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Chapitre 1.

Le règlement des différends


interétatiques.

SECTION 1. Le règlement diplomatique.

§ 1. Les caractères du règlement diplomatique.

Le règlement diplomatique vient se confondre avec la liberté de choix du mode de règlement.


Liberté du règlement diplomatique, caractéristiques :
 Choix de la procédure.
 Choix de l’application du droit.
 Etats libres d’accepter ou non le règlement.

A / Le libre choix de la procédure.

Négociation, les bons offices, la médiation, l’enquête ou encore la conciliation sont des modes
usuels de règlement diplomatique des différends. Seule la conciliation apparaît comme une
technique propre de règlement des différends, les autres techniques sont utilisées et utilisables mais
au-delà des règlements des différends.

A / Le libre choix de l'application du droit au fond.

La liberté des parties se traduit également par l’absence d’exigences légales qui puissent leur
être imposées, et cette absence vis-à-vis des parties concernent aussi bien la procédure que le fond.
Les modes diplomatiques ne comportent pas de base de règlement, les parties ne sont pas
obligées de se soumettre au droit. Si bien qu’au fond, le règlement du différend par la voix
diplomatique peut se baser uniquement sur des considérations d’équité ou d’opportunité. Un
règlement équitable ou opportun peut être légal, plus ou moins compatible avec la règle de droit, ou
encore peut écarter la règle de droit.
Les modes diplomatiques peuvent se prêter au règlement non justiciable, car elle ne relève pas
d’une règle de droit existante.

B/ La libre acceptation du règlement.

En effet, le principe du règlement diplomatique des différends veut que la solution dégagée ne
soit pas obligatoire en soi, car en raison du caractère diplomatique, cette solution n’a pas de
caractère juridique à priori. Pour être opposable aux parties, cette solution doit être acceptée par les
parties. De ce point de vue-là, deux hypothèses sont à distinguer :
 Règlement direct : les parties au différend vont négocier directement sur le choix, sur
le fond et sur la solution au règlement du différend. D’un point de vue juridique, le
différend dans ce cas-là pourra être résolu par la conclusion d’un accord entre les
parties. Ce sont les techniques conventionnelles qui vont s’appliquer.
-> Les parties au différend sont également partie à un traité, le différend porte sur
le traité, les Etats vont donc se mettre d’accord et cela constituera un amendement au
traité = procédé formel.

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-> Différend peut être résolu par un procédé informel, ce qui compte c’est
l’entente des Etats quant à la solution à porter au différend.
 Règlement indirect, avec intervention d’un tiers : la voix diplomatique peut nécessiter
l’intervention d’un tiers, rien n’oblige les parties à accepter le règlement qui va être
formulé par le tiers. En principe, les seules obligations qui s’imposent aux parties sont
d’une part l’obligation d’examiner de bonne foi le rapport présenté par le tiers. De
plus, les parties ont l’obligation de faire connaître leur position vis-à-vis de ce rapport.
Lorsque les parties décident d’accepter la solution :
-> Manifestation unilatérale : par communiqué par exemple.
-> Manifestation conventionnelle : les parties manifestent leur accord par la
conclusion d’un traité.
La solution s’impose aux parties lorsqu’elles décident de l’accepter. Ce qui est obligatoire c’est
l’acte manifestant la volonté des parties.

§ 1. Principe de procédure.
A / Procédures informelles.
1. La négociation.

Elle peut se définir de deux manières, au sens large et au sens strict. Au sens large, le terme
négociation peut désigner l’ensemble des modes de règlement diplomatiques des différends.
Au sens strict, la négociation signifie la conduite bilatérale du règlement du conflit entre les
parties. Cette négociation bilatérale, à priori, est totalement soustraite au droit. C’est parce que la
négociation se conduit au-delà des limites du droit que ce mode de règlement des différends va être
privilégié.

1. Les bons offices.

Interposition d’un tiers dans les relations inter étatiques. C’est un tiers qui s’interpose entre les
parties et qui va mener ses « bons offices  ». L’hypothèse est celle d’un conflit inter étatique
particulier, car c’est un conflit qui rend impossible, tous contacts entre les parties. Dans le cas par
exemple de la rupture des relations diplomatiques. L’intervention du tiers va permettre de
représenter les intérêts d’une partie auprès de l’autre. Le recours aux bons offices dépasse la simple
hypothèse du règlement des différends. Le tiers peut intervenir pour représenter les intérêts d’un
Etat partie, en général pour palier les carences dues à la rupture des relations diplomatiques. Le tiers
ne propose pas forcement de solution, cependant rien n’empêche que le tiers représente les intérêts
d’une partie et en plus participer au règlement du différend. Lorsque le tiers participe au règlement
du différend, les bons offices forment un mode de règlement des différends à part entière.
Dans l’hypothèse où le tiers participe directement au règlement du conflit. Quel est le rôle
joué par le tiers ? En principe, le tiers dans la procédure des bons offices n’est pas compétent pour
proposer une solution au fond, au mieux il va pouvoir suggérer un mode de règlement du différend.
La position du tiers dans la procédure des bons offices, impose une certaine neutralité.
Exemple : contentieux financiers entre les USA et l’Iran dans les années 1980 et 1980, ce sont
les bons offices de la RFA qui ont permis la mise en place d’une procédure de médiation entre l’Iran
et les USA. C’est cette procédure de médiation qui a permis la conclusion d’un traité.

2. La médiation.

La principale différence entre la médiation et les bons offices porte sur le comportement du
tiers, dans un cas le tiers est neutre (bons offices) et dans l’autre cas, il y a une participation active du

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tiers au règlement, on se trouve dans le cadre de la procédure de médiation. Les deux procédures
sont de nature similaire ce qui va changer c’est le degré d’implication du tiers, parce que le tiers
médiateur propose une solution au fond. Certes le tiers médiateur propose une solution mais dans
une certaine limite parce qu’il s’agit pour le tiers de proposer une solution acceptable par les parties.
La solution du médiateur n’est sûrement pas idéale, car elle doit être avant tout susceptible d’être
acceptée par les parties. Il s’agit de concilier les thèses des parties opposées, il ne s’agit pas de
trancher.
Par ailleurs, ces deux procédures ne sont pas exclusives l’une de l’autre, elles peuvent se
combiner. Par exemple, ce fut le cas dans l’affaire du règlement financier de la prise d’otage de
Téhéran, Iran vs USA. RFA mène les bons offices et propose une procédure de médiation qui prend le
relais des bons offices de la RFA, c’est l’Algérie qui va alors intervenir comme médiateur.

C/ Les procédures formelles.


1. La conciliation.

La conciliation est un mode de règlement au sens plein du terme, il ne s’agit pas d’une
procédure transposable dans un autre domaine. Elle n’a pas pour but d’aboutir à une sentence
revêtue de l’autorité juridictionnelle, mais tout en appartenant à la famille des règlements
diplomatiques des différends, elle comporte un caractère procédural particulier = procédure
formelle.
La procédure de conciliation nécessite la réunion d’une commission de conciliation et en
principe la composition de cette commission, les règles de fonctionnement, d’organisation ; tout cela
est établi par un traité. Ce traité peut être conclu à l’occasion d’un différend ou être conclu à priori.
Par exemple, Commission Franco Marocaine en 1957 créée en raison de l’existence d’un
différend. Il s’agissait de régler un différend lié au déroutement d’un avion Marocain par les autorités
Françaises au-dessus de la haute mer.
La Convention Franco Suisse de 1924, création d’une commission de conciliation permanente
bénéficiant d’une compétence générale pour d’éventuels conflits à venir.
Les clauses instaurant les commissions de conciliation portent sur un certain nombre de
points :
 Composition de la commission : doit refléter l’impartialité vis-à-vis des parties. Le
principe retenu est qu’elle doit être composée d’un nombre impair de membres. En
pratique trois ou cinq membres. Chacune des parties va nommer un membre de la
commission, ces membres nommés peuvent alors être considérés comme un
représentant de la partie. Les autres membres de la commission sont en général
nommés d’un commun accord entre les parties, parmi eux figurent le président de la
commission, ces membres sont considérés comme neutre.
 Procédure qui va être appliquée par la commission  : elle est contradictoire, ce qui va
ajouter au formalisme des commissions, dont le fonctionnement ressemble à la
procédure juridictionnelle.
 Sur les règles de représentation des parties.
 Sur les échanges de mémoire…

La commission de conciliation va recueillir les thèses défendues par les parties, et propose
alors un règlement acceptable pour les parties.
La médiation accompagne la négociation entre les parties, alors que la conciliation va se situer
en marge des négociations. En pratique la conciliation intervient souvent à l’occasion d’un différend
juridique que les Etats ne veulent pas voir trancher par une juridiction, les parties cherchent à se
soustraire au recours juridictionnel.

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On compte environ 200 traités conclus en vue de réunir des commissions de conciliation
depuis 1925. Le bilan est modeste mais il faut préciser que ce bilan est difficilement mesurable car le
recours à la commission n’est pas toujours rendue public.

3. L'enquête.

L’enquête est un mécanisme qui porte davantage sur l’application du droit international que
sur le règlement des différends. Le but de l’enquête est d’abord de déterminer les faits, il s’agit de
contrôler l’exécution par les Etats de leurs obligations internationales. Le recours à l’enquête reste
possible à l’occasion d’un différend. Dans cette hypothèse, l’enquête ne permet pas d’aboutir
directement au règlement du différend, la raison vient du rôle assigné à l’organe chargé de
l’enquête. L’organe enquêteur, n’est pas compétent en principe pour apporter une solution au
différend, il s’agit d’établir des faits. Les conclusions de l’enquête doivent rester descriptives, elles ne
doivent pas être prescriptibles. Ce principe délimite l’action de l’organe enquêteur, il a été rappelé
notamment par la Convention de 1907 sur le règlement pacifique des différends internationaux,
article 35.
Cependant tout dépend de la volonté des parties, rien n’empêche à une commission
d’enquête de proposer une solution si cela est stipulé par les parties dans un traité.

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