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Chapitre I.

HISTOIRE DE LA MICROBIOLOGIE

1. Introduction générale
La microbiologie est la science qui a pour objet l’étude des microbes (du grec :
mikros=petit; bios=vie). Le terme ‘microbe’ englobe tous les organismes vivants, de petites
dimensions nécessitant le microscope pour l’observation.
Les microbes comprennent les microorganismes suivants :
* Champignons
* Algues unicellulaires
* Protozoaires
* Microorganismes unicellulaires que leurs caractères ne permettaient pas de les rattacher à
l’un ou l’autre de ces groupes : on les a dénommé bactéries (du grec bakteria=bâton) en raison de la
forme en bâtonnet des premières bactéries découvertes.

L’étude de chacune de ces catégories de microorganismes constitue une discipline


spécialisée en raison de l’importance du nombre d’espèces de chacune et de leur diversité. La
microbiologie est donc en fait une science pluridisciplinaire comprenant :
• La mycologie
• L’algologie
• La protozoologie
• La bactériologie
Quant aux virus, entités supramoléculaires, acellulaire et de formes diverses, une science
spéciale leur est consacrée : il s’agit de la virologie.

En 1868 le biologiste Haeckel a créé le règne des protistes qui regroupe tous les organismes
qui ne sont pas des végétaux supérieurs (immobiles et photosynthétiques) ou des animaux
supérieurs (mobiles et non photosynthétiques). Il s’agit donc du règne des bactéries, des
cyanobactéries, des protozoaires, des algues unicellulaires et des champignons microscopiques.
Selon la structure cellulaire des protistes nous distinguons deux groupes fondamentalement
distincts :
- Protistes supérieurs : structure cellulaire Eucaryote proche de celle des végétaux et des
animaux supérieurs. C’est le cas des algues, protozoaires et champignons microscopiques.
- Protistes inférieurs : organisation cellulaire procaryote plus rudimentaire. Il n’y a pas de
vrai noyau et pas d’enveloppe nucléaire. L’appareil génétique est constitué d’un seul chromosome
(nucléoïde), pas de mitochondries ni de chloroplastes. Cette organisation caractérise les bactéries et
les cyanobactéries ou algues bleu-verts.

La découverte des microorganismes fut révélée au monde scientifique grâce aux travaux de
Van Leeuwenhoek (1632 – 1723) qui s’est intéressé à la richesse de la goutte d’eau en protozoaires,
algues, levures et bactéries. Les observations de Van Leeuwenhoek, grâce à la fabrication du
premier microscope, lui ont permis de décrire des formes diverses mobiles ou immobiles (appelés
animalcules). La physiologie de ces microorganismes ne fut comprise qu’en 1836 par
l’interprétation de la nature biologique des fermentations.

2. L’époque pastorienne
Cette époque a été dominée par les travaux du chimiste français âgé de 24 ans du nom de
Louis Pasteur (1822 – 1895) dont les travaux ont porté sur les fermentations, vaccinations et
pasteurisation (destruction des contaminants causant les maladies par chauffage à 56°C)

a. Génération spontanée et biogenèse


La théorie de la génération spontanée ou abiogenèse postulait que les microorganismes
proviennent de la transformation de la matière organique (décomposition des tissus végétaux et

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animaux morts). Les travaux de Louis Pasteur réfutent cette théorie et montrent la présence des
microorganismes dans l’atmosphère, leur rétention sur la paroi des ballons en col de cygne et leur
destruction par la chaleur. Ces travaux ont permis la mise au point des techniques chirurgicales
aseptiques par le chirurgien anglais Joseph Lister.

b. Bactériologie médicale
Pasteur et l’allemand Robert Koch (1843-1910) sont les fondateurs de la bactériologie
médicale. Le rôle des bactéries dans les maladies a été démontré entre 1876 et 1882 par les travaux
de Robert Koch sur les maladies du charbon et la tuberculose causées respectivement par Bacillus
anthracis et Mycobacterium tuberculosis. Ces microorganismes ont pu être isolés grâce aux travaux
de Koch, Richard Petri, Walther Hesse et son épouse Eilshemius Hesse.

c. Les vaccinations
Durant son travail sur le choléra des poules, Pasteur s’est aperçu que les cultures
bactériennes d’agents pathogènes deviennent atténuées. Les poulets infectés par ce genre de culture
devenaient résistants à la maladie, c’est le processus de vaccination. Il a été utilisé plus tard par
Pasteur pour développer la résistance à la rage chez des patients humains. L’agent pathogène étant
atténué en le faisant se développer chez des lapins.

d. Contribution de Louis Pasteur au développement de la microbiologie


• Mémoire sur la fermentation lactique (1857)
• Recherche sur la fermentation alcoolique
• Découverte de l’anaérobiose (1861)
• Etude sur le vinaigre (1861 – 1864)
• Prévention de l’altération des boissons par chauffage (Pasteurisation)
• Etude sur la maladie du ver à soie (1865 – 1870)
• Participation à la mise au point de la stérilisation par chaleur humide sous pression
(Autoclave)
• Travaux sur la maladie du charbon
• Recherches sur le choléra des poules et la découverte de l’immunisation des animaux par
des cultures microbiennes atténuées (1880)
• Vaccination anti-charbonneuse (1881) et contre la rage (1884)

3. La période moderne
Les microorganismes sont faciles à cultiver et se reproduisent très rapidement. Ils
constituent donc un excellent outil de travail en génétique afin d’étudier la structure moléculaire de
l’ADN, les caractères héréditaires et leurs variations, l’expression des gènes et sa régulation. La
combinaison de la génétique et la biochimie a donné naissance à la biologie moléculaire qui
constitue la base du génie génétique et des biotechnologies modernes. Elle s’intéresse à la structure
des macromolécules notamment les ADN et les protéines et a permis de montrer que la structure des
protéines est gouvernée par les gènes. La microbiologie a fait à la biologie moléculaire l’essentiel
de son matériel d’étude. Grâce aux bactéries, le mécanisme de synthèse protéique, le décryptage du
code génétique ainsi que d’autres phénomènes biologiques ont été connus.

a. Les microorganismes et la fermentation


Beaucoup de civilisations anciennes produisaient des boissons et des aliments par
fermentation microbienne :
- Kiu, boisson fermentée chinoise à base de riz, remonte à 2300 ans avant J-C.
- En chine et au Japon, on fabrique depuis des centaines d’années des sauces de soja à base
de fèves fermentées.
- Pendant des siècles les populations des Balkans (Bulgarie, Yougoslavie, Albanie,…) ont
consommé des produits à base de lait fermenté.

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Les historiens ne connaissent aucune société où on n’a pas utilisé la fermentation pour faire
de la nourriture ou de la boisson. Pendant longtemps, l’homme a cherché à améliorer la qualité de
ses produits de fermentation sans même se douter qu’une meilleure qualité dépend de l’amélioration
des conditions de croissance des microorganismes. Il a fallu attendre les travaux des
microbiologistes sur le rôle des microorganismes dans la fermentation.

b. Les microorganismes et les maladies


Avant même que les microbiologistes ne prouvent expérimentalement le rôle joué par les
microorganismes dans les maladies, beaucoup d’observations ont été faites dans ce domaine :

* 1546 : on suggérait que les maladies pouvaient être provoquées par des organismes trop petits
pour être vu et sont transmis d’une personne à une autre.
* 1762 : on prétendait que différents microorganismes provoquaient des maladies différentes.
* 1843 : on suggérait que la fièvre puerpérale, infection que contractait la femme après
l’accouchement, était contagieuse et causée par des microorganismes transportés d’une patiente à
une autre par des sages femmes et les médecins.
* 1870 : Robert Koch a travaillé sur la maladie du charbon (maladie qui touche le bétail, les
moutons et parfois l’homme). Il isola du sang des animaux morts le microbe du charbon. C’était la
première fois qu’on prouvait qu’une bactérie provoque une maladie animale. Plus tard, Koch
découvrit les bactéries responsables de la tuberculose et du choléra.

c. Prévention et traitement des maladies


Après avoir analysé le rôle joué par les microorganismes dans les maladies, les chercheurs
se sont penchés à chercher à développer des méthodes pour prévenir et traiter ses maladies. Très
rapidement on a découvert, entre 1876 et 1898 les agents responsables de la plupart des maladies
bactériennes connues de nos jours.

La découverte par Pasteur de la vaccination par des germes atténués, appliquée à grande
échelle à la maladie du charbon marque le début de la prévention des maladies infectieuses
(immunisation). La découverte des germes dans l’air va avoir des conséquences fondamentales en
chirurgie (pratique de l’asepsie). De même la chimiothérapie (traitement des maladies par des
produits chimiques) commence à se développer.

Les mesures de santé publique rentrent aussi dans ces méthodes de prévention pour
contrôler les maladies microbiennes (purification de l’eau, traitement des eaux usées, conservation
des aliments,...).

d. Application de la microbiologie à des domaines non médicaux


Les travaux de Winogradsky (1856-1953) et Beijerlinck (1851-1931) ont élargi le champ de
la microbiologie en montrant le rôle indispensable des bactéries dans la nature ce qui a permis la
création de la microbiologie du sol. Winogradsky a découvert les bactéries fixatrices d’azote et
symbiotiques des légumineuses et leur rôle dans la fertilité des sols.

Dans le domaine alimentaire, Pasteur a démontré le rôle des microbes dans la transformation
des aliments, création de la branche microbiologie alimentaire et industrielle. Hansen a même crée
une entreprise qui produit des microorganismes nécessaires à la fabrication du vinaigre et les
produits laitiers.

Plus tard Burrill découvrit qu’une bactérie causait chez les poiriers une maladie dite feu
bactérien. Cette découverte a été à l’origine de la discipline de pathologie végétale ou
phytopathologie.

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Chapitre II. MORPHOLOGIE ET STRUCTURE DES MICRO-
ORGANISMES: LA CELLULE BACTERIENNE

La cellule bactérienne représente les plus petits organismes doués de métabolisme et capables
de croître et de se diviser aux dépens de substances nutritives. Leur diamètre est habituellement
d’environ 1 µm. La cellule bactérienne est entourée d’une paroi sous forme d’une enveloppe rigide
qui lui confère sa forme et sa résistance (Figure 1). Elle est doublée d’une membrane cytoplasmique
constituée d’une enveloppe plus mince. Le cytoplasme en général très homogène contient des
granulations d’acide ribonucléique, des ribosomes et des substances de réserve. L’appareil nucléaire
présente un aspect fibrillaire. Il n’est pas entouré d’une membrane.
La paroi, la membrane, le cytoplasme et l’appareil nucléaire représentent les structures
essentielles de la cellule bactérienne. Elles sont toujours présentes alors que d’autres structures
peuvent éventuellement s’y adjoindre selon le type de bactérie. Il s’agit de la capsule, des flagelles,
des ‘pili’ et des spores chez certaines espèces bactériennes.

Figure 1. Schéma général de la cellule bactérienne

1. La morphologie de la cellule bactérienne


Elle constitue un élément essentiel de reconnaissance et d’identification des différents types
de bactéries. Elle est déterminée par la taille, la forme des cellules et les groupements qu’elles
constituent entre elles.

a. Forme et groupement
Les différentes espèces bactériennes se présentent sous trois formes principales : sphérique
ou coccoïde, cylindrique ou en bâtonnet et la forme spiralée ou hélicoïdale. La taille des bactéries
dépend des différentes espèces. La longueur d’une bactérie coliforme comme Escherichia coli peut
être de 5 à 10 µm. Les staphylocoques et les streptocoques qui sont des bactéries sphériques ont un
diamètre variant entre 0,75 et 1,25 µm.

- Forme sphérique ou coccoïde : (Figure 2 et 3)


Forme représentative des cocci (pluriel de coccus). Le mode de division des formes
sphériques donne naissance à des groupements typiques et utiles pour l’identification de certaines
espèces bactériennes. La division des cellules dans un seul plan donne naissance à deux nouvelles
cellules étroitement liées sous forme de Diplocoques (exemple : Diplococcus pneumoniae).
Lorsque ce mode de division se poursuit régulièrement les cellules se présentent sous forme de
chaînettes plus ou moins longues caractéristiques des Streptocoques (exemple : Streptococcus
faecalis).

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Les cocci peuvent aussi se diviser sur deux plans donnant ainsi naissance à des tétrades.
D’autres cocci se multiplient sur trois directions de l’espace formant ainsi des grappes : les
staphylocoques. Parmi les cocci certaines bactéries peuvent se rassembler en une forme cubique de
8 unités appelées sarcines.

Bactéries isolées Diplocoques

Tétrade

Streptocoques Staphylocoques
Figure 2. Schéma montrant le regroupement des bactéries de forme sphérique

Ces arrangements sont caractéristiques d’espèces, mais ne représentent qu’une tendance


générale. Ils peuvent varier selon les conditions du milieu. Ainsi sur un frottis de streptocoques, il
est possible d’observer des amas de deux, quatre ou huit cocci, ainsi que des grappes, aussi bien que
la forme en chaîne caractéristique.

A B C
Figure 3. Micrographies électronique des coques. (A) groupement en grappe d’un staphylocoque; (B)
feuillet (les zones brillantes dans les coques sont des vacuoles à gaz); (C) amas de 8 cellules ou sarcine.

- Forme cylindrique ou en bâtonnet: On en distingue deux formes principales (Figure 4):


* Les bâtonnets droits ou bacilles qui caractérisent de nombreuses espèces bactériennes. Dans ce
groupe, il y a les bacilles aux extrémités arrondies (entérobactéries), les bacilles de forme
rectangulaire (Bacillus), les bacilles fusiformes aux extrémités effilées (corynébactéries renflées à
l’un de leurs pôles). Les bacilles peuvent aussi être associés par deux en diplobacilles ou former de
véritables chaînettes (streptobacilles).
* Les bacilles incurvés en virgule ou vibrion : cas de nombreuses espèces aquatiques et de quelques
espèces pathogènes pour l’homme (Vibrio cholerae, bacille agent du choléra).

A B
Figure 4. En (A), cellules en bâtonnets de bacillus anthracis observées au microscope à contraste de
phase; en (B), bâtonnets incurvés ou vibrions.

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- Forme spiralée ou hélicoïdale (Figure 5):
Concerne un petit nombre de microorganismes ayant une structure hélicoïdale et
extrêmement allongée. Les leptospires (5 à 10 µm de long) ont des extrémités en crochet, les
spirocheta sont plus longues entre 30 à 500 µm.

Figure 5. Cellules hélicoïdales ou spirille


- Autres formes (Figure 6):
D’autres aspects sont rencontrés comme la forme filamenteuse des bactéries ferrugineuses
ou sphaerotilus et les formes mycéliennes à peine ramifiées chez les mycobactéries et nettement
ramifiées chez les actinomycètes.

Figure 6. En (A), bactérie en forme mycélienne chez


Streptomyces sp.; En (B), bactéries filamenteuses
chez Anabaena et ses cellules spécialsées.

A B

2. La paroi cellulaire
a. Organisation générale
A l’exception des mycoplasmes (Figure 7), toutes les bactéries possèdent une paroi
cellulaire. Elle représente 20% du poids sec de la cellule bactérienne. Toutes les structures à
l’extérieur de la membrane plasmique constituent l’enveloppe. Elle comprend la paroi et la
structure extracellulaire comme la capsule. La paroi bactérienne est formée principalement d’un
polymère appelé peptidoglycane (appelé aussi mucopeptide ou muréine).

Le Peptidoglycane est un glycosaminopeptide (Figure 8), polymère de poids moléculaire


(PM) élevé qui constitue la structure de base de la paroi. Il représente environ 90% du matériel de
cette paroi. Il est constitué essentiellement de N-acétylglucosamine, d’acide N-acétylmuramique
et de courtes chaînes peptidiques formées de 4 ou 5 acides aminés appelés tétra- ou penta-
peptides. Le N-acétylmuramique joue le rôle d’un vrai ciment en se liant au N-acétylglucosamine
par sa fonction semi-aldéhydique libre (liaison β1-4) et aux tétrapeptides par son groupement
carboxyle libre. En effet, les courtes chaînes peptidiques forment des liaisons interpeptidiques

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permettant l’assemblage des différentes sous unités du peptidoglycane formant ainsi un énorme
réseau dense de molécules interconnectées.
0,1 µm

Membrane plasmique
Enzymes
ADN
ARN
Ribosomes

Figure 7. Structure des mycoplasmes : découverts par Pasteur (diagnostic de PPLO = organisme
ressemblant à l'agent de la pleuropneumonie des bovidés ou Pleuro-Pneumonia-Like-Organism), structure
très simple: membrane protégeant un cytoplasme + nucléoïde (ADN) + enzymes, ribosomes, ARN. Très
sensibles à la pression osmotique, aux détergents et à l’alcool.

L-Alanine NAM : N-acétylmuramique


l NAG : N-acétylglucosamine
D-Glutamine
l
L-Lysine ______ Gly-Gly-Gly-Gly-Gly
l
D-Alanine
Pantapeptide (pont)
Tetrapeptide
Figure 8. Structure du module de base du peptidoglycane

La structure du peptidoglycane donne à la paroi sa rigidité et sa solidité. Les chaînes de


glycanes NAM-NAG sont reliées par des ponts pentaglycine (Gram (+)) ou par un pontage directe
(Gram (-)) (Figure 9).

Figure 9. Shémas montrant le réseau bi-dimensionnel des parois cellulaires des bactéries Gram
positives (A) et Gram negatives (B). Les chaînes glycanes (NAM-NAG) sont liées entre ells par des ponts
peptidiques.

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La synthèse du peptidoglycane est inhibée par l’action de la pénicilline. Le lysozyme est une
enzyme qui dégrade le péptidoglycane en hydrolysant la liaison β1-4 entre N-acétylglucosamine et
l’acide N-acétylmuramique.

La composition chimique de la paroi est différente selon les espèces :


Bactéries Gram (+) Bactéries Gram (-)

Osamines +++ +
Acides aminés 24-35% 50 %
Acides teichoïques +++ -
Oses 20-60% 20-60%
Lipides 1-2,5% 10-22%
Osamines : représentés essentiellement par la N-acétylglucosamine, l’acide N-acétylmuramique.
Acides téichoïques : polyribitol-phosphate et polyglycérol-phosphate. Leur localisation exacte est mal
connue. Soit au niveau de la paroi soit dans le feuillet externe de la membrane cytoplasmique (sous forme
d’acide lipotéichoïque unis par liaison covalente aux glycolipides membranaires).
Oses : plusieurs oses ont été isolés de la paroi bactérienne : glucose, galactose, mannose, fucose, etc … ;
leurs modes d’association confèrent à la paroi sa spécificité et ses propriétés antigéniques.
Lipides : représentés souvent par des lipides simples entrant dans la composition des lipopolysaccharides
des bactéries à Gram négatif.

Cette diversité chez les bactéries est à l’origine de la différence de leurs réactions vis à vis
des différents colorants et des solvants ou coloration différentielle. Ces colorants augmentent le
contraste entre les cellules et leur environnement. Les techniques de coloration différentielle permettent
de distinguer les différents genres de bactéries selon leurs réactions vis-à-vis des divers colorants utilisés.
• Colorants basiques : bleu de méthylène, fuchsine basique, cristal violet, safranine, vert de
malachite. Ils sont cationiques (ont des charges (+)) et se fixent aux molécules chargées
négativement comme les acides nucléiques.

• Coloration acido-alcoolo-résistante (coloration de Möller): technique de coloration des


espèces du genre Mycobacterium qui ne se colorent pas facilement par les colorations
simples. La paroi des bactéries du genre Mycobacterium est caractérisée par la présence de
longues chaînes lipidiques complexes formées de 60 à 90 carbones appelées acides
mycoliques. Ces bactéries résistent à toute décoloration par l’alcool ou l’acide.

* La coloration des mycobactéries nécessite donc un chauffage en présence d’un mélange de fuchsine
basique et phénol (méthode Ziehl-Nelsen).

* Les cellules acido-alcoolo-résistantes ne sont pas décolorées par lavage à l’aide d’un mélange alcool-acide.

* Les bactéries non acido-alcoolo-résistantes sont par contre facilement décolorées par le mélange alcool-
acide. Ces bactéries sont par la suite colorées en bleu par le bleu de méthylène.

Ce type de coloration est utilisé pour identifier les Mycobacterium pathogènes des animaux
(M. bovis) responsable de la tuberculose du bétail. Le contrôle du bétail laitier et la pasteurisation
du lait sont donc nécessaires. Chez l’homme : M. tubeculosis est la cause de la maladie de la
tuberculose et M. leprae est la cause de la maladie de la lèpre.

• Colorants acides : éosine, rose Bengale et fuchsine acide. Ils sont anioniques (possèdent
des charges (-)) et se fixent aux molécules chargées positivement.

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• Coloration de Gram (mise en évidence par Christian Gram en 1884) : basée sur la
différence de la composition chimique de la paroi des différentes espèces bactériennes qui la
rend plus ou moins perméable au passage de certains solvants :
Etape 1 : Coloration de la préparation bactérienne par le cristal violet.
Etape 2 : Traitement avec une solution d’iode (Lugol) pour fixer le colorant.
Etape 3 : Décoloration avec l’éthanol ou de l’acétone : les bactéries Gram (-) sont décolorées alors que les
bactéries Gram (+) gardent le colorant violet.
Etape 4 : Coloration avec la safranine (contre colorant). Elle colore les bactéries Gram (-) en rose ou rouge et
laisse les bactéries Gram (+) colorées en violet.

Chez les bactéries Gram (+), la paroi cellulaire est formée d’une couche homogène de
peptidoglycane de 20 à 80 nm (Figures 10 et 12, Tab. 1). La paroi contient aussi une grande
quantité d’acides téichoïques associés au peptidoglygane ou aux lipides de la membrane plasmique
sous jacente formant ainsi des acides lipotéichoïques.

Figure 10. Enveloppe des bactéries Gram positives

Chez les bactéries Gram (-), la paroi cellulaire, de structure stratifiée, est plus complexe.
Elle est formée d’une couche de peptidoglycane moins épaisse (1 à 7 nm) et d’une membrane
externe constituée de phospholipides et de lipoprotéines de Braun (assurant la liaison entre la
membrane externe et le peptidoglycane). La membrane plasmique est séparée de la membrane
externe par un espace périplasmique contenant le peptidoglycane (Figures 11 et 12, Tab. 1).

Figure 11. Enveloppe des bactéries Gram négatives

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La membrane externe contient des Lipopolysaccharides (LPS ou endotoxines) contenant des
lipides et des glucides. Le LPS est fortement lié à la surface cellulaire et n’est libéré qu’après lyse
de la paroi. Elle joue le rôle de barrière de protection en empêchant l’entrée des antibiotiques et
autres substances toxiques pour la bactérie. Pourtant cette membrane permet l’accès à des petites
molécules grâce à la présence de protéines spéciales appelées porines désignées aussi par Omp
(Outer membran protein).

Figure 12. Comparaison entre les parois des bactéries gram positives (à gauche) et négatives (à
droite).

Tableau 1. Différences physiques et chimiques de la paroi chez les bactéries Gram (-) et Gram (+)

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b. Fonctions de la paroi (figure 13)
* Résistance à la pression interne (osmotique) et le maintien de la forme de la cellule :
En général, l’environnement microbien est moins concentré que le milieu cytoplasmique
bactérien. Ceci entraînerait l’entrée des quantités d’eau qui pourrait élever la pression osmotique à
un niveau que la membrane cytoplasmique ne pouvait supporter (20 atmosphère) qui conduira à la
lyse de la cellule. La présence de la paroi protège la bactérie par sa forte résistance.

Tableau 2. Comparaison des caractères physiologiques des bactéries Gram (-) et Gram (+)

Placées dans un milieu hypertonique (plus concentré que le milieu intracellulaire), les
bactéries ont tendance à perdre des quantités d’eau entraînant la plasmolyse : détachement du
cytoplasme de la paroi cellulaire. Ce processus est utile dans la préservation de la nourriture séchée
ou plus concentrée (préparation de la confiture).

Sous l’action d’une enzyme spécifique, le lysozyme en milieu isotonique, il y a destruction


des liaisons β1-4 des chaînes polyosidiques du peptidoglycane :
- Gram positif : Cellule n’éclate pas, forme sphérique : il s’agit d’un protoplaste. Dans ces
conditions la cellule, ne fixant plus les bactériophages, a perdu ses propriétés antigéniques et ne se
divise plus.
- Gram négatif : Cellule n’éclate pas, forme globuleuse appelée sphéroplaste qui conserve les
propriétés de la bactérie initiale.

En effet cette différence est certainement due à la composition chimique de la paroi chez les
bactéries Gram négatif. Placés dans un milieu hypotonique les protoplastes et les sphéroplastes vont
absorber l’eau par osmose incontrôlée et vont se lyser et éclater.

.
Figure 13. Formation des protoplastes

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* Fixation des bactériophages :
La paroi bactérienne présente des sites spécifiques de fixation des virus appelés
bactériophages (Voir chapitre IV). Chez les bactéries Gram (+), ces sites sont localisés au niveau
des acides téichoïques. Cette fixation représente le premier stade de l’infection par des
bactériophages, elle est suivie par la lyse de la bactérie. La détermination des sites de fixation des
bactériophages constitue le lysotype. Il s’agit d’une carte d’identification de l’espèce bactérienne.

c. Les éléments externes de la paroi cellulaire


La cellule bactérienne de certaines espèces dispose de structures permettant la mobilité ou la
protection.
* La capsule :
Il s’agit d’une couche plus ou moins compacte qui entoure la paroi de certaines espèces
bactériennes. Sa formation et sa composition chimique sont influencées par les constituants du
milieu. Elle est souvent de nature polyholosidique (exemple : Cl. perfringens) et quelquefois
polypeptidique (exemple : Bacillus anthracis).
La capsule ne joue pas un rôle vital pour la cellule bactérienne mais elle constitue toutefois
le support des propriétés physiopathologiques et immunologiques de la bactérie :
- Elle constitue le siège du pouvoir infectieux des bactéries pathogènes en les protégeant
contre la phagocytose dans l’organisme (Streptococcus pneumoniae sans capsule est
facilement détruit et ne produit pas de maladie). Elle exerce un chimiotactisme négatif
contre les leucocytes dont le mécanisme est mal connu.
- Elle est responsable de l’antigénicité de la bactérie qui permet à l’organisme de produire des
anticorps protecteurs.
- Elle protège la bactérie dans l’environnement contre les prédateurs (protozoaires et
bactériophages) et les agents physiques et chimiques (comme la dessiccation, en effet, les
capsules contiennent de l’eau).

* Les flagelles :
Ils s’agissent d’organes locomoteurs spécialisés extrêmement fins sous forme de filaments
minces, d’environ 20 nm de diamètre et 15 à 20 µm de long. Leur point d’insertion est
cytoplasmique (structure appelée rotateur). Il existe une relation entre la rotation du flagelle et
le mouvement des bactéries (Figure 14).

Figure 14. La mobilité flagellaire et le système rotateur

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On distingue quatre types de distribution des flagelles autour de la cellule bactérienne
(Figure 15):
- Bactéries monotriches : un seul flagelle inséré à une extrémité de la cellule.
- Bactéries amphitriches : un seul flagelle par extrémité.
- Bactéries lophotriches : lorsqu’une touffe émerge à l’une ou aux deux extrémités.
- Bactéries péritriches : la bactérie porte de nombreux flagelles insérés sur toute sa surface.

Lophotriche
Monotriche

Amphitriche Péritriche
Figure 15. Arrangement des flagelles chez les bactéries

Le mouvement orienté des bactéries vers des substances attractives ou en sens opposé quand
il s’agit de substances répulsives est appelé chimiotactisme. Il existe donc une chimiotaxie
positive quand les bactéries sont attirées par des sucres, acides aminés et autres substances
nutritives et une chimiotaxie négative quand elles sont repoussées par des acides, bases, phénols.

Il est important de noter que le mode d’insertion des flagelles peut être utilisé dans un but de
reconnaissance taxonomique. Exemple : chez la famille des Enterobacteriaceae, toutes les bactéries
mobiles possèdent un système flagellaire péritriche.

* Les pili ou les fimbriae : Il y a deux types :


Les pili communs : appelés aussi fimbriae, ils sont très nombreux (100 à 1000 pili par cellule),
ce sont des organes fins comme des cheveux, plus minces que les flagelles. Ils ne sont pas
impliqués dans la mobilité de la bactérie. Très fréquents chez les bactéries à Gram négatif. Ils
seraient impliqués dans l’orientation et l’adhésion à des surfaces (rochers des rivières) et aux tissus
de l’hôte.
Les pili sexuels : moins nombreux (1 à 4 par cellule), ce sont des appendices similaires mais
plus épais que les fimbriae et se terminent par un renflement. Ils semblent jouer un rôle important
dans l’appariement des bactéries ou le transfert du chromosome au cours des échanges de matériel
génétique, durant la conjugaison bactérienne (Figure 16).

Figure 16. Les pili sexuels et leur rôle dans la reproduction sexuée chez les bactéries

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3. Membrane cytoplasmique
a. Organisation de la membrane :
Elle est organisée conformément au modèle de Mosaïque fluide de Singer et Nicholson. Les
phospholipides sont à la base de la structure de la membrane cytoplasmique. En raison de leur
nature amphipathique (ou amphiphile), ces molécules s’organisent en deux couches moléculaires
avec la partie hydrophile porteuse d’un groupement phosphate orientée vers l’extérieur et les parties
hydrophobes insolubles dans l’eau se retrouvent vers l’intérieur se protégeant ainsi du milieu
aqueux. Il s’agit du double feuillet comprenant deux catégories de protéines (Figure 17):
Les protéines extrinsèques ou périphériques situées sur une des deux faces du double feuillet.
Elles sont facilement libérées dans une solution aqueuse.
Glycolipide Oligosaccharide
Protéine
intrinsèque
Protéine
intrinsèque
Hélice α
hydrophobe
Hopanoïde

Phospholipide
Protéine
extrinsèque

Figure 17. Structure de la membrane des procaryotes (mosaïque fluide)


Les protéines intrinsèques ou intégrales traversent complètement le double feuillet
membranaire pour apparaître sur les deux faces interne et externe de la membrane. Leur partie
hydrophobe se trouve enfuie dans la couche lipidique.
Les membranes bactériennes sont dépourvues de stérols comme le cholestérol (cas de la
cellule eucaryote) par contre elles contiennent des stérols pentacycliques appelés hopanoïdes qui
jouent un rôle important dans la stabilité de la membrane.

b. Fonctions :
Indépendamment de son rôle dans le processus de biosynthèse (par les enzymes localisées à
son niveau) et dans l’excrétion d’enzymes hydrolytiques (espace périplasmique), la membrane joue
un rôle essentiel dans la respiration et dans les transferts de substances.
* Respiration cellulaire :
La membrane cytoplasmique contient les enzymes de la chaîne respiratoire dans le
mésosome (à savoir les déshydrogénases et les coenzymes qui leur sont associées : NAD, FAD,
cytochromes, cytochromes oxydases). La chaîne respiratoire de la membrane bactérienne est
semblable à celle de la mitochondrie. Le transfert des électrons vers l’accepteur final constitué
d’oxygène (O2) est à l’origine d’un gradient électrochimique entre le milieu intracellulaire et le
milieu extracellulaire. La formation d’ATP résulte de la réaction de phosphorylation au sein de la
membrane plasmique.

* Echanges avec le milieu extérieur :


La diffusion : La membrane cytoplasmique joue le rôle de barrière contre la fuite des
composées intracellulaires et la pénétration anarchique des molécules extracellulaires. Par contre
elle assure les échanges contrôlés entre le milieu interne et le milieu externe de différentes
molécules. Le mouvement des molécules s’oriente du milieu le plus concentré vers le milieu le

14
moins concentré pour tendre vers un état d’équilibre : il s’agit du phénomène de la diffusion
passive, souvent appelée simplement diffusion. Elle fait intervenir les canaux protéiques situés au
niveau membranaire. Chez les bactéries Gram négatives les canaux protéiques sont limités à la
membrane externe. La vitesse de transport est proportionnelle au gradient de concentration entre le
milieu externe et le milieu interne (Figure 18).

Le transport des molécules par diffusion facilitée implique un changement de la conformation


d’une protéine porteuse appelée perméase. La vitesse de diffusion atteint un plateau à des
concentrations élevées à cause de la saturation du transporteur (Exemple de transport de grosses
molécules comme la vitamine B12). Le mouvement des molécules est dû au gradient de
concentration entre le milieu externe et le milieu interne. Cette forme de transfert de substances ne
nécessite aucune dépense d’énergie.

Figure 18. La diffusion facilitée (1) et passive (2). La vitesse de diffusion dépend du gradient de concentration du
soluté.

Transport actif : les bactéries peuvent transporter de molécules contre un gradient de


concentration grâce à l’utilisation d’énergie métabolique. Ceci leur sert d’assurer un équilibre
électrochimique de part et d’autre de la membrane cytoplasmique et assurer l’absorption de
molécules utiles au métabolisme dans un environnement souvent très dilué.

Les transporteurs impliqués sont de nature protéique et présentent une grande spécificité vis-
à-vis de certaines molécules. Le transport actif se caractérise par la saturation de transporteur à des
concentrations élevées. Il nécessite une source d’énergie métabolique. L’ATP est la source
principale d’énergie nécessaire au transport actif (Les inhibiteurs métaboliques comme le
dinitrophénol inhibent le transport actif mais pas la diffusion facilitée).
Exemple : Escherichia coli transporte une variété de sucres (maltose, galactose) et des acides
aminés (glutamate, histidine, leucine) par ce mécanisme.

4. Le Cytoplasme : (Protoplaste = membrane plasmique et tout son contenu)


Situé entre la membrane plasmique et le nucléoïde, il est constitué d’eau (76%), de sels
minéraux et de composés solubles. De pH situé entre 7 et 7,2, il comprend essentiellement les
ribosomes, les substances de réserve sous forme de corps d’inclusions et certains organites
spécialisés.

Le tableau 3 représente la composition élémentaire caractéristique des cellules de bactéries


ou d’archéobactéries. La composition organique est constituée principalement de (% du poids sec) :
- Protéines 50
- Polysaccharides 4-9
- Lipides 13
- ADN 4
- ARN 10
- Autres métabolites : acides aminés, sucres, acides organiques,
oligopeptides, ATP, vitamines..

15
Tableau 3. Composition élémentaire caractéristique des cellules de bactéries ou d’archéobactéries.

* Ribosomes : (18.000 chez E. coli)


En quantité variable selon les cellules bactériennes, les ribosomes sont constitués
exclusivement d’ARN et de protéines. Ils semblent remplir totalement le cytoplasme sauf les
régions nucléaires.

Les ribosomes résultent de l’association d’une sous unité volumineuse d’une constante de
sédimentation de 50 S et d’une petite sous-unité de 30 S reliées entre elles par des liaisons ARN-
protéine et protéine-protéine. Ils sont légèrement plus petits que les ribosomes de la cellule
eucaryote (60S et 40S). L’ARN ribosomal représente 80 à 90% de l’ARN total cellulaire. Les
ribosomes fixent les colorants basiques comme le bleu de méthylène. Les ribosomes constituent le
siége de la synthèse des protéines ou traduction.

* Corps d’inclusion :
Il s’agit d’une accumulation de granules de réserves parfois entouré d’une membrane de 2 à
4 nm d’épaisseur et visibles au microscope optique. Les bactéries peuvent accumuler des matériaux
organiques ou inorganiques. En cas de forte accumulation, ces réserves forment des granulations
cytoplasmiques constituées de polymères de réserve.

Exemples :
Inclusions organiques :
- Granulations de réserves carbonées révélés par une solution iodo-iodurée en bleu foncé quand il
s’agit d’amidon (non ramifié) et en brun rougeâtre quand il s’agit (plus fréquemment) de glycogène.

- L’acide poly-β β -hydroxybutyrique (PHB) chez pseudomonas : révélé par les colorants
spécifiques des graisses, le noir soudan.

- Les bactéries photosynthétiques pourpres contiennent à la fois des inclusions de glycogène et des
inclusions de PHB. Ils servent à la production d’énergie nécessaire à l’activité de la cellule.

- Les granules de cyanophycine composée de polypeptides qui servent de réserves d’azote pour la
bactérie.

Inclusions inorganiques :
- Granules de polyphosphates ou de volutine chez Corynebacterium diphterieae : il s’agit de
polymère linéaire phosphaté dont la révélation par coloration servait dans un but diagnostique.
- Inclusions de soufre chez les thiobactéries qui tirent leur énergie de l’hydrogène sulfuré.

16
* Chromatophores et pigments :
Chez les bactéries photosynthétiques ou cyanophytes, la conversion de l’énergie lumineuse
en énergie chimique s’effectue au niveau d’organites spécialisés de type vésiculaire ou tubulaire
appelés chromatophores (Figure 19). Les pigments photosynthétiques sont constitués de
bactériochlorophylles (de composition différente de la chlorophylle des plantes supérieures).
2 µm
Paroi cellulaire Mucus
Thylacoïde
Membrane plasmique (Chromatophore)

Région nucléoplasmique Ribosomes


(ADN)
Granules de réserve

Cytosol avec inclusions


(ARN, enzymes, ..)

Figure 19. CYANOPHYTES (coupe longitudinale)

D’autres pigments peuvent être rencontrés chez certaines bactéries, exemple :


• Bactériorhodopsine : pigment voisin du pigment de la rétine au niveau de la membrane
cytoplasmique chez Halobacterium halobium (bactérie vivant dans les milieux salés).
• Pyocyanine bleue et pyoverdine bleu-vert fluorescent chez Pseudomonas aeruginosa.
• Caroténoïde, protecteur anti-UV chez les corynébactéries.
• Zéaxanthène (caroténoïde), pigment jaune chez Staphyllococcus aureus.

* Vacuoles à gaz :
Elles sont constituées d’un ensemble de vésicules gazeuses de forme cylindrique remplies de
gaz (gaz atmosphérique). Elles se trouvent dans le cytoplasme de certains procaryotes
photosynthétiques d’habitat aquatique et leur permettent de flotter à la surface de l’eau (lacs ou
océans) ou à différentes profondeurs afin de capter le maximum de lumière, oxygène et nourriture.
Principalement, chez les cyanobactéries, bactéries photosynthétiques.

Figure 20. Vésicules gazeuses chez Anabaena flos-aquae: préparation par cryodécapage X 89.000

17
5. Les spores ou endospores bactériennes:
Elles représentent une forme de résistance pour un certain nombre de bactéries. Il s’agit de
structure intracellulaire spéciale, dormante et très résistante aux conditions sévères de
l’environnement comme la chaleur (résiste à une ébullition > 1h), les radiations UV, la dessiccation,
les désinfectants et antibiotiques. Elles sont produites par les bactéries Gram positives du genre
Bacillus, Clostridium. Exemples :
• Cl. botulinum responsable de botulisme (sensation d’obstacle dans la gorge et
sécheresse importante de la cavité buccale) .
• Cl. tetani responsable du Tetanos.
• B. anthracis responsable de la maladie du charbon.
La position de la spore diffère en fonction de l’espèce bactérienne (Figure 21):
• Spore centrale : située au centre de la cellule bactérienne.
• Spore subterminale : située proche de l’extrémité de la cellule.
• Spore terminale : située à l’extrémité de la cellule.

spore centrale

spore terminale avec


sporange gonflée

spore subterminale

spore terminale
Figure 21. Les différents types d’endospores

Le diamètre de l’endospore est variable et peut causer la déformation de la cellule


bactérienne (sporange gonflé); on parle alors d’endospore déformante. Les spores peuvent avoir des
formes variées : sphériques, elliptique ou ovoïdes. La présence d’une endospore, sa position, sa
forme et sa taille constituent des critères utiles pour identifier et caractériser les bactéries.

La formation de spores ou sporogenèse (Figures 22 et 23) commence quand il y a un


manque d’éléments nutritifs. Les spores peuvent être mises en évidence par des colorants comme le
vert de malachite.

La transformation de la spore dormante en cellule végétative commence par :

- La levée de la dormance par l’activation suite à un traitement physique (chauffage entre


65 et 95°C) ou chimique (acidité). Elle est suivie par la germination de la spore.

- La germination de la spore qui ne commence qu’en présence de conditions favorables. Elle


est caractérisée par la perte de la résistance à la chaleur et l’augmentation de l’activité métabolique.

- La croissance est caractérisée par l’émergence d’une cellule végétative avec une
augmentation du volume et la reprise de la biosynthèse (protéines et ADN).

18
Figure 22. Le cycle d’une bactérie sporulante

Exosporium
Tunique externe
Tunique interne
Cortex
Appareil nucléaire
Membrane corps central

Paroi corps central

Figure 23. Structure de la spore bactérienne


6. Appareil nucléaire
Les cellules procaryotes n’ont pas de noyau délimité par une membrane. L’appareil
nucléaire d’Escherichia coli est constitué d’un seul chromosome circulaire constitué d’acide
désoxyribonucléique (ADN) double brin, unique, continu, de forme superenroulée (Figure 24) et
situé dans une région appelé; le nucléoïde (le nombre de paires de bases est environ 5 x 106).
Les bactéries contiennent aussi des molécules circulaires à ADN double brin appelés
plasmides, qui se réplique indépendamment du chromosome bactérien. Ces plasmides sont aussi
transmis à la descendance et généralement de petite taille (1/100 environ de celle du chromosome).
Les gènes du plasmide confèrent à la bactérie un certain nombre de propriétés comme la résistance

19
aux antibiotiques, la virulence, la conjugaison bactérienne (facteur F) ou certaines possibilités
métaboliques particulières (lui permettant de se multiplier dans un environnement défavorable):
- production d’entérotoxines et d’entéro-invasifs chez E. coli sous contrôle de plasmides.
- Plasmides métaboliques :
* dégradation du lactose chez salmonella;
* hydrolyse de l’urée et production de H2S chez E. coli.

Figure 24. Structure de l’ADN super-enroulé. Des degrés progressifs d’enroulement permettent de
compacter la molécule d’ADN.

20
Chapitre III. NUTRITION, CROISSANCE ET MULTIPLICATION
BACTERIENNE

Les microorganismes se multiplient à partir des aliments ou nutriments présents dans les
milieux de culture. Les différentes espèces bactériennes ont des besoins communs appelé besoins
élémentaires. Il s’agit d’une source d’eau, source d’énergie, des éléments majeurs (en g/l : carbone,
oxygène, hydrogène, azote, phosphate et soufre), des éléments mineurs (en mg/l : potassium,
calcium, magnésium et fer), des oligoéléments (en µg/l : Manganèse, Zinc, Cobalt, Molybdène,
Nickel, Cuivre).
De nombreux microorganismes ne disposent d’enzyme nécessaire à la synthèse de certaines
substances qui s’avèrent nécessaires à leur croissance. Ces constituants cellulaires doivent être
fournis par l’environnement externe et portent le nom de facteurs de croissance (acides aminés,
purines et pyrimidines, vitamines), sans lesquels ces microorganismes ne peuvent s’accroître.
D’autres facteurs appelés stimulants, peuvent modifier la vitesse de croissance des bactéries sans
l’arrêter.

1. Besoins nutritifs élémentaires et facteurs de croissance (Tableau 5)


a. Source d’énergie
Tous les organismes ont besoin de sources d’énergie, d’hydrogène et d’électron pour leur
croissance. Selon le type de la source d’énergie utilisée par la bactérie, on distingue deux catégories
de microorganismes :
* Les phototrophes (ou photosynthétiques) : capables d’utiliser la lumière comme source
d’énergie. La phototrophie bactérienne peut faire appel à des composés minéraux ou
organiques comme source d’électron, on distingue donc deux catégories :
 Les photolithotrophes : utilisent les substances minérales réduites comme source
d’électrons. (Les bactéries sulfureuses pourpres (Thiorodaceae) et vertes (Chlororodaceae) ne
peuvent pas oxyder l’eau. Elles utilisent le sulfure d’hydrogène comme source d’hydrogène).
 Les photoorganotrophes : nécessitent des composés organiques comme source
d’électrons. Il s’agit de bactéries non sulfureuses présentes souvent dans les lacs et les rivières
polluées (Athiorodaceae).

* Les chimiotrophes (ou chimiosynthétiques): obtiennent leur énergie de l’oxydation des


composés chimiques organiques ou inorganiques.
 Les chimiolithotrophes : le donneur d’électrons est un composé minéral. Cas
des bactéries du sol oxydant l’ammoniac (Nitrosomonas) ou nitrites (NO2-, Nitrobacter), les
composés réduits du soufre (Thiobacillus).
 Les chimioorganotrophes : le donneur d’électron est un composé organique. Cas
de la majorité des bactéries pathogènes, bactéries de contamination alimentaire et les bactéries à
intérêt médical.

* Les paratrophes: ce sont des bactéries intracellulaires comme les rickettsies et les
chlamydies. Ils tirent leur énergie de leur parasitisme obligatoire.

b. Source de carbone
Le carbone est l’élément essentiel de la cellule, il sert à l’élaboration du squelette de toutes
les molécules organiques. Certains microorganismes sont capables de se développer dans un milieu
inorganique en utilisant le CO2 comme seule source de carbone. On parle de microorganismes
autotrophes.
D’autres microorganismes ne peuvent pas utiliser exclusivement le CO2 comme source de
carbone. Ils exigent des molécules organiques complexes. On parle des microorganismes
hétérotrophes.

21
Malgré la diversité des types trophiques chez les microorganismes, ils peuvent être classés
en quatre catégories nutritionnelles en se basant sur leurs sources d’énergie, d’électron et de
carbone (Tableau 4):
• Les autotrophes photolithotrophes
• Les autotrophes chimiolithotrophes
• Les hétérotrophes photoorganotrophes
• Les hétérotrophes chimioorganotrophes

Principaux types Sources d’énergie, Microorganismes représentatifs


nutritionnels d’hydrogène/électrons et carbone
Autotrophes - Energie lumineuse - Algues
photolithotrophes - Donneur inorganique - Bactéries sulfureuses pourpres et
d’hydrogène/électrons (H/e-) vertes
- CO2 comme source de carbone - Cyanobactéries
Hétérotrophes - Energie lumineuse - Bactéries non sulfureuses pourpres
photoorganotrophes - Donneur organique d’H/e- - Bactéries non sulfureuses vertes
- Source organique de carbone (CO2 peut
aussi être utilisé)
Autotrophes - Source chimique d’énergie - Bactéries oxydant le soufre
chimiolithotrophes (inorganique) - Bactéries oxydant l’H2
- Donneur inorganique d’H/e- - Bactéries nitrifiantes
- CO2 comme source de carbone - Bactéries du fer
Hétérotrophes - Source chimique d’énergie (organique) - Protozoaires
chimioorganotrophes - Donneur organique d’H/e- - Mycètes
- Source organique de carbone - La plupart des bactéries non
photosynthétiques
Tableau 4. Principaux types nutritionnels (trophiques) chez les microorganismes

c. Sources d’azote, phosphore et soufre


Les bactéries ont besoin de substances azotées pour synthétiser leurs protéines. L’azote peut
être incorporé sous forme inorganique de nitrites (Nitrobacter) ou sous forme d’ammoniac grâce à
l’action d’enzymes diverses (glutamate déshydrogénase et glutamate synthétase). Certains
microorganismes peuvent fixer l’azote atmosphérique comme le Rhizobium qui en symbiose avec
les légumineuses. De même les lichens, une association symbiotique algue-champignon quand
l’algue est une cyanobactérie qui fixe l’azote (genre Nostoc essentiellement). D’autres bactéries qui
vivent à l’état libre comme Azotobacter ou Clostridium peuvent aussi fixer l’azote atmosphérique et
contribuent à fertiliser le sol.
Le phosphore entre dans la composition des acides nucléiques, les phospholipides, ATP,
certaines protéines. Il est incorporé souvent sous forme de phosphate inorganique.
Le soufre est nécessaire pour la synthèse d’acides aminés (cystéine, méthionine), de
protéines. Il est souvent incorporé sous forme de sulfate ou de soufre organique.

d. Facteurs de croissance
Certains microorganismes ne nécessitent pas d’éléments nutritifs supplémentaires dans le
milieu de culture. Ce milieu est appelé milieu minimum. Les éléments précités leur suffissent : il
s’agit de microorganismes prototrophes. Les microorganismes qui exigent pour leur
développement des substances organiques particulières qu’ils ne peuvent pas synthétiser (facteurs
de croissance) sont appelés des auxotrophes. Ces bactéries auxotrophes ont perdu la capacité de
synthétiser un métabolite essentiel, qui est nécessaire pour leur croissance. Les facteurs de
croissance sont caractérisés par leur action à des concentrations très faibles et par leur spécificité.
On distingue trois classes de facteurs de croissance :
• Les acides aminés pour la synthèse de protéines : 25mg/l.
• Les bases puriques et pyrimidines pour la synthèse des acides nucléiques : 10mg/l.
• Les vitamines qui forment les cofacteurs enzymatiques : 1 à 24 µg/l.

22
Tableau 5. Composition typique en sels minéraux d’un milieu d’isolement et de croissance de
bactéries de l’environnement
e. Absorption des nutriments par les cellules
Se fait par diffusion facilité ou transport actif. Dans le cas de transport actif:
* La translocation de groupe : il s’agit d’un processus connu chez les procaryotes qui
consiste à transporter les molécules vers l’intérieur en étant modifiée chimiquement. Exemple le
système de phosphotransférase des sucres (PTS, Figure 25) qui fait intervenir un certain nombre de
protéines membranaires enzymatiques (membranaires et cytoplasmiques) pour la phosphorylation et
le transport de glucose, fructose et lactose. Les bactéries aérobies n’ont pas de système PTS.
Escherichia, Salmonella, Staphylococcus et certains anaérobies facultatifs et obligatoires (comme
Clostridium) en possèdent.

Figure 25. Le transport PTS bactérien : le système de phosphotransférase des sucres (PTS) dépendant du
phosphoénolpyruvate (PEP) chez E. coli et S. typhimurium. Dans ce système sont impliqués plusieurs
enzymes et la protéine thermostable de faible masse moléculaire (HPr).

23
* La capture de fer : le fer (ions ferriques Fe3+) étant rarement disponible dans le milieu
extérieur à l’état soluble, les bactéries ont surmonté cette difficulté en le complexant grâce aux
sidérophores. Ce sont des molécules de faible poids moléculaire qui complexent les ions ferriques
et les fournissent à la cellule.

2. Croissance et multiplication bactérienne


La croissance peut être définie comme un accroissement ordonné de tous les composants
d’un organisme. Chez les bactéries, elle aboutit non pas à une augmentation de taille comme chez
les organismes pluricellulaires mais à une augmentation du nombre de cellules ou multiplication par
scissiparité ou par bourgeonnement.
La multiplication des bactéries commence par la réplication du chromosome bactérien. Elle
est suivie par la division cellulaire (scissiparité) qui consiste en la formation à partir de la périphérie
d’un septum interne. Le septum est un ensemble de membrane et de paroi nouvellement
synthétisées qui sépare les deux cellules filles de taille plus ou moins égale (Figure 26).

Figure 26. Division chez les bactéries avec formation du septum

La masse bactérienne vivante au sein d’une culture est appelée biomasse. Dans un milieu
liquide, une bactérie peut engendrer une population bactérienne en passant par 5 phases (Figure 27):
* Phase de latence: le taux de croissance nul (µ = 0). La durée de cette phase dépend de
l'âge des bactéries et de la composition du milieu. C'est le temps nécessaire à la bactérie pour
synthétiser les enzymes adaptées au nouveau substrat (pas de phase de latence si repiquage sur
milieu identique au précédent). Sa durée est fonction du type de milieu, de la souche bactérienne
(quelques heures, parfois moins d'1 h; Tab.6).

Tableau6. Temps de génération (T) de quelques espèces bactériennes cultivées en conditions


optimales
* Phase exponentielle: le taux de croissance atteint un maximum (µ=max). Bactéries en
pleine activité métabolique et leur nombre augmente d'une manière exponentielle (dédoublement à
chaque génération): si on prélève une bactérie à cette pour la cultiver sur un autre milieu idéal on

24
obtiendra une courbe de croissance sans phase de latence. La masse cellulaire est représentée par
des cellules viables (mortalité nulle).
* Phase de ralentissement : la vitesse de croissance régresse. Il y a un épuisement du milieu
de culture et une accumulation des déchets. Il existe un début d'autolyse des bactéries.
* La phase stationnaire: le taux de croissance devient nul (µ = 0). Les bactéries qui se
multiplient compensent celles qui meurent.
* Phase de déclin : le taux de croissance est négatif (µ < 0). Toutes les ressources nutritives
sont épuisées. Il y a accumulation de métabolites toxiques. Il se produit une diminution
d'organismes viables et une lyse cellulaire sous l'action des enzymes protéolytiques endogènes.
Cependant, il persiste une croissance par libération de substances libérées lors de la lyse (croissance
cryptique).

Figure 27. Les phases de la croissance bactérienne : phase de latence (1), phase de croissance
exponentielle (2), phase de ralentissement (3), phase stationnaire (4) et phase de déclin (5). En abscisse,
heure de culture et en coordonnées, Bactéries par ml.
Le nombre de la population peut être calculé à un temps t (Nt) durant la phase exponentielle:

Nt = N0 x 2n
Avec N0 le nombre initial des bactéries ; n le nombre de générations = t/T; t le temps de
culture et T le temps de génération caractéristique d’une bactérie pour un milieu donné.

3. Les milieux de culture : (liquide, solide, naturel, synthétique, défini, complexe, sélectif,
d’enrichissement, d’isolement)
a. Milieux liquides et solides
La culture bactérienne peut se réaliser sur des milieux liquides ou solides selon le but
recherché. L’état solide est obtenu par addition d’un polyoside extrait d’algues diverses (agar-agar
ou gélose). Les milieux de cultures sont le plus souvent isotoniques (NaCl à 9 pour mille) et de pH
compris entre 7 et 7,6.
Bien que toutes les espèces bactériennes exigent des éléments communs pour leur
croissance, la connaissance précise de la composition chimique d’un milieu de culture est nécessaire
pour certaines bactéries qui présentent des exigences spécifiques.
Au cours de leur développement les bactéries troublent uniformément les milieux liquides
et forment des dépôts ou des voiles superficiels.
Sur un milieu solide les bactéries s’accumulent au fur et à mesure de leur multiplication en
une masse appelée colonie dont l’aspect, la dimension et le contour représentent des caractères
d’identification (voir TP).

b. Milieux complexes et milieux synthétiques


* Les milieux complexes sont des milieux dont la composition chimique est mal définie. Ils
peuvent satisfaire les besoins nutritifs et énergétiques d’un grand nombre de microorganismes.
Certains sous produits de l’industrie agro-alimentaire peuvent servir à l’élaboration de ces milieux.

25
Il s’agit de la mélasse, la farine de soja, de poisson, de son, l’amidon de maïs. On peut les appeler
aussi des milieux naturels ou empiriques. Le plus courant est le bouillon nutritif qui est à base de
viande de bœuf.

* Les milieux synthétiques ou milieux chimiquement définis sont des milieux dont la
concentration et le rôle de chaque ingrédient est bien déterminé. Ce genre de milieux est beaucoup
utilisé en recherche scientifique afin de connaître l’élément métabolisé par le microorganisme.

c. Types de milieux et leur utilisation


* Milieux sélectifs : sont qualifiés de sélectifs tous les milieux favorisant la croissance d’un
microorganisme particulier en inhibant le développement des autres germes. Ces milieux
contiennent des agents sélectifs appelés inhibiteurs tels que les sels biliaires, cristal violet, fuchsine
basique, les antibiotiques (colimycine, chloramphénicol).
Exemple :
- Gélose MacConkey pour la recherche de E.coli contenant des sels biliaires empêchant le
développement des bactéries Gram (+)
- Milieu Chapman contenant des concentrations élevées en chlorure de sodium (75g/l)
permettant le développement des espèces tolérant une forte osmolarité comme les Staphylococcus.

* Milieux d’enrichissement : contiennent des agents sélectifs et qui sont destinés à enrichir
le milieu en germe recherché.
Exemple : Milieu Muller-Kaufmann : permet d’enrichir le milieu en Salmonella tout en
inhibant les autres espèces fécales à Gram (+) et Gram (-).

* Milieux d’isolement et d’identification : Les milieux d’isolement sont de composition


simple sur lesquels de nombreux microorganismes peuvent se développer. Le plus répandu pour
l’isolement des bactéries est la gélose nutritive (bouillon nutritive + gélose) Les colonies obtenues
permettent de préparer des cultures pures qui sont le point de départ d’une étude systématique
aboutissant à identifier les caractéristiques biologiques et biochimiques par les milieux
d’identification. Ces derniers servent à mettre en évidence une ou plusieurs propriétés chez un
microorganisme précédemment isolé (fermentation d’un sucre, production de gaz H2S, ..).
Exemple : Gélose MacConkey au lactose et au rouge neutre. Elle permet d’identifier les
colonies qui fermentent le lactose et qui sont caractérisées par leur coloration rose.

4. Facteurs physiques influençant la croissance des bactéries


a. Température
Elle affecte considérablement la multiplication et la croissance bactérienne. En effet, toutes
les réactions métaboliques catalysées par des enzymes sont influencées par la température de
l’environnement externe (les microorganismes sont poïkilothermes). Les microorganismes
diffèrent par leur température optimale de croissance (Figure 28, Tab. 7). On distingue :
* Les microorganismes psychrophiles : la température optimale de croissance est située
entre 10 et 15°C mais ils peuvent se développer à 0°C (voire en dessous pour les cryophiles, entre -
5 et +5°C). Ils sont isolés des océans dont la température est voisine de 5°C et sont caractérisés par
un système membranaire riche en acides gras insaturés. Leurs enzymes, système de transport
membranaire et leur mécanisme de synthèse protéique fonctionnent à basse température. Beaucoup
de psychrophiles commencent à perdre leurs constituants cellulaires à 25-30°C suite à l’altération
de la membrane cellulaire. Leur température maximale est proche de 35°C.

* Les microorganismes mésophiles : se développent à des températures comprises entre 20


et 40°C (avec un optimum entre 30 et 37°C). Presque tous les agents pathogènes humains font
partie des cette catégorie. Leur température minimale est de 10°C alors que leur température
maximale est proche de 45°C.

26
Tableau 7. Température de croissance de bactéries et d’Archéobactéries
* Les microorganismes thermophiles : se développent préférentiellement à des
températures comprises entre 45 et 55°C ou encore à des températures supérieures à 55°C.
Certaines bactéries se développent à 100°C et d’autres bactéries vivant dans des environnements
sulfureux au fond des océans se multiplient à des températures allant jusqu’à 115°C. Ces bactéries
sont qualifiées de thermophiles extrêmes. Elles possèdent des lipides membranaires plus saturés
(point de fusion plus élevé) que les mésophiles. Les thermophiles prolifèrent abondamment dans le
compost, les conduites d’eau chaude et les sources thermales.

* Les microorganismes psychrotrophes : ces microorganismes se développent à des


températures optimales proches des mésophiles de 20 à 30°C mais se développent à 0°C. La
majorité des agents responsables de la détérioration des produits réfrigérés font partie de cette
catégorie.

Optimale

Maximale
Minimale

Température

Figure 28. La température et la croissance : effet de la température sur la vitesse de croissance.

b. Concentration en oxygène
L’oxygène sert d’accepteur final de la chaîne de transport d’électron dans la respiration
aérobie. Les microorganismes qui exigent la présence d’oxygène pour leur développement sont des
aérobies stricts. Par contre les microorganismes anaérobies stricts ne peuvent se développer qu’en

27
absence d’oxygène (Figure 30). Ils ne possèdent ni catalase ni superoxyde dismutase. En effet, la
réduction d’oxygène conduit à la formation de produits toxiques pour la cellule comme le peroxyde
d’hydrogène (H2O2, Figure 29)

Syperoxyde
dismutase
2 H2 O
O2 + H2O2
2 H2O + O2
Catalase

Figure 29. Mode d'action de la superoxyde dismutase, de la catalase et de la peroxydase

Les anaérobies facultatifs n’exigent pas d’oxygène pour leur développement mais ils se
multiplient mieux en sa présence.
Les anaérobies aérotolérants se développent aussi bien en présence qu’en absence
d’oxygène.
Certains microorganismes aérobies ne supportent pas la teneur atmosphérique d’oxygène
(20%) mais exigent pour leur croissance des faibles concentrations d’oxygène (2 à 10%). Il s’agit
des microaérophiles.

Figure 30.

c. Potentiel Hydrique (pH)


L’action du pH se manifeste essentiellement au niveau du milieu, de la perméabilité
membranaire, et l’activité métabolique. Elle influence profondément la croissance des
microorganismes en détruisant la membrane plasmique et en inhibant l’activité des enzymes et des
protéines de transport membranaire. En général, les microorganismes modifient le pH du milieu par
les rejets des déchets produits suite à la dégradation des substrats utilisés. Par conséquent l’addition
de molécules tampon dans les milieux de culture s’avère nécessaire.
Les moisissures et les champignons préfèrent des conditions de pH acide compris entre 3 et
6. Si la majorité des bactéries se multiplient à des valeurs de pH proche de la neutralité (6,5 – 7,5),
chaque espèce bactérienne se développe dans une gamme de pH optimum (Tab. 8).
* Les acidophiles ont un pH optimum compris entre 1 et 5,5. Thiobacillus thiooxydans
tolère des conditions de pH proche de 2 (chimiolithotrophe qui oxyde le soufre en acide sulfurique).
Il se développe dans une solution normale d’acide sulfurique.

* Les neutrophiles préfèrent des conditions de pH comprises entre 5,5 et 8.

* Les basophiles ou alcalophiles se reproduisent à des pH entre 8,5 et 11,5. Malgré la


variabilité de pH des différents habitats bactériens, le pH interne des microorganismes est proche de
la neutralité. Il est maintenu grâce au rôle de la membrane plasmique.

28
Tableau 8. Effet du pH sur la croissance microbienne
d. Humidité
L’eau est utilisée par les microorganismes comme solvant des nutriments et comme agent
chimique des réactions d’hydrolyse. La disponibilité d’eau est indispensable pour la culture
bactérienne. Elle est exprimée par l’activité de l’eau Aw (Activity of water) qui est calculée par le
rapport du nombre de molécules de solvant sur la somme des molécules de solvant et du soluté.
L’activité de l’eau est comprise entre 0 et 1 (Tab. 9).

Aw à 25°C NaCl (g/100ml) Saccharose (g/100ml)


0.99 1,75 11
0.96 7,01 25
0.94 10,34 93
0.90 16,50 144
0.85 23,60 208
Tableau 9. Activité de l’eau (Aw) de solutions réalisées avec du NaCl et saccharose

Les microorganismes exigent un seuil d’humidité convenable pour se multiplier (>0,98).


Une diminution de l’humidité (Aw) entraîne un ralentissement de la croissance dû à une plasmolyse
cellulaire. Le tableau 10 donne quelques exemples de minima d’Aw de quelques microorganismes
et aliments.

microorganismes Aw Aliments Aw
Cl. botulinum 0,97 Viandes 0,99
E. coli 0,95 Pommes 0,98
St. aueus 0,86 Confiture 0,75
Mucor 0,85 Céréales <0,70
Sc. cereviseae 0,95 Chocolat <0,60
Tableau 10. Tolérance de certaines bactéries à la diminution de l’activité de l’eau Aw
Le degré d’humidité des produits alimentaires aura donc une grande influence sur leur
conservation et sur le type de microorganismes capable de s’y développer.

29
e. Pression osmotique :
La plupart des bactéries sont protégées par leur paroi, elle empêche la lyse cellulaire en cas
de faible pression osmotique (Aw élevée, milieu hypotonique).
Certains microorganismes peuvent se développer dans des conditions de Aw faible (milieu
hypertonique). Ils maintiennent des concentrations osmotiques internes élevées supérieures à celle
de leur environnement. Ceci est réalisé en produisant des molécules solubles (proline, bétaïne, acide
glutamique, saccharose, ions potassium…). La membrane plasmique reste fermement collée à la
paroi.
Cette adaptation des microorganismes à des habitats ayant une faible activité d’eau leurs
permet une tolérance des milieux à forte concentration osmotique. Il s’agit des microorganismes
osmotolérants.
Exemple : Staphylococcus aureus se développe dans des milieux en présence ou en absence
de NaCl et peut tolérer jusqu’à 3M (les non halophiles se développent à des concentrations en
dessous de 0,2M).
La levure Saccharomyces rouxii pet être cultivée dans des solutions de sucre à des valeurs de Aw
inférieur à 0,6.

Les microorganismes halophiles sont tellement bien adaptés aux conditions salines qu’ils
exigent des quantités élevées (6,2 M) de chlorure de sodium pour croître. Ils ont modifié la structure
de leurs protéines et de leurs membranes plutôt que d’avoir simplement augmenté leur
concentration osmotique interne (approche utilisée par les osmotolérants). Les halophiles
accumulent des concentrations élevées de potassium (4 à 7 M).
Exemple : bactéries du genre Halobacterium isolé de la mer morte : la membrane plasmique
et le la paroi sont stabilisées par des ions sodium. Si la concentration en ion sodium diminue trop,
la paroi et la membrane plasmique se désintègrent.

5. Les antibiotiques
a. Historique
A la fin du 19ème siècle, on savait que la quinine permettait la lutte contre le paludisme.
- 1909, Paul Ehrlich donna l’idée de ‘magic bullet’ qui permettrait d’atteindre la partie infectante
mais pas l’hôte.
- 1928, A. Flemming découvre la pénicilline.
- 1939, IG trouve l’antibiotique ‘gramicidine’ à partir d’un Bacillus trouvé dans le sol.
- 1944, IG isole, à partir d’un actinomycète, la streptomycine (contre la tuberculose).

b. Définition
Un antibiotique, au sens strict, est une substance naturelle produite par un micro-organisme
dont l’action est de limiter la croissance (action bactériostatique) ou de tuer (bactéricide). On a :
- Des antibiotiques d’extraction : ils sont souvent bactériostatiques
- Des antibiotiques de synthèse grâce à l’intervention de l’homme pour leur fabrication.
- Des agents anti-infectieux : ils sont ‘anti-tout’.
Les antibiotiques sont différents des antiseptiques car ils ont des actions ciblées sur un
mécanisme spécifique (métabolisme cellulaire). Le spectre d’activité d’un antibiotique définit les
différents micro-organismes touchés par un antibiotique. Ce spectre est lié au mode d’action du
mécanisme considéré.

c. Familles des antibiotiques


Les antibiotiques ont des origines variées :
* Bacillus : ce sont des Gram(+), à faible G/C% (à endospores) qui fabriquent des
polypeptides.
* Actinomycètes : ils sont à l’origine de 70% des antibiotiques et 60% pour la seule espèce
de Streptomyces.

30
* Céphalosporium : de sont des organismes eucaryotes à l’origine de 10% des antibiotiques.
On a quatre types de spectre :
- anti Gram (+)
- anti Gram (-)
- Antifongiques
- spectre large

d. mécanisme d’action (Tab. 11)


* Au niveau du fonctionnement cellulaire : on a cinq grands types (classés dans l’ordre
d’importance croissante) :
- Inhibition de la synthèse des métabolites essentiels.
- Inhibition de la transcription et/ou de la réplication de l’ADN (novobiocine, rifampicine).
- Dénaturation de la membrane plasmique (polypeptides).
- Inhibition des synthèses protéiques (action bactériostatique) (streptomycine).
- Inhibition de la synthèse de la paroi (pénicilline).

* Cible moléculaire: le mécanisme d’action d’un antibiotique a une cible particulière et


précise.
- Les beta-lactamines : elles inhibent l’enzyme responsable de la synthèse du peptidoglycane, sur la
transpeptidase. Cette enzyme est inhibée par la pénicilline qui se fixe sur le site actif et prend la
place du peptidoglycane.
- Tétracycline: bloque le site A du ribosome.
- Streptomycine (aminoside) : cet antibiotique agit sur la synthèse des protéines. Elle se fixe sur la
petite sous-unité du ribosome 30S. Au niveau de la formation du complexe, elle perturbe la fixation
de l’ARNm, d’où, des erreurs de lecture.
- Chloramphénicol: inhibe la synthèse des ribosomes.

Tableau 11. Organismes producteurs et mode d’action de divers antibiotiques

e. Résistance aux antibiotiques


La résistance est un mécanisme acquit par une bactérie qui était sensible à un antibiotique et
qui y devient résistante. Les principaux mécanismes d’acquisition d’une résistance sont dus à des
mutations génétiques ou à l’infection par un plasmide.

Exemple :
* Les deux formes de résistance à la streptomycine : Il peut y avoir une mutation du gène
codant pour la petite sous-unité 30S du ribosome. La streptomycine n’a plus de relation avec cette
sous-unité. Si cette dernière reste fonctionnelle, on obtient une forme de résistance. D’autre part, le
gène Sp du plasmide qui code pour l’adényl-transférase va greffer un radical adényl sur
streptomycine qui devient alors trop grosse pour pouvoir se fixer.

31
* La résistance à la pénicilline est souvent due à des processus d’infection. Il y a synthèse,
par la bactérie, de beta-lactamase (enzyme) qui va inactiver la beta-lactamine qui devient alors
inopérante.
On a alors, trois manifestations possibles :
- Il y a non-reconnaissance de la cible.
- La molécule d’antibiotique voit sa forme modifiée.
- La cellule perd sa perméabilité pour l’antibiotique (pour les tétracyclines, le gène Tet, sur un
plasmide, fait ressortir l’antibiotique).

La résistance grâce aux plasmides est la résistance la plus répandue et la plus facile à
répandre. Le plasmide R permet la propagation des épidémies nosocomiales (les infections en
milieu hospitalier).

Annexe 1. Propriétés spécifiques des bactéries et des archéobactéries

Annexe 2. Fonction des différentes vitamines B dans la nutrition des bactéries et des archéobactéries

32
Chapitre IV. ELEMENTS DE GENETIQUE BACTERIENNE

1. Définition
Les microorganismes, et principalement les bactéries, s’imposent comme des outils de choix
pour explorer et étudier en profondeur la nature des gènes. Même si les microorganismes ne
possèdent pas de caractéristiques facilement reconnaissables comme les eucaryotes supérieurs, le
fait d’avoir caractérisé leurs défauts métaboliques et isolé les souches mutantes, a permis d’établir
une relation entre des variants biochimiques et les mutations géniques.

Chez ces organismes haploïdes, l’analyse génétique ne dépend pas du fait qu’une mutation
soit dominante ou récessive puisque qu’un seul allèle du gène est présent. Il ne peut pas alors être
masqué dans son expression par un autre allèle comme c’est le cas des diploïdes. De plus les
bactéries peuvent produire une nouvelle génération de cellules toutes les heures, ce qui constitue un
avantage pour la génétique. Les bactéries se divisent rapidement sur des milieux liquides ou solides
contenant les éléments de base. En milieu solide en boîte de Pétri, les bactéries sont immobilisées et
restent regroupées. A partir de 107 cellules, la masse de cellules constitue une colonie visible à l’œil
nu. Toutes les cellules d’une colonie proviennent d’une bactérie mère et ont donc le même matériel
génétique et constituent un clone.

1. Mutants bactériens
Le traitement d’une souche bactérienne par des agents mutagènes peut conduire à de très
nombreuses mutations, qui empêchent la cellule de se multiplier dans un milieu minimum. Elle ne
pourra croître qui si l’on ajoute à ce milieu tel ou tel métabolite dont la synthèse n’est plus assurée
dans la cellule mutante. Ainsi un grand nombre de mutations touchant la synthèse des métabolites
essentiels pour la croissance des bactéries ont été identifiées, chacune d’entre elles correspondent à
l’une des enzymes mises en jeu dans les étapes de biosynthèses des divers molécules biologiques
(acides aminés, sucres, …).

Il y a plusieurs types de mutants :


* Auxotrophes : perte de la capacité de synthétiser un métabolite essentiel, un acide aminé
par exemple;
* Cataboliques : perte de la capacité d’utiliser par exemple un ose particulier comme source
de carbone;
* Résistants : qui permettent à la bactérie de résister à l’action des antibiotiques.
Ces divers types de mutants (Tab. 12) fournissent des marqueurs génétiques pour suivre
l’évolution des génomes lors d’expériences.

Tableau 12. Symboles utilisés en génétique bactérienne

33
2. Conjugaison bactérienne
La conjugaison bactérienne est un processus sexuel strict qui nécessite un contact préalable
et un appariement entre bactéries de sexe différent (hétérothalliques) avec la formation d'un pont
cytoplasmique permettant les échanges bactériens dont celui du chromosome. Le facteur de
sexualité ou de fertilité (F) permet la synthèse de pili sexuels chez la bactérie donatrice ou mâle et
donne la polarité au chromosome. Le transfert d'ADN chromosomique est à sens unique, orienté,
progressif et quelques fois total (2 h).

Ce sont J. LEDERBERG et E. TATUM en 1946 qui mélangèrent dans un milieu liquide


(Figure 31), 2 mutants polyauxotrophes d'E. coli K12: 108 Met- Bio- Leu+ Thr+ et 108 Met+ Bio+
Leu- Thr- (exigences en méthionine, Met; biotine, Bio; leucine, Leu et thréonine, Thr). Après
plusieurs heures de contact, l'étalement de 108 bactéries sur un milieu synthétique minimum sans
Met, Bio, Leu et Thr est suivi, après incubation, de la croissance d'une centaine de colonies à la
surface du milieu. Ces clones ainsi que leur descendance sont Met+ Bio+ Leu+ Thr+. Il ne pouvait
s'agir de mutants doublement réverses (probabilité de l'ordre de 10-14) mais de recombinants.

Apparition de quelques
colonies de phénotype
(Met+ Bio+ Leu+ Thr+)

Figure 31. Mise en évidence du transfert de matériel génétique entre bactéries

Dans la conjugaison, les gènes des bactéries ne fusionnent jamais en entier pour constituer
un nouveau descendant comme des organismes supérieurs. Le transfert de l’information génétique
est unidirectionnel et est assuré par un facteur de fertilité ou facteur F. C’est un ADN circulaire
autoréplicatif appelé épisome dont héritent les cellules filles indépendamment du chromosome
bactérien. (Figure 32-a). Les bactéries qui le possèdent sont dites F+ (rôle de donneur), et celles qui
ne le possèdent pas sont dites F- ou receveuse. Le facteur F comporte, entre autre, toute
l’information génétique nécessaire pour son transfert d’une bactérie F+ vers une bactérie F- à travers
les pili sexuels codés par ce facteur.

Quand on croise des bactéries F+ et des bactéries F- toutes les bactéries deviennent F+
(Figure 32-b). Dans les bactéries donneuses, une copie simple-brin de l’ADN F est synthétisée selon

34
un mécanisme particulier appelé réplication en cercle roulant (transfert d’un brin d’ADN F vers le
cytosol de la cellule réceptrice où il va servir de matrice pour la synthèse du second brin.

Dans certains cas, il y a intégration du facteur F dans le chromosome bactérien, ce qui


conduit à la formation des bactéries Hfr (pour Haute fréquence de recombinaison, Figure 32-c).
Grâce à l’intégration du facteur F dans le chromosome des souches Hfr, ces bactéries peuvent
transférer efficacement aux souches F- une partie de leur génome. N'importe quel gène bactérien
peut être transféré comme l'aptitude à biosynthétiser un acide aminé (thréonine, leucine, sérine).
Après recombinaison génétique, la cellule réceptrice devient prototophe pour ces acides aminés et
acquiert de nouveaux caractères.

Figure 32. Quelques propriétés du facteur sexuel F

Parfois le facteur F des souches Hfr quitte le chromosome bactérien. Il arrive que lors de
cette sortie le plasmide F emporte avec lui une partie du chromosome bactérien donnant ainsi un
nouveau facteur appelé plasmide F’. Lors d'une conjugaison F' avec F-, le facteur F' est transmis à
haute fréquence à la bactérie réceptrice qui acquiert avec le plasmide un ou quelques gènes
chromosomiques. On parle de F-duction ou de sex-duction.

La conjugaison a permis :
* l'établissement de cartes génétiques du chromosome bactérien (E. coli, P. aeruginosa);
* la circularité du chromosome bactérien.

D’autres plasmides qui se propagent par conjugaison bactérienne est le plasmide R,


responsable de la résistance multiple aux antibiotiques chez les bactéries pathogènes depuis 1950
avec les bactéries du genre Shigella responsable de la dysenterie. Cette bactérie a très rapidement
acquis une résistance à de nombreux antibiotiques (pénicilline, tétracycline, streptomycine, …)
couramment utilisés pour enrayer la maladie.

35
3. Transformation bactérienne
Le mécanisme par lequel une bactérie absorbe de l’ADN exogène à partir de son
environnement et l’intègre de façon fonctionnelle dans son chromosome est appelé transformation
(Figure 33). La transformation "naturelle" ou physiologique est le premier modèle connu de
transfert de matériel génétique lui-même (ADN), qui est fixé et absorbé par des bactéries
réceptrices, dites en état de compétence. Ce mécanisme fut découvert chez Streptococcus
pneumoniae en 1928 par F. Griffith et O. Avery. Par la suite, Avery, Mac Leod et Mac Carthy
démontrèrent que le principe tansformant était bien de l’ADN. Ce modèle a permis de démontrer
que l'ADN était le support chimique de l'hérédité en 1944 et cette technique est très utilisée en génie
génétique..

D'une part, il doit y avoir de l'ADN libéré d'une bactérie (exogénote). D'autre part celui-ci
doit être fixé sur une bactérie réceptrice en phase de compétence. Cette absorption d'ADN
polymérisé est suivie d'une recombinaison génétique légitime avec acquisition de nouveaux
caractères génétiques stables, donc transmissibles à la descendance dénommés recombinants ou
transformants.

La transformation naturelle est difficile à reproduire au laboratoire pour l’utiliser dans la


technologie de l’ADN recombinant. Certaines bactéries de type Gram(-) comme E. coli sont plus
facilement transformables par l’ADN exogène. L’état de compétence de ces bactéries peut être
augmenté par le traitement par des ions divalents comme le Ca+. On parle dans ce cas de
transformation artificielle.

Figure 33. Principe de la transformation bactérienne. Un fragment d’ADN libéré par une bactérie morte
est absorbé par la cellule receveuse puis intégré dans le chromosome bactérien.

4. Transduction
La transduction est un transfert d'ADN bactérien partiel, par l'intermédiaire de
bactériophages dont le rôle est passif (vecteur). Il est dans ce cas, virulent et va se multiplier dans
la bactérie. Lors de la phase d'encapsidation, il incorpore de l'ADN bactérien fragmenté.

En 1951, J. Lederberg et N. Zinder, travaillant sur la bactérie Salmonella, montrèrent que


des caractères pouvaient être transmis de façon passive entre deux bactéries par l’intermédiaire d’un
virus. Ces chercheurs ont infecté une bactérie Leu+ par un phage transducteur spécifique de cette

36
bactérie. Le développement de ce phage dans les bactéries entraine leur lyse (voir Chapitre V) ce
qui libère un grand nombre de descendants identiques au phage infectant. Exceptionnellement, la
capside renferme un fragment d’ADN du chromosome bactérien intégré dans la molécule du virus.
Quand on infecte une culture de bactéries leu- par le lysat contenant l’ensemble des phages, certains
de ceux qui ont « embarqué » un petit fragment du chromosome bactérien introduisent dans les
bactéries réceptrices le gène Leu+. Par recombinaison, l’allèle Leu+ peut se substituer à l’allèle Leu-
et la bactérie se trouve transduite pour ce caractère (Figure 34)).

Figure 34. Mécanisme de la transduction généralisée. Le gène LeuB code la β-isopropylmalate


déshydrogénase, impliquée dans la voie de biosynthèse de la leucine. L’allèle muté du gène est noté Leub.

Tout fragment de l’ADN de la bactérie donneuse portant un marqueur génétique pourra se


trouver transduit de cette manière. On parle alors de transduction généralisée. Cette transduction
peut être exploitée pour cartographier le chromosome bactérien, c’est la cartographie par
transduction.

37
Chapitre V. NOTION DE VIROLOGIE

1. Introduction
Les virus forment un groupe d’agent infectieux. Ils sont totalement différents des
microorganismes procaryotes et eucaryotes. La science qui s’intéresse à l’étude des virus s’appelle
la virologie. Ce sont des entités supramoléculaires acellulaires qui consistent en une ou plusieurs
molécules d’ADN ou d’ARN enfermées dans une coque protéique de forme déterminée. La
multiplication des virus ne peut s’effectuer indépendamment des cellules vivantes. Les particules
virales sont appelées virion (Lwoff, 1953) à l’état extracellulaire et virus quand elles entament la
phase intracellulaire.
Les virus diffèrent des cellules vivantes par leur organisation simple, l’absence des
molécules d’ADN et d’ARN ensemble dans le même virion et leur incapacité à se diviser. La
classification des virus est moins claire que celle des bactéries en raison du manque de connaissance
en ce qui concerne leur origine et leur évolution. Les virus sont divisés en plusieurs groupes
taxinomiques sur la base d’un certain nombre de critères (Tab. 13):
• Nature de l’hôte : animal, végétal, bactérie, insecte, mycète
• Type d’acide nucléique : ADN ou ARN, simple brin ou double brin, masse moléculaire
• Symétrie de la capside : icosaédrique, hélicoïdale, binaire
• Présence d’une enveloppe
• Diamètre de la nucléocapside
• Nombre de capsomère dans les virus icosaédriques
• Propriétés immunologiques
• Site intracellulaire de multiplication
• Maladie engendrée, les caractères cliniques particuliers el le mode de transmission.

Tableau 13. Classification des virus (SB: simple brin; DB: double brin; n-seg: non segmenté; cir: circulaire;
N: non enveloppé; E: enveloppé; C: cubique; H: hélicoïdale; ARN ADN: virus à ARN impliquant une phase ADN
dans leur cycle de réplication).

38
2. Historique
La découverte des virus remonte à la fin du 19ème siècle. En 1892 Dimitri Ivanowski,
botaniste russe, réussit à transmettre à un plant de tabac sain une maladie végétale dite mosaïque du
tabac par l’intermédiaire d’un filtrat d’un jus provenant d’une plante malade. Cette filtration,
éliminant toute bactérie suggéra à cet auteur le rôle d’une toxine filtrable comme responsable de la
maladie.
En 1898 un autre botaniste Beijerinck ayant repris les expériences d’Ivanowski démontra
que ce n’était pas une toxine qui passait à travers les filtres mais l’agent infectieux lui-même,
responsable de la mosaïque de tabac (le caractère infectieux du filtrat permet de le distinguer d’une
toxine). Il observa que cette particule virale est différente d’une bactérie et se multipliait seulement
dans les cellules vivantes mais qu’il ne pouvait pas survivre longtemps à l’état sec.
A la fin du 19ème siècle les pathologistes étudiants les maladies de l’homme et des animaux
domestiques reconnaissent qu’un certain nombre de maladies infectieuses n’étaient pas dues à des
bactéries ou à des protozoaires mais à des agents inconnus qui traversent les filtres utilisés pour les
bactéries.
Au début du 20ème siècle, le caractère invisible et filtrant des agents d’un grand nombre de
maladies (poliomyélite, rage,...) fut démontré. Tous ces agents infectieux plus petits que tous les
microorganismes connus jusque là furent alors dénommés Ultra-virus ou virus filtrant ou plus
simplement virus. En 1935 on réussit à obtenir à l’état pur et cristallisé le virus de la mosaïque de
tabac (VMT, Figure 35)). Une année après on découvre la nature nucléoprotéique des cristaux
obtenus. A partir de 1939 grâce au microscope électronique on a pu préciser la taille des virus et
montrer pour la 1ère fois leur forme. La méthode de diffraction aux rayons X a révélé les détails de
l’organisation interne des particules virales. Le rôle prédominant de l’acide nucléique dans le
pouvoir infectieux fut démontré en 1952. En 1956 on a démontré que l’acide nucléique purifié
extrait du virus de la mosaïque de tabac produit l’infection d’une plante saine.

Figure 35.

3. Caractères généraux des virus (Figures 36 et 37)


Les virus forment un groupe unique d’agents infectieux dont les caractères distinctifs sont
l’organisation simple, acellulaire et le mode de multiplication. Les virions, l’état extracellulaire
possèdent peu ou pas d’enzyme et ne peuvent se multiplier indépendamment de la cellule vivante.
Dans la phase intracellulaire les virus se comportent comme des acides nucléiques en réplication. Ils
détournent le métabolisme de l’hôte vers la synthèse des composants viraux.

39
La taille des virus est comprise entre 10 et 400 nm et ne peuvent être visibles au microscope
optique. Ce qui a empêché pendant longtemps la connaissance de leur forme et de leur structure.
Les virus sont des parasites intracellulaires obligatoires, ils ne possèdent aucune information
génétique concernant les enzymes du métabolisme producteur d’énergie.

La spécificité des virus est en rapport avec leur constitution chimique et elle est sous
l’étroite dépendance du génome viral qui est responsable à la fois du pouvoir infectieux et de
l’élaboration des protéines de structure.

Les virus sont constitués d’une nucléocapside centrale formée d’une molécule nucléique
ADN ou ARN associé à des protéines internes appelée nucléoïde et protégé par une coque
protéique appelée : La capside. La capside protège le matériel génétique et favorise son transfert à
la cellule hôte. Elle est souvent nue (virus de la mosaïque de tabac ou VMT) mais chez beaucoup de
virus la capside est entourée d’une membrane externe appelée enveloppe ou péplos (virus de la
grippe à symétrie hélicoïdal mais présente une forme sphérique à cause d’une enveloppe souple de
110 nm de diamètre et virus de la rage en forme d’obus à cause de son enveloppe de 75 à 175 nm de
diamètre qui est solidement attaché à la capside de 15 nm de diamètre). L’ensemble des travaux
montre que les virus ont un certain nombre de critères communs :
- le virus ne possèdent q’un seul type d’acide nucléique ;
- le virus se reproduit à partir de son seul acide nucléique ;
- le virus est incapable de se diviser et n’a aucune information génétique concernant les enzymes du
métabolisme énergétique ;
- La multiplication des virus implique l’utilisation des structures de la cellule hôte.

Figure 36. Structure virale

a. Capside
La capside des virus est formée suite à l’assemblage de plusieurs sous unités protéiques
appelées protomères. Elle peut avoir une symétrie cubique et avoir une forme icosaédrique
(Figure 38). Il s’agit d’un polyèdre régulier avec 20 faces triangulaires constituées d’unités en
forme d’anneaux appelés capsomères dont les pentamères ou pentons sont faits de cinq sous
unités protéiques et les hexamères ou hexons en possèdent six. D’autres capsides sont hélicoïdales
en forme de cylindre protéique creux. Les protomères s’associent en spirale formant un tube de 15 à
18 nm de diamètre et 300 nm de longueur contenant le matériel génétique (enroulé aussi en spirale).

40
Figure 37. Structure schématique des principales familles virales infectant l’homme et les animaux.

Figure 38.

Chez d’autres virus appelés virus complexes, la capside présente une structure particulière
portant une queue ou bien le matériel génétique se trouve entouré de parois complexes formées de
plusieurs couches. Les bactériophages qui infectent Escherichia coli possèdent une tête en forme
d’icosaèdre allongé (phages T-pairs) ou d’icosaèdre typique (phages T1, T5). La tête est portée par
une queue constituée d’un tube central creux entouré par un manteau ou gaine hélicoïdale et d’une
plaque basale hexagonale. Cette dernière porte des crochets et des fibres articulées responsables de

41
la fixation du phage à la surface bactérienne. Les phages ont une symétrie icosaédrique au niveau de
la tête et une symétrie hélicoïdale au niveau de la queue. On dit qu’ils ont une symétrie binaire.

Figure 39. Structure des bactériophages de la série T-pairs (T2, T4, ..)
b. Enveloppe
Présente chez de nombreux virus animaux et quelques virus de plantes. Il s’agit d’une
structure membranaire souple permettant aux virus enveloppés d’avoir une forme variable, ils sont
donc pléomorphes. Les constituants de l’enveloppe proviennent généralement des membranes de la
cellule hôte. Sa composition en lipides et en sucre dépend des cellules sur lesquelles se sont
multipliés les virus. Les protéines de l’enveloppe peuvent former des projections saillantes sur
toute sa surface. Elles sont appelées des spicules (environ 10 nm chez virus influenza, celui de la
grippe), elles sont codées par des gènes viraux et semblent impliquées dans l’identification des virus
et leur fixation à la cellule hôte. Certains spicules présentent une activité enzymatique. Elles
permettent aux virus de détruire les tissus de l’hôte et traverser les différentes barrières.
Exemple : le virus influenza, virus de la grippe enveloppé avec des projections séparées de 7
à 8 nm et ressortent de la surface de 10 nm. Certains spicules présentent une activité neuraminidase.
Fixées en nombre de 500 à 1000 qui permettent l’hydrolyse de l’acide neuraminique et de traverser
les couches de l’épithélium respiratoire pendant la phase de la libération des virus. D’autres spicules
sont des hémagglutinines (2000 unités) de nature glycoprotéinique de 14 nm de longueur qui
permettent au virion de s’attacher par hémagglutination aux érythrocytes (hématies).

c. Acides nucléiques
Le matériel génétique des virus est très varié. Il peut être sous forme désoxyribonucléique
chez les virus à ADN ou sous forme ribonucléique chez les virus à ARN. L’acide nucléique viral
peut être simple brin ou double brin. On trouve les quatre types de molécules chez les virus
animaux par contre les virus végétaux possèdent des génomes en ARN simple brin. Les virus
bactériens appelés bactériophages contiennent le plus souvent de l’ADN double brin. Certains virus
possèdent des protéines associées au génome formant le nucléoïde et des protéines enzymatiques
nécessaires au déroulement de leur cycle comme la polymérase ARN dépendante qui s’appelle
transcriptase chez les virus à ARN. Elle traduit l’ARN viral en ARN messager.
Le génome viral peut se présenter en plusieurs fragments séparés. Il s’agit de génomes
segmentés dont chaque segment code pour une protéine. Les différents segments (10 à 12) peuvent
se trouver dans des particules virales différentes. Par contre, les différents virions sont nécessaires
pour au pouvoir infectieux comme c’est le cas chez le génome du virus de la mosaïque du brome. Il
est composé de 4 segments distribués sur trois particules virales.

4. La multiplication des virus


a. Interaction virus – cellule

42
Les virus ne peuvent se multiplier qu’au sein des cellules vivantes. L’infection des cellules
commence par l’interaction du génome virale et la cellule. Cette interaction peut conduire selon les
cas à la production de virions, il s’agit d’une interaction productive. Les nouveaux virions sont
libérés par lyse de la cellule infectée on parle de cycle lytique. Dans d’autres (cas comme chez les
rétrovirus) il y a multiplication sans mort cellulaire c’est le cycle végétatif ou productif.

L’infection de certaines cellules n’aboutit pas à la production de nouveaux virions. Il y a


expression de quelques gènes viraux mais la cellule ne permet pas le déroulement d’un cycle de
multiplication complet. Il s’agit d’un cycle abortif. L’interaction est dite abortive.

L’interaction du virus et de la cellule peut conduire à l’intégration par liaison stable du


génome viral avec celui de la cellule. Les gènes du virus persistent et seront transmis à toute la
descendance. Il s’agit d’une interaction intégrative.
Les cellules peuvent être résistantes à l’infection virale. Elles ne contiennent pas de
récepteurs spécifiques pour le virus.

b. Cycle de multiplication des virus


Le cycle de multiplication des virus comprend plusieurs étapes :
* Phase d’adsorption :
Les virus se fixent sur la surface de la cellule hôte au niveau de récepteurs spécifiques
(souvent de structure mal connue). Ceci dépend de l’interaction de ces récepteurs cellulaires avec
des protéines de surface des virions. Le virion pénètre par endocytose ou par fusion de l’enveloppe
virale avec la membrane cellulaire. Le génome viral (ADN ou ARN) est ensuite libéré par
décapsidation. En effet la capside est dégradée par action enzymatique d’une enzyme appelé la
décapsidase.

* Phase d’éclipse :
Il s’agit d’une phase pendant laquelle il y a réplication de l’acide nucléique viral et la
biosynthèse de différentes protéines. Les enzymes intervenant dans sa réplication sont synthétisés
précocement. Les protéines structurales qui forment la capside et l’enveloppe comme les particules
d’hémagglutinine sont formées plus tardivement.

* Phase de maturation :
L’assemblage des capsides commence au fur et à mesure de leur production. Elles entourent
l’acide nucléique viral pour former des nucléocapsides. C’est le phénomène de l’encapsidation.
Les virions sont ensuite libérés par lyse cellulaire. Chez certains virus l’acquisition d’une enveloppe
se fait ultérieurement par bourgeonnement au niveau de la membrane plasmique. Le bourgeon est
constitué d’une nucléocapside totalement enveloppée et protégée. Il reste fixé à la surface de la
cellule formée de mucopolysaccharides. La destruction de ces composés par la neuraminidase libère
le virion enveloppé.

5. Les bactériophages
a. Historique et définition
La découverte du phénomène de la bactériophagie remonte en 1915 par Twort qui a
observé la lyse des colonies de microcoques dans des boîtes de pétrie. Cette lyse pouvait être
transmise de colonie à colonie par simple contact. Plus tard on a découvert qu’il s’agit d’une attaque
des bactéries par des virus qui ont pris le nom de bactériophages.
Si on ajoute sur une culture d’E. coli en milieu liquide une suspension de bactériophages
actifs, un certain nombre de cellules bactériennes sont détruites au bout de 20 à 30 minutes. En
l’espace de quelques heures, le milieu devient plus clair et transparent par rapport à une culture
témoin non infectée.

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Si on dépose une goutte d’une suspension de bactériophages actifs sur une culture d’E. coli
bien étalé et homogène en milieu gélosé, on observe une zone circulaire claire au milieu du film
bactérien formé après incubation à la température optimale. Cette zone claire est appelée plage de
lyse. Elle résulte de la destruction totale des cellules bactériennes suite à la multiplication des
bactériophages. Ce sont des virus qui infectent les bactéries. Ils entraînent généralement la lyse et la
mort des bactéries. Le matériel génétique des bactériophages est constitué majoritairement d’ADN
double brin. Certains bactériophages contiennent de l’ARN.

b. La multiplication des bactériophages : cycle lytique et cycle lysogénique.


L’infection de la bactérie hôte par un bactériophage présente deux formes distinctes :
* Le bactériophage se reproduit aux dépend de la bactérie et la détruit. C’est de l’infection lytique.
Les bactériophages qui détruisent les cellules infectées sont appelés des bactériophages virulents.
* Dans le cas d’un cycle lysogénique l’acide nucléique du bactériophage est incorporé dans le
chromosome bactérien. Il se maintient indéfiniment dans le chromosome, il se comporte comme un
gène bactérien et par conséquent il est transmit à la descendance.

c. La multiplication des phages virulents : cycle lytique (Figure 40)


* Phase d’adsorption et de pénétration :
Les bactériophages ne se fixent pas au hasard sur la surface des bactéries. Leur adsorption
des bactériophages résulte de l’existence de sites spécifiques appelés récepteurs. La nature de ces
récepteurs varie en fonction du bactériophage. Les constituants de la paroi bactérienne comme les
lipopolysaccharides, les protéines, l’acide téichoïque, les flagelles et les pili peuvent servir de
récepteurs. La fixation s’effectue par l’intermédiaire des fibres caudales. Quand la plaque terminale
se dépose sur la paroi bactérienne, une enzyme (lysozyme) située dans la queue dépolymérise le
mucocomplexe de la paroi en coupant les liaisons glycosidiques. La gaine de la queue se contracte,
le tube interne de la queue traverse la zone de moindre résistance. L’ADN est expulsé dans la
cellule hôte alors que la tête et les enveloppes vides restent à l’extérieur.

* Phase d’éclipse :
Cette phase est caractérisée par de nombreuses synthèses phagiques :
Inhibition des synthèses bactériennes : Dès l’infection, la croissance bactérienne est stoppée, le
chromosome bactérien est détruit à l’aide d’une désoxyribonucléase qui apparaît 2 à 3 minutes après
l’infection. Les autres structures cellulaires restent pourtant intactes et fonctionnelles. Elles vont
servie aux synthèses phagiques.

Synthèse des constituants phagiques précoce : le premier élément synthétisé est un ARN messager
de type phagique. Il est synthétisé grâce à l’ARN polymérase bactérienne. De nouvelles protéines
apparaissent. Ce sont des enzymes nécessaires à détourner le métabolisme de la cellule hôte et à la
synthèse des acides nucléiques viraux. La synthèse de l’ADN viral commence 6 minutes après le
début de l’infection. Elle est dirigée par l’ADN phagique injecté dans la cellule. Elle s’effectue au
dépends des débris d’ADN bactérien et grâce aux métabolites présents dans le milieu.
Les protéines qui entrent dans la composition de la structure des virions apparaissent 9
minutes après l’infection. Leur synthèse est dirigée par l’ADN phagique et l’ARN messager
correspondant. Elle s’effectue au niveau des ribosomes bactériens et fait appel aux acides aminés
présents dans la bactérie. Dans ces conditions, la bactérie continue ses activités de synthèse mais au
profit de l’ADN phagique.

* Phase de maturation et de libération :


Les premiers virions apparaissent après la douzième minute. Leur nombre augmente jusqu’à
leur libération. Le mécanisme de cette maturation est peu connu. L’ADN se condense puis s’entoure
d’unités protéiques reconstituant la tête du phage. Les éléments de la queue s’associent ensuite. De
nombreux virions sont ainsi formés. La libération des virions formés (100 à 200) est réalisée grâce

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à une enzyme l’endolysine qui agit de l’intérieur de la paroi bactérienne. La bactérie éclate
permettant la libération à la 25ème minute des virions identiques au phage qui a infecté la bactérie.

d. Les bactériophages tempérés et lysogénie


Si certains phages lysent les cellules hôtes durant leur cycle de multiplication, de nombreux
phages à ADN sont capables d’établir une relation différente avec leur hôte. Après adsorption et
pénétration le génome viral ne prend pas le contrôle de son hôte mais il se maintient à l’intérieur et
se multiplie en même temps que le génome bactérien. Il se développe et se multiplie pendant de
longue période. Ce type de relation entre cellule et phage est appelé lysogénie.
Le génome viral qui reste à l’intérieur de l’hôte mais le détruit pas porte le nom de
prophage. Le cycle lysogénique est propre aux bactériophages tempérés et les bactéries sont
appelées des bactéries lysogènes. Dans des conditions environnementales particulières (rayons x,
rayons UV, peroxydes, …), la multiplication des phages peut être initiée dans une culture lysogène.
Il s’agit du processus d’induction qui conduit à la destruction des cellules infectées et à la
libération de nouveaux virus.
La lysogénie est due à la présence au niveau cytoplasmique d’une molécule de nature
protéique appelée répresseur. Sa présence au niveau de la bactérie empêche l’expression du phage
qui est réduit à un prophage inactif. L’intégration d’un prophage dans le chromosome d’une
bactérie détermine chez elle des propriétés nouvelles qui n’ont aucun rapport avec leur cycle de
multiplication. C’est le cas des changements de la morphologie, de la pigmentation des colonies, de
la production de toxines. Ce phénomène s’appelle la conversion lysogénique.

Figure 40. Cycle lytique d’un bactériophage (a), et cycle lysogénique (b)
Bibliographie :
- Meyer A., Deiano J. et Bernard A. (2004). « Cours de microbiologie générale avec problèmes et exercices
corrigés » Doin Editeurs.
- Pasquier Ch., Bertagnoli S ., Messud-Petit F et Izopet J. (2005). «Virologie humaine et animale». Eds.
Dunod
- Petit J-M et Julien R. (2007). « Mini manuel de génétique ». Edition Dunod
- J. Watson et coll. (1998). « Biologie moléculaire du gène ». Edition Flammarion

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