîlnç'usè debohçégde mime; liàsägëssëp e
'félïcité; raërîæyñlbïeig ans" irstç'lèiÿlmagmlgmèêyMaçs
'æbipmexlt ,aamîaus‘sï"graù‘dâïàflèslf äaih‘t ça 5ms}? pài'fâit
g‘uê-_'vpusïètêägfcèmmëu-aaegæêârolwjuæÿ Alë'slygü
‘mai; ïvil’eët’ïñéÿx‘îÿàbïë léfëätîlfe’,1’ ÆdigfläM-‘ææ
ämmæaiæmaüsæœvbÿümm; üiälëëlûêore
LES gannnsnas nnmnu. .43"
du moindre de vos regards? Çomment osé—je moi-même
me présenter devant vous et approcher du trône de
votre gloire?‘ ‘cl ou ‘:m '*' 4 ' ‘ . ' ‘ '
Mais que disèje?n’est-‘ce3pa's paràlà même que vous /
êtesinfiniment grand, boni,‘ saint et parfait, que vous
daignez vous biens
querltousles abaisser jusqu’à
dont nous, nous
l’abondance et la communi
plénitude

résident dans. vous? Mais dèsslors. que puis-je chercher


etque. pourrait-je trouver, hors de ‘vous, source inépui
‘ sadle _de_|tous:les vbiens,“de tqus, les trésors de toutes
les-consolations, ' e ‘toutes; les ldélices?
. I , w M naisse. ‘
.O monqDieu, mon repos, ma paix, ma joie ,'mon
bonheur! ôle Dieu de mon cœur! soyez donc tou\, et
que, tout le, este‘ ne mesîoit rien; que toutes les choses
rissables.
_ v 7 ,_is P;aroissent
a, à -mes yeux et soient à 1'amais
bananes demon cœur. Que ‘sont auprès de vous tous
lesv biens .3.6» ce monde?
. biens
. . fra g iles 7 P laisirs
. trom/
.
peurs, frivoles honneurs, vaine fumée qui fascinent
les yeux desmortels et les empêchent de connoître et
' de chercher vous les biens véritables, seuls pro
presà établirjle bonheur qu’ils cherchent vainement
hors de vous. / '
Ah! que désormais je ne consacre les pensées de
mon esprit qu’à‘ contempler vos grandeurs ineffables,
les affections’ de mon cœur qn’à aimer‘ vos bontés, vos
beautés infinies; tous les instans de ma vie qu’à me
rendre digne de vous voir, de vous louer, de vous ado
rer, de vous aimer à jamais : puisque vous seul, Eüte
infini, immense , éternel, êtes digne de tout amour , de
toute gloire , de toute louange, de toute bénédiction,
de tout hommage durant tous les siècles et au-delà des
siècles.
x44,’ L'AME CONMMPLÆIÜF ‘H1
r
. ' .o'f '_s: i2: ' 10711241.) y‘ v
Les grandeurs de Dieu éclatant dans le 'nëaflihkl 161i I
müêms de l'homme; {JE} .n, a‘) ;;I Ï.
APRÈS tout ce que. nous
rentes considérations avonslméâ‘itédiins
il ‘se, ceà'difl‘é‘
présente ‘enc' ré un vautre .
point de vue bien dig‘liefdernotre :a'tf‘e (foin; 'è‘ ':
mèmede notre admirätionrd’çs‘tïde 'Dieû *
paroît grand dans" le néant même ‘de 'l’lié'riilri‘éîetldafiä *‘
le sein des misères humaines. uîér’i'dë‘js‘iëüëplbiabtè'j
que l'homme considéré en lirij’rnêrhë‘et's'o‘ù's les dill'é’ ‘
rens
ce rapports
lméme hommequi le constituent
considéré dans5 rien de si, eiDieur'et
les ŸtËs‘ and-que
relevé
Dansparl’ordre
les grandeurs (‘le D'i'eldÏ
de lanature, ‘il m‘ l“ ” I: V‘ ‘in’es‘t 5‘
le bôi‘iié‘del’hjfifilæ

que
terre,cendre
sujet àetmille
que besoins),
poussièreginiëpriszib'läïimdn de la‘
à mille infirmités“ desfi né '

enfin au tombeau, à la pourriture et aux 3ers; ‘c’estlle


terme humiliant ou il doit aboutir. ' _‘ '3" ‘‘
.Son âme, renfermée dans cette vile prison, semble
gémir de son sort, se voyant comme cehihmn'ée'ä une .
espèce d'esclavage qui‘ l’airîlit et la rend'captivé daim Ï
toutes ses opérations. , ' ‘E 7 ‘
_‘Dans l’ordre de la grâce, l’état de‘l'ho'mmeièst‘èn
' core bien plus déplorable ;‘dès sa naissance, enfant de '_
colère, il n'entre dans le monde que comme flans une
vallée qu'il doit arroser de ses larmes; durant’say'ie , il “
n‘est qu’un fonds de’ 'foiblesse, d’ignoran‘ce et; '
grince; son‘ esprit'est environné‘ d'épaisses ténèbqés, a
son cœur livré'à‘ la tyrannie des passions; sa Väionté"
changeante, flottante, inconstante,,n'a ‘rien de fige .
dans ses désirs et dans ses projets; un ‘funeste penchant
au mal qui l’entraine , une extrême répugnance pour le
LES GRANDEUBS DE DIEU. :25
bien qui ‘l’arrête; triste portrait et sortl‘déplorable de
l’homme laissé à lui-même après sa chute‘! durant sa
vie, il n'est que misère et que péché; a sa mort, un 03-‘
davre qui inspire l’horreur; dans-l’éternité , une victime
dévouée aux flammes de l'enfer. -
Tel est .l’homme considéré en lui-même et réduit à
lui—même;'cbnsidérons-le à présent dans les idées de
Dieu, relevé par les grrndeurs de Dieu; et admirons
les grandeurs inefi'ables de Dieu éclatant dans les mi
sères de l’homme. ' ' r
Dans l’ordre établi par la bonté de Dieu et dans les
conseils de son éternelle sagesse, l’homme entrant dans
le monde est régénéré par les eaux sacrés du Baptême,
et, d‘enfant de colèreiqulil étoit, il devient enfant de
Dieufliéritierdu royaume de Dieu, revêtu du droit à
l’héritage de Dieu dès sa naissance; l7Eglise,qui le reçoit
dans son sein, le met elle-même au nombre de s,es en
fans, le cultive de ses mains, le nourrit de son lait,
l‘instruit dans son ignorance, le soutient dans sa foi
blesse, le console dans ses afllictions, le sanctifie dans
ses sentimens, l’anime dans ses espérances; et cet
homme quiïauparavant auroit été terrassé par l’en
mimi le plus foible, désormais ‘fortifié par la grâce, et
comme revêtu de la puissance de Dieu_, est en état de
faire les plus grands efforts, d'offrir les plus grands sa
crifices, de soutenir les plus rudes combats, et de rem
. porter lesplus glorieuses. victoires sur lui-même, sur le
monde et'k'snr'to'utesles puissances de l‘enfer.
Et comme si toutes ces grâces, ces faveurs ordi
maires ne suflisoientpas,‘ la religiôn lui a fait trouver
le principe et l’auteur même de. toutes les grâccs‘idans
les sacremens comme dans autant de sources ‘de salut
e‘, de vie, où le corps même d‘un Dieu, le 55m3 ado‘
l'ÀrIe contemplant, etc. 13

\_
r46 L’AME CONTEMPLANT.
fable d'un DiËu‘,‘ devenant l’alime‘nt de son; aime, le
transforment en quelque manière en un homme nou
veau et le ‘font Vivre d’uneîvie nouvelle‘, de lfl'Vlfl
‘même de son Dieu: vivo ego : jam non ego; (Gal. 10..)
Ainsi en est-il de l'homme durant sa vie. A la mort,
le Dieu‘de toute bonté daigne venir lui-même recevoir
ses derniers
bats, soupirs,
et‘, dans le soutenir
un l-viatique sacré,dans ses derniers
lui donnerle com
gage de
l’immortalité bienheureuse où il le destine et l‘ap
pelle. -
Enfin, dans l’éternité, cet homme si. méprisable, si
misérable en lui-même, ce vil enfant de la terre, parla
communication ineffable des grandeurs de Dieu, de
vient un citoyen du ciel; il est placé sur le, trône
sublime, il est environné d’une lumière éclatante de
gloire,‘ il est élevé à la vision intuitive de Dieu, ilentre
dans les splendeurs de Dieu, et toute l’éternité il de
Vient heureux du bonheur de Dieu même.
Et ce qu’il y a de plus admirable encore, c’est que
Dieu fait éclater ses grandeurs, non-seulement sur
l’âme de l’homme, mais encore sur le corps même.
Saint Paul nous explique d’une manière bien éloquente
‘les inelfables prérogatives que Dieu communiquera à
nos corps dans‘ leur résurrection à la fin des temps !
(les corps, dit-il , par leur nature, sont sujets à la dis‘
solution et à la mort, et ils ressusciteront incorrupti
bles et immortels: surget ‘in corruptione ( I_. Cor. :I 5).
Par leur nature ils ne seroient que des ‘objets "(lignes
de mépris et'dîabjection; et; ils ues'suaciteront envi
ronnés ‘d'honneur et deîgloire :rsurg'el in, gloria‘. Par
leur nature ils riel sont iIue foiblesse‘et qu’infirmité , et
ils'ressuciteront‘ revêtus de vertu et de force : surget
in fvirtute. Dans eux-mêmes‘, continue saint Paul, nos
LES ÏGRAND'EURS DE DIEU. 1121€’.
cerps ne sont que cendre et poussière;.mais nous
attendons un Sauveur puissant- qui réformera-ces
- corpsterrestres et périssables : qui reformabit ‘corpus i
humilitati's nostræ ,- et qui les rendra conformes‘à son»
corps. glorieux : configuratum corpori eèlaritatisêsuæ. "
{L.Corr. r5.).' ' - .
Ainsi se vérifie dans l‘homme l’oraçle' du prophète
rdi 'sPar votre puissance et votre grâce, grand Dieu! '
vous avez élevé l’hommecom‘me à-la condition-des‘
anges'z'lnÿinuistï eum paulà mimis ab angel'is. Vous
lçavez
honorecouronné
coronasqtri d'honneur et l’avez
(mm; et Vous de .gloire
Placé: au-dessus
gloria‘ et .x
de tous les autres ouvrages de vos mains : et; consti- v
tuisti eurrä super opera manuum tuarum. (P5. 8.7) , A
Mais Pàr où l‘homme sortant'du sein de tant de mi
sères etdu corpsvet de l’âme est-il donc éleva à .un- si
haut point de gloire et dans l'âmäe et dans le,corps",-si
ceïrn’est ipavïles perfections ineffables de Dieu qui
daignevse çor‘nmuniquèr à lui et faire éclater dans lui -
tdute‘sa grandeur, sa puissance, sa bonté7 sa sagesse, -
tous ses divins attributs? '
0 Homme! reconnois la. profondeur des misères et > .
du néant dans toi : mais en» même’ temps dans toi re
connois et adore les grandeurs inefl‘ables de ton 'Dieu.
Conçois bien‘ ce‘ que tu es dans [ordre de la nature;
admire‘ ce que turd‘eviens dansceluide la grâce,et pense
A à'vce que‘fu'peux devenir dans‘celui de la gloire. '
l ‘ Fruit de cette co'ñsideraitiion. "

Tout le fruit_ que nous ‘devons retirer de cette con‘


sidératie'n' impbrtante'est'renï’ermé. dans‘ ces’ sublimes
paroles de‘ saint Déo‘n.‘ Ec‘outons-les; jamais. nous‘nèf.
saurions assez les méditer : dgnoac‘c , hom'd,'digni1a
r43’ DAME CONTEMBLANT
rem 11mm, et, divinæ consors Îdctus naturæz, n'oli in
"velerem 'uilitatem degeneri conversations redire. 0.
homme! nous dit-il à tous, reconnois l’excellence de.
ta dignité; et‘, devenu en‘ quelque manière participant
de la nature divine, prends garde de dégénérer, de
cette dignité éminente par une conduite indigne de‘ la
gloire'où ton Dieu a daigné t’élever.
Par ces magnifiques paroles saint L'éon nous avertit
que nous contractons envers Dieu quatre ‘obligations
différentes‘, et que nous ne devons rien négligerpour,
enremplir toute l’étendueÏ
La première, c’est de bien comprendre quelle est la:
grandeur de la puissance de- Dieu, qui, dans nous, a.
su’de rien faire de si grandes choses, et du, sein même
de notre néant tirer de si grandes merveilles; quel.
autre, en effet que. la main d’uu Dieua pu opérer ces
prodiges? agnosce , homo. '
La seconde, e’est de'bien prendre garde de‘ nous
avilir nousàmêmes et de dégénérer‘ de l’élévation- de
notre état, de peur que nous ne dégradions‘ dans nous
l‘ouvrage de Dieu, et que nous ne nous replongions
‘ par notre faute dans l’abîm‘e des misères d’où il nous a
retirés ': noli in. veterem 'vüitatem degeneri renversa-z
liane redire.. ‘ , ’
La,’ troisiéme,ic’est non-seulement de {repas nous
avilir nous-mêmes et. nous- dégrader, mais encore de
donner tous nos soins pour soutenir par notre conduite
la dignité où Dieu. nous a élevés par sa grâce; la fidé
lité, la justice, la reconnoissance , tout nous y engage :‘
divinæ consorsifactus naturæ. î - .' î .
La quatrième, c’est de bien'comprendre surtout que
plus notre Dieu a fait en notre faveur‘ éclater sa gran
denr bienfaisante etmiséricordieuse enïnous honoræm
E‘ES GRÀ‘N‘DEURS DE DIEU. ‘1K9:
‘ et en nous communiquant ses perfections, plus aussi:
/ feroit-il un jourféclater contre nous sa 'grandeur re—«
doutable et 'ven‘geresse, si nous venions à altérer, à‘
défigurer ‘en nous son ouvrage, et à nous éloigner des
vues de son infinie miséricorde sur nous.
Mais comment pouvons-nous soutenir’ notre di
gnité et correspondre aux grands desseins que Dieu a
formés sur nous? En retraçant nous-mêmes, autant
gu’i'l sera en nous, ses divines Perfections, et‘ faisant"
adorer dans nous ses ineffahlesgrandeurs : sa "bonté,
par les tendresses de nôtre amour; sa ‘sainteté, par la‘
pureté de nos mœurs; son immensité, par l’étendue de '
n‘os sentimens‘; sa miséricorde‘, Par les entrailles de‘
notre charité:7 sa justice, par la sincérité de notre re—
pent‘ir et l’amertume de nos regrets;.en un mot, la.
grandeur de toutes ses perfections, par la profondeur
de notre respect en sa présence, de notre fidélité à ses
grâces, de notre abandon à sa providence, de notre '
conformité à‘ses volontés adorables, de notre'zèle pour '
les intérêts de sa gloire; enfinvpar'la Pratique de toutes
les vertus capables‘ d'honorer ses pgerfections; '
A _C’est ainsi querlaTcréature retracera dans ellé*=l’idée"'
dé sonzflréateur; que le Créateur se’ 'glorifiera dans sa
créature, et'que les ouvrages de Dieu ‘rendr'iont boni-ï
mage à'ses infinies grandeurs , Puisque c’est à sa ‘divine
ressemblance qu’il les a élevés, et à sa possession éter
nelle qu‘il les adestinés. ' '
Elévatio'n‘dei cœuräu

'Qu’estéce-vdonc que l’homme', 6 mon Dieu! Élus vous‘ -


daigniez ‘l’honorer en lié‘levantjusqu’à vous, et en le
rendant même 'l’objethdo' votre. tendresse et de votre‘
cœur? quid ‘est homo , quià magnificas eum , et appom's
15.
n50 ‘DAME coNrEMrLANr " » ' .
'erga eum‘cor tuum (Job. 7)? Sujetä tant de misères ,'
rempli de tant de défauts et de tant d’infirmités‘, qu’a.
t-il donc qui puisse mériter votre attention et attirer ‘
vos regards‘? Que n’a-t-il pas, au contraire , qui ne soit
capable de vous éloigner de lui comme d’un objet in
digne de vous?
Ah! je le comprends, vous avez voulu ô mon Dieul
manifester vos grandeurs dans le néant de l’homme ; et
c'est admirer vos perfections dans ses imperfections
mêmes, vos lumières dans ses ténèbres, votre force
dans sa foiblesse, votre bonté dans ‘sa malice, votre
sainteté dans sa dépravation, vos richesses dans sa
pauvrptél; que dirai-je encore? dans sa petitesse, votre
immensité; dans son inconstance, votre immutabilité;
dans son vide, votre plénitude; toute l’é'tendue, en un
änot, de vos miséricordes, dans la profondeur de
toutes
ses ses misères,
humiliations et tout
et dans sesl’éclat de votre
bassesses. ‘ I gloire dans
Ainsi, durant une nuit sombre et obscure, tous les
objets paroissent eux-mêmes sombres, obscurs et con
verts de ténèbres ; ‘mais, aux premiers rayons du soleil
qui tombent sur eux, ils paroissent revêtus de la lu
mière du jour, et semblent prendre ,une' forme 'nou
velle : ainsi en est-il du cœur de l’ihommeg: dépourvu’
de .VOS grâces et réduit à lui-même, il n’est que‘
ténèbres, qu'obscurité, que misère; mais, considéré,
à l'éclat de votre grâce et dans la splendeur de vos
perfectiçns, il semble changer de nature, et devient
quelque chose de grand par la communication de vos
grandeurs. . I. A .i . r . . .
I Soyez béni‘, 6 grand Dieu! des prodiges‘que vous
opérez ‘dans lhomme : que pouviez-vous faire pour
lui quc'vous n’ayez faiti’ct pouvoilÏ-il luiémêmenja'mais'
aspirer à la gioire 'dont vous i'avez revêtu?
, ‘LES. GRANDEURS DE ‘DIEU. 15x
v’ ' . PRIÈRE. ._‘
_ Grand Dieu, puisque vous avez porté à un tel excès
vos bontés envers les hommes, ne permettez pas que ,
nous trouvant ainsi honorés, nous dégénérions de
la sainteté et de la gloire de ‘notre état; ne permettez«
pas que nous répan‘dions des nuages sur ‘les beaux
jours que vous avez fait lever sur nous; que nous ter
nissions lïéclat de votre grâce par la noirceur du
péché; que nous nous dégradions nous-mêmes par la
contagion des crimes, par l’avilissement des passions,
par l‘opposition monstrueuse de nos vices avec vos
grandeurs et vos perfections. Faites, au contraire,
que, fidèles à votre grâce, nous entrions dans vos
vues, que nous soutenions votre ouvrage, que nous
nous montrions dignes de vous et de vos faveurs‘;
que, par 'l élévation de nos pensées, par la noblesse de
nos sentimens, par l'éclat de nos vertus, nous repré2
sentions les traits des perfections adorables que vous
avez daigné imprimer dans nous : l’homme est sorti
de vos mains, ‘il est l’ouvrage de votre grâce, faites
qu’il soit l’image de vos grandeurs, afin qu'il soit en ‘.5.

état de les contempler, de les adorer et de les glorifier


à jamais. .l‘insi-soit-iL
r52 LAME CONTEMRLïANT,.ete;_

GoNcLUsIoN et acrend’amour envers'Dieu' pour


reconnaître et'adorer l’amour qui'l’a engagé à
se communiquer à nous. par, ses grandeursnetfses.
dans.» d.
Û‘ ‘AMOUR, que vous‘êtes-incompréhensible! ‘que vous‘
êtes adorable ! que vous êtes puissant ! Vous triomphez
de Dieu lui-même et'vous le soumettez à vos'lois pour
l’sengager à'nous communiquer ses faveurs. Ah! dais.
gnez exercer aujourd’hui sur moi votre force et'votre
empire-z percez mon cœur de vos traits les plus. em'a
lirasés', afin que je neNconnoisse plus sur la terre‘
diantre ‘douceur’, d’autre satisfaction, d’autre occuq
pation,.diautre consolation que de vivre, de souffrir,
de mourir pour vous témoigner son‘ amour. Ce saint"
désir, cettesalutaire résolution que je forme avec tant
d‘ardeur; vous seul pouvez la rendreeflicaceet ‘cons
tante, .ô mon Dieu! daignez donc. exaucer ma prière,
afin que je passe duwdésirà'l’amour, de ‘l’amour la
llaction, de‘ la vie ‘à' la mort, .duztemps 'àl’étérnité“
C'estdans ces sentimens d'adoration, de reconnais?
sance et (l’amour, que j'espèrerendre le dernier soupir
de ma vie.‘ Ainsi soit-il‘. .

ÏJNDE L’ÀME CONTEMPLÀNT LES GKANDEURS DE‘ DIEU‘.


.LAME ,taI
. SE PRÉPARAN’I A L’ÉTERNITÉ
un
LES SENTIMENS DE L'AMOUR DIVIN,’

' je '' un v'


moreau un L’AME neuves A DIEU.‘
< AVERTISSEMENT.

IL est naturel qu’une âme‘, après avoir comtemplé sur


la terre les ‘grandeurs de Dieu sous le voile de la foi,
soit empressée de les aller contempler dans le ciel,
dans les splendeurs de la gloire, et par-là même. de se
préparer à l‘éternitébienheureuse , pour se rendre
digne de ce bonheur. C’est pourquoi nous ajoutons ce
second sujet comme une suite naturelle du premier:
l‘un peut élever l’âme aux'idées sublimes de la Divi
nité, l‘autre la conduira a, la pratique solide des oeu-‘
vres. Dans l’un et dans l’autre, elle apprendra à con
noître Dieu, à le désirer_,__'à l’aimer et à se mettre en
- état de le posséder à jamais.
Au reste, cette seconde partie peut égalemént serÂ
pour faire une retraite; en est-il‘de plus utile et de
plus nécessaire que celle de la préparation à la mort et
à l’étepnité? On trouvera ici deux méditations pour
chaque jour. Les considérations, si on en désire,
se trouveront aisément ailleurs.
\wmw“\m““w\ “mu/“m. nmumuænuwwmmwum,m ‘

LAME‘ -‘j
SE PRÉPARANT A L’ÉTERNITÉ
PAR

LES sENriMENs'nnL’AMoUR DIVIN. ',

Projet de préparation à l'éternité. '


‘Il’.
tempsy ava
unbientôt
certainfinir‘
temps que.
pour mejetransporter
suis au monde, et ce
dansilléter
nité. Je sens que tout 'rn’annonce ce dernier terme; le
poids des années, les infirmités de l’àge, le dépérisse
ment de mes forces, tout me présente cet instant
décisif (1). Il est donc d’une nécessité indispensable.
pour moi de m’y préparer, de mi)’ prépare" sans délai,
et de ne pas attendre les derniers momens où je serois
peu en état de le faire. l
Or, je pense que le moyen le sûr et le plus
s'alutaire de me préparer à cetteéternité, c’est de m’OC
cuper sérieusement des grandes xvérités'de la‘ religion ,
1
et des grands ‘objets que lal‘oi nous présente. La foi"
est le céleste flambeau que Dieu nous a donné pour
nous guider durant .tout le cours de la vie ; c’est aussi
ce même flambeau qui doit nous. éclairer'd‘ans les
ombres de la mort; et nous conduire- enfin, comme
nous l’espérion's , dans les splendeurs de l’éternité.

(1) Ces réflexions Peuvent‘ convenir i tous, parce que la mort est
de tout âge. l '
n56
I L’AME SE Î’REPARÀNT. .
1 Mais, pour considérer ces grandes vérités avec plus
de fruit, il me paroît que le motif, que le sentiment
qgi doit surtout m'animer, c'est celui de l'amourp‘lutôt
que celui de la crainte. La crainte resserre le cœur,
l'intimide et captive ses sentimens : l'amour, au con
traire, le dilate, le fortifie, élève toutes ses affections.
D'ailleurs ce sentiment est' bien plus digne de Dieu
‘,que tout autre; ‘c'est panun amourqfilial, et non par
une crainte servile, que je veux aller à l'auteur de mon
etre.
Je vais donc me consacrer sans réserve à la prépa
ration prochaine del'éternité par une espèce de retraite
intérieure‘entre Dieu et moi; là, seul à seul avec lui,
je réfléchirai sérieusement sur’ la‘ grande et unique
affaire qui m'intéresse en cermonde, et qui auroit dû
faire l'unique occupation de mamie.
Mon Dieu, mon premier principe, ma dernière fin,
le terme de mes jours et de tous mes vœux, daignez,
durant ce temps, éclairer mon esprit‘des lumières de
votre grâce; mais surtout daignez animer mon cœur
des sentimens de votre amour. Je le prends pour garde
dans toutes les Vérités que je vais méditer, je lui con
sacre toutes mes réflexions, je désire qu'il soitl’àme
de toutes les affections de mon ‘cœur. ' '
Dans toute cette retraite je me pîjopose donc l'éter
nité pour fin et l'amour de Dieu pour moyen; l'une
est le ternie où je dois aspirer, :l’autre est le chemin‘
qui doitim’iy conduire. l; ; . ‘ .
> Pour me préparer plus solidement à 1-’éternité , je
dois commencer, autant que je le pourrai, pat‘ oublier
les affaires du temps et me détacher de toutes le:
."chosesdu monde. C’est à quoi pourront contribuer
les réflexions que les 'vcrz'tc's suivantes vont me pré
senter. '
' A L’ETEBNITË. - r57

Combien l’instabilité et le néant des choses humaines


est capable de nous élever à Dieu et à l'éternité.

UAND on vient à considérer attentivement la vanité,


l’instahilité, le néant des choses humaines, on trouve
' une grande consolation et une grande douceur à s'en
tretenir des pensées solides et des objets immuables de
l'éternité permanente.
Tout s'enfuit devant nous, et dans sa fuite préci
pitée ne laisse à nosäyeux que la trace du néant où il
court sans cesse. Le'soleil a beau paroître tous les
jours, les momens de son cours sont fixés; il faut de
nécessité qu'il suive la décadence des temps dont il est
la mesure : les astres qui brillent dans les cieux pas
roissent chaque jour avec leur éclat; chaque jour aussi
leur dérobe quelque chose de leur durée; les saisons
passent. et se succèdent, et leur succession même
annonce que celles qui ont été ne sont plus, et que
celles qui sont ne seront bientôt plus elles-mêmes. Les
fleuves, les ruisseaux s’écoulent rapidement dans leur
course, et vont se perdre dans le fond des mers; et
nous de même nous allons nous rendre dans la pron
fondeur de l'éternité. '
Ce grand nombre d’hommes qui ont vécu dans le
monde, cette multitude innombrable d'h-abitans qui
ont peuplé‘ la terre‘, sont absorbés dans son sein;
semblables àl'ces feuilles'qui tombent des arbres, ils
ont fait leur course et sont tombés dans la poussière
' dont ils ont été formés. Les rois ont suivi leursisujets
_ dans le commun naufrage, et après avoir paru quelque
temps avec éclat ‘sur la scène du plus grand monde,
“5 501115 31115546 perdre dansT la profonde obscurité du
L'Ame contemplant, etc; ' î4
‘i453’ L’AME SE PRBPARANT.
tombeau qui s’est ouvert sous leurs pieds lorsqu’ils
dominaient avec plus d’empire sur la tête de leurs
semblables. Ces monarques puissans, ces dominateurs
des nations, ces prétendus dieux de la terre, ont
combattu, ont vaincu, ont régné, ont été et ne sont
plus; le bruit de leur nom a étonné la terre, l’étendue
de leur puissance a effrayé l’univers, à peine leur
mémoire se conserve-t-elile parmi les hommes; le
monde entier paroissoit trop borné pour leur ambi
tion, et six pieds de terre ont été trop vastes pour
leurs tombeaux. * .
Tout passe, tout s'enfuit dans le temps; les jours,
. les saisons 1 les siècles , les rois, les sujets, toutes les
choses créées, comme autant de flots difi'érens, se '
poussent avec impétuosité les uns les autres, et vont j
enfin se briser contre le rocher immobile de l’éternité,
toujours immuable, toujours subsistant‘e; tout nous
parle de changement, toutrnous présente la vicissitude
et l‘inconstance dans le cours de la vie; rien d’assuré
dans elle ,' si ce n’est qu’elle finira, et qu’après un si
court espace de temps, elle ira se rendre ou se perdre j
dans l’abîme immense où elle court sans cesse, sans j
pouvoir s’arrêtendans sa course.
Il est bien triste pour l'homme, qui a tant d‘amour
pour (la vie, de voir qu’il perd ainsi à chaque instant
. quelque portion de son être; et s’il n’avoit pas une
vive espérance de renaître un jour de ses cendres, si
après cette vie passagère le seul néant se présentait à j
ses yeux, si ‘la douce perspective d'un avenir immortel
ne venoit s’ofi'rir à ses’ espérances, quel seroit‘son sort, l
ou plutôt son malheur,' Mais aussi , quand cet homme,
environné des onîbres du temps, comme entraîné par
. le torrent de ce temps 7,, vient ‘à penser qu’après cette
A L’ETERNITE. .59
me misérable et'mortelle il peut en espérer une un
mortelle et heureuse; que le temps ne s’écoule avec
rapidité que pour faire place à l’éternité qui n‘a point
de fin; ahl que ce point de vue est bien capable de
fixer ses yeux et de consoler son cœur! mais en même
temps lkjuiil est bien propre à le détacher et à le dégoû
ter de tout ce que ce monde fragile, de tout ce que
cette ‘vie périssable peuvent lui présenter!
Si un architecte habile nous assuroit que la maiso I
que nous habitons menace ruine, qu’elle est sur le
point de s’écrquler, que nous sommes en danger d‘être '
bientôt écrasés sous ses débris, serions -nous sans
crainte dans cette maison? nous y arrêterionsänous à
jouer, à rire, à nous amuser, dans le danger de périr à
tous les instans? Voilà notre état : le grand architecte
de ce monde nous dit que notre vie est un songe; que
le temps et la terre passeront; qu‘il n’y a pas un ino
ment assuré pour nous dans ce monde: quelle félicité
pouvons-nous établir dans cette maison ruineuse qui
s’écroule sous nos'pieds a tous les momenshandis que”.
si nous nous en détach‘ons, Dieu nous prépare une
maison tranquille, un palais assuré, où nous pour
rions un jour fixer une demeure paisible et trouver un
bonheur constant.
Réflexions.
C’est donc ainsi que tout ce qu’il y a jamais eu de
grand, de puissant, d’éclatant dans le monde; les
hommes, les projets des hommes, les ouvrages des
hommes, tout a disparu, tout a été si ‘profondément
enseveli sous ses ruines, qu’à peine en reste-t-il de
‘:vestiges pour annoncer aux yeux étonnés ce qu‘il a
été, grandeur et prodiges, et ce qu’il est à présent‘,
rendre et poussière.
!
v

me’ L’AME’ 'SE PREPARÀN'E ‘


0 mon âme! formée à l’image de‘? Dieu, ne t'attache
pas à ces ombres fugitives: ta nature immortelle ne
doit viser qu’à ce qui est éternel; si tu cherches la
D J v a u n
gloire, cherche une gloire solide; si tu es avide de
richesses, cherche des trésors véritables; si tu soupires
‘après des plaisirs, soupire après des délices pures et
permanentes. Quelle folie de se mettre en danger de
Ï perdre des biens immortels pour la jouissance d’un
bien fragile de quelques momensl Non, 6 mon âme,
ne cherche d’autre gloire, d'autres richesses, d’autres
douceurs que celles de l‘éternité; laisse tous les biens
de la terre à la terre; le monde n’a rien qui puisse con
tenter ton cœur; il est fait pour quelque chose de plus
grand que le monde et de plus durable que tous les
siècles. ' '
Ne pense donc désormais qu’à l’éternité, ne parle/
que ‘de l'éternité, ne tloccupe que de l’éternité; que
l’éternité soit le motif‘ de toutes tes actions, l‘âme de
tous tes projets, la règle de jloute ta‘ conduite; l’éter- '
nité dans tes pensées, l’éternité dans tes affections,
l‘éternité et la seule éternité dans tes craintes, dans‘
tes désirs, dans tes espérances; bâtis en ton cœur un '
temple où tous les jours de ta vie tu lui offres tesjustes
hommages, afin qu’au dernier de tes jours elle te re-.
çoive à jamais dans son sein. '
\ 'Aflëctions.
O douce éternitél‘que tes biens Ëont de douceurs,
que tes joies on d’attraits, que ta pensée même a "de
charmes! ô éternité immuable, viens détacher mon
cœur de tous les biens fragiles et périssables de ce
monde et de toutes ses fauses douceurs; viens consoler
mon âme de toutes les peines, de toutes les afllictionsz'
IÆ'L'ETERMTE.» rôti
de la vie. 0 éternité, éternité bienheureuse, seras-tu‘
mon partage? Quandïviendra ce moment qui m’an
noncera l'aurore de c'e'"'graud jour? je ne soupire plus
qu‘après lui ;le‘ ‘reste est pour moi‘ une figure qui passe
et qui est déjà passée pour ne plus revqnir.
Dieu seul, l’ét‘ernité seule‘, occuperont mes pensées;‘
fixeront mes regards, ferontl’objet de‘mes désirs et de‘
mes espérances. A '
Et vous, amour de mon Dieu, prén'ez'dans mon
cœur la place que ces objets périssables yoccupoient‘
si inutilement, ou plutôt‘,—y avoient si injustement
usurpée; vous seul devez y'établir désormais votre
empire et y régner en'vsouverain'maître : 6 amour de
mon Dieu! c’est avec joie‘ que je vous ouvre la porte
de mon cœur, puisque c’est-vous seul qui devez m7011
vrir la porte de l'éternité. -
Résolutions.’ «
1° Je ne regarderai plus les choses humaines que
comme des ombres qui passent et qui m’avertissent
que je passe moi-même à tous les instans.
25 Je penserai ,q'ue, comme Dieu est le seul-qui-soit
immuable‘et permanent, c’est aussi le seul auquel je
dois désormais 'm‘attacher.
3" Je considérerai que, comme toutes les créatures
sensibles en passant vont à leur terme, je dois moi
même me rendre au mien; elles vont au néant, et moi
à l’éternité. '
Ces vérités bien méditées me mettront plus en état
d'entrer dans la considération de mes fins dernières,
et ouvriront mon cœurà l’amour divin qui doit m’y,
conduire.
A

1! il"
1,62‘ L’AME SE PRERARANT!

'De la fin de l’homme.
JE suis à préspnt en ce monde; je n’y ai pas toujours
été; je n’y serai pas toujours; tant que j‘y serai je n'y
suis pas pour moi-même, ni pour les créatures sens
sibles qui m’environnent; j’y suis donc pour un être
supérieur et invisible,première source et dernier terme
(le tout ce qui est. Mais cet Être si grand7 de qui tout
vient, de qui tout dépenda et à-qui tout doit tendre;
cet Etre parfait, quelles vues a-t-il pu se proposer en
me créant? ‘Il étoit heureux avant mon existence; il se
suflisoit pour assurer sa félicité; il est vrai qu’il se doit
à lui-même de tout rapporter à sa gloire; mais tous les
êtres créés 7 dont il est essentiellement la fin , que peu
vent-ils pour son bonheur? Bien plus, quand il m’a
créé, combien d’autres créatures possibles s’olfroient à :
lui plus capables de l‘honorer que moi! Quel est donc
le motif de ce choix miséricordieux qui m‘a fait sortir
du néant préférablement à tout ce qui a demeuré en
reveli? 0 prédilection incompréhensible! ô bienfait
iiæfl'able de la création! mystère qui épuise déjà toute
nm reconnoissance! ô mon Dieu! si j’étois le seul être
créé etsort'i de votre sein, de quel œil ne regarderois-je
pas une telle grâce! Le bienfait a-t-il perdu de son prix
parce qu‘il m”est commun avec d’autres? _
Je n'existe donc pas précisément pour exister. Dieu
m‘a liait pour lui , pour le connaître, pour l’ai mer, pour
l" posséder; il est jaloux de mon coeur et de ma posses
sion. Eh! quelle grâce qu‘il daigne me regarder comme
une conquête! Il y a plus encore; Dieu m‘a tellement
fait pour lui, qu’il semble en cela avoir plus 'd’égard à
mes intérêts gu’aux siens propres; en voulant que je
'A DETER‘NITE. n63
sois Mm", il n‘e veut pour lui qu'un bien fort léger et
fort stérile, et il veut pour moi l'assemblage de tous les
biens. /
C'est donc l'amour ‘que je dois envisager comme le
principe de mon existence; c'est lui qui m'a démêlé
dans la multitude immense des êtres possibles; c'est lui
qui veut me mettre encore au nombre des. êtres bien
heureux. 0 amour! qui vous a allumé en ma faveur?
qu'avez -vous vu dans moi, pur néant, qui ait pu mé- '
riter vos regards et vos complaisances? 0 Dieu qui
m'avez aimé lorsque je n’etois pas, pourrai-je , tant que '
je serai, ne pas vous aimer? sachantflsurtout que vous
ne permettez que sois qu’alin que je vous aime; car
voilà ma véritable et dernière fin. Tout le reste, ou se
rapporte, ou se réduit à l'amour. Cet amour est lui‘
même le vrai principe et la vraie fin de tout : Dieu ne
m'a créé que parce qu'il m'a aimé, et il ne m'a créé que.
pour l'aimer. Être suprême, en produisant d'autres
êtres hors de lui, leur permettroit-isl d'aimer quelque
autre chose que lui ou pour lui?
Et qu'est-ce donc, non-seulement de me permettre
de l’aimer, mais de m’y inviter, de me le commander,
de l'exiger de moi, d'en avoir fait ma fin et mon unique
fin? Comment le feu de l'amour divin ne brûle-t-il pas
dans tous les cœurs ?‘ 0 homme! de quoi vous occupez
vous? vous’ pouvez aimer, vous devez aimer; vivez
vous si vous n'aimez pas un. Dieu qui est l'amour par
essence? Ah! que ne suis-je moi-même tout amour!
Pourquoi tous les mouvemens de mon cœur ne sont-ils
pas des actes d'amour? Hélasl pourrai-je assez déplorer
mon indifférence et mon insensibilité envers lui?'.S’iI Y
m'étoit dillîcille de tendre à ma fin , je serois moins in-
excusable; mais que demandcgt-on de moi‘? daimer
\
164‘ L’AME SE PREPA‘RANT.
le'hien, de tendre à la source de tout bienrde m’atta
cher à l’assemblage de tous les biens. Je vois tous les
autres êtres courir à leur terme, la flamme s’élever vers
sa sphère, la Pierre se précipiter vers son centre; je
vois tous les êtres qui ont é'te faits pour moi s’empresser
à me servir, ne cesser de se prêter à mes besôins ou à
mes délices, et cela, quoique je ne les aie pas faits moi
même, et que je sois hors d’état de récompenser leurs
services. Faudra-t-il donc que ma raisonne serve qu’à
ni’écarter de l'ordre? et ma raison, éclairée par une lu
mière supérieure, aidée par une force toute-puissante ,
ne pourra-t-elle enfin me déterminer constamment à
l‘ordre, c'est-à-dire, à lameur?
O raison!’ 6 liberté funeste, si tu m‘égarois de ma
fin! Mon Dieu l qu’estæe donc que l’homme avec toutes
ses glorieuses prérogatives‘? quel abîme de contradic
tions se trouvent dans lui rassemblées!
. Réfleæions;
Il. faut Îcependant mè déterminer absolument, et
penserlà ce que je dois devenir. Si je ne tends pas à ma
fin, je cours nécessairement à ma perte : si je ne me
porte à Dieu par amour, me voilà rejeté de lui par sa
haine, et une haine éternelle. Ah! que tout ce qui est
en moi retourne-à celui de qui j’ai tout reçul que mon‘
e’sjari't, que‘ mon cœur, que mes sens, quetout ce que,
j au et tout» ce que je S1115 tende au‘centre unique de tout
être; que rien ne m’en écarte jamais; que ni les maux,
ni les biens, n‘inlesl épreuves, ni' les difiiculibés, ni la
mort, ni la vie, ne puissent me séparer, m’éloigner un
instant de celui dont je ne‘puis‘me séparer sans périr;
que tout ‘me serve, au contraire, à me Porter et à m'u
nir, à vous, ô'mon Qieul car c’est là votre vue, et telle‘
, AL’ETERNITE. ' k 165
est encore votre bonté envers moi; vous semblez vous
défier de mon cœur, et vous voulez le fi‘xer; ce seroit
peu pour l’attirer à vous, que tous les charmes de vos
perfections, si vous ne les rendiez sensibles dans les‘
créatures. Quelle bonté, en effet, Seigneurl vous me
créez pour vous, ekvous me fournissez dans tout le
reste de quoi aller à vous. Pourquoi donc m’arrêter à
ces créatures qui ne sont quedes moyens pour parve
nir à mafin? Pourquoi ne pas louer sans cesse l’auteur
aimable de tant de merveilles? Pourquoi ne pas aimer
avec ardeur la source de tant de beautés? 0 Dieul
quêtes-vous en vous-mêmes, puisque de vous sont‘
sorties tant de richesses; si l’amour que j’ai pour moi’
même est si vif, quoique je trouve en moi tant de mi- “
sères, quel doit être mon amour pour celui qui m’a tout
donné, excepté ce que j’ai de défectueux?
Telle est donc la fin sublime pour laquelle je suis
destiné , ‘à laquelle je dois porter toutes mes vues et
consacrer toutes mes affections. Dieu m’a créé pour
lui, et je ne dois vivre et respirer que pour lui. Je ne
suis sur la terre que pour me préparer au ciel; je ne vis
dans le ‘temps que pourme disposer à l’éterni'té.’
Non,‘d‘ans les vues de Dieu, nous ne sommes en ce
monde que comme autantde foibles rayons qui doivent '
un jour se réunir au divin soleil de justicehautant de
ruisseaux qui doivent se rendre dans l’océzin immense
de toute perfection, autant de flammes célestes qui doi
vent sans cesse s’élever‘versleur sphèrepour se réunir
à jamais aux splendeurséternellesi
Mais, cela étant’, comment ai-ije 'donc pu? m’éca'rter
d’une fin si nécessairel, si indispensable,etsans laquelle
je ne puis être que souverainement malheureux? Coma‘
ment ai-je pu m’éioigner d’une fin si noble et si excel
166 L’AME SE PREPAR'ANT.
lente qui doit m'associer aux anges et aux intelligences
célestes? Comment ai-je pu perdre de vue une fin si
douce et si Consolante ,qui doit me faire entrer en part
du bonheur de Dieu même? ,
Et pourquoi me suis-je ainsi écarté de cette fin glo
rieuse? hélas ! souvent pour des satisfactions d’un'
moment, pour des plaisirs remplis d‘amertume,_pour
des biens fragiles et périssables qu’il faudra bientôt
'quitter pour toujours; quelle illusion! quel aveugle
ment! La‘ fin sublime , la fin dernière où j’étois appelé,
ne devoit-elle pas attirer tous mes regards et fixer toutes
les aflectigns de'mon cœur? ‘devois-je me borner au
temps quand la grandeur de ma destinée m’appeloit
à l’éternité? _ ' '
'' Çdfiëciions.
Ah! mon Dieu, je le'vois avec douleur‘, et je le dé
plore avec amertume; oui, je reccnnois que toute ma
vie n’a été qu’un continuel égarement de ma fin; j’ai
vécu en aveugle , j’ai oublié, j’ai perdu de vire le grand
objet qui devoit m’occuper, le terme ou je devois
aboutir’; ‘cependant me voici au bout de ma course, je
touche à ma fin, le temps va finir pour moi, et de
quoi me servira tout le reste, si je néglige l'unique
affaire quiadoit décider de mon sort éternel?
Mais, mon Dieu, puisque l’amour des créatures et
de moi-même m’a égaré de ma fin, ah! faites que votre
divin amour m'y ramène; il n’est que lui qui puisse me
faire entrer dans la voie et me conduire à un heureux
terme. Faites donc, Dieu de bonté, Dieu d’amour, que
je ‘ne vive plus que votre amour, que je ne soupire
qu’après votre amour, que je ne connoisse d’autre
bien, que je ne goûte d’autre douceur que ce celle de
A L'ETERNITB. 167
votre saint amour; enfin qu’animé par les sentimens
de ce divin amour, le peu de‘temps-qui me reste ‘à
passer en ce monde ne soit‘ employé qu’à me préparer
à l’éternité. C’est là désormais l’unique grâce que je
demande, l‘unique désir que je forme et l’unique bon
heurquej’attends. ‘
Résolutions.
1 «1 Puisqu’il est si nécessaire et si indispensable pour
moi de tendre à ma fin, j’y ‘dirigerai toutes mes actions,
et j’en ferai la règle de toute ma conduite.
‘ '20 Puisque ma fin est si noble et si excellente, je
prendrai garde de dégrader mon âme en m'attachant
à ces choses viles et périssables. ‘.
I 3° Puisque j’avance à grands pas vers ma fin‘, je
tâcherai de me tenir'prêt à tous les instans, et je peu
serai que le moindre instant; où je'm‘en le'carterois
pourroit m’en séparer à jamais. N , v. .
4° Je n’estimerai , je ne recbercherai en çezvxnonde
que ce qui peut me conduire à ma fin bienheureuse,
et je ne .craindrai que ce'qui pourroit. m’en éloigner
pour toujours. u
7

Du péché. / ‘
IL n’y a qu'un seul etunique malien flamande," c’est
le péché : voilà la règle sûre ehinfitîljlible'fiur laquelle
je dois juger de tout ce qu’on appelle maux dans cette
vie. Ainsi les afllictions, lapauvretéjle. mépris, ne
doivent plus m’efl‘rayer, s’ils ne sont'point‘ avec ‘le
péché; je dois même les regarder comme des biens,
s'ils deviennent pour moi. (les préservatifs du péclié.
Ainsi le plaisirs, la santé, la félicité. temporelle, doi«
r68 [L’AME SE PREP'ARANT.
‘vent être pour moi des objets odieux et funestes, dès
lors qu’ils me conduisent ou me disposent au péché.
Pourquoi le'péché est-il le mal unique de l’univers?
.C’est qu’il n‘y a de mal en ce monde que ce qui nous
conduit au souverain mal et qui nous éloigne du son.
verain bien; c’est qu’il n’y a de mal que ce qui est: con
traire à l’ordre et au bon plaisir de Dieu. Or rien ne
nous conduit au souverain mal, rien n’est contraire à
l‘ordre et au bon plaisir de Dieu, quele péché; tout le
reste est, ou permis, ou‘ même ordonné par la volonté
de Dieu, et'par conséquent ne .peut être en lui-même
mauvais. - j r
Le scul'péché est donc‘ le mal unique‘fle l’univers;
mais quel mal? ah! qui ppurra jamais le comprendre?
En lui-même, c'est une opposition au seul et véritable
bien; c’est une rébellion contre le seul et suprême
maître‘ : c’est une désobéissance au seul et légitime
souverain; clçst un outrage au plus tendre des pères,
5 c‘est une ingratitiide à l'égard du plus aimable bien‘
fäiteur; c‘ést un renversement de l‘ordre et de la sa
’ gesse; c’est un ‘abus de la liberté de la ‘raison; c’est un
abandon de la justice et de l’équité; c’est une préfé
rence du rien au tout. Que dirai-je? est-ce un égare
ment, une foihlesse? Non, c‘est une folie, un aveugle- .
ment , une perfidie, un dérèglement total. Le péché
est tout cela en lui-même , et plus encore que tout cela.
Dans ses suites,clestila source de la haine, de la colère ,.3
tlde'la vengeance: deiDieu, et par conséquent de tous
’ les ‘supplices’ dont elle menace et dont-elle punit. C’est
' le péché'qui'a creusé les abîmes de l’enfer, qui a '
inondé la terre de‘ calamités et de misères, qui a dé
.peuplénle ciel d‘une partie de ses plus parfaits habitans;
‘ n"est‘ le péché qui ‘a porté le désordre et la,déso"la.tion
À LîETERNITE. :69
dans tout l’univers; c‘est lé péché enfin qui a fait en.
trer la mort dans le monde, la mort du corps, la mort
de l’äme, la mort du Fils même de Dieu : en ce sens,
le péché est vraiment le mal de Dieu même, puisqu'il
s’oppose aux desseins de Dieu, puisqu'il détruit l’ou
vrage de Dieu, puisqu’il a fait souffrir et mourir un
HommerDieu,.‘Quel,mal, encore une fois, que le péché!
qui pourra I‘s’e’n former une justeidée? mais qui osera
encore le commettre, s’il en connoît toute l‘horreur?
Hélas! quel triste retour suis-je obligé de faire ici
sur moi-même? J’ai peine à com rendre qu’on puisse
commettre le péché; mais quand3je fais réflexion que
je me suis livré moi-même au péché, que j’ai vécu
dans «le péché, que j’ai recherché, désiré, aimé le
péché quand pensenque ‘je puis encore tomber dans
‘e péché, que, sans une. râce bien spéciale, je tom«
berois peut-être aujour' ’hui même dans le péche’,
alors je me" sens saisi d’efl‘roi : je ne vois pas comment
la vie peut m’être’, encore supportable; je me trouve
‘agité tout la fois’par la crainte, la douleur et l’éton—
nemen'tî, sans pouvoir démêler assez les sentimens de
mon propre cœur. Ce qu’il me semble pourtant que
je découvre dans moi'p'ar grâce, ‘ô mon Dieu,
c’est qu'à présent je déteste sincèrement le péché, que
je souhaite de tout mon‘cœur d'éviter le péché , que je
renonce pour, jamais au péché! qui me donnera
desulariiiesiàssez abondantes’ et: r pandre nuit et
jour sur'mespéëhé'sÏ 5 mbiix‘ens funestes’, que je vous
déplore?) ô innocence perdue! 6 grâce méprisée! 6
éternité ‘oubliée! pourrai-je jamais cesser de vous
regretter‘.P fallait-il naître pour abuser ainsi de la vie?
ïalloit-il ponnoître le bien et le mal pour abandonner
l’un'et ré'cbercber l’autre. Olli si des fonts baptis
l'A-o mntlnplnr , etc. 15
170 L’AME SE PREPARÀNT}
maux j’avois été
pulcre! , l porté immédiatement
k , Ï‘rv.dans le.‘ I
O péché! que ne puis-,jetedétester'a'jzimais! je te
pleure sincèrement à présent‘; ‘si je ne me trompe, et
peut-être dansle moment suivant ne me paroîtras-tu
plus si affreux; ô légèreté , ô 'foiblesse du‘cœur humain!
c’est là l’elfet funeste du pécllié ,. et l'effet qui me'paroît
le plus triste : non ,. les misères et les: calamités, les
maladies, ‘la mort, les peines dé‘llenfér in'êmèî'n’ont '
. o . . . l! I I . .
rien qul en approblle; le ne cralndl‘ols qu'à! ne ce soit
au monde, si je n’avois pas à craindre le” hé; mais
être ä'teus les instans près de tomber dans, le‘péèlié,‘
et, par le péché, dans le comble et l'abîme tousles‘
malheurs,quelle situation! quelsupplice! OmonDieul
puis-je .Vivre, puis-.je
crainte continuelle? respiiéi en‘p'aix
Je cdnsénszr 'oilrt'alil dilué:“sang
cette

cesse
me préserve
agité par
de cette
cejq'uecraintev
je crains.
désfdënte,
' " i“ ' l‘ 4‘ m ‘
a‘ tmqwu'lj... a

Réflexions; , ': jr q Ç" ._i


Il est une voie plus douce et‘ lussûre de melgalrantrij
'zîiît“ .'.
" I 0 ‘.U} ' O'LË '.'
du péché, c’est l’amour. Quiconque'sñr amie? commâ
. ,‘ t . “"i|"t .i"!
11 faut regarde le peché presque comme 1 psäible,
ou du moins il s’en sent infin'inient éloigné.‘ nan , on
chérit un ami de toute l'étendue de son'coèitfisongèï
t-on même qu’on puisse lui plonger le poignard dans
le sein? ,L’amour‘ solidefi'tëp‘dreîget ,‘a' la véiitu
d’efl‘acer les péchés‘eojnmjsiet'dfécârter ce'uii; ‘ijifoñ:
pourroit commettre
griefs et mortels ‘: jeînejiiäpafs,
, mais' seulementdes"
lepéchévéniel '_'
rtnêjmèÿfqigçih
peut regarder comme un petit péché, et lnt‘rin‘co'mme
un petit mal, puisqu’il dispose au grand et uni ue mal;
mais c'est assez qu’il blesse le plu's‘lé'gjèremenä'eÿjeÿ
.._,r r
EA'L’ETEBINIÏITE/ ‘:1471
aimé, dès-lors il est odieux et haïssable, et rien n‘en
' peut'diininuer l‘llorrieur. Oui‘, mon Dieu! 6 le Dieu de
mon‘dœur; je conçoisque,':si je vous aimois véritable
ment, je seroisïinconsolable, jeïfondrois en pleurs à la
vue, au souvenir des ' fautes" les plus légères; je ne
pourrois assez ou les éviterjïou m’eu punir; j’en per—
droisjusqu’au sommeil et a'u'soin de la vie. Après avoir
manqué de fidélité dans la moindre circonstance, j’en
devr'ois‘ mourir de douleur. Aimer Dieu bien sincère
‘me'fnt 9er lùirefuser'quelque 'chose , ‘et lui déplaire avec
connoissance et. délibération, cela devroit-il paraître,
pqssibje'f. nlÏ-fl". _ ' _.
Mais quelle conséquence suit de ce principe par
rapport à moi? Mon Dieu! jusqu’ici je ne vous ai donc
point aimé; mille fois je vous ai protesté que je vous
aimois; hélas l n’étoitlce donc qu’un amour en paroles?
A présent encbi‘e'qaie’ «m‘elibrcdde me persuader que
je vous aimegjje sens que je ne’ suis que trop capable
de vous déplaire. Ce n’est‘ donclpa’s ‘le vrai, le sincère
amour qui m’in'spire'et qui mefait'parler; je ne con
noîtrai avec quelque certitude que je vous aime, 6 Sei
gneur l= que ‘lorsque 'j’éviterai les moindres péchés,
uniquement'parce qu’ils'vousdéplaisent.
4 Non, jeêneveüx plus ,jpour'm'éloigner du'péché, V
m’arr‘êmé aux v‘ch'atimens terribles dont il'est puni , ni
aux malheursüsanä nombre‘qu'il‘entràîne. .Il déplaît à
eeluiqiië j’ai-me,fillpeut m’éloignerde'ceiui'que je veux
aimer : voila mnn'uniqué ‘motif , plus fort, plus efli:
caoe que tous les autres motifs. Mon'Dieul je vous ‘de
mande avec larmes de me’pardonner mes péchés; je
vousèbcnjure'dälme préserver dwäpéché'imais , pour
reniërmehteutesï'mes demandes eri une seule, je vous
prie , je ‘vousobn'juw de me donner votre saint amour.
r73 L’AME SE PREPAR‘AN’I
Que je vous aime , ô mon Dieu! que je vous aime au
tant que je suis capable d’aimer. Hélas! je crains tout
de moi-même : une feuille dont les vents se jouent
n'est point si légère; un roseau naissant n’est point si
foible; mais votre amour me rassurera , me soutiendra ,
me fortifiera; il me rendra cette vie supportable, car
elle ne sauroit plus que m’être infiniment à charge par
le danger seul où elle me llaisse de vous ofl‘ens‘er et de
vous perdre à jamais : non, rien ne peut m'y consoler,
que le désir de vous aimer purement, que? l'espérance
de vous aimer éternellement; et, eîu‘meus aimant, de
réparer, autant qu’il est possible, le malheur que j'ai
eu de vous offenser; 1 3.21: slfnqw air.
l .‘ .r "2. .
Afiëctîons. ' l .‘ ‘- . v,

l A: i -
Seigneur, mon Dieu! Dieu infiniment saint! j’ai
péché , souvent péché, grièvemontipxéché 5 et ; parmon
péché, j’ai perdu votre grâce, je me suis exposéàune
‘éternité malheureuse; je me,- suis misten danger de vous
perdre pour toujours et de ne vous Voir jamais! Eh!
qui donnera à mes yeux deux sources de larmes pour
pleurer sans cesse les égaremens de mon cœur? Toute
ma vie, 6 mon Dieu! oui, toute ‘ma vie, je gémirai‘sur
meseînfidélitésgle soubailtegue mes larmes ne tarissent
jamais, qu’elles :m’accotnpagnent jusqu’au;;tombeaua
, Hélas! les damnés .verseront éternellement {des larmes
de feu, et ces larmes désespérant“ n’éteindl‘ont jamais
les flammes vengeressesque le péché a allumées contre
eux. J’ai mérité d’être précipité dans ces ‘mêmes abîmes
et de subir les mêmes tourjnens. mon‘ air“ * .
Cependant, en mon: Dieu, je; l’ai dit'ietje le-dis en?
’ core avec plus d'ardeur, fnou, je ne veux'po'mtâétésler
le péché uniquement- parce qu’il me çlamræmits, pare?
A uarsnnm e. _ a! ‘,79;
qu’il me livreroit à une éternité de supplices; mais je
le déteste parce qu’il vous déplaît, parcequ’il me prie
veroit de votre grâce, .parce qu’il m’éloigneroit pour
toujours de vous, parce qu’il m’empêcheroit il jamais
de vous voir, de vous posséder et de vous bénir; en un
mot, je déteste le péché parce que je vous aime, et
‘1 ne le P,éehé détruiroit votre amoure,dans mon
. cœur.
Résolutions.
Je sais‘, ô mon Dieul-les obligations essentielles que
le péché m'impose; je dois détester le péché, je dois
éviter le péché , je dois expier le péché; le détester par
une douleur sincère, l’éviter par une crainte salutaire,
l'expier par une pénitence sévère; je le sais , et ‘je m’y
. condamne de tout mon cœur pour toute ma vie. Mais
par quelle pénitence assez rigoureuse, assez étendue,
pourrai-je expier mes péchés? Hélas! par moi-même je
ne le pourrois, ô mon Dieu! mais par votre amour
vous y avez suppléé; vous avez aimé le monde jus
qu’au point de ‘nous donner votre Fils unique pour
suppléer à tout ce que nous vous devions et que nous
ne pouvions vousnofl'rir; vous daignerez donc, par
l'amour infini que vous avez pour nous, nous appli
quer ses mérites pour expier nos péchés et satisfaire à
votre justice. Et vous7 adorable Sauveur, qui avez
bien voulu par amour devenir la victime de nos pé
chés, je vous conjure, par cet amour immense que
vous avez eu pour nous, de vouloir bien faire vous
même sur moi lÎapplication de vos mérites, de votre
san‘get de votremort. C’est avec cette douce confiance
que, malgré tous mes péchés, j’attendrai encore de
votre miséricorde cette fin dernière, cette éternité
lieuheureuse pour laquelle vous m’avez créé, dont le
‘15.
:32‘ L'AMEŸSEÆREPABANT
péché m’avoit si malheureusement éloigné,”et dont je
promets et j’espère par la pénitence de me: rendre Ïdé
sormais moin's indigne. A
I -

De lame”. à
O MORT! je ne dis jilus, Que ton souvenir est amer,
mais, Qu’il est utile, qu’il est salutaire! 0 image de la
mort! quelque triste que tu paroisses, puisses-tu sans
cesse être présente à mes yeux; d‘ès-lors rien detout ce
qui est ici bas ne sauroit plus ni les surprendre, ni les
éblouir. Mourir, c’est être séparé de tout, dépouillé de
tout, arraché à tout.
Ce monde où je me trouve placé, ces parens qui me
paroissent si attachés, ces amis qui me sont si chers,
ces biens, ces douceurs , tous ces objets qui m’envi
ronnent, tout cela va disparoître pour moi, ou plutôt‘
je ne serai plus rien moi-même pour eux. Y puis-je
donc mettre une véritable affection? Ce corps qui me
touche de si près, qui me suit partout, qui fait une
partie de moi-même, ce corps va être comme anéanti
par rapport à moi. Il faudrars’en séparer et consentir à
sa destruction, à sa dissolution; ce corps'qui m’occupe
presque uniquement, qui me cause des impressions si
diverses, ne sera plus à mon égard que ce qu"il est à
présent par lui-même , la boue que Pou‘ foule auxupieds,
ou la poussière que le vent emporte.v Quelsort,,quellç
fin, et quel fonds de réflexions, si tout cela est incon
testable! Or ce n’est plus ici la foi seule qui me ‘sert de
guide; c’est l’expérience de tous les jours, ce sont mes
propre: yeux qui» me persuadent’; en sorte que j‘aurois
beau fiaipe mes elïorts, jamais ilne sera en‘m‘on pou
o
-m.A L’ETI‘ERNITE. 175
Voir 'd'en'venir même à'dout'er. Oui, bientôt ‘je me
trouverai «sur le point d‘éprouver tout ce que ‘je con
nois de la mort. Je’ me dirai à moi-même :' Le temps est
fini pour moi, me voici au dernier moment, je vais
entrer dans l'éternité; ceux qui paroissent s'intéresser
pour moi feindrbntau moins d'être touchés. Et quand
même leurs regrets seroient sincères, ils ne laisseront .
pas de m’être inutiles. Après avoir quelques jours ou
gémi, ou raisonné sur ma mort, ils en perdront le sou
venir; ilen sera de moi comme de ceux que j’ai vus
mourir, dont on n’est plus touché, ni surpris.
Quels seront alors mes sentimens et mes désirs? De
quel œil envisageraiaje les années d’une vie qui va finir,
les satisfactions que j’aurois‘ pu y goûter, tous les biens
qu’il faudra laisser? Comment voudrai-je avoir passé
mes jours? Que regretterai-je? Que désirérai-je en ces
momens? Oh! si je pouvois être toujours dans les dis
positions où je serai alors, ou si je pouvois alors tous
ce que je suis à présentl mais me trouverai peut-être
dans une impuissance presque universelle ;' plus de
présence d'esprit, plus de paix dans le cœur, plus de
force dans ,le corps, les douleurs ou la foiblesse me
mettront hors d’état d'agir , et presque de penser; voilà
ce qui probablement ne manquera pas d’arriver. Com
bien d’autres circonstances aflligeantes que la vivacité
deÏl’imagination ne peut se représenter! Cependant c’est
de ce moment de la mort que tout dépend pour l’e'ter
nité,que tout est décisif ; on n’y revient pas à deux fois.
0 mort! comment puis-je penser à autre chose qu’à toi?
Comment puis-je rien négliger de ce qui peut adoucir
ton amertume? i '
Le grand secret pour rendre la mort douce et pai
sible , c’est de ne point s’attacher à cette vie et de
us L’AME 51: Business“
soupirer sansïcesse après l’auttre. Si je croyois que me
périt avec nous à la mort, je penserais à me précau
tionner contre elle, et je ne pourrois assez la craindre
et la différer; mais je suis irersuadé que la mort n’est
pas sun anéautissement; ce n’est qu’une séparation de
deux êtres qui peuvent subsister séparément. Mon
corps, qui est la Partie de moi-même la moins parfaite,
ne sera plus anéantie par ma mort; aucun atome de
ceux qui le composent ne périra :'à plus forte rai
son mon âme, incomparablement plus noble que mon
corps, ne sauroit périr; seulement elle changera d’état:
elle opérera d’une manière difl'érente', mais réelle,
quoique je ne [le conçoive pas; mais enfin elle opé
rera, et même plus parfiiitement, étant dégagée des
liens du corps et sortie de son esclavage.
Il y a donc une autre vie ; la raison même me le dit,
et la foi m'assure que pour lesrbons cette vie sera infi
niment plus heureuse que celle-ci. Il n’est donc ques
tion que d‘être saint, après quoi la mort perdra pour
moi toutes ses horreurs; elle me p'aroîtra même pleine
de charmes: c'est elle qui finit mon exil, et qui m’ouvre
les portes de ma patrie; c’est elle qui me rend à mon
Bien-aimé, si véritablement le Dieu que je ne puis
posséder ici est le seul objet que mon cœur aime. Non, v
qu'on ne tâche plus de rassurer contre la mort celui
qui est transporté (l’amour pour son Dieu; il l’attend,
il la désire, il languit dans l’ardeur de son attente et
de ses désirs; il se consume, et avance par-là le mo
ment de sa délivrance. 0 heureuse disposition! Oh!
qui me donnera cet amour ardent, cet amour plus fort
que la mort? il en'triomphe, il lui été tout ce qù’elle
a d‘efl'rayant, et lui prête tout ce qu'il a de doux. Mais
' ou est-il, cet amour vainqueur? ou le trouver? que
.. A .L’ETERNITE. . 1 177
faut-il faire pour l'obtenir? Ce seroit peu que tout’
donnera, que tout saçrifier pour un tel trésor.
: _,Qi11i,_l’amo,ur désarme la mort zril nous y accoutume,z
ilnjourir a chaque instant‘, et ne laisse presgue
, plus rien àsfaire à la mort. 4 .
irC" 5 il‘); "l* RéflflkiÛfl-Ï-"i E V

Quand viendra {pour moi le moment de la mon?


Autre réflexion bien propre à me toucher. Tout ce _que
jgjsais de ma mort, c’est qu’elle viendra infailliblement,
eç qu'elle viendra ‘lorsque je m’y atte drai le moins. En
pensant àguelqnes ‘motifs personne ' qui doivent me
faire croire que ma vie ne sera pas longue, j’entre dans,
un étonnement que je ne puis exprimer. Gommer];
esjt-‘illjpossible que, me voyant à peu de distance'de la
mqrget ne me sentant pas encore dans les dispositions
. qiîijje sonhaiterois de mourir! je puisse néanmoins être
91e; 659495: itëüons. 8*. Songe; à quelque autre.
‘ÎËe . limer, 30 qäç l’llomrne aestyimpénetrable à
luifnjême (le l‘hoanme , aliîrne de misères qu'on;
ne peu; sonder . je ne ‘saurois m’empêcher de me regarà
du ici moiemême un pe-inlde vue m‘humilije,
etjm’anéantitvfluoilje conçois jusqu'à l’évidence que
tort dépsnddè latente, i9. selrpssndssuèiriee n’est.
«le , lus grande cçzuséguençe pour moi gue lel jnoment
(leS anion; je sens de; plusz meäpôp‘voir me le dissi
mule“; que je ne serais sans crainteèt‘sans agita
tion si j’étois à présent au moment de la mort; je me
ois en quelque sorte Mieux et comme aux portes
montèrent pgritlà mesjcogés, tout disparaît à mes
XÇH-Xj moi-511ème}! jèportteflamort dans mon sein; elle
se failïsçnt’irpar‘les langueurs et, le dépérissement jour
nalier ;,ave<5 gpug çglal, et avec mille réflexions sur tout,
fis‘ L’AM'E SE raErAŸaÀN'n "
éela , c'est toujours la même chose dans le détail de ma
conduite. Un jour se passe comme celui quijl’a‘pïré
cédé; celui qui succède ne voit rienjchan‘ger ‘emploi;
toujours dissipé, ébloui ‘,Ïent’raîné par les'olijëts' s‘ensi
bles! encore une fois, que! abîme de contradictions ‘et
de foiblesse! non, je “ne puis ‘me définir et me com
prendre moÿi-même. 0 mon Dieu! témoin de ma foi
blesse et de mes misères, pourrez-vous, ne .pas'mq
regarder avec quelquec5mpassion? Vous pouvez plus;
Dieu de bonté;=‘vo‘_us ’p‘ou‘vfez ‘encore ‘nie’ ‘guérirfle’
temps mêmeque‘vous me‘täässjeïpoùr' nié préparer à’
la‘ Mort est déjà une‘ partie ‘du remëdé'îetjürigage’iiél
qotre amour;'ajoutez’-y, Seigneur,’ lai iluniièi’é ,“laÎ pèr
suasionquelje
faites vive , ne
la, force
perdedejamais
' votre'grzïc’e
de'vuel’instantade
"toiite-‘puissanté!la

mort; que son image, quelque effiayante‘qu'elle soit,


s’ofl're'sans cesse à moi; qu ellegglace, s’il le 'fautb'ihes
sens de la plus vive c'ra'inte; qu"elle perce dansÏ
la moelle de‘ Ïmès‘ ris. ‘Hélas! =que gagnerois-je :à'iiflépai‘?
gner ce douloureux souvenir? Ce se‘roit’ ‘fermer’ les
yeux pour ne pas voir le coup qui frappera inévitable:
ment. Quand j’éloignerois la pensée de la mort, je
n’éloigne pas pour cela la mort même; je ne laisse pas
de mÎapprocher d’elle' à chaque instant; mes forces ne
diminuent pas moins, mes ‘liens Il‘? se brisent pas
mbins, mesÿjours rie laissent'pas de s’écouler, je ne
laisse pas de mourir tous les jours par tous les pas que
je ‘fais vers le tombeau. " "m ‘‘
7'Que faudrait-il donc faire? Mourir inseiisiblèment
d’une autre sorte de mort pour me préparer à la mort‘
affective et réelle; mourir à mes passions‘, à‘iñes sens 1'.
à ‘ma volonté, à mon amour propre; alors ‘la mort n'ê'
seroit que l’aocomplissement de mon‘ sacrifice‘ et la firi‘
_,; AZL’ET'ERNITE. " V9
de mes peines,- jÏaurois déjà çe qu’elle -pourroit
faire à mon égard de plustriste et de plus douloureux;
je ne sçroisynigétonné, ni sensible, uiaffligé à la mort;
je me semis dépouillé de tout, ce qu'elle pourroit m’ô-'
ter; je me serois donné ‘par avance le çoulpjsi terrible
dont elle viendroit me fi'apner, ' , 1
; 'Cette;,situati9n,.an reste, u’estwrli impossible, ni
iuoujezîc‘est .cellede îqutzflhrétienzqui meurt chaque
jour. qnxsçfléntachaptjdes‘ ‘créatures et en renonçant à
sqi-smêymïmÿ; Chrétien qui vit de la foi devroit atten
dreblagiçgt avec impatience; njais surtout celui, gui
vitde l’amour, de quel œil doit-il l’envisager? QuÎcstJ
çllqrçette gnort, par rapport ‘à. Ïcesâmes pures qui sout
embraâéss de 96 saint am0ur.?:1.’°19ief 45,16?“ empres
semens et de leurs désirs; la seule Pensée de la mort
les console, l’espéranee de la mort les transporte, l’ar.
rivée'de la mort les 'co‘mbleide joie. O qu’elles sont
bimi récompensées par ces‘ sentimens dextout Ce qui
leur. en ipeut’ èoûter ‘pour aimer !: quellez- paix , quelle
douceur, quelle tranquillitéld‘arisune âmièèqui désire
lai n'aortl ô âme, déjà',len uusens,‘hienheniæn3e i‘ci9bas'l.
quiupomvioit troubler’ la 'pai'grdè-ton .cœur i'rLes ‘mala
dies, la pauvreté, les misères, les calamités ne'nouä
inqtlivètent quejpaujlaz'crainte de la mort‘. ‘Ainsi elles‘
deviennent devvémhables sujets de joie Poiwêqni ,désilla ‘
jamort .=. :v n; a
'rw'ioaüm 3m shunt-34' é’uænîs' - 1? IF'IDÎ'KI 9l ‘l‘a
ennuie irm'y o? ' «aux. .gu A. tu 53mm 3mm 9151:;
Mon Dieu, .ne ld'evroisljelpäsr moi-mêmdla désirerà.
pour ne Plus être sans cesse ou dans le péril de vous
déplaire , ou dans la désolation de vous avoir déplu, et
surtout Pour vous aimer plus Parfaitement que je ne
fais dans cette vie? Il est vrai que le souvenir de mes
./

r80 L’AME SE PBEPARAN'I‘.


péchés m'arrête et me retient encore; je me flatte
toujours de les faire cesser et d’y satisfaire en vivant;
_ mais la mort seroit, dans le fond, la voie la plus sûre
pour l’un et pour l’autre. 0 Dieu! je me rassure Quel
quefois sur ma soumission à vos ordres, surmon aban
don à votre volonté, sur l’espérance ‘peut-être de
procurer votre gloire.-_ Mais que je crains d’approfondir
ces sentimens 'et de les'trouvler ‘moins sincères. D’ail
leurs est-ce que ceux qui désirentde mourir pour vous
aimer sont moins souiniis à votre sainte volonté et
moins zélés pour votre gloire? Inspirez-moi donc, 6
Dieul votre divin amour, le saint désir de la'mort, la
grâce de m‘y préparer tous les instans de m'a , et
enfin le bonheur de'Ïvivre‘ à jamais’ avec vb'u's'dans‘
maternité.’ °' . -« v' »“ h "w
i ‘ . ' . Résolutions. ‘I Ï” '1H15”!!!
'-".“",’"‘

1 0Je me‘représenteraî souvent l'état oùxje serai dans


le tombeau; cette vue sera bien oapablœde melfaire
faire des réflexions salutaires‘. 5; n ' uÎi' ,zp jauni/‘Ï
‘p" Je iferainsouveiit les actessde 'làlpréparatlon à la
bonne mtlri’;
l’an‘êt'. ' A'commelsi
' ‘i en‘ lei’ jour ‘5!même!
ml ,Mœmrsq 3l .rs‘ih

‘3a Je tàcherai de mom'irychaquecjour axquelquo'


chose, et de'briser les liens quipourroie'nt'encowm’atî
tacher à la vie. .hom ,.
4° Je prierai surtouyleïÿeigneur de me préserver
d'une mort subite et imprévue‘, et je dirai chaque jour
un Pater et un Ana à cetteiinñentioàl on , ,ue'iïî nuit ’
l 1 r. . . ' Ç
n10‘; -) 1 u et! ‘il nm 9) no 35283’: i'mzÿïanô mlq'eq ‘mot!
. .r Ac : HÀY‘IYÀH ‘r ;,,. rfuêbîhïrîzi

1 1 t'miïv'l. r ïrruuir au’ l"n-ïïîn ,1“


c . . I A

«.a n- x. ‘.l‘ .2 , ras l2 4: "2. ‘èflfils -:


A L’E‘IYEBNI’JÂE. , {61

Du jugement. "
IL est juste que l‘bomme soit jugé à la fin de sa vie; il
en est comptable à celui de qui il l’a reçue. La vie est
un dépôt; celuigui nous l'a confié a droit d’exigerjque
nous nous lui répondions de l’usage que nous en avons
fait, Rendez compte, dira-t-il un jour 5 de votre admi
nistration : voyons comment vous avez fait valoir le
talent que je vous avois remis. En effet, ce. droit si lé
gitime, Dieu pouvait-il s’en dessaisir et nous donner.
la Nie en pleine propriété sans nous rendre responsa—
ble, de rieni’. Non , sans doute’; sa sagesse en seroit bles
533e ;; cegseroit, introduire; la “confusion , le désordre , ‘ le
débordementdetous les çrimes parmi les hommes; çîg
seroitdétruire'la société qu’il ;a. luiamême formée; si
chacun est le maître-absolu de ses actions sans en ren
dre compte, il faut s’enfuir dans les forêts les plus
cachées ; l’onsseroittplus en sûreté parmi les bêtes fé
P0665 que parmi les hommes. ïDieua donc établi des
lqislqui règlent ,jusqu‘à nos pensées etznos désirs; ces
loisobservées ou violées" réclament .la récompense ou
la'punition; vgilà ce que dicte la raison seule; ou
point de Dieu, ouun Dieu juge- La religion n’apprend
rien sur; eela que. la‘raison n’ait découvert avant elle.
Sans examiner donc encore quelles seront‘gles oignons
tancesdu jugemen t, il est'iévidentÿqu’il yen aura un et
que homme ne pourra s'y soustraire. . J _ ,H', ,
i. Maissur quoi s‘çgeroera-t-il? 'sursfiqtîee'qu’îlj
aura’ eu de libne dans le cours de notre vie; on‘nous
demandera cômpte‘de tout le bien et de toutle mal
que nouseuvens fait: Quel somme ! quélle discuêsîw
rien n'échappera,‘ pas même une parole prononcée
‘L'Anu rantemp 12-! , arc. _ ‘6
182 UAM}; 'SE PBEP'ARANT.
r ‘égèrement, pas même un moment perdu sans aucun
usa‘ge; c’est Dieu qui juge, qui a tout donné, Dieuqui
a tout connu, Dieu qui veut tout punir ou récompen
6er. _ , _ _
Quand je me transporte en esprit à ce moment eu‘
je dois’ être jugé , je me trouve si ‘coupable , que je puis
à peine supporter :cette vue}; je me vois comme un
criminel qui n’ose lever les yeux, qui voudroid s’ense-'
‘velir pour se dérober aux regards de son juge.’ Il fau
flra pourtant soutenir sa Présence , ses reproches, sen
indignation, sa colère, si je suis coupable à ses yeux;
‘Je serai Îugé sur les réflexions mêmes queÿje fais à Pré‘
‘sent ! ‘si ‘elles ne ‘servent pas à ‘me changer-«et l:Ê/n‘le
Îçrm er, que‘ me reste-t-il dencÏ’Jè ne puisëvîter'ä’êhÿe
luge ,' je ne plus ni me cacher à: mon juge, cacher
la mplndr‘e'ïcirlconstanc'e de'mes àdflbhs; m’oäùn‘îgïuè '
iressource, c'est 3e le’flëchir'tdesflr'pl‘é‘s'enty éàr'eette
ressource me ‘sera’ Ôtée dansïle mpment'où‘iln'lè jüg‘eî'ä;
ce n’est que maintenant que‘ je'pu'is‘le (ranimer/fin
deucir, le toucher. ' O'que' ‘je semis’ 'aÿeüglê et‘ èÿài'enii
de'nr'oi-me'me si 'je' néglige-bis cette‘ reääbfiîfbê‘fiùñÿflè!
0 larmes‘! 6 prières! 6 pénitence 1 que l'élève;
n‘ei douces et piêciçuse's ,püisq‘ue vises pahvçzj ‘mené
salutairegronieul vous êtes ‘en'èœ'e mgnpèr‘e ei
nui’ mon 'jugé ;‘ je v‘aisi'pré'vénîr' vôtre ‘jugement et de
venirmen, iùg‘emoi-mén'ze en me ‘cîlbhdämfiainfîsans
'fifiiév‘; je väindee épargner làïd'çiuleur'fle‘ ‘fine-‘condam
nëi’sans’mis‘érîébrdeÎîOui, jéràÿouerairenrfixeàçüæde
1’ ivers e "ài'étë‘ïl'
ÿoutgilfùfdflgäeèt "a! “infidèle
aprèslagæîan'itë 'rëbëlfe', Êfèäai
et} le merison 5 Êî

:mePri'sé: les lùt‘nliëreädelà 's'àg'e‘sse ,- que su 5 indigne


de'toillte'cmripass’iqxi’èt di'ïgn're‘de't'ou’ties îes'pèihës'; qu’il
l‘lfiÿu‘îiù’un‘éîæôütê‘s‘ahmrfiësïÿuî’ 'uissemeremeum
büîl-f‘flflü C221?! 5‘ '-” r 1‘. i! 1351!"
I .1 L
I A...’
A'L'ETERNITE. . 183
toutes mes dettes. Je prononce l’arrêt contre moi; je
n’aurois pas à me plaindre quand le souverain juge
voudroit me perdre; mais il ne le veut pas encore. 0
patience! ô bonté ineffable! je puis enœre, malgré mes‘
infidélités sans nombre, me mettre en état de paroître'
‘avec confiance devant‘ mon juge. Et comment? Par
l’amour. Ah! qu’il est‘ doux d'avoir son ami pour son
juge, d’aller à lui avec la confiance qu’inspire la teni.
dresse, d’en attendre les paroles. de vie au lieu des
paroles . foudroyantes
. 1
de . mort!
-. >. v a. ,
_ ,
O Dleu juge! que celui qui vous a aimé est heureux ! '
l’amour couvre tout, guérit tout, rassure surtout. Q!
amour! ‘i ui triomP hes de. Dieu même v‘lui lui arraches‘
ses foudres des mains, qui lui fais oublier jusqu’à ses
droits; 6 amour! mon asile,.mon espérance, ma con
solation 7 l'e n’ai ‘Iue toi ici bas‘; I‘c comP rends tout ce
(Iue tu renfermes de biens-1 un trésor si désirable doit
être acheté à tout prix : celui qui le possède, possède
tout;- les pleurs,"les regrets, l’humili‘ation, les croix .
paieront-elles trop cher le divin amour? Non; non,
quand il faudroit donner tout le reste pour ce seul‘
bien , tout le reste devroit être ‘sacrifié pour l’acquérir
eüjle posséder. 0 amour! que tues précieux! que tu
es désirable! mais hélas!‘ ô mon Dieu, telle est mon
indigence, qu’il faut que vous me donniez vous-même
de quoi vous aimer, et, par cet amour, de quoi vous
calmer dans votre jugement. Voilà donc mon sort to
talement entre vos mains. Ah! que j’en ai de'conten
lement et de joie! où l’aurois-je placé plus sûrement
et plus heureusement pour moi que dans votre sein? _
1 .
18/‘ L’AME SE .PREPARANTt

‘ Réflexions. ‘
Les mesures que je ldois ‘prendre sont donc de ne
songer désormais qu’à mettre mon juge dans mes in
térêts, qu'à gagler sa bienveillance,’qu‘à exciter du
moins sâ compassion. Pour cela, quand il me faudroit
faire tout ce qu’on fait sur la terre pour gagner des
juges; quand ilfaudroit autant de soumission, de sol
lticitations, de priëres, d’assiduités que les hommes en
exigent, seroit-ce de quoi m’étonner ou me plaindre?
L’on emploie ‘tout auprès-des juges dans les causes les
plus justes, quoique ce ne'soit'pas les juges qui sont
ofl'ensés. _ I v ' A _
Quelle différence dans le jugement de Dieu! c’est
Dieu qui est offensé, et c'est Dieu qui doit me jugen
Qui ne frémiroit,’si on s’a‘rrêtoit à cette seule pensée?
Mais, mon Dieu, faut-il que, pour m‘inspirer la crainte
de vos jugemens, vous les accompagniez d’un appareil
formidaljle et capable de me saisir d’efl'roi? Non , ô _mon
Dieu! ni la destruction entière .'d'e l’univers, ni les re
gards du genre humainattachés sur moi, ni la confu
sion de voir mes crimes exposés au plus grand jour;
non, ce n’est point tout cela qui fait le sujet de ma
crainte; ce qui la cause, ce sont les reproches, la sen
tence de mon juge ;- voila uniquement ce que j'appré
bande, et encore ce n’est pas tant parce que je appré
hende que je veux éviter le péché; quand même je ne
devrois subir aucun jugement, quand je n’aurois ni
récompense à espérer, ni châtiment'à craindre, je ne
laisserois pas d’éviter ce qui peut déplaire à mon juge
et de chercher à le satisfaire , parce que je l'aime : oui,
il suliit, ô mon Dieu! que vous me fassiez connoître‘
votre bon plaisir et que vous m'aidiez de votre grâce;
' l
34"" ‘AI L’ETEIRNITE. 185
je me sens dès-lors, sans aucune autre considération,
porté à agir, à soufi‘rir, à me sacrifier ,_ s’ilrest néces
saire. O que cette disposition me paroîtroit Consolante,
aimable et parfaite, si j’étois assuré qu'elle est bien
sincère dans moi! Hélas il quand je m’çxamine et me
"juge moi-même, puis-je me flatter d’aimerçmpn ju‘ge,
d’être dans sa grâce, de faire ‘toujours ce qu'ilveut, et
de le faire comme il le veut? Où est cet empressement,
cette ardeur, cette constance qui accompagnent tou
jours des actions faites par amour? Ah! que ne décou
vré-je pas de défectueux dans ma conduite, quand je
l’envisage sérieusement et de bonne foi! Combien d'ac
tions,vmême les plus saintes en elles-mêmes, du la’
nature a plus de part que la grâce! Hélas! quelle sera
donc nia ressource au grand jour, si le bien même‘ que
j’aurai fait doit entrer en partie dans mon jugement?
0 qui pourroit comprendre ‘et assez déplorer toute
l'étendue de mes maux? Je l’aperçois, ô mon Dieu!
rien ne peut me calmer que l’étendue de votre misé
ricorde et 'l’aveu de mon extrême misère; je ne cesserai.
donc de me prosterner à vos pieds et de vous crises
chaque instant du fond de mon coeur : *
Affections.
Seigneur, ayez pitié de moi selon la grandeur de
votre infinie miséricorde; ô Dieul ne me jugez pas,
ne me condamne’z pas dans la rigueur de vos jngçmens
et dans l‘excès‘ de votre juste colère. Tout devroit Vous
irriter contre moi, ilestvrjai: mais je ‘déplore mes pe
,chés, mais je demande votre grâce, mais je désire-voire
saint amour; àdce titre je ne suis pas entièrement in:
digne de votre compassion; jetez encore quelque le:
garde de pitié sur moi; voyez du moins les désirs ,
k6.
‘me L’AME SE‘P‘RÉPAÉANT,
mon cœur‘; faites vous-même votre ouvrage, Seigneur,‘
car sans vous je ne puis rien. Commencez , continuez,
‘achevez; je suis dans vos mains; mais, mon Dieu, que
je sois plutôt anéanti que de vous résister, que de vous
déplaire, que devous contraindreà me perdre! 6 Dieu’-l_
(‘soyez toujours mon père, lo'rsqnêm'e‘que v'ous paroi
ùrez pour être-monjuge: _ " " ' '
w ,' ' ,.1.‘1;,'
'5' .. ‘Résdutions.
1° Je rappellerai souvent la pensée des jugemens de
Dieu, et je me jugerai sévèrement moi-même sur toute
finance . . , _ ;
,_. QÎÀDanS chaque action, même les plus légères, je
me dirai à Un jour je serai jugé sur cette action et sur
laçmanière dont je m’en acouitte.
3° Je prendrai garde de me flatter, de me tromper
moî-même,de peur de n‘être détrompé que quand j'irai
paroîlre devant Dieu. '
4° Je ferai tous les jours mon examen de conscience:
comme une préparat on à l’examen et au jugement de
Dieu.
—«-————‘—+—v——————-——————-——————-—-«.
"i I’’ ‘
a. "i " . k
' g-L’Ete'rnité malheureuse, ou l’enfer.
=Dil tout ce'qù’on' nous ditde l'enfer, rien "ne m’étonne:
“rien ne ‘me touche tant quejsa’clurée éternelle. Un Dieu
gitan, si tendre, si c‘ompatissant, ponrra-t-il doñc se
'réïoiidre‘â, punir
i's’era-tlil jamais deéternellement ‘sa’ enfan‘s?
Voir soufl‘rir ses créature?
UnNe
actese mo
las

Ïnentané peut-il mériter, des châtimens éternels? Mais


"que dis-je? Ç’est précisément parce que Dieu est si‘ bon
qu'il doitj'êtrè si sévère envers ceux qui ont méprisé
A L’ETERNIT‘E. 187
une‘ si grande bonté : une patience infinie oubliée, ou
tragée, demande des supplices infinis. Pourquoi trou
vons-nous si étrange que Dieu îprunisse éternellement?
Dieu se doit à lui-même de punir ou de récompenser
infiniment, parce que le bien ou le mal, qui le regar
dent ,' participent à son infinité. Il ne peut décerner
aux créatures des peines ou des récompenses infinies
en elles-mêmes, parce que ni les créatures, ni les ré
compensés, ni les peines, ne sont susceptibles de l’in
fini : il a donc fallu que ce qui leur manque du côté de
l’être fût suppléé par la durée; Dieu ne puniroit pas en
Dieu, si! ne punissoit infiniment; et il' ne puniroit pas
infiniment, si’il ne punissoit'éternellement. Voilà donc
la nécessité de l’éternité des peines ou insinuées, ou
établies par la raison même, sans recourir aux textes
formels de ‘l’Ecrit ure; dans l’enÏer tout doit être éter
nel, parce que rien ne doit ni ne peut jamais y changer.
Dieu pourroit tout anéantir, s’illc le vouloit, et alors
l’enfer finiroit. . Mais Dieu a parlé; il rn’anéantira
point les damnés; c’est par leur faute qq’ils se sont ._
perdus; ils avoient été avertis, prévenus, exhortés,’
aidés, soutenus. D’un côté on leur ouvroit le ciel’, et‘,
de l’autre l’enfer; parce qu’on leur a laissé le choix,
sont-ils plus dignes de pardon?’ '
Mais, dira-t-on, ils étoient si aveuglés, ils avoient
si peu de lumières et de forces. Quand quelqu’un au
roit à‘ se plaindre sur cela, scroit-ce nous, à qui Dieu ‘
à donné tant de connoissance‘ et de secours? Ah! laits-3
sons so‘r‘tir ces plaintes d’é’la 'houché'des‘ peuples'saib
vages et infidèles; elles seroi‘ent pourtant encorejnjustes'
de leur part |: nul ne sera damné qui n’ait pu éviter de
l’êtrc; nul'ne sera ‘damiiéqui n’ait mérité de l’être. Que
n'a pas fait Dieu pour garantir les hommes de ce mal‘
{8S L’AMESE PREPAKAN'D':
heur? ‘Dieu a souffert, Dieu, est mort pour cela; et c'est
encore une nouvelle preuve que l’enfer doitêtre un mal
infini. Dieu aurait paru moins sage de se sacrifier luis‘
même, et de racheter des peines finies par un prix in
fini : si malgré tout cela nous ne {pouvons consentir à
croire fermement l'existence d’un enfer, c’est que nous
craignons les conséquences d'une telle vérité pour la
conduite de notre vie. Que fait-on donc? l’on se dis
trait, l’on détourne les yeux, et l’on court en aveugle
vers le précipice. folie, dont une créature raisonnable
et qui s’aime tant ne devroit pas paroître capable! A
Il y a donc un enfer; mais, pour qui est creusé cet
abîme ?__déjà des millions de réprouvés y gémissent et
s'y désespèrent : je les entends qui se livrent à la rage,
à la fureur; qui maudissent, et le Dieu qui les a créés,
et le jour qui les a vus'naître. Cette idée désespérante ,
toujours, toujours, feroit seule un enfer; Dieu perdu
pour toujours, l’arrét, prononcé pour toujours, les
portes fermées pour toujours : voilà l'enfer; sans ce
toujours‘, l’enfer ne seroit plus enfer. 0 éternité, 6
toujours , paroles si courtes , dont toutes les autres
paroles n’exprimeron‘t jamais tout le sens! 0 Dieu!
à cette pensée, peu s’en faut que mon esprit ne se
perde et ne se confonde!
Réfleæiom.
Mais enfin, éviterai-je l’enfer, moi-même dé
plore le meilleur de l’enfer, qui réfléchis sur l’éternité
de l’enfer ?_ serai-je condamné à l‘hahiterè O
incertitude désolante, affreuse , et à qui je ne puis trou
ver de nom l ou plutôt incertitude avantageuse et
nécessaire. Hélas! qui pourroit éteindre le feû de nos
passions, sans la crainte de l’enfer? A-t-il même pu,
A- UETEBNITE. r. v ‘189
cet enfer, tout enfer qu’il ‘est, suffire pour nous retenir '
dans les bornes de notre devoir? Je reviens à cette ter
rible pensée : serai-je un jour condamné à l’enfer?
{l’aurois dû avoir déjà subi ‘cette condamnation; à ce
moment même où je médite sur l’enfflhet que je puis
encore l'éviter, si Dieu ne m’avoit aimé infiniment, ic
serois dans ses abîmes à ressentir, à éprouver tout ce
que je pense sur l’enfer; ôamour, ô bienfait supérieur
à toute ma reconnaissance et à toutes mes actions de
grâces! Si Dieu retirait à présent Gain de l’enf‘er, quels
seroient ses sentimenslLe bienfait n’est-il pas incom
parabl'ément plus grand de préserver que de délivrer
de l’enfer? Je demande si‘ je serai un jôur condamné ‘à
l’enfer; ‘il faudroit plutôt demander si je m'y précipi»
terai moi-même; car Dieu ne m’y condamneroit qu’a
près que je m’y serois déterminé, et jque je l’aurois
comme forcé de m’y condamner. Combien de moyens
me fournit-il pour l'éviter! sa grâce pour vivre sans
crimes ou pour meprepentir de mes crimes. La justice‘
de Dieu peut-elle paroître excessive, pziisqu’elle prend
tant de soin de nous préserver de l’enfer, et qu’el'le
nous donne tant de moyens de nous en préserver nous
mêmes après i’avoir mérité? Dieu ne demande rien, si
ce n’est que nousne voulions: pas, que nqus n’aliions
pas nous-mêmes nous précipiter ÿolontairementpar
nos crimes,_ Mais enfin, malgré‘cette dis sition si
douce de la‘ part de Dieu; combien sont dé'j dans l'en.
fer! combien‘, à cet instant même , tombent dans
l’enfer , qui avoient autant que moi considéré et appré
hendé I’enfer! N'aurai-je point un pareil sort? 0 ré
flexion que je n’ose approfondir! hélas! que me reste
t-il donc, si ce n’est de m’humilier, de gémir, de prier,
de verser ‘des torrens de larmes, de crier sans cesse lu
\
r90 _ L’AME'SE PREPAŒCANT. \
‘Seigneur : Pardon et miséricorde‘! et de répéter, et la‘
nuit et le jour tes {humbles paroles en tremblant : 6
mon Dieu‘! ne me perdez pas?
‘ Il est cependant une voie plus aisée et plus courte
d’éviter ‘l'enfer; c’est d’aimer : l'amour fait plus; il dé;
livre en’ quelque sorte de la crainte de l’enfer. Celui
qui aime sincèrement sait à la vérité que, de sa part,
‘il peut mériter l’enfer; il n’a pas une certitude entière
qu’il évitera l’enfer: mais il agit avec un cœur droit; il
‘fait ce que l'amour lui dicte , et après cela‘il s’aban
donne à celui qu'il aime et dont il est ‘àimé7,'cl1a_rmé de
lui ‘devoir tout, ‘et de voir son ‘sort éternel entre ses
mains. 0 heureux qui sauroit aimer ‘sincèrement et ar
demment! Et d’ailleurs où chercherons-nous notre paix
et notre tranquillité, si nous ne la cherchons pas dans
l'amour? 0 mon Dieu’! je crains en quelque manière
que tousjles' avantages que je trouve dans, votre amour
n'en diminuent le désintéressement et la perfection.
Non’, non , ce n'est point pour éviter l'enfer que je veux
vous aimer; si je pouvois vous aimer dans l’enfer, je
ne songerois presque plus à l’éviter; je le préférerois
au ciel même, si je devois vous y aimerj'plus que dans
le ciel; mais’ dans l’enfer on ne sauroit vous aimer, 6
Dieu‘ 'si‘ aimable! ap contraire, on vous y'hait', on vous
y'détestè,'on vous y'maudit. O enfer! 6 séjour affreux‘
pal‘jjcelaseull quand même tu ne réunirois pas dans
ton sein toutes les ‘horreurs, je t’abhorrerois à jamais,
parce qu’on y hait le Dieu que j’aime, qui m’a aimé et
' qui ‘m‘a ‘fiait pour l‘aimer' à jamais.
MUETEEEN I‘TVÉ. 19|

Affections. , .7 ._
Mon Dieu! qu'ene vous dois-je pas pour m'avoir
préservé de l’enfer? Ah! que cette grâce, au-dessus de '
toutes les autres, ne s’efl‘ace jamais de mon cœnrj
qu'elle serve à enflammer toujours davantage mon
amour;
le qui!decroisse
souvenir à chaque et
vosamabilités instant,‘
de voscet amour, par
bien'faitsljqu’il
m’occupe uniquement,;qu’il me'itransporte', 'qu’il‘me
consume; que je sois la victimerheureuse e,’ cette
flamme
la proie,toute divine, mais‘
des. flammes que je, jlincompatib'lesfla'vé'ç
_ éternelles ne: devienne jamais:

centrée remanger"; 0413109 Dièîggjie. rangs, de


mande queldeyçälgnallmer, malêïlé vouslefideutgtnde
(> ‘ I ‘'l 1 «

avectvtous Îles sentimens de gnou, cçé‘urflet par tou ce


àprésentlet'à
jtçäijucherfle
jamais. Ainsi soit-il.
‘je vous'1', ‘ ÿ ‘ mm ,"
i i («3-- Résolmions; .. . . 41:]. :1 '1')
1?,'J?.t“"' ;',‘.
Je reconnoitratqpe‘ j’al .Yr
3;“. ,.';',”*“!;:t'.'i
rqîi‘itél ljleufe ,i‘et‘vqtnié
â’est un de la opté de Lieu _si.je' n’y suiê "pas
éjà précipité. ’ “ ' ' ' ‘ " '
‘X’L’jfl ‘
. .2‘? Je me regarderai comme un. tiso'n. ençprejfuma'ne v
qu'on at'iré me_ voyant ‘dès-lors‘ obligé
d’éteindxe
.ro ces flammes
._ .i . les 9larmes..de .)la 31.12"!
par 'nitenc'e.‘
,5». Je penserai que tous les ,jourszencorgt FPIJIQ mé
riter l’enfer,,e_tîqueace nÏest que‘p‘ar “99m, spécial
Ëlqgrace et que figapïde vigilance! spt' moi/que je plus
" EJIIH‘JÏ h: m1‘, ,_ . î ..| V I, :v
4_..Ie;conjurera1 Dheu‘des mtséncprdes ‘de ne pas
ermettre ue ‘e brûle ‘mais d'autres flammes ne de
<1 1, 1 _. ,_ . 9 A
celles de son salut nom. ‘ . ,h . 4 .\ '
n
4. ' A J‘: ' t.
.92‘ L’AME SE PBEPA’BAN'E.

' De la mort deJéaus-Chr‘ist.


UN Dieu homme mourant pour les crimesdes hommes:
quels ‘sont donc les crimes de ces hommes. coupables,
ethq'ùel est l’amour‘ de ce Dieu mourant! O quele pér
cliéj‘es'tzquelque chose‘ Sde bien étrange !- mais que la
bonté de Dieu est'e‘ncore dans
bien plus inconcevable!
la,râiison‘fdoitridériièurer un humble silence lcî
et
laisser‘dans
Iyante agir‘ le‘la‘ çàèm‘»
foi. O'foi divine!; sidu
des hommes si tu moins
étois encore vi
tu n’étois
pas jenvelppr'éeçde.sisombres voiles, quels effets ne
pfodir'irois-tu pas parmi nous! Croit-on que Dieu lui
‘même soit) mort ‘pourQui
éesimê‘mé's‘lhommes? ‘15s’ hommes‘ et " on‘ne
croit, mais‘ ‘ r lesîmàvîns de _
énse pas
à ce qu’on croit, o'n'vi’e comprendras Îon droit.
. A force de dire, Je crois , on s’imagine ' ' é croire; on
craint d‘approfondir ce que l'on ‘croit, de peur de faire
naître des doutes,v peutrétre même de'peur de ‘se trop
convaincre: ,une'
't'ireroiitl trop '«à "ce" ‘victloii= ' {vitre
céns‘eqûènce‘iet ,5 sincère ‘, entière
en‘äagerçïitî'àl‘dé‘ trop,
3,131151‘ ïacf'ifi‘iestœ . . ,r .. .5. ' il‘? ‘‘ ‘
' il ,y agyà‘oii‘lè'bien ‘peu de foi sur'lliteîrref'lma’ils cette
‘foi mais ne; “yîve' ñËnîoIÎIlL‘eSt-c‘e' bien sature
iYlÿttme
geôîsraueisnsîasîîîeef’iîälæ-
à; ’ u‘e cefil.sont
mes‘ji‘x‘ropre‘s‘
mes ëéb‘é’së
à‘, que‘
être
e‘éÿ
sÎ mmâmënië’ltlilî’äî v _ tort,
usa-mal? tue'ïepemeétsaeeeaauwua
ne‘
.6118 me laisseroit presquepluslaçlibert'é
,me‘jiorteroit de
à la æëxîitéà'ee ‘.qlaî 'lusï'austëileyïelle

absorberoit'tous mes sentiment et félins mes pensées;


toute la religion seroit portée ‘à sa perfection; j'ai‘
mercis les mépris, j’aimerois les croix, j’aimerois mes
A L'ÉTERNIITE. 193
ennemis, j’aimerois‘nion Dieu, ce Dieu qui 'm’a' aimé
jusqu’à mourir pour ami; ‘0 amour! 6 mon Dieu! que
n'avez-vous pas droit d’exiger, après être mort vous
même pour moi! je me‘ devois tout entier a vous,
; parce que vous m’aviez donné l’être et la vie; que ne
vous devrai-je pas,'et que pourrai-je vous rendre,
pour avoir donné votre vie afin de me marquer votre
amour! 0 que l'on a eu raison de dire que Jésus mou
rant est la solution à tout! Rien pourra-t-il me paroître
dur et diflicile? no‘n; depuis qu’un Homme-Dieu est
mort pour moi, ce n’est pas assez que je meure pour
‘lui; l’acte le plus héroïque ne m’acquitte pas suflisamg
mentd’une telle dette : je devrois souhaiter de mourir
de mille morts’, 5': je le pouvois.
A Mais non, ce que Dieu demande de moi, c’est que
je vive pour lui, que je n’aime plus que lui, que je ne
soupire qu’après ‘lui. Faut il des raisonnemens, des
exhortations, des efforts pour m’y engager? A n’envi
sager simplement que la mort de Jésus-Christ dé
pouillée de toute circonstance, c’en est déjà assez pour
me confondre, pour me toucher jusqu’aux larmes.
Mais, si je considère le genre de mort qu’il a choisi,
quels doivent _être mes transports! 0 Jésus! vous
mourez, et tout meurt dans vous avant que la vie
vous soit cruellement arrachée; votre âme nage dans
une amertume plus cruelle que la mort. Votre répu
tation meurt avant Vous; on‘ ne vous regarde point
comme le Messie si desiré et si attendu; on oublie et
vos prodiges et vos vertus. Tout se déclare contre p
vous. Ceux qui ont senti dans vous la puissance di
vine se taisent ou s'enfuient. V‘os disciples mêmes
chancellent, ils vous abandonnent, ils vous désa
vouent. A tout cela se joint la connoîssance claire et
L'Amc contemplant, etc. 17
:94 L’AME SE PREPABA‘N‘T
distincte de l’ingratitude future des hommes; plus.
douloureuse pour vous que lazrage des Juifs; l‘inuti
lité de votre mort pour la plupart. O abîme ‘de dou
leurs intérieures de Jésus, plus difliciles à souder que
ceux dela mer. Non, les fouets teints de son sang, les
épines perçantes, la croix même avec tous ses op
probres et tous ses tourmens, tout cela n’est rien en
comparaison des douleurs de ce cœur adorable. ' ’
J’ai peine à soutenir des réflexions si altendrissan tcs
sur,tous ces objets difl‘érens; que seroit-ce si je pou
vois tout réunir dans un seul point de vue? Une chose
qui m’étonne, c'est que l’horreur que nous cause la
cruauté des Juifs ne s’étende pas sur l'ingratitude des
Chrétiens infidèles. En effet, à regarder les choses de
près, quels étoient ces Juifs? pour la plupart, ils ne
conuoissoient point Jésus-Christ pour le Messie; au
contraire, ils le regardoient comme un faux prophète
qui les avoit séduits par ses prestiges, qui avoit voulu
passer pour le Filsvde Dieu sans l‘être ; digne par cou
séquent de tous les supplices. Dans cette persuasion,
ils déchargeoient leur fureur sur son corps innocent;
ils le couvroient de plaies, ils le déchiroient sans mi
séricorde. Mais que, font les Chrétiens ingrats'? ils
crucifient ce Dieu qu‘ils adorent, ils renouvellent
avpc pleine liberté ce que les Juifs firent autrefois sans
connoissance. C’cst peu de fouler aux pieds le sang de
Jésus-Christ, et de Jésus-Christ connu, adoré, glo
rifié; ils s’en font comme une gloire‘; ils rougissent de
‘ne pas réitérer ses outrages.
Ah! si je ne jugeois pas de tout par les sens, quelles.
seroient ma surprise, ma confusion et ma douleur‘! ‘O
Jésus! semis-je donc à votre égard plus coupable;
plus odieux que les Juifs? dois-je me regarder avec 105
A L’ETERNITE. , r95
mêmes sentimens que je regarde ceux d’entre les Juifs
qui furent vos bourreaux? Hélas! il faudroit donc me
dérober désormais-aux yeux de l’univers, il faudroit
m’ensevelir tout vivant; je ne' devrois
soufl'rirïmoi-même. i A plus pouvoir' me

Réflexions.
Tout ce‘ qui peut, en quelque manière, me ras
surer, c’est que le sang de Jésus-Christ, qui a été ré«
pandu par moi, a été ‘aussi répandu pour moi. Voilà:
ce qui prévient le désespoir du pardon; ce n’est pas
assez; voilà ce qui fait naître dans moi la plus inébran
lable confiance. Un Dieu est mort pour'moi; à quel
point est-ce donc que je- lui suis cher? combien sincè
rement veut-il donc me sauver? que ne lui en coûte
»roit-il pas de se résoudre à me perdre! Ainsi la mort
‘du Fils de Dieu ranime autant mon espérance qu'elle
jexerce m'a foi : mais elle allume surtout le femde la
ïcharité. 0 Dieu mourant pour mon amour’! mon cœur ,
mériteroit-il' de respirer et de vivre, s’il n’étoit pas‘
enflammé pour vous? Non, non, je n’ai pas rempli ce
Hne 1‘c vous dois tant ‘l ne !‘c ne brûle P as de votre
amour; je me dirois cent fois anathème à moi-même, ‘
si je n’aimois pas le Seigneur Jésus.
O Jésus! vous vous êtes rendu semblable à moi
pour m‘attirer à vous; vous êtes devenu un objet à la
portée de mon esprit pour enflammer plus facilement
mon cœur; et pourrai-je ne pas vous aimer lorsque je
vous considère sous cet aspect? Un Dieu qui se fait
semblable aux hommes, qui vient habiter parmi les
hommes , qui réunit aux yeux des hommes tout ce qui
est capable de charmer, de toucher, de gagner les
hommes, la bonté, la douceur, la sagesse; un Dieu
196 L’AME SE PRÈPARANT
qui paroît surtout plein de zèle et de tendresse pour
les hommes, qui ne s’occupe que de leurs intérêts,
qui ne songe qu’à les délivrer des plus grands maux
et à leur procurer tous les biens; qui sacrifie toutrqui
so‘ufi're
son amourtout;auxunhommes.
Dieu‘ enfin
En ‘qui meurtpour
faut-il tant pour embraser

tous les cœurs? 0 Dieu Homme! quels seroient les


cœurs de ces hommes, s’ils n'étoient pas sensibles à
votre amour! 0 hommes! seriez-vous capables (l'ai.
mer, si vous n’aimiez pas un Dieu fait homme pour
vous? Non. 0 Jésus! je ne. puis me défcnùe de vous
aimer. O le plus beau, le plus doux, le plus aimable
‘des enfans des hommes! je vous a‘ime,.je désire ‘de
‘vous aimer autant qu’il .m’est permis et possible
d’aimer. _ _ ‘
Mais ici quelle triste réflexion se présente à moi?
Hélas! je suis étonné, indigné, quand je pense qu’on
Æntend‘souvent parler de Jésus mourant, qu’on célèbre
les mystères de ses douleurs et de sa mort , qn’on voit
partout des images de son sacrifice,‘ qu’on assiste
chaque jour au renouvellement de; ce sacrifice, et
avec cela qu’on n’est ni ému, ni attendri à ces spec
tacles si capables d‘émouvoir' et d’attendrir! Hélas! je
les ai considérés moi-même, et mon cœur y a été in.
sensible'! et je que j’aime mon Dieu! L
Aflèctions .
Ah! mon adorable Sauveur! est-ce la vous aimer
d’un amour véritable? Je vous ai dit mille fois que
je vous aimois; peut-être ai- je employé les pro
testations, lescsermens, les larmes, les sentimens
pour preuve de mon amour; mais tout cela n’est pas
le fond et l’essence du vrai amour. Ce n'est qu’unç
A L’ETERNITE. ' x9,
ombre d'un amour tel que le vôtre; vous êtes mort
pour me marquer votre amour; vos travaux, vos soufæ
frances, votre sang, ont été les gages que vous m‘en
avez donnés. Et que puis-je apporter en témoignage de
mon amour? Oh! s‘il m’étoit permis de mourir'à mon
tour pour vous témoigner cet amour! oui, mon divin
Jésus, malgré les alarmes et les répugnances de la na
ture, je désirerois de mourir pour vous; aidé par la
force toute-‘puissante de l‘amour, je triompherois de
toutes‘ mes craintes et de toutes mes foiblesses. La mort
seroit pour moi un gain inestimable, un, trésor sans
prix, une félicité complète. 0 Jésus! qui êtes vous«
même tout amour, donnez-moi cetamour généreux
plus fort que la mort, cet‘ amour sincère 'quivient de
Vous et qui conduit infailliblement à vous ;? cet amour
ardent qui allume dans les âmes un feu tout divin; cet
amour pur qui les unit aux intelligences célestes; cet
amour constant qui commence dès ce séjour de misères
le bonhcu'r qui doit se penfectionner, se perpétuer, se
consommer dans l’éternité.
' i ' Résolutions.

. "1'.’ Je considérerai combien mon âme est précieuse


aux yeux ‘de Dieu, puisqu’il a daignéJa racheter au
' prix de son sang. '
2° Je 'conjurerai ce Dieu sauveurde vouloir bien
m’appliquer les mérites de son sang et d'e-saanort pour
l'expiationdç mes péchés.
3° J’ofl'riraiJe sacrifice de ma vie en union de celui.
de, Jtissus-Christ‘, le priant, par les douleurs de sa mort,
d’adoucir et de sancjifier les amertumes et les rigueurs
de la mienne. _ g
49 Jem’unirai à la sainte Vierge au pied de la croix ,
' " ‘,7.
19s ' L’AME SE PREPABANT
et je conjurerai cette mère de douleur d’inteficéder
pour moi auprès de son divin Fils pour m’obtenir la
Ë’une sainte
' mort. ’ P
râce de son saint amour et et là même le bonheur

.____._‘__.____.__._____.___t
LA PÉNITENCE.
Paraphrase sur le Miserere.
J E ne saurois mieux entrer dans l’esprit de pénitence
qu’en prenant les sentimens que'le prophète-roi nous
a tracés dans ce psaume admirable, tout consacré à
la componction et à la douleur. 'C’cst sans doute la
mour pénitent qui l’a inspiré. Faites-moi la grâce, ô
mon Dieu! d’entrer dans ces mêmes sentimens, plus
c'apables que tous autres d’cxpicr mes péchés et d’atti
rer vos miséricordes.
Miserere met‘, Deus, secundùm magnum, etc.
Je viens, 6 Dieu de hanté! me prosterner humble
ment devant le trône de votre miséricorde pour vous
conjurer (l'avoir pitié de mon âme ; quelque coupable ,
quelque criminelle qu’elle soit, elle est l’ouvrage de
vos mains, et le prix de votre sang. J'Ëi péché, mes
péchés sont un objet d‘horreur à vos yeux, et ils {sont
un sujet de gémissemens dans mon cœur. C’est dans
ces sentimens que je viens vous‘eir demander pardon.
le ne puis‘ l‘cspérer que de votre seule ‘miséricorde;
- c‘est elle que j’invoque et à qui j’ai recours.‘ ‘Que d’au
tres réclament votre bonté qu'ils ont tendrement aimée,
votre'sainteté quÏils ont! fidèlement imitée, votre jus
tice qu'ils ont apaisée par leur pénitence; pour moi,
_ votre seule miséricorde peut m’oli'rir un asile; c’cst à
L,
A L’ETERNITE. [99
‘ses pieds, ‘c’est entre ses bras que je viens me jeter.
Tendre pasteur, vous avez recherché la brebis égarée
quand elle fuyoit, la rejetteriez-vous guand elle re
vientde sou égarement?
Et secundùm multitudiriem , etc.
Non, mon Dieu! ce n’est pas assez pour moi de de
mander votre miséricorde, j'en implore toute l’étendue ;
le remède doit être proportionné au mal; et comme
mon péché renferme une multitude comme infinie de
malice et d"ingratitude, je demande avec larmes cette
multitude de miséricordes qui en renferment tous les
trésors. Si elle n’étoit pas infinie, je l’aurois mille fois
épuisée par mes péchés; elle est'encore' tout entière;
exercez-la tout entière envers moi; qu’un abîme attire
un autre abîme; que l’abîme de mes iniquités attire
l’abîme de Vos miséricordes, et que là où a aboudé le
péché dans toute sa malice surabonde aussi la misériu
corde dans toute son étendue.
U

Amplius lava me ab iniquitate med, etc.


Je tâcherai, ô mon Dieu! de laver mes péchés dans
mes larmes-7 mais 7 hélas! mes larmes 7 q
uel ue
.
abon- '
dantes , quelque amères qu’elles puissent être, pour
ront-elles jamais effacer la noirceur de mes crimes?
Lavez-les, êrmon Dieu! dans votre sang adorable;
faites de ce sang précieux un océan de miséricordes où
je puisse plonger toutes mes iniquités. C'est le seul
bain salutaire ou elles puissent être lavées.
' Purifiez de plus en plus mon âme de toutes ses
taches; plongez-la toujours plus avant dans cet océan
‘de sang et de grâces. C'est un nouveau déluge de maux
qui croit tous les jours dans moi à que ce soit dans vous
aoo L’AME SE PREPARANT.
une inondation toujours nouvelle de miséricordes qui
purifient dans moi tout ce que le péché ne cesse d’in
fecter de son funeste poison. .

Quoni'am înîqu'italem meam ego cognosco , etc.


Mes péchés sont toujours préscns'à mes yeux, ils
me suivent partout; leur triste souvenir s’ol'l're par
tout à moi pour me déchirer; l’ombre sanglante d’Urie
qui poursuivoit sans cesse David ; le sang versé d’Abel
-. ui. crioit ‘tou'ours
l . venueance
b , contre .Cain'’ voilà
. - la
triste la funeste imave mon etat' voilà le larve de
7 o b 7 n' .

douleur qui perce mon cœur,le ver rongeurqutdecbire


mon âme à tous les instans. Et comment pourrois—je
perdre de vue le souvenir de mes égaremens? La plaie
qu’ils ont faite à mon cœur saignera toute ma vie;
puisse-t-elle être fermée au moment de ma mort. Que
jusqu’alors elle fasse mon tourment, j‘y consens, et
je ses puis qu’adorer votre divine justice; j’ai mérité
I’enfer; quelle peine doit me paroitre trop grande en
ce monde? 4 '
Tibi soli peccavi , etc.
Vous êtes, 6 mon Dieu! le seul que je devois servir,
adorer et aimer; et c’est vous surtout que j‘ai ofi'ensé
ct .ou‘tragé. Je me suis piqué de probité envers le
monde, de fidélité envers mes amis, de reconnoissance
envers mes bienfaiteurs; vous seul, 6 mon Dieu! vous
seul avez été oublié, abandonné, outrage. Je suis
même d'autant plus coupable , que c’cst devant vous
et en votre présenceque jevous ai ox‘l'ensé ;.oui, mon
Dieu! sous les yeux de .votre sagesse,_sons le bras de
votre puissance, sous le glaive de votre justice armée
contre moi. '
‘ Q
-.A L’ETERL‘IITÉ. :01
Il faut que l’aveuglement en jette le péché soit bien
grand! on n’oseroit offenser ,un roi en sa présence, et
tous les jours on vous outrage, ô mon Dieu! .vous qui
nous voyez, et qui à l'instant pourriez nous immoler
et nous perdre. Tel a ete mon aveuglement et l'horreur
de mon crime; et je vis encore! .et je ne meurs pas de
douleur!
Eace enim in 'z'niquitatibus concepius sum , etc. ‘
Il est vrai, 6 mon ‘Dieu! que, ‘par le malheur de
mon origine ,‘j‘ai été conçu dansle péché; triste héri
tage que j’ai reçu de mes parens en venant au monde! .
funeste poison dont je n'ai cessé de ressentir les mor
telles atteintes. Il a agi, il a fermenté dans mon cœur;
il a ‘infecté toutes les puissances de mon âme; de là
l’aveuglement déplorable de mon esprit, la déprava
tion naturelle de mon cœur, un funeste penchant au
mal, un'e répugnance continuelle pour le bien. Voilà,
mon Dieu! ce que j'ose représenter à votre justice ,non
pour justifier mes désordres, mais pour tâcher dieu
diminuer à vos yeux la malice et l'horreur.
Ecce enim veritateni dilexîsti, etc.
Mais en vain voudrais-je excuser mes égaremens et
jeter un voile Ëde déguisement sur mes crimes. Vous
êtes la vérité même, 6 mon Dieu! vous sondez le fond
de mon cœur, et je dois le reconnaître moirmême. Oui,
vous m’avez donné tous les secours et comblé de toutes
les faveurs. Dès ma plus tendre enfance, vous m‘aviez
prévenu des bénédictions de votre douceur, vous m’a
viez éclairé de vos divines lumières; jamaisjen’ai man.
qué ni de moyens pour me soutenir, ni de forces pour
combattre, ni de grâces pour vaincre. Si j'ai péché, je
non ' L‘AME SE PREPARAN'L
suis donc inexcusable dans mon péché; ce n'est qu’à
moi que je dois attribuer mon‘ malheur et mon crime.
Hélas! je le v0} ois, et je le commettois; la lumière
m'éclairoiù, ma conscience réclameit , mes remords me
déchiroient, et je résistois à tout, j'étoufl'ois tout, _je
combattois contre ma conscience et contre mes re
mords; je craignois la lumière qui m‘éclairoit, je me‘
jetois dans l’abîme en le voyant, et je courois en aveu
gl'e volontaire file précipiter dans tous les malheurs.
OSeraÎ-je encore meplaindre à vous, 6 mon Dieu! et,
par ‘jl’injusticede mes prétextes, combler la mesure de
tous ‘mes autres péchés ?' '
“Asperges me hyssopo et ‘mundabor, etê.
Médecin charitable! vous voyez ‘la profondeur des
plaies de mon’ âme , et .vous avez en main le remède
assuré; mon âme est couverte de la lèpre, du péché et
infectée de son funeste poison; si vous daignez répan
dre sur moi la céleste rosée de vos grâces, vous puri
fierez mon coeur de toutes ses taches, vous lavcrcz
toute la noirceur de mes crimes; par le baptême sacré
de la pénitence, mon âme recouvrera à vos yeux la
blancheur de la neige 5 toutes ses puissances acquerrout
comme un nouvel être. Quel autre que vous, 6 mon
Dieu! peut opérer ces‘ miracles, tirer le bien du mal,
tourner le poison en remède, et sur un arbre maudit
recueillir des fruits de bénédiction et de vie?
Auditui meo dabis gaudium et lætitiam,_etc,
Vous ferez retentir à mes oreilles votre voix puis
sante, et une joie ‘sainte renaîtra dans mon âme; mon
cœur tressaillira dlune douce allégresse; mes sens cuir
mêmes prendront part à la consolation de mon cœur;
A L’E'l‘lElh'lç‘TE. _ 203 -
a .
ces deux sentimens pénétreront ma chair et mes 05;
toute ma substance sera renouvelée; j'éprouverai un‘
heureux changement dans tout moi-même, et la joie
que je ressentirai ranimera mon courage et mes “forces
pour marcher dans les sentiers de la justice et de‘ la
sainteté que vous m’avez ouverts et où vous daignerez
me conduire. '
Avertc faciem tuam à peccatis mais, etc.
' Détournez ‘vos yeux de dessus m'es iniquités, ô mon
Dieu! et ne jetez que des regards de compassion et de
pitié. Je me les reproche, afin que vous me les pardon«
uiez; je les ai toujours préseus à mes yeux afin qu'ils
disparoissent aux vôtres. \
4 Hélas, Seigneur! si vous ne nous considérez que
dans la rigueur de votre justice , qui pourra soutenir la
pureté inviolable de vos regards? les anges mêmes se
ront-ils purs à vos yeux!
Ell'acez donc de plus en plus les restes de mes pé
chés, afin qu‘il/n’y ait plus rien en moi qui puisse bles
ser la sainteté de vos regards. Je sais que tout ce qui
peut être pleuré peut être pardonné. Je déteste mes
péchés, j‘en gémis dans mon cœur; elI'acez-en les fu
ncstes traces, et daignez vous-même en perdre jusqu’au
souvenir.
Cor mundum crea in me, Deus, etc.
Si mon cœur, ô mon Dieu! vous paroît tellement
infecté et 'perverti, qu’il ne soit presque plus capable
de 'guérison,'ah! de grâce, créez en moi un cœur nou
veau; formez dans moi une nouvelle créature. Vous
avez tirez mon être du fond du néant, tirez mon cœur
du néant du péché. Oui, mon Dieu! ma conversion
‘94..
,04‘ L’AME s13 P-REPARAN'I: g
sera comme une création nouvelle; elle sera même,
dans un sens, plus glorieuse pour vous, et plus misé
ricordieuse'dans moi; le néant de la nature n'a point
résisté à l’opération devotre main puissante, et le néant
du péché résiste sans cesse à "l’impression miséricor
dieusc de votre grâce. . .
Créez donc dans moi ce coeur nouveau, docile à vos
impressions; cet esprit de droiture dans lequel vous
m'avez formé et dont j'ai si souvent étoull'é les lumières
pour courir en aveugle dans les voies de la perdition.
Ne projicia: me à facie tuä, etc.
Sur toutes choses, 6 mon Dieu! neK me rejetez pa.’
de votre présence; tant que vous me mcnacerez, que
vous me punirez', vos menaces mêmes et vos châti
mens seront la preuve de votre miséricorde et le gage
de votre tendresse. Un père qui punit un enfant craint
de le perdre; il ne le punit que pour le sauver; sa main
trappe, mais son cœur est attcndri. Punisscz-moi donc,
t‘, ‘mon Dieu! je le ‘mérite’; frappez-moi, et, s’il le faut,
ôtez-moi les biens, la liberté, la santé , la vie même,
niais ne m’ôtez jainais l'assistance de votre esprit; hé
las! sans lui, dans quelles affreuses ténèbres serois-je
pl’ô’ngé ! et dansquels ahimes ne tomberois-je pas à
tous les instans! ‘
Re'dde mihi lætitiam salutaris tui, etc.
D jours saints, ô'jo'ui's heureux , où j'étois avec Dieu,
où Dieu‘étoit avec moi, où je goûtois les douceurs de
son saint service; où la rosée des célestes Consolations
inbndoit mon âme : jours fortunés, qu'êtes-vous deve
' nus? Que mon sort étoit heureux quand mon cœur
étoit pur et uni à son Dieu! je coulois mes jours dans
n» / ,
_ A L’ETERNITE. 205
l'innocenée et la joie;- joie pure, joie sainte,que sont
devenus vos attraits, et quel moment fatal que celui_
où je vous ai bannie de mon cœur! faites revivre ces
jours heureux, 6 mon Dieu! rendez le calme à mon
âme, faites-y
m’aurez rétablirenaître la sérénité,
dans cette et une
possession, fois que vous.
all'ermissezl-moi
dans cet heureux état; donnez-moi cet esprit de force
et d‘ardcur qui me soutienne dans les épreuves, qui
m’anime dans les combats , qui m’arme contre les at
taques des ennemis 'de mon salut, toujours armés
contre moi, toujours Conjurés pour ma perte; que cet
esprit de grâce et de force me’soutienne, ô mon Dieu!
et m’afl'ermisse dans les résolutions saintes que j'ai
r formées.
Docebo in'iquas via: mas, etc.

Ah! ce sera alors que j’annoncerai aux pécheurs


comme moi les grandeurs ineflahles de votre miséri
corde; je leur ferai connoître la sainteté de vos voies,‘
la cpnsolation que l’on goûte dans votre service; je leur
dirai qui! n’y a de bonheur solide que celui d’être à
vous, dbbserver votre sainte loi. .
Je serai d’autant plus en état de les ramener et de
les convaincre, que je leur dirai que je l’ai éprouvé par
moi-même, et que ne leur en parle que d’après la.
douce expérience que j’en ai faite; persuadés par mes
discours,‘ animés par mon exemple, ils reviendront
tous à_ vous; les pécheurs ‘seront touchés, les aveugles
serontéclairés, les inçrédules seront convaincus; les
impies 'mêmeskoui , les impiesqui b‘lasphèment votre
saint nom',\app'rendront à le bénir et à le louer. Tous
les pécheurs, unissant leurs voix et leurs sentimens,
form er’ont un heureux concert de louanges à l’honncur
{'Amcmeontcmplnm ,. etc. 18
:06 L'AME SE PREPARANT
de vos inefl‘ables miséricordes, dont ils admireront les
merveilles, dont ils célébreront les grandeurs et dont
ils gouteront les inefl‘ables douceurs. '
Libera me de sanguinilus, Deus, etc.
Quelque résolu que je sois de vous servir, ô mon
Dieu! et de m’attacher à jamais à vous, je crains tou
jours la voix de la chair et du sang et l’empire des ha
bitudes funestes; mes passions sont si violentes, mes
inclinations si perverses, que je tremble toujours‘pour
mon salut et ma persévérance. Les ennemis de mon
bonheur me livreront sans cesse de nouveaux combats.
0 Dieu.puissant! venez à mon aide, armeZ-moi, sou
' tenez-moi, combattez avec moi; avec vomre secours, je
braverai leurs attaques, je triompherai de leurs efibrts,
mes pas se dirigeront dans les voies de la sainteté; mon
cœur s'afi’ermira dans la pratique et l‘amour du bien;
ma langue publiera les grandeurs de votre miséricorde
e (le votre justice qui auront éclaté dans moi.
Domine, labia men aperies , etc. '
Dans ces heureuses dispositions, je n7ouvrirai plus
leslèvres que pour vous bénir; toutes mes pensées s’é
lëveront vers vous; dans moi tout annoncera les mer
veilles que vous avez opérées en _ma faveur; j’unirai
ma voix à celles des âmes justes qui vous honorent.sur
la terre; je l’unirai à celle des esprits bienheureux qui
vous glorifient dans le ciel; j’inviterai toutes les créa
turcs s’unir à moi pour bénir à jamais l’auteur de
leur être; 'que'ne puis-je engager tous les hommes à
vous servir, à‘ériger danstout l‘univers ,des autels à la
gloire de ‘votre saint nom, et à allumer dans tous les
cœurs le feu de votre divin amour! v ‘
x A L’ETERNITE. 207’
q t

_ _ Quomam sz voluzsses, sacrzfictum, etc.


Ah! Seigneur, si, pour expier mes péchés, si, pour
attirer vos grâces ,' il ne falloit que vous offrir le sacri
fice de tout ce que j’ai , de tout ce que je suis, le sacri
fice ‘de ma liberté, de mon sang, de ma vie même,
avec quelle joie, avec quels transports ne Vous l’ofi'ri!»
rois-je pas! Et ne seroit-ce pas le plus grand des bon
heurs pour moi d’avoir quelque chose à vous offrir
pour vous témoigner ma douleur? Y a-t-il rien au
monde que je ne fusse prêt à Vous sacrifier, à vous dé
vouer en esprit d’amour, et en témoignage d’un juste
retour de tout ce que j’ai reçu de votre main libérale et
de votre cœur bienfaisant? - '
Sacrïfic'ium Deo spiritus contrî-balatus, etc. a _
_ Mais, non, je sais que le sacrifice que vous demam
dez de moi, ce n'est pas uniquement celui d‘une‘ vie
périssable que je perdrois bientôt, d’une vie crimi
nelle que j‘ai profanée; vous demandez le sacrifice de
mon cœur; c’est la victime qui dôit Vous être immolée
et l‘holocauste qui doit vous être offert : c’est le cœur
qui a péché, c’est le cœur qui doit être sacrifié. '
Eh bien ! mon Dieu, je vous l‘ofl're ce cœur; pre
nez-le, il est à vous, à vous seul, et à vous pour tou
jours. Non, ni le monde, ni les créatures, n’y auront
plus de part; j’en fermerai l‘entrée à tout ce qu’il y a
de créé; il nevivra désormais que pourvous. La grande
grâce que je vous demande, mon Dieu,‘c‘est d’étoull‘er
dans mon cœur tout sentiment quine respireroit pas
pour vous seul. Formez vous-même dans moi ce cœur
contrit et humilié; pénétrez-le d‘une componctio‘n
sincère ; inondez-le d’un océarrd‘amertume , détachez-le
.208 L’AME SE PREPARANT;
du monde, de toutes les choses périssables : élevez-le
au-dessus de la terre, des sens , de lui-même; rendez-le
tout céleste et divin : faites-en un cœur selon votre
cœur, digne de vous être offert à Présent et de brûler
à jamais des flammes de votre saint amour.
' Benigne fac, Domine , in bond voluntate, etc.
rAidez-moi, ô mon Dieul à vous hâ’lir un temple
sacré, un sanctuqire intérieur dans mpiunême, où
votre grâce règne,‘ où votre empire s’e'tablisse à jamais;
mes mains profanes ne sauroient .élever cet édifice
saint et sacré, formé sur ‘le ‘modèle de la ‘céleste Jéru- '
salem; c’est l’ouvrage de votre grâce et de votre Puis
sance. Je l’impiore dans toute l’éteudue de mon ‘cœur
et de mes sentimens; j’y travaillerai de toutes mes
forces; j’y cons‘acrerai tous mes soins, tous mes Vœux:
heureux, mille fois heureux que vous daigniez encore
les agréeraprès qu‘ils ont été si long»te'ïnps Profanés.

. Tune acceplabis sacrificium justitiæ, etc.


C’est alors que vous agréerez .des sacrifices de
louanges, des‘sacrifices dignes de vous : non, ce ne
sera plus le sang des victimes, llimmolation des tau—_
maux qui vous seront offerts, mais le sacfifice d’un
cœur Pénit’ept, d’un cœur contrit et humilié, d’un
coeur brisé de douleur et embrasé d’amour. Puisse-belle ,
ce [te douleur, Puisse-t-il, cet amour, durer autant que
ma vie, mlaccompagner jusqu'au tombeau , devenir le
dernier soupir demon âme, quand à ma dernière
heure , je la remettrai ‘entre vos mains pour être
reçue, comme je l’esPère, dans le sein de votre misé
ricorde! Ainsi soit-il,
‘A. L’E'I‘EBNITE. A 209

' ' LA TIÉDEUR.


Gémissemens d'une âme sur son peu d’amour pour
Dieu et son état de tiédeur et d’inconstance dans le
service de Dieu.

Lx tiédeur et l"ineonstance dans le service et l’amour


de ‘Dieu seroieni une disposition bien peu propre à me
Préparer à l‘éternité; et tel est cependant le triste état
où mon âme languit si souvent.
0 Dieu saint, et à jamais adorable! vous êtes tou
jours le même : toujours égalementlbop, aimable et
Parfait, sans ombre de vicissitude et de changement
dans vos‘ perfections. D‘où vient qu’il y a dau's‘moî
tant de variation et tant d"inconstance dans mes sen
timens? D’où viennent les différentes dispositions de
. mon cœur envers vous? Comment y ait-il tant de. tié
(leur, de langueur ‘et de négligence dans le. culte que
je vous rends -? Pourquoi ce ‘qui faisoit mes délices
est-il devenu une
‘ô mon'DieuI es Àeurlque
le‘ bon face de fardeau Pour‘moi?
je goûtois Oùdoux
dans ces est7

momens où je vous ouvrojs ‘mon cœuret où vous dai


gniez vous-même m'ouvrir le vôtre? V I i
Hélas! Seigneur, que suis-îjeldenc devenu‘? Jesuis
‘encore sous VOS. yeux .1 mois bien .difl'érent de ce que
jîétoie. J'en gémis dans certains momens,,et. dans. d'au
tres , tout-digérer)! de moi- même, je‘ retombe bientôt
dans ma tiéäe'ur'vet mon indifférence. Vous me voyez
Perdre dans des dissipations continuelles et de frivole;
umusernens ces heures que j’avoiseoutume de, passer
en votre Présence et de consacref‘au pied de vos saints
autels; je ne viens plus à vous avec cette confiance e’!
1 8..
210 L’AME SE PREPARANT
cet amour filial qui dilatoit mon cœur devant vous; je
ne m‘y présente qu'avec crainte et comme à regret ,‘et,
quand suis devant vous, j’y por e une âme. si stérile,
qu’à peine me fournit-elle quelqu’s sentimens à vous
offrir. Que de froideur, que de dégoût dans les prières
que je vous adresse! ma mémoire me les dicte, ma
bouche les prononce, et mon cœur n’y a presque point
de part. ou sont ces désirs ardens, ces fermes résolu
tions que je formois autrefois d’être tout à vous? ou
:est ce calme heureux, cette douce tranquillité dont je
jouissois dans votre service? j’étois auprès de 'mon
Dieu, et je faisois de cette présence ma consolation et
ma joie; il‘ étoit à moi et j’étois à lui; mais quelle inter
valle m’en séjtare à présent! Après avoir vaqué quel
ques momens à mes exercices de piété (s’ils méritent
encore ce nom), combien 'de temps .ai-je passé sans
penser à vous! Au lieu de m’occuper de vous, mes
‘pensées, mes affections slégarent sur mille autres ob
jets; en vous oflrant mon âme, je ne vous ofiire presque
qu’un cadavre sans sentiment et ‘sans vie; vous m’int
vitez à votre sainié table, mais mon coeur est‘ si froid,
qu’à peine 56 sent-iltouché dans la participation ‘de
'vos saints mystères'Quei triste état! quelle déplorable
situation! ' ‘ or
Ahl‘seig‘neur, dans ce moment, votre grâce non
‘s'eulcment m’éclaire, mais elle me touche, elle me
‘pénètre, elle me présente les réflexions les plûs'sé
rieuses sur moi-même et sur mon état. Oui, je com
prends combien il est honteux et indigne de servir
Dieu dans un état de tiédeur; est-ce ainsi que l’on sert
les grands dans le monde? et se croiroient-ils honorés
‘par/un pareil service? .
‘Je sens combien il est dangereux et à craindre de
A L’ET'ERNÇITE. , au
persévérer dans ce triste état, surtout quand on en
connoît le danger et qu’on voit où il peut conduire.
Je comprends combien il seroit triste et funeste de
mourir et'd’aller paroître devant Dieu dans l'habitude
de cet état; qu’auroit-on à lui ‘présenter, que beaucoup
de grâces et autant d’abus? ' 4
:Que 'si cela est vrai, si cela est si triste pour toute
âme en général, combien plus encore pour une âme
comblée de tant de grâces et de ifaveurs! combien plus
encore pour une âme que Dieu appelle spécialement à
la sainteté et à la perfection! combien plus encore
pour une âme qui est commeÏ sur le point d’entrer dans
l'éternité et de finir sa course en ce monde!
A tous ces traits, ne dois-je pas me reconnoître, ô
mon Dieu! mais puis-je m’y reconnoître sans gémir s 41'
mon état, sans trembler sur mes dispositions si éloi
gnées du'saint amour, qui seul peut dignement me
préparer à l’éternité?
Résolutions. \
Que me reste-t-il donc à présent, si ce 'n’est d’exa
miner’q'uelles sont les causes orfiuaires de cette tié
deur? Elles peuvent être diiférentes dans les dill'érentes
âmes; mais, pour moi personnellement, voici celle
que j‘ai à me reprocher, et plus encore à réformer: à
1° L’oubli des vérités éternelles. Leur pensée, pro
fondément méditéc et intimement’ gravég dansmou
âme, l’auroit réveillée de son assoupissement et retirée
de sa léthargie; mais ce funeste oubli les a rendues in
fructueuses, en les faisant comme disparoitrc.
2° L’infidélité et la résistance à la grâcerCombien‘
de fois cette grâce miséricordicuse ne m’a-t-elle pas re«
présenté l'indignité de mon état et fait sentir le dan gcr

.\
312 L’AME SE PREPARANT.
où il. m‘exposoit! Ah! si j'avois écouté sa voix et suivi
ses conseils, l’amour de Dieu règneroit encore dans
mon cœur et assureroit mon bonheur.
3" L’esprit de dissipation où je me‘ suis livré, me ré
pandant trop au dehors, rentrant rarement en moi
même, me laissant entraîné par mille objets extérieurs‘,
mille amusemens inutiles qui me 'faisoient perdre de
vue le soin de ma perfection.
4° La négligence des petites choses et le peu de cas
queÀje faisois des faultes volontaires et réfléchies, sous
prétexte qu‘elle étoit légère; comme si je pouvois si
je devois ignorer qu’il n’y a rien de petit, dès qu‘il re
garde Dieu et qu'il intéresse son amour et sa gloire.
Tels sont d'ordinaire les principes de la tiédeur;
mais comme cette tiédeur est coupable dans ses causes ,
elle est encore plus funeste dans ses effets : et quels
tristes effets ne produit-elle pas communément dans
une‘âmel ' ,
Dans cet état de tiédeur, on. abuse bien souvent des
grâces de Dieu ,\on les rend inutiles‘, et quel compte
n’aura-t-on pas à en rendre! Dès-lors onne fait rien
' d'une manière digne e Dieu; tout est défectueux, tout
est imparfait à ses ‘ye x : dès—lors on perd presque tout
le mérite de ses actions, les faisant, ou sans motif , ou
par des motifs tout humains qui les infectent de leur
funeste poison; dès-iors‘on s’expose à tomber dans de
grandes fautes et à faire quelque chute funeste; tant
d‘exemples e‘n ce point devroient alarmer : dès-lors on
passe sa vie dans une grande incertitude de son salut,
et surtout à la mort on se prépare de grands regrets et
de terribles remords.
Mais ce qui me touche le plus en ce point, 6 mon
Dieu! c‘est que la tiédeur scroit un obstacle éternel à

\
A L’ETEBNITÈ. . 213
la‘ perfection de votre saint amour : non, jamais cet
amour parfait ne résidera dans une âme tiède et lan
' r . n I , n ’

gurssante ; toujours cette tiedeur etemdra lardeur des


flammes célestes; et voilà le triste état où je languis.
Est-ce donc là, ô mon Dieul ce que je vous avois
promis si solennellement, et ce que vous deviez atten
dre de moi à si juste titre? Est-ce là le retour que je
Vous devois apres ‘tant de grâces et de soins si pater
v nels de votre providence sur moi? Est-ce là surtout cet
amour ardent, cet amour constant que vous avezta‘nt
de droit d'exiger de moi?
’ Afi’èctions.
Ah! Seigneur, je rougis de moi-même, et j’ai honte
de me présenter devant votre trôn'e : mais hélas! Dieu
de bonté, Père des miséricordes, ayez encore pitié de
moi'et ne me rejetez pas de votre présence; ‘placé
‘comme sur le bord de l’abîme, puis-je ne pas trembler
sur mon étatet ouvrir les yeux sur le danger où je suis?
Ouvrez-les ces yeux, 6 mon Dieul et dissipez les ténèq
bres qui.m’aveugloient. Quelque triste que soit mon‘
état, vous pouvez le changer; votre main puissante
guérit les malades et ressuscite les morts.
Dans la triste situation où je suis, 6 mon Dieu! une
pensée {me console et me soutient encore; c’est que,
malgré mes infidélitr'ss, jc n"ai jamais perdu ni le désir
d'être tout à vous, ni laconfiance en votre bonté, ni
l’espérance en vos divines miséricordes; daignez la
soutenir, la ranimer, lui faire opérer dans mon cœur
des fruits de salut et de vie; ce n‘est que par là que je
pourrai rentrer dans\la voie ‘d‘où je suis sorti, et dans
les sentiers de la justice dont je me suis écarté.
Il est donc temps de sortir de ce triste tombeau ou
'21‘4 L’AME SE PREPARANT
m'avoit plongé la tiédeur, et de ressusciter à une sainte
ferveur. La seule pensée que j’approche de ma fin de
vroit suflire pour produire cet heureux effet. A mesure
vq‘u’un voyageur approche du terme, il rappelle tout
soncourage, il ranime toute son ardeur : Voici donc ce
[que je me propose pour allumer de nouveau le feu de
votre divin amour dans mon cœur.
' .: * ,. Résolutions.
‘17’ Je me rappellerai souvent la pensée des vérités
éternelles; cette pensée bien médite'e, présentera sans
Cesse mes fins dernières à mes yeux, et excitera dans
mon cœur les sentimens qui doivent m’y préparer.
2", Par une fidélite inviolable aux grâces, je tâche
rai d‘expier les infidélitès, les résistances que j’ai à me
reprocher en ce point; et je prierai le Seigneur de ne
pas laisser tarir envers moi la source de ces grâces
Îcomnie‘ jel‘aurai mérité. ‘
'_ - 3" Le recueillement, l’esprit intérieur, la présence
‘de Dieu, l‘union avec Dieu, répareront, comme je
l’espère, les pertes que m’a causées l’esprit de dissipa
tion oùj’c'tois tombé.
‘4° Une ‘crainte salutaire 'me fera éviter les fautes
même les plus légères; la seule pensée qu’elles déplai
sent à Dieu et qu’elles’ aflligent son cœur ne sufiit-elle
pas. pour m’euéloigner à jamais? Que si la crainte
peut produire cet heureux effet, que ne fera pas Pa
1 m'bur, si une fois il ‘est ranimé dans mon âme!
Saintes dispositions, puissiez-vous me suivre jus
'cju’au tombeau’, et présenter mon âme au tribunal de
son juge pour trouver grâce à ses yeux!

A L’ETERNITE; 215

Le désir de là perfection.
S’IL y a quelque chose que nous devions désirer en.
ce monde , c’est 'surtout notre‘ perfection et notre‘
avancement dans le bien. Laissons aux mondains dé
sirer les biens de ce monde, les vains honneurs, les
trésors fragiles, les plaisirs coupables; le monde qui ‘
les aveugle ne leur présente d’autres biens-que ces
biens périssables; éclairés des lumières célestes,,por
tous nos désirs et nos vœux vers des biens ‘Plus dignes
de nous, vers les biens du ciel. Ce n’est pas assez, à"
l’égard de ces biens mêmes, laissons aux âmes tièdes
et lâches à borner leurs désirs et leurs soins à un état
(le médiocritédans la vertu ; aPPeléset favorisés d’une
manière Plus spéciale, élevons nos désirs et nos senti
mens à tout ce qu’il y a de plus saint, de Plus Parfait,
de plus digne de Dieu et de son amour, et soyons bien
persuadés que, quelque étendus que soient nos désirs
dans laspéculation, nous resterons encore bien en
arrière dans la Pratique.
Quels doivent donc être nos désirs à 'l’égard de l'a
Perfection et de notre avancement dans les sentiers de _
la sainteté et de la justice? Les voici : formons-les ct"
remplissons-en toute l’étendue, si nous voulons vério
tablement marquer à Dieu notre amour et nous Pré
parer solidement à notre éternité. _
' 1,° Désirs ardens, proportionnés à la grandeur et à
[excellence du bien que nous désirons, c’est le_ ciel; à
la grandeur du maître que nous servons, c'est Dieu
même; à la grandeur des grâces que nous recevons,
.elles sont sans prix et sans nombre‘; à la grandeur des
récompenses que 'nous‘espérons, elles sont abondantes,
n16. ‘ L’ÀMÉ SE PREPARANT ,
elles sont éternelles. Des désirs animés par ces motifs ,
à quelle ardeur ne doivent-ils pas se porter! _
2° Désirs sincères qui viennent ‘du cœur, qui par
tént de la volonté, qui soient une expression fidèle de
nies- sentimens : loin de nous ces velléités, ces désirs
appareils’, oes fantômes de volontés où l’imagination
et l’illusion' ontplus de part que‘ le cœur; est-ce là
- désirer sincèrement la perfection, ou simplement con
noitre qu’ondevroit‘la désirer? Dieu voit le cœur, _et
ce n'est'que sur la sincérité de nos sentimens qu’il peut
agréer les hommages de notre amour.
3cr Désirs continuels qui nous pressent sans cesse .,
qui ne se démentent jamais, qui ne laissent aucun in
tervalle’ dans le temps, ni aucune interruption dans la
volonté; que nos désirs soient. toujours vifs, toujours
animés, toujours Subsi‘stans; la perfection les mérite
et les rappelle à tous les instans; les laisser languir, ce
seroit les laisser éteindre. , '
4" Surtout désirs elficaces et agissans, capables de
nous porter non-seulement aux vertus ordinaires,
mais, s’il le faut, aux sacrifices généreux, aux vertus
héroïques; car c’est surtout par-là que s’opère, que
s’avance le grand ouvrage de la perfection‘; un seul
acte héroïque offert‘à' Dieu’dans la générosité de ces,
sentimens est capable d’élever une, âme à la sainteté la
plus sublime et'à la perfection la plus éminente.
v‘Tels sont les désirs que la grâce 'demande'de nous,
si nous voulons véritablement tendre'à la perfection
quelle nous présente et au‘ terme où, Dieu [nous
appelle’. ' _ ' ' ‘ ‘
Ÿ Mais,_,hélasl au lieu de ‘ces désirs ardens, sincères,
généreux et constans‘, quels sont souvent les désirs
que nous formons pour la perfection? Disons-le en
gémissant, et rougissons devant Dieu de nous-mê mes.
A L‘ETEBNITE si,
Désirs foibles et languissans : on veut aimer Dieu,
‘on veut être tout à Dieu; mais on le veut foiblement,
on le veut lâchement, on le veut comme ne le Vou
lant pas; on le voudroit, mais en effet on ne le veut
pas, quand il faut se gêner, se captiver, se con
traindre, remporter quelque victoire sur soi , les forces
manquent, le courage s’afl'oiblit, le désir semble avoir
disparu.
Désirs vagues et indéterminés; stériles et inefiï—
caces : on veut être saint, on veut être à Dieu, on veut
en prendre les moyens; en général, on embrasse tout;
‘dans le détail on ne fixe rien; ce n’est pas là vouloir;
au lieu donc de dire en général : Je veux me sanctifier;
je veux être à Dieu, il faudroit d'ire : Je réprimerai
cette humeur, je mordérerai cette vivacité, je combat.
trai cette vanité, j’ofi‘rirai à Dieu ce sacrifice, je ferai
des avances envers cette personne; à ces‘ marques ou
_ pourroit reconnoît‘re des désirs sincères; autrement,
s‘en tenir
rester dansàlacette généralité
stérilité de désirs,A c'est toujours
des effets.
Désirs passagers’, inconstans et de Peu de durée :'
on veut dans un temps, dans un autre on ne veut
plus; on veut aujourd’hui sa Perfection de tout son
\ cœur, demain on semble la perdre de vue; dans cer
tains momens, dans certaines occasions, on paroît
tout résolu à suivre l’œuvre de Dieu, à se donner sans
retour à Dieu, à se fixer dans le bien pour toujours;
on sent qu’on le doit, que la grâce y invite, que Dieu
le demande, et, après quelques pas , quelques efforts,
on se lasse, on s’arrête; la volonté se ralentit,‘ le désir
s’afl‘oihlit, l‘ouvrage de ‘la perfefiio‘n est enfin, sinon
‘délaissé et abandonné, du moins bien négligé, et
comme suspendu. " '
L'Aime contemplant , etc. . ‘9
218 . L’AME SE t‘lïEPARANTi
0 coeurs lâches, cœurs inconstansl notre Dieu a-t-il
changé envers nous? Notre âme mérite-t-el'Îe moins t
notre zèle? Notre perfection est-elle moins digne de ‘
n'os empressemens, de nos ardeurs, de tous nos sen
timens et de tous nos soins? V’oilà cependant; on
nous en sommes bien souvent; et n'est-ce pas de là
que vient le peu ‘de progrès que nous faisons dzins
la vertu, malgré l’abondance des grâces que nous
recevons? .,
Réflexions.
Que sont donc, 6 mon Dieu! tous les'désirs de
äerfections que j'ai formés jusquà présent? Si ce n’est
es désirs foibles et insuflisans, des désirs défectueux
et imparfaits, des désirs incapables de produire le
grand ouvrage de votre amour; non, je le reconnais,
; je n’ai point sincèrement désiré ma perfection; si je
Pavois sincèrement désirée, j’y aurois travaillé plus
assidument, plus sérieusement, plus eflicacemeut et
plus constamment; j’aurois fait quelque progrès dans
la vertu, et je suis toujours le même à vos yeux, tou
jours tiède, toujours lauguissant, toujours infidèle;
puis-je cependant ignorer qu’il y a des âmes dont le
salut est attaché à la perfection; qu’il' y a des âmes de
qui vous demandez plus, parce que vous leur avez
accordé plus de grâces; qu‘il y a des âmes qui, en
,négligeant leur perfection, mettent leur salut-même
‘en danger? C’est donc dès ce moment que je forme
ce désir ardent, mais surtout ce désir efficace et cons
tant de ma perfecfion; daignez encore l’agréer et le
soutenir par votre grâce, pour qu‘il se montre enfin
par les œuvres et gu’il puisse durer autant que ma
Vie.‘ Pour attirer sur moi cette grâce, ô mon Dieu!
voici les sentimens que m’inspire votre sain-t amour.
A L’ETERNITE'. 219
‘.1
1°‘ Je me défierai des! désirs stériles qui ne pro
duisent rien, et je ne conqpterai que sur ceux qui me
conduisent à la pratique.
' 2° Je ne m’étonnerai pas si ces désirs paroissent
quelquefois se ralen‘tir dans la ferveur sensible du
cœur, pourvu qu’ils se soutiennentî par l'exactitude
des actions_et de la conduite‘. _ t .,
3o Je ranimcrai de temps en temps l’ardeur et la
sincérité de mes désirs; on se relâche ,_ et on tomberoit
insensiblement, si on n’avoit pas soin de se relever et
de reprendre des forces.
4"“ Je rappellerai souvent cette grande pensée;
qu’après tout lluniquc chose que j’ai à désirer en ce
monde, c’est votre amour, c'est ma sanctifica’tion;
tout le reste doit mÿ’intércsser peu, parce qu’un jour il
ne sera rien. V
“Affections. -/
Allons doncà Dieu,vô mon âme! élevons nos pen
sées, nosflésirs et nos voeux‘z‘iila perfectiouoù'la grâce
nous invite, où notre état nous appelle; ne nous éton
nous, ne nous alarmons pas à la vuedes peines'et des
difficultés qui se présenteront sur notre chemin; s’il y
a des peines, il y'a des secours; s’il y a des sacrifices à
faire, il. y a des grâces à espérer; quand Dieu nous,
demande, Dieu nous donne; il'connô‘ît'notre misère;
espérons en sa miséricorde. D’ailleurs l’amour adoucit
tout, et, quand on aime véritablement Dieu, les sa?
orifices les plus généreux, les actes les plus héroïques,
loin de paroitre onéreux et pénibles, deviennent doux
et consolans. L‘amour ne se nourrit que de sacrifices
et ne vit que
Enfin de croix.
le chemin fût-il' encore» ‘plus rude *plus difliæ V
220 L’AME SE PREPARANT
cile, regardons le terme où il nous conduit et les cou
rennes qu’il nous a préparées; quelques jours d’une
‘vie frivole seront bien dédommagés par la possession
d’une immuable félicité. Mourons pour vivre, et vivons
pour aimer. '*
Résolutions:
10 Plus ‘je comprends que j’ai négligé le soin de ma
perfection par le passé, plus je m’y appliquerai dans
la suite; heureux si, par‘ mon application z.‘je puis
1 réparer mès pertes!
2° Sentant
t combien la P erfection
. est. un ouvra
. ge
ail-dessus de mes forces, je conjure'rai le ‘Seigneur
d’anime‘r mon courage et de soutenir mes efforts pour.
y aspirer. \
3a comme‘ c'est dans l’amour divin ne se trouvent
. a . q .
l’accomplissement et la perfection de la lOl, ce sera‘
surtout P ar la voie de. ce saint amour ‘Ine l‘e tâcherai
de tendre à la perfection.
4° Enfin je prierai instamment le Seigneur de ne
pas permettre que je meure sans être arrivé a‘ la per
fection où sa grâce m’appelle. '

,Seriïîiflehë lit-préparation prochaine à la mort._


Dans la résolution où je suis de ne vivre plus que
nom‘ me préparer à lam’ôrt et à l’éternité, voici les
réflexions salutaires que me présente la grâce. J’ignore
quelle est ‘la manière dont la divine providence dispo
sera de moi à la fin de'mes jours. Peut-être, lorsque j’y
penserai le moins, un accident imprévu viendra m’ena
lever subitement de ce monde; peut-être une maladie
m’at'faquèra avec tant de violence, que je n’aurai pas _
A L’ETEBNJTE. 221|
assez de liberté d'esprit pour me préparer à paraître
devant mon juge.
Cependant, comme il peut arriver aussi que je ne
passerai pas, subitement du temps à l’éternité, il est de
la sadesse
b
dans moi de rendre d‘avance les sentimens
qui doivent consacrer ces derniers momens, et de
ré g ler dans le détail la manière dont 1'e dois offrir mon
dernier sacrifice 7 surtout our l’ofl'rir en es Prit d’a
mour. Voici donc mes résolutions; daignez les agréer,
ô mon Dieu! c’est à votre saint amour que je les con
sacre. , '
I 0 Je me débarrasserai de tout souci, et même,autant
que je pourrai, de toute idée par rapport aux choses
temporelles, de peur que ce soin n’occupe mon âme
dans un temps où tcut autre soin doit attirer toutes ses
pensées. Après cela, me détachant de tout, d‘esprit et
de cœur, je regarderai ce monde comme ne me con
cernant as davanta
- e ue ceux _ ui sont dé'à
l descen-a
dus dans le tombeau. _
2o J’examinerai de nouveau l’état de ma conscience
et les dispositions de mon âme pour la préparer a pa
roître bien-tôt devant Dieu. Quel moment , en effet,
‘I ne celui où nous devons Paroître en sa P' résence; 7 non
plus pour nous prosterner au pied du trône de sa grâce
et implorer ses misérÎcordes , mais pour rendre compte
de toute notre vie, et recevoir l’arrêt décisif de notre
éternité! .
3* Je me soumettrai sans réserve à la volonté de
Dieu et aux dispositions adorables \de sa providence,
lui faisant volontairement le sacrifice de ma Vie ‘I uand
11 le demandera, et recevant les derniers coups de sa
main avec l’entière résignation qu’un enfant doit à son
pere et une créature à son créateur.
19e‘
e22- nAME se PREPARANT
\
' 4° Je formerai surtout la résolution de supporter
avec patience les douleurs de la dernière maladie; et
si ces douleurs-sont alors plus vives et plus violentes,
loin de m’impatienter et de laisser échapper aucune
parole de murmure, ni aucun signe d'inquiétude, je
jetterai mes regards sur Jésus-Christ mourant; la vue
de ses souffrances adoucira les miennes, et m’aidera à
les supporter et à les sanctifier. Je fixerai de temps en
temps mes yeux, je collerai ma bouche sur l’image de
ce Dieu mourant, et je le prierai de la graver dans
mon cœur. .
5°‘ La vue et l’espérance du ciel sera encore pour
moi un grand motif de patience et de consolation. Je
penserai que dans peu de jours, peut-être dans peu de
momens, je finirai ma course avec mes douleurs, et
que ce peu de momcns de souffrance pourroit faire
placeà une éternelle félicité. Î
60 Je demanderai de bonne heure la grâce de recevoir
les derniers sacremens, afin de les recevoir avec la
présence d’esprit et les sentimens de cœur que demande
une si grande action; après laquelle je prierai de me
laisser avec Dieu pour ne m'occuper, plus que de lui et
de la pensée de mon éternité.
Quand enfin je verrai que ma dernière heure appro—
chcra, je renouvellerai la profession de ma foi, et l’of
fraude de mon entier sacrifice à l’auteur de mon être;
je lui recommanderai le salut de mon âme, et je la
remettrai entre ses mains , le conju-rant de la recevoir
dans le sein de sa miséricorde.
Je désire de mourir au pied de‘la croix en union de
mon Sauveur mourant : je désire que le saint nom de
Jésus soit dans ma bouche aussi longtemps qu‘elle
pourra le prononcer, et qu'il soit gravé dans mon
cœur quand ma langue sera réduite au silence.
‘A uErEnNiTE. 223
Je désire surtout que mon dernier soupir soit un
soupir d‘amour .pour mon Dieu, quittant volontiers
cette terre d‘exil pour aller, comme je l’espère, l’aimer,
le louer, le bénir à jamais dans la céleste patrie. Je'le
conjurerai de recevoir le sacrifice que je lui fais (le
cettevie périssable, dans l’attente de la vie immortelle
.qu’il nous a promise. Ainsi soit-il.
Prière à ofibir à Dieu comme si on était aux derniers.
mamans. _ A '
' I / . .

Dieu tout-puissant, s “riverain Seigneur de tout


l’univers, arbitre absolu de la vie et de la mort, je
viens répandre en votre présence mon âme prête à
sortir de ce lieu d’exil. Daignez exaucer ma prière et
prêter lÎoreille à mes gémissemens et à mes soupirs.
L’heure est venue où vous allez me retirer de ce
monde pour me transporter dans un monde nouveau ,
jusqu'à présent inconnu pour moi; ‘accordez-moi de
‘faire ce passage comme-il convient à tout Chrétien
dirigé par la foi et animé par l’amour.
Juge suprême, je reconnois la justice de l‘arrêt qui
me condamne à descendre dans le tombeau qui va
s’ouvrir sous ‘mes pas. IJ’adore votre sagesse et votre
bonté lors même qu’elles m’appellent à me rendre dans
la région desmorts. '
Père charitable, je ne veux pas quitter cette terre
et la maison d’argile que j’ai habitée sans vous témoi
gner ma vive reconnaissance pour tous les biens dont
vous m’avcz comblé durant le cours de mon pèleri<
"nage; mes lèvres mourantes rendront ce glorieux té
moignage à votre bonté.
Jevous rends grâces de m’avoir tiré du néant, de
m'avoir donné l’être et la vie , et de "me l’avoir cjon
225 L’AME SE PREP'ARANT
servé lors même que j’en‘ abusois si criminellement
contre vous. . ' "'
Je ‘vous rends grâces de m’avoir fait naître dans le
sein (le la foi, ‘éclairé des lumières de votre évangile,
.et mis au nombre des enfans de votre sainte Église,
tandis ‘que tant d'autres vivent et mourront dans les
ténèbres de 'l’erreur. \
Je vous rends grâces des bienfaits sans nombre dont
vous n’avez cessé de me combler durant tant d’années. '
Vos bontês m’ont accompagné tous ‘les jours'de_ma
vie, et je serais bien ingrat si j’étois insensible à de:
favems si grandes, si gratuites, et dont j’étois si in—'
digne. Hélas! que n’aurois-je pas à craindre si 'je ne
considérois que les arrêts de votre justice!
Mais vos mlséricordes infinies m’ont assuré une
ressource et Préparé un asile dans les mérites de Jésus
Christ votre divin Fils, dans le. sang Précieux qu’il a
NGl‘Sé pour notre salut, et dans la mort qui! a endurée
pour .nous adoucir les rigueurs et les amertumes de
‘notre mort.
Oui, je le reconnois, 6 Dieu saint! j‘aivécu dans
l’illusion et l'égarement; mais, à ce moment où je me
vois comme sur les bords de l’un et de l’autrc monde,
et que j’envisage les choses à la lueur du flambeau de
1éternité, hélas! puis-je sans confusion et sans d'ou
leur me rappeler tant de jours vides et tant diarrhées
criminelles? A‘ cette vue, l’ennemi de mon-salut fait
tous ses efforts pour ébranler ma confianèe et me jeter
dans l’e'pouvante à ce terrible Passage; mais je lève
mes ycux.et mon coeur vers celui qui tient en main
(les clefs de la mort et de l’enfer. ' v
Adorable Sauveur! je meurs par votre ordre et
comme (le votre main, gne puis-je appréhender (le
A L’ETE'BNITE. — m5
funeste de la main de mon Rédempteur? Non, je ne
crains point de descendre dans le tombeau, puisque
vous y êtes descendu vous-même pour m’en retirer.
' Je viens donc à vous, 6 mon Dieu! et j’y viens avec
confiance. Je vous bénis de tout mon cœur de ce que
vous brisez mes fers pour m’appe'ler à l‘heu‘reuse li
- berté de vos enfans; je vous bénis de ce que vous ne
voulez pas que je sois‘ plus long-temps éloigné de vous’
et en danger de vous offenser; je vous bénis de ce .
qu’après un si triste exil vous voulez bien m’ouvrir
l’entrée du céleste séjour que vos seuls mérites me font
espérer. " \
Je sens que‘tout homme,I et plus encore, que tout
pécheur doit mourir dans la douleur et dans les souf
frances; mais quelques souffrances que mon corps
doive encore éprouver, failles que mon âme puisse
s'occuper de la béatitude que vous lui avez promise;
faites que la foi me soutienne dans mes combats, que
l'espérance élève mes sentimens, que la charité sur
tout anime mes derniers soupirs, et que le 'peu de
momens que j’ai encore à passer sur la terre soient
uniquement consacrés par la grâce à votre volonté, à
votre amour et à votre gloire.
C'est dans ces dispositions que je quitte sans regret
cetjte terre d’exil pour entrer, comme je l’espère, dans
la région des vivans, pour vous y aimer et glorifier à
jamais avec vos élus. Ainsi soit-il.
ne L'AME SE PRÉPABA‘NT, “e”

Comment il faut considérer la mort pour en adoucir


les rigueurs.
ON n’envisage d’ordinaire la mort que sous des idées
sombres, tristes et affligeantes; delà viennent la crainte '
et l’espèce d’horreur qu’on en a si communément, et,
en conséquence, le soin que l'on prend d’en éviter
jusqu’à la pensée. ,
.Consÿidérons-la sous les idées plus justes et plus sa
lutaires sous lesquelles la foi nous latprésente; dès
lors elle ne nous paroîtra plus si redoutable; peut-être
même nous deviendra-belle douce et Consolante avec
le secours de la grâce; d'autant mieux, que toutes
ces images de ‘la mort sont tirées de l‘Ecriture sainte
et inspirées par l’esprit saint même.
’ Considérons donc la mort, 1" comme la fin des
misères de cette vie et le terme de notre exil. Que doit
désirer un exilé, que le terme d'un triste pèlerinage où
il ne fait que gémir? (luis me libembit de corpore
mortis hujus?(Rom. 4.) '
'20 Comme la délivrance des dangers et des occa<
sions du péché. Pouvons- nous ne pas soupirer, on .
‘voyant le péril pù nous sommes sans cesse d’ofi'enser
le Seigneur et de le perdre pour toujours? et finem
accipiat peccatum. (Dan. 9.)
3° Comme les moyens de voir bientôt Dieu et de le
posséder à jamais. Si nous l’aimons véritablement, ne
devons-nous pas désirer ardemment de nous unir à
lui dans rla gloire? quandô veniam, et apparelio ante
fa‘ciem Dom'iniP (P3. 41.)
' 4" Comme le port assuré après les orages et les'tenf
pâtes de cette vie-2 où nous sommes toujours menacés
A L’ETEBNITE. 22.7
de quelque funeste naufrage : facta est tranquillitas
magna. (Marc. .
.50 Comme la sortie d'une étroite et’triste prison’
où nous ne faisons que languir en attendant l'heureux
moment de la liberté ‘: edùe de custodia‘ animam,
meam. (Ps. 141.)
6° Comme le temps de la moisson et de la récolte
après le travail. Si durant la vie nous scmons dans: les
larmes, à la mort nous reoueillerons dans la joie : q‘ui
seminant in lacrymis , in eœullatione nzetent. Ï‘U’s.
n25.) '
7°Commc la fin d’une longue ‘guerre ou nous avons
eu à essuyer tant de combats, et souvent reçu de si
dangereuses blessures : m‘ilitia est vita homïnis super
terrram. (Joli. 7.)
8“ Comme le commencement de la vie véritable,
cette -'vie n’étant qu‘un état de langueur et une mort
comme continuelle: mihi enim vivere Chrislus est,
et mori lucrum. (Philip. I.)
9° Considérons encore la mort comme l’arrivée du
céleste Epoux de nos âmes, qui nous appelle pour
nous unir à jamais à lui: ecce sponsus venir. (Mattf253
‘10° Comme le doux et ineffable baiser de paix que
le Seigneur VCuv' bien nous donner en gage de sa ten
dresse : osculetur me osculo cris sui. (Gant. 1.)
11° Comme les. nôces ardemment-désirées de l'A
gnoau, où il nous invite avec ses élus : ad cœnam riupi
tiaruin Agni. (Apoc. 151.)
1 2° Enfin considérons la mort comme le doux 50m‘
meil'qui no'us introduit au repos éternel : cûm deda
rit dilectis suis somnum. (P5. 1.)
13° Comme ‘l'avènement du règne de Dieu _'qui
nous a été préparé de toute ‘éternité.
228 L’AME SE PREPARANT
14° Comme le sacrifice volontaire de tout l’homme
à l’Etre suprême qui l’a formé.
175° ‘Comme l’accomplissement de la volonté sou
veraine, de Dieu et la consommation de ses desseins
de miséricorde sur nous: consummatum est. (Jean. 19v)
'Des images si consolantes n’ont-elles pas de quoi
adoucir les rigueurs de la mort et ranimer tous les
sentimens de l’amour?
V

Réflexions.
On dira peut-être :_ Mais je n‘éprouve pas ces dis
positions si parfaites; j’en éprouve même souvent de
toutes contraires; et dès-lors comment pourrois-je en
trer dans ces doux sentimens ?. Si nous n‘éprouvons
pas ces saintes dispositions, il faut nous en humilier,
il faut les demander à Dieu, il faut‘ les espérer de sa
bonté; en attendant, offrir souvent au Seigneur le
sacrifice de notre vie : il aura plus d'égard à ses misé
ricordes qu’à nos ‘misères. ‘
D‘ailleurs soyons assurés que, comme durant notre
vie nous avons les grâces des vîvans, aussi, quand la
mort viendra, nous aurons les grâces des moura‘ns.
Ainsi, quand ces idées de la mort pleines de crainte,
de terreur et d’excessives alarmes, qui jettent dans le
découragement et rabattement , _s'ofl‘riront à nous,
rejetons-les comme des sentimens qui déshonorent
Dieu et qui outragent notre foi; considérons plutôt
cette ‘mort sous les'images salutaires que cette foi vient
de nous présenter; ‘elles attireront sur. nous les grâces
de Dieu,.elles calmeront ses trayeurs excessives, elles
nous aideront à nouspréparer saintement à ce dernier‘ '
terme; enfin elles nous obtiendront une place. dans
l’heureux séjourdes vivans, où il n‘y aura plus ni ‘
L’ETEÏINITÉ. 229
pleurs, ni gén‘iisscmens, ni craintes, ni dangers, mais
une éternelle et immuable félicité, dans la délivrance
’ de tous les maux à craindre , dans la plénitude de tous
/ ‘l-t's biens à désirer. '
Affections.
Ah! si nous étions-bien remplis, bien pénétrés des
sentimens d‘une «foi vive et animée, quels sentimens
_ ain'ions-nous'à l’égard de la mortlrLes Saints, loin de
.la (‘ndre et. de l’éloigner, soupiroient ardemment
après elle. Dans quels transports d‘amour ne les a-t-on
pas entendus s'écrier avec le prophète aux approches
de cette dernière heure : O heureuse nouvelle que celle
que vous m'annoncez en m’annonçant la mort! nous
irons donc dans la maison du Seigneur : in. donzum
Domini ibimus (P5. 121). Souvent on les a vus faire
éclater ces transports de joie au milieu des ombres et
.des douleurs de la mort, en disant comme le saint
homme Job‘; scie quôd Redemptor meus vivit.
(Job. 19.)
Oui, je sais que mon Rédempteur est vivant, et
.qu’il m’attend pour se donner à moi dans la plénitude
de sa gloire. Monde trom ‘! vie périssable! que
pm’oII‘rez-vous en comparai on des biens que mon
Sauveur me prépare? Qui peut donc m’arrêter encore
sur la terre? 0 mon Dieu! pourquoi prolongez-vous
la durée de mon exil? QuandÏserai-je délivré de ce‘
corpsde péché? Quand pourrai-je m’élever sur les
ailes de ‘la colombe pour m‘envoler dans le sein de
mon bien-aimé? Comment pourrai-je aimer une vie
qui me tient encore éloigné de vous? Comment pour
rois-je craindre une mort qui doit, comme je l’espère,
m'unir éternellement à vous? Venez donc, Seigneur,
I‘Amn contemplait‘ , etc. , 9'0
:30 L’AME SE PREPARANT
immoler la victime; elle s'offre elle-même à,_v0us , et
n‘attend plus que le moment de sa délivrance. Tels
étoient les sentimens des Saints, et tels seroient les
nôtres, si, comme eux, nous étions éclairés d‘une foi
vive et animés d‘un ardent amour.
—/ ' PRIÈRE et résolutions.

Je reconnois avec douleur que je vous aime bien


peu, 6 mon Dieu! puisque je crains tantles approches
de la mort, sans laquelle je ne pourrai jamaÿvous
voir dans le règne de votre gloire. Aulieu de me livrer
à cette crainte excessive, deVrois-je penser à autre
chose qu’à me préparer saintement, afin qu’une mort
heureuse me procuràt le bonheur de me réunir à vous
et de vous posséder à jamais? Etoufl'ez dans mon cœur.
toute autre crainte que celle du péché; excitez- y un
grand mépris des choses‘ de la terre et un désir ardent
de celles du ciel. Je Vous offre, dans cette vue, le
‘sacrifice de ma vie, et je me soumets à l’arrêt de mort
porté contre tous les hommes. Heureux ceux qui,
par une «Vie sainte et une mort précieuse, seront dis
posés à entrer dans Æle séjour d'une vie immortelle
pour rîe vivre plus qâde Vous e‘l de votre amour!
Ainsi soit-il.‘

Les derniers sacremens; le bonheur de les recevoir }


et la manière (le les recevoir saintement.
n’est point d'âme véritablement chrétienne qui, se
voyant proche de sa fin, ne. doive désirer le bonheur
de se munir des derniers sacremens pour passer llCu<
reuscment du temps à l’éternité. ‘
'v
A L’ETLRNITE. _ 23;’.
C’est en effet un grand-et ineffable bonheur pour -
elle; et on peut assurer que'les sacremens , reçus'dans
de saintes dispositions en ces derniers momens, peu
vent être tout à la fois pour cette âme et un gage et ''
un moyen de prédestination‘. -
Dans tous les temps, les sacremens sont des grâces, v
il est vrai; mais ces grâces, reçues dans ces derniers.
momens, deviennent encore infiniment plus précieuses '
_ et plus salutaires, parce que ce sont des grâces de pré- '
férence, ‘de prédilection, et qui par-là même donnent
un consolant présage de prédestination_à la gloire;
aussi tel a été de tout temps le sentiment et la pratique 7
de l’Eglise, cette tendre mère de tous‘ les Fidèles; elle
a toujours cru que ses enfan's ne doivent pas sortir de‘_‘
ce monde sans porter avec eux. devant le Père céleste
la marque de leur adoption, ni aller paroître ‘devant
leur juge sansav‘oir reçu leur Sauveur. > 1 ' '
Telle‘ raussïtoujoms été la ‘pensée des véritables - '
Fidèles, de bien‘ espérer du salut de ceux qui ont reçu‘
les sacremens des mourans , et d’être en quelque peine
sur ceux qui ne les ont pas reçus : on est _si consolé
quand une personne qui nous est chère a eu le bon
heuræle se fortifier par ces derniers secours! on est si
affligé lorsqu’elle n‘a pas eu cette grâce, quand on
auroit pu la lui procurer! Ce sentiment, si universel
parmi les Fidèles, ne marque-t-il pas la persuasion
générale où, l’on est que les derniers sacremens reçus
dans ces dispositions sont un gage précieux de salut et
de vie? ' _ " ' '
L’Eglise, toujours plus'empressée pour ses enfans
exposésau‘x demiersïco'inbats,‘ montre alors tout son
zèle et omiret'ous'ses'trés'ors en faveur des‘ mourans : ,
nous‘ voyons‘ avec'quelle solennité- elle fait porter au
23.2 .‘ L’AME SE BREPARANT
malade mourant le gage de la félicité éternelle; les
prêtres zélés se hâtent de prêter leur saint ministère;
les peuples accourent et lÎaccompagnent en foule; les
anges mêmes semblent «s’unir à eux; et tous de concert .
offrent à Dieu des prières et forment des vœux pour ._
obtenir au mourant les dispositions saintes dans les
quelles il doit recevoir la visite ponsolante dont ce
divin Sauveur daigne le favoriser. Cette Eglise sainte
qui donnait autrefois aux martyrs la divine Eucharistie
pour les préparer à une mort sanglante, la donne
encore aujourd’hui aux Fidèles pour les préparer à l
une mort chrétienne. . V
C‘est ainsi que les derniers sacremens sont non
sculement un gage précieux, mais encore un moyen ,
salutaire de prédestination; c’estàà-dire que non-seu
lement ils nous confèrent la grâce, m'aisencore qu’ils
l’augmentent; ils consolent l’âme, ils la fortifient,
ils la préparent à l’heureux termc'de son exil ; ils,.la
mettent en état de faire avec courage le grand voyage
de l’éternité : et c’est pour Cela qu’on appelle l’Eucha
ristie, donnée dans ces circonstances, le saint via-V.
tique, c’est-à-ädîre, le secours abondantet précieux
pour le grand trajet que l‘on a à faire de la terreau
ciel, du temps à l’éternité. 7
Et de quels secours, en effet, n’avous-nouspas ‘
besoin pour nous soutenir, dans ce pénible et dernier
passage, contre notre propre foiblesse, qui‘ est alors si
grande, soit‘: dans le corps accablé de douleur, soit
dans l'âme livrée quelquefois à des craintes et àdes
alarmes! car quelque sainte qu’ait‘ été une vie, qui
est-ce qui n’a pas à ‘se reprocher et à trembler?
Secours encore plus nécessaires contre les pièges
du démon, qui redouble alors tous ses ‘efforts, et qui _
A L’ETERNITE. t
233
n‘est jamais plus lion rugissant qu‘à la mort et aux
derniers momens qui décident de tout pour toujours.
Or ces secours puissans, où les chercherons-nous?
Cette force si nécessaire dans ces momens, où la
trouvérons-nous plus abondante, plus précieuse que
dans 'les derniers sacremens institués spécialement à
cette fin si salutaire? Où la trouverons-nous plus forte
et plus efïicace que dans ce pain sacré que l'Ecriture
appelle par excellence le pam des forts, le pain même
des anges! ‘
Aussi voyons-nous quelquefois ces âmes ainsi forti
fiées entrer comme dans de saints transports ‘d’amour,
de consolation _et de joie. Ah! quel est mon bonheur!
J’ai reçu mon Dieu dans mon cœur; j‘espère qui]
voudra bientôt me recevoir dans le ciel; j’ai l’avantage
de le posséder; il est à moi, et je suis à lui; désormais
7 je n’ai plus rien à désirer sur la terre; le monde. et
tout ce qui] renferme Va disparoitre; je vais finir ma
course mortelle; que la volonté du Seigneur s’accom
plisse; je m’abandonne à lui_ sans réserve; j’espèrc
trouver grâce à ses yeux, je porte dans mon cœur le
gage precieux de l’immortalité. Ufai tout à craindre de
son infinie justice; mais j'ai encore plus à espérer de
son inefl'able miséricorde. Je vais paraître devant mon
juge, mais j‘y vais comme arrosé du sang de mon ado
rable Sauveur; je quitte la maison de mes pères, mais _
c'est, comme je l’espère, pour entrer dans la ‘maison
de mon Dieu.
Tels sont les divins sentimens, tel est le spectacle
édifiant dont nous sommes quelquefois les témoins :
spectaclej glorieux pour le ciel qui voit une âme près
(Îentrer dans le sein'des élus; spectacle édifiant pour
les‘ assistans qui ne peuvent manquer d'être touchés de
30.
. __——..__,I“

234’ ' LIA ME sa PREPÀRANT I


ces pieuir sentimens; spectacle çonsolant-pour des pa
rens chrétiens qui ‘vont perdre une personne chérie , il
‘ l’espérance
est vrai, mais qui ont de quoi adoucir leur douleur par
moralement assurée du bonheur de laiper
sonne qu’ils
i perdent. Réflexions.
‘ ’ '

Pour nous mettre en état d'obtenir noirs-mêmes un


jour cette‘ grâce, ce n’est pas assez d’avoir connu le
bonheur qu'il y a de ‘recevoir les derniers sacremens, il
faut encore bien. comprepdre quel est la manière de les
bien recevoir; la VOlClr ' .'
Il faut les désirer, il faut les demanden, il faut non
y préparer; mais les désirer ardemment, mais les de
mander instamment, mais nous y préparer saintementl
avec ces dispositions nous aurons tout sujet d’espérer,
avec le secours de la grâce, de mourir de la mort des
' Saints et d’avoir part au bonheur des élus.
«
1° Désirer ardemment les derniers sacremens. Ehl
c o 1nmen t ne d‘esireroi t—on pas avec la pl us vive ar d eur
unegrâce si précieuse, une grâce si nécessaire, une grâce
qui peut devenir pour nous la source de tant d’autres
grâces; disons plus, une grâce qui sera peut-être pour
nous la dernière des grâces , celle qui terminera notre
cours e en c c mon d e ,q ui con.ommera
s Il 'ouvrave
a d eno tre
s.si u t, e,td ès-lors uisera , ene fl't,p
6 car nousce tte r â ce
de prédilection, de préférence et de persévérance finale ,
qui doit mettre le sceau à notre prédestination, puis
' que, selon les saints pères , la‘ persévérance finale pour
ql’âme nlest autre chose que «l’union de la grâce avec la
mort? Or qui est-ce qui peut consommer plus heureu
sement cette sainte union que les derniers sacremens
désirés avec cette vive ardeur et reçus dans ces saintes
dispositions? '
A L’ETERNITÊ. .235
. ' i 2‘5 Les demander instamment, et ne pas diilerer jus
qu’à une espèce d’eritrémité, comme il n’arrive que
trop souvent dans le monde : car de là il peut arriver
deux malheurs également redoutables pour les mou
rans au sujet ‘des derniers sacremens; le preinier, de
ne pas’ les recevoir, ce qui est une privation doulou
reuse et bien triste; le second, de les recevoir mal, ce
qui seroit une réprobation consommée en mourant
dans cet état. _ ‘
‘Je dis de ne pas les recevoir : malheur qui arrive,
tantôt par la'faute du malade qui diffère, qui renvoie‘,
qui éloigne toujours ‘sous mille prétextes, et qui, à
force de différer et de renvoyer, se prive de cette
consolation et'de secours si nécessaires dans l’état où
il est._ ‘ '
Tantôt par la faute des parens et des assistans, qui,
par une làche'complaisance', un indigne respect hu
main, une fausse compassion, une amitié meurtrière,
sont , les premiers à conseiller ces délais funestes ,
crainte de troubler et d‘êffrayer un malade :altendons,
rien ne presse encore, on sera à temps; en attendant
le mal augmente, le malade perd la connoissance et
meurt sans secoursflet sans sacremens. Maudite com
passion! amitié cruelle! une haine déclarée seroit-elle
plus funeste? ' i '
C’est un malheur pour le malade de ne pas recevoir
les sacremens ; le malheur seroit encore plus grand de
les mal recevoir; et n’est-ce pas à quoi l‘on s‘expose en
différant à l’excès, en attendant toujours à l‘extrémité?
On a différé, on s’est' flatté, on a flatté le malade; une
augmentation de mal, une révolution subite annonce
un danger prochain; on court avertir un prêtre; peut
‘être ne se trouvera-t-il pas à portée : juste punition de
:36,‘ L’AME s13 PBERARANT.
Dieu‘! Mais, en supposant qu'il se trouve, il vient en
diligence, il s’empresse de procurer cedernicr secours; ,
mais, hélas! dans quel état trouve-t-il le malade! dans .
une espèce diagonie , l‘esprit troublé, les lumières de la
connoissance à demi. éteintes, l’âme déjà sur les lèvres,
un homme comme à demi mort; on lui parle, on l’ex
horte, il donne quelques signes, souvent assez équi
voques. Si on l’administre dans cet état, que peut-on
espérer? que n’a-t-on pas à craindre? Et n’y a-t-il pas.
à craindre en effet que les dispositions n’aient pas été
suflisantes, et qu'au lieu de recevoir un sacrement qui
opère son salut,lil'n’ait fait un affreux sacrilège qui
consomme sa réprobation? D'où est venu ce malheur,
si ce n’est bien souvent du délai criminel qu'on apporte
à recevoir les derniers sacremens, ou de la précipita
tion avec laquelle on les reçoit? Si le malade les avoit
demandés lui-même à temps , il s’y seroit saintemcnt
disposé; Dieu lui aurait accordé des grâces spéciales
pour s’y préparer, il les auroit reçus avec consolation
et avec paix, comme il les aurolt demandés avec em
pressement et avec ardeur. ' ‘
3° Il faut donc désirer avec cette sainte ardeur les
derniers sacremens : il fautlcs demander avec la plus
grande instance; à cette première préparation on.
ajoutera toutes les autres que la grandeur de l'action
demande, une contrition sincère, une douleur amère
de tout le passé, une soumission entière à la volonté
de‘ Dieu, un saint abandon àsa providence, un sacrifice
généreux de la vieJ un détachement absolu du monde
et de toutes les choses du monde : surtout un amour
ardent pour le Dieu vivant devant qui on est sur le
point de paroitre; en un mot, tous les sentimens ,
toutes les dispositions qui doivent préparer le cœurnà
\
_A__.—_‘_._
.. averenmrei. 237
ce Dieu de bonté qui daigne Venir, en qualité (le Sau
veur et de consolateur pour recevoir; et consacrer les
derniers soupirs du mourant.

Aflëctîons. 5

Tels sont les sentimens que je. vous. demande ins


tamment, ô mon Dieu! et dans lesquels je désire rece
voir les derniers sacremenszaprès quoi, me considérant ‘
comme n'étant plus dans ce monde , je ne m’occuperai
plrus que de l‘autre,et je n’emploiraile Peu de temps qui
me restera qu’à la préparation prochaine de l’éternité
bienheureuse , où la réèeption chrétienne (les sacre
' mens doit nous introduire. Pour y. vivre à'jamais avec
Dieu, dans Dieu et de Dieu. _ .
Je comprends au reste, 6 moniDieul que le moyen
le Plus sûr d’obtenir la grâce, de recevoir avec fruit les
sacremens à laflhort, c’est de les fréquenter souvent et
saintement durant la vie; car, si durantla Vie. ons’est
éloigné de vous, il seroit à craindre que, par une juste
punition, vous ne vous eloignassiez vous-même de
nous à la mort. J’espère, ô Dieu de bonté!‘ que, par un
nouvel efl‘et de vtre grâce et de votre amour, Vous
daignerez alors ,veuir à moi Pour recevoir mes (les
niers sentimens et consacrer mes derniers soupirs; c’est
à ce saint amour que les çonsacre ce moment
pour toujours. - ' N
;z Résolutions.‘
1° Je demanderai instamment au Seigneur la grâce
de recevoir
etila libertéles derniers
il’es‘britl saèremens'aveç
nécessaires} une laconnoissance
granule et si
sainte action. . ' ’ 1 “il, ' ‘ M ’ '
' t. a 7" 7 .' A l . .
a? J’qfliurax souvent . ,mÛesy 'gprflmunxous ordinaire‘:
. - '5'!“ * «
23s‘ L’AME SE PREPARÀN‘I.
comme en forme de Viatique et de préparation plus
prochaine à l’éternité.
33 Je conjurerai la sainte Vierge et les saints anges
de vouloir bien m’assistcr dans ces'derniers momens, .
et de m’obtenir ce divin amour dont ils sont embrasés.
v 4° J‘aurai un ami de confiance que je prierai de
m’avertir à bonne heure du danger : souvent les ma
lades'se flattent et se trompent; plus souvent encore
on les trompe en prétendant les ménager.

Le Paradis, ou l’e'te-rnite' bien-heureuse.


IL est donc vrai, 6 Dieu saint, 6 Dieu d'amour, 6 Dieu‘
auteur de notre être! il est donc vrai que nous n’habi- ‘
rons cette terre qu’en qualité d’étrangers et de voya
geurs; que nous sommes créés pour être un jour ci
toyens du ciel; que, sortis de votre seinfiions devons y '
rentrer un jour; qu'en nous mettant ‘au monde, vous
ne nous y avez xnis'que pour un.temps, et que“, cet‘
espace de “temps étant- écoulé, nous devons retournerÿ
dans le lieu {de notre origine pour y vivre et y régner à
jamais; enfin que, quand Vous nous avez placés sur la
terre,'voñs"ne-'nëu's avez placés que comme dans un
lieu 5de pèlerinage ' et‘ 'd’ex-il , pour‘ nous donner le
moyen d’obtenirfà titre “de récompense, le ‘céleste si‘
jourgoù vous nous avez destinés. = '
De sorte que, pour'zehtriefdans vos vues, toute
notre vie ne devroit être qu‘un désir ardcntde ce sé
jour des vivans, un soupir continuel vers cette cité
permanente; mais ce désir doit êtreuhien plus vif et
1 8
plus ardent encore à inesu'i'e qu‘ori‘iavziiicé‘ da‘ns’la
course et qu‘on voiglle terme de l’exil'l'zipproche'r,
comme un hommesur mer 'q'iii voit'appi'o‘cΑŒr’ le port
‘A L’ETEBNITÊ. 253,9
désiré : or telle est la situation où je me trouve à pré
sent (bien des années se sont déjà écoulées depuis que
je suis entré en ce monde; »mon unique attente doit
donc être den sortir, et mon unique occupatioñ de
m’y disposer.) Daignez, 6 Dieu de bonté! agréer les
soupirs qu’élève mon coeur vers ceséjour des vivans
et vers les biens que vous nousky préparez; quoi de
plus digne de tous mes soins et de tous mes vœux que
le bonheur'où vous me permettez d’aspirer! A cette
vue, tout le reste ne doit-il Ipas disparoitre à mes yeux;‘9 -
Bonheur du ciel, bonheur/véritable. Tous les biens
de ce monde ne sont que des biens faux, des biens
apparens , des ombres de (biens fugitives et trompeuses.
Ce n’est que dans le ciel que nous trouverons les biens
véritables et‘ dignes'de nous. .
‘ Bonheur immense et sans bornes, récompense pleine
et abondante , où un Dieu rénumérateur se plaît à faire
éclater sa magnificence et à communiquer ses trésors.
Bonhéurpur et sans mélange d'aucun mal; demeure
inaccessible à la crainte, à la tristesse, au'de'goùt,jà
toutes les alïllçtions qui remplissent cette vie d’a
mertume. . .
Bonheur éternel et sans fin; les années, les siècles,
les millionsd’années et de siècles se seront écoulés, et
la félicité ne fera toujours que commencer pour ne
finir jamais. Tant que Dieu sera Dieu, la béatitude
‘sera
l’objetimmuable et durera
et-le terme. d aiutant que celui qui
i 1 en est
Bonheur incompréhensible, au-dessus ‘de toutes
nos pensées, de toutes nos expressions, de tous nos
éloges, rassemblons‘dans notre esprit tous les biens
.dont on a- liidée,.les richesses et toute leur opulence,
.les'lionneurs et tout leur éclat, les plaisirs et tous leurs
N,
240 L’AME SE PRÉPARANŒ
attraits; tout cela est grand, et tout cela n’est pas
même une foible image de la gloire où Dieu nous ap
pelle. Non, l’œiln’a jamais vu, l’orei'lle n’a' jamais en«
tendu, le cœur de l’homme ne comprendra jamais ce
que Dieu a préparé à ses élus dans sa gloire. Un fleuve
de paix les arrose, un torrentde délices les inonde; leur
soif ,‘ toujours étancbée et toujours renaissante, ne sert
qu’à leur'faire toujours plus goûter les inefl'abl'es dou
ceurs dont ils sont et seront à jamais enivrés. Unis à
* Dieu, vivans de Dieu, régnant avec Dieu sans crainte
de le perdre jamais, assurés de le posséder toujours et
‘ d’être éternellement heureux de son propre bonheur.
Tels, et mille fois plus grands encore, 6 mon Dieul
sont les biens que Vous nous avez préparés, Et je suis
fait pour ce bonheur! et je puis‘aspirer à cette félicité!
. et je puis porter mes regards et mes espérances vers
cette immortalité glorieuse! Hélas! qu'est-ce que le
monde nous ‘présente ‘en comparaison de ce que vous
nous promettez? Le monde, toujours indigent, ne‘
peut vous offrir que quelques biens bornés, fragiles et
périssables; et c‘est pour ces biens fragiles et de quel
ques jours qu’on néglige le ciel, qu’on oublie le ciel,
qu’on se met en danger de perdre à jamais le bonheur
du ‘ciel; et quand même le monde nous prodigueroit
tous ses'biens, ignorons-nous'qu’il faudra les quitter
un jour et les perdre à jamais? Et voilà cependant ce
qui nous attire, ce qui nousoccupe, ce‘qui‘nous’faît
perdre de Vue les biens solides et permanens'dd lléter‘
nité bienheureuse.
' Réflexions.
Je comprends plus que jamais que je dois renoncer
pour toujours à tous ces faux biens, si jamais ils dol
A vsreamrn :41
vient m’éloignende Dieu.:Non, je ne dois plus désirer
en ce monde que lesbiens de l’autre; détrompé de tout
ce qui passe et s’enfuit, je ne dois m'attacher qu'à ce
qui est éternel et durable. 0 Dieu saint, Dieu rému
nérateur et sauveur! aurai-je un jour le bonheur d‘a»
voir part à ces biens? Ah! quand viendra ce jour heus
reux, ce moment désiré où je pourrai contempler à
loisir vos ineffables beautés! c'est 15 où vont tendre
désormai’lous mes désirs, où vont se réunir tous‘meo
vœux. Hélas! hommes mortels, et destinés à l’immor
talité, que faisons-nous en ce lieu d’exil, si nous n;
Ioupirons après la céleste patrie et si nous ne travail
lons nous-mêmes à la mériter? Pour moi, mon Dieu,
dégoûté de tout}, je m’écrie avec le prophète : 0 Dieu
des vertus , que vos tabernacles sont beaux, qu'ils sont
désirables! que je contemple avec joie ces lieux de dé
lices où vous avez fixé votre demeure et celle de vos
élus :quàm dilecta labernucula tua, Domine virtutum
(P3. 83)! Jelan'guis dans la vue, dans l’attente de ce
séjour inefi'able ;' jamais le cerf altéré ne courut avec
tant d'ardeur à la sourcedes eaux vives que mon cœur
s'élance vers vous lat/votre cité permanente : quemud
modum desidérat ceraus ad fontes aquarum (P5. 41).
Que mon exil est long! que ma vie me paroit amère
quand elle est prolongée! Heu mihi quia incolatus
meus prolongarus est (P3. r 19)! Quand je serois sur
le trône des rois, quand je semis environné de tous les
biens de'ce monde, je ne trouverois que vide, je n’é
prouver'ois que dégoût. Vous seul, 6 mon Dieu! v us
seul pouvez vaincre ce dégoût‘ de mon âme; la âîf
ardente qui'medévore ne sera éteinte, la violence-de
mes désirs ne sera ‘apaisée quÎau' moment où je vous
verrai, où vous vous montrerez à mdi dans la splenv
.L'Ama contemplent , qtc. “
242 L'AME- SE PBAŒIP'AvBANTÎ
(leur éternelle de votre gloire :satîäbohycùmapparuerit
gloria‘ tua ( Ps. 16). Dans cette vive’ attente2 les'jours
sont pour fnoides années , les années ont la, durée des
siècles : quandô veniam et apparebo (Ps. 41 )?Retir’ez1
moi enfin, 6 mon Dieu! de ce lieu d’exil où mon âme
ne fait plus que languir; appelez-moi à ce céleste séjour
où les Saints vous bénissent, où les intelligences su
blimes vous adorent, où, une fois introdui 1‘ votre
grâce, je pourrai m’écrier à j,a'm'a'is avecflâphète :
C‘est ici le lieu de mon repos; j’y établirai le centre de
& paix, Parce que je l‘ai choisi pour mon unique par
tage dans les siècles dessiècles : hic habitabo , quoniam
elegÀi eam. (Ps. x31.) un 3;.
Aflëctiqns. l ‘

0 beau ciel! 6 chère patrie! 6 me on de Dieu, où il


a établi sa demeure et son'trône! dpuxséjour des élus
réunis pour. toujours ‘dans le sein d’Abraham; région
fortunée des vivans, assurés de vivre à jâmais de la vie
de Dieu même; port assuré après les tempêtes de la
mer orageuse de ce monde; centre de laîpaix après les
_ guerres continuelles de cette vie; récompense promis’!
aux fatigues et aux travaux essuyés sur la terre.
Sàinte Sion, céleste Jérusalem ,' objet de nos vœux,
comble de nos désirs, terme de nos espérances‘! est-il
donc vrai que nous Pouvons aspirer au bonheur que
tu nous prépares de .toute éternité? '
Seigneur mon Dieu,.quel est donc celui qui habitera
u 'our ces sacrés tabernacles? Domine ,quis habitabit
in‘ 'rabernaculo m0 (Ps. 14)? Vous nous l’apprenezc.
' c'estcelui qui se sera écarté des voies de l'iniquité :yui
ingreditur sifie maculé. Celui qui aura marchévdans
les sentiers de l’équité et de la justice : et operatur jus
s
‘x I: A, L’EI‘ERNITE. 2*?3
n'tiam. Celui dont'la langue aura été ennemie du men
songe et le >cœurl'él'oig'né de lalfraude et de l’artifice:
qui loquitur veritatem in; corde suo. Celui enfin‘ qui
aura P’at'‘f1u'é' lesœuv'res
. de salut. et de vie.
. C’est celui
là ) et celui-‘Recul’ ‘la rentrera: en .P ossession dece É lo
- rieux r retraite’!
7
ssession.7 une fois rise ’ sera
pour lui à jamais immuable , imperturbable , inacces
sible aux calàmité's, aux revers‘, aux pleurs, aux gémis—'
semens, auxcràintes, auxalarmes, ‘à' tousles événemens‘
qui pourraient enztroubler la douceur et la'paix. Ah!
je le dis'eucore,. t8 je le irai à tous les'instaus :Sairite
Sion, aurai-je e bonheur d’entrer un jour dans ton .
seinQd’aizoirp‘arî à'xt'on héritaÿerde'bo'ire dans les
torrens de'délicer' que tu fgisïcou'ler en fqyeur des
"élus? » . '
Mon Dieu, mon Dieu! c’est pour vous , c’est pour le
ciel que vous'ni'avez créé; vous mly invitezi vous m'y
appelez
m’en renclevindighe
Par votre grâce;
l'æarïmes
ah! ne
péchés.‘
permettez
Je senspas
combien‘
que

peu j’ai travaillé Par le passé à la mériter : mais désor


mais elle fera l'unique occupation de ma vie, comme
elle fait l’un'ique désir de mou cœur; puisse-t-elle étse
le terme demon bonheur! C’est pour elle que je veux
vivre; heureux si pour elle je pouvois mourir!
R ésolutions.
Ces quatre grandes pensées seront'à jemais gravées
3ans mon esprit. .
.1" Qu’il n’y-a ‘de véritable bonheur que celui que
nous pouvons espérer dans le'eiel, et que tout prétendu
bonheurlsur là'terœ seroit un malheur véritable, si on
s’y atta’chôit. ' -" r. 4 - ' '
V 1 a". Q'ue lelbonheur :111 ciel ne doit point être seuled
244 ‘ L’AME SE summum
ment un don de Dieu, mais une récompense de nos
œuvres; ce n’est qu’à ce prix que la‘ couronne peut nous
être accordée. ' x .1: ,
' 3° )Qu’il nous reste bien peu de temps pour la mé
riter, et que peut-être bientôtno‘us serons à la lin de
notre course mortellepour entrer dans'une immorta
elité glorieuse.‘
4° Que l’espérance et l'attente des biens du ciel
doivent nous faire ‘supporter avec patience tous les.
maux et toutes les peines de. cette vie : dans peu elles
finiront, et la récompense guibur estgréparée ne finira
jamais. v , ‘u ‘
Grandes et immuables vérités! je les rappellerai sou-v.
vent, je les méditer-ai sérieusement;'puissent-elles.
m’accompagner jusgu’au tombeau et m’ouvrir la porte
du ciel! . '-c . . ' . ,. îm‘ ' _
desC‘est
élus votre amour, 6demon
et le bonheur Dieu! e’est
l’éternité; qui fait la vamour:
votre

seul qui peut me dounen‘ entrée à cette mité bien-v


heureuse; c‘est cet amour que je vous demande'ptéféc
rablement à tous les trésors de la terre.
‘Un fils qui ne demande d’autre grâce à un tendre
père que celle de .l’aimer n’a-t-il pas tout sujet de les».
péter desa'bontéi n :4 ' u...
—\

De l’amour de Dieu. _ .
-Vous aimerez’ le Seigneur votre Dieu, de tout votre
cœur, de toute votre âme,‘ de toutesvos forces : dili
gvesgDom'inum, etc. , (fMaHh; 22). F'alloibîl. donc au!
‘ hommes une loi positive et formelle dïaimer leur Dieu 5
Ils, savent qu’il existe; n'en‘ étoit‘ce pas assez? SaVOÏI
‘A L’ETERN’ITE.‘ 1 245
qn’il y a un Dieu, c’est savoir qu’il' y a un‘ Être suprême
qui renferme toutes‘ les beautés, tous les charmes et
tous lesetattraits;
avons, qui nousqui nous
a fait touta ce
donné tout sommes.v
que nous ce que nous
Ou
il fiant ne rien airner, ou il faut aimer un être si parfait.
De là il paroît encore étonnant qu’on nous fasse un
.mérite de notre amour. Comment n’est-il pas aussi
uoturel d'aimer Dieu que de respirer, que de s’aimer
goÿmêm‘e? Mais la grande raison pourlaquelle- on
n’aime pas Dieu, c’est que l‘on s’aimertrop soi-même ,
ou que l’on s’aime‘sans règle. 0 amour désordonné de
nous-mêmes’! c'est toi qui exclus de nos cœurs l’amour
de notre Dieu. Cependant aimer sincèrement Dieu, ce.
seroit s’aimer véritablement soi-même; ce-seroit tra
vailler a sa félicité propre; qu’on ne peut se procurer
sans cet amour. Chacun comprend assez l’obligation‘
et les avantages de l’amour divin; l'on dit même sou
vent que l’on aime Dieu de tout son cœur; mais ce ne
sont souvent que des paroles; ‘pour peu que l’on
veuille sonder sérieusement son cœur, l’on voit bien
que l’on n’aime que du bout des: lèvres. Non, l'on
n’aime pas Dieu comme l’on aime un père plein de S
bouté, comme l’on veut être aimé soi-même (Ïun ten
dre ami. Je sais que, pour aimer, il n’est pas nécessaire
d’avoir un amour sensible; maisce n’est encore là, à le
bien prendre, qu’un autre ‘prétexte dont on couvre
son indiflërence : l'amour demanderoit des effets, des
sacrifices, des victimes: en renvoie cesréflexions aux
âmes sublimes, élevées à‘ la perfection; le commun se‘
contente de savoir qu’il faut aimer Dieu, de convenir‘
qu’il estjuste d’aimer Dieu, de ne pas, si l’on .veut,
consentir à déplaire à-Dieu; et.voilà- à quoi ‘on réduit'i ‘
tout le culte si doux,si consohnt si divin de l’amour;
/
23,6 L’AME SE PREPÀRÀN'I‘I
Non,
hélas!6' jeDieu si aimable! vous n'êtesdes
pas autres,
aimé. Mais,
gémis sur li‘insensibilité' et je
crains d’entrcr dans mon propre cœur, qlr’y trou
verai-je? quel vide affreux’! quelle froideur! quelle
glace! 6 Dieu‘! faites que j‘en rougisse, et surtout que
j’en sois changé; oui, je dois l'avouer à ma confusion,
j’avois durant un temps connu la nécessité d’aimer
Dieu; j’avois' même goûté le don précieux de l'amour;
je regrettois de n‘avoir pas plus ‘tôt commencé à aimer;'
je ne croyois pas qu’il fût possible de cesser d’aimer;'
quelles protestations! quels traiisports! quelle ardeur!
tout cela n’étoit-il pas sincère? Travaillo’is-je à me
séduire et à m’étourdir? Non; alors 'j’étois , ce me
semble, de bonne foi.. 0 moment si heureux! d'autres
bien difl'érens devoient-ils vous suivre? 0 que n‘ai-je
fini ‘moi-même avec vous! Mais enfin n’aimé»je' donc
_pl‘us? ah! plutôt expirer à l’instant! le moins que je
puisse avouer, c’est que j’ai vécu â'l’égard de Dieu
dans une sorte d'indifférence {qui ne diil'éroit guère de
l’oubli: à certains momens, si l’on m’eût demandé,
Aimez-vous Dieu de tout vous-même? qu’aurois-je pu
répondre? qu’auroislje pu me dire à moi-même dans
le secret de mon cœur? hélas! j'en rougis, ô mon Dieu!
Quoi donc! jÊai pu changer après avoir éprouvé ce que
j’avois éprouvé! J'ai pu oublier et mes promesses et
mon bonheur? 0 inconstance, que je ne puis coni
prendre‘, au moment même que je n’en saurois douter
et que j’ai tout sujet de la déplorer dans mon cœur!
Réflexions.
Mais qui pourra adoucir l’amertume de ces pensées ?
je ne vois qu’une seule réflexion capable de les calmer :
cî est‘ que je.
1 -
puis u
encore armer u
ce Dieu -
de bonté, loin
A‘ L’ETEBNITE. 247
detsë ‘rebuter; ,de mon infidélité,’ il veut encore per
_ m‘ett're‘que je'l’aime. v'Que dis-je? il me rappelle entre
ses bras; il'me dit amoureusement ; Mon fils, si tu
veux encore jm’aimer, tu le peux; je le ‘désire , je t'aime
encoreumoi-m‘ême : ici ma langue demeure sans parole:
mes pensées sqntcomine suspendues; je ne démêle
p‘lusda confusion de mes sentimens; ma foiblesse, mon
infidélité me consternent; la bonté de Dieu pourtant
m’attire encore, ‘et mon cœur est entraîné vers lui.
Oui, Seigneur, vous serez aimé; 6 Dieu ‘infiniment
aimable! je vous aime; toute mon ambition ,' toute ma
gloire est'de vous aimer; toute mon espérance est'de
ne cesser‘ jamais de vous aimer ', toute mon application
sera de travailler a ‘eus aimer toujours davantage ;
malgré tout cela, je sens bien, mon Dieu, que je
n’aime pas encore comme je voudrois aimer; mais je
désire ardemnænt d’aimer autant que je le dois. Ce
désir est dejà une sorte d'amour qui me mssure et qui
me console; dans le fond, 6 mon Dieu! je ne vois rien
‘que je ne donnasse actuellement pour votre amour;
rien que je ne sacrifiasse volontiers à votre amour,
Seigneun, jamais je il’ai moins compté sur moi-même;
mais aussi jamais, ce me semble, je n'ai plus compté
sur votre bonté : avec votre secours, je vais désormais.
vous aimer, non plus simplement de cet amour d’obli
çation et de précepte, mais d’un amour pur et parfaitj; 4
(le cet-amour qui porte âne s’occuper plus. que de vous,
à. n’auir
0 7 à ne_ souffrir
V a à ne vivre 7_ à ne res Pirer ‘ lusv
que pour vous; de cet amour qui ne cherche‘qu’a
‘ croître , qu’à se répandre, qu’à' embraser tous les
cœurs, qu’à enflammer, s’il le pouvoit, tout l’univers.
Eh! seroit-ce assez pour moi de vous aimer? Non‘,
non, ‘je n’oublierai rien dans la suite pour vous faire
24e L'A ME SE PREPARÀNT'
'aimer :. je me consuhrerai’,'s’il le faut, pour porter à
vous tous les cœurs; dans: cette vue, je commencerai:
moi-même par. vous aimer‘. Faites, ô mon Dieu! que je
sois embrasé du feu de cet amour pour en embraser
ensuite tous les autres : jamais je ne serai plus propre
a tout: enflammer de cevfeu divin que quand jÎen serai
enflammé moi-même; 0 fiau céleste! qui brûlez sans
vous‘ éteindre, ne cessez d’embraser mon coeur, afin
que-mon cœur embrasé soit comme un flambeau qui
pertevpartout un si divin embrasement‘. O feu dévo
rant, fondez les glaces de mon cœur charnel, étoufl'ez'
toutautre-Ï'eu qui pourroit s’y allumer‘, détruisez tout ,.
purifiez tout, brûlez tout‘ dans mon cœur; qu'il soit‘
' comme unevictimq d'holocauste lPonte consumée dans“
vos-flammes. 0 Dieu !" qui êtes l'amour par essence,
aimez-vous vous --même-dans moi comme vous mé-.
ritez’ de l’être; je ne saurois espérer de vous aimer
ainsi;:ma—is javous ofl-‘re votre'propre amour. Quand
je vous'aime, cen’est que par votre amour, c’est plutôt
vousamêmé qui: vous aimez dans‘ moi. Tel'est mon.
néantspquiilifaut que ierreçoive-de vous la pensée et-le
désir de vous aimer, que, quand je m’efi'orce de vous
aimer; ce n’est que par vous quevje puis produire ces
doux sentimens; mais je suis consolé par cela même.
Comment‘vous aimerois-je , ô-mon Dieu! si je ne vous
aimois-tque demon. propre fonds? au lieu que, quand '
je pense-que c'est par un amour venu de vous que je
vous aime,ralors je vous oflre avec plus de confiance .
lîhommage de cet. amour. ‘
A Liman-mm. :49
Afi’èctîons.
Je vous l’ofi're, Seigneur, dans ce moment et sans
aucun retour: ah l‘ que ne Puis-je mus l’olt'rir à tous‘!
les instans de ma vie! Pourquoi tous les soupirs de
mon cœur ne peuvent-ils être autant d'actes d‘amour?
Non, ce coeur‘ n'est digue de vivre que lorsqu’il est
animé par votre amour; cet amour précieux est ma
véritable vie; sans lui mon âme vit encore moins que
mon corps ne vit sans mon âme; sans lui je ne fais
rien, je ne mérite rien, je ne suis rien; mais avec lui
je suis tout, j’exëcute tout : je suis élevé, transformé,
comme divinisé, puisque je vis alors de la vie de
Dieu, ou Plutôt, puisque Dieu lui-même, qui n’est
qu’amour, vit heureusement en moi et me donne le
gage d’un amour éternel. 4
Amour divin! que de chemin ne fait-il pas faire
dans peu de tempsj, quand une fois il a pris possession‘
d’uucœurl Qu’un pécheur véritablement pénitentÎ
commence il aimer; bientôt, non-seulement il pleu
rera, il détestera, il expiera ses péchésbil enehaînera.
ses passions, il dominera ses sens, il captivera sa vo
lente; mais, s‘il avance dans les voies de cet amour
divin, s’il aime avec ardeur, s'il aime de tout,son
cœur, dè's4lors son amour le portera, l’élèvera à tout,
l’animera, le soutiendra, ‘le sanctifiera dans tout; cet
amour, en croissant à tous les instans, le conduira
comme par degrés au comble infiniment désirable de
l'amour Pur, de l’amour parfait, après lequel rien n‘est
plus à désirer en ce monde que l’amour immuable et
éternel qui fait le partage et les délices de l’autre.
0 amour, que ne vous ai-je pas plus tôt connu! et
que ne Puis-je vous Posséder tel que je vousjconnois!
N,

250 L’AME SE PREPARANT.


allumez-le dans mon cœur, ô mon Dieu! vous êtes un
feu ‘dévorant; aniinez, vembrasez, consumez tout, et,
s’il se peut, qu’il n'y ait plus d’autre sentiment sur la
terre que celui quiæst le plus digne du ciel.
à Résolutions.
1° Je ferai souvent des actes d'amour, et, autant
que je le pourrai , de l’amour le plus pur et le plus
Pa ['li’lÎ.
2° J'olliirai toutes mes actions par
. le ‘r’motif de v

l’a-mour, comme étant le plus digne de Dieu, et celui


quil’honore le plus. ' '
3° Autant qu’il sera en moi, non content d’aimer
Dieu moi-même, je tâcherai de porter tous les cœurs à
l‘aimer et à se dévouer sans réserve aux flammes de ce
saint amour. .
- 4l} Je demanderai enfin au Seigneur la. grâce de
l'aimer si parfaitement
l’aimer éternellement en l’autre.
dans ce monde,U Ique. je
' puisse
A.lui seul soit l'honneur et la gloire de tout, dans
tous, pour toujours. Ainsi soit-il.
0 amour! préparez-moi à la 'mort; conduisez-moi
à l’éternité, et régnez à jamais dans mon cœur.
v...
. ,
«t

. Prière à lasainte Vierge.


DANS le désir ardent où‘ je suis d'obtenir de Dieu une
sainte mort et une éternité heureuse, à qui pourrois-je
m’adresser avec plus de confiance qu’à vous, 6 divine
.ViergelVous êtes par inclination la mère de miséri
corde et de grâces; vous vousfaitesun mérite et une
gloire. de protéger tops ceux qui ont recours à vous‘.
A L’ETE-RNITE. a5:
daignez donc vous intéresser "pourvmoi auprès de votre
divin, Fils pour m’obtenir la grâce que je solliciteatvec
tant d’ardeur. J7 ‘ a '
Durant toute ma vie vous m'avez comblé des plus
insignes faveurs; couronnez votre ouvrage en m'obte
uant encore une mort précieuse qui puisse me con
duire à- l’heureux port de l’éternité. Je sais que ce n’est
qu’à l’amour divin que ce bonheur est promis; mais je
sais aussi que vous êtes par excellence la mère du bel
amour ; il vous a animée durant tout le cours de votre
vie, il vous a consumée en qualité de victime à la
mort; c'est à ce titre jglorieux que je réclame votre
ssistance, pour en être consumé moi-même dans ces
derniers momens qui doivent décider à jamais de mon‘
sort. Je me vois comme à ‘la fin de ma course; c‘est par
votre protection que je demande et que j‘espère de la
terminer heureusement en_ ce ‘monde pour en com- ‘
mencer une plus heureuse dans l‘autre. Ainsi soit-il.

Prière à l’ange gardien.


ANGE tutélaire, c’est à vos soins que Dieu a confié la
conduite de mon âme durant toute ma vie, et c’est
encore ä vos soins que je la recommande , surtout au
moment de ma mort. 'Toutes les grâces que vous
m'avez obtenues dans le temps n’ont été accordées
que dans la vue de me conduire l’éternité. Favorisez
moi donc de votre protection spéciale pour ces der
niers momens. Ce dont je vous conjure surtout, c’est
de m’obtenir de ce Dieu de honte’ la grâce de son saint
amour ; il n’est que lui qui puisse m'ouvrir les portes
de l’éternité bienheureuse; faites donc, par yotre in
tercession auprès de Dieu, que ce saint amour règne
55a L’AME se PR‘ÏPAR XNT
dans mon cœur tant que je vivrai sur la terre , afin
que vous‘puissiez un jour présenter mon âme à Pau
teur de son être, et qu'elle soit en état ‘de le bénir à
jamais dans,le règne desa gloire et de son amour.
Ainsi soit-il. ' -

1,. ,_ l m

Il

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illlri '\ 'uin . -l, ' Α, (‘.4 .'
ihh'f‘fl." 13' .:
41:9; 'r'.
A L’ETERNITE. 253

MW ' w - WW'ÎMNMW

CONSIDËÉRATION'
SUR
LE BONHEUR D’UVNE VIE SAINTE,
E1‘ 1

SUR LES PBEJUGÈS INJUSTES QUE L'ON A CONTRE ELLEi

Ûnnz-tout ce que nous avons dit ei-dessus , le moyen le plus


sûr et le plus eflicace pour obtenir une bonne mort, et en
conséquence une éternité heureuse , ce seroit de mener une
vie sainte. C'est un oracle souvgntcité, jamais assez mé
dité : Telle ‘pie, telle mort. Une vie sainte serait le gage le
plus assuré d'une mort précieuse: le malheur est, qu'à
l'égard de cet?e vie, on s'en forme souve‘nt des idées tristes
qui en rebutent et qui en éloignent. Pour les‘combattre et
les dissiper, nous ajoutons ici une lecture qui sera comme
la suite et la confirmation de toutce que nous avons dit :
Elle présentera la vie sainte dans le vrai point de vue qui
lui est propre , et par-là même elle-pourra faire disparoître
les fausses couleurs et les sombres nuages sous lesquels si
souvent et si injustement on la défiaure.
. I

C’Bs'r une opinion assez commune et une erreur assez


générale, qu’une vie sainte est une vie triste, une vie
sombre, plongée dans la mélancolie et comme ense
veiie dansles ténèbres du dégoût‘et de l’ennui. Com
bien d’âm’es que Dieu appellerait-à me vie sainte sont
arrêtées, et intimidées par ce faux préjugé! On estime
la sainteté, mais on la craint; on voudroit l’embrasser,
mais onî‘n’ose s’engager dans les vaines-‘qui y condui
sent,_tant elles paroissent diŒciIes et épineuses.
L'Avne contemplant , ni‘. a.
n54 L’AME SE PREPARANT
Combien de fois, en méditant sur les vérités de la
foi,'dans ces momens heureux où la grâce nous a dé
couvert plus sensiblement le néant des choses hu
maines, a-t-on été ‘convaincu qu’il falloit servir le
Seigneur, que c’étoit là non-seulement le parti le plus
sage, mais le seul sage; que notre devoir, notre intérêt
même, le demandoient!
I Combien ‘ éprouvé et_ qui‘ éprouvent
y en a-t-il qui ont
encore ces heureux sentimens! Quel obstaclelen a donc
arrêté l’ell‘et salutaire? Je l'ai dit, c'est ce préjugé faux
et injuste :‘on se forme‘ de la sainteté une idée qui
étonne, qui rebute , qui décourage; voilà ce qui a fait
échouer tous les bons désirs et qui a rendu inutiles
tous les mouvemens de la grâce. '
Quel avantage donc pour ces âmes timides et
trempées si on pouvoit lever cet obstacle, et leur faire
comprendre que ce genre de vie qu’elles redoutent tant
est celui où_la' paix se trouve, et que c’est même le seul
où elle'se trouve! ' -
ftient
Onje'lîjîarle,
" ut,‘ cepar’
metrois
«semble jdétruire le faux
moi/eus convaincans :Pparréjugé
la
parole jiijji l’expérience et par la raison. Oui,
la parole de Dieu,,‘j‘oxpérience et la raison de concert
nous disent, nous démontrent que la vie sainte est
' unenviev'de panda.‘ troisvérités égalementtsolides et _
conscientes.“ Dennonsàleur l'attention qu’elles mé
ritentrfmww i9 " . ‘
-!- n'a’ Etldlahbrd Fa paroléwdwDieu estle'xpresse» en ce
poiintjfletä elesbzln'neJremamfue‘ bieni singulière‘ que,
presque ont; ton'sjles endroits’ de" incarne. où’ il ‘ est
parté'd'e i’exactenbservatib'ti ‘de la loi ,en quoi consiste
-lals‘ametél,iii"esiparlé 'rde'la‘ paix comme d’nn fruit
inséparable de la justice-Ecoutons avec quelle énergie
0
A L’ETEïRNITE. . - " 255
s’exErime sur cela I’Esprit saint :‘ qui custodit r'nanc
data , in pace versabitùr (Prov. 13 ). Celuiqui observe
la loi fera sa demeure dans la paix. Il ne dit pas seule‘
ment : Il trouvera la paix, il jouira de la paix; mais il
fera sa demeure dans la paix, il y fera son séjour et sa
résidence; il sera comme environné des biens de la
paix. Cet oracle si consolant regarde tous les fidèles ,
observateurs de la loi :qui custodit Dei mandata, in
pace yersabitur. Cet autre n'est pas moins expressif :
fili, præcepta mea‘cor tuurfi èusiodiat, et armes vitæ,
et pace'm apponent t-ibi ( Prc v. 3). Mon fils, que votre
cœur soit fidèle à obser ‘rer'mes préceptes; ils seront
pour vous une source de vie et de paix, ils vous pré
senteront des biens inefi'ables, ils mettrontdevant vous
des mets délicieux : apportent tibLDieu ne promet pâs
simplement la paix, mais une‘ Paix profonde ‘
multa diligentibus le'gem t'uam '(Ps. r 18). Une 'paix“
abondante, une paix inaltérablequ’il'compareä un
fleuve dont les eaux salutaires‘ne tarisseut jamais: :
sieur flumenpaæ tua (Is'a. 48 ). Les sources de cette .
paix sont si abondantes, qu’elles' semblent Semu‘ltia
plier en faveur des justes : deleclabumur in multitw' ,
dîne pacis. (Ps. 36.) - î ' ‘ î ‘
‘Que si, dans l’ancien Testament, on parle ainsi de
larpaix des justes, que doit-on, Penser de la, paix
réservée aux observateurs de: la loi évangélique ?- ‘car =
c'est dans eux que doivent se vérifier à la lettre'ces'
grandes promesses. Aussi le Prophète, prédisant les
beaux jours de la loi de grâce, annonce au juste
l'abondance de cette paix : orietur justitia et'a'bun
dantia pacis (Ps. 71). Bien, en effet, de plus expres
sément marqué dans le nouveau Testament que cette
paix divine. C’est le bien que Jésus-Christ lui-même a
256‘ DAME SE P‘REPARANT
promis à ses disciples comme un don de sa main,
comme une portion de son héritage : pacem relinquo
vobis, pacem meam do volu's (Jean. 14). Je vous
laisse ma paix, je vous donne ma paix, pacem meam.
Ma paix, non-seulement parce qu’elle vient de moi,
que j’en suis le principe, et que je vous l'ai méritée;
mais encore parce que c’est la paix que je possède
moi-même,
divine que
dont je c'est,enune.participation
jouis moi-même pacem demeam,‘
cette /

C'est ensuite ‘de cette divine promesse que cette


paix estidevenue le partage des 'diseiplesâde Jésus
Ghrist. Ses apôtres l’annoncent partout aux Fidèles
comme un bien qui leur est destiné, qui leur appar
tient : paar: vo'bis. La paix soit avec-vous : gratia vobis.
et pax (Rom. 1). La grâce et la paix soient avec vous.
C’est ainsi. qu’ils commencent toutes leurs épîtres :
c’est ainsi qu‘ils avoient coutume de saluer les Fidèles, -
et même les maisons ou ils entroient : paac huic domui
(Lue. 4). Ils leur annoncent une pleine d'al
légresse : paæ Christi exulte! in cerdilms vestris
( Coloss. 3). Une paix au-dessus de tout sentiment :
paæ Dei quæ eæuperat omnem sensum (Phil. 1). Ils
donnent à Dieu un nom nouveau qu’il n’avoit point
pris dans l’ancien Testament, en rappelant le Dieu de
la paix : Deux pacis. Le Dieuvde toute'consolation
et de. toute espérance ' v:5 Deux solau'i , Deus spei
(Rem. r5 ), pour faire entendre que la paix des justes
avait sa source dans Dieu. . -
Mais rien de si ,positif que les promesses de Jésus
Christmêmeuil nous déclare en termes‘ formels que
son joug .estgdoux et léger»: jugum. meum ‘suave est
QIlIatth. ri ); que ceux qui s‘en chargent y trouveront‘
la paix de leur âme : tollite jugum‘ meum , et invenîefiæ
A" UETERMT'L‘; :5,‘
requiem. Venez à moi, vvous tous qui êtes fatigués ,.
qui êtes chargés, et je vous soulagerai : venite ad me
,omnes qui lalloratis ,. et onerati estis, et ego reficianr
vos (Matth. n ).. Pouvoit- il, ce Dieu Sauveur,Ë
s’expliquer plus fortement.‘ et ondes. termes plus con.
solans?
Revenons’, et sur tout ce que nous avons-dit faisons
ce raisonnement ; C'est donc une vérité‘fondée sur la
parole de Dieu et les promesses de Jésusî- Christ,
qu’une vie sainte est une vie de paix; c’est donc un
article de foi, oui, un article de foi, qu’une-vie sainte
est une vie de- paix; que par conséquent c’est une vie
consolante. 0 qu’il est doux. et consola‘nt pour moi, 64
mon Dieu, de faire cet acte de fait oui, je crois, sur
votre divine parole et sur vos infaillibles promesses ,'
que, si je suis assez heureux pour vous servir avec
fidélité, pour observer exactementvotre- sainte loi’, si
je l’aime, cette loi sainte, je trouverai la paix, je ferai
ma demeure dans la paix,'j'entreraiven part‘ des de)
lices de cette paix profonde, de cette pnixabondaïnte
dont parle votre prophète. Oui, je crois, mon divin
Sauveur, que votre joug est doux et votre fardeau
léger; je crois que le partage de vos‘ fidèles disciples ,
c’est la paix. qui vient de vous, qui est dans vous‘: je
crois que, si je veux me charger de votre joug, j'y
trouverai le repos de mon âme, que je cherche en
vain dans les créatures : j'ai cru trouver cette paixda-ns
les lionneurs'du monde ‘dans les satisfactionsdes sens ,
dans les amusemens de la vie; et je n’ai trouvé que
vanité et ailliction d'esprit, et jlai éprouvé'la vérité de
cet oracle : 'Uanilas vanitatum. J’ai-cru que la vie
sainte où.vous m’invitiez ne pouvoit être qu’une vie=
'riste; et, dans cette persuasion , je l'ai redoutée, iQ='
‘358 L’AME SE PREPARANTa
m'en suis éloigné; je me trompois, je craignois mon
bonheur; c'est donc là où je dois chercher cette paix,
et avec elle mon vrai bonheur; la chercher ailleurs,
c’est s'en éloigner. O paix! ô douceur! 6 vie sainte!‘
vie céleste et toute divine! que vous êtes peu connue!
Si on vous connoissoit, avec quelle ardeur ne vous
chercherditeon pas dans la source où vous résidez?
, 2? Une vie sainte est une vie de paix; c’est une vé
rité-fondée sur la parole de Dieu, elle‘est encore fondée
sur l’expérience.- ' - '
Mais ici remarquons d’abord qu’il n’y a que l’expé
rience-de ceux qui mènent une vie sain te qui soit rece
vable, puisqu’il n’y a que ceux-là qui aient une
véritable expérience‘; si quelque autre vouloit opposer
une expérience contraire, nous lui demanderions :
L’avez-‘vous, cette expérience véritable d‘une vie sainte?
Et si vous ne lÏavez pas, quelle foi pouvons-nous ajou
ter à votre témoignage? Il n’y a donc que les saints
qu’il- faille écouter ici. les interroge donc, ces
saintsflet qu’on sache deux-mêmes cclqu’ils pensent
de ‘la paix d'une. vie sainte; nous trouverons qu’ils
dont tous sur ce point qu’un même langage. Il y a eu
des Saints dans tous les temps, dans tous les lieux, de
tout ‘âge, ‘de toute condition; qu'on les consulte tous,
' les anciens, lesznouveauxweux qui ont commencé de
bdnne hé ure et ceux quiont commencé tard; ceux qui,
\ ‘ l I
avant leur conversion , ont ete dans le monde et en ont
goûté sesiplaisilts , et ceux qui ‘ne les ont jamais éprou-_
vés; tous, sansçxception, nous répondront : Il n’y a
de paix solide que dans une vie sainte; il n'y a de véri
table bonheur que dans Dieu et son ‘saint service.
Nous‘ ne pouvons pas tous les entendre parler;
choisissons-en quelqu'un parmi les anciens et muni
‘A L’ETEBNITE. 259
les nouveaux dont l’expérience et le témoignage ne
puissent être suspects. Parmi les anciens ,- je prends
saint Augustin : c'est en cette matière le témoin le plus
illustre, le plus irréprochable et le moins suspect‘ qu’il
y ait peut-être dans l’Eglise de Dieu; Vous savez com
bien de temps il résista- à la grâce qui l’appeloit à la
sainteté ; vous savez l’attachementqu’il avoit au monde ,
à la gloire, aux plaisirs à tout ce qui peut faire regar
der une vie sainte comme une vie odieuse et pénible.
Parlez donc, grand Saint, et dites-nous ce que ‘vous 2
apprit votre expérience dans le changement qui se fit
en vous. Que pensâtes-vous de ces attachemens qui
vous coûtèrent tant de combats TEcoutons ce qu’il dit
dans le neuvième livre de ses Confessions : quàm suave
mihi subitô factum est carere deliciis nugarum! Que,
de douceur je trouvai d’abord à me voir .privé de ces
fausses douceurs dont j’avois fait jusque-là mes délices!
Quelles paroles! quels sentimens.l ces plaisirs, ces
honneurs, ces attachemens dont il avait cru ne pou
voir jamais se passer lui parurent d’abord si méprisaa
ble, si insupportables , qu'il les appelle des amusemens
d’enfans, indignes d'un homme raisonnable :deli’ciis
nugaruni. Pouvoit-il mieux marquer ce mépris? Il
ajoute que ces délices lui devinrent si insipides, qu’il
s'en privoit alors avec autant de joie qu'il avait eu de
crainte de les perdre : et quas amitlere luctus fuerat,
jam demittere gaudium fiu't. Il en donne à l’instant la
raison’: c’est, 6 mon Dieu! que vous preniez soin vous
même d’éloigner de‘ moi ces frivoles douceurs, et qu’à
leur place vous entriez vous-même en mon âme, ‘vous
qui êtes la véritable et souveraine douceur : ejiciebas
cas à me, 6 stgmma suav'z'tas, et tu intrabas pro e13
omni suavitate dulpior. Ses Confessiua.s sont remplies r
260 L’AME SE PREPARANT.
de pareils sentimens; on ne peut les lire sans en être
touché. - ' ,
Mais ces dispositions ne ‘sont pas particulières _à
saint Augustin, elles sont communes àitous les Saints;
et on peut donner le défi d’en trouver un seul qui parle '
autrement.- Ne nous en tenons pas'au seultémoignage
des Saints, déjà morts‘, que nous n‘avons jamais W5,
et qu‘onregarde peut-êtredomme des Saints extraor
dinaires, d’un rang supérieur, dont l'exemple ne con
clut rien pour nous. Ce que nous voyons de nos yeux,
ce que nous entendons nous-mêmes, a‘ordinairement =
plus de force‘ et fait plus d’impression sur nous. Rapv
pelons nous donc ici le souvenir de‘ ces hommes ver- ‘
tueux, de ces âmes saintes que nous avons vues, avec
qui nous avons vécu;,Dieu en suscite dans tous les
temps pour tl’édilication et l'exemple; nous avons vu
des personnes qui’ étoi‘ent à Dieu ,qui, après bien des
résistances àlEsprit, saint, s’etoient'enfin déterminées
à se donner à’ Dieu, à travailler à devenir. saintes;
quÎont-clles trouvé? qu’ont-elles éprouvé? Lesxnêmes
effets que ces Saints anciens dont nous parlions; nous
les voyous patiens, humbles‘, modestes,-. recueillis,
meneren apparence une viotriste, dans la privation des
plaisirs , dans la pratique des vertus austères qu‘exige
une vie sainte ; on les’ plaignoit, on les croyoit en
effet à plaindre; mais qu'ils pensoient bien autrement!
ils avouoient quecette vie, loin d'altérer leur repos et
Ie‘u; joie, était pour eux la source d‘une paix so’lide,
(Ïime joie ineffable. Ils avouoientyqu’ilsavoient regardé
long-temps la pratique'd'une vie sainte avec une espèce
dlhorreur; que la mort leur ‘avoit ‘paru, moins terrible
que ce genre de vie où il falloit mourir_à tout; qu'ils
avoient combattudes» années entières avant que de3
J. .
A L’ETERNITÉ. ‘161
pouvoir se determiner au sacrifice que la grâce leur
demandoit; que sa seule pensée les jetait däns la’
tristesse, comme s’ils alioient se rendre malheureux le
reste de leurs jours. ‘ i‘ .
Cependant tout le contraire leur est arrivé l nous
sommes, disoient-il's avec de grands sentimens de con
solation, nous sommesdans le règne de là paix : les
diflicultés et les épines‘ qui nous avoient effrayés ont
disparu ; mille sujets de consolation ont pris leur place ;
jamais jours‘ plus heureux que ceux que nous avons
passés depuis-que nous sommes à Dieu; la paix, la
tranquillité, la douceur, en ont rempli les moments‘;
l’uniq'ue regret, l’unique peine qui peut alfliger notre
cœur, c’est la rîouleur 6‘avoir difl‘éré si long-temps de
nous donner. tout à Dieu.‘ ‘
Sur ces pensées et'ces peutïmens, raisouuons. en
core; qui est-ce qui se trompe dans le jugement qu'au
porte sur une vie sainte? Sont-ce les Saints qui regar
denit cette vie comme le séjour de là paix, lou-bion-v
ceux qui la regardent comme une vie pleine ‘(le dégoût‘
et d’ennuis? En tout autre sujet, hésiteroit-on à décir
der? Il sagit de savoir ce qui se passe dans un pays‘
étrangepd’être instruit des‘ ‘avantages où'des âésagré
mens-qùäs‘ÿzrenêontrefit; àqui s’en rapportera-bon
Plus sagement et‘ Iilus Q'ireinent qu’à ceux qui habitent
ce paysjlà? Or il s'agit ici de ‘savoir si une vie sainte
est une vie de paix :‘ cette ilie est, pour ainsi dire, une‘
terre étrangère et inconnue'à plusieurs; à qui nous
en rapporterons-lnous plus‘ sàgementïqu'ä ceux qui
l’habitent ?’ Il s’agit' de‘ sa'voir si, de se ‘donner-à Dieu"
emmena-c'est une‘scvurce ‘de paii; un hommezdur
mon‘de meäira‘ non‘; mais comp‘tqerai-jeq sur son’
témoignage? Cette vie sainte est pour ‘lui- un paysrind‘
2B2 DAME SE PREPARAN'E
connu, et jamais il n’en a goûté les précieuses dou
ceurs; ce témoignage fera-t-il quelque impression sur
moi, tandis que tous ‘les habitans de cette heureuse
région, goûtent cette douceur et qui s’en nourris
sent, m’assurent le contraire?
Or ils m’en assurent tous, ils me le disent tous, et
s'unissent tous de concert pour m’en assurer; leur
conduite répondà leurs discours; les vois-je se repen
tir de leur changement? regrettent-ils les douceurs
qu’ils ont quilt'ées? Que dis-je, s’en repentir? ‘Ils sont
inconsolables de n’avoir pas changé plus tôt ; leur bon-'
heur leur paroît si grand, qu'ils n’y pensent qu’en ver.
saut des larmes de joie : Non, nous ne l’aurions jamais
cru, disent-ils, qu’on peut trouver dans la vie sainte
tant de douceurs et un si solide contentement. .
, Quel état est donc celui-pi , et quels'doivent en être
les charmes? Il fait perdre le goût de tous les plaisirs
_ sensuels, et'celagà toutes sortes de personnes : ceux
‘ qui l’embrassent, soit jeunes ou vieux, riches ou pau
,vres, savans ou ignorans‘, estimés ou méprisés, il les
enchante, il les change, il les transforme, en sorte
qu‘ils paroissent d’autres hommes. ‘
u
.' ‘ Avouons-le donc , il ‘faut qu'une vie sainte ait dans
le fond quelque chose de bien consolant; il faut que
. cet extérieur qui nous rebute cache en effet de grandes
douceurs. . . .
,.,.Après tout, on ne dispute pas contre l’expérience,
cauand'elle est prouvée; or ici l’expérience est cons
tante;il'est donc également constant qu‘une vie sainte
est'en effet une vie heureuse,’ une vie de douceur et
deflpaix, une vie Céleste et toute divine. Heureux, 6
mon Dieu‘, ceux à qui vous découv‘rez ces vérités con
qsolimtcsl ph's heureux cenx‘qusil, par leur fidélité, se
0

‘l
' A L’ETHRNITB. ‘ i :53
mettent en état de les goûter ‘et d‘en épiôuver‘ les iuef'
fables délices.’ ‘ ' '' '
3° Il nous reste à persuader la pain d’uue vie sainte
par la raison; c’est le sujet de la troisième réflexion. '
Deux choses fondent le préjugé qu’on a contre la
paix d"une vie sainte; d‘une part, les rigueurs exté
rieures qu’elle présente; de l'autre, l’ignorance des
sources de paix dont elle abonde. Les rigueurs, on
les-croit incompatibles avec la paix; et les sources de
paix, on' ne les croit pas assez abondantes pour com
penser ces rigueurs. Opposons à ces deux erreurs deux
vérités constantes. La première, c’est que toutes les
rigueurs qu’on aperçoit dans une vie’ sainte ne sont à
l‘égard des Saints que des rigueurs apparentes, inca.
pahles de troubler leur paix. La seconde, {c’est que-les‘
sources de paix dont une vie sainte abonde sont réelles
et capables d’adoucir les‘ plus grandes rigueurs. 0 mon
Dieu! si nous pouvions rendre sensibles ces vérités,
quelle douce joie", quel désir ardent ne donner-ions
nous pas de cette vie sainte!‘ .> ;. -' " -
" Les rigueurs son‘t'des rigueurs apparenteszzvmai’s
quoi! 'dira-t-o‘n peut-être, 'cette'vie cmcifiée‘j, cette
privation ‘de ‘tout plaisir,'ces pratiquessi contraires à
la nature et aux’sens, cette mort continuelle à‘soë
même, tout cela ne fait donc dans une vie sainte ‘que
que des maux apparens ? ‘Et à quile persuadcraat-on?
change-t-on de nature en embrassant la vertu? devient:
on insensible cn devenant‘sain't'?‘ Voiêiläwéppnsen
Non, on ne‘ change pas dénature en devenant saint!
‘mais on change de dispositions,’etrce‘changement se
suflit pour produire l’efl'er'qui ‘sur-‘prend. On ne fait
pas assez d‘attention àrcé changement. Une âme lâche
dans "une vie tiède- et mondaine juge des dispositions
n64 L’AME SE PREPARANT
dus Saints par les siennes. Un homme plein des fausses
idées du monde sur l’honneur, les plaisirs, les commo
dités de lavie ,‘ plein d’afl'ection pour ces ‘biens frivoles,
vn‘imagiue ‘pas qu'on puisse goûter d’autres biens; que
fait-il donc quand on lui parle d’une vie sainte? Il met
dans les personnes qui mènent cette vie les mêmes
dispositions où il est lui-même, les mêmes idées, les
mêmes affections , les mêmes penchans, les mêmes
craintes, les mêmes répugnances; et dans cette situa
À tion, la vie qu'il leur voit mener lui paroit'afi'reuse,
parce qu’elle le seroit effectivement pour lui. Mais à
quoi faut-il comparer ces hommes qui jugent ainsi?
Précisément à des enfans qui voudroient juger des
dispositions d’un hommemaisonnahle par leurs pro
pres dispositipns. Cet en faut. occupé des amusemens
‘de
danssontoâte
a e , ne voit rien d’zi
occupation réahleilqmourroit
sérgieuse ue ses amusemens;
d’ennui.
Voilà'l’image naturelle des hommes dont nous parlons:
les satisfactions naturelles, qui sont comme les amu
scmens de l’enfance, leur paroissent seules capables de
les contenter, c’est pqur cela ,qu’ils s'attristent lors
qu’rvils pensent qu’il faudna quitter ces amusemens, et
- que, quand :la grâceles porte à y‘ renoncer, ils résis
fente! ne peuvent; s’y déterminer. Une âme touchée
de Dieu, au contraire , qui n’est plus dans le cercle de
‘ces- puérilsr'amuæmens leur paroît mener une . vie
‘ itMau’Lmr erreur, comme celle des enfans, vient de
ïouqrp‘u d'expérience et de goût pour les véritables et
.sielidesihiens ': voulez-vous détromper. cpt enfant?
. Ïaonnez lui unemison plus‘solide, attendez que i'ägc
sa mûri ‘son esprit, * De‘ même, voulez-vous désabuser
‘ne; hommes mondains dont nous, parlons? donnez
kn': le goiit ‘(les choses de Dieu ;faites entrer dans leur
\
A L’ETERNITE. ' n65
âme la lumière divine qui découvre aux Saints le
néant des choses humaines, et vous les verrez bientôt
détrompés et changés. Or cette lumière, c’est le par
tage des Saints; faut-il s‘étonner du changement de
disposition qu’elle produit dans eux, et‘ en consé
quence que les rigueurs d’une vie sainte ne soient plus
pour eux‘ que des rigueurs apparentes? Allons plus
loin ,‘et'montrons encore'combien les sources de la
paix dans une vie sainte sont abondantes. Le détail de
quelques-unes tiendra lieu de toutes. ‘
Première source de paix. C’est le témoignage,de la
conscience , le plus consolant et le plus doux qu'on
puisse goûter en cette vie, et qui naît de l’accomplis
sement du premier et du plus essentiel devoir de
l'homme, qui est de servir Dieu {comme il ne peut
manquer à son devoir sans remords, il ne peut aussi
l'accomplir sans douceur. Si cela est vrai des autres
devoirs, que faudra-t-il penser du premier devoir de
l’homme, le plus essentiel, le plus important et le plus
glorieux? N’cst-il pas naturel qu'il produise dans ceux
qui l’accomplissent une paix qui surpasse toute autre
paix? Si la plus douce satisfaction d’un serviteur est
de savoir si son maître est content de lui; si la joie la
plus délicate d'un courtisan est de savoir le roi satisfait
de sa fidélité et de srs services: 6 mon Dieu! quelle
doit être cette paix d'une âme à qui votre esprit rend
ce doux témoignage, que ses services et sa fidélité
vous sont connus et vous sont agréables!
Deuxième source de paix, suite dé la première :
c'est l’assurance morale de la grâce et du salut dont on
ne jouit que dans une vie sainte. Je sais quelles bornes
il.’ faut donner à cette assurance; mais on peut dire
' L'Ame’can plant, etc. 13 ’
’ x

266 mais SE recruteur; _


qu‘elle est telle dans une vie sainte, qu’elle donne à
l'aine une grande paix surce point si essentiel au bon
heur de l’homme. L’esprit ‘saint, qui est dans l’ame,
lui rend ce consolant témoignage : spiritus testimo
nium reddit spiritui nostro (Rom. 8). Une âme sainte
attend son salut avec la même confiance qu’un fils
obéissant attend l’lu‘ritage de son père plein de bonté;
et qui pourroit jamais exprimer quelle paix produit
dans l’âme cettedouce pensée? Je crains tout de
moi-même, mais j’espère tout de la bonté de mon
Dieu.‘
_ 'I‘roisième source de paix. Dans une vie sainte, on
est éclairé sur les vérités de la foi d‘une manière spé
oiale et toute divine, qu’on ni‘éprouve pas dans une
vie tiède : la brièveté de la vie, une mort assurée, un
jugement formidable, un- éternel avenir, etc. Tout le
monde convient que, si ces vérités étoient bien com
' prises, la vie chrétienne ne coùteroit plus rien. Or
une âme sainte les comprend, et cette connoissance
l’accompagne partout, l’anime dans tout; à la faveur
de cette divine lumière, elle connoît, d’une part,
le néant, la vanité des choses humaines; elle en pense
comme J ésus-Christ en a pensé; elle en juge connue
les Saints en ont jugé: existimo omnia detrimentum
(ÀPhilip. 3). D'une autre part, ell: (qnnoît le prix de
lagrace, qu’elle augmente chaque jour dans elle par
les
dontbonnes œuvres;presqul‘c‘r
elle mérite, elle connoit le trésor,
chaque action,del’accroisse
la gloire,

ment devant Dieu.‘ le dis plus encore; elle connoit


ses grandeurs ,. ses beautés,lse_s amabilités, d'une ma
nière plus spéciale, et elle s’attache ainsi à son service
avec une nouvelle consolation et une nouvelle ardeur;
A. L’ETERNITÈ. :67
( uelle soume plus douce, ‘plus ineffable, plus capable
Ll‘inouder le cœur que ces fleuves de paix! ‘
Nenous lassons pas de puiser‘ dans la source abon
filante d’unevie sainte; on trouve encore une res
source assurée contre tout ce :qui peut affliger, durant
cette vie ct'dans cette vallée de larmes; car une vie
sainte ‘n’est pas exempte de croix’7 mais elleest abon
dame en grâces. Vous vous 'afiligez d'une maladie k
louloureuse,'vous avez des Peines intérieures; il vous
survient une disgrâce, un événement triste, un mau
vais succès,'une calomnie; tout cela afl‘lige et serre
le cœur : dans ces occasions qui troublent, qui dé,
concertent le commun des ‘hommes, une âme sainte
trouvera une ressource infaillible de paix et de conso
Iation dans sa soumission, dans. sa conformité aux
ordres de péchés,
Dieu;.on
ouaccomplit
se (flétachesadesainte
la vie,volonté‘, on
e'xpie ses on amasse
desïtrésors'de mérite, on se prépare la couronne pour
le’ ciel ,‘ on' se santtifie; quel fonds de consolation!
Quê‘dirai-fe ‘encore? par une vie sainte on se Pré:
pare une-vieillesse tranquille et une sainte mort. Il estL
en effet de la sagesse de penser d’avance à ce qu’on
,fera dans un dernier âge, où tout ‘nous abandonne :
pensons-y, et nous ‘trouverons ‘qu'il sera bien doux
{Alors pbur'n‘ous d’äll‘er trouver auprès de'Dieu notre
consolation,"‘liëtr'èjpairdans la‘ ‘Ëriè‘rc’, dans l'union‘
avec Dieu, dàus’h'lé’ctu‘re çles'li'vres sàints; car nous
ne’ la tro'uverôn'sfiaas ailleurs; nous n’aurons de dou—
ceur que dans l'exercice de cette vie ‘sainte jusqu‘à la
mort'g‘r‘nzlt'is, àl‘llzr man surtout, quelle serala paix
qu’e'fle proçurëràâ ‘lildtr'e‘ ânle? Ie ne ,m’arrête Pas 51
0611355111‘; 1? gfilëè stîïflle ppt'u‘en ‘faire’ sentir toutes les
.‘l'l v -_ 'u’u ‘. " nul-u r- s’. ‘
n68 L’AME SE PREPARANT
douceurs; heureux ceux se mettront en" état de les
éprouver dans ces derniers momensl
Telles et mille fois plus abondantes, plus délicieuses
encore, sont les sources de la paix inséparable d’une
vie sainte. Que ne sont-elles connues, que ne sont.
elles goûtéesl la vie sainte ne seroit plus l'objet de nos
vaines frayeurs; elle seroit l’objet de nos désirs les plus
ardens, de nos soinsles plus empressés; nous soupia
rerions sans cesse après elle; elle‘ adouciroit toutes nos
peines, elle attireroit tous nos vœux, ellerempliroit
tous nos cœurs en cette vie, et ellenops prépareroit
aux ‘délices permanentes de l’autre‘. . v. . N

rnu‘znu.

Esprit saint, source de lumière et de grâce, ce n'est


qu'aux âmes humbles que vous révélez ces vérités
consolantes; vous les cachez aux sagesvet aux prudensl
du siècle, qui s'en rendent indignes; daignez m’en
* faire connoître de plus en plus la solidité, la sublimité,
et les précieux avantages. Durant un temps, séduit
par l'erreur et conduit par de faux préjugés, j'ai ignoré
la voie qui conduit à la vie; vous m’invitiez, et je
fuyois; vous m’appelliez, et je résistois ; ‘une vie sainte
me paroissoit une mort affreuse. Aveugle que j’étoisl
' je connoisso'is bien peu la sainteté de vos voies et la
source du solide bonheurl Vous m'avez enfin ouvert
les ‘yeux; je reconnois qu’il n'y a de véritable douceur
ne dans l’observation de votre loi et dans la pratique
d'une vie sainte; aussi est-ce dans elle uniquement
que j’irai la chercher et ‘que j’espérerail ‘trouver.
Daignez jusqu'à. la éclairer les ténèbres de mon
“ ‘ ""L‘t": "'“fl'L‘ETEBNlTE ’ ‘ 369
esprit, purifier les affections de mon cœur, et verser
sur moi-la céleste rosée de ‘vos’ g‘r'äces.
,C‘est à laqpratique de cette, vie sainte que je con.
sacre désormais tenté inorf estime, tôtis mes soins et‘
1011.5. me: ‘initiatives-test diriges tous. ce cas
dans cette vie, et, après la nuit obscure des temps, me
conduire au plein jour de l’ 'texnité! Ainsi soit-il. ' r‘

l
. 34:32: ‘\._\'\".1!;=‘!) ...2:; u. .4 i f.’ a. u‘:
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TA B L E
Des SUJETS CONTENUS DANS CET OUVRAGE.
"1° L'AME CONTEMPLANT Les enaunnuns DE DIEU.

PRÉFACE. Pag. i
Considération préliminaire, 3
La sainteté de ‘Dieu,’ 12
La bonté de Dieu, et son amour pour les créa
turcs, 23
La puissance de Dieu, . 34
La science et la sagesse de Dieu , 46
L’immensité de Dieu, . 5ÿ
L’immutabilîte' de ‘Dieu’,
L’e't‘ernité de Dieu, ' A ' ' 1 67
7‘)
La providence de Dieu, 89‘
La miséricorde de Dieu , 101
La ‘justice de Dieu, Un
Dieu, [in dernière et souveraine béatitude, 12j
L'in/înité de Dieu, ' 13j
Les grandeurs de Dieu'e‘clatam dans le néant
et les misères de l’homme , 1'54
Conclusion et acte d’amour, 152
. I

a“ L'AME se PRÉPARÀNT A L’ÉTERNITÉ.


AVERTISSEMENT, \ ’ tir/t
Projet'de préparation à l’e'ternité , 103
Combien le néant des choses humaines est ca
pable de nous élever à Dieu et à l’e'ternite', 357
De la fin de l’ïiomme, 16’
Du péché, 167
De la mort, . 174,
TABLE. 27!
Du jugement, Pag. 18!
L'éternité malheureuse, ou l'enfer , 186
De la mort de Je'sus-Christ , 192 i
198
La pénitence, paraphrase du Miserere,
La tiédeur, 269
Le désir de la perfection , 215
Sentiment pour la préparation prochaine à la ‘
mort, 1
Comment il faut considérer la mort pour‘ en
adoucir les rigueurs ,
Les derniers sacremens ,
Le paradis, ou l’e'ternite' bienheureuse ,
De l’amour de Dieu,
Prière à la sainte Vierge,
Prière à l"angé gardien, ,
Considération sur le bonheur d’une vie sainte, \

l’!!! DE LA TABLE.
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