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ne pas se laisser distancer par la puissance chinoise,


qui vise à s’ériger en maître du monde dans les
Les technologies du futur, nerf de la
technologies critiques.
guerre entre Chine et États-Unis
PAR MARTINE ORANGE
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 10 JUIN 2021

Dans un rare moment de consensus, le Sénat américain


a adopté un projet de loi de 250 milliards de
dollars en vue de soutenir le développement des
technologies estimées critiques pour l’avenir. Celles-
ci sont appelées à devenir déterminantes dans la
Joe Biden à Washington avant son départ pour l’Europe mercredi 9 juin.
nouvelle guerre froide avec la Chine. © Anna Moneymaker/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

« Ce projet de loi sera considéré comme une des plus


importantes choses que cette Chambre ait adoptées
depuis longtemps. Celui qui gagnera la course dans
les technologies du futur sera le leader économique
mondial, avec des conséquences profondes en matière
de politique étrangère et également de sécurité
nationale », a insisté le sénateur démocrate Chuck
Joe Biden à Washington avant son départ pour l’Europe mercredi 9 juin.
© Anna Moneymaker/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP Schumer, rapporteur du projet, avant le vote.
Le débat est appelé à s’installer pour longtemps dans
les relations internationales. Il devrait s’inviter dès
ce week-end lors du sommet du G7 en Cornouailles,
premier voyage extérieur de Joe Biden. Pour les États-
Unis, les technologies du futur vont devenir le nerf
de la guerre face à la Chine, dans la lutte pour la
suprématie mondiale.
Joe Biden et Boris Johnson au sommet du G-7
Prenant acte de cette nouvelle rivalité, tout l’appareil en Cornouailles le 10 juin © Toby Melville/ AFP
politique américain se met en ordre de marche. Dans Comme souvent aux États-Unis, le changement de
un rare moment de consensus entre républicains et pied est brutal et spectaculaire. Alors que depuis
démocrates, les sénateurs américains ont adopté mardi plusieurs décennies, les responsables américains
8 juin un plan de plus de 250 milliards de dollars avaient banni toute directive publique, estimant que
en vue de renforcer la recherche et l’innovation, et les forces du privé et le marché étaient bien plus «
les avancées technologiques américaines, notamment efficients », ils sont en train de redécouvrir en quelques
en matière d’intelligence artificielle, d’informatique mois certains mérites à l’impulsion de l’État, seul apte,
quantique et dans les semi-conducteurs. But avoué : selon eux, à coordonner la riposte face à la puissance
montante et menaçante de la Chine.
La stratégie d’endiguement de la Chine est sans doute
le seul héritage de la présidence Trump assumé
par l’ensemble de la classe politique américaine.
Même si tous n’ont pas approuvé la politique de
tensions mise en scène par l’ancien président, tous
lui donnent raison d’avoir cherché à contenir les

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ambitions galopantes de Pékin. Renonçant aux coups «Endless Frontier Act» (« Frontière sans fin») promet
d’éclat de son prédécesseur, Joe Biden reprend de dégager 120 milliards de dollars afin de soutenir
le flambeau avec détermination, persuadé, comme les investissements dans l’intelligence artificielle et
toute la classe politique américaine, qu’une nouvelle l’informatique quantique, et surtout de développer
guerre froide avec la Chine est inévitable et que les les travaux de recherche et développement et la
technologies vont être déterminantes. coopération entre les agences fédérales, les grands
Plusieurs rapports ont alerté dans le passé laboratoires publics et les centres de recherche privés.
l’administration américaine sur les risques de voir les Cet effort s’inscrit dans la volonté de Joe Biden
États-Unis se faire devancer par Pékin. Les efforts de relancer les investissements dans la recherche
immenses de recherche et développement consentis publique. L’année dernière, les dépenses publiques
par le gouvernement chinois posent à terme des en recherche et développement se sont élevées à
menaces pour la sécurité et la défense, avertissaient- 0,7% du PIB, selon la National Science Foundation.
ils. En mars, la commission nationale sur l’intelligence Elles étaient de 2, 2% du PIB en 1964, ce qui avait
artificielle s’alarmait du fait que la Chine puisse conduit à des avancées spectaculaires, aussi bien dans
dépasser les États-Unis dans ce domaine dans la le domaine spatial que dans le génome humain ou
décennie. Internet, a rappelé le président américain.
Mais ce sont les pénuries, les goulots d’étranglement Celui-ci est bien décidé à embarquer les Européens
provoqués par la pandémie tout au long des chaînes dans sa croisade technologique. Lors de la pandémie,
de production dans tous les secteurs qui ont provoqué ceux-ci ont pu aussi constater leur degré de
l’ultime choc. Ils ont été un révélateur du degré de dépendance tant à l’égard de la Chine que des
vulnérabilité de l’économie américaine. Brusquement, États-Unis. Les masques manquaient en raison
les États-Unis ont compris qu’ils dépendaient des des ruptures d’approvisionnement des importations
importations chinoises, que ce soit en matière de chinoises. Mais les vaccins aussi ont fait défaut, à la
matériels et d’équipements médicaux, d’équipements suite des interdictions d’exportations américaines.
électroniques ou de semi-conducteurs. En raison de Quant à Internet, les responsables européens ont pu
l’extrême dépendance de ce secteur à l’égard de prendre la mesure de 30 ans d’une politique de
Taïwan, les États-Unis pourraient perdre leur avance « concurrence libre et non faussée » qui a abouti
en micro-électronique, a prévenu l’ancien directeur à la destruction de tous les acteurs de télécoms, où
général de Google, Eric Schmidt (lire «États-Unis- l’Europe avait à un moment une petite avance, et à
Chine: la guerre des puces a commencé»). Actant l’absence d’aucun acteur de poids dans le numérique.
cette menace, le gouvernement américain a décidé de
Échaudés par les revirements de Donald Trump,
pousser les feux dans ce secteur, afin d’inciter, au nom
qui leur a fait prendre conscience que l’alliance
de la sécurité nationale, tous les fabricants de semi-
avec les États-Unis pouvait ne pas être éternelle,
conducteurs, à commencer par Intel, qui ont pendant
les responsables européens jurent désormais qu’ils
des années délocalisé à outrance, à revenir s’installer
veulent construire leur propre autonomie stratégique,
sur le territoire américain. Le projet de loi prévoit
notamment en matière de technologies. Mais les actes
d’accorder 52 milliards de dollars au plus vite pour
peinent à suivre les mots.
reconstruire des capacités de production, aujourd’hui
essentiellement installées à Taïwan et en Corée du Un premier rapport d’évaluation sur la vulnérabilité
Sud. économique de l’Europe a été lancé par la Commission
européenne. Selon ses conclusions, sur plus de
Alors que le gouvernement chinois ne cesse de mettre
5 000 produits, il n’y en a que 137, dans les
en avant ses investissements et ses réalisations dans
secteurs les plus sensibles, où l’Union européenne
l’intelligence artificielle, une partie du projet nommé
se retrouve fortement dépendante des importations

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extérieures. Pour 34 de ces produits, soit 0,6% du peuvent que s’inscrire en rupture avec la philosophie
total des importations, l’Union européenne pourrait du laisser-faire de la construction européenne. Au
être plus vulnérable, en raison du faible potentiel de risque de voir l’Europe se retrouver au centre du
diversification ou de substitution . champ de bataille entre États-Unis et Chine dans la
Bref, à en croire les rapporteurs, il y a urgence à ne course aux technologies.
pas se presser. Ce qui arrange pas mal de responsables
européens peu enclins à prendre des décisions qui ne

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