Vous êtes sur la page 1sur 10

Hydrogeological Processes in Karst Terranes (Proceedings of the Antalya Symposium and Field Seminar, October 1990).

IAHS Kbl. no. 207, 1993. 153

ALIMENTATION ARTIFICIELLE DES SYSTEMES AQUIFERES DANS LES


REGIONS KARSTIQUES

BORIVOJE F. MIJATOVIC
Université de Novi Sad, Geozavod, Belgrade, Yougoslavie

RESUME
L'utilisation la plus économiques des ressources en eau dans les régions karstiques est
un problème en liaison avec la possibilité d'une recharge artificielle des aquifères du
karst. Cependant cette opération nécessite une connaissance précise de l'hydrogéologie,
de l'hydrologie et de l'hydrodynamique des réservoirs dans le karst. Même si les
problèmes théoriques dans ce domaine peuvent être considérés comme résolus, il reste
à examiner de nombreux aspects pratiques concernant les sites de recharge artificielle et
en particulier l'aptitude à la création de réservoir pour certaines zones karstiques. Le but
à atteindre est d'aboutir à la capacité maximum de mise en réserve de l'eau qu'un
réservoir dans le karst pourrait avoir pour obtenir une augmentation du débit d'eau
souterraine par rapport à son état naturel.

ABSTRACT
An economic use of water resources in karst regions is a problem in conjuction with the
possibility for the artificial recharge of karst water-bearing aquifers. However, a precise
knowledge of the hydrogeology, hydrology and hydrodynamics of the karst water
resources is required. Even though the theoretical problems in this field could be
assumed solved, there are numerous practical aspects regarding artificial recharge sites
and particularly the capacity of certain karst reservoirs. The aim is to achieve the
maximum water storage capacity that a karst reservoir could have to obtain an additional
quantity of groundwater flux in relation to its natural state.

INTRODUCTION
L'objectif de l'alimentation artificielle dans les régions karstiques est d'utiliser la
capacité de stockage que peut offrir une roche calcaire en lui fournissant une quantité
d'eau supplémentaire par rapport à celle qu'elle reçoit dans les conditions hydrologiques
habituelles auxquelles elle est soumise, afin d'en retirer un bénéfice a plus ou moins long
terme. C'est donc sur le plan de la régularisation des ressources en eau que l'alimentation
artificielle parait à première vue séduisante, mais c'est l'état des connaissances sur la
géométrie du réservoir sur de la dynamique des eaux souterraines sur lesquelles se
fondent les conceptions théoriques, qui permet de répondre aux questions pratiques sur
les problèmes d'aménagement et de gestion dans le domaine des eaux karstiques.

D'une manière générale, on peut dire que l'alimentation artificielle des systèmes
aquifères karstiques peut avoir pour objet de reconstituer des nappes déprimées, soit par
l'injection dans le sous-sol de l'eau excédentaire des fleuves ou rivières, soit par certains
travaux d'aménagement des sources karstiques en vue de modifier artificiellement leur
régime.

Quelles que soient les modalités de l'alimentation artificielle dans le karst, que l'on
puisse concevoir, leur réalisation implique que l'on se soit assuré au préalable:

— de la capacité du réservoir aquifère a permettre le prélèvement ou le stockage


154 Borivoje F. Mijatovic

envisagé compte tenu de sa structure, de ses paramètres hydrogéologiques, du régime


des écoulements qui l'affectent et des caractéristiques physico-chimiques de ses eaux
(Fig. 1), et

— de la capacité du site de captage à assurer pleinement son rôle de liaison avec le


réservoir des systèmes aquifères pour que les échanges entre celui-ci et l'extérieur
puissent être assurés avec les débits, la durée et la qualité souhaités par l'exploitant.

C'est donc par deux approches, l'une globale, l'autre locale, effectuées conjointement,
que l'hydrogéologue devra chercher à déterminer la faisabilité et l'intérêt pratique de
chaque projet concernant la régularisation du régime d'écoulement d'une nappe karstique.

Fig. 1 - Deux différentes structures calcaires: la susceptibilité au stockage


souterrain se manifeste différemment.

CONDITIONS HYDROLOGIQUES ET HYDROGEOLOGIQUES DE


L'ALIMENTATION ARTIFICIELLE

Les caractéristiques dont il faut tenir compte dans le cas d'un réservoir souterrain à
alimenter sont un peu plus complexes que les conditions relatives aux eaux de surface a
injecter. C'est ce qui explique qu'au sujet des possibilités d'alimentation artificielle des
nappes, certains spécialistes aient parfois des idées un peu trop simplistes, ou
exagérément optimistes.

Notons d'abord que dans le zone climatique tempérée les formations karstiques
comportent en général peu de réservoirs non saturés disponibles; la répartition assez
régulière des pluies au cours de l'année, la faible valeur moyenne de l'évapotranspiration
ont pour résultat que la saturation des formations du sous-sol susceptibles d'emmagasiner
de l'eau s'effectue aisément, autrement dit que dans beaucoup de régions la profondeur
des surfaces des nappes karstiques est relativement faible (elle excède rarement plusieurs
dizaines de mètres).
Alimentation artificielle des systèmes aquifères dans les régions karstiques 155

En zone aride par contre, les formations karstiques qui possèdent des réservoir non
saturés sont nombreux, souvent très épais, et constituent de ce fait de grand capacité de
stockage. On pourraient en citer beaucoup, dans les pays méditerranéens et notamment
à la bordure nord du Sahara.
D'autre réservoirs, en pays aride ou sub-aride, proviennent de la surexploitation des
nappes dans les régions d'irrigation intensive, comme au sud de l'Espagne et en Grèce;
cette surexploitation s'est traduite par la mise hors d'eau de formations calcaires étendues
et puissantes.
Malheureusement, on dispose rarement dans ces régions d'eaux de surface utilisables
pour l'alimentation artificielle. Quand elles existent, il s'agit bien souvent de crues
rarissimes, soudaines et très violentes, et par la même difficiles à utiliser; en outre elles
charrient régulièrement un débit solide important, d'où des risques de colmatage
généralement insurmontables.

Il faudrait aussi parler des nappes des secteurs fortement urbanisés ou industrialisés. Leur
exploitation intensive se traduit souvent par une dépression accentuée et étendue; De
telles nappes karstiques surexploitées ouvrent des perspectives assez larges pour
l'alimentation artificielle, car le nombre comme l'importance de ces surexploitations
s'accentuent sans cesse. Dans ces cas-là, l'alimentation artificielle permet une épuration
naturelle des eaux, c'est a-dire une amélioration significative de la qualité des eaux; cette
épuration est beaucoup plus efficace dans l'injection par bassins que dans l'injection par
puits ou forages.

De toute évidence, on ne peut injecter de l'eau dans le sous-sol karstique que si on


dispose de ressources, et donc d'abord des débits nécessaires. Reste le problème de
qualité acceptable de l'eau utilisée pour l'alimentation artificielle, car les circulation en
fissures et conduits karstiques diminue considérablement les possibilités d'auto-épuration
des aquifères karstiques. De ce fait on a conçu que l'eau pour l'injection doit être de
qualité acceptable; il est souhaitable qu'elle soit, sinon pure, du moins peu polluée,
surtout si on doit l'utiliser ultérieurement pour l'alimentation humaine. Mais il faut, aussi
et d'abord, qu'elle ne contienne que peu de matières en suspension lorsqu'on se propose
de l'injecter brute, sauf, dans une certaine mesure, en cas d'injection dans des karsts a
très forte perméabilité.
D'une manière générale, les eaux de fonte des neiges, celles des massifs calcaires et des
terrains cristallins, et en fait la plupart des eaux de surface en période d'étiage présentent
souvent les qualités requises. Mais, surtout si le bassin versant comporte des terrains
argileux, la moindre crue peut rendre l'eau inutilisable a l'état brut. Or, c'est
précisément l'eau des fortes ou moyennes crues qu'il serait intéressant d'utiliser, en
raison des volumes importants qu'elle représente et parce que cette eau est la plupart du
temps inutilisée.

La possibilité de traiter l'eau avant son injection soit totalement, soit en se bornant à un
traitement sommaire (floculation suivie d'une filtration rapide) risque d'abaisser
beaucoup l'intérêt de cette opération si les sujétions économiques ne sont pas bien
respectées. Tout au plus pourra-t-on, pour des raisons d'hygiène, et parce que son coût
est plus 'élevé, épurer l'eau destinée à la consommation humaine, mais non celle d'une
nappe karstique destinée à l'irrigation ou à l'industrie.

En ce qui concerne les conditions hydrogéologiques il faut bien souligner, que la nature
du karst se montre très favorable pour une opération telle que l'alimentation artificielle:
la transmissivité élevée et l'épaisseur importante, favorisent une percolation, voire un
vrai ruissellement souterrain des eaux au sein des formations aquifères. Si la couche
aquifère par contre est mince, un tel réservoir, même étendu, se révèle presque
156 Borivoje F. Mijatovic

inutilisable; en outre, si la perméabilité de l'aquifère karstique est faible (craie peu


fissurée par exemple), l'opération nécessitera un dispositif trop important pour s'avérer
rentable. Pour être efficace, l'alimentation artificielle dans le karst nécessite que
l'augmentation de la réserve de la nappe qu'elle détermine soit conservée pendant un laps
de temps suffisant, compatible avec le délai désiré de reprise de l'eau.

Il est essentiel de bien comprendre, à ce sujet, que le maintien de l'élévation de niveau


ou de pression de la nappe importe plus que la conservation de la masse d'eau injectée
elle-même: cette masse d'eau pourrait séjourner dans le terrain assez longtemps, et son
introduction aurait cependant provoqué une onde se propageant rapidement jusqu'aux
limites d'émergence de la nappe, déterminant un accroissement du débit sortant à ces
limites. En ce cas, l'effet de l'alimentation artificielle ne serait pas très important. Ceci
à cause de la vitesse moyenne des écoulements préférentiels, fonction de la transmissivité
et de la pente hydraulique. Ces vitesses sont beaucoup plus grandes dans les conduits que
dans les fissures et ce fait explique une vidange rapide de la réserve injectée. Si ceci
prouve que le rapport de la transmissivité sur l'emmagasinement (T/S, c'est-à-dire la
diffusivité) est grand, l'effet d'une recharge sur le débit des écoulements aux émergences
devient trop rapide (Fig. 2).

Fig. 2 - Coupe géologique présentant deux situations typiques d'un massif


calcaire. A gauche, il peut y avoir de réserves d'eau souterraines, et à
droite, par contre non, même si la roche est fissurée.

Pour qu'un réservoir karstique ne se vide pas rapidement de son remplissage, il faut des
conditions favorables qui dépendent non seulement des caractéristiques de la formation
aquifère, mais aussi de l'étendue de la nappe, qui permet de choisir des points d'injection
assez loin des limites lorsque l'on veut provoquer un effet durable, et enfin du caractère
de ces limites, de leurs conditions hydrodynamiques. Cette notion de "conditions aux
limites" est fondamentale dans tous les cas d'alimentation artificielle, autant que lorsqu'il
s'agit d'aménagement d'eau souterraine (Archambault et al., 1968).

En terrain calcaire karstifié, les conditions sont évidemment particulières. Dans les
massifs très accidentés, c'est la forte dénivelée jointe à la forte diffusivité qui provoque
l'évacuation, rapide ou même quasi immédiate, des eaux d'infiltration. Mais en plaine,
ou sous les grands plateaux, la pente hydraulique des nappes en réseau peut être très
faible ou presque nulle. C'est le cas des karsts sous-jacents, recouverts par des terrains
néogènes ou lorsque le karst est très développé, avec des chenaux largement ouverts; la
vidange étant très rapide prouve que dans les massifs calcaires de très grande dimension
un stockage d'eau d'une durée appréciable pourra être envisagé (Fig. 3).

Il semble donc que les massifs calcaires, en dépit de certaines considérations restrictives
et contre-indications évidentes, puissent offrir des perspectives intéressantes pour
l'alimentation artificielle. Mais les données du problème sont souvent fort complexes,
exigeant des recherches préalables approfondies, pour déterminer les conditions pour qu'
une opération d'alimentation artificielle puisse être envisagée dans de tels terrains ou
non.
Alimentation artificielle des systèmes aquifères dans les régions karstiques 157

Fig. 3 - Une structure géologique favorable a priori à l'existence du


réservoir, notamment si le calcaire en profondeur est barré. Ce n'est pas
toujours le cas, et le forage peut être sec.

Nous nous bornerons ici a une présentation rapide des phénomènes mis en jeu et des
difficultés que l'on peut rencontrer lors de l'étude de différents projets. L'expérience
acquise jusqu'à présent montre qu'il et possible d'établir des prévisions de débits de
pompage pour un système karstique a l'échelle d'une exploitation "minime" des eaux
injectées, pouvant descendre à grande profondeur, en s'appuyant sur les conditions
hydro géologiques.

De même, une action sur l'écoulement des nappes karstiques, qui modifie artificiellement
leur régime, en modulant leur débit par un aménagement approprié, peut constituer un
moyen de gestion du réservoir karstique correspondant, analogue à son exploitation par
forages et pompage. Cet aménagement peut mettre en oeuvre des techniques diverses
(Margat, 1981):

— action sur le niveau des sources (abaissement ou relèvement temporaire et parfois


alterne), et

- action directe sur le débit d'écoulement de nappe (pompage périodique de débit


supérieur au débit naturel).

ETUDES ET ESSAIS
Les éléments d'appréciation de faisabilité résultent d'études dont les méthodes sont
largement similaires à celles requises pour tout projet d'exploitation d'eau souterraine.
Aussi ne s'attachera-t-on ici qu'aux aspects spécifiques à ces aménagements.

Un projet d'alimentation artificielle d'une nappe karstique captive à partir des


forages d'injection d'eau d'une rivière proche (région Lajkovac, près de Belgrade)

Dans une région karstique, près de Belgrade, sous l'effet de pompages intensifs, la nappe
est fortement déprimée (le rabattement moyen au centre de station de pompage est de 50
à 60 m) et sa remise en pression, en vue de restaurer les niveaux piézométriques
déprimés par l'exploitation s'avère nécessaire.

La Fig. 4 fournit des données sur l'étendue du contexte géologique (au moins celle de
secteur étudié), les pendages, l'épaisseur, etc. Les limites est sont imperméables et bien
définies. Il s'agit alors d' un réservoir karstique du Trias supérieur sous-jacent au dépôt
néogène dont la puissance peut atteindre 300 m environ. La nappe est captive ou libre
suivant les secteurs: tous les forages d'exploitation (au nombre de 5) se trouvent dans la
zone ou la nappe karstique est en charge (captive).
158 Borivoje F. Mijatovic

La perméabilité de ces roches carbonatées provient de l'association de la fissuration et


de karstification, pouvant donner lieu à de très grands débits par forages d'exploitation
(le débit moyen est de 40 à 50 1/s). Avec un débit de prélèvement total de 150 1/s, depuis
5 ans les niveaux piézométriques décroissent sans cesse, ce qui prouve que la nappe se
trouve dans un état de surexploitation, les rabattements progressifs dans certains ouvrages
ont dépasse jusqu'à présent 50 m de son niveau primitif. C'était donc une raison pour
actualiser un projet d'alimentation artificielle à partir de la rivière Kolubara (qui coule
sur le Néogène à travers la région), pouvant offrir une quantité d'eau supplémentaire par
rapport à celle que l'aquifère reçoit dans les conditions hydrologiques habituelles.

La transmissivité est comprise entre 1.10 et 5.10 m/s, le coefficient d'emmagasinement


de 0.01 à 0.03. La simulation des écoulements sur un modèle maillé (Fig. 5) nous a
permis en outre d'effectuer la synthèse des données hydrologiques sur les débits
d'alimentation naturelle, et d'étudier les liaisons du réservoir karstique avec les autres
niveaux aquifères. ..__

Fig. 4 - Carte hydrogéologique schématique de la région de Lajkovac.


Alimentation artificielle des systèmes aquifères dans les régions karstiques 159

Pour résumer ces résultats il faut dire que le débit naturel disponible est de l'ordre de 80
à 100 1/s; l'exploitation intensive de l'eau avec un débit de 150 1/s, et qui prochainement
doit atteindre 200-250 1/s, exige alors une quantité d'eau supplémentaire de l'ordre de
5 000 000 m3 par an. L'expérimentation de type pompage-injection dans un forage
d'exploitation (BLa-8) a permis de vérifier que l'écoulement transitoire pur qui intervient
lors de l'injection d'un débit Q est régi par la même loi d'évolution que pour l'exhaure
de ce même débit. L'équation représentative des deux phénomènes est la même, aux
changements près suivants:

Pompage: Injection:
Débit - Q (constant) Débit - Q (constant)
Rabattement: s Relèvement: h = - s
Coefficient d'emmagasinement: S Coefficient de remplissage: R

"x* A l _ = i00m M-N=400 no«uds

AB=l900m
Fig. 5 - Modèle maillé du réservoir karstique sous-jacent.

Les recherches pour justifier ce projet sont en cours. Pour des raison évidentes
d'empêcher le colmatage du réservoir karstique (problème majeur de l'alimentation
artificielle), on a décidé de faire un prétraitement réduit dans des bassins de décantation.
On compte en effet sur l'épuration par filtration à travers la couche de sable disposée sur
le fond des ouvrages et le terrain. Le colmatage devrait être combattu par un entretien
constant des installations. Un tel prétraitement de l'eau permettra d'éliminer les causes
de colmatage ou du moins d'en atténuer les effets, ce qu'on estime suffisant, les
installations pour deferrisation et demanganisation étant en marche depuis deux ans.

Mais le colmatage dû à l'air entraîné reste un cas particulier qui nécessite des précautions
spéciales. Il s'agit des résultats obtenus sur les essais d'injection dans les dolomies et
calcaires du Cénomanien-Turonien d'Israël, contenant des cavernes karstiques (Sternau,
1967). Dès l'arrêt de l'injection, de l'air a jailli du puits: la pression du jet a augmenté
progressivement pour atteindre environ une atmosphère une minute après l'arrêt,ce qui
160 Borivoje F. Mijatovic

a d'ailleurs entraîné la ruine de l'ouvrage (par explosion).


Pour éviter ce phénomène l'arrivée en chute libre de l'eau injectée dans les forages, les
turbulences doivent être empêchées. Dans ce but l'eau doit être introduite dans l'ouvrage
par l'intermédiaire d'un tube plongeant sous le niveau dynamique. Des pertes de charges
suffisantes sont créées soit par le choix d'une dimension appropriée du tube, soit en le
munissant, à la base, d'une valve à contrepression; soit encore en fermant son extrémité,
la partie inférieure étant crépinée, etc.

La Fig. 6 représente schématiquement la disposition des forages d'injection avec le


captage d'eau de la rivière Kolubara, le long d'un front situé bien en amont de la zone
déprimée de la nappe karstique. Pour ce projet on a déjà élaboré et défini la coupe
hydrogéologique sur une distance de 1 km. On a prévu une prise d'eau de rivière
comportant des traitements préventifs d'une capacité de 1 m3/s et des forages d'injection.
Ces travaux sont actuellement en cours de réalisation.

Fig. 6 - Disposition schématique des forages d'injection avec le captage


d'eau de la rivière de Kolubara.

Un projet de la régularisation artificielle du régime d'écoulement de la source


Uganjska Vrela (prés de la ville de Cetinje)
Un projet d'aménagement et de la maîtrise des eaux souterraines karstique ne peut
valablement se concevoir en respectant seulement l'état naturel de leurs écoulements,
c'est-à-dire, des débits consécutifs d'une source ou d'un flux souterrain. En effet, il faut
tenir compte également des influences importantes sur les nappes karstiques, des
variations saisonnières du débit. Ce sont donc ces influences qui créent une sensibilité
aux limites du réservoir karstique.

C'est donc d'après cette conception que dans une région au sud-ouest des versants de
montagne une zone de stockage des eaux d'infiltration a été identifiée. En effet, c'est une
brahisynclinale constituée de dolomies et de calcaires du Trias supérieur, dont la position
par rapport aux roches imperméables sous-jacentes du Trias moyen, permet un
écoulement concentré dans la zone privilégiée des sources à Uvala Uganjska Vrela. En
raison du régime hydrologique irrégulièrement réparti dans le cycle annuel sur l'ensemble
du bassin versant, ainsi que du régime des écoulements souterrains avec un rapide
tarissement dans l'aquifère lui-même, toute tentative d'un captage à grand débit a été
abandonnée a cause des résultats médiocres.
Alimentation artificielle des systèmes aquifères dans les régions karstiques 161

Fig. 7 - Coupe schématique du site d'aménagement du réservoir karstique


de la source Uganjska Vrela.

C'est pourquoi, l'idée de régulariser le régime naturel des écoulements artificiellement,


par l'aménagement d'un réservoir karstique, s'avérait la seule solution optimale pour le
captage, pendant la période d'étiage. L'essentiel est la construction d'un écran
imperméable-contrefort au versant du réservoir karstique, fondé dans les roches
imperméables sous-jacentes (Fig. 7).
Q(mVs)

19S3 19»

Fig. 8 - Source karstique Ain Bou Merzoug, Algérie. Pompages 1953-


1954.

Les résultats de recherche jusqu'à présent ont justifié la suite de ces travaux
d'aménagement, le volume utile de ce réservoir étant de l'ordre de 2 à 3 millions de m3
d'eau (Mijatovic et al., 1987). Un grand nombre de sources karstique de type à
déversement, notamment dans les régions du "karst barré "(formé par les dépôts
quaternaires et néogènes dans les poljés, appuyées contre des calcaires karstifiés),
pourront être surexploitées temporairement, permettant ainsi de tirer parti de la capacité
de stockage qu'offrent certaines catégories de réserves d'eau que l'on trouve dans la
littérature concernant la régularisation par pompage de la source Bou Merzoug, en
Algérie.
Les premières expériences ont été réalisées en 1953-1954, par pompages dans des forages
profonds de 40 m proches de la source, d'un débit total de 0.5 puis 0.8 m 3 /s pendant près
de 100 jours, le débit naturel étant alors d'environ 0.45 m 3 /s: soit un gain global de
162 Borivoje F. Mijatovic

2 200 000 m3 (0.25 m3/s en moyenne). L'abaissement de niveau qui en a résulté a duré
au maximum de trois mois, après l'arrêt des pompages (Fig. 8). Le rendement instantané
a varié de 20 à 43%. La capacité apparente du réservoir karstique s'évaluait ainsi à
700 000 m3 par m de hauteur (Margat, 1981).

REFERENCES
Archambault, J., Bize, J. & Margat, J., 1968, Alimentation artificielle des nappes
souterraines. Bull, de BRGM, no. 1, Paris.
Margat, J., 1981, Gestion des ressources en eau souterraine par aménagement de source.
II Symp. ACSAD, Rabat.
Mijatovic, B. F., Pavlovic, P. & Martinovic, P., 1987, Avant-projet hydrogéologique
d'un réservoir karstique dans Uvula Uganjska Vrela en vue d'aménager le régime
d'une source. IX Symp. Yougoslave sur l'Hydrogéologie, tome I, Pristina.
Sternau, R., 1967, Artificial recharge of water through wells. Experiences and
techniques. In: Symposium of Haifa: Artificial Recharge ofAquifers and Management
of Aquifers, 91-100. IAHS Publ. no. 72.